19 juillet 2008
Cible mouvante, chapitre 3
MOVING TARGET par Melissa Good
CIBLE MOUVANTE
Partie 2
Traductrice: Gaby
Chapitre 3
« Merci. » Dar donna un pourboire au valet, hochant la tête quand il vint chercher son sac et celui de Kerry dans le coffre. « Non, ceux-là restent avec nous. » Elle ferma le hayon et marcha jusqu’au côté conducteur.
« Nous ne restons pas ici ? » Kerry posa la main sur le cadre de la portière en lui jetant un regard interrogatif. « Je croyais que nous avions des réservations. » Elle jeta un coup d’œil au grand et respectable hôtel devant lequel elles avaient déposé les techniciens.
« Non. » Dar entra et ferma la portière, attendant que Kerry fasse de même. « J’ai d’autres plans. »
« Ah. Okay. » Kerry s’assit et s’accouda à la portière, en observant le profil de sa compagne tandis que Dar sortait de l’allée du Mariott et se dirigeait vers les axes routiers plutôt désertés. « Je vois. » Elle évalua le demi-sourire satisfait et décida que quel que soit le plan de Dar, elle l’appréciait. « Telegenics. Grosse surprise, hein ? »
Dar grogna. « J’aurais pensé que l’analyse détaillée de Mark aurait mis ce PETIT détail en premier plan. Est-ce qu’on est passé à côté ? » Se demanda Dar. « Ce n’est pas possible. Il aurait quand même dû s‘en rendre compte à un moment donné. »
« J’en suis sûre. » Kerry avança une main paresseuse et repoussa une mèche de cheveux de Dar derrière une oreille bien dessinée. « J’ai dit qu’ils nous avaient visés, mais tu sais, il ne l’ont pas forcément fait. Les autres compagnies aussi ont été touchées. »
« C’est vrai. » Dar mordilla sa lèvre inférieure en réfléchissant. « Je ne pensais pas que Shari avait un quelconque intérêt dans le secteur des technologies de l‘information. »
Kerry haussa un sourcil blond. « Je pense qu’elle à un intérêt très particulier pour une partie tout à fait spécifique du secteur de l‘Informatique. » Fit-elle remarquer pince-sans-rire. « Peut-être qu’elle y a vu une opportunité de mettre deux œufs dans un même panier. »
Dar la regarda. « Tu viens de me traiter de crâne d’œuf? »
Elle rirent toutes les deux, relâchant la tension. « Ah. » Dar haussa les épaules. « Et bien ça risque d’être intéressant. Ça pourra nous aider, remarque. Au moins je connais leurs motivations et plus d’une de leurs tactiques. » Elle enroula ses mains autour du volant et replia ses doigts. « Un, deux, trois… »
« Deux garces vont au bois. » Kerry chantonna en retour, rejoignant Dar dans une reprise de la célèbre comptine avant de partir dans un fou rire. « Seigneur, il est tard. » Soupira-t-elle finalement. « Je déraille. On déraille. » Ses doigts glissèrent autour du biceps de Dar et elle posa sa tête contre son épaule. « Alors, où est-ce qu’on va ? »
« Au même endroit que quand nous sommes venues la dernière fois. » Dit Dar. « Pour plein de raisons. » Elle continua, consciente que Kerry la fixait. « Premièrement, si je dois te séduire sur le balcon je veux pouvoir le faire sans m’inquiéter d’être vue par quelqu’un dont je signe les chèques de paie. » Elle s’éclaircit la gorge. « Deuxièmement… »
« Ahahahahah. » Kerry bougea et lui couvrit la bouche. « Whaou. C’est suffisant pour moi. »
Dar sourit, sentant la pression quand les doigts de Kerry taquinèrent sa peau. Après un moment, elle fut libérée. « Je voulais me réveiller avec toi enroulée autour de moi, sans que tu t‘évanouisses quasiment d‘horreur. »
« Ahhh. » Kerry gloussa dans un souffle. « Oh oui, je me souviens de ça. » Elle se couvrit le visage d’une main. « Si j’avais pu ramper sur le sol de la chambre je l’aurais fait. » Se souvint-elle d’un air ironique. « Tu n’as pas idée à quel point j’ai presque lévité du lit quand je me suis réveillée - la seule chose qui m’a empêchée de paniquer totalement c’est que je savais que je te réveillerais si je le faisais. »
Dar tourna sur la route d’accès qui devait les mener à destination. « Je crois que je le savais, même dans mon sommeil. » Dit-elle. « J’étais en train de rêver d’un câlin. »
Kerry l’observa attentivement du coin de l’œil. « Vraiment? »
Sa compagne acquiesça. « Je me sentais tellement bien. Et puis je me suis réveillée, et c’était parti. J’étais mal. »
« Je m’en souviens. » Un léger sourire traversa le visage de Kerry. « Tu as dit que c’était une gueule de bois. » Elle fit une pause. « Attends une minute - comment as-tu su ? Je ne t’ai jamais demandé… c’était juste un coup de chance ? »
Dar étendit le bras et enroula ses doigts autour d’une mèche de cheveux clairs. « Tu as laissé des preuves. » Répondit-elle. « Mais ouais, c’était à moitié des suppositions. Tu agissais comme si on t’avais attrapée la main dans le pot de cookies. »
« Hmph. » La femme blonde lui lança un regard digne, rapidement dissous dans un sourire penaud. « Je me sentais vraiment vraiment stupide. »
Dar fit la moue.
« Non, pas… » Kerry leva son genou et l’entoura de ses bras en regardant filer les lumières de la route. « J’ai eu l’impression d’avoir perdu le contrôle… comme si on m’avait épinglé le cœur sur le revers de ma veste ou quelque chose comme ça. »
« Mmh… » Sa compagne parla d’une voix traînante. « Ma ruse pour que tu dormes dans mon lit ne t’a pas mis la puce à l’oreille sur mon propre état ? »
Kerry réfléchit à ça alors qu’elles entraient dans le vaste parc de Disney, vers l’hôtel Floridian, immense et blanc qui s‘étendait sur toute sa longueur. Comment s’était-elle retrouvée dans le lit de Dar d’ailleurs ? Elles avaient regardé les informations, et elle s’était juste assoupie… elle se souvenait du goût doux et sucré du chocolat chaud sur ses lèvres… et ensuite la tasse lui avait été retirée des mains. « J’aurais pu me lever et aller dans ma propre chambre. »
« Hmm hmh. »
« Mais je ne voulais pas. » La mémoire lui revint doucement. « Je n’avais pas envie d’être seule. »
« Moi non plus. » Dar dirigea adroitement la grande Lexus dans l’allée de l’hôtel, ralentissant devant le portique de style Victorien pour garer la voiture dans le parc. Un valet trottina prestement à leur rencontre. « Alors je voulais revenir ici, et me réjouir du fait que ce que j’ai ressenti ce matin là… » Elle ouvrit la portière et fit un léger sourire au valet, puis elle tourna la tête vers l’intérieur de la voiture. « Était tout à fait réel. »
Kerry sentit et suspecta qu’elle écarquillait les yeux face à cette plongée inattendue dans le romantisme exubérant et soudain de Dar. « Okay chérie. » Accorda-t-elle. « Je te suis. »
Le visage de Dar se fendit en un sourire et ses yeux scintillèrent avant qu’elle bouge pour aller ouvrir le coffre au valet. Kerry resta assise un moment, avant de simplement hocher la tête et de sortir de la voiture en sautant.
L’hôtel n’avait pas changé. Kerry inspira l’air chaud de la nuit mélangé à l’odeur du jasmin, en rejoignant Dar pour se diriger vers la porte. Il était tard, tout était calme, la légère musique sortant des haut-parleurs et les cliquetis de l’équipe de ménage les accompagnèrent jusqu’à l’entrée.
Un souffle d’air froid les accueillit quand elles franchirent le seuil et elles traversèrent l’immense vestibule qui réussit presque à les emporter dans un autre monde. Kerry se permit un moment de pur émerveillement et elle passa quelques minutes à simplement observer les hauts plafonds pendant que Dar s’occupait des détails de leur chambre.
« Allons-y. » Dar posa une main sur son épaule et sourit.
Kerry prit sa main et la tint fermement alors qu’elles tournaient le dos à l’accueil et s’avançaient ensemble le long du fil d’argent de leurs souvenirs.
* * * * *
« Mmh. Joli. » Kerry regarda dehors, observant les petites lumières clignotantes d’un bateau qui traversait le lac vers la jetée devant l’hôtel.
Ou peut être que c’était derrière l’hôtel. C’était dur à dire parce que la vue de ce côté-ci était aussi belle que celle de l’autre côté. Kerry s’appuya contre le verre froid, sa respiration laissant une légère trace de buée quand elle soupira. Au-dessous elle pouvait voir quelques silhouettes solitaires longer les sentiers et au bout de la jetée deux silhouettes étaient assises ensemble, appréciant apparemment simplement la vue, comme elle.
Elle les regarda se pencher l’un contre l’autre et ça la fit sourire, parce qu’elle savait exactement à quel point c’était bon.
Ses épaules lui faisaient mal, et elle était fatiguée, de leur longue journée et de leur soirée active, mais elle n’avait pas sommeil. Derrière, elle pouvait entendre Dar se préparer dans la salle de bain, et elle prit un moment pour faire le contraste entre la réalité d’aujourd’hui et les souvenirs du passé.
C’était presque trop différent pour tenir la comparaison. A l‘époque, chaque mouvement de Dar, chaque son donnait une chiquenaude à sa conscience incertaine, faisant bondir son cœur.
Maintenant, c’était un autre genre de sursaut, et son cœur battait bien plus calmement, en attendant que sa moitié ait fini de s’affairer et vienne la rejoindre. Kerry pouvait presque sentir la chaleur du toucher de Dar et elle divisa son attention - une moitié vers le château illuminé brillant au loin derrière la vitre, et l’autre vers le reflet de la pièce derrière elle, dans l’attente.
Dar finit de ranger leurs affaires de toilette et revint dans la pièce, observant Kerry appuyée le nez contre la baie vitrée coulissante. « Je crois me souvenir que la dernière fois qu’on est venu, j’étais absorbée par toutes ces jolies lumières. » Elle plia ses orteils nus contre le tapis. « Et par cette même vision. »
Kerry s‘était tournée et lui souriait. Elle portait son vieux tee-shirt Winnie l‘Ourson, ses cheveux encore humides après la douche qu’elles venaient de partager. « Tu n’avais pas l’air absorbée. » Dit-elle. « C‘était juste un petit appel à ta fierté et hop. » Elle fit claquer ses doigts. « Tour de manège immédiat. »
« Ah ouais ? »
« Oh ouais. » La femme blonde fit un signe de tête joyeux. « En fait j’essayais vraiment de me convaincre que je le faisais pour t’aider à te relaxer, que c’était pour ton bien. »
« Mmh. » Dar s’étira, faisant craquer ses épaules pour les remettre en place. « Ça l’était. »
« Pour ton bien ? »
« Oh ouais. » Dar la rejoignit devant la vitre et fit glisser son bras autour d’elle quand Kerry se retourna, et elles regardèrent par dessus les eaux sombres au dehors, les lumières vives du parc au-delà. « Je suis vraiment en rogne. »
« A cause de moi ? »
« De ces putains de connards de fumiers. » Les yeux de Dar se rétrécirent. « Ils mettent des bâtons dans les roues des mes supers plans, et je n’aime pas ça. »
Kerry se retourna et lui frotta le ventre. « On peut toujours s’amuser. On a fait notre part de boulot ce soir, non ? » Demanda-t-elle. « Est ce qu’il y a une quelconque raison pour que nous devions retourner là-bas demain et les regarder mettre en place tout le bazar ? »
Dar considéra la question. Puis elle grommela. « Non. On n’est pas supposé arriver ici avant un jour et demi. »
« Tout à fait. » Kerry était d’accord. « Alors toi, moi et une paire de laissez-passer pour ce parc allons passer du bon temps demain. »
« Hmm. Nous avons ça ? »
« Oouuui. » Kerry eut un petit sourire satisfait. « Vu que je sais que tu ne vas pas me laisser payer cet endroit avec ’ma’ carte. » Elle battit des cils vers sa partenaire. « Alors tiens toi prête à enfiler ton maillot de bain, Dardar. »
Pour toute réponse, Dar déplaça une mèche de cheveux de Kerry et lui embrassa le cou. « Tu veux un chocolat chaud ? » Murmura-t-elle dans l’oreille de la jeune femme.
« Non. » Kerry ferma les yeux. « Je te veux toi. » Elle laissa glisser sa main lentement vers le haut sur la cuisse de Dar. « Je te voulais déjà là dernière fois qu’on était ici, mais je ne pouvais pas t’avoir. »
Dar rit doucement dans son oreille. « Kerrison, tu m’as eue dès le premier jour. » Elle glissa ses bras autour de Kerry et la guida vers le lit, tournant doucement en cercles lents alors qu’elles se regardaient dans les yeux en souriant.
« On pourrait faire comme la dernière fois et mettre les infos. » Suggéra Kerry entre deux baisers légers sur la clavicule de Dar.
« Essaye ça et je t’arrache les doigts avec mes dents. » Répondit sa compagne.
« Ooh. »
* * * * *
Elles se réveillèrent toutes les deux en même temps. Kerry entendit Dar prendre une respiration soudaine au moment où elle ouvrait les yeux pour voir les rayons du soleil de ce début de journée entrer par la fenêtre. Une fois encore elle dormait à moitié sur le côté, à moitié sur le ventre, et une fois encore elle était fermement blottie contre le corps de Dar.
Oh, mais il y avait une différence. Kerry sourit. Cette fois-ci elle ne ressentait pas le désir urgent de léviter au-dessus du lit en pur choc, et son cœur n’essayait pas de sortir par ses oreilles en martelant. Cette fois-ci elle se savait accueillie et l’épaule contre laquelle sa joue reposait lui était aussi familière que son propre oreiller.
Et bien, c’était en fait bien souvent son oreiller. Kerry glissa une cuisse sur celle de Dar, et la serra dans ses bras, laissant échapper un ronronnement de plaisir alors que le sommeil la quittait doucement. « Bonjour ma chérie. »
« Eerggh. » Dar ronronna en retour. « Un bon jour à toi aussi. » Elle frotta le dos de Kerry du bout des doigts. « Et c’en est un joli apparemment. » Elle tourna la tête et regarda la lumière du soleil ramper sur le sol, encore teintée d’une jolie couleur de corail avant le blanc aveuglant qui allait suivre.
Ça allait encore être un autre d’une série presque sans fin de jours d’été chauds et collants, une belle matinée avec possibilité d’orage l’après-midi, alors que la terre se battait pour évacuer la chaleur du soleil.
Le parc aquatique ce matin, décida Dar. Et puis peut-être une visite à Epcot dans l’après-midi, le parc de technologie offrait pas mal d’attractions en salle pour échapper à la chaleur et peut-être même à la pluie. « Tu es d’accord pour un dîner au Living Seas (NdlT: Living Seas = les Mers Vivantes pour la suite) ? » Demanda-t-elle. « J’aime bien ce resto. »
Les yeux vert océan s’éclairèrent. « Ooh… vraiment. » Un signe de tête. « Bonne idée. »
Dar sourit, satisfaite. « Je crois que ça ressemble à un plan. » Dit-elle en s’étirant le dos, soulevant Kerry avec elle avant de se réinstaller sous les couvertures. « Punaise, je suis contente qu’on ait pu régler tout ça la nuit dernière. Si j’avais dû aller là bas aujourd’hui et que rien ne soit fait, des têtes auraient roulé. »
Kerry dessina un motif imaginaire sur la cage thoracique de Dar. « Mais il ne s’est rien passé, c’est qu’il n’y avait pas de tête à faire rouler ? »
« Hmm. » Sa compagne grogna après un moment. « Tu sais quoi ? J’en sais vraiment rien. » Elle leva un bras et installa sa main derrière sa tête. Après un autre court silence pensif, elle haussa les épaules. « Ah… ça a probablement été plus rapide que je le fasse moi-même de toute façon. »
Kerry acquiesça légèrement. « J’ai fait un super rêve cette nuit. » Raconta-t-elle, changeant de sujet. « Toi et moi on se mariait. »
Dar haussa les sourcils. « Euh.. »
« Ouais je sais on est déjà marié, mais là… je veux dire, c’était toute une cérémonie, avec les fleurs, le riz… » Kerry sentit Dar commencer à rire. « Toi et moi dans de belles robes… »
« Ne me dis pas dans le genre blanc. »
« Bien sûr que si. » Acquiesça Kerry joyeusement. « Tu étais absolument magnifique.. Tu portais ce décolleté lacé divin et… »
« Kerry. » Dar lui tapa l’épaule. « Tu veux un café ou quelque chose ? »
« Non. Pourquoi ? »
« Comme ça. »
« Peu importe. Nous étions dans cette belle cathédrale, avec plein de vitraux, et tout le monde nous lançait des sacs de riz… »
Dar s’assit à moitié, levant Kerry avec elle par la force considérable de ses muscles abdominaux. « Quoi ? »
Kerry retomba et roula sur les genoux de Dar, la regardant de sa position sur le dos sur les jambes de sa compagne. « Quoi ? »
« Des sacs de riz ? C’était quoi, un mariage cubain ? Il y avait des sacs de haricots aussi ? » Demanda Dar, en secouant la tête en arrière pour dégager la frange de devant ses yeux. « C’était des sacs de combien ? Cinq livres ? Dix ? Cinquante ? »
Kerry joignit ses doigts sur son estomac nu. « Mon cœur. » Elle se tourna les pouces. « Les Yankees n’aiment pas passer le balai pendant le mariage. Nous donnons des poignées de riz aux invités dans un sac en tissu et ils les jettent sur les nouveaux mariés. » Elle informa son amante. « C’est supposé porter chance. »
Dar posa son doigt sur le bout de son nez. « C’est supposé apporter la fertilité, pour que tu puisses avoir plein d’enfants. » Elle la corrigea d’un ton ironique. « Les Yankees ont juste ‘oublié’ ce détail. »
« Mmh… On ne l’a pas oublié. » Des yeux verts brillant doucement se levèrent vers Dar. « C’était juste si mignon. Tous nos amis étaient là, et Chino avait un joli chapeau… ton papa portait un smoking. »
Sa compagne sourit par réflexe. « Tu fais des rêves sympas. »
« J’en ai fait un aussi la première fois qu’on est venu ici. » Admit Kerry. « Tu te souviens que tu m’avais dit que tu avais rêvé ? Juste avant qu’on se réveille ? J’ai rêvé aussi. » Elle s’assit et croisa les jambes sous elle, repoussant ses cheveux d’une main.
« Il n’y avait pas de riz, pas vrai ? » Dar s’appuya sur un coude, et lui fit face. Les draps glissèrent sur son corps, exposant soudain une bonne partie de sa poitrine et toute la longueur d’une jambe musclée.
« Non. » Kerry appuya ses coudes sur ses genoux. « Je ne m’en suis souvenue qu’une fois que nous sommes parties d’Orlando. On était toutes les deux au sommet d’un arbre. »
« Un arbre. » Dar renifla pensivement. « J’aime les arbres. » Admit-elle. « Quel sorte d’arbre ? »
Un haussement d’épaule. « J’en ai aucune idée. Mais on était tout en haut à regarder le ciel. » Kerry jeta un coup d’œil vers les draps, dessinant sur la surface douce. « Je me souviens juste d’avoir été heureuse, et c’était un sentiment étrange pour moi à cette époque. »
Dar mit la main sur le genou de Kerry. « Et maintenant ? »
« Et maintenant ? » Kerry rit, un son clair et joyeux. « Oh mon dieu, Dar. Maintenant je rêve éveillée. » Elle leva les yeux vers sa compagne. « J’ai l’air d’une idiote à babiller comme ça hein ? »
Les orbes bleus scintillèrent. « Tu veux prendre ton petit déjeuner ici ou tu préfères aller trouver quelques malchanceux personnages à harceler ? » Dar frotta la peau sous sa main doucement.
« Ici. » Kerry roula sur le côté et s’étendit sur le lit. « Pain perdu à la banane ? » Suggéra-t-elle. « Ensuite nous pourrons attraper nos maillots et aller chercher les problèmes. » D’un geste brusque elle tira les couvertures de Dar en roulant pour sortir du lit, tandis que sa compagne relevait le défi et la poursuivait.
Elle avait presque réussi à s’échapper quand ses pieds s’emmêlèrent dans les draps et elle sautilla frénétiquement pour se libérer, rebondissant partout dans la pièce et faisant presque s’étouffer Dar tellement elle riait. Au dernier bond la grande femme l’attrapa et l’entoura d’un bras et elles tombèrent ensemble sur le tapis en se débattant avec le drap qui s’enroula autour d’elles.
« Heeey ! » Kerry se tortilla quand des longs doigts chatouillèrent ses côtes nues. « Tu triches ! »
« Ah ouais ? Qui se ressemble… ! » Dar s’attaqua un peu plus à elle, l’étoffe s’emmêlant encore un peu plus autour d’elles, les serrant l’une contre l’autre. « Auarrgghhh ! »
« Ooooh… je t’ai ! » Kerry enroula son bras autour du mollet de Dar et attaqua l’intérieur de son genou, sentant les tremblements du membre puissant en réponse à ses chatouilles. « Ahahahahahah !!! »
Bzz.
Dar sortit la tête de son emballage de coton et lança un regard si furieux à son téléphone portable que l’étui de cuir aurait pu brûler sur place.
Bzzz.
Un long bras serpenta pour sortir du drap et attraper l’instrument, mais marqua une pause le temps que Dar reprenne son souffle avant d’ouvrir le téléphone. « Quoi ? » Grogna-t-elle.
« Ooh. » Kerry s’agita entre les jambes de Dar et sortit la tête du drap par l’ouverture pour écouter.
« Et bien, bonjour à toi aussi, Dar. C’est toujours un plaisir de te parler. » La voix d’Eleanor contenait autant de sarcasme que d’amusement. « Tu es levée ? »
Les yeux pâles de Dar se fendirent. « Oui. » Dit-elle. « Tu as été assignée au réveil des troupes cette semaine ? Je suis sûre qu’Alastair peut investir dans un logiciel automatisé pour faire ça. »
La responsable du Marketing gloussa. « Oh, il y a certaines choses chez toi qui ne changeront jamais, pas vrai ? C’est un tel soulagement… comme la mort, les taxes… tu vois. »
« Ahem. »
« Kerry est là ? » Demanda Eleanor, en renonçant à la tourmenter.
Dar lança un autre regard méchant à son téléphone. « Il est sept heure moins le quart du matin, je suis dans ma chambre d’hôtel et je ne suis pas habillée. Alors à ton avis ? »
Une pause. « Okay, tu peux lui passer le téléphone s’il te plait ? Elle au moins elle est sociable même avant d’avoir pris un café. »
Kerry se laissa tomber contre la poitrine de Dar, en riant comme une folle, se couvrant la bouche pour éviter qu’Eleanor l’entende.
« Elle est occupée pour le moment. » Dar regarda vers le bas la femme blonde allongée sur elle. « Qu’est-ce que tu veux ? »
Eleanor eut un soupir audible. « Okay, okay - il y a pas mal de gens vraiment énervés ici, Dar. » Dit-elle. « Je suis sur le point d’entrer dans une réunion avec dix de nos collègues exposants. »
« Et ? » Dar frotta son nez dans les cheveux de Kerry, mordillant toute cette douceur. « Si c’est le bordel au centre, qu’est-ce que tu veux de moi ? Ce n’est quand même pas de ma faute. » Elle s’adossa contre le lit, glissant sa main libre le long du corps de Kerry maintenant immobile. « Et ce n’est certainement pas la faute de Kerry. »
« Non… Seigneur, c’est bon ! J’arrive ! » Eleanor semblait plus qu’exaspérée. « Écoute, Dar… le truc c’est que ces gars veulent savoir qui est-ce que tu as payé pour monter notre stand. Ne va rien imaginer de plus. Ils sont frustrés, et stressés, et ils veulent juste savoir qui s’en est occupé… Qui va recevoir le chèque ? »
Dar sourit à son téléphone. « Moi. »
« Quoi ? »
La grande DSI eut un petit sourire satisfait. « Je n’ai payé personne, Eleanor. Je suis allée… pardon… nous sommes allées là-bas la nuit dernière et nous l’avons fait. »
« Toi ? »
« Moi. » Confirma Dar. « Dis leur que j’accepte les cartes de crédit. Qu’est-ce que tu en penses, trois, quatre mille la minute ? Combien vaut mon temps ? » Elle se mit à rire. « Je vais te dire, ça va leur prendre des heures entières pour monter les circuits parce que les crétins qui les ont installés n’ont pas étiqueté ces foutus trucs, j’ai dû les vérifier un par un et laisse-moi te dire que j‘ai fait un foin d‘enfer dans cette salle de télécoms. »
« Oh mon dieu. » Eleanor étouffa un rire. « Tout le monde pense que tu as corrompu la compagnie d’organisation. »
« Hah. » Dar baissa les yeux vers l’expression intense de Kerry. « Nous n’avons besoin de corrompre personne pour exécuter la technologie que nous représentons et dont nous sommes responsables. »
« Je peux te citer ? » Demanda Eleanor allègrement. « S’il te plait ? »
« Sûr. » Dar baissa la tête et frôla les lèvres de Kerry avec les siennes. « Essaye juste de ne pas me mettre à la loterie. Je suis occupée. »
« Zut. J’aurais pu compenser les dépenses de cette fichue convention. » La directrice du Marketing eut un soupir moqueur. « Quand venez vous ? »
« Nous ne venons pas. » Kerry captura avec soin le téléphone. « Salut Eleanor. » Elle s’éclaircit la gorge. « On a aidé les gars à tout monter, maintenant c’est votre tour. Dar et moi serons joignables sur nos cellulaires mais nous allons passer la journée ailleurs. »
« Uh. » Eleanor était surprise, et ne le cacha pas. « Et bien, c’est d’accord, Kerry. Bien sûr. » Répondit-elle. « Alors euh… mmh… je vous appelle si j‘ai besoin de vous. »
« Merci. Bye ! » Kerry ferma le téléphone et le jeta sur le lit. « Viens là Première de la classe. J’entends une banane crier mon nom. » Elle reçut une dernière chatouille, riant quand Dar retomba sur le sol avec elle dans ses bras. « Un point pour l’équipe de geeks. »
Le soleil se déversait dans la pièce, la peignant d’argent, éclaboussant le tapis et éclairant une peau bronzée et des cheveux clairs et sombres emmêlés.
Dar se redressa pour respirer, juste assez pour frotter doucement le nez de Kerry avec le sien. « Deux points. »
Ouais.
* * * * *
Kerry clippa son téléphone portable à sa ceinture et fit glisser ses lunettes de soleil sur son nez. Elle étudia le résultat dans le miroir et décida que l’ensemble, plus le tee-shirt barré d‘un motif de poisson tropical, était acceptable.
Elle portait son maillot de bain en dessous, un une-pièce vert d’eau relativement simple, avec une encolure en V qu’elle avait acheté la semaine dernière. Les courses pour trouver des maillots de bain étaient devenues beaucoup plus faciles depuis qu’elle les achetait pour leur fonction plutôt que pour leur forme, comme elle était obligée de le faire lorsqu’elle vivait encore avec sa famille.
Elle se souvint de la première fois où elle avait fait les courses pour la plage avec sa mère, quand elle avait été assez vieille pour être vraiment consciente de son corps, et de son visage. Quel horrible spectacle ça avait été. Elle voulait un deux-pièces comme toutes ses amies, et elle avait eu droit à une heure de critiques sur pourquoi elle ne pouvait pas porter ça à cause de ce que la presse dirait d’elle et de ses petits bourrelets d’enfant qu’elle n’avait pas encore complètement perdus.
Seigneur. Kerry rencontra son propre regard dans le miroir et cligna de l’œil d’un air narquois. Même aujourd‘hui, elle évitait les bikinis, bien qu‘elle sache qu‘elle pourrait en porter un avec classe maintenant.
En plus Dar avait dit qu’elle avait l’air sexy dans ces maillots une-pièce lisses et fonctionnels comme elle avait souvent tendance à les choisir. Et qui a besoin d’un bikini après tout? Dar avait juste ri quand elle avait suggéré à sa compagne d’en porter un elle-même.
Eh bien.
« Okay. » Elle se fit un signe de tête puis vit Dar apparaître derrière elle dans le miroir, portant déjà ses lunettes de soleil panoramiques, un tee-shirt en coton sans manche et des shorts. « Tu veux bien ? » Kerry lui tendit la crème solaire.
« Bien sûr. » Dar déposa un peu de lotion sur ses mains et commença à l’étaler sur toute la portion de peau exposée de Kerry. « Tu peux relever tes cheveux ? »
Kerry déplaça ses mèches blondes du chemin et Dar put mettre de la crème jusque en haut de sa nuque. « Tu penses que ça va tenir ? »
« Pour un moment. » Dar jeta un coup d’œil à la bouteille. « Théoriquement elle est imperméable, mais on ferait mieux de la prendre avec nous. Je n’ai pas envie de griller, et je pense que toi non plus. »
« Mmh mmh. » Kerry resta simplement là, appréciant les mains fortes qui lui prodiguaient un agréable massage. « Dar je peux te demander quelque chose ? »
« Sûr. »
« Tu n’est pas curieuse de savoir ce que ces deux là manigancent ? »
« Non. »
Kerry leva les yeux vers le miroir, et observa le visage de sa compagne pendant qu’elle travaillait. L’expression de Dar était détendue et reposée, et quand celle-ci leva ses yeux bleus et rencontra son regard, il n’y avait aucun doute en eux. « Vraiment ? »
« Nan. » Dar secoua la tête. Puis elle haussa une épaule. « Je veux dire, je crois que je ne veux pas qu‘elles nous virent d‘ici, et je devine qu’on va devoir prendre le temps de s’asseoir et d’analyser tout ce qu’elles font… quels sont leurs plans… si elles ont vraiment un truc contre lequel on ne pourra pas rivaliser, ce genre de choses. »
« Mais tu ne t‘inquiètes pas du fait que ce soit elles deux précisément ? »
« Non. »
« Hmm. »
« Pas toi ? » Dar l’étudia un moment. Le visage de Kerry se plissa un peu, les muscles de sa mâchoire bougeant alors qu’elle réfléchissait. « Tu penses que c’est personnel ? »
Kerry prit la crème et la referma. Elle fit signe à Dar de se tourner et de la précéder hors de la salle de bain sans échanger un mot jusqu’à ce qu’elle ait glissé la bouteille dans le petit sac qu’elle avait prévu de porter, et qu’elle l’ait attaché autour d’elle. « Je pense que ça pourrait l’être, ouais. » Admit-elle, alors qu’elles se dirigeaient vers la porte pour sortir dans le vestibule. « Mais c’est peut-être juste mes yeux verts qui parlent. » (NDLT: en anglais, la jalousie est surnommée le ‘monstre aux yeux verts’ )
Dar appuya sur le bouton de l’ascenseur, gardant toujours un silence pensif.
Elle traversèrent le hall, et s’arrêtèrent à l’arrêt de bus, Kerry enleva ses lunettes de soleil en marchant pour les ajuster fermement sur son nez. Elles s’assirent ensemble pour attendre le bon bus, grimaçant un peu quand leurs corps durent s’adapter à la chaleur de l’extérieur digne d’un sauna après le confort de l’air conditionné de l’hôtel.
« Je crois que je viens juste de réaliser le chemin que j’ai parcouru depuis l’an dernier. » Dit soudainement Dar. « Peut être qu’elles ont des motifs personnels, mais je me fiche de ces conneries. Je n’ai pas le temps dans ma vie pour leurs petits drames. »
Kerry chassa d’une chiquenaude un insecte aventureux qui se baladait sur son genou nu . Elle pouvait déjà sentir la sueur qui coulait le long de son dos et elle attendait impatiemment la caresse fraîche de l’eau de leur destination actuelle. Elle avait réalisé cette dernière année que bien qu‘elle ait choisi de vivre sous les tropiques, elle n‘adorait pas respirer un air humide et organisait ses excursions en été tôt le matin et tard le soir. « C’est un point de vue intéressant. »
Dar haussa les épaules. « Tu préfères retourner au centre de convention et leur chercher des noises ? » Demanda-t-elle carrément. « Tu n‘as plus vraiment envie qu‘on passe la journée dehors ? »
« Non. » Kerry bougea la tête. « Ce n’est pas du tout ça, Dar. »
« Alors quel est le problème ? »
Est-ce qu’elle avait un problème ? Kerry fronça les sourcils, sentant monter les prémisses de sa propre mauvaise humeur. « Est-ce que j’ai dit que j’avais un problème ? » Demanda-t-elle, se tournant à moitié pour faire face à sa compagne.
Dar haussa simplement les sourcils, en croisant les bras sur sa poitrine de manière éloquente.
Kerry souffla, levant les yeux au ciel alors que leur bus s’approchait de leur arrêt. « Je n’ai pas de problème. Je veux juste être sûre que mon boulot est bien fait. » Elle se leva et avança vers la porte. « Nous sommes payées beaucoup d’argent pour faire ce que nous faisons. C’est juste que je ne veux pas penser que je me fiche de mes responsabilités. »
Dar monta après elle et elles prirent des sièges au milieu du bus. La plus grande des deux femmes étendit ses jambes et étudia les bords pliés avec soin de ses chaussettes qui dépassaient de ses baskets. « Hmph. »
Plusieurs autres personnes montèrent derrière elles, dont une famille avec trois ou quatre enfants, tous très excités, que leurs parents parquèrent tant bien que mal au fond du bus. Dar les observa quelques minutes, puis elle jeta un coup d’œil vers Kerry.
Kerry se retourna vers elle au même moment. « Si c’est personnel, et qu’elles veulent nous descendre, ça va les démanger qu’on ne se montre pas là-bas. »
Dar sourit comme un pirate.
« C’est comme si on ne les considérait pas comme une menace importante. » Continua Kerry en donnant un coup dans l’épaule de sa compagne. « Tu es trop maligne pour ton bien, Paladar. »
« Tu n’es pas trop mal toi non plus. » Dar se pencha en arrière. « Si ça peut te faire te sentir un peu mieux, ouais, mes tripes me criaient d’aller là-bas et de diriger tout le monde au millimètre près comme un chef d’orchestre sous stéroïdes. » Admit-elle. « Mais d’un point de vue stratégique, on a déjà une longueur d’avance sur eux, et il faut juste rester tranquille et les regarder se marcher sur les pieds. »
« Mmh. »
Dar leva les yeux vers le plafond du bus. « Et je trouve que pour une fois c‘est bien plus raisonnable que je décide de faire simplement ce que je voulais faire. » Elle s’éclaircit la gorge. « Qui est de passer une super journée à m’amuser avec toi. »
« Ah. » Kerry capitula avec un gloussement désabusé. « C’est un de ces plans d’action qui a deux buts parallèles ? » Demanda-t-elle. « Ou c’est juste une bonne excuse pour nous ? » Après avoir reconsidéré ses mots, et le visage figé de Dar, elle leva la main. « Okay. »
Le bus avançait lourdement en cahotant sur l’asphalte pour les amener jusqu’au parc aquatique. La porte s’ouvrit et Kerry se retrouva happée par une bouffée d’un mélange d’asphalte chaud et de chlore. Elle suivit Dar qui descendait les marches et resta un pas derrière elle alors qu’elles se dirigeaient vers l’entrée du parc.
Bon, ça va bien. Avec un hochement de tête, Kerry accéléra le pas, et se mit au niveau de sa compagne en lui cognant délibérément l’épaule.
Dar la regarda, et lui renvoya le coup. « On a fini de se battre ? »
« Mmh. » Kerry tapota son téléphone portable. « S’ils ont besoin de nous, on est là. » Finit-elle par conclure. « En plus, qu’est-ce qui pourrait arriver dans un salon commercial ? »
Elle montrèrent leur laissez-passer au portique et elles entrèrent, accueillies par des bruits d’éclaboussures, des rires et l’odeur de l’eau chlorée. Elles prirent un casier et Kerry enleva ses shorts et son tee-shirt et les bourra dans le petit espace avec le reste de ses affaires. Elle glissa son téléphone dans un sac imperméable avant de faire passer la lanière autour de son cou. Puis elle ramassa sa serviette et rejoignit sa compagne de baignade, marchant côte à côte vers les bassins ensoleillés.
* * * * *
A suivre.
29 mai 2008
Cible mouvante, première partie, chapitre 2
MOVING TARGET par Melissa Good
CIBLE MOUVANTE
Partie 1
Traductrice: Gaby
Chapitre 2
Elles arrivèrent tard au centre de convention, un peu avant minuit, plus tôt que ce qu’avait planifié Dar. Le bâtiment était éclairé de l’extérieur cependant, et les gardes de sécurité et l’agitation autour de l’endroit les rassurèrent.
Dar s’avança vers l’entrée principale, traversa l’esplanade, s’approcha des portes et jeta un coup d’œil aux gardes. « ‘soir. » Elle salua le premier garde cordialement en sortant sa carte d’identité de sa poche arrière pour la lui montrer.
L’homme étudia sa carte et lui jeta un coup d’œil rapide. « L’entrée de service se trouve à l’arrière du bâtiment. » Lui dit-il poliment.
Un sourcil sombre finement sculpté s’arqua. « Pardon ? »
« Les manutentionnaires rentrent par derrière. » Expliqua le garde poliment.
Dar baissa le regard vers son corps et le releva pour croiser celui du garde. « Est-ce que je ressemble à un ouvrier ? »
« Oui m’dame. » Répondit l’homme. « Vous pouvez entrer par derrière. »
Kerry se couvrit la bouche et retint le rire qui menaçait de faire éruption. L ‘expression sur le visage de sa bien-aimée était tout simplement inestimable.
« Ce n’est pas drôle. » Dit Dar avec irritation.
« Allez. » Kerry ravala son amusement et prit le bras de Dar pour se diriger vers l’arrière du bâtiment. « Ne te fâche pas avec lui Dar. Tu n’auras qu’à appeler le service de la convention demain matin et faire virer leur compagnie entière. » Elle haussa la voix légèrement, juste assez pour être sûre que les gardes l’entendent.
« Tu trouves que je ressemble à un ouvrier ? » Dar ignora son manège, et tourna vers elle un regard indigné.
« Absolument pas. « La rassura Kerry. « C’est juste le débardeur et les jeans déchirés, chérie. Orlando n’est simplement pas prêt pour un DSI qui n’est pas tiré à quatre épingles. » Elle prit le bras de Dar et le tapota de nouveau. « Allez viens. » Du coin de l’œil elle pouvait voir les yeux du garde s’agrandir comme des soucoupes. « Je parie que si tu le voulais tu pourrais faire virer la boîte des services de la convention toute entière. Ça pourrait être amusant, non ? »
Les yeux de Dar se rétrécirent soudainement. « Tu trouves ça drôle de faire peur au garde hein ? » Prononça-t-elle à voix basse.
« Oui. » Kerry lui sourit de façon charmante. « Laisse-moi encore deux minutes et il devra changer de pantalon. » Elle remua les doigts vers l’homme en question. « Il le mérite bien cet espèce d‘idiot avec la vision d‘un rhinocéros en pleine nuit. »
Dar ricana, son humour retrouvé. Elle drapa son bras autour des épaules de Kerry et se dirigea vers l’arrière du bâtiment en laissant derrière elles l’infortuné garde. Son ego avait été froissé par la remarque de l’homme, elle avait assez de lucidité pour s’en rendre compte.
« Connard. » Kerry maintint la porte de sécurité ouverte vers l’espace de chargement du bâtiment et attendit que Dar soit passée pour s’y engager à son tour. « Qu’était-il censé penser Dar ? Ça aurait pu être vrai. »
« Quoi ? »
« Tu aurais très bien pu faire partie de l’équipe de montage. » Kerry apaisa sa partenaire sur les nerfs. « Il est presque minuit. Qui ça aurait ennuyé que tu rentres par la porte principale ? Qui t’aurait vu, mis à part le personnel de nettoyage ? » Elle ferma la porte derrière elles et suivit Dar vers une porte de chargement du bâtiment largement ouverte, des bruits de martèlement et de raclement clairement audibles à l’intérieur.
« J’en sais rien, et je m’en fiche pas mal. » Ronchonna Dar, tandis qu’elles passaient de l’air chaud de la nuit à celui froid mais sentant le renfermé du bâtiment. Des néons fluorescents éclairaient un plancher en béton armé et ce qui ressemblait à l’intérieur d’un grand entrepôt.
Ce que c’était, au fond. Kerry plissa le nez à l’odeur de moisissure venant d’un ensemble de draperies posé en tas près de la porte. « Sympa. »
« Peut-être qu’ils auront un marteau que je pourrais leur emprunter. » Marmonna Dar.
« Dar. » Kerry lui tapota le derrière. « Tu veux bien te calmer ? C’était rien qu’un sac de conneries. Ne me dis pas que tu es devenue si sensible en vieillissant. »
Sa compagne lui fit une grimace renfrognée.
« Okay. » Kerry pouvait voir un tas de gens devant elles, tous très occupés. Elle attrapa le bras de Dar et la tira dans un coin, hors de vue de l’immense pièce principale. « Mon cœur. » Dar n’était pas aussi sensible d’habitude, et Kerry ressentit que prendre un moment avec elle maintenant pourrait payer sur la durée. « Ça t’a vraiment ennuyée ? »
Sa grande compagne s’appuya contre le mur et se passa une main dans les cheveux. « C’est stupide pas vrai ? » Admit-elle en levant les yeux. « C’est juste mal passé je crois, et je n’ai même pas l’excuse d’être dans ma mauvaise période du mois. »
Kerry glissa ses doigts dans les passant de la ceinture de Dar. « Écoute, je t’ai demandé de porter ces jeans parce que je te trouve vraiment sexy dedans. » Elle tira un peu. « Et je n’ai pas épousé un ouvrier du bâtiment. »
L’expression de Dar s’adoucit. « Je sais. » Elle baissa le regard. « Et étant donné que j’ai choisi de porter une paire de bottes que j’ai utilisées pour peindre le chalet, je suppose qu’il marque un point. »
« Hmm. »
« Un débardeur, des jeans déchirés pleins de peinture et des chaussures de rando… tout ce dont j’ai besoin c’est d’un tatouage et je pourrais passer pour le parfait stéréotype de butch. »
Okay, la crise était passée. Kerry se relaxa et sourit. « Nan, tu devrais porter des pantalons en cuir pour ça. »
« J’en ai. » Lui rappela Dar. « Mais tu vas devoir m’arrêter pour que je ne les porte pas en été. » Elle cogna le genou de Kerry avec le sien. « Allez. Allons voir ce que trafiquent les gamins et fichons le camp d‘ici. »
Elle marchèrent vers la porte ouverte du hangar et le centre de la convention, en marquant un arrêt pour se repérer. La salle était immense et pleine de tarés de l‘informatique. L’odeur des nouveaux ordinateurs mélangée à celle de vieux café était étouffante.
« Whaou. » Kerry se frotta le nez. « Quel zoo. »
« Hmm mm. » Dar se redressa de toute sa taille, observant la salle. Le salon commercial avait été disposé de manière réglementaire, les box de charpente de bois s’étiraient en rangs ordonnés, espacés par de larges allées au milieu des stands des différents compagnies. « Ah. Nous sommes là. » Elle montra une bannière au logo familier, à demi suspendue, à demi drapée sur quelques poutres en métal.
« C‘est un emplacement intéressant. » Kerry la suivit entre deux stalles de bois, esquivant un technicien qui se battait avec un écran de projection et qui faillit la cogner. Elles marchèrent entre des piles d’équipements et arrivèrent jusqu’à l’espace plus grand réservé à ILS.
Quatre de leurs techniciens étaient sur des échelles, essayant de soulever l’immense tube d’acier conçu par le département Marketing pour le fixer sur le stand, et tandis qu’elles les observaient, la lourde structure se mit à pencher de manière précaire. Sans échanger un mot Dar et Kerry réagirent, s’élançant pour leur venir en aide.
Kerry saisit l’échelle la plus proche qui commençait à se renverser tandis que Dar utilisait sa haute taille pour attraper la charpente d’acier, en la portant à bout de bras alors que le technicien luttait pour récupérer le contrôle. « Whaou! » La femme blonde grommela, jetant son corps contre l’échelle qui menaçait de s’effondrer sur elle. « Doucement les gars les gars ! »
« Merde ! » Le technicien sur l’échelle jura. « Ce putain de truc à été construit avec de la pâte à modeler ! »
« Okay, tenez bon. » Dar agrippa l’échelle et monta plusieurs marches, hissant la charpente avec elle. « Faites passer ce bout de ce côté, Bruce. »
Le tech sur l’échelle d’à côté cligna des yeux, réalisant juste qui s’adressait à lui. « Bon Dieu de merde. » Lâcha-t-il. « Vous êtes arrivée y’a longtemps m’dame ? »
« Juste à temps apparemment. » Grommela Dar. « Vous allez fixer ce truc ou vous préférez qu’on se retrouve le cul sur le béton ? »
Kerry pouvait entendre la tension dans la voix de sa compagne, et sous les jeans déchirés elle pouvait voir les jambes de Dar qui forçaient pour garder sa charge en équilibre. Avec le poids de Dar qui faisait contrepoids, l’échelle ne menaçait plus de se renverser et elle déplaça sa prise pour entourer ses bras autour des cuisses de sa compagne dans une prise sûre.
« Okay… Okay… On y est presque ! » Bruce haleta, s’étirant au dessus de l’échelle pour donner un coup de clé à douille sur les boulons tandis que Dar soutenait toujours. Il vissait rapidement, les muscles bougeant sous sa peau alors qu’il s’occupait du dernier verrou. « C’est fait ! »
Dar relâcha prudemment sa prise, soulagée que la structure semble tenir en place toute seule. Elle plia les doigts et secoua les bras, jetant un coup d’œil au technicien toujours perché au-dessus d’elle. « Par tous les diables qu’est-ce que vous être en train de faire les gars ? »
Bruce riveta l’autre bout de la structure, descendit l’échelle et sauta les dernières marches. Il était de taille moyenne et pas très costaud, avec de grands yeux marrons pleins d’un air de surprise perpétuel. « On voulait commencer à organiser le stand m’dame. » Il marqua une pause. « On ne devait pas ? »
Dar descendit de l’échelle et épousseta ses mains pendant que le technicien derrière elle descendait avec précaution. « Ils n’ont pas d’équipe de montage ici ? » Elle regarda autour d‘elle, soudain consciente que dans beaucoup de stands autour des équipes aux tee-shirts de leurs différentes compagnies se battaient pour assembler les structures. « C’est quoi ce bordel ? »
Kerry baissa la tête en passant sous l’échelle et la rejoignit, comme tout le reste de l’équipe. « Salut les gars. » Elle les accueillit d’un sourire tout en surveillant Dar qui commençait à enquêter dans les environs comme un grand chat méfiant.
« Hey, patronne. » Un des gars aux cheveux blonds filasses proche d’elle lui rendit son sourire. « Qu’est-ce que vous faites ici ? Mark disait que vous ne deviez pas monter avant quelques jours. »
« Eh. » Kerry posa ses mains sur ses hanches. « On a décidé de venir un peu plus tôt… On vous a dit pourquoi il n’y a personne de l’équipe d’organisation ici ? Vous n’avez pas à faire ça les gars, Dar a raison. On les paye assez cher pour qu’ils fassent leur boulot correctement. »
« Et bien. » Bruce se faufila jusqu’à elle. « Quand on est arrivé il y a quelques heures, le gars responsable nous a dit que si on voulait que ça avance il fallait qu’on se débrouille nous-mêmes. » Expliqua-t-il avec un haussement d’épaule. « Tout le monde râlait, mais qu’est-ce qu’on pouvait faire d’autre ? »
« Appeler ? » Kerry le regarda, levant les mains pour appuyer ses paroles. « Ce n’est pas comme si mon numéro de téléphone était top secret. »
Le technicien blond à côté d’elle tressaillit. « On ne voulait pas que vous nous preniez pour des pleurnichards. Ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup à faire… Il suffisait juste de monter les tuyaux pour qu’on puisse commencer à câbler. Pas comme les autres gars, ils essaient encore de monter tous ces trucs en planches de bois pour faire tout leur stand, pratiquement sans aucun matériel. »
« Mmh. » Kerry hocha la tête. « Les responsables, ils sont toujours ici ? »
« Sûrement pas. » Grogna Bruce. « Ils se sont barrés en laissant les gardes à l’entrée. « Quelle bande de… umh… » Il se souvint à qui il parlait et sa voix s‘éteignit.
« Nous les avons rencontrés. » Marmonna son chef. « Ils ne nous ont pas fait très bonne impression. Hey Dar ? »
Sa compagne s’était dirigée vers le stand suivant et parlait aux occupants. Elle leva une main à l’appel de Kerry mais continua sa conversation. « Et bien de toutes façons nous allons vous aider à mettre tout ça sur pied. » Dit Kerry aux techniciens. « Qu’est-ce qu’il faut monter ensuite, ces pôles piquets là? » Elle les montra du doigt.
Dar revint avant qu’ils aient pu commencer, et elle ne semblait pas contente. « Les gars de Lucent disent qu’ils ont entendu que le centre n’a pas payé leur équipe d’organisation pour la dernière convention, alors ils sont tous partis. » Annonça-t-elle. « Ils étaient plutôt furax. Selon leur technicien en chef, le centre leur a en gros expliqué qu’ils n’avaient qu’à attendre jusqu’à demain, que quelques ouvriers viendraient peut être, ou alors qu’ils n’avaient qu’à le faire eux même et la fermer. »
Bruce hocha la tête. « C’est ce qu’ils nous ont dit aussi. » Acquiesça-t-il. « Alors on en a parlé et on a décidé de voir ce qu’on pouvait faire. On ne voulait pas que vous arriviez ici et que rien ne soit prêt. »
Dar soupira. « Bon, en échange, c’est nous qui nous pointons pour vous aider à monter ça et à tirer les câbles. Ça fera une bonne histoire en revenant au bureau. Allons-y. Plus vite ce sera fait, plus vite nous pourrons sortir d’ici. »
Kerry s’éloigna et attrapa une bobine de câbles et une clef à mollette. « Les commutateurs sont là-bas ? » Elle montra une pile de boîtes en carton marron portant un logo familier. « Cody, pourquoi ne commencez-vous pas à les sortir ? »
« En parlant de ça. » Dar se tourna et pencha la tête en arrière. « Laissez moi deviner. Il n’y a aucune arrivée télécom, c’est ça ? »
« Nan. » Dit Bruce. « C’est là le vrai problème. » Admit-il. « Mark n’a envoyé aucun gars des réseaux longue distance. »
« Ce n’est pas un problème. » Kerry lança à Dar un kit d’outils réseau que sa compagne rattrapa avec une grâce consommée. « Je pense que les boîtes de connecteurs jack sont posées sur le pôle plateau, Dar. » Elle poussa Bruce d’un coup de coude vers la structure restante pas encore suspendue. « Allons-y les gars, déplaçons ces échelles. »
Dar sortit un stylo de sa poche et gribouilla les numéros de série des ports connecteurs sur le poteau que Kerry avait repéré, marquant une pause avant de ranger son stylo en apercevant plusieurs personnes à l’entrée qui se tenaient simplement là, à les observer.
Personne qu’elle ne reconnaissait, mais si elle regardait bien, elle pouvait apercevoir le logo sur la chemise du plus proche. « Aah. » Murmura Dar. «Nos adversaires sans scrupules. » Une lueur apparut dans son regard, tandis qu’elle mettait le papier sur lequel elle venait d’écrire dans sa poche arrière et qu’elle se dirigeait vers l’espace des télécoms, devant lequel ils allaient probablement passer.
Deux des nouveaux venus traversèrent la pièce, ne lui jetant qu’un coup d’œil superficiel. Les trois autres restés à l’entrée parlaient entre eux l’air pincé. Ils rendirent le signe de tête de Dar d’un air absent, l’oubliant dans la seconde.
« Vous voulez attendre demain ? Jackson a juré qu’ils auraient une équipe. » Dit le plus grand d’entre eux. « Je ne trimballerai pas tout le matériel jusqu’ici. »
« Je serais ravi de partir, mais je veux attendre qu’ILS ait fini de monter leur système, voir ce qu’on peut en apprendre. Ces gars sont du genre à nous endormir debout. » Répondit le second, un homme bien bâti avec des cheveux épais et noirs, et un air de directeur. « Peut être que nous pourrions en recruter quelques uns, j’ai entendu dire qu’il allait y avoir des licenciements. »
Le premier homme rit.
Mais il aurait probablement arrêté s’il avait pris la peine de se retourner pour voir les yeux d’un bleu de glace percer des trous invisibles à l’arrière de sa tête.
« Occupez vous des gars. Je m‘occupe des nanas aux câbles. » L’homme le plus petit rit à son tour. « On peut leur reconnaître une chose, ils savent engager sur le physique. »
Dar jeta un coup d’œil à la boîte dans ses mains et l’ouvrit, choisissant une paire de pince crocodile et l’étudiant, tout en se demandant de combien d’années de prison elle écoperait si elle arrachait les gonades de ce bâtard avec cet outil. Puis elle soupira et reposa la pince, se tourna et poursuivit son chemin avec un sang froid digne d’éloges.
Le travail avant le plaisir. Leur temps viendrait bien assez tôt.
* * * * *
« Venez-là les gars. » Kerry s’avança dans le stand, portant une demi-douzaine de canettes de soda dans une poche faite avec l’avant de son tee-shirt. Les techniciens l’entourèrent et firent timidement leur choix pendant que Kerry restait au milieu. « Allez-y ils sont frais. »
« Merci m’dame. » Bruce s’assit sur un commutateur en s’essuyant le front.
Deux heures étaient passées et ils avaient fini de monter la structure du stand avant de se rendre compte que le centre avait éteint l’air conditionné. Ils étaient passé rapidement d’un air confortable à une chaleur lourde, étouffante même, jusqu’à ce que Dar dévoile son drapeau pirate et ne parte en chasse pour trouver la salle de commande de l’air conditionné.
Maintenant l’air circulait de nouveau normalement, et Dar était revenue fouiller méthodiquement les circuits non étiquetés à la recherche de celui qu’ils avaient commandé.
« Okay. » Kerry s’assit avec son propre soda et l’ouvrit, prenant une longue gorgée avant de continuer. Elle était couverte de sueur et de poussière et son genou lui faisait mal là où elle s’était cogné brutalement au coin d’un commutateur, mais elle regarda autour d’elle et elle trouva leurs progrès plus que satisfaisants. « Une fois la ligne en fonctionnement, nous aurons presque tout fait en attendant que les serveurs arrivent demain. »
Les techniciens avaient l’air fatigué, mais soulagé. « Vous pensez que le circuit sera monté ce soir ? » Demanda Bruce.
« Oh, j’en suis sûre. » Kerry se pencha en arrière et étendit ses jambes, les croisant aux chevilles, et observa leur longueur nue studieusement. « Même si Dar doit tirer un câble de fibres depuis Miami, il sera monté. » Elle leva les yeux vers ses troupes, avec un sourire. « J’ai la foi. »
Les quatre techniciens sourirent en retour.
« Merci d’être passé et de nous donner un coup de main m’dame. C’était vraiment cool. » Dit Cody.
« Pas de problème. » Kerry jeta un coup d’œil sur le côté quand un mouvement attira son attention, et se tut en apercevant un groupe de leurs concurrents s’approchaient. Elle les regarda venir, alors qu’ils observaient leur stand d’un regard attentif. « Salut. »
« Salut. » L’homme en tête la salua avec un sourire sympathique. « Vous avez été bien occupés les gars. »
« Comme tout le monde non ? » Répondit Kerry. « Quel bordel hein ? »
« Ouais. » L’homme acquiesça. « On a décidé d’attendre un peu d’aide demain pour mettre les choses en place, mais je vois que vous avez décidé de le faire vous-même, hein ? »
Kerry fit le tour du stand du regard. « Apparemment. » Dit-elle. « On va pouvoir partir et dormir l’esprit tranquille maintenant. »
L’homme enfonça ses mains dans ses poches et gloussa. « Ouais, je suis sûr que vous devez être très prudents et consciencieux. J’ai entendu dire que ça déménageait pas mal chez vous. Vous ne voulez prendre aucun risque hein ? »
Les techniciens regardèrent Kerry, qui observait l’homme avec des yeux verts interrogatifs. « Pardon ? » Demanda-t-elle.
« Ah, allez, on a entendu parler de vos problèmes… putain, nous en avons causé la plupart ! » L’homme rit. « Pas de rancoeurs… En fait, vous me paraissez doués les gars. Ça vous intéresserait de passer de l’autre côté ? »
Les sourcils de Kerry disparurent sous sa frange. Le reste de l’équipe resta prudemment silencieux, apparemment satisfait de la laisser continuer la conversation. « Je n’ai aucun souci avec les gens qui me payent. » Dit-elle. « Et vous les gars ? » Ses yeux questionnèrent ses hommes.
« On est okay. » Répondit Bruce. « Pas de problème ici. » Il ajouta, tandis que le reste des techniciens hochaient la tête.
« Oh allez. » L’homme leva les deux mains. « Vous êtes là, transpirant comme des porcs à vous casser le cul pour monter tout ça et vos boss qui se prennent pour des mecs importants sont tranquillement assis dans leurs chaises de cuir dans leur grand bureau avec vue panoramique. C’est comme ça que vous aimez que les choses se passent ? »
Bruce rit doucement, les yeux fixés sur la tête ébouriffée de Kerry qui commençait à montrer des signes distincts de tension furieuse.
« Ce n’est pas comme ça que notre compagnie fonctionne. » Dit l’homme qui ne voyait apparemment rien.
« Ce n’est pas vraiment comme ça que notre compagnie fonctionne non plus. » Répondit Kerry d‘un ton calme.
« Ah ouais? C’était quand la dernière fois que vous avez vu votre patron ramasser un câble ? » Riposta l’homme. « Je parie sur ‘jamais‘. »
Les lèvres de Kerry se courbèrent dans un sourire réticent. « Je parie que vous avez tort. » Dit-elle en apercevant la silhouette distincte de Dar s’approcher du groupe. Sa compagne semblait exténuée mais triomphante. Elle passa en frôlant les intrus, ramassa un câble d’interface et le poussa à sa place. « On est sur pied ? »
« Putain d’infrastructure de fils de pute de merde. » Grogna Dar en connectant le routeur pour l’amorcer. « Je suis étonnée que ce fichu soixante-six bloc de commutation n’ai pas été assemblé avec de vieux bouts de chewing-gum. »
« Traduction, on est sur pied. » Kerry interpréta le juron. Tous les techniciens applaudirent et sifflèrent.
Dar étudia les diodes en grommelant. « Oui. » Elle épousseta ses mains en donnant aux étrangers un coup d’œil refrogné. « Excusez-moi. » Elle s’assit à côté de Kerry et examina la paume de sa main, couverte de poussière et d’égratignures à vif. Après un instant elle leva les yeux vers les hommes. « Vous voulez quelque chose ? » Dit-elle d’un ton cassant.
Surpris, leurs mâchoires se décrochèrent. « Euh, non, juste une petite visite. Écoutez, soyez cool, hein ? Venez me voir si notre conversation vous a intéressés. » L’homme à l’avant du groupe leva la main et l‘agita. Puis il s’avança et la tendit à Kerry. « Je m’appelle Robert Caustens, et je suis le directeur des systèmes d’information pour Telegenics. »
Kerry prit sa main sans hésiter et la serra. « Kerry. Ravie de vous rencontrer. J’espère que les choses vont s’arranger pour vous. »
Les deux hommes partirent.
« Seigneur. » Kerry se mit à rire. « Quel abruti. »
« Il vous a débauché? » Se renseigna Dar, son regard interrogateur tourné vers le reste de l’équipe.
« Oui m’dame. » Cody hocha la tête. « Il a dit qu’on ne devait pas bosser pour une compagnie où les gros bonnets restent tranquillement au sommet de leur tour d’ivoire. » Il fit un clin d’œil à Dar, en gardant un visage calme. « C’était plutôt marrant. »
Dar étendit ses jambes et laissa reposer ses mains abîmées sur ses genoux. « Tu sais, c’est juste foutument drôle. » Elle jeta un coup d’œil à Kerry. « On est supposé être dans une tour ? Pourquoi tu ne m’as rien dit? Et pourquoi il n’est pas venu me débaucher moi ? »
« J’en sais rien boss. Peut être qu’il a eu peur de toi. » Kerry prit la main de Dar et la retourna. « Je crois que tu as une écharde. Laisse moi m’en occuper. »
« Merci. » Dar se détendit. « Okay, on nettoie cet endroit messieurs, et on sort vite fait de ce foutu garage. »
Bruce se leva et releva le routeur pendant que le reste de l’équipe commençait à ranger l’espace. Kerry pencha la tête sur sa tâche, plissant les yeux pour voir clairement sous l’ennuyeuse lumière fluorescente.
« C’était les gars qui nous ont piqué nos contrats? » Demanda Cody à Dar timidement. « C‘est à cause d‘eux que tout le monde est si énervé? »
« Mmh. » Dar fit un signe de tête. « Ils viennent juste de monter leur compagnie. Ils ont fait leur entrée sur scène l’année dernière, et ils ont visé un paquet de contrats en renouvellement. Pas seulement chez nous, mais nous avons été violemment critiqués, bien plus que nos amis… » Dar pointa quelque chose sur sa droite, où un de leur plus gros concurrent était installé. « Ils en ont perdu quelque uns eux aussi. »
« Ils sont si bons que ça ? » Demanda Bruce.
« Ils sont bon marché. » Répondit la DSI. « C’est leur angle d’attaque, ils s’appuient sur une offre à moyen terme et leurs équipes sont taillées au cordeau, comme ça ils peuvent assurer l’entretien de leurs contrats à bas prix. » Elle observa la tête pâle de Kerry. « Sur une petite échelle ça marche, si tout fonctionne correctement. »
« Est-ce que c’est déjà arrivé ? » Marmonna Kerry.
Bruce chargeait le commutateur qu’ils venaient de monter sur le chariot roulant avec une porte verrouillée, aidé de Cody. « Mais c’est ce qu’ils racontent à tout le monde. » Dit-il. « Ils peuvent le faire pour une compagnie à la fois, mais ils ne peuvent pas le faire pour toutes les compagnies tout le temps. »
Dar lui fit un sourire chaleureux et sexy. « C’est bien ça. » Elle le complimenta. « C’est comme la bourse. Tu ne peux rien prévoir avec du court terme. »
« Là. » Kerry se redressa en passant son pouce sur la paume calleuse de sa compagne. « Ce n’était pas une écharde Dar, c’était un bout de métal. » Dit-elle. « Et il était probablement rouillé. On devrait peut-être voir pour trouver une trousse de premier secours. »
« Merci, Dr Kerry. » Dar lui lança un regard affectueux en cognant légèrement son épaule. « Bien, je pense que nous en avons fini ici. Laissons le marketing foutre le bordel partout ici demain matin. » Elle jeta un coup d’œil aux techniciens. « Vous savez comment rentrer à votre hôtel les gars? »
« Hum… Je pense qu’il y a une navette… » Dit Bruce d’un ton hésitant en vérifiant sa montre.
« Allez. » Dar se leva, serrant la main de Kerry dans la sienne, et la hissa avec elle. « En se serrant un peu on devrait pouvoir rentrer. » Elle se redressa de toute sa hauteur, observant les alentours. La plupart des équipes avaient renoncé et étaient tout simplement parties, et ils étaient pratiquement seuls dans la grande pièce caverneuse, il ne restait que quelques groupes qui essayaient de manière peu convaincante de terminer leur montage. « Bon boulot tout le monde. »
Bruce leva les yeux vers elle. « M’dame ? » Dit-il. « Je pense que vous avez fait le plus gros. »
« Nous ? » Répondit Kerry d’une voix traînante. « Nan. On est bien au frais tout en haut de nos tour d’ivoire, vous vous souvenez ? Dans nos confortables fauteuils en cuir, à manger… hmm… »
« Des quiches. » Dar tapota le chariot roulant. « Ou du caviar. »
« Beurk. » Kerry plissa le nez. « Que dirais-tu d’une pizza plutôt ? »
Les techniciens gloussèrent en suivant leurs deux chefs vers la porte de service, après que Bruce ait de nouveau vérifié que la caisse roulante soit bien fermée. Ils passèrent devant quelques retardataires, mais ils ne virent aucun de leurs amis de Telegenics, et ils quittèrent la salle calme et silencieuse.
L’extérieur était aussi sombre et calme. Le garde posté à l’entrée de service les regarda passer, alors qu’ils faisaient le tour du bâtiment et qu’ils se dirigeaient vers la Lexus solitaire de Dar qui attendait tranquillement dans le cône de lumière d’un lampadaire. Le chant léger des criquets résonnait dans les buissons qui entouraient le parking, et Dar lui fit écho en actionnant l’ouverture automatique des portes au loin.
« Quelqu’un veut laisser Kerry s’asseoir sur ses genoux ? » Demanda Dar alors qu’ils atteignaient la voiture.
Quatre paires d’yeux choqués lui firent face, dans une surprise évidente qui la fit sourire. « Je prends ça comme un non. » Elle ouvrit le coffre et poussa les sacs. « L’un d’entre vous monte là, les autres à l’arrière. Le trajet n’est pas long. »
« Tu es terrible. » Kerry ouvrit la portière à l’avant du côté passager.
Dar les regarda s’entasser alors qu’elle ouvrait sa propre portière, faisant une pause quand un mouvement au bout du parking attira son attention. Une voiture était garée près de la porte d’entrée du centre, et au moment où elle regardait, deux silhouettes sortirent et se dirigèrent vers la porte d’entrée gardée.
Dar cligna des yeux, et se pencha un peu en avant. Malgré la distance et l’obscurité elle les reconnut, ce qui amena une petite grimace sur son visage.
« Dar ? » L’appela Kerry.
« Ouais. » La grande femme se glissa à la place du conducteur. « Tu as vu ça ? » Elle montra les deux silhouettes. « Tu les reconnais ? »
Kerry regarda attentivement à travers la vitre. « Hmm… Pas vraiment… Oh. » Elle se rassit. « Ce n’est pas Michelle Graver ? »
« Hmm hmh. » Dar hocha la tête. « Je crois bien que oui. »
« Elle n’avait pas monté sa propre boîte ? C’est ce que tu m’avais dit je crois. »
« Hmm hmh. » Dit Dar de nouveau. « Elle a trouvé une nouvelle partenaire apparemment. » Son visage semblait avoir été coupé dans la glace, tellement les angles étaient froids. « Qui se ressemble s‘assemble. » Elle démarra la Lexus et passa une vitesse. « Shari a finalement trouvé son alter ego. »
La mâchoire de Kerry se referma dans un ’clac’ audible.
Dar traversa le parking en passant lentement devant la voiture garée, elle portait un logo sur la portière du conducteur. Elle rit doucement quand elle lut l’inscription, et qu’elle entendit le son de consternation et de dégoût venant de Kerry. « J’aurais dû deviner. » Elle accéléra et conduisit jusqu’à l’entrée, où le garde ouvrait courtoisement la porte de verre aux deux femmes. « Telegenics. »
« Brochette de gouines aigries. » Dit Kerry dans un souffle, si doucement que c’était un miracle de Dar l’ait entendu. « Mais je suppose qu’elle ne pouvaient pas faire valider ce nom. »
« Quelque chose ne va pas, patron ? » Demanda Cody d’un ton hésitant, depuis la banquette arrière.
« Oh, non. » Kerry se pencha en arrière dans son siège et croisa les bras. « Tout est parfait. » Son regard glissa vers le profil de Dar. « Tout simplement parfait. » Répéta-t-elle. « Tu ne penses pas qu’elles vont foutre le bordel dans nos affaires, hein ? »
Dar marqua une pause à la sortie du parking, se penchant sur le volant pour vérifier la route. « Non. » Elle continua sa route, tournant sur la route principale. « Elles ne pensent pas en avoir besoin pour le moment. » Mais ses doigts tambourinaient sur le volant pensivement.
« Mais tu vas quand même contrôler quelques trucs en arrivant à l’hôtel. »
« Ouais. »
Kerry soupira. « Tout ça devient vraiment dégoûtant. »
« Oh ouais. »
« Bien, on va rendre ça encore plus dégoûtant pour elles que pour nous. » Décida Kerry. « Qu’elles aillent au diable. »
Quelque part là-dedans, Dar réussit à vraiment sourire. Elle se détendit et se pencha en arrière, oubliant les nœuds de son estomac. « Ouais, attends qu’elles aient vu l’épave qui leur sert de stand. » Ajouta-t-elle.
« Et à quel point le nôtre ne l’est pas. » Kerry sourit largement.
Ça aurait presque valut le coup d’être là pour voir ça songea Dar, heureuse de pouvoir sentir l’air conditionné l’entourer, et impatiente de prendre la douche qui l’attendait une fois arrivée. Kerry bougea sur son siège et posa sa main sur son genou, les yeux verts emplis d’une douce promesse.
Qu’elles aillent en enfer. « Laisse-les transpirer. J’ai éteint l’air conditionné avant de partir. »
Kerry se mit à rire. Les techniciens l’accompagnèrent, pas vraiment sûrs de la raison, mais tout a fait disposés à la suivre dans sa bonne humeur.
Ils roulèrent dans la nuit, laissant les lumières éclatantes du centre de la convention derrière eux.
* * * * *
A suivre.
20 mai 2008
Cible mouvante, première partie, chapitre 1
MOVING TARGET par Melissa Good
CIBLE MOUVANTE
Partie 1
Traductrice: Gaby (paladar.k.roberts@hotmail.fr)
- Note de la traductrice: vous l’aurez sans doute remarqué (ou vous allez assez vite le faire) le flambeau a changé de main. J’ai repris la traduction de la onzième histoire de Dar et Kerry, avec l’aide de Fryda, qui reste LA référence en matière de traduction des histoires de Missy Good…
Un grand grand grand merci à Fryda pour la relecture, ainsi qu’à Emilie Happymeal.
J’espère que vous apprécierez.
Bonne lecture.
Gaby. (mai 2008)
˜˜˜˜˜˜
Chapitre 1
La salle de conférence était presque pleine, chaque place de la longue table prise à l’exception de celle du bout. La lumière du soleil d’après-midi se déversait dans la pièce, résistant aux efforts du système d’air conditionné. Après un moment passé à plisser les yeux, Marc Polenti se leva et marcha jusqu’aux grandes baies vitrées. « Putain. » Il abaissa les stores. « On pourrait carrément faire cuire un œuf sur ce truc. »
« Sans blague. » Peter Prescott, un des chefs de service de l’informatique approuva. « Ça me fait transpirer rien que de penser à sortir récupérer ma voiture. »
Avec un hochement de tête Marc revint à sa place. Le chef du GSI ramassa son stylo, le fit tourner entre ses doigts, et s’installa dans une des chaises en cuir qui entouraient la table. « Ce foutu été est bien trop long. »
« Mmh. »
« Ouais. »
Une vague d’accord monta autour de la table de la part des directeurs techniques assemblés. « Je ne resterai pas dehors une minute de plus que nécessaire. » Ajouta Peter. « Bon sang, je vois tous ces touristes barjos sur la plage… ils rôtissent comme des dindes de Thanksgiving. »
« Ça c’est sûr. » Grogna Mark.
La porte de la salle de conférence s’ouvrit, et ils se retournèrent. Ils écarquillèrent les yeux à la vue de la nouvelle venue qui entrait d‘un pas chaloupé, swinguant sur une musique qu’elle seule entendait, tout en traversant la pièce pour se laisser tomber sur la chaise à l’extrémité de la table.
Relativement petite, mais souple et musclée, la femme ôta sa veste de tailleur bleue et la posa avec soin sur le dossier avant de s’accouder sur la table, finissant en beauté sa petite danse.
« Salut les gars. » Kerry leur sourit. « Est-ce que ce n‘est pas une journée magnifique ? »
Les responsables du département des opérations se regardèrent avant de tourner leur regard vers leur chef blond. Kerry était habillée d’un tailleur strict avec un chemisier de soie couleur crème impeccablement repassée, mais ses cheveux pâles et courts étaient si ébouriffés qu’on pouvait croire que la vice-présidente des opérations avait passé la tête par la vitre d’une voiture à pleine vitesse en rentrant de son déjeuner.
« Euh. » Mark s’éclaircit la gorge. « Ouais, bien sûr. » Dit-il. « La machine à café est enfin réparée. » Il fronça les sourcils. « Est-ce que tu… as bu une coupe ou deux pour fêter ça ou quoi ? »
« Nan. » Kerry croisa ses doigts sur la table devant elle. « Essaye encore. »
« Est-ce que… on a atteint nos objectifs ? » Hasarda Peter.
« Oui, mais ce n’est pas pour ça que je suis de bonne humeur. » Répondit son patron.
« Est-ce que… votre chienne a eu des chiots ? » Demanda Ellen Jasmine depuis le bout de la table, son visage ridé s’étirant dans un sourire.
« Non, non, non. » Kerry remua les doigts. « Non, pas de chiot, ni de chaton, et ni Dar ni moi ne sommes enceintes, alors n’allez pas dans cette direction. » Elle dansa un peu sur son siège. « Allez, allez… On n‘a fait que parler de ça depuis un mois. »
Mark grimaça. « Ne me dis pas que tu es devenue dingue parce que tu vas à cette convention sur les nouvelles technologies. »
Kerry lui fit un grand sourire.
Autour les autres ne savaient pas s’ils devaient rire ou grogner. « Seigneur. » Marc se couvrit les yeux. « Et moi qui croyais que j’étais le plus fêlé ici. » Il pointa un doigt vers Kerry. « Je m’étais trompé. Tu gagnes. Je te cède la place. »
La vice-présidente des opérations ouvrit le porte-document posé devant elle et gloussa. « En fait. » Elle jeta un coup d’œil alentour et baissa la voix. « Je me fiche comme de l’an quarante de cette convention. C’est juste que j’attends depuis si longtemps de pouvoir retourner à Disney World avec Dar. » Son visage se plissa dans un nouveau sourire, le bronzage d’été accentuant la clarté de ses cheveux et le vert pétillant de ses yeux.
« Aah! » Ellen rit. « Je comprend mieux. »
« Argm. … Orlando en juillet ? Kerry tu vas le regretter. » Objecta Mark. « Même la célèbre souris ne me ferait pas changer d’avis en cette saison. »
« Visiblement toi… » Elle pointa son doigt vers lui. « Tu n’as jamais été là-bas avec Dar. » Elle vérifia son ordre du jour. « Okay. Voyons où nous en sommes ce mois-ci. » Elle passa en mode boulot, sa voix devenant plus froide et professionnelle. « Alors j’ai quelques bonnes nouvelles, et quelques mauvaises. »
L’atmosphère de la pièce se fit soudain plus sérieuse. Autour de la table, les yeux se croisèrent avec une légère appréhension, la peur universelle de membres de la compagnie appréciés et expérimentés mais finalement impuissants face à ce genre de déclaration. Même si tous dans cette pièce avaient confiance en Kerry, et l’appréciaient, chacun savait aussi exactement vers qui allait sa loyauté.
« Débarrassons nous tout de suite des mauvaises. » Dit Kerry. « Premièrement, laissez moi préciser que d’aucune manière Dar ou moi ne tenons responsable qui que ce soit ici pour les vingt pour cent de nos contrats de renouvellement qui n’ont pas été signés ce trimestre. » Elle leva les yeux, croisant les regards attentifs autour d’elle. « Notre service n’est pas remis en cause et il n’était pas non plus un facteur déterminant lors des signatures. »
Mark expira bruyamment. « Foutus bluffeurs. »
Le visage de Kerry se fronça légèrement. « Pour information - quand le service Ventes a donné son dernier prix, c’est Dar qui a tiré un trait et dit que nous ne ferions pas de contre-proposition. Okay » Elle leur laissa un moment pour absorber la nouvelle. « Dar a dit qu’elle ne vendrait pas nos services pour un montant aussi ridicule. Nous avons décidé que nous ne pouvions pas fournir un niveau acceptable de service pour le montant qu’ils suggéraient. » Elle marqua une pause. « J’ai approuvé sans réserve. »
Les corps se relâchèrent dans la pièce, retombant dans leurs fauteuils en cuir avec de faibles couinements.
« Kerry c’est un truc génial à entendre. » Dit Ellen d’un ton sérieux. « J’ai un ami qui travaille pour nos amis à l’ouest et la dernière fois qu’un truc pareil leur est arrivé ils ont eu chaud pendant un bon moment. »
Kerry appuya son menton sur ses mains croisées. « Dar ne laisserait jamais faire ça. » Dit-elle. « Mais laissez moi vous dire que ces réunions à Houston la semaine dernière n’étaient vraiment pas jolies à voir. »
« Ouais, j’imagine. » Marmonna Marc. « Mais Kerry, j’ai vu ces foutus chiffres. Il n’y a aucun moyen que ces gars puissent livrer ce qu’ils ont dit. »
Son patron haussa légèrement l’épaule. « Le temps nous le dira. Mais en attendant nous devons trouver le financement pour ces vingt pour cent du budget, où nous allons les perdre. Ce qui veut dire que vous devez vérifier trrèèès attentivement vos cahiers de charges et voir si nous n’avons pas un peu de mou quelque part. » Les avertit-elle. « Si ça doit se répéter au prochain trimestre, les choses pourraient devenir vraiment tendues par ici. »
Tout le monde acquiesça, comprenant la menace.
« Et maintenant les bonnes nouvelles. » Kerry changea de nouveau d’attitude, observant les regards, pour trouver la réponse qu’elle y cherchait. « Nous avons atteint nos objectifs, en fait… » Elle leur sourit chaleureusement. « Nous les avons même dépassés. Je suis très fière de ça, et Dar aussi. » Ses yeux scintillèrent légèrement. « Alors même si je sais que tout le monde a entendu parler du gel des salaires… »
Marc se racla la gorge. Ellen regarda au loin, au-delà des baies vitrées. Le reste de la table trouva quelque chose d’intéressant à étudier qui n’impliquait pas de femme blonde de taille moyenne. Chacun savait à quel point Kerry détestait les potins de bureau, et les gens avisés n’en parlaient jamais en sa présence.
« Ça ne s’applique pas à nous. » Kerry finit calmement. « J’ai traité la première série d’augmentations de ce trimestre, et les primes, ça devrait arriver sur vos postes d’ici à ce que vous retourniez à vos bureaux. » Elle sourit presque aux hoquets instinctifs de cette déclaration inattendue. « S’il vous plait faites savoir à vos équipes que nous apprécions le travail fourni tout au long de cette année, et que nous espérons qu’ils continueront le reste de l’année sur la même voie. »
Pendant un long moment le silence se fit autour de la table. Puis Marc bascula vers l’avant et appuya ses coudes sur la table. « Bon Dieu, boss. Mes chaussettes sont encore en train de danser la salsa au plafond. » Dit-il. « Ça ne va pas rendre les autres furieux ? »
Kerry s’enfonça dans son fauteuil en étendant les jambes pour les croiser aux chevilles. « Et bien. » Elle réunit ses doigts et se tapota le menton. « Tout d’abord personne ne devrait parler de ça ». Un sourcil blond s’arqua de manière expressive. « Mais si quelqu’un a un problème je l’invite à se diriger de ce côté-ci. » Elle leva son pouce en direction du bureau de Dar.
« Pas vers toi ? » Demanda Ellen avec curiosité.
Les narines de Kerry s’écartèrent légèrement. « Ordres de Dar. » Répondit-elle brièvement. Après un moment de silence, elle hocha la tête. « Okay, quel est le point suivant à l’ordre du jour ? »
Son équipe remua autour de la table, se penchant en avant et classant leurs papiers dans un moment de détente. Kerry profita de l’occasion pour les évaluer silencieusement, absorbant leur air surpris après sa dernière déclaration. Ils savaient qu’elle était un fervent défenseur de ses propres prérogatives, et aussi qu’elle était l’une des rares personnes, peut être même la seule, capable de tenir tête à leur légendaire DSI (NDLT: directrice des systèmes d‘information).
Et bien. Kerry croisa ses mains sur son estomac, tapotant ses pouces paresseusement. Tout reviendrait dans l’ordre d’ici quelques jours, et après ça, il y avait Disney World à redécouvrir.
Ce n’est pas qu’elle se fichait des problèmes de la compagnie - ils lui pesaient de plus en plus sur les épaules. Mais comme elle l’avait dit à son équipe ce n’était pas eux qui avaient déposé les problèmes sur le seuil de leur porte, et la meilleure chose à faire était de continuer leur travail du mieux qu’ils en étaient capables.
Et cela voulait dire qu’il fallait faire bonne figure à la convention. « Tout le monde est près pour la convention dont j’ai parlé tout à l’heure ? » Demanda-t-elle.
« L’équipe prospective est dans les starting-blocks..» Répondit Marc en cochant quelque chose sur son agenda.
« Qui s’en occupe ? » Demanda Kerry. « Toi ? »
Le chef du GSI releva brièvement la tête. « Peter. Il est pote avec le pleurnichard en chef d’Eleanor. Ils s’entendent bien. »
« Celui avec les sourcils piercés ? »
« Euh… »
« Bon choix. » Kerry réunit ses papiers. « Alors, dites moi ce qui n’a pas marché cette semaine. »
* * * * *
« Dar, écoutez. »
« J’écoute. » Dar Roberts choisit une fléchette colorée dans la boîte posée sur ses genoux et la lança, grimaçant de triomphe quand la pointe se ficha au centre de la nouvelle cible accrochée au mur. « Je n‘ai entendu que des vagues de conneries jusqu‘à présent, mais j‘écoute.»
« Des vagues ? Vous êtes encore sortie avec votre bateau ? » Gloussa Alastair McLean.
« On était chez mon père. » Répondit Dar en lançant une autre fléchette. « Alastair, nous avons déjà tourné la question dans tous les sens. Nous savons tous les deux qu’il n’y a aucune foutue bonne réponse. »
Un long soupir s’écoula du téléphone.
« J’ai mis la pression sur chacun de nos fournisseurs, je les ai poussés autant que je pouvais, et ils m’ont tous donné le prix le plus bas possible sans pour autant perdre de l’argent. » Dit Dar.
« Je sais. »
« J’ai coupé les budgets jusqu’à l’os. Il n’y a plus aucune marge de manoeuvre, plus aucun mou dans les chiffres que je pourrais utiliser. »
« Dar je sais ça aussi. »
Dar lança une autre fléchette dans la cible, clouant le centre. « Alors pourquoi est-on encore en train de discuter? Q’est-ce que vous voulez de moi Alastair ? Vous voulez peut-être que je vende mon bureau ? »
Un autre long soupir. « Vous pourriez revoir les augmentations. »
« Non. »
« Dar. »
« Non. » Dar répéta fermement. « Prenez le sur ma paye si vous voulez. Mais ces gens le méritent. »
Son patron grogna. « C’est bien le moment pour vous transformer en foutu Robin Des Bois. »
La porte intérieure du bureau de Dar s’ouvrit et une tête blonde ébouriffée apparut. Dar lui fit un large sourire et agita une fléchette en silence, pointant le téléphone comme pour le viser. « Moi, Robin Des Bois ? Allez Alastair. J’estime juste mes gens autant que vous estimez les vôtres. »
Kerry leva les pouces, et se mordit la lèvre pour ne pas rire.
« Ahem. » Alastair s’éclaircit la gorge. « Je l’ai bien cherchée celle-là c’est ça ? » Admit-il. « C’est bon. Mais s’il vous plait Dar - essayez de ramener quelque chose de positif de cette convention, d’accord ? J’ai besoin d’autre chose que des mauvaises nouvelles pour la réunion du conseil d’administration le mois prochain. »
« Je ferai mon possible. »
« Je sais que je peux compter sur vous Dar. » Termina Alastair. « Bonne chance! »
La ligne s’éteignit dans un dernier bip. Dar leva les yeux au ciel tandis que Kerry traversait la pièce et arrivait à ses côtés. « Salut toi. »
« Hey. » Kerry s’assit sur le bord du bureau de Dar, les pieds pendant juste assez pour que ses talons courts ne touchent pas le sol. « Il a l’air inquiet. »
« Il l’est. » Acquiesça sa compagne.
« Tu n’as pas l’air inquiet. »
Dar attrapa une autre fléchette et la lança contre le panneau, un cadeau de Noël tout neuf de Kerry. « Tu veux savoir la vérité ? » Elle observa intensément le visage de Kerry. « Je ne sais pas si ça m’importe vraiment. »
Kerry s’approcha et passa ses doigts dans les cheveux épais et sombres de Dar avant de glisser sur un sourcil finement dessiné au dessus d‘un œil bleu clair. « Oui, je sais. » Murmura-t-elle. La peau de Dar était plus bronzée que la sienne, et sous sa main de fines lignes plus claires attestaient du soleil brûlant de Floride qui vous faisait plisser les yeux.
Dar battit des cils et joua avec une autre flèche. « Je m’en soucie toujours. » Elle haussa une épaule. « C’est juste que je ne prends plus les choses aussi au sérieux qu’avant. »
« C’est okay. » Lui dit sa compagne. « Je dois admettre que je suis plus excitée à l’idée de retourner à Disney World avec toi que je ne le suis pour la convention, donc tu n’as pas à te sentir mal à l’aise avec ça. »
Dar lui jeta un coup d’œil. « Vraiment ? »
Kerry grimaça. « Ouais. Je cherche encore un moyen pour diriger les différents scénarios de présentation depuis nos pda. » Elle gratta doucement Dar derrière les oreilles du bout des doigts. « Ça te dirait de partir un peu plus tôt, juste pour vérifier le centre de convention ? »
Sa grande chef ouvrit le tiroir plat qui se trouvait sous son bureau et en retira une chemise, l’ouvrant adroitement avec son pouce pour en révéler le contenu.
« Mmh… On dirait des billets d’avion. »
« On dirait que tu as raison. » Acquiesça Dar. « Allez. » Elle se leva, enroulant son bras autour de la taille de Kerry pour la mettre debout elle aussi. « Allons emballer quelques affaires, Yankee. »
Kerry lui rendit aimablement son étreinte, appuyant sa tête contre l’épaule de Dar. « Hey Dar ? »
« C’est moi. »
« Si j’avais une extension de mémoire pour mon Palm, je crois vraiment que je pourrais diriger la présentation à distance.»
« Pendant que nous descendrons les torrents de DisneyWorld ? »
« Ouaip. »
Dar marcha vers la porte du bureau, considérant la question. « Tu vas avoir besoin d’un étui imperméable dans ce cas. » Conclut-elle. « Je crois que le magasin de plongée en a des bleus. »
Kerry se contenta de glousser tandis qu’elles passaient la porte et se dirigeaient vers l’ascenseur.
* * * * *
Ahh. Kerry ferma les yeux et soupira, appréciant la douce fraîcheur de l’air conditionné du condo contre sa peau tout juste sèche. Elle pouvait sentir faiblement l’odeur des épices de leur dîner qui flottait dans l’air et la légère douleur de leur entraînement de boxe alourdissait encore un peu ses bras.
Que la vie était belle. Même si au départ elle n’était pas certaine d’apprécier le kickboxing, elle avait aimé chaque minute des cours qu’elles prenaient. C’était aussi nouveau pour Dar, et le processus d’apprentissage l’excitait et l’amusait.
En plus Dar était si mignonne avec ses gants de boxe.
« Hey, Ker. »
Kerry ouvrit un œil, et le dirigea vers la chambre à coucher de Dar. « Ouais? » Elle s’installa sur le canapé dans une position un peu plus confortable, bougeant sur le dos et elle attendit.
« Tu crois qu’un tee-shirt suffira pour l’avion ? »
Un tee-shirt. Kerry considéra la question avec tout le sérieux que nécessitait une telle question. « Un débardeur. » Corrigea-t-elle. « Comme par exemple le joli bleu pâle que tu avais l’autre jour. »
Le bruit léger de pieds nus glissant sur le sol arriva dans le salon, accompagnés de leur propriétaire. « Quoi ? » Demanda Dar, posant les poings sur ses hanches. « Il y a l’air conditionné dans ces fichus trucs, Kerry. »
« Je sais. » La femme blonde consentit sans hésiter. « Mais je te trouve craquante dans ce débardeur, et si tu as trop froid je peux toujours te réchauffer. » Elle étudia la grande silhouette, finement musclée dans ses jeans et son soutien-gorge. « Ou tu pourrais y aller juste comme ça. »
Sa compagne s’avança, s’assit sur le bord du canapé, et passa son bras autour des hanches de Kerry en lui lançant un regard affectueux. « Ça veut dire que tu vas porter ton nouveau maillot dans l’avion ? » Demanda-t-elle avec un sourire.
« Le gris ? » Avança Kerry. « Dar, il est transparent. »
Dar sourit de plus belle.
« Hm. » Kerry fit glisser sa main sur toute la longueur de la cuisse de Dar. « Nan, je crois que je vais le garder pour le jacuzzi. » Dit-elle. « J’attends ce voyage avec impatience. » Son visage se plissa en un doux sourire. « J’ai de très bons souvenirs du dernier. »
Les yeux bleus scintillèrent. « Moi aussi. » Répondit Dar. « J’aurais aimé qu’il n’y ait pas cette stupide convention, mais c’est aussi une bonne excuse pour aller passer une semaine là-bas. » Elle s’appuya un peu contre Kerry. « Tes affaires sont prêtes ? Papa est passé prendre Chino pendant que tu étais sous la douche. »
« Ouaip, j’ai tous les accessoires. Une petite valise avec des vêtements pratiques et un sac pour mes tailleurs. Tu es prête ? Je peux aller démarrer la voiturette ? »
« Je n’ai plus qu’à enfiler mon tee-shirt. » Dar se pencha en avant, souriant quand les bras de Kerry glissèrent autour de son cou et qu’elles s’embrassèrent. Après quelques instants d’une intensité croissante, elle bougea et s’installa, à moitié sur le côté à moitié sur le corps de Kerry.
C’était vraiment un grand canapé, et elles avaient largement la place de s’y installer ensemble. Dar prolongea le baiser en glissant lentement sa main sous l’étoffe du tee-shirt en coton de Kerry, traçant un chemin depuis son nombril pour faire glisser ses doigts à la limite de la courbe d’un sein.
Même après un an et demi, ça saisissait toujours Kerry directement dans les tripes, la réaction de son corps au doux contact de Dar lui ôtait toute capacité à penser normalement. Elle lui retourna l’attention, ce qui lui était bien plus facile puisqu’il n’y avait rien entre elle et sa partenaire sauf la soie légère du soutien gorge de Dar.
Elle aimait la façon dont le corps de Dar bougeait sous ses mains. « On va louper l’avion. » Chuchota Kerry en caressant le contour du nombril de Dar avec son index. « On peut conduire. » Dar mordilla un lobe à portée. « Mes parents et moi le faisions tout le temps. »
Kerry se perdit dans l’odeur riche de la peau de Dar pendant un moment. Puis elle fit une pause avant de doucement pousser Dar dans les côtes du bout des doigts. « Tu sais quoi ? »
Dar se mit nez à nez avec elle, léchant ses lèvres d’une langue curieuse. « Quoi ? »
« Allons-y en voiture. » Kerry défit le premier bouton du jean de Dar. « Ça va être amusant. » Elle laissa ses pensées dériver, seulement consciente de la passion brûlante qui la submergeait. « Toi… moi… »
« Et des hot-dogs sur l‘autoroute. Ouais. » Dar rit doucement. « Ça me va. »
Kerry rit avec elle, et savoura le contact de sa peau nue. Elle aimait la manière dont Dar la touchait, elle aimait la texture soyeuse de sa peau et les légers frissons qui la parcouraient quand ses mains l’exploraient.
Elle aimait le grognement bas d’approbation quand elle chatouilla son oreille, et la pression quand Dar fit glisser une cuisse entre les siennes en tirant sur son short.
Vous savez quoi, parfois la vie était tout simplement géniale.
* * * * *
Deux heures plus tard, elles étaient assises côte à côte dans la Lexus de Dar, remontant l’autoroute de Floride tandis que les derniers rayons du soleil disparaissaient derrière les pins bordant la route. Kerry avait reculé le siège passager au maximum, ses pieds nus étaient posés contre le tableau de bord, et Dar était adossée dans une attitude décontractée, une main sur le volant.
« T’sais, je crois que c’est vraiment une bonne idée. » Commenta Kerry, après qu’elles aient gardé le silence quelques minutes, pendant qu‘elle choisissait un cd. « Nous aurions eu besoin d’une voiture là-bas de toute façon, et entre le temps qu’on aurait perdu à l’aéroport de Miami et à celui d’Orlando, ça reviendra au même. »
« Mh mmh. » Dar passa la main derrière elle et attrapa une bouteille de Yoohoo dans le seau à glace posé sur le siège arrière. « Et nous avons de meilleurs rafraîchissements. »
Kerry fit glisser un cd dans la chaîne, et se radossa, entourant un genou avec ses bras. Elle regarda le paysage défiler, et décida que l’état de Floride avait en commun avec l’état du Michigan des terrains plats et une horticulture ennuyeuse. « C’est comme ça tout le long ? »
Dar jeta un coup d’œil alentour alors que le jour déclinait. « Quasiment. » Admit-elle. «On partait vers… 4h du matin il me semble, pour arriver jusque là-bas. Papa disait toujours qu’il n’y avait rien à voir, que ce n’était pas la peine de gâcher la lumière du soleil. » Se souvint-elle, en déportant la voiture sur la voie de gauche pour dépasser un camion qui traînait un peu trop. « Vous faisiez souvent des voyages en voiture ? »
Kerry laissa tomber sa tête contre le dossier. « Pas avec ma famille, non. » Lui répondit-elle d’un ton calme. « Mais on allait camper en été, ouais. Tous dans un bus. C’était vraiment sympa. » Un bref éclair de civilisation apparut sur la droite, une maison blanche solitaire qui faisait face à la route, avec devant un vieux bus rouillé. « Ce n’était pas vraiment un camp du genre sauvage et improvisé - c’était organisé par l’école. Mais Angie et moi on comptait les jours avant d’aller là-bas, et on était toujours tristes de devoir en partir. »
Dar se rabattit sur la file de droite, et s’installa sur son siège. « C’était où ? »
« Dans les montagnes. » Répondit sa compagne. « On avait des chalets sophistiqués, avec le service de chambre deux fois par jour et un domestique qui s’occupait de notre linge. Tu vois le genre. » Son regard glissa sur le côté. « Évidemment non, tu n’as pas connu ça, et quand j’y repense maintenant je réalise à quel point ce truc était incroyablement prétentieux. »
« Eh. » La femme aux cheveux noirs gloussa doucement. « Je suis allée une ou deux fois dans un camp du YMCA, mais dès que j’ai été plus vieille j’allais aux colos de la base. »
Les lèvres de Kerry se pincèrent. « Pas de domestiques, hein? »
« Non. » Dar hocha la tête. « C’était des gamins qui avaient grandi sur des bases militaires, qui avaient tous la même façon de penser et qui avaient toujours vécu dans ce milieu. On faisait des jeux de guerre, du camping, de la chasse… » Un sourire apparut. « Je m‘éclatais. C’était l’une des rares fois où je me souviens juste m‘être sentie vraiment … » Elle marqua une pause.
« Heureuse ? » Devina Kerry.
« Satisfaite. » Corrigea Dar. « Acceptée peut être. » Elle se déporta de nouveau sur la gauche pour éviter une Lincoln Town aussi longue que la Lexus conduite par ce qui ressemblait à un elfe. « J’étais si stupidement sûre que c’était la vie que je voulais. »
« Et bien. » Kerry attrapa la bouteille de Yoohoo et prit une gorgée. « Je n’ai jamais ressenti ça pendant les camps d‘été. J’étais juste heureuse de ne plus être sous les yeux de mes parents. C’était tout le temps tellement hypocrite… il y avait ces cours de bonnes manières, quelle merde. »
« Quoi ? »
« Comment marcher, comment parler et accueillir les gens sans trébucher et leur renverser du mauvais vin blanc dessus. » Traduisit Kerry. « Ça et les bracelets en macramé. Dieu, est-ce que tu sais combien de bracelets j’ai faits ? Chaque fichue couleur de l’arc-en-ciel et je ne te parle même pas des cache-pots. »
Dar ricana. « Toi et moi venons vraiment de planètes différentes. » Dit-elle. « La seule chose que j’ai fabriqué dans ce camp c’était une ceinture de vieilles cartouches de munitions que j’avais ramassé sur la base et une sangle de carabine que quelqu’un avait jetée. » Elle jeta un coup d’œil à Kerry et vit les coins de sa bouche se courber dans un sourire. « Si j’avais eu un cache-pot, je m’en serais servie pour m’essuyer les… »
« Dar ! »
« Hey, c’était ça ou les buissons, à la campagne le choix est mince » Dit Dar. « Maintenant tu comprend pourquoi je n’aime pas le camping. »
Kerry éclata de rire. « Oh mon dieu… tu n’as pas idée à quel point c’est drôle. Un été, dans le camp, ils ne nous ont pas livré le bon papier toilette. C’était un papier marron style carton, dans le genre de celui que tu trouves dans les aires d’autoroute vraiment minables. »
« Oh. »
« Ouais. » Kerry acquiesça en gloussant. « Et bien moi, petite rebelle que j’étais, j’en ai volé tout un carton, et j‘ai réussi à convaincre tout mon chalet d‘en entourer la maison de la conseillère, à un tel point qu‘on ne pouvait même plus voir la porte. » Elle gigota un peu sur son siège. « Ooh..ooh.. Cette petite garce est devenue aussi rouge qu’une tomate et elle ne nous a pas adressé la parole pendant toute une semaine ! »
« Fauteuse de troubles. »
« Angie était vraiment en colère contre moi. » Ricana Kerry. « Mais de toute façon cette femme ne pouvait déjà pas me supporter alors… »
« Pourquoi ? » Demanda Dar, curieuse.
« J’en ai aucune idée. Elle voulait toujours me faire faire plein de trucs, et je… elle me rendait juste mal à l’aise. Je pensais qu’elle essayait simplement d’avoir quelque chose de mes parents. » Dit Kerry. « Ça me mettait les nerfs en pelote. »
Dar regarda les phares puissants de la Lexus partager la route devant elles pendant un long moment, puis elle tourna a tête vers Kerry. « Tu avais quel âge ? »
« J’étais au lycée. » Répondit Kerry. « Pourquoi ? »
« Hmm. » La femme aux cheveux sombres tapota son pouce contre le volant. «E t tu ne crois pas qu’elle était peut-être intéressée par toi ? »
Kerry plissa la front. « Et bien ouais - je veux dire, je t’ai dit qu’elle l’était, Dar. » Répondit-elle avant de marquer une pause quand elle vit le sourcil de Dar monter sous sa frange de manière expressive. Elle réalisa soudain et elle inspira brusquement de surprise. « Oh. Tu veux dire… cette sorte d’intérêt ? Du genre… romantique ? »
« Hmm hmh. » Dar reporta son attention sur la route, vers le panneau de circulation dont elle nota l‘indication. « Ça ne me surprendrait pas. Tu étais mignonne au lycée. » Lui fit-elle remarquer avec un léger sourire. « J’ai vu des photos. »
Kerry resta silencieuse pendant quelques minutes en suçant d’un air absent le goulot de la bouteille de Yoohoo, regardant défiler l’ombre des arbres. Finalement elle grogna un peu, moitié surprise moitié écoeurée. « Ça ne me serait jamais venu à l’esprit. » Admit-elle. « Je crois que je… Brian et moi commencions juste à sortir ensemble… je ne peux même pas appeler ça flirter, ce n’était pas sérieux. J’aurais probablement piqué une crise si elle avait… »
« Essayé de te séduire ? » Dar étendit le bras et le posa sur les épaules de Kerry. « Ça aurait été idiot étant donné qui étaient tes parents, mais… » Elle gratta le cou de Kerry du bout des doigts. « Tu étais vraiment une gamine adorable. »
Kerry rougit, juste un peu. « Tu sais, je n’aurais même jamais pensé à ça comme ça. A ce moment là, je venais juste de comprendre que les gens venaient simplement vers moi pour arriver jusqu’à mon père, et j’ai juste… » Elle soupira. « Pensé qu’elle voulait la même chose. »
« Et bien peut-être que c’était le cas. » Dar pouvait sentir le malaise de sa compagne. « Je te présentais juste les choses d’un autre point de vue. » Elle tira sur le lobe de l’oreille de Kerry. « Tu veux t’arrêter un peu ? » Elle montra un panneau indiquant une aire d’autoroute a venir. « C’est touristique maintenant mais je peux te montrer où on vendait autrefois les souvenirs de Floride les plus minables de ce côté-ci de Key Largo. »
Kerry se relaxa et finit la bouteille de soda chocolaté. « Sûr. » Dit-elle. « On a largement le temps. »
Dar mit son clignotant et se mit sur la droite, se préparant à quitter l’autoroute. Après une seconde elle jeta un coup d’œil a Kerry, pas surprise de trouver les yeux vert océan qui l’observaient. Elle fit un clin d’œil à sa compagne et fut récompensée par un sourire, qu’elle lui rendit.
Le trajet se révélait être bien plus intéressant que dans ses souvenirs.
* * * * *
Les gens pouvaient être si drôles. Kerry était appuyée contre le mur et regardait passer les autres voyageurs. Ils étaient inconscients de tout ce qui ne concernait pas leur recherche de nourriture, de boissons, ou d’un lieu pour se soulager, mais quasiment tous faisaient une pause pour regarder celle qui étudiait la carte routière accrochée sur le mur.
Évidemment Kerry faisait la même chose, mais elle avait le sentiment d’en avoir tout à fait le droit vu que le corps lisse et musclé enveloppé dans les jeans fanés et le débardeur en coton appartenait à sa compagne. Dar portait les vieux jeans déchirés que Kerry avait sortis du fond d’un placard pour leur réunion des anciens de l’école de Dar où elles s’étaient habillées en motardes, et avec son débardeur rentré dedans, elle avait vraiment belle allure.
Elle venait juste de se faire recouper les cheveux et sa coupe d’été laissait une grande partie de ses épaules nues. Les derniers mois de leur vie avaient été pas mal pris par le boulot c’est vrai, mais elles avaient passé presque chaque weekend au chalet, et leur nouveau cours de gym avait donné à Dar un bronzage plus profond et avait ajouté encore un peu plus de muscles à sa grande silhouette.
Mmh.
L’aire de repos était une combinaison intéressante de magasins et d’un office de tourisme imposant. Kerry fit le tour des galeries dans le hall, examinant les étagères de prospectus en mangeant son cornet de yaourt à la fraise glacé. La Floride était un endroit touristique très éclectique, et on proposait des publicités pour des choses aussi variées qu’une maison mystère au sommet d’une colline, le Monkey Jungle, le Weeki Watchee. « Paladar ? »
« Oui ? » La voix de Dar fit irruption juste derrière elle, et même après tout ce temps Kerry sursauta. « Tu m’as sonnée ? »
« Que diable montrent-ils dans ce Weeki Watchee ? » Kerry choisit la brochure criarde sur le présentoir et la lui montra. « Ça ressemble à une ferme de sirènes. »
« En quelque sorte. » Accorda Dar. « C’est un endroit où les sirènes donnent des spectacles et vendent des babioles. »
Kerry fixa le prospectus. « Et les gens vont voir ça ? Vraiment ? »
« Et bien. » Sa compagne examina l’annonce. « Ils ont aussi de jolis jardins et, un snack-bar, il me semble. »
Kerry rit et s’éloigna en secouant la tête. L’aire de repos était relativement petite, avec un hall central avec des restaurants de chaque côté et des toilettes étonnement propres. Il y avait aussi un magasin de cadeaux où vous pouviez, si vous aviez oublier d’acheter des bonbons à l’orange ou des guirlandes de Noël lumineuses en forme de flamands roses ou n’importe quoi d’autre, trouver ce genre de cadeau à la dernière minute pour les rapporter à la maison.
Hmm. « Des boules de neige. » Kerry en choisit une et la secoua, amusée par les flocons de plastique blanc tombant doucement sur une plage et des petits palmiers. Un mouvement capta son regard et elle jeta un coup d’œil sur le côté, apercevant son propre reflet dans le miroir au fond de la vitrine.
Son attitude soignée et sa tenue cintrée et repassée avaient définitivement disparu. Kerry vit ses sourcils disparaître sous sa frange tandis qu’elle considérait son allure, ses shorts chiffonnés, et son tee-shirt trop long et passé.
Correction, le long tee-shirt délavé n’était même pas à elle. Elle avait laissé ses cheveux pousser plus longs que d’habitude, ce n’était pas si mal, mais ça lui donnait un petit air ébouriffé qu’elle n’avait pas eu depuis qu’elle était petite. L’effet général, étant donné son bronzage et ses cheveux pâles décolorés par le soleil, la faisait ressembler à un rat de plage surpris en train de faire ses courses.
« Okay, petit rat… va faire tes courses. » Kerry s’avança joyeusement, saluant son reflet avec son cornet.
Elle aperçut un alligator en peluche et l’attrapa, et se mit à sourire à un visage en coton plein de dents. Elle glissa le jouet sous son bras et continua son petit tour. A son butin elle rajouta un paquet de quartiers d’orange recouverts de chocolat et un tee-shirt avant de tout laisser tomber sur le comptoir et d’attraper son portefeuille dans la poche arrière de ses jeans. « Salut. »
« Salut. » Répondit la caissière. « V’voulez l’loto ? »
Kerry cligna des yeux. « Excusez-moi? »
« V’voulez l’loto ? L’est gros s’te s’maine. »
Totalement perdue, Kerry se retourna instinctivement vers son guide touristique, qui posa un billet de vingt dollars sur le comptoir. « Elle en prend trois. » Dit Dar. « Et elle prend aussi le reste de ces Floridiana. »
« Trois quoi ? » Chuchota la femme blonde.
« Sûr. » La caissière pris l’argent et emballa les achats de Kerry. Elle rendit la monnaie à Dar, puis elle tapa quelques chiffres sur une machine noire à côté et lui donna les tickets roses et blancs qui en sortaient. « Et v’là. Passez une bonne et belle journée. »
« Merci. » Dar prit les tickets, la monnaie, le sac et la fille du Midwest complètement paumée et amena le tout hors de la boutique de cadeaux jusqu’à l’air libre. « Okay. Range soigneusement tes tickets de loto. Si tu gagnes, je veux dix pour cent. »
« Mes quoi ? » Kerry attrapa les tickets et les examina. « Oh ! » Elle grignota son cornet. « Seigneur, tu sais que je n’ai jamais acheté ce genre de trucs ? » Elle suivit Dar dehors, échangeant la fraîcheur mordante de l’air conditionné pour l’air poisseux et lourd de la nuit. « Merci d’avoir payé mon bazar, chérie. Tu n’avais pas à faire ça, j’avais mon portefeuille. »
A côté d’elles, un mini-van avec des plaques de Miami venait de se garer, et la porte latérale glissa, permettant à un troupeau d’enfants d’en sortir. Ils se précipitèrent vers les portes du bâtiment, poursuivis par une femme au regard harassé. A l’arrière du van, des peluches de Mickey Mouse occupaient chaque cm carré.
Un homme sortit du côté conducteur et ferma la portière avec un air de martyr épuisé. Il jeta un coup d’œil à Dar et Kerry et leur fit un petit signe de tête poli avant de suivre péniblement sa famille.
Dar le regarda partir. « Tu crois que ça serait cruel de lui dire qu’ils vont dans la mauvaise direction ? »
Kerry l’observa attentivement, puis jeta un coup d’œil à l’énorme panneau « Vers le nord » par-dessus la portière. « Qui te dit que ce n’est pas juste des souvenirs de la dernière fois ? » Elle montra le van. « Et tu n’as pas répondu à propos de mes courses. »
« Hmm hmh. » Dar ouvrit la Lexus et lança son butin sur le siège arrière. « Tu as payé le dîner. » Elle jeta encore un regard au mini-van. « Maman marque un point. »
« Pour ? »
« Un seul enfant. » Dar pointa sa poitrine et se glissa à la place conducteur.
« Ah. Hm. Ouais. » Kerry s’assit côté passager et s’installa confortablement dans le grand siège en cuir. « Ce nouveau restau était assez bon tu ne trouve pas ? J’ai vraiment aimé les épices qu’ils ont utilisées. »
Dar prit une gorgée de son milk-shake et posa sa tasse dans le porte-tasse avant de démarrer la voiture. « C’était assez bon… mais le tien est mieux. » Dit-elle. « J’aime ces trucs croquants que tu mets dedans. »
« Les cacahuètes ? » Kerry gloussa. « Ou tu veux parler des châtaignes d’eau ? »
« Quoi que ce soit. » Dar sortit doucement de sa place de parking et navigua entre les autres voitures jusqu’au parking pour poids lourds. « J’aime ça. » Elle laissa passer une Volvo qui les dépassa en trombe à côté d’elles puis elle prit la voie d’insertion pour revenir sur l’autoroute.
Une fois sur la route elle s’adossa à son siège et se relaxa, appréciant la présence proche de Kerry et la perspective de passer le long voyage à ses côtés. C’était calme, les routes étaient presque vides maintenant qu’elles avaient quitté la partie la plus touristique de la Floride, et la fin du trajet lui promettait un peu de bon temps.
La vie était belle. Dar tapota son pouce contre le volant, bougeant un peu la tête en rythme avec la musique qui sortait des haut-parleurs. « Alors, qu’est-ce que tu penses de cette théorie de l’oiseau ? »
Kerry avait enlevé ses sandales et ses pieds nus reposaient de nouveau sur le tableau de bord. « Dar, tu sais que j’aurais probablement été attachée à un arbre et battue à mort par mes professeurs de collège si j’avais pensé une seconde à cette théorie de l’oiseau? »
Dar la regarda. Ses sourcils bougèrent. « Ils avaient quelque chose contre les oiseaux ? »
« Rien du tout. » Kerry grignota avec soin tout le tour de son cône. « Mais ils avaient un problème avec Darwin. »
« Ah. »
« Hmm. » La femme blonde acquiesça. « Tu sais quoi, c’est bizarre, mais je crois que c’est la première fois que je me suis interrogée sur la nature absolue de ma foi et de la religion. » Songea-t-elle. « Je me souviens avoir vu un truc … sur PBS je crois… à propos de l’évolution des espèces, et à la façon dont tout était expliqué, ça paraissait tellement sensé, Dar ! »
« Uh huh. Ça m’a toujours foutu en rogne qu’ils appellent ça la théorie de l’évolution plutôt que la science de l’évolution. » Accorda Dar. « J’ai eu une discussion à propos de ça avec une femme à la base… elle a voulu me faire emprisonner pour hérésie. »
« Mmh. » Kerry hocha la tête. « C’est ce qui m’est arrivé quand je suis arrivée à l’école le lendemain et que j’ai posé la question à mes profs. Bon sang! » Elle finit son cornet et se lécha le bout des doigts. « Mais tu sais… pour moi ça n’a jamais été un problème de croire à cette idée, sans renoncer à Dieu, à Jésus ou à la Bible. » Continua-t-elle. « Quand on voit l’absolue merveille de la vie, comment ne pas croire à un pouvoir supérieur ? »
Dar tendit le bras à travers l’habitacle le posa tranquillement sur les épaules de Kerry. « Il est facile pour les gens d’avoir une vue étroite, Ker. Tu le sais. Tous ces gens, les scientifiques - ils sont persuadés par l’idée que les dinosaures ont évolués jusqu’aux oiseaux… Et ça parait tellement évident d’un point de vue structurel. » La voix de Dar se fit plus animée. « Il suffit de regarder ces dinosaures carnivores et une autruche et c’est là, devant nos yeux. »
« Les dinosaures devenus des oiseaux, les lézards des serpents, les homo sapiens des humains… » Songea Kerry. « Oops.. Je crois que je vais griller en Enfer pour celle-là. Encore une fois. » Gloussa-t-elle. « Hey, qu’est-ce que tu as pensé de celle qu’on a vue l’autre nuit… à propos des humains qui ont été des mammifères marins pendant leur évolution ? »
La théorie était intéressante, concéda Dar. « Une rejeton de Marin’s n’est pas la bonne personne à interroger. » Elle plaisanta. « J’ai toujours pensé que j’était une sorte de loutre un peu bizarre. » Son visage se fit doucement introspectif. « L’eau a toujours été mon élément naturel. »
« Ouais. » Kerry acquiesça avec un sourire. « Tu es tellement naturelle sous l’eau. Je pensais à toi en regardant ce spectacle. J’aimerais pouvoir être aussi à l’aise. »
« Laisse toi un peu de temps. » Lui conseilla Dar. « Je plonge depuis l’âge de deux ans. »
Kerry se pencha en arrière et inclina la tête sur le côté, contemplant le ciel nocturne, épais et noir. C’était amusant d’être assise là et de simplement discuter. Dar avait un esprit vif et intelligent, et elle était curieuse de plein de choses comme elle l’était. En gardant l’esprit ouvert à toute forme d’apprentissage, réalisa-t-elle, on progresse constamment. On est toujours ouvert à de nouvelles idées et de nouvelles manières de voir les choses. « Hey Dar ? »
« Ouuuuuui ? »
« Tu veux jouer à ‘’qui suis-je ?’’ ? »
« Okay. » Dar sourit. « Tu commences. » Elle donna à Kerry quelques microsecondes. « Animal, végétal ou minéral ? »
« Est-ce que je choisirais un légume à te faire deviner ? Donne moi une minute. »
Dar tambourina ses doigts contre le volant et attendit en sifflotant, anticipant le jeu. Est-ce que ça serait un animal ? Kerry aimait les animaux. Elle en choisissait toujours des bizarres.
Un ornithorynque peut être ?
* * * * *
A suivre.
