Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 10ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


Des coups réguliers de marteau résonnaient tandis qu’un groupe d’Amazones travaillaient industrieusement sur la zone qui serait utilisée pour la fête de la soirée. Quatre femmes trapues et robustes balançaient des bûches sur leurs épaules, les plaçant avec soin pour le feu de camp, et deux filles sans peur avançaient à petits pas sur des branches fines, posant de longues rangées de fleurs aux couleurs éclatantes.

Toute l’atmosphère du village s’était définitivement rehaussée, comme s’en rendait compte Xena, alors qu’elle voyait deux ou trois des éclaireuses habituellement sérieuses se badigeonner avec des fruits. Un sourire se fraya un chemin sur ses lèvres. Peut-être que ça ne serait pas si mal après tout… Plusieurs des travailleuses les repérèrent et les saluèrent joyeusement et Gabrielle leur répondit. La barde lui jeta un coup d’œil. « C’est mieux que la dernière fois, hein ? »

Xena soupira. « Je me faisais la même remarque », admit-elle ironiquement. « Oui… » Son regard fut attiré par une silhouette qui passait et elle remarqua l’intérêt profond de la grande blonde pour elle. « Je pense qu’elles me voient de manière plus chaleureuse. »

Gabrielle regarda la blonde Amazone qui avançait rapidement, foncer dans un arbre. « Tu crois, hein ? » Dit-elle innocemment tandis que la jeune femme rebondissait et disparaissait dans la hutte la plus proche. « Je ne pense pas que ‘chaleur’ soit la température que nous voyons là, mon chou, mais… » Elle tendit la main et ajusta l’avant du cuir cramoisi de Xena. « Je t’adore en rouge. »

Xena rit et mit un bras autour des épaules de la barde pour l’attirer plus près. « Et bien, c’est le Festival de Dionysos… on pourrait aussi bien l’apprécier. » Ses yeux brillèrent et elle baissa rapidement la tête, surprenant Gabrielle avec un doux baiser.

La barde soupira, observant une autre Amazone foncer dans un arbre. « Xena, tu causes le chaos. » Puis elle se lécha les lèvres et baissa à nouveau la tête de la guerrière. « Autant bien le faire. » Elles s’arrêtèrent à l’ombre d’un grand arbre et savourèrent l’instant, conscientes dans la périphérie de leur regard de l’arrêt de tout bruit autour d’elles. « Il faut qu’on arrête ça », murmura la barde.

« Pourquoi ? » Xena lui mordilla la mâchoire.

« On va manger du chaume ce soir assises sur des rochers », répliqua Gabrielle avec un rire. « Viens. »

Des voix bruyantes sortaient de la salle à manger et Xena et Gabrielle avancèrent, bras dessus bras dessous. « Oh oh », marmonna Gabrielle. « On dirait qu’il y a des enn… Ne me regarde pas comme ça ! »

Un battement des longs cils noirs. « Je n’allais rien dire. »

La barde plissa ses yeux verts. « Tu y pensais. »

Xena rit tout en tirant sur la porte et elle poussa sa compagne à l’intérieur.

Un groupe d’Amazones était rassemblé autour de la table principale et elles pouvaient à peine voir les cheveux blonds bouclés d’Ephiny au milieu. Ménelda était appuyée contre la table en bois et elle criait.

« Bon sang, Ephiny… j’en ai plus qu’assez ! Je te dis que cette bâtarde s’est sauvée et elle a kidnappé cette jeune fille et tu dois foutument faire quelque chose ! »

Xena et Gabrielle échangèrent un regard. « Tu sais, Xe… Ce n’est pas nous qui déclenchons les ennuis ici. Nous finissons juste par les réparer », marmonna la barde à voix basse. « Très bien… qu’est-ce qui se passe ? » Ajouta-t-elle à voix haute.

Ménelda se retourna et mit les mains sur ses hanches. « Le problème que tu nous as apporté, Majesté. »

Gabrielle sentit l’explosion arriver et se contenta de mettre les mains sur son âme sœur avant que la guérisseuse ne bénéficie du côté sombre de Xena. « Oh oh, tigresse… attends… » Elle mit les mains sur la poitrine qui bougeait régulièrement et attira le regard brûlant sur elle. « Hé… hé… »

Ephiny contourna la table et se mit entre Ménelda et la guerrière toujours frémissante. « Ménelda, c’était déplacé. Et c’était ma décision pas la sienne. » Elle parla durement puis tourna un regard noisette sérieux vers Gabrielle, qui tournait le dos à la régente vu que son attention était concentrée sur Xena. A contrecœur, Ephiny croisa le regard brûlant de la guerrière. « Paladia et Cait ont disparu. »

Gabrielle sentit le pouls sous ses doigts ralentir et elle frotta la peau douce de son pouce avant de se retourner pour faire face à Ephiny. « Disparu ? » Son regard alla de la régente à la guérisseuse en colère. « Peut-être qu’elles sont juste parties se promener ? » Dit-elle d’un ton neutre tandis qu’elle sentait les mains de Xena se poser fermement sur ses épaules.

Ménelda ricana. « Parties se promener ? Cait est méchamment blessée ou bien tu l’as oublié ? »

Gabrielle sentit les doigts se resserrer sur elle et elle mit les mains sur ses hanches. « Je peux te demander quel est ton problème ? » Demanda-t-elle avec irritation. « Tu es incapable d’une civilité basique ou quoi ? Tu agis comme si tu avais un chobos dans le… » La prise se resserra encore, mais elle put sentir la légère chaleur d’un rire sur sa nuque.

Ménelda la regarda avec dégoût. « On est là en train de blablater alors que cette criminelle est peut-être en train de faire les dieux savent quoi à Cait. »

Gabrielle regarda le sol avec dégoût, puis se retourna et fit face à Xena. « S’il te plaît, tu pourrais les retrouver ? »

« On a déjà cherché », interjeta la guérisseuse.

Xena toucha le bout du nez de la barde de son doigt. « D’accord. » Elle se retourna et lança un regard à la foule. Elles se séparèrent sans un mot et elle les traversa, claquant des doigts pour appeler Arès alors qu’elle arrivait à la porte et le loup la rejoignit.

« On a lancé un groupe de recherche », dit Ephiny à Gabrielle à voix basse. « Pony est partie et quelques autres… on ne sait pas depuis combien de temps elles sont parties. »

La barde hocha la tête. « Xena va les trouver. » Elle regarda Ephiny puis Ménelda. « Je pense qu’il faut qu’on parle. » Elle fit une pause pour leur laisser le temps d’absorber ses paroles.

« Maintenant ? » Demanda Ephiny en jetant un coup d’œil à la foule.

« Ce serait bien », l’informa Gabrielle. « En fait ce serait génial. » Elle leur fit signe de la précéder. « Chez moi ? »

Les deux Amazones silencieuses sortirent tranquillement, suivies par une barde très agacée.


« Tu vas où, Xena ? » Rena la rejoignit alors qu’elle atteignait la salle des guérisseuses et commençait à scruter le sol.

« Chercher des gens », répondit la guerrière, oubliant la porte principale pour aller à celle de derrière. Son regard saisit l’encadrement de la porte et elle regarda un support solide, qui portait une égratignure à hauteur de son épaule. Elle se pencha un peu plus et repéra un minuscule fil bleu encastré dans le bois. Elle le sortit et l’examina puis elle entra dans la pièce et observa la paillasse la plus proche. « Paladia et Cait ont disparu. » Elle nota les couvertures posées sur les lits et son regard passa sur celui de Cait où la couverture manquait.

« Ah. » Rena était assise sur un seau retourné, l’observant avec un plaisir évident. « Elles se sont enfuies, pas vrai ? »

Les yeux bleus saisirent la lumière du soleil tandis que Xena regardait par-dessus son épaule. « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? » Elle se releva et se frotta les mains, ne notant aucun signe de lutte.

L’Ancienne grisonnante rit. « Je suis vieille, pas aveugle, Xena. » Elle se leva et alla vers la guerrière. « J’ai beaucoup apprécié quand tu as donné ce baiser à ta jolie demoiselle dans la cour des Centaures », murmura-t-elle, donnant un coup dans les côtes nues de la guerrière.

Xena réfréna un rougissement et lui préféra un reniflement grognon. « Bien, je dois aller les trouver, alors… » Elle claqua de la langue pour appeler Arès qui reniflait dans le buisson tout proche. « Viens par ici, mon gars. » La guerrière entra, prit l’oreiller de Cait et le tendit au loup.

Naturellement, il le mordit, puis secoua sa grosse tête, arrachant l’oreiller de sa main et envoyant voler les plumes par-dessus les paillasses. « Agrufhf. »

« Hé. » Solari protesta faiblement, en retirant un morceau de son visage. « Garde les batailles d’oreiller pour quand je pourrai les apprécier, hein ? »

« Désolée. » Xena reprit l’objet déchiré. « Arès, sens-le simplement, d’accord ? » Ce que fit le loup en éternuant. « Trouve », dit Xena en baissant le ton de sa voix. « Trouve. »

Arès haleta vers elle puis éternua à nouveau. « Roo. » Il passa près d’elle et trotta sur le chemin de la forêt, son museau fermement posé sur le sol.

« Je pense que je vais venir te donner un coup de main, Xena », décida Rena. « J’aime bien cette gamine. »

La guerrière soupira intérieurement. « A ta guise, mais il faut que tu tiennes le rythme. » Elle partit à grandes enjambées derrière le loup puis se mit à courir tandis qu’il se dirigeait vers la forêt.

Rena se mit à son niveau, riant un peu. « Je ne suis pas de ces petits chiots, t’sais… je me suis astreinte à garder ma condition physique. » Elle garda le niveau de la grande femme avec facilité. « Vous les jeunes pousses vous l’avez facile… attendez d’avoir mon âge et de faire ce truc. »

Xena grimpa derrière Arès et lança un regard ironique à sa partenaire de course. « Je ne suis pas si jeune, Rena. »

« Pfft. » L’Amazone ricana. « Ecoute, gamine… j’ai deux fois ton âge alors mange mes plumes. » Elle sauta agilement par-dessus une racine protubérante. « Je pourrais être ta mère. » Une pause. « Dieux, c’est une pensée effrayante », marmonna-t-elle. « J’entends ces gamines qui se plaignent de douleurs et autres… je pourrais rendre mon déjeuner. »

La guerrière se gratta la joue, mais garda le silence.

« Tu vois ? C’est ce que j’aime chez toi, Xena. » L’Ancienne hocha brusquement la tête. « Je ne t’ai jamais entendue te plaindre… et ne pense pas que je ne sais pas combien tu as été frappée hier. »

Un haussement d’épaules. « Pas besoin d’en faire grand cas. » Xena gardait un oeil sur un Arès agité et elle se baissa quand il se dirigea sur un chemin étroit. « Mais Gabrielle n’est pas d’accord avec toi. »

Rena rit. « Bien sûr que non… mais c’est différent. » Elle passa sous une branche basse. « Je parie qu’elle saisit toutes les occasions de te dorloter, hein ? »

Xena se contenta de la regarder.

« Profites-en. » Les yeux de l’Ancienne brillèrent. « Ça vient droit de son cœur. »

Un léger sourire éclaira le visage autrement grimaçant de la guerrière. « Je sais. »

Elle se pencha un peu en avant alors que le chemin montait, accélérant dans la pente tandis qu’Arès avançait, son museau effleurant les feuilles avec avidité. Brusquement, le loup s’arrêta et sautilla au bord d’un ravin, regardant en bas avec un air intrigué. Il se retourna et regarda Xena puis en bas à nouveau.

La guerrière vint près de lui et regarda en bas, puis elle jeta un coup d’œil le long du bord du ravin. « Hm… je parie qu’elles ne sont pas descendues par ici. »

Rena regarda près d’elle. « Je parie que tu as raison. » Elle examina l’arbre d’un côté. « Regarde ça. »

Ce que fit Xena, voyant un morceau de branche légèrement brisé. Elle mit la main autour, couvrant totalement le morceau et elle sentit la rugosité de l’écorce aux coins contre sa main. « Une prise. »

« Mm », approuva Rena retournant la main de Xena pour la regarder. « Un peu plus petite que la tienne. »

« Oui », reconnut la guerrière. « Ok… je présume qu’on va par là. » Elle progressa surle chemin étroit qui bordait le ravin, plaçant ses bottes avec précautions tout en avançant. Rena la suivit agilement, sa stature plus petite manoeuvrant plus aisément autour des arbres aux branches épaisses. Elle mit la main sur le dos nu de Xena, puis cria quand le corps de la guerrière bougea avec fluidité.

« Ne fais pas ça », l’avertit Xena avec un soupir, ayant à peine réussi à s’empêcher de pousser l’Amazone dans le ravin. « Pas sans parler en même temps. »

« Oups… désolée. » Rena sourit sans se repentir. « Ta peau est douce pour quelqu’un d’aussi coriace, tu sais ça ? »

Xena lui lança un regard puis elle rit et secoua la tête. « On peut revenir à la recherche de ces gamines ? » Elle reprit sa marche, passant sous une branche basse puis elle se figea soudainement et l’Amazone lui rentra dedans. Elle réussit à garder son instinct et s’immobilisa, pointant en bas. « Là. »

Rena regarda par-dessus son bras étiré, repoussant une branche pleine de feuilles avec impatience. « Ah. » Elle sourit. « Je te l’avais dit. »

Xena sourit aussi tandis qu’elle devinait la grande silhouette de Paladia, posée contre un grand arbre, un genou relevé avec un morceau de parchemin clair dessus, son autre jambe servant d’oreiller à Cait.

L’ex-renégate n’avait pas l’air à l’aise en fait, elle tournait sans arrêt la tête vers la jeune fille, le plissement de son front visible pour Xena même de là où elle était. « Bien, bien », dit la guerrière. « Je ne pense pas que Cait soit en danger. »

Il y avait un petit panier à proximité et une outre de vin était accrochée à la branche près de la tête de Paladia, et il était évident pour Xena que toutes les deux avaient passé du temps là, à regarder l’eau.

« Elles doivent être descendues par ici », pointa Rena vers un chemin abrupt à demi caché qui aurait terminé près de l’endroit. « Si c’est pas mignon. »

Xena sentit un sourire sur ses propres lèvres puis elle soupira et avança. « Bien, on les ramène. » Sans une parole d’avertissement, elle atteignit le bord de la clairière et sauta en l’air.

« Fils de BACCHANTE ! » Cria Rena, en se tortillant sur le surplomb fin pour regarder juste à temps pour voir Xena attraper une branche et se lancer dans un double saut avant d’atterrir près des deux fugitives. « Prétentieuse », marmonna l’Amazone pour elle-même, en baissant les yeux vers Arès qui regardait et remuait la queue. « Elle fait toujours ça ? »

« Agrrroo. » Le loup renifla sa botte et la poussa de son museau.

« Oh non… je ne fais pas ça… tu es cinglé. » Rena plissa le front tout en commençant sa descente du chemin abrupt. « Je ne suis pas arrivée à mon âge en étant aussi imprudente. »


Les quartiers de la reine étaient très calmes lorsque les trois femmes entrèrent et Gabrielle montra aux deux autres les fauteuils bien installés devant la table qu’elle utilisait comme bureau. Elle attendit qu’elles soient assises puis elle s’assit à son tour derrière la table et croisa les mains sur son journal. « Alors… par où on commence ? »

Ephiny regarda le sol et Ménelda croisa les bras sur sa poitrine tout en gardant le silence.

Génial. Gabrielle relâcha un soupir tranquille. « Je présume que je commence alors. » Elle cloua la guérisseuse du regard. « Pourquoi es-tu si hostile ? »

Elle vit une légère courbure sur les lèvres d’Ephiny et elle sut que la régente riait intérieurement à son ton direct. « Je ne t’ai jamais rien fait », ajouta-t-elle.

Ménelda la regarda farouchement. « Je n’aime pas la façon dont on dirige ici et c’est trop dommage que je sois la seule qui ait les tripes de le dire. » Volontairement, elle ne regarda pas vers Ephiny qui ricana doucement.

Au lieu de se mettre en colère, Gabrielle réfléchit à la déclaration. « D’accord. Qu’est-ce que tu voudrais voir changer ? »

La guérisseuse ne s’attendait pas à la question et sa mâchoire s’affaissa un peu. « Quoi ? »

Un léger haussement d’épaules. « Tu as dit que tu n’aimais pas comme c’est. Très bien, je l’accepte, mais ne pas aimer les choses ne compte pas tant que tu n’as pas une idée pour les changer », expliqua la barde d’un ton raisonnable. « Qu’est-ce que tu n’aimes pas, que la Nation soit en paix ? Que vos voisins ne vous attaquent plus beaucoup ? Que vous avez étendu votre zone de marché deux fois plus qu’avant ? Quoi ? »

Ephiny la regardait avec fascination, son menton sur un poing. Le style de Gabrielle était unique, son attitude gentille et interrogative plus que frontale et cela déséquilibrait ses adversaires parce qu’on ne pouvait pas juste regarder dans ces jolis yeux verts et voir une ennemie. Ephiny soupçonna que c’était comme ça qu’elle arrivait à affronter les parts sombres de Xena, parce qu’il n’y avait ni jugement ni accusation dans son approche, juste le besoin de comprendre.

« Il n’y a… » Ménelda lutta pour arranger ses pensées. « Il n’y a plus de discipline. »

« Ah. » Gabrielle hocha solennellement la tête. « Tu veux parler de l’entraînement ? Ou bien l’attitude de chacune en général ? »

« Les deux… aucun… je… » La guérisseuse se frotta la tête. « Je ne sais pas… c’est comme si personne ne voulait plus vivre selon nos traditions. »

« Hmm. » La barde réfléchit. « Et en quoi est-ce ma faute ? »

La guérisseuse la regarda. « Tu es la reine. C’est ta responsabilité. »

« Je vois. » La barde se leva et contourna la table, faisant les cent pas tranquillement devant le grand lit. « Alors… que nous soyons bien d’accord… tu décides qu’il y a un problème avec la discipline… qui s’est soudainement développé… quand, il y a trois ans ? »

« Ça fait plus longtemps que ça », protesta Ménelda. « Tu l’as vu… regarde ce qui s’est passé l’autre jour. »

Une main fine se leva et un doigt dressé pour marquer le point. « Mais je ne suis dans la vie des Amazones que depuis… oh… deux ans ? » Gabrielle plissa le front. « Pas vrai ? Et pas non plus beaucoup pendant ces deux années… je pense que j’ai passé un total de… deux mois… ici ? »

« Qu’est-ce que ça a à voir avec tout ça ? » Grogna Ménelda. « C’est quand même ta responsabilité. »

La barde l’étudia. « Peut-être, mais vu que je n’ai aucun contrôle sur les événements journaliers ici, c’est un peu dur à admettre. » Elle regarda Ephiny. « Je ne pense pas que nous ayons sorti une directive qui réduit la discipline ces derniers temps, n’est-ce pas ? »

Ephiny secoua la tête. « Non… et je pense que Pony se sentirait gravement insultée à cette insinuation. Le régime d’entraînement qu’elle a créé était complet et dans mon esprit, effectif. »

« Bien sûr, tu la défends », lâcha Ménelda. « Regarde ce qui s’est passé hier. »

La régente soupira. « Tout l’entraînement du monde ne peut t’aider si tu es prise par ce genre de surprise… nous dépendions de nos avant-postes pour nous prévenir et elles ne s’attendaient pas à ce qu’une amie se retourne contre elles. »

« Non… personne ne s’attend à ça », dit la guérisseuse en fixant la reine qui les regardait tranquillement.

La barde mit les mains sur ses hanches. « Je ne pense pas que ça ait quoi que ce soi à voir avec la discipline Amazone », répondit-elle avec honnêteté. « Je pense que… tu es malheureuse et tu cherches un bouc émissaire et je remplis les conditions », répliqua Gabrielle. « Alors au lieu de changer ta vie pour la rendre heureuse, tu trouves quelqu’un à blâmer. » Elle fit une pause. « Dans ce cas, c’est moi. »

La guérisseuse la fixa. « Tu ne sais pas de quoi tu parles. »

« Ah bon ? » Répondit doucement la barde. « Et tu ne m’as toujours pas dit ce que tu ferais différemment, parce que tu ne le sais pas. » Gabrielle défendit son point de vue sans répit. « C’est plus facile d’essayer de rendre les autres misérables. » Une pause. « La question est, pourquoi m’attaques-tu soudainement ? »

« C’est de ta faute, bon sang… » Claqua Ménelda. « Elles te regardent et… » Elle s’interrompit un instant. « Oublie ça. »

La barde vint devant elle et mit les mains sur les accoudoirs, se penchant en avant en clouant la femme de ses yeux vert clair. « Je n’aime pas que les gens soient mauvais à mon égard sans raison, Ménelda. Ça me fait me sentir vraiment mal et ça agace ma compagne. »

« Mais tu es la… »

« Non. » Gabrielle la coupa. « Je ne suis pas ‘la reine’. » Sa voix prit de la puissance. « Je suis une personne et je m’appelle Gabrielle, et j’ai des sentiments tout comme toi. » Elle fit une pause. « Alors… quel est ton problème avec moi ? »

Un long, très long silence tandis que les deux femmes se regardaient. Ephiny resta tranquille.

« Ce n’est pas juste », finit par dire la guérisseuse d’une voix rauque.

« Qu’est-ce qui n’est pas juste ? » Demanda Gabrielle calmement. « Qu’est-ce que tu trouves si horrible ? » Sa voix baissa d’un ton. « Tu n’étais pas comme ça… nous avons eu des conversations géniales quand je suis venue ici ce mois-là. »

La mâchoire de l’autre femme bougea. « Tu es restée avec elle. »

Ephiny se raidit et se leva à demi, jusqu’à ce que Gabrielle lui fasse signe de se rasseoir. « Non… c’est bon, Eph… je me suis dit que c’était ça », dit-elle puis elle fit une pause et prit une inspiration. « Oui, je l’ai fait. »

« Comment as-tu pu ? » Demanda Ménelda quasiment dans un murmure. « Après ce qu’elle a fait ? »

Gabrielle la regarda. « Parce que je mourrais sans elle », répondit-elle doucement. « Parce qu’elle fait partie de moi… l’autre moitié de mon âme. » Son regard scruta celui de l’Amazone. « Parce qu’elle m’a tout pardonné. » Elle laissa les mots tomber dans un silence douloureux. « Mais ce n’est pas ce qui t’est arrivé, n’est-ce pas ? »

Ephiny sentit sa mâchoire tomber tandis qu’elle observait les émotions se chasser sur le visage de la guérisseuse. Personne… personne de vivant, en tous cas, ne savait ce qui était arrivé à Ménelda. Elle avait tout gardé en elle, n’en parlant à personne pendant toutes ces années. Comment Gabrielle pouvait-elle savoir ce qui s’était passé ?

Ce n’était pas possible, mais tandis qu’Ephiny observait les yeux vert brume qui scrutaient et testaient le visage silencieux de Ménelda, elle était convaincue que d’une certaine façon, Gabrielle savait. Ça faisait partie de la magie spéciale et personnelle de la barde, qui lui permettait de voir dans le cœur des autres, tandis qu’elle touchait les cordes de l’émotion avec une précision absolue.

Elle ne s’était pas attendue à ce que Ménelda plonge en avant pour saisir le cou de Gabrielle, repoussant la jeune femme en arrière tandis qu’elle relâchait un cri sauvage et angoissé.

Ephiny se précipita en avant, bondissant de son fauteuil, mais Ménelda s’était retournée, envoyant Gabrielle et elle-même loin d’elle et elle étranglait à présent la barde surprise. « Sois damnée… ne ramène pas ces souvenirs, garce ! »

Gabrielle s’arqua et fit perdre l’équilibre à son adversaire puis elle les souleva toutes les deux par force pure, ses bras musclés la repoussant du sol tandis qu’elle se détachait de la prise de Ménelda. Elle frappa la gorge de l’Amazone de son coude puis eut assez de levier pour se jeter sur la guérisseuse et la clouer au sol. Ménelda était plus grande, mais elle était légère et elle ne put bouger sous le poids solide de la barde. « Nous avons toutes des souvenirs que nous préfèrerions ne pas avoir. »

La femme haleta, son visage rougissant. « Tu… es… folle… elle va… se retourner contre toi… à nouveau… et elle va… finir… ce qu’elle a commencé. » Elle luttait vainement. « Tu ne comprends pas ? »

Gabrielle se contenta de la maintenir au sol, la regardant avec une compassion tranquille. « Je prends le risque. »

La guerrière resta immobile et se contenta de la regarder.

« Tu ne peux pas vivre en te basant sur ce qui pourrait aller mal, Ménelda… pas si tu as une chance d’être heureuse. Tu dois vivre pour les bonnes choses », lui dit Gabrielle. « Alors… oui… je sais qu’on s’est fait du mal l’une à l’autre. Et je sais que ça pourrait se reproduire. » Elle prit une inspiration. « Mais nous avons décidé de saisir la chance de l’amour. » Son regard s’adoucit. « Je suis désolée que ça n’ait pas été la même chose pour toi. »

Pendant un long moment, Ménelda la fixa. Puis lentement, douloureusement, elle sembla s’effondrer sur elle-même. « Elle ne voulait pas me blesser », murmura-t-elle. « Elle était juste toujours en colère. »

Gabrielle ferma les yeux et se détendit, soulevant son poids de la guérisseuse maintenant inoffensive, ignorant l’expression de choc sur le visage d’Ephiny. « La colère est une chose vraiment destructrice », dit la barde doucement, caressant le bras de l’Amazone de compassion. « Ça te fait faire des choses que tu ne veux pas faire, parfois. »

« Elle m’a attaquée… avec un couteau… » Gémit Ménelda. « Il était tard… elle était… nous buvions… je n’avais pas fait attention où nous campions… je savais que c’était une zone d’éboulement… la dernière chose dont je me souviens, c’est ce couteau… et moi qui réagis… et ensuite ça fait mal. »

Gabrielle la souleva et l’étreignit affectueusement, se souvenant de l’impact d’un poing sur son visage. Et comme la mort avait semblé… si tentante à ce moment-là, tellement ça avait fait mal. « Je suis désolée… je sais combien ça a dû te faire mal. » Elle continuait à murmurer de manière apaisante, jusqu’à ce que la femme arrête de sangloter, puis elle s’assit. « Eph… aide-moi à la mettre debout… » Gabrielle soupira tout en mettant les jambes sous elle pour se repousser du sol, tressaillant à la douleur soudaine dans son dos.

A mi-chemin, elle sentit une vague d’étourdissement et elle hoqueta, tandis que le monde s’obscurcissait et qu’elle sentait une nausée vertigineuse la saisir et faire lâcher ses genoux.

Elle fut à peine consciente de la prise soudaine et désespérée d’Ephiny sur son bras tandis qu’elle trébuchait vers le lit et réussissait à atterrir dessus, s’allongeant, le monde s’obscurcissant et se resserrant sur elle, et devenant très, très tranquille.


Paladia se pencha un peu plus sur son parchemin pour étudier la ligne qu’elle venait de dessiner, puis elle la frotta un peu avec un doigt couvert de charbon et la redessina. Elle fit une pause et regarda la ravine qu’elles surplombaient et retourna à son travail.

La matinée avait fini par être plus ou moins bonne, admit-elle à contrecoeur pour elle-même, bien que Cait se soit assoupie après qu’elles avaient grignoté les trucs qu’elle avait réussi à piquer à l’arrière de la salle à manger. Et bien sûr, elle avait oublié d’apporter un fichu oreiller alors la fichue gamine avait décidé d’utiliser sa jambe pour le remplacer.

Paladia regarda la jeune fille endormie avec un froncement de sourcils. Cait avait les yeux fermés et sa poitrine mince montait et descendait avec ce que l’ex-renégate supposait être un rythme normal, bien qu’étant donné l’angle du soleil, elle avait prévu de réveiller la jeune fille bientôt pour qu’elles n’aient pas trop d’ennuis.

Avec un soupir, elle retourna à son dessin, traçant un rocher et le pin à l’air intéressant qui s’enroulait presque autour de lui, après avoir été frappé par la foudre et flétri. Elle dessina les longues feuilles étroites puis elle tourna son regard pour se concentrer sur un buisson feuillu tout près quand quelque chose bloqua sa vision.

Elle cligna des yeux avec un froncement de sourcils tandis qu’elle essayait de donner du sens à ce qu’elle réalisa avec un sursaut, être une personne bronzée, aux couleurs noires et cramoisies. « Oh, merde ! » Cria-t-elle, surprise. « D’où est-ce que tu sors ? »

Cait se réveilla en sursaut et cligna des yeux, sa main à la recherche d’un couteau, qui ne se trouvait pas là. Elle hoqueta quand son épaule protesta et elle se laissa retomber. « Dieux. »

« Ne bouge pas, d’accord ? » Paladia lança un regard à Xena. « C’est juste la wonder guerrière. »

La grande femme brune avança à grands pas, posa le pied sur un rocher et s’appuya sur son genou. « Salut. » Elle choisit d’ignorer la description que Paladia faisait d’elle.

Cait roula avec raideur utilisant toujours la jambe de Paladia comme oreiller. « Salut… c’est super que tu nous aies trouvées. » Elle salua son héroïne. 

« Mm », acquiesça Xena, s’asseyant sur le rocher et s’y adossant tout en étirant ses longues jambes avant de les croiser aux chevilles. « Plus que tu ne le penses. »

Elles se regardèrent. « Oh, merde. » Paladia roula les yeux de dégoût. « Laisse-moi deviner… on leur a manqué. »

Xena saisit du regard le panier, l’endroit agréable et la vue, et elle sourit. « Oui. » Elle prit le parchemin des mains de l’ex-renégate avec soin, ignorant son regard de protestation. « Hé… pas mal. » Elle complimenta une Paladia maussade, se tournant à demi pour comparer la vue avec l’image.

L’expression grognonne sur le visage de l’ex-renégate diminua, pour être remplacée par de l’intrigue. « Merci », marmonna-t-elle. « Faut que je fasse quelque chose pour passer le temps par ici. »

Xena rendit le dessin tandis que Rena et Arès arrivaient. « On dirait que tout est sous contrôle ici », dit-elle à l’Ancienne, entendant le léger « Oh oh » de Cait.

Rena les étudia. « Regardez-vous… quelles gamines paresseuses. »

Xena réfréna un sourire. « Et bien… je pense qu’on peut laisser Cait tranquille. »

L’Ancienne mit les mains sur ses hanches et prit la pose. « Je t’incluais là-dedans, gamine. »

Un haussement de sourcil noir. L’attitude de Rena demandait un ajustement vu qu’elle n’était pas habituée à être traitée avec un tel mélange de familiarité et de respect voilé en dehors de sa propre famille. Gamine ? Elle soupira intérieurement. Respecte tes Anciennes, Xena… « Très bien, grandmaman », dit-elle lentement en traînant la voix.

Cela lui valut que l’Ancienne écarte les narines. « Me lance pas ce fichu regard… le reste d’entre nous doivent descendre et descendre et descendre encore le chemin, on ne peut pas juste voler dans les airs comme un fichu écureuil. » Elle montra du doigt la guerrière confortablement assise. « Bien sûr… à toi la route facile ! »

Paladia ricana à la vue de l’expression perplexe sur le visage de la grande guerrière, puis elle cria de choc en sentant un pincement sur sa cuisse. « Hé ! ! !”

Cait croisait les mains sur son estomac, sobrement, battant des cils vers le feuillage au-dessus d’elle. « Dieux, la journée est belle, pas vrai ? »

Xena était tiraillée entre être vaguement insultée par la taquinerie de l’Ancienne et vaguement complimentée et elle décida qu’il n’y avait aucune raison d’être en colère. Elle se leva et se brossa des mains. « Bon, on s’amuse beaucoup, mais… »

La sensation nauséeuse la frappa si fort dans les tripes qu’elle tomba sur un genou, attrapant le rocher pour s’empêcher de tomber. Rena fut instantanément à côté d’elle et posa une main sur elle pour la maintenir.

« Hé… Xena… » La voix de l’Ancienne prit une teinte abrupte d’inquiétude. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Xena ferma les yeux et se concentra, sentant un filet de peur traverser brutalement sa conscience, aussi piquant et froid qu’un torrent de montagne. « Bon sang. » Elle repoussa la désorientation et se leva, se secouant pour sortir de la prise de Rena. « Je vais bien… je dois… je dois rentrer au village. » Elle prit plusieurs inspirations, planifiant son trajet. « Tu les ramènes ? »

Rena la fixa avec incompréhension. « Oui. Bien sûr. »

« Merci. » Et la guerrière fut partie, bondissant vers le chemin qui la ramenait vers les Amazones et une compagne dont elle savait qu’elle avait des ennuis. Arès bondissait derrière elle, glissant dans la pente boueuse.

Elles la regardèrent partir. « Qu’est-ce qui se passe, par l’œil droit d’Hadès ? » Se demanda Rena, en tournant le regard vers les deux échappées.

Cait soupira. « C’est Gabrielle, bien sûr. » Elle tressaillit en essayant de s’asseoir. « Quelque chose doit aller de travers… on ferait mieux de rentrer. »

Paladia ricana. « Et tu vas faire quoi… saigner pour résoudre le problème ? »

« Ne sois pas bête, ma fille… » Ajouta Rena. « Elle n’a pas reçu de pigeon voyageur… elle a sûrement entendu un bruit ou quoi. »

Cait réussit à tourner la tête et elle leur lança à toutes les deux un regard sévère. « Sûrement pas », les informa-t-elle. « Elle sait toujours quand Gabrielle a des ennuis. Ça fait partie de leur… truc. »

« Bien, vous allez perdre des parties de vos ‘trucs’ si vous ne bougez pas fissa », leur dit Rena. « Des gens avalent des plumes sales à cause de vous. »

« Oh… génial », grogna Paladia. « Je présume que je te porte pour rentrer, hein ? »

Cait renifla. « Je peux marcher. »

« Non, tu peux pas. » L’ex-renégate imita son ton.

La jeune fille tressaillit et se rendit compte qu’elle avait raison. « Bon, je vais te raconter une histoire alors. »

« Oh… » Grogna Paladia.

« Pas celle-là », dit Cait en renonçant.

Rena les regarda, intriguée. « Hé les gamines, vous avez le béguin ? »

Deux paires d’yeux se tournèrent vers elle. « Dieux non ! » Balbutia Cait.

« T’es cinglée ? » Aboya Paladia.

« Hmm. » L’Ancienne ôta un sourire de ses lèvres. « Bon… d’accord, on y va, alors. » Elle aida Paladia à ramasser ses affaires et porta son parchemin et ses pinceaux tandis que cette dernière attrapait Cait avec force bougonnements . « Hé… j’espère qu’on va croiser Pony et les filles sur le chemin… elles vont être bluffées que je vous ai trouvées. »

Cait regarda par-dessus la large épaule de Paladia. « C’est Xena qui nous a trouvées », corrigea-t-elle fermement.

« Chut… ne contredis pas tes aînées, jeune pousse », dit Rena en riant tandis qu’elle prenait la tête.


Ephiny retint la barde qui tombait, remerciant Artémis que Gabrielle ait atterri sur le lit et pas sur le sol dur. Elle vérifia le pouls sur un poignet mou et se mordit les lèvres quand elle sentit le rythme rapide. Un bruit lui fit regarder par terre, où Ménelda se mettait péniblement debout.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda la guérisseuse, d’une voix rauque.

La régente secoua la tête tout en lissant les cheveux clairs de Gabrielle pour les écarter de son front. « Je ne… comprends pas… elle semblait aller bien », murmura-t-elle. « Son cœur bat tellement vite… »

Ménelda leva une main avec ce qui semblait être un énorme effort et elle entoura le poignet fin de la barde. « Bon sang. » Elle examina la jeune femme. « Elle a eu… ou bien… je ne… est-ce que j’ai fait quelque chose… »

Ephiny secoua la tête. « Je ne le pense pas… je… ah, elle est enceinte. »

La guérisseuse eut un mouvement brusque de la tête. « Quoi ? »

La régente hocha sa tête blonde frisée. « Environ… oh, je dirais autour de six semaines environ. » Elle repoussa volontairement sa colère contre Ménelda, se disant avec justesse qu’il y avait un moment et un endroit pour ça et que ce n’était pas le cas là maintenant.

« Tu aurais dû me le dire. » La guérisseuse la fixa. « Ou bien estimais-tu que je ne valais pas la peine qu’on me le dise ? »

Exphiny soupira. « Plus tard… on s’occupe d’abord d’elle, d’accord ? » Elle sentit le pouls de Gabrielle qui battait fort contre ses doigts. La barde était pâle et sa peau semblait froide. « Apporte une couverture… elle a froid. »

Ménelda se mit difficilement debout et aida Ephiny à tirer la pelisse noire épaisse sur la forme élancée de la barde puis elle mit la main sur sa tête. « Elle a l’habitude de s’évanouir ? »

« Non », dit tranquillement la régente. « Pas que j’ai remarqué… elle m’a toujours semblé vraiment en bonne santé, en fait. » Elle étudia attentivement la barde.

Un grognement bas attira leur attention et Ephiny s’assit sur le bord du lit, attrapant Gabrielle par les épaules alors qu’elle remuait. « Hé… doucement… »

Les cils clairs battirent puis s’ouvrirent et la barde leva une main tremblante vers sa tête. « Qu… » Son visage se contracta de douleur. « Oh… dieux… » Elle mit un bras autour de son estomac et roula sur le côté. « Ouille… »

« Gab… » Ephiny lui serra l’épaule anxieusement. « Hé… qu’est-ce qui ne va pas ? Dis-moi où tu as mal ? »

La barde serra les dents. « Des crampes… oh… dieux… c’est comme si on me retournait les entrailles. »

Ménelda inspira un souffle choqué. « Oh par Hadès… » Elle se passa la main dans ses cheveux courts. « Non non… écoute… Gabrielle, essaie de te détendre, d’accord ? » L’instinct de guérisseuse prit l’avantage, repoussant tout le reste pour le moment.

« Tu peux lui donner quelque chose ? » La régente parla doucement et rapidement. « Ménelda, elle ne peut pas… » Elle stoppa la pensée et serra la mâchoire, frottant affectueusement l’épaule tendue de la barde. « Doucement… Prends une inspiration profonde, Gabrielle. »

C’est facile pour elle de dire ça, gémit la barde silencieusement tandis qu’elle essayait d’obéir. Son corps se mit en boule et elle passa une main autour de l’oreiller, le serrant fort. « D’accord… » Hoqueta-t-elle. « Je fais… ce que je peux. » Un cri mental partit vers son âme sœur, souhaitant qu’elle soit là et qu’elle s’occupe de tout, à la recherche désespérée de son toucher.

« Fais quelque chose. » Ephiny serra les dents et fixa Ménelda.

« Oh… maintenant je suis une guérisseuse, pas vrai ? » Lâcha la femme, mais elle se leva et alla vers les sacs mis au sol, farfouilla dans l’un d’eux puis dans le suivant jusqu’à ce qu’elle en tire un sachet. « Je n’ai aucune idée de si elle s’est même embêtée à porter… ah. » Ses mains trouvèrent les herbes qu’elle cherchait et elle se leva, les apportant au bureau où se trouvaient un pichet et une tasse.

« Doucement… doucement, mon amie… » Ephiny murmurait à la barde en souffrance. « Allez… allez… détends-toi… on va te donner quelque chose et tu te sentiras bien mieux. » Elle croisa mentalement les doigts, reconnaissant les symptômes d’une fausse couche naissante. Non… Artémis, non… s’il te plaît… je t’offrirai tout ce que tu veux… mais ne laisse pas ça lui arriver.

Gabrielle cligna des yeux et les ouvrit et elle fixa la porte, sans la voir. « C’est le b… bébé, pas vrai ? » Murmura-t-elle, la peur rendant sa voix aiguë ? « Oh doux dieux, s’il vous plaît… »

« Chut… non… ça va aller. » Ephiny sentait la tension dans le corps de sa jeune amie. Elle leva les yeux au retour de Ménelda qui tournait un mélange dans une tasse de son doigt. « C’est quoi ? »

« Tu ne le saurais pas même si je te le disais », répondit brusquement la guérisseuse. « Aide-moi juste pour lui faire avaler. »

Ephiny la fixa, avec une appréhension soudaine.

« Oh… on ne peut pas me faire confiance, c’est ça ? » Siffla Ménelda en voyant son visage.

« Tu viens juste d’essayer de l’étrangler », répliqua Ephiny échauffée. « Mais si… je te fais confiance, Ménelda. Mais souviens-toi de ceci… si quelque chose lui arrive, je t’arracherai personnellement les tripes et je les mettrai à pendre au portail du village. » Sa voix était froide et dure, bien plus que Gabrielle ne l’avait jamais entendue.

Elles se fixèrent du regard. Ménelda finit par recommencer à remuer la tasse. « Allons-y ou bien toute cette discussion sera inutile », marmonna-t-elle mal à l’aise.

Ephiny soupira puis elle releva doucement la barde à demi-consciente. « Gabrielle… tiens bon, d’accord ? Il faut que tu boives ceci. »

Gabrielle ouvrit douloureusement les yeux à ces mots. « Qu’est-ce que c’est ? » dit-elle d’une voix croassante.

« Ça va te détendre. » Ménelda mit la coupe à ses lèvres. « Bois. »

La barde reçut une odeur piquante et déplaisante, mais la douleur la submergeait et elle savait qu’elle n’avait pas le temps d’attendre que Xena revienne. A contrecœur, elle prit une inspiration puis se mit à boire.

Pour être arrêtée par une main douce sur sa tête et une autre inflexible sur la tasse, qui fut écartée de son visage, accompagnée d’une présence chaude et familière. « Arrête. »

Ménelda recula en sursaut et Ephiny hoqueta, surprise par la soudaine présence menaçante de la guerrière. « Dieux… Xena… merci Artémis. » La régente recula tandis que Xena se mettait sur un genou près du lit, prenant affectueusement la joue de la barde dans sa main libre. On ne l’a même pas entendue arriver… bon sang…

La guerrière renifla la tasse puis d’un mouvement de poignet elle en jeta le contenu par la fenêtre. « Eph… apporte-moi mon kit », demanda-t-elle tranquillement, caressant doucement le visage de la barde de son autre main. « Doucement… détends-toi juste, mon amour… je suis là. »

« Xe… » La barde faillit sangloter. « Ça fait mal. » Elle agrippa le bras de la guerrière faisant ressortir les veines sur ses poignets puissants. « Ouille… » Un bas gémissement lui échappa. « S’il te plaît… »

« Chut… je sais… tiens bon », répondit Xena à voix basse et régulière, apaisant son âme sœur d’une caresse affectueuse. « Doucement… respire… c’est ça… »

Ephiny revint rapidement auprès du lit avec les herbes et regarda la guerrière en trouver trois par son seul toucher et les mélanger, puis remplir la tasse d’eau du pichet. Le visage de Xena était complètement impassible, mais la régente pouvait voir que ses mains tremblaient et la montée et la descente rapides de sa poitrine dans une respiration paniquée. Elle se souvint brutalement de la Thessalie et mit la main sur le dos tendu de la guerrière par pur réflexe. La peau bougea sous son toucher, mais elle sentit les bandes d’acier sous ses doigts se détendre un peu.

« D’accord… d’accord… » Xena se glissa sous l’une des épaules de Gabrielle et la releva puis elle amena la tasse à ses lèvres. « Bois ça. »

Une gorgée. Deux. Gabrielle fit la grimace. « Oh… beurk. » Trois gorgées puis elle vida la tasse et laissa sa tête retomber contre la poitrine de sa compagne. Elle avait toujours un bras enroulé contre son ventre et elle gémit lorsqu’une autre crampe attaqua son corps. « Xe… je ne… oh… »

« Chhhut… » Xena posa la tasse et se glissa dans le lit, relevant sa compagne pour la tenir contre sa poitrine. « Je suis là… je suis là… ça va aller, mon amour », dit-elle doucement à Gabrielle, ignorant les deux autres femmes dans la pièce tandis qu’elle espérait que les herbes fonctionnent. « Ça va aller. » Elle glissa une main sur le dos de la barde, massant les muscles douloureusement tendus. « Allez… respire pour moi… de bonnes inspirations profondes. »

Ephiny avait l’impression d’écouter aux portes tandis qu’elle captait les mots doux, tellement différents de ce qu’elle avait vu chez Xena jusqu’ici que c’était presque comme entendre une autre personne.

Ce qui, se dit-elle, était exactement ce que c’était… cette autre Xena que Gabrielle semblait si bien connaître et qui était, en fait, son âme sœur bien-aimée comme elle l’appelait. C’était la personne pour laquelle elle risquerait volontiers sa vie. Qu’elle défendait férocement. A l’amour de laquelle elle se raccrochait, même dans les circonstances les plus horribles.  Peut-être que je vois pourquoi maintenant.

Elle regarda les mains de Xena bouger doucement sur le corps blessé de la barde, tentant d’apaiser sa détresse et essuyant les larmes qui coulaient de ses paupières closes, puis elle jeta un coup d’œil à Ménelda qui regardait les deux femmes avec une expression indéchiffrable. Ephiny se demanda à quoi pensait la guérisseuse. Je le saurai probablement bien assez tôt, songea-t-elle avec ironie.

Gabrielle sentit une léthargie chaude et douce la traverser et elle faillit crier de soulagement tandis que les crampes affreuses dans son ventre diminuaient. Elle se tortilla pour se rapprocher de sa compagne, absorbant la chaleur de son corps et entendant le battement violent du cœur de Xena, son oreille pressée contre la poitrine de la guerrière. Tout allait bien. Xena était là. Elle était en sécurité. « Je vais mieux », marmonna-t-elle contre le cuir rouge.

Xena ressentit un soulagement tremblant et elle ferma les yeux, la tête posée contre celle de Gabrielle. Elle pouvait sentir le corps de la barde se détendre lentement contre elle et elle envoya un remerciement tranquille à quel dieu ou déesse avait veillé sur son âme sœur.

Ça avait été juste.

« Comment vas-tu ? » Demanda-t-elle après quelques instants, à nouveau consciente de la présence silencieuse d’Ephiny et de la silhouette tendue de Ménelda contre le mur.

Gabrielle prit une inspiration profonde puis la relâcha. « Je vais bien. » Elle sentit ses sens revenir à la normale, à son grand soulagement.

Ephiny baissa la tête et s’assit brusquement dans le fauteuil tout près. Puis elle leva lentement sa tête bouclée et fixa la guérisseuse. « Tu te souviens de ce que je t’ai dit ? » Sa voix tremblait de colère.

Mais Xena leva la main. « Attends… cette première tasse n’était pas mauvaise. » Elle glissa à nouveau contre la tête de lit, serrant Gabrielle contre elle avec une douceur stupéfiante. « C’est juste que… elle est très sensible aux herbes… je dois être très prudente avec ce que je lui donne. » Elle fit un bref signe de tête à Ménelda. « C’était un bon choix… celles-là étaient juste meilleures pour elle. »

Ephiny fit retraite et baissa le regard vers le sol.

Xena observa les yeux de la barde qui se fermaient. « Qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda-t-elle à la régente blonde.

Ephiny leva les yeux et soupira. « On… discutait juste de trucs… » Qu’est-ce que je peux lui dire ?  Elle observa les traits tendus et contrôlés. « Il y a eu un peu d’échanges musclés… Gabrielle s’en est occupée… mais quand elle s’est levée, elle s’est évanouie. »

Le regard bleu devint glacial. « Musclés ? » Son regard passa sur Ménelda.

« Xe ? » Le regard vert brume la regardait. « Qu’est-ce qui ne va pas ? » La voix lasse de Gabrielle stoppa sa fureur montante. La main de la barde bougea et elle leva les yeux avec une expression inquiète.

C’était dur. Mais son âme sœur avait besoin d’elle et cela… et bien Ménelda devrait attendre. Elle repoussa sa colère et prit une inspiration tremblante, caressant les cheveux de la barde autant pour son propre confort que pour celui de la jeune femme. « Très bien… ça n’a pas d’importance. »

Ephiny se leva et s’approcha d’elle puis se mit à genoux près du lit avant de mettre une main sur le genou de Xena. « Qu’est-ce que je peux faire… tu as besoin de quelque chose ou bien Gabrielle… je… »

Gabrielle rouvrit les yeux à ces mots et regarda son amie, forçant un minuscule sourire sur ses lèvres. « J’ai tout ce dont j’ai besoin ici », blagua-t-elle faiblement, tapotant la poitrine de Xena d’une main. « Désolée… je ne voulais effrayer personne. » Les herbes que Xena lui avait données détendaient son corps, mais ne lui donnaient pas vraiment sommeil et elle fut contente de se laisser tomber contre la poitrine de la guerrière de manière aussi inerte que possible. Les horribles crampes étaient parties et elle se sentait juste faible maintenant.

Et affamée, songea-t-elle, surprise. Quelle drôle de chose.

Xena bougea un peu. « Heu… » Elle étudia sa compagne. « Si tu pouvais nous faire envoyer de quoi manger… je pense qu’elle a juste besoin de repos. » Elle fronça les sourcils. « Beaucoup de repos. »

La barde la regarda. « Xe… » Sa voix contenait de la protestation.

« Gabrielle, tu aurais pu perdre le bébé », lui dit son âme sœur très, très doucement. « Tu t’en rends compte, pas vrai ? »

La barde déglutit. « Je… je ne… je veux dire que je n’ai pas vraiment fait grand-chose, Xena… on est venues ici, on a parlé et ensuite… »

« Et ensuite ? » Répéta sa compagne.

« Ce n’était rien… juste un peu de lutte, c’est tout… j’allais bien », insista Gabrielle. « C’est juste quand je me suis levée que… j’avais des vertiges… »

« Gabrielle… on ne va pas discuter », déclara platement Xena. « Tu restes au lit jusqu’à ce que je te dise que ça va. »

« Xena… pour… »

« Elle a raison. » La voix de Ménelda leur parvint tranquillement du coin. « Majesté. »

Xena lança un regard à la guérisseuse puis décida qu’elle allait utiliser tous les alliés qu’elle pouvait à ce moment. « Tu vois ? »

Gabrielle les regarda toutes les deux. « Je vais bien maintenant », insista-t-elle. « Je ne veux pas rater la fête. »

« Gabrielle. » Ephiny mit la main sur son mollet et le pressa. « On peut faire la fête à tout moment. » Elle laissa un sourire passer sur ses lèvres. « Tu sais que nous adorons les fêtes. »

Les épaules de la barde s’affaissèrent. « Mais… »

Xena eut pitié d’elle et l’embrassa sur le dessus du crâne. « Très bien… je t’amènerai personnellement à la fête, mais tu restes ici d’ici là et tu te contentes de regarder les autres quand tu viendras. » Une pause. « Marché conclu ? »

« A une seule condition », négocia Gabrielle avec talent.

La guerrière leva les yeux au ciel. « Je ne m’en sortirai jamais avec ce truc… ok, c’est quoi ? »

« Tu restes ici aussi », lui dit la barde avec un sourire.

Xena sourit en retour. « Oh… c’est tout ? » Elle étreignit la jeune femme. « Très bien… tu gagnes. » Comme si j’allais la quitter, même pour une minute. Bien.

Gabrielle soupira d’aise. Puis elle leva la tête et regarda Xena. « Alors… tu les as trouvées ? »

Un regard. « Oui. » Xena se tourna vers Ephiny qui les regardait. « Près de la rivière… Rena les ramène ici. » Elle fit une pause. « Elles étaient… heu… »

« En cavale ? » Demanda Ménelda depuis son coin. « Sacrées folles de gamines. »

Ephiny vit l’étincelle dans les deux paires d’yeux et elle se leva brusquement. « On part », annonça-t-elle. « Je vais vous faire envoyer un plateau… et peut-être de l’amusement. » Ses yeux brillèrent sobrement. « Repose-toi, mon amie. »

« On va le faire », dit doucement Gabrielle, une main jouant avec l’avant de la combinaison en cuir de Xena tandis qu’elle les regardait passer la porte.

Un silence s’installa dans la pièce, ponctué par les cris de préparation qui continuaient au-dehors. Gabrielle entendit le battement de cœur dans la poitrine contre son oreille ralentir et elle attendit qu’Arès approche timidement du lit et saute avant de lever la tête et de regarder le profil anguleux au-dessus d’elle. « Tu vas bien ? »

Un mouvement brusque tandis que Xena concentrait son attention sur son âme sœur. « Moi ? » Demanda la guerrière incrédule. « Gabrielle, ce n’est pas moi qui ait un problème ici. »

La barde sourit affectueusement et retira quelques feuilles de dessous la combinaison de sa compagne. « Tu es venue rapidement ici », répondit-elle. « Je ne t’ai même pas entendue arriver. »

Xena observa son corps couvert de boue et de feuillage avec ironie. « Je pense que tout le monde l’a entendu. » Elle soupira. « J’ai fichu une frousse bleue à quelques personnes sur mon chemin. »

Gabrielle hocha la tête. « Je peux l’imaginer. » Elle retira encore quelques feuilles. « Hum… je pense que je peux survivre toute seule quelques minutes si tu veux enlever tout ça. » Les bras de Xena l’enserraient toujours fermement ; comme si la guerrière avait peur qu’elle s’enfuie.

« Oh. » Xena baissa les yeux d’un air penaud et la relâcha, la reposant avec précautions contre les oreillers avant de remonter la pelisse sur elle et de se lever, envoyant une petite cascade de pousses d’herbe et de feuilles au sol. Elle avait évité les chemins et prit une route plus directe, finissant dans une explosion pour sortir du feuillage près de la salle de bains, effrayant les trois Amazones à l’intérieur qui plongèrent hors de leur baignoire pour finir sur le sol. Cela avait ajouté un peu de chaume à sa décoration corporelle et maintenant elle retirait patiemment les trucs chatouillants de dessous sa combinaison rouge en cuir.

« Pourquoi tu n’enlèves pas ça ? » Demanda Gabrielle. Un haussement de sourcil provocant. « Ce n’est pas ce que je voulais dire. » Le sourcil se baissa dans un froncement. « Oh… tu sais très bien de quoi je par… Xena, ce n’est pas non plus ce que je voulais dire », lui dit la barde avec un air d’exaspération feinte.

Mais c’était une bonne idée, se dit Xena, après qu’elle ait récompensé sa jeune compagne d’un rire ironique. Elle retira la combinaison, secouant les morceaux d’écorce avec des mouvements vigoureux, puis elle alla vers leurs sacs et en sortit deux chemises, une qu’elle enfila et l’autre qu’elle apporta avec elle au lit.

Gabrielle avait tout observé avec une joie paresseuse et elle s’assit quand Xena se mit au bord du lit à nouveau, pour permettre à la guerrière de lui retirer ses vêtements de cérémonie. Les doigts chauds étaient bons contre sa peau et elle garda le silence quand Xena prit la chemise pour la lui passer par-dessus la tête.

« Est-ce que Cait va bien ? » Demanda-t-elle finalement, d’une voix douce tandis que la guerrière s’occupait de lui enlever ses bottes.

Le regard bleu se posa sur elle. « Oui… elle va bien. Elles faisaient juste l’école buissonnière. » Elle pinça les lèvres d’amusement. « Je les ai trouvées dans un endroit sympathique, Cait somnolait et Paladia dessinait. » Elle retira les bottes de la barde puis lui chatouilla les orteils.

« Eh… Xena ! » Elle écarta son pied et réfréna un rire.

La guerrière sourit et joua tranquillement avec les couvertures avant de relâcher un bref soupir. « Alors… tu vas me dire ce qui s’est vraiment passé, ou bien… » Elle regarda le visage de la barde attentivement. « Ecoute… je ne vais pas me précipiter pour l’attaquer, si c’est de ça que tu as peur. » Sa voix prit une tournure amère.

Gabrielle cligna des yeux. « Non… je… » Elle fit une pause, réfléchissant tranquillement. « Je présume que c’est ce à quoi ça ressemble pour toi, non ? » Murmura-t-elle, en se souvenant de l’explication tronquée d’Ephiny.

« Comme si on ne pouvait pas me faire confiance avec la vérité, oui », répondit Xena honnêtement.

La barde tressaillit. « Ouille. »

Xena haussa les épaules.

« Viens par ici. » Gabrielle tira sur sa manche. « Allonge-toi et je vais te raconter toute l’histoire. » Elle s’interrompit. « Je pense que j’essayais juste de trouver un moyen d’excuser ce qu’elle a fait… parce que je suis désolée pour elle. »

Xena accepta cela. « Très bien. » Elle attendit que la barde bouge puis elle s’appuya contre la tête de lit et étira ses jambes sur le lit. Gabrielle l’entoura immédiatement d’un bras et se blottit, laissant ses yeux se fermer dans une paix tranquille pendant un long moment.

« Mmm… c’est si bon », murmura-t-elle après un instant, puis elle renifla la peau de Xena. « Pourquoi tu sens la sauge ? Je veux dire que ça ne me dérange pas, c’est une bonne odeur, mais ce n’est pas notre savon de bain habituel. »

« Hum. » La guerrière se gratta la mâchoire. « J’ai pris un raccourci. »

« Un rac… oh Xena… non… » Le regard vert se posa sur elle. « Pas à travers le jardin d’herbes ? » Gabrielle soupira puis tendit la main et retira un fétu d’aneth de derrière l’oreille de son âme sœur. « Oh, je n’ai pas fini d’en entendre parler… c’est la fierté et la joie d’Esta… elle ne m’a même pas laissée en faire le tour la dernière fois que je suis venue. »

« Tu… es plus importante que des herbes », déclara Xena, sans se repentir. « Il était sur mon chemin. » Elle examina le fétu et le renifla délicatement. « Hmm. » Elle le mâchouilla expérimentalement.

Gabrielle suçota sa lèvre et lâcha un petit rire. « Ça c’est ma Xena. » Elle tapota la guerrière sur le ventre. « Contente de voir que ce truc marche toujours. »

Xena s’installa plus profondément dans les oreillers doux. « Mmm… oh oui… c’est sûr », fit-elle remarquer ironiquement. « Ça m’a presque mise KO. » Elle chatouilla paresseusement l’oreille de la barde. « Alors… tu me racontes, ou pas ? »

« Attends. » La barde leva la main. « Mise KO ? Ça n’est jamais arrivé auparavant. »

Un soupir. « Je sais… peut-être que c’est tout ce truc avec le bébé », répondit Xena. « C’était comme… je ne sais pas… comme d’être sous une cascade, je pense… il m’a fallu une minute pour réaliser ce qui se passait, puis j’ai décollé en quelque sorte. »

« Hmm. Désolée », dit Gabrielle d’un ton d’excuse. « Mais je suis contente que tu sois revenue… » Elle prit une inspiration, remettant de l’ordre dans ses pensées. « Nous avons… je les ai ramenées ici parce que j’étais… dieux, Xena, j’en avais tellement assez de l’entendre exploser sur pratiquement tout et tout le monde… je me suis dit que je pourrais… trouver pourquoi elle était aussi en colère tout le temps. »

« Je devine que ça a été le cas ? » Demanda tranquillement la guerrière.

« Mm. » La barde hocha la tête contre sa poitrine. « En quelque sorte, je pense… elle… » Gabrielle soupira. « Elle a connu des mauvais jours quand elle était plus jeune… je pense que cette personne qui est morte dans l’éboulis était sa compagne et elles… Xena, cette personne était mauvaise avec elle. »

« Mauvaise ? »

« Oui. »

Xena réfléchit à cette déclaration avec soin. « Mauvaise comme… ton père était mauvais avec toi ? »

Un hochement de tête. « Elle… je présume qu’elle se sentait un peu… » C’était la partie difficile. « Je… pense qu’elle était furieuse… contre moi… parce qu’elle pensait que je… et bien, elle pensait que nous étions comme elle et cette personne, et… » Gabrielle sentit le corps sous elle se figer. « Et elle ne comprenait pas. » Une pause. « Que nous ne l’étions pas. »

Xena la fixa. « Elle pensait que j’étais… que je suis… » Les mots traînèrent. « C’est ce que tout le monde pense, pas vrai ? » Continua-t-elle finalement d’une petite voix.

« C’est stupide de penser ça », déclara Gabrielle tranquillement, mais avec assurance. « Ça n’a pas de sens, Xena… tu me l’as expliqué toi-même… les gens qui font ça le font parce qu’ils se sentent… sans défense dans leur vie, et c’est comme ça qu’ils se sentent mieux. » Elle hésita. « Ils doivent faire ça pour se sentir supérieurs. »

Pas de réponse. Gabrielle leva les yeux pour voir que le visage de sa compagne était tel un masque figé et ses yeux se concentraient sur autre chose que le présent. « Xena, tu n’es pas le genre de personne à faire ça. » Elle saisit la main relâchée de la guerrière dans la sienne et enroula ses doigts autour.

Xena ferma les yeux. « Ils le pensent quand même », répliqua-t-elle. « Tout le monde l’a toujours fait… on m’a vue comme une brute qui prenait plaisir à utiliser mes poings sur des gens plus faibles que moi. » Elle haussa les épaules. « C’est dans ma nature, je pense. » Elle serra la mâchoire. « Je ne peux même pas dire que ce n’est pas vrai. »

« Moi je peux », déclara la barde.

« Ah oui ? » Xena leva la main et la passa sur sa mâchoire, à l’endroit exact où elle avait frappé Gabrielle dans cette grotte.

« Oh oui », répliqua Gabrielle en lui prenant la main pour l’amener à ses lèvres. « Je sais ce que c’est, tu te souviens ? Je sais ce que ça fait d’être frappée sans raison et sans prévenir, et comment c’est d’être laissée blessée, en se demandant ce qu’on a fait pour mériter ça. » Elle regarda son âme sœur droit dans les yeux. « Dans cette grotte, il n’y avait pas de questionnement. Je savais ce que j’avais fait. » Elle soupira. « C’est très différent, Xena. » Son regard étudia le visage figé avec attention. « Tu y penses beaucoup, pas vrai ? »

Xena hocha la tête. « Je pense à… comment… j’ai pu faire ça, peu importe… la situation… j’étais… » Elle s’interrompit et déglutit. « Ça fait mal… de savoir que je pouvais faire ça… je n’ai jamais pensé… pas avec toi… ce qui est drôle parce que j’ai tué des gens sans remords plus de fois que je ne peux le dire. »

« Je sais exactement ce que tu ressens », répondit doucement Gabrielle. « A chaque fois que je revis le passage de cette porte et la vision de toi au sol avec lui. » Elle prit une inspiration. « Je pense… comment ai-je pu faire ça ? »

Elles restèrent silencieuses un moment. « Je sais qu’il t’a fallu beaucoup de courage pour me laisser revenir », finit par dire la barde. « Merci. »

Le regard bleu se posa sur elle. « Je sais qu’il t’a fallu beaucoup de courage à toi pour me faire à nouveau confiance », répondit-elle tranquillement. « Et je suis très contente que tu l’aies fait, mais ce que j’ai fait ne demandait pas de courage, Gabrielle. » Elle traça lentement la mâchoire de la barde. « Je ne pouvais pas affronter une vie sans toi. »

Gabrielle dut prendre un instant pour simplement respirer. « Je ressentais la même chose », murmura-t-elle enfin.

Elles s’étudièrent l’une l’autre. Finalement Xena hocha la tête. « D’accord… alors… tu as trouvé que quelque chose n’allait pas, et après ? »

« Oh. » La barde dut réfléchir à ce qu’elle disait. « Et bien… non, avant ça, je la poussais dans ses retranchements… et elle a comme qui dirait déraillé. » Son regard alla vers celui de la guerrière. « Elle m’a sauté dessus et nous avons lutté… mais… » Elle leva une main pour prévenir la protestation indignée. « Elle n’était pas une menace, Xena… elle ne pouvait pas me blesser. Je l’ai plaquée au sol en une seconde, honnêtement… et ensuite j’ai tiré tout ce truc d’elle. »

« Oui oui. » Xena fronça un peu les sourcils. « Est-ce que tu te sentais mal avant ça ? »

« Non… Pas que je… et bien, je pense que … je veux dire que j’avais une sorte de mal de crâne… ou j’étais en train d’en avoir un, quoi qu’il en soit, et ça me rendait irritable, je me souviens de ça, et… » Elle réfléchit un instant. « Mon dos me faisait mal. »

Elles restèrent silencieuses quand la porte s’ouvrit et que Rena entra avec un plateau. « Bien, bien, bien… regardez-moi ça. » Elle regarda les deux femmes avec un sourire ironique. « On est bien à l’aise ? » Elle posa le plateau sur la table de chevet et souleva le couvercle. « Bon… on n’a pas une, mais deux sortes différentes de soupes, du poulet rôti pour la timide, du mouton rôti pour la brave, du fromage blanc, de la marmelade d'orange, deux pêches, deux poires, deux bols de gruau sympathique et un pichet de lait. »

Gabrielle la regarda par-dessus l’épaule de sa compagne, reniflant délicatement. « Ça sent bon. »

Xena se mâchouilla l’intérieur de la lèvre pour s’empêcher de rire. « Elles n’ont pris aucun risque, je vois. »

« Oui oui », acquiesça l’Ancienne puis elle se percha sur le bord du lit. « Alors… c’est ça ton urgence, hein ? » Ses yeux brillèrent sérieusement pour Xena. Cait la précoce avait raison, je vois. » Son regard prit une tournure curieuse. « Comment tu fais ça ? »

« C’est juste quelque chose que nous partageons », l’informa poliment Gabrielle. « Est-ce que Cait et Paladia vont bien ? »

Rena pencha la tête vers la jeune femme. « Marrant, c’est exactement ce qu’elles m’ont demandé à ton sujet. » Elle prit un air sévère. « Maintenant, écoute bien, gamine… il n’y a pas de quoi rire et si ton corps te dit de ralentir alors tu ferais mieux de l’écouter. »

Gabrielle pianota sur la poitrine de sa compagne. « Tu l’as payée pour qu’elle dise ça, pas vrai ? » Fit-elle mine d’accuser la femme brune. « C’est une conspiration. »

Rena posa une main noueuse sur les siennes. « Pas de conspiration, juste la vérité, mon amie. » Elle fit un sourire sincère à Gabrielle. « Nous voulons voir un bébé bondissant et en bonne santé dans quelques mois… alors tu restes là et tu te détends, et tu traînes avec cette chèvre turbulente un moment, d’accord ? »

Chèvre turbulente ? Xena grogna intérieurement.  Elle est pire que ma mère.

Gabrielle la regarda, une minuscule étincelle se frayant un chemin dans ses yeux vert brume.

« Mêêêê. » La guerrière fit un bégaiement caprin. Arès leva la tête et grogna. « Mêêêê ! » Xena refit le bruit pour lui.

« Très bien… très bien… comment puis-je résister à ça ? » Gabrielle gloussa.

Rena mit les mains sur ses hanches et fixa Xena. « Ce cuir plein de mauvaise attitude, c’est juste pour jouer, pas vrai ! »

La guerrière passa immédiatement en mode sérieux, levant un sourcil tout en la clouant d’un regard bleu glacial. « Non », répliqua-t-elle pleinement impassible. « C’est très réel. »

Un silence de mort tandis que Rena clignait des yeux et que Gabrielle se mordait presque la lèvre pour éviter de rire.

« La plupart du temps », céda Xena avec un rire ironique. « Et le reste du temps… et bien… » Elle ébouriffa les cheveux de Gabrielle affectueusement. « Ma barde me fait sortir de ma coquille. »

L’Ancienne relâcha un souffle retenu et ricana. « T’es quelque chose, Xena… je te le dis. » Elle secoua la tête. « Bon, je vais vous laisser les deux tourterelles… appréciez votre déjeuner… » Elle se leva et avança à pas chaloupés jusqu’à la porte, se retournant en l’atteignant. « Oh… et la nourriture aussi. » Son visage anguleux se plissa dans un sourire espiègle et elle partit.

Xena s’affaira à attraper une des assiettes en bois du plateau et à la remplir avec un assortiment de choses, évitant avec soin le gruau.

« Chèvre turbulente, hein ? » La taquina Gabrielle. « J’aime bien Rena… elle est vraiment adorable. »

Un haussement de sourcil. « Gabrielle, PAS DU TOUT. »

La barde se contenta de rire. « Bien sûr que si. » Puis elle soupira. « Xena… qu’est-ce qui m’est arrivé aujourd’hui ? Est-ce que c’est… je veux dire, j’espérais… » Un soupir. C’était trop tôt pour avoir un impact lourd sur sa vie. Elle n’allait pas passer les sept prochains mois à faire attention.

« Et bien. » La guerrière la poussa un peu et apporta l’assiette. « Je pense que ton corps protestait parce qu’il n’avait pas l’énergie pour faire les trucs qu’il fait… alors… » Elle regarda l’assiette puis la barde avec un air gentil, mais sérieux. « Il faut que tu écoutes ce que ton corps te dit, mon amour… donne-lui ce qu’il demande et tu seras probablement bien. » Elle regarda Gabrielle prendre l’assiette avec détermination.

« C’est tout ce que j’ai à faire ? » Un regard vert se posa brusquement sur elle. « Et je peux continuer à faire des trucs ? »

« Repose-toi, mange, prends soin de toi. Oui. » Xena hocha la tête. « Ce n’est pas grand-chose, hein ? »

Gabrielle prit une bouchée de poulet. « Je peux avoir de la soupe ? »

« Bien sûr. » Xena sourit de soulagement tranquille et elle étendit un bras vers le plateau.

« Les deux », marmonna son âme sœur autour de sa bouchée. « Et des céréales. »

La guerrière se tourna vers elle. « Tu détestes les céréales. »

« Je ne prends pas de risque », déclara Gabrielle avec fermeté. « Tu me passes le lait ? »


« Avez-vous vu Eph ? » Demanda Eponine tandis qu’elle entrait dans la salle à manger pour la quatrième fois. L’endroit grouillait de gens qui se préparaient pour le banquet et le festival de la soirée. Esta fulminait dans le coin et quand la maîtresse d’armes entra, elle bondit vers elle comme un chiot affamé vers sa mère. « Esta, tu as… oooh ! »

La cuisinière attrapa le bras d’Eponine et la tira sur plusieurs pas. « Je vais la tuer. »

Pony écarta les narines alarmée. Elle passa rapidement en revue les gens et les mots lui vinrent immédiatement à l’esprit. « Heu… je suis sûre que Ménelda ne le pensait pas. »

« Ménelda ? » Répondit brusquement Esta. « Qu’est-ce que cette harpie a à voir avec tout ça ? »

« Euh… les Anciennes ont encore fait un raid sur le garde-manger ? » Hasarda l’Amazone brune.

« Non… » Grogna la cuisinière.

« Qu’est-ce que j’ai fait ? » Couina Eponine.

« Rien, non, pas toi, pas cette meute de louves d’Anciennes affamées, pas Ménelda… je vais tuer ce tas de six pieds marchant qui n’apporte que des ennuis », cria Esta à pleins poumons.

« Oh. » Pony se gratta la mâchoire. « Tu veux dire Xena ? » Elle regarda autour d’elle. « Qu’est-ce qu’elle a fait ? »

« Viens par ici. » Esta tenait toujours le bras de Pony et elle la tira jusqu’à la porte arrière de la salle à manger, puis elle passa la tête dehors. « Voilà ce qu’elle a fait ! ! ! »

Pony prit une inspiration profonde, reniflant l’odeur plaisante du jardin d’herbes, riche de sauge, de thym et de la senteur chatouillante de l’eucalyptus. Le jardin était entouré par une haie épaisse qui le protégeait du vent et du mauvais temps et concentrait les odeurs entêtantes.

Sauf que là, il y avait un trou dans la haie. Un grand trou.

Un trou de six pieds qui correspondait à un chemin arraché aux plantes et qui semblait avoir été piétiné par un Centaure en rut. « Heu. » Elle pianota l’encadrement de la porte. « Esta… c’était une urgence… elle était pressée. »

La cuisinière la tira à l’intérieur et lui jeta un œil noir. « Quel genre d’urgence est plus importante que mes herbes ? Je sais que pour vous les guerrières… tout ce qui est béni par Artémis est une urgence… le temps, une vache qui rampe, votre arc débandé… alors c’était quoi cette fois ? »

Eponine la regarda tranquillement. « Gabrielle avait des problèmes. »

Esta la regarda. « Oh. » Elle se calma. « Elle va bien ? »

La femme brune hocha la tête. « Oui… mais c’était un peu effrayant… Eph a dit qu’elle avait presque l’air de faire une fausse couche. »

« Une faus… elle est enceinte ? » La cuisinière écarquilla les yeux. « Dieux bénis… tu le savais ? »

Eponine renifla, haussant les épaules. « Oui… depuis un petit moment… elle l’a dit à Eph quand elle est arrivée, mais elle lui a demandé de ne rien dire parce qu’elle voulait participer aux jeux. » Elle regarda autour d’elle. « En parlant d’Ephiny… tu l’as vue ? »

Esta paraissait perdue dans ses pensées. « Quoi ? Oh, oui… je l’ai vu se diriger vers la salle de bains il y a un moment. »

Ah. Pony soupira. Elle aurait dû s’en douter. « Merci… il faut que j’y aille. » Elle regarda au-dehors. « Ecoute… désolée pour le jardin… on va t’aider à le remettre en état. »

« Ne t’inquiète pas pour ça. » La cuisinière lui tapota le bras d’un air absent. « Hé… tu penses que la Reine aimerait avoir quelques-uns de ces petits pâtés ? Il faut qu’elle maintienne ses forces. »

Eponine serra les lèvres pour ne pas sourire. « Je suis sûre qu’elle adorerait ça. » Elle regarda la femme trapue partir puis elle soupira et se glissa dehors, utilisant le trou pratique comme une route pour s’échapper vers la salle de bains. 


« Je vais bien, merci », répéta Cait pour la sixième fois alors que deux apprenties guérisseuses se penchaient sur sa paillasse. « Vraiment. » Elles avaient changé le bandage sur son épaule, faisant plusieurs bruits mécontents au sujet des feuilles et de la saleté qu’elle avait accroché pendant son voyage dans les buissons. Paladia s’était échappée après l’avoir déposée sur la paillasse, disparaissant devant les regards désapprobateurs des guérisseuses et sortant tranquillement par-derrière.

Mais pas avant que Cait en place une. « Trouve ce qui ne va pas avec Gabrielle, d’accord ? » Elle avait entendu le léger grognement, mais qui ne dura pas. « Très bien », avait-elle entendu et elle avait souri.

Ça avait rendu l’affairement et les palpations valables et elle les avait endurées en silence, se contentant de lever un peu les yeux au ciel.

D’accord, beaucoup. Finalement, les guérisseuses eurent terminé et elles la remirent au lit. « Je peux avoir une tasse d’eau ? » Demanda-t-elle quand elle fut absolument sûre qu’elles avaient fini. Elle en reçut une et prit une gorgée bienheureuse. Elle décida que tout ça en avait valu la peine, en tous cas ça n’avait pas été ennuyeux. Xena qui s’était pointée, c’était plutôt une surprise, et d’avoir été là, de voir leur… truc… fonctionner, ça avait été terriblement excitant.

Elle se demanda ce qu’on ressentait vraiment. Ça avait dû faire mal, décida-t-elle, parce que ça avait presque fait s’effondrer la robuste Xena et son visage était un mélange de frayeur, de douleur et de confusion qui avait été remarquable à voir.

Mais quelque part, elle ne pensait pas que ça dérangeait Xena. Ça devait être tellement étrange d’être connectée à quelqu’un comme ça, mais la guerrière semblait l’accepter et elle dépendait assurément de ça pour l’aider à garder sa Gabrielle bien aimée loin des problèmes. Cait soupira puis elle leva les yeux quand une ombre passa dans son champ de vision. « Salut. »

Elaini s’accroupit et l’observa, ses yeux dorés clignant dans la lumière légère. « J’ai entendu dire que tu avais eu une petite aventure. »

Cait toucha le poignet poilu. « Elaini… s’il te plaît… est-ce que Gabrielle va bien ? »

L’être de la forêt s’assit jambes croisées près d’elle et posa ses coudes sur la paillasse. « Je reviens juste de là-bas… elle se repose confortablement. » Les lèvres d’Elaini se courbèrent en un sourire, exposant un peu ses crocs. « Très confortablement en fait. » Elle soupira. « Et… oui, je pense qu’elle va aller bien… Xena a dit qu’elle pensait que c’était le stress et tout ce qui est arrivé ces derniers jours. » Elle réfléchit. « Et elle bouscule Gabrielle pour qu’elle prenne mieux soin d’elle, ce qui est une bonne chose. »

Cait fronça les sourcils. « Elle est malade ? »

Elaini rit doucement. « Non, petite… elle est enceinte. »

« Enc… » Les yeux de la jeune fille s’arrondirent. « Bon sang… tu ne veux pas dire qu’elle attend un enfant, n’est-ce pas ? »

Un hochement de la tête dorée.

Cait poussa un souffle. « Ouaouh. » Elle digéra ces mots. « Alors… elle va bien ? »

« Oui, très bien », dit Elaini. « Tu veux manger quelque chose ? »

Cait secoua la tête. « J’ai déjà mangé, merci. » Elle tapota son estomac. « C’était agréable… des petits bouts de plein de choses. » Elle réfréna un bâillement.

« Et bien, tu te reposes maintenant. » L’être de la forêt lui tapota l’épaule. « Je voulais juste que tu saches pour Gabrielle… Xena a dit de passer te voir. »

Les yeux de Cait s’illuminèrent. « C’est vrai ? »

Elaini lui rendit son sourire. « Oui. Elle se disait que tu devais te poser des questions. »

« Bon sang. » Cait soupira joyeusement. « C’est génial de sa part. » Son regard alla vers le regard doré près d’elle. « Elle est plutôt gentille, tu sais. »

Un doux sourire. « Je sais. » L’être de la forêt bâilla, exposant ses dents. « Elle a sauvé mon village. »

Toutes pensées de sommeil s’envolèrent. « Ah oui… tu vas me raconter ? » Supplia  Cait. « Je ne l’ai pas encore entendu. » Une pause. « S’il te plaît ? »

Elaini jeta un rapide regard autour d’elle, notant les regards intéressés sur les autres paillasses. « Très bien », décida-t-elle. « Je peux faire ça… »

Elle ne vit pas la forme sévère de Ménelda s’installer dans le coin.


Les sons dehors commençaient à s’amplifier, mais Xena se contenta de garder les yeux fermés et elle se laissa aller paresseusement dans un état de mi-sommeil mi-veille qui était très plaisant. Gabrielle était installée dans son endroit préféré, la tête nichée dans l’épaule de la guerrière et un bras fermement enroulé autour de l’estomac de cette dernière, sa respiration chaude passant régulièrement sur la poitrine de Xena tandis qu’elle sommeillait.

La barde avait tenu sa parole, nettoyant avec détermination non seulement son assiette, mais celle de sa compagne également, ne laissant que les bols de céréales qui allèrent à Arès. Xena l’avait ensuite convaincue de dormir, lui prodiguant un massage de dos minutieux jusqu’à ce que la jeune femme ne soit plus qu’un poids sans stress blotti contre elle.

Tout cela l’avait… effrayée. Pas tant à cause de ce qui aurait pu arriver à la minuscule vie presque sans forme qui grandissait dans la barde, mais pour ce que ça aurait fait à Gabrielle.

Elle aurait été dévastée. Xena ne voulait pas que ça arrive et elle était plutôt contente qu’au moins maintenant Gabrielle écouterait sérieusement ses conseils et commencerait à y aller plus doucement. La barde murmura de manière inintelligible dans son sommeil et resserra sa prise, glissant un genou pour maintenir sa compagne en place. Ceci amena simplement un sourire de la part de la guerrière qui se blottit agréablement un peu plus, respirant l’odeur de la barde avec un sentiment de satisfaction tranquille.

Ses pensées se tournèrent vers Ménelda, en colère contre l’attaque de la femme, luttant cependant de façon inefficace avec la dépression tranquille due à la raison de sa querelle avec la barde. Comment pouvaient-elles penser que j’étais…  Xena ouvrit les yeux lentement et regarda Gabrielle. Comment pouvaient-elles penser que je trahirais cette confiance ? Elles n’ont vu qu’une petite partie de notre vie ensemble… Comment pouvaient-elles comparer avec le reste… J’ai combattu la Mort elle-même pour nous garder ensemble… Est-ce que ça ne signifie rien ou bien est-ce simplement…

Elle songea à la manière dont leur relation apparaissait à des gens extérieurs et elle grimaça, se souvenant des premiers jours quand elle avait traité la jeune barde de façon si désinvolte que ça avait dû sembler cruel à ceux qui observaient.

Est-ce que Gabrielle restait avec elle parce qu’elle avait vu les choses au-delà de ça? Ou parce qu’elle y était habituée et que Xena avait été une alternative plus attirante à son père ? Il lui avait fallu tellement de temps pour s’accoutumer à la jeune fille… pour arrêter de l’ignorer et lui donner un moment, sans mentionner l’écouter ou l’encourager.

Pourquoi ? Elle questionna la femme endormie. Pourquoi par Hadès es-tu restée ? Pourquoi es-tu revenue encore et encore et encore ? Ça n’avait aucun sens.

Peut-être que… Xena sentit un sourire venir sur ses lèvres. Gabrielle avait puérilement revendiqué qu’elle était visionnaire… qu’elle était capable de voir le futur. Peut-être que c’était le futur qu’elle voyait et c’était une chose qu’elle voulait. Ah… mais quelle route il a fallu emprunter pour arriver ici, mon amie. Elle caressa les cheveux de la barde affectueusement. Un futur qu’elle voulait tellement qu’elle était prête à tout risquer pour lui.

La guerrière réfléchit. Quel compliment incroyable c’était d’avoir quelqu’un qui voulait être autant avec vous, quelqu'un qui risquerait régulièrement sa vie et son corps et son âme immortelle, et ne le verrait pas comme un trop grand sacrifice. Aurait-elle fait de même ?

Un haussement des sourcils de surprise. C’était ce qu’elle faisait à cet instant, non ? Abandonnant volontairement tout ce qu’elle avait connu pour rester au côté de Gabrielle, pour la protéger, l’aimer…

C’est drôle comme ça n’avait jamais eu l’air d’être un sacrifice du tout.

Bon, alors elles étaient toutes les deux complètement aveugles à l’égard de l’autre et tellement heureuses de ça. Xena soupira et regarda le plafond d’un air désabusé. Il y avait des destinées pires que celle-là.

Un bruit de tambours monta dans la chambre accompagné d’une psalmodie de répétition. Xena tressaillit alors que les voix n’étaient pas synchronisées et que la discordance en résultant blessait son audition sensible. Arès leva la tête et gémit, et elle lui lança un regard de sympathie. « Oui… je sais… » Murmura-t-elle, très doucement, le tapotant sur la tête. « Tu n’es pas habitué à ça, hein ? » Même Gabrielle, qui se décrivait elle-même comme une idiote musicale ne produisait pas souvent de sons discordants comme ceux-là, surtout parce qu’elle s’était rendu compte que sa compagne trouvait les chants dissonants agaçants au possible.

Le feu de camp avait craqué maintes fois, faisant ressortir leurs silhouettes et donnant de la lumière à Gabrielle pour son projet, qui était de mémoriser et chanter un petit morceau qui ferait partie de ses histoires.

Xena avait passé la plus grande partie de la soirée dans des exercices vigoureux et y serait toujours si, après la longue marche de la journée et deux combats, elle n'était tout simplement pas épuisée. Trop fatiguée, en fait, pour objecter chaque fois que le contralto chevrotant de la barde lui grattait les oreilles. Au lieu de ça, elle s’était blottie dans sa fourrure de couchage, faisant de son mieux pour bloquer le bruit.

Ça avait été futile… la voix de Gabrielle était perçante et pour autant qu’elle essayait, bloquer le son ne fonctionnait pas.

Alors elle s’était assise et avait mis la fourrure autour d’elle et posé les coudes sur ses genoux tandis qu’elle regardait, par-dessus le feu, la barde férocement attentive.

La lumière avait vacillé sur ses traits subtilement changeants, faisant ressortir un corps récemment musclé bien mis en valeur par son vêtement Amazone couleur rouille. Gabrielle marmonnait pour elle-même, faisant des marques sur un parchemin et complètement inconsciente de celle qui la regardait, jusqu’à ce qu’elle lève les yeux droits dans ceux de Xena. « Oh ! »

Une main sur sa poitrine. « Dieux… Xena… tu m’as fait peur. » Un froncement de sourcils. « Je pensais que tu dormais. »

Une dizaine de réponses brusques étaient venues sans effort aux lèvres de Xena et elle se força à les réfréner. C’était ça que faisait Gabrielle, tu te souviens ? « Non… non… je… reposais juste mes yeux. »

Un soupçon de culpabilité était entré dans l’attitude de la barde. « Je t’empêche de dormir, c’est ça ? » Elle avait soupiré. « Désolée… je n’arrive pas à me sortir de cette partie… et j’en ai besoin, pour raconter cette histoire comme il faut. »

Se disant qu’elle ne dormirait jamais autrement, Xena avait ôté les fourrures et s’était levée, puis elle était allée du côté du feu près de la barde et elle s’était laissé tomber sur le rouleau de couchage, lui prenant le parchemin de la main pour l’étudier. « Très bien… regarde… »

Elle avait pris une inspiration et avait chanté les premières notes puis elle avait regardé la barde, lui faisant comprendre qu’elle devait les répéter.

Et elle avait trouvé un regard vert intéressé fixé sur son visage dans une sorte de transe. « Gabrielle ? »

La barde avait rapidement secoué la tête. « Euh… désolée », avait-elle dit en riant. « C’est juste tellement intéressant quand tu fais ça… je ne m’y attendais pas du tout. » Elle retourna son attention au parchemin. « D’accord… qu’est-ce que tu disais déjà ? »

Xena avait soupiré et répété les notes. « Vas-y… à ton tour ». Son visage s’était involontairement contracté au résultat. « Euh… »

Gabrielle avait soupiré et touché la page. « Dieux, Xena… si seulement j’avais ta voix pendant quelques minutes… tu rends ça si beau et je sais que je n’y arriverai jamais. »

Et Xena avait haussé les épaules. « Si je pouvais te le donner, je le ferais… ça ne me sert pas à grand-chose. »

La barde avait touché la page. « Je pense que je vais abandonner celui-là. » Elle avait levé les yeux vers Xena. « Je vais te laisser dormir un peu. »

Ça avait touché quelque chose en elle. « Je ne suis pas fatiguée », avait-elle menti fermement, ensuite elle avait tourné à nouveau son attention vers la chanson. « Allez… tu peux le faire. »

Il avait fallu la moitié de la nuit, de Xena qui passait les notes et de la barde qui les répétait en pure imitation, jusqu’à ce qu’elle puisse enfin suivre la chanson jusqu’à la fin sans que cela entraîne un tressaillement de Xena. « Oh… ouaouh… Xena… c’est incroyable… merci. »

Une main sur son bras. Ces yeux verts pathétiquement reconnaissants. Comme ça avait été incroyablement bon. « Encore une fois », avait-elle répondu d’un ton grognon, en montrant la page.

Gabrielle avait soupiré, mais elle s’était redressée comme la guerrière lui avait appris et elle avait pris une inspiration ventrale et commencé à chanter.

Xena s’était doucement jointe à elle et leurs voix s’étaient mêlées dans une magie qu’elle ne s’attendait pas à trouver, qui avait donné de la profondeur et de la couleur à une chanson d’enfant idiote alors qu’elle avait trouvé incroyablement facile de s’harmoniser avec la barde.

Etrange.

Elles avaient fini et s’étaient regardées et un sourire ravi s’était posé sur les lèvres de Gabrielle. « Hé… c’était plutôt bon ! » Elle avait ri, enroulant une main audacieuse autour de celle de Xena pour la presser. « On fait une équipe géniale. »

Xena avait ri ironiquement à son enthousiasme.

Mais quelque part elle n’avait pas ressenti le besoin de la corriger.

Un œil vert s’ouvrait maintenant et se tournait vers elle. « Faut que tu leur donnes des leçons de chant, Xe. » La barde avait massé une oreille. « On dirait des canards en rut. »

La guerrière sourit et inspira. « Je vais les arrêter. » Elle commença à chanter doucement la chanson de son souvenir.

Gabrielle sourit de délice ensommeillé et après un moment, une voix douce et ronronnante la rejoignit dans une harmonie délicieusement familière.


Le soir tombait quand elles traversèrent le campement, marchant avec ce qui semblait être à Gabrielle, une lenteur ridicule. Bon. Elle considéra le bras soucieux sur ses épaules. Ça pourrait être pire. Elle pourrait me porter.

Une brise fraîche et très plaisante soufflait sur la zone découverte, apportant des soupçons captivants d’odeur de viande rôtie et la fragrance enfumée du feu. Des Amazones passaient rapidement près d’elles, la plupart d’entre elles riant, toutes de bonne humeur tandis qu’elles se dirigeaient vers l’assemblée.

« Sympa », commenta Xena tandis qu’elles arrivaient à la salle à manger et pouvaient voir la zone du festival. Elle était décorée d’énormes cordées de fleurs, relâchant leur fragrance dans l’air, et des plates-formes capitonnées basses où s’asseoir, avec une zone large et vide devant le feu pour les danseuses et les autres artistes.

Les musiciennes répétaient d’un côté, les sons bizarres de la flûte et de la lyre ponctués par des roulements sporadiques de tambour. Déjà, des serveuses volontaires passaient dans l’assemblée de femmes, portant des plateaux de chopes et des petits snacks, qui étaient pris avec une grande avidité. Tandis qu’elles entraient dans le cercle du feu, on entendit des appels et elles furent accueillies par la foule avec enthousiasme.

Toutes les deux. Gabrielle leur lança un gros sourire joyeux et elle mit la main dans le coude de sa compagne tandis qu’un groupe de femmes tournaient autour d’elles, la plupart lui demandant des nouvelles de sa santé. « Non, je vais bien… merci de le demander… rien vraiment, juste un peu de vertiges… » Répéta-t-elle au moins vingt fois, ensuite elle se retrouva gentiment guidée vers la plate-forme de devant, où des oreillers avaient été ajoutés avec sollicitude pour son confort. « Oh… pets de Centaure. » Elle leva les yeux au ciel tandis que Xena arrangeait un petit nid douillet pour qu’elle puisse s’asseoir. « Tu veux bien arrêter ça ! »

La guerrière sourit et lui fit une courbette et un grand geste pour l’inviter à s’asseoir, puis elle se laissa tomber proprement dans une position jambes croisées et elle observa la foule. « Tu veux boire quelque chose ? » Demanda-t-elle alors que l’une des serveuses s’approchait, tout son corps secoué d’excitation. Xena prit une inspiration avec précaution en essayant de ne pas éclater de rire.

« Vous voulez du cidre ? » Demanda l’Amazone en avançant le plateau. « Ou bien… quelque chose de plus fort ? » Son regard alla droit sur Xena et elle haussa un sourcil de questionnement.

« Le cidre c’est bien », répondit la guerrière, en choisissant deux chopes et faisant un signe de tête. « Merci. » Elle en tendit une à Gabrielle puis s’appuya sur son coude tout en sirotant son cidre. Elles s’étaient toutes les deux endormies et réveillées aux derniers rayons du soleil, décidant de mettre simplement des jolies tuniques qui allaient ensemble par hasard, au lieu de leurs vêtements habituels.

C’était très bien, décida Xena. Elle n’avait pas été vraiment d’humeur à mettre toute son armure en fait et elle avait l’idée qu’il faisait un peu trop frais pour que Gabrielle soit à demi-nue. Bien sûr, la barde n’était pas d’accord, mais… Alors elles portaient des nuances riches de pourpre et de bleu pimpant, avec des broderies qui se répondaient autour de leurs manches et sur les chemises le long des cuisses. Xena avait choisi une paire de bottes légères d’intérieur qu’elle transportait avec elle, et elle étendit ses longues jambes les croisant confortablement aux chevilles tandis qu’elle observait la foule.

Gabrielle s’installa sur les oreillers, se sentant très décadente en mettant ses jambes sous elle et elle s’appuya sur un coude près de son âme sœur, assez près pour mordiller ses cheveux si elle en éprouvait l’envie.

Et c’était le cas. Elle bougea un peu et goûta une oreille, puis elle s’adossa, sirotant sa boisson. « On va bien s’amuser. »

Xena la regarda, notant qu’Ephiny et Eponine s’approchaient, s’arrêtant régulièrement pour retourner des cris enthousiastes. Les deux Amazones étaient superbes dans leurs combinaisons de cuir aux couleurs assorties, les cheveux clairs d’Ephiny contrastant joliment avec ceux plus sombres de sa compagne. Pony jouait avec quelque chose autour de son cou et elle le regardait en permanence, puis elle secoua la tête avec un marmonnement presque audible.

« Bien, bien. » La régente sourit tout en montant sur la plate-forme et elle s’assit. « On m’a l’air bien à l’aise. »

Gabrielle posa la tête sur l’épaule de Xena et lui sourit. « C’est le cas… c’est génial ici, Eph… et ça sent très bon aussi. »

Ephiny se mit à rire. « Ça devrait… si on considère toutes les fleurs que nous avons cueillies partout… les abeilles vont nous en vouloir à mort, je te le dis. » Elle accepta une chope de l’une des serveuses et prit une longue gorgée. « J’en avais bien besoin. »

Xena laissa la discussion passer sur elle tandis qu’elle regardait le groupe qui se réunissait. Plusieurs Amazones passaient dans la foule, donnant une guirlande colorée à chaque célébrante, consistant en fleurs et morceaux de tissu. Tandis qu’on offrait les guirlandes, les femmes embrassaient et étreignaient chaque personne puis passaient à la suivante. Quelques porteuses de guirlandes étaient réunies d’un côté et les regardaient avec un mélange de trépidation et d’excitation. Oh oh. La guerrière regarda vers sa compagne timide. « Gabrielle ? »

La barde cessa sa discussion des décorations et se pencha. « Hmm ? »

Le regard bleu alla vers les porteuses de guirlandes, puis vers les femmes qui les acceptaient ainsi que les embrassades, puis revint vers la barde. Avec un haussement de sourcil interrogateur.

Gabrielle regarda la situation puis son visage se plissa tandis qu’une légère rougeur le couvrait et ensuite elle soupira. « Je vais gérer », marmonna-t-elle. « Mais si je me mets à tirer sur mon oreille, est-ce que tu vas faire ce truc de la Princesse Guerrière jalouse que tu fais si bien ? »

Un bref éclat de dents blanches. « Bien sûr. »

« Merci. » Gabrielle retourna vers Ephiny puis elle s’arrêta et retourna son attention à son âme sœur. « Et, Xena ? »

« Mm ? » La guerrière mit son nez dans l’oreille de la barde.

La barde ferma momentanément les yeux puis les rouvrit. « Essaie de ne pas les faire s’évanouir, d’accord ? »

Xena pointa un doigt vers sa poitrine. « Moi ? » Elle battit innocemment de ses longs cils noirs. « Gabrielle, je n’ai aucune idée de quoi tu parles. »

« Oui oui. » Gabrielle la regarda affectueusement. « Voyons combien d’entre elles ont les tripes de t’approcher. » Elle secoua la tête et se retourna vers Ephiny, gardant un œil nerveux sur les jeunes femmes avec les fleurs.

La guerrière rit pour elle-même et se pencha en arrière, regardant une serveuse qui s’agenouillait près d’elle, lui offrant une sélection d’un plateau plein de petites friandises. Xena en prit une poignée pour elle-même et une pour Gabrielle et elle eut un sourire appréciateur pour l’Amazone. « Merci. »

La femme, plus une jeune fille en fait, rougit et lui rendit son sourire, puis elle se releva et alla vers sa cible suivante, lançant un regard timide à Xena par-dessus son épaule. Elle avait de longs cheveux châtains, avec des rubans fins et un nez mignon en trompette et cela provoqua un sourire engageant de la part de la guerrière.

La jeune fille cligna des yeux puis glissa, plongeant pratiquement hors de la plate-forme et envoyant des morceaux partout. L’un d’eux atterrit dans le haut d’Eponine, la faisant couiner et lançant Ephiny dans un jeu pour l’en sortir.

Gabrielle se tourna et eut un regard pour sa compagne.

« Quoi ? » Protesta Xena. « Je n’ai rien fait ! » Elle se mit debout et alla vers le bord de la plate-forme, s’agenouilla et aida la serveuse bouleversée à se relever puis elle ramassa son plateau. « Et voilà. » Elle le lui tendit et regarda la jeune fille essayer sans y parvenir de réfréner un rire nerveux.

« Rien, hein ? » La taquina Gabrielle tandis qu’elle rejoignait la barde et attrapait un oreiller inutilisé pour s’y appuyer.

« Absolumment rien », déclara Xena d’un ton grognon, lui passant quelques morceaux goûteux. « Tiens. »

La barde mordilla les bonnes choses puis s’interrompit tandis que les jeunes filles aux fleurs s’approchaient de la plate-forme. Elle se leva tranquillement tandis que les jeunes filles arrivaient et leur produisit ce qui se rapprochait le plus d’un doux sourire. Etrange, songea-t-elle. Ses mains tremblent.

La jeune fille monta avec précautions sur la passerelle en bois et prit une des couronnes de fleurs autour de son cou, la tendant timidement à la barde.

Gabrielle s’avança, penchant la tête pour la recevoir puis elle regarda la jeune fille droit dans les yeux et murmura. « Je ne mords pas. »

L’Amazone rit doucement puis rassembla son courage et donna un baiser à la barde avec précautions, suivi par une étreinte prudente, que Gabrielle rendit avec plus de confiance. Puis elle relâcha la jeune fille et recula. « Voilà… ce n’était pas si difficile, pas vrai ? » Elle renifla la couronne et sourit. « Bon sang que ça sent bon. »

L’Amazone lui fit un grand sourire puis se mordit la lèvre. Gabrielle nota qu’Ephiny et Eponine avaient déjà leurs couronnes et les filles regardaient, avec une trépidation évidente, son âme sœur.

Qui, la sale gamine, était étendue comme un grand félin de la jungle, les regardant avec des yeux bleus prédateurs qui luisaient méchamment dans la lumière du feu. Gabrielle mit les mains sur ses hanches. « Xena, viens par ici chercher tes fleurs, ma chérie. »

C’était parfait. Ça calma la nervosité de la jeune fille et elle vit une rougeur surprise sur le visage de son âme sœur, qui lui fit un faux regard noir avant de se mettre gracieusement debout et de s’avancer, penchant considérablement la tête pour recevoir les fleurs à la senteur douce.

La jeune fille hésita tandis que la guerrière se redressait et Gabrielle sentit que c’était une nervosité totalement différente que celle qu’elle lui avait montrée à elle. Xena s’avança, avec ce mouvement implacablement puissant si habituel chez elle et elle prit le contrôle de la situation, penchant à nouveau la tête pour embrasser légèrement la jeune fille sur les lèvres, lui serrant brièvement l’épaule au lieu de l’étreindre.

Un moment d’arrêt, puis Gabrielle prit le bras de la jeune fille tandis que ses genoux la lâchaient et qu’elle manquait perdre ses couronnes. « Doucement. » Elle tapota le bras de la fille en lançant un regard ironique à son âme sœur.

Xena renifla une des fleurs qui entouraient gracieusement son cou et elle cligna des yeux, puis elle retourna à sa place et s’installa sur son oreiller de prédilection, étendant ses longues jambes à nouveau pour reprendre son attaque sur les denrées apéritives.

« Sale gamine », marmonna la barde entre ses dents, surprenant les autres Amazones. « Merci… elles sont vraiment belles. »

« A ton service, ma Reine », dit doucement la fille avec toujours l’air un peu dépassé. Elle recula et alla sur la plate-forme suivante où Jessan et Elaini avaient pris place, leurs bouts de chou explorant la surface capitonnée avec énergie.

Gabrielle la regarda approcher des deux êtres de la forêt avec confiance, puis elle s’assit et regarda sa compagne. Les fleurs colorées contrastaient avec sa peau bronzée et sa tunique pourpre, et la barde se dit qu’elle avait vraiment belle allure.

Le ciel était assombri maintenant et les étoiles faisaient un arc au-dessus de leur tête dans une couverture étincelante tandis qu’un lent son de tambour régulier commençait, accompagné par une flûte obsédante. Des Amazones portant des tenues courtes en tissu circulaient, passant des plateaux de nourriture plus substantielle que les apéritifs, mais toujours prête à être prise et mordillée.

Gabrielle se reposa contre ses oreillers, savourant la musique et regardant avec curiosité les premières danseuses se mettre en place, leurs corps sinueux assortis aux notes de musique. Ses sens semblaient accrus tandis qu’elle prenait conscience de la présence proche de sa compagne et elle écarta les narines pour saisir l’odeur chaude et épicée de la peau de Xena.

La guerrière choisit un morceau de gibier et le trempa dans une sauce riche et fruitée avant de le tendre à Gabrielle, souriant quand la barde le prit doucement entre ses dents et en mordit un bout.

« Mm. » Gabrielle se rapprocha, ayant soudain un grand besoin de contact avec sa compagne. Xena s’enroula volontiers autour d’elle, lui prodiguant un nid confortable, tandis qu’elle entourait de ses bras le corps de la guerrière. Peut-être était-ce la musique, se dit-elle, absorbant la chaleur qui l’environnait.

Elle prit un morceau feuilleté de poisson et le présenta à la guerrière, qui ferma ses lèvres autour et mordilla le doigt de la barde en même temps. Les yeux bleu clair étaient assombris dans la lumière du feu et ses cheveux noirs ombrageaient son visage, ajoutant un sentiment de mystère. Gabrielle sourit et traça la peau douce, ouvrant la bouche quand Xena lui tendit un morceau de fromage et une expression sévère.

Elles le partagèrent chacune leur tour, regardant les danses, écoutant la musique, discutant avec Eponine et Ephiny, qui tenait Xenan contre elle et s’appuyait contre les jambes d’Eponine. Après le passage de nourriture suivant, le rythme changea et un autre groupe entra depuis le côté du cercle, celui-ci totalement différent.

Armées jusqu’aux dents, en tenue complète d’Amazone, additionnée de masques de nuit noirs et intimidants. Le groupe de huit danseuses prit possession de la zone centrale et les deux Amazones meneuses s’avancèrent à grands pas, lances en main, directement vers Gabrielle.

Elles atteignirent le bord de sa plate-forme puis durent s’arrêter parce qu’une grande silhouette aux cheveux noirs se dressa devant elles, bloquant le chemin avec une menace paresseuse. Xena avait conclu que ça faisait partie de la cérémonie, mais ça ne coûtait rien de prévenir le risque, surtout pas avec son âme sœur bien-aimée. Elle fit face aux deux Amazones, ignorant leurs bras agités et leur armure tandis qu’elle se relevait avec simplement un couteau de ceinture pour se défendre.

Gabrielle décida que c’était surréaliste. Elle se pencha en avant et tapota l’épaule d’Ephiny. « Ça fait partie du plan, pas vrai ? »

Ephiny hocha immédiatement la tête. « Oh oui… c’est un défi cérémoniel… pas de problème. »

La barde soupira. « Tu aurais dû nous avertir. »

La régente rit. « Allons, Gab… ça fait partie du spectacle. »

Le regard vert l’étudia. « Ça ne va pas l’être si Xena brise le bras de quelqu’un, pas vrai ? »

Mais la guerrière s’était rendu compte qu’il n’y avait aucune intention maligne et décida de s’amuser avec les Amazones, dont elle reconnut que la meneuse sous les plumes était Rena. « Qu’est-ce que tu veux ? » Elle mit les mains sur les hanches et défia l’Ancienne.

Rena ricana, un rire audible même à travers son masque. « La Reine a dit qu’elle souhaitait prendre une compagne pour la vie », déclara-t-elle à voix forte. « Je suis ici pour juger si celle-ci le mérite. »

« Ah oui ? » Demanda la guerrière en haussant un sourcil. « Et comment ? »

Une main se leva produisant une longue plume noire. « Le test de chatouillis. »


Suite et fin en 11ème partie