Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 7ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


« Gabrielle ? » Xena pencha la tête et regarda autour d’elle tandis qu’elles traversaient le village pour aller vers leurs quartiers.

« Hmm ? » La barde leva les yeux.

« Il y a des gardes partout », répondit la guerrière un peu amusée. Chaque encadrement de porte, chaque entrée, chaque endroit ouvert semblaient renforcés par une guerrière Amazone pleinement armée et très sérieuse. « Qu’est-ce qui se passe ? »

« De la paranoïa et une bonne dose de sérieux embarras », répondit ironiquement Gabrielle. « Je veux dire… les voilà, ces guerrières Amazones rudes, coriaces et tout le bazar… et elles se font prendre avec leur… hum… cuir par terre comme ça. » Elle soupira. « Tu aurais dû entendre Eponine leur faire la leçon. »

Xena absorba ces paroles pensivement. « Et bien… oui… je présume que… je peux imaginer ce que je ressentirais si ça m’arrivait », dit-elle aimablement. « Je serais plutôt embarrassée moi aussi. »

Le regard vert alla vers elle. « Comme si. » Gabrielle lui mit un coup du dos de la main sur le ventre. « Et en plus… tu es plus dangereuse mouillée, nue et couverte de savon qu’elles ne le sont pleinement armées comme un porc-épic. »

La guerrière eut un petit sourire narquois. « Tu le penses, hein ? » Elle détestait qu’on lui fasse des compliments comme ça, habituellement, mais quand c’était Gabrielle qui le faisait… Xena soupira d’un air joyeux et se contenta de savourer le sentiment chaleureux et flou.

« Tch. » Gabrielle mit la main dans le creux du coude de sa compagne et chantonna, satisfaite. « Tu sais que tu as tenu tête à environ deux cents guerriers tarés esclavagistes et bien armés aujourd’hui ? »

« Ouille… » Xena leva les yeux au ciel. « Gabrielle, enfin… s’ils étaient trente, c’est déjà beaucoup… et leurs armures étaient rouillées et la moitié avait… » Elle saisit le sourire espiègle sur les lèvres de son âme sœur. « Petit poison… tu te moques de moi. »

« Hé. » La barde remua un peu tout en marchant. « Je suis douée, ou quoi ? »

La guerrière relâcha un rire penaud. « Tu m’as bien eue, oui. » Elle baissa le regard. « Hé… je peux revoir ce petit mouvement ? C’était mignon. »

Gabrielle rougit un peu. « Non… maintenant que tu le mentionnes, je ne serai pas capable de le refaire », murmura-t-elle tandis qu’elles atteignaient leur porte et que Xena l’ouvrait. « Tu penses que c’est sans danger d’aller prendre un bain ? Je me sens comme une mare de boue de six jours. »

« Hmm… » Xena se rapprocha et regarda avec attention dans l’oreille de la barde puis elle tendit la main et avec un geste rapide comme un éclair, elle captura quelque chose. « Tu ferais mieux », répondit-elle sérieusement, ouvrant sa main pour montrer un petit têtard. » Si tu as ça à cet endroit… »

La barde écarquilla les yeux en fixant la créature, qui remuait dans la paume de sa compagne. « Oh… crotte de Centaure… c’est dégoûtant ! » Elle attrapa ses deux oreilles, cherchant avec agitation. « Xena… regarde s’il y en a d’autres… beuh… si ça rampe dans mon oreille, je vais devenir folle… je… »

Elle leva les yeux et saisit le sourire espiègle.

« Toi… toi… » Balbutia la barde.

« Je t’ai eue. » Xena sourit, prenant le têtard pour le jeter par la fenêtre.

« Ouilllle ! ! ! » Gabrielle se jeta sur son âme sœur et elles se renversèrent, finissant sur le lit, la barde faisant un effort déterminé pour clouer les bras de la grande femme et la chatouiller. « Je vais… ouille… oooh… arrête ça… Xena… Yiiiiiiiiihhh. »

« J’adore ce cri », murmura la guerrière d’un ton sensuel juste à son oreille.

Gabrielle interrompit son attaque et regarda les yeux très bleus à quelques centimètres des siens. « Ah oui, hein ? » Elle baissa un peu la tête et goûta aux lèvres de Xena, tandis qu’elle sentait les doigts chatouilleux changer pour une caresse plus apaisante. « Est-ce que ça t’intéresserait un bain agréable, chaud et privé avec moi ? »

« Mm. » Xena sentit un sourire se frayer un chemin sur ses lèvres. « C’est bon d’être la Reine, pas vrai ? » Elle mordilla le cou de la barde, remontant doucement le long de sa mâchoire.

Gabrielle se laissa perdre dans une légère brume pendant un instant. « Reine ? De quoi ? » Finit-elle par marmonner en mettant la tête d’un côté pour regarder sa compagne avec un sourire idiot.

« De mon cœur ? » Répondit la guerrière.

Un haussement de sourcils blonds et une main sur le front bronzé de Xena. « Marrant… tu es froide… » Commenta ironiquement la barde. « C’était incroyablement sentimental de ta part, Xena. »

« Oui… » Un soupir. « Je sais. » Xena roula sur le côté pour qu’elles soient en face l’une de l’autre, étirée de toute sa longueur sur le lit. Elle croisa les chevilles et remua son pied botté. « Je pense que tu déteins sur moi. »

« Hmm. » Gabrielle y réfléchit tandis qu’elle étudiait minutieusement le visage de Xena. « Il m’aura fallu longtemps. » Elle sourit.

Xena sourit en retour.

« Tu sais… » La barde hésita puis prit une inspiration et continua. « Je suis vraiment contente qu’on soit amies. »

La guerrière cligna des yeux à cette déclaration inattendue. « Et bien… moi aussi, mais… d’où est-ce que ça vient ? »

« Quand j’étais petite… » Gabrielle dessina un motif sans but sur la couverture. « Il y avait deux autres gamines dans le village… et elles étaient très bonnes amies. Je jouais avec elles de temps en temps… et je les aimais bien. » Elle s’interrompit et rassembla ses pensées. « Mais je me suis toujours sentie… quand j’étais avec elles… et bien un peu… une intruse, je pense ou bien… juste… en plus et même quand on s’amusait, j’étais un peu triste. »

« Mpf. » Xena fit un petit son d’encouragement.

« Et j’ai interrogé l’une d’elles là-dessus… tu sais… qui m’a dit que c’était juste… et bien, elles étaient meilleures amies, c’est tout, et tous les autres ne faisaient… pas partie de ça. » Gabrielle soupira un peu. « Je ne comprenais pas… je ne savais pas ce que c’était… »

Elle leva les yeux. « Et maintenant, je le sais. » Elle enroula ses doigts avec ceux de Xena. « C’est d’avoir toujours quelqu’un vers qui se tourner… d’avoir toujours une épaule sur laquelle pleurer… savoir qu’on a quelqu’un avec qui on ne fait pas semblant. »

Le regard bleu était silencieusement posé sur elle et elle entendit le léger bruit tandis que Xena déglutissait. « Quelqu’un qui connaît tous les mauvais recoins en toi et s’en fiche », murmura la guerrière.

Gabrielle se mordit la lèvre et hocha la tête. « Quelqu’un à qui on peut tout dire et avec qui on peut tout partager. » Elle serra ses doigts. « Tellement de gens ne savent pas ce que c’est, Xena. »

Un lent soupir. « Je sais. »

« Je suis vraiment contente de ne plus en faire partie », conclut Gabrielle en levant leurs mains jointes pour effleurer les doigts de Xena de ses lèvres, souriant quand elle détecta l’odeur subtile des herbes de la hutte de guérison.

Xena sourit. « Moi aussi. » Elle caressa affectueusement la joue de la barde, sentant la douceur de sa peau avec un sentiment tranquille de plaisir.

Elles restèrent allongées en silence pendant quelques instants, à simplement y réfléchir, puis Gabrielle relâcha un soupir. « On y va ? Je pense que la hutte de bains est vide… Eponine a institué des horaires stricts. Pas plus de deux à la fois, pendant un quart de chandelle.

La guerrière éclata de rire. « Est-ce qu’elle les surveille elle-même ? »

« Probablement. » Gabrielle leva les yeux au ciel puis se calma. « Qu’est-ce qu’on va faire avec elle et Eph ? »

« On ? » Xena haussa les sourcils. « Nous ?... Gabrielle, ce sont toutes les deux des adultes, au cas où tu ne l’aurais pas remarqué. » Dieux… entremetteuse pour les Amazones… je n’y survivrai pas.

« Qui agissent comme des ados entêtées », répliqua la barde avec un ricanement, tandis qu’elle roulait hors du lit et tirait Xena avec elle. « Ouf… viens… tu es trop grande pour que je te traîne comme un sac à patates. »

« Heureusement. » Xena eut un sourire narquois tandis qu’elle attrapait la barde et la berçait. « Je ne peux pas en dire autant de toi. » Elle commença à marcher vers la porte. « Un bain chaud, en route, votre Majesté. »

« Xeeeeenaaaaa… » Gabrielle tira sur sa chemise. « Allons… arrête… tu ne peux pas valser dans tout le village en me portant ! »

La guerrière ouvrit la porte d’un pied  avec talent. « Et pourquoi pas ? » Demanda-t-elle, raisonnablement, tandis qu’elles émergeaient dans l’air humide, qui était presque, mais pas complètement, chargé de pluie. « C’est le genre de service que les Amazones devraient donner à leur Reine. »

« Oh arrête ça. » Gabrielle rit, abandonnant et se contentant de passer les bras autour du cou de la grande femme tandis qu’elles se dirigeaient vers la hutte de bains. Les Amazones de garde dans le village clignèrent des yeux puis masquèrent des sourires tandis qu’elles passaient près d’elles. « Xena… elles ricanent. »

Xena s’arrêta, plissa les yeux et fit un tour lent et complet sur elle-même, jetant un regard noir à tout ce qui était sur le chemin. Des corps sursautèrent pour se mettre au garde-à-vous et des visages se figèrent pour devenir sérieux instantanément. « Non, elles ne ricanent pas », informa-t-elle son âme sœur qui convulsait silencieusement. « Tu vois ? » Elle continua avec un sourire satisfait.

La hutte était presque vide, comme Gabrielle l’avait prévu. Il n’y avait qu’Ephiny, qui trempait tranquillement dans une splendeur privée de régente, une éponge épaisse posée sur le front. Elle roula la tête d’un côté et les regarda quand elles entrèrent. « Oh… » Puis elle se redressa avec un air un peu alarmé. « Hé… Gabrielle, tu vas bien ? »

La barde remua les pieds et lança ce qu’elle pensait être un air suffisamment hautain. « Bien sûr… ce n’est pas comme ça que la plupart des Reines voyagent toujours ? » Elle tapota l’épaule de Xena. « Dépose-moi, s’il te plaît. » Elle ignora royalement Ephiny qui éclatait de rire.

La guerrière la posa avec soin, puis elle alla vers les seaux qui étaient mis à chauffer près de l’âtre. Elle en attrapa deux et alla vers une baignoire vide, les vida et repartit en chercher.

Gabrielle s’appuya contre la baignoire d’Ephiny avec un sourire amical. « Je parie que cette eau est agréable. »

La régente calma son rire et hocha la tête. « Oh oui… j’ai fini par enlever la boue de… heu… partout. » Elle tourna son regard vers Xena qui finissait sa tâche avec régularité. « Hé… si tu en as l’occasion, pourrais-tu coincer Pony et vérifier cette coupure sur son cou ? Je pense qu’elle a vraiment mal, mais… »

Xena s’interrompit et posa ses bras sur la baignoire, puis elle plia un doigt en direction de son âme sœur. « Bien sûr… » Répondit-elle. « Ça a sûrement besoin d’être nettoyé… nous n’avons pas vraiment fait attention à ça pendant le combat… par Hadès, il m’a fallu du temps pour sortir la saleté de mes éraflures. »

« Qui a fait ça ? » Demanda la barde, d’un ton espiègle tandis qu’elle tâtait l’eau d’un doigt. « Oooh. »

La guerrière lui ébouriffa les cheveux. « D’accord… c’est toi. » Elle l’éclaboussa. « Allez… entre là-dedans. »

Gabrielle retira volontiers sa combinaison en cuir et sauta dans la baignoire, soupirant de plaisir tandis que l’eau chaude la recouvrait. Xena déboucla son gambison et la rejoignit, s’installant derrière la barde appuyée contre le bord de la baignoire. Elle prit une barre de savon aux herbes qu’elle avait apportée avec elle et commença sur le dos de la barde. « En parlant de boue… Dieux, Gabrielle… on voit la trace de ta combinaison. »

La barde ne répondit pas, trop affairée à savourer les doigts puissants qui lui massaient le dos. Xena continua, mais tourna la tête vers Ephiny. « Les choses reviennent à la normale ? »

La régente haussa les épaules. « Plus ou moins… il va falloir des lunes avant que les egos ne sortent du tas de fumier… » Ses yeux noisette luirent un peu. « Mais je vais te dire une chose… c’était assurément bon d’être l’une des sauveuses pour changer… bon sang que c’est un bon sentiment. »

Xena rit. « Oui… je sais. » Elle frotta derrière les oreilles de Gabrielle et secoua la tête dans un faux désespoir. « Je pense avoir trouvé un autre têtard là-dedans », la taquina-t-elle doucement.

Gabrielle tourna la tête et lui lança un regard d’un œil vert à demi ouvert. « Je t’en donnerai des têtards… je vais en mettre dans ton lit plus tard. » Elle passa un doigt à l’intérieur de la cuisse de Xena. « Je les laisserai se tortiller partout. »

La guerrière eut un reniflement de rire, se mordant la lèvre. « Arrête ça. »

« Oohhh… » La barde sourit d’un air diabolique. « J’ai trouvé le bon endroit, pas vrai ? » Elle passa la main le long de l’autre cuisse puis les chatouilla toutes les deux, sentant le corps de sa compagne convulser. « Hé. »

« Gabrielllleeeee… » La supplia Xena à travers ses dents serrées. « Tu vas le regretter… »

« Eheheheheheheheh. » La barde rit en chatouillant plus fort. « Je ne pense pas… ouah ! » Elle sentit des mains l’attraper et la maintenir et puis de longs doigts agiles trouvèrent les points les plus chatouilleux. « Aaaaaaahhhhh ! ! ! ! »

« Chut ! » Siffla Ephiny. « Tu vas faire peur aux gardes, Gabrielle ! Elles vont avoir une crise cardiaque ! ! »

La barde se mordit fort la lèvre et se tortilla, envoyant de l’eau hors de la baignoire tandis qu’elle luttait. « D’accord… d’accord… » Elle haleta. « Je me rends ! »

Xena arrêta immédiatement et la tira en arrière pour la poser contre elle, les deux mains encerclant sa taille et la pressant légèrement. « Bien. »

Gabrielle se détendit, laissant sa tête mouillée reposer sur la poitrine de la guerrière, tandis qu’elle jetait un coup d’œil à Ephiny. « Désolée. » Elle sourit d’un air ironique. « On se laisse emporter parfois. »

« Quelles gamines. » Ephiny les regarda, sentant une note d’envie inattendue lui saisir la poitrine. Gabrielle avait un air tranquille et satisfait sur le visage qui allait avec l’indulgence paisible sur celui de sa compagne et toutes les deux présentaient une image de… dieux, était-ce possible qu’elles soient heureuses? Xena posa le menton sur la tête de la barde et sourit, les muscles de ses épaules tendus alors qu’elle rapprochait Gabrielle.

Elles étaient heureuses. Ephiny soupira intérieurement. Même après tout ça. Elle pencha la tête en arrière et regarda le plafond, comptant les épissures là où le chaume se serrait et se chevauchait. Malgré tout ça. Elle laissa son regard vagabonder et vit Xena fermer les yeux, tandis qu’elle écoutait Gabrielle lui parler d’une voix trop basse pour qu’elle puisse l’entendre. La guerrière rit légèrement, un rire de gorge, et sa compagne produisit un sourire en réponse.

Cela ramena directement son dilemme dans son esprit et elle se souvint d’une chose que Gabrielle avait dite, au sujet de pourquoi elles avaient décidé de faire avancer leur amitié vers un royaume plus profond. « Xena a dit… qu’elle était fatiguée de lutter contre ça. »

Oui. On pouvait être fatigué de ça. Admit Ephiny pour elle-même. On pourrait être fatiguée de beaucoup de choses. « Et bien… je vais m’habiller ensuite je… dois faire quelque chose », annonça-t-elle tranquillement.

« Quelque chose d’urgent ? » l’interrogea Gabrielle, savourant le savonnage de son âme sœur. « Tu as besoin d’aide ? »

Ephiny sourit d’un air désabusé au chaume. Probablement. « Non… rien d’important… finissez, vous deux… et on va faire un souper partagé ce soir, jusqu’à ce que la cuisine retrouve son ordre. » Elle se tourna vers Xena. « Je suppose que ça n’inclut pas ces poissons que tu sais si bien attraper, hein ? »

Xena haussa un sourcil. « Je pense que ça peut s’arranger », admit-elle.

La régente hocha la tête puis sortit de l’eau et s’enveloppa dans une grande serviette en coton, serrant proprement les bouts. « Bien… on se voit sous peu. »

Elles la regardèrent partir puis se tournèrent l’une vers l’autre. « Il se passe quelque chose », dirent-elles dans un chœur sérieux. Xena rit. « Je présume qu’on le verra plus tard. »

Gabrielle se blottit un peu plus et commença à nettoyer attentivement la peau de sa compagne de ses lèvres. « Beaucoup plus tard. » Elle évita soigneusement la blessure de la flèche et remonta. « Bien… bien… plus tard. » Elle effleura les lèvres de la guerrière des siennes. « Ça te va ? »

Xena rit doucement, ses mains commençant déjà un doux voyage sur le corps de la barde. « Tu es la Reine. »


Ephiny prit son temps pour aller vers ses quartiers. Elle voulait examiner avec soin l’endroit pour s’assurer que les choses étaient remises en état comme elles le devaient et que le nettoyage avançait à un bon rythme. Plusieurs Amazones étaient affairées à reconstruire l’énorme fosse pour le feu et elles lui firent signe lorsqu’elle passa tout près. « Faites la sympa et grande », dit la régente avec un sourire. Il leur faudrait le reste de la journée et une partie de la soirée pour remettre les choses en ordre, mais bon sang, elles allaient célébrer ce festival comme si c’était la dernière chose qu’elles faisaient.

Célébrer la moisson et l’année à venir. Et les amies tombées, nota-t-elle avec des regrets. Deux des sentinelles avaient été tuées et le reste était à divers stades de guérison ; elles avaient fait confiance à Arella et l’avaient laissée entrer, certaines la saluant comme une amie. Elle jura pour elle-même à nouveau pour ne pas avoir vu ça arriver, pour avoir cru que la femme irait simplement dans l’arrière-pays et se comporterait bien.

Ah, bon… ce n’est pas comme s’il y avait un entraînement pour ça,  se raisonna-t-elle. Il faut juste prendre la meilleure décision possible et vivre avec.

Ouais. Elle s’arrêta sur son seuil et se retourna, s’appuyant longuement sur son mur à juste respirer. La brise humide effleurait sa peau et repoussait ses cheveux bouclés en arrière, tandis qu’elle répétait ce qu’elle voulait dire. Ce qu’elle voulait expliquer. Finalement, elle soupira et se redressa puis elle hocha un peu la tête et entra dans la hutte.

Eponine était assise à la table de travail, son poing droit emmêlé dans ses cheveux, la tête relevée. Elle travaillait sur un ensemble de pages de parchemin, sa plume tenue fermement dans sa main gauche. Ça avait toujours intrigué Ephiny, parce que comme combattante, l’Amazone aux cheveux noirs était strictement droitière. Elle tirait à l’arc, tenait son épée et un bâton de la manière conventionnelle, mais elle avait admis être naturellement gauchère quand la régente l’avait surprise à gribouiller une fois. Elle resta là un moment à étudier le profil de la maîtresse d’armes au nez retroussé, puis son visage se fendit en un sourire et elle s’installa dans le siège en face d’elle. « Hé. »

Eponine sursauta puis leva les yeux. « Dieux, Eph… tu m’as presque fichu une frousse bleue. » Elle cligna des yeux. « Je ne t’ai pas entendue entrer. »

« Je vois ça. » Ephiny mit les deux bras sur la table et tira sur le coin du parchemin. « Qu’est-ce que tu fais qui est si intéressant ? »

Pony regarda ses mains et lissa les plumes. « Hum… » Elle étudia le document. « Oh… ce n’est… rien… juste des rapports… des trucs… je ne… je réfléchissais juste à autre chose. »

Ephiny la fixa tranquillement. « Ah oui ? Comme quoi ? » Elle garda son ton léger, sentant que son amante était distraite par quelque chose.

Un léger haussement d’épaules. « Juste des trucs… sur ce qui s’est passé, et… juste… je ne sais pas. »

La régente soupira puis se leva et alla vers la commode, l’ouvrit et en sortit une chemise légère pour remplacer sa serviette. Elle plia le tissu mouillé en deux puis l’étendit sur une barre dans le mur faite pour cela. Puis elle rassembla ses esprits et retourna vers la table de travail, s’installant sur l’accoudoir du fauteuil dans lequel Eponine était assise, et elle posa un avant-bras sur l’épaule de la jeune femme.

Pendant un long moment, cette dernière ne bougea pas puis elle leva les yeux avec hésitation.

Ephiny cligna des yeux. Elle connaissait Eponine depuis pratiquement toute sa vie et elle avait vu bien des expressions sur le visage de l’Amazone, qui allaient de la colère à la joie, au dégoût, à la tristesse. Mais c’était la première fois qu’elle voyait de la crainte dans ces yeux chaleureux couleur miel. Par réflexe, elle tendit la main et lui prit la joue. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Les muscles bougèrent sous ses doigts, mais Pony se contenta de hocher la tête. « Rien… que… qu’est-ce que tu veux dire ? »

Elle pouvait l’avoir imaginé, sûr… se dit Ephiny, sauf qu’elle pouvait voir le battement du cœur de Pony contre la peau claire de son cou et elle savait que ce n’était pas le cas. D’un autre côté, faire admettre que quelque chose n’allait pas à son amante bornée était un territoire plutôt effrayant, alors elle décida de continuer avec son petit discours préparé. « Ecoute… je sais que ça a été difficile pour nous ces derniers temps. »

Le visage d’Eponine resta figé. « Tu es toujours en colère contre moi pour avoir bousculé Xena, hein ? » Murmura-t-elle d’un ton désabusé.

Ephiny haussa les sourcils. « Non… non… c’est… c’est fini ça, pas vrai ? Par Hadès, elle s’est excusée, ce qui pour moi équivaut au mont Vésuve qui cracherait du vin de miel. » Elle haussa un peu les épaules. « Je sais comment ça marche avec toi. »

La femme brune baissa le regard pour regarder un coin du sol de la hutte. « Oui… je… j’aurais dû me rendre compte que… je présume que ça a… je suis désolée. »

« C’est bon. » La régente reprit ses esprits. « Bref, je sais que ça a été dur… et on n’a pas eu beaucoup de bon temps, et je… » Ephiny s’interrompit, voyant le mouvement brusque de la lumière tandis que les muscles de la mâchoire de son amante se serraient si fort qu’elle pouvait tracer chaque ride de son menton à son oreille. Un regard vers le bas lui montra les doigts de la maîtresse d’armes serrés autour de sa plume, ses phalanges ressortant. Toute son attitude, Ephiny s’en rendit compte, était celle de quelqu’un qui attendait qu’on la frappe.

Se préparant à quelque chose de douloureux, très. Son cœur se serra et elle glissa de l’accoudoir et s’agenouilla, pour que Pony soit obligée de la regarder dans les yeux. « Qu’est-ce qui ne va pas, bon sang ? » Elle garda sa voix très douce. « Allez maintenant… tu me fiches la frousse. »

Pony déglutit à grand bruit puis elle inspira et se força à un calme presque irréel. « Hé… » Sa voix se brisa un peu, puis elle se reprit. « Ce n’est pas un problème, Eph… je comp… je comprends. » Elle se lécha les lèvres. « C’était probablement mieux comme ça dans tous les cas… je veux dire… tu dois en avoir assez de tout ça… »

Ephiny enroula sa main autour de la sienne et la serra. « De quoi parles-tu ? » Elle sentit les frissons convulsifs sous ses doigts et elle essaya frénétiquement de deviner ce qui se passait.

« Je veux dire… je me dis que… tu vas… me demander de partir, et je… je ne t’en blâme pas, tu, enfin… c’est bon. » Les muscles de la mâchoire jouèrent encore, mais une vie entière de guerrière mit un calme solide sur son visage si tendu d’angoisse que ça faisait mal à voir.

Ephiny laissa lentement sa tête aller vers l’avant et poser sur l’accoudoir. Oh dieux… qu’est-ce que je lui ai fait ? Comment peut-elle penser… et si c’est ce que… ce qu’elle v… La régente soupira légèrement. J’ai été tellement aveugle. Elle roula la tête d’un côté et ouvrit les yeux, pour regarder le visage figé et tranquille. « Non… je n’allais pas te demander de partir », répondit-elle doucement. « J’allais te demander pardon pour ce que je t’ai fait traverser. »

Eponine cligna plusieurs fois des yeux, comme si son esprit avait du mal à comprendre les mots d’Ephiny, si sûre qu’ils n’étaient pas ce qu’ils devaient être. Elle relâcha finalement un souffle retenu. « Oh. » Un seul mot, tellement plein de soulagement indicible que c’en était douloureux à entendre. « Ne t’inquiète pas pour ça », ajouta-t-elle dans un murmure.

Comme c’est typique. Ephiny sentit un petit sourire triste quelque part, tandis que sa trépidation se dissolvait. Elle fit une pause. « Je veux… m’inquiéter pour toi. »

Surprise, elle pointa son regard couleur caramel sur elle.

« Tu… passes un temps fou à t’inquiéter pour moi… et je… me disais… je pense que tout d’abord, je voulais te remercier pour… avoir été là… et… et d’avoir accepté tout ce truc que j’ai traversé, et tout ça. » Pendant un moment, Ephiny eut l’impression que sa langue faisait des nœuds. Dieux… Comment fait Gabrielle pour gérer tout ça, par Hadès? A l’entendre, c’est facile… bon sang, Gabrielle, ce n’est pas facile !  « Et je sais que c’était pourri, et toi… je veux dire, les choses sont devenues un peu étranges après ce qui est arrivé avec elles… et… et je sais que je t’ai blessée. » Voilà. C’était dit. « Je suis désolée. » Ça aussi.

« Hum… » La pauvre Pony semblait submergée. « Non…non… c’est… c’était bon… je… heu… je suis une grande fille, pas vrai ? » Elle attrapa une frange sur sa combinaison et la laissa tomber. « Une Amazone… mauvaise, coriace… je peux gérer des trucs. » Son regard passa la pièce en revue puis s’arrêta sur le visage d’Ephiny. « Mais… heu… je pensais que tu en valais la peine. » Eponine produisit un petit sourire d’espoir, qui partit rapidement. « Bien sûr, je n’ai jamais vraiment compris pourquoi tu… » Elle leva une main tremblante et montra le village. « Tu as le choix. »

Un sourire désabusé et triste glissa sur le visage de la régente. « Tu es tellement modeste. »

Eponine fronça les sourcils.

« C’est l’une des choses que j’aime le plus en toi. » Ephiny sentit les mots sortir facilement avant qu’elle puisse mesurer leur signification ou juger de leur impact, et elle se retrouva à fixer un visage tellement stupéfait, et si ouvert, que ça lui en brisait le cœur.

« Qu… qu… une des ch… ch… choses ? » Bredouilla Eponine doucement.

Ephiny décida que c’était le plus doux des sentiments. « Parmi de nombreuses choses, oui. » Elle entrelaça ses doigts avec ceux de la jeune femme. « Tu ne vas pas me frapper parce que j’ai dit ça, pas vrai ? » Une pause. « Pony ? » Une pause plus longue. « Hé… » Ephiny se pencha en avant, inquiète, en voyant l’expression grande ouverte et stupéfaite.

Une expression de bonheur et de délice enfantine transformait le visage de l’Amazone brune. « Je ne pensais pas que tu… » Elle poussa un rapide soupir. « Je veux dire que… nous… euh… je pensais seulement que… » Elle fut à court de mots et s’effondra de nouveau sur le dossier de son fauteuil, le soulagement liquéfiant ses muscles.

Ephiny s’assit jambes croisées sur le sol et appuya sa tête contre la hanche d’Eponine, entourant son genou de sa main. « J’étais juste tellement convaincue que je ne pouvais pas… risquer… d’être trop aimante », admit-elle doucement. « Je suis désolée… je jure que je le suis. »

Les doigts d’Eponine trouvèrent leur chemin dans les cheveux de la régente et les caressèrent affectueusement. « Qu’est-ce… qui t’a fait changer d’avis ? » Sa voix était rauque, mais pas à cause de la tension.

La régente sourit tristement. « La Reine. »

Un soupir rauque. « Elle t’en a parlé, hein ? »

Ephiny secoua la tête. « Non. » Elle bougea et se tourna pour la regarder. « Elle n’a pas eu besoin de prononcer un seul mot. » Des traces d’humidité brillante descendirent le long du visage d’Eponine et alors qu’elle clignait des yeux, une goutte tomba et atterrit sur le bras de la régente.

Eponine la fixa avec étonnement, ensuite elle se frotta le visage, irritée, reniflant avec embarras. « Désolée », murmura-t-elle. « La dernière fois que j’ai fait ça c’est quand ce sanglier m’a cogné sur les fesses. »

« Viens là. » Ephiny lui proposa une manche, ce qui nécessitait qu’elle se lève et se remette sur l’accoudoir. Et ensuite, ce fut plus facile de mettre tout son bras autour d’Eponine pour lui donner plus de tissu à utiliser.

Ce qui se transforma en une étreinte très satisfaisante, qui la réchauffa pleinement, d’une façon très étrange et très spéciale.

Marrant, se dit Ephiny. Mélosa m’a appris le courage… mais elle ne m’a jamais dit que parfois… la chose la plus courageuse qu’on peut faire…

C’est de se rendre.

Hé. Une légère pensée amusée chassa la précédente. Et ça ne m’a même pas pris deux ans pour le comprendre.


Des pas de course approchants l’alertèrent. L’Amazone se rapprocha en criant. « Reine Gabrielle ! » Et elle était presque arrivée à l’entrée principale des quartiers de la reine quand une grande main lui couvrit inopinément la bouche. « Qufmf flf. » Les yeux de la femme s’agrandirent jusqu’à ce qu’elle voit qui était son assaillante.

Xena retira sa main avec précautions. « Chut. » Elle fronça les sourcils. « Par Hadès, c’est quoi tout ce bruit ? »

« Désolée. » L’Amazone se gratta l’oreille. « Le conseil des Anciennes se réunit… elles m’ont envoyée chercher la régente, mais… »

La guerrière pencha la tête d’un côté. « Mais ? »

« Hum… elle m’a dit de… heu… » La femme hésita. « Elle était occupée. »

« Occupée », répéta Xena lentement. « Qu’est-ce qu’elles veulent ? »

L’Amazone ricana. « Tu penses qu’elles me l’ont dit à moi ? » Elle soupira. « Bref… je pensais chercher Gabrielle à la place. » Son regard alla vers la porte. « Est-ce que… elle est là ? »

Xena hocha la tête. « Oui oui… mais elle est… hum… occupée. » Ses yeux bleus brillèrent quand elle vit les épaules de la jeune femme s’affaisser. En fait, son âme sœur était profondément assoupie et Xena avait pleinement l’intention que ça reste ainsi. « Alors je présume qu’elles m’auront à la place. »

La femme sursauta puis fixa la grande femme avec incertitude. Après un instant, elle eut un sourire de travers. « D’accord. »

La guerrière lui tapota l’épaule. « Je vais juste déposer ça. » Elle souleva le bâton qu’elle portait et passa la porte, passant un instant à regarder la silhouette immobile sur le lit. Gabrielle était blottie sur le côté, un bras sous la tête et l’autre enroulé sur le bord de l’oreiller. Xena l’avait couverte de leur couverture, la surface sombre et poilue lui faisant soulever les cheveux éparpillés sur le bord.

Elle lutta contre un désir insidieux de rejoindre la barde. Son corps avait soudainement besoin du contact et ne voulait rien d’autre que de se mettre au lit et entourer sa compagne endormie de ses bras, tandis que son esprit entendait déjà le murmure satisfait que Gabrielle ferait à cette occasion. Il lui fallut un puissant effort pour nier le besoin, plus qu’elle ne l’avait anticipé, et elle ferma longuement les yeux de concentration avant de les rouvrir lentement. Bon sang. Allons, Xena… un peu de discipline. Tu ne peux pas passer toute la journée au lit.

Et pourquoi pas ? rétorqua sa conscience obstinée. Avec un soupir, elle mit le bâton contre le mur et pointa Arès, qui était enroulé près de la barde, sa tête autour des genoux de cette dernière. « Prends soin d’elle, d’accord ? » Le loup plia les oreilles et elle sourit, puis elle se retourna et rejoignit l’Amazone impatiente.

Elles marchèrent en silence jusqu’à ce que la femme s’éclaircisse la voix. « C’était une idée géniale, ce tunnel. »

Le regard bleu se posa sur elle, légèrement amusé. « Merci. » C’était quoi son nom ? Kisi ? Pisi ? Oh… oui… Dosi. Ces fichues Amazones s’affublaient de noms vraiment farfelus parfois. Elle soupçonna que ce n’était pas le vrai nom de la femme, mais celui qu’elle avait pris en rejoignant la Nation. « Contente que ça ait marché. »

Dosi hocha la tête. « Oui… on a entendu du bruit dans la cave… on s’est dit qu’un animal y était entré. » Elle se mordilla la lèvre. « Et après un moment, ça ressemblait vraiment à un énorme animal… ça nous a fichu une frousse bleue. »

Xena continua à marcher. « Et alors… qu’est-ce que vous auriez fait si ça avait été un animal ? » Demanda-t-elle. « Et comment il serait entré là-dedans selon vous ? »

L’Amazone se gratta la tête. « J’en sais rien… je pense que le niveau de frustration était si élevé qu’on espérait que ce serait un animal plutôt que de continuer à transpirer, puer et faire des commentaires mesquins sur nos anatomies comparées. »

Xena éclata de rire puis elle se retint. « Désolée… je sais que ça n’était vraiment pas drôle. »

Dosi fronça les sourcils puis sourit aussi. « Oui, c’est vrai. » Elle soupira en poussant la porte de la chambre du conseil. « Ben, bonne chance. »

La guerrière lui lança un regard. « Merci. » Elle laissa l’Amazone derrière elle à la porte et elle entra, consciente du silence soudain lorsque sa haute silhouette remplit l’encadrement. Elle s’arrêta juste à l’entrée et son regard balaya la pièce.

Une douzaine de visages surpris et légèrement mal à l’aise la regardèrent.

« Besoin de quelque chose ? » Demanda la guerrière, haussant les sourcils.

La femme sur le siège central se leva. « Hum… nous… n’étions pas vraiment… je pensais que nous avions demandé… »

Xena haussa les épaules. « Ephiny est occupée quelque part et Gabrielle dort. » Elle fit une pause. « Je ne vais pas la réveiller… alors si vous avez besoin de quelque chose… vous n’avez que moi. » Elle alla vers un tabouret posé au centre du demi-cercle formé par les tables du conseil et elle s’y assit. Il était visiblement là pour les gens qu’on interrogeait, mais elle en prit possession avec une telle assurance que c’était plutôt les autres qui étaient scrutées par elle.

Exactement comme elle le voulait. Elle croisa les bras sur sa poitrine et haussa un sourcil interrogatif tout en croisant les jambes aux chevilles. « Et bien ? » Hmm… Elle jeta un coup d’œil circulaire. Ça fait un bail que je n’ai pas été la plus jeune dans une pièce. Ce qui amena un petit sourire bizarre sur ses lèvres.

« Ah. » La plus vieille des anciennes mit le bout de ses doigts sur la table et se pencha un peu en avant. « Je vois », lança-t-elle, visiblement décontenancée. « Est-ce que la Reine va bien ? » Demanda-t-elle finalement. « Je ne savais pas qu’elle était blessée… »

Xena se détendit un peu. « Elle va bien », rassura-t-elle la femme. « Elle fait juste une sieste. »

« Bien… bien… » Répondit la femme. « Ah… bien… » Elle carra ses épaules et reprit le contrôle sur elle-même. « C’est un peu embarrassant, Xena… le sujet que nous souhaitions soulever avec Ephiny ou Gabrielle, c’était… hum… et bien, c’est toi. »

Un sourire paresseux se forma sur les lèvres de la guerrière. « C’est ce que je pensais », dit-elle d’une voix traînante. « Qui peut mieux répondre à vos questions alors ? »

Les anciennes échangèrent des regards puis la plupart d’entre elles haussèrent les épaules. « Bien vu », déclara franchement la femme et elle s’assit. Son regard étudia avec soin la grande silhouette tranquille devant elle. Xena avait remis son gambison, ne se sentant pas bien à l’idée d’exposer son corps à l’abrasion du cuir vu la myriade de coupures et d’endroits douloureux et les Amazones semblaient trouver le vêtement fascinant. « J’ai compris que c’est toi qui as eu l’idée du plan pour creuser jusqu’ici ? »

Xena hocha aimablement la tête. « Ça m’a semblé être le chemin le plus rapide. » Elle inspecta ses ongles qui, malgré le long bain, étaient toujours tachés d’argile rouge. « C’est pas l’endroit où je me suis le plus amusée, mais ça a marché. »

Un petit silence. « Tu es blessée. » L’ancienne fit un geste vers sa jambe, où un bandage ressortait, d’un blanc cru sur la peau bronzée de la guerrière.

« Quelques broutilles… rien de grave », répondit Xena, joyeusement, tout en se morigénant d’avoir laissé Gabrielle la plaquer industrieusement de bandages propres. Elle s’était sentie comme une annonce sur pattes pour un marchand d’herbes de soins avant que la barde ait fini. « Gabrielle voulait s’assurer que ça restait propre cette fois-ci », indiqua-t-elle, ironiquement, en se souvenant de l’air paisible sur le visage de son âme sœur tandis qu’elle se détendait simplement sous les soins de la jeune femme. La barde avait un tel plaisir à s’occuper d’elle… comme si elle était un étalon de prix, ou autre chose que Xena lui soumettait habituellement elle-même, juste pour voir son sourire.

« Ah. » L’ancienne hocha la tête. « Elle… a un fort sentiment à ton égard. »

Xena ne sentit pas que cela nécessitait une réponse, aussi elle se contenta de hocher la tête pour confirmer.

« Franchement, nous avons été un peu surprises quand Ephiny nous a dit que vous deux envisagiez une… cérémonie d’union ici… je sais que nos relations n’ont pas été cordiales ces derniers temps. » La femme parlait tranquillement, le bout de ses doigts en pointe et ses lèvres pressées contre. « Je ne pouvais pas imaginer que tu veuilles volontairement faire partie de la Nation. »

Xena réfléchit à la question en prenant son temps. Le silence dans la pièce ne la gênait pas, bien qu’elle puisse voir que ça rendait quelques-unes des anciennes un peu agitées. Elle se contenta finalement de hausser les épaules. « Moi non plus », répondit-elle avec honnêteté. « Vos… dissensions internes… les attitudes… vous me rendez dingue la plupart du temps. »

Elles clignèrent des yeux, ne s’attendant pas à cette franche admission.

« Mais c’est une part de la vie de Gabrielle… et c’est quelque chose qu’elle veut vraiment partager avec moi alors… » Les yeux bleus étincelèrent avec ironie. « Alors… par Hadès. »

Une des anciennes, une petite femme aux cheveux gris qui avaient dû être roux autrefois, se pencha en avant. « Alors… c’est ça ? C’est la raison ? Pas que tu veuilles aider la Nation… pas que tu aies quelque chose à offrir… pas que tu penses que nous serions de bonnes alliées… juste… juste parce qu’elle veut que tu le fasses ?

Xena sourit. « Ouaip. » Elle se réinstalla et les regarda.

La femme ricana. « Et nous devons t’accepter avec tes termes, c’est bien ça ? »

La guerrière la fixa. « Ouaip… parce que je ne vais pas en changer avant longtemps. »

Le silence était maintenant assurément glacial. « Ce n’est pas… notre façon de faire », déclara la femme aux cheveux gris. « Pas même pour notre reine. » Elle regarda ses camarades. « Quelle garantie avons-nous… »

Xena se leva et glissa vers elle, utilisant au mieux sa grande taille tandis qu’elle s’appuyait sur la table, surplombant l’autre femme. « Aucune. » Elle baissa volontairement la voix. « La seule garantie que vous ayez c’est ceci – aussi longtemps que votre intérêt va dans le sens du sien, je suis là, compris ? » Elle jeta un regard appuyé autour de la table, laissant son côté sombre et audacieux ressortir pleinement. « Je n’ai pas besoin des Amazones, compris ? Mais dans les trois prochaines années, je suis sûre que vous aurez besoin de moi et à plus d’une occasion. »

Le silence accueillit ses paroles.

« Alors, arrêtons ce galimatias », finit Xena. « Je ne suis pas ici pour être jugée par vous. »

La femme aux cheveux gris la regarda droit dans les yeux. « Tu n’es pas très diplomate, pas vrai, Xena ? »

Un sourire en coin recourba les lèvres de la guerrière. « Je laisse ça à Gabrielle. » Elle fut consciente du mouvement des femmes qui contournaient la table et se mettaient autour d’elle, mais elle resta immobile et attendit.

Elles étaient tout près, tellement près qu’elle pouvait sentir le cuir qu’elles portaient et elle se redressa, laissant ses bras tomber le long de son corps tandis qu’elles se rapprochaient d’elle. Elle garda une respiration régulière, mais le duvet de sa nuque se dressa et elle ne put empêcher le minuscule frisson de réponse qui tendait ses muscles juste sous sa peau et mettait ses sens dans une alerte douloureuse. J’espère qu’elles ne vont pas tenter quelque chose de stupide. Je ne suis pas d’humeur.

Le silence s’épaissit. Douze Amazones rusées entouraient leur proie, les mains glissant vers les armes. Xena les dépassait d’une bonne tête et pesait plus que la plupart d’entre elles, mais elles ne semblaient pas intimidées. « Je pense qu’on n’aime pas ton attitude », dit l’une d’elles d’un ton traînant.

Xena rit sans humour. « Je pense que je ne donne pas un pet de lapin pour que vous l’aimiez ou pas »Intérieurement, elle admirait le groupe pour leur agressivité, une chose qu’elle trouvait habituellement manquante chez leurs jeunes camarades. Néanmoins, il était tard et elle ne se sentait pas d’humeur à entrer dans une bataille de poings et de pieds à ce moment-là.

« Tu es plutôt coriace pour quelqu’un entouré de guerrières armées », fit remarquer la petite femme, dans un ton légèrement humoristique.

La guerrière baissa légèrement la tête et sentit ses mains se raidir. « Si vous avez l’intention de découvrir combien je suis coriace, finissons-en, et je ne veux pas entendre parler de blessées ou autres. » Il n’y avait plus d’humour dans sa voix maintenant. Elle bougea son centre de gravité et mit ses défenses en attente.

« Tu es désarmée et encerclée et tu nous lances un avertissement ? » Contra la femme.

« Ouais », répondit Xena.

« Et si c’est toi qui es blessée, Xena ? » Dit doucement la plus âgée.

La guerrière eut un sourire facile. « Alors vous aurez à en répondre à Gabrielle, pas vrai ? » Leur rappela Xena. « Et laissez-moi vous dire… si vous pensez que je suis rude, vous n’avez encore rien vu. »

Elles s’immobilisèrent toutes et se regardèrent les unes les autres. La plus âgée, Rena, se gratta la tête. « Crotte. Elle a raison. » Elle pianota sur la table puis lança un regard ironique à Xena. « Tu as détecté notre bluff, hein ? »

Un haussement de sourcil noir en réponse.

La femme se mit à rire et, comme un signal, le reste des Amazones fit de même. L’une d’elles tendit la main et frappa Xena sur le dos, surprenant la guerrière toujours tendue qui faillit lui rendre son coup et l’envoyer dans le mur. « Xena, si tu pouvais mettre un couvercle sur ton attitude dans ce groupe de petits bébés que nous avons ici, ça vaudra la peine de chaque minute exaspérante. »

Xena se détendit lentement et laissa un sourire traverser son visage. « Si vous ne l’avez pas fait vous… quelle chance j’ai de réussir ? » Elle mit les mains sur ses hanches. « Elles sont un peu fragiles, pas vrai ? »

« Ouille. » Rena leva la main de dégoût. « Je ne sais pas ce qui se passe avec les gamines de nos jours… se laisser attraper comme ça ? Par Hadès… de mon temps… » Elle soupira. « Bien sûr, nous devions être au village Centaure à faire des gâteaux avec Tyldus quand tout est arrivé ou sinon, je peux te dire que… ça aurait été différent. » Elle soupira exaspérée. « On est rentrées juste à temps pour te voir soulever ce tas de cochons puants… mais bon sang, si on avait été là… »

« Oui oui. » Xena s’appuya contre la table et relâcha un soupir silencieux de soulagement. Elle passa en revue les visages à l’air fougueux et coriace et elle sourit tranquillement pour elle-même. Elle se rendit compte que ces femmes étaient des Amazones. Comme elle s’en souvenait. « C’est bon… on s’en est occupé. »

Rena ricana. « Sans blague… cette gamine de Potadeia a plus de cran en elle que la moitié de cette fichue Nation… ouaouh… elle sait se servir de son bâton… joli travail, Xena. »

La guerrière sourit. « Elle est plutôt douée, hein ? » Un air de fierté passa sur son visage. « Vous devriez la voir contre des types de deux fois sa taille… juste ‘bam’… et les voilà par terre. »

« Ouais… et par un pet de Centaure… tu sais utiliser une épée… » Rena leva un bras. « Hé… tu nous présentes ton copain poilu… il est plutôt bon lui aussi. »

« Bien sûr », acquiesça Xena. « Venez… je pense l’avoir vu dans la salle à manger. » Elles se massèrent autour d’elle, discutant de la bataille avec enthousiasme, faisant monter son humeur d’un autre cran. Hé. Ça pourrait ne pas être si mal après tout.

« Oh… oh… attends, Xena, tu t’es rendu compte que tu avais taillé ce type horrible en deux ? » Une grande femme flétrie lui tira la manche. « Comment tu as pu passer sa colonne ? Je n’ai jamais réussi à le faire. » Elle lança ses bras dans un demi-arc et s’arrêta. « Le métal reste toujours coincé dans les os… ça me rend dingue. »

« Et bien, c’est dans l’élan. » La guerrière commença à expliquer, claquant ses mains l’une contre l’autre comme si elle tenait une poignée d’épée, et elle s’interrompit, tandis qu’elle écartait les jambes et avançait son centre de gravité. « Il faut… » Elle eut un mouvement puissant du corps tandis qu’elles s’écartaient brusquement de son chemin et elle cogna des deux poings dans la porte, la faisant éclater et envoyant des échardes partout.

Le silence tomba.

« Oups. » Xena se frotta les mains. « Je ne voulais pas faire ça. »

Rena regarda la porte puis Xena. « On avait besoin de la remplacer de toutes les façons. » Elle frappa Xena sur l’épaule. « Allez… allons chercher un verre pour cette femme. »

Le groupe joyeux marcha vers la salle à manger.


Gabrielle se réveilla en sursaut, ressentant l’absence de sa compagne avec une pointe acérée d’anxiété qui s’estompa quand elle vit l’armure proprement installée sur la chaise, et qu’elle sentit le corps chaud d’Arès contre ses genoux. Elle resta allongée un moment, laissant son cœur se calmer tandis que ses doigts lissaient le tissu sur lequel sa tête était posée. Elle avait remplacé la couverture Amazone avec l’une des leurs et à la fois cela, et la chemise qu’elle portait, apportait l’odeur de Xena, la calmant tandis que les dernières fumerolles d’un rêve troublant s’évaporaient. Elle fit le tour de la pièce du regard, repérant son bâton appuyé contre la porte et le fait que les armes de Xena étaient toujours là, et elle en conclut que sa compagne était simplement sortie faire un petit tour ou autre chose.

Ou autre chose. Cela déclencha sa curiosité et elle se demanda ce que faisait Xena, espérant que c’était quelque chose de plaisant et pas quelque chose qui la mettait dans les ennuis. La grande guerrière était vraiment douée pour se mettre dans les ennuis, ces derniers temps, et combiné avec le fait qu’elles étaient chez les Amazones…

Gabrielle soupira et envisagea un instant de se lever, bien que son corps voulût vraiment rester là où il se trouvait. Elle se décida pour un compromis et glissa hors du lit, allant vers le bureau pour prendre son journal et son écritoire, puis elle retourna au confort chaud de la couverture pour s’y blottir à nouveau. Elle releva les genoux et posa son journal dessus, l’écritoire près d’elle avant de l’ouvrir. Elle prit une plume et en tailla automatiquement le bout tandis qu’elle essayait de mettre ses pensées au clair.

Elles ne coopéraient pas beaucoup et elle laissa sa tête retomber contre le bois du lit. Une odeur l’attira et elle leva les yeux pour voir une tasse de thé, tiède maintenant, posée à côté. Elle la prit et sirota, souriant quand le goût de miel et de menthe se fraya un chemin dans sa gorge.

Bon… Me voilà en train de mettre mon journal à jour. Depuis la dernière fois, comme d’habitude, beaucoup de choses sont arrivées. J’ai gagné une compétition de bâton, mais c’est comme si cela faisait des semaines, pas hier. Mais j’ai bien gagné, ce qui était intéressant, mais un peu décevant aussi. Je m’attendais à être heureuse ou satisfaite, ou bien… quelque chose. J’ai fini par être un peu triste parce que tout le monde pensait que c’était génial que je puisse battre quelqu’un.

Xena a compris, cependant. Ce qui était vraiment étrange parce que si quelqu’un a le sens de la compétition, c’est bien elle… et elle n’a jamais de problème pour entrer dans ces matches de lutte dans les festivals, ou le tir à l’arc, ou bien… quoi que ce soit, et elle aime toujours gagner. Mais elle a compris et elle m’a serrée contre elle et elle m’a dit que ça allait et que je ne serais jamais comme les Amazones à cause de la façon dont je ressentais les choses.

Je peux me souvenir d’un temps où ça m’aurait dérangée, mais maintenant… ça me fait un peu me sentir bien. Je veux dire, pas parce que j’ai honte. Je suis contente de pouvoir travailler avec mon bâton aussi bien et que je peux me défendre, mais je suis aussi contente de pouvoir ressentir de la compassion pour l’autre personne et le fait que je ne veux pas la blesser, si ce n’est pas réel.

Pfiou. C’était compliqué à sortir et mon cerveau est encore un peu embrouillé. Les Amazones ont été pillées hier, capturées et enfermées nues dans la cuisine, par Arella.

Je viens juste de me relire et ça sonne tellement drôle. J’ai failli l’enlever, mais je vais le laisser parce qu’à part les gens qui sont blessés et les deux personnes qui sont mortes, c’était un peu drôle. Bien sûr Xena a eu une idée pour libérer tout le monde, nous avons creusé un tunnel vers la cave à provisions sous la salle à manger et tout le monde est sorti, puis elles ont battu les sbires d’Arella et maintenant ils sont nos prisonniers, tout comme elle.

C’était vraiment une bonne idée de Xena. Je l’ai bien aimée, même si j’ai encore de l’argile partout… dieux, je n’ai jamais été aussi sale de toute ma vie. Pendant un moment, j’ai pensé que j’allais devoir me rendre à Arella… juste parce qu’elle a dit qu’elle allait commencer à tuer des gens autrement… et j’ai vraiment pensé que j’allais le faire, mais Xena m’a demandé de ne pas le faire.

Pas… exigé comme elle en a l’habitude et pas dit de ne pas le faire… elle me l’a demandé parce que ce serait trop dur pour elle. Ouaouh. Et j’ai réalisé une chose… parce qu’elle l’a demandé comme ça, je ne l’aurais pas fait. Intérêt général ou pas… quelque chose dans la façon dont elle l’a fait m’a saisie et ne voulait pas me laisser partir.

Il y a toujours quelques petits endroits à vif en nous deux, je pense. Comme quand je me suis réveillée et qu’elle n’était pas là. Ou ces rêves où je la trahis. Je présume que c’était un de ses endroits à vif à elle… je pense qu’elle a toujours ces cauchemars sur les choses qui m’arrivent et qu’elle ne peut pas empêcher.

Ce n’est pas vraiment juste pour nous deux, mais… guérir de cela va prendre du temps. C’est incroyable que nous en soyons arrivées aussi loin et parfois, je dois m’en rappeler.

Voyons voir… quoi d’autre. Oh oui… Jessan, Elaini et leurs enfants sont ici. Ces gamins sont teeeellement mignons que je peux à peine le supporter… plein de poils et adorables… Comme des chiots, mais intelligents. Xena les a trouvés dans les bois hier soir… ils allaient à Amphipolis.

Jessan m’a dit qu’il avait entendu parler de ce qui nous était arrivé et qu’il venait voir si nous allions bien. C’était si étonnamment gentil de sa part considérant combien c’est dangereux pour lui de voyager ainsi, si loin de chez lui. C’est un bon ami et je pense qu’il était content de voir que tout allait bien.

Moi aussi, bien entendu. En fait, jusqu’à ce que lui et Elaini se montrent dans la grotte hier soir, Xena et moi étions les personnes les moins secouées ici. Je le lui ai dit et elle a failli cracher de l’eau par les narines parce qu’elle buvait quand je le lui ai dit.

C’était drôle. Mais c’était vrai, cependant, et même elle a acquiescé. Elle a dit qu’elle espérait qu’Eponine et Ephiny arrangent les choses entre elles, parce qu’elle pense vraiment qu’elles sont faites l’une pour l’autre. C’était étrange de l’entendre de sa bouche, mais je pense qu’elle a raison.

On a parlé, juste un peu, du bébé. Rien de vraiment neuf sur ce sujet, ce qui est bien, mais j’ai réussi à faire en sorte qu’elle prenne au moins en compte l’idée que… oh dieux, c’est si étrange que je peux à peine l’écrire. Que Toris puisse ne pas être le père. Je sais que c’est dingue, je le sais… Je le sais… et peut-être que je me mens simplement à moi-même et que je me trompe moi-même parce que…

Parce que je ne sais pas pourquoi. Je commence à soupçonner que ça pourrait être de la culpabilité à cause de Solan et que ce n’est pas vraiment juste pour nous deux, ou pour Toris, mais…

Mais. Le fait est que, si j’allais commencer mes règles, et je l’étais, ce jour-là, alors les chances qu’il soit le père sont quasiment les mêmes que celle qu’Argo soit le père, si je m’en tiens à ce que dit Ménelda à qui j’ai parlé avant-hier. Je ne l’ai pas dit à Xena… je me demande si elle se rend compte. Je pensais que oui… quand je lui ai dit cela la première fois et qu’elle a eu cet air vraiment étrange sur le visage. C’est une guérisseuse et elle connaît bien plus de choses sur ce truc que Ménelda ne connaîtra jamais, alors je parie qu’elle le sait.

Je devrais être terrifiée. Mais je sais au fond de mon cœur qu’il n’y a qu’une seule autre possibilité et je vais m’y accrocher, et y croire. Il faut juste attendre pour savoir… ça va prendre une paire d’années, probablement, mais si ce gamin se met à chevaucher des chevaux adultes à l’âge de trois ans, alors on saura.

Je blague, je pense.

Maintenant, mon pire problème c’est quoi faire avec Arella. Il faut que j’en parle à Xena.

Gabrielle leva les yeux quand un coup faible et hésitant fut frappé à la porte. « Entrez », cria-t-elle, en tapotant sa plume contre sa mâchoire.

La porte s’ouvrit et Paladia passa sa tête blonde, avec hésitation.

« Salut. » Gabrielle lui fit signe d’entrer. « C’est bon… entre. » Elle montra la chaise. « Assieds-toi. »

La grande femme entra et traversa la pièce avec précaution, pour s’asseoir prudemment. « Salut. »

La barde l’étudia. « Salut. »

« C’est toi qui diriges ici, hein ? » Paladia repoussa les longs cheveux raides de ses yeux.

Gabrielle remua la main. « Oui… plus ou moins… je veux dire, il y a un conseil et Ephiny est la régente, mais… oui. » Elle posa le journal et se tourna sur le côté ; elle s’appuya sur un coude et donna toute son attention à la grande femme. « Tu as besoin de quelque chose ? »

Paladia regarda ses bottes dans un silence maussade pendant un instant puis elle leva les yeux vers elle. « Change ma peine. »

Le regard vert brume l’observa avec circonspection. « Ce n’est pas moi qui l’ai décidé », répondit-elle. « Mais si on considère ce que tu as fait ces derniers jours, je suis sûre que je peux trouver quelque chose avec Ephiny… nous pouvons probablement mettre fin à ta peine, si c’est ce que tu veux, ou bien… »

Paladia secoua la tête. « Nan. » Elle regarda partout sauf vers la barde. « Je n’ai pas dit que je voulais ça… je veux dire, je sais que j’ai fait des trucs mauvais… »

Gabrielle glissa vers le bas et posa la tête sur une main. « Oh. » Elle sentit qu’un sourire lui tirait les lèvres et elle se rendit. « Je comprends… tu veux rester ici. »

« Je n’ai pas dit ça », protesta Paladia d’un air grognon.

« Pas besoin », répliqua Gabrielle, avec une douce lueur dans les yeux. « Tu as oublié avec qui je vis. »

Les yeux gris se tournèrent vers elle puis un minuscule sourire tira les lèvres de Paladia à contrecœur. « Tu as toujours été gentille avec moi », dit-elle. « Je ne comprends pas ça… je t’ai fait du mal. »

La barde mâchouilla sa plume et sourit d’un air absent en goûtant la cannelle. « Je présume que je crois juste qu’il faut saisir la chance avec les gens… et qu’il faut les traiter… comme on voudrait être traité, même s’ils ne pensent pas la même chose. »

Paladia cligna des yeux. « C’est cinglé. »

Gabrielle soupira. « Parfois, oui. » Une vision d’Arella dansa, moqueuse, devant ses yeux, suivie par un flash hanté et bref du visage infantile d’Hope. « Mais la plupart du temps… ça me fait juste me sentir bien de penser ainsi. »

« Oui. » La grande femme pinça les lèvres et regarda ses mains serrées. « Peu importe. »

La barde la regarda, se sentant plus vieille que son âge. « Je vais te dire… je vais arranger les choses pour que tu puisses traîner par ici… si tu vas t’excuser auprès d’Ephiny. » Elle attendit que Paladia lève les yeux, le regard étonné. « Et tu dois le penser. »

« M… » Objecta Paladia. « On ne peut pas s’excuser pour ça, tu es folle? » Elle s’affaissa avec un soupir fatigué. « Oublie. »

Gabrielle se glissa hors du lit et se laissa tomber sur un genou, une main posée sur le bras de l’ex renégate. « Paladia, crois-moi. On peut s’excuser pour tout », dit-elle, la voix douce et sincère. « Et être pardonné pour tout. »

La jeune femme blonde la fixa, sans expression, pendant un long moment, puis elle se leva et se contenta de hocher la tête, avant de se retourner et de partir.

Gabrielle soupira et s’assit sur ses talons en regardant la porte se refermer. « Elle est plutôt bornée, Arès. »

« Agrrrooo. » Le loup se lécha les babines puis il remit sa tête sur ses pattes.

« Mais pas aussi bornée que moi », continua la barde en se mettant debout avant de s’asseoir sur le lit, une main grattant la tête sombre. « Et en plus, j’ai beaucoup d’expérience avec ce genre coriace et silencieux. »

« Rrrr. » Arès lui lécha la jambe.

« Oui, rrr… et en parlant de genre coriace et silencieux, je me demande où est ta maman ? » Elle pianota sur sa jambe. « Je pense que je ferais mieux d’aller la chercher… elle a dû se mettre dans un pétrin quelconque. » Elle étudia ses vêtements et décida que les Amazones devraient se faire à l’idée de la voir porter une chemise trop grande pour la nième fois. Elles pensent probablement que je ne sais pas faire les achats pour moi-même.

Avec un rire ironique, elle fouilla dans son sac pour trouver une ceinture en cuir que Xena avait faite pour elle et elle entoura sa taille, glissant le bout dans l’anneau robuste avant de faire un nœud puis elle se pencha pour prendre ses bottes. « Allez, Arès, » dit-elle en se levant et en tapant des pieds pour ajuster le cuir. « On y va. »


Paladia traversa le camp à grands pas, marmonnant des jurons. Cela lui valut des regards étranges des Amazones qui passaient, mais elle y était habituée alors elle les ignora, préférant rester seule comme elle le faisait habituellement. Elle n’avait vraiment aucune destination à l’esprit alors elle fut surprise de se retrouver devant la hutte de la guérisseuse.

Elle fronça les sourcils puis soupira et se dit qu’elle ferait aussi bien d’entrer saluer Cait, si on considérait que la jeune fille était la seule personne au village qui lui parlerait. A part Xena ou Gabrielle bien entendu, et elle ne voulait pas aller leur parler. Une fois suffisait. Bien qu’Eponine lui ait parlé, un peu, ce qui était bien, mais elle devinait que c’était parce qu’elle avait libéré l’Amazone plus âgée de cet arbre.

Mais les autres… nan… elles l’évitaient, à moins qu’elles ne puissent pas faire autrement, ou qu’elles aient besoin qu’on porte quelque chose, ou déménager, ou bien… Paladia soupira en poussant la porte pour l’ouvrir. Elle n’avait aucune idée de pourquoi elle voulait traîner par ici en fait.

A l’intérieur, la pièce était sombre et très tranquille. Huit des dix paillasses étaient occupées et trois ou quatre assistantes de la guérisseuse s’affairaient à changer les bandages et à porter des bols de va savoir quoi. Elles levèrent la tête à son entrée puis elles retournèrent à leurs tâches en silence.

C’était bien comme ça. Elle n’avait rien à leur dire de toutes les façons alors elle se contenta de tourner à gauche et s’approcha de la rangée où Cait était allongée, avant de s’accroupir près de la paillasse de la jeune fille et de s’installer maladroitement sur le minuscule tabouret placé près d’elle.

L’épaule de Cait était dénudée et son bandage venait d’être changé ; Paladia pouvait détecter l’odeur piquante du nettoyant qu’elles utilisaient. Les cheveux blonds décoiffés de la jeune fille, habituellement tirés en arrière dans une queue de cheval, s’étalaient autour de sa tête, des vagues légères effleurant sa poitrine. Son visage, bien que toujours très pâle, avait commencé à prendre un soupçon de sa couleur habituelle et Paladia se dit que maintenant, si la gamine n’était pas morte, elle allait probablement aller mieux.

L’ex renégate réfléchit à ce qu’elle ressentait là-dessus et elle décida que ça lui allait bien. Cait n’était pas si mauvaise une fois qu’on supportait son bavardage incessant et ses exigences. Paladia regarda la forme immobile et elle plissa le front lorsque les yeux de la jeune fille s’ouvrirent lentement pour croiser son regard. « Salut. »

Cait était silencieuse, rassemblant visiblement ses forces. « Salut », finit-elle par murmurer.

« Tu as raté un tas de choses intéressantes », l’informa Paladia franchement. « Ça fait toujours mal, je parie. »

Cait hocha faiblement la tête aux deux assertions. « J’ai entendu dire que… tu as été plutôt occupée. » Elle garda le silence un moment puis prit une inspiration. « T’aurais pu t’en aller. »

L’ex renégate regarda la pièce avec indifférence, vers l’endroit où Ménelda se levait difficilement, repoussant l’aide de l’une de ses assistantes. Elle haussa les épaules. « Ouais, je sais. » Elle leva une main et se gratta la nuque. « Je me suis dit que je leur devais un truc ou deux… elles auraient pu me fouetter à mort pour ce que j’ai fait. » Ça sonnait mieux que le simple fait qu’elle avait voulu trouver Cait pour lui demander de partir avec elle… et qu’elle était tombée sur le campement des brigands par pur hasard. « Fallait que je traîne dans le coin pour te houspiller de toutes les façons. »

Cait remua un peu à ces mots et tourna la tête, étudiant Paladia attentivement. « Faut que tu me racontes tout, tout de suite. » Sa faible exigence résonnait ridiculement impérieuse.

Paladia haussa à nouveau les épaules. « Me souviens plus, vraiment… » Dit-elle avec désinvolture. « C’est arrivé tellement vite. »

Le regard de Cait la cloua. « Paladia, allez… s’il te plaît ? »

S’il te plaît… ça, c’était nouveau. Les yeux de la grande femme brillèrent un peu d’intérêt. « Et j’y gagne quoi, moi ? » Demanda-t-elle sérieusement.

« Qu’est-ce que tu veux ? » Contra Cait tout aussi sérieusement.

Repartir dans le temps pour changer les choses, lui répondit son esprit. « Je ne veux plus jamais entendre cette histoire. » Voilà ce qu’elle répondit de manière audible.

La jeune fille soupira. « D’accord. »

« Et pourquoi t’aimes bien celle-là en plus ? » Demanda Paladia avec un froncement de sourcils. « Ça finit toujours pareil… et c’est tellement fichument mièvre. »

Cait eut l’air un peu triste. « Parce que ça finit toujours de la même façon… et que c’est tellement mièvre. » Elle cligna des yeux et son visage se tendit de douleur. « Peut-être que je souhaite que ça ait été mon histoire. »

Paladia la fixa, ne s’attendant pas à cette réponse. La gamine répondait habituellement avec des sarcasmes, ou bien une remarque désagréable, mais jamais des choses sur elle-même, ou bien… tout d’un coup, elle se sentit mal et elle n’avait aucune idée de pourquoi. « Euh… d’accord… ben… si tu es comme ça, je présume que je peux me souvenir de trucs. »

Le regard clair de la jeune fille se réchauffa. « Super. »

« Qu’est-ce que tu fais là ? » Une voix grognonne et acérée les interrompit et elles levèrent les yeux pour voir Ménelda, le regard cloué froidement sur Paladia.

L’ex renégate se hérissa en défense, mais elle n’eut pas à répondre, devancée par les mots doux de Cait.

« Elle me tient compagnie… ça dérange ? » Demanda la jeune fille avec méfiance. Elle avait bien connaissance des humeurs parfois imprévisibles de la guérisseuse et son inimitié constante pour son héroïne personnelle. Ça la marquait comme une pomme pourrie dans le journal de la jeune fille, mais elle essaya d’être aussi respectueuse que possible, parce qu’autrement ça deviendrait très poisseux.

« Je n’ai pas besoin de plus de criminels ici. Tu dois bien avoir des choses à faire, pour remettre cet endroit en service. Va t’en occuper », répondit Ménelda, d’un ton vif.

« En fait. » Une voix très froide et cassante s’interposa. Elles se retournèrent toutes pour voir Gabrielle, ses yeux verts lançant des éclairs. « Je pense que tu as besoin de plus de temps pour te remettre de tes blessures, Ménelda. Va dans tes quartiers t’allonger. »

« Majesté… » Protesta la guérisseuse avec indignation.

« Va », répondit Gabrielle d’un ton inflexible. « Ou je t’y fais conduire. » Elle fit une pause. « Ce n’était pas une requête. »

Ménelda hésita puis se retourna et partit sans un autre mot ; un lourd silence tomba sur la pièce.

« Eh ben », finit par dire Cait d’une voix rauque.

Gabrielle se passa la main dans ses cheveux clairs et s’agenouilla près de la paillasse de Cait. « Désolée… je ne suis pas sûre de savoir ce qu’est son problème. »

Paladia ricana doucement. « Je pourrais te donner un indice », marmonna-t-elle. « Elle pense que toutes celles qui sont ici lui doivent quelque chose. »

« Et bien. » La barde soupira. « Je pense qu’elle a un peu de retard… je ne suis pas sûre de savoir si elle sait exactement ce qui s’est passé ces derniers jours. »

« Elle se fiche bien de moi. » L’ex renégate secoua la tête. « Elle dit toujours pis que pendre de Xena… je pense qu’elle a juste deux noyaux de pêche dans le… » Elle s’arrêta en voyant le sourcil levé de Gabrielle. « C’est bon. »

Gabrielle se mordilla la lèvre, réussissant à empêcher un sourire de s’installer par pure volonté. « Je lui en veux un peu pour ça, vraiment », admit-elle ironiquement. « Comment te sens-tu, Cait ? »

Cait lui offrit un faible sourire. « Pas mal, en fait. » Elle mentit avec un visage figé. « Ephiny a dit qu’elle et moi nous avons quelque chose en commun maintenant… » Son regard alla vers son épaule puis vers la barde. « Je pense que Ménelda est juste furieuse parce que Xena est une tellement bonne guérisseuse et elle ne l’est pas, elle, pas vraiment. »

« Mm… » Gabrielle réfléchit à ces mots. « Mais c’est un peu idiot, hein ? »

« C’est trop vrai », répondit Cait avec un tressaillement. « Merci de l’avoir renvoyée. »

La barde s’appuya sur un genou. « A ton service », répondit-elle doucement. « En parlant de ça… est-ce que Xena est passée par ici ? Je la cherche. »

Cait secoua la tête à regret. « J’étais endormie, vraiment… » Son regard alla vers Paladia en questionnement.

La grande femme blonde fronça les sourcils. « Nan… » Elle plissa le front. « Je l’ai vue sur le chemin par là-bas… en direction de la salle à manger avec un groupe de vieilles autour d’elle. »

« Vraiment », répondit Gabrielle, en se mordant la lèvre pensivement. « Je me demande de quoi il retournait. »

Paladia haussa les épaules. « Quelqu’un criait qu’il fallait des armes… » Dit-elle. « J’ai pas vraiment… » Elle leva les yeux quand Gabrielle se leva, surprise par l’expression sombre qui s’était installée sur le visage de la barde. « Euh. »

« Excusez-moi. » La barde leur fit un signe de tête et se dirigea vers la porte.

« Bon sang », murmura Cait. « Elle est devenue furieuse rapidement, pas vrai ? »

« Euh. » Sa grande compagne grogna. « J’allais lui dire qu’elles avaient l’air de prendre du bon temps, mais… »

« C’est vrai. » Avec un air férocement déterminé sur le visage, Cait se souleva un peu. « Bon… tu allais tout me raconter. » Elle hésita. « Et n’oublie pas les meilleurs morceaux. »

Paladia leva les yeux au ciel.

Cait glissa une main de dessous les couvertures et attrapa doucement le poignet de Paladia. « Et n’oublie pas les parties où tu étais. » Elle carra la mâchoire dans un air déterminé.

« Je ne… » Protesta Paladia.

« Ce n’est pas… ce qu’a dit Xena », l’interrompit Cait, implacablement et elle attendit.

L’ex renégate grogna. « Beuh… » Mais elle savait qu’elle n’y échapperait pas. Si Xena disait que le ciel était d’un pourpre éclatant avec des tâches roses… Cait arrangerait ses chemises pour ne pas dénoter. « D’accord… » Finit-elle par acquiescer à contrecœur. « Mais tu la fermes et tu écoutes. »

Cait sourit et s’installa  avec impatience.

Mais elle ne relâcha pas le poignet de Paladia et la grande femme ne sembla pas trouver une raison quelconque pour se libérer.


« Très bien… attendez… » Xena recula un peu, essayant de trouver de la place pour bouger. Le groupe ignora sa tentative cependant et se contenta de se resserrer. La guerrière sentit ses omoplates se presser contre la paroi et elle soupira. Pas que leur enthousiasme la gênait, mais… elle sortit un bras et fit tourner la main qui tenait le gourdin pesant utilisé pour la pratique de l’épée. « Si tu gardes ta main comme ça… » Elle leva la main puis la baissa, faisant un angle avec le sol, et elle fit tourner le gourdin. « Tu peux plus facilement te défendre contre les coups descendants parce que c’est comme ça que les articulations fonctionnent.

« Et bien… oui… » Rena se pencha en avant et étudia l’avant-bras musclé de Xena. « Mais si c’est un coup de côté ? »

« Tu fais juste… » Xena fit faire un angle à sa main. « Comme ça. »

« Xena, ça ne tiendra pas contre quelque chose de fort… » Objecta l’ancienne.

La guerrière lui tendit l’autre épée d’entraînement. « Vas-y. » Elle garda sa main immobile tandis que finalement… finalement elles reculèrent un peu pour laisser de l’espace à Rena.

« Je ne suis pas un poids léger », avertit l’ancienne trapue.

Xena haussa légèrement les sourcils avec ironie. « Moi non plus. »

« Mmpf. » Rena rit puis porta un coup, un mouvement court et puissant qui amena son épée contre celle de Xena au niveau de la taille. « Bon sang ! » Elle laissa tomber le gourdin en secouant la main. « Ça pique sacrément, tu… tu… »

Un rire répondit à ses paroles. « Oui, ça peut tenir si tu entraînes tes muscles de la bonne façon », dit Xena. « J’ai cogné un bâton contre un mur d’écurie pendant… » Elle mâchouilla sa lèvre. « Dieux… une année ? Plus, peut-être… jusqu’à ce que je puisse prendre un coup de cette direction avec mes deux mains toujours dans cette position et cela fait une différence. »

« Heu. » Rena prit résolument les mains de Xena dans les siennes et les examina, les tournant avant de toucher les tendons épais qui les joignaient aux poignets puissants. « Et nous qui pensions que c’était de la magie… tu es rabat-joie, Xena… de me dire que tout ce qu’il faut, c’est du dur boulot à l’ancienne. »

La guerrière sourit. « Désolée. »

L’Amazone soupira puis reprit son gourdin. « Et si… et bien tu n’as pas ce problème, je présume… mais la plupart d’entre nous sont plus petites que les combattants que nous affrontons… qu’est-ce que tu fais pour ça ? »

Xena tapota le banc et lui montra de monter dessus. « Pareil que ce que fait Gabrielle. » Elle attendit que Rena soit grimpée en jurant, avant de lui faire signe. « Vas-y… »

L’Amazone enserra la poignée des deux mains et frappa un coup descendant, que Xena saisit avec le bras à demi levé, laissant son épaule prendre le gros de l’impact. Le gourdin s’arrêta à un pied de sa tête et elle le verrouilla, tandis qu’elle entendait la porte s’ouvrir et une présence chaude et familière se faire connaître.

Xena avait levé les yeux au bruit de la porte qui s’ouvrait et elle sentit ses yeux s’écarquiller à la vue de la femme vêtue de bleu nuit et à l’air furieux qui venait dans sa direction, les deux mains serrées dans des poings et des éclairs de colère jaillissant de ses yeux vert brume. Oh oh. Elleréalisa que leur position était un peu compromettante et elle baissa rapidement sa garde, faisant un pas en arrière tandis que Rena se retournait, désorientée.

« Il ferait mieux d’y avoir une fichue bonne raison pour ce que je vois ici », aboya Gabrielle alors qu’elle atteignait le cercle extérieur des anciennes et commençait à pousser des Amazones hors de son chemin. Les premières résistèrent, puis elles virent qui c’était et elles se mirent à trébucher pour sortir du chemin de la jeune femme aux cheveux dorés dans sa progression vers la grande guerrière.

« Gabrielle… » Commença Xena, en luttant pour réfréner un sourire. Quand Gabrielle était en colère, cela lui donnait une lueur féroce et fougueuse qui augmentait sa prestance naturelle et semblait rouler de sa peau bronzée comme de l’eau.

« Je ne sais pas quel est votre problème… ce que vous devez faire, saigner sur le fichu autel d’Artémis à midi vêtues seulement de plumes avant… » La barde éructa tout en continuant à avancer.

« Gabrielle », essaya à nouveau la guerrière tandis que sa compagne l’atteignait et tournoyait, se mettant entre les anciennes stupéfaites et son âme sœur. Xena laissa tomber son épée d’entraînement et mit les mains sur les épaules de sa compagne. « Hé… »

« Bon sang ! Je veux savoir ce qui se passe ici, par Hadès ! » Cria la barde, en fichant une peur bleue aux Amazones qui reculèrent.

Xena soupira. Parfois, songea-t-elle, il n’y avait vraiment qu’un seul moyen d’arrêter Gabrielle. Heureusement pour elle, bien entendu.

« Très bien… tu me… » La barde s’était retournée et faisait face à la guerrière qui lui coupa la parole d’un baiser doux et sensuel. Elle cligna des yeux quand Xena s’écarta à contrecœur et elles se regardèrent. Le regard de Gabrielle s’adoucit et son corps se détendit tandis qu’elle lisait le manque de tension dans son âme sœur, et elle réalisa qu’elle avait probablement surréagi.

« C’est bon », dit tranquillement la guerrière. « Je leur montrais juste quelques techniques. »

Gabrielle soupira. « Oh. » Elle jeta un coup d’œil vers le cercle des femmes âgées aux yeux écarquillés. « Désolée. »

Xena avait gardé une main dans les cheveux clairs de la barde et elle lui grattait maintenant doucement la nuque. « Mais merci d’être venue à mon secours. » Elle regarda les anciennes qui masquèrent rapidement des sourires connaisseurs.

« Fiou. » Rena se frotta le front. « Tu nous as sauvées d’un destin pire que le miel et les plumes, Xena… on t’est redevables. » Elle regarda Gabrielle avec un air de profond respect. « On ne voulait pas te fâcher, Majesté. »

La barde rit d’un air désabusé. « C’est ma faute… je n’aurais pas dû présumer le pire… je suppose que j’ai… tendance à le faire depuis un moment. » Elle lança un regard d’excuse à sa compagne qui lui gratta la nuque en retour et son corps réagit en glissant plus près et elle se colla contre le côté de Xena avec une expression gênée.

Xena s’installa sur le banc derrière elle et tapota la surface près d’elle. « On avait fini de toutes les façons… tu partages un cidre avec moi ? » Elle pouvait sentir l’embarras de son âme sœur et elle voulait l’apaiser.

« Du cidre ? » Rena frappa la table. « Oh… allons, Xena… tu ne vas pas rester assise là et me dire que tu n’aimerais pas une bonne chope de bière. »

La guerrière rit. « Oui c’est vrai… mais mon amie ici ne la supporte pas… alors… » Elle eut un regard affectueux pour Gabrielle et entoura les épaules de la jeune femme de son bras. « Le cidre ça me va… surtout s’il est froid. » Elle sentit la barde qui s’installait contre elle, la chaleur de son souffle faisant bouger les poils sur le bras de la guerrière.

Les anciennes se regardèrent puis tournèrent leur regard vers la barde. « Tu… es allergique à la bière ? » Hasarda Rena, la curiosité évidente dans ses yeux. « Majesté ? »

Gabrielle mit sa joue contre l’épaule de la guerrière, savourant l’odeur chaude et musquée. « Hmm ? » Finit-elle par répondre, réalisant qu’elles lui parlaient à elle. « Oh… non… non… je ne suis pas allergique… » Elle fit une pause pour réfléchir. « Je veux dire, je suis allergique à des trucs, selon Xena… comme des cornichons par exemple. » Elle plissa le nez. « Je fais de l’urticaire. »

« Hum… tu… c’est moral en quelque sorte ? » Proposa une autre ancienne.

« Quoi ? » Gabrielle rit. « Non… et bien, oui, j’ai une objection morale à boire de la mauvaise bière, si c’est que tu veux dire… nous étions dans un village au nord une fois et le truc sentait le vieux fromage de chèvre… c’était grossier. »

Des tressaillements partout. Rena tenta à nouveau. « Les dieux te l’ont interdit ? »

« Oh… oui… bien… » La barde écarquilla les yeux. « Dieux… non, rien de tout ça. Je suis juste enceinte », répondit-elle avec désinvolture. « Xena dit que ce n’est pas bon pour le bébé. »

Les regards passèrent de la barde vers la guerrière puis de nouveau vers la barde. Ensuite vers Xena. Les yeux s’agrandirent.

Xena céda et se contenta de se pencher en arrière avec un air narquois. Laissons-les penser ce qu’elles veulent penser, par Hadès.

« Bon. » Gabrielle décida de briser le silence figé. « Et au sujet de ces Centaures, hein ? » Elle mit une main au creux du coude de Xena et massa la peau douce de son pouce.

Rena se pencha en avant. « Pardon… Majesté… est-ce que j’ai bien compris… tu attends un enfant ? »

La barde hocha la tête. « Mmmhmm. » Elle les regarda. « C’est un problème ? »

L’ancienne frappa la table du plat de la main. « Ben, alors… ça, ça va être un sacré festival. » Toutes les autres anciennes hochèrent la tête et un bourdonnement de discussions s’éleva. « Ça change… tout. »

Gabrielle eut un air confus. « Je ne comprends pas… qu’est-ce que le fait que je suis enceinte a à voir avec tout ça ? »

« Gabrielle… c’est le festival de la moisson… nous célébrons la fertilité et l’espoir d’une année à venir fructueuse… que toi… notre Reine, tu viennes à ton premier festival bénie d’une nouvelle vie… c’est un grand présage pour la Nation », lui dit la grande femme avec un sourire honnête.

« Dis-lui, Visti. » Rena hocha la tête. « C’est mieux que d’offrir un cochon  à Athéna. »

« Merci », répondit la barde. « Je pense. » Elle regarda vers Xena qui gardait une expression prudemment neutre. « Je suis contente d’entendre ça. » Elle se pencha. « Oui ? » Un faible murmure qu’elle savait que la guerrière saisirait. Elle reçut un haussement intrigué en réponse et soupira.

« Oh oui… et nous allons avoir une cérémonie d’initiation », déclara la plus vieille des anciennes, à un ensemble de rires grivois. « Ça va chauffer. »

Gabrielle les regarda. « Quel genre de… cérémonie ? »

Une autre salve de rires. « Bon… ne t’inquiète pas pour ça, Majesté… nous allons nous occuper des détails », la rassura Visti. « Je me demande si j’ai toujours cette peinture pour le corps », marmonna-t-elle en se frottant la mâchoire.

La barde lança un regard alarmé à sa compagne. Xena s’éclaircit la voix pour avoir leur attention. « Excusez-moi. » Sa voix était basse et égale et elle eut toute leur attention sans effort.

Elles la regardèrent, coupant court à leur discussion excitée. « Oui ? » Demanda Rena.

« Ce qui arrive à la reine ici présente, m’arrive aussi », annonça la guerrière. « Et je déteste vraiment, vraiment être embarrassée, vous saisissez ? » Sa voix tomba à un grognement menaçant.

« Xena… allons… c’est la tradition. » Rena rit.

Les yeux bleus la clouèrent sans ciller.

Un soupir. « Très bien… rien d’horrible. » Les anciennes grommelèrent au sujet des jeunes et pas drôles et renfermées. « Tu ne comprends pas la plaisanterie ? »

La guerrière la fixa. « Non », répondit-elle platement. Puis elle haussa un sourcil. « Mais je peux en faire une assurément. » Un sourire mauvais lui recourba les lèvres. « Compris ? »

Elles la regardèrent avec prudence puis se tournèrent vers Gabrielle, qui sourit d’un air attachant.

Elles hochèrent la tête toutes ensemble.


« Eph ? »

La régente décida de tenter d’ignorer le son, même s’il était créé à quelques centimètres de son oreille. Elle était dans un endroit chaud et très confortable et n’avait aucune intention de le quitter.

« Eph ? » Cette fois on ajouta une petite secousse et elle grogna intérieurement.

Elle souleva une paupière à contrecœur et regarda son assaillante. Zut. Personne sur qui elle pouvait crier. « Salut », marmonna-t-elle. « Le village est en train de brûler ? »

Eponine ricana doucement. « Non… »

« Bien. Retournedormir. » Elle referma les yeux soulagée et se nicha plus près de son amante, s’adonnant à la sensation d’être complètement relâchée pour changer. Pas de désastres, pas de problèmes, le village était repris, elle avait eu une discussion sensible à son actif… la vie était belle. »

« Hum… » Eponine la secoua à nouveau légèrement. « J’adorerais… mais je ne peux pas retenir tout le monde si longtemps. »

Un œil noisette se rouvrit et Ephiny eut une expression intriguée. « Quoi ? »

« Les anciennes te cherchaient », mentionna Pony.

« Et alors ? » La régente referma son œil. « Tu leur as dit de déguerpir. »

« Ouais… et bien, on a dit à la messagère de revenir, alors elle a décidé de tenter que Gabrielle s’occupe de quoi que ce soit, à ta place. »

« Brave fille.  Elle aura un gâteau », marmonna Ephiny.

« Sauf que Gabrielle dormait », continua la brune Amazone, jouant nonchalamment avec les boucles blondes d’Ephiny.

« La chanceuse », fit remarquer Ephiny.

« Alors Xena y est allée. »

Les deux yeux noisette s’ouvrirent brusquement. « Tu ne viens pas de dire ça. » Pas avec les Anciennes… dieux… elles ne prendraient pas amicalement l’attitude supérieure de la guerrière.

« Désolée. » Pony passa un doigt le long de l’épaule nue de la régente, un sourire absorbé et émerveillé sur ses lèvres. « Ménelda te cherchait aussi. »

« Ouah. » Ephiny leva un doigt. « Reprends au début… d’accord ? Qu’est-ce qui s’est passé avec Xena et les anciennes ? »

Eponine haussa les épaules. « Je ne sais pas… mais j’ai entendu quelqu’un parler d’une sorte d’agitation dans la salle à manger et ensuite… la raison pour laquelle j’ai mentionné Ménelda, c’est parce que j’ai entendu dire qu’elle avait été renvoyée dans ses quartiers. »

Ephiny la fixa, atterrée, puis elle regarda par la fenêtre où les derniers rayons du soleil baignaient le rebord d’un rouge sang. « Mais il n’est même pas l’heure de manger », marmonna-t-elle. « Je n’ai pas dormi aussi longtemps, pas vrai ? »

« A peu près une marque de chandelle », confirma l’Amazone. « Je ne voulais pas te réveiller… tu as l’air plutôt épuisée. » Elle négligea de mentionner sa propre fatigue, naturellement, et la douleur lancinante de sa blessure de couteau.

La régente plissa le front. « Oui », confessa-t-elle désabusée. « J’ai l’impression de ne pas avoir dormi depuis une semaine. » Mais elle soupira et se redressa sur un coude. « Je présume que je ferais mieux d’aller voir les dommages. » Elle eut un air désabusé. « A quel point ça pourrait foirer, pas vrai ? Elles décident qu’elles ne veulent pas voir Xena admise dans la Nation… et Gabrielle leur botte leurs fesses ridées. »

Pony sourit. « Je paierais pour voir ça », admit-elle. « J’en ai plein les bottes que Rena m’appelle ‘gamine’. »

Ephiny regarda le visage au nez retroussé et ses yeux brillèrent. « Je peux t’appeler gamine ? »

Les yeux couleur caramel s’écarquillèrent de manière comique. « Oh… Eph… » Grogna-t-elle. « Je parie que Gabrielle n’appelle pas Xena ‘gamine’ »

Un rire. « Mmmm… non… en fait, elle l’appelle ‘tigresse’. » Elle baissa la voix. « Je les ai entendues une fois. »

« Vraiment ? » Eponine haussa les sourcils. « Eh. »

Un coup retentit et elles se regardèrent. « Et voilà. » Ephiny soupira. « Entrez. »

La porte s’ouvrit et une tête blonde familière passa l’encadrement. « Salut. » Gabrielle leur sourit affectueusement.

Ephiny sentit une rougeur colorer ses joues, mais elle fit quand même signe à la barde de s’avancer. Gabrielle entra et repoussa ses cheveux clairs tout en maintenant le col de sa chemise bleu nuit pour la redresser. « Qu’est-ce qui se passe ? »

La barde s’installa dans un fauteuil confortable près de leur lit. « Hum… où est-ce que je commence… d’accord, tout d’abord, il faut qu’on parle de Ménelda. » Son visage était sérieux. « Qu’est-ce qu’elle a, Eph ? »

Ephiny débattit pour voir si elle allait se lever et discuter du sujet, mais elle était bien trop à l’aise où elle était et ça ne semblait pas déranger Gabrielle, alors… « Qu’est-ce qu’elle a… et bien, c’est plutôt une longue histoire. » Elle fit une pause. « Ça t’ennuie si je te demande d’abord si je vais me faire sauter dessus par le conseil des Anciennes quand je passerai ma tête blonde frisottante dehors ? »

« Pourquoi ? » Demanda la barde, intriguée.

Les deux Amazones se regardèrent. « Eh… j’ai entendu dire que Xena était allée leur parler », répondit Ephiny avec hésitation.

« Oui… et alors ? » Répondit Gabrielle. « Dieux… s’il te plaît… tu ne peux pas penser qu’il lui est possible de tenir une simple conversation sans provoquer le chaos ? »

Elles se regardèrent à nouveau. « Avec nos anciennes ? Non », lui dit la régente.

Gabrielle rit. « Eh bien c’est ce qu’elle a fait… je pense qu’elles l’aiment bien. Elles lui ont demandé des démonstrations de bâtons dans la salle à manger. » Elle secoua la tête. « Elles étaient toutes agglutinées sur elle comme du miel sur une patte d’ours. »

Un troisième échange de regards. « Oh oh », marmonna Eponine. « Ça pourrait être pire. »

« Mmm », approuva Ephiny. « Et bien… en tous cas… je suis contente d’entendre ça. » Elle ramassa ses pensées. « Ménelda. » Elle fit une pause et regarda Gabrielle relever les jambes et les mettre sous elle, tandis qu’elle s’installait pour écouter. Le soleil couchant peignait la barde, colorant ses cheveux de cramoisi et mettant la moitié de son visage dans l’ombre. « C’est la sœur de Mélosa, tu sais. »

Gabrielle secoua la tête. « Je ne savais pas. »

« Mm. » Ephiny soupira. « Quand Mélosa a été tuée par Vélasca… des gens se sont attendus à ce qu’elle fasse des histoires. » Le regard de la régente alla vers le mur, étudiant la peinture encadrée. « Elle ne l’a pas fait… et je n’ai découvert que plus tard que c’était parce que… et bien, disons que les objectifs de Vélasca rencontraient pas mal de soutien dans la Nation. »

Gabrielle hocha la tête. « Je savais ça. » Elle joua avec son collier qui brilla presque de rouge dans la lumière. « Mais elle n’a pas activement rejoint Vélasca… je m’en serais souvenue. »

« Non », approuva Ephiny. « Elle ne l’a pas fait… mais elle n’aurait pas été malheureuse que… des choses se passent autrement. » Elle réfléchit. « Je pense qu’elle a toujours eu de la rancune contre Xena, en fait, pour avoir battu Mélosa et prouvé que tu avais raison… c’est un peu compliqué avec elle. »

« Hmm. » La barde prit un air songeur. « Oui… je peux voir ça. » Elle réfléchit un instant. « Elle n’a… jamais semblé faire partie du groupe d’Arella pendant toute cette affaire cependant… j’ai pensé que… je veux dire, les idéaux d’Arella étaient du même tonneau. »

« Ah… et bien, non… » Murmura Ephiny. « Je pense qu’elle a ressenti que… si quelqu’un devait prendre la tête de ce genre de faction… ça devrait être elle. Et Arella ne l’a jamais supportée… elle l’appelait vieille aspirante édentée. »

Gabrielle plissa le front. « Mais. Elle n’est même pas une guerrière… je ne comprends pas. »

« Elle l’était », l’interrompit inopinément Eponine. Elle était restée tranquillement allongée, fournissant un oreiller vivant à son amante, à se contenter d’écouter. « Et une bonne… certaines disaient qu’elle aurait dû recevoir le Droit au lieu de Térréis, mais elle a fait une grande erreur. »

« Mm… oui », approuva Ephiny avec un soupir pensif. « Elle et une amie… proche… s’étaient dirigées vers les montagnes, vers Amphipolis pendant la saison froide… personne n’est vraiment sûr de ce qui s’est passé, mais le résultat final a été qu’elles se sont retrouvées dans un éboulement de pierres. L’autre femme, une jeune fille en fait, a été tuée et Ménelda a eu plusieurs endroits brisés plutôt méchamment… elle n’a jamais retrouvé sa forme. »

« Oh. » Le regard de la barde était concentré quelque part au loin.

« Oui… elle peut faire pas mal de choses, mais sa force n’est jamais revenue et elle a peu d’endurance… ça a fait s’envoler son unique talent, je pense… alors elle a fini par devenir guérisseuse », continua Eponine, un peu sombre. « Elle n’est pas mauvaise, mais ce n’est pas son choix de cœur et ça se voit. »

« Oui », murmura Gabrielle.

« Et puis, tu sais… » Pony lança un regard d’excuse à la barde. « Sans vouloir t’offenser, mais quelqu’un comme Xena arrive, qui… je veux dire, zut Gabrielle, y a-t-il quelque chose qu’elle ne sache pas bien faire ? »

« Cuisiner », répliqua la barde succinctement. « Et un paquet d’autres choses, mais je comprends ton point. »

« Je te crois sur parole. » La maîtresse d’armes soupira. « Mais voilà… je veux dire, elle s’est sculpté une niche pour elle, sachant ce qui aurait pu être, et je pense qu’elle s’en accommode avec la plupart d’entre nous, mais quand Xena est dans le coin, ça la ronge pas mal. » Un haussement d’épaules. « Par Hadès… je me sens comme ça parfois… comme si… je ne sais pas, j’étais sur la défensive, je présume… alors pour elle ça doit être bien pire. »

Les yeux verts prirent une teinte froide. « Et alors… elle est supposée prétendre à la médiocrité quand elle est ici ? »

« Gabrielle… s’il te plaît, ce n’est pas ce que Pony veut dire et tu le sais bien. » Ephiny lui lança un regard. « Ce n’est pas un problème. »

« Ephiny, c’est un problème », objecta la barde en se penchant vers l’avant. « Chaque fois que nous sommes près de vous, ça devient une grande compétition… tu ne penses pas qu’elle est fatiguée de tout ça ? » Son regard alla vers Pony. « Elle a fait fichument fort pour que ça n’arrive pas cette fois et vous ne lui avez pas fichu la paix… et franchement, je ne vois pas de changement juste parce qu’elle va rejoindre la Nation. »

« Je ne… » Commença Eponine puis elle s’interrompit et soupira. « Elle aurait pu juste dire non. »

« Non, elle ne peut pas », répondit doucement Gabrielle. « Elle ne peut pas dire non, elle ne peut pas s’abstenir, elle… » La barde soupira. « Nous en avons parlé en venant ici… elle dit que c’est le seul endroit où elle doit faire ses preuves encore et encore et encore. »

Elles se regardèrent, consternées. « Qu’est-ce que tu dis, Gabrielle… que tu ne veux pas faire la cérémonie ? » Demanda Ephiny tranquillement. « Tu n’as pas à le faire, tu sais… ce n’est pas comme si les autres ne savaient pas que vous êtes, toutes les deux… » Elle hésita, cherchant le bon terme.

« Des âmes sœurs. » La barde prononça le mot avec soin, goûtant la texture de sa signification.

Ephiny prit une inspiration. « Des âmes sœurs. » Elle hocha un peu la tête. « C’est un joli mot. » Elle sourit à son amie. « Ecoute, je pense que je sais ce que tu veux dire… mais je pense que plus vous passerez de temps avec nous, moins cela arrivera, parce que les gens s’habituent, tu sais ? »

Gabrielle mit le menton sur sa main. « Tu le penses ? Je suis un peu nerveuse à ce sujet… je ne suis pas trop dans les cérémonies et tout ça. »

Les Amazones se mirent à rire. « Oh… nan, ne t’inquiète pas pour ça, Gabrielle… tout va bien se passer. C’est une brise… ça prend à peine quelques minutes et c’est terminé », la rassura Ephiny, sentant le soulagement passer sur elle. « Vraiment facile. »

« Bien… bien… alors ça ne vous gênera pas de vous joindre à nous, pas vrai ? » Répondit Gabrielle avec un large sourire.

« Bien sûr. »

« Bien sûr. »

Elles répondirent en chœur, puis s’arrêtèrent, choquées et se regardèrent, la bouche ouverte.

Et Gabrielle, Barde de Potadeia et Reine des Amazones, frotta ses ongles contre la chemise bleu nuit de son âme sœur et se leva. « Génial. Je vais aller le dire aux préparatrices. On se voit au dîner. Au revoir. » Les yeux verts brillèrent dans la lumière baissante, rejoints par un sourire espiègle, qui s’évanouit en un clin d’œil lorsque la porte se referma derrière elle.

Le silence total régna.

« Quelle petite…»

« Je le crois pas. »

Elles s’étudièrent l’une l’autre pendant un moment puis Eponine baissa le regard et commença à se tortiller pour sortir du lit. « Je vais l’attraper… avant qu’elle… »

Ephiny leva une main et couvrit sa bouche utilisant l’autre main pour la garder en place. « Tu ne le pensais pas ? » Demanda-t-elle doucement.

Pony écarquilla les yeux et elle se laissa lentement tirer sur la paillasse. « Je… » Elle scruta le visage d’Ephiny avec un air inquisiteur. « Je le pensais. »

La régente sourit, oubliant toute prudence. « Bien alors… on ne peut pas décevoir la reine, pas vrai ? » C’était un sentiment très paisible et elles s’y baignèrent tranquillement pendant un instant.

Puis Eponine prit une inspiration profonde. « Elle est douée », dit-elle d’un ton ironique.

« Oh oui », reconnut la régente d’un air désabusé. « Elle l’est assurément. »


A suivre 8ème partie