19 juillet 2008
Conquise, partie 3
Conquise, partie 3
Par Leslie Ann Miller
Disclaimers- Les personnages de Xena et
Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation
du copyright n’est intentionnée.
Violence- Oui, assez. Rien de pire que
vous pouvez voir dans la série.
Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit
des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes, ou si ça remet
en question votre volonté, vous devriez essayer de lire autre chose.
Hurt/Comfort- Oui
Autres- Cette histoire est basée sur
l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »
Remerciements- Je suis spécialement
reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen et les ex-
gardes ? pour leur relecture et leur assistance.
Laissez-moi
savoir ce que vous en pensez, bon ou mauvais ! Mon adresse mail est gagamare@free.fr !
(traductrice)
Le matin suivant, je dus à nouveau me disputer avec Thalassa jusqu’à ce qu’elle accepte enfin de me laisser voir Xena seule à seule. J’y allai après qu’elle eut mangé son repas du matin. Je boitillai à travers les escaliers jusqu’à sa cellule et m’assis sur le petit banc de pierre qui avait été placé là à mon intention par les gardes, bien évidemment hors de sa portée. Elle m’observa nonchalamment, se déplaçant de manière désinvolte contre les barreaux les plus proches. Elle eut un petit sourire suffisant alors que je m’asseyais. « Je ne pensais pas te revoir de sitôt ! » sourit elle. « La petite éclopée aurait-elle un peu de courage, finalement ? »
Je soupirai. La vérité blesse, mais c’était pourtant bien ce que j’étais. Je voulais que Xena sache que j’avais accepté ma situation. Si elle voulait ma souffrance, alors j’allais la lui donner. « Je voulais mourir sur la croix, à cause de la douleur, » lui dis-je lentement, en toute honnêteté. « Mais le guérisseur a pu me sauver. Après avoir perdu ma jambe pour éviter la gangrène, je voulais à nouveau mourir, parce que je ne pouvais supporter la pensée de vivre… dans cet état. Mais j’ai survécu, et maintenant je suis là. Ce que vous m’avez dit hier était vrai, tout à fait vrai, et j’admets que ça fait mal. Mais vous saviez déjà cela, n’est-ce pas ? Le grand Seigneur Conquérant est réduit à railler un pauvre poète éclopé ! J’espère que ça vous donne de la satisfaction ! »
« C’est le cas ! »
« Pourquoi ? » lui demandai-je.
Elle sembla surprise par la question, mais elle fit
attention à camoufler son expression derrière un masque d’ennui et de mépris. « Pourquoi ne me laisserais-tu pas
tranquille ! »
Etes-vous à ce point pressée d’être débarrassé de moi ? » Je lui souris.
« La dirigeante m’a dit que l’ennui vous rendait folle. Et les gardes
m’ont dit que vous parliez avec vos amis les rats. »
« La dirigeante est une imbécile et les gardes
sont des idiots ! »
« Vous êtes une pauvre juge de caractères,
Xena. »
Elle agrippa les barreaux jusqu’à s’en faire
blanchir les phalanges. « Et tu es une salope ! »
En dépit de moi-même, cela me rendit heureuse de la voir en colère. « D’abord une éclopée, maintenant une salope. Il faudrait te décider, Xena. »
« Vas-t’en ! »
« Non. »
« Laisse-moi tranquille ! »
Je souris. « Essaye de me faire partir. »
Elle abandonna alors, et commença une longue
diatribe de malédictions et de jurons. Elle décrivait dans les détails ce qu’elle
aimerait infliger à mon corps, qui consistait pour la plupart à découper
d’autres parties de mon anatomie pour être assorti avec ma jambe manquante.
Je l’ignorai et profitai de sa rage inoffensive.
Elle termina finalement sa tirade en crachant dans ma direction. Cela tomba à
plusieurs pieds de son but.
« Ca va mieux ? » je lui demandai,
amusée.
Elle grogna, littéralement, et se repoussa loin des
barreaux. Elle s’assit sur le sol froid en marbre, son dos me faisant face.
Je ne voulais pas lui donner la satisfaction de m’avoir congédiée par cette action, alors je restais. Je lui parlais d’Alexandre et de ses nouvelles lois et réformes. Je lui racontais combien le peuple était reconnaissant d’avoir un nouveau dirigeant.
Elle prétendait ne pas écouter, mais je sais qu’elle le faisait. Elle n’avait
pas eu de nouvelles du monde extérieur depuis presque un an. Ce devait être dur
d’avoir été le centre du monde pour finir si isolée de lui. A nouveau, je ressentis cette pointe de pitié, mais je la fis
rapidement disparaître. Xena était un monstre. Mon travail consistait seulement
à en trouver la raison.
Quand je n’eus plus aucune réponse de sa part, je la laissai dans son obscurité.
Pendant les douze jours qui suivirent, ce fut la
même chose. J’allais à sa cellule, elle me maudissait, puis retombait dans le
silence. Je me mettais alors à parler à son dos. Je lui racontais le
soulèvement en Perse et comment il avait été rapidement réprimé. Je lui disais
qui avait remplacé ses gouverneurs de provinces. Je lui parlais de toutes les
nouvelles auxquelles je pouvais penser, mais ce ne fut que lorsque je lui
décrivis la reconstruction d’Athènes et de plusieurs autres cités qu’elle avait
détruites durant la guerre qu’elle se mit enfin à parler.
« Qu’en est-il d’Amphipolis ? » demanda-t-elle doucement.
« Hein ? » Elle m’avait interrompue
au milieu d’une phrase.
« Est-ce qu’il a reconstruit
Amphipolis ? » répéta-t-elle avec colère.
« Oui. Comme toutes les cités qui ont été
brûlées pendant la guerre. »
Elle fit silence.
« Pourquoi voulez-vous le savoir ? » m’étonnai-je.
Je pensai tout d’abord qu’elle ne me répondrait pas.
« J’ai entendu dire qu’ils avaient bien combattu. »
« Cyrène était un bon chef. »
Xena renifla. « Elle était stupide de les
diriger contre moi. »
« Tout le monde est stupide, selon vous, Xena.
Je l’ai appelée un héros dans mes parchemins ! »
« Que lui est-il arrivé ? » demanda Xena. « Je l’ai enfermée dans une prison. Est-ce qu’elle y est encore ? Ou est-ce que ton précieux Alexandre a déjà pensé à la faire relâcher ? »
J’étais vraiment curieuse de connaître pourquoi Xena semblait si intéressée. Elle n’avait pas participé au saccage d’Amphipolis. Elle était au siège d’Athènes à ce moment là. J’avais du mal à imaginer qu’une petite cité rebelle de Paeonia eut été un sujet d’intérêt pour elle à ce moment. « Alexandre a libéré tous tes prisonniers politiques, Xena. Du moins les quelques-uns d’entre eux que tu as gardés en vie. Cyrène est libre. »
Peut-être l’avais-je juste imaginé, mais il me sembla
que ses épaules s’étaient légèrement relâchées quand je lui eus dit ça. Je me fis la note mentale de trouver
Cyrène lorsque j’en aurais fini ici. Peut-être pourrait-elle m’apprendre
pourquoi Xena était si attentive au sort d’Amphipolis.
Ce soir-là, je dînai avec Thalassa dans ses
quartiers privés. J’avais diverti les gardes avec mes histoires les autres
soirs, alors le changement était plutôt bienvenu.
La nourriture était bonne ; apparemment,
Thalassa avait demandé au cuisinier de préparer un repas spécial comprenant du
canard et des fruits frais.
« Où… ? » je commençai, lorsque les
oranges furent servies. Elles devaient avoir fait tout le chemin depuis la Chine
Thalassa fit un large sourire. « L’empereur les a envoyés sur le bateau de ravitaillement hier. »
Je rougis. Alexandre était si attentionné ! Il
savait combien j’adorais les oranges, et je savais combien il était difficile
d’en obtenir, même pour un empereur.
« Il fait énormément attention à toi, n’est-ce
pas ? » demanda Thalassa.
J’acquiesçai. « Nous avons traversé beaucoup de
choses ensemble. »
« Alors pourquoi ne fait-il pas de toi son
impératrice ? » demanda-t-elle avant de rougir. « Si ce n’est
pas une question trop indiscrète ? »
Je ris. « Non, ça va. Alexandre m’adore, mais
son cœur appartient à un autre. »
Ma voix a dû contenir de la tristesse, car Thalassa
me fit un sourire de sympathie. « Je suis désolée, » dit-elle.
Je secouais la tête. Il n’y avait pas lieu d’être
mélancolique maintenant. « Ca va. J’ai toujours su… même avant… » Je
m’arrêtai, incapable de prononcer la suite.
« Avant que tu ne perdes ta jambe ? »
J’acquiesçai et piquai de la nourriture dans mon
assiette.
Thalassa prit une orange et me la tendit.
« Voudrais-tu éplucher ça pour moi ? » demanda-t-elle, presque
timidement.
Je la regardai avec surprise. Bien sûr, elle ne
pouvait pas le faire elle-même avec seulement un bras. « Avec
plaisir. » Je la lui pris et commençai à la peler.
Thalassa rigola doucement après un moment.
« Deux infirmes ! »
Ses paroles reflétaient vraiment mes pensées. Je
fendis l’orange pelée en deux et lui en tendis un quartier. « C’est
amusant. Pendant la guerre, je faisais tout ce que l’armée faisait. Je
gravissais des montagnes, je combattais dans les batailles, je campais dans la
neige, j’éteignais les feux. Oh, il y avait des choses que je ne pouvais pas
faire… ne faisais pas… comme apporter les messages, » je souris,
« mais j’étais là pour tout ça. Je ne me sens pas spécialement infirme. En
fait, dans une certaine mesure, je me sens plus forte que je ne l'étais avant,
mais je sais que les autres ne me voient pas ainsi. »
« Ne détestes-tu pas les airs de pitié qui se
reflètent dans leurs yeux ? »
« Ou pire, la peur et la répulsion, comme si,
s’ils te touchaient, leurs propres membres allaient tomber ! »
Thalassa éclata de rire. « Et alors il y a ceux
qui sont embarrassés ! »
Je souris. « Je ne pense pas tellement à eux
d’habitude. Tu sais, ils sont embarrassés parce qu’ils oublient que je suis
différente pendant un moment, et alors ils disent ou font quelque chose qui le
leur rappelle, et ils ont peur de m’avoir offensée. Mais au moins, ils l’ont
oublié pendant quelques temps. »
Thalassa réfléchit à ça pendant un moment. « Je
n’avais pas vu ça de cette manière, avant. » Elle soupira et mangea un
autre quartier d’orange. « Au moins… au moins ils te regardent comme une
héroïne, alors ils ont peur de
t’offenser. »
Je me demandais si Thalassa avait connu beaucoup de
gens qui l’avaient offensé par leurs mauvaises manières. Elle semblait si sûre
d’elle dans son rôle de dirigeante, et les gardes semblaient tous la respecter
assez bien. « Je ne sais pas si je suis tant que ça une héroïne… »
fis-je en haussant les épaules.
« Oh, mais tu l’es ! Regarde donc ce
dîner ! L’empereur du monde t’envoie des fruits provenant des provinces
extérieures ! »
« Ca fait de moi l’amie de l’empereur, pas une
héroïne ! » souris-je.
« Oh, mais Gabrielle, tout le monde sait ce que
tu as fait pour la guerre. Je… je t’admire tant ! »
Je sais que j’ai rougi. Elle avait dit ça avec tant
de sincérité, son visage rougeoyant dans la lumière de la chandelle. Il me vint
à l’esprit que si ses cheveux n’étaient pas autant tirés en arrière dans une
attitude si sévère, elle aurait été vraiment magnifique. Non, je me corrigeai
moi-même, y compris avec les cheveux tirés en arrière, elle était vraiment
magnifique.
« Je suis désolée, » s’excusa-t-elle,
baissant les yeux. « Maintenant je t’ai embarrassée. »
Je souris. « C’est bon. Je pense… je pense que
c’est juste que je n’ai pas l’habitude des compliments aussi directs. »
« C’est si injuste ! » dit-elle, me
regardant à nouveau. « Tu mérites vraiment beaucoup de
compliments ! »
Désormais j’étais vraiment embarrassée. Et je
m’occupai moi-même à éplucher une autre orange. « Merci. »
Thalassa se mit à rire. « As-tu obtenu quelques
informations de Xena ? » demanda-t-elle, changeant de sujet.
« Non. »
« Dis-moi ce que tu veux savoir, et je lui
tirerais les vers du nez. »
Je secouais la tête. « Ce n’est pas vraiment
quelque chose que l’on puisse obtenir par le fouet. Je veux savoir pourquoi
elle est devenue celle qu’elle est devenue. Elle ne nous dira pas ça sous la
tortue. »
« Pourquoi pas ? »
« C’est juste… non. Non, merci. Vraiment, je
crois qu’il faut que je le fasse à ma manière. »
« Thalassa haussa les épaules et s’adossa
contre son siège. « Tu vas rester ici longtemps, alors ! »
Je lui fit un grand sourire. « Ca t’ennuie ? »
Elle se redressa à nouveau et prit ma main dans la
sienne. « Non. »
« C’est bon alors. Tout va bien se
passer. »
Elle sourit. « Est-ce que tu voudrais plus de
vin ? Je bois d’habitude deux verres avant d’aller me coucher. Il
semblerait que ça aide à apaiser la douleur de manière à ce que je puisse
dormir la nuit. »
« Oui, merci. Je fais la même chose. Même si
j’ai aussi quelques potions qui aident pendant les mauvais jours. Alexandre a
un guérisseur de Chine qui fait venir des herbes d’Orient. Peut-être
voudrais-tu les essayer ? »
« Je voudrais bien. Les jours précédants l’arrivée d’une tempête, je peux tout juste tolérer ça. »
« As-tu essayé les massages ? »
« Pas vraiment. C’est toujours assez
douloureux. »
« Bon, as-tu fini de manger ? Laisse-moi
te montrer. » Je fis un geste vers son lit, afin que je puisse m’asseoir à
coté d’elle et commencer à lui apprendre les techniques de massage qu’un
guérisseur m’avait enseigné.
« Mmmmmmm, » soupira-t-elle. « C’est
si bon ! »
« Même avec une main, si tu fais ça quelques
fois par jour, ça va aider à désensibiliser. »
« Merci Gabrielle, » dit Thalassa, prenant
ma main et la pressant.
« De rien. » Je lui souris.
Elle m’invita à rester plus longtemps, mais j’étais
fatiguée et décidée à prendre congé. Lorsque je me mis au lit après avoir
transcrit mes notes de la journée, je pouvais encore sentir la pression de la
main de Thalassa sur la mienne. C’était bon, pensai-je, avant de sombrer dans
le sommeil.
Suite dans la partie 4
22 juin 2008
Conquise, deuxième partie
Conquise, partie 2
Par Leslie Ann Miller
Disclaimers- Les personnages de Xena et
Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation
du copyright n’est intentionnée.
Violence- Oui, assez. Rien de pire que
vous pouvez voir dans la série.
Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit
des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes ou si ça remet en
question votre volonté, vous devriez essayer de lire autre chose.
Hurt/Comfort- Oui
Autres- Cette histoire est basée sur
l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »
Remerciements- Je suis spécialement
reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen et les ex-
gardes ? pour leur relecture et leur assistance.
Laisser
moi des posts à gagamare@free.fr !
(traductrice) Et encore remerciements spéciaux à Lookoulook, parce que sans
elle, ce serait vraiment illisible comme traduction !
J’ai appris deux choses importantes durant le trajet jusqu’à l’Ile de Requin. Premièrement, que j’ai facilement le mal de mer. Ce n’est pas une révélation plaisante. Deuxièmement et bien que j’ai un équilibre extraordinaire sur la terre ferme avec mon unique jambe, je ne me débrouille apparemment pas aussi bien sur le pont ballottant du navire. Bien que j’ai souvent maudit la nécessité de marcher à travers des terrains rocheux et montagneux avec l’armée, je remerciais les dieux qu’Alexandre ait largement gagné sa guerre sur la terre. Je pouvais difficilement tenir debout même avec l’aide des béquilles, et je passais la plupart du voyage jusqu’à l’île en étant malade dans la cabine du capitaine.
A première vue, l’Ile du Requin apparaissait être
aussi sombre que son nom l’indiquait,
mais j’aurais pu embrasser le sol lorsque nous sommes arrivés. La directrice de
la prison était Thalassa, et elle vint à ma rencontre au port avec le capitaine
de la garde, un homme à l’allure sévère nommé Braxis. Je fus surprise de voir
que Thalassa avait un bras manquant, et je me sentis apparentée à elle
lorsqu’elle me sourit chaudement.
« C’est un honneur d’accueillir la barde de Potidaea ici, » dit-elle. « J’ai fait préparer des quartiers spéciaux pour vous à côté de la cuisine. Ils ouvrent directement sur la cour, donc il n’y a aucun escalier, exactement comme l’empereur l’a demandé. »
« Merci, » je lui dis pleine de
reconnaissance. Alexandre ne m’avait pas dit qu’il avait demandé des quartiers
spéciaux pour moi sur l’île, mais me sentant toujours aussi malade à cause du
trajet, je n’allais pas me plaindre.
Apparemment, Thalassa le vit sur mon visage.
« J’avais planifié de vous faire faire un tour de la prison, mais
peut-être préféreriez-vous aller à vos appartements pour récupérer. Vous devez
être fatiguée de votre voyage. »
« J’ai bien peur d’être terriblement sujette au
mal de mer ! » je lui dis en faisant un large sourire.
« Je comprends. » Elle se tourna vers le
capitaine. « Fais en sorte
que les affaires de Gabrielle soient amenées à ses appartements. Je vais lui
montrer le chemin moi-même. »
Le matin suivant, je fus invitée à prendre le petit déjeuner avec Thalassa dans la salle à manger des gardes. Elle fut attentive et courtoise, et je pensai que bien que mon travail ici serait sans aucun doute déplaisant, mon séjour ne le serait pas nécessairement.
« Puis-je te demander pourquoi la raison de ta
venue ? » demanda-t-elle. « Le message d’Alexandre disait
simplement que tu avais quelque
chose à faire avec Xena. »
« J’écris la biographie d’Alexandre, plus
particulièrement à propos de la guerre. Mais Xena a des informations dont j’ai
besoin pour compléter l’histoire. Je suis ici pour l’interroger. »
« Tu perds ton temps. Elle ne te dira
rien. »
« Comment le sais-tu ? »
« Crois-moi. Je connais Xena. »
Elle cracha le nom, et je fus surprise par la haine
abjecte que je pouvais percevoir dans le ton de sa voix.
« Bien sûr, je peux toujours la torturer pour
toi, » continua Thalassa, presque avec espoir.
« Je suis sûre que ce ne sera pas nécessaire, » je dis lentement. Bien que je sois épouvantée par l’idée de la torture, la pensée de voir Xena souffrir avait un certain attrait inavouable.
« Oh, mais ça a été nécessaire », dit
Thalassa sombrement.
« Vraiment ? » demandais-je, incapable d’étouffer ma curiosité morbide.
« Eh bien, tu connais Xena. Je ne peux pas laisser
ses crimes impunis. »
« Comment… comment la punis-tu ? »
Les yeux de Thalassa luisirent. « La première
fois, je l’ai jetée dans un puits grouillant de rats, et je les ai laissés la grignoter pendant quelques
jours. » Elle éclata de rire. « Elle a encore les marques sur ses
jambes. »
J’étais à la fois horrifiée et fascinée. Combien de
fois avais-je rêvé de blesser Xena pour me venger de ce qu’elle m’avait
fait ? « Mais ils ne l’ont pas tuée ? »
« Oh non, » dit Thalassa. « Elle les
a finalement effrayés, après avoir tué une douzaine d’entre eux au moins avec
ses propres dents. »
« Avec ses dents ? ! »
Thalassa acquiesça. « Non pas que je l’aurais
laissé(e) mourir, sinon, de toute
façon. Je veux qu’elle souffre longtemps avant… »
« Avant quoi ? »
« Avant qu’elle meure enfin. »
J’étais certaine que ce n’était pas ce qu’elle avait l’intention de dire, mais peu importait. Je me décidais à changer de sujet. « Ca te dérange si je te demande ce qui est arrivé à ton bras ? »
Thalassa grimaça. « Xena. Il y a pas mal
d’années elle m’a attaché et m’a abandonnée pour être mangée par des crabes
mangeurs de chair. »
Des crabes mangeurs de chair ? Eh bien, c’est nouveau ! « Oh, » je dis, trop perdue pour trouver
autre chose. Autant pour changer de sujet ! Au moins, maintenant, je comprenais la haine dans sa voix lorsqu’elle
mentionnait le nom de Xena, et pourquoi elle était si avide de la faire
souffrir.
Thalassa sourit et toucha mon visage avec sa main. « Je sais ce qu’elle t’a fait, » dit-elle doucement, et je vis la compréhension dans ses yeux. « Mais elle paie pour ce qu’elle a fait, maintenant. Il y a une justice dans ce monde. »
Ses mots étaient chaleureux, mais ils envoyèrent un
frisson le long de ma colonne vertébrale. Je me demandais seulement ce qu’elle
avait dû faire à Xena pendant toute
cette année.
« Laisse-moi te montrer la prison, »
offrit Thalassa, et j’acceptais pleine de reconnaissance.
Durant le tour, j’ai appris que Xena était la seule
prisonnière ici désormais ; les vieilles cellules avaient été converties
en baraquements confortables pour les soldats qui la gardaient. Il y avait
presque soixante personnes en tout qui vivaient là avec les soldats, les
cuisiniers, la dirigeante, et un guérisseur à la retraite qui venait d’Elis.
Presque tous étaient d’Athènes.
Xena elle-même n’avait jamais été amenée dans la cour pleine de mauvaises herbes. En vérité, on ne l’avait jamais laissée sortir de sa cellule. La cellule elle-même avait été spécialement construite.
C’était une cage au centre d’une obscure et froide salle, une torche se
trouvait tout en bas des escaliers afin d’illuminer faiblement la pièce.
Le sol était en granite, et les barreaux de la cellule étaient forgés par de grands maîtres en Chine. Ses deux bras étaient menottés et enchaînés. Les chaînes étaient ancrées au mur et couraient jusqu’à une manivelle à coté des escaliers. Lorsqu’il était l’heure d’un de ses deux repas du jour, deux gardes tournaient la manivelle, la maintenant à l’arrière de la cage pour qu’elle ne puisse pas attaquer le garde qui laissait la nourriture à portée de mains derrière les barreaux.
Depuis que même les objets ordinaires devenaient des
armes mortelles entre les mains de Xena, on ne lui donnait aucun couvert. La
nourriture était toujours servie sur une tranche de pain rassi, ou dans des
boules de pain, et on la gardait assez affamée pour qu’elle veuille manger le
pain, plutôt que d’essayer de le conserver pour l’utiliser contre un garde.
Elle avait presque tué un soldat en détraquant la manivelle avec une pomme,
alors on ne lui donnait désormais que de la nourriture molle, sans os.
Elle recevait de l’eau trois fois par jour à travers
un trou dans le plafond donnant sur un coin de sa cellule. L’eau coulait
directement entre les barreaux et elle pouvait l’utiliser pour boire, se laver,
ou laver la grille de fer qui servait de caniveau en dessous. Jusqu’à présent,
au moins, ce système semblait fonctionner. Xena était toujours vivante ;
elle n’était parvenue à tuer aucun garde et elle ne s’était pas échappée.
Cela me prit deux jours avant que je ne trouve le
courage d’aller la voir pour la première fois. La dirigeante m’avait dit
qu’elle explosait fréquemment de rage jusqu’à frôler la folie ; les gardes
m’avaient dit qu’elle avait arrêté d’essayer de tuer les rats et leur parlait à
la place désormais. Je ne savais pas bien à quoi m’attendre.
Je voulais y aller seule, mais Thalassa ne voulait
pas en entendre parler. « Je viens avec toi, » avait-elle dit,
attrapant un fouet sur le mur. « Je vais te montrer comment nous
enseignons à la grande Conquérante les erreurs de son passé. »
Quatre gardes nous escortèrent en bas de l’étroit
chemin en escalier, deux portant des torches, les deux autres armés d’épées et
de boucliers. Les boucliers, m’avait dit Thalassa, étaient là pour nous
protéger si Xena trouvait quelque chose à lancer.
Les gardes armés entrèrent d’abord, boucliers en
avant. Les deux gardes avec les torches les posèrent sur les socles à la base
des escaliers. Ils commencèrent ensuite à manœuvrer la manivelle. J’entendis le
son de chaînes racler alors qu’ils tournaient la manivelle, mais ma vue de Xena
était bloquée par les soldats en face de moi.
Finalement, j’entendis un grognement de douleur, et
Thalassa dit « Ca suffit. »
Les gardes devant moi s’écartèrent et la directrice
s’avança, fouet en main.
Je suivis Thalassa et jetais mon premier coup d’œil
sur l’infâme Destructrice des Nations dans sa nouvelle demeure.
Xena était tirée à l’arrière de sa cage par ses bras
menottés. Ils étaient tendus derrière elle dans un angle douloureux contre le
mur. Elle semblait hagard, émaciée, et pâle, et la haine dans ses yeux était
clairement évidente lorsqu’elle vit Thalassa s’approcher.
« Salut, Xena ! » sourit la
directrice. « Il y a quelqu’un ici pour te parler. »
Ses yeux glissèrent sur moi, mais si elle était
surprise de me voir, elle ne le montra pas. « Bien, bien, bien, »
dit-elle. « Si ce n’est pas le petit poète domestique d’Alexandre !
Qu’y a-t-il ? A-t-il décidé que torturée par une pathétique estropiée n’était
pas assez, alors il m’en a envoyé une autre ? »
Je fus choquée par les paroles de Xena, mais
Thalassa était enragée. Elle marcha autour de la cage en grognant jusqu’à ce
qu’elle soit debout à côté des bras trop tendus de Xena. « Tu vas payer
pour ça, Xena, » dit-elle froidement, et fouetta cruellement les bras de
la femme.
Xena grimaça mais ne cria pas tandis que Thalassa
continuait de fouetter ses bras sans merci. Je regardais, bizarrement détachée,
alors que les marques apparaissaient les unes après les autres sur la chair
exposée. Je comptais six, sept coups de fouet avant que la directrice recule.
Elle se tourna vers moi. « Aimerais-tu essayer, Gabrielle ? »
Elle sourit.
Il me sembla que quelque dieu de l’Olympe devait
avoir entendu mes prières et m’offrait maintenant ma chance de vengeance. Je
contournais la cage, appuyant mon équilibre sur mes béquilles, et prit le fouet
dans une main. Puis, j’aperçus le sang coulant de la tresse de cuir. Je
déglutis.
« Vas-y ! » Xena aiguillonna sans
même me regarder, « Fait de ton pire. »
Il est arrivé, pendant la guerre, que je sois forcée de me défendre par
moi-même.
La plupart des soldats ne s’attendaient pas à être frappés par une béquille, particulièrement maniée par une fille éclopée semblant sans défense. Donc à travers les ans, j’ai eu mon lot de sang, mon lot de fractures du crâne. Mais je n’avais jamais tué personne, et j’ai seulement agi par nécessité, me défendant habituellement en dernier ressort. Je n’étais pas une guerrière.
Ceci était différent. Xena avait assassiné des
centaines d’innocents, peut-être même des milliers. Elle avait rasé des cités
entières, et m’avait laissée
mourante sur une croix pour un crime que je n’avais même pas commis. La douleur
des morsures sur son bras n’était rien comparée à l’agonie de sentir des clous
transperçant ta peau, d’essayer de supporter ton poids sur tes pieds empalés et
tes jambes brisées juste pour pouvoir continuer à respirer une minute de plus.
Ce n’était rien comparé à l’angoisse d’être attachée à un lit et d’avoir ta
jambe sciée à hauteur du genou.
Je levai le fouet pour frapper. Xena devait
connaître quelque chose de la douleur.
« Oui ! » murmura Thalassa.
L’excitement et le désir qui apparaissait dans sa voix fut comme une claque sur ma figure. Si je frappais Xena maintenant, inoffensive comme elle était, je franchirais la ligne que je savais que je ne devais franchir sous aucun prétexte, peu importe combien profondément je le désirais. Alexandre avait décrété que la punition de Xena était l’emprisonnement jusqu’à ce qu’elle admette avoir été conquise. Il ne voulait pas qu’elle soit torturée. Ce n’était pas bien.
Je fermai les yeux et abaissai le fouet. « Non,
Thalassa, pas aujourd’hui. »
« Faiblesse, » dit quelqu’un, et je ne fus
pas sûre de qui il s’agissait entre Xena ou Thalassa. Lorsque j’ouvris les yeux
à nouveau, les deux me jetaient des regards dégoûtés.
Je rendis le fouet à la dirigeante d’un geste de la
main. « J’aimerais parler seule avec Xena, si ça ne te dérange pas. »
« Tu n’obtiendras rien d’elle, excepté par la
force. »
« J’aimerais quand même essayer. »
« Je ne vais pas te laisser ici sans un
garde. »
« Thalassa, je ne suis pas stupide ou
incapable, et je peux prendre soin de moi-même. S’il te
plaît. »
Même Alexandre avait du mal à me résister lorsque
j’utilisais ces mots, et Thalassa ne fit pas exception. Finalement, nous
parvinrent à un accord. Les quatre gardes resteraient en haut des escaliers.
S’ils m’entendaient appeler, ils viendraient à mon secours.
Lorsqu’ils relâchèrent la manivelle, Xena recula
dans sa cellule dans le coin le plus éloigné de moi, me regardant prudemment.
Elle me rappelait une lionne que j’avais vue, en parcourant le monde, un jour
dans une cage à l’arrière d’un wagon sur son chemin pour le palais de Corinthe.
Elle avait le même air de bête traquée, presque fou. Avec ses bras
ensanglantés, je pouvais presque me sentir désolée pour elle. Presque.
Je pris une inspiration et parlai. « Seigneur
Xena, » je dis, me demandant pourquoi je m’inquiétais d’utiliser le titre.
« J’aimerais vous poser quelques questions. »
Soudainement, Xena sourit. « Qu’est-ce que ça
fait de n’avoir qu’une jambe et demie ? » ronronna-t-elle, ses yeux
parcourant mon corps avec dérision.
En dépit de moi-même, je sentis mes joues chauffer,
et la pointe de pitié que je ressentais pour elle se transforma en colère.
« Je ne suis pas ici pour discuter de moi, Xena. Je suis ici pour parler
de vous. »
« C’est un sujet ennuyeux, » dit-elle. « Je suis enfermée ici nuits et jours, avec seulement les rats comme amis. »
« Je suis surprise qu’ils puissent supporter
votre présence, » je dis.
Xena fit un large sourire. « J’ai toujours eu des rats comme amis. » Elle plissa les yeux. Elle semblait féroce, prédatrice. « Mais au moins j’ai des amis. Je suis sûre que pour toi c’est difficile, n’as-tu pas de mal – à te faire des amis, c’est ça – estropiée comme tu es ? Personne ne veut approcher d’une belle femme qui est… si incomplète, si gâchée ! Je suis sûre que tout le monde autour de toi doit se sentir inconfortable ! Je parie que tu dois être un bon coup… vraiment trop dommage cette histoire de troncature ! »
Je regardais fixement Xena, choquée, réalisant avec
effroi qu’après moins d’une minute seule en sa présence, elle avait trouvé mes
endroits les plus sensibles et remuait le couteau dans la plaie. Je ne voulais
surtout pas qu’elle voie combien ses mots m’avaient blessée profondément, alors
je feignis la colère et repartis avant qu’elle ne puisse voir mes larmes. Son
rire me suivit alors que je clopinais pour remonter les escaliers.
Je me couchai dans le lit cette nuit là et j’éclatai
en sanglots. Comment pourrais-je lui faire face à nouveau ? Comment
pouvait-elle être si cruelle ? Elle avait déjà ruiné ma vie il y a sept
ans, me volant l’innocence et la joie de ma jeunesse, et m’avait remplie à la
place de haine et de douleur.
Elle avait raison, bien sûr. J’avais vraiment très
peu d’amis proches. La plupart des gens venaient me rencontrer pour mes mots et
mon travail. J’étais connue par des gens très lointains. Je savais que j’étais
respectée et admirée par beaucoup de gens dans de nombreux pays. Mais ils
gardaient toujours une distance avec moi. Je suppose que c’est d’une part dû à
la protection d’Alexandre, mais je savais aussi que c’était également parce
qu’il me manquait une jambe.
Mon défigurement… Je voulais tant être aimée, être
aimée comme Alexandre aime Hephaestion, comme Orphée aimait Euridice. Mais qui
pourrait jamais m’aimer, moi, une éclopée, une unijambiste merveilleuse avec les
mots ? Lorsque le guérisseur a coupé ma jambe pour stopper l’arrivée de la
gangrène, il a fait un trou dans mon cœur également. J’ai mal d’un
partenaire ; je me languis de ma moitié. Mais j’étais grotesque et
incomplète, et rien, rien ne pourrait me rendre à nouveau entière.
Parfois, la vérité blesse plus que la crucifixion.
Suite dans la partie 3
25 mai 2008
Conquise, partie 1
Conquise, partie 1
Par Leslie Ann Miller
Disclaimers- Les personnages de Xena et
Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation
du copyright n’est intentionnée.
Violence- Oui, assez. Rien de pire que
ce que vous pouvez voir dans la série.
Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit
des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal ou si vous êtes mineur, vous
devriez lire autre chose.
Hurt/Comfort- Oui
Autres- Cette histoire est basée sur
l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »
Remerciements-
Je suis
spécialement reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen
et les ex- gardes ? pour leur relecture et leur assistance.
Laissez-moi savoir en anglais ce que vous en pensez,
bon ou mauvais ! Mon adresse mail est : Gunhilda@ionet.net (auteur) (NDLT :Attention,
adresse non valide…)
Ou
en français à gagamare@free.fr
(traductrice)
Remerciements
également à Lookoulook pour sa relecture; finalement, c’est elle qui a fait le
plus gros! ; )
Je suis Gabrielle, peut-être mieux connue sous le nom de la poétesse unijambiste de Potidaea ; historienne, oratrice et chroniqueuse du grand empereur Alexandre. Cette histoire, à la différence de toutes mes autres, est sur moi. Si vous espérez une histoire sur les actes héroïques de la rébellion, j’ai bien peur que vous ne soyez déçus, et je vous recommande de lire mes autres travaux. Ici, vous allez entendre ce qui m’est arrivé lorsque la guerre fut terminée, lorsque j’ai quitté le palais de Corinthe pour aller sur l’Ile du Requin afin de parler à Xena dans sa cellule de prison et ce qui s’est passé après cela.
Je commencerai d’abord avec un flashback, dans le cas où mon passé ne vous serait pas familier.
J’avais seulement 17 ans lorsque Xena, Destructrice des Nations et Impératrice du Monde Connu, m’a crucifiée pour m’être élevée contre elle. L’accusation était injustifiée. En vérité, à ce moment là, j’ai fait un peu plus que raconter des contes obscènes à la taverne ou certains soldats de Xena avaient leurs habitudes de soirées de beuveries. Lorsque j’ai refusé leurs avances après ma performance, ils m’ont accusé de trahison contre l’Etat, et je fus amenée devant Xena pour recevoir ma punition. Xena n’était pas connue pour sa miséricorde, particulièrement lorsqu’il s’agissait d’un semblant de rébellion, et elle ordonna que je sois clouée à une croix.
Je n’aime pas trop penser à cette journée ; la douleur, l’agonie, le désespoir. Je dirai seulement que lorsque j’ai pensé que j’allais sûrement mourir, quand, en effet, je suppliais de mourir, j’ai reçu une vision. J’étais entourée d’une lumière blanche qui éloigna la douleur, la remplaçant plutôt par une chaleur, un réconfort, un amour tel que je n’en avais jamais ressenti auparavant. Dans la lumière blanche il y avait un être ailé, et l’être me dit que je survivrais à la crucifixion et vivrais pour conquérir Xena, et que ça serait une bonne chose pour le monde. Et à travers tout ça me vint la pensée ridicule que moi, une paysanne de Potidaea, conquerrait l’Impératrice du Monde Connu, et je ne mourus pas, alors que je le désirais tant.
Mon ami Alexandre me secourut de la croix. Alexandre
était brillant, un excellent guerrier, et il mit facilement hors de nuire les
gardes de Xena pour me sauver la vie. Mon rétablissement fut long, et je perdis
ma jambe à cause de la gangrène, mais je parlai à Alexandre de ma vision, et
nous fîmes vœux de rejoindre la rébellion pour que la prophétie devienne
réalité. J’avais les mots, et Alexandre l’esprit, l’intelligence, et
ensemble nous rassemblâmes une armée pour défier les forces de l’Impératrice et
finalement, la faire tomber.
Ma haine immortelle pour Xena m’a permis de survivre à ces sept années de guerre terribles.
J’ai perdu des amis et des compagnons, vu des cités entières brûler jusqu’aux
fondations. Après le rasage d’Athènes, j’étais certaine que nous avions perdu
la guerre ; mais c’est alors que Xena commença à faire des erreurs.
Peut-être qu’Athéna elle-même avait tourné le sort en notre faveur ; Deux
ans plus tard, la sanglante bataille finale fut disputée sur la plaine devant
le Mont Cithéron.
Jamais dans nos discussions nous n’avions considéré que la Destructrice
Les yeux bleus de Xena lancèrent un éclair de
lumière, et elle cracha sur le pied chaussé d’une sandale d’Alexandre.
« Tu as peut-être défait mon armée, » siffla-t-elle, « mais tu
ne me conquerras jamais. »
Alexandre sourit, faisant courir ses doigts dans ses
cheveux dorés, mais je pus voir la tension sur son visage. Je le regardai
attentivement, de façon à pouvoir interpréter sa réaction face aux mots de la Destructrice. Avec
Son sourire s’agrandit lorsqu’il dégaina son épée ensanglantée et la leva, pour mettre un terme à l’existence de Xena une fois pour toute, pour venger nos pertes, pour apaiser notre haine. « Xena, tu ES conquise, » dit-il lentement, et je vis ses muscles se tendre pour porter le coup fatal.
Cela peut sembler curieux, mais à cet instant, une
grande guerre se déroulait en moi. Une part de moi voulait voir Xena mourir,
n’aurait aimé rien de plus que de voir son corps tomber, ensanglanté et
décapité, dans la poussière, de manière à ce que l’on puisse empaler sa tête
sur une pique et parader aux alentours pour que tous puissent la voir, mais la
poétesse dans mon cœur savait que ce n’était pas la manière dont Alexandre
devait commencer un règne de paix et de justice.
« Attends ! » hurlais-je, la poétesse
ayant gagné la bataille intérieure, et Alexandre s’immobilisa avec son épée en
l’air, toujours prêt à frapper.
« Pourquoi ? » demanda-t-il, ses yeux
ne quittant pas ceux de Xena.
« Nous avons accompli la prophétie. Ne commence
pas ton règne avec du sang, » je dis en hésitant.
Il éclata d’un rire aigre. « Et comment
appelles-tu ça, Gabrielle ? » Il toucha le sang coagulé sur sa plaque
de poitrine. « Comment pourrais-je commencer mon règne sans sang alors que
je baigne bel et bien dedans ? »
Je combattis les larmes qui menaçaient de couler de
mes yeux. « Nous avions à disputer cette bataille, » dis-je.
« Pour ceci, » je montrai Xena, « tu as un choix. Tu as le choix
de commencer ton règne avec vengeance ou avec miséricorde. »
Alexandre hésita, regardant Xena avec haine.
Je continuai. « Je veux aussi la voir morte,
Alexandre, crois-moi. Mais pense au futur, à comment on va se souvenir de toi.
Ceci est ta chance de montrer au monde que tu es différent, que tu es meilleur
que Xena, que tu n’es pas aveuglé par la haine comme elle l’est. Ne tombe pas
dans la haine, Alexandre, pas maintenant, ni jamais, je t’en supplie. La
miséricorde est le meilleur chemin. » C’était dur pour moi de dire ça, et
plus difficile encore de le croire. Mais la poétesse en moi savait que c’était
la vérité.
Il retourna à Xena, déchiré par l’indécision.
Elle lui sourit de manière méprisante.
« Montrer de la miséricorde est un signe de faiblesse ! » se
moqua-t-elle.
Hephaestion se plaça à côté d’Alexandre et posa sa
main sur l’épaule du général. « Les mots de Xena prouvent la vérité de
ceux de Gabrielle, » dit-il calmement.
Alexandre abaissa son épée et la pointa vers moi.
« Regarde bien, Xena ! Voici Gabrielle, la poète de Potidaea. Il y a
sept ans, tu l’as faite crucifier, ma chère amie, pour avoir raconté des
histoires dans une taverne. Mais je suis allé la sauver, et elle a survécu à ta
torture, et elle a commencé à parler contre toi. » Il tendit ses bras.
« Sa sagesse, sa vision, m’ont conduit jusqu’ici. Ses mots ont aidé à
rassembler l’armée pour te défaire. Et parce que je l’aime, je ne trahirai pas
cette vision maintenant. Puisse Athéna me donner le coup de grâce si je dois un
jour devenir un chef tel que toi, sans conscience, miséricorde, ou
compassion ! »
Xena renifla de mépris. « Tu ne resteras pas un
chef très longtemps, alors ! Parce que si Athéna n’est pas celle qui te
tuera, quelque traître le fera. Tu ne peux pas maîtriser le pouvoir avec de la
compassion, et la miséricorde sera ce qui te fera tomber ! »
Alexandre éclata de rire, et je pouvais dire qu’il
était vraiment amusé. « Tu es une très bonne guerrière, Xena. Cela
m’étonne que tu puisses être aussi idiote sur les autres sujets ! »
L’ancienne destructrice des nations gronda à ces
mots. Apparemment, elle n’avait pas l’habitude d’être traitée d’idiote.
« Tu verras ! » cracha-t-elle. « Je ne te donne pas un an avant que tu ne meures ! Espères-tu honnêtement garder mon empire réuni ? ! Toi ? ! Et ta petite barde unijambiste ? ! Vous serez tous les deux réduits en morceaux ! »
Je souris. Alexandre maintiendrait l’empire, je n’en
doutais pas. Il possédait un charisme qui conduisait les hommes à faire n’importe
quoi pour lui. Xena tenait son empire par la peur jusqu’à ce qu’il s’écroule
devant une plus grande force. Alexandre maintiendrait l’empire par l’amour. Son
armée l’aimait ; ses suivants l’aimaient ; et bientôt, j’en étais
certaine ; le monde lui-même l’aimerait.
Alexandre aussi sourit aux paroles de Xena. « Je ne peux pas voir le futur, Xena. Je sais seulement ceci : c’est que toi, qui t’étais proclamée invincible, tu es agenouillée devant moi, défaite. Je ne crois pas à ton don de clairvoyance. »
Plusieurs commandants aux alentours gloussèrent.
Xena était livide. « Vas-t’en et tue-moi
maintenant, espèce de bâtard fils de pute ! »
« Non, Xena. Tu seras emprisonnée jusqu’à ce que tu admettes que tu as été conquise. Et comme je suspecte que tu es bien trop fière pour jamais faire cela, je n’espère pas avoir à reconsidérer mon jugement contre toi de si tôt. » Il regarda Hephaestion. « Veille à ce qu’elle ne soit pas blessée. Enchaîne-la, et ne relâche ses bras sous aucun prétexte. Assure-toi que ses chevilles soient bien maintenues. Souviens-toi qu’elle peut tuer par un simple toucher. Elle est dangereuse, même maintenant. »
Hephaestion acquiesça. « Ce sera fait. »
Je regardai, satisfaite, la Destructrice
« La laisser vivre sera pour elle une plus
grande punition qu’une mort rapide, » dit Alexandre à mon côté.
« Tant mieux, » dis-je, sans même
réfléchir.
Alexandre leva un sourcil, et je regrettai mes mots.
Il sourit. « Tu m’as dit un jour qu’avec une exécution, il n’y avait plus
aucun espoir de rédemption. »
« T’attends-tu honnêtement à ce que la Destructrice
« Non. Mais, Gabrielle, tu sais qu’il ne faut
pas abandonner espoir »
Je reniflai. Alexandre était une meilleure personne que moi, en dépit de sa férocité de guerrier.
Il soupira d’un ton las. « Aussi longtemps qu’elle est en vie, elle représente une menace. Je dois la garder dans un endroit sécurisé. » Il réfléchit un moment. « Je vais l’envoyer dans la prison de l’Ile du Requin, et l’entourer de gardes d’Athènes. »
« Ils vont la tuer ! »
« Peut-être, mais je ne serai pas inquiet
qu’ils la relâchent un jour. »
C’était vrai. Si Xena avait la permission de rester
en vie, Alexandre avait besoin de s’assurer qu’elle ne serait pas libérée par
trahison. J’acquiesçai.
Alexandre se mit devant moi et me pressa les
épaules, me regardant dans les yeux. « Gabrielle, aujourd’hui nous avons
remporté la victoire. Xena est défaite. Le règne d’Arès est terminé. Demain,
nous marcherons triomphant à Corinthe, et je vais me couronner empereur.
Lorsque le Parthénon sera restauré, je ferai d’Athènes ma capitale. » Il
toucha ma joue. « Xena est conquise, exactement comme ta vision le
prédisait. Oublie-la maintenant, même si je sais que tu ne peux pas lui
pardonner. »
Il avait raison. C’était mieux d’oublier et de se
concentrer sur l’avenir. Finalement, je croisai ses yeux et souris. « Tu
as tant à faire, et moi, eh bien, j’ai beaucoup à écrire. »
Onze mois après la marche triomphante d’Alexandre
dans Corinthe, l’empire était toujours uni. Seul un nouveau satrape (gouverneur
despote d’une satrapie), en Perse, avait essayé de profiter du changement de
chef, et le général d’Alexandre, Parmenio, avait écrasé rapidement le
soulèvement.
Je reçus des appartements au premier étage du
palais, pour que je n’aie pas à faire la navette entre plusieurs étages. Bien
que moyennement mobile sur mes béquilles, ma bonne jambe et mon bon pied me
faisaient souffrir après être resté debout ou avoir marché pendant trop
longtemps, et les escaliers étaient particulièrement douloureux à gravir.
J’avais une petite chambre et un bureau avec une
porte qui menait sur les jardins. De même, j’étais soignée par une jeune
servante qui répondait à tous mes besoins. Elle courait faire les courses pour
moi en ville et allait chercher ma nourriture à la cuisine lorsque je ne dînais
pas avec Alexandre.
Je ne voulus pas accepter les énormes présents de richesse que l’empereur m’offrit, seulement un petit salaire approprié à un historien royal et un poète. Comparé à ce que j’avais avant, c’était une vie de luxe. J’avais tout le parchemin dont j’avais besoin, et je pouvais acheter l’encre plutôt que la faire moi-même. J’avais des médicaments qui apaisaient ma douleur. Les richesses excessives qu’il m’offrait, lui dis-je, seraient mieux dépensées à aider les pauvres. En fin de compte, il fut d’accord, et un bain public dans une partie pauvre de Corinthe fut bâti en mon honneur.
Encore plus précieux pour moi fut le moment où je
pus coucher mes mots sur papier. Pendant la rébellion, il y avait toujours la
peur, la course, le combat. Alors qu’avant je passais la plupart de mes efforts
à écrire des discours et des pamphlets, je pouvais désormais écrire des
histoires.
Le problème était que je n’en étais pas satisfaite. La poétesse en moi n’était pas contente. C’était ma description de Xena qui m’embêtait le plus. Oh, je ne manquais pas de matériaux pour démontrer à quel point elle était diabolique ; et qu’elle faisait le parfait opposé d’Alexandre. C’était classiquement le bien contre le mal, les cheveux d’or contre ceux noirs de jais. C’était facile de montrer la folie de ses manières, comment la cruauté avait conduit à sa chute, comment l’arrogance l’avait finalement desservie. C’était un long discours sur le triomphe de la lumière sur l’obscurité.
Mais Homère, dont le héros est Achille,
décrivait Hector, son méchant, dans des termes plus sympathiques. Il est vrai
que ça en faisait une meilleure histoire. Et même si je ne voulais surtout pas
que les générations futures aient de la sympathie pour Xena, je ne pouvais pas
croire qu’un être humain puisse être né aussi diabolique qu’elle était devenue.
Je ne pouvais pas expliquer sa cruauté, je ne pouvais pas expliquer sa haine.
Elle avait bâti un empire qu’elle avait gouverné avec un cœur glacé, et
maintenant, moi, une poétesse, était incapable d’expliquer pourquoi.
Sans cette explication, mon histoire était
incomplète. Sans cette explication, l’histoire d’Alexandre était incomplète,
car son destin et celui de Xena étaient inséparablement intriqués.
Je réalisai alors, que dans l’intérêt de l’histoire,
j’allais devoir faire à nouveau face à la Destructrice
Alexandre, évidemment, objecta. « J’ai besoin de toi pour enregistrer mes actes comme empereur ! »
« Tu as des scribes pour enregistrer tes actes
en tant qu’empereur. Ils vont enregistrer tes règles, ton nouveau code de lois.
Ils enregistreront tout ce dont tu as besoin ou voudras. Je raconte des
histoires sur la guerre, Alexandre, et je ne peux pas faire ça sans apprendre
son histoire. »
« Je ne comprends toujours pas pourquoi. »
« C’est parce que tu es un guerrier, pas un
poète. »
« Tu es ma conscience. »
« Tu as ta propre conscience, et je le crois
avec mon cœur. »
« Tu es mon inspiration ! »
« La perspective de continuer à corriger les
injustices du règne de Xena devrait être bien plus inspirante que
moi ! »
Il éclata de rire. « Je t’aime ! »
« Comme une sœur ! Ton véritable amour est Hephaestion, et n’essaie pas de le nier ! » Je lui pressai la main. « Je réalise que ça ne doit pas avoir beaucoup de sens pour toi maintenant. Mais j’ai à le faire, Alexandre. Je raconte l’histoire, et je le dois aux générations futures. »
Il me regarda sérieusement. « Déjà depuis ta
crucifixion, tu as suivi ton cœur avec la certitude d’une sagesse que je ne
comprends pas. Je sais que tu dis que tu ne comprends pas ce cadeau toi-même,
mais je ne veux pas rester dans ton chemin. Si tu veux y aller, je ne vais pas
t’en empêcher. Mais tu dois promettre que tu ne vas pas laisser ce monstre te
faire du mal. Ne prends pas de risques. Même en prison, Xena est
dangereuse. »
J’acquiesçais. « Je sais. Je le promets. »
