07 février 2009
Et dans son propre rôle, chapitre 3
CHAPITRE
TROIS
L’épisode de Kreizeck, intitulé
« Craquement », avait fini d’être tourné au début de la semaine
suivante, et malgré mes doutes originaux et l’intense aversion que j’avais pour
l’homme, à la fin de la post production,
l’épisode se révéla être un de meilleurs que nous ayons jamais tourné. Nous
étions néanmoins tous contents5 de retrouver nos réalisateurs habituels, et
les semaines suivantes passèrent
rapidement tandis que nous nous réinstallions dans notre routine.
‘C9’ marchait sur un cycle de 16 jours par
épisode, les huit premiers jours dédiés à la pré production comme le casting et
la recherche de lieux de tournage et les huit jours suivant dédiés au tournage.
En faisant tourner les réalisateurs et les équipes de production, ils étaient
capables de faire se chevaucher le pré production de l’épisode suivant avec le
tournage de l’épisode du moment, le département casting était perpétuellement
en train de recruter et les équipes de production étaient perpétuellement en train de préparer la semaine
suivante.
C’était un programme exténuant qui allait
de fin juillet à mi mai, et je savais que je n’étais pas la seule à attendre
les vacances d’été. Comme beaucoup d’autres membres du casting, j’avais
d’autres projets pendant les vacances, je serais donc occupée, mais un
changement de rythme serait vraiment le bienvenu.
Liz n’avait pas reparlé des redoutés
« écrivains d’Internet qui croyaient qu’elle était lesbienne » après
le jour de la conférence de presse, mais Paula m’avait dit qu’elle avait
demandé plus de sites et passait, au grand agacement de Paula, beaucoup de
temps sur l’ordinateur de son assistante.
Je commandai un nouvel ordinateur portable
en ligne et le donnais à Paula quand il arriva plusieurs jours plus tard, lui
disant de le garder et de donner l’autre à Liz. Elle sembla stupéfaite par ma
générosité, mais Seigneur, je gagnais plus d’argent que je n’étais capable de
dépenser… autant le dépenser pour des gens que j’appréciais.
Robyn fit sensation au Brésil pendant la
coupe Davis pendant qu’elle regardait de son siège VIP les services et les
revers de volées de Josh Riley gagner deux matchs, aidant les Etats-Unis gagner
la coupe. Son visage et sa peau bronzée
étaient montrés et commentés tellement souvent que c’était à se demander si
quelqu’un se rappelait que le but du voyage était le tennis. Je regardais
autant de matchs que je pouvais, ne faisant même pas l’effort de me mentir et
de me dire que j’étais là pour le tennis, même si c’était du sacrément bon
tennis. Je voulais juste voir son visage. Le souvenir de son corps contre le
mien ne faisait plus s’arrêter ma respiration mais était gravé dans ma mémoire
et n’allait pas s’en aller de sitôt.
Je la voyais peu et seulement au passage
depuis notre dernière scène, l’intrigue
dans laquelle elle avait impliquée sur ‘C9’ ayant été momentanément conclue, sa
présence n’était plus requise sur notre plateau, j’étais donc surprise de la
voir arriver un matin à une lecture préliminaire du dernier épisode de la
saison, plus d’un mois après le tournage de « Craquement ».
Le but d’une lecture était de réunir les
producteurs, le réalisateur et les membres récurrents du casting pour lire le
scénario de l’épisode suivant et de
permettre à chacun de faire des remarques ou de discuter de problèmes de lieux
de tournage ou de casting. C’était le seul rôle qu’avaient les acteurs dans le
processus de pré production et j’appréciais d’avoir l’opportunité de pouvoir
jeter un œil à ce que nous ferions la semaine suivante et de faire des
remarques.
J’arrivais dix minutes en avance et, après
m’être servi un verre d’eau, discutait paresseusement avec Josiah Rollins, un homme légèrement rond avec
des cheveux roux se clairsemant , et Micah Saams un beau géant avec une peau
chocolat et des yeux verts saisissants. Ces deux derniers étaient des membres
réguliers de l’équipe, jouant deux des quatre détectives de la série mis à part
Liz et moi.
Le reste du casting s’assit en face de
nous : Danny Lorenzo, un homme à femmes italien exubérant mais incontestablement sympathique, Henry
Stoddard, trapu, fort et chauve avec une
moustache foisonnante, et enfin Arturo Garza, une ancienne star de soap opéra
avec un sourire éblouissant, un accent
charmant et l’égo qui allait avec.
Je souris légèrement lorsque j’entendis Danny et Henry débattre
des détails de la dernière rumeur qui impliquait deux membres de l’équipe, plusieurs poulies et un outil électrique.
Ma phase d’amour des chèvres semblait être
enfin terminée. Peut être que les gens arrêteraient de bêler dans mon dos et de
faire des blagues sur des sandwiches au fromage de chèvre pendant le déjeuner.
On peut toujours espérer.
La porte s’ouvrit et Robyn entra,
s’arrêtant sur le seuil pour survoler la pièce.
« Salut tout le monde » dit-elle.
Danny s’arrêta au milieu d’une phrase et
Josiah et Micah devinrent silencieux.
Mon Dieu qu’elle était attirante.
Les cheveux en arrière retenus dans
une natte lâche balayant les angles nets
de son visage, un débardeur noir à bretelles fines montrant des kilomètres de
peau glorieusement bronzée, un paire de
jeans délavés qui couvrait ses jambes interminables, et des sandales plates et
simples exposant des ongles vernis bordeaux.
Arturo fut le premier à récupérer.
« Ah… Robyn. Tu es une vision, comme d’habitude. Je t’en pris, viens
t’asseoir avec moi. »
Il se leva et tira la chaise près de
lui, s’inclinant galamment. Je roulais
des yeux et quand je regardais Robyn, ses yeux étaient sur moi et son sourire
de Mona Lisa, rempli d’humour était bien
en place.
C’était bon de la voir.
Très, très bon.
Et pas simplement parce qu’elle faisait
s’asseoir et supplier mes hormones.
C’était plus que ça. Elle m’avait
réellement manquée, son sourire m’avait manqué, sa voix, sa présence. Qu'est-ce
que ça peut bien faire ! Pourquoi ne pas lui dire ? C’était quelque chose
d’amical à faire, n’est-ce pas ? Ça ne voulait pas nécessairement dire que
je voulais la déshabiller et manger des Sunday au caramel sur son estomac.
« Hey Robyn, ça fait
longtemps. »Je lui souris timidement. « Ça me fait plaisir de te
voir. »
Elle me fit un signe de la tête, sa bouche
se tordant en un sourire honnête. « Caidence. »
Je rougis.
Bon sang.
« Oui, Robyn, ça fait longtemps qu’on
ne t’a pas vue. » gronda la voix profonde de Micah, éloignant l’attention
de tout le monde de moi. « Qu’est-ce qui t’amène ? On ne te voit pas
normalement pour ces trucs préliminaires. Ils vont faire quelque chose de grand
pour le dernier épisode ? »
Robyn fit le tour de la table, ignora la
chaise que Arturo avait tirée et s’assit sur la chaise qui était près de moi.
C’était normalement la chaise de Liz, mais je n’allais sûrement pas lui faire
remarquer.
« Tout ce que je sais c’est que j’ai
reçu un message hier soir me disant de venir ici ce matin à 9 heures
tapantes. » Elle haussa les épaules. « Et me voilà. »
Ça
tu l’es, je pensais tout
un prenant une gorgée d’eau dans le verre, en face de moi, l’observant furtivement pendant que son attention était
sur Micah.
« Oui, ça tu l’es, » dit Arturo
avec son charme onctueux et parfaitement accentué.
Oh mon Dieu. J’étais Arturo au féminin.
Je m ‘étranglais et avalais, toussant
à m’en mouiller les yeux. Josiah tapa lourdement dans le dos.
« Doucement Joe, tu vas la
tuer. » Dit Robyn, mettant sa main sur mon bras. Joe cessa sa raclée et Robyn se pencha l’inquiétude se lisant don
visage. « Ça va, Caid ? »
« Oui, » je grinçais après un
moment, occupée à essayer de respirer malgré sa proximité ou le fait qu’à mon
souvenir, c’était la première fois qu’elle utilisait mon diminutif.
« Yo Caid, ça va ? »
Je levais la tête et donnais à Danny un
sourire pâle. « Oui Danny, je vais bien. »
Je toussais une dernière fois et clignais
rapidement des yeux.
Merde. Ma gorge était irritée, j’avais mal
au crâne et j’étais extrêmement embarrassée.
Mais du bon côté, la main de Robyn était
sur mon bras et elle me regardait avec inquiétude… la vie pourrait être pire.
« De l’eau ? » Elle enleva
sa main et prit mon verre toujours à moitié plein de la table.
« Oui, merci. »
La conversation reprit autour de nous et je
bus une gorgée que j’avalais avec précaution.
« Hey. » Sa voix était douce.
Je la regardais avec interrogation.
« C’est bon de te voir aussi. »
Elle me sourit et frappa mon épaule avec la sienne. « Tu m’as
manqué. »
« Oui ? » je lui demandais
avec un sourire stupide.
« Oui. »
Nous nous sourîmes et je me sentis triste
et ravie en même temps.
Robyn était belle, intelligente, marrante…
Et complètement hétéro.
Il est possible que je ne mange jamais de
Sunday sur son estomac mais je pouvais peut être l’inviter à prendre un café un
fois, ou à dîner, ou à faire une randonnée, juste en tant qu‘amies.
Parce que je réalisais que j’appréciais
sincèrement Robyn en tant qu’amie.
Sur un coup de tête je lui demandais,
« Tu fais quelque chose après ? Pour le déjeuner ? »
« Je dois être de retour sur ‘En leur défense’ à 13h30.»
elle me répondit en haussant le sourcil mais sans hésitation.
« Ça te dit de m’accompagner pour un
petit voyage ? »
« Et bien, je ne peux certainement pas
dire non à ça. »
« Génial, je… »
La pièce devint silencieuse quand le
créateur de la série, Grant Hardy, entra avec deux des producteurs exécutifs,
deux co exécuteurs et quatre scénaristes comprenant le premier scénariste, Dorn
Talren.
Bon sang, qu’est ce qui se passait ?
Dorn assistait rarement à ces trucs et Grant jamais. Et combien de producteurs
exécutifs il nous fallait pour faire la lecture préliminaire d’un
scénario ?
Je regardais Robyn qui avait l’air aussi
perplexe que moi.
« Bonjour tout le monde ! »
tonitrua Grant.
Un chœur de saluts adoucis accompagna le
groupe pendant qu’il s’installait autour de la longue table et que Grant
contemplait les membres de son cast.
« Où est Liz ? »
« Ici Grant , » provint la
réponse de la porte tandis que Liz entrait dans la pièce, fronçant légèrement les
sourcils quand elle remarqua Robyn à la place près de moi. Elle me dépassa, me
serrant l’épaule pour me saluer et prit la chaise libre de l’autre côté de
Robyn.
« Bien. Je n’aurais pas voulu que tu
loupes ça. Après tout c’était partiellement ton idée. » Il fit un signe à
un des scénaristes qui commença à distribuer des copies du script autour de la
table.
Liz parut confuse pendant un instant puis
sourit brillamment. « Tu as aimé ? »
« Très certainement. Le concept en
tout cas. On a changé des choses dont on pense qu’elles marcheront
mieux. »
Son sourire chancela mais elle pris le
script en hochant la tête.
« Maintenant, » il tonitrua.
« Vous vous demandez probablement tous ce qu’il se passe. »
Il y eut des hochements de tête prudents
autour de la table et Grant sourit. « Vous savez tous que la série marche
bien. Nous avons été dans le top 5 de notre tranche horaire pendant toute la
saison et les chiffres continuent de monter. Les cadres pensent que ça montre
que nous devons garder les choses comme elles sont, mais je ne suis pas arrivé
à ma place en me reculant et en étant prudent. Je vois ça comme une opportunité
de prendre des risques. Le dernier épisode de la saison va nous préparer à de
grandes choses pour l’année prochaine. »
Il se leva et commença à faire les cent
pas. « Nos chiffres sont les meilleurs pour la tranche 18-49 ans et c’est
parfait pour ce à quoi nous pensons vu que c’est démographiquement une tranche
d’âge légèrement plus ouverte d’esprit que les plus vieux ou les plus jeunes. »
Il se stoppa et appuya ses mains sur la table, attrapant le regard de chaque
membre du casting. « Nous allons en profiter et écrire l’histoire de la
télévision en même temps. »
Il s’assit et ouvrit son exemplaire du
script. « Commençons. »
Il y eut une pause pleine d’attente et
finalement Micah se racla la gorge. « Grant ? Tu ne vas pas nous
dire… »
Le créateur leva la main. « Non, je
veux que vous regardiez ça sans pré conception. Comme le feront les
téléspectateurs. »
Micah haussa les épaules et ouvrit son
script, imité par le reste d’entre nous ;
Les scripts étaient divisés en 4 actes,
comptant chacun à peu près 15 minutes de la série et contenant 3 à 5 scènes. Ce
script était bon, rappelant quelques intrigues d’épisodes précédents impliquant
Robyn et jouant sur la tension développée entre son personnage et le mien
pendant la tristement célèbre scène du placage contre le mur.
La bombe n’explosa pas avant la moitié du
quatrième acte, juste avant la scène finale.
La scène était encore entre nos
personnages, Rita et Judith, échangeant
des piques pendant une descente au bureau de Judith.
Je lu mes lignes puis allais un peu en
avant pendant que Robyn lisait les siennes remarquant que cette fois c’était le
personnage de Robyn qui était agressif, poussant Rita contre le mur et …
Je tournais la page de manière absente.
… l’embrassant.
Je relus les dernières lignes, cillant à
cause du choc. A côté de moi, la voix de Robyn bégaya et s’arrêta.
« Quoi !?! » Liz poussa un
cri strident, me tirant de mon ébahissement. Je regardais vite Robyn.
Elle fixait les pages avec de grands yeux
et le visage très pâle.
« Grant, ce devait être
moi ! » fulmina Liz. « Cette histoire était pour moi ! Tu
te souviens de notre conversation ? Moi voulant prendre quelques risques
et me diversifier ? »
« Liz, chérie, calme toi, » dit
l’homme de manière apaisante, « nous avons vraiment aimé l’idée mais quand
on l’a proposée à un échantillon de spectateurs, les gens ne voulaient pas te
voir embrasser une autre femme. »
« Mais il voulait la voir elle ? » Les mots et le regard
qu’elle m’adressa étaient venimeux, incrédules.
J’inspirais brusquement. Ça faisait un
petit moment que je n’avais pas eu à recevoir une des tirades de Liz. J’avais
oublié quelle peste elle pouvait être.
« Et bien en fait, oui. Son personnage
au moins, » dit Grant, faisant signe à l’un des producteurs
exécutifs. « Raj ? »
Raj Maris remua quelques papiers en face de
lui, sortant une feuille bleu pale. « Nous avons sondé un groupe de 18 à
35 ans, et seulement 13% du groupe croyaient que Jen embrasserait une femme, et
juste 2% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne. Pour Rita » il
me jeta un coup d’œil, « 71% croyaient qu’elle embrasserait une femme et
40% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne, plusieurs ont d’ailleurs commenté
qu’ils pensaient qu’elle l’était déjà. »
Seigneur. 40% du public savait avant moi.
« Les chiffres pour Judith sont plus
hauts que ceux de Jen mais pas aussi hauts que Rita, sauf quand ils étaient
interrogés spécialement sur le couple Jen/Rita – beaucoup ont dit que la scène
dans ‘Craquement’ leur avait fait se poser des questions. »
« Putain de merde ! » dit
Danny, comprenant enfin pourquoi toute cette agitation. « Tu vas rendre
Caid lesbienne ? Et Robyn ? »
Son ton était incrédule.
Il y eut d’autres murmures autour de la
table.
« Je suis quasiment sûre qu’il pense à
nos personnages, Danny. » Dit Robyn
d’un ton amusé, son sang froid retrouvé.
« Caid et moi n’allons pas nous changer tout à coup en lesbiennes… désolée de te
décevoir. »
Danny eut l’air anéanti.
Je comprenais sa douleur. Ça ne m’aurait
pas dérangé non plus que Robyn se change en lesbienne.
La colère de Liz s’était transformée en un
état de choc. Je doutais qu’elle ait déjà été aussi bas dans les sondages
depuis le début de sa carrière. Elle fixa le script puis le referma doucement.
Uh-oh.
Ce n’était jamais bon quand Liz faisait les
choses doucement.
Elle se leva et me regarda un instant. Elle
avait l’air blessée, comme si je l’avais trahie.
Ça me tua.
« Liz… » Je ne savais pas ce que
j’allais dire mais je voulais dire quelque chose pour arrêter ce regard.
« Je ne veux pas te parler maintenant,
Caid, » elle dit, levant la main. « Je ne peux pas croire que
tu… » Elle secoua la tête et quitta la pièce.
« Nom de Dieu ! » Je lâchais
une fois que la porte se soit fermée derrière elle. Je jetais mon script et
passais nerveusement ma main dans mes cheveux. « Je n’ai rien
fait ! » Je m’attaquais à Grant. « Merci pour l’avertissement.
Bon sang, ça a peut être ruiné définitivement notre relation de travail sans
mentionner notre amitié – ça aurait été sympa de nous prévenir. »
La pièce devint mortellement silencieuse.
Personne ne parlait comme ça à Grant.
Surtout pas une ex actrice de pub pour la
bière.
Une ex actrice de pub pour la bière très
dispensable qui avait choisi un moment extrêmement stupide pour perdre son
calme.
Sous la table, Robyn m’attrapa la cuisse et
la serra durement, me disant sans mots de la fermer.
J’inspirais plusieurs fois pour retrouver
mon contrôle. Grant me regardait, les yeux plissés.
« Grant, » dit Robyn d’un ton que
je n’avais jamais entendu. Il était plein de promesses, faisait allusion à des
fantasmes se réalisant et faisait se tortiller inconfortablement dans leurs
fauteuils tous les hommes de la pièce. C’était le sexe, la chaleur et les
interdits… fait pour attirer l’attention pour que Robyn puisse faire ce qu’elle
veule.
Putain. J’avais besoin d’un truc comme ça.
« Grant, tu crois que Caid et moi on
pourrait discuter avec toi en privé après la lecture ? Je pense qu’il y a
des choses dont il faudrait discuter. » Son sourire promettait la même
chose que sa voix, et plus.
Nom de Dieu. Et je croyais que Liz était
bonne à ça.
J’enlevais sa main de ma cuisse et la mis
doucement sur son genou. Même si j’étais consciente de son but manipulateur,
j’étais loin d’être indifférente à l’aura soudaine ‘viens et sers toi’ dégagée par Robyn. Sa
main sur cette partie de mon anatomie… je pouvais faire sans.
Elle me regarda rapidement et je lui fis un
sourire crispé, lui assurant que j’avais repris le contrôle sur mes envies
suicidaires d’insultes de producteur.
« Bien sûr, Robyn, » Grant
acquiesça docilement, oubliant un instant mes transgressions. Il regarda autour
de la table. « En fait, pourquoi on n’en reste pas là ? Lisez le
reste de votre côté et parlez à Kenny ou Brenda si vous avez des commentaires
ou des suggestions avant la réunion des scénaristes demain à 14h. Okay ? »
Joindre ses lèvres et les appliquer sur les
fesses insultées.
Je me levais quand le dernier scénariste
quitta la pièce, ignorant l’avertissement du regard de Robyn.
Avant, je travaillais dans l’industrie du
service. Le léchage de cul était une de mes spécialités.
Bon, je n’ai pas la beauté classique de
Robyn ou Liz, mais j’ai de grands yeux verts expressifs et une bouche large et
pleine qui avait été qualifiée récemment d’une des 20 plus embrassable de la
télévision. Je tournais ces grands yeux vers Grant et adoptais une expression
affligée.
« Grant, je suis vraiment désolée de
t’avoir parlé comme ça. J’étais contrariée par la réaction de Liz, et je
n’avais aucune raison de te parler de cette manière. » Je mis une main sur
son bras. « J’espère que tu peux accepter mes excuses. Je te promets que
ça n’arrivera plus jamais. »
Après quelques instants de moi agenouillée près
de lui, l’essence même de la supplique, Grant hocha la tête. « Fais
attention à ce que ça ne reproduise pas. Fais attention. »
« Ça ne se reproduira pas. » Je
serrais son bras et me redressais, souriant légèrement à l’expression surprise
de Robyn.
Je suppose que je ne pouvais pas lui en
vouloir d’être surprise, jusqu’à peu elle avait l’impression que j’avais
l’intellect et la maturité d’une personne de 12 ans.
Je revins vers ma chaise et m’affalais
lourdement dessus, le problème avec Liz me préoccupant maintenant que j’avais
sécurisé mon emploi.
J’avais oublié toute cette histoire
d’embrasser Robyn devant un groupe de caméras. Pas pour longtemps.
« Grant » dit Robyn, « à
propos du scénario. J’aurais vraiment préféré que tu m’en parles avant de
l’approuver. C’est quelque chose dont j’ai besoin de parler avec Mark. »
Mark Goodhead était son agent et Robyn souhaitait lui parler pour savoir si
cela pourrait affecter la suite de sa carrière.
« Tu dois parler à quelqu’un toi
aussi ? » Me demanda Grant me ramenant dans la conversation. Son
visage avait un air prédateur – une mauvaise réponse j’aurais rampé pour rien.
Ça faisait beaucoup plus longtemps que moi
que Robyn était dans le métier, mannequin pendant les premières années avant de
se mettre à jouer. Robyn Ward s’était suffisamment fait un nom pour pourvoir
refuser le script et supporter les conséquences. Pas Caidence Harris. Malgré la
popularité de ‘Central 9’, j’étais toujours une nouvelle venue dans le métier
et je ne pouvais pas me permettre de refuser. Surtout après m’être comportée
comme une conne avec l’homme qui pourrait briser ma carrière avec quelques
mots.
Il le savait et je le savais.
« Non, ça me va. » Je lui
répondis comme il savait que je le ferais.
Dans huit jours, nous commencerions à
tourner ce scénario et j’embrasserais une femme face à la caméra. Cela
dépendait de Robyn de qui serait cette femme.
Nous sommes retournées en silence à la
caravane après la réunion avec Grant, je pensais à Liz et à comment réparer
notre désaccord. Je penserais plus tard à embrasser Robyn ou une autre femme.
Quand je pourrais paniquer en privé.
Robyn était au téléphone en train de
prendre rendez vous avec son agent. Elle lui disait qu’elle avait besoin de lui
parler d’une « opportunité intéressante. »
Une manière intéressante de le formuler.
Nous avons traversé le terrain et mon pas
ralentit tandis que nous passions devant la caravane de Liz. Je sentis une
douce pression sur mon bras.
« Je ne pense pas qu’aller lui parler
maintenant soit une très bonne idée, Caid. » dit doucement Robyn.
J’hésitai et elle m’arrêta en enveloppant ses longs doigts autour de mon
poignet. « Fais moi confiance, Caid. Laisse la tranquille un moment.
Essaie demain. »
Elle me poussa légèrement en direction de
notre caravane et recommença à marcher. Nous entrâmes dans la caravane sans
parler, je marchais tout en rassemblant distraitement quelques bricoles que j’avais laissées ce matin, avant la
lecture.
« Caid… »
Je me retournais, clignant des yeux.
« Hmmm ? »
Elle eut l’air de vouloir dire quelque
chose puis de changer d’avis. « Alors, c’était quoi ce petit voyage dont
tu parlais. J’ai… » Elle regarda la volumineuse montre en argent à son
poignet, « deux heures et demi, à prendre ou à laisser. »
« Oh ». Je la fixais stupidement.
« Ça tient toujours non ? Tu m’as
promis un déjeuner, Harris. Ne me laisse pas tomber. »
Mes lèvres formèrent un sourire. « Et
bien, je détesterais te décevoir. »
« Bien. Je déteste être déçue. »
Elle leva les bras et se regarda. « Suis-je habillée de manière appropriée ? »
Je penchais la tête, savourant
l’opportunité de pouvoir l’observer de la tête aux pieds.
« Tu es parfaite. » je lui dis,
et je le pensais. Je regardais ses pieds. « Elles ont l’air plutôt
confortables. Tu peux marcher dans ces sandales ? »
Elle haussa les sourcils. « Je vais
devoir ? »
« Il y a de fortes
probabilités, » je lui répondis vaguement.
« Je peux. »
« Alors, comme je le disais c’est
parfait. »
Je souris et pris sur la table un petit
sac. « Allons nous en d’ici. »
Je la conduis à mon bébé ; une Audi S4
décapotable bleu métallisé. Ça avait été mon premier gros achat après avoir
signé un contrat de quatre ans pour C9, complètement frivole et très peu
pratique, je l’adorais.
La capote était déjà baissée je ne l’avais
pas remise ce matin quand j’étais arrivée et je lançais mon sac sur la baquette
arrière, ouvrit la porte et m’installais derrière le volant.
Robyn se déplaça doucement autour de la
voiture, la jaugeant. « Oh Caid, je ne savais pas que c’était la tienne.
Je me demandais. Cette voiture est géniale. » Robyn traîna son doigt sur
le capot tandis qu’elle allait de l’autre côté, ouvrait la porte et
s’installait à côté de moi. « J’ai toujours voulu un cabriolet mais je
suis désespérément pragmatique sur ce genre de choses. » Elle passa son
doigt sur le tableau de bord. « C’est trop cool. »
Putain
de chanceux de tableau de bord.
Je tapotais le volant. « Twila, voici Robyn. Robyn, voici
Twila. »
Oui, je donne des noms à mes voitures.
Je sais je suis ringarde, et j’étais
définitivement en train de le laisser paraître à Robyn, mais je n’en avais pas
grand-chose à faire. J’étais contente de quitter le studio et d’être en sa
compagnie.
Elle tapota le tableau de bord, son
expression était sérieuse. « Ravie de te rencontrer Twila. »
Cette femme est parfaite.
Je secouais la tête et fouillais mes poches
pour chercher les clés, je grognais lorsque je me souvins que je les avais
laissées dans mon sac. J’attrapais mon sac par l’espace entre nos deux sièges
et le mis sur mes genoux, pris les clés et fouillais encore un peu avant
d’extraire une casquette délavée venant d’un événement caritatif auquel j’avais
participé il y a quelques années.
« Il peut y avoir du vent, » je
lui dis en lui tendant la casquette avant de refermer le sac et de le remettre
à l’arrière.
« Merci. » Elle passa sa longue
natte dans le trou à l’arrière de la casquette et la positionna sur sa tête.
« Alors, on va où ? »
Elle avait l’air adorable. Comment
quelqu’un pouvait-il avoir l’air d’air si sexy et si adorable en même
temps ? Je secouais la tête et démarrais la voiture.
« Déjeuner. »
Elle s’appuya contre le cuir et sourit. « Déjeuner. »
Le studio était situé sur le côté ouest de
Pasadena et je pris la 210 pour un moment avant de sortir au nord de Lake
Avenue. Sans la capote faire la conversation était difficile, mais ne pas
parler ne semblait nous déranger ni l’une ni l’autre, nous apprécions
simplement le soleil et la légère brise. Nous nous arrêtâmes chez un épicier
dans lequel je rentrais pour prendre un sac de nourriture et nous continuâmes à
travers Altadena et sur Chaney Trail.
Je surpris le sourire de Robyn du coin des
yeux lorsque nous passions le panneau nous indiquant que nous rentrions dans la
forêt nationale de Angeles. Je soupirais de soulagement, ne réalisant pas que j’avais
été inquiète qu’elle n’apprécie pas notre destination. Je garais la voiture, remarquant avec
satisfaction qu’il n’y avait que quelques voitures de garées.
Robyn se tourna vers moi, toujours
souriante. « Donc, c’est ici le déjeuner ? »
« Nan. » J’attrapais le sac de
nourriture, re capotais la voiture et remontais les vitres, ne voulant tenter
personne avec une voiture grande ouverte. « Tu vas devoir travailler
un petit peu pour ton déjeuner. »
J’ouvris la porte et sortis, et elle fit de
même.
« Hey, » elle dit en claquant la
porte. « Tu n’avais rien dit à propose de travailler pour son
déjeuner. »
Je me contentais de sourire et commençais à
marcher, sûre qu’elle suivrait. Nous
marchions à travers la forêt, suivant les panneaux indiquant les chutes de
Millard Canyon. Le sentier suivait la rivière à travers un petit canyon ombragé
et nous atteignîmes les cascades en moins de 15 minutes. L’espace autour des
chutes était vide ; les propriétaires des voitures devaient avoir marché
plus loin derrière les cascades.
Je nous menais hors du sentier, au dessus
de quelques rochers et sous un grand chêne près de la paroi du canyon,
m’installant sur un rocher plat. Robyn s’assit gracieusement à côté de moi, regardant la cascade de 25 mètres
juste devant nous. Le courant était fort du aux pluies récentes et les cascades
étaient impressionnantes. Nous n’avions
pas parlé pendant la courte marche et le silence avait semblé confortable, pas
du tout gêné.
J’ouvris le sac de l’épicerie et le
bruissement du papier attira l’attention de Robyn. Elle me regarda.
« Donc, c’est ici le
déjeuner ? » elle me demanda avec espoir.
Je sortis du sac deux sandwiches, deux
bouteilles d’eau, un paquet de chips, une pomme, une orange et un brownie,
ainsi que quelques serviettes.
« C’est ici le déjeuner. » Je lui
tendis un sandwiche et une bouteille d’eau. « Pomme ou
orange ? »
« Orange s’il te plait. »
Je lui tendis l’orange et bus une gorgée
d’eau tandis qu’elle déballait son sandwich.
Elle ouvrit le sandwich, fronçant
légèrement des sourcils. « Rosbif ? »
« J’ai dinde et avocat, si tu préfères
je prendrai celui la. »
Elle regardait toujours le sandwich.
« Et si j’étais végétarienne ? »
Je buvais encore de l’eau et je m’arrêtai
en pleine gorgée. J’abaissais la bouteille.
« Tu l’es ? » Merde.
J’aurais du demander au lieu de supposer…
« Pas du tout. » Elle prit un
énorme morceau de son sandwich, le mâchant avec bonheur pendant un moment avant
d’avaler. « Je me demandais juste comment tu savais que j’aimais le
rosbif. »
Je soupirais de soulagement. « Tu as
juste l’air d’une fille qui aime le rosbif. »
Elle s’arrêta de manger un moment,
réfléchissant à ça. « Je ne sais pas comment je dois le prendre. »
« Je ne voulais pas… »
« Caid », elle rit et mangea un
autre morceau. « Je plaisante. »
« Oh »
Nous fûmes silencieuses pendant un moment,
mangeant notre déjeuner et écoutant le fracas de l’eau sur les rochers. Quand
je finis, je fis une boule avec le papier ayant enveloppé mon sandwich et le
remis dans le sac.
« C’était comment le
Brésil ? » je lui demandais au bout d’un moment, ouvrant les yeux et
les dirigeant sur elle. « Tu sais qu’ils t’ont montré presque autant que
Josh ? »
Elle rit. « Caid, c’était incroyable.
C’était fou. Je regardais le court pendant un point vraiment disputé et la
caméra qui était sensée être sur les joueurs était dirigée sur moi. Mon Dieu,
et chaque fois qu’on allait quelque part, il y avait tous ces photographes qui
nous suivaient… »
« Ça semble vous arriver aussi aux
Etats-Unis. »
« D’une certaine manière oui, mais
rien qui ne ressemble à ça… Josh adore l’attention pourtant. » Elle
frissonna. « Ugh, je ne peux pas le supporter. »
Ça m’a surprise. Elle semblait être à
l’aise sous les projecteurs, comme si elle l’aimait.
« Josh a bien joué, » je dis
après quelques minutes de silence.
« Je trouve aussi. » Elle pencha sa
tête en arrière et ferma les yeux, attrapant un rayon de soleil perçant le
feuillage et m’offrant une vue excellente de sa gorge, douce et embrassable et
de son décolleté. Je regardais ailleurs et me raclais la gorge.
« Ce match contre Gruspania… c’était
serré. »
Elle sourit, les yeux toujours fermés.
« J’avais peur qu’il soit contrarié après celui là… c’est un gros bébé
quand il pense qu’il n’a pas joué aussi bien qu’il aurait pu. Il ne l’était pas
finalement. »
Nous étions toutes deux silencieuses
pendant quelques minutes et Robyn se mit à rire. « En fait, il aimerait
bien te rencontrer. »
Je la regardais d’un air
perplexe. « Ah bon ? »
« Oh, il ne l’admettra jamais mais je
me souviens que quand j’ai commencé à faire des scènes sur Central 9, Josh était tout excité que je travaille avec Caidence
Harris, la fille Balentine la plus sexy.
« Oh mon Dieu », je grognais et
fermais les yeux. Pendant mon époque de pub de bière, j’avais représenté
Balentine Pilsner, une bière de style allemand, produite en Amérique avec un
nom irlandais. Elle était étonnamment populaire, surtout dans les milieux
étudiants. « Tu plaisantes. »
« Non, ses mots exactement. »
Elle se tut pendant quelques secondes. « J’aimerais bien le faire. »
J’ouvris les yeux et la regardai. Elle
m’observait mais détourna son regard.
« Faire quoi ? »
Son regard revint vers moi. « Te le
présenter. On pourrait peut être aller dîner un soir. Tu pourrais emmener …
quelqu’un si tu veux… enfin, si tu vois quelqu’un… » Son débit rapide au
début finit en balbutiement. Elle se remit à regarder les cascades.
Génial. Une conversation entre filles sur
ma vie amoureuse avec l’objet de mon affection.
« Je ne vois personne. » lui
dis-je avec un sourire narquois.
« Franchement, je ne sais pas où tu trouves le temps. Généralement, je
m’écroule sur mon lit dès que j’arrive à la maison. J’ai à peine assez
d’énergie pour me brosser les dents alors voir quelqu’un. Et ça serait sympa au
fait. »
Elle m’avait écoutée avec attention et son
front se fronça à la dernière partie. « Pardon ? »
« Un dîner, »je clarifiais.
« Ou autre chose avec toi et Josh. Si tu es okay avec juste moi, non accompagnée. »
« Ça ira très bien. Demain
soir ? » Elle me demanda avec espoir.
« Ummm… » Elle m’avait pris de
court. Je repassais mon programme pour
le lendemain. « On tourne en ville demain et je n’aurais sûrement pas fini
avant huit heures… »
« Viens à la maison. Josh s’occupera
du grill. Il ne sait pas faire cuire un œuf mais qu’est ce qu’il maîtrise le
grill. » Elle me toucha brièvement le bras. « A moins que ce ne soit
trop tard ? »
Sa tête était penchée sur le côté, elle me
regardait de ses yeux incroyablement sombres. Elle avait laissé la casquette
dans la voiture et des mèches de cheveux sombres étaient sorties de sa natte
pour venir caresser son visage.
Je respirais difficilement, submergée par
une avalanche d’émotions. Parfois, le simple fait de la regarder provoquait ça
en moi. Elle était tellement belle… j’en avais presque mal.
« Non, ce n’est pas trop tard.
J’adorerais ça. » Je réussis à lui dire.
Elle me lança un sourire éclatant et nos
regards se croisèrent, la douleur s’intensifia.
Je sautais sur mes pieds, époussetant la
saleté de mon jeans et rassemblant les restes de notre déjeuner. « On
ferait mieux de rentrer. »
« Oh… ouais. » Elle avait l’air
déçue mais se redressa doucement. « J’imagine. » Sa main passa sur
mon bras, laissant un chemin de délicieux picotements sur son passage.
« Merci Caid. C’était vraiment très agréable. Tu fais ça souvent ? »
Je regardais aux alentours pendant un
instant, le temps de retrouver mon équilibre et haussai des épaules. « Ça
dépend je suppose. J’aime bien m’éloigner du plateau quand je peux et il y a
beaucoup d’endroits à Los Angeles à moins d’une demi heure, trois quarts
d’heure de voiture… J’ai choisi celui ci parce que c’était près et que je ne
savais pas combien de temps tu voulais marcher dans ces sandales.
Normalement, je préfère marcher un peu
plus. »
« Je laisserai une paire de chaussures
de marche dans la caravane comme ça la prochaine fois, je serai
préparée. » Elle étira ses bras au dessus de sa tête, se penchant d’un
côté puis de l’autre pour relaxer son dos ; elle ne remarqua donc pas
l’énorme sourire sur mon visage.
La prochaine fois.
La vache. J’aimais la manière dont ça
sonnait.
Je rassemblais nos ordures et déballais le
brownie, le cassant en deux et tendant une moitié à Robyn.
« De l’énergie » je lui dis,
« pour le chemin du retour brutal et long. »
Elle regarda la friandise avant de la prendre
avec un soupir de résignation. « Si je continue à traîner avec toi, je
vais devoir ajouter un autre kilomètre à mon jogging matinal. »
Je souris et pris un morceau, mâchant avec
bonheur. « Tu cours ? »
Elle hocha la tête tout en grignotant
délicatement son morceau. « Oui, j’ai commencé à l’université…c’est devenu
une habitude maintenant. Je nage aussi environ deux fois par semaine. C’était
ça ou arrêter de manger et j’adore manger. »
Voilà qui expliquait ses bras longs et
puissants et ses épaules bien développées.
« Quelle distance tu cours
habituellement ? »
« A peu près huit kilomètres je
suppose. »
Je hochais la tête. C’était aussi ce que je
faisais la plupart des matins. Je lui
dis nonchalamment, « on devrait y aller ensemble un jour.»
Elle sourit. « Bonne idée. Ce sera
bien de courir avec quelqu’un à nouveau… j’avais l’habitude de courir avec Josh
mais il s’est mis dans la tête l’attitude ‘je suis un athlète professionnel et
je dois t’écraser’. » Dit elle, prenant l’accent de Arnold Schwarzenegger
à la fin de la phrase. « J’ai fini par lui dire d’aller essayer d’écraser
quelqu’un d’autre. Maintenant il paye quelqu’un pour se faire écraser. »
Je ris et engouffrais le reste du brownie
avant de nous remettre sur le chemin et nous commençâmes à marcher côte à côte.
« Je promets de ne pas t’écraser. En
fait, avec ces jambes interminables, je pense que c’est toi qui vas
m’écraser. »
Jésus. Je ne viens pas de dire ça ?
Robyn me lança un regard étrange mais ne
fit aucun commentaire. « Deal. »
Nous marchâmes calmement pendant quelques
minutes, Robyn se mettant derrière moi quand nous croisâmes un groupe de trois
femmes d’âges moyen bavardant se dirigeant vers les cascades. La femme en tête
du groupe cligna des yeux en me reconnaissant.
« Bonjour, » je dis quand ses
yeux s’agrandirent de surprise.
« Bonjour Mesdames. » la voix
grave de Robyn détourna son attention et ses yeux s’agrandirent encore
plus. Elle ralentit et nous regarda
passer la bouche ouverte. Les deux femmes derrière elle, absorbées dans leur conversation,
se cognèrent dans son dos en piaillant de surprise. Robyn et moi continuâmes de
marcher, souriant légèrement au son des chuchotements rapides derrière nous.
Robyn fit deux grands pas et se retrouva à
nouveau à mes côtés, regardant les parois du canyon avec un sourire satisfait.
Elle semblait à l’aise dans ce genre d’activité.
« Je suppose que tu ne fais pas de
VTT ? » je lui demandais soudainement.
« Je n’en ai jamais fait. » Elle
me regarda et sourit. « Mais j’ai eu envie d’essayer. »
La vache.
Trente minutes plus tard je garais Twila à
ma place de parking, je ris quand Robyn tapota doucement le capot et chuchota,
« merci ».
« Tu devrais peut être t’en acheter
une Robyn. » Je sortis, attrapai mon sac et je le passai sur mon épaule.
Elle se mit à marcher à côté de moi.
« Je n’en ai plus besoin maintenant, je n’aurai qu’à te demander de me
conduire. »
Je pense qu’elle s’attendait à une répartie
mais vu que cela ne me posait absolument pas de problème, je me contentais de
sourire.
Nous marchâmes jusqu’à la caravane,
j’entrais la première, m’arrêtant abruptement quand je vis une Liz à l’air
hagard sur mon canapé.
« Caid.. » elle fit mine de se
lever mais retomba lorsqu’elle aperçut Robyn derrière moi. Elle fronça des
sourcils, son regard passant de Robyn à moi.
Robyn s’avança légèrement, sa pose détendue
mais subtilement agressive. Je la regardais avec surprise.
Robyn me défendant ? Cette pensée me
rendit ridiculement heureuse, que ce soit vrai ou pas.
Je mis ma main doucement sur son bras et me
mis en face de Liz. « Liz… je suis contente que tu sois là… »
Les yeux de Liz décochèrent des regards à
chacun de nos visages puis à ma main toujours sur le bras de Robyn. Elle fronça
encore plus des sourcils. Elle nous fixa pendant un instant, secoua légèrement
la tête et se leva.
« Bonjour Robyn. Ça te dérange si je
parle une minute à Caid ? »
Robyn me lança un regard interrogateur, je
lui souris, lui assurant que tout allait bien. Elle regarda Liz.
« Bien sûr Liz. Je dois retourner à En
leur défense de toute façon. » Elle mit une main sur mon épaule et
serra doucement. « Merci pour le déjeuner Caid. C’était le meilleur que
j’ai eu depuis un moment. Je t’appelle pour demain ? »
Je hochais la tête en souriant, Robyn lança
un dernier regard à Liz et sortit.
Le front de Liz se plissa tandis que la
porte se fermait. « Qu’est ce qui se passe avec elle ? »
Je haussais les épaules et l’observais en
essayant de jauger son humeur. J’espérais qu’elle était là pour mettre les
choses à plat mais il était tout à fait possible qu’elle était là juste pour me
crier après… je n’aurais pas du libérer Robyn après tout.
Elle se tourna brusquement vers moi et me
serra dans ses bras brièvement mais avec force. Liz n’était pas quelqu’un de
tactile et la surprise me figea. Avant que j’aie pu répondre, elle recula l’air
gêné.
« Liz… »
« Tiens. » Elle me poussa quelque
chose et j’ouvris automatiquement la main pour le prendre. « Je suis
désolée d’avoir été une telle conne, Caid. Je n’ai jamais voulu être comme ça
avec toi. »
Je regardais l’objet entre mes mains. Trois
barres miniatures de Cookies’N Cream.
« Paula m’a dit de t’offrir des fleurs
ou quelque chose comme ça mais je sais que tu détestes ces trucs vu comment
elles meurent et empestent ta caravane, et putain, tout le monde envoie
toujours des fleurs pour se rattraper, et je sais que tu adore ces machins au
chocolat… » Liz balbutiait et je la regardais en souriant doucement.
J’adorais ces barres au chocolat débiles.
Il y avait peut être quatre personnes sur terre qui savait ça sur moi. Liz s’en
était souvenue, et sans l’aide de Paula.
J’adorais quand les gens me surprenaient
positivement.
« … et j’étais juste tellement en
colère après Grant de m’avoir laissée dans le noir… »
« Liz, ça va. »
Elle s’arrêta.
« Vraiment ? »
Je hochais la tête. « Vraiment. »
Le soulagement fit se relaxer tout son
corps et elle s’affala sur le canapé. « Merci mon Dieu. »
« Mais juste pour que tu
saches, » j’ajoutais, « Liz la Charmante est toujours ma
préférée. »
Elle se mordit la lèvre. « Je suis
vraiment désolée Caid. »
« Je sais que tu l’es, cher. » Je
déballais l’une des barres chocolatées et lui offris. « Tu en veux
une ? »
Elle fit la grimace. « Ah ça non. Ces
trucs sont répugnants. Je ne sais pas comment tu peux les manger. On dirait des
cubes de lard avec des fourmis dedans. »
Le bonbon fit une pause dans son chemin
vers ma bouche. Je le regardais avec beaucoup d’attention et vis qu’elle avait
raison.
« Où est ce que tu as vu un cube de
lard dans tout ta vie, mademoiselle ? » Je mis le bonbon dans ma
bouche en essayant de ne pas penser à du lard ou des fourmis.
Elle renifla. « Je sais à quoi le lard
ressemble. »
« C’est vrai que tu cuisines tellement
souvent. »
« Hey, je regarde la chaîne cuisine…
ces mecs adorent le lard. » Ses yeux s’agrandirent. « Putain de
merde, l’autre nuit je les ai vu faire ce truc avec une sorte de melon pas net et une partie d’un
requin qui ne devrait jamais être montrée à la télévision ... »
Mon rire bruyant résonna contre les murs de
la caravane. J’adorais cette femme et c’était sympa de me rappeler pourquoi.
Elle s’arrêta au milieu de sa phrase.
« Quoi ? »
« Liz, ne change pas. »
Elle me sourit superbement. « Bien sûr
que non, Sugar. Pourquoi modifier la perfection ? »
Pourquoi, effectivement.
Je ris encore et m’assis près d’elle sur le
canapé.
« On est okay ? » elle me
demanda encore.
« On est bien. »
Elle se tourna vers moi, soudain très
sérieuse. « Tu fais partie du peu de vrais amis que j’ai ici, Caid. Je ne
pourrais pas le supporter s’il y avait quelque chose qui vienne gâcher
ça. »
« Ça me ferait aussi beaucoup de peine
Liz, » je lui dis tout en lui tapotant la cuisse. « Et je pense que
tu as beaucoup plus d’amis que ce tu crois. »
Je m’appuyais contre les coussins en
soupirant. Aujourd’hui j’avais appris que mon futur sur C9 était sur le point de prendre un virage très intéressant, étais
passée très près de terminer ma carrière, avais failli perdre une bonne amie,
m’étais lancée dans une amitié prometteuse avec une femme dont je voulais bien
plus que l’amitié… Ça avait été une grosse journée et on n’en était qu’à la
moitié.
« En parlant d’amis, Robyn et toi
aviez l’air plutôt copines. Je ne savais pas que vous passiez du temps
ensemble ? »
« On n’en passait pas avant
aujourd’hui. J’avais besoin de m’éloigner un peu du plateau et Robyn m’a
accompagnée. »
« Oh, Caid… tu ne l’as pas emmenée
faire une de tes petites marches ? » Elle fronça le nez en signe de
désapprobation. J’avais invité Liz une fois à l’un de mes petits voyages après
lequel nous étions d’accord toutes les deux que je ne lui redemanderais plus
jamais. Liz et la nature ça faisait deux.
« Elle a aimé. » Je lui dis, un
peu sur la défensive.
« Je savais que cette fille avait
quelque chose de bizarre… »
« Elle n’a rien de
bizarre ! » La véhémence de mon ton nous surprit toutes les deux.
« Whoa, Caid je rigolais. En fait,
j’aime plutôt bien Robyn. N’importe quelle personne qui peut faire taire Arturo
avec un regard est okay selon moi. »
Je me grattais la tête et soupirais.
« Désolée, je pense que je suis un peu à cran aujourd’hui. »
Le silence suivit pendant quelques minutes.
Je regardais ma montre, remarquant que je devais bientôt aller au maquillage.
« Caid ? » Le regard de Liz
était perdu dans l’espace et son expression perplexe.
« Hmmm ? »
« A ton avis, pourquoi personne ne pense
que je pourrais embrasser une femme ? »
Ouh la la. Je savais que ces chiffres
idiots allaient l’inquiéter.
« Je ne sais pas, Liz, mais je ne m’en
inquiéterais pas trop à ta place. C’était juste un sondage. »
Elle hocha la tête et se tut pendant un
moment.
« Tu as déjà ? »
J’étais en train d’observer paresseusement
le plafond, je me tournais vers elle. « J’ai déjà quoi ? »
« Embrassé une femme ? »
« Non, » je lui répondis
honnêtement après un instant d’hésitation.
Mais
j’en ai eu envie. Comme j’en ai eu envie. Pendant la scène avec Robyn, à la
lecture d’aujourd’hui, aux cascades et à chaque fois que Robyn entre dans une
pièce…
« Tu en as déjà eu envie ? »
J’inspirais nerveusement et Liz me regarda
de manière curieuse.
Je restais immobile pendant un moment puis
me raclais la gorge et dis doucement, « Oui. »
Elle hocha pensivement la tête. « Ça
doit être ça. Je n’ai jamais eu envie. D’embrasser une femme je veux
dire. »
Je la fixais, je ne savais pas ce à quoi je
m’attendais, mais certainement pas à une logique calme.
Elle se leva en utilisant un accoudoir et
un de mes genoux. « Bon, je dois être au studio à deux heures. Paula
devrait être à la porte d’un moment à l’autre. Autant lui épargner le
voyage. » Elle s’arrêta à la porte. « Je suis contente qu’on soit
okay, Caid. »
Je retrouvais ma voix. « Moi
aussi. »
Elle ouvrit la porte et regarda au dessus
de son épaule. « Et ne pense pas qu’on en ait fini avec le fait
d’embrasser une femme. On reparlera de ça
plus tard. »
La porte se ferma avec un vif snick.
Je grognais et mis ma tête dans mes mains.
Génial. Juste génial.
Et dans son propre rôle, chapitre 2
CHAPITRE DEUX
Je
frappai à la porte de la caravane de Liz avec la pointe de ma botte le
lendemain matin à 7H55, buvant à petite
gorgée dans une grande tasse de café en carton que je tenais dans une main, suspendu dans l’autre main se trouvait un
plateau en carton contenant deux autres tasses de café fumant.
La
porte s’ouvrit et Paula, l’assistante de Liz, me fit entrer. Je grognais en
guise de salutation et entrais dans la caravane, présentant le plateau et
montrant avec mon menton celui le plus proche de Paula.
« Mocha
blanc quelque chose. Avec du lait de soja. »
Elle
prit la tasse indiquée du plateau en murmurant, « Tu es un amour.
Merci. » Tandis que je la dépassais, elle me toucha le bras. « Et je
n’en crois pas un mot. »
Je
fronçais les sourcils. « Un mot de quoi ? »
« De
ce qu’ils disent. A propos de toi et du figurant et de la chèvre. »
Chèvre,
singe… il n’y a pas grande différence quand vous êtes supposé les baiser.
Je
souris poliment. « Merci Paula, je suis flattée que tu ais une si haute
opinion de moi. » Elle fronça les sourcils doutant de la sincérité de mes mots. Avant qu’elle ait pu dire quoi que
ce soit d’autre à propos des rumeurs sur
mon amour des chèvres, je poursuivis. « Comment va Liz ce
matin ? »
Liz
n’était pas du matin, et il était toujours bon de connaître son humeur avant
d’engager la conversation.
« Et
bien, elle est… »
La
porte de la caravane s’ouvrit en grand et Liz en sortit d’un pas lourd, nous
lançant un regard furieux.
« Liz
est une adulte qui n’aime pas qu’on parle comme si elle n’était pas là. »
Elle s ‘effondra sur le canapé, nous fixant toujours. « Et pour
l’amour de Dieu Paula, je t’ai dit que ce truc avec la chèvre n’était qu’une
rumeur stupide. Honnêtement, je sais pas qui a lancé cette horreur. »
« C’est
fou n’est ce pas ? » Je commentais sèchement et tendis le plateau
comme offre de paix. « Le plus caféiné et le plus sucré qu’ils
avaient. »
Ses
yeux s’adoucirent un peu et elle tendit les mains. « Ohhhhh. Donne
moi. »
Je
posai le plateau et lui tendis la tasse. Elle la renifla et prit une petite
gorgée, fermant les yeux et grognant d’une manière qui aurait du me faire
rougir, si l’on considérait l’admission récente de ma sexualité, mais je n’ai pas rougi. Liz, malgré ses attraits
indéniables, ne m’avait jamais fait de l’effet sexuellement. Ce qui me plaçait
dans un minuscule pourcentage de
personnes sur cette planète, et expliquait probablement le fait que Liz
m’aimait bien.
Quelqu’un
toqua à la porte de la caravane. « Une voiture est là pour Stokley et
Harris ! »
Je
tendis la main et mis Liz sur ses pieds. « Allez, autant en finir
rapidement. » je dis avec un entrain évident.
« C’est
pas si terrible que ça Caid, » Liz roucoula et me tapota la joue. « Tu as besoin de travailler sur ta
sociabilité de toute façon. »
Je
pris un air renfrogné et elle rit, nous guidant hors de la caravane, s’arrêtant un instant sur le seuil avec un petit
couinement lorsque le soleil éclatant lui toucha le visage. Elle se retourna
vers Paula qui était déjà en train de lui tendre une paire de lunettes de
soleil qui étaient plus conçues pour le style que pour la fonctionnalité. Elle
les prit sans un mot.
Je
secouais la tête, prenant mes propres lunettes du haut de ma tête pour les
glisser à leur place avant de suivre Liz et Paula au bas des escaliers et dans
la limousine grise où deux personnes du département Relations Publiques de la chaîne
nous attendaient.
Liz
qui détestait absolument partager une limousine avec des gens qu’elle ne
connaissait pas, s’assit dans un silence maussade durant le trajet vers
l’hôtel, ses yeux lançant des couteaux aux deux passagers. Ils avaient l’air
mal à l’aise, mais je n’avais pas assez de sympathie pour lancer une
conversation qui aurait pu apaiser la tension. La préférence de Liz pour les
trajets en solo était connue de tous, et ces derniers auraient du le savoir. A
la place je m’assis et bus doucement mon café qui se refroidissait, laissant la
caféine faire son travail pendant que Paula tapait intensément sur son ordinateur portable et utilisait
occasionnellement son téléphone portable.
A
l’hôtel, on nous escorta dans une petite salle de conférence et on nous offrit
des croissants, des muffins et plus de café. Quelques minutes plus tard, 45
journalistes venant de différentes sources de média nationales et
internationales se regroupèrent, s’assirent et commencèrent un torrent de
questions.
J’étais
nerveuse au début, toujours pas habituée à la notoriété grandissante que
« Central 9 » m’avait apportée et peu sûre de moi face à la presse.
La plupart des questions étaient pourtant pour Liz, et bientôt je me relaxais
et appréciais le spectacle qu’était Elizabeth Ann Stokley. Cette femme était
vraiment un maître quand il s’agissait de faire face à la presse ; déviant les questions avec un charme qui
laissait les journalistes souriant, sérieuse un instant et charmeuse un autre,
contrôlant la pièce sans les laisser réaliser qu’ils étaient contrôlés.
Finalement,
au bout d’une heure et demi, l’animateur donna le signal des dernières
questions.
« Une
question pour Ms. Stokley et Ms. Harris, » dit une femme courte et forte
dans le fond. « Êtes-vous conscientes qu’au cours des deux dernières
années il y a eu une explosion d’histoires en ligne vous décrivant dans une
relation homosexuelle toutes les deux ou avec d’autres personnages du casting
de « Central 9 » ? Est-ce que ceci a affecté vote manière de
travailler, et que pensez vous des chances qu’une telle histoire apparaisse
pendant les heures de prime time ? »
J’entendis
Liz prendre une inspiration choquée à
côté de moi, mais je gardais mes yeux fixés sur la journaliste et ce que
j’espérais être un sourire détendu sur mon visage, même si mon cœur battait si
fort que c’était un miracle que les micros ne l’entendent pas.
Inspirant
calmement, je regardais Liz, remarquant qu’elle tremblait plus que je ne l’avais jamais vue. Je sentis un éclair de contrariété. Qu’est ce qui était si épouvantable, le fait
d’être lesbienne ou bien le fait d’être prise pour une lesbienne.
Je
repoussais immédiatement ma contrariété, ma propre réaction n’avait pas été
beaucoup mieux, et j’étais lesbienne.
Au moins en théorie.
C’est
fou ce que la société nous conditionne.
« Je
pense que je vais prendre celle la, si ça ne te dérange pas Liz ? »
Je dis lui souriant de manière rassurante.
Elle
sembla reprendre son aplomb, et réussi même à me sourire. « Vas y. »
Je
reportais mon attention sur la journaliste, remarquant que les autres
journalistes étaient vraiment silencieux.
Je
réfléchis un instant.
Okay, Caid, vas y
tranquillement avec celle là. J’avais
à peine fait mon coming out pour moi, je n’étais certainement pas prête à le
déclarer au monde entier.
« Oui,
je suis consciente qu’il existe des sites internet contenant des histoires sur
les personnages de « Central 9 », et que certaines de ces histoires
sont de nature lesbienne. »
J’étais
surprise de combien ça sonnait naturel d’utiliser le mot.
Lesbienne.
J’étais
lesbienne.
Je
ne me l’étais pas encore dit à moi même ; c’était beaucoup plus facile que
je ne le pensais.
Je
fis une pause en réaction à ma révélation interne, et la journaliste qui avait
posé la question ouvrit la bouche pour parler, je la coupais avant qu’elle
puisse développer sur la question.
« En
quoi ces histoires affectent ma relation professionnelle ou personnelle avec
Liz ? » je haussais les épaules. « Elles ne l’affectent pas. Liz
et moi sommes amies, et avons une relation de travail très confortable,
contrairement à ce que certains journaux et magazines peuvent dire. Aucun
d’entre vous, bien sûr, » Je souriais de mon sourire le plus charmant,
écoutant la leçon de Liz, et j’étais satisfaite d’entendre quelques rires. « Je ne vois pas pourquoi ces relations
changeraient à cause de gens qui écrivent des histoires sur les personnages que
l’on joue dans une série TV. »
« Et
si je pense ou non qu’une intrigue
homosexuelle prendra place pendant les horaires prime time… je pensais que
c’était déjà fait. Il y a eu plusieurs personnages gays dans la télévision
prime time. Il est vrai qu’il y a encore du chemin à parcourir pour que ce soit
un personnage récurrent dans une série comme « Central 9 », et que sa
sexualité soit traitée avec la même décontraction qu’un personnage
hétérosexuel mais je pense qu’on va
finir par y arriver. » Je souris à la femme. « Donc, pour répondre à
vote question, je dirais que les chances que ce genre d’intrigue arrivent en
prime time sont plutôt bonnes, mais je ne vais pas deviner une
chronologie. »
Plusieurs
journalistes levèrent la main après que j’aie terminé, mais une des personnes
des relations publiques – il me semble que son nom était Nick – annonça que
nous avions d’autres engagements, et la conférence se termina poliment si ce n’est à contre cœur.
Nous
signâmes quelques autographes à un groupe de personnes attendant dans le hall
et remontâmes dans la limousine, les deux hommes des Relations Publiques ayant
choisi sagement de prendre un taxi.
Dès
que que la porte se ferma, Liz se tourna vers moi et m’agrippa le bras.
« Putain, c’était pour quoi tout ça ? Les gens pensent que je suis
lesbienne et ils écrivent des choses à ce sujet sur le net ? C’est
illégal ! Je peux les poursuivre ? Merde, j’ai besoin d’appeler Woody
pour voir si je peux attaquer. Paula passe moi Woody. »
Je
soupirais. Merci de t’inquiéter aussi de
ma carrière, Liz.
« Liz…
calme toi. » Je dégageais mon bras et me rassis, passant une main dans mes
cheveux par contrariété. « Ce ne sont pas des histoires sur toi, nom de
Dieu ; ce sont des histoires sur Jen Hastings. Un personnage de
fiction. »
Ça
sembla la calmer un peu, mais elle prit quand même le téléphone quand Paula le
lui tendit.
« Woody ?
Bien sûr c’est Liz. J’ai une journée de merde, merci beaucoup. Est ce que tu
savais que ces gens de l’Internet croient que je suis lesbienne ? »
Je
roulais des yeux. « Liz… »
« Eh,
Woody, je te passe Caid. Elle sait. »
Elle
poussa le téléphone dans ma main, et résignée je le mis à mon oreille.
« Woody ?
C’est Caid. »
« Caid,
de quoi elle parle ? » La voix troublée et nasale de Woody Stein
me parvint de l’autre côté de la ligne.
Je
mis mes doigts sur le haut de mon nez et fermais les yeux. « Ecoute,
laisse moi te rappeler, okay ? »
« Caid… »
« Je
te rappelle. » Je fermais le téléphone en le claquant, sachant que ça
énerverait Woody, mais sachant aussi que Liz arrangerait les choses pour moi.
« Qu’est
ce que tu fais ? » me demanda Liz rageusement. « Tu
dois … »
« Liz. »
« …
raconter ça à Woody… »
« Liz. »
« Je
les poursuivrai …»
« Liz,
ferme la ! »
Liz
cligna des yeux et Paula me regarda d’un ai choqué mais la voiture était enfin
calme.
« Merci.
Maintenant écoute moi pendant une seconde, okay. ? Ces histoires sont
appelées FanFiction. Des gens écrivent des histoires sur les personnages d’une
série. Elles ne parlent pas de toi. Tu ne peux poursuivre personne parce que ça
ne parle pas de toi. Ça parle des personnages de la série. »
« Je
ne peux pas. »
« Non,
tu ne peux pas. »
Elle
était silencieuse pendant un moment puis fronça les sourcils. « Comment tu
connaît ces trucs ? Et pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? »
Je
me grattais inconsciemment la nuque. « Je faisais des…ah… recherches sur
Internet un soir et je suis tombée sur un site qui avaient des trucs sur la
série. J’étais curieuse donc j’en ai lu quelques uns. » Je ne pense pas
qu’elle avait besoin de savoir exactement sur quoi mes ‘recherches ‘ portaient. « Je ne te l’ai pas dit parce
que je ne pensais pas que c’était important. Ce sont juste des histoires Liz.
Ça ne parle pas de toi. Personne ne t’accuse d’être lesbienne. »
Elle
fronçait toujours les sourcils, son front obscurci par ses pensées. « Je
voudrais en voir quelques unes, » dit-elle brusquement.
Je
haussais les épaules. « Très bien, je t’enverrai quelques liens. »
« Quelques
quoi ? »
Liz était nulle avec les ordinateurs. Je
regardais Paula qui hocha la tête.
« Paula
sait ce que je veux dire et elle te montrera. »
« Montre
moi maintenant. Utilise l’ordinateur de Paula. On est à mi chemin du
studio. »
Parfois
son attitude m’agaçait vraiment.
« Dis
s’il te plait. »
Liz
cilla. « Quoi ? »
« Dis
s’il te plait. Je suis pas ta putain d’assistante Liz – sans vouloir
t’offenser Paula, » je regardais l’assistante pour m’excuser. Elle sourit légèrement et secoua la tête.
« Je suis ton amie et ta collègue. Dis s’il te plait. »
Nous
nous fixâmes un long moment et elle finit par soupirer. « Je suis désolée
Caid ». Sa voix était contenue. « S’il te plait. »
Je
lâchais mon propre soupir et me tournais vers Paula. « Paula, je peux
t’emprunter ton ordinateur un moment s’il te plait ? Cette voiture a le
wifi non ? »
« Bien
sûr Caid ». Elle acquiesça, cliquant quelques fois pour quitter ce qu’elle
faisait, et me tendit le portable.
J’ouvris
le navigateur, googlais quelques mots clés dont je savais qu’ils me donneraient
ce que je cherchais, naviguais dans les résultats, en choisissant finalement
un, le parcourant rapidement et plaçais le portable sur les genoux de Liz.
« En
voici une. Appuie sur ce bouton quand tu veux descendre. »
« Merci »
elle murmura poliment et commença à lire.
Je
partageais mon attention entre regarder les voitures qui comme nous étaient
coincées dans le trafic du déjeuner, et
regarder l’expression de Liz passer de curieuse et légèrement ennuyée à absorbée et concentrée. En fait, je n’avais
pas lu beaucoup de fan fiction ‘C9’ – ça m’avait semblé être un peu
égocentrique – mais j’avais beaucoup apprécié celle là.
Liz
était toujours en train de lire lorsque la limousine se gara à l’extérieur du
studio, relevant les yeux à contre cœur lorsque Paula annonça que nous étions
arrivées.
« Mais… je n’ai pas fini. Je ne peux
pas le sauvegarder ? » Elle demanda honteusement.
Paula lui assura qu’elle pouvait et lui
prit l’ordinateur, mit un marque page sur le site et me fit un clin d’œil.
Je lui souris et suivis Liz hors de la
limousine et dans l’immeuble, curieuse de l’expression pensive de son visage.
Quand nous atteignîmes la caravane elle se
tourna, l’expression pensive se changeant en légèrement calculatrice.
« Donc il y en a beaucoup de ces histoires ? »
J’acquiesçais. « Des centaines…des
milliers même, je suppose. »
Ça la surpris. « Toutes sur Jen et Rita ? »
« Oh… non, non. Ils mettent toute
sorte de personnages ensemble. » Ça sembla la décevoir. « Combien
sont des histoires lesbiennes ? Beaucoup ? »
« Beaucoup. »
Ceci la satisfit et elle monta les
escaliers de sa caravane, me lançant un vague, « A plus tard, »
au dessus de son épaule.
Je fixais la porte de sa caravane pendant
un moment, me demandant ce qui lui passait par la tête, et pensant que quoi que
ce soit, je n’allais sûrement pas l’apprécier.
Enfin, je haussais les épaules et me
dirigeait vers ma propre caravane, me demandant si Robyn était sur le plateau
aujourd’hui.
Et dans son prpre rôle, chapitre 1
Et dans son propre rôle…
Dabkey
DEMENTIS :
Cette
histoire est une fiction originale. Toute ressemblance avec des personnes
réelles est une coïncidence.
Toute
l’histoire se passe dans une ville où je ne vis pas. Internet est un outil de recherche
fantastique et j’ai essayé de rendre les choses aussi réalistes que possible,
mais je suis un écrivain, et j’admets que quand la réalité ne me convient pas,
je change des choses. Mes excuses aux habitants de LA, New York et Florida Keys
pour tous les moments « mais c’est où ça? ».
Avertissement
Amour/Sexe : Cette
histoire relate l’histoire d’amour entre
deux femmes consentantes et adultes. Si ça vous dérange, passez votre chemin,
il y a plein de bonnes fictions sur le net.
Remerciements : Un grand grand merci à tous ceux qui m’ont
aidé, surtout Renée et Linda pour une excellente relecture, Meghan pour
l’inspiration, le soutien et la confiance, et Deb pour sa patience infinie, ses
encouragements tenaces et son amour.
Feedback : dabkey@hotmail.com
Feedback
pour la traduction : jul.caplan@gmail.com
CHAPITRE UN
Le
garçon était recroquevillé, le dos rond
tandis que je tendais la main vers son visage.
« Ça
va », lui dis-je calmement, j’arrêtai ma main, attendant.
De
grands yeux marron me regardèrent en hésitant au travers de cils longs et
sombres.
« Ça
va, Samuel ». Je lui souris de manière rassurante. « Je ne vais pas
te faire de mal ».
Je
tendis une fois de plus ma main et ses yeux
s’agrandirent de frayeur, mais il me laissa lui toucher le menton et lui
tourner doucement la tête sur le côté. Je me glaçai pendant un instant, à la
vue du bleu enflé qui courait tout le long du côté gauche de sa tête, et
l’agrippais par les épaules, plus fort que je ne le voulais, autorisant la
colère que je ressentais de se monter
sur mon visage.
« Qui
t’as fait ça Samuel ? » lui soufflais-je. « Qui a fait
ça ? »
« Coupez !!! »
La
voix transperça le silence comme un coup de feu, et je pouvais sentir les
frêles épaules entre mes mains sursauter en réaction.
Je
soupirais et laissais tomer mes mains sur mes cuisses pendant que les
conversations éclataient sur le plateau autour de moi. La caméra à ma droite
recula et je me redressai.
« Merde ».
Le
garçon gloussa et essuya son nez,
laissant une trace brillante de mucus sur sa lèvre supérieure.
Charmant.
« Becca ? »
J’appelais une des assistantes. « Peut-on avoir un mouchoir ou quelque
chose par ici ? »
J’étais
vraiment pour le réalisme à la télévision,
mais là il n’y avait pas moyen que je serre ce gamin dans mes bras avec toute
cette morve sur lui, quoique le script en dise.
Pendant
que Becca, une petite rousse dans un haut serré citron vert, se dépêchait et
commençait à s’agiter près du garçon, je
me tournais au son des pas s’approchant, mettant sur mon visage une expression de politesse respectueuse que je
ne ressentais pas.
« Qu’est-ce
qu’il y a Adam ? Je pensais que ça se passait bien. »
Je
ne le pensais pas vraiment - j’avais été trop agressive, à cause d’un manque de sommeil, d’une semaine
très longue et d’un méchant mal de crâne - mais je n’allais sûrement pas
admettre ça à cet abruti.
Adam
Kreiczeck était petit, odieux et transpirant ; je ne l’avais pas aimé
dès que je l’avais vu, et il était devenu plutôt évident au cours de la
semaine que le sentiment était
définitivement mutuel.
« C’est
pour ça que je suis le réalisateur, Miss Harris, et que vous ne l’êtes
pas ».
Tu es le réalisateur parce
que tu es marié à la nièce du producteur, connard.
Je
détestais les réalisateurs invités.
Ils
perturbaient le jeu de tout le monde, foutaient en l’air le rythme normal de
tournage, et étaient généralement des emmerdeurs. Du travail de réalisateur de
Kreizeck avait découlé une journée de 16
heures, beaucoup de scènes devant être
retournées, et une énorme migraine que je semblais avoir depuis les dernières
72 heures.
« Essayons
encore une fois », sueur –man continua, « avec un peu plus de
compassion et moins de Rambo. Vous essayez d’aider le garçon, Miss Harris, pas
de l’agresser ».
Le
fait que dans ce cas précis il ait raison m’énerva encore plus que son sourire arrogant. Je hochais courtoisement la tête, résistant à
l’envie de le claquer.
Il
claqua impatiemment des doigts, amenant un des assistant de production à ses
côtés. « Et s’il vous plait que quelqu’un dise à Miss Stokley que nous
serons bientôt prêts pour elle. »
« Miss
Stokley », dit une voix traînante, profonde, très féminine, « est déjà là. »
L’effet
de la voix sur Kreizeck fut immédiat. Il se retourna en direction du son avec
plus d’athlétisme que je n’en l’aurais cru capable et sprinta pratiquement vers le devant du plateau ou Elizabeth Ann
Stokley s’asseyait de manière royale dans sa chaise.
« Miss
Stokley ! ».
« Bonjour
Adam », elle murmura. « Désolée si je suis un peu en retard. J’étais
retenue à l’habillage. »
Je
regardais son ensemble, - le même qu’elle avait porté aux répétitions trois
heures auparavant - et pensais que son
retard était plus certainement du à un stagiaire musclé du nom de Chad, le
parfum de Liz pour la semaine, qu’à n’importe qu’elle type de problème de garde
robe. Non pas que la teneur de son
excuse eut de l’importance. Elle aurait pu lui dire qu’elle était en train de sucer
le directeur de la chaîne dans les toilettes pour hommes, et je doute qu’il
aurait battu un cil ou changé son empressement haletant d’un iota.
« Oh,
pas de problème, pas de problème. Merveilleux. Vous avez l’air très bien,
vraiment bien ».
Je
roulais des yeux, déchirée entre énervement et amusement tandis que Liz
utilisait sa magie et que Kreizeick était réduit à une flaque de gelée bavante
et obséquieuse.
Et
qui pourrait le lui reprocher ?
Elizabeth
Ann Stockley était certainement un plaisir pour les yeux. Cheveux blonds, yeux
bleus, un sourire éclatant, un corps avec des courbes à tous les bons endroits
et un charme de belle du sud qui pouvait envelopper même le plus grand des
connards autour de son parfait petit doigt.
Une
combinaison intéressante, pas de doute.
Elle
était aussi caractérielle, perfectionniste, une putain d’actrice et depuis le premier jour où j’avais commencé à
travailler sur le plateau de « Central 9 », une bonne amie.
« Central
9 », ou C9 comme l’appelait l’équipe et les acteurs, était une série
policière montrant la vie de six détectives dans une unité d’homicide à Los
Angeles. Liz jouait le personnage principal de la série, Jen Hastings ;
une détective jeune et optimiste avec une fille de cinq ans, un crédit et une
mauvais goût extrême en matière de maris, pendant que je jouais Rita Stone, sa
partenaire plutôt caustique, intense et cynique. Quand ils étaient en train de
caster le rôle de Rita, ils cherchaient une femme qui était en gros l’exact
opposé de Liz. Mes Cheveux noirs, ma mâchoire carrée, mon mètre 78 étaient assez
chanceux pour se trouver au bon endroit au bon moment ; j’ai eu le rôle,
et depuis ma vie a pris une forme de montagne russe.
Le
claquement de doigt de Kreizck me sortit de mes pensées ; je suppose qu’il
avait fini sa cour et voulait se remettre au travail. « Miss Harris,
peut-on réessayer ? »
Je
rencontrais le regard amusé de Liz au dessus de la tête du réalisateur – ce qui
montre combien l’idiot était petit – et lui souris légèrement.
« Bien
sûr, Adam ». « Je suis prête quand vous l’êtes ».
« Okay
tout le monde ! » encore des claquements. « En
place ! »
Je roulais des épaules, expirait un long soupir, et regardait ma
morveuse co-star. En dépit du Kleenex, il suintait toujours du mucus.
« Action ! »
La
journée allait être très très longue.
Un
réarrangement de dernière minute du programme de tournage avait transformé ma
longue journée en une relativement courte, et à 14 heures j’avais fini mes scènes de la journée et ne devais pas être
sur le plateau avant 8h30 le lendemain matin. Des pensées agréables de
vêtements confortables, de soleil printanier et d’un bon livre dans le hamac de
mon jardin dansaient dans ma tête tandis que j’ouvrais la porte de ma caravane,
et je ne réalisais pas que j’avais de la compagnie jusqu’a ce que je claque la
porte derrière moi et que la grande et mince femme sur mon canapé ne se réveille en sursaut, clignant
confusément des yeux et me sourie encore à moitié endormie.
« Caidence…
hey ». La voix était basse, âpre et rauque – gorgée de whiskey, j’avais
entendu une personne des média l’appeler – et je l’ai sentie, et ce sourire,
jusque dans mes orteils.
Elle
s’étira avec luxure, comme un grand chat satisfait, produisant un petit
miaulement qui se transforma en un grognement long et satisfait. Avec effort,
je détachais mon regard de l’éclair de peau au dessus de la taille de son jean,
et de chemin de ses seins – Jésus, est-ce
qu’elle porte un soutien-gorge ? Christ, Caid arrête de regarder ses
seins ! – tendus contre le tissu de son t shirt.
« Robyn.
Merde, tu m’as fait peur ». Je m’affalais sur la chaise en face du miroir,
contente d’avoir une excuse pour mes jambes soudainement faibles.
Vous
penseriez que j’y serais habituée depuis le temps.
Nous
avons travaillé ensemble plusieurs fois, et je la voyais si ce n’est pas tous les
jours, au moins un ou deux fois par semaine pendant les 18 derniers mois, que
ce soit sur le plateau de « Central 9 » ou de « En leur
défense », la série d’avocats sur laquelle Robyn travaillait pour la même chaîne.
Les deux séries avaient été lancées la même année et se passaient dans la même
ville, et souvent, des acteurs d’une série faisaient des apparitions dans
l’autre, ce que Robyn faisait depuis trois semaines. La jeune femme partageait
même ma caravane lorsqu’elle travaillait sur « C9 », ce qui expliquait sa présence sur mon canapé.
Mais
peu importe combien de fois je voyais Robyn Ward, travaillais avec elle, ou
partageais son espace, son air sensationnel et sa sensualité âpre me laissait
toujours sans voix, légèrement déphasée et juste un peu essoufflée.
« Désolée. »Elle
bailla et balança ses longues jambes
hors du canapé pour s’asseoir, passant sa main dans des cheveux long sombres et
légèrement ébouriffés, regardant la pièce. « Je pense que faire ce double
travail commence à me rattraper. Je me suis presque endormie sur le plateau
aujourd’hui entre deux prises ».
« Tu
parles », j’acquiesçais, regardant son reflet dans le miroir, enlevant de
manière absente le maquillage qui, à l’écran, était sensé faire croire que je n’en portais aucun. « Je ne
travaille que sur une seule série cette semaine et je suis sur le point de
lâcher. S’il y avait plus de place sur le canapé, je t’aurais rejointe. »
Vous
vous souvenez de ce que j’ai dit à propos du « laisser sans voix » ? Laissez moi reformuler ça. Ou
je ne trouve rien à dire, ou les trucs qui sortent de ma bouche sont très
gênant et mènent à un rougissement incontrôlable, comme celui que j’avais
maintenant.
J’étais
reconnaissante pour mon teint mat qui j’espère le camouflait.
« Vraiment ? »
elle fronça son sourcil avec un sourire amusé. « Je
me souviendrai de ça la prochaine fois et je ferai attention à te laisser de la
place ».
Oh,
comme j’adorais ce truc qu’elle faisait avec son sourcil.
En
fait, ses sourcils étaient une des choses que je préférais chez elle, balayant
son front avec une précision sombre et
linéaire, brandis avec un effet
dévastateur aux moments opportuns. En effet, j’adorais ces sourcils, classés en bonne position avec des yeux
chocolats, des cheveux soyeux sombres, une bouche large et pleine, un visage
anguleux, des jambes interminables, de belles mains, une peau douce et bronzée,
un corps gracieux, une petite fossette au menton, et le grain de beauté sur le
côté de son coup, juste sous l’oreille, que vous pouvez voir quand elle passe
inconsciemment la main dans ses cheveux.
Je
clignais des yeux, réalisant que je la fixais.
« Caidence ? »
Elle s’était penchée en arrière, drapant
un long bras sur le dossier du canapé en
me regardant d’un air qu’elle me donnait fréquemment depuis peu – un petit
sourire secret qui était un mélange d’amusement, de curiosité et de raillerie.
Je
commençais à penser que peut être Ms Ward était plutôt consciente de l’effet
qu’ elle avait sur moi, et appréciait me voir me ridiculiser.
« Uh,
désolée. J’étais ailleurs pendant une seconde ». Je souris
faiblement, mis un dernier coup sur ma
figure, et me tournais pour lui faire face.
« Je
peux comprendre, crois moi, » dit-elle avec un sourire fatigué et étira ses jambes sur toute leur longueur ce
qui prit quasiment la moitié de la pièce – les croisant sur ses chevilles.
« Donc, qu’est ce que tu penses de Kreizeck ? Je n’ai pas encore travaillé avec lui mais j’ai
trois scènes aujourd’hui. J’ai parlé avec Liz, et il m’a dit qu’il était bien,
mais Danny a dit que c’était un « p’tain d’loser ».
Elle
imita parfaitement l’accent de l’acteur newyorkais et je ris, surprise par un
côté moins sérieux de Robyn que je n’avais jamais vu. Le rire était spontané,
et sembla nous prendre toutes deux par surprise, probablement parce que mon
rire en sa présence avait toujours sonné
jusqu’à maintenant légèrement étourdi ou
hystérique, comme une fille de 12 ans.
Hey, finalement je pouvais peut être me comporter
comme un adulte avec elle.
« Bien, »
dis-je, riant encore et contente encore que ça semble très naturel. « Liz,
d’une manière complètement Liz, a le pauvre homme qui lui mange dans la main.
Sa seule plainte est qu’il bave un peu trop. Moi, d’un autre côté, je
serais plutôt d’accord avec Danny. Ce
mec est un con. »
Ce
devait être la plus grande déclaration que j’avais jamais réussi à émettre en face d’elle, et j’étais plutôt
fière de moi. La nervosité que j’avais ressentie quelques minutes auparavant
s’était dissipée en une sorte d’euphorie d’être juste en sa compagnie et
d’avoir son attention concentrée sur moi. Incapable de m’arrêter, je lui adressais un grand
sourire.
Elle
cligna des yeux, et me rendit mon sourire avec hésitation, mais ses sourcils
étaient froncés dans ce qui ressemblait à de la confusion.
« Tu… »
Elle commença mais s’arrêta.
« Quoi ? »
je penchais ma tête sur le côté, toujours en souriant de manière heureuse. Je
ne pense pas que quelque chose aurait pu l’enlever de mon visage.
« Tu… »
Elle hésita une fois de plus et sourit légèrement. « Tu as un rire génial, Caidence. Je ne pense pas que je
l’avais vraiment entendu avant. »
Ok.
Ça l’a fait. Le sourire maintenant transformé en un « O » stupéfait
d’incrédulité.
« Uh…merci,» je bégayais et baissais les yeux, rougissant
profusément.
Ma
perte d’équilibre évidente et soudaine eut l’effet opposé sur Robyn, et quand je réussis à rencontrer
son regard à nouveau, le petit sourire secret était de retour bien en place.
Ma
nervosité était revenue, bien que pas au point du presque abêtissement de tout
à l’heure, et j’étais raisonnablement sûre que je serais capable de continuer
la conversation sans me ridiculiser encore plus.
« Donc
Kreizeck est un con, huh ? » Elle leva un bras du dossier du canapé
et se frotta la tempe, fermant les yeux un instant. « Génial »
« Yep,
» je convins.
« Merde.
Je déteste les réalisateurs invités.»
Je
souriais légèrement à ça, et lui donnais plus de mauvaises nouvelles. « Et
j’ai remarqué qu’il n’est pas particulièrement fan des gens grands ».
Roby
me dépassait d’au moins 3 centimètres. Elle allait rendre Kreizeck fou.
Elle
arrêta de se frotter et ouvrit les yeux pour me fixer. « Tu
plaisantes. »
« Désolée. »
Je haussais les épaules par sympathie. « Mais si tu veux vraiment le faire
chier, mets toi près de lui pour que s’il te parle il doive lever les yeux. Ça
marche nickel . »
Le
sourcil se leva, et elle dit
laconiquement, « on dirait que c’est une technique que tu as utilisé toi
même une fois ou deux. »
« Une
fois ou deux, » je rétorquais et lui clignais de l’œil.
J’ai
cligné de l’œil à Robyn Ward.
Putain
de merde.
D’aucuns pourraient dire que j’ai juste… flirté.
Je
flirtais avec Robyn Ward.
Moi
– qui juste quelques années auparavant
été parvenue à la conclusion que j’était attirée par les femmes et qui n’avait pas encore agi sur cet attirance
- flirtant avec Robyn Ward, qui était
constamment prise en photo avec son très attirant, très célèbre, très charmant
joueur de tennis de copain Josh Riley ; ensemble le symbole du couple hétérosexuel bienheureux,
riche et célèbre.
Putain
de merde. A quoi je pensais ?!?
Robyn
paraissait aussi stupéfaite que moi, que
ce soit à cause du fait que je lui ai
fait un clin d’œil et flirtais probablement avec elle, ou à cause du fait que,
contrairement à ce qu’elle pensait,
j’avais montré dans les dernières minutes que je possédais une personnalité
égale à mes 34 ans, et que je pouvais être charmante quand je le décidais.
Le
moment fut interrompu par un coup à la
porte de la caravane, et le son nous prenant toutes les deux au dépourvu.
« Caid ? »
La voix étouffée de la deuxième assistante réalisateur, Mariel Lacey, nous
parvint de l’extérieur.
« Ouais »,
je répondis, détachant mon regard de Robyn . « Entre, Mari. »
La
femme à la peau sombre passa la tête par la porte, les perles dans ses cheveux tressés
s’entrechoquant doucement. « Caid, je suis contente que tu sois toujours
là. Je pensais que j’allais devoir t’appeler pour te dire de revenir… »
Elle remarqua la femme sur le canapé, et souri heureusement, « Oh, hey
Robyn. Je suis contente que vous soyez là toutes les deux. »
Elle
entra dans la caravane et me tendit un bloc de papier de plateau, puis fouilla
dans la masse de papier qu’elle portait et tendit un autre bloc à Robyn.
« Le
père de Josiah a été hospitalisé cet après midi pour des douleurs à la
poitrine, et il est parti dès qu’il a appris… Adam ne veut pas attendre qu’il
revienne, donc il a fait retravailler
aux scénaristes les scènes restantes en utilisant les personnes que nous avons. Voici vos lignes… Robyn, les tiennes n’ont
pas changé, tu feras juste deux scènes avec Danny seulement, et celle que tu
avais avec Josiah, tu la feras avec Caid. »
Je
pris les papiers de manière automatique. « Uh… »
« Super.
On vous voit toutes les deux sur le plateau dans, » elle jeta un coup
d’œil à la montre minuscule à son poignet, ‘une heure ». Elle regarda
Robyn. « Tu ferais mieux d’aller à la garde robe, et toi, » elle me
pointa, « va au maquillage.
Maintenant il faut que je trouve Danny… »
La
femme s’affaira hors de la caravane, et je soupirais, tripotant les draps de manière absente.
Le
hamac allait devoir attendre un autre jour.
« Bien,
tu l’as entendue, » Robyn grinça finalement. « On ferait mieux d’y
aller. »
« Ouais, »
je soupirais profondément tandis que je me levais et m’étirais. « Et voilà
pour mes grands plans pour l’après midi.»
Robyn
me suivi hors de la caravane, et nous continuâmes de parler pendant que nous
faisions le chemin du parking et de
l’immeuble. « Tu avais prévu quelque chose de spécial ? »
Je
lui jetais un coup d’œil. « La plupart de gens n’appelleraient pas ça
spécial… juste un bon livre et le hamac dans mon jardin, et peut être une
sieste. »
« Oh
Seigneur, » elle dit en grognant, « ça paraît divin. Je m’inscris.»
Je
souris, pensant que je l’inscrirais pour tous ce qu’elle voudrait, quand et comment elle le voudrait.
Nous
nous séparâmes aux essayages, et je partis en direction du maquillage. Tandis
que je m’asseyais dans la chaise et que je laissais Jules me réappliquer mon
non-maquillage, Drew le coiffeur arriva et lorgna mes cheveux en pinçant des lèvres.
«
Chérie, qu’est ce que tu t’es fait ? »
Je
regardais mon reflet dans le miroir. Mes cheveux n’avaient pas changés depuis quelques mois –
courts et sombres avec des reflets sur les mèches qui partaient dans tous les
sens.
Je
me contentais de lui sourire pendant qu’il commençait à me taquiner, Jules et
lui bougeant autour de moi avec une synchronisation confortable et silencieuse
qui dénotait de centaines d’heure de
travail en commun.
La
première année de la série, j’avais des cheveux sombres ondulés, légèrement
plus longs, mais pour cette saison ils
voulaient que j’aie un look plus « mordant ». Le porc épic sur ma tête était le résultat de mon accord,
et je commençais en fait à vraiment l’apprécier. Je les trouvais extrêmement
faciles d’entretien, mais Drew en faisait toujours tout une histoire,
travaillant sans relâche pour qu’ils ressemblent exactement à ce à quoi ils ressemblaient
lorsque je sortais du lit. Je lui ait dit une fois que je pourrais lui épargner
du travail en ne me douchant simplement pas, et le regard horrifié qu’il m’ a
lancé m’a tellement fait rire que Jules m’a quasi éborgnée en me mettant du
crayon.
J’entendis
quelqu’un entrer dans la pièce, et quelques instants plus tard Liz s’affala
dans la chaise près de moi.
Drew
et Jules la regardèrent dans l’expectative, jusqu’à ce Liz leur face un vague signe de la main. « Non, non, je suis juste là pour
parler à Caid. »
« Qu’est
ce que tu fais encore là ? » Je lui demandais après que les deux
continuèrent de travailler sur mes cheveux et mon visage. « Je pensais que
tu étais partie depuis longtemps. »
Elle
grogna, d’un manière définitivement non belle du sud. « Putain. Cet homme
ne veut pas me laisser tranquille. »
Je
n’avais pas à demander qui ‘ cet homme’
était. A chaque fois que j’avais quitté
le plateau cette semaine, Kreizeck avait été accroché à elle comme une mauvaise
odeur.
« Si
tu laissais Liz La Peste se montrer au lieu de Liz La Charmante, tu n’aurais
pas ce problème,» je remarquais raisonnablement.
Elle
fronça les sourcils devant mon manque de sympathie. « Il y a des gens qui
répondent mieux au charme, et Adam est définitivement l’un d’entre eux. »
Elle renifla. « Tu devrais
travailler sur ton charme. C’est fou ce que ça peut t’apporter parfois. »
Je
repensais à ma conversation avec Robyn, et souriais pour moi même.
Liz
passa la main dans ses chevaux et s’arrêta quand elle vit mon sourire.
« Quoi ? »
Elle demanda, plissant ses yeux.
« Quoi
quoi ? » j’essayais de faire l’innocente… j’étais une actrice après
tout, je devrais réussir un peu d’innocence.
«
C’est quoi ce petit sourire satisfait ? » Elle se pencha en avant, en
me scrutant. « Caidence Harris, qu’est ce que tu ne me dis
pas ? »
Je
ris légèrement. « Il y a beaucoup de choses que je ne te dis pas, Liz,
parce que tu es incapable de garder un secret. C’est juste une de ces
choses. »
« Ohhh.
Donc c’est un secret ? »
Merde.
J’ai marché en plein dans celle là.
« C’est
rien. »
« C’est
quelque chose. »
« Non. »
« Si,
et je vais trouver ce que c’est. »
Je
roulais de yeux et haussais des épaules. « Fait ce que tu veux. Il n’y a
rien à trouver. »
Elle
sourit gentiment, et reporta son attention sur Drew. « Drew. »
Drew
haussa des épaules, toujours concentré sur mes cheveux. Liz fronça des sourcils
et regarda Jules. « Jules ? »
La
maquilleuse fit une pause et haussa les épaules. « Je sais pas… elle ne
m ‘a pas l’air différente. »
Liz
fit la moue et je lui souriais d’un air satisfait.
« …
bien qu’ elle sifflait lorsqu’ elle est arrivée ,» Jules termina.
Traîtresse.
Je
la regardais d’un air blessé, pendant que les yeux de Liz étincelaient de joie.
« Caid
sifflotait ? » elle roucoula, et tendis la main pour me pincer le bras. « Notre petit Grincheux ? »
« Ow. »
je tressaillis. « Je ne sifflais pas. Je ne siffle pas. »
Jules
se contenta de hausser les sourcils pour
exprimer son incrédulité. Je pris un air
renfrogné.
« Allez
Caid, dis nous. C’est qui ? » Liz tourna sa chaise et mit ses coudes sur ses genoux comme si
j’allais lui lire une histoire. « Est ce que c’est ce figurant sexy qui
jouait le serveur ? Appétissant ! Il avait de très belles fesses. Bon choix Caid. Dieu sait que tu as besoin de t’envoyer en l’air. »
Merde. Je faillis grogner tout haut.
S’il
y avait deux personnes sur le plateau qui étaient de plus grosses commères que
Liz c’étaient Jules et Drew. D’ici demain tout le plateau parlerait de la
manière dont j’aurais été surprise en train de fesser un figurant dans la salle
d’accessoires. Il y aurait probablement un singe d’impliqué, et une tasse de
capuccino bouillant.
Double merde.
« Liz »
Je lui dit brusquement, risquant la colère de Jules en tournant la tête et
rencontrant le regard bleu de Liz. « Je t’ai dit que c’était rien, okay ? Bon, tu es
là pour une raison particulière ? »
Elle
fit la moue mais changea de sujet en
hochant la tête, sachant d’expérience que j’étais peu disposée à parler lorsque
j’étais énervée. « En fait, j’avais une raison. Tu sais cette conférence
de presse que je suis supposée faire au Quatre Saisons demain ? »
Je
hochais la tête.
« Et
bien, je devais y aller avec Josiah… je suppose que tu as entendu que Josiah
est parti ? »
Je
hochais de nouveau la tête et demandais, « quelqu’un sait comment son
père va ? »
Elle
cligna des yeux, et fronça les sourcils comme si elle ne s’était jamais posée
la question mais qu’elle savait qu’elle aurait du.
Pour
Liz, un des effets résiduel d’être sous le feu des projecteurs depuis l’âge de
sept ans était qu’à moins qu’elle ne se force, elle pensait rarement aux
autres. Ce n’était pas vraiment de l’égoïsme mais plutôt un manque d’habitude
d’entendre parler des problèmes des autres. C’était vraiment quelqu’un de gentil mais elle n’avait juste pas été entraînée
à le montrer.
« George
a dit que Josiah l’avait appelé de l’avion mais il n’a rien entendu
d’autre, »Drew ajouta sauvant Liz
de sa gêne.
Elle
lui sourit, et reporta son attention sur moi. « Bref, ils ont demandé à
Danny de le faire avec moi mais il a un programme plutôt chargé demain, Henry
aussi et tu sais comment est Micah… »
Je
souriais en imaginant Micah - qui détestait la presse et n’avais pas peur de le
dire - à une conférence de presse avec un troupeau de journalistes lui posant
des questions.
« Il
ne reste donc que moi » je continuais à son hochement de tête. « Je
dois être sur le plateau à 8h30 demain… »
« Je
m’en suis déjà occupée. Ils ont réarrangé le programme et on n’a pas besoin
d’être là avant la fin de l’après midi. »
Ce
qui voulait dire une longue soirée de travail pour moi après ce qui promettait d’être
une matinée angoissante avec la presse. Génial.
« Donc
en gros,» je dis tandis que Jules me
remettait impatiemment la tête en face « tu n’es pas là pour me demander, tu es là pour me dire que je le
fais. »
« Et
bien, en gros, oui. Ils pensaient que tu serais plus sympa si c’était moi qui
te le disais…tu sais, Liz La Charmante. »
Je
soupirais, acceptant mon destin. « Quelle heure? »
Liz
sourit –de ce sourire brillant qui avait fait la une de tant de magazines et
l’avait rendue célèbre. « Rejoins moi ici à 8 heures : ils auront
une voiture pour nous. »
J’acquiesçais
et après quelques minutes de conversation, Liz me laissa à ma préparation. Deux ébouriffements et un regard critique
plus tard, j’étais jugée présentable et me mis en chemin du plateau 7 pour trouver un coin tranquille pour revoir
la scène et mon texte.
Aucune
scène n’était en train d’être tournée sur le plateau bien qu’il y ait beaucoup
d’activité. Je trouvais un coin à demi éclairé et balayais des yeux les
alentours pour trouver un siège, souriant lorsque je vis un pouf vert posé
conte le mur. Je l’envoyais sous la lumière, et m’installais dessus
confortablement.
Je
regardais une fois le script, puis encore une fois, sans savoir si je devais
être ravie ou terrifiée. La scène était
entre mon personnage, Rita, et le personnage de Robyn, Judith Torrington ;
une avocate de la défense légèrement sournoise mais assez sexy pour que ça
passe dans un cabinet d’avocat prestigieux. Dans cet épisode, Judith défendait
le fils pédophile d’un sénateur accusé du meurtre et du viol d’un jeune garçon.
Mon personnage, bien que bourrue et
cynique, avait un faible pour les enfants, et la scène devait me faire perdre
mon calme et pousser Robyn/Judith contre le mur.
La
pensée de pousser Robyn contre le mur envoya des frissons le long de ma colonne
vertébrale.
Une
très très bonne sorte de frissons.
Je
fermais les yeux et calmais ma respiration soudainement irrégulière.
Whoa.
C’était nouveau ça. Apparemment pendant les dernières heures, j’étais passée de
l’amourette adolescente au désir complètement adulte, avec vidéo interdite aux mineurs.
« Je
sais pas si je dois être désolée pour ce à quoi tu penses ou être extrêmement
jalouse. »
J’ouvrais
rapidement mes yeux, paniquée par la voix basse et rauque. Robyn se tenait
devant moi, me regardant d’un air pensif.
La
vidéo se rejoua devant moi, et je détournais mon regard. « Qu’est ce que
tu veux dire » marmonnais-je.
« Tu
avais l’air… » Elle s’arrêta pendant un long moment et je me risquais à lui jeter un coup d’œil. Elle me fixait
intensément. « … affamée. »
Je
toussais. « Ce doit être parce que j’ai sauté le déjeuner. » je lui
souris un peu étourdie, et me mis sur
mes pieds avec hésitation avant que mon cerveau n’ajoute l’image d’elle me dominant de toute sa taille à la
collection vidéo.
Elle
me regarda pendant un instant, puis passa au pouf. « Sympa ta
chaise. »
« Plutôt
confortable en fait. » Je fis en geste en direction du plateau affairé.
« Je voulais m’éloigner un peu du bruit. »
« J’ai
entendu des trucs sympa sur ce fauteuil. En fait, j’ai entendu Chad et
Liz… »
« Oh
mon Dieu, » je grognais, et commençais à essuyer désespérément mon
pantalon. « Ew-ew-ew-dégoûtant-dégoûtant-dégoûtant… »
Le
rire de Robyn fort et enchanté arrêta
mes mouvements et les mouvements de toutes les personnes à longueur d’oreille.
Robyn
avait un rire fantastique.
« j’tai
eu » elle me dit, clignât de l’œil tandis qu’elle me dépassa pour se
diriger vers le plateau d’un pas satisfait.
Oh, Chérie. Tu n’as pas idée.
Je souris et la suivis.
« Coupez ! »
cria encore Kreizeck, et je serrais les dents, m’éloignant de Robyn et me
tournant vers le réalisateur.
Je
ne savais pas encore combien de temps je pouvais tenir. C’était la sixième
prise de la scène ente Robyn et moi. Je l’avais poussée 6 fois contre le mur,
sentant ses épaules sous mes mains, regardant dans ses yeux à une distance de
moins de trente centimètres…j’allais exploser. Exploser ou l’embrasser – deux
actions qui termineraient probablement ma carrière.
« Adam, »
Robyn commença, mais il la coupa d’un geste impérieux du haut de sa chaise de
réalisateur ou il avait décidé de rester après que Robyn et moi ayons envahi
son espace une fois de trop. Pas intentionnellement bien sûr.
« Non,
Miss Ward, pour vous ça va. Bien que vous pourriez ajouter un peu de suffisance
peut-être. Vous êtes une avocate de la défense visqueuse défendant un violeur
et un tueur d’enfant. Le public ne veut pas vous trouver sympathique, peu
importe combien vous êtes jolie. »
Je la regardais rapidement, surprise que Adam ait encore une fois raison.
A en juger pas l’expression de son visage, et son hochement de tête réticent, je pouvais dire qu’elle l’était
également.
« Mais
vous, Miss Harris. J’ai vu plus d’émotions ce matin quand vous vous moquiez que
dans ces 6 prises. Vous êtes supposée être en colère ! Bouillante !
C’est une avocate de la défense
visqueuse défendant un violeur et un tueur d’enfant ! Vous êtes une
détective de la police ; dégoûtée que quelqu’un – surtout une autre femme
- puisse défendre une telle ordure ! Montrez nous de l’émotion, de la
fureur, de l’alchimie ! Et arrêtez d’être aussi timide. Vous la touchez
comme une poupée en porcelaine. Vous êtes en colère, nom de Dieu, agissez comme
tel ! »
Putain.
Je
savais qu’il avait raison. J’avais été tellement consciente d’être près de
Robyn que j’en avais oublié de quoi la scène parlait ; me contentant de
réciter mon texte et priant que ce soit rapidement terminé.
Merde.
Et
si Adam ne faisait pas attention, je pourrais même parvenir à la conclusion qu’il
était un réalisateur correct. Toujours un connard mais un connard qui pouvait
réaliser.
« Tout
le monde, on reprend à partir de ‘si vous n’aviez pas mal traité les preuves’,»
il cria, et claqua plusieurs fois.
« Okay, tout le monde en place. »
Je jetais un coup d’œil à Robyn qui haussa les
épaules, et se dirigea vers sa marque. Je fis la même chose, essayant de
trouver un moyen de jouer en dépit de ce je ressentais.
Puis
je me suis rendue compte que je ne devrais pas. Je ne devrais pas jouer de
dépit de ça, je devrais l’utiliser. Et si tout allait bien, je n’aurais à le
faire qu’une seule fois.
« Action ! »
Un
air de suffisance tomba sur le visage de Robyn comme si quelqu’un avait utilisé
un interrupteur. Elle croisa les bras et me sourit avec mépris, le ton de sa
voix moqueur, « si vous n’aviez
pas mal traité les preuves, détective, mon client ne serait pas libre. Je pense
que je devrais vous remercier. »
Ok…
je pris une grande inspiration. C’est maintenant ou jamais.
Je
regardais Robyn, laissant chaque désir, chaque fantasme, chaque souhait
désespéré revenir à la surface et,
espérant que les gens confondraient désir et colère, je bondis sur elle. J’utilisais ton mon corps cette fois, pas
simplement mes mains et je la coinçais
contre le mur, mon bras en travers de sa poitrine et mon estomac pressé contre
le sien.
« Vous
défendez un homme qui à brutalement violé et tué un garçon de huit ans, et
maintenant il est dehors, à la recherche de sa prochaine victime, » je
chuchotais durement, ignorant la caméra
qui se rapprochait. « Les preuves étaient claires – vous avez amené le
doute, et probablement détruit la carrière d’un bon détective en même temps. C’est VOTRE faute. »
A
ce moment de la scène, Robyn était supposée se débattre et s’échapper, me criant
que j’avais été claire.
Elle
ne bougea pas.
Elle resta là, me regardant avec de grands
yeux, haletant, son corps moulé dans le mien. Je pouvais sentir sa respiration
sur mes lèvres, sentir les muscles durs de son abdomen se tendre et s’étirer
contre moi.
Après
ce qu’il sembla être un étirement infini du temps, elle fini par chuchoter, à
peine audible. « Enlevez vos mains détective. Vous avez été claire. »
Instinctivement,
je restais où j’étais, ne la lâchant pas. De longs moments passèrent tandis que
nous étions bloquées dans cette étreinte, respirant l’air de l’autre, nous fixant sans ciller.
Que quelqu’un crie coupez,
bordel ! J’avais envie de hurler, Jésus, criez coupez avant que je l’embrasse…
« Et…
Coupez ! Bon travail mesdames. »
Le
bruit normal du plateau reprit, et la plupart consistaient en de bas
chuchotements.
La
vois ennuyée d’Adam couvrit le murmure de la conversation. « On y va tout
le monde ! On la garde. Vous pourrez discuter plus tard, on se prépare
pour la scène 7D… »
Des
voix enflaient autour de nous, mais Robyn et moi étions toujours poitrine
contre poitrine. Je clignais de yeux et
me reculais.
«
Robyn, je suis désolée… » Je commençais.
«
Shhh. » elle plaça de doigts fins et élégants contre mes lèvres.
« Caidence, c’était génial. Tu étais
géniale. »
Je
hochais la tête bêtement, me sentant vidée et voulant juste rentrer à la
maison, tout en appréciant la pression
de ses doigts.
Elle
me sourit, pas son sourire amusé et satisfait, mais un sourire sincère et
honnête plein de respect. « Il faut que j’aille aux essayages maintenant
avant la prochaine prise. On se voit
plus tard. »
Elle enleva ses doigts de mes lèvres, les traîna
sur mon bras et serra ma main avant de se retourner et de quitter le plateau.
