MOVING TARGET

Partie 16

Chapitre 34

Auteur : Gaby

Relecture : Fryda

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« Lève les yeux, ma petite. »

Kerry fit de son mieux, louchant vers le Dr. Steve avec son œil à moitié ouvert, à présent gonflé et très sensible.

Le Dr Steve fit claquer sa langue. « Je ne sais pas ce que je vais faire de vous, les enfants. Vous ne pourriez pas faire du bowling ? Qu'est-ce que ça vous apporte ce truc de combat de toute façon ? »

« C'est bien plus sympa que le bowling. » Protesta faiblement Kerry. « Vraiment. Je ne me fais pas taper dessus habituellement. »

Elle était allongée sur la table d'examen, toujours complètement habillée pour lutter contre la fraîcheur du bureau peu éclairé. Dar était blottie sur un tabouret au pied de la table, ses bras appuyés sur le cuir, tandis qu'elle observait le Dr. Steve d'un regard de faucon.

« Hmm hmm. Excuse vraisemblable. » Dit le docteur. « Sauf que je me suis occupé de réparer la miss aux yeux bleus qui est là depuis qu'elle est gamine, et elle n'a toujours pas eu l'idée de se mettre au croquet après toutes ces années. » Il toucha doucement le visage de Kerry. « Bon, chipmunk, tu as une jolie contusion juste là, mais apparemment il n'y a rien de cassé. »

« Mmpff. » Kerry grogna de soulagement. « Ma tête me fait mal. »

« Ça sûrement. » Gloussa le Dr. Steve. « Tu as de la chance d'avoir eu un casque sur la tête, sinon tu aurais pu te casser ce joli petit nez je pense. En tout cas, tu as juste besoin d'un pack de glace et d'antidouleurs. » Il se tourna et regarda Dar. « Tu t'occupes de ça, pas vrai ? »

Dar posa son menton sur son poing et fit un demi-sourire. « Ouais, je pense que je peux gérer. »

« Tu crois ? » Kerry la poussa du genou. « Je vais te dire, tu peux venir avec moi au travail demain et expliquer pourquoi j'ai l'air d'avoir affronté une escouade de combat. Autrement je vais devoir porter un écriteau autour du cou. »

« Mon ange, si tu as toujours ce mal de tête, tu restes loin du bureau demain. » Lui conseilla le Dr. Steve. « Tu ne t'es rien cassé, mais si tu cherches à faire monter ta tension, ça rendra ta contusion encore pire. » Il s'appuya à deux mains sur la table d'examen et étudia Kerry. « En parlant de ça, laisse-moi vérifier ce vieux truc. »

Kerry essaya de complètement détendre son corps alors qu'elle attendait qu'il revienne avec le brassard de tension, elle n'était pas vraiment inquiète, mais elle n'était pas vraiment confiante non plus. Elle avait fait attention ces derniers temps, en réduisant le sel et la caféine, mais elle n'était pas sûre que l'aggravation récente ne se manifesterait pas sur l'appareil rigoureusement exact du Dr. Steve.

Elle avait atteint une limite à son dernier examen, et si c'était mieux qu'avant son départ en vacances, les résultats n'étaient pas au goût de son médecin, et elle-même ne se sentait pas vraiment bien. A présent, après avoir passé le stress de l'appel d'offres, elle était sûre que ça allait être au moins aussi mauvais.

En espérant que ça ne soit pas pire. Avec un petit soupir elle baissa le regard vers Dar. La grande femme la regarda avec une sympathie désabusée et elles échangèrent de brefs sourires.

Elle sentit les doigts de Dar autour de son mollet qui lui caressait doucement l'intérieur du genou. Une surprenante tension la quitta soudain, et elle leva un regard presque bienveillant quand le brassard fut enroulé autour de son bras et que la tension augmentait.

La pression augmenta encore, se maintint, puis se relâcha après quelques secondes. « Très bien. » Dit le Dr. Steve. « Tu as été sage, je vois. »

Légèrement surprise, Kerry hocha la tête. « J'ai essayé. » Acquiesça-t-elle. « Contente que ça ait marché. »

Le docteur lui tapota l'épaule en réconfort. « Continue comme ça, Kerry. Je ne veux pas être le vieux docteur qui radote trop souvent. » Il se tourna et regarda Dar. « Okay, ramène cette petite championne de combat à la maison, et mets-la au lit. »

Dar détendit ses longues jambes de sous le tabouret et se releva, visiblement soulagée. « Ne vous inquiétez pas, je vais le faire. » Promit-elle. « On ne peut rien faire mis à part la glace ? »

« Non. » Le Dr Steve se tourna et examina la radio du crâne de Kerry une dernière fois. Il fit glisser son doigt le long de l'arrête osseuse autour de l'œil de Kerry et se pencha en avant. « C'est bon, ma belle. Juste un œil au beurre noir qui va la rendre dingue pendant quelques jours. »

Dar soupira.

« Je vais survivre. » Kerry s'assit et sauta de la table d'examen. « Hé, je n'ai jamais eu d'œil au beurre noir avant. Ça t’est déjà arrivé à toi ? » Demanda-t-elle à sa compagne.

« Oui. » Répondirent Dar et le Dr. Steve à l'unisson. Dar plissa les yeux en direction du vieil ami de la famille, avant de rire et de simplement hocher la tête.

« Cette petite fripouille s'est retrouvée mêlée à plus de combats qu'un Chihuahua dans un box rempli de Dobermans. » Dit le Dr. Steve. « Il ne se passait pas une semaine sans qu'elle débarque ici avec une blessure ou une autre... bras cassé, cheville cassée... fracture du crâne, tu n'as qu'à demander. J'ai été à cours de sucettes une semaine quand elle est venue trois fois. »

Dar posa ses mains sur ses hanches. « Allez. Ce n'était pas si terrible. »

« Ma jolie, ton dossier est juste là. » Pointa le Dr. Steve. « Je n'invente rien. »

Kerry glissa ses bras autour de Dar et lui fit un câlin. « Allez. Tu pourras me raconter toutes tes courageuses batailles pendant que je poserai ce steak sur mon œil. »

Dar retourna l'embrassade, et déposa affectueusement un baiser au sommet de la tête de Kerry, puis elle s'arrêta avec embarras quand le Dr. Steve étouffa un petit rire et secoua la tête. Après un froncement de sourcil, elle finit par hausser une épaule et serrer de nouveau Kerry contre elle en lui frottant doucement le dos. « Que dirais-tu si on cuisinait le steak et que je te donnais mon pack de gel à la place. Ça sera moins sale et Chino n'essayera pas de le grignoter sur ton visage. »

« Okay. » Acquiesça Kerry. « Tout ce que tu veux, bébé. Tu as les commandes. »

Le Dr. Steve les accompagna jusqu'à la sortie, à travers le bâtiment silencieux et sombre. Quand ils atteignirent la porte, Dar donna une petite claque affective sur le bras de son vieil ami. « Merci de nous avoir reçues. J'apprécie. »

« C'est quand tu veux, Dar. » Le docteur lui tapota le bras et ébouriffa doucement les cheveux de Kerry. « Tu prends soin d'elle, okay ? »

« Toujours. » Kerry répondit avant que Dar puisse le faire. « Merci, Dr. Steve. » Elle relâcha sa compagne et étreignit brièvement le docteur. « Faites attention. »

« Toi aussi, Kerry. » Répondit le vieil homme en leur tenant la porte. « Conduisez prudemment, hein ? »

« Promis. » Répondit Dar alors qu'elles s'avançaient dans la nuit tropicale et se dirigeaient vers la maison.

* * * * *

Peu de temps après, Kerry se retrouva allongée dans leur canapé en cuir, le pack de gel promis posé sur le côté de son visage tandis qu'elle écoutait Dar qui récupérait la livraison de leur dîner à la porte. Sa tête lui faisait encore mal, mais la douleur avait baissé d'un cran et le reste de son corps était bien plus confortable, blotti contre le cuir qui réchauffait doucement sa peau.

Elle n'avait jamais eu d'œil au beurre noir avant, et d'après le rapide coup d'œil qu'elle avait jeté dans le miroir avant que Dar ne la conduise fermement vers le canapé, le sien était assurément spectaculaire. Le gonflement s'étendait tout autour de son œil et jusqu'au milieu de sa pommette, et c'était un peu effrayant.

Elle n'était pas pressée de devoir expliquer ça à tout le monde. Ça lui rappela soudainement une camarade de classe au lycée, qui s'était retrouvée impliquée dans les affaires douteuses de son petit ami, et qui ...

Elle s'appelait Sarah, se rappela Kerry. Elle était arrivée en classe un jour avec un énorme œil noir, et elle expliquait à tout le monde en riant qu'elle s'était cognée en attrapant quelque chose dans le réfrigérateur.

Personne ne l’avait crue. Tout le monde pensait que son petit ami l'avait frappée. Kerry soupira et haussa une épaule. Au moins tout le monde savait qu'elle faisait des arts martiaux, alors ça serait simplement plus embarrassant qu'autre chose, d'autant plus qu'elle n'avait pas de petit ami aux tendances criminelles.

« Très bien. » Dar s'assit à côté d'elle sur le bord du canapé, et posa quelque chose sur la table. « Comment tu te sens ? »

Simplement une épouse aux touchantes manières surprotectrices. « Nase. » Répondit honnêtement Kerry. « Dar, je ressemble à un enfant sur un poster pour la ligue anti-violence. » Elle leva la main pour toucher le pack de glace. « Effrayante. »

« Nan. » Dar déballa leur dîner.

« Oh si. » Kerry enroula une main autour de la cuisse de sa compagne. « Qu'est-ce que tu as pris ? »

« Ouvre et tu sauras. »

Docilement Kerry ouvrit la bouche et attendit, fermant instinctivement quand quelque chose fut placé à l'intérieur. Elle mâcha et avala avant de sourire. « Mmh. Du poulet à l'orange. » Elle était contente de goûter un de ses plats favoris.

« Ouais, je me suis dit que ça serait plus facile pour toi à mâcher qu'un aloyau. » Dar toucha doucement le côté du visage de Kerry. « Tu as dit que c'était un peu douloureux par là. »

« Mmh. » Kerry bougea lentement sa mâchoire. « Ouais, ça l'est. Qu'est-ce que tu as d'autre ? »

Dar ôta momentanément le pack de gel, puis le reposa doucement un peu sur le côté. Malgré le dégonflement, la blessure était horrible, et l’œil vert sous la compresse était gonflé jusqu'à être quasiment fermé. « Des haricots verts et de la polenta aux piments. »

« Ah, du maïs épicé. » Kerry commença à se relever sur un coude. « Mon préféré. »

« Reste couchée. » Dar posa les mains sur ses épaules et la recoucha sur le dos. « Laisse ce pack de glace faire son travail. » Elle attendit jusqu'à ce que Kerry obéisse, puis elle se remit à arranger les plats. Il n'y avait aucun moyen facile pour elle de nourrir sa compagne souffrante, mais en fait elle ne faisait jamais les choses de la manière simple, alors l'improvisation était à l'ordre du jour.

Soulevant son plat avec précautions, elle se redressa et enjamba les jambes de Kerry avant de s'installer entre le dos de sa compagne et le canapé.

« Mmh. » Kerry s'installa confortablement en gigotant un peu, et donna un peu d'espace à Dar pour qu'elle puisse poser l'assiette sur son estomac.

« Voilà. » Dar appuya sa tête sur une main et utilisa l'autre pour attraper un bout de poulet de sa fourchette. « Comment c'est ? » demanda-t-elle doucement directement dans l'oreille toute proche de Kerry.

Kerry se contenta de sourire en réponse. Elle avait pris de l'Advil et elle avait son pack de glace, mais il n'y avait rien de comparable à la présence si proche de Dar. Elle accepta un bout de poulet avant de soupirer. « Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai été aussi stupide. »

« Ker. »

« C'est vrai ! »

« Il a fait un mauvais mouvement, pas toi. » Argumenta Dar.

« Tu dis ça comme ça. » Kerry piqua dans un haricot vert et le mordilla. « Tu n'as rien vu, pas vrai ? »

Dar grogna.

« Tu vois. »

« Je sais que tu n'as rien fait de mal. » Insista Dar. « Ce gars est un crétin. Il a les réflexes d'un playmobil. » Grommela-t-elle. « J'aurais dû lui botter les fesses au dernier round et peut-être que... »

« Dar, Dar Dar. » Kerry tapota sa compagne sur la tête. « Arrête. » Elle laissa glisser sa main dans la nuque de Dar et massa la zone. « Dis-moi comment tu as pu finir aussi souvent dans le bureau du Dr Steve, hein ? Fais-moi penser à autre chose. »

Dar lui offrit une fourchettée de polenta. « Je me bagarrais. » Admit-elle succintement. « Je me battais avec quiconque se mettait sur mon chemin, et quelque soit leur taille et leur poids. » Elle haussa les sourcils. « Et je finissais souvent à terre. »

« Toi ? »

« Mmh mmh. »

« Je trouve ça difficile à croire. Tu es d'une élégance agaçante. »

Dar se mit à rire. « Maintenant oui, du moins la plupart du temps. » Dit-elle. « Mais j'ai grandi de quinze centimètres entre la cinquième et la quatrième. Je me cognais toute seule rien qu'en entrant dans la voiture. » Elle offrit à Kerry un autre haricot. « Ce n'était pas beau à voir. »

« Mmh. » Kerry observa le corps collé au sien. « Je présume qu'être petit à ses avantages parfois. Je pense que le plus que j'ai grandi en un an, c'est... de trois centimètres peut-être. » Elle tendit la main et caressa la pommette de Dar du bout des doigts. « Mais je parie que tu étais toujours aussi jolie. »

Dar secoua la tête de façon négative.

« Si. » Un pouce traça les lèvres bien dessinées. « J'ai vu des photos, Dar. Pas la peine de bouder. » Kerry se souvint d'une en particulier, une photo de plein pied de Dar à treize ou quatorze ans, vêtue d'un short et d'un tee-shirt plein de terre, avec une mèche de cheveux noir qui obscurcissait son visage, mais pas ses yeux bleus ni son sourire hésitant vers la caméra, ce qui lui faisait dire que le photographe devait probablement être son père.

Magnifique. Même à cette époque, le visage de Dar était déjà unique et la boue qui tachait sa joue ne faisait qu'amplifier le sentiment.

« Kerry ? » Murmura Dar dans son oreille. « Allô ? La terre à Kerry ? »

« Désolée mon cœur. » Kerry sentit que son mal de crâne commençait à diminuer. « Je suis juste tellement amoureuse de toi que parfois je peux pas m'empêcher de rêver éveillée. » Elle tourna la tête pour que son œil valide puisse rencontrer ceux de sa compagne.

Dar cligna des yeux, une expression de plaisir perplexe sur le visage. « Vraiment ? »

Kerry traça de nouveau le contour des lèvres de Dar et acquiesça. « Merci de prendre soin de moi. » Elle sentit un sourire étirer ses propres lèvres. « Et je pense que tu as raison. Il a mal bougé. J'aurais juste aimé pouvoir l'arrêter avant qu'il ne me frappe avec son pied. »

Dar souleva le pack de glace et se pencha pour effleurer la zone blessée du bout des lèvres avant de replacer le gel. « Je lui botterai les fesses la semaine prochaine pour ça. » Promit-elle solennellement. « Et ensuite je t'apprendrai à esquiver. »

Kerry soupira de satisfaction, oubliant l'incident pour le moment. « Hey, j'ai une idée. » Dit-elle en prenant un accent trainant. « Et si je portais un cache devant mon œil demain... un peu comme une pirate ? »

Dar gloussa silencieusement.

« Yaaarr... A l’abordage ! »

* * * * *

Dar se laissa tomber dans son fauteuil en jetant un coup d'œil embarrassé à la pendule accrochée au mur. Elle secoua la tête et se pencha pour appuyer sur le bouton de l'intercom. « Maria, qu'est-ce qu’il y a sur mon emploi du temps aujourd'hui ? »

« Uno momento, Dar. J'arrive tout de suite. » Répondit promptement Maria.

« J'espère qu'il n'y avait rien qui commençait à huit heures. » Fit remarquer Dar à son bureau vide. Elles s'étaient toutes les deux endormies sur le canapé, et s'étaient réveillées en sursaut à huit heures en réalisant qu'elles avaient oublié de mettre un réveil.

Le pack de glace de Kerry avait eu le temps de fondre, et il avait glissé de son visage pour révéler une zone gonflée et tendre. Son œil était presque complètement fermé et Dar n'avait pas eu de mal à la convaincre de rester à la maison et de se détendre une fois qu'elle avait pu voir son reflet dans le miroir.

Alors voilà où elle en était, à juste neuf heures, après une arrivée tardive, à essayer de rassembler ce qui restait de sa journée. Elle espérait simplement qu'elle n'avait rien raté de trop critique. Dar croisa ses doigts quand Maria entra, portant un bloc-notes, et elle sourit à son assistante. « Bonjour. »

« Bonjour, Dar. » Maria s'assit. « Est-ce que Kerrisita va bien ? Mayté a dit qu'elle ne serait probablement pas là aujourd'hui. »

Dar soupira. « Il y a eu un incident au cours de kickboxing hier soir. Kerry a été frappée à la tête alors je l'ai persuadée de rester à la maison. Ce n'est pas si mauvais, mais elle ressemble à quelqu'un qui s'est pris une balle de baseball. »

« Dios Mio ! » S'exclama Maria. « La pauvre ! »

« Ouais. » Acquiesça sa chef. « J'aurais aimé... » Elle s'arrêta, gênée. « Bref, qu'est-ce qui est prévu ? J'ai raté quelque chose ce matin ? »

Maria lui sourit et baissa les yeux vers son bloc. « Ah, no no. Vous avez un rendez-vous après le repas avec le gentleman d'AT &T, et une conférence téléphonique à seize heures pour l'international. »

Zut. Dar soupira de nouveau. La conférence de seize heures avait tendance à s'éterniser, et elle... « Okay. » Elle coupa court à ses plans d'évasion et se rappela à elle-même qu'elle était un des chefs de l'entreprise. « Merci, Maria... je vais travailler sur ma boite mail. Dites à Mayté de transférer les appels de Kerry vers mon bureau. »

« Oui, bien sûr. » Maria se releva. « Vous voulez du café, Dar ? »

« J'ai l'air d'en avoir besoin ? » Demanda Dar avec un sourire. « Oui, je veux bien. »

« Je reviens de suite. » Dit la femme plus âgée. « Pendant que vous vous installez. »

Dar l'observa partir, puis elle actionna sa souris, ouvrant sa boite de réception dans l'espoir que cela la garde occupée et qu'elle arrête de souhaiter d'être à la maison à la place.

Une note attira son regard et elle l'ouvrit, scannant son contenu rapidement. Ses doigts tapotèrent légèrement les touches du clavier, puis elle cliqua sur 'répondre 'et se mit à écrire.

En espérant que Kerry lui pardonne pour ça.

* * * * *

Kerry savait qu'il y avait une multitude de choses qu'elle pourrait faire. Cependant, elle était confortablement installée dans leur lit à eau, les stores baissés, à écouter un livre audio qu'elle avait lancé sur leur lecteur cd. Son œil était toujours gonflé et complètement fermé, et essayer de lire quoi que ce soit, n'était vraiment pas une bonne idée.

Alors elle s'était repliée dans leur chambre à la place, gardant son ordinateur portable à proximité au cas où des mails arrivent, mais simplement allongée à profiter de l'air conditionné.

Ça faisait du bien de ne rien faire. Kerry se sentait un peu coupable, mais pas assez pour qu'elle se lève et qu'elle remédie au problème.

Chino s'approcha et posa sa joue sur le matelas, reniflant vers la main de Kerry jusqu'à ce qu'elle tende le bras pour caresser la tête du labrador. Elle lécha les doigts de Kerry, puis sauta sur le lit à eau, faisant bouger la surface jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un endroit où s'installer, en boule, contre sa maîtresse.

Kerry soupira de contentement, et à l'inspiration suivante elle put sentir le parfum de Dar encore imprégné sur l'oreiller sur lequel elle était installée. Elle fut un peu surprise d'entendre le téléphone sonner, mais elle tendit le bras pour l'attraper et ouvrit le clapet avant de le bloquer entre son épaule et son oreille. « Allo ? »

« Hey, Ker ! » La voix de Colleen se fit entendre. « Tu es là ? »

« Euh... » Kerry s’éclaircit la gorge. « Tu as appelé à la maison et j'ai répondu, non ? »

« Ah ah, oui. » Répondit son amie. « Alors, qu'est ce qui s'est passé ? J'ai entendu dire que tu étais blessée ? »

Kerry rit doucement. « Ouais... j'ai fait ma godiche hier soir au cours de kickboxing. Le gars avec qui je m’entraînais a dérapé et m'a frappée à la tête. »

« Oh, Jésus ! » S'écria Colleen. « Alors c'était quelqu'un d'autre ? Ce n'était pas Dar ? »

« Dar ? Bien sûr que non. Elle a bien plus de contrôle que cet idiot de prof. » Elle s'arrêta. « Pourquoi ? »

« Ah, ça paraît plus sensé. » Répondit Collen. « Non, c'est juste que de la façon où je l'ai entendu, ça pouvait donner l'impression que Dar était impliquée... bon sang, elle devait être bien en colère. »

« On peut dire ça comme ça. » Kerry fronça les sourcils en pensant aux derniers mots de son amie. « Elle m'a emmenée chez le médecin, m'a fait faire une radio, a maudit l'idiot qui m'a frappée, avant de me bercer sur le canapé la nuit dernière... Je n'ose même pas imaginer ce qu'elle aurait fait si c'était elle qui m'avait frappée. »

« Oooh. » Le sourire de Colleen était clairement audible à travers le téléphone. « Elle est trop mignonne. »

Kerry se détendit. « Oui. » Elle soupira. « Bref, j'ai un œil au beurre noir et j'arrive à peine à lire quoi que ce soit. Dar m'a dit de rester à la maison. »

« Elle a bien raison. » Dit Colleen. « Tu as besoin de quelque chose ? Je dois aller récupérer ma voiture, je pars plus tôt aujourd'hui... Je peux passer. »

« Nan, tout va bien. » La rassura Kerry. « Ecoute, tu pourrais me rendre service ? Tu peux dire à tout le monde ce qui s'est vraiment passé hier soir ? … Si Dar entend les gens raconter que c'est elle, elle risque de faire une crise cardiaque. »

« Pas de problème, ma belle. » Dit son amie. « Je m'en occupe. »

Kerry soupira. « Bon sang. »

« Quoi ? »

Sa colère éclata. « Pourquoi diable les gens penseraient que c'est elle ? Ça m’énerve ! »

La ligne se brouilla légèrement, comme si Colleen avait bougé. « Hey, hey, doucement. » Dit-elle d'un ton plus calme. « Ecoute, je ne pense pas que les gens se soient dit qu'elle avait fait exprès Kerry. C'était juste un accident, tu vois ? »

« N'importe quoi. » Kerry roula sur le dos et jeta un regard noir vers le plafond.

« Kerry, » Répondit Colleen. « Tu veux bien essayer de te calmer ? Vraiment, personne n'a dit ça méchamment. C'était juste … je ne sais pas, je pense que les gens trouvaient ça drôle que... »

« DRÔLE ? » Grogna Kerry. « Il n'y a rien de drôle. Et même si ça avait été Dar, ça n'aurait pas été drôle. Les gens qui sont blessés sont drôles ? Le fait que je souffre est drôle ? Woohoo. Sympa. »

Il n'y eu aucune réponse pendant quelques secondes, puis Colleen soupira. « Ce n'est pas ce que je voulais dire. »

Kerry joua du bout des doigts avec la couverture douce sur le lit. « Oui, je sais. Ce n'est pas de ta faute. » Admit-elle. « C'est juste que je déteste quand les gens disent n'importe quoi, surtout à son propos. »

Colleen s'éclairçit la gorge, « Mmh, je sais bien Kerry. C'est comme ça que j'ai su que tu avais un faible pour elle à l'époque. Tu as failli m'arracher la tête quand j'ai osé mal parler d'elle. »

Vraiment ? Kerry étudia le relief du plafond, un léger sourire aux lèvres. Oui, elle l'avait fait. Même au tout début, après que Dar et elle se furent disputées une fois ou deux, elle avait commencé à la défendre. Beaucoup de ses collègues avaient pensé, et le pensaient probablement encore, qu'elle ne faisait que du fayotage.

Peut être que même elle pensait que c'était le cas à ce moment-là, ou peut être que c'était juste une question de survie. Mais cet instinct de protéger Dar était apparu très très vite. « Ouais. » Dit-elle. « Et c'est vraiment douloureux, surtout après toutes les attentions de Dar la nuit dernière. J'ai eu l'impression d'avoir été emballée dans de la soie. Et je ne te parle même pas de ce matin. »

« Pas de problème. » Colleen semblait soulagée. « Écoute, laisse-moi finir ce rapport que je dois rendre.... Je t'appelle plus tard, ok ? »

« Bien sûr. » Acquiesça Kerry. « Merci d'avoir appelé, Col. » Elle raccrocha, sa bonne humeur évaporée malgré les mots d'encouragement de son amie. « Ça m'a bien énervée. » Elle tendit la main pour pouvoir caresser la tête de Chino. « Pourquoi les gens font ça, Chi ? Pourquoi ils ne peuvent pas être juste gentils ? »

« Grouf. » Chino lui lécha les doigts avant de se réinstaller contre elle.

Kerry observa le plafond pendant quelques instants encore, puis elle attrapa son téléphone et pianota le numéro du bureau de Dar sans même regarder. Elle eut une réponse au bout de la deuxième sonnerie. « Hey. »

« Hey. » La voix de Dar semblait presque joyeuse. « Comment tu te sens ? »

« Comme un vieux phacochère. » Répondit Kerry. « Comment ça va là-bas ? »

Un léger bruit de craquement se fit entendre quand Dar s'assit dans son fauteuil en cuir et s'y adossa. « Je dois être interviewée dans une demie-heure. » Dit-elle. « Mark essaye toujours de tracer l'origine du boitier, on a eu une douzaine d'autres attaques, et il n'y a plus de lait à la cafétéria. » Elle fit une pause. « Alors comment se passe ta journée jusque là ? »

Au moment de lui avouer ses inquiétudes, Kerry hésita, en entendant le stress dans la voix de sa compagne. « Ennuyeuse. » Dit-elle. « Je ne peux pas vraiment utiliser mon ordi, alors Chi et moi on est allongés dans le lit à écouter les Tendances Modernes en Conception de Réseaux. »

« Ah. Sans prise de tête. » Rit Dar. « Tu pourrais aller regarder Animal Planet... comment va ton mal de tête ? »

« Ça va mieux. » Kerry se sentit un peu embarrassée d'avoir embêté Dar qui avait beaucoup de choses à faire. « Écoute, je suis désolée de t'interrompre... J'étais juste... hum... » Elle fit une pause. « Bref, pourquoi tu vas être interviewée ? »

« Ah. » Dar grogna d'un ton dégoûté. « A cause des retombées de cette stupide chasse à la gloire de Telegenics avec Discovery Channel, ou quoi que ce soit d'autre. Et maintenant cette femme du Washington Post veut discuter avec moi. »

« Oooh, assure-toi qu'elle prenne une jolie photo pour faire la couverture. » Lui dit Kerry en rigolant. « Étant donné ce qu'ils ont habituellement à se mettre sous la dent, tu es définitivement un changement pour le mieux pour eux. »

« Pff. » Dar émit un grognement de mécontentement.

« Oui oui. » Répondit Kerry. « Hey, je vais te laisser travailler. Je vais traîner encore un peu au lit, et ensuite j'irai peut-être prendre un peu le soleil sur le porche. » Elle s'étira un peu. « A tout à l'heure ? »

« Absolument. » Répondit Dar en souriant. « Et tu ne me déranges pas. Je suis contente que tu aies appelé. »

Kerry raccrocha en souriant, mais elle prit une expression plus sombre après un moment. Elle se redressa et s’assit au bord du lit puis se pencha en avant en posant ses coudes sur ses genoux. Après avoir observé le sol pendant 3 minutes de son œil valide, elle se redressa et se traîna jusqu’à la salle de bain.

Elle n'avait pas vraiment envie de regarder dans le miroir, mais elle leva quand même les yeux et fit une grimace en examinant son reflet. Il y avait autour de son œil, un cercle noir presque parfait, gonflé et marbré. Ça aurait pu être comique si ça ne faisait pas aussi mal.

Son œil était bouffi et à moitié fermé, mais c'était déjà un mieux par rapport à la nuit d'avant. Avec un soupir elle utilisa les toilettes, puis elle se dirigea vers le séjour et Chino sauta du canapé pour venir la rejoindre.

Maintenant qu'elle s'était levée, l'idée de rester allongée au lit était devenue presque intolérable. A la place Kerry se dirigea vers la cuisine et fit infuser un peu de thé, puis étouffa un bâillement avant d'ouvrir le réfrigérateur pour se trouver quelque chose à grignoter.

Elle attrapa une bouteille de jus pour se verser un verre avant de la ranger, et elle se tourna, surprise, quand elle entendit quelqu'un frapper à la porte. « Qui ça pourrait bien être ? » Demanda-t-elle, suivant Chino qui bondissait dans le séjour jusqu'à la porte pour la protéger. « Oh, zut. J'ai dû oublier de prévenir Clemente de ne pas venir aujourd'hui. »

Elle s'avança jusqu'à la porte et l'ouvrit sans prendre la peine de vérifier par le judas. « Oh. » Elle cligna des yeux, surprise de se retrouver non pas face au trapu agent d'accueil, mais à Ceci. « Hey. »

« Hé. » Ceci se tenait les mains derrière le dos, et semblait incertaine. « Je peux entrer ? »

« Bien sûr. » Kerry recula et la laissa passer. « Désolée, je n'attendais personne... mais tu es toujours la bienvenue. »

« Mmhmm. » La petite femme s'avança pour lui passer devant. « Souviens-toi de ça après que je t'aie dit pourquoi je suis là. »

« Oh oh. » Kerry rit doucement. « Tu veux du thé ? »

La mère de Dar hocha la tête. « Avec plaisir. Joli coquard que tu as là. » Elle s'approcha et examina le visage de Kerry. « Je suppose que je ne peux pas vous convaincre d'essayer plutôt le croquet ou autre chose d'aussi inoffensif plutôt ? »

« Ah, donc tu sais déjà tout, hein ? »

« Mmhmm. »

« C'est Dar qui t'envoie ? » Tenta Kerry.

« Mmhmm. » Acquiesça Ceci. « Vu que je suis la seule mère qu'elle connait dans le coin, oui. Elle m'a demandé de venir et d'exercer mes inexistants talents maternels sur toi. » Elle sourit à Kerry. « Alors pourquoi tu n'irais pas t'allonger le temps que j'aille chercher ce thé et je pourrai dire que j'ai au moins essayé. Hmm ? »

Kerry s'avança jusqu'au canapé et s'assit avant d'étendre ses jambes sur les coussins. « Sûr. » Acquiesça-t-elle. « Je me vengerai plus tard. »

Ceci leva les mains, pouces levés pour lui montrer son approbation avant de disparaître dans la cuisine.

« Petite chipie. » Dit Kerry en fixant le plafond. « Je me vengerai. Chacune son tour. » Elle étendit le bras pour attraper la télécommande et alluma la télévision, choisissant une chaîne au hasard avant de se réinstaller dans le canapé.

Bon, ça aurait pu être pire. Kerry jeta un œil en direction de la cuisine. Ça aurait pu être ma mère.

*****

A suivre.