Guerrière et Amazone

Vous trouverez ici des Fans Fictions francophones et des traductions tournant autour de la série Xena la Guerrière. Consultez la rubrique "Marche à suivre" sur la gauche pour mieux utiliser le site :O) Bonne lecture !!

08 novembre 2009

Conquise, partie 6

 Conquise, partie 6

 Par Leslie Ann Miller

 

Disclaimers- Les personnages de Xena et Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation du copyright n’est intentionnée.

Violence- Oui, assez. Rien de pire que vous pouvez voir dans la série.

Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes, vous devriez essayer de lire autre chose.

Hurt/Comfort- Oui

Autres- Cette histoire est basée sur l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »

Remerciements- Je suis spécialement reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen et les ex- gardes ? pour leur relecture et leur assistance.

 

Laissez-moi savoir en anglais ce que vous en pensez, bon ou mauvais ! Mon adresse mail est : Gunhilda@ionet.net (auteur)

 

Ou en français à gagamare@free.fr ! (traductrice)

 

 

Le matin suivant, je trouvais quatre gardes très ensommeillés debout au sommet des escaliers conduisant à la prison de Xena. Je pouvais dire à leur maintien tandis que j’approchais que quelque chose allait de travers.

 

« Quelque chose ne va pas ? » demandais-je.

 

Les gardes échangèrent des regards. « Et bien, ma dame, la gardienne est déjà en bas. »

 

Mon cœur sombra de terreur. « Depuis combien de temps ? »

 

« Depuis un peu après minuit. »

 

« Quoi ? Est-elle seule ? »

 

« Eh bien, elle nous a ordonné de rester à l’écart, sous peine de mort. »

 

« Ou est le capitaine Braxis ? »

 

« Dans ses quartiers, pour autant que je sache. Il sait qu’il ne vaut mieux pas interférer lorsqu’elle a bu. »

 

« Elle était saoule ? »

 

Ils acquiescèrent tous les quatre sombrement. J’eus la soudaine impression que ce n’était pas la première fois que ça arrivait.

 

« Comment savez-vous qu’elle n’est pas blessée ? » Ou qu’elle n’a pas tué Xena, pensais-je en moi-même.

 

« Oh, elle ira bien, ma dame, bien qu’elle va se réveiller avec un sacré mal de tête, si vous voyez ce que je veux dire. »

 

Je soupirais, me demandant ce que j’allais trouver dans la cellule en bas. Une ou même les deux, mortes ou mutilées, sans doute, bien que même saoule, Thalassa aurait eu l’avantage. Je regardais un des gardes dans les yeux. « Allez chercher le guérisseur. Vous trois venez avec moi. »

 

Quand nous atteignîmes le fond, deux des gardes vinrent manier la manivelle.

 

« Pas la peine, » leur dis-je. Xena était étendue dans un amoncellement sanguinolent au plus profond de sa cellule. Thalassa était assise, le dos contre le mur, fouet en main, une bouteille de vin entre ses jambes à moitié étendues, clairement inconsciente. Il y avait une flaque de vomi à côté d’elle.

 

Je boitillais vers elle. « Thalassa, » lui dis-je, la tapotant avec une béquille. « Réveille-toi ! »

 

Elle grogna mais ne bougea pas.

 

« Thalassa, debout ! »

 

Elle murmura quelque chose, mais ne remua toujours pas.

 

Je me tournais vers les gardes. « Vous deux, emmenez la à ses quartiers. Toi, va chercher un seau et de l’aide pour nettoyer ça. » Je désignais le vomi avec dégoût. « Et donnez-moi ses clefs. »

 

« Ma dame ? »

 

« Passe-moi ses clefs, s’il te plaît. »

 

Le soldat jeta un œil à la forme flasque de Xena, avant de revenir sur moi, et se racla la gorge.

 

Je savais par expérience que les soldats était entraînés à obéir à une certaine autorité de voix, et mon amitié bien connue avec Alexandre ne serait pas un maigre poids pour n’importe quel loyal sujet du nouvel empire. Quand il devint évident qu’il n’allait pas accéder à ma requête, je saisis le devant de son uniforme et le baissais, faisant en sorte de le regarder dans les yeux. « J’ai dit, donne-moi les clefs. »

 

« Ou- oui ma dame, » dit-il, et se baissa pour les saisir de la ceinture de la dirigeante. Il me les tendit ; puis, avec l’aide de son partenaire, se pencha pour la prendre. Ensemble, ils la portèrent en haut des escaliers.

 

Je fus laissée seule avec Xena. Je ne pouvais pas dire si elle était seulement vivante, de là où je me tenais, alors j’approchais avec précaution. « Xena ? Es-tu réveillée ? »

 

Bien que je réalisais que ça pouvait être un piège très habile, en jugeant de la quantité de sang sur ses habits et sa peau, quelque part, j’en doutais.

 

Je la tapotait avec une béquille, mais elle ne répondit pas. Je ne pouvais pas dire si elle respirait.

 

Je ne pouvais pas vraiment bien l’aider avec les barreaux entre nous, alors j’allais jusqu’à la porte de la cellule et la déverrouillais.

 

« Au nom des dieux, mais que faites-vous ? » demanda une voix derrière moi.

 

Je me retournais pour voir le guérisseur, Artorus, et un garde debout en bas des escaliers.

 

« Ah bien, » dis-je, et fis un signe à Artorus. « Je ne peux pas dire si elle respire. »

 

Artorus, qui étais un vieil homme aux cheveux gris, secoua sa tête avec véhémence. « Je n’irai pas là-dedans ! »

 

« Regarde le sang ! C’est évident qu’elle est blessée ! »

 

« Et alors ? » demanda-t-il.

 

Deux mots qui voulaient tout dire. « Alors laisse tes bandages et va soigner Thalassa, » lui dis-je dégoûtée. Je regardai le garde. « Va me rapporter de l’eau, du vin et des couvertures. »

 

Aucun des deux ne bougea. « Fais-le ! » hurlais-je finalement, et le garde tourna les talon et s’enfuit dans les escaliers.

 

« Où veux-tu ça ? » demanda acidement le guérisseur, élevant son sac.

 

« Là, près de la cage pour que je puisse l’atteindre. As-tu amené des bandages ? »

 

« Bien sûr ! »

 

« Bien. Maintenant, ferme la porte derrière moi si tu veux. » Je lui tendis les clefs. Je rejetais mes béquilles au loin et sautais à cloche pied dans la cellule de Xena. Il n’y avait pas de raison d’apporter des armes potentielles à l’intérieur avec moi, si Xena était encore en vie et décidait de devenir violente.

 

Le guérisseur ferma la porte derrière moi comme je lui avais demandé, puis partit, me laissant seule dans la cellule avec la femme la plus dangereuse du monde. Suis-je folle ?

 

Oui, je n’avais aucun doute là dessus. Mais quelque chose m’incitait à continuer.

 

Je m’installais à côté de Xena et la fit rouler sur son dos. Elle était inconsciente, mais elle respirait. Apparemment, Thalassa ne s’était pas bornée à la fouetter, car en plus des innombrables marques couvrant à la fois l’avant et l’arrière de son corps, il y avait des contusions sur sa figure et du sang coagulé avait fait son chemin de son nez.

 

Il ne restait pas grand chose de sa tunique en lambeaux, et j’enlevais prudemment ce qu’il en restait, essayant de ne rouvrir aucune des blessures dont la croûte s’était déjà formée. Alors qu’au premier regard il semblait y avoir eu beaucoup de sang pour des coups de fouet, aucune des blessures ne semblait spécialement profonde ou sérieuse. Thalassa était vraiment bonne avec son fouet. Si elle avait eu l’intention de tuer Xena, elle l’aurait pu. Manifestement, elle n’avait que l’intention de punir et de mutiler.

 

Lorsque le garde arriva, apportant des couvertures et des gourdes d’eau et de vin, je commençais à nettoyer et à panser ses blessures. Je n’étais pas une guérisseuse, mais j’en avais fréquemment aidé pendant la guerre, alors je savais à peu près ce que je faisais.

 

Xena remua alors que je commençais à enlever le sang de sa figure. Je me figeais alors que ses yeux papillonnèrent pour s’ouvrir, puis je soupirais de soulagement lorsqu’elle les referma. Malgré mon offre de la dernière fois, je ne voulais vraiment pas être surprise dans la cellule avec elle alors qu’elle était éveillée.

 

« Ne t’inquiète pas, » murmura-t-elle, me faisant sursauter. « Je le mérite. »

 

C’était les derniers mots que j’avais prévu d’entendre provenant de la bouche de la destructrice des nations. Même les deux gardes qui nettoyaient le vomi de Thalassa relevèrent la tête de surprise.

 

« Laisse… moi… juste… mourir. » Elle luttait pour dire chaque mot.

 

Je ne m’attendais pas à ça. « Pas aujourd’hui, » lui dis-je doucement, plus du tout effrayée par le fait d’être avec elle. « J’ai encore une histoire à te soutirer. »

 

Sa bouche se tordit en un sourire, toujours sans ouvrir les yeux. « Cyrène… peut… te la raconter. »

 

« Cyrène ? D’Amphipolis ? »

 

« Ma… mère. »

 

Si je n’avais pas déjà été assise, je suis sûre que je me serais écroulée de stupeur. Cyrène était la mère de Xena ? ? ? ! Maintenant c’était une histoire intéressante ! « Je ne vais toujours pas te laisser mourir. »

 

Xena ouvrit ses yeux et me regarda, et la douleur que je vis dans leur bleu profond fit se retourner mon cœur. « Pourquoi… non ? »

 

La vérité était que je ne le savais pas. Mais la réponse désinvolte était au bout de ma langue avant que je ne puisse la censurer. « Parce que tu n’as pas encore admis que tu as été conquise. »

 

« Jamais ! »

 

Je souris malgré moi. Voilà la Xena que je connaissais. « Tu vivras très longtemps, alors. »

 

Elle grimaça de douleur. « Si… je… l’admets… me laisseras-tu… mourir ? »

 

Je secouais la tête et portais la gourde de vin à ses lèvres. « Non. Maintenant tu dois boire ça. »

 

« Tu… es… pire… que… Thalassa. »

 

« Ca alors, merci ! Maintenant BOIS ! » Je lui mis presque le vin de force dans la gorge.

 

Elle crachota, toussa, puis grimaça. « Salope. »

 

« Je n’ai encore rien fait, » dis-je d’un air suffisant, avant de la forcer à boire encore.

 

« Je préférerais de l’eau, » grogna-t-elle, semblant soudain plus cohérente.

 

Je changeais de gourdes. « Très bien. »

 

Je la regardais calmement tandis qu’elle buvait jusqu’à la dernière goutte. Pourquoi faisais-je ça ? Pourquoi je ne la laissais pas mourir ? Ne désirais-je pas la voir morte ? Si Cyrène était réellement sa mère, je pouvais certainement tirer toutes les informations de sa part. Il était évident qu’une personne comme Xena préférerait la mort à être encagée et battue comme ça. Si je croyais réellement en la miséricorde, ne devrais-je pas me lever, partir, et la laisser mourir ? Etait-ce parce que je voulais la voir souffrir plus longtemps ? C’était une pensée horrible, mais honnête.

 

Xena grogna doucement et changea de position sur le granite froid. Elle commença à grelotter.

 

Que les dieux me viennent en aide ! Je regardais son corps, ses nouvelles plaies qui couvraient de vieilles cicatrices. Je regardais ses mains avec leurs longs doigts pleins de grâce, et sa peau, ses lèvres pâles ; ses cheveux collés par son sang, et ainsi que ses doux cils. Elle ressemblait à une personne, non un monstre, et c’était là-dedans, réalisais-je, que se trouvait mon problème.

 

Xena était devenue à un certain point une réelle personne pour moi. Je pouvais haïr la Conquérante, la bête inhumaine qui m’avait crucifiée, je pouvais haïr l’enfer et l’injustice personnifiés, mais le corps en face de moi n’était ni la Conquérante ni la Destructrice des Nations. C’était juste une femme qui souffrait. Et malheureusement, c’était le genre de personne à laquelle je faisais attention. En dépit du fait que j’avais pleinement conscience du fait qu’elle serait probablement plus heureuse morte, je ne pouvais pas me forcer à laisser ça arriver. De même que je ne pourrais jamais noyer des chatons !

 

Je pris une profonde inspiration. Pour le meilleur ou pour le pire, c’était ce que je devais faire. Je terminais de nettoyer et de bander les plaies de Xena, attentive à ressortir toutes les fournitures de soin de la cellule dès que j’en avais fini avec elles, puis l’enroulais dans les couvertures.

 

Finalement, Thalassa elle-même chancela jusqu’en bas des escaliers pour me laisser sortir. Elle ne dit rien tandis qu’elle déverrouillait la porte de la cellule.

 

Je me relevais et sautais à cloche pied jusqu’à la porte. Thalassa se baissa pour attraper mes béquilles et me les tendis.

 

« Merci, » dis-je en les prenant.

 

Thalassa referma la porte et la verrouilla. « Elle aurait pu te tuer, tu sais, » dit-elle sans me regarder.

 

« Elle ne l’a pas fait, » fis-je en haussant les épaules.

 

« Désires-tu tant que ça t'offrir toi même en sacrifice à elle ? » demanda la dirigeante, cachant difficilement l’aigretté de sa voix.

 

J’étais fatiguée et toute retournée émotionnellement, alors je n’avais vraiment pas envie d’avoir cette dispute. Je soupirais lourdement. « Ecoute, je ne m'offre pas en sacrifice à elle. Elle n’était pas tellement en condition pour me blesser, et pour pas mal de raisons, je ne suis pas sûre qu’elle le voudrait quand bien même elle le pourrait. »

 

« Qu’est-ce que tu veux dire ? »

 

Je secouais la tête. « Tu ne l’as pas entendue, Thalassa. Elle est seule… et peut-être même qu’elle a des remords. Quand j’essayais de nettoyer son visage, elle a dit ‘ne t’inquiète pas, je le mérite.’ »

 

La dirigeante regarda Xena. « Je ne peux pas te croire ! »

 

Je levais les yeux au ciel. « Eh bien, elle l’a dit, que tu me croies ou pas. Tu peux demander à tes gardes ; ils l’ont également entendue. »

 

Thelassa resta silencieuse un moment. « Est-ce que tu vas demander à Alexandre de me faire remplacer ? » demanda-t-elle finalement.

 

Je ne voulais pas discuter de ça maintenant, mais elle méritait une réponse honnête. Je réfléchis pendant un moment. « Non, » dis-je finalement, « mais à une condition. »

 

« Qui est ? »

 

« Tu arrêtes de torturer Xena. »

 

Thalassa prit une longue inspiration frémissante. « Très bien, » dit-elle finalement.

 

Je pris le fouet à sa ceinture.

 

« Comment peux-tu la pardonner ? » me demanda Thalassa alors que je me tournais pour partir.

 

Je m’arrêtais. « Je ne l’ai pas fait, » lui dis-je honnêtement. « Mais ça ne signifie pas que je veux la voir souffrir. »

 

 

« N’espère surtout pas que je vais te remercier pour m’avoir sauvée, » marmonna Xena le matin suivant.

 

« Ne t’en fais pas, je n’y comptais pas dessus, » fis-je en souriant. Elle semblait toujours aussi diminuée, mais au moins sa mauvaise humeur était revenue. Je pris ça comme un signe qu’elle guérissait rapidement.

 

« Va-t-en ! » marmotta-t-elle en enroulant plus serré autour de ses épaules les couvertures.

 

« Non, désolée. Le bateau de ravitaillement est venu ce matin, alors j’ai pleins de nouvelles à te rapporter. »

 

Elle voulait faire croire qu’elle était en colère, mais je pouvais dire que secrètement, elle était contente.

 

Elle sembla même déçue lorsque je me levais finalement pour partir.

 

« Je reviendrais demain, si tu me promets de me parler de ton enfance, » lui dis-je.

 

« Qu’est-ce que je pourrais bien dire ? »

 

« Trouve quelque chose qui me plaira. »

 

« Oh, d’accord. »

 

 

Ce soir-là, le capitaine Braxis m’aborda alors que je quittais la salle à manger, et je pouvais dire par son expression que peu importe ce qu’il me voulait, ça n’allait pas être plaisant.

 

« Bonsoir capitaine, » dis-je aussi gaiement que je pouvais tout en m’endurcissant moi-même pour lui faire face. « Que puis-je faire pour vous ? »

 

« J’aimerais avoir une conversation un moment, si vous avez un peu de temps. »

 

« Mais certainement. » Je le regardais, souriante en attendant la suite. Je savais que mon sourire pouvait être tout à fait désarmant, et c’était pour le moment la seule arme que j’avais contre lui.

 

Il se frotta le menton et regarda nerveusement aux alentours. Il se racla la gorge. « Les gardes m’ont raconté ce qui est arrivé hier dans la cellule de Xena. »

 

« Ah… oui. Est-ce qu’il y a un problème ? »

 

« Justement, oui. Tout d’abord, je n’apprécie pas que vous donniez des ordres à mes gardes. Deuxièmement, vous n’avez pas à interférer dans la manière dont Thalassa dirige sa prison. Et enfin, vous êtes une stupide idiote pour ouvrir la cage de Xena, et vous avez de la chance qu’elle ne se soit pas évadée et ne nous aie pas tous tués ! Sa cellule ne doit JAMAIS être déverrouillée ! Est-ce que je me fais bien comprendre ? »

 

Je raffermis ma poigne sur mes béquilles. Apparemment, le capitaine n’était pas un homme à tourner autour du pot. Il fut un temps ou des remontrances aussi claires m’auraient terriblement bouleversée, peut-être même jusqu’au point de me tirer des larmes. Mais pas aujourd’hui. J’étais en colère. « Si vous aviez été là quand on a eu besoin de vous, je n’aurais pas eu besoin de distribuer des ordres à vos gardes, » dis-je froidement. « Et si Thalassa faisait son boulot correctement, je n’aurais pas besoin d’interférer ! Mais oui, vous vous êtes très bien fait comprendre ! J’espère seulement que je n’aurais pas besoin de vouloir ouvrir à nouveau la cellule de Xena. »

 

Les muscles de la mâchoire de Braxis se tendirent et se détendirent, et je sus que je venais juste de détruire toutes les chances que je pouvais avoir d’obtenir la bonne volonté de cet homme. « Si vous n’étiez pas le petit animal de l’empereur, » dit-il rudement, « je vous aurais déjà éjecté de cette île. » Il tourna ensuite les talons et se dirigea vers les escaliers menant au bureau de Thalassa.

 

Maintenant tu as tout gagné, Gabrielle, me morigénais-je. J’avais laissé mon caractère prendre le dessus, et je prévoyais que j’allais finir par le regretter. Braxis pouvais facilement me rendre la vie dure sur cette île. Cette nuit là j’allais au lit le cœur lourd, redoutant le lendemain matin.

 

 

Je me levais avec le soleil, mais la gaieté de l’aube ne suffit pas à faire disparaître mon mauvais pressentiment. Même manger ne le chassa pas de mon esprit.

 

Je rencontrai deux gardes dans l’escalier menant à la cellule de Xena. Ils revenaient après lui avoir amené son repas matinal et se mirent à faire demi-tour pour m’escorter en bas, laissant une torche derrière pour moi.

 

Xena était pelotonnée dans un coin, nue et grelottante. Elle ne leva pas la tête à mon approche.

 

« Thalassa t’a prit tes couvertures ? » demandais-je, consternée.

 

Xena ne répondit pas, fixant toujours le mur.

 

« Tu n’as pas essayé de blesser quelqu’un avec elles, n’est-ce pas ? »

 

Elle tourna lentement la tête et me lança un regard furieux.

 

J’ingurgitais difficilement. Je n’étais pas tout à fait sûre de comment interpréter ce regard. « Et bien, » demandais-je plus fort. « L’as-tu fait ? »

 

Elle se retourna et fixa le mur. « Qu’est-ce que tu crois ? » grogna-t-elle.

 

Je levais les yeux au ciel. « Si je le savais, je n’aurais pas posé la question ! »

 

Une sorte de sourire traversa son visage. « Vas-t’en, Gabrielle. Tu n’appartiens pas à cet endroit. »

 

Je fronçais les sourcils. Qu’est-ce que c’était censé vouloir dire ?

 

Xena me regarda à nouveau, et ses yeux étaient perçants. « Tu vas être blessée, petite fille. Vas-t’en pendant que tu le peux encore. »

 

Bien sûr, lorsque que ça se mit à sonner comme un ordre, je refusais d’obéir. Je m’asseyais sur le banc à la place et croisais les bras. J’avais cependant été étonnée par ses mots. Elle ne pouvait vraisemblablement pas être au courant de ma dispute avec le capitaine Braxis. Peu importe l’explication, ses instincts étaient troublants.

 

Xena se renfrogna. « Parfait ! Reste avec moi alors. Reste avec moi jusqu’à ce que tu pourrisses. » Elle appuya sa tête en arrière contre les barreaux et ferma les yeux.

 

« Tu ne veux pas manger ? » demandais-je, mentionnant la nourriture intacte à côté des barreaux.

 

« Je n’ai pas faim. »

 

C’était un mensonge, et je le savais. « Je ne te crois pas. »

 

« Je me fiche de ce que tu penses ou crois. »

 

Ca aussi, c’était un mensonge, pensais-je, mais je haussais les épaules. « Et je me fiche que tu meure de faim ».

 

« Menteuse ! »

 

« Quoi ? »

 

« J’ai dit, ‘menteuse’. Si tu t’en moquais, tu ne m’aurais pas aidée. »

 

« Crois-moi, Xena, Je commence à le regretter de plus en plus chaque minute. » Et c’était la stricte vérité. A quoi je pensais, à défendre la Destructrice des Nations contre Braxis et Thalassa ?

 

Xena dut entendre ça dans ma voix également, parce qu’elle ne répondit pas.

 

Je ne sais pas vraiment combien de temps nous restâmes assis ici dans un silence total. Il y avait des choses que je voulais lui demander, mais je ne pouvais me décider à parler. Alors je restais assise et écoutait ses dents claquer. Peut-être que j’étais effrayée de dire quelque chose parce que je savais qu’elle avait probablement raison. Je n’appartenais pas à cet endroit. C’était l’île de Thalassa et la prison de Xena, et j’étais là pour une mission idiote, me trouvant coincée entre la prédatrice et la proie dans un changement de rôles tordu. Pire encore, je n’avais aucune idée de comment faire pour annuler la chasse et j’avais de sérieux doutes si je devais même essayer. Mais j’étais intriguée que Xena aie pensé à me prévenir, même dans cette manière insultante qui lui appartenait.

 

Une demie journée passa, peut-être, avant que la douleur sourde dans mon moignon de jambe devienne si insupportable que je fus forcée de bouger. Je saisissais mes béquilles et me levais. « Merci, Xena, » dis-je, « pour la plus divertissante des matinées. »

 

Elle renifla sans ouvrir les yeux. « Tu es une salope, petite fille. »

 

« Une éclopée, tu veux dire ! »

 

« Ca aussi. »

 

Je souris, et allais trouver Thalassa.

 

 

La dirigeante était nichée dans son bureau, et, comme Xena, elle ne releva pas la tête lorsque j’entrais.

 

Je soupirais. Je me sentais tant la bienvenue partout où j’allais ! « Alors, a-t-elle essayé de blesser quelqu’un avec les couvertures, ou les lui as-tu juste prises histoire de rire ? »

 

« J’ai fait mon devoir de protéger mes gardes ! » répondit platement Thalassa, soufflant sur l’encre brillante du parchemin qu’elle était en train d’écrire.

 

« Est-ce que tu vas la laisser nue ? »

 

« Oui. »

 

« Il fait froid là-bas en bas ! »

 

« C’est une prison. Je ne suis pas intéressée par le bien-être de Xena. »

 

« Thalassa… » commençais-je.

 

Elle se leva vivement, renversant par inadvertance le réservoir d’encre sur son bureau. « Ne viens pas me dire comment je dois conduire ma prison, Gabrielle ! N’essaie même pas ! Maintenant sors avant que j’appelle les gardes pour t’escorter. »

 

Je la regardais fixement, choquée par la menace, et me demandant si elle allait la mettre à exécution.

 

« Gardes ! » cria Thalassa, et j’entendis des pas grimper l’escalier de bois dehors.

 

Apparemment oui. J’avais poussé la chance la dernière fois avec les gardes, et il ne faisait aucun doute que Thalassa et Braxis avaient mis au point des règles avec eux depuis lors. Je n’avais vraisemblablement aucune autorité du tout dans cet endroit.

 

« J’y vais, » dis-je.

 

Les gardes arrivèrent et me regardèrent curieusement avant de passer à Thalassa. « Gabrielle est fatiguée, » dit la dirigeante. « Faites-en sorte qu’elle descende les escaliers en sécurité s’il vous plaît. »

 

Suite dans la partie 7

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10 janvier 2009

Conquise, partie 5

Conquise, partie 5

Par Leslie Ann Miller

 

Disclaimers- Les personnages de Xena et Gabrielle appartiennent à Universal et Renaissance Pictures. Aucune violation du copyright n’est intentionnée.

Violence- Oui, assez. Rien de pire que ce que vous pouvez voir dans la série.

Subtext/sexe- Oui, cette histoire décrit des actes sexuels entre femmes. Si c’est illégal où vous êtes, vous devriez essayer de lire autre chose.

Hurt/Comfort- Oui

Autres- Cette histoire est basée sur l’épisode d’Hercules « Armaggedon Now »

Remerciements- Je suis spécialement reconnaissante à Fizz pour toute son aide. Egalement merci à Ellen et les ex- gardes ? pour leur relecture et leur assistance.

 

Laissez-moi savoir en anglais ce que vous en pensez, bon ou mauvais ! Mon adresse mail est : Gunhilda@ionet.net (auteur)

 

Ou en français à gagamare@free.fr ! (traductrice)

 

 

Le lendemain matin, sortant de mon jeune nocturne, je pris le déjeuner avec les gardes dans  le réfectoire. Je préférais d’habitude manger seule dans mes quartiers confortables, mais j’avais envie d’un peu de compagnie ce matin et je ne voulais pas rendre visite si tôt à Xena. Je suspectais quelle attendait impatiemment mes visites, et je ne voulais pas qu’elle pense que je faisais la même chose.

 

Je fus déçue lorsque le Capitaine Braxis s’assit droit en face de moi ; il était le moins amical des gardes de l’île et gardait normalement ses distances avec tout le monde sauf la dirigeante. Il ne s'éloignait d'elle que rarement. Là encore, je lui souris chaudement. « Bonjour ! » lui dis-je. Il me retourna mon sourire, mais je n’y perçus aucune gentillesse. Pendant un moment, je me demandai s’il n’allait pas protester contre le fait que je racontais des histoires le soir. Il n’avait pas vraiment le profil d’une personne qui apprécie un bon récit, mais ses mots suivants me réconfortèrent.

 

« C’était une belle épopée que vous avez récitée cette nuit, » dit-il, et ça semblait même être honnête.

 

« Merci, » répondis-je.

 

Il acquiesça, fronçant les sourcils. « Vous êtes ici depuis presque un mois maintenant, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

 

« Oui », je reconnus, me demandant si c’était un problème.

 

« Avez-vous eu un peu de succès avec Xena ? »

 

« Pas vraiment, » admis-je. « Mais je ne m’attendais pas réellement à ce qu’elle me dise quoi que ce soit aussi rapidement. »

 

« Elle ne vous dira rien du tout volontairement, vous savez, » dit-il, et il me semblait qu’il parlait exactement comme Thalassa.

 

« En ce moment, elle montre quelques signes d’assouplissement, » lui dis-je. « J’ai quelques espoirs sur ce point. »

 

Son expression me dit qu’il ne me croyait pas, mais il acquiesça quand même. « Pourquoi vous ne nous laisseriez pas, la dirigeante et moi, lui délier la langue pour vous, » proposa-t-il. « Ce serait plus rapide. »

 

Une image du corps nu de Xena couvert de blessures de fouet clignota dans mon esprit. A ma grande surprise, ce n’était plus aussi tentant que ça l’avait été. Je me raclai la gorge. « Est-ce que vous voulez vous débarrasser de moi ? » plaisantai-je.

 

Braxis rit nerveusement. « Bien sûr que non ! Nos approvisionnements sont beaucoup mieux remplis depuis que vous êtes arrivée. La nourriture s’est très certainement améliorée. Mais vous n’avez sûrement pas envie de rester ici plus longtemps que nécessaire ? »

 

Je haussai les épaules. Honnêtement, j’étais aussi heureuse ici que n’importe où d’autre où j’avais été, sauf peut-être à la maison quand j’étais petite, même si Alexandre me manquait. La plupart du temps on me laissait seule, et ça me permettait d’écrire un peu. Le cuisinier était talentueux, mes quartiers étaient confortables, et j’avais de la compagnie quand je le voulais. De quoi pouvais-je me plaindre ? « J’ai passé plusieurs années avec l’armée, Capitaine. Ici c’est le luxe en comparaison. » Je lui souris.

 

Il fronça à nouveau les sourcils. « Ah, oui. J’avais oublié. » Il leva la tête lorsque Thalassa entra, et son visage sembla s’éclairer pour quelque raison inconnue. « Excusez-moi, je vous prie, » dit-il vivement avant de la rejoindre alors qu’elle allait prendre sa nourriture.

 

J’étais perplexe après notre bref échange, et il me semblait qu’en dépit de ce qu’avait dit Braxis tout haut, il n’aimait pas ma présence ici. J’observais ses agissements avec Thalassa, espérant un indice de pourquoi il voulait me voir hors de cette île. Il aida la dirigeante à porter son petit déjeuner lorsque ce fut trop pour son unique main, et je me souvins comment son visage s’était illuminé lorsqu’il l’avait vue.

 

Je fronçai les sourcils. Il semblait évident maintenant que c’était ce que je cherchais. Le bon Capitaine avait des sentiments pour la dirigeante. C’était, il n’y avait aucun doute, la raison pour laquelle il voulait que je parte. Il était jaloux. Il devait avoir senti le lien entre nous. Thalassa faisait vraiment très, très attention à moi. Même maintenant, elle se dirigeait vers ma table.

 

Un peu énervée par ce que je venais de réaliser, je finis mon petit déjeuner à la hâte. Je ne voulais pas me mettre à dos le Capitaine Braxis, et même si j’avais une amitié grandissante avec Thalassa, je n’étais certainement pas intéressée par elle de cette manière !

 

L’étais-je ?

 

« Vas-tu nous quitter dès maintenant ? » demanda Thalassa, manifestement déçue que je me lève à son approche.

 

« Oui, je suis désolée, » dis-je, tâtonnant pour trouver mes béquilles. « J’ai encore plein de choses à écrire que je veux avoir finies aujourd’hui. »

 

« Tu ne vas pas aller voir Xena ? »

 

« Non, pas aujourd’hui. Pas pour quelques jours, probablement. »

 

Thalassa et Braxis échangèrent un regard que je ne pus comprendre, mais aucune explication ne semblait être en vue.

 

« Je vais m’occuper de vos couverts, ma dame » dit Braxis poliment.

 

« Merci, » lui dis-je, avant de quitter la salle à manger bondée pour rejoindre la sécurité de ma chambre privée.

 

 

Trois jours plus tard, je décidais de ressortir et d’aller voir Xena. Elle était assise avec indolence dans un coin de la cage à côté de l’égout, et elle ne releva pas la tête tandis que je m’asseyais. J’étais consternée par son apparence. Elle avait des blessures de fouet à vif sur ses bras et son cou, et il y avait des taches de sang sur sa tunique. Apparemment, Thalassa l’avait corrigée à nouveau, et elle semblait… brisée.

 

Je me souvins du regard échangé entre la dirigeante et le capitaine lorsque je leur avais dit que je n’avais pas l’intention d’aller la voir pendant quelques jours. J’en conclus qu’ils avaient prévu ça ensemble, et pour une quelconque raison, cela me rendit très en colère.

 

« Xena, » demandai-je calmement, « est-ce que Thalassa t’a posé des questions lorsqu’elle t’a fait ça ? »

 

Elle me regarda avec un air féroce sur son visage. « Tu devrais le savoir ! Tu es la seule qui voulait connaître mon passé ! »

 

Mon cœur sombra. Ils lui avaient fait ça en mon nom. Je fermais les yeux et secouais la tête. « Non. Non. Je le jure. » Si j’avais pu faire des aller-venues dans la salle, je l’aurais fait. « Je… ce… » Je voulais m’excuser, croyant que c’était ma faute, mais je ne pouvais me résoudre à dire les mots. « Xena, je ne crois pas en la torture. »

 

Elle me lança un regard méprisant et plein de doute.

 

« C’est plus ton genre, » je lui renvoyais, avant de le regretter lorsqu’elle tressaillit. « Ecoute, je te jure que je ne lui ai pas demandé de le faire. Je ne voulais pas qu’elle le fasse ! »

 

La figure de Xena se relaxa dans un air maussade. Elle détourna le regard. « Tu n’avais pas à le demander. Elle n’a pas besoin d’excuses. »

 

« Laisse-moi voir si je peux convaincre Thalassa de laisser le guérisseur jeter un coup d’œil sur toi. »

 

« Je n’ai pas besoin de guérisseur ! » grogna-t-elle.

 

« Certaines plaies ne sont pas belles à voir. »

 

« Ce n’est rien ! » rétorqua-t-elle.

 

« Est-ce que tu me laisserais les traiter ? » demandai-je.

 

Elle se tourna vers moi et me regarda fixement tandis que je combattais l’urgence de bouger sous son inquisition.

 

Par les dieux, mais qu’est-ce qui m’a pris de dire ça ? !

 

« Pourquoi voudrais-tu faire une telle chose ? » demanda-t-elle finalement.

 

Pourquoi, en effet ? Je pris une inspiration. « Parce que… parce que tu es blessée. »

 

« Qu’est ce qui te fait penser que je n’en profiterais pas pour te tuer lorsque tu t’approcheras de moi ? » me demanda-t-elle les yeux plissés.

 

« Rien, » admis-je finalement.

 

« Alors pourquoi cette proposition ? »

 

« Je ne t’aime pas, Xena, mais ce qu’ils t’ont fait n’est pas bien. »

 

« Je ne veux pas de ton aide ni de ta pitié ! »

 

« Parfait, » lui dis-je. « Tu n’auras aucune des deux. » Je tendis les mains vers mes béquilles pour pouvoir partir. J’étais vraiment énervée par toute cette conversation, encore plus énervée que je ne voulais l’admettre.

 

« Amphipolis, » dit-elle doucement avant que je ne puisse me lever.

 

« Amphipolis ? » répétai-je, confuse.

 

« J’étais née à Amphipolis, » dit-elle posément.

 

« Tu étais ? » demandais-je stupéfaite.

 

Elle acquiesça. « Repose tes béquilles, d’accord ? Juste… Parle-moi juste. S’il te plaît. »

 

Et voilà, encore ces mots. « D’accord, » lui dis-je. « Qu’est-ce que tu voudrais entendre ? »

 

« N’importe quoi, » murmura-t-elle.

 

Alors je me mis à lui raconter la même histoire que j’avais racontée aux gardes dans la salle à manger la nuit d’avant, à propos de la poursuite entre le renard magique qui ne pouvait pas être attrapé et le chien de chasse d’Orion qui avait toujours capturé ses proies.

 

Xena fit un demi sourire lorsque j’eus fini. « C’est dommage que Zeus se soit impliqué. Ils seraient encore en train de se poursuivre l’un l’autre aujourd’hui. »

 

J’acquiesçai. « Et de faire des ravages dans toute

la Grèce

, » ajoutai-je. « Xena ? »

 

« Oui ? »

 

« Es-tu vraiment d’Amphipolis ? »

 

« Oui. »

 

« Qui étaient tes parents ? »

 

Elle grimaça un sourire. « Reviens demain, Gabrielle, et je te le dirai. »

 

« Je reviendrai, » lui promis je.

 

J’allai faire face à Thalassa après être partie. Je la trouvai dans son bureau en haut des escaliers. « Tu l’as à nouveau torturée, » lui dis-je lorsqu’elle se leva, souriante, et je ne cherchai même pas à dissimuler ma colère.

 

Elle sembla perplexe. « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

 

« Tu as fouetté Xena ! »

 

Elle sourit. « Bien sûr ! Le capitaine et moi essayions d’obtenir quelques informations pour toi. »

 

« J’ai dit que je ne voulais pas de votre aide ! »

 

Le sourire s’évanouit de sa figure. « Gabrielle, elle ne te parlera pas. Et en plus, je ne l’avais pas punie depuis des semaines. Xena mérite tout ce qui lui arrive. Elle t’a crucifiée et m’a laissée mourir ! Comment peux-tu dire qu’elle ne le mérite pas ! ? »

 

Je ne pus lui répondre. Bien sûr qu’elle le méritait. Elle le méritait entièrement. Mais ça ne rendait pas ça plus juste.

 

« J’exécute la justice ! » dit Thalassa, frappant son poing sur la table.

 

J’ingurgitai difficilement, les émotions se bousculant en moi. « Le même genre de justice que celle qu’elle nous a donnée, » lui dis-je amèrement.

 

« Nous n’étions pas coupables ! ! ! » me cria presque dessus la dirigeante.

 

« Et cette fois-ci, elle non plus ! »

 

« Quoi ? ! » Thalassa me regarda comme s’il venait de me pousser une seconde tête.

 

 

« Comment pouvais-je lui faire comprendre ? « Thalassa, sa punition est l’emprisonnement, la perte totale de sa liberté pour le reste de sa vie. Ce que tu fais est de la torture. Et la torture est quelque chose que Xena ferait. Nous sommes supposés être meilleurs qu’elle. »

 

Les yeux de la dirigeante étincelèrent de fureur. « Est-ce que tu oserais me comparer à elle ? ! Tu penses que l’emprisonnement est une punition suffisante pour tout ce qu’elle a fait ! ? Je suis autant prisonnière de cette foutue île qu’elle ! Je ne peux pas partir avec ça ! » Elle agita son moignon devant moi. « Je suis coincée ici pour le reste de ma vie, tout comme elle ! Et par les dieux, j’ai bien l’intention de la faire souffrir ! »

 

Je considérai rapidement mes options face à sa rage. Je pouvais continuer à développer mon point de vue, ce qui ne la rendrait que plus en colère, ou je pouvais essayer de dissoudre sa colère. Je lâchai mes béquilles et levai les mains en supplication. « Thalassa, » dis-je aussi calmement que possible, « je suis désolée, je n’aurais pas dû te comparer à elle. S’il te plaît, je ne suis pas ton ennemie. Je comprends tes sentiments, je t’assure ! »

 

« Vas-t’en ! » gronda-t-elle. « Retourne à Corinthe dans ton palais et ta vie tranquille avec Alexandre ! Tu ne comprends rien du tout ! »

 

Elle ne m’avait pas frappée, mais elle aurait très bien pu le faire. Mes mains retombèrent et je me retournais pour partir promptement.

 

« Gabrielle… » commença Thalassa tandis que je boitais hors de la pièce.

 

« Pas la peine de t’excuser, Thalassa, » lui dis-je sans même me retourner. « Je préfère savoir où j’en suis avec les gens. »

 

« Attends… »

 

Je boitillai jusqu’en bas des escaliers et retournai à ma chambre. Elle ne me suivit pas.

 

Je m’effondrai sur mon lit et mis la tête dans mes mains. J’étais à la fois furieuse et blessée. Je pensais avoir trouvé une vraie amitié et une véritable compréhension avec la dirigeante, mais ça n’était pas du tout le cas. Elle était amère d’une façon qui m’effrayait autant que la froide cruauté de Xena.

 

Etait-ce ce que je serais devenue ainsi si je n’avais pas eu ma vision sur la croix ? Si je n’avais pas fait l’expérience de la lumière blanche ni n’avais reçu la prophétie pour m’aider à me guider à travers le mauvais temps, est-ce que je me serais traînée au loin pour me cacher sur une île quelconque, honteuse d’être vue par le reste de l’humanité, remplie de dépit et de ressentiment ?

 

Je suppose que Thalassa m’effrayait parce qu’en elle, je pouvais voir un miroir de moi-même ; un miroir de ce que j’aurais pu devenir. Je pris une profonde inspiration frissonnante d’horreur.

 

Que devais-je faire désormais ? Devais-je partir comme elle l’avait suggéré ; retourner dans mon palais, avec ma servante et la chaleur de l’amitié d’Alexandre ? Ou devais-je demander à Alexandre de remplacer la dirigeante en envoyant un message avec le prochain bateau d’approvisionnement ? Ou devais-je partir avec le bateau et le faire en personne ? Ou peut-être valait-il mieux rester en dépit de l’hostilité de la dirigeante et essayer de finir ma tâche ?

 

Partir était sans aucun doute l’option la plus attirante. Je pouvais partir sans jamais regarder en arrière. Je pouvais oublier tout à propos de Thalassa et Xena et les laisser toutes les deux à leur horrible disgrâce. Chacune le méritait. Oui, je devrais seulement partir. Oui, je devrais les laisser pourrir sur ce rocher délaissé des dieux jusqu’à ce qu’Hadès aille les voir pour les réclamer.

 

Le cuisinier avait un petit bateau attaché au port. Je l’embaucherais pour me ramener sur le continent demain matin. Je ne voulais pas imaginer le mal de mer que j’obtiendrais sur un si petit vaisseau, mais ce serait toujours mieux que rester ici un jour de plus.

 

Décidée, je défis mon lit et commençai à empaqueter mes affaires. Ce ne fut que lorsque je commençai à ranger mes parchemins dans leurs boites du cuir ciré que je réalisai ce que je faisais.

 

J’étais en train de fuir. J’étais en train de fuir vers ma propre île, ma propre place confortable et sûre où j’étais débarrassée des curieux et parfois des yeux pleins de pitié, protégée comme toujours par Alexandre. Je l’avais bien gagné mon havre de paix, aucun doute là dessus, mais qu’avais-je à faire au palais ? Je m’enfermerais moi-même avec mes parchemins ; le moins je rencontrerais de personnes, le mieux ce serait. Je me cacherais dans le palais exactement comme Thalassa se cachait ici. La seule différence était que ma prison était plus glorieuse que la sienne. J’éclatai presque de rire à cette pensée. Nous avions plus en commun, elle et moi, que je ne l’avais reconnu. Peut-être qu’elle n’était pas si éloignée de la vérité : qu’est ce que je comprends vraiment, de toute façon ?

 

Peut-être pas grand chose, mais j’avais au moins résolu une chose. Je ne voulais pas partir maintenant.

 

Suite dans la partie 6

Posté par bigK à 15:38 - Conquise - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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