Avertissements en 1ère partie


Le Cercle de la Vie-2ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


 

Cyrène mordilla son ongle tout en écoutant l’homme barbu et trapu raconter son histoire un peu confuse. Elle leva les yeux en entendant des pas lourds et bottés frapper le porche et elle ne fut pas surprise lorsque la porte s’ouvrit brusquement et que sa fille entra à grands pas, en sueur et imposante dans son gambison en cuir de buffle coloré.

« Xena ! » Chantonna l’homme trapu avec délice. « Comment tu vas ? »

La guerrière se figea et le regarda avec perplexité. « Salmoneus ? » Elle regarda Cyrène. « J’ai entendu dire qu’il y avait des problèmes ? »

Cyrène pencha la tête vers l’homme trapu. « Il dit que Toris et Jess sont retenus par une sorte de… » Elle regarda Sal. « Qu’est-ce que tu as dit que c’était ? » Un mouvement de chaise, c’était Elaini, qui se rapprocha pour écouter, le visage tel un masque tendu.

« Oh Xena… c’est ce culte taré », souffla Salmoneus. « Ils me rendent dingue. »

Xena s’était raidie, ses narines écartées tandis qu’elle saisissait le mot culte. Elle repoussa doucement sa mère du chemin et s’assit sur la table à laquelle se trouvait Salmoneus, penchée sur sa cuisse et le clouant d’un regard intense. « Quel genre de culte ? » Sa voix baissa dangereusement.

« Oh… et bien, juste le genre de culte ordinaire, de tous les jours, Xena… tu sais, des toges, des habitudes bizarres, ce genre de choses… un peu plus conservateur, on pourrait dire, que d’habitude, mais… »

La guerrière lui attrapa le revers et le secoua. « Salmoneus, parle, qui sont ces gens ? » Demanda-t-elle d’un ton brusque. « Qui est-ce qu’ils vénèrent ? »

« Xena… Xena… Xena… » L’homme barbu lui tapota la poitrine. « Doucement, tu veux bien ? Détends-toi… je vais te dire tout ce que je sais mais ne déchire pas les fils… ça m’a pris une éternité de trouver ce modèle. » Il s’éclaircit la voix. « C’est un genre de culte qui vénère un dieu étrange… pas que les nôtres ne soient pas étranges, mais celui-là… et bien, bref… ils sont plutôt inoffensifs… bien qu’ils aient de très très bizarres coutumes s’agissant des femmes. »

Le visage de la guerrière était figé. « Quel est le nom de leur dieu ? » La pièce était aussi devenue très calme.

Salmoneus passa d’un visage à l’autre, intrigué. « Il n’en a pas… pas qu’ils l’admettent en fait… juste une feuille brûlante ou un truc comme ça… il leur parle par échos, genre. » Il hésita. « Ils sont vraiment inoffensifs, Xena… ils sont juste cinglés… ils ne mangent pas ceci, ne mangent pas cela, il faut avoir du lait à ce moment-là, un agneau à cet autre moment… ils sont juste tarés. »

Xena se détendit un peu et relâcha les revers de l’homme. « Désolée, Sal… mais qu’est-ce qu’ils veulent de mon frère… et de Jess ? »

« Et bien… » Il s’interrompit alors que la porte s’ouvrait et que Gabrielle entrait avec Johan, Arès et le reste des Amazones. Il cligna plusieurs fois des yeux. « Par la Grande Héra, Gabrielle… tu es enceinte ! »

La barde s’avança et lui tapota l’épaule. « Je sais, Sal… mais merci… que se passe-t-il ? »

« Xena, elle est enceinte ! » Salmoneus se tourna vers la guerrière plaintivement. « Comment vous avez fait ça ? » Il se pencha un peu plus. « Quoi que ce soit, je peux le vendre, tu sais, Xena… on peut se faire un tas de dinars, là. »

La guerrière se frotta la tête. « Sal, que veulent ces gens de Toris et Jess ? Pourquoi les ont-ils capturés ? » Elle lança un regard rassurant à Elaini. « On dirait qu’ils vont bien, pour l’instant. »

« Je sais. » Elaini croisa les bras sur sa poitrine d’un air malheureux. « Il est juste effrayé. »

Xena lui lança un regard de sympathie totale. « Je connais ce sentiment. » Elle se retourna vers Sal. « Parle. »

L’homme barbu s’éclaircit la gorge. « Et bien… je me suis arrêté dans le coin, je me disais que je pourrais au moins me débarrasser de surplus de parchemins et de trucs… et ils m’ont pratiquement kidnappé ! » Il leva les mains. « Tu peux imaginer ça ? Moi ? Bref… je les ai accompagnés et j’ai écouté leur rhétorique tarée sur des sortes de cérémonies où ils ont besoin de certaines herbes et au sujet d’un nettoyage… bref, je n’avais pas ce dont ils avaient besoin, mais ils m’ont emmené jusqu’à ce système de grottes qui se trouvent à l’arrière de leur petite enceinte et j’ai vu qu’ils avaient… et bien, une série de cages, en quelque sorte. »

« … Continue. » Xena mit les mains sur sa cuisse et pianota d’impatience.

« Oui… oui… dis, vous avez quelque chose à boire par ici ? Je suis un peu sec. » Il regarda Cyrène avec espoir et celle-ci tapota une serveuse sur l’épaule. « Merci… j’en étais où ? Oh oui… des cages… oui, et il y avait des hommes dans l’une d’elles et des femmes dans l’autre… le type en toge avec lequel j’étais a expliqué qu’ils sauvaient leurs âmes perdues. »

« De quoi ? » Demanda Xena, brusquement.

« Comme si je le savais ? » Salmoneus remua une main. « Ils sortent et trouvent des gens qui ne vivent pas ce qu’ils appellent ‘des vies vertueuses’ et ils les emmènent là-bas pour leur laver le cerveau et les ramener à la raison, je présume… »

« Quel est leur problème avec Toris ? » Demanda Gabrielle, en étudiant avec attention le visage de Salmoneus.

« Tu sais, Gabrielle, la grossesse te va vraiment bien… tu es merveilleuse. » L’homme barbu rayonna devant elle. « Quant au problème… beuh… on dirait qu’ils sont tombés sur lui et le type poilu… »

« Hé… c’est mon mari », grogna Elaini.

Salmoneus la regarda puis il sourit faiblement. « Oui… j’avais deviné… » Il se tourna à nouveau vers Gabrielle. « Ils luttaient », dit-il d’une voix basse.

Gabrielle et Xena échangèrent un regard. « Et alors ? » Demanda Xena pour elles deux. « Ce n’est pas immoral. »

« Ah… ben, ils ont pensé qu’ils faisaient quelque chose… vous voyez… d’autre », répondit Sal avec un air embarrassé. « Quelque chose de moins… martial et plus marital, si vous voyez ce que je veux dire. »

Xena fronça ses sourcils noirs. « Tu veux me dire qu’ils pensaient que Jess et mon frère étaient amants ? »

« Par les boules en feu d’animal mort. » Elaini mit le visage entre ses mains. « Il a meilleur goût que ça. »

« Hé ! » Xena lui lança un regard noir. « C’est de mon frère dont tu parles. » Elle se tourna à nouveau vers Salmoneus. « Encore une fois… et alors ? Ce n’est pas immoral non plus. »

« Pour eux, si. » Sal soupira en secouant la tête. « Espèce de petits sans imagination… ils pensent que le sexe est diabolique. »

Gabrielle gloussa. « Pas étonnant qu’ils soient malheureux. »

Tout le monde dans la pièce se mit à rire et Xena entoura son âme-sœur d’un long bras et lui embrassa la tête. « Tu n’es pas sérieux, pas vrai ? »

Sal hocha la tête. « Malheureusement, si… ils pensent que la seule chose pour laquelle on devrait s’en servir, c’est pour avoir des enfants… alors… ils essaient de convaincre les personnes qu’ils capturent de l’erreur qu’ils commettent et ils prient pour qu’ils reviennent à la vertu. » Il s’éclaircit la voix. « Ils pensent aussi que les femmes ne sont que la propriété de leurs maris. » Il laissa un sourire tordre brièvement ses lèvres mobiles. « Je déteste admettre ceci, Xena… mais je voulais vraiment être celui qui te les présente. »

« Mm. » Xena acquiesça d’un air sardonique. « Mais qu’est-ce qui se passe… je veux dire, est-ce que Toris n’a pas expliqué la vérité ? »

Il secoua la tête. « Je ne saurais le dire… mais ils parlaient de prendre des ‘mesures drastiques’… et je ne suis pas sûr d’avoir compris s’ils parlaient de lui ou de son ami pelucheux, ou des deux, ou va savoir quoi. » Salmoneus haussa les épaules. « Je n’ai pu lui parler qu’une minute… et seulement parce que le type en toge était distrait et qu’il avait l’air si familier. » Il soupira. « Une fois qu’il l’a fait, j’en ai fait mon affaire de filer le plus loin possible pour venir ici. »

« Merci, Sal. » Gabrielle mit la main sur son genou et le pressa. « C’est génial que tu ais fait ça… quand est-ce arrivé ? »

« Tôt ce matin… » Il leva les yeux quand la serveuse lui tendit une grande chope. « Merci ! Très très tôt ce matin… » ajouta-t-il, en lançant un regard oblique vers la cuisine. « J’ai pratiquement couru jusqu’ici », ajouta-t-il vertueusement.

Xena se leva et repoussa ses cheveux de son front avant de faire les cent pas près de l’âtre. « Il faut que j’y aille pour les sortir de là », dit-elle, avec un soupir agacé. « Ça ne devrait pas prendre longtemps. »

« Attends une minute, Xena… je veux dire que je suis le dernier à te dire ce que tu dois faire, mais ces types sont vraiment protecteurs de leurs gens, tu vois… » Protesta Salmoneus. « Je ne pense pas qu’ils vont bien prendre le fait que tu débarques comme ça pour faire ton truc habituel. »

La guerrière le regarda en silence pendant un instant. « Mon truc habituel. » Elle répéta les mots en grimaçant. « Je n’allais pas… » Commença-t-elle puis elle s’arrêta avec un petit haussement d’épaules, laissant les mots tomber dans un silence embarrassé.

Gabrielle en profita pour tapoter la main de Salmoneus. « Merci de nous avoir apporté des nouvelles, Salmoneus… veux-tu manger quelque chose ? » Elle lança un regard à son âme-sœur sombre.

« J’adorerais ça. » Le visage barbu se plissa en un sourire affectueux. « Et, dis-moi… vu que vous êtes en mode familial, j’ai des affaires fantastiques dans mon chariot et je parie que vous en mourez d’envie. »

Tout le monde tressaillit à ces mots.

« Quoi ? » Sal sentit les regards sur lui. « C’est juste une façon de parler, allons ! »

« Désolée, Sal… » La barde s’excusa. « J’ai eu des aventures plutôt extrêmes ces derniers temps. » Elle se leva et alla se mettre près de Xena, ajustant les boucles de la guerrière d’un air absent. « Allons tous manger et nous réfléchirons à ce qu’il faut faire, d’accord ? » Ces mots étaient plutôt pour le bénéfice de sa compagne. « Ils ne sont pas en danger immédiat, n’est-ce pas ? »

Salmoneus sirota de sa chope. « Non… je ne le pense pas… ces gens sont rudes et conservateurs, mais ils ne me semblaient pas ouvertement violents. » Son regard alla sur la silhouette imposante de Xena. « Juste bornés et très bien-pensants. »

Xena fit la grimace. « Ce n’est pas interdit par la loi, malheureusement », dit-elle à l’opportuniste voyageur. « Mais je ne comprends pas… je peux comprendre pour mon frère mais que pensent-ils accomplir avec Jessan ? Au cas ils ne l’auraient pas remarqué, il n’est pas humain. »

« Oh… oh… vrai… et bien, ils l’utilisent comme preuve pour soutenir leur doctrine… ils l’ont exhibé comme un exemple de ce qui vous arrive quand vous ne vivez pas avec la morale. »

Elaini se pencha en avant. « On devient un type de deux mètres trente, couvert de poils avec des crocs et des griffes ? Arrêtez ça… si c’était vrai, la Grèce serait envahie de gens comme nous », dit-elle en ricanant. « Si nous nous allongions, vous pourriez marcher sur un tapis de poils depuis la Méditerranée jusqu’à la mer Egée. »

Même Xena rit légèrement à ces mots.

« Il y a trois types vêtus de nappes qui tournent autour de lui en se courbant et en priant sans cesse », ajouta Salmoneus, tandis qu’on posait une assiette devant lui. « Merci ! »

« Oh par Arès en bottes… » Elaini tressaillit. « Pauvre Jessie… il doit cracher ses griffes.”

« Je me demande comment ils les ont capturés ? » Songea Gabrielle.

« Ils ne l’ont pas dit et je n’ai pas demandé, si vous voyez ce que je veux dire », répondit Salmoneus tout en se remplissant la bouche. « Fé mrfayeux ! »

« Très bien… » Xena soupira. « Je vais me laver et on se retrouve ici dans un quart de chandelle… pour décider de ce qu’on va faire. » Elle commença à partir mais se retrouva avec une barde attachée à elle. « Hé. » Elle regarda son âme-sœur qui l’accompagnait. « Je peux régler ça moi-même si tu veux commencer à manger. »

« Hmm… » La barde ne la lâcha pas. « Ça dépend de ce que tu appelles manger. » Elle ignora les sourires des Amazones et de Cyrène. « En plus… quelqu’un doit s’assurer que tu te nettoies bien la nuque. »

Des rires et Arès les suivit dehors.

« Je suis un peu nerveuse au sujet de ce culte », admit Xena, tout en s’asseyant calmement, laissant Gabrielle lui frotter le dos avec une éponge douce et mouillée. « J’ai eu peur que ce soit autre chose pendant un instant. »

La barde se pencha en avant et lui embrassa la nuque. « Je sais », répondit-elle doucement. « Je pouvais le voir sur ton visage… les dieux soient loués ça n’a pas l’air d’être connecté… tu penses que c’est un culte pour un seul dieu, comme les gens d’Iacus ? »

Xena inspira. « Peut-être… c’est dur à dire… ils étaient plutôt bornés et puritains, hein ? » Elle sentit le bras de Gabrielle glisser autour de son cou et elle mordilla la peau douce avec plaisir. « Mais ils restaient plutôt retirés… ils ne sortaient pas et n’essayaient pas de ‘réparer’ les gens. »

« Peut-être que c’est un groupe dissident… (NdlT : le mot anglais est ici ‘splinter’ qui veut dire écharde en fait) ils se sont fatigués de s’entendre dire ce qu’ils devaient faire… et ont décidé de partir et de dire à tous les autres ce qu’ils devaient faire ? »

La guerrière sourit. « Ils se font du mal et je vais leur enseigner ce qu’est la dissidence (NdlT : le mot ‘splinter’ est de nouveau employé par Xena qui fait un jeu de mots sur ‘écharde’, intraduisible) », informa-t-elle son âme-sœur pince-sans-rire. « Et de tout près. » Elle ferma les yeux et soupira de plaisir tandis que la barde continuait sa tâche. « Je présume qu’on va devoir s’infiltrer là-bas… je suppose que ça ne va pas marcher si je me contente de me pointer et de demander qu’on les relâche, hein ? »

« Mm… probablement pas. » La barde se remémora l’autorité patriarcale du père de Iacus. « Peut-être que Johan pourrait… on pourrait y aller avec lui et dire que nous sommes ses filles. » Elle fit une pause, puis prit une brosse et commença à démêler les cheveux en désordre de son âme-sœur. « Je veux dire que nous le sommes… bon… et ensuite, une fois sur place, on pourrait improviser. »

Xena bâilla. « Mm…. Oui, on pourrait faire ça », acquiesça-t-elle d’un ton neutre. « Utiliser nos cerveaux au lieu de mes poings pour changer. »

Gabrielle l’étudia, une minuscule ride apparaissant entre ses yeux verts. « Hé… tes poings nous sortent de pas mal de problèmes parfois, partenaire. » Elle enroula sa main autour du bras de la guerrière. « On pourrait en avoir besoin pour nous battre contre les nuages du dogme. »

« Oui, je sais », répondit Xena, le menton posé sur un poing, étudiant la surface de l’eau. Puis elle changea de sujet. « C’est tellement dur pour moi de comprendre des gens comme ça… comme la mère d’Iacus… elle regardait son mari sur le point de sacrifier son fils... et elle agissait comme si elle n’avait pas le droit de protester. »

La barde soupira. « Xena, il y a beaucoup d’endroits où les femmes sont traitées comme ça… nous l’oublions parfois parce que c’est tellement différent ici et avec les Amazones… Les parents de Iacus ne sont pas uniques dans la croyance que les femmes ne sont rien d’autre que des propriétés, en fait… de ce que j’ai vu, c’est la règle et nous sommes l’exception. »

Un battement des longs cils noirs. « Une sacrée bonne exception… » Grogna la guerrière. « Comme si quelqu’un pouvait me posséder. »

Gabrielle regarda par-dessus son épaule et fit tourner une mèche de cheveux noirs entre ses doigts en fixant son âme-sœur avec une affection espiègle.

« Enfin… sauf si je le veux », dit Xena en laissant un sourire grognon recourber ses lèvres. « Mais c’est différent. » Elle se tourna à demi et glissa ses bras autour de la jeune femme, sa joue posée sur le ventre de Gabrielle. « Tu es sûre que tu veux faire ça ? On peut demander à n’importe laquelle de ces satanées Amazones de venir à ta place… peut-être la petite ? »

« Allons, Xena… ça va être facile », la rassura Gabrielle avec un doux sourire. « Je devrais te demander si toi tu es prête à ça… est-ce que tu vas me laisser leur parler et garder ta colère sous contrôle avec ces idiots jusqu’à ce que nous trouvions ce qui se passe ? » Elle mit un doigt sur le nez de la guerrière. « Peut-être que tu devrais me laisser, moi, emmener une Amazone à ta place, hmm ? »

Les yeux bleus prirent une teinte borne. « Tu ne vas pas là-bas sans moi. »

« Et tu ne vas pas là-bas sans moi. Alors je présume que tout est réglé », répliqua la barde. « Bon il ne nous reste plus qu’à empêcher le reste de la milice d’Amphipolis de regarder par-dessus notre épaule tout le temps. » Elle fit joyeusement une tresse des cheveux de Xena et lui ébouriffa la frange. « En plus… tu vas devoir te vêtir pour changer… et tu es si jolie dans ce vêtement brodé. »

« Hmm… alors il va falloir te trouver autre chose que mes vieilles chemises… » Dit Xena d’un ton songeur. « Bon, maman aura bien quelque chose, je parie que… bon, allons donner la nouvelle à tout le monde et nous débarrasser de toutes les objections. »

« Tu as ma permission royale de dire aux Amazones de la fermer, à propos », murmura Gabrielle en regardant sa compagne passer une chemise propre. « Merci d’avoir arrangé cette petite session ce matin… Cesta est tellement irritante… tu penses que c’est dû à la couleur de ses cheveux ? »

« Mmm… » Xena passa judicieusement les doigts dans les cheveux clairs de la barde. « Fais attention, mon amour… tu en as une teinte dans les tiens aussi, t’sais. » Elle tordit le nez droit en jouant. « Tu as fait un bon travail… je pense que tu t’es faite une admiratrice à toi. »

« Oui oui… une Amazone plus petite que moi… génial. » Gabrielle rit. « Elle est plutôt jolie, pas vrai ? » Elle prit sa boîte de parchemins tandis qu’elles se dirigeaient vers la porte. « Tu trouves Cesta jolie ? »

Xena pencha la tête en réflexion tandis qu’elles traversaient la cour balayée par le vent, les arbres privés de feuilles par le froid et le sol dur et stérile. Arès trottait avec elles et fit une petite pointe vers le porche de l’auberge, revenant avec une balle fourrée de chiffons. La guerrière s’arrêta et la prit puis l’envoya au loin. « Elle, elle pense qu’elle est jolie », commenta-t-elle d’un ton ironique. « Elle n’est pas affreuse non plus. »

« Elle a le béguin pour toi », répondit Gabrielle. « Est-ce que ça t’ennuie ? »

Xena la fixa. « Pas vraiment… est-ce que ça t’ennuie, toi ? » Elle s’arrêta au retour d’Arès qui se redressa et posa ses grandes pattes sur sa poitrine, lui lançant la balle mouillée dans le visage. « Merci, mon gars… » Elle la prit et la relança.

« Je présume que je pourrais mentir et dire non, bien sûr que non », admit Gabrielle. « Mais oui, ça m’ennuie. » Elle monta les marches et regarda Xena renvoyer la balle une troisième fois, tandis qu’Arès bondissait après elle, son pelage noir faisant des ondes dans le soleil terne de l’hiver.

« Très bien. » Xena monta sur le porche. « Je vais m’en occuper. » Elle attrapa la poignée de la porte et l’ouvrit. « Allez. »

Là, Gabrielle se posa la question tout en entrant dans l’auberge, accueillie par l’odeur riche du ragoût d’agneau et du pain frais. Qu’est-ce qu’elle veut dire par là ?

Xena prit plusieurs assiettes vides et se redressa, puis elle entra avec dans l’auberge, repérant le dos tendu de sa mère tandis qu’elle reconnaissait ses pas. Elle posa les assiettes près du bassin de plonge et commença à les laver, passant le pichet d’eau sur les plats en bois avant d’ajouter un peu de savon. Elle attendit.

Cyrène remua son ragoût d’un air buté, ignorant la présence de sa grande fille.

Xena continua à faire la vaisselle.

L’aubergiste attrapa quelques aromates et les ajouta, puis elle continua à remuer.

La guerrière frottait, s’appuyant sur une patience acquise sur une vie de champs de bataille.

Cyrène étudiait la surface du ragoût, devinant des choses intéressantes dans les bulles langoureuses, testant une patience développée par la mise au monde de trois enfants.

Incluant celle, incroyablement frustrante, butée, et exaspérante de sa fille qui se tenait en face d’elle dans la cuisine.

Qui chantonnait.

« Pourquoi ne peux-tu pas laisser d’autres personnes y aller ? » Finit-elle par demander au dos large et musclé devant elle. « Tu me dis qu’il n’y a pas de réel danger pour Toris ou pour ton ami… pourquoi ne laisses-tu pas ces Amazones y aller ? Elles te l’ont proposé, Xena… tu dois vraiment y aller… tu dois vraiment emmener Gabrielle là-bas ? »

Xena finit l’assiette qu’elle nettoyait et la posa sur le rack pour sécher, puis elle se retourna et s’appuya contre l’évier et croisa les bras sur sa poitrine. « Nous ne savons pas quelle est la situation là-bas, maman… je ne peux pas mettre ma confiance dans d’autres personnes pour savoir quoi faire. »

L’aubergiste mit les mains sur ses hanches. « C’est plutôt arrogant, non ? » Elle regarda sa fille. « Tu ne prends pas toujours les bonnes décisions non plus, Xena. »

Celle-ci pencha la tête. « Peut-être… et non, je ne le fais pas… mais le fait est que de nous tous, seule Gabrielle et moi avons eu à traiter le genre de personnes que nous les soupçonnons d’être…et le fait est que de toutes les personnes ici, seule Gabrielle et moi avons l’expérience d’aller vers une situation inconnue et de développer un plan basé sur les circonstances… tu voudrais que j’envoie là-bas des femmes sans expérience, qui ne se sont jamais trouvées dans ce genre de chose auparavant ? »

Cyrène soupira. « Mais tu dois vraiment emmener Gabrielle ? » Demanda-t-elle. « Laisse-là ici, Xena… elle est à plus de la moitié de son terme… ça ne peut pas être confortable pour elle. »

« Je ne peux pas », répondit doucement Xena. « Je lui ai promis que je ne la laisserais pas derrière moi. » Elle fixa sa mère. « Ça va aller pour elle… Elle réagit vite et elle peut sortir, en parlant, de situations auxquelles tu ne croirais pas. » Elle fit une pause. « Tu te sentirais mieux si je prenais quelqu’un d’autre que Johan ? Je peux demander à l’un des autres hommes de jouer le rôle. »

« Non. » Cyrène leva les mains. « Ce fou a la notion qu’il a été intronisé comme un membre à part entière du club d’infiltration de Xena, la Princesse Guerrière. » Elle s’avança et posa ses mains à plat sur la poitrine de sa fille. « Ma chérie… tu me rends dingue. »

Xena baissa le regard puis elle la regarda. « Je suis désolée. »

Cyrène lui lança un regard ironique. « C’est bon, tu me rends dingue depuis l’âge de deux ans. » Elle soupira et tapota affectueusement la grande femme sur le côté. « S’il te plait… sois prudente. »

Xena lui sourit. « Je le serai… je vais ramener tout le monde sain et sauf, maman… je te le promets. » Elle soupira. « Il faut que j’aille parler à Granella… elle est plutôt bouleversée par tout ce truc. » La guerrière grimaça. « Elle veut venir avec nous. »

L’aubergiste secoua la tête. « Elle est folle. »

La guerrière se retourna et alla vers la porte, puis elle s’arrêta et jeta un coup d’œil derrière elle. « Seulement depuis que j’avais deux ans ? » Elle haussa un sourcil noir.

Cyrène mit ses mains sur ses hanches et lança un regard à sa fille. « Ma chérie, as-tu déjà entendu le dicton ‘J’espère que vous aurez des enfants qui vous ressemblent ? » Elle sourit.

Xena rit. « Aucune chance… pas quand Gabrielle est concernée. » Elle sourit et sortit de la cuisine. Puis elle s’arrêta juste à la porte et se passa les doigts dans les cheveux. « Une de moins… » Elle soupira et se dirigea vers la cabane de son frère, sachant qu’elle y retrouverait Gabrielle.

Xena prit un instant pour rassembler ses arguments et prit quelques profondes inspirations avant de monter les marches du porche et de frapper légèrement à la porte.

« Gran, écoute-moi juste un instant, d’accord ? » Gabrielle s’assit et s’appuya sur l’accoudoir du fauteuil près de son amie. « Ce n’est pas très sensé là. »

« Ne me dis pas que je ne suis pas sensée », riposta l’Amazone aux cheveux noirs. « Si tu peux y aller, je peux y aller, point final, Gabrielle… j’ai toujours le droit de prendre mes propres décisions, tu te souviens ? »

La barde inspira. « Gran… personne ne dit le contraire… ce n’est pas le point. »

« Ah non ? Tout le monde ici me dit ce que je devrais faire… ce que je ne devrais pas faire… j’en ai assez ! » Répondit Granella, le visage tendu et en colère.

Gabrielle se mordit la lèvre, réfléchissant à ses prochaines paroles. C’était dur, parce que pratiquement tout ce qu’elle dirait serait interprété comme un peu hypocrite, étant donnée sa propre condition. « Gran… »

« Vas-y… dis-moi que c’est pour mon bien », lâcha l’Amazone. « Dis-moi que je dois être responsable pour le bébé… les bébés, bon sang… pas vrai ? Et toi alors ?! » Elle haussa le ton. « Bon sang, Gabrielle, ne viens pas ici me faire un sermon sur la responsabilité, ou je jure que je… »

La porte s’ouvrit et une tête se montra, avec des yeux bleu clair qui se fixèrent sur le visage de Granella, avec une lueur dangereuse. « Tu quoi ? » Demanda Xena en poussant les panneaux en bois pour entrer. « Le fait est qu’elle est physiquement capable d’y aller et pas toi. Fin de la conversation. »

Un silence inconfortable tomba. « Bien, c’était plein de tact ça, mon cœur », finit par murmurer Gabrielle en faisant une petite grimace pour son âme-sœur tout en se grattant le côté du nez.

Xena écarta les bras puis les laissa retomber sur les côtés. « Si j’avais une jambe cassée, je n’irais pas non plus », répondit-elle simplement.

« Bien sûr que si », répondirent ensemble Granella et Gabrielle.

La guerrière fronça les sourcils puis s’avança et se percha sur l’accoudoir du fauteuil dans lequel sa compagne était assise.

Gabrielle se gratta la mâchoire puis tourna la tête et lança un regard ironique à Granella. « Elle a raison. »

L’Amazone brune baissa le regard sur ses mains jointes. « Je sais », admit-elle d’un ton découragé. « Je déteste ça. »

La barde et la guerrière échangèrent un regard. « Gran… » Gabrielle mit une main sur son bras. « Ecoute… tout va bien se passer… je suis sûre que c’est juste un malentendu… on va régler ça. »

« Non. » Granella leva finalement les yeux, la mâchoire serrée. « Je veux dire que je déteste ça. » Elle montra son corps. « Je déteste être aussi impuissante… je déteste la façon dont les autres Amazones me regardent… comme si je ne faisais plus partie du peuple. » Sa voix traîna. « Peut-être que c’est vrai. »

Xena bougea, mal à l’aise. « Granella, ce n’est pas vrai… les Amazones ont des bébés tout le temps », déclara-t-elle gentiment. « Je sais que c’est inconfortable… mais ça ne durera pas. »

Granella joua avec un fil de sa chemise. « C’est différent quand on en fait partie… » Répliqua-t-elle. « Voilà…  c’est comme si je perdais cette partie de moi. » Elle eut un air malheureux. « Et je ne veux pas que ça m’arrive. »

La guerrière se leva et s’assit jambes croisées sur le sol près de la jeune femme. « Ephiny a ressenti ça aussi », dit-elle tranquillement, se souvenant. « Elle se sentait très coupable que Phantès soit mort en la protégeant… et qu’elle n’ait pas pu l’aider. »

Les doux yeux marrons se tournèrent vers elle. « C’est vrai ? »

Gabrielle hocha la tête. « Oui, c’est vrai… je me souviens qu’elle l’a dit… quand nous l’avons trouvé dans la forêt hors de la Thessalie… elle a dit qu’elle avait honte… de ne pas pouvoir se protéger elle-même. » Elle regarda sa compagne. « Et je me souviens que Xena lui disait que sa responsabilité était de faire le maximum pour donner une chance à l’enfant de naître, et que Phantès lui aurait dit la même chose. » Son regard vert croisa celui de Granella. « Si je pensais qu’en y allant, je ferais du mal à mon bébé, ou mettre en danger ma compagne, je ne le ferais pas, Gran… ou si Xena pensait que c’était vraiment une mauvaise idée, je l’écouterais, parce que j’ai confiance en son jugement. » Elle ignora le haussement de sourcil que ces mots amenaient. « Mais ça va juste être un rôle à jouer… et en fait, ça va être bien plus facile pour moi que pour la Peu Diplomate Princesse Guerrière, ici présente. »

« Hé ! » Protesta Xena.

« Allons, Xena… c’est vrai… j’aurais une meilleure chance de démêler tout ça si je prenais Argo avec moi », dit Gabrielle en riant, ébouriffant les cheveux noirs de sa compagne. « Tu sais que je t’aime, mais te faire jouer le rôle d’une paysanne douce, innocente et pudique va être quasi impossible. »

Granella les regardait puis elle finit par émettre un rire désabusé. « Là maintenant vous m’avez énervée parce que je n’aurai pas la chance de voir cette petite pièce de théâtre. »

Xena leva un sourcil insulté. « Hé… ce n’est pas moi qui ai failli cogner l’aubergiste au dernier endroit où on est restées parce qu’il n’aimait pas la couleur de la chemise que tu portais, mon amie tempétueuse. »

La barde rougit et mordilla son ongle. « J’étais de mauvaise humeur ? » Proposa-t-elle avec espoir, arborant son air le plus innocent. « Allons… j’étais très sensible ce jour-là… ça commençait à se voir… tu le sais bien. » Elle soupira et se retourna vers Granella. « Bref…quelqu’un doit rester pour accueillir Pony et garder le contrôle sur cette foire… ne laisse pas les marchands profiter de ces gens, Gran. »

« Hmm. » Celle-ci regarda Gabrielle pensivement. « Ça veut dire que j’aurai le premier regard sur leurs trucs… n’est-ce pas ? » Elle plissa les yeux puis fit la grimace. « Très bien… mais je vais vous dire à toutes les deux… après la naissance de ces gamins, papa va être coincé avec les couches sales pour au moins quinze jours pendant que je ferai la sauvageonne, d’accord ? »

Gabrielle sourit. « Conclu. » Elle se leva. « Je vais voir si maman a quelque chose que je pourrais emprunter… » Elle attendit que Xena la rejoigne puis elle sortit la première de la cabane et descendit les marches. « Ça s’est mieux passé que je ne le pensais », dit-elle à la guerrière silencieuse.

« Tu veux voir si maman a quelque chose pour Argo aussi ? » Demanda Xena d’un ton pince-sans-rire.

Oh Oh. Gabrielle mit la main dans la ceinture de la guerrière et ralentit, la faisant s’arrêter. « Ouaouh. »

Xena se contenta de s’arrêter avec un air tranquille.

« J’ai atteint le seuil de taquinerie, hein ? » Gabrielle fit un tour pour lui faire face et mit la main sur son estomac, le regard posé sur les yeux bleus voilés.

La guerrière haussa un peu les épaules. « Je ne savais pas que tu me voyais comme une personne vulgaire. »

« Xena… tu sais bien que ce n’est pas… » Commença Gabrielle, puis elle s’interrompit. « Ce n’est pas ce que je… allons… je te taquinais juste. »

Un autre haussement d’épaules. « C’est bon. » Xena se remit à marcher. « Allons, on a pas mal de choses à faire. » Intérieurement, elle se réprimanda d’être si fichtrement sensible. Mais les mots avaient piqué, elle ne pouvait pas le nier. « Je présume que je suis juste un peu à côté de la plaque aujourd’hui… mais écoute, si tu préfères prendre quelqu’un d’autre… c’est bon. »

Gabrielle l’arrêta à nouveau. « Attends… on en parle un instant. » Elle alla vers leur porche et elle s’assit sur le banc capitonné tout en tirant son âme-sœur avec elle. « Ecoute… je suis désolée… je suis allée un peu loin avec cette blague… j’essayais juste de détendre Gran, pas de te rendre furieuse contre moi. »

Xena lui fit face, sa mâchoire un peu serrée. « Je n’aime pas qu’on se moque de moi », déclara-t-elle très doucement. « Même toi. »

C’était comme de recevoir une brique de boue en pleine figure. Gabrielle ne s’était pas attendue à cette admission et là elle cherchait un moyen d’y répondre. « Je… » Elle s’interrompit puis prit une inspiration. « Je suis désolée. » Elle tendit la main pour caresser affectueusement le bras de Xena. « Tu sais bien que ce n’est pas ce que je pense de toi. »

« C’est comme quand Salmoneus présume que je vais entrer là-bas à cheval avec mon épée dégainée », répondit Xena. « Je pensais que j’avais avancé juste un peu plus pour laisser ça au passé, Gabrielle. »

« Hé… » La barde eut l’air émue. « Xena… écoute. Je suis vraiment désolée… je blaguais juste avec toi en toute honnêteté. » Elle prit doucement la main de Xena qui ne résista pas, et elle l’embrassa. « Je ne voulais pas que ça pique comme ça. »

Quelque chose fondit dans ces yeux bleus face à elle et Xena bougea un peu, pour regarder la cour balayée par le vent, puis elle revint vers elle avec un minuscule sourire désabusé. « Si on est toutes les deux affectées par ce bébé, ça va être dur de laisser passer. » Une admission ironique. « J’ai surréagi, Gabrielle… je suis désolée. »

La barde se sentit faible face au soulagement et elle reposa la tête sur l’épaule de sa compagne et soupira. « Non… c’était vraiment trop… et tu as raison, si on en arrive à ça, j’ai plus de chances que toi de perdre les pédales. » Elle leva les yeux avec nostalgie. « Je ne pense pas que tu es grossière. » Elle produisit un sourire plein d’espoir. « C’est moi qui ai dû prendre des leçons pour ne pas glisser sur ma jupe, tu te souviens ? » Elle baissa la voix. « De la bonne viande de paysan », imita-t-elle.

Xena fit la moue et la regarda en coin. Eh bien… je suis grossière parfois… je ne suis pas sûre qu’il y ait une façon raffinée et gracieuse de cogner la tête de quelqu’un. » Elle frotta ses bottes contre les planches en bois. « Mais je pense que si je faisais appel à de vieux souvenirs, je serais capable de me souvenir de ce que c’était d’être une simple villageoise. »

« On pourrait faire comme cela aurait été si on s’était rencontrées enfants », répondit Gabrielle en souriant. « Ou si on avait grandi ensemble. »

Xena réfléchit. « Je ne pense pas que tu m’aurais beaucoup appréciée », finit-elle par confesser. « J’étais une vraie plaie en grandissant. »

« Mm. » La barde se mâchouilla la lèvre. « Tu avais tout le temps des problèmes ? »

Xena hocha la tête. « Oui oui. »

« Tu mettais le bazar ? »

Un autre signe de tête. « Oh oui. »

« Toujours à te battre ? »

« Oh que oui. »

« Je t’aurais adorée », lui dit Gabrielle. « Tu aurais été le genre de personne que j’aurais suivie partout comme un chiot et j’aurais raconté des histoires. »

Xena ne put s’empêcher de sourire. « J’imagine. »

« Imagine », lui répondit sa compagne. « Je présume que certaines choses sont simplement faites pour être comme ça. »

La guerrière mit son long bras autour d’elle et la serra contre elle, mais elle ne dit rien. Elles restèrent assises comme ça quelques minutes puis Gabrielle lui tapota la jambe. « On devait se préparer… je présume qu’on ne peut pas éviter d’emmener cette garde Amazone, hein ? »

Xena soupira. « Solari est en colère en fait… elle m’a coincée et m’a dit que si elle te laissait partir vers le danger sans même une tentative pour te protéger, Pony lui botterait les fesses d’ici jusqu’aux hauteurs et retour », expliqua-t-elle. « Alors non… on a une escorte. »

Gabrielle réfléchit à ces mots. « On pourrait les vêtir comme les vierges d’Hestia. »

Xena se couvrit les yeux et eut un petit bruit d’étouffement.

« D’accord… d’accord… des laitières ? » Proposa la barde. « Je sais… un assortiment de jeunes filles à la recherche de maris ? »

La guerrière laissa passer un juron dans un langage inconnu.

« Oooh…. C’était quoi celui-là ? » Demanda Gabrielle. « J’aime bien comme ça sonne. »

« Ne le dis pas dans une pièce pleine de pasteurs », l’informa son âme-sœur.

Gabrielle fit une grimace. « Baaa. » Elle se mit à rire et fut contente que Xena se mette aussi à rire. « Hé… c’était un sourire. » Elle tendit la main et caressa affectueusement la joue de la guerrière, la fixant dans les yeux, laissant son amour venir en bulles à la surface. « Ça va être si dur de se souvenir de ne pas faire ça là-bas. »

Une note ironique d’humeur réchauffa les yeux bleus de Xena. « Hé… les sœurs se font ça tout le temps, tu te souviens ? » Lui rappela son âme-sœur innocemment. « On est en Grèce. » Elle baissa la tête et goûta les lèvres de la barde, puis revint pour un autre baiser, attirant Gabrielle doucement sur ses cuisses et continuant jusqu’à ce que la respiration de sa compagne soit douce et rauque.

Gabrielle prit une inspiration incertaine. « Je ne pense pas que les sœurs fassent ça, ma chérie. »

« Bien sûr que si », la contra Xena. « C’est la sécurité du foyer… il faut savoir quand faire du bouche à bouche, pas vrai ? » Elle fit une nouvelle démonstration et sentit les mains de Gabrielle glisser sous sa tunique, envoyant des secousses le long de sa colonne. « Et si je n’avais pas de bras… et que j’ai dû te nourrir quand tu étais enfant… comme un petit oiseau. »

Gabrielle rit doucement et s’abandonna au toucher insistant et séduisant, sans même s’inquiéter de si elle était en plein jour sur le porche de leur cabane.

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Johan finissait d’installer l’équipement sur les chevaux qui allaient tirer le chariot ouvert à fond plat en bois qu’ils allaient prendre pour le campement du culte. Il posa les bras sur le dos du cheval le plus proche et s’appuya contre lui. « Par les dieux, mesdames… si c’est ça qui est supposé être des villageoises, je vais manger mon nettoyeur de sabots. » Son regard était porté sur un groupe de femmes amassées sur le porche dans un assortiment de vêtements colorés, allant de la toute petite Frendan dans un corsage et une jupe de paysanne, à la grande Cesta dans ce qui avait été un vieux vêtement de Xena qui ne lui allait plus.

Elles avaient toutes l’air très, très agacées.

La porte de l’auberge s’ouvrit et Gabrielle en sortit, dans un chemisier paysan simple par-dessus une jupe à hauteur de genou, le vêtement flatteur pour son corps forci. Elle portait également un châle drapé sur ses épaules et avait tiré ses cheveux blonds en arrière dans un style jeune, ajoutant à l’image d’une villageoise jeune et innocente. Elle se tourna quand la porte s’ouvrit et un sourire apparut sur son visage quand Xena les rejoignit, la grande femme brune posant une main sur le dos de la barde tandis qu’elle parlait aux Amazones agitées.

Johan secoua la tête, déconcerté, reconnaissant à peine sa belle-fille. Xena portait une robe bleue bien faite avec un rebord blanc, le col exposant une bonne partie de ses clavicules, la longueur couvrant ses jambes longues et musclées. Elle avait fait de belles tresses de chaque côté de son visage, retenues en arrière dans une attache, et si Johan ne la connaissait pas, il n’aurait jamais deviné que cette belle jeune femme était aussi une des combattantes les plus mortelles de Grèce.

« Ça pourrait marcher », marmonna-t-il au cheval, qui renifla. « Tant qu’elles empêchent le reste de ces femmes de saborder l’affaire. »

« Très bien, écoutez », dit Xena pour la quatrième fois. « Vous voulez venir alors vous devez jouer votre rôle… arrêtez de gémir. »

« Xeeenaaa… » Protesta Solari, en tirant sur le corsage à frous-frous fleuri qui avait pris la place de son cuir. « Allons… je me sens comme une vendeuse de fleurs athénienne. »

La guerrière se pencha en avant, la regardant dans les yeux. « J’sais pas… je pense que ça te va bien. » Elle eut un sourire tordu pour Solari. « Qu’est-ce que tu en penses, Gabrielle ? »

La barde regarda les Amazones agitées puis se tourna et observa son âme-sœur. « J’en pense qu’il faut que j’aille parler à Johan. » Elle tapota le côté de sa compagne puis descendit les marches, évitant proprement le sujet.

Solari lui lança un regard noir et se gratta le bras. « Ça démange », se plaignit-elle. « Tous ces frous-frous… »

Xena ajusta sa jupe et lui lança un regard absolument dépourvu de sympathie. « Hé. Si je peux le faire, tu peux le faire. » Elle leva les mains et les laissa retomber. « Préparez vos affaires… il faut qu’on parte. » Elle laissa les Amazones rassembler leurs affaires et descendit les marches, sentant le mouvement peu familier du tissu autour de ses jambes et l’étrangeté de ne pas porter la moindre arme. Pas qu’elle n’en emporte pas, bien entendu… son épée et son chakram, et sa combinaison en cuir étaient en fait rangés dans un panneau caché sous le plateau du chariot au cas où leur petite représentation ne se passe pas bien. Le chariot de Salmoneus jamais pris au dépourvu, leur avait fourni des vêtements pour les Amazones ainsi que plusieurs autres objets dont ils auraient besoin, et aussi l’opportuniste avait été ravi de les ‘donner’ en échange du couvert et du logement pendant que le petit groupe était parti. Il s’était aussi organisé dans la foire des marchands et faisait la représentation joyeusement dans l’auberge, régalant les villageois de plusieurs contes, en incluant plusieurs d’elle racontés avec une perspective légèrement différente.

Elle soupira et rejoignit Gabrielle près de Johan, tandis que la barde arrangeait leurs sacs à l’arrière du chariot. Elle mit les mains sur le dos de sa compagne et le massa doucement, sentant les muscles bouger sous ses doigts. « Prête ? »

« Quasiment. » Gabrielle ferma les yeux et s’appuya contre les mains de sa compagne. « On devrait arriver avant la tombée de la nuit… tu penses qu’ils vont nous laisser entrer ? »

« Oh… on verra bien… on a un homme fort et respectable, avec sept filles fertiles… » Xena regarda Johan qui s’étouffa presque sur un morceau de pomme. « Je dirais qu’on est plutôt bien partis. »

Gabrielle jeta un coup d’œil derrière elle, vers l’endroit où les Amazones traversaient l’herbe à petits pas, glissant sur leurs jupes, puis elle tourna son regard vers son âme-sœur belle et assurée. « Tu te souviens de ce que j’ai dit quand j’ai parlé de prendre quelqu’un d’autre à ta place ? »Murmura-t-elle.

Xena hocha tranquillement la tête.

« Oublie ça, d’accord ? » Gabrielle posa la tête sur la poitrine de la guerrière. « Tu penses que je peux les attacher et les laisser dans le chariot ? »

« Chch… ça va aller. » Xena déposa un baiser sur sa tête. « Laisse-leur une chance de s’habituer à ce truc… à propos, tu es très belle. » Elle arrangea le châle autour du cou de Gabrielle et lui ébouriffa ses mèches claires.

La barde reçut le compliment avec un sourire puis recula d’un pas pour la regarder affectueusement. « En parlant de ça… tu es très jolie toi aussi… et j’adore tes cheveux. » Elle tendit la main pour toucher une tresse.

Xena fit une belle révérence et un clin d’œil. « Ben, merci, gentille dame… » Dit-elle d’une voix traînante.

« Très bien vous deux… vous avez fini de vous envoyer des civilités ? » Dit Solari en rangeant les affaires des Amazones. « Par la grande Artémis… vous êtes une publicité pour Aphrodite sur pattes vous deux, je le jure. » Elle observa ses troupes. « Cesta, range cette dague… Lista tu dois garder tes chaussures… et Frendan… oh oublie. » Solari pinça sa jupe vers le haut et coinça le bord sous sa ceinture. « Voilà… ça le fera jusqu’à ce qu’on soit près de ce fichu endroit… » Elle prit un appui de sa jambe musclée sur la marche du chariot et souleva un sac en toile plein de leurs armes à bord. « Cachez ça sous ces matelas. »

Oh bon sang. Xena soupira puis se retourna et tendit une main à son âme-sœur pour l’aider à s’installer sur le siège du chariot. « Très bien… allons-y. » Johan monta le marchepied et prit les rênes tandis que les autres grimpaient à l’arrière pour s’asseoir sur les sacs et les couvertures rugueux qui avaient été installés sur le plateau. Le voyage ne serait pas confortable mais plus rapide que de marcher. Xena étira ses jambes et s’appuya contre la paroi arrière, une main entourant le poteau du siège. Elle fit un signe de main à Cyrène qui était sortie sur le porche pour les regarder partir, avec Granella et Elaini, tandis que le chariot partait avec une embardée pour les emmener sur la route.

Le soleil se couchait tandis qu’ils avançaient laborieusement sur la longue route en pente qui menait au petit village d’Elebar. Mais le temps restait clair et les Amazones réussirent à passer le temps en jouant aux dés, tandis que Xena observait, les yeux à demi fermés. Gabrielle avait échangé son siège capitonné avec Frendan un peu avant et elle s’était installée dans la paille et les couvertures, blottie près de son âme-sœur, où elle avait passé un peu de temps à tester une nouvelle histoire sur elle, puis elle avait étreint la guerrière et l’avait utilisée comme oreiller.

Ça ne dérangeait pas Xena. Elle avait installé les deux bouts du châle de Gabrielle autour d’elle et avait étiré ses jambes, laissant la respiration paisible et le corps chaud l’apaiser malgré le grondement des roues et les regards persistants et agaçants de Cesta.

Volontairement, la guerrière posa le menton sur la tête blonde de Gabrielle et elle l’attira plus près d’elle face au vent froid qui s’élevait alors que la nuit arrivait.

« Mm », murmura Gabrielle ensommeillée, s’enfonçant dans l’épaule de sa compagne. « J’taime. » Le doux murmure atteignit à peine les oreilles de Xena mais ça lui amena un sourire sur les lèvres. Juste deux mots et s’ils avaient été dits par quelqu’un d’autre, ils n’auraient pas compté. « Je t’aime aussi », murmura-t-elle à son tour, sentant la petite pression lorsque Gabrielle les entendit.

Le chariot ralentit et Johan se tourna à demi. « On y est presque, gamine. »

Xena leva les yeux et hocha la tête. « Entre… Salmoneus a dit qu’il y avait un portail principal. Dis-leur que ton village a brûlé et que tu cherches un abri. »

Johan hocha la tête. « Oui… t’es pas sérieuse quand tu dis que vous êtes toutes mes enfants, hein ? »

Une petite étincelle apparut dans les yeux bleus qui le regardaient. « Allons, Jo… tu en es capable. » Les Amazones ricanèrent à sa mauvaise blague et elle sentit Gabrielle qui la chatouillait doucement. L’ex marchand rougit.

« Et toi t’es une pauvre petite chose innocente. » Il lui lança un regard agacé. « J’aime autant avoir une réputation que tout le monde, mais par la cheville gauche d’Hadès, Xena… »

Un petit rire. « Oh, c’est bon… les autres peuvent être tes nièces… dis-leur que tes frères ont été tués dans une attaque », dit Xena qui céda.

« Et pourquoi on serait avec lui ? » Demanda Solari d’un ton grognon.

Les yeux bleus la fixèrent innocemment. « Il nous protège… où est-ce qu’on pourrait bien aller ? » Ronronna Xena d’un ton plaisant.

« Xena ? »

« Hmm ? »

« Je vais vomir dans le chariot. »

Un haussement de sourcil noir. « Oh, c’est très stylé. »

Le chariot crissa et Xena se retourna pour regarder la route, notant le mur qui entourait le village. C’était différent de ce qu’on trouvait en Grèce, plus comme une forteresse que comme une propriété et elle étudia le mur bien construit avec un vague sentiment d’appréhension. Si on monte un mur, les gens se demandent ce qu’il y a derrière… et ils présument que quoi que ce soit, ça en vaut la peine. Si je prévoyais la conquête d’une zone… ce serait le premier endroit où j’irais, songea Xena.

Tandis que Johan menait les chevaux avec talent, les guetteurs de chaque côté du portail le repérèrent et s’avancèrent en tenant de longs bâtons. « Stop ! »

« C’est parti », marmonna Johan tout en faisant s’arrêter les chevaux pour attendre que les deux hommes le rejoignent. Ils étaient tous deux de taille moyenne, portant la barbe, des tuniques épaisses et des jambières rentrées dans des bottes de bonne confection. Ils avaient l’air plutôt prospères et l’attitude arrogante qui allait habituellement avec. « Bonne journée à vous. »

Le plus proche s’avança tandis que son compagnon faisait le tour du chariot, observant son contenu. « Et toi, qu’est-ce que tu fais par ici ? »

Johan eut un sourire précautionneux. « J’ai entendu dire qu’ici c’était un bon endroit pour ceux qui cherchent une nouvelle voie. » Il se tourna à demi pour regarder le chariot puis se remit en place. « Mon village natal a été incendié… deux seigneurs de guerre qui se battaient pour le bétail… et mes frères tués. J’ai emmené mes filles et les leurs… et on est partis de là-bas. »

L’homme lui lança un regard amical. « Oh ? Et qu’est-ce qui t’a amené ici ? » Il jeta un coup d’œil au chariot et aux chevaux costauds avec un air presque propriétaire.

Xena observa du coin de l’œil l’autre homme qui les regardait, contente que l’obscurité masque les froncements de sourcils mal cachés des Amazones. Gabrielle était réveillée et elle relâcha sa prise sur la guerrière, mais resta blottie contre elle, clignant vers l’observateur avec des yeux tout à fait innocents.

Ce qui était juste pour la barde. Xena garda le regard sur la paille, se disant à juste raison que ce serait une meilleure idée que de renvoyer un regard à l’homme. Mais il s’appuya sur les planches du chariot et la regarda avec curiosité.

« Salut », dit Gabrielle doucement en lui faisant un sourire et Xena relâcha un minuscule soupir de soulagement quand l’attention de l’homme fut attirée par son âme-sœur et elle écouta attentivement ce que Johan disait.

« Comme j’ai dit… on en a assez des anciens jours… ça ne nous a pas servi vu ce qui s’est passé. Toutes les prières à nos dieux ont servi à rien… rien, je dis… et j’ai entendu dire que vous suiviez une autre voie. » C’était une bonne phrase, décida Johan. « J’ai plus que ce qu’y a dans le chariot… mais les filles sont de bonnes travailleuses, et juste. » Il fit une pause. « Et ma petite, elle attend un enfant. »

Le regard de l’homme se tourna vers lui, ensuite celui-ci fit lentement et volontairement le tour du chariot, examinant son contenu. Les Amazones gardèrent sagement les yeux sur la paille et Xena fit de même tandis que son regard passait sur elles. Les jugeait.

Seule Gabrielle leva la tête et regarda les deux hommes de ses yeux vert brume attentifs. Elle les regarda examiner sa compagne, leurs yeux passant sur elle dans une posture presque dédaigneuse, puis se poser sur les Amazones, surtout sur le visage remarquable de Cesta. Ils se poussèrent tous les deux puis allèrent vers l’avant du chariot.

« Très bien… entrez. On va discuter hors de ce vent », décida le plus grand des deux. « Et on enverra prévenir notre chef, pour qu’il puisse parler avec toi et t’expliquer nos coutumes. » Il tapota l’épaule forte du cheval de tête. « Soyez les bienvenus. »

« Je te remercie », marmonna Johan en reprenant les rênes, attendant que les portes ouvrent, puis il guida les cheveux à l’intérieur avec le garde le plus grand à sa suite. Tandis que les portes se refermaient derrière eux, il s’arrêta à nouveau et jeta un coup d’œil alentours.

Xena fit de même, ses yeux passant le camp dans une analyse rapide. C’était un village bâti sur une série de carrés, pas vraiment différent d’Amphipolis. Dans l’entrée, un grand espace ouvert devant des bâtiments qui ressemblaient à des étables et des entrepôts et il y avait une grande avenue poussiéreuse qui menait entre les deux bâtiments centraux vers un autre espace ouvert. D’un côté, un nuage de poussière et des petits sons de lamentation attestaient de la présence de moutons et un ou deux poulets traversaient la rue. Un certain nombre d’hommes et de femmes avançaient, les hommes vêtus de tuniques et de pantalons, la plupart d’entre eux portant également le vêtement en laine rayé d’un berger. C’était utilisé, Xena le savait, comme une couverture et une douzaine d’autres choses dans les champs. Les femmes portaient toutes des longues jupes et des corsages à manches longues, légères et sans forme, et des châles sur la tête.

Les deux groupes ne se mélangeaient pas, nota la guerrière observatrice. Les hommes étaient rassemblés entre eux et parlaient, se plaignaient, gesticulaient ; et les femmes bougeaient dans leurs propres cercles, la tête baissée vers les autres, les mains pleines de bols ou autres objets domestiques. La scène semblait paisible et les gens paraissaient heureux et satisfaits. Xena lança un coup d’œil vers Gabrielle qui observait également et elle vit les muscles bouger tandis que les yeux absorbaient l’environnement.

Le grand garde fit signe à Johan de rapprocher le chariot de ce qui s’avéra être une écurie. « Attends ici. » Il s’éloigna à petits pas et ils furent laissés à eux-mêmes pendant un moment, bien que les regards des habitants soient posés sur eux avec curiosité.

« J’ai fait comme il fallait ? » Murmura Johan par-dessus son épaule.

« Tout à fait », ronronna Xena, à voix basse. « Très bien tout le monde, écoutez-moi. Ça va être moche pour nous tous alors mettez un couvercle sur votre impétuosité et souvenez-vous de pourquoi nous sommes ici. » Elle soutint le regard des Amazones, surtout celui de Solari. « On va vous insulter et vous regarder de haut, et de manière générale vous ne serez pas respectées. Faites avec. » La guerrière sentit une main lui masser le dos et elle détendit consciemment un peu de la tension qui s’y trouvait. « Restez calmes et écoutez ce qu’ils disent, et ne discutez pas. »

« Conneries. » Solari lui lança un regard dégoûté.

« Tu as insisté pour venir », répliqua Xena. « Je ne t’ai pas demandé d’être ici. »

Les yeux noisette de Solari se posèrent sur elle puis elle baissa le regard. « Très bien… elle a raison, les filles… je vous ai mêlées à ça, vous pourrez m’en vouloir plus tard. Mais tant qu’on est ici, on est des moutons. »

Cesta l’observa pensivement puis elle laissa son regard voyager vers le visage assombri de Xena.

Le garde revint avec un homme costaud plus âgé, aux sourcils épais et broussailleux et quasiment une crinière de lion. Il lança un rapide coup d’œil au chariot et à son contenu, puis il posa les coudes sur les rambardes et fixa Johan. « Bienvenue. » Sa voix était très profonde et impérieuse. « Matthias me dit que vous voulez nous rejoindre. »

L’ex-marchand hocha la tête et enroula les rênes autour d’un piquet de siège avant de sauter à bas du chariot et faire face à l’homme. « Oui… c’est vrai. » Il se retourna. « J’ai pas grand-chose à part ça. » Il montra ses mains. « Et le chariot… on a un peu de trucs par ici. »

L’homme observa la scène. « Les femmes sont toutes à toi ? » Un haussement de sourcil broussailleux mais plus par amusement que par surprise.

« Mes deux filles, oui. » Il montra les deux silhouettes dans l’ombre éclairées par la torche vacillante, blotties dans un coin. « Le reste c’est mes nièces, c’est tout ce qui reste. »

« Mmpf. » L’homme hocha la tête. « C’est courageux et aimable de ta part d’en prendre la responsabilité, tu es un homme bon… ah… » Sa voix monta dans une question.

« Johan. » L’ex-marchand tendit le bras.

L’homme costaud le prit. « Isaac. » Il jeta un coup d’œil alentours. « On va s’occuper de tes affaires… et vous trouver un endroit où dormir. » Son regard alla vers les femmes qui attendaient en silence. « Elles sont toutes sensées, eh ? »

« Eh ? » Johan tournoya pour les regarder. « Bien sûr que oui. » Il eut un regard perplexe vers Isaac. « Laisse-moi… »

Isaac fit un geste pour le faire taire. « Je voulais juste être sûr… de telles terreurs affectent souvent la sensibilité des femmes… elles sont délicates, je sais… content que ce ne soit pas le cas ici. » Il réfléchit. « Dis-leur de bouger leurs affaires et tu peux mettre les chevaux ici… Matthias me dit qu’une d’entre elles attend un enfant ? »

Il parle des chevaux ? Se demanda Johan un moment, puis il se rendit compte de la question. « Oh… oui… oui… ma petite ici. » Il mit la main sur le bras de Gabrielle, sentant la tension sous le tissu de sa manche.

Isaac grogna. « Très bien… toi et elle vous pouvez rester avec ma famille… Matthias va prendre les autres et les envoyer dans plusieurs foyers tout près. »

Gabrielle n’aimait pas ça. Être séparée de son âme-sœur ne faisait pas partie de son plan, mais elle jeta un coup d’œil derrière elle pour voir un visage tranquille et presque immobile au-dessus d’elle. « Tu vas bien ? » Elle aspira à peine le son.

« Mmhmm », murmura Xena en retour. « J’imagine ce que ça ferait de lui arracher chaque poil de son corps. » Une pause. « Lentement. » Une autre pause. « Tout en le tenant tête en bas. » Encore une pause. « Avec sa tête dans un seau de merde de mouton. »

« Vraiment. » La barde se mordit l’intérieur de la lèvre pour s’empêcher de sourire.

« Mm… je n’aime pas l’idée d’être séparées… mais voyons ce qui va se passer. » Le regard de Xena bougea si vite que ça en était quasiment indétectable. « On dirait qu’il n’y a pas beaucoup de sécurité une fois à l’intérieur. »

« Très bien, mes enfants. » Johan s’éclaircit la voix. « Vous avez entendu cet homme… on y va. »

La guerrière attendit que les Amazones sortent, puis elle se glissa à bas du chariot et se tourna pour aider Gabrielle qui la suivait, saisissant le bras de la barde pour l’aider à descendre. Elle prit leurs deux sacs puis mit la main sur l’épaule de la jeune femme tandis que Johan se rapprochait.

« Elles sont à toi, alors ? » Isaac les regarda toutes les deux.

« Ouais », acquiesça Johan.

« Plutôt jolies, oui… mais c’est dommage que tu n’aies pas de fils. » Isaac lui fit une tape sur l’épaule. « Allez, je t’emmène chez moi. » Il se retourna. « Matthias, tu en emmènes deux et tu mets le reste dans la salle communale… on regardera ça mieux demain matin. » Il soupira. « Ne t’inquiète pas, mon ami… » Il fit un sourire à Johan. « On a une bonne récolte de jeunes garçons prêts à prendre femmes… on va toutes leur trouver une solution. Ça m’a l’air d’être de bonnes filles bien fortes. »

« Xena ? » Gabrielle s’appuya contre son âme-sœur.

« Hmm ? » La guerrière baissa un peu la tête pour écouter. »

« Si tu finis par le fourrer dans un sac à patates pour l’envoyer finir dans la rivière, je te pardonnerai. »

« Mm. » Xena lui pressa un peu l’épaule. « Trouvons Toris et Jess et partons d’ici vite fait, par Hadès. »

Matthias se mit devant elles et observa le groupe de femmes. « Toi, et toi. » Il pointa Cesta et Xena. « Venez avec moi. Les autres vont à la boutique. Prenez vos affaires. » Il se retourna et commença à marcher, s’attendant visiblement à ce qu’elles obéissent. 

Xena soupira intérieurement. Juste celle avec laquelle elle voulait se retrouver. Elle avait senti le pincement qui descendait le long du corps de Gabrielle quand il avait parlé. Elle saisit l’occasion de l’obscurité pour embrasser son âme-sœur sur la tête. « Je reviens vite. » Elle tendit son sac à Gabrielle et mit le sien sur son épaule. « Allons-y. » Elle lança un regard aux Amazones et elles se mirent à marcher derrière l’homme qui avançait à grands pas.

Gabrielle les regarda partir puis elle tourna son attention sur Johan et s’avança vers lui. Il mit un bras autour de ses épaules. « Isaac… voici Gabrielle. »

L’homme la regarda à peine. « Bien… allons-y alors. » Il tapota le cheval près de lui. « Je vais te donner un coup de main pour détacher ces beautés. »

La barde sentit une vague de colère mais la cacha en passant de l’autre côté des chevaux pour commencer à déboucler le harnais, une tâche qu’elle connaissait autant que Johan. Ses doigts œuvraient automatiquement tandis qu’elle ignorait le regard surpris du chef du village.

« C’est une fille courageuse… elle a des talents ? » Demanda Isaac en jetant un coup d’œil à Johan.

L’ex marchand regarda la tête blonde penchée sur sa tâche. « Oh, ouais… c’est une très bonne cuisinière… et une merveilleuse conteuse », répondit-il. « Et géniale pour ce qui est de la négociation. » Xena l’avait briefé sur ce qu’il devait dire et il le dit, mais fut peinée de ce que ça ne donnait pas la mesure du talent de la jeune barde.

Le chef du village grogna. « On n’a pas vraiment besoin qu’on nous raconte des histoires, mais une cuisinière sera toujours la bienvenue », assura-t-il en regardant Gabrielle soulever le lourd harnais et le jeter dans le chariot. « Et elle est bien forte. On pourra en faire quelque chose, j’en suis sûr… si elle porte un fils, elle sera un ajout bienvenu dans le marché. » Il soupira tandis qu’ils amenaient les chevaux dans l’écurie et il leur donna à manger et à boire. « Son mari est mort pendant le raid ? »

Gabrielle se retourna et le regarda droit dans les yeux. « Mon mari a été tué par un fou sanguinaire », déclara-t-elle d’un ton neutre. « Mais je n’aime pas en parler. » Elle détestait aussi qu’on parle d’elle comme si elle n’était pas là. « Mais merci de demander. »

L’homme grogna puis fit un geste. « Venez… mon foyer attend. » Il se mit à marcher prenant le bras de Johan et jetant un coup d’œil à Gabrielle à qui il fit un geste de les suivre.

Les paumes de la barde la démangeaient tandis qu’elle avançait et elle se rendit compte que ce que son corps voulait désespérément ; c’était le contact familier de son bâton. Et pour en faire quoi, Gabrielle ? Cogner ce type ? Elle soupira intérieurement à ce désir. Et tu étais inquiète pour Xena.

**********************************

La maison de Matthias était un bâtiment bas sans étage, avec une cave rattachée d’un côté, comportant ce qui semblait être pour Xena l’odeur de poulets et d’oies. Elle avait poussé Solari quand elles marchaient et lui avaient donné des instructions sévères, puis elle avait suivi en grimaçant, une Cesta qui avait un évident sourire narquois et un Matthias qui fonçait vers la maison. Il entra le premier et regarda derrière lui, attendant visiblement qu’elles le suivent.

Xena se glissa devant Cesta, baissant légèrement la tête pour passer l’encadrement de la porte. L’intérieur était une pièce carrée avec une table artisanale d’un côté et une petite zone de préparation pour la nourriture tout près. A travers un couloir à l’arrière, elle pouvait voir une autre pièce avec des paillasses, visiblement pour les trois enfants qui se pressaient autour d’une petite femme blonde de taille moyenne, qui portait un tablier et une robe longue.

« Sarah… nous avons deux visiteurs », lui cria Matthias. « Isaac m’a demandé de leur donner asile le temps qu’il trouve un endroit permanent pour elles. » Il fit un geste. « Elle va s’occuper de vous… j’ai du travail qui m’attend. » Il sortit, laissant les trois femmes seules avec les enfants.

La femme leva la tête de sa marmite, fixant les deux nouvelles arrivées avec un doux intérêt. « Vous êtes les bienvenues chez nous. » Elle posa la cuillère et s’avança, tendant une main à Xena qui était un pas devant Cesta. « Ne faites pas attention à la dureté de mon époux… il a tellement de choses à l’esprit. »

Xena prit doucement sa main et la relâcha. « C’est gentil de votre part de nous accueillir », déclara-t-elle tranquillement. « Je m’appelle Xena et voici Cesta… notre village a été incendié par un groupe de brigands. »

Sarah pinça les lèvres tout en faisant un signe de tête de bienvenue à l’Amazone silencieuse. « C’est vraiment horrible… je suis désolée pour vous. C’est une grâce du Seigneur que vous soyez arrivées jusqu’ici. » Elle regarda autour d’elle. « Ce sont nos enfants… mon fils aîné Jacob… » Elle mit la main sur la tête d’un petit garçon brun d’environ six ou sept ans, qui les fixait avec un regard arrogant. Il avait un nez large et un menton qui pointait légèrement. « Et voici son petit frère, Ruben. » En entendant son nom, un garçon de trois ou quatre ans leva les yeux de son jouet en bois avec lequel il jouait sur le sol. Il mit un doigt dans sa bouche en les regardant avec des grands yeux marrons. « Et leur sœur Rebekah. » Une petite fille de neuf ans environ les regarda de derrière un rouet et elle leur fit un sourire craintif.

« Ils sont charmants », déclara Cesta avec un sourire de toutes ses dents. « Et votre maison est très jolie. »

Sarah lui sourit. « Merci… nous avons une petite chambre à l’arrière où mes parents restent quand ils viennent… vous pouvez y aller. » Elle leur fit signe de la suivre. « Venez… posez vos affaires et installez-vous. » Elle se mit à marcher suivie par les deux femmes mais le petit Jacob prit un bâton avec lequel il jouait et il se mit sur leur chemin, le pointant dans la direction de Xena au niveau de ses genoux.

« Halte ! » Il leva une main d’un air important. « Tu ne peux pas passer. »

La guerrière baissa les yeux, consciente du sourire narquois de Cesta derrière elle. « Je ne peux pas ? »

« Non. » Il remua le bâton dans sa direction.

Xena s’agenouilla pour que sa tête soit au niveau de la sienne et le regarda, ses avant-bras posés sur son genou. « Pourquoi non ? »

Il cligna des yeux. « Parce que je l’ai dit… mon papa n’est pas là alors je suis responsable. »

La guerrière hocha sagement la tête. « Je vois. » Elle réfléchit. Eh bien ma mère m’a appris que ce n’est pas poli de donner des ordres à des gens qui sont vos invités », dit-elle. « Tu ne veux pas être grossier, n’est-ce pas ? »

Il la fixa, saisi par le regard bleu profond. « Heu… non. »

« C’est ce que je pensais… alors je vais te dire une chose… pourquoi ne nous laisses-tu pas passer et je trouverai un moyen de me rattraper plus tard, d’accord ? »

Jacob devint intimidé, fondant devant la personnalité magnétique de Xena comme beaucoup avant lui. « D’accord. » Il sourit d’un air penaud baissant ses long cils clairs. « Tu es plutôt jolie pour une fille. »

La plus grande guerrière de Grèce lui fit un sourire tolérant. « Merci. » Elle se leva et passa près de lui, ignorant le ricanement de Cesta.

Sarah lui fit un sourire timide. « Tu es douée avec les enfants. »

Xena jeta un coup d’œil à l’Amazone puis à Sarah de nouveau. « J’ai beaucoup de pratique », répondit-elle en lançant un regard ironique à Sarah.

« Oh… tu avais une grande famille ? » Demanda la femme mince gentiment.

« De plus en plus avec le temps », dit Xena d’un air neutre, ignorant les yeux agrandis d’outrage de l’Amazone.

« Comme c’est charmant. » Sarah eut l’air un peu confuse mais elle secoua la tête. « S’il vous plait, venez par ici. » Elle alla vers le fond de la maison et montra une porte fine. « Vous pouvez vous installer ici… »

La pièce était petite et Xena sentit ses instincts trembler légèrement tandis qu’elle se forçait à passer la porte, se mettant sur le côté pour permettre à Cesta d’entrer derrière elle. Une commode, une petite fenêtre et un lit à peine double. La guerrière eut un petit juron, passant à une langue différente par précaution.

« Oh… c’est de l’araméen ? » Sarah était juste derrière elle et sa voix semblait surprise et ravie.

« Du turc », répondit Xena avec le sourire le plus plaisant qu’elle pouvait offrir.

« Ça me manque tellement d’entendre de l’araméen… je ne peux pas dire que j’ai entendu cette langue… ce n’est pas le cas. « Son regard alla vers la grande silhouette de Xena avec suspicion. « On le parle ici ? »

Ah. « Nous… heu… venons d’un village qui faisait des affaires », mentit Xena. « Beaucoup de marchands… tu vois… on attrape un mot par-ci par-là. » Elle serra ses mains devant elle. « Et bien, nous allons nous installer… et nous tenir hors de ton chemin. »

« Nous servons un plat de laitage ce soir… j’espère que vous allez vous joindre à nous. » Sarah les regarda. « Peut-être que tu pourras enseigner un mot ou deux à mon fils de… turc, c’est ça ? »

Pas ce mot… « Oui. » Xena colla un air poli sur son visage. « Bien sûr… nous serons heureuses de nous joindre à vous. »

Sarah se retourna et se dirigea vers la porte, les laissant dans la grande solitude du petit espace. « Et bien. » Cesta eut un sourire narquois vers le lit. « C’est confortable. »

Xena lui lança un regard puis alla vers la fenêtre, ouvrit les volets et laissa entrer un courant d’air frais. « Ne t’inquiète pas, tu vas l’avoir pour toi toute seule », murmura-t-elle en regardant dehors. L’arrière de la maison faisait face à une petite zone boisée et elle pouvait voir un chemin qui grimpait, probablement vers le centre du village. C’était plutôt retiré et serait très sombre la nuit. Parfait. Quand tout le monde dormira, j’irai trouver Toris et Jess et nous verrons comment sortir d’ici, nous le ferons et nous partirons, fin de l’histoire. Elle jeta un coup d’œil vers le village paisible. Cet endroit me donne la chair de poule.

« Allons, Xena… » Cesta s’approcha d’elle par derrière et tendit la main pour saisir le bras de la guerrière. « Ne… ouille ! »

Xena tournoya et l’attrapa tandis que ses réflexes déjà tendus réagissaient. Avec un regard agacé, elle la repoussa. « Ne fais pas ça », dit-elle d’une voix rauque. « Tu vas être blessée. »

« Hé… doucement, championne… » Cesta se massa le poignet. « Je cherchais juste un peu d’amusement, d’accord ? »

Le regard bleu la regarda d’un air mauvais. « Je n’aime pas qu’on me touche. »

Cesta haussa des sourcils innocents. « Tu ne peux pas dire ça quand on voit comment Gabrielle et toi vous comportez. »

« C’est différent », grogna Xena, retournant son attention vers la fenêtre.

« Tch tch… » La grande rouquine la regarda d’un air appréciateur. « Tu ne vas pas me dire qu’une seule petite barde blonde et enceinte te satisfait, Xena… pas de ce que j’ai entendu dire. »

Xena compta jusqu’à vingt. Puis elle recompta jusqu’à vingt. Puis elle se retourna et s’appuya contre l’encadrement de la fenêtre dans une pose de séduction. « Alors. Tu veux t’amuser un peu, hein ? »

Un grand sourire fendit le visage de Cesta. « Là tu as saisi l’idée. »

Xena passa près d’elle, fermant la porte d’un pied négligeant, ensuite elle fit le tour de Cesta, la pistant comme un grand félin affamé. « Oh oui… j’ai saisi l’idée. »

« Hé… » Cesta la regarda, un peu nerveuse, tandis que le regard bleu se concentrait sur elle. « C’est ça. » Elle recula d’un pas quand Xena s’approcha, soudain consciente de la présence magnétique de la guerrière, qui devenait de plus en plus intense quand elle s’approchait. Elle eut la gorge sèche.

« Et bien tu sais quoi… tu as peut-être marqué un point là », ronronna Xena, la forçant à reculer d’un autre pas et laissant sa personnalité se libérer de sa laisse. « Parce que j’adore m’amuser… » Sa voix tomba d’une octave, grondant dans sa poitrine. Elle tendit la main, glissant au-delà des défenses de Cesta et elle la poussa doucement vers le lit. « J’aime vraiment ça. »

« Euh », balbutia la rouquine.

« C’est ce que tu avais en tête, Cesta ? » La guerrière la poussa à nouveau, ce qui la mit sur le dos sur le lit. Xena se pencha au-dessus d’elle et la fixa, ses yeux à demi fermés. « Hmm ? Tu penses que tu peux me gérer ? »

Des yeux gris agrandis et submergés la fixèrent à leur tour. « Euh. »

« Une jolie grande fille comme toi ? Hmm ? ? ? » Un sourire fit son chemin sur les lèvres de Xena. « Je peux penser à pas mal de choses qui te feront crier. » Elle rit doucement.

« Euh… et bien… tu sais… peut-être qu’avec cette famille dans l’autre pièce… euh… ça heu… » Cesta se tortilla, se rendant compte qu’elle était piégée par un grand animal, très puissant, très agressif et très sexuel. « Peut-être que ce n’est pas une si bonne idée. »

« Non ? » Les yeux bleus innocents s’agrandirent.

« Euh… » Cesta se sentait larmoyante.

Brusquement, Xena se leva et sourit. « Peut-être que tu as raison… tout le monde ne peut pas me prendre comme le fait Gabrielle… je ne veux pas que tu sois… blessée. » Elle recula d’un pas, son regard ne quittant pas celui de Cesta.

« Ah… bonne pensée… je veux dire… euh… » Cesta se releva brusquement du lit et alla vers la porte en un temps record. « Je vais… aller chercher les sacs. Oui… c’est une bonne idée… je reviens tout de suite. » Elle fila vers la sortie presque en courant.

« Pas de problème », dit Xena à la porte refermée rapidement. « Prends ton temps. » Elle s’appuya contre la paroi et rit pour elle-même, secouant la tête par pur amusement. « Oh… Gabrielle… tu as fait tes merveilles pour ma réputation… je pense que je vais te retourner le service. » Elle soupira pour son âme-sœur absente, puis elle se mâchouilla pensivement la lèvre. « J’espère que tu ne me tueras pas pour ça. »

********************************

Gabrielle suivit Johan vers la maison d’Isaac, observant le village tandis qu’ils le traversaient. Le chef du village parlait d’une série d’attaques qu’ils avaient subies dans la zone mais il semblait plutôt fier de leur capacité à repousser les brigands. La barde avança tranquillement derrière eux, écoutant à demi et à demi souhaitant que l’aventure soit terminée. Elle n’était pas vraiment d’humeur pour ça… les sous-jacents religieux du village frottaient un sentiment si récemment affronté avec une rugosité différente et elle lutta contre la tendance à trouver des similitudes entre ce groupe de zélotes et l’autre groupe.

Elle soupira et se demanda s’ils faisaient vraiment partie de la foi en Un Seul Dieu et si c’était le cas, pourquoi ils s’installaient aussi profondément en Grèce ? Les dieux de l’Olympe étaient aussi ancrés qu’un troupeau de truies dans cette région. Ils entrèrent dans une petite cour entourée de poteaux en bois qui contenait un jardin et plusieurs poulets. D’un côté se trouvait un petit cagibi et directement en face d’eux une maison bien bâtie, avec un toit de chaume entretenu et des portes et fenêtres bien ouvragées. Tandis qu’ils avançaient vers la porte, celle-ci s’ouvrit vers l’intérieur, tirée par une petite femme aux cheveux gris et au sourire tranquille.

« Leah, nous avons des invités », déclara Isaac d’un ton grognon avant de se tourner vers Johan. « Voici un voyageur qui a vécu des moments difficiles, il s’appelle Johan… il a huit filles fortes avec lui… il cherche à s’installer. »

La femme les observa et hocha la tête. « Bienvenue dans notre maison. » Son regard passa Johan pour trouver celui, attentif, de Gabrielle. « S’il vous plait, entrez. »

« La fille de Johan porte un enfant… ils vont rester avec nous jusqu’à ce que je puisse les installer », l’informa Isaac. « Emmène-les dans la pièce de derrière et ensuite nous dînerons. » Il frappa Johan sur l’épaule. « Tu dois avoir des histoires sur ton voyage alors, mon bon monsieur… on n’a pas entendu grand-chose ces dernières semaines. »

Leah vint près de Gabrielle et mit une petite main sur son bras. « Viens… laissons-les parler… je vais te mettre à l’aise. »

La barde soupira intérieurement. « Je vais bien, merci… quelle jolie demeure vous avez. » Elle jeta un coup d’œil et vit la propreté sans tache et les quelques meubles bien faits fièrement exposés. D’un côté de la maison se tenait une table solide avec des tiroirs derrière et dans le coin opposé une bibliothèque avec des ouvrages fermés par du cuir. « Est-ce que ce sont des livres ? »

Leah regarda. « Les écritures sacrées, oui… Isaac les garde pour quand le quorum en arrive à discuter leur signification. » Elle regarda la barde. « De combien de mois es-tu… heu… »

« Gabrielle. » La barde prit sa main prudemment tendue et la pressa. « Cinq lunes en fait. » Elle mit une main sur son ventre. « Tu as des enfants ? »

Leah l’emmena plus avant dans la maison, loin des deux hommes. « Je n’ai pas été bénie pour ça », admit-elle doucement. « Ça a été une grande déception pour nous… ton mari a été tué dans l’attaque ? Comme c’est triste… »

« Non… il est mort il y… a quelques mois » se corrigea rapidement Gabrielle. « Juste après… hum… » Elle hésita. « Tu vois. »

« Oui oui… » Leah rougit et se détourna à demi. « Et bien, je vais t’emmener et tu vas pouvoir te reposer… tu dois être épuisée. » Elle conduisit Gabrielle vers une porte couverte d’un rideau. « J’ai du lait chaud de chèvre… je vais t’en chercher. »

La barde tressaillit. « Non… non vraiment… je vais bien… » Elle suivit la femme plus âgée dans la petite chambre qui contenait deux paillasses et une commode faite d’un bois clair. « J’ai un peu dormi dans le chariot en chemin. »

« Vraiment ? » Leah se retourna et la regarda avec intérêt, maintenant qu’elles étaient seules. « Tu as vraiment pu dormir dans ce truc ? J’ai essayé une fois et je me suis retrouvée pleine de bleus. » Elle cligna des yeux. « Quel âge as-tu, mon enfant ? »

Un léger sourire s’installa sur les lèvres de Gabrielle. « Assez pour ne plus être appelée enfant, en fait. » Mais sa voix prit une tonalité gentille pour compenser le piquant de ses mots. « Je viens de finir ma vingtième année. » Dieux… songea-t-elle soudain. Ça semble impossible… le temps passe si vite.

« Bonté divine… c’est ton premier ? » Leah semblait surprise.

Une simple question avec des réponses aussi complexes. « Oui », répondit Gabrielle après une légère pause.

« Et bien… » La femme réfléchit à ces mots. « Nous commençons à avoir des enfants bien plus jeunes que ça… mais peut-être que… » Elle rit un peu nerveusement. « Et me voilà à commenter, quand je n’en ai même pas un… tu peux te reposer ici, Gabrielle. »

« En fait… » La barde passa une main dans ses cheveux. « Je préfèrerais t’aider à préparer le dîner… si ça te va… j’aime bien m’occuper. » Elle fit une pause. « Pour garder mon esprit… heu… loin de certaines choses, tu vois ? »

Un air de contrition couvrit le visage de la petite femme. « Oh bonté… bien entendu… comme c’est idiot de ma part… s’il te plait, au moins tu peux me tenir compagnie près du feu. » Elle tourna autour de la barde qui lui fit un sourire gentil. « Allez… allez… peut-être qu’on pourra échanger une recette ou deux. »

Que les dieux soient remerciés que ce soit moi qui sois ici. Gabrielle ressentit un rire presque impuissant survenir. Je peux imaginer Xena en train de traiter avec elle… je me demande comment c’est pour elle ? Elle suivit Leah consciencieusement dans la pièce principale et s’arrêta pour se laver les mains dans le bassin, prenant bien soin de frotter les preuves du long voyage de l’après-midi. Sa pauvre âme-sœur pratique et sérieuse… mais quand elle devait être subtile…

Elles avaient voyagé toute la journée sur ce qui lui avait paru être la route la plus poussiéreuse qu’elle ait jamais vue. Finalement, autour du crépuscule, elles étaient arrivées près d’un petit village à l’air morne sur le bord d’un lac bleu foncé. Ça n’était pas vraiment un endroit, juste un tout petit marché, une minuscule auberge, six ou sept maisons et une écurie décrépite.

Gabrielle s’était étiré le dos, raidi par la marche de la journée et elle commençait à marcher péniblement vers l’auberge, surprise quand elle entendit le bruit sourd de Xena qui démontait et le doux crissement tandis que la guerrière la rejoignait.

« Et si on échangeait nos rôles ? » Avait dit Xena, en s’éclaircissant la voix tout en jetant un coup d’œil à l’auberge. « Tu prends Argo et je nous trouve une chambre. »

Gabrielle avait froncé les sourcils. « Heu… » Elle avait échangé un regard avec Argo. « Bien sûr… bien sûr… pas de problème. » Elle avait mis une main sur la bride de la jument tandis que Xena lui faisait un bref sourire, puis elle avait regardé la guerrière partir à grands pas vers la toute petite hostellerie. « C’est plus étrange que des criquets albinos, Argo. »

La jument avait henni et l’avait cogné dans le côté, avant de secouer la tête tandis qu’elle l’emmenait dans l’écurie, trouvant la stalle la plus abritée et la plus solide pour elle. « Voyons voir… je suis contente que Xena m’ai laissée l’aider avec ça ces derniers jours… » Elle avait retiré leurs bagages avec précautions, puis elle avait débouclé l’attache ventrale sur la selle de la jument, l’enlevant avec un grognement avant de le poser sur la cloison de la stalle. « Ouaouh… c’est lourd. »

La bride fut la suivante et la couverture de selle, qu’elle avait posé sur la cloison également. Puis elle était allée verser de l’eau à Argo et avait apporté une grande motte de foin odorante pour qu’elle la mâche. « Et voilà, ma fille… » Elle avait pris un doux morceau de tissu et avait frotté le cheval, puis elle avait retiré une grande partie de la poussière du voyage du cuir usé mais bien entretenu de son harnachement. « On pourra finir demain, comme le fait habituellement Xena », avait-elle dit à la jument affairée à mâcher. « D’accord ? »

Argo avait reniflé puis levé la tête tandis que la porte s’ouvrait et que Xena était entrée à grands pas, puis avait posé ses avant-bras sur le bord de la stalle. « Joli travail », avait-elle complimenté Gabrielle.

Les yeux vert clair l’avait fixée. « Est-ce qu’on a une chambre ? » Avait-elle demandé, une main posée sur sa hanche avec sa meilleure imitation des manières ronchonnes de sa compagne.

Inexplicablement, Xena avait baissé les yeux puis relevé le regard, la fixant de dessous des cils noirs et sexy. « J’ai probablement payé plus cher que tu ne l’aurais fait, mais oui », avait-elle dit. « Allons… ça sent plutôt bon là-bas, bien que ça fasse la moitié de la taille de cette stalle.

Gabrielle s’était agenouillée près de son sac. « D’accord… laisse-moi prendre quelques dinars. »

« Non… non… » La main de Xena sur son épaule l’avait stoppée. « Hum… je régale. »

Lentement, Gabrielle s’était redressée et avait regardé la grande femme de près. « Pardon ? »

Un haussement d’épaules. « C’est heu… et bien, tu as payé la dernière fois… c’est mon tour », avait expliqué Xena avec désinvolture. « Ce n’est pas grand-chose. »

« Oui oui. » La barde s’était avancée et avait regardé Xena. « Tu te sens bien ? »

Le visage de la grande guerrière se plissa. « Bien sûr que oui… par Hadès, Gabrielle, je ne peux pas payer un dîner sans être accusée d’avoir de la fièvre ? Je suis désolée que tu ne penses pas que je… » Elle s’était tue, presque boudeuse.

« Non… c’est bien… c’est juste que je… » Gabrielle s’était arrêtée, essayant de deviner ce qui chagrinait vraiment son amie. « C’est juste que d’habitude, quand tu changes ta manière de faire depuis deux ans, tu as une raison. » Elle avait tapoté le bras de la guerrière. « Je ne voulais pas te fâcher… viens… » Elle avait mis sa main autour du bras musclé. « C’est presque comme si on avait un rendez-vous. »

Le silence et un éclair de regard coupable dans les yeux très bleus.

Gabrielle s’était sentie un peu bête. « Oh. » Elle avait senti le rougissement et elle avait étudié ses pieds. « J’ai mis mon pied où il ne fallait pas, hein ? » Avait-elle murmuré.

Xena avait soupiré et avait donné un coup de pied dans un fer à cheval. « Je ne suis pas vraiment douée pour ça », avait-elle admis. « Je… heu… à chaque fois… je… » Elle s’était interrompue puis avait continué. « Je ne suis juste pas… je n’ai jamais eu à … observer les conventions, pour ainsi dire. » Elle s’était éclairci la voix puis elle avait pris une inspiration et lancé un regard en coin à la barde. « Alors… on fait quoi ? Tu veux dîner avec moi ou quoi ? »

Gabrielle aurait pu lui pointer, bien entendu, qu’elles prenaient le dîner, le déjeuner et le petit déjeuner ensemble chaque jour at qu’elles l’avaient fait pendant ces deux dernières années, à quelques exceptions près. « J’aimerais bien », avait-elle répondu doucement. « Je n’ai jamais été… heu… » Elle avait gardé le silence un moment. « Personne ne me l’a jamais demandé et je… je ne suis pas très sûre… »

Xena avait tendu la main, attendant que la barde la prenne, puis elle avait serré les doigts, les enroulant dans une chaude poignée autour de ceux de Gabrielle. « Nous allons improviser », l’avait-elle rassurée. « Allons… on va s’amuser. »

Elles avaient traversé cette cour main dans la main et Gabrielle avait senti son cœur tirailler pour aller dans les étoiles. « Hé… tu penses qu’ils ont du gâteau ou un truc comme ça ? »

« Ils feraient mieux », avait dit Xena d’un ton songeur.

« Tu ne les as pas laissés te piller d’une tonne de dinars, pas vrai ? » La barde avait ri.

Xena avait eu un sourire narquois. « Nan… mais ma réputation a du bon finalement. »

Elles avaient ri ensemble et continué d’avancer.

Des pas de course leur fit lever les yeux et Gabrielle cligna de surprise tandis que Cesta passait la tête dans l’encadrement de la porte et la repérait.

« Gabrielle. » La grande rouquine se glissa dans la pièce et la traversa vers elle, se frottant nerveusement les mains. « Ecoute… je pensais… »

« Dangereux », murmura la barde.

« Heu… tu sais, ce Matthias est vraiment un type bien… et il a un endroit sympa… et trois gamins vraiment mignons… ces gamins adoreraient entendre des histoires… et… et bien, nous savons tous combien tu excelles là-dedans alors… je pense qu’on devrait échanger nos places. » Cesta sortit la phrase dans un énorme soupir et la fixa. « S’il te plait ? »

Par Hadès, qu’est-ce que c’est que ça ? Gabrielle écarquilla un peu les yeux. « Attends… ralentis. » Elle tendit une main. « Je peux juste y aller et raconter des histoires… il y a un problème ? »

« Euh. » Cesta se lécha les lèvres nerveusement. « Tu manques à ta sœur. » Elle hocha férocement la tête. « Beaucoup. »

Gabrielle dut se retourner et se couvrir à demi le visage, qui se plissait dans un sourire impuissant. Elle reprit le contrôle et se retourna puis elle s’éclaircit la voix et regarda Leah d’un air d’excuse. « Elle a été traumatisée par l’attaque… il faut lui pardonner. »

Leah roucoula et tapota le bras de Cesta. « Allez… tout doux… » Elle regarda Gabrielle. « Est-ce que ta sœur est très inquiète aussi ? Peut-être que ce serait mieux que tu ailles la voir… parce que tu sembles être bien assurée, toi. »

« Hum. » Gabrielle se gratta la mâchoire. « Ma sœur a tendance à réagir de façon… heu… inattendue… je ferais peut-être bien d’aller voir ce qui se passe. » Qu’est-ce qu’elle peut bien ficher, cette chercheuse de problèmes ? « Cesta… tu… pourquoi tu ne resterais pas ici pour l’instant, d’accord ? »

« Absolument », approuva la rouquine immédiatement.

Isaac et Johan s’avancèrent en entendant les voix fortes. « Qu’est-ce qu’il se passe ici ? » Demanda Isaac d’un ton sec en jetant un coup d’œil à Cesta. « Tu devais aller avec Matthias. »

Gabrielle replia doucement les mains. « Apparemment… heu… il y a un problème avec ma sœur… j’aimerais que Cesta reste ici et je vais aller voir si je peux l’aider. »

Isaac regarda Cesta longuement puis il fit un bref signe de tête. « Johan, ça te va ? »

Les yeux de l’ex-marchand brillèrent tandis qu’il ébouriffait les cheveux de Gabrielle. « Tout ce qui va à ma petite me va. »

La barde le serra dans ses bras. « Merci, papa. »

« Tu prends soin de ta sœur, tu m’entends ? » Lui conseilla Johan d’un ton solennel.

« Oui… » Gabrielle mit son sac sur son épaule et effaça le sourire de ses lèvres avant de se retourner et de leur faire un bref signe de tête. « Au revoir. »

Le trajet jusqu’à la maison de Matthias était court, après qu’elle se fut arrêtée pour demander son chemin à un jeune garçon qui lui indiqua d’un ton impatient puis partit furtivement. Elle tapa à la porte et sourit quand une jeune femme répondit. « Bonjour. »

« Bonjour. » La femme eut l’air surprise. « Je suis désolée, je m’attendais à … »

« Je sais. » Gabrielle tendit la main. Je m’appelle Gabrielle… Cesta et moi nous échangeons nos places… l’autre femme qui se trouve ici est ma sœur. »

« Ah ! » La femme sourit. « Je vois… je vois… comme c’est sympathique. » Elle se recula pour permettre à Gabrielle d’entrer. « Je m’appelle Sarah… Matthias est sorti parler à un ami mais tu es la bienvenue ici, j’en suis sûre. » Elle la mena à l’intérieur. « Alors comme ça, vous êtes sœur ? Pardonne-moi mais… vous ne vous ressemblez pas. »

Gabrielle se mordit la lèvre, réalisant que personne n’avait remis ce fait en question. « Je sais. Tout le monde nous le dit », répondit-elle poliment. « C’est juste un de ces trucs, je présume… elle ressemble à maman et moi à papa. » En quelque sorte, songea-t-elle. Johan partageait avec elle d’être relativement petit avec des traits plus clairs, assez pour que ça passe.

« Bien, c’est adorable… ta sœur semble très intelligente », mentionna Sarah, en baissant la voix. « Tu savais qu’elle parle le turc ? »

Oh oh. « Quelques mots, oui. » Gabrielle hocha la tête. « Et elle est très intelligente. »

« Je vais te présenter… » Elle fit signe au petit garçon assis sur le sol. « Voici mon fils Jacob et son frère Ruben. » Elle regarda autour d’elle. « Et Rebekah, ma fille. » Elle sourit à la barde. « Jacob était très intéressé par ta sœur. »

Gabrielle sourit. Tu parles.  « Elle fait cet effet sur les gens… » Son regard croisa celui de Jacob et se réchauffa. « Surtout avec les beaux petits garçons. »

Sarah rayonna de fierté. « Et bien, merci. » Elle prit le bras de Gabrielle et l’emmena vers la pièce du fond. « Je déteste dire cela mais tu es bien plus présente que cette autre femme… elle s’est enfuie d’ici comme si elle était poursuivie par des loups. »

« Elle a traversé beaucoup d’épreuves. » La barde se mordit la lèvre. « Est-ce que c’est… » Elle montra la porte.

« Oui… ta sœur est là… s’il te plait, rejoignez-nous pour le dîner dès que mon mari sera rentré. »

« Merci. » Gabrielle lui sourit puis aux enfants puis elle se glissa par la porte et la referma derrière elle. Son regard trouva la grande silhouette silencieuse immédiatement, sa tête ressortant de la lumière d’une canopée d’étoiles qu’on voyait par la fenêtre. Alors qu’elle l’observait, Xena se retourna et s’appuya paresseusement contre l’embrasure de la fenêtre, un léger sourire sur les lèvres. « D’accord, qu’est-ce que tu as fait à Cesta, par Hadès ? »

Oh des yeux bleus si innocents. « MOI ? » Xena pointa sa poitrine dans une surprise feinte. « Enfin Gabrielle… je n’ai pas la moindre idée de ce dont tu parles. »

Gabrielle mit les mains sur ses hanches et eut un regard ironique pour son âme-sœur bien-aimée. « Oui oui… garde cette attitude de ‘le beurre ne fondrait pas dans ma bouche’ pour quelqu’un qui n’a pas vécu avec toi ces presque trois dernières années, Madame La Princesse Guerrière Intrigante. »

Cela lui valut un petit rire surpris de Xena. « Tu ne marches pas, hein ? » Elle la taquina. « Elle heu… était très insistante pour que je m’occupe d’elle, alors je l’ai fait. »

Gabrielle cligna des yeux. « Quoi ? »

Xena se repoussa du rebord et alla vers sa compagne, posa un bras sur chaque épaule et colla son front contre celui de la jeune femme. « Je lui ai couru après dans toute la pièce et je lui ai dit que j’allais la faire crier comme une chatte en chaleur. »

La barde ferma les yeux. « Oh par les dieux. »

« Mmhm… Elle a décidé que ce n’était probablement pas une bonne idée », ronronna Xena avec un rire sournois. « Mais maintenant elle a beaucoup plus de respect à ton égard, mon amour. »

Gabrielle eut un rire impuissant et enfuit son visage dans la poitrine de Xena. « Ce n’est pas exactement la façon dont je veux gagner le respect, mais j’achète », réussit-elle à marmonner, sentant la chaude respiration de Xena sur sa nuque. « Alors elle m’a envoyée ici… elle a dit que ce serait mieux si je… heu… m’occupais de toi. »

« Et bien. » Xena sourit et la relâcha. « Elle n’est pas si stupide après tout », lâcha-t-elle dans un souffle et elle montra le lit. « Ce truc a une meilleure image maintenant. »

« Mmm. » Gabrielle observa le lit puis regarda son âme-sœur. « Tu allais le partager avec elle ? »

Xena se contenta de ricaner.

« D’accord… je demandais juste. » La barde sourit puis regarda autour d’elle. « Et bien, heureusement, ça ne va pas être long… cet endroit… » Elle chercha le mot pour le dire.  « Beuh. »

La guerrière hocha la tête. « Ce n’est pas exactement le mot que j’aurais employé, mais oui. » Elle alla à la fenêtre et regarda au-dehors. « Je me dis que je peux aller visiter après que tout le monde sera endormi… je les trouve et ensuite on voit comment les sortir d’ici. »

Gabrielle hocha la tête. « Le plus tôt sera le mieux. » Elle entendit une voix masculine basse au-dehors. « Je pense que c’est notre signal pour le dîner. »

« Oh… tu veux dire que le seigneur du manoir est revenu ? » Le sarcasme de Xena était piquant. Puis elle prit une inspiration et se força à mettre un sourire sur ses lèvres. « Je me dis en permanence que c’est un bon entraînement pour développer de la patience pour quand notre enfant sera né. »

La barde soupira et lui prit un bras. « Tu vas être meilleure que moi, tigresse… allons. » Elle mena le chemin vers la porte, se sentant un peu mieux de simplement être avec son âme-sœur. Ça pourrait bien être amusant, se dit-elle.

Matthias leva les yeux à leur entrée puis retourna à sa conversation avec un grand jeune homme mince assis à sa droite. Gabrielle décida qu’elle ne l’aimait pas beaucoup et elle essaya de se convaincre que ce n’était pas juste parce qu’il les ignorait comme si elles n’étaient que des meubles insignifiants. Cela la taraudait et alors qu’elle regardait le visage tranquille de Xena, elle vit des signes indiscutables que cela taraudait aussi sa grande âme-sœur.

Sarah mettait du pain sur la table et elle leva les yeux et se frotta doucement le front. « Bienvenue… je peux vous demander un peu d’aide ? J’ai une marmite lourde et je ne peux pas la soulever. »

Xena laissa son regard bleu se poser sur les deux hommes qui discutaient puis elle guida son âme-sœur vers un siège près des enfants. « Je vais l’aider », murmura-t-elle, attendant que la barde s’asseye avant de continuer et de suivre Sarah dans la cuisine.

C’était un petit espace mais bien tenu, avec une zone de préparation des repas d’un côté, et de l’autre un placard de rangement où s’empilaient des paquets et des boites. Sur un trépied près de l’âtre se trouvait une marmite en fonte, presque remplie d’une substance bouillonnante. Xena s’approcha et l’examina. « De la soupe ? » Elle se hasarda à deviner.

« Oui… des champignons et de l’orge. » Sarah sourit. « J’en ai fait une bonne quantité… j’espère que vous avez faim. »

Xena essaya de ne pas renifler la fumée qui montait du liquide gris. « Tu veux que je la mette où ? »

Sarah apporta un tissu. « Tiens… je vais prendre ce côté si tu veux bien attraper cette poignée, je pourrai l’apporter à la table là-bas et la servir dans des petits bols. »

La guerrière prit le tissu et enveloppa le fil épais qui retenait la marmite. « Bouge. » Elle souleva la marmite du trépied et alla vers la table, la posa sur la surface en bois et recula. « C’est ça que tu avais en tête ? » Déclara-t-elle.

« Bonté divine », murmura Sarah en la fixant. « Tu es très forte… Matthias a du mal à la soulever. »

Xena soupira intérieurement. Oups. « Je… heu… travaille beaucoup avec les chevaux », temporisa-t-elle. « Et heu… j’aide à la moisson… tu sais, dans les champs ? » Elle bougea son bras dans un geste de fauchage.

« Ah… » Sarah sourit de compréhension. « Je vois… bien sûr… et bien, tu n’auras plus à t’inquiéter pour ça ici. » Elle tapota le bras de Xena d’un air hésitant. « On n’attend pas de nous qu’on fasse ce genre de choses. »

La guerrière étudia le morceau de coton. « Qu’est-ce qu’on attend de vous ? » Demanda-t-elle d’un ton curieux. « Il n’y a rien de mal avec ce que je faisais… j’aimais ça. »

La femme mince soupira. « C’est une culture tellement différente… mon travail ici c’est mon foyer et ma famille… comment pourrais-je passer du temps au-dehors à travailler avec des animaux… c’est le travail d’un homme. » Elle tapota à nouveau l’épaule de Xena. « Demain je t’emmènerai au centre de travail des femmes… on pourra tout t’expliquer là-bas. Je sais que tu t’y feras… tu sembles intelligente. »

« Je ferai de mon mieux », répondit Xena avec une grimace forcée qui pouvait être prise pour un sourire. Dans l’obscurité. Si on ne la connaissait pas bien. « Tu veux ceci à l’intérieur ? » N’importe quoi qui fasse avancer ce dîner et entrer plus avant dans la nuit. « Je peux l’apporter. »

Gabrielle regarda sa compagne disparaître puis elle tourna son attention vers les autres à table. Les deux hommes continuaient leur discussion, l’excluant visiblement, alors elle tourna son attention vers les enfants. Le plus âgé fronçait les sourcils, écoutant son père et leur invité avec une expression sérieuse absurde. Le plus jeune se contentait de rester assis en silence, jouant avec une tasse sur la table, en tirant sa lèvre inférieure. Gabrielle saisit son regard alors qu’il levait les yeux. « Salut. »

Il cligna des yeux. « ‘lut. »

« Tu t’appelles comment ? » Demanda doucement la barde.

Il ne répondit pas, préférant continuer à jouer avec sa lèvre et se balancer d’avant en arrière à la place.

« Il s’appelle Ruben », dit doucement la jeune fille à sa gauche. « Il ne parle pas beaucoup. »

Gabrielle la fixa puis tendit une main. « Je m’appelle Gabrielle… et toi ? »

« Rebekah. » La jeune fille sourit timidement puis prit la main tendue de la barde avec précautions. « Tu vas avoir un bébé ? »

La barde l’étudia, notant la peau fine, presque translucide. « Oui… dans un petit moment », lui dit-elle. « Quel est le nom de ton autre frère ? »

« C’est Jacob », répondit Rebekah promptement. « Tu es contente d’avoir un bébé ? »

Quelle question étrange. « Oui beaucoup… » Lui dit Gabrielle. « J’ai hâte d’y être… pourquoi ? »

Rebekah haussa les épaules. « Je ne sais pas… j’ai dû m’occuper de mon plus jeune frère depuis qu’il est bébé… c’est pas marrant. » Elle regarda vers les garçons puis revint sur Gabrielle. « Qui va s’occuper de toi ? Papa dit que vos maris ont tous été tués. »

Souviens-toi de qui tu es censée être, Gabrielle, pas qui tu es, d’accord ? « Et bien ma chérie… c’est pour ça que notre père nous a amenées ici… il s’assure que je vais bien. Et je l’ai toujours, lui, et ma sœur… ce n’est pas comme si j’étais toute seule », expliqua la barde. « Ils vont m’aider aussi. »

« Mm. » La jeune fille donna un petit coup de pied dans sa chaise. « Ta sœur est jolie. »

Gabrielle sentit un sourire sur ses lèvres. « Oui c’est vrai. »

« Toi aussi… mais vous ne vous ressemblez pas. Pourquoi ? » Rebekah semblait sortir un peu de sa coquille, visiblement envoûtée par la conversation avec quelqu’un qui n’était pas de sa famille.

« Et bien, Xena ressemble à notre mère et moi j’ai pris du côté de notre père… voilà toute l’histoire », expliqua Gabrielle avec aisance. Elle jeta un coup d’œil vers son âme-sœur qui revenait et se dit qu’elle avait belle allure dans le tissu léger. La lumière des chandelles la baignait et adoucissait ses traits puissants et la barde reçut un sourire rapide et fluctuant de la part de Xena qui posait une grande marmite sur la table. Elle attendit qu’on passe des bols de ragoût, notant que Sarah s’attachait à servir Matthias et son invité en premier, puis Xena et elle, ensuite les enfants.

Voyant qu’elles allaient continuer à être ignorées, elle se tourna vers Rebekah. « Tu aimerais entendre une histoire ? »

Les yeux de la jeune fille scintillèrent. « Tu en connais ? J’ai entendu toutes celles du livre saint. »

« J’en connais, oui », la rassura Gabrielle, notant maintenant qu’elle avait l’attention des deux garçons aussi. « Est-ce que tu aimerais en entendre une en particulier ? »

« Une avec beaucoup de combats… » S’interposa Jacob. « Et des solgats… tu en connais ? »

« Ah alors… » Matthias finit par regarder de leur côté. « Reste tranquille, Jacob, ces fillettes ne connaissent pas ce genre de choses… elles n’ont probablement pas dépassé leurs montagnes, n’est-ce pas ? » Il tourna son regard vers Gabrielle avec insistance.

« Et bien… » La barde contint sa colère. « Vu que Papa est un marchand… si, en fait… je suis allée un peu plus loin que ça… et pourquoi pas l’histoire de David et Goliath, vous aimeriez l’entendre ? »

Trois têtes hochèrent et la barde mordit un morceau de son pain après avoir goûté la soupe, comprenant le regard ironique de son âme-sœur. « D’accord… voilà ce qui s’est passé. »

Xena garda le silence, avalant sa soupe en essayant de ne pas la goûter tandis qu’elle écoutait Gabrielle raconter l’histoire familière.

Laissant de côté certaines parties, bien sûr, qui auraient été difficile à expliquer. Elle remarqua qu’à mi-chemin, Matthias arrêta sa conversation et se mit à écouter, et lorsque la barde eut terminé, il était cloué à ses paroles autant que les enfants.

« Gabrielle, c’était merveilleux… on aurait presque dit que tu y étais. » Sarah sourit en posant sa cuillère. « Tu vas être géniale avec les enfants, tu ne penses pas, Matthias ? »

L’homme grogna en lançant un regard évaluateur à la jeune barde. « Peut-être… peut-être… Johan a dit que tu avais le talent pour ça », admit-il. « Qu’est-ce qui est arrivé à l’autre… Isaac a dit qu’elle est devenue folle ? »

« Elle… heu… » Gabrielle pinça les lèvres. « Elle a été plutôt traumatisée par les événements… tu sais. » Elle jeta un coup d’œil alentours puis soupira. « Et bien… je… heu… il est plutôt tard… je pense que je ferais mieux d’aller me reposer. » Elle tapota son estomac et leur lança à tous un regard d’excuse lorsque les enfants produisirent une protestation. « Demain je vous raconterai la Guerre de Troie, d’accord ? »

« Oh bien sûr… tu dois être épuisée. » Sarah se leva, se frottant nerveusement les mains. « Le lit là-bas est tellement petit… est-ce que ça va aller pour vous ? »

« C’est très bien », répondirent-elles en chœur, puis elles se regardèrent. « Nous… euh… nous avons dormi dans le même longtemps », déclara Xena joyeusement. « Nous en avons l’habitude. »

« Est-ce que ce n’est pas mignon ? » Sarah regarda ses enfants. « J’espère que vous vous entendrez comme ça quand vous serez grands. »

Xena entoura les épaules de son bras. « Allons, soeurette… on va aller t’installer », déclara-t-elle innocemment tandis que la barde se levait et elles firent retraite dans leur petite chambre. La porte se referma derrière elles et Gabrielle tira la langue et fit une horrible grimace. « Très bien, Mme la Princesse Guerrière des Intestins… comment, par les sept niveaux de l’Enfer, as-tu réussi à manger tout ce truc ? »

Xena sourit. « Je pensais que tu avais ajouté quelques parties en extra dans cette histoire… est-ce que tu attendais que ta soupe s’évapore ? »

« Ouille… Xena… c’est grossier. Beuh », se plaignit la barde. « Qu’est-ce qu’il y avait dedans ? Non… non… s’il te plait… à y repenser, ne me dis rien. »

La guerrière rit et avança vers son paquetage pour en sortir un petit paquet et l’envoyer à son âme-sœur. « Tiens… »

Gabrielle l’attrapa au vol et découvrit le contenu, laissant passer un léger couinement de délice. « Mon héroïne. »

Xena se détendit sur le petit lit, posée sur un coude en la fixant avec un peu d’amusement. « Contente de rendre service », dit-elle d’un ton traînant. « Garde-m ’en un peu, d’accord ? Il faut que je me débarrasse de ce goût dans ma bouche », marmonna-t-elle en se levant pour retourner vers son paquetage, puis elle en sortit un petit sac. « Ah… laisse tomber. » Elle sortit une petite boule couleur miel du sac et la mit dans sa bouche. « Mm… c’est mieux. » Elle s’assit sur ses talons et regarda la petite pièce. « Alors… qu’est-ce que tu en penses ? »

Gabrielle était affairée à mâcher les petits gâteaux et rouleaux fruités. « A quel sujet ? »

« Ces gens. » Xena s ’assit et s’appuya contre le mur, encerclant son genou levé de ses bras. « Cette… religion. »

« Et bien. » Gabrielle s’approcha et s’assit avec précautions près d’elle, s’appuyant également contre le mur avant de lui passer un morceau de gâteau. « Je pense que c’est injuste de notre part de les juger… nous venons d’un mode de vie tellement différent, Xena. » Elle mâcha et avala. « Je veux dire que… est-ce que j’accepterais cela ne serait-ce qu’une minute ? Non… mais bon, je vis avec toi depuis plus de trois ans et je connais une vie différente. » Elle prit une bouchée de son rouleau fruité. « Si je ne savais rien d’autre… peut-être que je l’accepterais tout simplement comme ils le font. »

« Mm. » Xena secoua la tête. « Ça semble tellement… je veux dire, je sais que c’est comme ça qu’est notre culture au niveau des villageois… comme ta famille, Gabrielle… mais pourtant… mettre des gens dans des rôles aussi restrictifs me semble être un gâchis de ressources. »

Gabrielle réfléchit un instant. « Je ne pense pas qu’ils le voient comme ça… je pense que… juste à les écouter parler, c’est qu’ils pensent que d’avoir et d’éduquer des enfants est la chose la plus importante de toutes… alors ils veulent que les femmes se concentrent là-dessus et ne soient pas impliquées dans autre chose », répondit-elle lentement.

« Oui, j’accepterais cela s’ils donnaient la même valeur aux enfants… mais il est évident que ce sont les garçons qu’ils veulent », objecta Xena avec un air sévère. « Et ça met cette théorie en pièces, Gabrielle… c’est plutôt qu’ils utilisent les femmes comme des reproductrices. »

La barde tressaillit. « Ouille… et bien, je ne sais pas », dit-elle d’un air songeur. « Ils ne montrent pas beaucoup de respect pour les femmes, c’est vrai. » Elle garda le silence. « Mais ils ont le droit d’avoir leurs croyances. » Elle secoua la tête. « Sarah semble heureuse. »

« Mm. » Xena haussa les épaules. « Je ne pense pas que ce soit le cas pour sa fille. »

« Non », dit Gabrielle d’un air songeur. « Il y a quelque chose d’un peu familier là-dedans. » Elle lança un regard ironique à Xena. « Je réfléchissais, un peu plus tôt, à ce que ma vie aurait été si je ne t’avais pas rencontrée, et si les esclavagistes ne nous avaient pas attaqués. » Elle mordilla un morceau de gâteau. « Serais-je comme Sarah ? A travailler toute la journée pour m’occuper des enfants et essayer de rendre Perdicas heureux ? »

Xena garda le silence.

« Est-ce que ça m’aurait rendue heureuse ? » La barde s’interrogea doucement, laissant son regard vagabonder et s’arrêter sur le visage de son âme-sœur, voyant les lignes tendues de sa mâchoire bien serrée, le seul signe de sa détresse intérieure. Elle regarda le mouvement tandis que Xena avalait mais elle ne dit rien. « Je ne pense pas que je l’aurais été », conclut Gabrielle doucement. « Mais je n’aurais rien connu d’autre alors peut-être que j’aurais pensé l’être. » Elle s’appuya contre le corps chaud de Xena, sa joue posée sur une épaule tendue, et elle effleura la peau de ses lèvres. « Heureusement pour moi, je connais une situation différente, alors je sais que je suis vraiment heureuse. »

Xena ne bougea ni ne parla mais la barde pouvait ressentir la tension la quitter lentement et elle se remit à faire tourner le sucre dans sa bouche. « Et toi ? Tu ne t’es jamais posé la question ? » Demanda-t-elle à la guerrière par curiosité.

Un long silence. « J’essaie de ne pas m’encombrer avec des si comme ça, Gabrielle », finit par dire sa compagne tranquillement. « Il n’y a aucune raison à ça. » Elle posa son menton sur son avant-bras.

Gabrielle attendit patiemment.

« Je ne sais pas », continua Xena après une pause. « C’est tellement impossible pour moi de l’imaginer… le plus près qu’il me soit arrivé d’y penser c’est au temple des Parques… quand elles m’ont envoyée dans cette possibilité alternative… et alors… » Elle secoua lentement la tête. « Je savais toujours qui j’étais… si ça n’avait pas été le cas… » Xena ferma les yeux et força son imagination à la mettre à la place de Sarah. Elle garda le silence un moment puis rouvrit les yeux et tourna la tête, sa joue posée sur son avant-bras. « Je pense que je serais devenue comme Menelda… en colère contre le monde entier et comprenant à peine pourquoi. »

Gabrielle étudia son visage. « Tu es trop intelligente. » Elle tendit la main et repoussa les cheveux de Xena de ses yeux. « Je m’inquiète de t’occuper pour quelques mois à la maison… je pense que tu as raison. » L’intelligence agitée, impatiente… et l’agressivité qui faisait autant partie de Xena que ses yeux bleus… non, elle n’aurait pas été heureuse et satisfaite en tant qu’épouse d’un marchand. « Je suis contente. »

« Quoi ? » La guerrière haussa les sourcils.

« Je suis contente… je t’aime comme tu es », répondit Gabrielle, simplement. « Je vais explorer des facettes différentes de toi pour le reste de ma vie et sans les découvrir toutes. » Elle sourit. « C’est génial. »

Finalement, cela apporta un sourire à contrecœur sur les lèvres de Xena. « Tu sais, Gabrielle, ça pourrait bien être la chose la plus gentille que tu ne m’aies jamais dite », dit la guerrière en lançant un regard affectueux à sa compagne. « Allons… bougeons de ce sol dur. » Elle se releva et tendit la main à la barde. « Nous avons le temps de nous détendre un peu et laisser les autres s’endormir avant d’aller fureter.

Elle passa une tunique foncée et des bottes et aida Gabrielle à enfiler une de ses chemises de nuit, puis elle s’allongea sur le petit lit et attendit que la barde vienne se blottir contre elle. Elle pouvait entendre les sons bas de la discussion vibrer dans la pièce à côté et elle se sentit se détendre, tandis que la chandelle vacillait sur la table de chevet, leur envoyant un soupçon de suif sur la brise nocturne. Dehors, seuls les petits bruits d’animaux et une porte qui s’ouvrait et se refermait occasionnellement, brisaient le silence.

« Oh. » Gabrielle tressaillit un peu.

« Un coup de pied ? » Demanda la guerrière, en mettant la main sur la bosse sous les côtes de sa compagne. « Ouaouh… oui. » Un petit rire dans sa voix. « Il est temps de penser à des noms ? » Demanda-t-elle en embrassant la barde sur la tête. « On dirait bien qu’il ou elle va avoir une personnalité pimpante… pas que ça me surprenne. »

« Ah ah… comme si j’étais la seule à être pimpante dans ce partenariat », répliqua Gabrielle. Elle attendit que Xena la corrige et fut plaisamment surprise quand la guerrière ne dit rien. « D’accord… bon… tu penses que ça pourrait être une fille… c’est ça ? »

« Mm », approuva Xena en l’attirant un peu plus près. « Je ne sais pas pourquoi… mais oui. »

Le bébé bougea à nouveau et Gabrielle tapota son ventre. « Doucement là… pas de salto arrière pour le moment, d’accord ? » Lui dit-elle en lançant un regard vers Xena. Hmm… pas de protestation là-dessus non plus… Intéressant. « On pourrait l’appeler Argo », dit-elle d’un ton songeur sérieux.

Xena couina de surprise, puis se mit à rire. « Gabrielle ! ! »

« Ben, tu aimes ce nom », objecta la barde d’un ton neutre. « Je le sais… d’accord, d’accord… et pourquoi pas… Minya. »

Un autre rire. « Gab-ri-elle. »

La barde gloussa doucement. « J’adorerais lui donner ton nom mais tu ne me laisseras pas m’en tirer avec ça, pas vrai ? »

Un air triste. « Je ne vais pas affubler un enfant avec ce genre d’héritage, mon amour », objecta tranquillement Xena. « Ce n’est pas juste et tu le sais… mais pourquoi pas ton nom ? » Elle joua paresseusement avec les cheveux de la barde.

« Non… » Gabrielle secoua la tête. « Je ne le veux pas… je présume qu’il va falloir qu’on y réfléchisse. Je veux dire… est-ce qu’on donne un nom aux enfants en fonction de ses rêves… ou bien est-ce qu’on les laisse trouver les leurs ? »

Xena songea au dernier nom que Gabrielle avait donné à un enfant et elle embrassa à nouveau la barde sur la tête. « Peut-être que quelque chose va nous venir en tête… c’est ce qui s’est passé avec Argo pour moi. » Elle sentit que son âme-sœur gloussait. « Je ne blague pas. »

« Peut-être. » Gabrielle ferma les yeux et laissa le confort de la présence chaleureuse de Xena l’entourer, soudain très contente que Cesta ait décidé de se carapater. « Merci », murmura-t-elle.

« Pour quoi ? » Répondit la voix basse.

En guise de réponse, Gabrielle se contenta de la serrer.

Enfin, le silence s’étendait partout, Xena leva un peu la tête et se concentra, n’entendant rien d’autre que le faible craquement de planches qui s’ajustaient et un léger son métallique quand la lanterne au-dehors cogna son support. Doucement, elle se désengagea de la prise tenace de Gabrielle et installa le corps endormi de la barde sur la couverture du lit. Elle se leva et alla vers leurs sacs, en ressortit son manteau léger et revint le mettre autour de sa compagne endormie.

La barde lâcha un léger son de protestation et tendit la main vers elle ; Xena s’agenouilla près du lit. « Non… c’est bon, Gabrielle… je reviens tout de suite. »

Un battement de cils dorés puis un soupçon de reflet argenté lorsque les yeux vert clair saisirent la faible lueur de la chandelle. Une main s’enroula autour de son bras. « Xena ? »

« Chut… tout va bien », dit la guerrière pour l’apaiser. « Je vais juste retrouver Tor et Jess… et je reviens vite… toi tu dors. » Elle prit les mains de la barde dans les siennes. « Si quelqu’un me voit, ce sera plus facile à expliquer qu’une personne se balade plutôt que deux. »

« Comme si quelqu’un allait te voir », rétorqua la barde d’un ton grognon.

Des yeux bleus à demi fermés la regardèrent. « Tu veux venir avec moi ? D’accord. » Xena avait appris quelque chose ces trois dernières années. Dites à Gabrielle qu’elle ne pouvait pas faire quelque chose et vous pouviez en abandonner toute l’idée.

Gabrielle gonfla un peu les narines puis elle baissa le menton pour le poser sur son bras. « Non… vas-y… tu as raison… c’est plus sûr si tu y vas toute seule », admit-elle à contrecœur. Mais ne sois pas longue ou bien je viens te chercher. »

Xena rit et lui ébouriffa les cheveux. « Je reviens tout de suite. » Elle se leva et alla à la fenêtre d’où elle regarda dehors pendant un long moment avant de poser les mains sur le rebord et de se soulever au-dessus, atterrissant sans bruit sur le sol terreux.

Ses bottes ne faisaient aucun bruit tandis qu’elle avançait dans l’obscurité, ses yeux cherchant la plus mince lueur qui révélait de ombres et des formes invisibles à la plupart des autres gens. Elle fit appel au réseau de ses sens autour d’elle également, absorbant les sons légers des arbres qui bruissaient autour d’elle, et elle renifla les senteurs terreuses des chevaux et des chèvres, ainsi que les petits jardins d’aromates près desquels elle passait. Le vent était froid et un peu humide et elle le respira avec un sentiment de soulagement après la proximité quasi claustrophobique de la maison.

Elle fit une fois le tour du village pour se faire une idée et ensuite elle investigua les grands bâtiments vers l’arrière du village, qui s’arrêtaient tout contre un creux dans la montagne.

L’un d’eux était visiblement un lieu de rencontres. Xena passa la tête au-dedans et saisit l’odeur de parchemin et de poussière, et elle entra à pas lents, regardant autour d’elle avec des yeux bleus curieux, vers les bancs en bois et les armoires solides à un bout. La pièce était divisée en deux, avec un grand mur en bois vers le centre, et elle regarda de l’autre côté, pour voir une autre série de bancs, apparemment les mêmes que ceux du côté le plus proche du mur. Ça sentait l’huile aussi et un soupçon d’herbes qui lui piquèrent le nez. Elle avança vers l’armoire à l’avant et regarda dedans, pour voir un jeu de parchemins bien rangés. Curieuse, elle en sortit un et le déroula en partie, se penchant pour voir le texte.

Ça lui était illisible, des caractères qui n’avaient rien à voir avec ce qu’elle connaissait, et elle l’enroula à nouveau avant de le remettre en place avec précautions, puis elle ferma la porte avant de quitter le bâtiment pour le contourner par l’arrière.

Des bruits légers de pas l’alertèrent et elle se pressa contre le bois, se figeant totalement.

Une silhouette trapue et musclée passa tout près d’elle, effleurant presque son bras et continuant le long du chemin usé vers ce qu’elle pouvait voir être une porte en bois construite dans la montagne elle-même. Elle haussa un sourcil noir et se glissa à la suite de l’homme, avançant silencieusement derrière lui comme une ombre assombrie.

Il portait un sac et il déverrouilla la porte, la poussant en avant avec un craquement rouillé et il entra. De la lumière de lanterne se déversa et mit son ombre derrière lui pendant un simple instant, puis il referma la porte derrière lui et avança, sans jamais voir la grande silhouette aux cheveux noirs qui se glissait derrière lui.

La grotte était grande et une partie était consacrée à du stockage, les odeurs musquées de grain et de vieux fromage emplissaient l’air. D’un côté se trouvaient des alcôves qui avaient été séparées par des branches tissées et à l’intérieur se trouvaient des prisonniers.

« Ah », se dit Xena. « Je pense que j’ai trouvé. » Elle se glissa derrière le geôlier qui jetait du pain aux hommes derrière les barreaux, ainsi que des chopes en bois mal taillées de ce qui sembla être à Xena de la bière tiède. Les hommes étaient trop occupés par leur dîner pour lever les yeux, alors ils ratèrent la grande ombre qui suivait leur bienfaiteur sur le chemin rocailleux.

« C’est bon pour vous », leur dit l’homme. « Ça affame vot’corps et nourrit vot’ âme. » Il fouilla dans son sac et jeta à chaque homme un morceau de fruit. « Vous brisez la loi du Seigneur, vous subissez sa justice. »

Tu penses qu’il a plus de platitudes pédantes ou bien il est à cours ? Se demanda sèchement Xena. Elle le regarda prendre un autre sac et se diriger vers les ombres à l’arrière de la grotte, et elle le suivit. Il passa devant trois cellules vides avant d’en atteindre une autre, se poster devant et regarder à l’intérieur. « Hé… l’amoureux des poilus. »

Deux yeux bleus familiers lui lancèrent des éclairs.

« Voilà ta pitance. Tu peux l’avoir si tu me supplies », dit l’homme en riant.

« Embrasse ma boule de gauche », grogna Toris. « Espèce de crottin de cheval. »

« Un autre jour sans alors », déclara l’homme puis il se retourna et son visage fut frappé par quelque chose de très rapide et très dur. Il s’effondra sur le sol dans un tas silencieux.

Toris cligna des yeux puis sourit quand les ombres s’écartèrent pour révéler un visage bienvenu. « Par Zeus, je suis vraiment content de te voir. »

Xena sourit en retour et soulagea le garde de son sac de nourriture pour l’envoyer à son frère. « Moi pareil. » Elle se rapprocha et mit les mains sur les barreaux en le regardant. « Tu vas bien ? »

« Sors-moi de là par Hadès, et j’irai bien mieux », lui dit Toris. « Ces gens sont cinglés, Xena… complètement à l’ouest, tarés, fous, demeurés… »

« J’ai saisi », lui dit sa sœur ironiquement. « Détends-toi… je vérifie l’endroit ce soir et on va trouver un moyen de te sortir et Jess… où est-il à propos ? »

Toris montra un endroit. « Par là… je ne l’ai pas revu depuis qu’ils m’ont jeté ici, mais je les ai entendu parler. »

« Bien… comment vous sortir tous les deux sans déclencher une émeute. » Xena parcourut la zone et retira un couteau de sa ceinture, un autre morceau de pain et ce qui semblait être le stock de vin privé du garde. Elle le renifla. « Au moins ce n’est pas mauvais. » Elle haussa les épaules et lui tendit les trois objets. « Détends-toi et laisse-moi m’occuper de ça. »

« Xena, ne le prends pas mal mais pourquoi pas causer une émeute ? » Demanda Toris tout en mâchant du pain. « Ce n’est pas comme si tu n’étais pas douée pour les émeutes. »

C’était une bonne question, songea Xena. La réticence bizarre qu’elle ressentait à utiliser la force l’intriguait, mais elle la mit sur le compte de l’épuisement mental qu’elle ressentait depuis que Gabrielle était… revenue. Elle soupira. « Je sais… mais ces gens n’enfreignent aucune loi… ils suivent juste leurs croyances. Je ne peux pas me mettre à donner des coups de pied partout. » Son regard fit le tour de la grotte. « Pas s‘il y a un autre moyen », murmura-t-elle. « Hé… ralentis et mâche un peu. »

« C’est le premier truc que je prends depuis trois jours… lâche-moi un peu », répondit son frère. « Comment va Gran ? Elle va bien ? »

Xena lui lança un regard noir. « Tu me demandes ça à moi ? »

Toris arrêta de mâcher et cligna des yeux. « Je me dis que si ce n’était pas le cas tu me l’aurais déjà dit », dit-il d’un ton plaintif. « Bon sang, Xena… pourquoi tu es aussi susceptible ? C’est moi qui suis en prison. »

« Garde ça au chaud… on en parlera plus tard », lui dit Xena. « Elle va bien… je vais trouver Jess ensuite je verrai ce que nous allons faire au matin. » Elle regarda dans la cellule. « C’est quoi tout ça ? » Elle montra un tas de parchemins.

« Des Ecritures. » Toris jeta un coup d’œil. « Qui expliquent pourquoi je n’aurais pas dû rouler dans les buissons avec Jessan. »

« Et c’était le cas ? » Demanda Xena d’un ton neutre.

« Xena. » Toris lui jeta un regard. « Il n’est pas mon type d’une part. Et pas mon espèce, d’autre part. »

« Ça n’a pas arrêté Ephiny. » Xena sourit. « J’ai toujours pensé que Jess était plutôt mignon, moi-même. »

Son frère arrêta de mâcher et la fixa, les yeux écarquillés.

« Je blague. » Xena lui tapota le bras. « Ne va nulle part. » Elle tira le garde vers sa paillasse et le souleva pour le poser dessus, l’installant avec soin dans la couchette avant de se frotter les mains. « Pas de raison de soulever des soupçons », marmonna-t-elle tout en continuant à descendre le couloir obscur. Elle pouvait voir une faible lumière devant elle et elle ralentit ses pas en entendant le murmure de voix.

Il y avait un virage devant elle et elle se mit au bord, regardant partout et dans une grande zone ouverte remplie de lumière de torche. Tout au centre se trouvait une grande cage, et dans la cage, Jessan était debout, sa stature de deux mètres trente envoyant des ombres effrayantes contre le mur. Autour de lui se trouvaient six hommes et ils murmuraient, lisant un parchemin et bondissant de haut en bas. Le chef se rapprocha et arrosa l’être de la forêt d’un liquide.

« Arrête ça », aboya Jessan. « Ce truc sent la pisse de belette. »

L’homme bondit de haut en bas en le regardant puis reprit son murmure.

Xena contourna le bord du couloir et se leva silencieusement, dans l’attente. Après un moment, les yeux dorés se tournèrent vers elle et un grand sourire ravi élargit le visage de Jessan.

Xena mit un doigt sur ses lèvres et tapota son poignet, le pouce levé pour indiquer qu’il devrait attendre un peu. Elle sourit quand il tira la langue et étendit ses mains dans un geste pathétique. Elle tapota l’air dans un geste conciliant et il soupira de manière visible.

« Hé les mecs… je vais vous faire une confidence, d’accord ? » Il augmenta le volume de sa voix grondante. « Je ne vais pas me changer en humain, peu importe la quantité de ce truc dont vous m’aspergez, et les conneries que vous proférez… Hello ? Hello ? Par Arès, vous êtes les humains les plus idiots que j’ai jamais rencontrés », finit-il avec dégoût.

« Mon fils… tant que tu en appelles aux dieux païens, nous ne pouvons pas t’aider », dit l’homme à l’avant sérieusement. « Tu dois apprendre qu’ils ne sont que des mythes… que ton vrai dieu est le Dieu Unique. »

« Ce ne sont PAS de mythes », rétorqua Jessan. « Vous avez déjà rencontré votre dieu ? » Il écarquilla les yeux. « J’ai rencontré le mien. »

Ils l’aspergèrent à nouveau d’eau et il grogna, roulant des yeux et fixant Xena par-dessus leurs têtes pour l’implorer. La guerrière lui lança un regard de sympathie puis joignit ses mains et se glissa à nouveau dans les ombres, en direction de l’avant de la grotte. Elle s’arrêta pour souhaiter une bonne nuit à Toris qui était affairé à mâcher l’autre morceau de pain puis elle passa près de la rangée où les autres pénitents étaient incarcérés. Elle s’arrêta à l’extérieur d’une grotte et jeta un coup d’œil à l’intérieur tandis que l’occupant la fixait. « Pourquoi es-tu ici ? » Demanda-t-elle d’un ton brusque.

Il s’approcha des barreaux et la regarda à travers, essayant d’y voir mieux. « J’avais des pensées lubriques pour la femme de mon voisin », dit-il faiblement.

« Tu as fait quelque chose contre ça ? » Demanda Xena avec curiosité.

Il secoua la tête.

« Et c’est un crime ici ? » Elle se rapprocha et le regarda poser les yeux sur elle.

« Oui », répondit-il faiblement.

Elle passa la main à travers les barreaux et lui tapota la joue. « Trouve une autre religion, gamin », lui conseilla-t-elle avant de se glisser vers la porte et de sortir.

Quelques minutes plus tard, elle se haussait à nouveau sur la fenêtre et retirait ses bottes pour rejoindre une Gabrielle endormie qui se blottit immédiatement contre elle. « Hé… attention… je suis un peu froide », l’avertit la guerrière.

« Mm… » La barde l’entoura de ses bras et de ses jambes. « Pas pour longtemps. » Elle enfouit le visage dans la poitrine de Xena et soupira joyeusement. « Tu les as trouvés. » Ce n’était pas une question.

« Mmhmm… ils vont bien… ils sont juste très, très frustrés. » Xena entoura la barde de ses bras et se permit le luxe de prendre une longue inspiration de l’air porteur de la senteur de son âme-sœur. Il lui apparut que si quelqu’un entrait à l’instant, elles pourraient se retrouver elles-mêmes dans une situation similaire.

Et bien, décida-t-elle. Ils pourraient toujours essayer de la mettre en cage.

Ses lèvres s’étirèrent dans un sourire félin.

A suivre 3ème partie.