19 juillet 2008
Le chevalier à la rose, deuxième acte, scènes 1 et 2
Vous trouverez le début de cette histoire ici :
http://fanfictions.pbwiki.com/Le+chevalier+%C3%A0+la+rose
LE CHEVALIER A LA ROSE
Par Styx
Deuxième Acte – Scènes
1 & 2
Une bonne nuit de sommeil avait enfin permis à
Athéna de se reposer. Et après la séance de chant de la veille au soir, elle
n'appréhendait plus autant son arrivée à l'Opéra. Tout, bien sûr, n'était pas
résolu, mais leur discussion intense devait lui permettre de repartir avec la
diva sur des bases saines.
Une petite session de conditionnement dans la salle
de bain, après la douche, avait achevé sa préparation. Tu connais le rôle
par cœur. Tu pourrais le chanter en dormant. Et elle a dit qu'elle voulait
chanter avec toi. Alors, tu finis de t'habiller et tu y vas !
Un taxi l'attendait au pied de l'hôtel et bien qu'embouteillé,
le trajet ne prit pas autant de temps que le jour précédent. Le même jeune
assistant l'attendait et la conduisit à un autre petit salon de répétition où
se trouvait un simple piano droit. Elle demanda une petite heure pour préparer
sa voix et, dès que la porte se referma, elle commença ses exercices.
Une heure plus tard, Karl était de retour et la
mena vers la scène. Elle y retrouva la jeune soprano américaine d'origine
chinoise Mary Wang et Alessandro Pietri commença à travailler avec elles pour
les placements du deuxième acte. Mary, qui assistait aux répétitions depuis le
début, n'en avait pas vraiment besoin, mais Athéna lui fut reconnaissante de sa
présence et assimila rapidement les mouvements.
La mise en scène de Pietri était un mélange de
classique et de moderne : tradition respectée en ce sens que les costumes et
décors, comme dans le livret, seraient "18e siècle". Par contre, le
maestro voulait que l'expression des sentiments soit franchement contemporaine.
Il devait y avoir contact physique entre les interprètes et on ne parlait pas
d'une main vaguement posée sur un bras pour simuler une fougueuse étreinte.
La présence d'A. Pietri à cette séance de travail
avait agréablement surpris Athéna qui
s'était attendue à voir un de ses assistants. D'autant qu'avec la répétition
générale en costumes dans quelques heures, il devait y avoir un millier de
détails à régler.
Herbert van Cuipert, qui jouait le rôle du Baron
Ochs les avait rejoints et au milieu des éclats de rire, ils avaient travaillé
le jeu de scène du début du 3e acte, quand Ocavian, déguisé en servante un peu
innocente, joue l'ivresse pour mieux piéger le baron et l'écarter du chemin qui
mène à Sophie.
Tout se déroulait au mieux quand Erika arriva à son
tour. La répétition s'arrêta et Alessandro se précipita pour saluer sa vedette.
Ils échangèrent quelques mots, puis Erika les rejoignit sur scène.
Le Maestro annonça alors qu'ils allaient finir le
placement du 3e acte avant de libérer
tout le monde sauf Erika et Athéna qui travailleraient la première partie du
premier acte.
A cette nouvelle, Athéna ne put s'empêcher de jeter
un coup d'oeil étonné à la diva. Elle avait été sûre qu'un assistant serait
venu à ce moment pour servir de doublure à la Maréchale
La mise en scène de la fin de l'opéra était
relativement simple. Les artistes fredonnaient leur partition à un rythme
rapide tout en travaillant leurs déplacements. Quand tout sembla au point,
Pietri allait laisser partir le reste de la troupe quand Erika demanda qu'elles
reprennent juste une fois le trio du dernier acte quand Octavian déclare sa
flamme à Sophie sans voir le retrait de sa maîtresse, la maréchale. Tous ceux
qui avaient été présents la veille, savaient que le premier essai n'avait pas
été une réussite et beaucoup s'étonnaient du calme avec lequel la diva avait
pris la situation alors que tant était en jeu.
Même si Athéna se sentait rassurée après sa
conversation de la veille avec Erika, elle n'avait pu chanter aucun passage de
l'opéra, que ce soit avec elle ou Mary Wang. La difficulté de prendre le train
en marche, et particulièrement ce train, faisait qu'elle aurait sa répétition
générale avant ses répétitions particulières avec ses partenaires et le chef
d'orchestre.
Devant la demande d'Erika, Mary haussa les épaules,
Athéna hocha légèrement la tête et Pietri fit un signe à l'accompagnateur. Tous
les autres artistes étaient redescendus dans la salle, mais personne ne s'était
éloigné. Il y avait soudain dans l'air une énergie qui bruissait, de celle
annonciatrice des grandes catastrophes... ou des miracles.
Le maestro annonça la mesure, l'accompagnateur joua
les premières notes, puis les trois cantatrices rejoignirent leur marque. Sur un signe de Pietri, le
pianiste reprit. Et au bout de quelques minutes, tous dans la salle comprirent
que la volonté d'Erika de faire venir Athéna n'était pas un caprice de diva.
Les voix des trois chanteuses se mariaient divinement, se mêlaient, se
chassaient et se croisaient. A la fin du morceau, alors que la Maréchale
Athéna et Mary se regardaient comme le voulait la
mise en scène. Erika revint et se dirigea vers elles. La jeune mezzo sembla
sortir de la transe dans laquelle elle se trouvait et esquissa, restant dans
son personnage, un salut en direction de Mary, puis se tournant vers Erika,
s'inclina sur sa main et la lui baisa. Le geste déchaîna les cris et les rires
des spectateurs, conscients d'avoir assisté à un moment d'exception. Athéna
s'était redressée sans se dessaisir de la main d'Erika et les deux femmes se
regardaient, un léger sourire complice aux lèvres. Leur bulle fut brisée quand
Alessandro Pietri les rejoignit sur scène. Embrassant ses trois interprètes, il s'écria. "Cara, Cara,
avec vous, je me demande pourquoi j'essaie de mettre en scène. Ils tomberaient
tous sous votre charme même si vous deviez chanter dans le noir."
Tout le monde éclata de rire, sachant combien le
maestro était attaché à ses indications scéniques.
Enfin,
ceux qui n'avaient rien à faire au premier acte s'éloignèrent pour profiter
d'un instant de repos avant la répétition générale de l'après-midi.
Pendant
ce temps, le régisseur et ses aides installaient le décor des premières scènes,
la chambre de la Maréchale la Maréchale
Erika
ajusta le drap au-dessus de ses jambes, puis en écarta un pan en invitant
Athéna à la rejoindre. Elle regarda Alessandro d'un air interrogateur, mais
celui-ci ne lui fit qu'un rapide signe de main lui demandant de s'installer.
Athéna adopta une position similaire à celle d'Erika, mi-inclinée sur de larges
oreillers tout en conservant une distance raisonnable avec sa partenaire.
Alessandro les regardait toujours avec le même air soucieux. Il éclata soudain.
"Ladies,
ladies... Non, ça n'ira pas ! D'abord, rapprochez-vous l'une de l'autre !
Vous venez de passer une nuit d'amour. Erika, tu te réveilles dans les bras de
ton jeune amante. Tu dois... Oui, je sais, je te disais de tenir
Octavian, mais notre jeune amie est plus grande que McLean. C'est donc à toi de
te blottir contre elle.
Les
paroles filaient. Les deux artistes trouvèrent naturellement les gestes qui
collaient à l'action, avec de temps en temps, une indication d'Alessandro.
"Erika, tu te lèves... Oui, bien... Octavian, tu te prélasses dans le
lit...
Erika cara,
tu vas vers la coiffeuse... Si... Molto bene... Octavian,
tu te lèves maintenant et tu vas vers elle... Si... Et vous vous embrassez, I
want a real kiss... Pas maintenant bien sûr... Vous continuez...Octavian,
tu t'habilles... Vous entendez du bruit dans l'antichambre… Et les femmes de
chambre arrivent... Bene... C'est un vrai plaisir de travailler avec de
grandes artistes, vous chantez divinement bien, mais en plus, vous comprenez ce
que vous chantez. Es tut mir leid... Mais c'est vrai, certaines de
vos collègues, une voix de rossignol et pas beaucoup plus de cervelle."
Erika
éclata de rire. "Maestro, vous êtes horrible."
"Cara
mia, j'exagère peut-être un' poco, ma... Si peu. Enfin ! Vous
comprenez ce que je veux. Je veux que le public, il oublie qu'il voit deux femmes.
Il ne doit voir que la
Maréchale la Maréchale
Athéna
semblait saoulée par le flot de paroles. "Je crois que ça ira. Entre la
répétition de cet après-midi et celles de demain et jeudi pour la musique et le
chant, tout aura le temps de se mettre en place."
Erika
intervint. "Je suis désolée de l'ordre des choses, mais il me serait
impossible d'avoir la répétition générale plus tard."
Athéna
la rassura. "Ne vous inquiétez pas ! Je comprends. Ce n'est pas comme si
je n'avais jamais joué le rôle. Et maestro, je suis sûre que vous et vos
assistants prendrez plein de notes tout à l'heure et que vous ferez un plaisir
de me corriger d'ici vendredi."
Erika se
rapprocha d'elle et posa sa main sur son bras. "Athéna, je suis certaine
que tout se passera bien. J'ai peut-être des tas de raisons de m'angoisser,
mais tu n'en fais pas partie. Moi par contre..."
Athéna
n'eut pas le temps de répondre, Alessandro l'avait devancée. "Cara,
souviens-toi de notre pacte ! Si ça ne devait pas être proche de la perfection,
je te l'aurais dit. Tout ira bien et maintenant, repos. On reprend à 15
heures." Puis le maestro partit suivi de sa multitude d'assistants.
Les deux
cantatrices se regardèrent et éclatèrent de rire. Erika fut cependant la
première à retrouver son sérieux. "Je t'avais bien dit que tout irait
bien."
Athéna
alla s'asseoir sur le lit où Erika vint la joindre. "Je ne le dirai
qu'après vendredi..."
Erika
répondit avec une gentille bourrade dans l'épaule. "Où étais-tu ce matin ?
Tu n'as pas entendu ? Ne me dis pas que tu veux retourner à New York !"
"Non,
vous avez raison."
"Et
la mise en scène ne te semble pas trop
avant-gardiste ?"
"Tant
qu'on ne doit pas chanter nues... Non, ça va aussi. Ce n'est pas plus mal de
vouloir dépoussiérer l'original, sans pour autant transformer tout le contexte.
Vous avez vu cette création à Salzbourg l'année dernière ? L'action était
transposée juste avant la première guerre mondiale. C'était très bon, mais en
même temps, un peu curieux."
"J'en
ai entendu parler, mais je ne l'ai pas vue… Dis-moi… Veux-tu déjeuner avec moi,
dans ma loge ? J'ai prévu quelque chose de reconstituant, mais pas trop lourd…
à moins que tu n'aies d'autres projets…"
"Mmm…
non, je n'avais rien de prévu. J'allais chercher Karl pour qu'il m'indique la
cantine…"
"Alors,
c'est décidé, tu viens avec moi."
*=*=*=*=*=*=*
Les deux
femmes se dirigèrent vers leurs loges qui étaient l'une à côté de l'autre.
"Je
n'avais pas réalisé que tu étais ma voisine. La loge d'Ellen se trouvait en
face, un peu plus à gauche."
"Oui,
je sais. Karl m'a expliqué qu'elle n'avait pas eu le temps de retirer encore
ses affaires et comme celle-ci était libre…"
"Tu
sais que j'ai repéré une porte qui doit communiquer entre nos deux loges
?"
"Je
l'ai vue. Cela m'a étonnée…"
"Pas
tant que ça. Il y a quand même quelques couples qui chantent ensembles. Et le
reste du temps, la porte de communication est fermée."
"Bien
sûr, je n'avais pas pensé à ça…"
Erika
gloussa soudain d'une façon fort éloignée de son attitude habituelle, un peu
comme une petite fille qui pense à une farce qu'elle pourrait faire.
"Nous
pourrions ouvrir la porte entre nos loges…"
Athéna
la regarda, la surprise sur son visage et répondit, hésitante. "On… pourrait…, mais je pensais que vous
aimiez préserver votre intimité…"
"Je
ne veux pas t'obliger…"
"Non
! Je suis juste étonnée. Je ne veux pas que vous vous forciez à faire…"
Erika
l'arrêta d'une main sur son bras. "Attends ! Je sens que l'on nage en
plein malentendu et je ne veux pas en parler dans un couloir. Viens !" Et
elle l'attira dans sa propre loge où elle constata avec plaisir que le repas
avait été servi. Elle voyait bien que quelque chose avait soudain changé chez
sa jeune partenaire, mais elle ne pouvait pas comprendre quoi. La matinée
s'était bien passée, le retour vers les loges également, jusqu'à ce qu'elle
fasse cette remarque sur la porte de communication. Il lui fallait rapidement
clarifier la situation.
Elle
invita Athéna à s'asseoir à la table.
"Athéna
! Avant tout, je voudrais préciser quelque chose… parce que si tu as
l'impression que je me force… je ne sais même pas pour quoi…"
Athéna
baissa les yeux, gênée. "Mmm…. Vous êtes si différente de ce que je peux
savoir de vous… je me demande pourquoi soudain vous vous montrez si ouverte à
mon égard… et je ne voudrais pas que vous vous sentiez obligée… à cause de ce
qui a pu se passer entre nous…"
Erika la
regarda longuement avant de se décider à répondre. "J'imagine que ce que
tu sais de moi provient de la lecture de la presse, spécialisée ou non…"
"Ou
d'anciens partenaires…"
Erika
sourit. "Je me demande toujours comment je fais pour générer une telle
loyauté… Je ne leur ai jamais dit quoi répondre s'ils étaient interrogés à mon
sujet… Tout ceci pour dire que je ne suis pas si réservée qu'on veut bien le
dire… Et je ne me sens absolument pas obligée à ton égard… Ce qui est fait, est
fait ! Je pense qu'hier soir, nous avons dit ce que nous avions à dire et nous
avons tourné la page… Je me suis trompée ?"
Athéna
releva enfin la tête en souriant. "Non, vous ne vous êtes pas trompée.
J'aurais dû réaliser…"
"Que
je n'avais rien de plus à gagner en m'ouvrant à toi ?"
"Oui…
"
"Et
que fais-tu du plaisir de gagner ton amitié ? A ce propos, j'aimerais beaucoup
que tu me tutoies… Le vouvoiement met une certaine distance…" (NDA : quand
Erika et Athéna sont seules, elles
parlent généralement en allemand.)
"C'est
pour moi une façon de marquer mon respect."
"Et
tu sais que je ne te respecte pas moins même si je te tutoie depuis notre
rencontre ?"
Devant
le regard un peu hésitant d'Athéna, Erika soupira. "Comment peux-tu être
si peu sûre de ta propre valeur… Non, ne réponds pas ! C'est de ma faute. Mais
il faut que tu sois bien convaincue quand je te dis que tu n'as pas à
t'inquiéter. Tu es là parce que je l'ai voulu et que je pense que tu es la meilleure
pour le rôle, même si la production n'a pas souhaité faire appel à toi en
premier… Et il faut vraiment que d'ici à vendredi, tu apprennes à te détendre
en ma présence. C'est nécessaire pour le rôle…"
"Je
vais essayer…"
"Il
faut réussir… Tu as vu la mise en scène… Tu vas devoir m'embrasser et Pietri ne
demande pas qu'un chaste baiser sur le front. De toute façon, d'ici la
première, je ne te quitte plus. On travaillera ensemble."
Athéna
acquiesça, se demandant toutefois si elle survivrait aux évènements des
prochains jours.
11 mai 2008
Un chocolat chaud, première partie
Un chocolat chaud
de krazykat
Avertissements d’usage : Cette histoire est la première que j’écris, soyez indulgentes…
Les personnages et l’histoire m’appartiennent à peine. Même le nom du personnage principal ne m’appartient pas ;-)
Violence : L’histoire se passe dans un hôpital, donc oui c’est violent.
Sexe : Deux femmes qui assument leur homosexualité, mais rien de graphique… Si c’est illégal chez vous ou si cela vous déplait, lisez cette nouvelle très vite !
Humour (noir) : Si c’est illégal dans votre Etat ou si vous y êtes imperméable, passez votre chemin.
Merci à mes deux beta-lectrices Akita et Kitsune qui m’ont encouragée et corrigée avec sévérité (non non, pas comme ça…)
- - -
Introduction : J’ai écrit un mail à Kaktus en septembre 2007 :
« Un texte d’été ?
Bonjour, est-ce que tu veux toujours des textes d’été ou
c'est trop tard ? J'ai écrit ma première "oeuvre".
A + »
Trois jours plus tard, nouveau mail de ma part :
« Oups ! Les textes sur l'été étaient demandés en 2006… »
(Voilà, vous êtes dans l’ambiance)
- - -
*************
Partie I
Temps pourri…
De la fenêtre de sa chambre, Laure regardait la pluie tomber de façon déprimante. Elle comptait profiter de son séjour forcé pour lire dans le vaste jardin de l’hôpital mais cet été était vraiment bizarre. De la pluie, un ciel gris et aucune chance de bronzer.
Elle se sentait un peu seule, les coups de téléphone étaient rares, ses amis étaient en vacances, les relations avec sa famille étaient distendues, et elle avait perdu sa meilleure amie lorsque celle-ci lui avait piqué sa petite copine.
Où étaient les infirmières lesbiennes de ses fantasmes ? Soit invisibles, soit franchement terrifiantes.
Elle se baladait souvent dans les couloirs, papotant avec certains infirmiers, tous gais et sympathiques. Une fois sa timidité dépassée, discuter avec des gens ne lui avait jamais été difficile.
Un jour, elle vit une femme pleurer sur une chaise, spectacle trop banal. Cette dernière releva la tête et Laure vit la plus jolie fille qu’elle ait jamais rencontrée. Des cheveux noirs courts, des yeux noirs, un menton carré et un adorable nez retroussé.
La jolie fille regardait dans le vide, les larmes coulant sur ses joues hâlées. Laure fouilla dans ses poches mais elle n’avait évidemment aucun mouchoir aujourd’hui. Elle clopina jusqu’à sa chambre, en trouva dans sa table de nuit et revint le plus vite possible jusqu’au couloir. La jeune femme était déjà partie et Laure pesta une fois de plus contre sa lenteur.
Les jours suivants, Laure fit plus attention à son apparence et roda souvent vers ce couloir. La jeune femme ne revint pas sur cette chaise.
« Evidemment, elle pleurait comme quelqu’un qui vient de perdre une personne importante. Il n’y a aucune raison que je la revoie. »
Un rayon de soleil ! Laure se dépêcha pour prendre une bonne place dans le jardin. Elle espérait que l’herbe n‘était pas trop humide. Elle s’arrêta d’un seul coup, la jeune fille était là, dans une salle d’attente. Elle ne pleurait plus mais semblait penser à quelque chose de peu agréable. Laure s’assit à côté d’elle dans la salle vide.
La fille l’avait forcément vue. Laure chercha désespérément quelque chose à lui dire. Elle se sentait très nerveuse et ouvrit enfin la bouche :
« - Si tu veux, je connais un endroit où il y a un chocolat chaud fabuleux ! »
Laure se demanda pourquoi elle avait pris une telle voix d’obsédée sexuelle. Bien décidée à ne plus rien dire, elle regarda d’un air détaché le distributeur d’eau en face d’elle. Le temps lui parut s’étirer.
« - Pourquoi pas ? » La brune paraissait très calme.
Laure se leva et amena la jeune fille dans un escalier sombre. Elle monta les marches difficilement et décida de rassurer la jeune femme.
« En fait, les docteurs ont un coin qui leur est plus ou moins réservé. Pour y accéder, il faut soit passer par le couloir des fournitures, soit passer par cet escalier, qui est curieusement très mal entretenu. Ce n’est pas interdit d’y aller, mais les patients sont rares. Cela me permet d’entendre quelques potins sur l’hôpital même si parfois je préfèrerais ne rien entendre ! »
Sans cesser de parler, elle l’amena jusqu’au Saint Graal, le distributeur de boissons, et se servit un chocolat chaud avec du lait. Le chocolat corsé était réservé aux jours de grosse déprime. Elle se poussa pour laisser passer la jolie brune.
« Mince, je ne lui ai même pas payé son chocolat, elle va me prendre pour une radine. », pensa-t-elle un peu tard.
Leur gobelet à la main, elles allèrent s’asseoir dans un coin loin des distributeurs bruyants, près d’une fenêtre donnant sur le jardin.
Laure essayait d’empêcher ses mains de trembler, elle ne voulait pas se brûler les doigts avec le chocolat. Un silence pesant s’installa. Laure avala une grosse gorgée de chocolat et fonça aux toilettes. La jeune brune trouva Laure penchée sur le lavabo, en train de boire de l’eau du robinet.
« - Tu t’es brûlée avec le chocolat ? »
« - Ça va, j’avais oublié comme il pouvait être chaud. »
Laure se retourna et sourit piteusement. Amusée, la jolie brune lui retourna son sourire. Comment pouvait-elle être encore plus mignonne en souriant ? Ses dents étaient parfaites et son visage s’illuminait. Cela valait vraiment le coup de se brûler la langue, le palais, la gorge, l’œsophage et une partie de l’estomac !
Elles allèrent s’asseoir et discutèrent tranquillement en sirotant leur chocolat. La jolie brune venait rendre visite à son père, un maçon espagnol qui souffrait d’un cancer de la gorge au stade terminal. Elle était professeur dans un lycée et avait donc du temps cet été pour voir son père. Laure lui parla un peu d’elle en tentant d’alléger l’atmosphère. Elle lui parla de l’hôpital avec ses patients qui mendiaient des cigarettes, ou des pièces pour se nourrir convenablement. La magnifique espagnole l’écoutait, un doux sourire sur les lèvres. Laure cherchait désespérément un prétexte subtil pour la revoir.
« - Et si je veux trouver ta chambre, je demande quel nom ? », lui demanda la jolie brune.
« - Hein ? Euh… Tu demandes la chambre de Laure Thomas. »
« - C’est joli. Moi, c’est Alena Gimenez. »
« - C’est joli aussi. » Laure tenta de ne pas trop rougir.
« - C’est très courant en Espagne. » répondit Alena en riant doucement.
Laure resta estomaquée. Son rire était encore plus craquant que son sourire.
Elle décida de faire rire Alena très souvent !
A suivre…
