Avertissements en 1ère partie


Le Cercle de la Vie-5ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2019)


 

Il faisait vraiment noir quand Gabrielle se sentit sortir du sommeil, seules quelques-unes des torches brûlaient avec agitation dans leur support encastré, l’air était quasiment nettoyé de la fumée envahissante. Elle mit le nez dans l’épaule réconfortante de Xena, inhalant une bouffée de l’odeur familière qui lui était propre, celle du cuir et de la peau chaude, et de la sueur qui les recouvrait toutes deux. Son corps était blotti dans la sécurité des bras de la guerrière et elle ressentit un moment plaisant de paix profonde tandis qu’elle bougeait la tête pour regarder sa compagne endormie.

Les cheveux en désordre amenèrent un sourire ironique à ses lèvres, et elle leva la main pour les repousser, exposant le front bien fait. Alors les yeux bleu clair clignèrent et la fixèrent, avec une franchise totale qu’elle n’avait plus vue depuis les mois passés depuis son retour.

Combien de chances vais-je encore avoir ? Se demanda Gabrielle silencieusement, tandis qu’elle passait le bout de ses doigts sur les pommettes hautes. Elle est toujours tellement inquiète de me faire du mal… combien de fois va-t-elle se dévoiler autant pour que je la déchire ? « Salut. » Elle recourba ses lèvres en un sourire. « Nous avons maintenant un bazar véritablement honnête, pas vrai ? » Elle montra la grotte par-dessus son épaule d’un coup d’œil.

« Mmmhmm », acquiesça Xena en enroulant une boucle de cheveux blonds autour de son doigt pour jouer avec. « Ça c’est sûr… on a des vampires, qui vont se réveiller affamés, un risque d’invasion de moutons, des personnes hautaines qui ont certainement fini avec moins de hauteur et mon frère qui a très possiblement rejoint la Nation Amazone. »

Gabrielle suçota doucement un lobe d’oreille tout proche. « Coflf fibe wofs », marmonna-t-elle.

Xena dégagea son oreille et mit le doigt sur ses lèvres. « Chhut. » Elle demanda le silence à sa compagne pour un long moment. « Ne tente pas les Parques, d’accord ? »

« D’accord », concéda la barde. « Je n’étais pas d’humeur à accoucher là maintenant de toutes les façons. » Elle eut un sourire penaud pour Xena tandis que la guerrière haussait les deux sourcils. « J’adore quand tu fais ça. »

« Fais quoi ? »

« Le truc avec les sourcils. » Gabrielle passa un doigt le long des cheveux noirs. « Ton visage est tellement expressif… tu dis des choses rien qu’en bougeant un muscle ici… » Elle toucha le côté de la bouche de Xena. « Ou ici… » Son doigt alla au bord d’un œil bleu, qui se plissa tandis que Xena souriait. « Tu vois ? » Elle rit. « Comment va ton dos ? »

Le regard de Xena s’intériorisa pendant un moment, puis elle bougea les épaules. « Bien. » Elle haussa les épaules, s’enfonçant dans les fourrures et étirant tout son corps. « J’avais juste besoin d’un peu de repos. »

La barde se souleva et tira une des épaules de la guerrière vers elle. « Roule par ici. »

Xena obéit, trouvant un morceau de peau goûtu à mordiller.

Gabrielle réfréna un rire tandis qu’elle regardait la peau lisse de sa compagne. Les coupures étaient refermées recouvertes d’une croûte, même la plus grande. Un sentiment de soulagement la traversa et elle embrassa affectueusement l’épaule qu’elle tirait. « Ça a l’air bien. » Elle tapota le côté de Xena et la guerrière roula de nouveau à contrecœur. « Alors. C’est quoi le plan ? »

Xena leva les mains et haussa les épaules. « Je sais pas. » Elle sourit. « Ce n’est pas comme s’il y avait une section dans le Guide des Seigneurs de guerre pour conquérir la Grande Grèce sur ‘être piégé dans une grotte sous l’eau avec un troupeau de moutons et un village rempli de fanatiques religieux sous l’influence de jusquiame’, Gabrielle », fit-elle remarquer judicieusement.

La barde éclata de rire, enfouissant son visage dans la poitrine de son âme-sœur. « Par les dieux, c’était drôle ça », finit-elle par dire en soupirant. « D’accord… alors on improvise… ou bien…  ?”

La guerrière s’étira et bâilla, puis elle farfouilla dans leurs sacs à la recherche d’une chemise. « Et bien… chaque chose en son temps… je vais aller voir cette fichue grotte qu’ils ont trouvée… qui sait… peut-être qu’on aura de la chance. » Elle regarda son âme-sœur. « Vois si tu peux trouver les Amazones, hein ? »

« Oh bien sûr. » Gabrielle croisa les bras sur sa poitrine nue. « Tu me laisses faire le truc le plus tendancieux. »

« Tch… tu es la Reine, gamine », lui rappela Xena. « Ce sont TES Amazones. »

« Et TU es une de mes Amazones, mon amour », répliqua la barde avec un léger sourire narquois. « Ou bien tu as déjà oublié ça ? »

Un haussement de sourcil. « Non… mais tu sais où je suis », répondit la guerrière d’un ton pratique, tandis qu’elle enfilait une botte. « En plus… tu es bien plus diplomate que moi. » Elle passa le bout de sa langue puis se leva et attacha la ceinture sur sa tunique.

Gabrielle se pencha en arrière en prenant appui sur ses mains et elle étudia la grande femme. « Tu es de bonne humeur », la complimenta-t-elle. « J’aime bien ça. »

Xena s’arrêta au milieu d’un geste, réfléchissant, puis elle sourit. « Oui… c’est vrai », dit-elle avec une pointe de surprise dans sa voix. Elle se pencha en avant et prit son cadeau avant de le mettre dans sa ceinture. « A tout de suite. »

La barde la regarda partir, en restant près de la paroi pour éviter les corps qu’elle pouvait à peine voir dans la faible lueur. « D’accord. » Gabrielle soupira en sortant une chemise propre pour elle-même et la passa par-dessus sa tête. Le tissu sentait la maison et… elle le pressa contre son visage et inspira. Cette légère pointe de cuir et de musc qui venait du contact avec Xena.

Bien sûr… Elle renifla sa peau. Elle portait aussi cette odeur. Un sourire passa sur ses lèvres à cette pensée séduisante et elle s’entoura de ses bras brièvement avant de se lever, s’aidant d’une fissure dans la paroi rocheuse. Un grognement attira son attention et elle se retourna pour voir Solari trébucher dans le cercle de caisses et se laisser tomber en se tenant la tête. « Salut. »

Des yeux bouffis se tournèrent vers elle dans un regard noir et amer. « Chhhut. »

La barde pencha la tête et passa un peigne dans ses cheveux. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle, un peu inquiète quand elle reçut un gémissement en retour.

« J’vais la tuer », marmonna Solari.

Gabrielle s’assit sur la caisse près d’elle. « Tuer qui ? »

« Ta foutue, qu’Artémis soit damnée, cul de Centaure, tête de cochon, de compagne », gémit l’Amazone. « J’vais la tuer… où elle est ? »

La barde se brossa soigneusement les cheveux et fit des tresses pour dégager sa nuque. « Solari, tu ne peux pas tuer Xena », dit-elle à l’Amazone. « Et en plus… elle n’a rien fait… alors pourquoi tu veux faire ça ? »

« N’a rien… t’étais où par Hadès ? » Gémit Solari. « tu sais avec qui j’ai fini… oh attends… laisse-moi deviner… vous avez passé un grand moment, les deux tourtereaux, pas vrai ? » Elle lança un regard noir et accusateur à Gabrielle. « Tu parles. »

Elle reçut un gentil sourire en retour. « Bon, Solari… » Gabrielle lui tapota la main. « Xena a juste fait ce qu’elle pouvait pour régler notre problème de chauves-souris… elle n’a rendu personne idiot exprès. » La barde regarda autour d’elle. « En fait… elle cherche un moyen de sortir d’ici en ce moment. »

Un gémissement. « Pourquoi tu es aussi joyeuse ? » Solari se prit la tête. « J’ai l’impression qu’un Centaure me déverse deux tonnes de merde sur le crâne. »

« Hm… » La barde réfléchit. « Et bien, Xena ne semblait pas se sentir mal avant qu’elle parte… et je ne… peut-être qu’on était loin de la fumée ou un truc comme ça… vous étiez tout près, vous tous. » Elle leva les yeux pour voir Aileen arriver péniblement, portant un petit agneau dans ses bras. « Euh… »

La jeune Amazone se laissa tomber. « Elle est mignonne, hein ? »

Solari regarda Gabrielle qui la regarda à son tour. « Adorable », dirent les deux à l’unisson.

« Oui… je l’ai sauvée de ce berger… » Dit Aileen en soupirant. « Je ne me souviens pas de grand-chose après ça… dieux… que j’ai mal au crâne. »

« Pfiou. » Gabrielle se frotta le front silencieusement. « Xena est allée examiner cette grotte… et voir s’il y a un autre moyen de sortir d’ici. » Un long gémissement lui fit lever les yeux. « Quoi encore ? »

Matthias arrivait en balançant, ses vêtements attachés à son corps avec le minimum. « Vous… êtes… des démons ! » Accusa-t-il. « Isaac a été méchamment piégé… vous venez de l’obscurité… tous. » Il les montra d’une main tremblante, puis il tomba à genoux et finit au sol, écrasant une chauve-souris.

« Hmm… » Gabrielle se gratta la mâchoire. « Je me demande avec qui il a fini ? » Elle regarda dans la faible lueur pour voir le visage de Sarah apparaître avec anxiété. « Sarah ? »

« Oui, as-tu… oh. » Elle vit son mari et soupira de soulagement. « Que le Seigneur soit loué… j’avais peur qu’il fasse quelque chose d’idiot… il est parti tellement en colère. » Elle soupira et s’agenouilla près de Matthias, posant une main sur sa tête.

« Hum… » La barde hésita. « C’était heu… un peu inattendu, je veux dire… les chauves-souris et ensuite cette fumée… est-ce que tu as… euh… »

Sarah leva les yeux. « Très déroutant, oui. » Elle soupira. « Quand Matthias m’a rejointe, je savais à peine quoi… et bien… » Elle rougit délicatement. « C’était une telle surprise. »

« Ah… alors vous deux… heu… » Gabrielle agita une main. « Vous avez fini ensemble ? »

« Oui bien sûr… on est mari et femme, non ? » Sarah sembla un peu insultée puis son regard bougea et tomba sur quelques corps endormis et emmêlés autour d’elles. « Qu… »

Gabrielle se massa les tempes. « Tout le monde n’était pas… heu… au bon endroit au bon moment, pour ainsi dire », marmonna-t-elle. « Mais… si vous deux… alors pourquoi il était tellement en colère ? »

Sarah arracha son regard du couple inattendu près d’elles et cligna des yeux. « Oh… et bien, il… Matthias a senti une force diabolique tomber sur nous, parce qu’il appréciait ce qui se passait », informa-t-elle la barde d’un ton sérieux. « Les Ecritures nous disent que cet acte nous a été donné par le Seigneur pour nous permettre d’avoir le cadeau des enfants et qu’il devrait être honoré comme une obligation sacrée. »

Solari ouvrit des grands yeux vers elle. « Et… vous pensez qu’à cause de ça, vous ne devriez pas l’apprécier ? » La voix de l’Amazone était épaissie par l’incrédulité.

La femme la fixa. « S’il y a de la joie, la tentation serait trop forte d’utiliser cet acte pour son plaisir et pas pour la gloire du Seigneur. » Elle fit une pause. « Ce serait diabolique. »

Un clignement des yeux verts. « Vous le croyez vraiment, pas vrai ? »

« De tout mon cœur, oui », répondit Sarah sérieusement. « Je sais que tu penses que nous sommes… arriérés… je le vois sur ton visage… mais la parole du Seigneur nous donne la structure et la stabilité dans notre vie et je suis en paix de vivre sous sa main qui nous guide. » Elle hésita. « Même si je ne sais pas lire comme toi… et que je n’ai jamais voyagé hors des confins de mon peuple… comme toi. Je suis heureuse. Peux-tu en dire autant ? »

Solari gardait le silence, son regard passant du visage de Gabrielle à celui de Sarah, curieuse de voir ce que la barde allait répondre. Il y avait tellement de couches dans la personne complexe que la jeune barde de Potadeia était devenue, elle n’avait vraiment aucune idée de ce que Gabrielle allait exactement répondre à ça.

Mais Gabrielle se contenta de sourire. « Oui. » Ses yeux se ridèrent autour des coins. « J’avais un choix à faire, Sarah… j’aurais pu être comme toi. » Elle réfléchit et se souvint. « Mais je suis allée partout dans le monde… j’ai vu la beauté, et l’horreur… j’ai vu la guerre et la paix, la vie et la mort… j’ai rencontré des gens dont les vies ont changé le monde et d’autres qui ont juste changé ma vie… je me suis fait de bons amis. » Là elle mit la main sur l’épaule de Solari. « Et je me suis fait quelques ennemis… et j’ai souffert de douleur et de tristesse… et j’ai eu le cadeau d’un amour dont seuls les poètes rêvent. » Elle soupira. « Alors, Sarah… oui, je suis heureuse… je ne voudrais pas que ça soit différent. »

La femme l’étudia. « Je ne te comprends pas. »

La barde haussa légèrement les épaules. « C’est bon… je ne te comprends pas vraiment non plus. » Elle soupira. « Tu veux de l’aide pour le réveiller ? » Elle montra Matthias. « Honnêtement, nous ne l’avons pas fait exprès… Xena essayait juste de calmer les chauves-souris. » Elle regarda alors autour d’elle avec malaise, tandis que les petites créatures remuaient. « Et j’espère qu’elles vont rester calmes. » Elle repéra une boule semblable au cuir toute proche et l’animal siffla vers elle, dévoilant ses crocs minuscules. « Beuh. »

« Je présume qu’elle n’a pas apprécié avec qui elle a fini », commenta Aileen en caressant son agneau.

« Bouh. » Jessan bâilla, montrant ses énormes crocs tandis qu’il avançait à pas lents dans le cercle, retirant des bouts de chauve-souris morte de dessous ses griffes. « Et bien, ça a été une sacrément bonne sieste… rappelle-moi de remercier Xena. » Il lança un regard à Gabrielle.

« Sois content de l’avoir raté », grommela Solari. « C’est devenu un peu ‘lapinesque’ par ici. »

Jessan regarda autour de lui. « Ils ne sont pas un peu petits pour ça ? » demanda-t-il intrigué. « Bon sang. »

La barde se couvrit les yeux pendant un moment puis s’éclaircit la voix. « Jess, peux-tu ramener Matthias à sa famille ? » Demanda Gabrielle. « Je vais tenter de retrouver le reste de notre groupe… Xena est allée explorer votre grotte. »

« Oh bien sûr… c’est elle qui s’amuse », grommela l’être de la forêt. « Par le Grand Arès, il fait la taille de ce cochon avec lequel j’ai dû lutter pour le dîner l’an dernier. » Mais il se dépêcha de rejoindre Matthias tandis que Sarah reculait, et il le souleva entre ses bras. « D’accord… on va où ? »

Sarah fit une grimace. « Tu manges du porc ? »

Jessan cligna de ses yeux dorés. « On les cuisine d’abord », la rassura-t-il rapidement. « Vrai. »

« Ce sont des animaux sales. » La femme secoua la tête. « On ne les touche pas. »

« Madame, j’ai des nouvelles pour vous », dit Jessan en riant. « Tous les animaux sont sales… il faut les laver d’abord. » Il enjamba un jeune homme affalé dans un abandon joyeux avec une jeune femme. « Ma mère les frotte avec du savon. »

Sarah détourna le regard. « Doux Seigneur… que diraient leurs parents ? » Murmura-t-elle, puis son regard tomba sur deux hommes un peu plus âgés, enroulés dans une boule joyeuse. « Oh bon sang », dit-elle d’un air choqué. « Matthias avait raison… c’est le mal absolu. »

« Non, pas vrai », désapprouva Jessan. « Si vous croyez ça, alors vous ne connaissez pas le mal absolu. » Il évita un bélier qui chargeait.

Sarah jaugea du regard ses deux mètres trente poilus. « Tu ne peux pas oser me dire ça », répondit-elle. « Le Seigneur nous a appris ce qu’est le mal… ses paroles sont claires. » Elle fit une pause. « Mais tu n’es pas humain… tu ne peux pas comprendre. »

« Non c’est vrai », acquiesça Jessan en montrant ses crocs dans un sourire. « Et bon sang, que je suis content de ne pas l’être… vous les humains vous vivez dans des esprits tellement étroits… c’est un miracle que vos têtes n’explosent pas. » Il posa Matthias sur un tas de peaux dans un coin où sa famille avait posé leurs affaires. « Ne t’inquiète pas… tu peux toujours te dire confortablement que c’est la fumée qui a causé tout ça… pas vrai ? » Il se redressa et la regarda droit dans les yeux, un sourcil velu haussé dans une connaissance ironique.

Elle détourna son regard et regarda au loin dans la faible lumière.

Jessan soupira et secoua la tête, sortant de leur zone pour retourner à la grotte. « C’est la seule espèce sur terre qui pense qu’elle va être punie pour savourer la vie. » Il sauta par-dessus un couple de formes blotties, puis il s’arrêta et regarda de plus près. « Oh bon sang… ça va être un choc quand ils vont se réveiller. » Ses crocs brillèrent dans un sourire puis il avança.

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L’odeur était… Xena soupira. Bon, elle devrait y être habituée, pas vrai ? C’était quoi un peu de merde de chauve-souris après ce qu’elle avait traversé dans cette autre grotte ? Son estomac se tordait malgré tout et elle prit un moment juste pour déglutir plusieurs fois avant de passer sa torche dans la grotte que l’éboulis avait ouverte.

Des battements d’ailes, surpris dans leur mouvement récompensèrent son action et elle se baissa instinctivement, avec une sensation inconfortable tandis qu’une chauve-souris passait au-dessus de sa tête pour aller dans l’autre grotte. « Génial », marmonna-t-elle en baissant les yeux pour placer ses bottes avec soin, ne souhaitant pas glisser dans ce truc.

Une paire d’yeux refléta sa lumière et fila, rejointe par plusieurs autres. « Terrifique. Des chauves-souris et des rats », soupira la guerrière. « Deux de mes machins préférés. » Un rat trotta sur sa botte et elle secoua sa jambe par pur réflexe, l’envoyant voler dans ce qui semblait être un autre groupe de rats à en juger par le couinement outragé qui s’ensuivit. « Oups. » Un rapide éclair de blanc tandis que Xena souriait. « Désolée. »

Elle s’avança, soulagée quand le toit de la grotte se souleva et qu’elle put sentir l’air frais autour d’elle. Elle leva la torche et vit un peu de reflet de la lumière sur les rochers au-dessus et un grand nombre d’yeux brillants tournés vers elle. « Tout doux, les gars… heureusement je ne fais que passer. »

Un grand morceau de guano tomba juste devant elle et elle fit la grimace. « Merci. » Elle le contourna puis se dirigea vers l’arrière de la grotte, qui devenait à nouveau plus étroit. S’il y avait des chauves-souris, elle savait qu’il y avait un chemin pour sortir pour qu’elles aillent chasser, elle devait juste le trouver. Les parois se rapprochaient et elle s’arrêta un instant, respirant régulièrement, puis elle avança jusqu’à ce qu’il devienne évident qu’elle était près de la bouche d’un tunnel.

Elle soupira. « Ce n’est pas mon année, hein ? » Un doigt passé sur la roche fut recouvert d’années d’huile visqueuse des ailes de chauves-souris tandis qu’elles passaient l’ouverture et elle s’agenouilla, regardant devant dans le trou obscur avec la torche un peu en arrière pour qu’elle envoie sa lumière devant elle.

Assez large pour qu’elle passe, si elle s’accroupissait. A peine assez large pour Jessan, s’il se comprimait, reconnut-elle, ensuite avec une profonde inspiration, elle s’avança. Ses épaules frottèrent la surface visqueuse et elle l’ignora en grimaçant, tandis qu’elle continuait de quelques mètres dans le tunnel.

Un puissant flashback la fit sursauter et elle serra la mâchoire, repoussant avec force les souvenirs de l’éboulement qui l’avait ensevelie (NdlT : événement qui a dû se produire dans Reflections of the Past/Reflets du Passé il me semble), inspirant profondément et avançant pas à pas avec les yeux bien fermés, jusqu’à ce qu’elle sente une arrivée douce d’air frais remuer ses cheveux. Elle cligna des yeux et les ouvrit, pour détecter un éclair de lueur devant elle et elle lâcha un soupir de soulagement.

Encore une dizaine de mètres puis le passage tournait vers la gauche et elle put voir un soupçon de lumière, qui se déversait et saisissait des lueurs de la pierre qu’elle voyait maintenant autour d’elle. La brise soufflait à nouveau, apportant une légère odeur de terre et une forte odeur d’eau, que la guerrière pouvait maintenant entendre, un son agité qui l’attira vers l’avant jusqu’à ce que le passage s’ouvre dans un espace bien plus grand.

Xena sortit du tunnel dans une grotte ouverte dont les parois s’élevaient autour d’elle et descendaient vers un cours d’eau rugissant qui émergeait de la roche et se déversait en cascade à travers un fossé. A travers l’ouverture, elle pouvait voir le ciel et elle pencha la tête en arrière, inspirant une délicieuse goulée d’air frais. « Bon sang que c’est bon. » Elle soupira et descendit tant bien que mal la rive vers l’endroit où le cours d’eau quittait la grotte.

Elle sauta sur un petit escarpement et un autre, posant soigneusement ses bottes sur les rochers couverts de mousse, jusqu’à ce qu’elle soit à l’embouchure du cours d’eau, une main sur la roche. Xena regarda, savourant la lumière du soleil avec un sentiment de profond soulagement et elle examina leur possible chemin de sortie.

Ce serait dur, se rendit-elle compte, et ils ne pourraient pas emporter beaucoup d’affaires. La cascade couvrait la plus grande partie de la paroi rocheuse, mais juste à l’endroit où elle se trouvait, un petit chemin à peine praticable descendait le côté de la montagne. Dur, mais faisable, surtout pour ses compagnons, qui pourraient passer les premiers et poser des cordes tout le long pour aider les autres.

Xena sourit et mit ses mains sur ses hanches, prenant un moment supplémentaire pour juste savourer le fait d’être dehors avant de reprendre le trajet de retour étouffant dans la montagne. Elle se regarda, voyant la saleté et la boue, voire pire, qui couvrait la plus grande part de son corps, et elle regarda l’eau d’un œil spéculateur, puis elle haussa les épaules et repartit à l’intérieur, s’asseyant pour enlever ses bottes avant de se redresser et de retirer sa tunique.

L’eau était glaciale et son impact envoya des ondes de choc à travers son corps, lui coupant presque la respiration jusqu’à ce qu’elle s’y habitue. Elle mit les jambes contre un escarpement rocheux et s’abaissa dans l’eau courante, laissant le cours d’eau froid se déverser sur elle dans une vague rafraîchissante.

C’était un état merveilleux et elle rit un peu, baissant la tête pour rincer ses cheveux avant d’écarter les bras et de savourer simplement le massage de l’eau. L’odeur piquante de la mousse chatouillait ses narines et elle ferma brièvement les yeux, la respirant pendant un long moment.

Puis un léger juron lui fit ouvrir les yeux et elle écouta, un sourire ironique sur les lèvres tandis qu’elle reconnaissait l’intrus. « Salut, Jess », cria-t-elle.

« Oh, Xena… il fallait que tu trouves le pire et le plus sordide moyen pour sortir de là, hein ? » Se plaignit l’être de la forêt. « J’ai des trucs dans mon pelage si horribles que ma mère me raserait si elle me voyait. »

Xena entendit le raclement de ses griffes sur le rocher et elle s’assit, puis elle se repoussa pour se relever, trempée et nue dans la lumière qui se déversait dans la grotte. « Désolée… si ça peut te consoler, je ressens la même chose. »

« Et bien, je ouah… » Jessan posa brusquement ses mains sur ses yeux. « Pour l’amour d’Arès. »

« Allons… ce n’est pas si terrible à regarder. » La guerrière sourit tout en s’avançant vers lui.  « Si ? »

Un œil doré apparut à travers les doigts velus. « Tu sais parfaitement que ce n’est pas ce que je voulais dire », la reprit l’être de la forêt, faisant comme s’il n’appréciait pas la combinaison de beauté et de puissance qui caractérisait tellement son amie. Humaine ou pas, c’était assurément une belle vue, soupira-t-il intérieurement.

Xena rit et remit sa tunique, puis elle s’assit sur un escarpement rocheux et secoua ses bottes avant de les remettre. « J’ai trouvé un moyen pour descendre, c’est hasardeux mais si on installe quelques cordes, c’est praticable. »

Jessan s’avança pour regarder vers le bas. « Joli », complimenta-t-il la vue. « Génial de pouvoir sortir de cet endroit. »

« Oui… » Approuva Xena. « Et on ferait mieux de faire sortir tout le monde d’ici avant que ces chauves-souris ne se réveillent vraiment… je n’ai aucune intention de me frayer un chemin à travers avec mon épée. »

L’être de la forêt tourna la tête, regardant la vision de Xena assise dans la lumière du soleil, l’eau brillant sur sa peau bronzée et coulant en cascade autour d’elle telle une douche tandis qu’elle secouait la tête et tirait ses cheveux en arrière. « Ces gens sont plutôt agacés là-dedans », dit-il en regardant la lumière saisir des reflets de ses yeux bleu clair tandis qu’elle le regardait. « Tu devrais peut-être les laisser là-bas. »

La guerrière secoua la tête. « Je ne peux pas faire ça, Jess… je ne peux pas empêcher ce qui s’est déjà passé, tout ce que je peux faire c’est de les sortir de là et ensuite de les laisser continuer leurs vies. » Elle se leva et alla vers lui. « Et je sais que tu veux rentrer retrouver Elaini et les enfants. »

« Oh pour sûr. » Jessan soupira. « Ecoute… je n’ai pas pris le temps de te remercier… d’être venue nous chercher. » Il posa une main velue sur son épaule, sentant le mouvement du muscle et de l’os sous ses doigts. « Je l’ai vraiment apprécié. »

Un sourire chaleureux plissa les lignes angulaires du visage de Xena. « Allons, Jess… bien sûr qu’on est venus vous chercher… c’est à ça que servent les amis, pas vrai ? » Elle lui tapota le côté. « Allons-y… je veux en finir avec cette grotte le plus tôt possible. »

Il hocha la tête pour acquiescer. « Bien… » Puis il pencha sa tête poilue. « Tu es de très bonne humeur. »

Le regard bleu clair se posa sur lui. « C’est un crime ? »

« Non non non… » Jessan remua la main. « Je… » Il plissa le front, tout en concentrant sa Vision sur elle, voyant un feu brûlant qu’il avait presque vu se calmer depuis que la barde était revenue. « Pas un crime… c’est juste bon à voir. »

Xena baissa le regard sur les rochers pendant un moment puis elle releva la tête. « Ça a été une année terrible, par Hadès », admit-elle tranquillement. « Je pense que je suis juste contente que ce soit fini. » Un léger mouvement de la tête. « Je me suis rendu compte hier soir que les cauchemars ne partiraient pas tant que je n’aurais pas décidé d’avancer… et je l’ai fait. »

« Je pense que tu as fait le bon choix », répondit Jessan.

La guerrière hocha un peu la tête puis sursauta et elle commença à avancer vers le tunnel, tandis qu’un sursaut de crainte profond et effrayant la touchait dans les tripes. « Gabrielle a des ennuis », cria-t-elle en guise d’explication tandis qu’elle plongeait la tête la première dans l’obscurité sans hésitation.

« Et tu vis pour ça, pas vrai, mon amie ? » Répondit doucement Jessan en trottinant derrière elle.

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« Très bien, maintenant écoutez. » Gabrielle leva la main, bougeant pour tenir la foule en colère dans son champ de vision. « Il y a une incompréhension. »

« Pas d’incompréhension… » Répliqua l’homme le plus proche. « C’est très clair pour moi… d’abord, vous nous piégez ici, ensuite vous nous séduisez tous avec vos tours de magie… et maintenant ta soi-disant sœur et cette créature ont disparu… ça me semble parfaitement clair ! »

Un murmure d’approbation traversa la foule. « Pensiez-vous que nous allions abandonner notre foi aussi facilement ? » Lâcha une femme. « Notre Seigneur est un berger de nos cœurs plus puissant que ça. »

« Ecoutez… nous n’essayons pas de faire que quiconque abandonne quoi que ce soit », argumenta Gabrielle. « Nous sommes piégés ici aussi, vous vous souvenez ? Xena et Jessan sont juste partis essayer de trouver un chemin pour sortir. » Elle sentit Solari et Aileen bouger pour se mettre près d’elle ; les Amazones se positionnèrent pour la protéger si les choses dégénéraient.

Encore plus, en fait. « Essayons de garder notre calme et attendons qu’ils reviennent. »

« Ils ne vont pas revenir… vous essayez vraiment de nous le faire croire ? » Le premier homme secoua la tête. « Ou alors avec ce seigneur de guerre peut-être… maintenant que nous sommes sans défense ici… nous sommes des cibles de choix… et ils vont tout prendre. » Il leva un scythe. « Je dis que nous allons prendre des otages pour avoir de la monnaie d’échange quand ils arriveront. »

« Ce n’est pas une bonne idée. » Gabrielle sentit son cœur se mettre à battre plus fort. « Ils ne sont partis nulle part et ils vont revenir d’un instant à l’autre… gardons notre calme, d’accord ? » Un regard derrière elle lui montra la silhouette de Toris qui la surplombait sur sa gauche avec Johan derrière lui et la toute petite mais pugnace Frendan près d’elle. « Nous ne sommes pas vos ennemis. »

« Ah oui ? » Demanda Sarah. « Tu penses que nous ne nous sommes pas rendu compte de ce que tu essayais de faire avec nos enfants ? » Elle montra la barde. « Saper les paroles du Seigneur ? Vous avez été trompés tous… ce n’est pas Xena le danger… c’est elle. »

Gabrielle écarta les narines. « Un danger ? Parce que je leur ai raconté des histoires ? »

« Des histoires qui détournent leurs esprits du Seigneur, oui », lança Matthias. « Sarah a raison… tu cherches à nous empoisonner avec tes mensonges. »

« Je n’ai dit aucun mensonge », répondit doucement la barde. « Mais qui êtes-vous pour parler de ça ? Vous avez kidnappé mon frère et mon ami… parce que vous pensiez qu’ils ne suivaient pas VOS enseignements ? » Elle avança d’un pas et fut consciente du mouvement des Amazones et de Toris en même temps qu’elle. « Si vous n’aviez pas fait ça, nous n’aurions jamais eu besoin de venir ici… qu’est-ce qui vous donne le droit d’essayer de les ‘soigner’ ? »

Un instant de silence. « Le Seigneur nous a donné la tâche de diffuser ses enseignements », dit Matthias sérieusement. « Nous ne cherchions qu’à les instruire avec les voies du Seigneur. »

« Oh… alors vous avez le droit de mentir… mais moi pas ? » Gabrielle sentit sa colère monter. « Qu’est-ce qui rend vos histoires plus vraies que les miennes ? »

« Nos enseignements nous viennent de Dieu… les tiens du Diable », accusa Sarah. « Nous ne voulons pas que les esprits de nos enfants soient détournés… nos traditions dénaturées, parce que tu penses qu’ils ont besoin de leçons… tes pensées… tes façons sont diaboliques pour nous. » Elle pointa à nouveau Gabrielle. « Regarde-toi… vous êtes tous comme des animaux… et toi… ce pauvre enfant en toi… qui naîtra sans un père, parce qu’aucun homme n’acceptera quelqu’un comme toi. »

La barde plissa ses yeux verts et prit une profonde inspiration, mais des mains se posèrent sur ses épaules et elle s’arrêta tandis que Toris passait près d’elle et baissait les yeux sur Sarah, ses yeux clairs brûlants et ses mains serrées en poings.

« Tu ne parles pas comme ça à ma sœur, espèce de crottin de cheval moralisateur. » Sa voix descendit en un profond grognement tellement semblable à celui de Xena que c’en était incroyable. « Ou bien je vais prendre les enseignements de ton Seigneur et te cogner sur la tête avec. » Il se retourna et fit face aux hommes assemblés. « Ça vaut pour vous tous… un pas de plus, une main levée sur elle et je vous prends tous, et vous feriez mieux de prier votre dieu après ça. »

Solari s’avança près de lui et sortit son épée, saisissant la lumière du feu sur toute sa longueur argentée. « La nation Amazone ne supporte pas très bien les menaces contre sa reine… alors si vous devez le faire, vous feriez mieux d’être prêts à mourir », leur dit-elle d’un ton ferme.

Johan mit les bras sur les épaules de Gabrielle. « Comme ils ont dit », gronda-t-il.

Gabrielle faillit se mettre à rire et elle l’aurait fait si elle n’avait pas été si furieuse. Elle se demanda si la surprotection de Xena était contagieuse. « Vous êtes dépassés, Matthias », déclara-t-elle tranquillement. « Et où est Isaac ? Il n’a pas son mot à dire dans tout ça ? Xena lui a sauvé la vie… ça ne compte pas ? »

« Un tour de magie », répliqua Matthias. « On l’a trouvé froid et mort après que ta drogue a fait son effet… un messie, avait-il dit ? Quel fou il était. »

La barde tressaillit. « Je suis désolée », dit-elle doucement. « Mais ça n’a vraiment pas été un tour. »

« Mensonges. » L’homme leva une main. « Avancez… ils ne sont que six… avec la puissance du Seigneur derrière nous, nous allons les défaire. »

« Non, vous ne le ferez pas. » La voix calme fit écho dans la grotte, accompagnée par un grondement sourd.

Les têtes se tournèrent pour voir Xena perchée sur un rocher, avec Jessan près d’elle, le pelage de l’être de la forêt pratiquement dressé et ses yeux dorés enflammés.

« J’ai trouvé un chemin pour sortir », continua la guerrière tranquillement. « Et on ferait mieux de le prendre avant que ces chauves-souris se remettent ou que cette porte lâche. » Elle fit signe derrière elle. « A travers cette grotte et le long d’un petit tunnel… il y a une paroi que nous pourrons descendre. »

Un silence figé puis tous les regards se tournèrent vers Matthias. Il fixa Xena dont la silhouette sur le rocher ressortait dans la lumière de la torche, les ombres peignant un masque menaçant sur ses traits figés. « On règlera ça dehors », finit-il par dire. « Prenez vos affaires… mais ça ferait bien de ne pas être un piège. »

Xena ne prit même pas la peine de répondre. Elle sauta de son rocher et avança à grands pas dans la grotte, s’attendant à ce que les gens se mettent hors de son chemin.

Ce qu’ils firent.

Elle eut un sourire pour Toris en se rapprochant et donna une tape dans le dos à son frère. « Joli… je ne pense pas que j’aurais pu être plus menaçante que ça. »

Toris grogna. « Pas aussi fort, sœurette… ma tête va exploser. » Il s’appuya contre elle. « Et je suis de très mauvaise humeur par Hadès…qu’est-ce qui s’est passé la nuit dernière ? »

La guerrière entoura les épaules de Gabrielle d’un long bras et soupira. « Tu ne te souviens pas ? » Elle regarda autour d’elle pour repérer Cesta qui restait invisible.

Toris secoua la tête. « Non… je me souviens des chauves-souris, puis tout est devenu épais et enfumé… ensuite je me suis réveillé avec ce qui ressemble fort à une gueule de bois. »

Xena et Gabrielle échangèrent un regard. « Et bien, tout le monde est dans le même bateau. » La guerrière brossa légèrement son vêtement. « Ne t’inquiète pas. »

« Tu es mouillée », dit Gabrielle en touchant ses cheveux. « Est-ce que le plan pour s’échapper comprend de la natation ? » Elle regarda la foule qui se rassemblait. « Parce que je pense que ça va être dur avec ces moutons. »

« Non. » Xena la fixa. « Tout va bien ? »

Gabrielle soupira. « J’ai une ou deux contractures, mais autrement ça va bien… je présume que tu avais raison, Xena… ils ne veulent vraiment pas de notre aide. »

La guerrière l’embrassa affectueusement sur la tête. « Le simple fait que nous soyons ici change les choses, Gabrielle… ils peuvent dire tout ce qu’ils veulent, mais ces gamins nous ont vus… nous ont parlé… ils s’en souviendront un jour. »

« Je pense aussi. » Gabrielle soupira. « Tu sais, je pense que parfois les gens ne veulent pas connaître la vérité, Xena… c’est plus facile de croire un mensonge, si on est à l’aise avec ça. »

Elles se regardèrent dans une compréhension mutuelle. « C’est vrai », reconnut la guerrière. « Ou parfois c’est bien moins douloureux de s’accrocher à une croyance plutôt que de faire face à la vérité. »

Un léger hochement de tête. « Tu penses que beaucoup de gens vont les suivre ? »

Xena soupira. « J’espère que non. » Elle alla à leurs affaires et échangea le coton contre le cuir, ajoutant son armure dans des gestes rapides et pratiques. « Mais la notion qu’il y a quelqu’un là haut… qui prend soin de toi et te dit quoi faire… comment vivre ta vie… c’est vraiment réconfortant pour certaines gens, Gabrielle… c’est plus facile à croire que de vivre avec des décisions que tu as prises qui causent de la souffrance à toi-même et aux personnes que tu aimes. »

Gabrielle réfléchit à ces paroles tandis qu’elles traversaient la grotte, studieusement évitées par les villageois qui les regardaient avec une suspicion effrayée. Puis son regard tomba sur un petit visage qui regardait de derrière le dos de Sarah.

Rebekah lui sourit et mit un doigt sur ses lèvres, puis elle se remit derrière sa famille.

Gabrielle sourit pour elle-même.

Les chauves-souris commençaient à se réveiller et à s’agiter, et les moutons s’agitaient aussi, les bergers ayant du mal à forcer les animaux nerveux à entrer dans le tunnel jusqu’à ce que Jessan se mette derrière eux et lâche un rugissement sourd. Alors ils filèrent rapidement et le reste des gens les suivit, lâchant des bruits de dégoût en se dirigeant vers la grotte aux chauve-souris maintenant éclairée.

Gabrielle était contente que la main stabilisatrice de sa compagne soit sur son dos tandis qu’elles avançaient dans l’espace obscur et étroit, et elle tendit la main pour tapoter une cuisse musclée en retour. « Je parie que tu adores cette partie ? »

« Oh oui », répondit Xena ironiquement.

Elles sortirent dans la caverne extérieure où plusieurs hommes étaient déjà près de la source de la cascade, regardant le chemin en contrebas. Ils semblaient travailler sur la mise en place d’un guide de cordes alors la guerrière emmena son âme-sœur vers l’eau et s’assit sur un escarpement rocheux, aidant Gabrielle à la rejoindre.

« C’est génial de respirer de l’air frais », commenta la barde tandis qu’elle se penchait et remuait les doigts dans l’eau. « Ouaouh… c’est froid. »

Xena mit ses mains en coupe et prit de l’eau pour la lui offrir.

Gabrielle sirota le liquide glacé avec prudence, embrassant les doigts de Xena au passage, regardant les yeux bleus tournés vers elle s’adoucir et se plisser légèrement tandis qu’un sourire creusait des rides aux commissures des lèvres. Elle laissa son esprit vagabonder vers la maison et elle se rendit compte qu’elle avait hâte de retrouver sa paix.

Maintenant, plus que jamais. « C’est une de nos aventures les plus étranges, pas vrai ? » Demanda-elle à son âme-sœur ironiquement.

Xena ricana puis passa la main dans ses cheveux noirs, les repoussant de son front. « Dit comme ça », fit-elle remarquer. « Il faut qu’on trouve un chariot pour rentrer à la maison. »

« Pourquoi ? » Demanda la barde en lui lançant un regard. « Tu es si fatiguée que ça ? »

« Gabrielle. » La voix de Xena tomba d’une octave.

« Allons, Xena… j’ai juste dû gérer une inondation, une panique de moutons, une attaque de chauves-souris vampires et une pendaison toute proche… je peux marcher jusqu’à Amphipolis, pour l’amour d’Artémis », répliqua Gabrielle. « Reprends-toi, d’accord ? Je suis enceinte, pas handicapée. »

La guerrière soupira. « Qu’est-ce que je vais faire de toi ? »

Un sourire brillant. « Tout ce que tu veux. »

« Très bien… alors il faut qu’on trouve un chariot pour Johan. » La guerrière réfléchit vite. « Il a subi beaucoup… ce n’est pas juste de le faire marcher jusqu’à la maison, pas vrai ? »

« Je vais lui demander », contra la barde avec un sourire mauvais. « Je vais voir ce qu’il en dit. »

« Gabrielle. » La guerrière soupira à nouveau.

« Tu ne vas pas gagner cette fois, tigresse. » Gabrielle secoua la tête. « Allons… c’est vraiment ma dernière chance de pouvoir marcher activement… on va y aller doucement. » Elle tendit la main et gratta la peau du genou de Xena légèrement. « Tu me fais ce plaisir ? »

« A une condition. » Les yeux bleu clair la regardaient avec ironie. « Tu dois promettre d’abord. »

Gabrielle se mordilla la lèvre. Promettre d’abord était toujours risqué mais elle savait au fond de son cœur que quoique l’oreiller chéri surprotecteur et farcie de cuir demandait, c’était probablement pour son propre bien. « D’accord… je promets. » Elle entoura son genou de ses mains et haussa les sourcils. « C’est quoi ? »

Elle reçut en réponse un sourire diabolique. « Je ne sais pas… je n’ai pas encore trouvé… mais ne t’inquiète pas, ça va venir. »

« Xena ! » Protesta la barde. « Ce n’est pas juste ! »

« Souviens-toi, tu as promis. » Les yeux bleus brillèrent de joie. « Allez… ils ont fini de poser la corde… lançons la parade. » Elle se mit debout et tendit une main à son âme-sœur.

« Sale gamine. » Gabrielle prit les doigts tendus et laissa Xena la mettre debout. Puis elle sautilla un peu tandis qu’un rat passait entre ses bottes. « Hé ! »

Xena cligna des yeux. « Bon sang… » Elle regarda l’animal filer puis elle regarda vers le tunnel. « Qu’est-ce que… » Un flot de rats se déversait de l’ouverture et se dirigeait vers l’escarpement rocheux. Puis elle réalisa. « Tout le monde, tenez-vous bien ! ! ! » Cria-t-elle à tue-tête. « La porte a cédé ! ! » Elle attrapa Gabrielle et la tira vers la paroi rocheuse, donnant des coups de pied aux rats tandis qu’elle accélérait.

Elles atteignirent la pierre au moment où un rugissement sauvage s’élevait dans la grotte et un flot solide d’eau explosa hors du tunnel, balayant une vague de rats devant et avançant avec une vitesse mortelle le long de l’escarpement sur lequel ils se trouvaient. « Tenez bon ! ! ! ! » Hurla Xena en tenant Gabrielle d’une main puissante et les rochers de l’autre. La barde s’enroula fermement autour de sa compagne et nicha sa tête contre l’armure de la guerrière.

Des cris leur annoncèrent que d’autres étaient moins chanceux, balayés de l’escarpement. Elle sentit l’eau la frapper comme un marteau, tirant sauvagement sur son corps, mais la prise de Xena était d’acier et la guerrière ne vacilla pas un instant.

Des corps volaient, attrapés par d’autres, plus près de la cascade, puis elle sentit Xena commencer à bouger pour se frayer un chemin le long des rochers, se retenant face à la puissance de l’eau. Gabrielle se concentra simplement pour garder son équilibre, faisant confiance à la force de Xena pour la protéger.

Les moutons n’eurent pas autant de chance. Ils volèrent par-dessus le bord de la cascade, entraînés par la pression de l’eau en bêlant. Un berger les suivit, ses bras et ses jambes battant l’air dans les flots rapides.

« Commencez à descendre le chemin », cria Xena, sa poitrine se soulevant et s’abaissant avec force, tandis que Gabrielle baissait la tête pour ne pas être assourdie. « Sortez de l’eau… vite ! »

Puis Jessan fut là, ses longs bras de chaque côté de son âme-sœur, son corps entre elles et l’eau. « Les Tarés sont déjà tous en haut », cria l’être de la forêt par-dessus le fracas. « Ton frère et Johan sont partis les premiers… avec le groupe qui installe la corde… ils essayent de leur parler. »

« Merci », cria Gabrielle à son tour, alors que Xena était occupée à crier elle-même des instructions.

Un cri fit écho et derrière le bras de Jessan, elle vit un petit corps qui déboulait. « Xena ! » La barde saisit l’attention de son âme-sœur. « Regarde ! »

Les yeux bleus étincelèrent en suivant la silhouette minuscule. « Bon sang… »

Le temps s’arrêta. Xena le sentit ralentir comme ça lui faisait toujours… elle leva les yeux et croisa le regard doré de Jessan dans un moment déchirant où la compréhension passait en lui. Puis elle retira ses bras de sa compagne et le regarda prendre le relais. Elle passa ses lèvres sur la tête dorée mouillée. « Je reviens tout de suite… » Murmura-t-elle puis elle passa sous le poignet musclé de Jessan et plongea vers l’enfant, se repoussant de la paroi de son pied et étirant son corps, tendant une main vers une cheville qui était presque… à… portée.

« Non ! » Gabrielle se tortilla dans la prise de Jessan et plongea, luttant contre sa poigne.

Xena attrapa le garçonnet… elle sentit ses doigts se refermer sur la chair et elle tira en arrière, mais l’assaut de l’eau la repoussait et la roche à laquelle elle se retenait se détacha.

Puis l’eau la saisit et elle agrippa l’enfant tandis qu’ils étaient tous les deux envoyés par-dessus le bord de la cascade et commençaient un long voyage vers le bas.

« NON ! » La voix rauque de la barde trancha le cœur de Jessan. Il la retint de toutes ses forces. « NOOON ! ! ! ! ! » L’agonie résonna dans son crane et il fut sur le point de lâcher.

De la lâcher.

Comprenant ce qu’elle ressentait, comme aucun de ces aveugles le pourrait jamais.

« Lâche-moi. » Le murmure était si bas qu’il faillit le rater. « Oh par les dieux, s’il te plaît… lâche-moi. »

Sa vision suivit la guerrière dans sa descente, sentant sa puissance, si unique parmi les siens, respirant dans sa lumière féroce. « Elle est toujours avec nous, tiens bon, petite sœur », murmura-t-il à la forme maintenant relâchée et calme dans ses bras. « N’abandonne pas. »

Des doigts saisirent son pelage, et loin de là, il pouvait sentir la présence soudaine et vivace d’Elaini, qui répondait sans aucun doute à sa détresse.

Un cri parvint du haut du chemin. Il leva la tête pour voir la tête sombre de Solari.

Leurs regards se croisèrent.

L’Amazone sourit et secoua la tête, puis elle leva le pouce.

« Elle va bien », murmura-t-il, à sa charge silencieuse. « Gabrielle ? »

Lentement, les yeux verts se levèrent vers lui. « Je sais. » Elle tapota son pelage. « Désolée d’avoir perdu la tête… c’est arrivé si vite. »

« Tout va bien. » Il relâcha un peu sa prise. « Je suis content d’avoir été là pour toi… que l’un de nous l’ait été. »

« Je suis contente que tu ais été là aussi », répondit Gabrielle, tandis que son cœur commençait à ralentir. « Tu comprends. » Elle regarda le haut du chemin où un groupe de personnes se frayaient un chemin vers le bas, loin des eaux rugissantes. Elle pouvait voir Solari qui se tenait toujours là, d’un côté, la regardant avec une expression inquiète et elle leva une main pour faire un signe.

L’Amazone leva un poing pour lui rendre son salut.

« Viens… » La barde commença à traverser l’eau avec précautions. « Je veux voir ce qui s’est passé. » Et mettre la main sur une certaine grande héroïne aux yeux bleus de ma connaissance.

***********************************

L’eau les chahutait tous les deux tandis que Xena était brièvement désorientée, ne sachant pas où était le haut jusqu’à ce qu’elle se torde en plein air, ramenant l’enfant près d’elle, un bras enroulé autour de lui.

Ils tombaient et elle savait qu’elle n’avait que quelques secondes pour prendre une décision, pressentant la roche dure de la montagne juste en dessous d’elle et se souvenant des rochers escarpés en contrebas.

Instinctivement, elle ramassa son corps puis donna un coup de pied vers le haut, sentant l’impact tandis que ses bottes frappaient les rochers et le choc soudain quand ils sortirent brutalement de l’eau qui tombait dans l’air moite, voyageant de côté pendant un long moment.

Une branche se détacha tout près et elle l’attrapa, les tirant tous les deux dans un entremêlement de branches solides qui la cognèrent tandis qu’elle tournait son corps pour protéger l’enfant qu’elle tenait sous son bras. « Ne bouge pas », dit-elle difficilement tandis qu’ils rebondissaient sur une branche mousseuse qui faillit lui faire perdre conscience lorsqu’elle la toucha à la tête.

Elle s’accrocha désespérément à l’écorce puis elle sentit un choc violent quand ses bottes touchèrent une branche plus basse, arrêtant momentanément leur mouvement. C’était suffisant pour qu’elle s’agrippe à une branche plus épaisse que celles qui éclatèrent sous elle, et elle se cogna contre le tronc d’un arbre avec un hoquet, l’entourant de son bras libre et s’y accrochant.

Pendant un long moment, tout ce qu’elle entendit fut le battement de son cœur, cognant dans ses oreilles avec une force telle qu’elle eut l’impression qu’elle lui faisait dresser les cheveux à chaque coup. Tout son corps tremblait et elle prit la précaution de verrouiller ses genoux, ses bottes contre une branche légèrement recourbée qui remuait dans le vent causé par la cascade.

Alors l’enfant prit une inspiration fait à demi d’un sanglot à demi d’un cri et elle baissa les yeux pour voir les yeux terrifiés de Ruben cloués sur elle. « Hé… tu vas bien ? » Réussit-elle à murmurer.

Il s’accrocha désespérément, entoura son corps de ses bras et de ses jambes, tremblant violemment.

« C’est bon… tout va bien », le rassura-t-elle avec une respiration saccadée, puis elle leva les yeux pour voir une ligne de visages choqués qui la regardaient de tout en haut, loin. « Tu vois ? Fais leur signe à tous, parce que moi, je ne peux pas, d’accord ? »

Le garçonnet se retint un moment puis il regarda en haut et écarta lentement et péniblement une de ses mains, pour la remuer faiblement un très bref instant, avant de se rattacher au cou de la guerrière.

Xena entendit le cri venu d’en haut et elle s’appuya contre l’écorce de l’arbre, avec une envie forte de vomir. Pire que la chute, ce fut la sensation nauséeuse de la terreur de Gabrielle, qui l’avait traversée avec une force inattendue, apportant des souvenirs rudes de ses propres émotions à la vue du corps de son âme-sœur qui disparaissait dans le puits de Dahak.

Bon, pas besoin de s’attarder là-dessus, décida-t-elle, en se concentrant sur sa respiration et l’arrêt de ses tremblements plutôt. Ils allaient bien et c’était tout ce qui comptait. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle à Ruben.

Le garçonnet renifla puis se frotta le visage du dos de sa main tout en la regardant. « J’ai peur. »

Xena lui fit un sourire en coin. « Oui, moi aussi. » Elle leva les yeux. « C’était un sacré saut, pas vrai ? » Elle s’étira un peu, testant ses membres pour des dommages éventuels et elle fut soulagée de ne trouver que des élancements mineurs. La chance, à nouveau. Combien de fois cette chance va-t-elle durer, se demanda-t-elle brièvement, tandis qu’elle bougeait ses pieds avec précautions en avançant vers le haut. Un de ces jours, elle le savait, son corps allait juste lever les mains de dégoût pour tous les abus et tomber en pièces.

Ce serait horrible. Xena soupira. Mais pour l’instant, ils étaient intacts tous les deux. « D’accord… écoute, nous allons descendre et aller nous asseoir sur ce gros rocher », dit-elle à Ruben. « Et nous allons attendre que les autres prennent la longue route. »

Il suçota son pouce pensivement. « D’accord », acquiesça-t-il aimablement.

Xena lui sourit. « Tiens bon maintenant. » Elle sautilla sur la branche suivante et attendit qu’elle s’arrête de bouger avant de continuer à descendre de l’arbre, faisant le tour du tronc dans un cercle avant d’être assez bas pour simplement sauter la courte distance vers le sol.

C’était bon de sentir la terre solide sous ses bottes et elle marcha jusqu’au rocher qu’elle avait repéré et posa Ruben, puis elle s’installa sur la surface chauffée par le soleil et se pencha en arrière, écoutant le flot de l’eau et le doux bruissement des arbres dans le vent froid. Son regard alla vers le chemin escarpé et elle repéra Jessan et Gabrielle immédiatement, qui se frayaient un chemin vers le bas, l’être de la forêt tout à côté de son âme-sœur.

« Peluche », déclara Ruben, qui levait également les yeux. « Ours. » Il regarda Xena. « Ours qui parle. »

« Non… ce n’est pas un ours. » La guerrière secoua la tête. « C’est une personne. »

Un plissement du petit front. « Ours. »

« Nan », l’assura Xena. « Personne. »

Ruben fit la moue puis il se tortilla pour venir s’installer sur les cuisses de Xena et commença à jouer avec son armure, puis son regard bougea et il se focalisa sur la poignée de l’épée visible juste derrière sa tête. « Tu te bats ? »

Xena l’étudia pensivement. Elle n’avait pas connu Solan à cet âge-là et elle souhaita soudain en avoir eu l’occasion. « Oui », répondit-elle tranquillement. « Je me bats. »

Il prit sa main et la bougea puis il plia son bras et regarda le biceps se former avec une expression sérieuse et attentive. « Bang », conclut-il, en examinant le poing légèrement fermé de Xena, tapotant ses phalanges de sa paume. « Bang bang. »

« Oui », acquiesça Xena avec un rire ironique. « Je fais ça aussi. »

Il bougea rapidement sur le rocher et se blottit contre elle, sa tête posée sur sa cuisse, les yeux fermés. « Toi gentille. »

Xena lui ébouriffa légèrement ses cheveux mouillés. « Parfois », reconnut-elle, en se penchant en arrière, absorbant la chaleur du soleil qui les couvrait. La brise fraîche repoussait ses cheveux en arrière, les séchant et la chaleur commença à sécher sa combinaison en cuir, qui prenait toujours une éternité.

Elle fit un pari mental avec elle-même que Gabrielle insisterait pour qu’elle se change quand elle serait là. Et qu’elle devrait faire changer d’avis à la barde, parce qu’il y avait toujours des dangers par ici. Gabrielle accepterait à contrecœur mais enlèverait sa cape et la ferait porter par la guerrière.

Xena sourit à la vue des nuages moelleux qui planaient dans le ciel. La prédictibilité était aussi réconfortante qu’une soupe chaude par une nuit froide. Elle soupira, passant en revue ce qui allait probablement être leur dernière aventure avant un bon moment.

Et très certainement une aventure intéressante et elle en était sortie finalement sans se battre.

Bon, sauf ces chauves-souris mais ça ne comptait pas, songea-t-elle. Et quelques menaces mais elles ne comptaient pas non plus. Elle leva les yeux alors que les premiers atteignaient le bas du chemin et elle reconnut la silhouette familière de Toris qui déboulait vers elle. Elle avait été tellement fière de lui un peu plus tôt, quand il s’était dressé pour défendre Gabrielle. « Salut. »

« Xena ! Tu vas bien ? » Il glissa avant de s’arrêter et s’agenouilla sur le rocher. « Tu m’as fichu une trouille bleue. » Il regarda derrière lui. « Sans parler de Gabrielle… par la grande Héra ! »

« Du calme… je vais bien », l’assura-t-elle calmement. « Je n’avais pas la patience de descendre par le chemin de toutes les façons. »

Il secoua la tête. « Xe… »

Elle eut un rire ironique. « Toris, je n’ai pas sauté par-dessus la cascade exprès, d’accord ? » Elle regarda le garçonnet qui sommeillait. « C’est devenu une sorte d’habitude. »

Toris s’assit près d’elle et mit un pied sur les rochers. « Ça semble étrange ? »

Les yeux bleus se tournèrent vers la cascade avec un peu d’éloignement. « Quand je pense à tous les gens que j’ai tués et à combien de vies j’ai ruinées ? Je te veux que c’est étrange », répondit-elle doucement.

Son frère l’observa. « La vie a une façon de maintenir l’équilibre… peut-être que ça en fait partie », dit-il.

« Peut-être », répondit paisiblement Xena. « Être malfaisante ne m’a rien apporté… tout ce à quoi j’aspirais a soit disparu, soit a été en-dessous de mes attentes… ça n’était jamais assez… jamais satisfaisant… » Elle soupira doucement. « De changer de chemin a été bien plus douloureux, mais en quatre ans, ça m’a apporté plus de moments de joie pure que toutes les années précédentes. » Son regard se tourna vers Toris. « Et le moindre n’a pas été de retrouver ma famille. »

Toris mit un bras autour de ses épaules. « Je t’aime aussi, sœurette. » Il sourit en la voyant froncer les sourcils. « Ne me frappe pas, d’accord ? »

Ils se mirent à rire ensemble avec ironie, tandis que des bruits de pas attiraient leur attention.

Matthias déboulait par-dessus les rochers, ses vêtements couverts de boue et tachés de la mousse qui recouvrait amplement les pierres qui bordaient la cascade. Son regard était sur son fils, blotti paisiblement sur les cuisses de la guerrière, les mains de Xena l’entourant pour le protéger. Il s’arrêta à quelques mètres et l’observa avec circonspection.

Xena soutint son regard puis elle secoua doucement l’épaule de Ruben. « Hé… réveille-toi… ton papa est ici. »

Le garçonnet ouvrit les yeux à contrecœur et les frotta d’un poing sale, puis il regarda son père. « Abba. » (NdlT : je jure que je n’invente rien, Abba désigne le père en hébreu J)

« Viens ici, Ruben », dit Matthias d’un ton bourru. 

« D’accord. » L’enfant se mit debout puis il se retourna et trottina vers l’avant, mettant avec prudence ses bras autour du cou de Xena tout en l’embrassant sur la joue. « Gentille », dit-il solennellement en la regardant droit dans les yeux.

Xena sentit une rougeur chauffer sa nuque et elle réussit à lui produire un demi sourire. « Merci. »

Il la tapota sur le côté de la tête puis il se retourna et s’assit sur le bord du rocher, poussa sur ses pieds et sauta sur le chemin qui menait à son père.

Toris attendit un instant puis il tourna son regard vers sa sœur. Le regard bleu glacial se tourna vers lui.

« Pas un mot », l’avertit Xena, en haussant un sourcil. « Ou tu vas te mouiller. » Elle tourna son attention vers Matthias qui avait récupéré son fils et l’étreignait. « De rien », dit-elle en mettant une pointe sarcastique dans son ton.

Il la regarda, ses yeux noirs hagards, la tension des derniers jours était évidente sur son visage. « Tu n’es pas le messie. »

Xena lui sourit ironiquement. « Je n’ai jamais dit ça. »

Matthias garda le silence un moment. « Et pourtant, quelque part tu as été touchée par le Seigneur… il t’a utilisée comme outil pour sauver nos Ecritures, pour nous guider et maintenant pour sauver mon fils. » Un très petit mouvement de la tête. « Ses voies sont vraiment impénétrables. » Une pause. « Qu’il continue toujours à poser une main de grâce sur toi. » Sur ces mots, il se retourna et se mit à reprendre son chemin vers Sarah et les deux autres enfants qui attendaient.

« Pauvre aveugle. » Toris soupira. « Il ne leur est jamais venu à l’esprit que tu n’avais pas besoin d’aide pour faire ces trucs ? »

Xena posa la tête contre la roche, ses yeux cloués sur une silhouette aux cheveux clairs presque arrivée en bas des rochers, une ligne de villageois entre elle et la barde l’empêchant de simplement se frayer un chemin vers le haut. « Toris, si tu ne me connaissais pas… est-ce que ça te viendrait à l’esprit ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine.

Toris garda le silence pendant un long moment. « Question intéressante », finit-il par marmonner. « Ecoute… » Il changea de sujet avec embarras. « Est-ce que… je suis allé… quelque part… hier soir ? »

Xena le fixa. « Je n’en ai aucune idée, Toris… j’étais occupée », lui dit-elle franchement. « La dernière fois que je t’ai vu, Cesta t’emmenait et ensuite… je vais te dire, frérot… cette grotte aurait pu me tomber sur la tête sans que je ne remarque rien », répondit-elle honnêtement. « Où étais-tu à ton réveil ? »

Il réfléchit. « Dans un coin… tout seul. »

Xena absorba ces mots. « Tu te souviens de quelque chose ? »

Il secoua la tête. « Non… pas du tout… pas même un soupçon… juste… je pensais que je… je me souvenais de… avoir été un peu idiot, et… je , heu… semblais me rappeler avoir dit quelque chose de stupide sur les rotules de quelqu’un. »

La guerrière rit doucement. « C’était de moi que tu te moquais », le rassura-t-elle.

« Toi ? ? ? ? » Couina son frère. « Oh dieux… tu blagues… on n’a pas… heu… » Il secoua vaguement les mains.

« Non », dit Xena dans un ricanement. « Lâche-moi, tu veux bien ? »

Il soupira. « Bon… en tous cas c’est la seule chose dont je me souviens, alors… je n’ai pas besoin de raconter ça à Granella, pas vrai ? »

« Quoi…. Que tu faisais du gringue à ta sœur ? » Les yeux de la guerrière brillèrent légèrement. « Oh… je dirais probablement que non… mais je pense que ça ne ferait pas de mal si tu le disais… je suis plutôt déjà prise. »

« Oh dieux… c’est trop embarrassant même d’y penser », grogna Toris. « D’abord Jessan, ensuite toi… ma réputation vacille. »

« Tu survivras. » Xena se repoussa de son rocher et sauta sur le sol. « Excuse-moi. » Gabrielle avait atteint le bas de la piste et elle se dirigea rapidement vers la barde, la rattrapant juste au moment où elle arrivait à la petite ouverture entre les rochers qui menaient au sol solide. « Hé… désolée d’avoir dû… »

Gabrielle se contenta de passer ses bras autour de sa compagne, arrêtant son discours avant de lâcher un soupir tremblant. « Dieux. »

Xena lui massa le dos. « Oui… ça a été dur », blagua-t-elle faiblement. « Encore une fois que je dois à un arbre. » Elle relâcha sa compagne et lui prit la joue. « Je sais que ça t’a effrayée. »

La barde hocha plusieurs fois la tête. « Oui, c’est sûr que ça l’a fait… » Elle tapota la poitrine de la guerrière. « Mais j’aurais dû m’y attendre… tu es plutôt bien casée dans le département de l’impossible. » Elle fronça alors les sourcils. « Tu es mouillée. »

« Oui », approuva Xena. « C’est une cascade. Je suis tombée dedans. »

« Tu devrais te changer », dit Gabrielle sérieusement.

« Trop dangereux », répliqua Xena tout aussi sérieusement.

« Je vais chercher ta cape. » Une minuscule lueur apparut dans les yeux verts. « On maîtrise bien le sujet, pas vrai ? »

Cela lui valut un sourire ironique de la part de sa compagne, qui diminua rapidement. « Tu vas bien ? » Demanda Xena à voix basse, tandis qu’elle sentait les vibrations dans le corps de Gabrielle et la serrait plus fort. « Hé… »

La barde prit une inspiration tremblante et caressa le cuir trempé. « J’avais… un peu volontairement oublié ce que ça faisait de presque te perdre », murmura-t-elle. « Je n’y étais pas préparée. »

Xena posa son menton sur les cheveux clairs de son âme-sœur. « Oui… je sais exactement ce que tu veux dire », murmura-t-elle. « Allons… partons d’ici. » Elle regarda Jessan qui avait suivi son chemin avec prudence pour les rejoindre. « Merci Jess. »

Il hocha tranquillement la tête. « Sacré saut. »

Elle haussa les épaules. « Il fallait bien que je te donne une histoire à raconter aux enfants, pas vrai ? »

Ils se retournèrent et prirent la pente étroite et rocailleuse vers une petite clairière, où les villageois s’étaient réunis, examinant la situation.

Tout le village était parti. Xena se tint sur la crête pour regarder où il s’était trouvé et surveilla l’eau qui clapotait, maintenant siphonnée par la rivière à travers le système de la grotte et depuis la cascade. Le vent frais, qui devenait de plus en plus froid, repoussait ses cheveux et soulevait les bords de sa cape légère, et elle tira avec reconnaissance les pans sur sa combinaison toujours trempée. « Bon sang. »

Matthias et deux anciens du village se tenaient tout près, la résignation sur leurs visages. « C’est la volonté de Dieu », déclara Matthias. « Nous n’étions pas supposés être là. » Il se tourna et observa le train triste de son peuple, avec des caisses et des sacs attachés sur leur dos et quelques-uns sur le dos des moutons. « Nous allons trouver un autre foyer, quelque part plus bas sur la route. »

Xena le regarda. « Cette partie du pays n’est pas très peuplée… c’est plutôt vide plus vous vous enfoncez jusqu’à ce que vous atteigniez les montagnes, et le pays des Amazones. »

Matthias lui lança un regard amer, regardant sur sa droite le groupe des Amazones qui se tenaient près de Gabrielle assise, tandis qu’elles attendaient tranquillement. Le cuir de leur tenue luisait d’un chaud doré dans la lumière du soleil, contre la peau bronzée et les corps minces ornés de plumes et d’armes. « Non. Nous ne souhaitons pas aller par-là. »

« Ce ne sont pas des gens mauvais, Matthias… elles ont juste leurs coutumes tout comme vous », commenta la guerrière. « Comme nous tous… mais plus loin à l’ouest vous allez trouver un groupe de petits villages… je pense que leurs traditions seront plus proches des vôtres. »

Il hocha brièvement la tête. « Et vous ? D’où venez-vous ? »

« D’une cité marchande dénommée Amphipolis, à environ une demi-journée de cheval d’ici », répondit Xena. « Ma mère est aubergiste là-bas… Johan est son mari. La femme de mon frère Toris attend leur premier enfant dans quelques mois. » Elle soupira. « Nous avons une foire d’hiver dans quelques jours… vous êtes les bienvenus… venez voir si vous pouvez échanger contre une partie de ce que vous avez perdu. »

« Ce n’est pas une mauvaise idée, Matthias… nous allons vraiment manquer de tout », dit l’autre homme.

Matthias fit un signe du pouce par-dessus son épaule vers Gabrielle. « Et elle ? » Demanda-t-il. « Qui raconte des histoires à nos enfants qui leur font faire des cauchemars ? »

Xena le laissa attendre un peu, tandis qu’elle le dévisageait. « Gabrielle est Reine des Amazones… notre négociatrice principale à la cité…. Une barde talentueuse… et ma compagne », déclara-t-elle sèchement. « Qu’est-ce que tu visais en particulier ? » Elle croisa les bras sur sa poitrine. « Et ces histoires n’étaient pas pires que ce que nous venons de traverser. »

Le silence tomba tandis qu’ils la dévisageaient. « Viens », finit par dire Matthias avec un ricanement dégoûté. « Nous devons nous abriter… demain nous partons. » Il se retourna et partit à grands pas, les deux hommes sur ses talons.

La lèvre de Xena se recourba. « Pauvre idiot », marmonna-t-elle en tournant les talons pour descendre la pente, vers l’endroit où attendaient ses amis et sa famille. On ne peut pas toujours gagner, se rendit-elle compte, tandis qu’elle regardait les villageois restants se regrouper autour de Matthias et lui tourner ostensiblement le dos. Elle sentit le vent tirer sur sa cape et elle se redressa pour lui faire face et le laisser fouetter ses cheveux en arrière tandis qu’elle s’éloignait d’eux à grands pas pour aller vers un regard vert qui attendait patiemment. « Et bien… je présume qu’on décampe. »

« Pas même un merci, hein ? » Ricana Johan. « Culs de porc… la moitié s’rait morts ou pire si on n’était pas là. »

« Et pour l’or et les gemmes là-dedans, Xena ? » Demanda Gabrielle en se mettant debout, tirant sur sa tunique. « Est-ce qu’ils sont enterrés sous toute cette eau pour de bon ? »

Xena jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. « Probablement… ils sont convaincus que leur Dieu ne les veut pas dans le coin et je ne vais sûrement pas raconter ce qu’il y a dans cette grotte… et le lit de la rivière a changé de direction suffisamment pour que la plus grande partie de cet or soit recouverte à nouveau. » Elle mit le bras autour des épaules de la barde. « Tu as ta pépite, pas vrai ? »

« Mm. » Gabrielle hocha la tête. « Je pense que je vais en faire une petite amulette… peut-être un ours ou un cheval. » Elle regarda son âme-sœur et sourit. « Avec de la place pour une date de naissance dessus. »

Xena lui sourit en retour. « Bien vu. » Elle mit son sac sur son épaule et attrapa celui de Gabrielle avant que la barde ne puisse le soulever, le passant aussi sur son épaule.

« Xena. »

« Ouuui ? » La guerrière répondit en ronronnant, les deux sourcils haussés. « Tu as dit que tu allais marcher… pas que tu allais marcher en portant tout notre attirail. » Elle prit une inspiration. « Très bien… si nous partons maintenant et que nous suivons la route, et que nous avons de la chance avec le temps, nous pourrions être à la maison à la tombée de la nuit. »

« Nous y arriverons. » Les yeux de Gabrielle brillèrent. « J’ai promis à une connaissance un petit déjeuner au lit pour son anniversaire et je serais maudite si je ne tenais pas cette promesse. »

« Oh… hé… c’est vrai ça ! » Croassa Solari. « C’est le Solstice demain, pas vrai ! » Elle poussa le bras de Xena. « Quelle bonne excuse pour faire la fête. »

« Oh non », commença Xena, secouant la tête. « Pas de fêtes… et depuis quand les Amazones ont besoin d’une fichue excuse ? » Elle regarda son âme-sœur. « Désolée que les choses ne se soient pas très bien passées avec ces gens. »

Un haussement d’épaules. « Oh… je ne sais pas, Xena… j’ai eu la visite de Rebekah avant qu’ils ne chassent tous les enfants… » Elle glissa son bras autour de la taille de la guerrière. « Je l’ai renvoyée avec quelques parchemins. »

« Gabrielle. »

Elle reçut un regard sans repentir en réponse. « Tu avais raison… ces gens ne veulent pas de notre aide… mais cette fillette oui. » Elle leva le menton. « Je lui ai donné une leçon basique sur notre alphabet… et les sons… et quelques histoires faciles à lire quand elle pourra. »

Xena soupira puis se mit à rire. « Ça c’est ma Gabrielle. »

« Et la direction pour venir à Amphipolis », murmura la barde, en la regardant. « Au cas où. »

« Je me demande ce que Baracus va penser quand il finira par se montrer et qu’il ne verra plus de village », songea Toris. « Tu penses qu’il va les chercher ? » Demanda-t-il à sa sœur. « Ça pourrait apporter des ennuis. »

« On verra quand on y sera », répondit brièvement Xena. « Rentrons simplement. »

**********************************

C’était à peine le crépuscule quand la route se mit à faire un angle, menant à l’entrée principale d’Amphipolis.

Gabrielle était extrêmement reconnaissante pour ça, parce qu’elle se disait que si elle devait entendre son âme-sœur bien aimée lui demander si elle allait bien encore une toute petite fois, elle allait complètement perdre le contrôle. D’accord, le trajet avait été éprouvant et elle avait beaucoup manqué de souffle mais ça ne voulait pas dire qu’elle allait s’évanouir.

Le village avait plein de gens pour avertir de leur approche et tandis qu’ils entraient dans la cour principale, un flot de personnes se dirigea vers eux, allant de Cyrène à Elaini, et à une Granella très anxieuse.

« Hé mignonne. » Cyrène l’étreignit. « Tout s’est bien passé ? »

Voyons voir. Des chauves-souris, des rats, une inondation, des fanatiques, des seigneurs de guerre et des moutons. « Tout s’est super bien passé, maman… tout s’est bien terminé. »

« Nous sommes contents que vous soyez de retour… et au bon moment », la taquina Cyrène en lui pinçant les cheveux. « Comment va la grognonne ? »

Gabrielle regarda son âme-sœur qui s’affairait à saluer Eponine. « Elle va bien… nous avons eu un ou deux petits incidents… mais rien de bien grave. » Elle échangea un regard avec Cyrène. « En fait, je pense que je dois la faire se changer… sa combinaison en cuir est probablement encore mouillée de ce matin… nous avons eu un petit accident. »

Pour une fois, l’aubergiste ne posa pas de question. « Ça me semble être une bonne idée, mignonne… vous vous changez et vous revenez après… je pense que tu vas aimer ce qu’il y a au dîner. »

Les yeux verts passèrent à l’ambre dans le crépuscule. « Je parie que oui. » Elle s’avança et prit le coude de Xena, souriant pour saluer Eponine. « Salut Pony… contente que tu ais pu venir… comment s’est passé le voyage ? »

« Génial… » Eponine se balança sur ses talons. « Et vous ? »

« Bien… bien… écoute, je dois emprunter Xena… elle a un rendez-vous avec des vêtements secs. » Gabrielle sourit à sa compagne. « Pas vrai ? »

La guerrière lui lança un regard.

« Et je raconterai tout sur nos aventures quand on reviendra », ajouta la barde, ceci dit pour Eponine. « D’accord ? »

« C’est super », acquiesça Eponine d’un air aimable. « J’ai des notes d’Eph… et des trucs à raconter aussi. »

« Est-ce que Cait n’était pas censée venir avec toi ? » Demanda Xena en cherchant la jeune fille du regard.

« Oh… oui… elle est ici… elle et Pal sont quelque part où elles peuvent… euh… installer la foire, je pense… c’est ce qu’elle a dit. » Pony se gratta la mâchoire. « Elle sera de retour ici pour le dîner, j’en suis sûre. »

« En parlant de ça… » Gabrielle tira sur son âme-sœur. « Allons… j’ai faim. »

Xena se laissa conduire aimablement dans les confins familiers d’Amphipolis, après la cour ouverte et devant l’auberge, leurs bottes envoyant un léger nuage de poussière tandis qu’elles avançaient dans l’air maintenant froid. De l’autre côté de l’arche près de l’auberge et dans la zone derrière elle, là où se trouvait la maison de son frère dans un coin, et à gauche, niché entre deux grands chênes, se trouvait leur chalet.

La maison. Xena sourit tandis que leurs pas résonnaient familièrement sur le porche bas en bois, puis elle se tourna à demi et elle entendit le grattement de pattes qui couraient. « Tiens-toi… » Avertit-elle Gabrielle tandis qu’Arès se précipitait sur le porche et sautait avec jubilation contre elle. « Salut mon garçon… ouhaou ! »

« Rooo ! ! ! ! » Le loup rejeta sa tête en arrière et yodla. « Arggrroooo… » Il poussa sa tête contre la poitrine de Xena et renifla, tandis qu’elle ébouriffait son pelage et l’étreignait. « Grrr… »

« Hé… moi aussi je suis contente de te revoir », dit la guerrière en riant. « Mais tu devrais nous être reconnaissant d’avoir été laissé ici cette fois, mon garçon… tu aurais détesté cette situation. »

« Grrrroooo… » Il haleta puis regarda Gabrielle qui le regardait avec amusement et il changea de cible, en direction de son visage bien plus accessible.

« Atteeeends un peu… » Gabrielle vacilla sous son poids lorsque ses pattes atteignirent ses épaules et que sa tête fut au niveau de la sienne. « Doucement là, Arès… tu vas me faire tomber… je ne suis pas un arbre comme ta maman là. »

« Roo ? » Le loup lui lécha délicatement le visage.

« Oui, je t’aime aussi. » Gabrielle l’embrassa sur le museau. « Viens… il faut qu’on passe des vêtements secs à ta maman. » Arès trotta devant elles jusqu’au chalet et courut tout autour d’elles en reniflant avec intérêt. « Ouaouh… c’est bon d’être à la maison. »

« J’y pensais justement », répondit Xena tandis qu’elle accrochait sa cape et débouclait son armure, la soulevant au-dessus de sa tête avant de la laisser tomber avec un soupir de délice. « Il va falloir un après-midi tout entier pour la remettre en forme. « Fichus arbres. »

« Excuse-moi… » Gabrielle souleva une pièce, examinant une bonne inclusion. « Je préfère que ce soit là que dans toi. » Elle remua l’armure vers la guerrière. « En plus, tu t’agites toujours avec ce truc… même quand il n’y a pas besoin. »

Xena détacha ses bracelets aux bras et rit d’un air désabusé. « Oui… je présume que c’est vrai… c’est l’habitude plus qu’autre chose. » Elle se frotta les poignets là où l’armure en cuir la marquait. « Je me demande où ces gens ont fini ce soir ? »

Gabrielle s’assit et mit son pied sur la table basse toute proche de l’âtre pour retirer ses bottes, vu que se pencher n’était pas une option confortable. « Ça t’embête aussi ? Je ne sais pas, Xena… je… j’ai juste l’impression que tout ça n’est pas… fini. »

« Mm. » La guerrière s’assit pour enlever son armure de jambes, détachant les boucles en fer usé derrière ses genoux avant de soulever les plaques pesantes. « Oui… ça m’embêtait de les laisser comme ça… mais je ne voyais pas ce qu’on pouvait faire… ils ont décidé de partir dans une direction différente et ne voulaient pas d’escorte… je… » Elle soupira. « Je sais qu’ils ne nous aimaient pas, mais… » Elle délaça ses bottes et les ôta, tressaillant en voyant toute la saleté qui les recouvrait. « Beuh. »

« Oui… » Gabrielle regarda ses propres pieds tachés de boue. « Beurk… je pense qu’un bain est une bonne option, qu’en dis-tu ? »

Xena ne réfléchit pas à deux fois, elle se dirigea simplement vers la petite salle de bains et grogna presque de soulagement reconnaissant quand elle vit les seaux pleins déjà placés contre l’arrière du mur de l’âtre. « Oh oh… rappelle-moi de faire un gros câlin à ma mère pour ça », cria-t-elle tandis qu’elle vidait les seaux dans la baignoire.

Gabrielle s’adossa dans sa chaise, les mains croisées sur son ventre, fixant le plafond avec un sourire. Elle remua les pieds de contentement, ravie d’être enfin assise. « Oh, je vais le faire… » Dit-elle aux poteaux de bois.

La guerrière finit de remplir la baignoire en bois puis elle revint dans la pièce principale et prit un sac de sels de bains qu’elles avaient trouvé va savoir où. « On y va ? » Elle tendit la main à son âme-sœur.

Sentir l’eau chaude était merveilleux et Gabrielle grogna en la laissant l’envelopper, puis elle failli grogner à nouveau pour une raison différente quand des mains couvertes de savon commencèrent à la frotter partout, grattant la mauvaise boue collée de son corps en même temps qu’un léger mordillement progressait le long de son cou et de son oreille. Elle garda les yeux fermés mais tendit la main pour prendre du savon à son tour et elle commença une exploration elle aussi. « Dieux, que c’est bon », murmura-t-elle.

« Mmhmmm », approuva Xena volontiers, souriant quand elle sentit un coup contre sa main. « Le bébé le pense aussi. »

« Le bébé est content d’être sorti de cette mauvaise grotte humide et dégoûtante autant que moi », l’informa Gabrielle. « Hé… roule un peu… voyons voir ton dos. » Elle inspecta les entailles et passa doucement un doigt sur la plus profonde, toujours sensible et visible. « Celle-là a été plutôt effrayante. »

« Oui. » Xena posa le menton sur le bord de la baignoire. « Un peu trop près », songea-t-elle sobrement. « Peut-être que je dois penser à mettre plus d’armure sur ce point. »

Gabrielle cligna des yeux. « C’est une très bonne idée », complimenta-t-elle sa compagne puis elle l’embrassa légèrement sur le nez. « Je pense qu’on va avoir du temps maintenant… ça me semble être un bon projet. »

« Oh oui. » Xena enroula un bras protecteur autour de son âme-sœur. « C’est mon tour maintenant de te gâter pourrir. »

Gabrielle se rendit compte combien elle était épuisée et elle se rendit aux signaux d’alerte de son corps avec grâce. « D’accord… je pense que je me suis bien débrouillée, à te retenir pendant six mois », reconnut-elle. « Je vais commencer à ralentir un peu », promit-elle en réfrénant un bâillement. « Dieux… d’accord, sortons d’ici et allons dîner… ou je vais m’endormir sur place. »

Xena la regarda affectueusement. « Je vais te chercher quelque chose à la cuisine… nous avons quelques jours pour être avec toute la foule… tu as une excuse pour être lasse ce soir. »

Le regard vert brume la dévisagea d’un air désabusé. « Non… j’aimerais vraiment voir Cait… et passer quelques minutes avec maman et Gran… nous pouvons rentrer tôt. »

« Tu en es sûre ? » Demanda la guerrière. « Tu sais bien qu’ils vont te pardonner. »

Oh non, ils ne vont pas le faire. « Oui… j’en suis sûre… » Elle chatouilla sa compagne dans les côtes. « Allons… maintenant qu’on n’a plus l’air et qu’on ne sent plus comme des chiots de boue. »

Elles s’habillèrent sans chichi puis passèrent leurs capes pour le court trajet vers l’auberge, où des flots de lumière passaient par les fenêtres pour la plupart fermées et se déversaient sur le sol dur et froid.

Xena mena la barde en haut des marches et sur la basse plateforme devant la porte de l’auberge, puis elle tendit la main vers la poignée de porte mais fut devancée par sa petite compagne. « Hé. »

« S’il te plait…. Je peux ouvrir une porte », lui dit Gabrielle plaisamment, et elle ouvrit la porte et se mit sur le côté. « Après toi. » Elle lui fit signe d’entrer.

Xena avait son regard sur sa compagne et saisit le léger sourire narquois juste avant d’entrer dans l’auberge.

Et d’être accueillie par un tonnerre de voix. « SURPRISE ! »

Et d’être frappée par une cascade de minuscules oiseaux de papier colorés, qui flottèrent depuis le plancher et vinrent se nicher sur sa cape, tandis qu’elle se tenait dans l’entrée, trop choquée pour bouger.

« Hé. « Gabrielle ferma la porte et lui tapota les fesses. « La vengeance se mange froide, hein ? »

Xena réalisa qu’elle regardait pratiquement chaque ami qu’elle avait en ce monde, et qui lui souriaient maintenant tout en se tapant dans le dos pour une surprise réussie. Autolycus, Salmoneus, la moitié de la Nation Amazone… elle repéra Tyldus à l’arrière, ainsi que le visage couvert de cicatrices de Palimon. Toris lui souriait, son bras entourant Granella tandis que Jessan et sa famille riaient derrière lui.

Elle ne pouvait même pas parler, pas même répondre lorsqu’Autolycus s’approcha en se pavanant et lui prit le menton.

« Joyeux anniversaire, Xena… j’allais voler pour toi la couronne de bijoux d’Egypte mais heu… » Il brossa sa moustache et se rapprocha. « Ils m’ont dit que Cléo et toi vous étiez comme ça. » Il croisa les doigts. « Et je ne voulais pas finir momifié si tu vois ce que je veux dire. »

« Je vois ce que tu veux dire », répondit faiblement la guerrière puis elle ne put s’empêcher de rire et elle leva les mains avant de les laisser retomber. « Très bien… très bien… vous m’avez eue. »

Ephiny s’approcha pour l’étreindre. « Tu parles qu’on t’a eue. » La régente se mit à rire. « Tu aurais dû voir ton visage. » Elle tendit à Xena une grande chope de quelque chose qui sentait comme si ça allait enlever les poils des fesses d’un Centaure. « Essaie ça… c’est Pony qui l’a fait. »

« Xena… Xena… écoute… tu te souviens de ce savon ? » Salmoneus se glissa entre elles, son visage barbu tout sourire. « On a une franchise ! » Il tira sur son bras. « Viens voir par ici… »

Des mains la tirèrent vers l’avant, vers une table remplie de cadeaux et des petits gâteaux de sa mère. Elle eut la présence d’esprit de tourner la tête pour trouver le regard de Gabrielle, et de voir que la barde la fixait avec un grand sourire sur les lèvres. Xena tendit la main vers elle et lui fit signe d’avancer avec un mouvement de la tête. « Je t’aurais pour ça », murmura-t-elle tandis que Gabrielle se blottissait sur son côté droit.

« Promesses, promesses… tu n’y arriveras jamais. » La barde sourit d’un air triomphant, sans voir le haussement arqué de sourcil ou le sourire diabolique rapidement masqué.

Ensemble elles rejoignirent leurs amis tandis que la fête commençait.

Bien plus tard ce soir-là, deux silhouettes qui marchaient doucement se frayèrent un chemin vers une cabane confortable et éclairée par les chandelles.

« Alors… tu vas finir par me pardonner ? » Demanda Gabrielle, en cognant doucement sa grande âme-sœur.

« Ne fais pas ça sauf si tu veux me ramasser, Gab », dit la guerrière d’un ton traînant. « J’ai bu deux chopes de bière de trop. »

« Désolée. » La barde étouffa un rire, s’étant tenue à du jus de pomme toute la soirée, savourant de voir sa compagne se faire bombarder de souhaits, de taquineries de la part de leurs amis, et de cadeaux.

Et de bière, bien entendu, et de quoi que ce soit, par Hadès, qu’Ephiny avait apporté avec elle et qui avait assommé même Autolycus pendant un moment. Le regarder ainsi que Sal essayer de développer une arnaque aux bijoux de sucre cristal avait été une sacrée expérience. « Tu vas bien ? » Elle mit la main autour du coude de Xena au cas où.

La guerrière soupira lourdement. « Oui… mais j’ai le sentiment que je vais regretter ceci demain matin … » Elle regarda sa compagne. « Depuis combien de temps tu avais planifié ça ? »

« Depuis que nous sommes allées chez les Amazones », confessa la barde. « Et bien… je veux dire qu’en fait… depuis l’année dernière, mais… j’ai fait marcher les choses… j’ai envoyé des messagers, ce genre de choses. »

« Mmph. » Xena réfléchit. « Et bien, j’ai été surprise. » Elle négocia avec prudence les quelques marches vers leur porche et alla à la porte, tendit la main vers la poignée, puis s’arrêta et regarda Gabrielle. « D’aut’ surprises ? »

« Non. » La barde lui sourit affectueusement. « Et bien… j’ai quelques trucs emballés pour toi pour demain matin, mais ça ne compte pas. »

La guerrière hocha solennellement la tête et ouvrit la porte. « Bien… j’ai une surprise pour toi alors. » Elle suivit Gabrielle à l’intérieur puis alla vers ses armes, posées avec soin sur la commode et elle les fixa. Avec un très grand sérieux, elle prit l’épée et le chakram et alla vers le grand coffre fermé d’un côté du lit, souleva le couvercle et posa les armes dedans.

Puis elle le ferma et le verrouilla, étudiant la clé un long moment avant de se redresser avec peine et d’aller vers Gabrielle. « Tiens. » Elle lui tendit la clé. « Et avant que tu me le demandes… je ne suis pas assez soûle pour ne pas savoir ce que je fais. »

Gabrielle regarda la clé en cuivre dans sa paume. « Tu es vraiment sérieuse là ? »

Les mains de Xena tombèrent légèrement sur le ventre de sa compagne et y restèrent. « Je veux connaître cet enfant. » Elle fit une pause, comme si elle réfléchissait à ses paroles. « J’ai trois mois pour voir si je peux être autre chose qu’une tueuse… pour voir si je peux laisser les combats et la mort derrière moi pour un moment.

La barde prit une profonde inspiration et referma sa main sur la clé. « Et si tu ne peux pas ? » Demanda-t-elle avec honnêteté. « Tu as un côté obscur, Xena… mais nous savons toutes les deux que ce côté obscur a apporté de la lumière à beaucoup de gens. »

« Et apporté de la douleur et de la souffrance aux gens que j’aime le plus au monde », répondit doucement la guerrière. « Je ne veux pas que cet enfant connaisse la Destructrice de Mondes, Gabrielle. » Elle baissa la tête et soupira d’un air las. « Je sais que je ne peux pas laisser tout ça derrière moi pour toujours, mais juste pour un petit moment, j’aimerais essayer. »

La barde étudia le visage assombri de sa compagne pendant un long moment avant de hocher tranquillement la tête. « Très bien… je garde ça pour toi. » Elle sentit le froid du cuivre se réchauffer contre sa peau, une confiance bizarre et sombre. « Allons… » Elle tapota la poitrine couverte de laine de sa main libre. « La journée a été vraiment très longue et tu sais qu’on va être occupées demain. »

Xena sourit et l’entoura de ses bras avant d’embrasser le dessus de sa tête affectueusement. « Merci Gabrielle », marmonna-t-elle. « J’ai adoré la fête. »

La barde sourit tranquillement, son visage enfoui dans le tissu chaud.

********************************

Amphipolis deux mois plus tard.

La cabane était tranquille ; seul le bruissement sec des branches mortes de l’hiver dehors remuait l’air, calqué sur le doux grattement d’une plume sur un parchemin à l’intérieur. Des chandelles éclairaient l’intérieur d’une lueur chaude, faisant ressortir le profil pensif de Gabrielle tandis qu’elle se trouvait à sa table d’écriture, la tête posée sur une main et sa plume tournant paresseusement dans l’autre tandis qu’elle relisait ce qu’elle avait écrit.

La dernière foire a été un tel succès que nous avons décidé d’en avoir une autre et ce sera dans environ trois semaines. J’essaie d’arranger quelques trucs maintenant parce que j’ai le sentiment que dans trois semaines, je serai bien trop occupée pour m’inquiéter des espaces marchands.

Pas que j’ai beaucoup d’énergie à déployer là maintenant, bien sûr… parfois, je suis là assise, épuisée, et je pense à ce par quoi Xena est passée quand elle était enceinte… je veux dire, elle menait une armée sur le champ de bataille, pour l’amour de Zeus… comment faisait-elle ? Je peux à peine faire mes petites affaires ces jours-ci et elle, elle chevauchait et se battait jusqu’à la dernière minute.

Gabrielle secoua la tête et mit une main sur son estomac, tandis que le bébé bougeait et qu’une crampe la traversait. « Ouille. » Elle tressaillit, bougeant un peu et grimaçant jusqu’à ce que la crampe disparaisse. « Beuh… tu n’es pas content là-dedans, bébé ? » Demanda-t-elle à son enfant à venir, en massant doucement la surface gonflée. « Ou bien Xena te manque tout simplement, hein ? Comme à moi ? »

Elle retourna son attention à son journal. Xena était partie à contrecœur, franchement, pour un voyage de trois jours pour aller chercher « des trucs » dont elle avait dit qu’elle les avait commandés plus tôt dans l’année, et elle avait promis de rapporter des parchemins neufs en passant. Vas-y, avait dit Gabrielle à son âme-sœur nerveuse. Vas-y maintenant parce que nous sommes presque au bout là, avait-elle dit doucement en poussant la guerrière sur le chemin.

Pas qu’elle voulait s’en débarrasser, bien entendu… mais alors que la barde se rapprochait de plus en plus du terme, le besoin envahissant de la surprotéger était progressivement devenu pire, jusqu’çà ce que Gabrielle pense sérieusement à droguer son thé du matin juste pour avoir un peu de répit de l’attention trop forte.

Je me sens comme un ornement en verre. Et ce n’est pas que ce ne soit pas agréable d’être chouchoutée, un peu, mais parfois elle agit comme si j’allais me briser en un million de morceaux, quand en fait, je me sens vraiment très forte et étonnamment énergique la plupart du temps.

Et bien, pas tard la nuit, comme maintenant… ou si j’ai dû m’activer beaucoup, mais en général, je me sens super bien. Ce qui a mis Granella en colère contre moi, mais je ne peux pas l’empêcher… elle a été mise au lit ces deux dernières semaines, parce que le guérisseur était inquiet sur une naissance prématurée et elle s’est évanouie deux fois à l’auberge avant ça. Chaque fois que je vais lui apporter quelque chose, elle me lance ce regard vraiment irrité, même si je sais qu’elle souhaite simplement que tout soit terminé.

Je présume que je me dis la même chose… ça fait presque huit mois après tout, et je suis un peu fatiguée de ne pas pouvoir faire des choses simples, comme de mettre mes bottes. Et mon dos me fait mal, bien que loin de ce que vit Gran, mais Xena fait de meilleurs massages que Toris, alors je présume que ça explique aussi des choses.

Et vous le croirez ou pas… on n’a toujours pas choisi de nom pour le bébé… Oh, nous en avons passé plein en revue… mais on dirait qu’on n’en a pas trouvé qui nous plaise à nous deux… je présume qu’on pourrait simplement l’appeler ‘Hé toi’. Jusqu’à ce qu’on se décide, mais je suis plutôt sûre que Maman et tout le monde ne vont pas accepter ça plus d’un quart de chandelle.

Ces deux mois ont été très tranquilles… Xena… j’avais vraiment des doutes, mais elle a tenu sa promesse et elle n’a pas touché une arme depuis le Solstice, sauf son bâton pour continuer à amuser les Amazones et la milice. Ils pensent tous que c’est tellement étrange, mais… et je dois admettre que je ne pensais pas qu’elle le ferait mais j’avais tort, et ça a produit un changement chez elle auquel je ne m’étais pas vraiment attendue.

Elle dit que ça ne lui manque pas. Je m’interroge. Elle continue à courir et les entraînements au bâton, elle dit que c’est surtout parce qu’elle se sent bien en le faisant, ou peut-être qu’elle est trop fière pour perdre de sa forme, surtout avec les Amazones dans le coin… je ne suis pas sûre. Peut-être un peu des deux.

Elle m’a raconté une blague l’autre jour… comme ça venu de rien et elle m’a presque fait sortir le jus de pomme par les narines tellement c’était drôle. Cette tendance drôle et espiègle revient et je pense que je me fais une bonne idée de qui elle aurait été si Cortese n’était jamais venu. Ça fait mal de penser aux couches nombreuses sous lesquelles c’est enfoui… et comme ça disparait rapidement quand elle doit retrouver son côté obscur.

Je pense que nous savons toutes les deux que ça ne durera pas toute la vie… je le vois dans ses yeux parfois, une sorte de… oh, c’est étrange, mais une joie teintée de tristesse, comme quand on voit les belles feuilles de l’automne et qu’on sait que l’hiver arrive.

L’obscurité fait bien trop partie d’elle pour la laisser en paix pour toujours. Je pense que j’en suis venue à accepter ça et je sais qu’il y aura un jour où je devrai lui rendre cette clé et prendre mon bâton pour affronter cette obscurité à nouveau. C’est inévitable en quelque sorte… je pense. Mais pour l’instant et pour le temps que ça durera, je vais accepter ceci comme un moment magique dans ma vie et me contenter de le savourer. On ne peut pas s’inquiéter pour ce qui aurait pu être ou qui pourrait advenir… il faut juste prendre le présent et le rendre aussi bien que possible.

Ouaouh… c’était une digression profonde, pas vrai ? Bref, je me sentais vraiment mal à l’aise plus tôt parce que le bébé bougeait beaucoup, presque comme si elle s’entraînait au salto arrière, mais elle s’est calmée maintenant et est descendue on dirait… c’est beaucoup plus confortable, mais c’est un peu étrange. Et les crampes que j’ai ressenties cette dernière semaine sont revenues… elles me rendent folle ce soir… j’aimerais que Xena soit là… elle me distrait et je les oublie.

Des noms… des noms… une part de moi souhaiterait la prénommer de quelqu’un que nous connaissons… mais… je ne sais pas… je ne suis pas sûre de vouloir offrir à notre enfant les attentes de tout le monde… Xena dit que ça va être assez dur comme ça, parce que nous sommes plutôt bien connues, au moins dans ces contrées.

La barde fit une pause et écouta les premiers raclements d’une pluie glacée sur le toit et elle resserra son châle moelleux autour d’elle. Elle espérait que Xena se trouvait dans une auberge, loin de ce mauvais temps, bien que depuis que la guerrière portait des vêtements tout neufs à l’occasion de son voyage, il y avait de fortes chances qu’elle soit dans la boue à hauteur de genoux.

Ça ne manquait jamais.

Une autre crampe et elle s’appuya sur le bureau, fermant les yeux jusqu’à ce qu’elle passe, la laissant légèrement nauséeuse. Elle prit un morceau d’abricot séché et le mordilla, laissant la senteur forte apaiser son estomac.

Au mouvement, Arès la regarda depuis l’endroit où il était enroulé sur la douce peau d’ours sous ses pieds.

« Non, pas de fruit… tu te souviens comme tu as été malade la dernière fois, quand ton autre maman t’a donné ces cerises ? » Avertit-elle le loup plein d’espoir, puis elle leva les yeux lorsque la grêle racla la fenêtre et qu’un long gémissement de vent sortit à travers les arbres. « Génial. » Elle lança un regard au bois pour le feu que Xena avait stocké avant de partir. « Au moins, nous en avons beaucoup. » Elle posa sa plume et se frotta les yeux. « Arès, je suis vraiment fatiguée… je pense que je vais juste rester assise devant le feu un moment… qu’en penses-tu ? »

« Roo ? » Le loup la regarda d’un air inquisiteur.

« Oui, toi aussi », répondit Gabrielle tandis qu’elle se mettait debout avec précautions, attendant de retrouver son équilibre avant d’aller vers son nouveau cadeau, un fauteuil agréable et confortable que Xena avait construit, avec des coussins capitonnés et des patins arrondis sur le bas qui permettait de balancer d’avant en arrière d’une façon apaisante.

Gabrielle l’adorait et elle s’installa dans sa douceur avec un sourire, entourant ses genoux d’un quilt coloré tout en se balançant légèrement. « Bon… attention à ta queue », avertit-elle Arès qui se blottit près d’elle. « Souviens-toi de l’autre soir. » Elle s’était accidentellement posée sur l’appendice sombre et broussailleux du loup et avait compati à son hurlement d’outrage qui en était advenu. Elle posa sa tête d’un côté, observant la petite table posée dans le coin, près de l’âtre, et sur laquelle se trouvaient des petits jouets en bois de tailles variées, à divers stades de réalisation.

Les projets de Xena, qui allaient de minuscules soldats à des ours et à un petit cheval qui se balançait. Gabrielle sentit un sourire se former tandis qu’elle les fixait. D’un côté se trouvait un dragon en peluche pourpre et bleu avec des boutons à la place des yeux, un cadeau amusant de Cyrène pour remplacer Flameball usé jusqu’à la corde, le jouet de l’enfance de Xena que Gabrielle refusait de rendre.

La barde prit une inspiration tandis qu’une autre crampe tendait son corps, cette fois plus longue et douloureuse. « Ouaouh. » Elle soupira. « Peut-être que je devrais faire de ce thé que Xena m’a montré l’autre jour. » Elle passa en revue les ingrédients. « Je pense que j’ai tout ici… » Elle commença à se lever mais s’interrompit, tandis que des bruits de sabots éclipsaient la grêle, en provenance de la route principale.

Des bruits de sabots qui allaient vite et étaient accompagnés de la chaleur familière qui la fit cligner des yeux de surprise. Xena n’était pas attendue avant encore trois jours au moins… à moins que quelque chose ne se fut passé. Avec anxiété, elle écouta la porte de l’écurie s’ouvrir et se refermer, et le silence tomba, puis ce qui lui sembla juste quelques moments plus tard, elle entendit à nouveau la porte et puis des bruits de pas bottés dans sa direction à une vitesse régulière.

Arès se précipita à la porte et l’atteignait au moment où elle s’ouvrit violemment, un courant d’air froid et de grêle révélant la haute silhouette sombre de sa compagne. Xena… » La barde mit les mains sur les accoudoirs. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La guerrière entra, sa poitrine se soulevant, et elle referma la porte derrière elle, une main caressant la tête d’Arès d’un air absent. « Tu vas bien ? »

Décontenancée, Gabrielle regarda la cabane. « Oui… je vais bien… » Elle regarda son âme-sœur. « Qu’est-ce qui se passe chez toi, par Hadès ? » Elle fixa la guerrière trempée et boueuse. « Par les dieux, enlève ces vêtements avant de prendre froid… et qu’est-ce que tu fais ici ? »

Xena avança dans la cabane, retirant sa cape pour la pendre sur les crochets près de la porte. Elle portait des leggins lourds de cheval en laine de couleur bordeaux avec une tunique en laine assortie qui la couvrait jusqu’à mi-cuisses et ses nouvelles bottes, qui étaient largement couvertes de saleté.

Son armure et sa combinaison en cuir étaient tranquillement pendues dans l’armoire à vêtements, inutilisées depuis deux mois et elle ne portait pas d’arme sauf son couteau de ceinture. « Je… heu… » Xena se passa une main dans ses cheveux mouillés et s’approcha, s’installant dans le fauteuil en face de son âme-sœur. « C’est dingue, je présume… j’ai juste eu le sentiment que je devais être ici », confessa-t-elle. « Ça doit être les nerfs. » Elle fit une pause. « Tu es sûre d’aller bien ? »

Les yeux verts roulèrent ironiquement. « Xena… oui, je vais très bien… à l’exception de quelques crampes et d’un dos douloureux », admit-elle. « J’allais justement faire de ce thé que tu m’as montré l’autre soir. » Elle soupira puis grimaça tandis qu’une autre crampe se produisait. « A moins que tu n’aies quelque chose de mieux à l’esprit. »

Xena se leva lentement puis alla vers elle, s’agenouilla et mit une main chaude sur son poignet. « Des crampes ? »

Gabrielle hocha la tête. « Oui… comme j’ai pu en avoir… seulement celles-ci sont un peu plus persistantes… elle me rendent un peu folle ce soir… alors je suis plutôt contente que tu sois rentrée. »

Son âme-sœur posa doucement une main sur son épaule. « Assieds-toi. » Elle toucha avec prudence le ventre de la barde, testant avec soin, puis elle lâcha un long souffle régulier. « J’ai quelque chose pour ça, oui… mais tu ne vas pas aimer. »

« Non ? » La barde jouait avec une mèche de de ses cheveux noirs avec agitation.

« Non… ça implique de pousser beaucoup. » Xena posa une main sur son genou et la regarda.

« Pousser ? Je ne… » Gabrielle s’arrêta et la fixa. « Qu’est-ce que tu voulais dire exactement par-là, Xena ? »

« Ce ne sont pas des crampes… ce sont des contractions… le bébé arrive », lui dit Xena avec un léger sourire ironique. « Je présume que mon instinct était juste cette fois-ci. »

Gabrielle se sentit très choquée, avec un mélange de frisson de peur et d’anticipation. « Oh dieux… tu es sérieuse ? » Elle mit les mains sur son estomac. « Mais c’est… » Son regard se posa droit sur Xena. « Ce n’est pas trop tôt ? »

Xena pinça les lèvres. « Les bébés pensent par eux-mêmes parfois… et vu que c’est ton enfant… » Elle la taquina doucement. « Je sais qu’elle aura cette capacité. »

Une main dans ses cheveux noirs mouillés. « Notre enfant », la corrigea gentiment la barde. « Tu en es sûre ? »

Les doigts de la guerrière tracèrent un chemin autour de la courbe inférieure de l’estomac de sa compagne. « Tu vois comme le bébé a bougé ? En bas et devant ? »

« Oui… je l’ai aussi senti un peu plus tôt aujourd’hui. » Gabrielle se regarda avec fascination, puis elle se tendit alors qu’une douleur l’agrippait. « Ouille. » Elle prit une inspiration quand ce fut passé et regarda son âme-sœur. « C’est la partie difficile maintenant, hein ? » Des souvenirs flashèrent dans son esprit, d’une étable étrangère et d’une peur submergeante qui avait saisi son corps et son âme. « J’ai un peu peur. »

Xena mit une main sur son épaule. « Ça va faire mal un petit moment… si je bloque la douleur trop tôt, tout pourrait s’arrêter. »

« Comme avec Aileen », se souvint la barde.

« Oui… alors tu te contentes de rester assise ici et tu me laisse faire les préparatifs, d’accord ? » Xena se tourna à demi. « Je vais chercher le guérisseur, et… » Une main sur son bras l’arrêta et elle se retourna pour voir un regard sérieux posé sur elle. « Quoi ? »

« Juste toi », murmura doucement Gabrielle. « Je ne veux personne d’autre ici que toi. » Elle resserra sa prise sur le bras de Xena quand la guerrière ouvrit la bouche pour protester. « S’il te plait… Xena, tu es la meilleure guérisseuse que je n’ai jamais connue… et… je ne veux personne d’autre ici. »

Xena lui caressa le visage. « Gabrielle, Renas est un très bon soigneur… et tu sais que ce n’est pas toujours une bonne idée que quelqu’un de très proche s’investisse… »

« Tu ne t’étoufferas pas. » Un petit sourire triste apparut sur les lèvres de Gabrielle. « Nous le savons bien toutes les deux. » Son regard scruta le visage de Xena. « S’il te plait ? »

Perplexe, la guerrière s’assit sur ses talons et posa les mains sur les accoudoirs du fauteuil. « Si… si c’est ce que tu veux vraiment, Gabrielle… très bien… mais… » Un petit mouvement de la tête. « Je pensais que… je veux dire, je pensais qu’on avait déjà discuté de ça. »

« Je sais », répondit doucement sa compagne. « Mais j’y ai réfléchi et c’est ce que je veux vraiment, Xena… je veux qu’il n’y ait que nous deux… juste toi et moi. » Son regard bougea pour se poser fermement sur celui de Xena. « Je veux que tu sois celle… qui la mette au monde. »

Xena serra les muscles de sa mâchoire soudainement, tandis que la signification des mots la frappait.

Une confiance qu’elle n’avait pas gagnée et elle savait au fond de son cœur, qu’elle ne la méritait pas, et tout ce qu’elle pouvait faire, c’était l’accepter. « Très bien », réussit-elle à dire. « Si c’est ce que tu veux vraiment. »

Gabrielle sentit la confusion en elle et la douleur, et elle leva une main forte pour presser ses lèvres contre les phalanges. « C’est ce que je veux », affirma-t-elle. « Bon… on commence où ? »

Xena pencha la tête un long moment puis elle la releva. « Je vais faire chauffer de l’eau et préparer mon kit… te faire du thé pour t’aider à te détendre. » Elle regarda autour d’elle. « Ce serait mieux que tu marches un petit peu… tu commences à t’ouvrir. »

« Ça me parait bien », approuva doucement Gabrielle. « D’accord… si tu m’aides à me lever, je vais t’aider à choisir des herbes… qu’en penses-tu ? »

D’une manière curieuse, marcher l’aida bien, se rendit compte Gabrielle, tandis qu’elle bougeait avec beaucoup de précautions dans le chalet pour ce qui lui sembla être une douzaine de marques de chandelle, mais plus probablement moins de trois… Elle aida Xena à tout préparer puis regarda sa compagne mettre une chaise dans une petite alcôve, puis un tabouret contre le mur opposé. « C’est pour quoi faire ? »

« Pour toi. » Xena se tourna juste au moment où la barde hoquetait et se pliait en deux, et elle traversa la pièce dans un saut pour l’attraper. « Hé… » De l’humidité l’alerta. « Tu perds les eaux ? »

« Oui », siffla Gabrielle, surprise. « Oh… c’était tellement bizarre. »

« D’accord… d’accord… viens par ici et assieds-toi. » La guerrière la mena à la chaise qu’elle avait recouverte de tissus doux et la fit s’asseoir, lui levant doucement les pieds pour qu’ils soient posés contre le tabouret. Elle laissa Gabrielle lui agripper le bras tandis qu’une contraction la frappait et les doigts de la barde se resserrèrent contre sa peau. « Bon… quand tu ressens ça, tiens bon. » Elle tapota les cuisses de la jeune femme. « Utilise ça. »

« Oh dieux… » Gabrielle fit ce qu’on lui disait et ses jambes puissantes faillirent la soulever de la chaise. « Comme ça ? »

« Ouaouh… essaie de ne pas t’envoler dans le chalet, mon amour », la guida doucement Xena.

« Ça fait mal. » Le visage de la barde se contracta de douleur. « Tu peux l’arrêter ? »

« Bientôt. » La voix de Xena était basse et apaisante. Elle vérifia les progrès de l’enfant. « D’accord… tu t’ouvres vraiment bien, Gabrielle… je peux… oh… »

« Tu peux quoi ? » Lâcha la barde, nerveusement. « N’arrête pas de parler comme ça. »

« Je vois le haut de la tête du bébé », la rassura rapidement sa compagne. « C’est bon… le bébé est dans la bonne position pour naître… pas tête-bêche ou retourné. » Elle prit un long bassin d’eau chaude et le mit sous sa compagne, puis elle arrangea avec soin des longs rubans de coton propres sur la table tout près. « D’accord… quand ça fait mal, pousse. »

« Facile à dire pour toi », grogna la barde tandis que son corps semblait vouloir se déchirer en deux. « Oh dieux… » Elle prit prise sur le bras de Xena et serra fort. « Ouhhh. »

Xena tressaillit elle-même tandis que les doigts puissants serraient. « C’est ça… bon travail. » Plus de la tête était apparu, dans son sac protecteur, assez pour rassurer Xena que le bébé était bien dans le bon sens. « D’accord… encore. » Elle avala presque sa langue tandis qu’une prise bien plus puissante qu’elle ne l’avait réalisé se ferrait sur son poignet. « Oh… bien… bonne fille. » Elle inspira en voyant des yeux minuscules apparaître. « Gab, lâche mon bras. »

« Quoi ? » Faillit crier la barde. « Oh non… si je dois traverser ça, toi aussi… »

« Gabrielle… j’ai besoin de cette main pour des points de pression », lui rappela la guerrière. « Pour la douleur, tu te souviens ? »

« Oh. » Gabrielle la relâcha puis sentit un coup puis deux autres et soudain elle put respirer. « Désolée… oui… merci… je t’aime… tu es une déesse… oh… » Ça faisait toujours mal et elle pouvait sentir le désir de pousser de plus en plus fort, mais elle n’avait plus l’impression de se fracturer. « Oh… » Elle appuya sur le sol. »

« C’est ça… » Xena la regardait avec une excitation à peine retenue tandis que la petite tête apparaissait et elle passa une main dessous pour la soutenir. Le sac protecteur argenté se déchira et elle l’aida à ça, essuyant la matière gluante du visage du bébé. « Encore une bonne poussée… allez. »

« Je vais te pousser toi. » La barde serra les dents et sentit la contraction arriver, elle s’arqua, utilisant des muscles rendus puissants par des années de labeur. La tension monta et encore et elle poussa jusqu’à ce qu’elle ait l’impression que sa tête allait exploser. Puis dans un moment soudain, la pression se relâcha et son corps se détendit et ce fut fini. Elle se laissa retomber sur les oreillers et essaya de reprendre son souffle.

« Ouaouh ! » Xena baissa son autre main juste à temps pour attraper la minuscule forme qui glissait pour se libérer et se trémoussa dans sa prise. « Oh oh doucement… » Elle le mit gentiment dans l’eau chaude, rinçant le sang et les fluides de naissance, puis elle souleva la petite silhouette et attrapa un morceau de tissu pour la nettoyer. « Oh… Gabrielle… c’est une fille… »

La barde ouvrit un œil puis siffla lorsqu’une dernière contraction la traversa, et elle sentit le sac de protection du bébé la quitter. « Une fille ? » Murmura-t-elle doucement.

Xena retira le sac avec précautions. « Oui, je… »

Un cri vigoureux et audacieux lui fit presque lâcher le bébé tandis que celui-ci prenait conscience de son environnement et décida qu’elle n’aimait pas être tenue la tête en bas.

« Ouaouh… quelle paire de poumons dis donc, jeune dame », réussit à dire la guerrière, ses yeux écarquillés. Elle redressa l’enfant en colère puis l’enroula dans un morceau de tissu. « D’accord… d’accord… tiens bon… » Le bébé se trémoussa et lâcha un autre cri. « Bon sang… tu as les poumons de ta maman, hein ? » Elle berça l’enfant dans ses bras et la regarda, sentant une douleur dans sa poitrine qui fit monter une grosse boule dans sa gorge et la fit taire.

Gabrielle lutta pour se mettre assise puis elle regarda le paquet bruyant. « Elle va bien ? »

Xena nettoya les derniers fluides sur le visage du bébé et l’amena tout près de sa mère. « Tiens… » Elle tendit l’enfant à Gabrielle. « Dis bonjour à ta fille. » Elle ne put empêcher sa voix de se briser un peu tandis qu’elle retournait à sa tâche, nettoyant et soignant son âme-sœur. « Tu n’as même pas besoin d’agrafes… bon travail. » Elle mit une couverture soyeuse autour des genoux de la barde puis fixa l’enfant qui se trémoussait. « Elle est belle, Gabrielle. » Mille souvenirs la hantaient, lui faisant baisser le regard vers le sol dans un silence pensif.

Gabrielle sentit le léger poids et elle entoura l’enfant de ses bras tout en la regardant avec émerveillement. Elle toucha doucement le visage du bébé qui se calma bien que ses poings continuaient à remuer. « Oui, c’est vrai… bonjour, ma douce », murmura-t-elle avec incrédulité tandis qu’elle passait un doigt sur la touffe soyeuse de cheveux noirs sur la tête du bébé. « Je sais d’où ça vient, ça… » Elle rit doucement et jeta un coup d’œil à son âme-sœur.

Les yeux bleus étaient presque gris avec un mélange d’émotions, principalement une tristesse tranquille et douce, qui disparut lorsque Xena se rendit compte qu’elle la regardait. « Elle est parfaite », acquiesça tranquillement la guerrière. « Elle est grande vu qu’elle est arrivée à l’avance. » Elle tendit un doigt et toucha un pied minuscule.

Gabrielle hocha doucement la tête. « Je parie qu’elle va grandir joliment. » Elle saisit un petit poing et regarda les doigts s’enrouler autour des siens dans une prise solide. Le corps du bébé était couvert de rides rouges et ses yeux étaient fermés. « Elle est si mignonne. »

Xena posa son bras sur l’accoudoir et mit son menton sur son poignet, fixant le bébé. « Oui… » Son doigt traça un endroit sur le dos du bébé. « Elle a tes fesses. »

« Tch… Xena… » La barde étouffa un rire, contente de cette tentative d’humour. Elle retourna le bébé avec précautions et examina la partie en question. « Oh… je ne pense pas, non. » Puis son regard tomba sur le dos de l’enfant et elle devint très tranquille.

« Oh si », désapprouva Xena. « Le même petit arrondi. »

« Xena… est-ce que c’est une marque de naissance ? » La voix de Gabrielle avait pris un ton étrange.

« Heu… oui… je l’ai remarquée. » Xena examina la colonne vertébrale du bébé. « C’est plutôt intéressant… comme un oiseau… regarde, il y a les ailes ici… je n’en ai jamais vu de pareille. »

Gabrielle garda le silence quelques battements de cœur, savourant le moment alors qu’elle n’en avait pas eu beaucoup dans sa vie auparavant. « Moi si. » Sa voix se brisa

Le regard bleu se leva, un peu intéressé mais surtout surpris. « C’est vrai ? »

Un hochement de tête solennel. « Oui… je connais quelqu’un que j’aime énormément qui en a une juste… exactement… comme celle-ci… au même endroit précisément. » Gabrielle sentit le sourire étirer ses lèvres tandis qu’elle regardait la lente progression de réalisation se faire sur les traits expressifs de Xena.

« Tu ne veux pas dire que… » Dans un réflexe purement humain, Xena tendit une main tremblante vers son dos. « Mais non. »

« Si… et oui, c’est ce que je veux dire. » Gabrielle rendit une main pour prendre le visage de son âme-sœur. « Je ne pense pas que ce bébé est prématuré… je pense qu’elle arrive juste à temps. »

La guerrière s’affaissa sur le sol, déglutissant. Sa bouche bougea plusieurs fois mais aucun son n’en sortit. Elle réalisa soudain que parler de quelque chose et être frappée en plein visage avec des preuves étaient des choses très différentes. « Je… »

« Tiens. » Gabrielle lui tendit le petit paquet, regardant les yeux de son âme-sœur s’arrondir. « Dis bonjour à ta fille », murmura-t-elle dans un triomphe exultant. « Vas-y… »

Xena entoura l’enfant de ses mains, sentant son poids et elle la fixa, si choquée qu’elle trouva difficile même de respirer. Le bébé remua et elle la berça instinctivement, étudiant la forme trapue avec attention.

Gabrielle avait raison. Le bébé n’était absolument pas prématuré, vu sa tête couverte de cheveux noirs soyeux. Les mains et les pieds étaient complètement formés, avec de jolis petits orteils et des ongles, et le bébé était de bonne taille, avec un corps long et des membres ronds bien dessinés.

Les toutes petites mains montraient déjà de longs doigts et une prise assurée. Et une marque de naissance dont elle savait que ni son frère, ni sa mère ne l’avaient.

Une partie d’elle voulait se dissoudre dans l’hystérie sur le sol en bois du chalet. Une partie d’elle voulait se précipiter à l’extérieur et réveiller tout le village. Une grosse partie d’elle se contentait de trembler. Sa fille. « Gabrielle, je pense que c’est mieux que tu la reprennes. » Xena lui tendit le paquet, sentant le sang quitter son visage.

« Pourquoi ? » La barde la regarda, inquiète. « Elle va bien ? »

« Elle va très bien. » Xena sentit la pièce commencer à se dissoudre. « Mais je pense que je vais… »

« Dieux ! » Gabrielle regarda son âme-sœur avec un choc quand elle s’affaissa au sol, évanouie. Elle fixa sa fille, qui remua un poing vers elle. « Ma douce, tu viens de faire ce que la moitié de la Grèce s’est contentée de rêver. » Elle soupira doucement, se penchant pour frotter son nez contre celui de l’enfant. « Si ce n’est pas une façon prometteuse de démarrer, hein ? »

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La première chose dont elle eut conscience, c’est que quelque chose de froid et de mouillé était posé sur son front. Un filet d’eau froide coulait sur sa joue et elle devint lentement consciente du tapis épais et doux sous son oreille, et du son amical du feu tout près.

« Xe ? » La voix de Gabrielle était un mélange d’amusement, d’inquiétude et d’impatience. « Ma chérie… il faut que tu te lèves… si je dois appeler ton frère pour te mettre au lit, aucune de nous ne va s’en tirer pour longtemps. »

Debout. Xena fronça les sourcils. Par Hadès, qu’est-ce que je fais au sol ?Intriguée, elle essaya de se souvenir de ce qui se passait, puis ses yeux s’ouvrirent brusquement comme des pierres bleues jumelles et elle se redressa d’un bond, causant une frousse bleue à son âme-sœur.

« Eeeh ! » Gabrielle mit une main protectrice autour du paquet remuant et cligna des yeux. « Je ne voulais pas dire aussi vite… doucement là, tigresse. »

« Hum. » Xena se frotta la tête, se sentant encore retournée. « Désolée… je… je ne pense pas avoir jamais fait ça auparavant. » Elle prit le tissu mouillé que sa compagne avait posé sur son visage et l’examina, puis elle tourna son attention vers le bébé qui murmurait maintenant. Elle se glissa plus près et sourit. « Ouaouh. »

Gabrielle lui caressa les cheveux pour leur donner un semblant d’ordre. « Ça va ? Tu es encore pâle. »

« Combien de temps j’ai… euh… » Xena se frotta les yeux. « Bon sang… »

« Juste quelques minutes, c’est tout », la rassura Gabrielle. « Hé… regarde… elle ouvre les yeux. »

Elles regardèrent l’enfant qui clignait en effet des yeux minuscules, désorientés et bleu-vert.

« Hé ma douce », murmura Gabrielle. « Comment vas-tu ? »

Le bébé passa une petite langue et fit un léger bruit, ses yeux regardant le visage de Gabrielle avec fascination.

« Qu’est-ce que ça signifie, je me demande bien ? » Dit la barde d’un ton songeur.

« Et bien. » Le grondement profond de Xena attira l’attention de l’enfant et les yeux se tournèrent vers elle, s’ouvrant encore plus. « Si on considère que c’est ta fille, je présumerais que ça veut dire qu’elle a faim. »

« Ah ah. » La barde leva les yeux au ciel. « Est-ce que c’est vrai, ma chérie ? Tu as faim ? » Elle se sentit un peu nerveuse. Avec Hope elle n’avait jamais… Xena avait dit que c’était parce que son corps n’était pas prêt pour la naissance à ce moment-là, alors elle n’avait jamais eu de lait. Mais cette fois c’était différent. Elle délaça sa tunique et avec l’aide de Xena, elle positionna doucement le bébé, guidant sa tête vers son premier repas. « Voilà… allez, tu peux… ouaouh ! »

Le bébé s’accrocha à elle avec enthousiasme et trouva parfaitement l’endroit, faisant s’agrandir les yeux vert brume de Gabrielle à la succion puissante. « Bon sang… » Elle regarda l’enfant qui tétait joyeusement puis son âme-sœur, qui luttait pour empêcher un sourire narquois de venir sur ses lèvres. « Et bien… je sais très certainement d’où elle tient ce trait de caractère. »

Xena regarda le bébé, puis elle rougit légèrement mais elle sourit. « Elle est tellement mignonne. » Elle posa son menton sur l’accoudoir et regarda l’enfant avaler.

La barde leva sa main libre et traça gentiment la pommette de sa compagne. « Alors… comment va-t-on l’appeler ? Je sais qu’on a dit qu’on déciderait quand tu reviendrais, mais heu… l’appeler l’Agitée jusqu’à ce qu’on se soit remise n’est probablement pas la meilleure idée au monde. »

« Et bien… » Xena tendit la main et joua avec le petit pied qui donnait des coups en rythme avec la tétée. « Elle est plutôt fougueuse… »

« Pourquoi pas Doriana ? » Gabrielle passa un doigt sur les cheveux noirs qui ornaient la petite tête du bébé.

« Un cadeau ? » La guerrière sourit doucement. « C’est ce qu’elle est, pas vrai ? »

« Mm… » Son âme-sœur approuva doucement. « Dori, comme diminutif… Ça semble si mignon. » Elle fit une grimace quand le bébé se mit à téter plus fort. « Je présume qu’on n’a pas de raison de s’inquiéter, elle ne va pas se laisser mourir de faim, hein ? J’espère pouvoir suivre. »

La guerrière rit. « Plus elle en veut, plus tu en produis, Gabrielle… ça ira très bien. Crois-moi. » Son visage prit une teinte un peu pensive. « Je n’ai pas eu beaucoup d’occasion… juste un petit moment, mais… »

« Ça semble si étrange. » Son âme-sœur prit une inspiration en étudiant l’enfant sérieusement. « Je peux à peine croire que je vois ça. »

Le bébé ralentit ses efforts et cligna des yeux, soufflant une minuscule bulle laiteuse tandis qu’elle penchait la tête en arrière et tirait un peu la langue. Un petit poing s’enroula et elle hoqueta, ses yeux s’ouvrant encore plus de surprise.

« Hé… » Gabrielle la bougea vers le creux de son bras. « Tu as fini ? »

Un autre petit hoquet. « Je présume que oui », murmura la barde, puis elle regarda sa compagne qui suivait tout avec avidité. « Tiens… tu peux la prendre un peu ? »

« Bien sûr », répondit immédiatement Xena en prenant le paquet enveloppé dans du tissu pour le mettre au creux de son coude. « Tu vas bien ? »

Gabrielle referma sa tunique puis elle soupira et s’étira, enroulant ses jambes vers le haut avant de poser un bras sur son genou. « Tu n’as absolument aucune idée de combien je me sens bien de pouvoir faire ça. »

Le regard bleu se détourna à regret du petit sourire laiteux et se posa sur elle. « Heu… oui, en fait si », informa-t-elle son âme-sœur d’un ton ironique. « Tu te sens bien ? »

« Oui en fait… » Répondit la barde en posant ses pieds sur le sol avant de se mettre debout avec précautions. Son corps essaya de s’ajuster pour un équilibre qui ne pesait plus à l’avant et elle dut se retenir au fauteuil pour un soutien rapide. « Ouaouh… » Elle resta ainsi un moment pour s’habituer à la sensation. Elle avait mal partout et elle était très sensible là où le bébé était sorti, mais l’un dans l’autre, elle ne se sentait pas vraiment trop mal.

« C’est sympa de pouvoir voir mes genoux », fit-elle remarquer ironiquement en baissant les yeux. « Je me sens bien plus légère, c’est sûr. » Elle regarda Xena. « Tu pourrais la mettre dans le berceau une minute ? »

« Bien sûr. » Xena se leva sans effort et regarda les yeux du bébé s’agrandir tandis qu’elle regardait partout dans un brouillard. « Tiens bon… » Elle alla vers le berceau près de l’âtre, déjà couvert de linge propre. La guerrière posa très doucement le bébé et la recouvrit légèrement. « Je parie que tu es fatiguée, hein ? »

Comme mu par un signal, le bébé bâilla, faisant rire Xena, et elle chatouilla une petite paume d’un doigt avant de se lever et de faire face à son âme-sœur, qui attendait patiemment. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

Gabrielle s’avança, tressaillant un peu, et elle mit les bras autour de sa compagne, l’enlaçant pleinement pour la première fois depuis des mois. « Oh dieux… que ça m’a manqué de faire ça. »

Xena l’entoura de ses bras et l’étreignit fort, puis elle la souleva avec précautions et elle sentit la colonne de Gabrielle craquer sur toute sa longueur, accompagné par un gémissement sincère d’appréciation. « Ça t’a fait du bien ? »

« Est-ce que je t’ai dit récemment combien je t’aime ? » Répondit Gabrielle avec un soupir d’aise. « Ça a été génial. » Elle s’appuya simplement contre la guerrière pendant un court moment, puis elle leva la tête et la regarda. « Xena, nous avons une fille. »

Le regard de Xena était posé sur le berceau occupé. « Je sais… c’est tellement difficile à croire. » Elle tint Gabrielle contre elle et pressa ses lèvres sur la tête de la barde. « C’est incroyable. » Elle passa les mains sur le dos de Gabrielle lui prodiguant un massage léger, auquel répondirent des sons plutôt incohérents de plaisir. « Je parie que tu es fatiguée aussi, hein ? »

Gabrielle réfléchit. Elle leva la tête et posa le menton sur la clavicule de Xena, regardant le profil anguleux. « En fait… j’ai faim », répondit-elle un peu penaude. « Avec toutes ces crampes… excuse-moi, contractions et tout ça, je ne me sentais pas trop bien toute la journée et je n’ai pas mangé grand-chose. »

« Pas de problème », répondit Xena. « Je peux aller faire un raid à la cuisine… tu vas t’asseoir et je reviens tout de suite. » Elle étreignit la barde une dernière fois puis la relâcha, se retournant pour voir deux oreilles noires et poilues dessous le lit. « Oh oh… je me demandais où tu te cachais. »

Un museau renifla l’air. « Roo ? »

« Allons, Arès… viens voir une nouvelle amie. » Gabrielle rit en tapotant sa cuisse. « Viens ici. »

Une patte à la fois, le loup sortit de sa cachette, les regardant avec un air soupçonneux.

« Je pense qu’il est stressé parce que tu me criais dessus », dit Xena tandis qu’elle passait sa cape sur ses épaules.

Gabrielle eut un air intrigué. « C’était quand ? »

« Quand je t’ai dit de lâcher mon bras et que tu m’as dit que j’allais mourir », répondit Xena d’un ton neutre, ses yeux brillant. « Et tu as dit que si tu devais traverser toute cette douleur, alors moi aussi. »

Choquée, les yeux verts clignèrent. « Pas possible. »

Xena rit et alla vers la porte. « Ne t’inquiète pas pour ça… je reviens tout de suite. » Elle sortit, pas sans lancer un dernier regard à l’enfant qui dormait paisiblement.

« J’ai dit ça ? » Gabrielle mit les mains sur ses hanches et regarda le loup. « Vraiment ? »

« Roo. » Les yeux jaunes clignèrent avec un air de reproche.

« Ouaouh. » La barde alla lentement vers le rocking chair et s’assit avec beaucoup de prudence, contente de sentir les coussins soyeux tandis qu’elle s’appuyait sur l’accoudoir pour regarder le bébé dormir. « Tu vois, Arès ? C’est une nouvelle amie pour toi… viens par ici. »

Le loup était venu sur le bout des pattes, reniflant le berceau avec précautions. Il passa le museau à l’intérieur et sentit le petit poing sorti de sous la couverture, puis il remua la queue. « Agrrooo. » Le bébé bougea dans son sommeil et il sauta en arrière avec un reniflement.

« Quel froussard. » La barde leva les yeux au ciel puis elle mit le menton sur sa main et se contenta de regarder son nouveau-né dormir, un sentiment de paix s’installant sur elle.


Suite et fin 6ème partie