Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 5ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Paladia lécha avec soin le bout du petit pinceau pour faire une jolie pointe avant de le tremper dans les couleurs méticuleusement mélangées de sa maigre collection. Elle peignit un autre poil sur le manteau soyeux et rouge-doré du renard et elle s’arrêta, étudiant l’effet avant de repartir prendre de la peinture.

Le soleil était bon et elle avait bien progressé dans le dessin, laissant la tâche l’absorber complètement jusqu’à ce qu’elle soit consciente de ses raideurs et qu’elle entende des bruits de pas dans sa direction. Elle pencha la tête pour écouter, s’attendant à Cait, mais les pas qui s’approchaient étaient plus lourds, et plus rythmés que ceux de la jeune fille et elle se retourna avec curiosité lorsqu’un léger coup fut frappé à la porte.

Un coup ? Quelqu’un frappait ? « Oui ? » Cria-t-elle avec incertitude, en regardant la porte.

Elle s’ouvrit avec précautions et Gabrielle passa sa tête blonde. « Salut. »

Paladia haussa un peu les sourcils. « Oui ? »

Gabrielle entra pleinement dans la pièce. « Je cherche Cait… est-ce qu’elle est dans le coin ? »

L’ex-renégate réfléchit à la question. La sortie de Cait, quelle qu’elle soit, par Hadès, avait semblé secrète et elle ne vit aucune raison de la dénoncer à la barde. « Non. »

Gabrielle l’observa. « Je ne vais pas lui crier dessus… je sais où elle est allée… je veux juste savoir si elle est rentrée ici, d’accord. »

Paladia plissa le front. « Elle est pas revenue. » Puis elle eut un regard grognon pour la barde. « Où elle est allée ? »

La barde soupira et mâchouilla sa lèvre inférieure. « A la recherche d’une amie… peut-être qu’elle l’a trouvée. » Elle secoua la tête. « Merci… » Elle se retourna pour partir puis son regard saisit le dessin sur lequel Paladia travaillait et elle s’avança, les yeux clignant d’émerveillement. « Ouaouh. »

La grande femme se recula, incertaine, mais la regarda examiner son travail.

Il y avait le renard, un air timide sur son visage masqué, allongé sur l’herbe, baigné dans la douce lumière du soleil. Derrière lui, dans les ombres émergeait un grand félin au poil soyeux, ses yeux à demi fermés tandis qu’il regardait le spectateur. Les énormes pattes du félin entouraient le renard, l’une d’elles avec des muscles sinueux et tendus exposait des griffes acérées et luisantes.

 

« C’est beau. » Gabrielle la regarda et sourit. « Mais c’est une combinaison étrange, pas vrai ? »

Un sourire de travers passa sur les lèvres de Paladia. « Ouais », admit-elle. « Mais ça marche. »

Gabrielle rit doucement. « Et bien… je pense que c’est incroyable. » Elle recula. « J’ai hâte de le voir fini. » Des parties du dessin attendaient encore de recevoir leur couleur et elle pouvait voir que ça demanderait un peu de temps pour terminer. « A bientôt. »

Paladia se contenta de hocher la tête tandis que la porte se fermait derrière la barde, et elle étudia son travail, puis elle prit son pinceau et mélangea deux couleurs avec précautions, œuvrant un moment pour l’arranger comme elle voulait avant de commencer à appliquer la nuance obtenue aux grands yeux intelligents du renard.


« Je vais chercher mon épée », dit tranquillement Xena, regardant son âme sœur émerger de la zone habitée par les plus jeunes sans succès. « Je reviens tout de suite. » Elle se retourna et partit en courant vers leurs quartiers.

Ephiny la regarda partir puis elle tourna la tête vers Gabrielle qui revenait. « Pas de chance ? »

Un mouvement de tête de la barde. « Non… peut-être qu’elle l’a trouvée… » Suggéra Gabrielle. « Elles sont probablement en train d’échanger des histoires sanglantes quelque part. » Son regard suivit sa compagne. « Où est-elle partie ? »

La régente croisa les bras, un air perturbé sur le visage. « Chercher des armes. »

Elles se regardèrent puis le regard de Gabrielle passa par-dessus l’épaule d’Ephiny quand elle repéra son âme sœur qui revenait, cette fois vêtue de sa combinaison en cuir bleu nuit et portant un petit sac attaché contre elle que la barde reconnut de suite. Son estomac plongea et elle relâcha un souffle tandis que la guerrière les rejoignait, levant les mains pour attraper le bâton que Xena lançait vers elle. « Que se passe-t-il ? »

Un hochement de tête. « Je ne sais pas… mais deux personnes sont manquantes et je ne laisse aucune chance au hasard. »

Ephiny eut l’air alarmée. « Allons… elles sont quelque part, juste pour nous faire bisquer, Xena… je suis sûre qu’il n’est rien arrivé. » Mais le sentiment incommodant dans ses tripes, qui la tannait depuis plusieurs marques de chandelle, explosa dans un sentiment total de désastre imminent. « D’un autre côté… ça ne gêne pas de s’en assurer », marmonna-t-elle, en passant les doigts dans ses cheveux bouclés blonds. Elle passa devant pour sortir du village dans la forêt ombrée, marchant le long des pistes familières qui entouraient leur foyer.

« On va quelque part en particulier ? » Demanda Xena d’un ton ordinaire, ajustant l’attache de l’épaule sur sa combinaison. Elle était contente de suivre la régente, qui avait visiblement une destination en tête. Ses sens se mirent en œuvre, saisissant les bruits de la forêt et les analysant tout en marchant.

« Non… » Murmura Ephiny. « Je sais sur quelles pistes elle aime aller… ça peut faire plusieurs endroits. »

La guerrière hocha la tête. « C’est une bonne idée. » Elle marcha derrière la régente, ses bottes se plaçant avec un talent silencieux le long du chemin poussiéreux, ses yeux scrutant sans cesse le sous-bois. « C’est tranquille. »

Gabrielle regarda autour d’elles, puis vers le visage anguleux de son âme sœur. Elle remarqua les petits muscles bouger juste sous la peau, tandis que les sens de Xena absorbaient tout, les narines écartées et les oreilles en arrière puis en avant pour saisir les plus petits sons, et cela amena un léger sourire sur ses lèvres quand elle reconnut l’air alerte. Ce n’est pas enfoui profondément, pas vrai Xe ? D’une certaine façon, l’émergence de la nervosité familière de sa compagne la rassura. « Oui… j’entends quelques oiseaux, mais… »

« Pas d’animaux », ajouta Xena succinctement.

Ephiny regarda autour d’elle. « On est dans l’après-midi… ils sont habituellement plus tranquilles à cette heure-ci. » Mais ses yeux noisette portaient une trace d’inquiétude. « Peut-être que c’est ton fichu loup, hein ? »

Xena plissa le front. « Peut-être », concéda-t-elle, sachant que l’introduction d’un grand prédateur comme Arès tendrait à secouer un peu la faune locale. « Avec de la chance, nous allons les trouver en train de griller des vers en grognant. » Un bruit gratta ses réflexes et elle avait dégainé son épée et fait de la place autour d’elle avant même de se rendre compte de ce que c’était, juste à temps pour rengainer l’épée, tandis qu’Arès déboulait du sous-bois, couvert de boue et tout collant, pour plonger et venir la cogner.

« Ouille. » La guerrière le repoussa. « Arès… arrête ça… qu’est-ce qui… par Hadès… » Elle ôta ses mains du pelage épais du loup et les fixa. « Hé mon gars… tu as été blessé ? » Les traces rouille coulaient de sa peau tandis qu’une odeur piquante de cuivre montait à ses narines. « Du sang. » Elle s’agenouilla et vérifia le corps du loup anxieusement, passant les mains dessus tandis qu’il dansait impatiemment sur place. « Reste tranquille. »

Gabrielle se laissa tomber près d’elle et caressa la tête de l’animal, essayant de le calmer. « Il va bien ? »

Xena leva les yeux et son regard se posa sur Ephiny. « Ce n’est pas son sang. » Elle attrapa la tête du loup excité et la tourna pour que leurs regards se croisent. « Trouve », dit-elle doucement, avec intention.

« Aggrrrooooo ! ! ! » Arès, frustré, se contorsionna pour se dégager, fonçant dans la direction d’où il était venu, puis se retournant au bord du chemin pour les regarder avec impatience.

Elles se regardèrent. « Gabrielle… » Ephiny relâcha un souffle. « Je me sentirais bien mieux si tu retournais au village. »

Le visage de la barde se tendit et elle hésita, réfléchissant aux arguments qu’elle pourrait utiliser, bien qu’elle comprit le raisonnement de la régente.

« Je me sentirais bien mieux si elle était avec moi », l’interrompit abruptement Xena, tandis qu’elle essuyait le sang de ses mains sur le feuillage. « Allons-y. »

Gabrielle et Ephiny échangèrent un regard et la barde haussa légèrement les épaules pour s’excuser, sa bouche se tordant dans un sourire ironique tandis qu’elle se retournait pour suivre son âme sœur. « Je serais folle d’inquiétude de toutes les façons », murmura-t-elle à la régente silencieuse, qui se contenta de secouer la tête.

Devant, le loup bondissait d’impatience, se retournant fréquemment pour jeter un regard noir vers elles, tandis qu’elles luttaient pour avancer sur le sol rocailleux et boueux toujours glissant de la lourde pluie de la veille. Elles ne virent pas d’autres signes de présence jusqu’à ce qu’Arès se tortille pour grimper sur un surplomb rocheux et ne se précipite dans une petite clairière, fonçant sur le buisson.

Ephiny vit la forme enroulée allongée près de la rivière et fonça devant, mais elle fut retenue par une poigne de fer sur son bras. Elle se retourna pour protester, mais le visage de Xena la fit se figer et elle renonça, tandis que la guerrière avançait prudemment dans la zone, examinant toutes choses avec tous ses sens étendus. Gabrielle, elle le remarqua, avait anticipé ceci et elle attendait avec tension, une main posée sur le dos de Xena.

« Très bien », finit par dire la guerrière et elles descendirent les rochers tant bien que mal, Xena se contentant de sauter du dernier bord et de tournoyer en plein vol pour atterrir près du sol marécageux qui bordait la rive. Elle retourna la forme immobile avec douceur et un léger grognement lui échappa. « Bon sang… Cait. »

La jeune fille blonde était en boule, ses mains à proximité d’un long carreau d’arbalète qui sortait de son torse. Le cuir de sa combinaison était taché de sang et sa peau était très pâle. Xena toucha doucement sa gorge et sentit le léger frémissement sous ses doigts avec un soulagement anxieux. « Elle est vivante. »

Ephiny étudia la scène et son visage se durcit. « La flèche ne m’est pas familière », dit-elle d’une voix rauque. « Il faut qu’on la ramène au village. »

Xena examina la blessure avec précautions, tournant la tête pour juger de l’angle par lequel la pointe était entrée. La flèche avait impacté la jeune Amazone par devant et avait provoqué un trou dans son épaule droite, pénétrant dans l’os et le muscle, mais… Xena ressentit un léger soulagement. Sans toucher le poumon de Cait. Elle avait une chance, même faible, si elles pouvaient la ramener au village et lui enlever la flèche.

Avec précaution, elle cassa le bout de la flèche, essayant de ne pas bousculer trop la blessure de la jeune fille, puis elle mit un morceau de linge en coton autour du reste suintant avant de prendre Cait dans ses bras. « Allons-y. »

Ephiny s’arrêta pour regarder alentour. « Vous deux, allez-y », décida-t-elle tranquillement. « Je vais jeter un coup d’œil par ici… voir si je peux trouver ce qui s’est passé. » Elle leva les yeux quand Arès arriva de la rivière en éclaboussant partout, secouant son pelage lourd vigoureusement, un paquet trempé entre ses dents. « Agrefw. »

Gabrielle se mit sur un genou et l’appela. « Viens ici, Arès… qu’est-ce que tu as ?? »

Xena se raidit tandis que le vent arrivait vers elle et ses oreilles captèrent des bruissements subtils. « Chhut. » Elle regarda autour d’elle, à la recherche d’un abri, et jura doucement. « Il faut qu’on se cache… quelqu’un arrive par ici. »

Ephiny lui attrapa le bras et montra la falaise rocheuse. « Il y a une petite grotte là-dessous… pas beaucoup de place, mais… »

« C’est assez bien. » La guerrière marcha à grands pas vers la pente, se laissant tomber sur un genou avant de regarder à l’intérieur. « Très bien… Gabrielle, entre là-dedans… aide-moi avec elle. » Arès entra en premier, reniflant avec suspicion.

La barde se dépêcha d’entrer, clignant des yeux à l’obscurité, puis elle se retourna et attrapa les épaules de Cait, la déposant tandis que sa compagne passait sous le surplomb rocheux, suivie par une Ephiny nerveuse. Elles furent hors de vue un instant avant que les bruits ne grandissent et que plusieurs rires masculins ne résonnent sur l’eau.

Xena garda son attention strictement sur sa patiente, penchant sa tête brune tout près pour examiner les dommages de la flèche, faisant de son mieux pour ignorer la proximité chaude et presque sans air de la grotte minuscule. Seule la brise fraîche dans son dos maintenait les frissons au loin et elle essaya de repousser cela de côté tandis qu’elle évaluait la condition de Cait.

Les voix se rapprochaient et elles pouvaient maintenant reconnaître les mots.

« Ça a été fichtrement plus facile que je le pensais… vu la réputation de ces Amazones… par Hadès, c’était comme de mener un troupeau de moutons. »

Un autre homme rit. « Le timing… elle avait raison, on les a toutes prises dans le bain et on ne leur a pas laissé le temps de prendre leurs armes. » On entendit un bruit de fouille. « Bon sang… la gamine est partie… elle a dû ramper jusqu’à la rivière… j’voulais les dagues qu’elle portait. »

« J’espère qu’on aura apporté assez de menottes… » Une autre voix, plus haut perchée s’interposa. « Tu penses qu’on les a toutes ? »

« Qui peut le dire par Hadès ? Mais on en a assez… ils cherchent toujours la meneuse… j’parie qu’elle va se mettre à en tuer jusqu’à ce qu’elles lui disent où elle est. » Quelque chose tomba dans la rivière et fit un bruit d’éclaboussure. « Voyons si on peut trouver cette gamine… regarde par là. »

Trois paires d’yeux échangèrent un regard choqué et intrigué. La mâchoire d’Ephiny bougea plusieurs fois, mais aucun son ne sortit. Finalement sa gorge commença à marcher. « Ils ont pris le village ? »

« Nous avons été… comment ? ? ?” Murmura Gabrielle d’incrédulité. « Nous ne sommes parties que depuis une marque de chandelle… comment… qui sont ces gens ? »

Xena leva la main. « Ils viennent par ici. » Elle leur fit signe de reculer. « Restez ici avec Cait et ne bougez pas », les avisa-t-elle. « Si ces types vous voient, ils risquent de salement vouloir vous attraper. » Lentement, elle dégaina son épée sans même faire un murmure de bruit tandis que le métal sortait de son fourreau, puis elle attendit, son corps en mode tendu et acéré.

Ephiny s’irrita, mais elle se rendit compte qu’elles n’avaient pas l’espace pour se disputer et Xena était plus près de l’ouverture dans tous les cas. Elle regarda le cuir bouger silencieusement sur le dos de la guerrière en même temps que sa respiration, un rythme lent et régulier. Près d’elle, Gabrielle berçait la tête de Cait, ses yeux fermement cloués sur sa compagne.

Des bruits de bottes sur le rocher. « Hé… y a une ouverture là-dessous… peut-être qu’elle a rampé à l’intérieur. »

Les muscles de Xena se tendirent tandis que les bruits approchaient et elle pouvait maintenant sentir l’homme, une combinaison de métal rouillé et de cuir sale qui lui était familière. Elle serra un peu les doigts sur la poignée de son épée, penchant la lame, et elle sentit les poils se dresser sur sa nuque tandis que les bruits de pas s’arrêtaient, puis elle entendit un petit bruit sourd alors que l’homme se mettait sur un genou devant l’entrée de la grotte.

Il se pencha et regarda à l’intérieur. « Hé… il y a… »

Le bruit du métal qui transperçait l’os lui coupa la parole et il tomba sans un son, à part le gargouillement de son dernier souffle qui passa à travers la fente que l’épée de Xena avait faite dans sa gorge. Le sang gicla tandis qu’il s’effondrait, et il tomba inerte devant l’ouverture.

« Ça fiche en l’air cette cachette. » Xena secoua son épée pour la débarrasser de l’excès de sang. « Je vais m’occuper des autres… rendez-moi un service… restez ici, d’accord ? » Elle jeta un rapide coup d’œil à son âme sœur et à Ephiny. « Il vaut mieux qu’ils croient que je suis seule si l’un d’eux arrive à fuir. »

Elle jugea le bruit des bottes en course tandis que les autres hommes se dirigeaient vers elles et elle attendit jusqu’à ce qu’elle sache qu’ils s’étaient amassés devant la grotte. Puis elle fonça en avant et explosa dans l’air, apportant la mort avec elle.


Tout était trop calme. Paladia leva la tête et écouta, puis elle posa son pinceau avec un grognement et se leva. Le soleil se couchait et il n’y avait toujours pas de signe de cette fichue fille… Avec hésitation, elle passa la tête à la porte et jeta un coup d’œil dans le campement.

Il était vide et si elle se concentrait, elle pouvait entendre le léger soupçon de bruit en provenance de la hutte de bains. Ah. Elle secoua la tête et revint à l’intérieur. Elles aimaient tellement les bains… Cait l’emmenait avec elle parfois, mais elle trouvait que c’était surtout un puits collant, humide et bruyant de potins de tous bords.

Ce qui… était amusant à écouter parfois, mais ça lui donnait souvent mal au crâne. Elle entendit un bruissement et regarda à nouveau dehors, vers la forêt avec un intérêt moyen. Elle écarquilla les yeux quand elle repéra une ligne d’attaquants mortels et silencieux, avec des arbalètes chargées qui bougeaient dans les zones centrales.

Pas d’alarme ? Pas de gardes ? Qu’est-ce qui se passait par Hadès? Elle prit une inspiration pour crier un avertissement puis elle se mordit la langue quand elle vit une jeune Amazone qui arrivait au coin et les repérait, un moment avant qu’elle ne soit transpercée par cinq ou six flèches. La gamine tomba sans un bruit et la ligne avança.

Paladia s’éloigna de la porte et alla vers la fenêtre pour regarder rapidement dehors et lâcher un soupir de soulagement quand elle ne vit aucun attaquant rampant. Elle mit son image de côté avec soin et ses peintures dans leur boîte, puis elle se hissa sur le rebord de la fenêtre et se laissa tomber sur le sol, restant accroupie pendant un long moment avant de se redresser et de ramper vers ses quartiers, regardant au coin avec précautions.

Une ligne d’hommes allait de hutte en hutte et elle se pressa contre le mur alors qu’elle entendait sa propre porte mise en pièces et que des pas lourds entrèrent.

« Vide. On y va. » Une voix mâle grognonne gronda puis la porte intérieure claqua et elle les entendit aller au bâtiment suivant.

Elle se mordilla la lèvre, essayant de trouver quoi faire. Derrière elle, la forêt s’étirait tranquillement, offrant une échappatoire attirante et elle se tourna vers elle, avançant dans les buissons jusqu’à ce qu’ils la recouvrent, et elle put regarder le village depuis une sécurité relative.

Bon. Elle pianota sur sa jambe. Qu’esse t’en penses ? Aucune chance que les Amazones combattent cette foule, surprises sans leurs combinaisons comme elles devaient l’être. Il y avait une bonne chance pour elle de sortir et de s’échapper.

Bien… bonne idée, décida-t-elle. Plus de règles, plus de tâches ménagères ennuyeuses, elle était libre de reprendre son chemin.

Elle soupira. Rentrer à la maison n’était pas une option… et bien, peut-être que… hé… si les Amazones étaient hors-jeu, peut-être qu’elle pourrait convaincre cette Cait de venir avec elle… la gamine n’appartenait pas vraiment à cet endroit, elle était aussi différente de la plupart des Amazones que l’était Paladia. Elle regarda autour d’elle d’un air spéculatif. Je présume que je pourrais fureter pour la trouver pendant quelques minutes… ça ne fait pas de mal. Elle se décida. Elle allait se faufiler dans quelques endroits que la gamine affectionnait et si elle ne la trouvait pas, eh bien, elle irait de son côté.

Elle n’avait pas besoin de s’inquiéter des Amazones… elles pouvaient s’occuper d’elles-mêmes et même si elles ne le pouvaient pas, Xena traînait dans le coin quelque part… elle allait prendre les choses en main.

Satisfaite, elle se glissa de nouveau tranquillement dans les buissons, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus voir le village, bien qu’elle entende les cris des Amazones surprises et les bruits de combat. Brièvement, elle se demanda si elle pouvait aller les aider puis elle se rendit compte qu’elle n’avait pas d’arme et à quoi ça servirait ?

Elle entendit des bruits et s’immobilisa, serrant un arbre jusqu’à ce que deux hommes avec des arbalètes traversent bruyamment le buisson à moins de deux mètres d’elle et continuent. Ouais. Il est temps de partir d’ici, très bien.


Ils s’attendaient à une jeune Amazone blessée. Et ils furent reçus par un démon de chez Hadès, qui sembla couler de dessous le rocher et les attaquer avec une vitesse incroyable. Xena frappa le premier du bout de son épée droit dans les tripes, puis elle la retira rapidement et décapita le deuxième avec un coup puissant.

Les deux suivants reculèrent en trébuchant, dégainant leurs épées et se regroupant tandis que Xena repoussait ses victimes hors du chemin à coups de pied avant de se diriger vers eux, sautant du surplomb rocheux pour atterrir entre eux avec un grognement sourd.

Ils l’attaquèrent, mais leurs armes furent inutiles contre une force presque primitive qui les découpa comme un couteau chauffé dans du beurre. Ils moururent, s’effondrant ensemble pour ne laisser qu’un seul homme qui se retourna et courut vers le bord de la clairière aussi vite que ses jambes pouvaient le porter.

Xena jura et fonça après lui, couvrant la distance en longues enjambées qui la mirent au niveau de sa proie tandis qu’il atteignait les arbres. Elle sauta et le saisit aux chevilles, le faisant tomber avec un grognement. « Bouge pas, salopard. » Elle l’attrapa à la nuque et le souleva, faisant tomber la dague qu’il avait dégainée avec un balayage négligent de sa main.

« T… très bien… » Il leva les deux mains dans un geste de défense. « Ecoute… je ne t’ai rien fait… vas-y tout doux, d’accord ? »

Xena l’enfourcha, changeant son épée de main tandis qu’elle décidait de sa prochaine action. « Qu’est-ce que tu fais ici ? »

Il prit un air timoré. « Qui veut savoir ? »

La guerrière bougea rapidement, posant son épée avant de le cogner douloureusement sur les deux côtés du cou. Il commença à s’étouffer et ses yeux sortirent de leur orbite. « Je ne suis pas d’humeur à jouer. Parle ou tu meurs, à toi de voir. »

« Ah… très bien… très bien… » Il étouffa. « On… on est là pour attraper des Amazones. »

Xena le relâcha et posa ses coudes sur sa poitrine. « Pourquoi ? »

« Un type… une ville portuaire près d’Athènes… il paye bien pour elles… autant qu’on peut lui apporter. » Il fixa les yeux bleu glacier en face de lui. « Hé… tu veux participer ? » Un sourire hésitant passa sur ses lèvres. « On pourrait t’utiliser… pour les ramener… j’ai entendu dire qu’elles étaient des ornements. »

« Pourquoi il les veut ? » Demanda Xena en appuyant plus fort.

« J’ai pas demandé. » L’homme toussa. « Hé… tu m’écrases. » Il se tortilla un peu. « Y ‘en a une de chez elles… elle a dit qu’elle pourrait en apporter un chargement… elle a dit qu’elle connaissait l’endroit… et elle l’a fait… c’était cool… allez maintenant… une gentille dame comme toi… tu pourrais accepter quelques extra dinars, hein ? »

Xena se redressa. « Deux choses. »

« Oui ? » Répondit-il avec espoir.

Un long doigt mince se dressa. « Un, je ne suis pas gentille. » Elle souleva la tête du type du sol d’une main et elle lui mit un coup de poing dans la mâchoire, causant un craquement solide tandis que ses phalanges cassaient quelque chose. Il perdit conscience et elle se leva le soulevant en même temps, puis elle le cogna du genou dans les parties aussi fort qu’elle le put. « Et deux, je ne suis pas une dame. » Elle secoua la tête de dégoût puis le projeta loin d’elle, le faisant rebondir contre un arbre.

« Très bien. » Son appel fit sortir une tête blonde familière de la grotte et elle regarda Gabrielle ramper sur les rochers et venir à sa rencontre, grimaçant à la vue du sang couvrant largement son corps.

« Il y en a du tien ? » Demanda la barde tranquillement en regardant autour. « Cait reprend un peu conscience, je pense qu’elle a très mal, Xena. »

« Non, et je ne suis pas surprise », répondit la guerrière en regardant Ephiny qui les rejoignait, son visage exprimant la colère. « Très bien… nous avons une barque pleine d’ennuis. » Elle mit les mains sur ses hanches. « D’abord, il faut qu’on trouve un endroit sûr pour emmener Cait… pour que je puisse enlever cette flèche. » Elle leva la main pour arrêter la protestation d’Ephiny. « On ne peut pas aider le village pour l’instant… attendons l’obscurité, ensuite on verra comment les choses se présentent… ça n’a pas de sens de nous faire tirer dessus et tu sais qu’ils te cherchent. »

Ephiny soupira. « Ils ont dit qu’ils allaient tuer des gens si je ne me montrais pas. »

Xena la regarda droit dans les yeux. « Ils vont tuer des gens si tu te montres », répliqua-t-elle brutalement. « Et tu seras probablement la première… »

« Eph… » Gabrielle lui frotta le bras. « Xena a raison… voyons ce qui se passe avant de foncer là-bas. » Elle regarda alentour. « Pourquoi pas la grotte des provisions pour emmener Cait… elle est plutôt bien cachée. »

La régente réfléchit un moment puis hocha la tête. « Très bien… on va là-bas. » Elle eut un mouvement brusque de la tête et les regarda farouchement. « Mais pas longtemps. »


La rugosité de l’écorce d’arbre sur son dos nu finit par l’agacer et Eponine passa quelques instants à juste jurer mentalement pour la sortir de son système avant qu’elle ne déploie ses sens. Elle garda les yeux fermés, ne voulant pas que ses ravisseurs sachent qu’elle était réveillée, mais les sons qu’elle entendait lui indiquaient qu’il n’y avait personne autour d’elle, alors elle se risqua à ouvrir un œil pour regarder.

Bien évidemment, elle était attachée à un arbre à la lisière de l’espace de ce qui était un petit campement. Trois ou quatre hommes étaient assis à l’intérieur, riant et partageant une outre de vin, sans s’occuper d’elle. Elle referma son œil et intima à sa tête d’arrêter de battre, tandis qu’elle écoutait ce qu’ils disaient.

Elle serra la mâchoire quand ils firent des blagues sur la prise du village, mais son cœur s’apaisa quand elle entendit parler de l’absence apparente d’Ephiny. Elle se demanda cependant où était son amante depuis qu’elle s’était levée et était partie… Une pensée lui vint, qui apporta un tout petit sourire aux lèvres de la maîtresse d’armes. Je me demande si elle me cherchait.

Elle écouta encore, n’entendant pas parler de Xena ou Gabrielle, ce qui était un autre bon signe, mais elle savait qu’Arella finirait par deviner… soit en questionnant des gens ou simplement en vérifiant les écuries, où la forme distincte d’Argos serait trouvée.

Son esprit commença à avoir un déclic. Si Xena, Gabrielle et Ephiny étaient là dehors, elles auraient besoin d’aide. Elle testa ses liens et jura doucement, sentant le serrage puissant autour de ses poignets, tirant ses bras en arrière si férocement que ses épaules furent engourdies.

Une voix familière la fit cesser de se démener et elle fixa devant elle pour voir Arella qui s’approchait et s’arrêtait à deux mètres environ pour l’étudier. « Salut, prof’. » La femme rit et se rapprocha.  « Tu as raté une grande fête… toutes tes petites Amazones pathétiques prises sur le vif, glissant de partout. C’était comme de pêcher une perche dans une flaque. »

Eponine garda le silence, se contentant de la regarder.

Arella se rapprocha encore et dégaina sa dague, chatouillant le cou de la petite femme. « Bon… tu vas me dire où est ta précieuse Ephiny, ou je vais tailler mon nom sur ta peau, d’accord ? »

Les yeux couleur caramel ne clignèrent même pas. « Je n’en ai aucune idée », répondit-elle avec une totale honnêteté. « Je ne l’ai pas vue depuis ce matin. »

La lame coupa la peau au-dessus de sa clavicule, envoyant un flux de feu le long de ses nerfs. « Ce n’est pas assez bien, petite Pony. »

« Suce un cul de Centaure, espèce de petite merde », répondit Eponine d’un ton égal. « Je savais qu’on aurait dû te tuer. »

Arella rit, coupant plus profondément et gravant une courbe, ce qui sculpta un U dans le cou de l’Amazone. « Mais… j’avais raison… ce petit village où tu m’as envoyée ? Il a été pris il y a un mois… le type qui a fait ça est fou des Amazones. Il est prêt à bien payer… et l’argent que je vais me faire avec ça va me permettre de prendre quelques amies pour commencer le genre de Nation que je veux. » Elle passa un doigt sur le sang qui coulait sur le cou d’Eponine et l’essuya sur son visage. « Je ne pouvais pas penser à un meilleur endroit pour en trouver pour lui… et je savais que je n’aurais pas à me battre. »

Eponine bougea la tête comme un serpent, ses dents blanches se refermant brusquement sur les doigts de l’autre femme, la mordant sauvagement en tirant d’un côté tandis que la chair s’arrachait sous la morsure.

Arella cria sous le choc puis elle relâcha sa main et frappa l’autre femme du dos de la main, la regardant s’effondrer sous l’arbre, inerte. « Garce. » Elle attrapa sa main qui battait sous une douleur violente et elle siffla. « Je vais te fouetter au milieu de ce maudit village. » Elle porta sa main contre sa poitrine et partit, repoussant plusieurs hommes hors de son chemin.

Eponine ouvrit un œil couleur ambre et leva la tête, un air de satisfaction félin sur le visage. Elle cracha un bout de peau avec un sentiment de plaisir distinct et elle remit la tête contre l’écorce rugueuse. Elle pouvait sentir le sang chaud couler le long de sa peau et elle tressaillit tandis que la coupure envoyait une douleur intense à travers son corps. Elle se demandait juste si c’était assez méchant pour qu’elle saigne à mort et ainsi tromper Arella, quand elle entendit un léger bruissement.

Très lentement, elle tourna la tête et se concentra sur le sous-bois, le scrutant jusqu’à ce que ses yeux détectent quelque chose de déplacé.

Des cheveux raides et blonds et des yeux gris sans expression la regardaient, l’observant avec une attention délibérée. Eponine prit une inspiration. C’était Paladia, qui était quelqu’un à qui elle ne devait aucune faveur.

Qui pourrait même rejoindre le gang d’Arella, étant donnée l’opportunité.

La grande ex-renégate rampa plus près, s’arrêtant chaque fois qu’un bruit provenait du campement, jusqu’à ce qu’elle soit tout près de l’arbre. Son regard passa le campement en revue puis revint sur le visage d’Eponine. « T’las mordue », murmura Paladia.

Pony hocha la tête. « Ouais… ça avait le goût de la merde. »

Cela lui valut un rapide sourire en coin, presque invisible de la part de la grande femme. « Tu veux sortir d’ici ? »

Eponine hocha à nouveau la tête, mais garda le silence. Elle sentit une pression froide sur l’un de ses poignets et que la corde lâchait. Elle baissa lentement les bras, les massant tandis que Paladia s’agenouillait et coupait les attaches de ses chevilles. Elle attendit jusqu’à ce qu’elle sache qu’elle pouvait bouger sans trébucher, puis elle contourna l’arbre, faisant signe à la renégate de passer devant.

Elles ne se parlèrent pas pendant au moins une demi-marque de chandelle, tandis qu’elles cheminaient dans l’obscurité grandissante, hors des chemins habituels et choisissant les parties les plus sauvages de la forêt sur le côté sud du village. Finalement, Eponine s’arrêta près d’un petit cours d’eau entouré par de vieux arbres épais dont les branches plongeaient dans l’eau. Elle s’agenouilla tout près et s’arrosa la tête avec de l’eau froide, rinçant la coupure toujours coulant de sang sur sa poitrine et prenant une longue gorgée entre ses mains en coupe.

Paladia s’accroupit près d’elle, plongeant aussi les mains dans l’eau.

« Pourquoi tu es restée ? » Finit par demander la maîtresse d’armes, ses avant-bras posés sur ses cuisses.

La grande femme haussa les épaules. « J’allais pas rester… je cherchais cette gamine… je pensais lui dire au revoir… elle me rend dingue, mais… » Elle prit une autre gorgée d’eau. « J’suis venue et j’ai vu le truc avec le couteau sur toi… c’est une garce, hein ? » Son doigt fit un dessin dans la poussière. « Pourquoi elle t’en veut ? »

Eponine l’observa. « Elle vivait ici… elle a eu des ennuis il y a un an, on l’a envoyée dans un petit avant-poste… on pensait qu’elle y serait bien. » Elle haussa les épaules. « Je présume que non. » Elle s’interrompit. « Alors… tu pars ou quoi ? »

Paladia réfléchit à la question, se rendant compte que l’Amazone n’allait pas l’empêcher de partir si elle le décidait. Elle finit par hausser les épaules. « J’veux voir ce qui va se passer », décida-t-elle. « Tu as une idée ? »

L’Amazone sourit d’un air las. « Il faut qu’on trouve des alliées. » On. Elle vit le front de Paladia se plisser pensivement. « Eph est quelque part dehors… et Xena et Gabrielle aussi. »

Un hochement de tête. « Et Cait », mentionna Paladia avec désinvolture. « Elle est partie te chercher. »

« Bon sang de petite imbécile obstinée », jura Eponine.

« Mpf. » L’ex-renégate acquiesça. « Comment on va les trouver ? »

La maîtresse d’armes regarda dans l’obscurité grandissante, une expression pensive sur le visage. « Nous allons trouver un moyen. » Elle tressaillit. « Nous avons une cache pas loin d’ici… un petit endroit où nous stockons des choses. Il me faut un bandage là-dessus. »

Elles se glissèrent ensemble sous une couverture de feuilles qui effleuraient leurs épaules et laissaient une riche odeur fraîche derrière elles.


La falaise s’élevait devant elles et Gabrielle fut contente de la voir tandis qu’elles se rapprochaient en rampant, écoutant avec soin des bruits éventuels révélant une présence. Xena tenait Cait dans ses bras et elle avait insisté pour porter la jeune fille sans s’arrêter, anxieuse de pouvoir s’occuper de sa blessure.

« Tout va bien. » Ephiny sortit de l’obscurité. Elle était allée vérifier l’ouverture et se sentait à l’aise de ne pas voir de traces de pas récentes. « Venez. »

Elles entrèrent dans la grotte par une ouverture tellement étroite que Xena se racla les épaules et elles descendirent un couloir court et irrégulier qui menait dans une chambre plus grande. La guerrière se tint immobile tandis qu’Ephiny procurait de la lumière, soufflant doucement sur la torche pour qu’elle brûle régulièrement.

La lumière révéla une chambre longue et étroite, remplie de chaque côté de provisions, avec un couloir vers le centre pour y accéder. Ephiny alla vers la paroi et alluma plus de torches, ensuite elle inséra celle qu’elle tenait dans une applique. « Bon… c’est rude, mais plutôt en sécurité… à moins qu’ils ne décident de piller cet endroit. »

Xena remarqua une petite table et elle s’avança pour y déposer doucement Cait. La jeune fille était immobile, ce qui était inquiétant, et la guerrière testa avec hésitation son pouls, soupirant légèrement quand elle sentit le battement continu et faible. « Tiens bon, Cait. » Elle posa son kit et en versa le contenu sur la table, se frottant les yeux tandis qu’elle sélectionnait ce dont elle avait besoin pour retirer la flèche. Une chaleur dans son dos la fit lever les yeux pour voir le regard doux de Gabrielle posé sur elle. La barde mit les deux mains sur ses épaules et les massa légèrement.

« Comment va-t-elle ? »

La guerrière pinça les lèvres. « Pas bien », répondit-elle honnêtement. « Elle a perdu beaucoup de sang… ça a touché un mauvais endroit. »

« Mm. » Gabrielle posa le menton sur l’épaule de son âme sœur. « Bon… elle est entre les meilleures des mains. » Elle pressa doucement.

Xena déglutit deux fois. « Elle m’a demandé de lui enseigner à attraper les flèches », murmura-t-elle.

La barde lui frotta le dos, sentant la tension sous ses doigts. « Tu vas lui apprendre », répondit-elle avec une calme certitude. « Tu as besoin d’aide ? » Elle indiqua la tâche en cours de la guerrière. « Je peux t’apporter de l’eau ? »

Xena appuya brièvement la tête contre celle de la barde. « Oui… ce serait génial… il y a une source ici ? »

Gabrielle hocha la tête. « Oui… à l’arrière… il n’y en a pas beaucoup, mais elle est plutôt claire… je vais en chercher et démarrer un feu. » Elle donna une dernière petite tape à sa compagne, repoussant ses cheveux en arrière tout en prenant une jarre vide en terre cuite avant de se diriger vers l’eau.

Ephiny se tenait près de l’entrée de la grotte, les mains de chaque côté de l’ouverture qui menait dehors. Elle traversa pour approcher de Xena qui œuvrait et elle resta là à regarder tranquillement tandis que les mains expertes de la guerrière nettoyaient avec soin autour de la flèche. La zone méchamment rougie était étrange sur la peau claire de Cait et Ephiny ne put s’empêcher de noter combien la respiration de la jeune fille était faible.

Xena sortit sa dague et la posa près d’elle. « Peux-tu approcher une torche, Eph ? » Dit-elle calmement. « Je vais avoir besoin de cautériser ça. »

Ephiny tressaillit en réflexe puis fit ce qu’on lui demandait, apportant la torche et regardant la guerrière passer le bord de la dague à travers la flamme. La fumée de la torche monta et s’inséra dans les crevasses du plafond avant de s’échapper plus haut.

Des légers bruits de bottes approchèrent et Gabrielle sortit de la lueur sombre, passant de l’ombre à une réalité solide tandis que la lumière la touchait. « Tiens. » Elle tendit le conteneur en terre cuite à sa compagne. « Tu veux que je la tienne ? »

Xena hocha la tête et attendit que la barde se glisse sous la tête de Cait, serrant le haut de son corps d’une poigne ferme. La guerrière prit le couteau, s’arrêta, puis fit trois coupures rapides et précises autour de la flèche. Cait se tordit dans une réaction demi-consciente, un gémissement bas sortant de sa gorge.

Gabrielle lui caressa doucement la tête. « C’est bon… elle va faire vite, Cait… je te le promets. »

La guerrière prit une inspiration puis travailla avec la pointe du couteau et coupa autour de la tête de la flèche, la retirant rapidement avant de la poser sur la table. C’était un truc cruellement barbelé avec deux dents qui se faisaient face à l’avant et à l’arrière.

« Dieux. » Ephiny la fixa, choquée.

« Oui », murmura Xena. « C’est pour ça que je ne voulais pas la pousser pour la faire sortir. » Elle nettoya la plaie avec soin, retenant la jeune fille qui luttait faiblement dans les bras de Gabrielle. Le sang sortit abondamment du trou béant et elle le laissa faire un moment puis elle remit le couteau contre la torche.

Un son éclaté et l’odeur acérée du sang qui brûle emplit la petite zone. Xena regarda son âme sœur qui murmurait des mots de réconfort à sa patiente. « Retiens là, mon amour… ça va vraiment faire mal. »

Ephiny s’agenouilla et mit les mains sur les épaules de la jeune fille, son visage tel un masque sans expression. Elle regarda la guerrière chauffer la lame jusqu’à ce qu’elle rougisse puis elle ferma les yeux quand Xena approcha le métal et le plongea dans la plaie.

Cait hurla et il leur fallut bien être à trois pour la retenir, tandis que Xena comptait en grimaçant pour elle-même, puis elle retira le métal brûlant. L’odeur de chair brûlée monta à ses narines et une vague presque submergeante de nausée s’ensuivit. Elle serra la mâchoire et déglutit tandis que les mouvements presque convulsifs de Cait diminuaient et qu’elle s’affalait dans les bras puissants de Gabrielle. « Bon sang », réussit à dire la guerrière.

La barde serra doucement la jeune fille, les larmes coulant sur son visage en pure réaction. « Ça va aller, Cait… c’est fini maintenant. »

Ephiny toucha les cheveux clairs de la jeune Amazone d’une main tremblante. « Quand je trouverai ces types, petite Cait, je vais leur arracher le cœur », murmura-t-elle. « Je te le promets. »

Xena se releva brusquement, en quête d’air frais. Elle alla jusqu’à l’entrée et se glissa dehors, s’arrêtant à la sortie de la grotte, laissant la brise fraîche la baigner. Elle s’appuya contre le rocher, qui n’avait pas encore perdu toute sa chaleur et elle força la nausée à s’éloigner.

Après un moment, les sons autour d’elle pénétrèrent ses sens et elle leva la tête.

Quelqu’un arrivait.


« On arrive bientôt ? » Demanda Paladia tandis qu’elle glissait le long d’une pente boueuse pour la nième fois.

Eponine se retourna et lui lança un regard noir, une grande trace de saleté lui obscurcissant la moitié du visage. « Tu as un faible pour cette phrase ? »

L’ex-renégate haussa les épaules. « Mon frère rendait mes parents à moitié fous avec ça quand on voyageait. »

Un plissement des yeux couleur caramel. « Tu es en train de dire que je te rappelle ta mère ? » La voix d’Eponine baissa dangereusement.

Paladia la regarda droit dans les yeux. « Nan. »

L’Amazone ricana doucement et retourna son attention à la racine glissante qu’elle essayait d’escalader. « Bien. »

La grande femme attendit que sa compagne de route ait une bonne prise de pied et grimpe fermement la pente. « Elle avait un grand sens de l’humour », dit-elle, en se soulevant d’une main, protégeant son bras toujours douloureux.

« Ce n’est pas drôle », gronda Eponine.

« Tu vois ce que je veux dire ? » Marmonna Paladia.

Elles arrivèrent en haut de la pente et se dépêchèrent, glissant sous l’épais sous-bois et évitant les chemins bien plus utilisés autour du village. Tandis qu’elles approchaient de la haute falaise qui abritait la cache des provisions, Eponine s’arrêta en levant une main avec précautions. « Chut. »

Paladia s’arrêta et s’appuya contre un arbre, attendant tandis que l’Amazone faisait le spectacle en examinant la zone avec soin. Finalement, elle hocha la tête. « Très bien… on dirait qu’ils n’ont pas encore trouvé cet endroit… aucun signe de vie. »

Elle s’avança silencieusement malgré tout, restant près des arbres dont les branches tombaient tandis qu’elles se frayaient un chemin vers l’entrée, à demi cachées dans le repli d’un rocher. La brise faisait balancer les branches et une chouette leur tint compagnie, hululant lugubrement tandis qu’elles passaient dessous.

« Reste tranquille… au cas où… » Murmura Eponine tandis qu’elle étudiait les ombres autour de l’entrée, regardant la lumière de la lune bouger lentement sur la surface tandis que les arbres se balançaient. « C’est bon… allons-y. »

Leur propre chemin était sombre et elles furent cachées jusqu’au dernier moment, puis Eponine fonça vers l’entrée.

Paladia cligna des yeux tout en se figeant. A un moment, l’Amazone rampait comme un singe, puis le suivant elle était suspendue contre le mur rocheux en faisant des bruits de canard.

« Que les dieux soient maudits, Eponine… tu veux te faire tuer ? » Siffla Xena.

« Repose-moi… espèce de… » Couina la maîtresse d’armes. « Espèce de… bon sang, Xena ! »

La guerrière la relâcha puis recula, ayant repéré Paladia qui attendait dans les ombres. « Venez… on rentre toutes avant que quelqu’un nous repère. »

La renégate s’avança à pas lents, lançant à la grande femme brune un regard d’amusement voilé. « Ah oui ? Elle ne t’a pas repérée, elle, ça c’est sûr. »

Xena secoua la tête puis les poussa doucement devant elle vers l’entrée. « Allez… » Elle les suivit à l’intérieur et se figea pour éviter de les percuter quand elles s’arrêtèrent juste à la porte. « Regardez qui j’ai trouvé dehors », dit-elle en les poussant rudement pour les dépasser avant de se diriger vers la table sur laquelle Cait était allongée.

Ephiny se leva, son visage affichant des émotions mêlées de soulagement et de colère. « Où est-ce que tu étais, par Hadès. »

Paladia vit venir la dispute et elle l’évita adroitement, bougeant tranquillement vers l’endroit où Gabrielle tenait toujours la tête de Cait sur ses cuisses. « Qu’est-ce qui lui est arrivé ? » Demanda l’ex-renégate d’une petite voix.

Xena étudia son visage un bref instant. « On lui a tiré dessus. » Ses doigts se refermèrent sur la tête de flèche et elle la montra.

La grande femme blonde plissa les sourcils tandis qu’elle regardait le visage pâle de Cait. « Les mêmes types ? » Elle s’assit sur une boîte près de la table. « Ceux du village ? »

« Oui », répondit Gabrielle en caressant les cheveux de Cait doucement. « Nous l’avons trouvée près de la rivière. »

Un silence tomba tandis que Paladia réfléchissait et Xena continua à nettoyer la plaie maintenant cautérisée. « Elle va s’en sortir ? » Finit par demander l’ex-renégate. « Elle n’a pas l’air d’aller bien. »

Xena soupira. « Elle a perdu beaucoup de sang… je ne sais pas. »

Paladia fronça les sourcils. « Bon sang. » Elle mit son menton sur ses poings. Puis son regard alla vers Gabrielle. « C’est la garce la plus agaçante que j’ai jamais connue, mais elle ne mérite pas de prendre une flèche. » Elle fit une pause. « Elle est encore plus agaçante que toi. »

La barde et la guerrière échangèrent un regard tranquille. « Nous comprenons », dirent-elles ensemble. « Ecoute… » Xena prit son kit et lança un regard à Eponine et Ephiny qui tenaient, près de l’entrée, un débat passionné, bien que murmuré. « Laisse-moi… »

« Xena », cria Ephiny, ses mains sur ses hanches. « Nous avons des ennuis. »

Gabrielle tourna la tête de surprise. « Comme… on n’en a pas eu avant ? » Demanda-t-elle avec un froncement intrigué.

« Arella mène ce groupe de bandits », répondit la régente. « C’est comme ça qu’elle est entrée… elle avait les mots de passe des postes de garde extérieurs. »

La guerrière soupira, un masque sombre et calme se posant sur ses traits anguleux. « Ça… explique des choses », lâcha-t-elle. « Pony, viens ici que je m’occupe de cette entaille. »

« Nan… c’est rien qu’une égratignure. » La maîtresse d’armes lui fit un signe de dénégation tandis qu’elle traversait la pièce et se laissait tomber sur une boîte poussiéreuse.

Xena la regarda d’un air sévère.

« C’est agaçant, pas vrai ? » Gabrielle avait posé la tête de Cait sur une couverture pliée qu’elle avait trouvée et elle alla vers sa compagne. Elle lui tapota le bras. « Souviens-toi de ça, d’accord ? » Elle alla vers Ephiny et la regarda. « Donc… il nous faut un plan. »

Ephiny se mâchouilla la lèvre. « Oui… cette garce… je devrais… » Elle laissa la pensée traîner. « Bon sang… j’aurais pu jurer que les choses avaient bien tourné pour elle. » Elle regarda Gabrielle. « Je vais la démolir pour la simple raison que j’avais hâte d’être à ce soir, vous savez ça ? »

La barde lui frotta le bras doucement. « Oui… moi aussi », admit-elle. « Mais… il faut qu’on s’occupe de ça… ensuite on aura une vraie fête, d’accord ? » Elle se retourna pour voir sa compagne nettoyer en grimaçant "l’égratignure" de Pony malgré les plaintes vocales de l’Amazone. « Pony, tais-toi. » Elle pouvait voir que les jérémiades portaient sur les nerfs de Xena et sa compagne était déjà tendue d’être dans la grotte et à cause du combat et… elle regarda les muscles de la mâchoire de Xena bouger et elle lâcha un soupir. « Eph… tu as… oh… des herbes… de la nourriture, quelque chose comme ça ici ? »

La régente se frotta le front. « Hum… » Elle hésita. « Je ne garde habituellement pas trace de ça… mais… je pense que oui. » Elle alla vers des boîtes. « Si tu veux bien m’aider avec ça… on a des fruits et de la viande séchés… et plein de ce genre de choses. » Elles descendirent la boîte et l’ouvrirent et la barde fouilla dans son contenu judicieusement.

« Hmm… » Elle sortit un paquet emballé qui sentait le gibier, puis un autre qui avait une odeur plus douce, plus fruitée et elle le tendit à Ephiny. « Tiens-moi ceux-là… » Elle fouilla plus et sortit plusieurs paquets d’herbes. « Hmm… bien… oui, celui-là Xena l’utilise pour la fièvre, on pourrait en avoir besoin et… ah. » Elle sortit les deux poudres qu’elle cherchait et les mélangea dans sa main puis elle disparut dans l’obscurité de la grotte.

Ephiny se gratta la tête, intriguée, puis son visage s’éclaircit. « Oh. » Elle rit tranquillement. « Oui… j’avais oublié comment c’était. » Elle porta les paquets et s’assit sur la boîte près d’Eponine, avant de les poser près d’elle. « Je présume qu’on devrait manger un peu et un peu de répit, puis on décide de ce qu’on fait, d’accord ? »

Xena ne répondit pas pendant un moment, mais Ephiny pouvait voir sa gorge bouger. Finalement, la guerrière s’appuya sur son genou et la regarda. « Oui », acquiesça-t-elle, puis elle s’interrompit. « Ça change la situation… elle connaît le village… elle sait comment se passent les choses. » Une autre pause. « Si nous y allons ce soir, nous courons le risque de tomber dans un piège… je n’aime pas ça. » Elle regarda Gabrielle qui mettait une main sur son épaule et lui tendait une coupe. « Merci. » Elle saisit l’odeur âcre et prit une gorgée avec un sentiment de soulagement profond.

Ephiny plissa le front, mais elle ne fit aucun commentaire. « D’accord… alors… tu es en train de dire qu’on ne fait rien ? » Elle se leva et fit les cent pas. « Je ne sais pas si je peux faire ça, Xena. J’ai beaucoup d’amies là-bas et la plupart d’entre elles vont être des cibles pour elle. »

« Ça ne nous apportera rien d’être prises », raisonna Gabrielle, ses mains posées légèrement sur les épaules de son âme sœur. « Ça leur donne plus de munitions… et s’ils savent que nous sommes là quelque part, ça va déstabiliser leur plan. » Elle pencha la tête. « Pas vrai ? » Murmura-t-elle doucement.

Xena lui fit un tout petit sourire. « Vrai. » Elle leva la tête tandis que la nausée s’éloignait enfin. « Ils vont être nerveux ce soir… attendre quelque chose. Si nous les faisons attendre, il se pourrait qu’ils pensent que rien ne va arriver… ils vont se détendre un peu. » Elle les fixa. « Nous partirons à la première lueur et étudierons les alentours… ensuite nous déciderons quoi faire. »

C’était comme si un mouvement subtil était arrivé, bien que Gabrielle l’ait vu maintes fois. Xena, simplement, inconsciemment, prenait le commandement comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Ce qui, se dit-elle, était le cas… bien qu’Eponine et Ephiny soient des guerrières talentueuses et vétérantes, il était évident que Xena s’attendait à ce qu’elles la suivent. Il était aussi évident que les deux Amazones n’acceptaient pas bien cette situation.

« Ça me paraît sensé à moi », déclara fermement la barde, énonçant son vote, bien qu’elle savait que les autres femmes n’en attendaient pas moins d’elle. Et que ce soit sensé était bien le cas dans l’esprit froid, studieux et pratique qui travaillait juste sous ses doigts qui caressaient les cheveux noirs. « Nous devons être prudentes, Eph… elles dépendent toutes de nous », ajouta-t-elle doucement. « Si quelque chose arrive… il n’y aura personne d’autre pour les aider. »

Et, comme toujours, Gabrielle avait trouvé les bonnes paroles. Les épaules de la régente s’affaissèrent et elle se frotta les yeux. « Je sais bien… » Elle soupira de manière brusque. « Je déteste juste savoir qu’elle est là-bas, avec ces salopards… bon sang, Gabrielle, c’est mon foyer. »

« Nous allons le récupérer », dit Xena tranquillement.

Un silence inconfortable tomba, jusqu’à ce qu’Ephiny finisse par hocher la tête. « Très bien », murmura-t-elle. « Dieux… mais je ne sais pas comment je vais passer la nuit avec ça. »

Gabrielle plissa le front et elle regarda Eponine, silencieuse, le bandage blanc ressortant sur sa peau bronzée. Les émotions variées qui passaient dans la grotte la troublaient et elle chercha un moyen de les apaiser. « Si quelqu’un veut bien m’aider à ramasser du bois… je vais faire un feu et nous chauffer du thé… de la soupe… qu’en pensez-vous ? »

Xena s’appuya contre elle un moment, puis elle se redressa et se mit debout. « Toi… » Elle montra la barde. « Tu restes ici… je vais chercher du bois. » Impulsivement, elle tira la tête de Gabrielle vers la sienne et l’embrassa, puis elle ébouriffa les cheveux avec affection tandis qu’elle mettait ses lèvres près de l’oreille de la barde. « Fais-les se décontracter un peu, hein ? »

« Je vais voir ce que je peux faire », répondit la barde avec un soupir.

La guerrière traversa la chambre obscure et se laissa tomber sur un genou, étudiant le visage pâle de Cait. Elle toucha sa peau puis secoua un peu la tête et borda la couverture, que Gabrielle avait posée sur elle, plus étroitement autour de ses bras.

Paladia était assise à la même place, ses coudes posés sur ses genoux, à simplement regarder. Elle cligna des yeux vers Xena. « Elle t’aime bien. »

Le regard bleu croisa celui de Paladia. « C’est une bonne fille. »

« Elle est un peu barrée, t’sais », dit la renégate. « Ou bien c’est comme ça qu’on vous élève à Poissonville… ou  d’où que tu viennes ? »

« Amphipolis », corrigea la guerrière, d’un ton neutre, puis elle haussa légèrement les sourcils. « Ecoute… tu prends cette eau, tu vois ? Si elle se réveille, essaye de lui en faire boire. »

« Moi ? » Paladia ricana. « Ça risque pas. »

Xena se contenta d’attendre en silence.

« J’suis pas guérisseuse. »

Un regard bleu direct et intense.

« Bon, merde. » Paladia soupira de dégoût. « Ouais, d’accord, ça marche. »

Xena lui sourit. « Bien. » Elle prit le petit bassin dans lequel trempait un linge. « Tiens… prends ça aussi. » Elle regarda Paladia prendre le bol par pur réflexe. « Eponge-lui le front si elle commence à suer. »

« M… qu… » Balbutia la jeune femme. « Attendsunpeu. »

La guerrière se leva et se secoua. « Je reviens tout de suite… » Elle baissa le regard vers Arès qui la rejoignait, se frottant contre ses jambes. « Tu viens avec moi, mon gars ? » Elle tressaillit quand le loup laissa tomber un paquet encore mouillé sur ses bottes. « Oh… dieux. » Elle le souleva, le secoua et le regarda avec incertitude. « Pony… je pense que c’est à toi. » Elle lui jeta le cuir trempé. « De la course. »

Eponine y jeta un coup d’œil puis le laissa tomber. « Ouais », répondit-elle tranquillement. « Merci. »

Xena lui jeta un regard puis sortit, échangeant au passage un coup d’œil avec Gabrielle.

« Dépêche-toi », lui dit la barde puis elle articula. « S’il te plaît ? »


Elles mangèrent dans un silence inconfortable, après que Gabrielle eut réussi à trouver une petite marmite dans laquelle elle mixa diverses choses pour faire une sorte de soupe. La nourriture chaude sembla faire son effet, même avec son âme sœur grognonne qui avait trouvé un endroit près du mur extérieur près du feu et qui s’était installée contre la pierre, tenant sa tasse à deux mains.

Ephiny et Eponine avaient échangé plusieurs tours de dispute et avaient fini par s’installer dans un silence tendu, choisissant des boîtes séparées pour s’y asseoir.

Gabrielle décida qu’elle en avait assez. « Qu’est-ce qui ne va pas chez vous par Hadès ? » Elle mit les mains sur ses hanches et laissa son regard vert brume clouer chacune à son tour. « On dirait que vous avez des fourmis rouges sous votre cuir. Est-ce que ce qui s’est passé n’est pas assez moche sans qu’on se regarde de travers ? »

« Gabrielle… la journée a été rude… » Protesta Ephiny d’un air las.

« Oui… déjà vu, déjà fait », répondit instantanément la barde. « Et je vais vous dire, ça rend les choses vraiment plus faciles si on a des visages amicaux à regarder dans les mauvais moments. » Du coin de l’œil, elle saisit l’expression rapidement cachée de douleur sur le visage de sa compagne. « Je devrais le savoir », amenda-t-elle.

« Comment ? » Demanda Pony, la voix pleine de sarcasmes. « Ne me dis pas que tu penses à elle. »

« Ecoute, arrête ça par Hadès », aboya Ephiny. « C’est ça qui a démarré tout ce foutu bazar, toi et tes conneries incessantes envers elle. Ça suffit maintenant. »

« Je n’ai fichument rien fait ! » Répondit Pony d’un ton coléreux. « Ce n’est pas moi qui… »

« Ça suffit. » La voix basse roula sur elles, noire de menace, si vibrante qu’elle fit écho sur les parois. « Tout le monde se tait. »

Dans le silence qui s’ensuivit, elles purent entendre le faible écoulement de l’eau à l’arrière de la grotte et le crissement d’une pierre qui tombait.

Xena se leva de toute sa hauteur et laissa son imposante présence faire son impact habituel. Bon sang, ça recommence. Je dis à tout le monde de la fermer, maintenant je dois trouver ce que je vais dire, moi. « Ecoutez. » Elle adoucit consciencieusement sa voix. « C’est une situation minable… et je sais que tout le monde est furieux, mais nous ne devrions pas nous en prendre les unes aux autres. »

Gabrielle écarquilla les yeux et battit des cils vers sa grande compagne. Xena qui fait la conversation sensible… il faut que je le note. Elle essaya de ne pas penser à son journal dans des mains ennemies.

Ephiny et Eponine échangèrent un regard, puis regardèrent la guerrière.

« Alors… écoute… je suis désolée de t’avoir enlevé ta chemise », dit Xena tranquillement.

Eponine cligna des yeux plusieurs fois. « Hum… je me serais sentie mieux si tu m’avais simplement fait tomber. »

La guerrière haussa une épaule. « Je n’étais fichument pas d’humeur. » Elle prononça les mots avec une exactitude prudente.

Les sourcils de l’Amazone se croisèrent. « Ouais… désolée de t’avoir poussée… mais… » Elle bougea un peu. « T’es malade ou quoi ? Tu t’es vraiment comportée de manière étrange. »

Xena regarda ses bottes puis leva les yeux vers Gabrielle, qui se frottait la mâchoire. « Hum… » La barde repoussa ses cheveux derrière une oreille. « En fait… elle va bien… c’est moi… j’attends… »

Eponine la regarda avec une confusion extrême. « Tu attends quoi ? »

Ephiny rit un peu et se rapprocha de l’Amazone brune. « Elle est enceinte, idiote. »

Le regard couleur miel alla sur elle puis sur Gabrielle, puis de nouveau sur elle, puis se figea sur le visage de Xena. « Beuh. » Paladia ricana doucement puis elle retourna son attention au visage toujours figé de Cait. Eponine se lécha les lèvres. « Enceinte… comme dans… comme… un bébé ? »

« Oui oui », l’assura Gabrielle. « Alors… tout ce truc nous remue un peu, je pense… nous partageons ce truc en quelque sorte. »

Eponine lâcha un soupir, son humeur coléreuse évanouie. « Ouaouh. »

La barde sourit. « Oui… Ouaouh. »

Lentement, la maîtresse d’armes tourna la tête. « Tu le savais ? » Demanda-t-elle à Ephiny.

La régente hocha légèrement la tête. « Oui… mais j’avais juré le secret. » Les yeux couleur noisette se tournèrent vers la silhouette de Gabrielle. « Notre amie ici présente voulait botter des fesses à la régulière. »

Eponine s’adossa et posa ses mains sur ses genoux. « C’est incroyable… et c’est sûr que tu les as bottées. » Elle laissa un rire ironique échapper de ses lèvres. « Mais tu ne peux pas l’être de beaucoup… quoi… un mois ? » Son regard détailla la silhouette mince de la barde.

Gabrielle rit. « Plus ou moins… bien qu’il faut que je te dise, Pony… tu es la première à ne pas me demander qui est le père. »

L’Amazone haussa les épaules d’un air nonchalant. « J’ai présumé que c’était Xena. »

La guerrière leva les mains et les laissa retomber. « Ephiny, tu ne leur parles pas des choux et des roses ? » Elle mit les mains sur ses hanches et lança un regard à Eponine. « Je ne suis pas équipée pour être un père, d’accord ? » S’exclama-t-elle, exaspérée.

Eponine sourit. « Compris. » Elle rit. « Nan… en fait… Gran m’a parlé du marché que vous avez conclu… j’ai deviné le reste toute seule. » Elle pencha la tête. « Pas d’offense pour ton frérot, Xena… mais je pense que tu feras un meilleur père qu’il ne le sera jamais. »

Xena s’était rassise et elle faisait un sourire embarrassé à Eponine. « Merci. »

Gabrielle soupira de soulagement tandis qu’elle sentait la tension se détendre dans la chambre. Elle prit sa soupe et alla vers sa compagne, s’installant sur le sol près d’elle et s’appuyant contre une épaule bienvenue. Xena fit immédiatement passer sa tasse dans l’autre main et glissa un bras derrière elle, attirant doucement Gabrielle contre sa poitrine.

« Mm. » Le sol dur s’évanouit tandis qu’elle se détendait contre la guerrière et le bras de Xena qui enserrait sa taille. La longue journée la rattrapait malgré la sieste et c’était agréable de rester ainsi assise tranquillement en fixant le petit feu sans penser à ce qui allait se produire le lendemain. Elle but sa soupe, mâchant les morceaux de fruits et de viande avec aise. « Je ne peux pas croire qu’elle vende son propre peuple… c’est vraiment décevant. »

Ephiny secoua la tête, s’appuyant contre la boîte derrière elle, pliant les jambes pour s’asseoir jambes croisées. « Je sais bien… bon sang… je me demande ce qui s’est passé. Je pensais vraiment qu’elle avait décidé de jouer franc jeu. » Elle se tourna vers Eponine qui était perchée sur la boîte près d’elle. « Tu ne le pensais pas ? »

La maîtresse d’armes étudia sa soupe puis fit un geste de la main. « Oui et non… je pensais qu’elle avait décidé de bien se conduire, oui… mais j’ai toujours pensé que c’était pour des raisons personnelles. » Elle prit une gorgée. « Et après qu’Erika l’a laissée… j’étais contente que tu décides de l’envoyer à l’avant-poste, je pensais que peut-être elle se tiendrait loin des affaires. »

Ephiny grogna. « Oui… » Elle regarda sa tasse puis leva les yeux. « C’est très bon, Gabrielle… merci. » Elle avait l’air un peu penaud. « Je ne sais pas comment tu fais ça… tu rends les mélanges meilleurs que n’importe laquelle de nos cuisinières. »

La barde rit doucement. « La pratique. » Elle passa la main le long de la cuisse de Xena, lui chatouillant doucement la peau. « Il a fallu que je devienne plutôt créative là dehors… nous n’avions pas beaucoup de variété. » Son regard alla momentanément sur le visage de sa compagne. « La pauvre Xena a dû passer par beaucoup d’essais et d’erreurs, malheureusement. »

La guerrière la regarda à son tour. « Je ne me suis jamais plainte. » Elle mit le nez dans sa soupe et mordilla un légume. « Vous voulez parler d’insipidité ? Vous devriez voir ce qu’une armée a comme nourriture. » Son regard était amusé. « J’avais l’habitude de transporter des épices juste pour couper le goût… la moitié du temps, je me contentais de sortir pour aller chasser, pour m’assurer que je n’allais pas être empoisonnée par erreur. » Ou de manière voulue, ajouta son esprit désabusé.

« Oh… alors les talents de pêche, c’est de l’autopréservation. » Gabrielle la taquina, ensuite elle regarda le feu. « Ils m’ont très certainement préservée plus d’une fois… après les désastres culinaires débiles. » Elle s’interrompit puis soupira. « Je n’aurais pas dû dire ça, maintenant j’ai envie de poisson. »

Elles se mirent à rire et Xena se tint l’estomac. « Où as-tu dit que se trouvait l’eau à l’arrière ? »

La barde se tourna à demi et secoua un doigt. « Tu ne vas pas pêcher, tu m’entends ? »

Les grands yeux bleus la regardèrent avec un air innocent. « J’ai dit que j’allais le faire, moi ? » Dit Xena d’un ton traînant en haussant un sourcil. « Peut-être que je veux prendre un bain. »

Gabrielle mit le bout de son doigt sur le nez de la guerrière, ses yeux vert brume brillant. « Je te connais. » Elle regarda le visage de Xena se détendre en un sourire et lui rendit à son tour, laissant tout autour d’elle diminuer pendant un moment. Puis Ephiny s’éclaircit la voix et Pony ricana, et la barde se tourna, la langue sortie vers elles avec impudence tandis qu’elle se réinstallait dans son endroit confortable.

Elles finirent de manger et Xena se leva, relâchant son âme sœur à contrecœur pour aller voir Cait. Paladia la regarda s’approcher et fronça les sourcils. « Elle ne s’est pas réveillée. »

La guerrière se mit sur un genou et s’appuya contre la table pour vérifier la blessure de la jeune Amazone. « Bon sang. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? »

Xena l’ignora. « Allons, Cait… tu es plus coriace que ça, je le sais. » Elle replaça le bandage sur la plaie horrible et rouge, puis elle se leva et pianota sur une hanche. « Je vais essayer… » Elle alla vers la boîte d’herbes et fouilla à l’intérieur, passant ses doigts entre elles avant d’en sélectionner plusieurs. Elle toucha les petites feuilles dans sa paume puis soupira. « Elles sont plutôt sèches. »

« C’est pas bon ? » L’ex-renégate la regardait avec précaution.

Xena prit une tasse et y mit les feuilles puis elle prit sa dague et les écrasa du manche avec soin. « C’est mieux si elles sont fraîches », expliqua-t-elle d’un air absent. « Elles ont plus d’effet. »

Paladia garda le silence un moment. « Il y en a par ici ? Peut-être que… c’est la pleine lune… » Elle s’interrompit brusquement tandis que les yeux bleus froids se tournaient vers elle de surprise. « Pas que ça m’intéresse… je demande juste. »

Une légère étincelle apparut. « Bien. » Xena hocha la tête d’un air sombre tout en versant de l’eau chaude sur les herbes pour les laisser infuser, faisant tourner la tasse en rythme pour les mélanger.

« Voyons si ça marche », murmura-t-elle. « Ecoute… j’ai besoin de toi pour la tenir… pour pouvoir lui faire boire ça. »

Paladia écarquilla les yeux. « Euh…non… je ne suis pas douée pour ça. »

Xena la regarda. « Pour quoi ? Viens juste par ici. » Elle mit un soupçon d’impatience dans sa voix. « Mets juste tes mains sous ses épaules. » Une pause. « Maintenant. »

La jeune femme blonde hésita puis elle alla vers la table et glissa ses mains avec embarras sous Cait. « Et maintenant ? »

« Soulève », dit Xena d’un ton traînant. « Je suis sûre que tu sais faire ça. »

Des yeux gris sans couleur la fixèrent, mais Paladia plia les bras, tressaillant alors que le membre blessé protestait. Elle souleva la tête de la jeune fille et regarda Xena se placer au bord de la table et ouvrir doucement la bouche de Cait, qui ne résista pas, pour verser lentement de la mixture, puis lui pencher la tête en arrière et toucher un point de pression sur sa gorge qui déclencha un déglutissement. Elle attendit un moment puis répéta la procédure. « Très bien », finit-elle par dire avec un soupir. « Tu peux la reposer. »

Ce que fit Paladia, retirant ses mains comme si elles avaient été mordues. Elle regarda le visage figé. « Ça n’a rien fait. »

Xena attendit, regardant patiemment, puis elle hocha un peu la tête pour elle-même quand elle vit une légère rougeur monter sur le cou de la jeune fille. « Donnons-lui le temps. » Elle se leva et regarda la grande femme. « Parle-lui. »

« Quoi ? ? ? » La voix de Paladia monta d’une octave. « J’ai rien à lui dire… c’est elle la parleuse. »

Xena haussa les épaules. « Très bien, ne le fais pas. » Elle remonta la couverture autour des épaules de Cait. « Je vais envoyer Gabrielle pour lui raconter une histoire, alors… elle aime ces longues histoires romantiques. » Elle fit semblant de ne pas voir Paladia tressaillir.

Elle traversa la grotte pour s’approcher de Gabrielle, tandis qu’Ephiny et Eponine fouillaient les boîtes à la recherche d’armes. « Vous avez trouvé quelque chose ? »

Gabrielle leva une arbalète miniature. « Et bien… des jouets de Solstice. » Elle testa le bout d’une flèche minuscule avec prudence. « Beuh… vous croyez vraiment au fait de démarrer jeune, hein ? » Elle tendit le jouet à Eponine et fouilla plus avant, sortant des masques, des plumes de rechange, des couvertures pliées, des menottes de poignets, des épées minuscules, trois Centaures en peluche et une seule poupée aux cheveux ébouriffés. « C’est pour quoi ça ? » Elle leva les bracelets avec curiosité.

Eponine regarda en l’air et Ephiny s’éclaircit la voix. « Hum… des ennemis », répondit-elle. « Tu sais… pour emprisonner des gens. »

Gabrielle en laissa pendre un qui avait des petites perles et de la fourrure. « Hmm. » Elle lança un regard à Ephiny. « Et moi qui pensais que les Amazones traitaient rudement leurs prisonniers. » Elle leva un doigt et fit bouger les perles.

« Et bien… » Ephiny mit les mains dans le dos. « Elles sont pour… hum… une détention longue… tu sais, nous ne voulons pas que quelqu’un ait la gangrène ou un truc comme ça. »

« Mmhmm. » La barde posa les menottes et fouilla encore. « Ah. » Elle sortit une paire de chobos. « C’est mieux. »

Eponine s’était affairée avec une autre boîte. « Il y a de vraies arbalètes ici », murmura-t-elle. « Oh oh… tiens Xena… je parie que tu aimeras ça. » Elle leva un fouet enroulé en cuir et le jeta à la guerrière qui l’examina judicieusement.

« Peut-être. » Elle déroula l’objet et le laissa traîner sur le sol, puis elle donna un coup de poignet et prit la dague cérémoniale des mains d’Eponine. « Pas mal. »

Gabrielle attrapa le bout du fouet et l’enroula autour de sa compagne avant de le nouer sur l’avant. « Arrête ça… tu vas blesser quelqu’un. » Elle tapota le ventre de Xena. « Sois gentille. »

Un haussement ironique d’un sourcil noir. « Oui, maman. » Elle soupira. « Je vais aller jeter un coup d’œil aux alentours… m’assurer qu’il n’y a personne. Vous toutes… » Elle fit une pause. « S’il vous plaît… restez ici. »

La barde lui lança un regard. « Seulement si tu promets de ne pas être partie longtemps. »

Xena fit tourner le bout du fouet. « Promis. » Elle se pencha en avant et embrassa la barde sur la tête. « Rends-moi un service… va là-bas voir si tu peux parler un peu à Cait… lui raconter une histoire, d’accord ? »

La barde hocha la tête. « D’accord. »

Xena les laissa fouiller et sortit, contente d’être hors de la grotte et dans l’air frais. Elle se tint là pendant un moment, à savourer la brise fraîche et l’odeur de la pluie qu’elle apportait avec elle. Bien. Elle se sentait soulagée. La pluie était une bonne chose, elle garderait les brigands au campement et les découragerait de renifler par ici.

Les premières gouttes étaient en fait, en train de frapper sa peau, mais elle décida de continuer à explorer, ne voulant rien laisser à la chance. Elle sauta sur un rocher puis se hissa dans les arbres, sautant de branche en branche dans un silence relatif. La pluie et le vent, qui l’accompagnait, couvraient son passage et elle fit le tour de leur campement en peu de temps à la recherche d’ennemis. Elle concéda que c’était un truc d’Amazone, mais c’était mieux que de traîner dans la boue et cela lui donnait un avantage sur quiconque sur le sol. Elle se balança légèrement sur une grande branche, réfléchissant, puis elle alla au bord, ajustant son équilibre tandis que celle-ci se pliait sous son poids. Elle atteignit le bout puis laissa l’élan la lancer plus avant.

Elle attrapa une branche plus haute et elle se hissa dessus puis elle s’assit, laissant ses jambes pendre tout en regardant le sol.

Un poste de guet. Juste un petit abri avec trois hommes à l’intérieur, blottis sous une couverture tissée et plus concernés à rester au sec qu’à assurer le guet. Xena songea à les tuer puis décida que non. Arella était une carte inconnue… elle n’allait pas prendre le risque que l’Amazone renégate tue une captive pour chacun de ses hommes trouvés mort.

Après les avoir observés en silence pendant un moment, elle se leva et avança, encerclant le village avec des compétences d’expert, marquant l’emplacement des gardes avec soin. Tout semblait tranquille, bien que tendu, et elle partit satisfaite que les attaquants restent tranquilles jusqu’au matin ou un temps meilleur.

Elle revint sur ses pas, plaçant ses bottes avec soin pour s’empêcher de glisser sur l’écorce maintenant glissante à cause de la pluie. Celle-ci la trempait, mouillait sa combinaison et plaquait ses cheveux en arrière, mais c’était bon et elle s’arrêta, laissant l’eau fouetter son visage penché.

Elle ouvrit la bouche et prit une gorgée, savourant la douceur pure, puis elle secoua la tête pour ôter ses cheveux de ses yeux, vivant pleinement le moment. Ensuite elle soupira et avança, sautant de l’arbre sur un tas de rochers, la pierre rugueuse râpant ses mains tandis qu’elle atterrissait ; puis elle se repoussa et se fraya un chemin sur le bord du tas vers un endroit où la forêt bloquait un passage aisé. Le village était derrière elle et elle ne voyait aucun signe de gardes. Bien. Elle était sur le point de revenir quand le vent apporta un son faible à ses oreilles.

Elle s’arrêta, se figeant et pencha la tête, fermant les yeux et étendant ses sens. Les bruits de la nuit lui arrivèrent, une chouette en chasse, le bruissement d’un petit animal qui fourrageait, la pluie, le vent… et le doux son rieur qui l’avait alertée. Elle chercha dans sa mémoire, essayant de le replacer, mais sans succès.

Intriguée, elle sauta des rochers et commença à se frayer un chemin à travers les buissons épais, les feuilles mouillées laissant tomber la pluie sur sa peau et laissant derrière elles une odeur riche et verte.

Le son devint légèrement plus fort et elle s’en intrigua, alors que le côté aigu lui rappelait un enfant, mais avec le mauvais timbre. La forêt se fermait autour d’elle et elle continua, glissant à travers une zone couverte de vigne d’où sortaient des épines blessantes qui la réclamaient, égratignant légèrement sa peau. Elle espéra silencieusement que ce n’était pas du sumac vénéneux et elle le déroula de son corps, la simple pensée lui causant une démangeaison qu’elle repoussa fermement de son esprit.

Le bruit augmenta et elle pouvait maintenant entendre d’autres sons, un grondement bas et éthéré, et le faible bruit reconnaissable d’un petit feu. Elle renifla, détectant l’odeur de bois mouillé brûlant et la senteur de la cuisine.

Bon sang, un fou avait établi son campement ici, se rendit-elle compte, en jurant. Elle devait les faire quitter la zone avant qu’ils ne soient capturés voire pire.

Tandis qu’elle se rapprochait, le bas grondement devint des mots et, choquée, elle réalisa que c’était une voix familière. Non… ce n’est pas possible. Elle se glissa dans la dernière paroi de buissons et regarda vers la faible lueur, ses yeux clignant et s’ajustant, transformant les silhouettes sombres avec un sursaut. Bon sang, si ça l’est.

« Alors… il faut être prudent, d’accord ? » La voix gronda, s’adressant à quelque chose sur le sol. « C’est important de ne laisser personne entrer en douce, alors regardez papa. » La grande silhouette contourna le feu sur le bout des orteils et regarda sous une main énorme dans l’obscurité. « Il faut toujours monter la garde, d’accord ? »

Xena sourit quand trois paires d’yeux dorés minuscules le suivirent, les museaux retroussés se plissant de sourires de délice. Elle s’avança, plaçant chaque botte avec une infinie précaution.

« Bien… si vous êtes bons, comme papa, personne ne peut vous surprendre, d’accord ? » Continua la voix grondante, et l’orateur avança autour du feu avec des pas exagérés. Une grande silhouette sombre de l’autre côté du feu regardait avec amusement. « Il faut toujours écouter… vous écoutez ? » Il mit une main sur son oreille. « Vous voyez ? Tout ce que vous pouvez entendre, ce sont les oiseaux et les petits animaux qui vivent leur petite vie inoffensive. »

Xena était maintenant pratiquement derrière lui et les ombres glissèrent sur sa peau tandis qu’elle avançait masquée, regardant les petits yeux dorés la suivre avec intérêt. Le spectateur de l’autre côté du feu la repéra et mit une main sur une bouche soudain souriante.

« Pas de méchants, pas de bêtes affamées… juste un doux et soyeux, et moelleux… ouaouh ! ! ! ! ! » Cria l’orateur et il attrapa ses fesses qui venaient juste d’être pincées. Il se lança dans les airs et plongea par-dessus le feu, finissant dans un tas de poussière. « Par la boule gauche d’Arès… qu’est-ce qui… » Ses yeux dorés se concentrèrent. « Ouaouh ! Xena ! ! ! ! » Un sourire révéla ses longues canines courbées. « Tu m’as eu comme un mouton… d’où est-ce que tu sors ? »

La guerrière lui sourit. « Salut, Jess », dit-elle d’un ton traînant en mettant ses mains sur les hanches. « Alors… quel genre d’animal doux, soyeux et moelleux je suis ? »

Elaini éclata de rire et tomba de la bûche sur laquelle elle était assise.

Le grand être de la forêt qui faisait presque deux mètres et était couvert d’un pelage épais, bondit pour se mettre debout et s’épousseta, secoua la tête et traversa le campement pour l’enserrer dans une grande étreinte. « Aucun », grogna-t-il doucement dans son oreille. « Fallait que tu fasses ça devant les gamins, hein ? »

La guerrière se sortit de sa formidable prise. « Tu vas me présenter ? » Une pause. « Et qu’est-ce que tu fais par ici, par Hadès ? » Elle regarda devant. « Salut Elaini. » L’autre être de la forêt la salua de la main, riant toujours.

Jessan s’agenouilla et prit les trois petits paquets. « On te cherchait pour répondre à ta question. » Il montra le plus grand paquet qui se révéla être une boule de poils à l’air robuste, avec un pelage rouge foncé remarquable. « Voici Xena junior. »

La guerrière prit la couleur du pelage du bébé tandis que l’être de la forêt lui tendait joyeusement le bambin. Elle la prit dans le creux d’un bras tandis que le bébé la fixait, les yeux agrandis de fascination. Les poils couvraient la plus grande partie de son corps, à part le minuscule museau et elle remua un tout petit poing doré vers la guerrière. « Salut toi », dit Xena en riant.

« Boo ! » Déclara robustement le bébé. « Aga ! »

Jessan sourit. « Elle t’aime bien. »

Xena haussa un sourcil. « Et qu’est-ce qui te fait dire ça ? » Elle regarda les deux autres boules de poils qui clignaient des yeux vers elle. « Jess… ils sont adorables. »

Son grand ami sourit en montrant ses canines. « Merci. » Il regarda Elaini qui venait s’accroupir près d’eux. « Je pense qu’ils lui ressemblent, elle n’arrête pas de dire qu’ils ressemblent à ma mère… c’est une discussion constante. » Il tendit le second bambin. « Voici la petite Gabrielle. »

La guerrière s’assit jambes croisées dans la poussière et elle posa son homonyme sur ses cuisses tandis qu’elle accueillait sa petite sœur, qui avait un pelage d’un doré profond, qui lui rappelait celui de Jessan, et des grandes oreilles qui bougeaient et donnaient au bébé une expression très alerte. « Salut. »

Les yeux du bébé s’arrondirent à sa voix et ses oreilles bougèrent.

« Ooh… elle aime bien ta voix », dit Elaini en riant. « Elle adore la musique… tu devrais entendre Jessan chanter des petites chansons le soir. »

Xena leva les yeux vers le grand être de la forêt, qui rougit, son museau se fonçant. « Ooohhh. »

Jessan roula ses yeux dorés. « Oui oui oui… et voici le petit Warrin. » Il chatouilla les pieds de son fils et le bébé donna des coups de pieds vigoureux. Warrin avait un pelage très foncé, presque brun, comme celui du père de Jessan. « Une sacrée équipe, hein ? »

Le regard de la guerrière était concentré sur ses deux charges aussi elle rata l’expression momentanée d’appréhension sur le visage de l’être de la forêt alors qu’il fermait les yeux pendant un long moment. Quand il les rouvrit, une expression de soulagement profond couvrait ses traits. « Bon… qu’est-ce que tu fais ici ? » Il toucha sa jambe. « Nous allions vers Amphipolis. »

« Ah. » Xena prit une inspiration. « Bien… c’est une bonne chose que je vous ai trouvés. » Elle laissa la petite Gabrielle lui tenir le doigt et sourit quand le bébé tira dessus avec aise. « Nous rendions visite aux Amazones, et elles… pour couper court, leur village a été capturé. »

Elaini et Jessan échangèrent un regard surpris.

« Alors… nous travaillons sur un plan pour le récupérer », continua Xena. « Mais il faut que nous vous sortions d’ici… ils ont des patrouilles dans les bois. »

« Est-ce que… » Jessan hésita. « Tu as dit ‘nous’ ? »

Xena le regarda, un peu surprise. « Gabrielle et quelques-unes des Amazones… nous nous sommes cachées dans une grotte de provisions tout près. » Elle étudia son visage. « Tu as dit que vous me cherchiez… il se passe quelque chose ? »

Un silence embarrassé tomba tandis que Jessan jouait avec les poils de son genou, puis il finit par lever les yeux. « Nous avons entendu… beaucoup de mauvaises choses. »

La guerrière baissa le regard. « Je vois. » Elle prit une inspiration et croisa son regard. « Je suis sûre que la vérité est pire que ce que vous avez entendu. »

Une tristesse douloureuse emplit ses yeux tandis qu’il la regardait et lisait la vérité sur son visage. « Xena. » Une main poilue lui prit le poignet.

Elle prit un moment pour composer ses pensées puis soupira. « Nous avons survécu. » C’était, elle le savait, la seule réponse qu’elle pouvait lui donner. Qu’elle pouvait donner à Jessan, qui connaissait la longueur et la largeur de ce qui les joignait, Gabrielle et elle, et à qui la douleur de ce qu’elles avaient souffert paraîtrait… impossible.

Le regard ferme d’or liquide qui avait saisi le cœur du feu était posé sur elle. « Je peux Voir ça », répondit calmement Jessan. Elle est passée par les feux d’Héphaïstos… et ça l’a tempérée. Son esprit ressentait un soulagement calme de l’étreinte horrible qu’il avait ressentie depuis que les histoires circulaient. Ses parents avaient dit que son voyage était une folie, mais il fallait qu’il voie par lui-même.

Wennid, bien sûr, avait simplement dit qu’elle avait toujours su que leur lien n’était pas le même que celui de leur peuple. Cela le rendait tranquillement content d’être capable de rentrer et de lui dire, Tu avais raison mère. Ce n’est pas le même. Il est plus fort.

Il pouvait le Voir. Voir l’équilibre chaud qui l’entourait et la corde blanche féroce qui la liait à Gabrielle qui était maintenant si forte, qu’elle rivalisait avec n’importe quoi qu’il ait vu auparavant. « Je suis content… je ne peux pas te dire à quel point. »

Cela lui valut un léger sourire de la guerrière, qui était complètement malmenée par sa toute petite homonyme. Le bébé avait réussi à attraper sa combinaison et était déterminée à grimper le long de son corps mouillé. « Hé… qu’est-ce que tu fais ? » Le bébé fronça les sourcils.

« Je vais ranger nos affaires. » Elaini se leva. « Contente d’être à couvert ce soir dans tous les cas… ma fourrure va moisir. Elle se secoua, envoyant des gouttes partout.

« Oui… » Xena lui fit un vrai sourire cette fois. « En plus… je sais que Gabrielle va les adorer tous les trois… et j’ai une patiente là-bas que je dois surveiller. » Une chaleur passa sur elle tandis qu’elle faisait rebondir les bébés gargouillant sur son genou. Elle s’était demandé comment elle allait faire pencher la balance en leur faveur… maintenant elle avait sa réponse.

Pendant un instant, elle faillit avoir mal pour ses ennemis.


Paladia regarda vers le feu où se trouvaient les deux Amazones et Gabrielle qui fouillaient inlassablement des boîtes et des caisses, en sortant tout ce qui ressemblait à une arme, et des trucs dont Paladia savait assurément que ça ne l’était pas. Elle réfléchit rapidement à l’idée d’aller les aider puis elle décida que ça ressemblait plus à se chercher des ennuis.

Au lieu de ça, elle retourna son attention vers Cait, dont la respiration semblait s’amplifier un peu. « Hé. » Paladia se pencha en avant. « Hé… réveille-toi. » Elle n’eut aucune réponse et fronça les sourcils. « Hé… allez… il faut que tu te lèves », la poussant de la voix, espérant qu’elle pourrait obtenir une réponse avant que Gabrielle ne vienne et ne la soumette à l’une de ses longues histoires joyeuses et à la guimauve.

Prudemment, l’ex-renégate regarda les trois femmes qui avaient commencé à se disputer avec force sur quelque chose. « Oh dieux… elles recommencent… hé… » Elle poussa un peu le bras de Cait. « Ecoute… tu rates des trucs… et tu vas être plus furieuse qu’Hadès si tu ne te réveilles pas. »

Cait bougea un peu.

« Allez… allez… tu adores ces ragots… tu rates vraiment de bons trucs… tu rates qu’elles s’excusent l’une l’autre comme un groupe de marchands dans un accident de chariot… et tu rates les deux quiches qui se crient dessus… et tu rates plein de bêtises à la guimauve et sirupeuses comme tu les aimes. »

« C’est pas sirupeux », reçut-elle dans une faible réponse.

Paladia fut surprise et vit les yeux clairs de Cait à demi ouverts et qui la regardaient, brumeux. « Oh… ouais… génial. T’es réveillée », marmonna-t-elle. « Je parie que tu te sens minable. »

La gorge de Cait bougea tandis qu’elle déglutissait avec difficulté. « Beuh. »

L’ex-renégate lui lança un regard soupçonneux puis elle se souvint des ordres de Xena. « Hé… tu veux de l’eau ? J’en ai. »

La jeune fille inspira et expira plusieurs fois. « Oui. »

Paladia apporta l’outre d’eau puis elle se rendit compte que Cait ne pourrait pas boire dans la position où elle se trouvait. Oh, par Hadès. Elle fronça les sourcils. « Ecoute… tu vas devoir t’asseoir pour boire. »

Cait ferma les yeux et elle secoua la tête faiblement. « Peux pas. »

Un moment d’hésitation. « Ça fait mal, hein ? »

Un léger hochement de tête.

Bon, elle ennuyait vertigineusement tout le monde, mais c’était pas une mauvaise fille. « Très bien… hum… attends… voyons si je peux te redresser ici… » Elle s’avança avec embarras, se mit sur un genou et mit son bras valide sous les épaules de Cait avant de la soulever un peu.

Les yeux gris battirent de surprise et elles se regardèrent. Paladia fronça les sourcils et poussa l’outre d’eau en avant. « Tiens… et aspire. »

La jeune fille le fit jusqu’à ce qu’elle tombe en arrière, épuisée. Paladia la laissa retomber rapidement et se recula.

« Chut. » Gabrielle attrapa la combinaison en cuir d’Ephiny et tira dessus. « Fais comme si tu ne regardais pas et regarde par là. »

Les yeux noisette s’écarquillèrent. « Faire comme si je ne regardais pas, mais regarder ? Gabrielle, il faut que tu dénoues ta langue de barde. » Mais elle jeta quand même un coup d’œil, un sourcil blond montant jusqu’à son front. « Pet de Centaure », ricana-t-elle doucement. « Regardez-moi ça. »

Eponine tourna légèrement la tête et regarda les deux femmes de l’autre côté de la grotte. Paladia avait un bras autour de Cait et l’aidait à boire. « Que je sois un canard tout retourné dans une mare de boue », grogna la maîtresse d’armes. « Pas sûre de savoir de quoi il retourne… je m’attendais à ce qu’elle détale après qu’on est sorties du village. »

« Oui. » Ephiny plissa le front. « Pas que je m’en plaigne… » Elle eut un regard plus doux pour Eponine. « Après tout elle t’a sortie de leurs serres… je lui dois ça. » Elle tapota doucement le bras d’Eponine. « Mais je m’y serais aussi attendue… je me demande à quoi elle joue. »

Gabrielle regarda les deux jeunes filles de l’autre côté de la grotte puis son regard revint sur Ephiny et Eponine. Puis elle scruta le toit de la grotte tout en secouant la tête de dégoût. « Peut-être qu’elle a juste décidé de faire de bonnes choses », proposa-t-elle, tranquillement, tandis qu’elles se retournaient pour la regarder. « Ça arrive parfois, vous savez. »

Eponine grogna et lança un regard ironique à la barde. « Gabrielle… je t’aime bien, mais tu es souvent jusqu’au cou dans ces trucs romantiques parfois, tu sais ? »

La barde sourit tranquillement. « Peut-être bien… mais ça me fait beaucoup plus sourire quand je regarde le monde. » Elle observa Paladia qui reposait Cait et se reculait, et elle sourit dans un souvenir affectueux.

Elle n’avait pas voulu tomber de cet arbre. Ça avait été un accident quand elle avait essayé de lutter pour monter dans ses branches pour attraper des noix, tandis que Xena était partie chasser ou quoi que ce soit. Elle avait presque réussi à descendre… une dernière branche, puis son pied avait glissé et elle s’était sentie tomber, puis la douleur et l’obscurité avaient tout bloqué.

Elle s’était réveillée avec la tête battante et désorientée, l’obscurité au-dessus d’elle au lieu du soleil faiblissant dont elle s’était souvenue, et elle avait entendu le bruit des flammes pas loin. Son regard avait voyagé un instant seulement, avant qu’une silhouette sombre et ombrageuse la surplombe.

« Qu’est-ce que tu croyais faire, par Hadès ? » Avait demandé Xena d’une voix en colère.

La barde avait dégluti. « N… non… rien… je… juste des noix… je ne voulais pas… » Elle s’était sentie tellement stupide et si jeune… ça ne faisait qu’un mois qu’elle avait convaincu la guerrière de la laisser voyager avec elle, et maintenant, ça. « Xena… je… »

Un bruit sourd tandis que la grande femme s’était laissé tomber sur un genou près d’elle et avait pris l’outre d’eau. « Laisse tomber », avait-elle dit brusquement. « Bois juste ça. »

Et Gabrielle avait essayé, malheureuse et embarrassée, elle s’était soulevée sur un coude puis elle s’était roulée en boule avec un grognement tandis qu’une vague d’étourdissement et de nausée l’avait submergée.

Xena avait juré doucement puis elle s’était rapprochée et l’avait soulevée, la soutenant tandis qu’elle buvait abondamment l’eau de l’outre. Le bras de la guerrière était très puissant et plus chaud qu’elle ne s’y était attendue tandis qu’il s’enroulait dans son dos, et elle en avait tiré du réconfort, tandis que sa tête arrêtait lentement de battre. « Merci », avait-elle dit d’une voix douce et rauque tandis que Xena la laissait se remettre sur le dos. Puis elle avait tâtonné autour d’elle, tirant la petite bourse qu’elle avait mise dans son dos jusqu’à ce qu’elle soit libre. Elle l’avait poussée dans la main de la guerrière. « Tiens… je sais que tu les aimes… je voulais te faire une surprise. »

Elle avait laissé ses yeux se refermer, mais pas avant de voir l’expression de surprise embarrassée sur le visage anguleux de Xena tandis qu’elle regardait dans la bourse pour voir les noix nichées à l’intérieur.

Ça ne valait pas que tu te brises le cou, Gabrielle », avait répondu la guerrière, un peu agacée.

Gabrielle avait réussi à ouvrir un œil cependant, assez pour voir la lueur chaude du feu se refléter sur un tout petit sourire un peu intrigué tandis que Xena choisissait une noix et l’inspectait.

Si ça le valait, Xena, songea-t-elle en regardant ces trois dernières années. Chaque petite, minuscule, chouïa de fraction de progrès avec toi en valait la peine.

Elle soupira alors et retourna à ses fouilles, sortant plusieurs couches de capitonnage doux et laineux. « On peut mettre ça sous Cait… je parie que cette table est inconfortable. » Elle s’arrêta de parler en sentant une présence familière et elle leva les yeux pour voir la tête sombre de son âme sœur se pointer. « Hé. »

Xena sourit. « Y avait du monde dans les bois. » Elle se glissa dans la grotte et se retourna, faisant un signe de la tête. « J’ai trouvé des amis. »

Jessan passa la tête dans la pièce éclairée par la torche, se poussant dans l’ouverture à peine assez large pour son grand corps.

« Jess ! » Gabrielle laissa tomber ce qu’elle tenait et se dirigea vers lui.

« Hé… boule de poils ! » Eponine se mit à rire, ses bras enserrant sa poitrine.

Jessan les regarda, masquant ses yeux d’une main couverte de poils. « Hé… vous n’êtes plus bleues. C’est cool ! » Il sourit et souleva Gabrielle qui s’approchait de lui, puis il porta la barde à l’intérieur. « Entrez tout le monde. »

Elaini entra, baissant la tête pour passer l’entrée et en décalant le paquet de ses épaules qui portait les trois enfants.

« Oooh… » Gabrielle gazouilla en les voyant. « Bonjour Elaini. » Elle sourit à l’être de la forêt qui lui rendit son sourire. « Ils sont teeeeeeelllement mignons. »

Ils avancèrent dans la pièce et posèrent leurs affaires, ensuite Elaini retira le sac de son épaule et présenta les Amazones et Gabrielle aux trois boules de poils qui criaient pour attirer leur attention. Leurs petites voix qui grognaient et miaulaient firent légèrement écho dans la grotte et bientôt tous furent assemblés autour du feu à échanger des nouvelles.

Xena les observa un moment puis elle alla vers Cait, toujours allongée, et elle fit un petit signe de tête à Paladia. L’ex-renégate fixait Jessan et Elaini avec stupeur et elle tourna brusquement la tête vers la guerrière qui s’agenouillait au côté de la jeune Amazone. « C’est quoi ça ? »

Des yeux bleus froids la fixèrent brièvement. « Des gens. » Elle fit une pause. « Des amis. »

Paladia absorba ces paroles.  « Le même qu’on avait dans la montagne ? »

« Une tribu différente, mais oui », répondit Xena en vérifiant la blessure sur la poitrine de Cait.

« Elle s’est réveillée », se dépêcha de lui dire l’ex-renégate. « Elle a bu. »

Xena hocha la tête, satisfaite. « Bien. » Elle fit tout de même un sourire grognon à la grande femme blonde. « C’est une battante… je pense que ça va aller. » Elle posa la main sur le front de Cait et la jeune fille ouvrit à nouveau les yeux, repérant son héroïne préférée, ce qui lui soutira un faible sourire.

La guerrière sourit en retour. « Il faut vraiment que je t’apprenne à attraper les flèches maintenant, hein ? » Elle regarda vers Paladia. « Tu te détends maintenant. »

Xena regarda le groupe autour du feu pendant un moment puis elle alla nonchalamment vers les caisses, fouillant dans leur contenu jusqu’à ce qu’elle trouve un carré de tissu qu’elle utilisa pour se sécher. Gabrielle racontait une histoire et elle sourit un peu, tandis que son âme sœur utilisait ses mains pour faire bonne mesure. Elle examina les armes que ses amies avaient trouvées, prit la minuscule arbalète pour enfant et la fit tourner dans ses mains avec curiosité. Elle arma le mécanisme miniature et fut étonnée quand le tout petit carreau traversa la grotte et se logea dans les cheveux bouclés d’Ephiny. La régente se tapota la tête, sentit l’objet, et elle le retira pour l’examiner tout en se retournant pour regarder Xena. Oups. Celle-ci réfréna un sourire.

« Xena. » Ephiny lui lança un regard noir.

« Désolée. » La guerrière leva le jouet. « Je ne savais pas qu’elle était chargée. »

Gabrielle rit et se leva. « Pour autant que je m’amuse, je pense que nous ferions mieux de prendre du repos. Demain sera dur. » Elle s’étira et alla vers les boîtes pour en retirer une jarre en terre cuite. « Je vais chercher de l’eau… je pense que nous n’en avons presque plus. »

Xena tendit la main vers la carafe. « J’y vais. »

Elle tenta de retirer la jarre des mains de la barde, mais Gabrielle la retint fermement, se souvenant de l’ouverture étroite et sombre dans laquelle elle devait se glisser pour aller à la petite source. « Je peux le faire… tu veux bien nous trouver quelque chose sur quoi nous allonger. »

Un regard calme et un haussement de sourcil. « Très bien. »

Jessan s’approcha. « Je peux aller avec toi, Gabrielle ? » Il leva une outre décorée et sourit quand elle hocha la tête.

Ils se frayèrent un chemin dans le couloir arrière sombre, une brèche irrégulière dans la montagne qui s’ouvrait et se refermait autour d’eux, griffant les larges épaules de Jessan contre la roche, ce qui le fit jurer entre ses dents. Ils se poussèrent à travers l’ouverture finale et Gabrielle soupira tandis qu’elle se perchait sur le bord de la source, une brèche dans la roche qui laissait passer un léger écoulement d’eau froide gargouillant et qui venait bouillonner dans un bassin naturel, puis partait plus loin dans la pierre. « Jess… c’est génial de te voir… Xena a dit que tu te rendais à Amphipolis ? » Elle repoussa ses cheveux en arrière et regarda son grand ami.

L’être de la forêt s’installa près d’elle, débouchonna son outre et la plongea dans le liquide pour la remplir. « Oui. » Il fit une pause, embarrassé. « Je… nous étions inquiets pour toi. »

Les yeux vert brume, avec des touches de miel dans la lumière de la torche se plantèrent sur lui. « Oh. » Combien de temps vais-je devoir me confronter à des amis et devoir… Ses épaules s’affaissèrent un peu. Devoir revivre tout ça.

Jessan mit une main chaude sur son bras. « J’aurais dû m’en douter… c’est si bon de vous revoir toutes les deux », ajouta-t-il affectueusement. Maintenant, il le savait, ce n’était pas le moment de parler de tout. Ils auraient du temps quand la crise serait passée.

Gabrielle prit une inspiration et se redressa, lui produisant un sourire calme. « Merci… c’est bon aussi de vous revoir. » Elle fit une pause. « Ça a été… vraiment dur… et nous avons beaucoup traversé, mais… » Elle toucha son collier. « On continuait à avancer. »

Jessan sourit. « Je sais. » Il ferma les yeux et LA vit, puis il les rouvrit, surpris. Par Arès… elle attend un enfant… je me demande si… « Hum… » Il se mâchouilla la lèvre, faisant ressortir ses crocs presque de manière comique. « Alors… comment te sens-tu ? » Demanda-t-il avec éclat.

Un léger rire. « Je me sens très bien, merci et toi ? » Les yeux de Gabrielle étincelèrent légèrement et elle se demanda s’il pouvait dire qu’elle était enceinte, puis elle décida qu’il le pouvait certainement, de la façon dont il se comportait. « Pourquoi ? »

« Hum… et bien… je… » Il remua une main poilue. « Je demandais juste… rien… vraiment… je… hum, Gabrielle ? »

« Oui Jessan ? » Répondit la barde innocemment.

« Alors… tu… euh… aimes mes enfants ? » Les yeux dorés clignèrent de manière ingénue.

« Je les adore », l’assura Gabrielle. « Ils sont adorables… bien que ce soit étrange de t’entendre les appeler par leur nom. » Elle le maintint sur des charbons ardents, alors qu’il essayait visiblement de trouver un autre moyen de lui poser la question, puis elle laissa tomber et rit doucement. « J’espère avoir autant de chance. » Elle tapota son ventre avec un sourire. « Bien que pas autant d’enfants. » Un rire ironique s’ensuivit.

Il se frotta le front. « Dieux. » Sa mâchoire arrondie bougea plusieurs fois. « J’espérais que tu savais. »

Cela lui valut un rire de la part de la barde. « Oh oui… en fait, on a eu un indice avec ces histoires que tu racontais au Solstice. » Elle se détendit, contente de repousser le moment de parler du passé. « Xena a commencé à avoir des symptômes bien avant moi. »

Le visage velu de Jessan devint blanc puis intrigué. « Qu’est-ce que tu veux dire ? » Demanda-t-il prudemment.

Gabrielle le regarda. « Le truc du partage… tu sais. » Elle pencha la tête en signe de questionnement. « Elle a les nausées… et les fringales… et moi surtout le som… Jessan, qu’est-ce qui ne va pas ? »

L’être de la forêt s’assit et mit ses mains sur les épaules de Gabrielle. « Tu me dis que Xena partage ta grossesse. » Sa voix montrait son incrédulité.

Elle haussa les épaules. « Et bien… oui… je veux dire, c’est ce qui s’est passé pour vous… tu m’as dit que ça arrive avec des gens qui sont… et bien, tu sais… comme nous. »

Jessan prit une inspiration. « Et bien… oui », finit-il par répondre, après avoir hésité un peu. « Mais… heu… seulement quand deux Unis sont les parents de l’enfant… et je… » Il haussa ses sourcils poilus. « Je suppose que ça pourrait être différent pour vous… je veux dire… visiblement c’est… je pense que je… Gabrielle ? »

La barde le fixait attentivement. « Est-ce que tu es en train de me dire que quand ce sont deux personnes comme nous qui ne sont pas toutes les deux les parents, ça n’arrive pas ? » Sa voix était douce et prudente.

Jessan eut l’air confus. « Et bien… oui… mais c’est nous, Gabrielle… vous n’êtes pas… je veux dire… je présume que c’est juste différent pour vous. »

Gabrielle se leva et s’éloigna de lui, s’entourant de ses bras dans un questionnement. « Oui. » Un sourire timide s’installa sur son visage. « Jess… ne dis pas ça à Xena, d’accord ? »

« Mais… » L’être de la forêt avait l’air tristement perdu. « Gabrielle. »

Elle se retourna et mit les doigts sur ses lèvres. « C’est bon. » Elle lui fit un sourire rassurant. « Je lui dirai. »

Jessan leva la main. « D’accord… d’accord… mais… heu…. Gabrielle, tu… je veux dire que, à moins que Xena ne soit BIEN PLUS remarquable que je ne pense qu’elle est… et c’est possible bien entendu… alors… euh… »

« Je sais. » La barde rit. « Et non… c’est Toris le père. »

« Ohhh… » Les épaules velues se relaxèrent. « D’accord… bien… ça… oui, ça a du sens. »

Elle pencha la tête. « Ça explique les symptômes ? »

« Euh… non. » Jessan secoua la tête. « Mais ça a du sens que ce soit lui… je veux dire… »

Gabrielle hocha la tête. « J’ai compris. » Elle prit sa jarre, anxieuse de rentrer. « Allez… avant qu’ils n’envoient quelqu’un à notre recherche. » Xena, j’espère que tu nous as trouvé un petit coin privé rocheux… Elle se pressa devant l’être de la forêt, son humeur sombre totalement évaporée.


A suivre – 6ème partie