08 novembre 2009
Conquise, partie 6
Conquise, partie 6
Par Leslie Ann Miller
Disclaimers- Les personnages de Xena et
Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation
du copyright n’est intentionnée.
Violence- Oui, assez. Rien de pire que
vous pouvez voir dans la série.
Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit
des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes, vous devriez
essayer de lire autre chose.
Hurt/Comfort- Oui
Autres- Cette histoire est basée sur
l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »
Remerciements-
Je suis
spécialement reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen
et les ex- gardes ? pour leur relecture et leur assistance.
Laissez-moi savoir en anglais ce que vous en pensez,
bon ou mauvais ! Mon adresse mail est : Gunhilda@ionet.net (auteur)
Ou
en français à gagamare@free.fr ! (traductrice)
Le matin suivant, je trouvais quatre gardes très ensommeillés debout au sommet des escaliers conduisant à la prison de Xena. Je pouvais dire à leur maintien tandis que j’approchais que quelque chose allait de travers.
« Quelque chose ne va pas ? »
demandais-je.
Les gardes échangèrent des regards. « Et bien,
ma dame, la gardienne est déjà en bas. »
Mon cœur sombra de terreur. « Depuis combien de
temps ? »
« Depuis un peu après minuit. »
« Quoi ? Est-elle seule ? »
« Eh bien, elle nous a ordonné de rester à
l’écart, sous peine de mort. »
« Ou est le capitaine Braxis ? »
« Dans ses quartiers, pour autant que je sache. Il sait qu’il ne vaut mieux pas interférer lorsqu’elle a bu. »
« Elle était saoule ? »
Ils acquiescèrent tous les quatre sombrement. J’eus
la soudaine impression que ce n’était pas la première fois que ça arrivait.
« Comment savez-vous qu’elle n’est pas
blessée ? » Ou qu’elle n’a pas
tué Xena, pensais-je en moi-même.
« Oh, elle ira bien, ma dame, bien qu’elle va
se réveiller avec un sacré mal de tête, si vous voyez ce que je veux
dire. »
Je soupirais, me demandant ce que j’allais trouver
dans la cellule en bas. Une ou même les deux, mortes ou mutilées, sans doute,
bien que même saoule, Thalassa aurait eu l’avantage. Je regardais un des gardes
dans les yeux. « Allez chercher le guérisseur. Vous trois venez avec
moi. »
Quand nous atteignîmes le fond, deux des gardes
vinrent manier la manivelle.
« Pas la peine, » leur dis-je. Xena était
étendue dans un amoncellement sanguinolent au plus profond de sa cellule.
Thalassa était assise, le dos contre le mur, fouet en main, une bouteille de vin
entre ses jambes à moitié étendues, clairement inconsciente. Il y avait une
flaque de vomi à côté d’elle.
Je boitillais vers elle. « Thalassa, » lui
dis-je, la tapotant avec une béquille. « Réveille-toi ! »
Elle grogna mais ne bougea pas.
« Thalassa, debout ! »
Elle murmura quelque chose, mais ne remua toujours
pas.
Je me tournais vers les gardes. « Vous deux,
emmenez la à ses quartiers. Toi, va chercher un seau et de l’aide pour nettoyer
ça. » Je désignais le vomi avec dégoût. « Et donnez-moi ses clefs. »
« Ma dame ? »
« Passe-moi ses clefs, s’il te plaît. »
Le soldat jeta un œil à la forme flasque de Xena,
avant de revenir sur moi, et se racla la gorge.
Je savais par expérience que les soldats était
entraînés à obéir à une certaine autorité de voix, et mon amitié bien connue
avec Alexandre ne serait pas un maigre poids pour n’importe quel loyal sujet du
nouvel empire. Quand il devint évident qu’il n’allait pas accéder à ma requête,
je saisis le devant de son uniforme et le baissais, faisant en sorte de le
regarder dans les yeux. « J’ai dit, donne-moi les clefs. »
« Ou- oui ma dame, » dit-il, et se baissa
pour les saisir de la ceinture de la dirigeante. Il me les tendit ; puis,
avec l’aide de son partenaire, se pencha pour la prendre. Ensemble, ils la
portèrent en haut des escaliers.
Je fus laissée seule avec Xena. Je ne pouvais pas
dire si elle était seulement vivante, de là où je me tenais, alors j’approchais
avec précaution. « Xena ? Es-tu réveillée ? »
Bien que je réalisais que ça pouvait être un piège
très habile, en jugeant de la quantité de sang sur ses habits et sa peau,
quelque part, j’en doutais.
Je la tapotait avec une béquille, mais elle ne
répondit pas. Je ne pouvais pas dire si elle respirait.
Je ne pouvais pas vraiment bien l’aider avec les
barreaux entre nous, alors j’allais jusqu’à la porte de la cellule et la
déverrouillais.
« Au nom des dieux, mais que
faites-vous ? » demanda une voix derrière moi.
Je me retournais pour voir le guérisseur, Artorus,
et un garde debout en bas des escaliers.
« Ah bien, » dis-je, et fis un signe à
Artorus. « Je ne peux pas dire si elle respire. »
Artorus, qui étais un vieil homme aux cheveux gris,
secoua sa tête avec véhémence. « Je n’irai pas là-dedans ! »
« Regarde le sang ! C’est évident qu’elle
est blessée ! »
« Et alors ? » demanda-t-il.
Deux mots qui voulaient tout dire. « Alors
laisse tes bandages et va soigner Thalassa, » lui dis-je dégoûtée. Je
regardai le garde. « Va me rapporter de l’eau, du vin et des
couvertures. »
Aucun des deux ne bougea.
« Fais-le ! » hurlais-je finalement, et le garde tourna les
talon et s’enfuit dans les escaliers.
« Où veux-tu ça ? » demanda acidement
le guérisseur, élevant son sac.
« Là, près de la cage pour que je puisse
l’atteindre. As-tu amené des bandages ? »
« Bien sûr ! »
« Bien. Maintenant, ferme la porte derrière moi
si tu veux. » Je lui tendis les clefs. Je rejetais mes béquilles au loin
et sautais à cloche pied dans la cellule de Xena. Il n’y avait pas de raison
d’apporter des armes potentielles à l’intérieur avec moi, si Xena était encore
en vie et décidait de devenir violente.
Le guérisseur ferma la porte derrière moi comme je
lui avais demandé, puis partit, me laissant seule dans la cellule avec la femme
la plus dangereuse du monde. Suis-je
folle ?
Oui, je n’avais aucun doute là dessus. Mais quelque
chose m’incitait à continuer.
Je m’installais à côté de Xena et la fit rouler sur
son dos. Elle était inconsciente, mais elle respirait. Apparemment, Thalassa ne
s’était pas bornée à la fouetter, car en plus des innombrables marques couvrant
à la fois l’avant et l’arrière de son corps, il y avait des contusions sur sa
figure et du sang coagulé avait fait son chemin de son nez.
Il ne restait pas grand chose de sa tunique en
lambeaux, et j’enlevais prudemment ce qu’il en restait, essayant de ne rouvrir
aucune des blessures dont la croûte s’était déjà formée. Alors qu’au premier
regard il semblait y avoir eu beaucoup de sang pour des coups de fouet, aucune
des blessures ne semblait spécialement profonde ou sérieuse. Thalassa était
vraiment bonne avec son fouet. Si elle avait eu l’intention de tuer Xena, elle
l’aurait pu. Manifestement, elle n’avait que l’intention de punir et de
mutiler.
Lorsque le garde arriva, apportant des couvertures
et des gourdes d’eau et de vin, je commençais à nettoyer et à panser ses
blessures. Je n’étais pas une guérisseuse, mais j’en avais fréquemment aidé
pendant la guerre, alors je savais à peu près ce que je faisais.
Xena remua alors que je commençais à enlever le sang
de sa figure. Je me figeais alors que ses yeux papillonnèrent pour s’ouvrir,
puis je soupirais de soulagement lorsqu’elle les referma. Malgré mon offre de
la dernière fois, je ne voulais vraiment pas être surprise dans la cellule avec
elle alors qu’elle était éveillée.
« Ne t’inquiète pas, » murmura-t-elle, me
faisant sursauter. « Je le mérite. »
C’était les derniers mots que j’avais prévu
d’entendre provenant de la bouche de la destructrice des nations. Même les deux
gardes qui nettoyaient le vomi de Thalassa relevèrent la tête de surprise.
« Laisse… moi… juste… mourir. » Elle
luttait pour dire chaque mot.
Je ne m’attendais pas à ça. « Pas
aujourd’hui, » lui dis-je doucement, plus du tout effrayée par le fait
d’être avec elle. « J’ai encore une histoire à te soutirer. »
Sa bouche se tordit en un sourire, toujours sans
ouvrir les yeux. « Cyrène… peut… te la raconter. »
« Cyrène ? D’Amphipolis ? »
« Ma… mère. »
Si je n’avais pas déjà été assise, je suis sûre que
je me serais écroulée de stupeur. Cyrène était la mère de
Xena ? ? ? ! Maintenant c’était une histoire
intéressante ! « Je ne vais toujours pas te laisser mourir. »
Xena ouvrit ses yeux et me regarda, et la douleur
que je vis dans leur bleu profond fit se retourner mon cœur. « Pourquoi…
non ? »
La vérité était que je ne le savais pas. Mais la
réponse désinvolte était au bout de ma langue avant que je ne puisse la
censurer. « Parce que tu n’as pas encore admis que tu as été
conquise. »
« Jamais ! »
Je souris malgré moi. Voilà la Xena que je
connaissais. « Tu vivras très longtemps, alors. »
Elle grimaça de douleur. « Si… je… l’admets… me
laisseras-tu… mourir ? »
Je secouais la tête et portais la gourde de vin à
ses lèvres. « Non. Maintenant tu dois boire ça. »
« Tu… es… pire… que… Thalassa. »
« Ca alors, merci ! Maintenant
BOIS ! » Je lui mis presque le vin de force dans la gorge.
Elle crachota, toussa, puis grimaça.
« Salope. »
« Je n’ai encore rien fait, » dis-je d’un
air suffisant, avant de la forcer à boire encore.
« Je préférerais de l’eau, »
grogna-t-elle, semblant soudain plus cohérente.
Je changeais de gourdes. « Très bien. »
Je la regardais calmement tandis qu’elle buvait
jusqu’à la dernière goutte. Pourquoi faisais-je ça ? Pourquoi je ne la
laissais pas mourir ? Ne désirais-je pas la voir morte ? Si Cyrène
était réellement sa mère, je pouvais certainement tirer toutes les informations
de sa part. Il était évident qu’une personne comme Xena préférerait la mort à
être encagée et battue comme ça. Si je croyais réellement en la miséricorde, ne
devrais-je pas me lever, partir, et la laisser mourir ? Etait-ce parce que
je voulais la voir souffrir plus longtemps ? C’était une pensée horrible,
mais honnête.
Xena grogna doucement et changea de position sur le
granite froid. Elle commença à grelotter.
Que les dieux
me viennent en aide ! Je regardais son corps, ses nouvelles plaies qui couvraient de
vieilles cicatrices. Je regardais ses mains avec leurs longs doigts pleins de
grâce, et sa peau, ses lèvres pâles ; ses cheveux collés par son sang, et
ainsi que ses doux cils. Elle ressemblait à une personne, non un monstre, et
c’était là-dedans, réalisais-je, que se trouvait mon problème.
Xena était devenue à un certain point une réelle
personne pour moi. Je pouvais haïr la Conquérante, la bête inhumaine qui
m’avait crucifiée, je pouvais haïr l’enfer et l’injustice personnifiés, mais le
corps en face de moi n’était ni la Conquérante ni la Destructrice des Nations.
C’était juste une femme qui souffrait. Et malheureusement, c’était le genre de
personne à laquelle je faisais attention. En dépit du fait que j’avais
pleinement conscience du fait qu’elle serait probablement plus heureuse morte,
je ne pouvais pas me forcer à laisser ça arriver. De même que je ne pourrais jamais noyer des chatons !
Je pris une profonde inspiration. Pour le meilleur
ou pour le pire, c’était ce que je devais faire. Je terminais de nettoyer et de
bander les plaies de Xena, attentive à ressortir toutes les fournitures de soin
de la cellule dès que j’en avais fini avec elles, puis l’enroulais dans les
couvertures.
Finalement, Thalassa elle-même chancela jusqu’en bas
des escaliers pour me laisser sortir. Elle ne dit rien tandis qu’elle
déverrouillait la porte de la cellule.
Je me relevais et sautais à cloche pied jusqu’à la
porte. Thalassa se baissa pour attraper mes béquilles et me les tendis.
« Merci, » dis-je en les prenant.
Thalassa referma la porte et la verrouilla.
« Elle aurait pu te tuer, tu sais, » dit-elle sans me regarder.
« Elle ne l’a pas fait, » fis-je en haussant
les épaules.
« Désires-tu tant que ça t'offrir toi même en
sacrifice à elle ? » demanda la dirigeante, cachant difficilement
l’aigretté de sa voix.
J’étais fatiguée et toute retournée
émotionnellement, alors je n’avais vraiment pas envie d’avoir cette dispute. Je
soupirais lourdement. « Ecoute, je ne m'offre pas en sacrifice à elle.
Elle n’était pas tellement en condition pour me blesser, et pour pas mal de
raisons, je ne suis pas sûre qu’elle le voudrait quand bien même elle le
pourrait. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Je secouais la tête. « Tu ne l’as pas entendue,
Thalassa. Elle est seule… et peut-être même qu’elle a des remords. Quand
j’essayais de nettoyer son visage, elle a dit ‘ne t’inquiète pas, je le
mérite.’ »
La dirigeante regarda Xena. « Je ne peux pas te
croire ! »
Je levais les yeux au ciel. « Eh bien, elle l’a
dit, que tu me croies ou pas. Tu peux demander à tes gardes ; ils l’ont
également entendue. »
Thelassa resta silencieuse un moment. « Est-ce
que tu vas demander à Alexandre de me faire remplacer ? »
demanda-t-elle finalement.
Je ne voulais pas discuter de ça maintenant, mais
elle méritait une réponse honnête. Je réfléchis pendant un moment.
« Non, » dis-je finalement, « mais à une condition. »
« Qui est ? »
« Tu arrêtes de torturer Xena. »
Thalassa prit une longue inspiration frémissante.
« Très bien, » dit-elle finalement.
Je pris le fouet à sa ceinture.
« Comment peux-tu la pardonner ? » me
demanda Thalassa alors que je me tournais pour partir.
Je m’arrêtais. « Je ne l’ai pas fait, »
lui dis-je honnêtement. « Mais ça ne signifie pas que je veux la voir
souffrir. »
« N’espère surtout pas que je vais te remercier
pour m’avoir sauvée, » marmonna Xena le matin suivant.
« Ne t’en fais pas, je n’y comptais pas dessus, »
fis-je en souriant. Elle semblait toujours aussi diminuée, mais au moins sa
mauvaise humeur était revenue. Je pris ça comme un signe qu’elle guérissait
rapidement.
« Va-t-en ! » marmotta-t-elle en
enroulant plus serré autour de ses épaules les couvertures.
« Non, désolée. Le bateau de ravitaillement est
venu ce matin, alors j’ai pleins de nouvelles à te rapporter. »
Elle voulait faire croire qu’elle était en colère,
mais je pouvais dire que secrètement, elle était contente.
Elle sembla même déçue lorsque je me levais
finalement pour partir.
« Je reviendrais demain, si tu me promets de me
parler de ton enfance, » lui dis-je.
« Qu’est-ce que je pourrais bien
dire ? »
« Trouve quelque chose qui me plaira. »
« Oh, d’accord. »
Ce soir-là, le capitaine Braxis m’aborda alors que
je quittais la salle à manger, et je pouvais dire par son expression que peu
importe ce qu’il me voulait, ça n’allait pas être plaisant.
« Bonsoir capitaine, » dis-je aussi
gaiement que je pouvais tout en m’endurcissant moi-même pour lui faire face.
« Que puis-je faire pour vous ? »
« J’aimerais avoir une conversation un moment,
si vous avez un peu de temps. »
« Mais certainement. » Je le regardais,
souriante en attendant la suite. Je savais que mon sourire pouvait être tout à
fait désarmant, et c’était pour le moment la seule arme que j’avais contre lui.
Il se frotta le menton et regarda nerveusement aux
alentours. Il se racla la gorge. « Les gardes m’ont raconté ce qui est
arrivé hier dans la cellule de Xena. »
« Ah… oui. Est-ce qu’il y a un
problème ? »
« Justement, oui. Tout d’abord, je n’apprécie
pas que vous donniez des ordres à mes gardes. Deuxièmement, vous n’avez pas à
interférer dans la manière dont Thalassa dirige sa prison. Et enfin, vous êtes
une stupide idiote pour ouvrir la cage de Xena, et vous avez de la chance
qu’elle ne se soit pas évadée et ne nous aie pas tous tués ! Sa cellule ne
doit JAMAIS être déverrouillée ! Est-ce que je me fais bien
comprendre ? »
Je raffermis ma poigne sur mes béquilles. Apparemment,
le capitaine n’était pas un homme à tourner autour du pot. Il fut un temps ou
des remontrances aussi claires m’auraient terriblement bouleversée, peut-être
même jusqu’au point de me tirer des larmes. Mais pas aujourd’hui. J’étais en
colère. « Si vous aviez été là quand on a eu besoin de vous, je n’aurais
pas eu besoin de distribuer des ordres à vos gardes, » dis-je froidement.
« Et si Thalassa faisait son boulot correctement, je n’aurais pas besoin
d’interférer ! Mais oui, vous vous êtes très bien fait comprendre !
J’espère seulement que je n’aurais pas besoin de vouloir ouvrir à nouveau la
cellule de Xena. »
Les muscles de la mâchoire de Braxis se tendirent et
se détendirent, et je sus que je venais juste de détruire toutes les chances
que je pouvais avoir d’obtenir la bonne volonté de cet homme. « Si vous
n’étiez pas le petit animal de l’empereur, » dit-il rudement, « je
vous aurais déjà éjecté de cette île. » Il tourna ensuite les talons et se
dirigea vers les escaliers menant au bureau de Thalassa.
Maintenant tu as tout gagné, Gabrielle,
me morigénais-je. J’avais
laissé mon caractère prendre le dessus, et je prévoyais que j’allais finir par
le regretter. Braxis pouvais facilement me rendre la vie dure sur cette île.
Cette nuit là j’allais au lit le cœur lourd, redoutant le lendemain matin.
Je me levais avec le soleil, mais la gaieté de
l’aube ne suffit pas à faire disparaître mon mauvais pressentiment. Même manger
ne le chassa pas de mon esprit.
Je rencontrai deux gardes dans l’escalier menant à la
cellule de Xena. Ils revenaient après lui avoir amené son repas matinal et se
mirent à faire demi-tour pour m’escorter en bas, laissant une torche derrière
pour moi.
Xena était pelotonnée dans un coin, nue et
grelottante. Elle ne leva pas la tête à mon approche.
« Thalassa t’a prit tes
couvertures ? » demandais-je, consternée.
Xena ne répondit pas, fixant toujours le mur.
« Tu n’as pas essayé de blesser quelqu’un avec
elles, n’est-ce pas ? »
Elle tourna lentement la tête et me lança un regard
furieux.
J’ingurgitais difficilement. Je n’étais pas tout à
fait sûre de comment interpréter ce regard. « Et bien, » demandais-je
plus fort. « L’as-tu fait ? »
Elle se retourna et fixa le mur. « Qu’est-ce
que tu crois ? » grogna-t-elle.
Je levais les yeux au ciel. « Si je le savais,
je n’aurais pas posé la question ! »
Une sorte de sourire traversa son visage.
« Vas-t’en, Gabrielle. Tu n’appartiens pas à cet endroit. »
Je fronçais les sourcils. Qu’est-ce que c’était
censé vouloir dire ?
Xena me regarda à nouveau, et ses yeux étaient
perçants. « Tu vas être blessée, petite fille. Vas-t’en pendant que tu le
peux encore. »
Bien sûr, lorsque que ça se mit à sonner comme un
ordre, je refusais d’obéir. Je m’asseyais sur le banc à la place et croisais
les bras. J’avais cependant été étonnée par ses mots. Elle ne pouvait
vraisemblablement pas être au courant de ma dispute avec le capitaine Braxis.
Peu importe l’explication, ses instincts étaient troublants.
Xena se renfrogna. « Parfait ! Reste avec
moi alors. Reste avec moi jusqu’à ce que tu pourrisses. » Elle appuya sa
tête en arrière contre les barreaux et ferma les yeux.
« Tu ne veux pas manger ? »
demandais-je, mentionnant la nourriture intacte à côté des barreaux.
« Je n’ai pas faim. »
C’était un mensonge, et je le savais. « Je ne
te crois pas. »
« Je me fiche de ce que tu penses ou
crois. »
Ca aussi, c’était un mensonge, pensais-je, mais je
haussais les épaules. « Et je me fiche que tu meure de faim ».
« Menteuse ! »
« Quoi ? »
« J’ai dit, ‘menteuse’. Si tu t’en moquais, tu
ne m’aurais pas aidée. »
« Crois-moi, Xena, Je commence à le regretter
de plus en plus chaque minute. » Et c’était la stricte vérité. A quoi je
pensais, à défendre la Destructrice des Nations contre Braxis et
Thalassa ?
Xena dut entendre ça dans ma voix également, parce
qu’elle ne répondit pas.
Je ne sais pas vraiment combien de temps nous
restâmes assis ici dans un silence total. Il y avait des choses que je voulais
lui demander, mais je ne pouvais me décider à parler. Alors je restais assise
et écoutait ses dents claquer. Peut-être que j’étais effrayée de dire quelque
chose parce que je savais qu’elle avait probablement raison. Je n’appartenais
pas à cet endroit. C’était l’île de Thalassa et la prison de Xena, et j’étais
là pour une mission idiote, me trouvant coincée entre la prédatrice et la proie
dans un changement de rôles tordu. Pire encore, je n’avais aucune idée de
comment faire pour annuler la chasse et j’avais de sérieux doutes si je devais
même essayer. Mais j’étais intriguée que Xena aie pensé à me prévenir, même
dans cette manière insultante qui lui appartenait.
Une demie journée passa, peut-être, avant que la
douleur sourde dans mon moignon de jambe devienne si insupportable que je fus
forcée de bouger. Je saisissais mes béquilles et me levais. « Merci,
Xena, » dis-je, « pour la plus divertissante des matinées. »
Elle renifla sans ouvrir les yeux. « Tu es une
salope, petite fille. »
« Une éclopée, tu veux dire ! »
« Ca aussi. »
Je souris, et allais trouver Thalassa.
La dirigeante était nichée dans son bureau, et,
comme Xena, elle ne releva pas la tête lorsque j’entrais.
Je soupirais. Je me sentais tant la bienvenue
partout où j’allais ! « Alors, a-t-elle essayé de blesser quelqu’un
avec les couvertures, ou les lui as-tu juste prises histoire de
rire ? »
« J’ai fait mon devoir de protéger mes
gardes ! » répondit platement Thalassa, soufflant sur l’encre
brillante du parchemin qu’elle était en train d’écrire.
« Est-ce que tu vas la laisser
nue ? »
« Oui. »
« Il fait froid là-bas en bas ! »
« C’est une prison. Je ne suis pas intéressée
par le bien-être de Xena. »
« Thalassa… » commençais-je.
Elle se leva vivement, renversant par inadvertance
le réservoir d’encre sur son bureau. « Ne viens pas me dire comment je dois
conduire ma prison, Gabrielle ! N’essaie même pas ! Maintenant sors
avant que j’appelle les gardes pour t’escorter. »
Je la regardais fixement, choquée par la menace, et
me demandant si elle allait la mettre à exécution.
« Gardes ! » cria Thalassa, et
j’entendis des pas grimper l’escalier de bois dehors.
Apparemment
oui. J’avais
poussé la chance la dernière fois avec les gardes, et il ne faisait aucun doute
que Thalassa et Braxis avaient mis au point des règles avec eux depuis lors. Je
n’avais vraisemblablement aucune autorité du tout dans cet endroit.
« J’y vais, » dis-je.
Les gardes arrivèrent et me regardèrent curieusement
avant de passer à Thalassa. « Gabrielle est fatiguée, » dit la
dirigeante. « Faites-en sorte qu’elle descende les escaliers en sécurité
s’il vous plaît. »
Suite dans la partie 7
10 janvier 2009
Conquise, partie 5
Conquise, partie 5
Par Leslie Ann Miller
Disclaimers- Les personnages de Xena et
Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation
du copyright n’est intentionnée.
Violence- Oui, assez. Rien de pire que
ce que vous pouvez voir dans la série.
Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit
des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes, vous devriez
essayer de lire autre chose.
Hurt/Comfort- Oui
Autres- Cette histoire est basée sur
l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »
Remerciements- Je suis spécialement
reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen et les ex-
gardes ? pour leur relecture et leur assistance.
Laissez-moi
savoir en anglais ce que vous en pensez, bon ou mauvais ! Mon adresse mail
est : Gunhilda@ionet.net (auteur)
Ou
en français à gagamare@free.fr ! (traductrice)
Le lendemain matin, sortant de mon jeune nocturne, je pris le déjeuner avec les gardes dans le réfectoire. Je préférais d’habitude manger seule dans mes quartiers confortables, mais j’avais envie d’un peu de compagnie ce matin et je ne voulais pas rendre visite si tôt à Xena. Je suspectais quelle attendait impatiemment mes visites, et je ne voulais pas qu’elle pense que je faisais la même chose.
Je fus déçue lorsque le Capitaine Braxis s’assit
droit en face de moi ; il était le moins amical des gardes de l’île et
gardait normalement ses distances avec tout le monde sauf la dirigeante. Il ne
s'éloignait d'elle que rarement. Là encore, je lui souris chaudement.
« Bonjour ! » lui dis-je. Il me retourna mon sourire, mais je
n’y perçus aucune gentillesse. Pendant un moment, je me demandai s’il
n’allait pas protester contre le fait que je racontais des histoires le soir.
Il n’avait pas vraiment le profil d’une personne qui apprécie un bon récit,
mais ses mots suivants me réconfortèrent.
« C’était une belle épopée que vous avez récitée
cette nuit, » dit-il, et ça semblait même être honnête.
« Merci, » répondis-je.
Il acquiesça, fronçant les sourcils. « Vous êtes ici depuis presque un mois maintenant, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.
« Oui », je reconnus, me demandant si
c’était un problème.
« Avez-vous eu un peu de succès avec
Xena ? »
« Pas vraiment, » admis-je. « Mais je ne m’attendais pas réellement à ce qu’elle me dise quoi que ce soit aussi rapidement. »
« Elle ne vous dira rien du tout
volontairement, vous savez, » dit-il, et il me semblait qu’il parlait
exactement comme Thalassa.
« En ce moment, elle montre quelques signes
d’assouplissement, » lui dis-je. « J’ai quelques espoirs sur ce
point. »
Son expression me dit qu’il ne me croyait pas, mais
il acquiesça quand même. « Pourquoi vous ne nous laisseriez pas, la
dirigeante et moi, lui délier la langue pour vous, » proposa-t-il.
« Ce serait plus rapide. »
Une image du corps nu de Xena couvert de blessures
de fouet clignota dans mon esprit. A ma grande surprise, ce n’était plus aussi
tentant que ça l’avait été. Je me raclai la gorge. « Est-ce que vous
voulez vous débarrasser de moi ? » plaisantai-je.
Braxis rit nerveusement. « Bien sûr que
non ! Nos approvisionnements sont beaucoup mieux remplis depuis que vous
êtes arrivée. La nourriture s’est très certainement améliorée. Mais vous n’avez
sûrement pas envie de rester ici plus longtemps que nécessaire ? »
Je haussai les épaules. Honnêtement, j’étais aussi
heureuse ici que n’importe où d’autre où j’avais été, sauf peut-être à la
maison quand j’étais petite, même si Alexandre me manquait. La plupart du temps
on me laissait seule, et ça me
permettait d’écrire un peu. Le
cuisinier était talentueux, mes quartiers étaient confortables, et j’avais de
la compagnie quand je le voulais. De quoi pouvais-je me plaindre ?
« J’ai passé plusieurs années avec l’armée, Capitaine. Ici c’est le luxe
en comparaison. » Je lui souris.
Il fronça à nouveau les sourcils. « Ah, oui.
J’avais oublié. » Il leva la tête lorsque Thalassa entra, et son visage
sembla s’éclairer pour quelque raison inconnue. « Excusez-moi, je vous
prie, » dit-il vivement avant de la rejoindre alors qu’elle allait prendre
sa nourriture.
J’étais perplexe après notre bref échange, et il me
semblait qu’en dépit de ce qu’avait dit Braxis tout haut, il n’aimait pas ma
présence ici. J’observais ses agissements avec Thalassa, espérant un indice de
pourquoi il voulait me voir hors de cette île. Il aida la dirigeante à porter
son petit déjeuner lorsque ce fut trop pour son unique main, et je me souvins
comment son visage s’était illuminé lorsqu’il l’avait vue.
Je fronçai les sourcils. Il semblait évident
maintenant que c’était ce que je cherchais. Le bon Capitaine avait des
sentiments pour la dirigeante. C’était, il n’y avait aucun doute, la raison
pour laquelle il voulait que je parte. Il était jaloux. Il devait avoir senti
le lien entre nous. Thalassa faisait vraiment très, très attention à moi. Même
maintenant, elle se dirigeait vers ma table.
Un peu énervée par ce que je venais de réaliser, je
finis mon petit déjeuner à la hâte. Je ne voulais pas me mettre à dos le
Capitaine Braxis, et même si j’avais une amitié grandissante avec Thalassa, je
n’étais certainement pas intéressée par elle de cette manière !
L’étais-je ?
« Vas-tu nous quitter dès
maintenant ? » demanda Thalassa, manifestement déçue que je me lève à
son approche.
« Oui, je suis désolée, » dis-je,
tâtonnant pour trouver mes béquilles. « J’ai encore plein de choses à
écrire que je veux avoir finies aujourd’hui. »
« Tu ne vas pas aller voir Xena ? »
« Non, pas aujourd’hui. Pas pour quelques
jours, probablement. »
Thalassa et Braxis échangèrent un regard que je ne
pus comprendre, mais aucune explication ne semblait être en vue.
« Je vais m’occuper de
vos couverts, ma dame » dit Braxis poliment.
« Merci, » lui dis-je, avant de quitter la salle à manger bondée pour rejoindre la sécurité de ma chambre privée.
Trois
jours plus tard, je décidais de ressortir et d’aller voir Xena. Elle était
assise avec indolence dans un coin de la cage à côté de l’égout, et elle ne
releva pas la tête tandis que je m’asseyais. J’étais consternée par son
apparence. Elle avait des blessures de fouet à vif sur ses bras et son cou, et
il y avait des taches de sang sur sa tunique. Apparemment, Thalassa l’avait
corrigée à nouveau, et elle semblait… brisée.
Je me souvins du regard échangé entre la dirigeante et le capitaine lorsque je leur avais dit que je n’avais pas l’intention d’aller la voir pendant quelques jours. J’en conclus qu’ils avaient prévu ça ensemble, et pour une quelconque raison, cela me rendit très en colère.
« Xena, » demandai-je calmement, « est-ce que Thalassa t’a posé des questions lorsqu’elle t’a fait ça ? »
Elle
me regarda avec un air féroce sur son visage. « Tu devrais le
savoir ! Tu es la seule qui voulait connaître mon passé ! »
Mon cœur sombra. Ils lui avaient fait ça en mon nom.
Je fermais les yeux et secouais la tête. « Non. Non. Je le jure. » Si
j’avais pu faire des aller-venues dans la salle, je l’aurais fait. « Je… ce… » Je voulais m’excuser, croyant que c’était ma
faute, mais je ne pouvais me résoudre à dire les mots. « Xena, je ne crois
pas en la torture. »
Elle me lança un regard méprisant et plein de doute.
« C’est plus ton genre, » je lui
renvoyais, avant de le regretter lorsqu’elle tressaillit. « Ecoute, je te
jure que je ne lui ai pas demandé de le faire. Je ne voulais pas qu’elle le
fasse ! »
La figure de Xena se relaxa dans un air maussade.
Elle détourna le regard. « Tu n’avais pas à le demander. Elle n’a pas
besoin d’excuses. »
« Laisse-moi voir si je peux convaincre Thalassa
de laisser le guérisseur jeter un coup d’œil sur toi. »
« Je n’ai pas besoin de
guérisseur ! » grogna-t-elle.
« Certaines plaies ne sont pas belles à
voir. »
« Ce n’est rien ! » rétorqua-t-elle.
« Est-ce que tu me laisserais les
traiter ? » demandai-je.
Elle se tourna vers moi et me regarda fixement
tandis que je combattais l’urgence de bouger sous son inquisition.
Par les dieux,
mais qu’est-ce qui m’a pris de dire ça ? !
« Pourquoi voudrais-tu faire une telle chose ? » demanda-t-elle finalement.
Pourquoi, en
effet ? Je
pris une inspiration. « Parce que… parce que tu es blessée. »
« Qu’est ce qui te fait penser que je n’en
profiterais pas pour te tuer lorsque tu t’approcheras de moi ? » me
demanda-t-elle les yeux plissés.
« Rien, » admis-je finalement.
« Alors pourquoi cette
proposition ? »
« Je ne t’aime pas, Xena, mais ce qu’ils t’ont
fait n’est pas bien. »
« Je ne veux pas de ton aide ni de ta
pitié ! »
« Parfait, » lui dis-je. « Tu n’auras
aucune des deux. » Je tendis les mains vers mes béquilles pour
pouvoir partir. J’étais vraiment énervée par toute cette conversation, encore
plus énervée que je ne voulais l’admettre.
« Amphipolis, » dit-elle doucement avant
que je ne puisse me lever.
« Amphipolis ? » répétai-je, confuse.
« J’étais née à Amphipolis, » dit-elle
posément.
« Tu étais ? » demandais-je
stupéfaite.
Elle acquiesça. « Repose tes béquilles,
d’accord ? Juste… Parle-moi juste. S’il te plaît. »
Et voilà,
encore ces mots. « D’accord, » lui dis-je. « Qu’est-ce que tu voudrais
entendre ? »
« N’importe quoi, » murmura-t-elle.
Alors je me mis à lui raconter la même histoire que
j’avais racontée aux gardes dans la salle à manger la nuit d’avant, à
propos de la poursuite entre le renard magique qui ne pouvait pas être attrapé
et le chien de chasse d’Orion qui avait toujours capturé ses proies.
Xena fit un demi sourire lorsque j’eus fini.
« C’est dommage que Zeus se soit impliqué. Ils seraient encore en train de
se poursuivre l’un l’autre aujourd’hui. »
J’acquiesçai. « Et de faire des ravages dans
toute la Grèce
« Oui ? »
« Es-tu
vraiment d’Amphipolis ? »
« Oui. »
« Qui étaient tes parents ? »
Elle grimaça un sourire. « Reviens demain,
Gabrielle, et je te le dirai. »
« Je reviendrai, » lui promis je.
J’allai faire face à Thalassa après être partie. Je
la trouvai dans son bureau en haut des escaliers. « Tu l’as à nouveau
torturée, » lui dis-je lorsqu’elle se leva, souriante, et je ne cherchai
même pas à dissimuler ma colère.
Elle sembla perplexe. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Tu as fouetté Xena ! »
Elle sourit. « Bien sûr ! Le capitaine et
moi essayions d’obtenir quelques informations pour toi. »
« J’ai dit que je ne voulais pas de votre
aide ! »
Le sourire s’évanouit de sa figure.
« Gabrielle, elle ne te parlera pas. Et en plus, je ne l’avais pas punie
depuis des semaines. Xena mérite tout ce qui lui arrive. Elle t’a crucifiée et
m’a laissée mourir ! Comment peux-tu dire qu’elle ne le mérite
pas ! ? »
Je ne pus lui répondre. Bien sûr qu’elle le
méritait. Elle le méritait entièrement. Mais ça ne rendait pas ça plus juste.
« J’exécute la justice ! » dit
Thalassa, frappant son poing sur la table.
J’ingurgitai difficilement, les émotions se bousculant en moi. « Le même genre de justice que celle qu’elle nous a donnée, » lui dis-je amèrement.
« Nous n’étions pas
coupables ! ! ! » me cria presque dessus la dirigeante.
« Et cette fois-ci, elle non plus ! »
« Quoi ? ! » Thalassa me regarda
comme s’il venait de me pousser une seconde tête.
« Comment pouvais-je lui faire
comprendre ? « Thalassa, sa punition est l’emprisonnement, la perte
totale de sa liberté pour le reste de sa vie. Ce que tu fais est de la torture.
Et la torture est quelque chose que Xena ferait. Nous sommes supposés être
meilleurs qu’elle. »
Les yeux de la dirigeante étincelèrent de fureur.
« Est-ce que tu oserais me comparer à elle ? !
Tu penses que l’emprisonnement est une punition suffisante pour tout ce qu’elle
a fait ! ? Je suis autant prisonnière de cette foutue île qu’elle !
Je ne peux pas partir avec ça ! » Elle agita son moignon devant moi.
« Je suis coincée ici pour le reste de ma vie, tout comme elle ! Et
par les dieux, j’ai bien l’intention de la faire souffrir ! »
Je considérai rapidement mes options face à sa rage. Je pouvais continuer à développer mon point de vue, ce qui ne la rendrait que plus en colère, ou je pouvais essayer de dissoudre sa colère. Je lâchai mes béquilles et levai les mains en supplication. « Thalassa, » dis-je aussi calmement que possible, « je suis désolée, je n’aurais pas dû te comparer à elle. S’il te plaît, je ne suis pas ton ennemie. Je comprends tes sentiments, je t’assure ! »
« Vas-t’en ! » gronda-t-elle.
« Retourne à Corinthe dans ton palais et ta vie tranquille avec
Alexandre ! Tu ne comprends rien du tout ! »
Elle ne m’avait pas frappée, mais elle aurait très
bien pu le faire. Mes mains retombèrent et je me retournais pour partir
promptement.
« Gabrielle… » commença Thalassa tandis
que je boitais hors de la pièce.
« Pas la peine de t’excuser, Thalassa, »
lui dis-je sans même me retourner. « Je préfère savoir où j’en suis avec
les gens. »
« Attends… »
Je boitillai jusqu’en bas des escaliers et retournai
à ma chambre. Elle ne me suivit pas.
Je m’effondrai sur mon lit et mis la tête dans mes
mains. J’étais à la fois furieuse et blessée. Je pensais avoir trouvé une vraie
amitié et une véritable compréhension avec la dirigeante, mais ça n’était pas
du tout le cas. Elle était amère d’une façon qui m’effrayait autant que la
froide cruauté de Xena.
Etait-ce ce que je serais devenue ainsi si je
n’avais pas eu ma vision sur la croix ? Si je n’avais pas fait
l’expérience de la lumière blanche ni n’avais reçu la prophétie pour m’aider à
me guider à travers le mauvais temps, est-ce que je me serais traînée au loin
pour me cacher sur une île quelconque, honteuse d’être vue par le reste de
l’humanité, remplie de dépit et de ressentiment ?
Je suppose que Thalassa m’effrayait parce qu’en
elle, je pouvais voir un miroir de moi-même ; un miroir de ce que j’aurais
pu devenir. Je pris une profonde inspiration frissonnante d’horreur.
Que devais-je faire désormais ? Devais-je
partir comme elle l’avait suggéré ; retourner dans mon palais, avec ma
servante et la chaleur de l’amitié d’Alexandre ? Ou devais-je demander à
Alexandre de remplacer la dirigeante en envoyant un message avec le prochain
bateau d’approvisionnement ? Ou devais-je partir avec le bateau et le
faire en personne ? Ou peut-être valait-il mieux rester en dépit de
l’hostilité de la dirigeante et essayer de finir ma tâche ?
Partir était sans aucun doute l’option la plus
attirante. Je pouvais partir sans jamais regarder en arrière. Je pouvais
oublier tout à propos de Thalassa et Xena et les laisser toutes les deux à leur
horrible disgrâce. Chacune le méritait. Oui, je devrais seulement partir. Oui,
je devrais les laisser pourrir sur ce rocher délaissé des dieux jusqu’à ce
qu’Hadès aille les voir pour les réclamer.
Le cuisinier avait un petit bateau attaché au port.
Je l’embaucherais pour me ramener sur le continent demain matin. Je ne voulais
pas imaginer le mal de mer que j’obtiendrais sur un si petit vaisseau, mais ce
serait toujours mieux que rester ici un jour de plus.
Décidée, je défis mon lit et commençai à empaqueter mes affaires. Ce ne fut que lorsque je commençai à ranger mes parchemins dans leurs boites du cuir ciré que je réalisai ce que je faisais.
J’étais en train de fuir. J’étais en train de fuir
vers ma propre île, ma propre place confortable et sûre où j’étais débarrassée
des curieux et parfois des yeux pleins de pitié, protégée comme toujours par
Alexandre. Je l’avais bien gagné mon havre de paix, aucun doute là dessus, mais
qu’avais-je à faire au palais ? Je m’enfermerais moi-même avec mes
parchemins ; le moins je rencontrerais de personnes, le mieux ce
serait. Je me cacherais dans le palais exactement comme Thalassa se cachait
ici. La seule différence était que ma prison était plus glorieuse que la
sienne. J’éclatai presque de rire à cette pensée. Nous avions plus en commun, elle
et moi, que je ne l’avais reconnu. Peut-être qu’elle n’était pas si éloignée de
la vérité : qu’est ce que je
comprends vraiment, de toute façon ?
Peut-être pas grand chose, mais j’avais au moins
résolu une chose. Je ne voulais pas partir maintenant.
Suite dans la partie 6
