Avertissements en 1ère partie


Le Cercle de la Vie-3ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda


L’aube les trouva debout, lavées et habillées avant le reste de la famille. Xena se porta volontaire pour aider Rebekah aux tâches matinales auxquelles la jeune fille était assignée, tandis que Gabrielle rejoignait Sarah à la cuisine. « Essaie de lui donner quelques trucs pendant que tu es là », murmura Xena qui reçut un coup dans les côtes en retour. « Après le petit déjeuner, nous allons retrouver les autres et nous verrons quel genre de plan je peux trouver. »

Rebekah sembla contente d’avoir de l’aide vu que ses tâches à l’extérieur consistaient surtout à traîner du bois pour le feu et à porter des seaux d’eau. Elle porta avec obéissance les lourds seaux jusqu’à ce que Xena les lui prenne des mains, les levant au-dessus de sa tête tout en lui disant de prendre les plus petits morceaux de bois. « Tu as déjà reçu de l’aide pour ça ? » demanda la guerrière.

Des yeux marrons agrandis se tournèrent vers elle. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« De l’aide… de tes frères ou de qui que ce soit ? » Répéta Xena en versant les seaux dans les abreuvoirs pour les chevaux, puis en prenant deux grandes bûches pour les mettre sur son épaule.

« Mes frères vont à l’école », répondit la jeune fille, doucement. « Mais j’aimerais être aussi forte que toi… comme ça, ça ne me prendrait pas si longtemps pour faire les choses, et je pourrais… »

Xena posa les bûches puis regarda autour d’elle pour une hache. « Pourrais quoi ? » Demanda-t-elle, en repérant l’outil avant de s’y diriger.

« Oh… non, attends ! » Rebekah leva une petite main. « Non… tu ne peux pas toucher à ça. »

Xena fixa la hache puis la jeune fille. « Pourquoi pas ? »

« Ce sont les hommes qui font ça… j’apporte juste le bois », expliqua-t-elle. « Les filles ne peuvent pas couper du bois. »

Xena était d’humeur à semer la subversion. Elle mit la main sur la hache et la libéra du bois dans lequel elle était coincée, puis elle la leva par-dessus sa tête d’une main et l’abaissa sur le bout de la bûche, la coupant en deux. Elle libéra la hache puis la plongea à nouveau, la faisant tourner au choc pour séparer les deux parties. « Bien sûr qu’elles peuvent. » Elle sourit à la fillette tout en finissant de séparer le bois. « Qu’est-ce que tu ferais si tu étais toute seule dans les bois sans personne autour ? »

Rebekah écarquilla les yeux. « Pourquoi je serais toute seule dans les bois ? » demanda-t-elle, désorientée. « Ça t’est arrivé ? »

Xena s’accroupit, les mains sur la poignée de la hache, et elle la fixa. « Je me suis retrouvée toute seule dans les bois, oui », lui dit-elle. « Mais ce que je veux dire, c’est que parfois on ne peut pas dépendre d’autres personnes… il faut faire les choses soi-même. »

« Oh. » La jeune fille étudia les grandes mains musclées au niveau de ses yeux. « Est-ce que Gabrielle s’est retrouvée toute seule dans les bois aussi ? »

La guerrière sourit. « Pas aussi souvent, mais oui… et oui, elle peut couper du bois, mais elle n’aime pas trop ça. »

« Oh », dit la jeune fille à nouveau. « Qu’est-ce qu’elle aime faire ? »

« Et bien… » Xena se releva et jeta les morceaux de bûche sur le tas tout proche. « Elle aime écrire des histoires… et elle aime parler aux gens, qu’ils s’entendent entre eux… elle aime cuisiner et pêcher, mais elle déteste coudre ou raccommoder les bottes. »

Rebekah la fixait. « Elle sait écrire ? » Sa voix était un peu excitée. « Tu sais écrire ? »

Xena la regarda, intriguée. « Oui, je sais. »

Elle se rapprocha et baissa sa voix d’une octave. « Tu sais lire ? » Elle écarquilla les yeux.

La guerrière hocha la tête, un peu prise de court. Puis elle relia le commentaire de la fillette sur l’école et se rendit compte de ce qui se passait. « Tu ne sais pas. »

« Chut… ne dis à personne que tu sais… c’est vraiment très mal. » Rebekah tira sur la manche de sa nouvelle amie. « Tu m’apprendras ? »

Oh oh. Une tonne de oh oh, en fait. De toutes les choses qu’on lui a demandé d’enseigner, celle-ci… « Nous verrons ce que je peux faire », promit-elle, songeant que l’ignorance était sa propre chaine insidieuse. Le commentaire de Gabrielle la veille au soir sur la conscience vint au premier rang de son esprit et elle se sentit coupable, soudainement. « Je ne sais pas si tes parents aimeraient ça. »

Les épaules de la jeune fille s’affaissèrent puis elle leva les yeux. « Si quelqu’un ne voulait pas que tu fasses quelque chose, je suis sûre que tu le ferais quand même. » Ses yeux marrons analysaient la grande guerrière avec sagacité. « N’est-ce pas ? »

Xena reconnut d’un air désabusé qu’elle se trouvait prise par surprise. « Peut-être. » Elle ne put empêcher un petit sourire sur ses lèvres. « Allons… finissons-en. »

Sarah regarda par la fenêtre vers la petite cour dehors. « Rebekah a l’air subjuguée par ta sœur. » Elle sourit à Gabrielle qui épluchait des légumes avec dextérité. « C’est gentil de sa part d’aider comme ça. »

La barde sourit tranquillement. « Elle est douée avec les enfants », dit-elle tout en levant le seau de pommes de terre pour le poser près de Sarah. La femme avait passé une bonne demie marque de chandelle à expliquer les règles dans sa cuisine et Gabrielle était toujours plutôt désorientée. Ça avait à voir, avait-elle compris, avec la propreté et le fait de ne pas mélanger des trucs comme le lait de chèvre avec des trucs comme le bœuf séché.

Ça n’avait pas beaucoup de sens pour elle mais ce n’était pas sa cuisine, alors elle se contentait de rester tranquille.

« Elle n’en a pas elle-même ? » Sarah semblait surprise.

Marrant. Même après tous ces mois, c’était toujours comme une dague dans son côté. « Non… » Gabrielle se rendit compte que son visage devait afficher quelque chose et elle s’éclaircit la voix. « Elle avait… un fils. »

« Oh. » Sarah prit un air profond de sympathie. « Je suis tellement désolée… c’est si horrible de perdre un enfant… j’en ai perdu deux moi-même. »

Gabrielle l’étudia. « Vraiment ? »

Elle hocha la tête. « A la naissance… c’est juste… ça ne s’est pas bien passé. » Elle leva les yeux d’horreur pendant un instant. « Bonté divine… écoutez-moi parler de ça à quelqu’un qui attend un enfant… je suis tellement désolée, Gabrielle. »

La barde réussit à sourire. « C’est bon… je connais les risques », répondit-elle doucement.

Un silence embarrassé tomba. « Tu es si douée pour raconter des histoires », finit par dire Sarah, changeant de sujet. « J’ai vraiment passé du bon temps hier soir. »

Gabrielle se mit à nettoyer des carottes. « Merci… J’en ai d’autres écrites… si tu veux les lire je pourrais te les laisser un moment. »

La femme la fixa puis rit un peu gênée. « Vraiment ? Bonté divine, je n’ai pas le temps pour ça, Gabrielle. » Elle se retourna et ajouta des épices à la marmite au-dessus de laquelle elle était penchée. « Je laisse ça à mon mari et à ses amis… c’est eux qui lisent. »

La barde arrêta ce qu’elle faisait et la regarda. « Tu ne sais pas lire ? »

« Pourquoi j’aurais besoin de faire ça ? » Demanda Sarah, avec légèreté, en se frottant les mains. « C’est bien mieux que je sache cuisiner et coudre… et ce n’est pas notre façon de faire, Gabrielle… » Elle regarda affectueusement la barde. « On ne permet pas aux femmes de lire… nous avons d’autres tâches. »

Gabrielle devait avoir l’air stupéfait, elle en était sûre. « Je… hum… je suis désolée… je n’ai jamais réfléchi à comment ce serait de ne pas lire… je veux dire, je lis et j’écris depuis je suis toute petite. » Elle coupa les carottes et les mit dans l’eau. « J’y trouve un grand réconfort… je peux m’asseoir et simplement écrire ce que je pense… et ce que je ressens… ou un peu de poésie… je ne sais pas. »

« Bonté divine. » Sarah se mit à rire. « Tu dois avoir eu beaucoup de temps libre… il faut que je t’avertisse que ce ne sera pas comme ça ici… nous nous tenons bien occupées. » Elle pointa avec son bâton mélangeur sur le ventre de la barde. « Et après que tu auras eu un petit… et bien… tu n’écriras plus, je peux te le dire. »

« Oui, je suis sûre que c’est vrai », répondit la barde tranquillement. « Hum… je vais retrouver mes amies… voir ce qu’elles font… ensuite je reviendrai pour t’aider un peu plus, d’accord ? »

Sarah regarda autour d’elle. « Et bien… nous avons fini pour l’instant… c’est agréable d’avoir quelques minutes de tranquillité. Vas-y, Gabrielle… c’est très agréable d’avoir quelqu’un à qui parler. »

La barde hocha la tête et sourit, puis elle contourna la table et se dirigea vers la porte, ses yeux scrutant le village à la recherche d’une grande silhouette sombre.

*******************************

« Ah Xena, t’es là. » Johan arrivait de l’écurie et il la repéra. Il se rapprocha quand elle lui fit signe et il vit trois des Amazones qui venaient aussi dans cette direction. « Entrons un instant… il y aura moins d’oreilles. » Il ouvrit la porte de l’écurie et les emmena à l’intérieur.

« Que les dieux damnent ces culs de chevaux cérémonieux… » Commença Solari en crachant les mots comme des cailloux sur les murs en bois.

« Solari. » Xena lui lança un regard d’avertissement. « Très bien, écoutez. » Elle mit les mains sur ses hanches. « Ils sont dans une grotte au bout du village… c’est gardé par un seul type et un groupe de personnes qui prient autour de Jess. Je ne vois aucun problème à nous infiltrer là-bas ce soir pour les libérer, ensuite on s’extrait d’ici. »

Tout le monde hochait la tête, comme des quenouilles dans un vent violent.

« Alors… pas de dispute, d’accord ? » Déclara Xena d’un ton sec.

Les têtes se balancèrent d’avant en arrière comme des girouettes dans une tempête.

« Bien. » Xena commença à bouger tandis que la porte s’ouvrait brusquement derrière eux pour révéler Gabrielle. La barde avança vers eux, ses foulées courtes et puissantes et les yeux verts étincelants projetant une atmosphère d’outrage indigné. « Oh oh », marmonna Xena entre ses dents. « Salut… »

« Xena… » La barde s’arrêta près d’elle et mit les mains sur ses hanches, le regard noir tourné vers son âme-sœur. « Ils ne laissent pas les femmes lire ou écrire par ici. »

Xena se gratta le nez. « Heu… oui, Rebekah m’a aussi laissé entendre ça », admit-elle.

« C’est barbare. » Gabrielle renifla. « Ce n’est pas une vie… c’est de l’esclavage. »

Chacun a son échelle pour porter des jugements, pas vrai ? Xena mit un bras autour de sa petite compagne. « Je sais… je ne m’en suis pas rendue compte non plus… Rebekah m’a demandé de lui apprendre à lire. »

« Et voilà… on ne peut pas laisser ces gens juste comme ça, Xena… ils ont besoin de notre aide », déclara Gabrielle en jetant un coup d’œil aux Amazones et à Johan. « Si on les laisse, ils vont continuer comme ça une éternité. »

La guerrière soupira. « Gabrielle… c’est leur façon de vivre… ce n’est pas contre la loi et nous n’avons pas le droit de les forcer à changer. »

Les yeux verts brillèrent de colère. « Alors tu penses qu’on devrait juste les laisser comme ça et retourner dans notre village confortable, sachant que ces gens sont condamnés à une vie entière d’ignorance, c’est ça ? » Elle se secoua pour se libérer du bras de son âme-sœur et attendit.

« Gabrielle… » Xena lança un coup d’œil vers les Amazones aux yeux agrandis qui les regardaient.

« Ne me sers pas du ‘Gabrielle’ », déclara la barde fermement. « Juste parce que ce sont leurs traditions ne les justifient pas. »

« Ecoute… » Xena mit une main sur son bras puis lui prit la joue et la força à la regarder. « Ça, c’est notre façon de faire… que dirais-tu si quelqu’un te disait que c’est mal et que tu devrais arrêter ? »

« Xena, ce n’est pas la même chose et tu le sais », répartit sa compagne. « Et à part ça, je leur dirais d’aller se faire voir chez Hadès. »

« Et c’est ce qu’ils vont nous dire », insista Xena. « Ce sont leurs us et coutumes… Ecoute, les dieux savent que je ne pense pas que c’est juste, mais Gabrielle, je ne peux pas les forcer à changer de vie juste parce que je ne suis pas d’accord avec la façon dont ils élèvent leurs enfants. »

« Mais… »

« Qu’est-ce que tu vas faire… commencer à leur apprendre ? Ces hommes vont te jeter hors du village et je devrai leur botter les fesses. Et où ça nous mènera tous ? » Argumenta Xena d’un ton raisonnable. « Nous devons faire sortir Tor et Jess, des gens vont être blessés et ces enfants ne sauront toujours pas lire. »

Un silence pesant avec les regards vert et bleu qui produisaient des étincelles d’une intensité étonnante.

« Xena, ça craint », cria soudain Gabrielle, puis elle alla vers l’endroit où se trouvait un de leurs chevaux et elle lui caressa le museau avec une concentration intense.

Xena soupira. « Oui, c’est vrai. » Elle se tourna vers le groupe qui la fixait avec des yeux ronds. « Qu’est-ce qui était le plus étonnant… » Demanda-t-elle ironiquement. « Qu’elle discute avec moi, ou bien que j’ai gagné ? »

Cela les fit tous sortir de leur immobilité et déclencha des rires nerveux.

« Très bien… allons souffrir une nouvelle journée… je n’aime pas plus cet endroit que Gabrielle… et si je voyais un moyen de changer les choses… je le ferais, alors si quelqu’un a des idées ?? » Elle attendit et reçut le silence en réponse. « Allons-y… juste… soyez subtils… essayez de parler aux gens… surtout les plus jeunes… faites leur savoir qu’il y a un monde plus grand là-dehors. »

Des hochements rapides d’acquiescement puis les Amazones et Johan partirent à la queue-leu-leu, laissant Xena et Gabrielle seules.

Le silence s’installa à nouveau et Xena s’assit sur une botte de foin proche, regardant sa compagne murmurer à la jument qui mâchait flegmatiquement. Après un long moment, Gabrielle se retourna et s’appuya contre le cheval, la regardant tranquillement.

« Je n’aurais pas dû faire ça devant tout le monde… désolée. » La barde soupira.

Xena haussa un peu les épaules. « C’est bon… j’aimerais juste pouvoir faire quelque chose. »

Gabrielle s’avança et se percha sur une botte de foin, les mains sur ses cuisses. « Xena, il doit y avoir… »

« Chut… » La guerrière mit la main sur son bras. « Gabrielle… ils ne sont pas loin de chez nous… nous pouvons faire les choses petit à petit… avoir des contacts ici… et quand les caravanes marchandes passent, s’arranger pour envoyer du matériel d’enseignement… si tu le veux. »

« Si je le veux ? Tu ne penses pas que c’est important ? » Répliqua la barde. « Peut-être que tu penses qu’ils ont raison. »

« Ouaouh. » Xena leva la main. « Attends une minute… ça sort d’où ça ? » Sa voix baissa et s’approfondit. « Peut-être que je pense juste que les gens doivent vouloir changer… et de ce que j’ai vu, ce n’est pas le cas ici. »

« Comment sauraient-ils ? » Contra Gabrielle. « Si je n’avais jamais su ce que c’était de lire, et d’apprendre, et d’explorer… si tout ce que je connaissais c’était la cuisine et m’occuper de la maison, et… peut-être que je serais aussi satisfaite. » Elle soupira de frustration, voyant le tressaillement à peine caché sur le visage en face d’elle. « Je sais… on en a parlé hier soir… et je ne veux pas te mettre tout ça sur le dos, Xena… je… je ne sais pas. »

« Très bien… écoute. » Xena s’appuya contre le foin et la regarda. « Sortons les garçons d’ici ensuite nous ferons un plan et nous verrons si on peut faire quelque chose. »

Gabrielle soupira. « Tu dis ça pour que je me sente mieux. »

« Oui, c’est vrai », admit volontiers Xena. « Est-ce que ça a marché ? »

Une coulée de soleil passa entre les interstices des planches et s’étendit sur le visage de Gabrielle, dansant sur les yeux clairs et ceignant sa peau d’or. Un léger sourire finit par se poser sur ses lèvres. « Oui, ça a marché », confessa la barde en traversant les rais liquides pour venir s’installer contre sa compagne pour une étreinte rapide. « Mais maintenant tu dois aller dire aux Amazones que tu n’as pas gagné cette discussion. » Elle tapota la guerrière dans les côtes et sentit un léger rire la traverser.

« Très bien. » Xena lui tapota la nuque. « Dommage que tu n’aies pas d’histoires pour les enfants à laisser à Rebekah… elle est intelligente… je pense qu’elle apprendrait vite. »

Gabrielle sourit soudainement dans le tissu soyeux au-dessus de la clavicule de Xena. « Oh… et bien… maintenant que tu en parles… peut-être que je… oui, j’ai justement ça. »

« Ah oui ? » La guerrière se recula et la regarda, interrogative.

« Mm… » La barde était d’une bien meilleure humeur. « Des histoires tout à fait pour ce genre de petite fille, en fait. »

************************************

« Isaac, ma fille là se demandait si tu nous ferais faire un tour du village. » Johan fit de son mieux pour ne pas regarder Xena, qui de son côté regardait banalement par la fenêtre. « Si tu as un moment, bien entendu. »

L’ancien du village leva les yeux de sa tâche et grogna. « Bien sûr. » Il posa son couteau avec soin et se frotta les mains sur son tablier. « T’étais levé avant moi, pas bien dormi, Johan ? »

« Non… non… ça va… j’suis juste habitué à me lever avant le soleil. » L’ex marchand fit de son mieux pour ne pas tressaillir en œuvrant sur un nœud dans son dos dû au maigre couchage. « Une longue habitude, tu sais comment c’est. » Il reçut un soupçon de sourire ironique de la part de Xena, qui savait à quoi s’en tenir. « Je suis pas un paresseux comme ma fille là. »

Un haussement de sourcil noir.

Isaac ricana et mit un bonnet sur sa tête. « Je laisserais pas faire moi », grogna-t-il. « Mais comme tu veux… on y va. »

Xena suivit les deux hommes dehors, surprise mais pas étonnée de voir une tête blonde apparaitre au tournant quand ils émergèrent. « Salut. »

« Bonjour, ma jolie. » Johan fit un sourire affectueux à Gabrielle, pas du tout feint. Pour Xena il avait vraiment de la considération, mâtinée de respect bien senti, mais il y avait une place spéciale dans son cœur pour la jeune barde. « On fait le tour. »

« Génial. » La barde se mit au niveau de son âme-sœur, lui faisant un sourire éclatant. « Salut sœurette. »

« Salut. » Xena lui lança un regard ironique. « Je pensais que tu t’occupais des tâches ménagères. »

« J’ai fini… je venais juste te chercher, et les autres aussi », lui dit Gabrielle joyeusement.

Isaac marcha devant eux, pointant pour Johan. « Voilà l’étable de mise à bas… on a six troupeaux de moutons… un troupeau de vaches de plusieurs espèces et deux grands troupeaux de chèvres. » Il y avait une note évidente de fierté dans sa voix. « On a eu une bonne année… plein de jeunes. »

« Joli bétail », commenta Johan en marchant les mains dans son dos.

« Voilà le jardin commun… ma femme en est responsable. Elle s’occupe que les femmes apportent des plantes, comme ça on a plein d’herbes pour notre guérisseur. » Isaac montra un endroit. « Par ici c’est la salle de travail commune. » Son regard tomba sur Xena et Gabrielle. « C’est là que les femmes se retrouvent pour s’occuper de leurs devoirs. » Il y avait une note de censure dans sa voix. « On va vous attendre là demain. »

« Quel genre de choses elles font ? » Gabrielle saisit l’occasion de le questionner, tandis qu’ils traversaient l’espace ouvert.

Pendant un moment, elle pensa qu’il n’allait pas lui répondre, puis il s’éclaircit la voix d’un air agacé. « Des trucs de femmes… laver, trier… coudre… s’occuper des enfants… tu verras ça demain, jeune fille. » Il cligna des yeux. « Matthias m’a dit que tu savais raconter de bonnes histoires. »

« C’est une bonne conteuse… comme je te l’ai dit », interjeta Johan. « Tout le village était bouche bée, c’est sûr. »

Isaac grogna. « Assure-toi que tu ne remplis pas les oreilles des plus jeunes avec des histoires d’ailleurs, alors », lui dit-il d’un ton sévère. « On a des histoires dans notre bon livre… je vais demander à quelqu’un de te les raconter… tiens-t-en aux histoires vertueuses. »

Gabrielle cligna des yeux et décida de mettre la pagaille. « Et bien… je pourrais les lire moi-même si tu veux… pas de raison de prendre le temps de quelqu’un. » Ses yeux verts clignèrent d’innocence.

Isaac s’arrêta et la regarda. « Y a que les hommes qui lisent les écritures. Elles ne sont pas faites pour des yeux de femme. »

La tête blonde pencha d’un côté. « Alors… comment les femmes savent-elles ce qu’il y a dedans ? » Demanda-t-elle.

« On les lit et on étudie leur signification, après on leur dit », lui dit-il fermement.

Gabrielle haussa les épaules. « Ça me semble être un gâchis d’effort… ce ne serait pas plus simple de les laisser les lire elles-mêmes ? »

Isaac ne lui répondit pas, au lieu de ça, il se tourna vers Johan. « Voilà le résultat d’avoir éduqué tes femmes, Johan… de l’insolence et de la stupidité. » Il continua d’un pas lourd. Johan lança un regard ironique à Gabrielle mais la barde ne se repentit pas. Elle tira la langue à l’ancien irrité et continua à marcher, le rattrapant pour commencer par un autre angle.

« Fallait qu’elle commence ça maintenant ? » Marmonna Johan à la guerrière, qui étudiait les environs en pleine journée.

« J’ai appris une chose sur Gabrielle, Jo… c’est que quand elle tient un idéal entre ses dents, le seul moyen de l’arrêter c’est de l’assommer », répondit Xena avec un air ironique. « Mais je vais voir ce que je peux faire… Pas besoin de les agacer avant qu’on sorte les gars d’ici. » Elle allongea sa foulée et rattrapa Gabrielle qui testait l’ancien sur les enfants. Sans cérémonie, elle mit la main sur la bouche de son âme-sœur, étouffant ses mots. « C’est quoi cet endroit ? » Demanda-t-elle à Isaac qui eut un air approbateur face à son geste.

« C’est not’ salle de prières », répondit-il d’un ton bourru. « Matthias a pour tâche de vous instruire de nos méthodes… Prêtez attention parce que nos croyances sont sacrées. » Il ouvrit une porte latérale sur le côté opposé du bâtiment dans lequel Xena était entrée la veille au soir et leur permit de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La même odeur de bois et de parchemin s’échappa et Gabrielle passa près de lui pour entrer, s’étant débarrassée de son bâillon sombre et mortel.

« Oh… c’est sympa ici. » La barde eut un regard plus doux pour Isaac. « Tu vas nous faire visiter ? »

L’ancien sembla content de son intérêt. « C’est le côté des femmes, les hommes s’assoient de l’autre côté de cette cloison. »

« Pourquoi ils sont assis dans des endroits différents », l’interrompit Gabrielle.

« La vérité du Seigneur est différente pour les hommes et les femmes », répondit Isaac avec brusquerie. « Les femmes sont plus faibles d’esprit et dans leur croyance… c’est cette faiblesse qui a exclu les nôtres du jardin du Seigneur…. Bien sûr, ils prient à part. »

Un sourcil blond et parfaitement dessiné se haussa. « Pardon ? »

Isaac soupira. « Matthias va vous instruire de nos croyances… mais au début du monde, il n’y avait qu’un seul homme, Adam et une seule femme, Eve…. Ils étaient hébergés dans le jardin du Seigneur et il leur dit qu’ils pouvaient tout avoir sauf le fruit d’un arbre spécial. » Il s’éclaircit la gorge avec importance. « Parce que cet arbre était interdit… pourtant Eve, faible d’esprit, ne respecta pas le Seigneur, et elle mangea un fruit de l’arbre, qui était la fontaine de la connaissance du bien et du mal, et elle fit aussi manger Adam, alors le Seigneur se mit en colère et Il les expulsa du jardin et les envoya dans le monde sauvage. »

Une main levée. « D’accord », déclara Gabrielle. « Que je comprenne bien… Tous les gens de ce monde viennent de deux seules personnes ? »

« Oui. » Isaac bougea avec impatience. « Ecoute… »

« Juste une minute… juste… d’accord, et ces deux personnes vivaient dans un beau jardin et on leur avait dit de ne pas manger des fruits d’un arbre spécial, parce que ce fruit représentait la connaissance ? »

« Euh… la connaissance du bien et du mal, oui. »

« D’accord… alors… la femme était curieuse et elle voulait savoir ce qui se passait, et elle fit manger le gars aussi, pour qu’ils sachent ce qui se passait, et ton dieu a été furieux contre eux pour ça et les a renvoyés ? » La voix de la barde était teintée d’incrédulité.

« Ce n’est pas comme ça qu’on en parle, mais… » Isaac bougea encore. « Oui. »

« Oui… oui… alors à cause de ça, dans votre culture, on interdit aux femmes de rechercher la connaissance ? » Dit- Gabrielle d’un ton raisonnable. « Vous ne les laissez pas lire ou interpréter vos parchemins, ou aller à l’école… des trucs comme ça ? »

Isaac garda le silence un moment. « Je ne l’ai pas vu sous cet angle, mais peut-être que… oui… c’est la loi. »

« Comme… une punition… pour que tout le monde ait été botté hors du jardin sympa, c’est ça ? »

L’ancien recula un peu. « Ce n’est pas une punition… c’est juste notre façon… les femmes ont d’autres tâches », protesta-t-il puis il réfléchit un moment. « Mais je vais consulter les parchemins… c’est une pensée curieuse. » Il regarda Gabrielle avec plus de respect. « La connaissance est un risque et une chose dangereuse, comme nous le savons. »

« L’ignorance, c’est le bonheur », répondit la barde avec un léger sourire.

Avant qu’Isaac ne puisse se sentir offensé, Xena attira son attention d’un balayage de la main. « C’est quoi, ça…. C’est vraiment beau. »

L’ancien s’éclaircit la voix avec un regard circonspect mais il répondit. « C’est notre sanctuaire… là où sont gardés nos plus sacrés parchemins. » Il lança un regard à Gabrielle. « Mais seul le rabbin peut les toucher… ou Dieu transformera les audacieux en poussière. »

« Vraiment ? » Murmura Gabrielle.

« Vraiment ? » Demanda Xena, une petite étincelle dans les yeux.

« C’est la vérité. » Isaac hocha solennellement la tête. « Il y a eu un éclair quand un sceptique est venu dans le sanctuaire il y a deux saisons de ça, et il l’a touché à mort. »

« Bonté divine », dit Johan, impressionné.

Isaac semblait satisfait de leur réponse. « Nous tenons nos lois et nos manières de vivre des écritures… ça nous donne la force d’affronter les difficultés de cette vie, sachant que nous irons dans un endroit meilleur. »

« C’est une pensée très réconfortante », répondit Gabrielle, d’un air pensif. « J’aimerais en entendre plus. »

« Matthias va vous l’enseigner », répondit Isaac mais avec un ton plus amical. « Nous suivons nos lois très strictement, mais vous devez comprendre que c’est pour le mieux… nous voulons que le Seigneur nous juge bien et plus nous frappons les transgresseurs dans cette vie, moins ils ont de risques d’être jugés en Enfer dans la prochaine. » Il leur fit signe de sortir et montra la place. « V’nez avec moi. »

Johan marcha à sa hauteur, laissant Gabrielle et Xena suivre derrière.

« Gabrielle, est-ce que tu avais besoin de le confronter ? » Demanda la guerrière d’un ton plaintif.

« Ce n’est pas ce que je fais… » Protesta la barde. « J’essaie de le faire réfléchir à ce qu’ils font ici… tu es peut-être satisfaite de simplement libérer Toris et Jess, mais pas moi. »

La guerrière soupira. « On peut les sortir d’ici d’abord, s’il te plait ? »

« Xena, bon sang… si tu voulais les sortir de là, tu pouvais juste entrer là-dedans et le faire… nous ne sommes pas en danger ici et tu le sais. » La barde lui lança un regard en coin. « Ne me laisse pas penser que je suis la seule ici qui s’intéresse à ce qui qui arrive à ces gens. »

La guerrière ralentit un peu et laissa de la distance avec Johan et Isaac. « Ecoute, Gabrielle… ce n’est pas que je m’en fiche… c’est juste que c’est leur culture, et leurs croyances et qu’ils y sont attachés. Ces femmes ne sont pas des esclaves et peut-être, juste peut-être, qu’elles sont heureuses de cette vie. » Elle souffla un soupir agacé. « Elles ne demandent pas notre aide. »

La barde garda le silence, en s’écartant un peu et en tapant le sol un peu plus fort en marchant.

« Arrête de taper des pieds », marmonna la guerrière.

« Je ne tape pas des pieds », répliqua sa compagne. « Je suis désolée, Xena… je ne peux pas rester comme ça à regarder les gens conduits vers l’ignorance… qui acceptent la parole de quelqu’un d’aussi faillible qu’eux », déclara-t-elle. « Je sais ce qu’on ressent… c’est tellement bien de croire en quelque chose sans le remettre en question. »

Son esprit se concentra sur son souvenir amer de Krafstar et elle regarda le sol avant de tourner son regard vers le visage de Xena.

Qui réussissait presque à cacher un air tranquille mais profondément blessé.

Parfois, Gabrielle… tu ouvres simplement la bouche et tu laisses des inepties en sortir. Elle se sermonna silencieusement. « Je ne… » pensais pas cela ? Et bien… si elle était complètement honnête, cela pourrait aussi s’appliquer à leur relation. Mais l’année dernière avait été un apprentissage difficile pour elles deux et tout n’était pas mauvais.

La guerrière se contenta d’accélérer. « Viens. »

« Xena ? » Gabrielle trottina pour la rattraper, mettant une main dans le coude de sa compagne.

La guerrière la regarde. « Hmm ? »

« Je pensais à Krafstar. » La barde lui pressa le bras.

La guerrière serra la mâchoire. « Tu n’aurais pas été si ouverte à son égard si je ne t’avais pas donné des raisons de l’être », admit-elle tranquillement. « Et j’en suis désolée. »

Gabrielle garda le silence un moment, reconnaissant tacitement la vérité des mots et les excuses. Puis elle mit cette pensée de côté et changea de sujet. « Alors… qu’est-ce que tu en penses ? »

« De quoi ? » Répondit la grande femme tranquillement, acceptant ce changement de direction.

« Leur manière de vivre. »

Xena haussa les épaules. « Ils obéissent à des règles et s’ils ne le font pas, ils sont punis… et à la fin s’ils font la chose juste, ils vont dans un endroit agréable, la mauvaise ils vont dans un endroit mauvais… ce n’est pas très différent de notre mode de vie, Gabrielle. »

« Mm. » La barde songea. « Mais foudroyer quelqu’un pour avoir touché un parchemin ? »

« Je n’y crois pas », déclara platement la guerrière. « C’est juste pour garder la connaissance dans un petit nombre d’individus… c’est le pouvoir, Gabrielle. »

« Tch… tu es si rapide pour ne pas croire, Xena… » La barde la tança. « Comment tu sais que ce n’est pas arrivé ? Nous avons vu des dieux plus vindicatifs que ça… pourquoi ne pas donner une chance à leurs croyances ? »

La guerrière regarda autour d’elle. « Parce que je suis entrée là-dedans hier soir et que j’ai déroulé un de leurs parchemins et que je suis toujours entière », dit-elle à la barde à voix basse. « Voilà pourquoi. »

Une pause. « Oh. » Gabrielle la tapa du dos de la main dans le ventre. « J’aurais dû deviner. » Elles firent quelques pas en silence avant que la barde ne se rapproche et regarde sa compagne.

Xena la regarda à son tour. « Quoi ? »

« Tu me pardonnes d’être si têtue ? » Quémanda Gabrielle doucement.

Un sourire bougea avec peine les traits de la guerrière. « Gabrielle, je ne voudrais pas que tu changes », admit-elle, en entourant la barde d’un bras amical avant de soupirer. « Viens… on dirait qu’on va avoir une visite de la prison. »

Elles suivirent Isaac dans la grotte et entrèrent à sa demande. « C’est ici qu’on punit ceux qui ne suivent pas nos lois », dit-il sérieusement. « De la façon qu’on estime juste. »

Gabrielle jeta un coup d’œil dans les petites cellules. « Qu’est-ce qu’ils ont fait ? »

« Celui-là a volé l’agneau de son voisin. » Isaac hocha la tête. « Et celui-là a eu des pensées lubriques pour la femme d’un autre. »

Xena observa la scène, peu différente de ce qu’elle avait vu la veille au soir. Son ami dans la seconde cellule dormait, heureusement. « Vous les traitez tous les deux de la même façon ? »

Il la regarda. « La pénitence c’est la pénitence, jeune fille. » Il avança le long de la ligne. « Et on a trouvé des blasphémateurs dans les bois hors du village… l’un d’eux est ici mais l’autre est trop horrible pour vos doux yeux. »

Ils regardèrent dans la cellule. Toris regarda à son tour avec un air ironique sur le visage.

« Il a vraiment l’air dépravé », déclara sérieusement Gabrielle, ce qui lui valut un regard noir de son beau-frère. « Qu’est-ce qu’il a fait ? »

« C’est pas un sujet pour une femme. » Isaac lança un regard méprisant à Toris.

« Tu sais… vu que nous donnons naissance à des enfants vivants, je pense que tu serais vraiment surpris de ce que nos petites têtes peuvent supporter », répondit Gabrielle, ses poils à nouveau hérissés tandis qu’elle sentait son âme-sœur soupirer derrière elle.

« T’as du répondant, jeune fille. » Isaac la regarda d’un air désapprobateur. La barde le regarda à son tour, désapprouvant tout autant.

« Si vous n’arrêtez pas de déverser ces conneries sur moi, je vais vomir sur vous tous ! » Un cri de basse fit écho dans la grotte, familier dans son timbre.

Gabrielle commença à marcher vers le son, s’échappant de la main d’Isaac qui la retenait. « C‘est quoi ça ? » Cria-t-elle à son tour tout en se dirigeant vers le tournant dans la roche, répondant au niveau de frustration dans la voix de son ami.

« Attends… tu peux pas aller là-bas », cria Isaac, qui s’élança derrière elle. Xena et Johan échangèrent un regard puis Xena donna une tape sur la main de son frère avant de suivre sa compagne, secouant la tête dans un dégoût désabusé. Qu’est-ce qui lui prend aujourd’hui bon sang ? Elle se mit au petit trot.

Gabrielle allongea sa foulée, distançant facilement le vieil homme pour contourner le coin, se figeant quand elle faillit se cogner dans deux anciens, qui s’éloignaient d’une grande cage. A l’intérieur, se tenait son ami, dégoulinant, sa fourrure collée à son corps.

Les deux hommes tentèrent de l’attraper mais elle se glissa près d’eux et alla directement aux barreaux, les entourant de ses mains. « Jess », dit-elle doucement.

Jessan cligna des yeux d’un air misérable. « Je veux rentrer à la maison », lui dit-il piteusement.

Gabrielle ressentit une profonde colère en elle. Elle se retourna et fit face à Isaac. « Pourquoi lui faites-vous ça ? »

« Ecarte-toi de lui, jeune fille », ordonna Isaac. « Il est dangereux. »

La barde tourna sur elle-même et poussa le verrou pour ouvrir la cage avant d’entrer. Son regard trouva celui de son âme-sœur et elle eut un air coléreux envers Xena. « Je ne peux pas croire que tu l’aies laissé ici », réprimanda-t-elle la guerrière, qui leva les mains et les laissa retomber.

« Viens par ici, pauvre petite chose. » Elle tendit la main et repoussa le poil des yeux de son ami. « Pauvre Jess. » Elle renifla. « Avec quoi ils t’ont recouvert ? »

Un silence malaisé tomba dans son dos. « Tu… connais… cette créature ? » Isaac fixait Johan avec incrédulité.

Xena sentit son plan se déliter et elle se frotta brièvement les tempes. « Oui », finit-elle par dire, s’avançant les mains sur ses hanches. « Il est… hum… son peuple vit de l’autre côté des montagnes. »

« Son peuple ? » Balbutia un des anciens. « Tu veux dire qu’il y en a d’autres comme lui ? Ce n’est pas un… »

« C’est ce que j’essaye de vous dire », déclara Jessan à travers ses dents serrées. « Vous persistez à penser que je suis… beuh… un humain. » Il passa la langue.

« Hé. » Gabrielle le poussa doucement.

« Oh… bon, vous êtes une exception », lui dit Jess, en penchant la tête en arrière pour la regarder. « Mais je pense que tu viens de mettre le bazar dans le plan. »

Gabrielle regarda son âme-sœur, qui se tenait à demi dans les ombres. « On va trouver un autre plan », répondit-elle doucement. « De toutes les façons, je n’aimais pas vraiment celui-là. » Disparaître dans la nuit était efficace… certes… mais ça n’enseignait rien à ces gens et elle pourrait toujours s’excuser envers sa compagne plus tard.

Xena soupira. « Il est inoffensif. » Elle reçut un regard doré écarquillé et indigné. « La plupart du temps. »

Isaac les regarda tous. « Qu’est-ce qui se passe ici ? »

« Xena, sors Toris, tu veux bien ? On pourrait tout aussi bien… » Commença Gabrielle, puis elle tourna son regard quand des bruits de course amenèrent un jeune homme, essoufflé.

« Isaac… Isaac… les femmes… il y a une émeute dans l’atelier… Malka vient d’atterrir dans l’abreuvoir… c’est les nouvelles ! »

Xena soupira. « Je savais que j’aurais dû faire ça toute seule. » Elle secoua la tête puis montra Gabrielle et Johan. « Restez ici. Sortez Toris. Je vais voir ce qui se passe et on se retrouve ici. Compris ? » Sa voix claqua d’un ton de commandement.

« Compris », répondit Gabrielle, la regardant affectueusement. « Tu penses que tu pourrais trouver un ou deux seaux d’eau chaude tant que tu es là-bas ? » Elle montra Jess. « Il a besoin d’un bain. »

Les yeux bleus prirent une teinte agacée. « Plus tard, Gabrielle. » Xena passa près du jeune homme qui avait la bouche ouverte et elle se mit à courir, ses foulées puissantes faisant écho quand elle partit.

Ils restèrent à se regarder les uns les autres dans un silence inconfortable. Finalement, Johan soupira. « Je vais sortir le gars. »

Cela fit sortir Isaac de sa stupeur. « Attends un peu… tu n’as pas le droit de faire quoi que ce soit ici… »

Johan mit la main sur son bras. « Mec, j’vais te dire une chose. Si cette grande fille sombre veut que quelque chose soit fait, ne t’mets pas sur son chemin, d’accord ? » Il regarda le vieil homme droit dans les yeux. « C’est pas le genre qu’on embrouille et le mec en question, c’est son frère. » Il passa près d’Isaac et prit le couloir.

Isaac le fixa, stupéfait. Puis il regarda Gabrielle à nouveau. « Vous avez menti. »

Le regard vert clair soutint le sien. « Oui, on a menti… on savait que vous teniez nos amis et on voulait les sortir sans faire trop de bazar. » Elle sortit de la cage et laissa la porte ouverte. « Je ne pouvais pas supporter de voir le pauvre Jess dans une cage… et j’ai décidé que peut-être un peu de bazar c’est juste ce qu’il vous faut. » Elle fit une pause tandis que Toris arrivait au coin et elle sourit. « Salut, frérot. »

« Je suis dépravé, hein ? » Le grand homme aux cheveux noirs s’approcha et l’étreignit. « Comment tu vas ? » Il lui toucha le ventre dans un geste affectueux.

« C’est génial… bien que je pense que ta sœur est sur le point de me faire frire. »

« Ça va lui passer », l’assura Toris. « Hé Jess… » Il eut un regard ironique pour l’être de la forêt qui émergeait de la cage. « Dieux, c’est quoi sur toi ? »

Johan revint, manquant cogner Isaac. « Voilà, c’est fait. »

L’ancien se contentait de rester là, à les fixer. « Fait ? Oui… vous êtes tous faits, c’est vrai. Je vais vous envoyer les marshals au nom du Seigneur ! » Cria-t-il avec colère. « Gardes ! » Un bruit de course lui répondit et cinq grands et jeunes hommes entrèrent, ayant de toute évidence, été envoyés par les anciens qui étaient partis. « Enfermez-les ! »

Xena sortit à grandes enjambées de la grotte externe, secouant la tête tandis qu’elle dépassait deux des anciens, qui lui lancèrent des regards outragés. Maudites Amazones. Elle jura silencieusement tout en poussant la porte et elle se dirigea vers le bruit, qui faisait écho dans tout le petit village depuis l’atelier.

Elle tourna le coin et repéra le problème. « Crottin de Centaure. » Un soupir. Elle avança vers la grande réserve d’eau de lavage hors du bâtiment où trois Amazones dégoulinantes et six villageois dans le même état bataillaient.

« Otes tes pattes de moi, espèce de bout de sabot de Centaure. » Solari grognait, tordant un bras sur lequel un villageois avait une prise ferme.

« Reste tranquille, femme ! » Cria l’homme, juste avant d’être jeté dans le réservoir sans cérémonie. Trois autres hommes poussaient Solari qui saisissait et donnait des coups de poings. Aileen et Cesta en profitèrent et sautèrent sur eux, faisant s’écraser toute la pile de gens dans la boue noire et collante qui entourait le réservoir.

Xena marmonna plusieurs jurons entre ses dents tout en se frayant un chemin en repoussant la foule attentive avant de se planter au milieu de la mêlée, attrapant deux Amazones pour les secouer comme des rats d’eau. « Très bien… ressaisissez-vous et arrêtez ça. »

Une Solari dégoulinante et couverte de boue cligna des yeux. « Oh crottin. »

Cesta tressaillit. « On est dans un tas de merde jusqu’aux chevilles, hein ? »

« Et tête-bêche », confirma Solari ironiquement. « Ecoute, Xena… »

Les hommes trébuchèrent pour se mettre debout. « Espèce de gueuses ingrates », cracha l’un d’eux en essuyant la boue sur son visage. « On les a accueillies et quoi… clochardes pathétiques. »

Xena se redressa de toute sa hauteur et les regarda froidement. « Pourquoi vous ne me laissez pas régler ça, d’accord ? » Dit-elle. « Je suis sûre que ce n’est qu’une incompréhension. » Elle baissa le regard sur les Amazones boueuses. « D’accord ? »

« Y avait pas d’incompréhension… » Rétorqua l’homme. « Elles veulent juste pas faire leur part du travail de la journée, c’est tout… on aurait dû le savoir. » Il cracha à nouveau. « Païennes. »

Xena inspira et se retint à sa patience. « Je vais m’occuper de ça. » Elle garda sa voix ferme.

« Oh oui… tu vas le faire », répondit l’homme. « Et payer pour ma chemise et la sienne aussi. » Il montra le chemin à ses compagnons et ils partirent bruyamment.

Solari tressaillit quand Xena lui relâcha le bras puis elle ôta un morceau de boue sur sa poitrine. « Ils se sont dits qu’on était nouvelles… ils voulaient qu’on lave leurs foutues bottes et leurs chaussettes », marmonna-t-elle.

« Et ils se sont dits qu’on était mûres pour la cueillette », interjeta Cesta avec colère. « Ils poussaient et tapaient comme si on était des foutus moutons… » Elle jeta un coup d’œil à Xena. « Tu aurais fait pareil. »

La guerrière mit les mains sur ses hanches et soupira. « Non… parce que j’ai appris au fil des ans à contrôler ma colère », énonça-t-elle avec soin.

« Xena, il n’y avait aucune raison pour qu’on accepte ça », objecta Solari.

« Ouais, c’était vraiment gluant », résonna la voix d’Aileen.

« C’est hors de sujet », marmonna la guerrière.

« Ils ont cette attitude comme s’ils pouvaient traiter les femmes comme de la poussière, Xena, et je… » Solari fit une pause. « Hein ? »

Un soupir. « Ça n’a pas d’importance… Gabrielle vient de dévoiler notre couverture de toutes les façons », expliqua Xena à contrecœur. « On va devoir faire ça de… »

Des bruits de pas approchaient, beaucoup, qui attirèrent leur attention et elles se retournèrent pour voir une escouade de villageois mâles qui se dirigeaient vers elles, des cordes dans les mains.

Xena regarda le tas de boue avec tristesse. « J’aurais dû faire ça moi-même… je le savais… » Elle regarda la foule qui approchait. « Ecoutez, restez juste tranquilles et voyons ce qu’ils ont à dire. »

« Xena ! » Protesta Solari.

« Ne discutez pas », grogna la guerrière férocement. « J’aimerais sortir de ça sans avoir à tuer quelqu’un pour changer. »

Nous ou eux ? Songea Solari, mais elle garda le silence. Elle regarda dans un silence prudent tandis que Xena se mettait devant elles et levait les mains dans un geste apaisant.

« Voilà les menteuses païennes », montra Isaac. « Enfermez-les avec les autres. »

Les hommes qui l’accompagnaient chargèrent vers Xena et les autres délibérément.

« Attendez une minute », protesta Xena.

« Non… plus aucun mot… nous avons assez entendu vos mensonges », déclara l’homme. « Aujourd’hui c’est le Sabbat… vous allez passer la nuit à réfléchir à la façon dont vous nous avez trompés, ensuite nous vous jugerons après la fin du Sabbat, demain soir. » Il fit signe aux gardes d’avancer.

« Ecoutez… nous voulions juste sortir nos amis d’ici sans encombre », discuta Xena, reculant d’un pas. « Pour que personne ne soit blessé. »

« Reste tranquille, femme », cracha l’homme le plus proche d’elle, tandis qu’il lançait une boucle de corde au-dessus de sa tête.

Une main se tendit et entoura son col, s’enroulant autour du tissu et lui soulevant les pieds au-dessus du sol. Un regard bleu glacé le cloua sans remords. « Sois gentil. » Xena utilisa le registre le plus bas de sa voix. « Ou moi je ne le serai pas. » Elle retira la boucle de corde de son autre main et la jeta au sol.

Solari se frotta le nez, le tachant complètement de boue. « Qu’est-ce qu’elle disait déjà sur sa colère ? » Marmonna-t-elle sourdement à Aileen, voyant que la guerrière plissait soudainement les yeux et le mouvement des muscles tendus sous la robe festive qu’elle portait.

Un silence malaisé s’installa, brisé par un cri au portail. Xena relâcha sa victime et se tourna pour voir un jeune homme qui se dirigeait vers eux à toute vitesse.

« Isaac ! Isaac ! Ya une armée qui arrive ! ! ! »

**********************************

La cellule était… bondée. Gabrielle s’était installée dans le coin au fond, perchée sur un petit banc, les coudes posés sur les genoux. Toris était assis près d’elle et Jessan était affalé contre le mur d’en face, ses mains velues posées sur ses cuisses. Johan faisait les cent pas à l’avant de la cellule. « On aurait pu se contenter de prendre le dessus sur eux… » Il finit par se tourner et regarder Gabrielle.

La barde hocha lentement la tête. « Je sais… mais Xena voulait faire en sorte que personne ne soit blessé… et j’ai suffisamment fichu son plan en l’air… je lui dois de ne pas commencer à botter des fesses. » Elle soupira. « Elle va nous sortir d’ici dans quelques minutes sûrement. Ne vous inquiétez pas. »

« C’est quoi ça ? » Demanda Toris d’une voix neutre. « Je connais ma sœur… elle n’a jamais eu de problème avec le fait de cogner des têtes… je ne comprends pas. »

Gabrielle soupira. Xena agissait étrangement et elle le savait. Elle souhaita savoir ce qui se passait dans cet esprit intelligent… que son âme-sœur troublée semble si hésitante lui faisait un peu peur. « Je ne sais pas », finit-elle par dire. « Et j’aimerais le savoir. »

Mais tout au fond d’elle elle le savait. Une partie d’elle savait et reconnaissait qu’il y avait des zones chez sa compagne qui avaient été cruellement mises en pièces quand elle avait pensé que Gabrielle était morte et ces parties guérissaient très lentement. Xena ne l’aurait jamais admis, même pour elle-même, Mais beaucoup de la confiance en elle bien solide de guerrière avait été endommagé et c’était une lutte pour elle de maintenir sa façade habituellement coriace.

Tout comme il y avait des parties d’elle qui avaient été battues au-delà de tout espoir d’avoir à nouveau à revivre l’agonie et la douleur de la mort d’Hope de ses mains. Elle avait juste espéré que le temps et la naissance de leur enfant aideraient à les guérir toutes les deux. « Ça va aller pour elle… elle a un plan », déclara-t-elle doucement. « Elle en a toujours. »

La porte donnant sur l’extérieur s’ouvrit dans un grand bruit et ils levèrent tous les yeux pour voir entrer une foule, poussant leurs amis en avant à la pointe des arbalètes. Xena était devant et son visage était figé dans un masque sans expression, les autres Amazones étaient couvertes de boue.

« Oh, par Hadès », marmonna Gabrielle tandis qu’ils approchaient avec hésitation.

« Mettez-les dans celle-ci », ordonna Isaac. « Je ne veux pas les mélanger avec nos villageois, peu importe leur degré de pénitence. » Le garde déverrouilla la porte et leur fit signe d’entrer, bien que Gabrielle nota qu’ils faisaient attention à rester hors de portée de son âme-sœur. La porte en bois de la cellule se referma et ils posèrent l’énorme verrou en acier. « Vous pouvez pourrir ici pour ce qui me concerne. » Isaac se retourna et mena les autres au-dehors. « Nous avons une défense à organiser. »

Xena alla au fond de la cellule en silence et elle s’assit près de Gabrielle, s’appuyant contre la paroi rocheuse et reniflant doucement. « Encore un autre joli bazar. » Elle croisa les bras sur sa poitrine et leur jeta à tous un regard noir.

Tous se regardèrent les uns les autres, embarrassés. Les Amazones firent retraite dans un coin, essayant de gratter un peu de la boue, tandis que Johan rejoignait Toris contre le mur opposé.

Gabrielle souffla doucement puis elle se tourna et regarda son âme-sœur ronchonne. « Alors… c’est quoi le plan ? »

Des yeux bleus maussades se tournèrent vers elle. « Ça me dépasse… vous semblez tous avoir le vôtre… alors allez-y. »

Tout le monde regarda le sol.

Sauf la barde qui se contenta de laisser ses épaules s’affaisser et de faire la moue. Elle savait que sa compagne était vraiment en colère et cela envoya un petit frisson de malaise à travers son corps. Elle savait aussi qu’elle était la seule à qui on pouvait raisonnablement penser pour désamorcer cela. Elle mit une main sur le bras bronzé de la guerrière. « Je suis désolée. » Sa voix était calme et contrite. « J’ai perdu mon sang-froid et j’avais tort. »

Elle pouvait voir l’ondulation des muscles dans la mâchoire de Xena qui mâchouillait sa lèvre et qui baissa les yeux vers la barde, un adoucissement perceptible et immédiatement visible. « Ou, et bien… » Xena se rapprocha un peu. « Tout le monde l’a fait… alors ne te sens pas mal à l’aise. Le problème c’est qu’ils sont attaqués. »

« Quoi ? » Johan et Jessan aboyèrent le mot en chœur.

« Un garde est arrivé… il a dit qu’une armée se dirigeait par ici », leur dit Solari. « Environ cinquante, soixante soldats à cheval… je pense que c’est ce seigneur de guerre, Baracus, dont on a entendu parler. »

Gabrielle regarda sa compagne. « Xena… on ne peut pas rester ici sans rien faire. »

Un haussement de sourcil noir. « Je leur ai proposé, ils ont décliné. » Elle haussa les épaules. « Ils pensent qu’ils peuvent s’en occuper eux-mêmes. »

Un autre silence embarrassé. « Elle a proposé », marmonna Solari. « On lui a dit que si on voulait l’opinion d’une femme, on la lui demanderait. »

La barde réfléchit à ces mots, voyant les muscles de la mâchoire tendus dans le visage anguleux près d’elle. « D’accord… alors ils sont paumés en plus d’être odieux. » Elle soupira. « Mais on ne peut pas se contenter de rester ici et les laisser se faire envahir… en plus, on est coincés ici nous aussi », continua-t-elle d’un ton pratique.

La guerrière ricana. « On peut défendre cette grotte… ce n’est pas un problème. »

« Xena. » Gabrielle enroula sa main autour de celle de sa compagne et entrelaça leurs doigts. « Allons… je sais que ça s’est mal passé… et que c’est de ma faute… mais il faut qu’on sorte d’ici. »

« Ils ne veulent pas de notre aide, Gabrielle », rétorqua Xena d’un air borné.

« Non… mais on devrait la leur donner quand même », insista la barde.

Elles croisèrent leurs regards pendant un long moment tandis que le reste attendait en silence. « Bien », finit par dire Xena en se levant pour traverser la cellule, approchant de la porte sans même ralentir. Elle prit une longue enjambée avant d’arriver et donna un coup de pied sauvage sur la porte en bois, arrachant quatre des poteaux pour l’envoyer à un angle bizarre, pendre sur les verrous en acier de l’autre côté. Elle la souleva puis la jeta d’un côté et elle entra dans la caverne sans même regarder derrière elle.

Avec un soupir silencieux, Gabrielle se leva et la suivit, avançant avec précautions près de la barrière en bois. « Venez. » Elle fit signe aux autres. « Allons-y. »

*****************************

La cour extérieure était pleine d’hommes qui couraient, la plupart portant des armes, soit des arcs, soit des scythes ou les habituelles piques. Personne ne les remarqua jusqu’à ce qu’ils soient au milieu de la zone, alors un homme saisit Isaac et lui montra.

Il se retourna et fixa, puis il fit signe à plusieurs hommes de se diriger vers eux. « Remettez-les à l’intérieur. »

Dix hommes se précipitèrent vers eux et Xena se contenta de marcher, les attaquant tous avec des coups de pieds et des coups de poings sauvages, jusqu’aux deux derniers, qu’elle se contenta de saisir, leur faisant se cogner la tête, les laissant tomber derrière elle tandis qu’elle continuait à avancer, droit vers Isaac.

« Très bien, tu m’écoutes maintenant », claqua-t-elle en se penchant sur lui. « Je n’ai pas le temps de rester là assise à débattre avec toi. Si c’est Baracus qui vient vers nous, vous allez être débordés et vous avez besoin de toute l’aide que vous pouvez avoir. »

Isaac la fixa puis il se tourna à l’arrivé de Matthias, regardant les hommes qui grognaient à terre. « On n’a pas besoin de votre aide », déclara fermement le jeune homme. « On peut se débrouiller tout seuls. »

Xena croisa son regard. « Ce sont des soldats qui viennent par ici. Vous êtes des fermiers. »

« Et tu n’es rien d’autre qu’une femme stupide », répliqua Matthias. « Parce que nous nous entraînons pour la guerre et nous sommes très capables », ajouta-t-il. « Ces hommes vont voir notre défense et ils vont fuir. »

« Vraiment ? » Gabrielle se mit près de son âme-sœur dont elle ressentait qu’elle était sur le point d’exploser. « Tu es du genre à parier ? »

« C’est quoi cette folie ? » Interrompit Isaac. « On n’a pas beaucoup de temps pour jouer. »

« Mm… bein, je parie que votre meilleur combattant… peut être battu par… oh… disons… une femme enceinte. » La barde lui sourit. « Avec un bâton. »

« Gabrielle », marmonna Xena entre ses dents.

La barde lui tapota le dos. « Allons, Xena… J’aurais pu être vraiment méchante et dire qu’on te mette un bandeau et qu’on te lie une main derrière le dos. » Elle s’avança et prit un bâton qui traînait, le soulevant. « On a un accord ? Je gagne, vous nous laissez vous aider, je perds, on part d’ici et on vous laisse faire. »

« Tu es folle », ricana Isaac.

Mattias prit un bâton et lui fit signe. « Très bien, on a un accord… on n’a pas le temps de jouer et je veux en finir avec ça. » Il s’avança et lança un coup contre elle.

Elle lui fit tomber le bâton des mains avec une précision mortelle. « Tu sais, je ne t’aime pas vraiment », dit-elle paresseusement, attendant qu’il reprenne son bâton. Elle s’avança vers lui et visa son bâton, le repoussant puis fouettant ses genoux du sien pour le déséquilibrer. « Tu me dis quand tu en as assez, d’accord ? Je ne veux pas vraiment m’en demander trop… on me dispute sinon. » Ceci dit avec un tout petit air d’excuses vers son âme-sœur qui fulminait.

Il se releva et s’appuya sur son bâton, puis il réattaqua, dans un mouvement circulaire à hauteur de sa tête. Elle para le coup puis le laissa la dépasser pour lui cogner les fesses, l’envoyant au sol. Cette fois, il y resta. « Bon… on peut commencer à discuter de la manière d’empêcher ces soldats d’envahir cet endroit ? »

Isaac leva les mains. « Je n’ai ni la force ni le temps de voir ça avec toi maintenant… si vous voulez nous aider à porter des choses, faites comme vous voulez. » Il se retourna et repartit vers ses papiers de plan.

Xena soupira et secoua la tête. « Je vais chercher mes affaires. » Elle jeta un coup d’œil aux Amazones, Jessan et Johan. « Jess, fais un tour de cet endroit et trouve dans quel genre de pétrin nous sommes vraiment… Prends Solari avec toi. »

Il hocha la tête et lui fit un sourire à pleines dents. « Je vais aller plonger dans le lac. J’espère que l’odeur de poils mouillés ne vous dérange pas. »

« Ça devrait sentir meilleur qu’actuellement », commenta Solari avec un tressaillement.

La guerrière se tourna et se dirigea vers l’écurie, gardant les yeux vers le sol et ses pensées pour elle-même.

Gabrielle s’appuya sur son bâton emprunté et soupira. « Frendan, as-tu remarqué s’il y avait beaucoup de tissu pour faire des bandages et des herbes, quand tu étais dans l’atelier ? »

La toute petite Amazone secoua la tête. « Non… il faut que j’aille vérifier ? » Son regard se posa sur Gabrielle d’un air adorateur.

« Ce serait mieux », dit la barde en grimaçant, ensuite elle regarda vers l’écurie. « Je vais voir si je peux lisser des plumes très ébouriffées. » Elle partit dans cette direction prenant son bâton avec elle, laissant les Amazones restantes écouter les plans des villageois.

************************************

L’écurie était tranquille à part les reniflements des chevaux et le bruit de sabots sur la paille. Xena alla directement vers le chariot et déverrouilla le compartiment caché, le sentant se relâcher contre sa main. Elle s’agenouilla au bord de la carriole et tira sur ses armes et son armure, sentant le cuir et le cuivre frais contre sa peau. Elle se releva et posa ses affaires sur le siège du chariot puis elle sortit l’armure en cuir et la secoua, faisant tomber des fétus de paille de ses plis obscurs.

Un léger craquement l’alerta qu’elle avait de la compagnie, mais elle n’en avait pas besoin, ses sens lui disant, avant que n’importe quel son lui parvienne, qui se tenait dans son dos. Le léger bruit de pas se rapprocha et elle put entendre la respiration de Gabrielle et sentir son odeur distincte.

Une main légère toucha son dos, le réchauffant à travers le tissu de sa robe, accentuant la connexion qu’elle ressentait toujours quand Gabrielle était proche.

« Hé. » La voix de la barde était douce et pensive.

« Hé », répondit Xena en grognant, consciente qu’il lui était quasiment impossible de rester en colère contre sa compagne trop longtemps. Mais elle garda les yeux sur son travail et secoua le cuir à nouveau. « Tu es heureuse là ? »

La barde se mit entre elle et le chariot, la forçant à la regarder tout en pressant leurs corps l’un contre l’autre. « Xena. » Elle mit les deux mains sur la poitrine de la guerrière. « Est-ce que je suis heureuse qu’on soit attaqués ? Quel genre de question c’est ça ? »

Les yeux bleus la regardèrent. « Tout le monde dit sans cesse ne pas comprendre pourquoi je ne cogne pas quelques têtes pour en finir avec tout ça… et bien… » Elle regarda ses mains. « Je présume que c’est ce que je vais faire maintenant. »

« Xe ? Qu’est-ce qui se passe ? » Demanda doucement Gabrielle. « Ecoute… si c’est ton sentiment, qu’ils aillent chez Hadès… on se contente de partir. »

« Et laisser tes précieux villageois ? » Répliqua Xena.

La barde sentit son cœur commencer à battre fort. « Je ne comprends pas ce qui se passe ici…Xena, on aide des gens tout le temps, tu te souviens ? »

La guerrière baissa le regard.

« Ecoute… je suis vraiment désolée que le plan ait foiré… et j’admets que c’est de ma faute, d’accord ? » Gabrielle la regarda. « Je me suis déjà excusée une demi-douzaine de fois… j’ai perdu mon sang-froid et je ne suis pas sûre de savoir ce que tu attends encore de moi. »

Xena garda le silence, mais son corps bougea, les épaules affaissées et les muscles de sa mâchoire se serrant et se détendant.

« Tu ne… te sens pas bien ou quoi ? » Hasarda la barde. « Est-ce qu’il s’est passé quelque chose d’autre… que je ne sais pas ? Ça ne te ressemble pas. » Elle fut encouragée par le fait que Xena n’avait pas bougé, ni ne s’était reculée, au lieu de ça, elle restait tranquillement immobile, presque comme si elle tirait du confort de leur contact. « Allons, mon amour… dis-moi tout… qu’est-ce qui se passe là-dedans ? »

« Je… » Xena sentit ses défenses s’éroder et la colère presque irrationnelle s’effaça, laissant une tristesse tranquille à la place. « Désolée… je ne suis pas vraiment sûre de savoir pourquoi j’ai réagi comme ça. » Elle finit par relever le regard et elle regarda les yeux verts très inquiets devant elle. « Et ce n’est pas de ta faute, Gabrielle… je ne te blâme pas d’avoir réagi ainsi quand tu as vu Jess… j’aurais dû les faire sortir hier soir et nous serions tous partis. »

Gabrielle relâcha un souffle qu’elle avait à peine remarqué retenir. « Chérie, ne me fais pas peur comme ça. » Elle laissa sa tête retomber en avant pour venir contre la poitrine de Xena, sentant que ses jambes se mettaient à trembler.

Xena l’étreignit, sentant les tremblements à travers son propre corps. « Je suis… désolée », murmura-t-elle, en massant le dos de la barde et en savourant le contact de la peau de Gabrielle contre la sienne. « Je suis… je pense que je me fatigue d’avoir à me battre, Gabrielle… je voulais faire ça sans avoir à le faire… vraiment », expliqua-t-elle tranquillement. « C’est si facile d’utiliser la force… je… »

La barde leva la tête et étudia sa compagne. « Alors partons… on ne peut pas sauver tout le monde. » Elle connaissait Xena. « Rentrons simplement à la maison. »

Les yeux bleus la regardèrent avec ironie. « Tu dis ça parce que tu sais que je ne le ferai pas. » Mais un tout petit sourire retroussa les lèvres de Xena.

Gabrielle soupira. « Je sais que tu as mal… et j’aimerais pouvoir arranger ça. » Elle regarda le visage de Xena. « Et je sais que c’est de ma faute. »

Un mouvement de la tête brune. « Non. »

La barde leva la main et caressa affectueusement la joue de sa compagne. « Oui. »

Xena déglutit. « Tu sais… j’ai failli te suivre. » Sa voix craqua. « Dans ce puits. »

Gabrielle se figea et la regarda simplement.

« Arès m’a arrêtée. »

« Bien entendu qu’il l’a fait. » Les yeux de Gabrielle s’assombrirent de colère. « Pour ses propres raisons. »

« Il m’a dit… que je n’irais jamais aux Champs Elyséens », murmura doucement Xena.

« Xena, tu sais qu’il aurait dit n’importe quoi pour que tu fasses ce qu’il voulait », objecta Gabrielle avec un ton d’urgence.

Xena prit sa joue dans sa main. « Il a fait beaucoup de choses horribles, Gabrielle… mais il ne m’a jamais menti éhontément. »

Un silence douloureux. « Alors tu l’as cru. » Elle regarda la guerrière hocher brièvement la tête. « Et tu n’as pas cru que je te retrouverais quel que soit l’endroit où tu finirais ? » Ça faisait mal et elle ne le nia pas à elle-même.

« Non… je l’ai cru », la corrigea Xena doucement. « Il m’a demandé si tu méritais vraiment cela. »

Gabrielle prit plusieurs inspirations. « Quel salaud. »

Xena lui caressa le visage. « C’est une question valable, Gabrielle… et la seule réponse qui me venait c’était non. » Elle déglutit. « Alors… ce que j’essayais de faire, c’était de trouver… ton esprit… pour que je puisse te le dire face à face, et espérer que tu me pardonnes. » Elle secoua la tête. « Et ensuite… quand j’ai découvert que tu étais toujours vivante… je devais commencer à me poser la question, à quoi ça servait ? » Elle souleva l’armure et la laissa retomber. « Pourquoi est-ce que je fais ça ? Je ne pourrai jamais expier pour tout ce que j’ai fait…personne ne peut me pardonner, pas même moi-même… je… »

« Xena… » La barde garda le silence, peu sûre de ce qu’elle devait dire.

« Tout ce que je peux faire… c’est essayer de vivre et te rendre heureuse… et je ne peux faire aucun des deux si je passe mon temps à batailler », finit sa compagne, d’un ton misérable. « Je ne sais plus quoi faire. »

Gabrielle soupira et posa le front contre l’épaule de son âme-sœur. « Pourquoi tu ne m’as rien dit ? »

Xena n’avait pas de bonne réponse pour ça, alors elle se contenta de poser sa tête contre celle de Gabrielle.

« Laisse-moi deviner… tu ne voulais pas m’inquiéter », murmura la barde dans sa chemise.

« Je pensais juste que je… » Xena soupira. « Je pensais que c’était une réaction à ce qui s’était passé… et que ça faiblirait… après un moment. »

« Mais ça ne l’a pas fait », devina Gabrielle.

« Non. » La guerrière soupira. « Je ne sais pas où aller à partir de là. »

Gabrielle la caressa sans y penser pendant un moment, réfléchissant. « Attends une minute. » Elle leva les yeux. « Arès a dit que tu n’allais pas aux Champs ? »

Un hochement de tête.

« Mais… il n’a pas dit où tu allais », dit la barde d’un ton raisonnable. « Pas vrai ? »

Un silence intrigué. « Et bien, la déduction… »

« Non… oublie la déduction, Xena… il ne l’a pas dit », insista Gabrielle. « Ce bâtard rusé t’a piégée… tout ce qu’il a dit c’est que tu n’allais pas finir à Elysia. »

Xena réfléchit un instant. « C’est vrai », admit-elle à contrecœur. « Il n’a rien dit d’autre. » Elle ressentit un minuscule apaisement de la sombre dépression qui avait pris possession d’elle et qu’elle repoussait avec obstination. Son regard alla vers l’écurie. « Je pense qu’on ferait mieux d’y aller… écoute, je… »

Un doigt sur ses lèvres. « Toi écoute. Je t’aime », déclara fermement Gabrielle. « Et si je dois mettre le monde sans dessus dessous pour trouver… un moyen de croire… que ça nous permet le pardon… pour nous deux… alors c’est ce que je vais faire, Xena. » Sa voix était ferme. « Je trouverai un moyen. »

La guerrière lui prit le visage. « Tu es mon moyen », lui dit-elle simplement. « Rien d’autre ne compte pour moi. »

Cette responsabilité s’installa sur les épaules de Gabrielle. « Nous allons rentrer à la maison après ça, Xena… et il n’y aura plus de combats. Juste toi, moi et notre enfant. » elle caressa l’épaule de la grande femme. « D’accord ? »

Un léger sourire. « D’accord… » Les yeux bleus perdirent un peu de leur expression hantée. « Désolée… c’est vraiment un mauvais timing », reconnut doucement Xena. « Je pensais que j’avais la main là-dessus. »

Gabrielle pinça un peu les lèvres. « Ne me rejette juste pas, d’accord ? » Plaida-t-elle. « Nous sommes passées par beaucoup trop de choses pour ça, Xena… et je sais que toutes les deux, nous avons encore des endroits douloureux. »

La grande femme prit une inspiration et la relâcha avec un petit signe de tête. « Tu as raison… sortons d’abord de ce bazar, ensuite… » Elle détacha les lacets qui fermaient sa robe. « Peut-être que Baracus va passer à côté de cet endroit… il n’y a pas grand-chose pour lui. » Un lacet se coinça et elle tira dessus avec impatience mais sentit qu’on lui retirait doucement les mains du tissu.

« Laisse-moi faire avant que tu ne commences à le déchirer. » Gabrielle s’affaira et libéra le nœud puis elle tira sur les lacets. « Voilà. » Elle regarda son âme-sœur retirer la robe, la lumière du soleil poussiéreuse s’engouffrant dans l’écurie par les hautes fenêtres cirées et saupoudrant ses épaules d’étincelles dorées, son visage renvoyé dans l’ombre. « Alors… qu’est-ce que les Amazones faisaient ? »

« Elles se bagarraient. » Xena soupira tout en enfilant sa combinaison, et elle carra inconsciemment ses épaules tandis que le cuir réchauffait sa peau. « Quoi d’autre ? Elles ont pris ombrage de devoir faire du travail manuel. » Elle serra les attaches puis tendit la main pour prendre l’armure que Gabrielle lui tendait. « Et apparemment certains hommes pensaient qu’ils allaient faire un peu de shopping. »

Gabrielle passa sous le bras gauche de sa compagne pour serrer l’attache de sa cuirasse. « Ah oui ? Je présume qu’ils n’ont pas fait affaire ? »

Un léger ricanement. « Plus qu’ils ne le pensaient, je présume », marmonna Xena tandis qu’elle tirait sur son bracelet d’avant-bras, puis ses bracelets délacés. Gabrielle se rapprocha immédiatement et commença à les serrer. Elles restèrent dans un silence paisible pendant un moment avec le soleil qui les enveloppait, puis la barde leva les yeux.

« Et bien, ils vont devoir revoir leur opinion sur les femmes combattantes avant que nous ne partions. »

Xena se permit un sourire à contrecœur tandis qu’elle positionnait son chakram et attachait son fourreau sur sa combinaison, replaçant son épée plus confortablement. « Oh oui », acquiesça-t-elle ironiquement. « Au moins nous avons un groupe plutôt bien armé, entre nous, les Amazones et Jess. »

« Tu oublies ton frère », lui rappela Gabrielle.

« Non, je ne l’oublie pas », répliqua la guerrière avec un sourire narquois.

La barde le lui retourna et mit les bras autour de sa grande compagne avant de la serrer affectueusement. « Tu te sens mieux ? »

Xena posa sa joue sur la tête de Gabrielle et l’étreignit à son tour. Elle pouvait sentir la pression du ventre arrondi de la barde contre elle et un minuscule mouvement se transmit à travers sa combinaison. C’est ça qui est important, Xena… débarrasse-toi de tout le reste de ces conneries et essaie de te souvenir de ça. « Oui. » Elle soupira. « Je vais bien. »

« Bien. » Gabrielle plia la robe et la mit dans le chariot, puis elle fit un pas en arrière pour laisser sa compagne tirer sur son armure de jambes et ses bottes. Se tenant là dans le soleil fracturé, dans une brillance à demi obscurcie et à demi dorée, la dualité de sa nature semblait ciselée pour le regard de la barde. Elle tendit la main et mit la frange de Xena en ordre, l’arrangeant avec soin puis elle sourit. « Alors, je suis pardonnée d’avoir lancé une chèvre au milieu des poulets ? »

L’air sévère de la guerrière s’adoucit. « Oui… en plus, vu ce qui s’est passé, c’est plutôt discutable en fait », admit-elle. « Je présume que je devrais aller calmer les Amazones aussi, hein ? »

Les yeux verts étincelèrent dans le soleil. « Oh… je ne sais pas… des Amazones châtiées… ça m’a plutôt amusée », la taquina gentiment Gabrielle. « Peut-être que tu ne devrais pas leur pardonner tout de suite. »

Finalement, cela lui valut un sourire de son âme-sœur. « Châtiées ou chastes ? Je ne suis pas sûre que tu pourras gérer cette dernière option. »

« Dit par la femme qui en a renvoyé une hurlant dans la nuit », répliqua Gabrielle, en mettant une main sur sa hanche, un sourcil haussé.

Un autre sourire, celui-ci confinant à la débauche. « Viens… partons d’ici. » Xena mit un bras autour de l’épaule de sa compagne. « Je suis sûre que ta réputation est sur le point de monter de plusieurs crans… pour m’avoir domptée aussi facilement. »

« Domptée, toi ? » Gabrielle éclata de rire, tout en prenant la taille de Xena, frottant un pouce contre le cuir familier. « Comme si. » Elles continuèrent bras dessus bras dessous et sortirent dans la cour en désordre.

« Comment elle fait ça ? » Murmura Aileen à Solari, qui était occupée à nettoyer ses armes.

« Hein ? » L’Amazone brune bougea brusquement la tête et regarda dans la direction qu’Aileen lui montrait, pour voir Xena et Gabrielle qui traversaient la cour, la guerrière portant maintenant sa combinaison en cuir et son armure habituelles, et toutes les deux avaient l’air d’être des tourterelles toutes fraîches. « Par le téton gauche d’Héra, je suis sûre de ne pas le savoir », marmonna Solari, en secouant la tête. « Ça doit être ce truc de l’amour… mais tu sais quoi, je m’en fiche… ça a marché. »

« Mm », approuva Aileen. « Bon sang, ce qu’elle était en colère. »

Solari se massa la nuque là où Xena l’avait saisie. « Oh oui… mais tu sais quoi, chaque fois que je pense à elle, c’est comme ça que je la vois. » Elle montra de la tête la grande silhouette vêtue de cuir. « Là-dedans, avec Gabrielle près d’elle. »

« Elles ont traversé beaucoup d’épreuves », commenta doucement Aileen. « C’est dur de croire qu’elles ont pu rester ensemble à travers tout ça. »

Un rire léger de la part de Solari. « C’est un des grands mystères non élucidés du monde, tu as bien raison. » Elle garda le silence tandis que les deux femmes dont il était question se mettaient près d’elles.

« Et bien ? » Xena la regarda d’un air interrogateur.

« Eh. » Solari remua la main. « Une muraille bien entretenue autour du périmètre, avec des accès décents, mais ils n’ont qu’une douzaine d’arcs longs, et environ une demi-douzaine de flèches chacun… quelques bâtons, trois lances, une poignée d’outils de ferme, une douzaine de cloches que nous pourrions probablement leur jeter, et un tas de pierres. »

Xena soupira. « Ce n’est jamais facile. »

« Et ça empire », déclara Jessan, qui vint se mettre dégoulinant près d’elles, l’eau scintillant sur sa fourrure dorée. « Ils ont du minerai d’argent et des gemmes par ici. »

Tout le monde le regarda. « Quoi ? » Xena haussa les sourcils jusqu’à sa frange.

Un signe de tête poilue. « Ouaip… des seaux pleins… ils ont dû les récupérer en creusant dans cette montagne par-là… bien cachés dans leur lieu de prière. » Il s’interrompit tandis que tout le monde clignait des yeux. « Tu as dit de regarder partout », continua-t-il d’une voix blessée. « Je me demandais pourquoi ils avaient tout ce truc et étaient si secrets… et bien… ils ne gardent pas les moutons, ça c’est sûr. »

La guerrière ricana. « Bon sang. » Elle secoua la tête. « Tu penses que Baracus le sait ? »

Jessan leva ses deux bras velus puis les laissa retomber contre ses cuisses. « Je doute qu’il se dirige par ici pour la nourriture. »

« Hmmm… tu as assurément raison », marmonna Solari. « Faut que je vous dise… je ne sais pas ce que vous avez eu, mais la cuisine d’Eponine est meilleure que ce qu’on a eu nous. »

Un moment de silence révérencieux suivit cette profonde déclaration. « Beuh. » Gabrielle se mordit la lèvre.

« Il ne va pas seulement attaquer alors… il va envahir cet endroit. » Xena soupira. « Bon sang. » Elle regarda vers l’endroit où les hommes du village étaient massés autour d’Isaac. « S’ils prend ces fonds, il va pouvoir embaucher tous les foutus mercenaires de ce territoire… et on va avoir des gros problèmes. »

Tout le monde la regarda avec respect. « J’avais pas pensé à ça », admit Solari.

« Tu n’as pas été lui », lui dit Xena, brusquement. « Je sais que si j’avais trouvé un filon comme celui-là, j’aurais pris cet endroit d’assaut pour ça. » Elle réfléchit un moment puis prit une inspiration. « Je vais aller en finir avec ça. »

« Je te suis, L’E… » Jessan s’interrompit, lançant un regard d’excuse à Xena. « Je veux dire… »

Une main sur son bras. « C’est bon. » Xena carra les épaules et se dirigea vers le groupe agité, les deux Amazones dans la périphérie, qui attendaient avec son frère.

Ils la suivirent et Solari pencha la tête près de Gabrielle. « Comment il allait l’appeler ? »

Le regard vert se tourna vers elle sévèrement. « L’Elue. »

« Comme dans… » La brune Amazone haussa les sourcils. « Mais je pensais que… »

« C’est comme ça que son peuple l’appelle », expliqua la barde à voix basse, observant sa compagne du coin de l’œil. « Ils la vénèrent. »

« Oh », dit Solari d’une petite voix. « Ça alors ! »

« Oui. » Gabrielle nota le retour du sautillement fluide dans la marche de son âme-sœur tandis que celle-ci se dirigeait vers le conflit ainsi que le mouvement de ses épaules alors qu’elle passait eu déhanchement caractéristique que la barde connaissait bien. « Mais dans des moments comme ceux-là… c’est le côté d’elle dont on a besoin. » Elle leva la tête et allongea sa foulée pour rattraper la guerrière.

« Trois d’entre vous hors les murs et soyez vigilants… le reste, ramassez tous vos armes et nous nous retrouvons devant le portail », prononça Isaac d’un ton important.

« Il va charger le portail », l’interrompit la voix de Xena.

« Femme, je t’ai dit que si tu voulais… » Isaac se tourna vers elle en colère puis il s’arrêta brusquement de parler et sa mâchoire s’affaissa alors qu’il faisait face à une combattante d’un mètre quatre-vingt, au regard noir et armée jusqu’aux dents.

« Je m’appelle… » La guerrière marcha à grands pas lents vers lui, mit ses mains sur ses hanches couvertes de cuir et le regarda de haut. « … Xena. » Elle fit une pause significative. « Sers-t-en. ».

« Par le Dieu adoré, qu’est-ce que tu es ? » Le vieil homme inspira. « Tu n’es pas… non… une de ces horribles Amazones, n’est-ce pas ? »

« Non », répondit d’un ton neutre Xena, pointant du pouce par-dessus son épaules. « Ça, ce sont les Amazones. » Elle fit signe à Gabrielle qui regardait en silence. « Et elle, c’est une reine Amazone. » Un doigt pointé vers Jessan. « Et lui c’est un être de la forêt. » Une pause. « Je ne suis qu’une combattante. » Une autre pause. « Une combattante de très mauvaise humeur. » Elle se fraya un chemin à travers la foule et les regarda tous tour à tour. « Et vous allez vers un tas d’ennuis, parce que je présume que ce seigneur de guerre connait votre petit secret et qu’il vient pour démolir cet endroit. »

Les hommes se regardèrent. « Comment sais-tu ça ? » La défia Matthias. « Peut-être que tu es un de leurs espions ! »

« Ne sois pas idiot. » Jessan arriva à grands pas. « J’ai regardé dans votre petite boite. »

Un choc. « Quoi ? »

« Vous voyez ? » Il montra ses yeux dorés. « Ils fonctionnent bien. » Ensuite il leva les mains. « Les pouces opposables aussi. »

« Tu es un animal. » Isaac leva brusquement la main.

Jessan le regarda puis il se secoua soudainement, envoyant de l’eau du lac partout sur les hommes. « Ah. C’était bon ça. » Il leur fit un sourire et se tourna vers Gabrielle. « C’était plutôt animalier, hein ? »

« Ecoutez. » Xena se massa les tempes. « Votre seule chance c’est soit de le distraire, soit de fuir. » Elle les regarda. « Il a cinquante ou soixante mercenaires à cheval… se battre contre lui n’est pas une option. »

« Pour eux », marmonna Jessan entre ses dents.

Le regard bleu alla vers lui puis un minuscule soupçon de sourire recourba les lèvres de Xena.

« Nous ne quitterons pas nos foyers. » Isaac secoua la tête. « Dieu va nous regarder pendant cette épreuve… il va nous protéger de ces hommes. »

La guerrière réfléchit à ces paroles. « Oh… bien, d’accord alors… je présume qu’on va partir… vous n’avez pas besoin de nous. » Elle haussa les épaules. « Allez, tout le monde… on a ce pour quoi nous sommes venus… reprenons le chemin de la maison. » Elle se retourna et commença à marcher vers l’écurie, entourant les épaules de Gabrielle la faisant se retourner pour la suivre avant que la barde ait le temps d’ouvrir la bouche.

Elles firent sept ou huit pas quand Isaac cria.

« Attendez. »

Elles s’arrêtèrent. Xena tourna la tête et haussa un sourcil.

« Peut-être que… j’avais tort… peut-être que Dieu vous a amenés à nous dans un temps de besoin », reconnut le vieil homme. « Il agit de… très… mystérieuses façons… mais ce n’est pas à nous de questionner sa volonté. » Il s’éclaircit la voix. « Vous pouvez rester et nous aider. »

« On a souvent nommé Xena comme la réponse à une prière », l’informa Gabrielle avec un visage neutre. « On va voir ce qu’on peut faire. » Elle ignora le coup dans ses côtes. « A quelle distance se trouve l’armée ? »

L’éclaireur la regarda avec incertitude, puis Isaac, puis il haussa les épaules. « Une journée…ils ont attaqué une caravane marchande pas loin d’ici et ils se demandent toujours ce qu’ils peuvent faire de ça. »

« Salauds », marmonna Johan. « La caravane allait sûrement à Amphipolis. »

Xena soupira. « Oui… et on ne veut pas le combattre là-bas non plus… » Elle sentit un pincement d’inquiétude. « Même avec la milice… très bien… chaque chose en son temps… apportez des provisions dans cette grotte, on peut la défendre si rien d’autre ne marche », ordonna-t-elle. « Des tonneaux d’eau, des fruits secs… tout ce que vous trouverez pour survivre. »

« Matthias, demande aux femmes de commencer à bouger tout ça », prononça Isaac. « Ça leur donnera quelque chose à faire et les empêchera de se tracasser. » Il se tourna. « Prenez le chariot et apportez des tonneaux d’eau… vite. C’est bientôt le Sabbat. »

« Qu’est-ce que ça veut dire ? » Demanda Gabrielle curieuse.

« C’est le temps du Seigneur… quand nous ne devons pas travailler, juste nous reposer et le vénérer », expliqua Isaac. « De ce soir au coucher du soleil jusqu’au coucher de soleil demain. »

Xena s’avança. « Attends… tu te rends compte que vous allez devoir travailler demain, avant que ces gars n’arrivent, pas vrai ? »

« Notre devoir envers notre Seigneur passe avant toute chose », lui dit l’homme. « Il nous protègera comme il l’estimera… comme il vous a envoyés à nous. » Isaac se tourna et fit signe aux autres hommes. « Venez… allons nous engager dans la prière et la méditation… que Dieu connaisse nos intentions. » Ils quittèrent les femmes qui se tenaient dans l’espace ouvert et se dirigèrent vers la salle de prière, leurs têtes les unes contre les autres, le son montant et descendant.

« Par les dieux », balbutia Gabrielle.

« Et bien. » Jessan tira sur sa barbe généreuse. « Si ce n’est pas la plus grande troupe de crottes de lapins qu’on ait jamais vue. »

« Ces gens sont cinglés, Xena », dit Solari d’une voix chantante. « Tu avais raison pour commencer… on aurait juste dû attraper les gamins et filer. »

« Hé. » L’être de la forêt fit la moue. « Je ne suis pas un gamin. »

« Et moi non plus », se plaignit Toris.

Xena les regarda. « Gabrielle, tu voudrais bien écrire quelque chose dans ton journal pour moi ? »

La barde cligna des yeux. « Bien sûr. »

« Un c’est simple, deux c’est de la compagnie, trois ce sont des ennuis », énonça Xena. « Double ça si ce sont des Amazones ou des membres de ma famille. »

« Compris. » Gabrielle les regarda d’un air d’excuse, puis elle se rapprocha de la guerrière. « Est-ce que je peux assumer en toute sécurité que je suis la compagnie ? » Demanda-t-elle à voix basse.

Les yeux bleus étincelèrent solennellement à son égard. « Très bien… donnez-leur un coup de main pour bouger tout ce truc dans la grotte… et essayez de voir s’il y a une sortie à l’arrière, juste au cas où. » Elle pointa les Amazones, Jessan et sa famille. « Et toi. » Elle regarda la barde. « Tu viens avec moi. »

« Où est-ce que tu vas ? » Demanda Toris, en mettant les mains sur ses hanches.

Xena mit un bras autour de son âme-sœur. « Je vais prier et méditer », déclara-t-elle. « Peut-être que j’aurai de la chance et que je serai frappée par une idée de comment on va se sortir de ça. »

« Alors. » Gabrielle s’appuya contre l’arbre sous lequel elles s’étaient mises à l’abri. « Est-ce qu’on a un plan ? »

Xena était allongée dans l’herbe à ses pieds, et fixait les nuages ses mains croisées sur son estomac. « On n’a pas vraiment beaucoup d’options. » Elle étouffa un bâillement. « On peut tous quitter le village… on peut lui faire peur ou bien on peut le combattre. »

« Xena, je ne pense pas que ces gens voudront quitter cet endroit. » La barde passa paresseusement les doigts dans les cheveux noirs de sa compagne. « Et je sais que tu préfèrerais ne pas avoir à le combattre. »

Un haussement d’épaules. « Si je dois le faire… je dois le faire, Gabrielle… il a cinquante soldats, j’ai toi et moi, un être de la forêt, six Amazones et un troupeau de moutons. » Elle fit une pause. « Je pense que ça nous met à égalité. »

La barde se mit à rire.

« Mais… tu as raison… si on le combat et qu’on le repousse, il reviendra avec plus d’hommes et de mauvaise humeur la fois suivante », analysa la guerrière. « Et nous ne voulons pas qu’il parte frapper Amphipolis… ce dont nous avons besoin c’est de quelque chose qui lui fasse quitter les lieux sans vouloir revenir. »

« Pourquoi pas la cuisine ? » Fit remarquer la barde ironiquement. « Je blague… heu… » Elle réfléchit tranquillement. « Et si on cachait tout le monde ? »

Xena observa les nuages, des petits joufflus qui voletaient paresseusement dans le ciel bleu. « Et si Baracus pensait qu’il risque d’être sévèrement malade ici ? »

« Malade ? » Gabrielle plissa le front. « On pourrait prétendre qu’on a la fièvre, je présume… mais… »

« Non… ça doit être plus effrayant que ça… » Sa compagne réfléchit pensivement. « Tous ces types ont des barbes, pas vrai ? »

« Heu… oui. »

« Eh. » Très lentement, un sourire passa sur les lèvres de Xena. « Et si Baracus pensait que ses hommes étaient en danger de se transformer… en mignons gros nounours ? »

La barde ricana, se couvrant la bouche pour étouffer un rire. « Allons, Xena… personne n’y croirait… même si nous avons le pauvre Jessan comme exemple. »

« Non… pas s’il était le seul… » La guerrière se mit sur un coude, ses yeux intelligents étincelant. « Mais on pourrait montrer une évolution de la maladie… qui commencerait par… oh… une petite folie comme de faire la révérence, se parler à soi-même, ensuite chanter en groupe… et enfin quelques êtres de la forêt locaux… qu’en penses-tu ? »

« Oh Xena… ces types n’accepteront jamais de jouer comme ça. » Sa compagne rit. « Pas que ce ne serait pas drôle… ou que ça marcherait, pour le coup. »

« Jouer ? » La guerrière sourit. « Ils n’en ont pas besoin… c’est ce qu’ils faisaient faire à Jessan, d’ailleurs… ça fait partie de leur vénération », dit-elle. « Tout ce qu’ils ont à faire, c’est ce qui leur est naturel… ça semblera si étrange à Baracus, qu’il ne saura pas quoi faire. »

« Et bien… » Gabrielle y réfléchit. « Et toutes les femmes ? »

Un sourire. « Je présume qu’elles devront prendre des responsabilités, hein ? »

La barde la regarda avec vénération. « Tu es une humaine étonnante, tu le sais ? »

Xena rougit un peu et baissa les yeux, un sourire embarrassé sur les lèvres. « Ça pourrait ne pas marcher », avertit-elle.

Gabrielle traça la pommette dessinée d’un doigt. « Si on ne peut rien faire… on peut toujours se battre. »

Un hochement de tête. « Gabrielle… je… voudrais-tu faire quelque chose pour moi, si c’est à ça qu’on arrive ? » Xena la regarda avec sérieux.

« Si je peux, bien sûr », répondit la barde.

La guerrière prit sa main et la serra doucement. « S’il te plait… ne te bats pas cette fois-ci », lui demanda-t-elle. « Tu sais que ce n’est pas parce que je pense que tu ne peux pas le faire. »

Gabrielle prit une inspiration puis la relâcha lentement. « Mais… »

« S’il te plait », demanda Xena avec force. « Reste avec les enfants… défends les… mais pour l’amour des dieux, Gabrielle… ne te mets pas devant une lance si on en arrive à ça. »

La barde réfléchit à la requête, reconnaissant sa légitimité. « Très bien… mais tu dois me promettre quelque chose. »

« Si je peux, bien sûr. » Xena masqua un sourire de soulagement.

« Ne te mets pas dans une situation dangereuse que j’aurais pu t’éviter. » Gabrielle lui mit le bout de son doigt sur le nez. « Si tu es blessée, je ne serai pas capable de me le pardonner. »

« Je ferai de mon mieux », promit la guerrière. « D’accord alors ? »

« D’accord. » Gabrielle acquiesça à contrecœur. « Mais j’espère que ton plan marchera, parce que ça va être vraiment très, très drôle, et ça fera une histoire géniale. » Elle se pencha en avant et embrassa son âme-sœur. « Allez… je meurs d’envie de t’entendre leur dire ce qu’ils vont avoir à faire… ces culs de moutons coincés, prétentieux et dominateurs. »

Xena se releva et mit la barde debout avant de se rediriger vers le village.

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« Tu veux que quoi ? » La voix de Jessan monta à en devenir presqu’un couinement, ce qui était particulièrement décalé venant d’un homme de deux mètres aux crocs aiguisés. « Xeeennaa ! Même si je pouvais les trouver… qui dit qu’ils feront ce que je leur demanderai ? »

« Essaye », lui conseilla la guerrière d’un ton brusque. « Si ça ne marche pas, reviens… nous allons t’utiliser et peut-être coller de la laine de mouton sur mon frère. »

« Hé. » Toris mit les mains sur ses hanches. « Je fais pas dans les moutons, Xena… je pensais que c’était ce qui nous avait valu de nous retrouver ici pour commencer. »

« Fais… le… » Gronda Xena doucement tout en lançant un regard à son frère.

« Je ne sais pas, Xena… tu veux que je me conduise comme un ours en hibernation… » Objecta Jessan avec suspicion. « Je veux dire… ils ont ces… » Il remua ses griffes. « Et leurs visages… » Il mima un groin. « Et ils se dandinent. »

Une main vint lui saisir sa poitrine velue et tira fort. « Ecoute… si je peux agir comme une villageoise incapable, tu peux agir comme un ours. »

« Eu… rugir. » Jessan passa d’un pied sur l’autre. « Tu vois ? Je peux me dandiner. »

« C’est mieux. » La guerrière le relâcha. « Maintenant écoutez… nous ne pouvons pas échapper à ça. Baracus n’est pas idiot… et il sait à quoi je ressemble, alors je vais rester hors de vue. » Elle les regarda. « Tout a été déménagé ? »

Solari plia les bras. « Oui… et je pense que la moitié de ce truc c’était des foutues briques… chaque chose devenait un héritage sans prix. » Elle regarda par la fenêtre vers la cour silencieuse et éclairée par le soleil crépusculaire. « Et toutes ont disparu assurément. » Elle se tourna vers Gabrielle. « C’est quoi tout ce truc ? »

La barde était assise à une table rudimentaire, dans l’écurie qu’ils avaient réquisitionnée comme centre de commandement. C’était plus confortable que d’être l’objet de toute cette curiosité furtive dans les maisons, et, comme Solari le nota, ils pouvaient au moins mâcher leurs rations de voyage dans une paix relative. Gabrielle écrivait dans son journal et elle fit une pause en levant les yeux. « Pour autant que je puisse en parler, ils ont une journée par semaine de repos… leur religion le leur dicte. Tous les travaux s’arrêtent… ça inclut la cuisine, le nettoyage, les travaux aux champs… tout sauf le repos et la prière. »

Tout le monde réfléchit à ces paroles. « Et bien… » Solari fit une grimace et haussa les épaules. « J’ai entendu parler de coutumes bien pires… ce serait génial d’avoir une excuse pour traîner une fois par semaine. »

« Oh ? Et quelle excuse tu utilises habituellement ? » Commenta Cesta en tordant les lèvres ironiquement. « Je vous ai vues filer après le déjeuner… voyons voir… c’était pour… euh… patrouiller ? »

Xena ricana. « Je ne comprends pas pourquoi ils ont besoin qu’on leur ordonne de se reposer. »

Gabrielle se mit à rire, puis elle se couvrit rapidement la bouche et retourna à ses écrits, sans regarder sa compagne. Mais ses épaules étaient légèrement secouées.

La guerrière s’éclaircit la voix. « Très bien… bon… demain on les laisse faire leur routine habituelle… Gabrielle, tu sais quoi faire quand Baracus arrivera ? »

« Je l’accueille », répondit promptement la barde. « Et je lui dis qu’une maladie étrange provoque de la folie dans tout le village. » Elle mit une note dans son journal. « J’essaie de le convaincre que c’est quelque chose dans la montagne que nous creusons. »

« Bien. » Xena hocha la tête. « Solari, vous pouvez contenir les moutons ? »

L’Amazone fit craquer ses phalanges. « Oui… mais ça va être le bazar. »

« C’est bon… je pensais que tu aimais la boue », répliqua la guerrière avec un sourire ironique. « Toris, toi et Johan vous restez dans la grotte… si Jess ne trouve pas d’êtres de la forêt locaux, on va devoir se servir de vous. »

« Xena, je ne suis pas vraiment doué pour ce genre de chose », protesta son frère. « Je ne peux pas juste… »

« Non. » La guerrière lui coupa la parole. « Ecoute, tout ce que tu as à faire c’est de t’enrouler et dormir… en quoi c’est difficile ? »

« Nu… avec une nuée de mecs armés et en colère pour me regarder ? » Argumenta Toris. « Tu pourrais toi ? »

Sa sœur laissa un sourire sournois passer sur ses lèvres. « Bien sûr », dit-elle d’un ton traînant. « Mais tu as déjà cinquante pour cent des poils… et quelques autres attributs qui me manquent malheureusement. »

La porte craqua en s’ouvrant et ils regardèrent tous dans sa direction. Sarah se tenait là, dans une longue jupe et une chemise douloureusement blanche, ses mains serrées devant elle. « Matthias m’a envoyée… pour voir si vous voulez vous joindre à nous dans la prière. »

Ils se regardèrent tous puis comme dans un consentement mutuel, vers Xena.

Elle cligna des yeux. « Heu… »

« Nous adorerions le faire », répondit fermement Gabrielle. « N’est-ce pas ? » Elle ferma son journal et se leva. « Les nouvelles expériences élargissent l’esprit, pas vrai ? »

« A ce niveau, le mien va faire la largeur de la rivière Styx », marmonna Solari.

Xena lança un regard sévère à sa compagne mais soupira. « Bien sûr, Sarah… heu… nous avons encore des choses à planifier… c’est très long ? »

« Pas vraiment… nous avons notre service, ensuite Isaac va parler sur les écritures et nous retournerons à la maison pour un dîner froid… vous êtes tous les bienvenus. » La jeune femme eut un sourire prudent, essayant de ne pas regarder vers les Amazones presque nues.

« Nous… heu…nous avons des trucs avec nous », lui dit hâtivement la guerrière. « Ça ira pour nous… vous êtes prêts maintenant ? »

Sarah hocha la tête. « Oui… il m’a envoyé voir si vous vouliez venir… et vous montrer où vous asseoir. »

« Très bien… venez. » Xena leur fit signe et avança vers la porte. « Passe devant, Sarah. »

La femme lui jeta un coup d’œil puis vers les Amazones puis de nouveau vers elle. « Heu… vous ne pouvez pas entrer dans la maison du Seigneur comme ça. »

La guerrière plissa le front. « Et alors ? » Demanda-t-elle, intriguée.

Sarah apparut très embarrassée et elle tourna son regard vers Gabrielle. « Nos lois nous interdisent de nous dénuder ainsi. » Elle s’éclaircit un peu la voix. « C’est inconvenant. »

La barde s’avança et s’éclaircit la voix, anticipant la réponse sarcastique qu’elle pouvait sentir chatouiller la langue de sa compagne. « Sarah… tu vois, c’est comme ce… tu connais le forgeron ? »

La femme cligna des yeux. « Bien sûr, mais qu’est-ce que ça a à voir avec ça ? »

« Il porte un tablier et un pantalon en peau, parce que son travail le rend nécessaire pour lui, pas vrai ? » Lui dit Gabrielle. « C’est un peu comme un outil. »

« Oui. » Sarah hocha la tête.

« D’accord… et bien… le travail de Xena c’est d’être une guerrière, et ce sont ses outils. » La barde passa la main sur le cuir noir. « Ils la protègent et la mettent en sécurité. » Ses doigts tracèrent une spire en cuivre. « Et vu qu’elle travaille pour essayer de protéger ton peuple, je ne pense pas que ton Seigneur voit un inconvénient si elle porte ceci pour écouter votre service. »

La femme étudia la guerrière silencieuse pendant un moment. « Si elle porte ça pour sa protection, alors, pourquoi il y en a si peu ? »

Ah. « Et bien… » Gabrielle se gratta le nez. « C’est parce que c’est une tellement bonne guerrière qu’elle n’a pas besoin de beaucoup de protection. » Elle laissa son toucher traîner sur la cuisse de Xena. « Si elle en portait plus, elle ne serait pas aussi rapide qu’elle l’est. »

« Je vois. » Sarah jeta un coup d’œil aux Amazones. « Et elles alors ? » Elle regarda de plus près. « Ce sont des plumes ? »

« Ce sont des Amazones. » Gabrielle prit le bras de Sarah et commença à la guider vers la sortie. « Ça fait partie de leur coutumes sacrées… en fait, quand Xena a été retenue chez les Amazones, elle a dû subir un procès qui impliquait des plumes. »

« Vraiment ? » Dit Sarah d’un ton songeur. « Tout est si différent… mais tu ne t’habilles pas comme elles. »

Gabrielle regarda le groupe, qui avançait maintenant derrière elle avec des sourires sur le visage. « Non… en fait, quand je ne suis pas enceinte, je le fais… en fait, je porte moins que les Amazones. »

Sarah la regarda. « Ton mari n’avait pas d’objection ? »

« Je n’avais pas de mari. » La barde se retrouva à dire ces mots avant même de pouvoir les arrêter.

« Je pensais que tu avais dit que tu étais… » La femme faiblit. « Ou bien était-ce aussi un mensonge ? »

Gabrielle soupira. « Non… je suis mariée… je n’ai juste pas de mari. » Elle pouvait entendre les rires légers du groupe derrière elles.

« Tu veux bien me rendre un grand service ? » Finit par répondre Sarah à tout ça.

« Euh… d’accord. »

« S’il te plait, ne m’explique plus rien, j’ai mal au crâne. »

« Pas de problème », acquiesça Gabrielle brusquement. « Alors… parle-moi de ce service. »

******************************

La salle de prière était bondée et ils entrèrent par l’arrière du bâtiment, tandis que Sarah emmenait Toris, Johan et le très rétif Jessan vers le côté des hommes avant de timidement emmener le reste vers le côté des femmes, dans la salle coupée en deux.

Un murmure bas montait et descendait et s’échappa du bâtiment tandis qu’une Sarah pudique descendait l’une des rangées suivie par ses compagnes à l’air exotique.

Xena se fit un point d’honneur à se tenir là, dans la lumière des torches tout en retournant chaque regard désapprobateur avant de s’asseoir et de croiser les bras sur sa poitrine. Elle était habituée aux regards d’une part, et d’autre part, les bancs étaient fichtrement inconfortables. Elle lança un regard d’acier à Gabrielle tandis que la barde mettait ses pieds sous le siège. « Elargir son esprit, hein ? » Marmonna-t-elle.

Gabrielle se contenta de lui tapoter la cuisse. « Tu as survécu aux Douze Actes de Sophocle avec moi devant Thèbes… tu peux survivre à ceci. »

« Oh s’il te plait… Xena… je ne t’ai jamais demandé rien de pareil… » Gabrielle l’avait suppliée en tirant sur la jupe en cuir de sa compagne dans son enthousiasme. « J’ai toujours voulu voir ça… »

Xena avait soupiré. « Gabrielle… nous n’avons pas le temps… viens maintenant, tu sais que nous avons dit à Hercule que nous allions les voir lui et Iolaus ce soir… nous nous arrêterons la prochaine fois que nous viendrons ici, je te le promets. »

Les épaules de la jeune femme s’étaient affaissées. « Je sais », avait-elle admis, en baissant les yeux. « Très bien… je suis désolée… je… je n’ai pas réfléchi. » Elle avait pris son sac et son bâton nouvellement acquis et elle s’était redressée. « D’accord… allons-y. »

La guerrière avait soupiré silencieusement, reconnaissante, et elle avait fini d’attacher l’équipement d’Argo, puis elle avait commencé à quitter la cité, se hissant sur le dos du cheval avant d’installer ses pieds fermement dans les étriers. Elles étaient à quelque distance des bâtiments quand elle avait jeté un coup d’œil derrière elle, sans savoir vraiment pourquoi et elle avait saisi Gabrielle qui regardait derrière elle avec nostalgie, son visage tendu dans un léger froncement tandis qu’elle se retournait à nouveau, glissant quasiment. Xena avait rapidement tourné la tête vers les oreilles d’Argo et avait soupiré.

Bon sang, avait-elle pensé… je suis devenue un seigneur de guerre pour ne pas avoir à traiter des gamins irritables et entêtés. Je me contentai de leur briser le crâne et de les laisser pour compte. Elle avait tiré un poil noir dans la crinière de la jument avec irritation. Je n’ai pas demandé d’acolyte et je n’ai aucune intention de la chouchouter et de la dorloter.

Encore quelques pas. Elle avait jeté un coup d’œil par-dessus son épaule, pour voir les yeux vert clair fixés sur la route, un air de concentration sur le visage expressif de la jeune fille. Ses lèvres bougeaient un peu comme si elle se parlait à elle-même. »

Essayait de se convaincre, comme elle le faisait toujours avec Xena.

La guerrière avait étudié ses mains, ensuite, avec un juron intérieur et silencieux qui aurait hérissé les poils d’Argo, elle avait tiré sur les rênes pour arrêter la jument. « Attends. » Elle avait sauté à bas et s’était agenouillée près du cheval, soulevant son sabot pour l’examiner. Un éclair de soleil couchant argenté avait dansé sur ses mains tandis qu’elle prenait sa dague, ensuite elle se releva, tenant un fer à cheval légèrement recourbé dans sa main puissante. « Bon sang. »

Gabrielle était venue se mettre devant Argo et avait regardé par-dessus l’épaule de la jument. « Oh… qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Elle a dû se casser un ongle. » Xena avait étudié le fer avec un dégoût évident. « Et je n’en ai pas d’autre… ce métal se recourbe, aussi. Je vais devoir aller voir le forgeron là-bas pour le remettre en état. » Elle avait soupiré de frustration. « Très bien… retournons là-bas… on ne peut pas prendre la route comme ça. »

Elle avait pris les rênes d’Argo et avait commencé à reprendre le chemin en sens inverse, jonglant avec le fer à cheval tout en marchant. Gabrielle était venue se mettre à sa hauteur, maniant son bâton avec un peu d’embarras tandis qu’elle marchait sur le sol poussiéreux. « Ouaouh… je veux dire… c’est dommage… mais ça ne va pas prendre trop de temps, pas vrai ? » Avait-elle demandé avec prudence, prétendant que la réponse lui irait quelle qu’elle soit.

Xena avait soupiré. « Je ne sais pas… ça dépend de si je peux trouver ce type… » Elle avait regardé le soleil. « Je présume qu’on ferait mieux de prévoir de passer la nuit ici… on va devoir mettre les bouchées doubles demain pour rattraper. » Elle avait tourné un visage renfrogné vers Gabrielle. « Ça veut dire que tu chevauches aussi. »

La jeune fille avait hoché la tête, repoussant ses cheveux derrière une oreille. « D’accord. »

Quelques pas à contrecœur. « Je présume que tu peux aller voir ton quoi que ce soit que tu veux voir », avait marmonné l’ex seigneur de guerre. « Vu qu’on est coincées ici. »

Des yeux verts brillants s’étaient soudain tournés vers elle, un sourire excité sous la surface du visage prudemment neutre de Gabrielle. « Je présume que je peux, oui », avait-elle dit. « Si ça ne te dérange pas. »

Le vent léger et chaud repoussait les cheveux de Xena en arrière et elle avait plissé les yeux à cause du soleil. « Bon sang… il fait chaud… » Avait-elle grommelé. « Ce truc se passe dehors, pas vrai ? »

« Oui… mais pas avant le coucher du soleil », lui avait dit Gabrielle. « Il devrait faire plus frais d’ici là… et il n’y a pas de nuages, alors je ne pense pas qu’il va pleuvoir, ou autre chose. » Elle avait soufflé joyeusement. « Ça devrait être parfait… pas trop venteux non plus. »

Xena avait relâché un soupir maussade. « Je pourrais aussi bien y aller avec toi… il fera plus frais que dans cette fichue auberge », avait-elle maugréé.

« Oh… ouaouh… tu le penses vraiment ? Ce serait génial ! » Les yeux de Gabrielle avaient brillé. « Je veux dire, je sais que tu préfèrerais faire un bras de fer ou bien rosser des types… mais je pourrais nous avoir des sandwiches et on pourrait beaucoup s’amuser ! » Elle avait glissé deux fois pour rester au niveau des longues enjambées de Xena. « Je vais aller à l’auberge pour nous avoir un dîner… et je peux te rejoindre à l’amphithéâtre, qu’en penses-tu ? »

« Oui… oui… comme tu veux », avait répondu la guerrière tandis qu’elles revenaient dans la ville et elle se détourna pour aller vers la forge. « Sois prudente, c’est tout, d’accord ? »

« Oui… » Impulsivement, la jeune fille lui avait fait une de ces étreintes surprenantes. « Merci, Xena… je veux dire… je suis désolée pour le fer d’Argo, mais… »

Xena lui avait lancé un regard de lassitude sévère. « Vas-y… je te retrouve là-bas. » Elle avait regardé Gabrielle partir en courant, cognant presque un âne avec son bâton, puis elle avait regardé le fer puis Argo. « Le clou est parfait, Argo… je ne sais pas ce qui m’a pris, par Hadès. »

La jument hennit et lui poussa l’épaule.

« Oui… oui… je sais… bon, viens… allons trouver un homme pour ce fer. » Elle regarda au loin. « Ensuite j’irai regarder une pièce, je présume. » Elle avait soupiré. « Ça ne peut pas être si mauvais, après tout ? »

Xena tressaillit en se rappelant la pièce, puis elle regarda le groupe de femmes. Elles regardaient maintenant attentivement le rideau tissé qui les séparait d’Isaac, et la salle s’installa.

Un coup dans ses côtes. « N’aie pas l’air aussi grincheuse », marmonna la barde.

La guerrière inclina la tête. « Je me sens comme une lionne au milieu d’un troupeau de moutons », grommela-t-elle.

« Bêêê », répliqua la barde très doucement. « Xeeennnaaa a été une môôôvaise fiiiillle. »

« Arrête ça. » Xena se mordit la lèvre pour s’empêcher de rire.

Elles se calmèrent, après plusieurs regards désapprobateurs de leurs voisines et elles écoutèrent Isaac qui commençait à parler.

Ce qui n’eut pas d’effet parce que c’était dans une langue différente. « Génial. » Xena lança un regard à sa compagne.

« Tu comprends ? » Murmura la barde.

« Non », répliqua son âme-sœur.

« Bien », répondit Gabrielle. « Alors le dogme ne nous embêtera pas. »

Xena se rendit compte qu’elle avait marqué un point et elle tourna ses pensées avec contentement vers le plan, ignorant les hauts et les bas de la langue mélodique et fluide.

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A suivre partie 4