Guerrière et Amazone

Vous trouverez ici des Fans Fictions francophones et des traductions tournant autour de la série Xena la Guerrière. Consultez la rubrique "Marche à suivre" sur la gauche pour mieux utiliser le site :O) Bonne lecture !!

07 février 2009

Et dans son propre rôle, chapitre 3

 

CHAPITRE TROIS

 

L’épisode de Kreizeck, intitulé « Craquement », avait fini d’être tourné au début de la semaine suivante, et malgré mes doutes originaux et l’intense aversion que j’avais pour l’homme, à la fin de la post production, l’épisode se révéla être un de meilleurs que nous ayons jamais tourné. Nous étions néanmoins tous contents5 de retrouver nos réalisateurs habituels, et les semaines suivantes passèrent rapidement tandis que nous nous réinstallions dans notre routine.

‘C9’ marchait sur un cycle de 16 jours par épisode, les huit premiers jours dédiés à la pré production comme le casting et la recherche de lieux de tournage et les huit jours suivant dédiés au tournage. En faisant tourner les réalisateurs et les équipes de production, ils étaient capables de faire se chevaucher le pré production de l’épisode suivant avec le tournage de l’épisode du moment, le département casting était perpétuellement en train de recruter et les équipes de production étaient perpétuellement en train de préparer la semaine suivante.

C’était un programme exténuant qui allait de fin juillet à mi mai, et je savais que je n’étais pas la seule à attendre les vacances d’été. Comme beaucoup d’autres membres du casting, j’avais d’autres projets pendant les vacances, je serais donc occupée, mais un changement de rythme serait vraiment le bienvenu.

Liz n’avait pas reparlé des redoutés « écrivains d’Internet qui croyaient qu’elle était lesbienne » après le jour de la conférence de presse, mais Paula m’avait dit qu’elle avait demandé plus de sites et passait, au grand agacement de Paula, beaucoup de temps sur l’ordinateur de son assistante.

Je commandai un nouvel ordinateur portable en ligne et le donnais à Paula quand il arriva plusieurs jours plus tard, lui disant de le garder et de donner l’autre à Liz. Elle sembla stupéfaite par ma générosité, mais Seigneur, je gagnais plus d’argent que je n’étais capable de dépenser… autant le dépenser pour des gens que j’appréciais. 

Robyn fit sensation au Brésil pendant la coupe Davis pendant qu’elle regardait de son siège VIP les services et les revers de volées de Josh Riley gagner deux matchs, aidant les Etats-Unis gagner la coupe. Son visage et sa peau bronzée étaient montrés et commentés tellement souvent que c’était à se demander si quelqu’un se rappelait que le but du voyage était le tennis. Je regardais autant de matchs que je pouvais, ne faisant même pas l’effort de me mentir et de me dire que j’étais là pour le tennis, même si c’était du sacrément bon tennis. Je voulais juste voir son visage. Le souvenir de son corps contre le mien ne faisait plus s’arrêter ma respiration mais était gravé dans ma mémoire et n’allait pas s’en aller de sitôt.

Je la voyais peu et seulement au passage depuis notre dernière scène, l’intrigue dans laquelle elle avait impliquée sur ‘C9’ ayant été momentanément conclue, sa présence n’était plus requise sur notre plateau, j’étais donc surprise de la voir arriver un matin à une lecture préliminaire du dernier épisode de la saison, plus d’un mois après le tournage de « Craquement ».

Le but d’une lecture était de réunir les producteurs, le réalisateur et les membres récurrents du casting pour lire le scénario de l’épisode suivant et de permettre à chacun de faire des remarques ou de discuter de problèmes de lieux de tournage ou de casting. C’était le seul rôle qu’avaient les acteurs dans le processus de pré production et j’appréciais d’avoir l’opportunité de pouvoir jeter un œil à ce que nous ferions la semaine suivante et de faire des remarques.

J’arrivais dix minutes en avance et, après m’être servi un verre d’eau, discutait paresseusement avec Josiah Rollins, un homme légèrement rond avec des cheveux roux se clairsemant , et Micah Saams un beau géant avec une peau chocolat et des yeux verts saisissants. Ces deux derniers étaient des membres réguliers de l’équipe, jouant deux des quatre détectives de la série mis à part Liz et moi.

Le reste du casting s’assit en face de nous : Danny Lorenzo, un homme à femmes italien exubérant mais incontestablement sympathique, Henry Stoddard, trapu, fort et chauve avec une moustache foisonnante, et enfin Arturo Garza, une ancienne star de soap opéra avec un sourire éblouissant, un accent charmant et l’égo qui allait avec.

Je souris légèrement lorsque j’entendis Danny et Henry débattre des détails de la dernière rumeur qui impliquait deux membres de l’équipe, plusieurs poulies et un outil électrique.

Ma phase d’amour des chèvres semblait être enfin terminée. Peut être que les gens arrêteraient de bêler dans mon dos et de faire des blagues sur des sandwiches au fromage de chèvre pendant le déjeuner.

On peut toujours espérer.

La porte s’ouvrit et Robyn entra, s’arrêtant sur le seuil pour survoler la pièce.

« Salut tout le monde » dit-elle.

Danny s’arrêta au milieu d’une phrase et Josiah et Micah devinrent silencieux.

Mon Dieu qu’elle était attirante.

Les cheveux en arrière retenus dans une natte lâche balayant les angles nets de son visage, un débardeur noir à bretelles fines montrant des kilomètres de peau glorieusement bronzée, un paire de jeans délavés qui couvrait ses jambes interminables, et des sandales plates et simples exposant des ongles vernis bordeaux.

Arturo fut le premier à récupérer. « Ah… Robyn. Tu es une vision, comme d’habitude. Je t’en pris, viens t’asseoir avec moi. »

Il se leva et tira la chaise près de lui, s’inclinant galamment. Je roulais des yeux et quand je regardais Robyn, ses yeux étaient sur moi et son sourire de Mona Lisa, rempli d’humour était bien en place.

C’était bon de la voir.

Très, très bon.

Et pas simplement parce qu’elle faisait s’asseoir et supplier mes hormones.

C’était plus que ça. Elle m’avait réellement manquée, son sourire m’avait manqué, sa voix, sa présence. Qu'est-ce que ça peut bien faire ! Pourquoi ne pas lui dire ? C’était quelque chose d’amical à faire, n’est-ce pas ? Ça ne voulait pas nécessairement dire que je voulais la déshabiller et manger des Sunday au caramel sur son estomac.

« Hey Robyn, ça fait longtemps. »Je lui souris timidement. « Ça me fait plaisir de te voir. »

Elle me fit un signe de la tête, sa bouche se tordant en un sourire honnête. « Caidence. »

Je rougis.

Bon sang.

« Oui, Robyn, ça fait longtemps qu’on ne t’a pas vue. » gronda la voix profonde de Micah, éloignant l’attention de tout le monde de moi. « Qu’est-ce qui t’amène ? On ne te voit pas normalement pour ces trucs préliminaires. Ils vont faire quelque chose de grand pour le dernier épisode ? »

Robyn fit le tour de la table, ignora la chaise que Arturo avait tirée et s’assit sur la chaise qui était près de moi. C’était normalement la chaise de Liz, mais je n’allais sûrement pas lui faire remarquer.

« Tout ce que je sais c’est que j’ai reçu un message hier soir me disant de venir ici ce matin à 9 heures tapantes. » Elle haussa les épaules. « Et me voilà. »

Ça tu l’es, je pensais tout un prenant une gorgée d’eau dans le verre, en face de moi, l’observant furtivement pendant que son attention était sur Micah.

« Oui, ça tu l’es, » dit Arturo avec son charme onctueux et parfaitement accentué.

Oh mon Dieu. J’étais Arturo au féminin.

Je m ‘étranglais et avalais, toussant à m’en mouiller les yeux. Josiah tapa lourdement dans le dos.

« Doucement Joe, tu vas la tuer. » Dit Robyn, mettant sa main sur mon bras. Joe cessa sa raclée et Robyn se pencha l’inquiétude se lisant don visage. « Ça va, Caid ? »

« Oui, » je grinçais après un moment, occupée à essayer de respirer malgré sa proximité ou le fait qu’à mon souvenir, c’était la première fois qu’elle utilisait mon diminutif.

« Yo Caid, ça va ? »

Je levais la tête et donnais à Danny un sourire pâle. « Oui Danny, je vais bien. »

Je toussais une dernière fois et clignais rapidement des yeux.

Merde. Ma gorge était irritée, j’avais mal au crâne et j’étais extrêmement embarrassée.

Mais du bon côté, la main de Robyn était sur mon bras et elle me regardait avec inquiétude… la vie pourrait être pire.

« De l’eau ? » Elle enleva sa main et prit mon verre toujours à moitié plein de la table.

« Oui, merci. »

La conversation reprit autour de nous et je bus une gorgée que j’avalais avec précaution.

« Hey. » Sa voix était douce.

Je la regardais avec interrogation.

« C’est bon de te voir aussi. » Elle me sourit et frappa mon épaule avec la sienne. « Tu m’as manqué. »

« Oui ? » je lui demandais avec un sourire stupide.

« Oui. »

Nous nous sourîmes et je me sentis triste et ravie en même temps.

Robyn était belle, intelligente, marrante…

Et complètement hétéro.

Il est possible que je ne mange jamais de Sunday sur son estomac mais je pouvais peut être l’inviter à prendre un café un fois, ou à dîner, ou à faire une randonnée, juste en tant qu‘amies.

Parce que je réalisais que j’appréciais sincèrement Robyn en tant qu’amie.

Sur un coup de tête je lui demandais, « Tu fais quelque chose après ? Pour le déjeuner ? »

« Je dois être de retour sur ‘En leur défense’ à 13h30.» elle me répondit en haussant le sourcil mais sans hésitation.

« Ça te dit de m’accompagner pour un petit voyage ? »

« Et bien, je ne peux certainement pas dire non à ça. »

« Génial, je… »

La pièce devint silencieuse quand le créateur de la série, Grant Hardy, entra avec deux des producteurs exécutifs, deux co exécuteurs et quatre scénaristes comprenant le premier scénariste, Dorn Talren.

Bon sang, qu’est ce qui se passait ? Dorn assistait rarement à ces trucs et Grant jamais. Et combien de producteurs exécutifs il nous fallait pour faire la lecture préliminaire d’un scénario ?

Je regardais Robyn qui avait l’air aussi perplexe que moi.

« Bonjour tout le monde ! » tonitrua Grant.

Un chœur de saluts adoucis accompagna le groupe pendant qu’il s’installait autour de la longue table et que Grant contemplait les membres de son cast.

« Où est Liz ? »

« Ici Grant , » provint la réponse de la porte tandis que Liz entrait dans la pièce, fronçant légèrement les sourcils quand elle remarqua Robyn à la place près de moi. Elle me dépassa, me serrant l’épaule pour me saluer et prit la chaise libre de l’autre côté de Robyn.

« Bien. Je n’aurais pas voulu que tu loupes ça. Après tout c’était partiellement ton idée. » Il fit un signe à un des scénaristes qui commença à distribuer des copies du script autour de la table.

Liz parut confuse pendant un instant puis sourit brillamment. « Tu as aimé ? »

« Très certainement. Le concept en tout cas. On a changé des choses dont on pense qu’elles marcheront mieux. »

Son sourire chancela mais elle pris le script en hochant la tête.

« Maintenant, » il tonitrua. « Vous vous demandez probablement tous ce qu’il se passe. »

Il y eut des hochements de tête prudents autour de la table et Grant sourit. « Vous savez tous que la série marche bien. Nous avons été dans le top 5 de notre tranche horaire pendant toute la saison et les chiffres continuent de monter. Les cadres pensent que ça montre que nous devons garder les choses comme elles sont, mais je ne suis pas arrivé à ma place en me reculant et en étant prudent. Je vois ça comme une opportunité de prendre des risques. Le dernier épisode de la saison va nous préparer à de grandes choses pour l’année prochaine. »

Il se leva et commença à faire les cent pas. « Nos chiffres sont les meilleurs pour la tranche 18-49 ans et c’est parfait pour ce à quoi nous pensons vu que c’est démographiquement une tranche d’âge légèrement plus ouverte d’esprit que les plus vieux ou les plus jeunes. » Il se stoppa et appuya ses mains sur la table, attrapant le regard de chaque membre du casting. « Nous allons en profiter et écrire l’histoire de la télévision en même temps. »

Il s’assit et ouvrit son exemplaire du script. « Commençons. »

Il y eut une pause pleine d’attente et finalement Micah se racla la gorge. « Grant ? Tu ne vas pas nous dire… »

Le créateur leva la main. « Non, je veux que vous regardiez ça sans pré conception. Comme le feront les téléspectateurs. »

Micah haussa les épaules et ouvrit son script, imité par le reste d’entre nous ;

Les scripts étaient divisés en 4 actes, comptant chacun à peu près 15 minutes de la série et contenant 3 à 5 scènes. Ce script était bon, rappelant quelques intrigues d’épisodes précédents impliquant Robyn et jouant sur la tension développée entre son personnage et le mien pendant la tristement célèbre scène du placage contre le mur.

La bombe n’explosa pas avant la moitié du quatrième acte, juste avant la scène finale.

La scène était encore entre nos personnages, Rita et Judith, échangeant des piques pendant une descente au bureau de Judith.

Je lu mes lignes puis allais un peu en avant pendant que Robyn lisait les siennes remarquant que cette fois c’était le personnage de Robyn qui était agressif, poussant Rita contre le mur et …

Je tournais la page de manière absente.

… l’embrassant.

Je relus les dernières lignes, cillant à cause du choc. A côté de moi, la voix de Robyn bégaya et s’arrêta.

« Quoi !?! » Liz poussa un cri strident, me tirant de mon ébahissement. Je regardais vite Robyn.

Elle fixait les pages avec de grands yeux et le visage très pâle.

« Grant, ce devait être moi ! » fulmina Liz. « Cette histoire était pour moi ! Tu te souviens de notre conversation ? Moi voulant prendre quelques risques et me diversifier ? »

« Liz, chérie, calme toi, » dit l’homme de manière apaisante, « nous avons vraiment aimé l’idée mais quand on l’a proposée à un échantillon de spectateurs, les gens ne voulaient pas te voir embrasser une autre femme. »

« Mais il voulait la voir elle ? » Les mots et le regard qu’elle m’adressa étaient venimeux, incrédules.

J’inspirais brusquement. Ça faisait un petit moment que je n’avais pas eu à recevoir une des tirades de Liz. J’avais oublié quelle peste elle pouvait être.

« Et bien en fait, oui. Son personnage au moins, » dit Grant, faisant signe à l’un des producteurs exécutifs. « Raj ? »

Raj Maris remua quelques papiers en face de lui, sortant une feuille bleu pale. « Nous avons sondé un groupe de 18 à 35 ans, et seulement 13% du groupe croyaient que Jen embrasserait une femme, et juste 2% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne. Pour Rita » il me jeta un coup d’œil, « 71% croyaient qu’elle embrasserait une femme et 40% pensaient qu’elle serait plausible en lesbienne, plusieurs ont d’ailleurs commenté qu’ils pensaient qu’elle l’était déjà. »

Seigneur. 40% du public savait avant moi.

« Les chiffres pour Judith sont plus hauts que ceux de Jen mais pas aussi hauts que Rita, sauf quand ils étaient interrogés spécialement sur le couple Jen/Rita – beaucoup ont dit que la scène dans ‘Craquement’ leur avait fait se poser des questions. »

« Putain de merde ! » dit Danny, comprenant enfin pourquoi toute cette agitation. « Tu vas rendre Caid lesbienne ? Et Robyn ? » Son ton était incrédule.

Il y eut d’autres murmures autour de la table.

« Je suis quasiment sûre qu’il pense à nos personnages, Danny. » Dit Robyn d’un ton amusé, son sang froid retrouvé. « Caid et moi n’allons pas nous changer tout à coup en lesbiennes… désolée de te décevoir. »

Danny eut l’air anéanti.

Je comprenais sa douleur. Ça ne m’aurait pas dérangé non plus que Robyn se change en lesbienne.

La colère de Liz s’était transformée en un état de choc. Je doutais qu’elle ait déjà été aussi bas dans les sondages depuis le début de sa carrière. Elle fixa le script puis le referma doucement.

Uh-oh.

Ce n’était jamais bon quand Liz faisait les choses doucement.

Elle se leva et me regarda un instant. Elle avait l’air blessée, comme si je l’avais trahie.

Ça me tua.

« Liz… » Je ne savais pas ce que j’allais dire mais je voulais dire quelque chose pour arrêter ce regard. 

« Je ne veux pas te parler maintenant, Caid, » elle dit, levant la main. « Je ne peux pas croire que tu… » Elle secoua la tête et quitta la pièce.

« Nom de Dieu ! » Je lâchais une fois que la porte se soit fermée derrière elle. Je jetais mon script et passais nerveusement ma main dans mes cheveux. « Je n’ai rien fait ! » Je m’attaquais à Grant. « Merci pour l’avertissement. Bon sang, ça a peut être ruiné définitivement notre relation de travail sans mentionner notre amitié – ça aurait été sympa de nous prévenir. »

La pièce devint mortellement silencieuse.

Personne ne parlait comme ça à Grant.

Surtout pas une ex actrice de pub pour la bière.

Une ex actrice de pub pour la bière très dispensable qui avait choisi un moment extrêmement stupide pour perdre son calme.

Sous la table, Robyn m’attrapa la cuisse et la serra durement, me disant sans mots de la fermer.

J’inspirais plusieurs fois pour retrouver mon contrôle. Grant me regardait, les yeux plissés.

« Grant, » dit Robyn d’un ton que je n’avais jamais entendu. Il était plein de promesses, faisait allusion à des fantasmes se réalisant et faisait se tortiller inconfortablement dans leurs fauteuils tous les hommes de la pièce. C’était le sexe, la chaleur et les interdits… fait pour attirer l’attention pour que Robyn puisse faire ce qu’elle veule.

Putain. J’avais besoin d’un truc comme ça.

« Grant, tu crois que Caid et moi on pourrait discuter avec toi en privé après la lecture ? Je pense qu’il y a des choses dont il faudrait discuter. » Son sourire promettait la même chose que sa voix, et plus.

Nom de Dieu. Et je croyais que Liz était bonne à ça.

J’enlevais sa main de ma cuisse et la mis doucement sur son genou. Même si j’étais consciente de son but manipulateur, j’étais loin d’être indifférente à l’aura soudaine ‘viens et sers toi’ dégagée par Robyn. Sa main sur cette partie de mon anatomie… je pouvais faire sans.

Elle me regarda rapidement et je lui fis un sourire crispé, lui assurant que j’avais repris le contrôle sur mes envies suicidaires d’insultes de producteur.

« Bien sûr, Robyn, » Grant acquiesça docilement, oubliant un instant mes transgressions. Il regarda autour de la table. « En fait, pourquoi on n’en reste pas là ? Lisez le reste de votre côté et parlez à Kenny ou Brenda si vous avez des commentaires ou des suggestions avant la réunion des scénaristes demain à 14h. Okay ? »

Joindre ses lèvres et les appliquer sur les fesses insultées.

Je me levais quand le dernier scénariste quitta la pièce, ignorant l’avertissement du regard de Robyn.

Avant, je travaillais dans l’industrie du service. Le léchage de cul était une de mes spécialités.

Bon, je n’ai pas la beauté classique de Robyn ou Liz, mais j’ai de grands yeux verts expressifs et une bouche large et pleine qui avait été qualifiée récemment d’une des 20 plus embrassable de la télévision. Je tournais ces grands yeux vers Grant et adoptais une expression affligée.

« Grant, je suis vraiment désolée de t’avoir parlé comme ça. J’étais contrariée par la réaction de Liz, et je n’avais aucune raison de te parler de cette manière. » Je mis une main sur son bras. « J’espère que tu peux accepter mes excuses. Je te promets que ça n’arrivera plus jamais. »

Après quelques instants de moi agenouillée près de lui, l’essence même de la supplique, Grant hocha la tête. « Fais attention à ce que ça ne reproduise pas. Fais attention. »

« Ça ne se reproduira pas. » Je serrais son bras et me redressais, souriant légèrement à l’expression surprise de Robyn.

Je suppose que je ne pouvais pas lui en vouloir d’être surprise, jusqu’à peu elle avait l’impression que j’avais l’intellect et la maturité d’une personne de 12 ans.

Je revins vers ma chaise et m’affalais lourdement dessus, le problème avec Liz me préoccupant maintenant que j’avais sécurisé mon emploi.

J’avais oublié toute cette histoire d’embrasser Robyn devant un groupe de caméras. Pas pour longtemps.

« Grant » dit Robyn, « à propos du scénario. J’aurais vraiment préféré que tu m’en parles avant de l’approuver. C’est quelque chose dont j’ai besoin de parler avec Mark. » Mark Goodhead était son agent et Robyn souhaitait lui parler pour savoir si cela pourrait affecter la suite de sa carrière.

« Tu dois parler à quelqu’un toi aussi ? » Me demanda Grant me ramenant dans la conversation. Son visage avait un air prédateur – une mauvaise réponse j’aurais rampé pour rien.

Ça faisait beaucoup plus longtemps que moi que Robyn était dans le métier, mannequin pendant les premières années avant de se mettre à jouer. Robyn Ward s’était suffisamment fait un nom pour pourvoir refuser le script et supporter les conséquences. Pas Caidence Harris. Malgré la popularité de ‘Central 9’, j’étais toujours une nouvelle venue dans le métier et je ne pouvais pas me permettre de refuser. Surtout après m’être comportée comme une conne avec l’homme qui pourrait briser ma carrière avec quelques mots.

Il le savait et je le savais.

« Non, ça me va. » Je lui répondis comme il savait que je le ferais.

Dans huit jours, nous commencerions à tourner ce scénario et j’embrasserais une femme face à la caméra. Cela dépendait de Robyn de qui serait cette femme.

 

 

Nous sommes retournées en silence à la caravane après la réunion avec Grant, je pensais à Liz et à comment réparer notre désaccord. Je penserais plus tard à embrasser Robyn ou une autre femme.

Quand je pourrais paniquer en privé.

Robyn était au téléphone en train de prendre rendez vous avec son agent. Elle lui disait qu’elle avait besoin de lui parler d’une « opportunité intéressante. »

Une manière intéressante de le formuler.

Nous avons traversé le terrain et mon pas ralentit tandis que nous passions devant la caravane de Liz. Je sentis une douce pression sur mon bras.

« Je ne pense pas qu’aller lui parler maintenant soit une très bonne idée, Caid. » dit doucement Robyn. J’hésitai et elle m’arrêta en enveloppant ses longs doigts autour de mon poignet. « Fais moi confiance, Caid. Laisse la tranquille un moment. Essaie demain. »

Elle me poussa légèrement en direction de notre caravane et recommença à marcher. Nous entrâmes dans la caravane sans parler, je marchais tout en rassemblant distraitement quelques bricoles que j’avais laissées ce matin, avant la lecture.

« Caid… »

Je me retournais, clignant des yeux. « Hmmm ? »

Elle eut l’air de vouloir dire quelque chose puis de changer d’avis. « Alors, c’était quoi ce petit voyage dont tu parlais. J’ai… » Elle regarda la volumineuse montre en argent à son poignet, « deux heures et demi, à prendre ou à laisser. »

« Oh ». Je la fixais stupidement.

« Ça tient toujours non ? Tu m’as promis un déjeuner, Harris. Ne me laisse pas tomber. »

Mes lèvres formèrent un sourire. « Et bien, je détesterais te décevoir. »

« Bien. Je déteste être déçue. » Elle leva les bras et se regarda. « Suis-je habillée de manière appropriée ? »

Je penchais la tête, savourant l’opportunité de pouvoir l’observer de la tête aux pieds.

« Tu es parfaite. » je lui dis, et je le pensais. Je regardais ses pieds. « Elles ont l’air plutôt confortables. Tu peux marcher dans ces sandales ? »

Elle haussa les sourcils. « Je vais devoir ? »

« Il y a de fortes probabilités, » je lui répondis vaguement.

« Je peux. »

« Alors, comme je le disais c’est parfait. »

Je souris et pris sur la table un petit sac. « Allons nous en d’ici. »

Je la conduis à mon bébé ; une Audi S4 décapotable bleu métallisé. Ça avait été mon premier gros achat après avoir signé un contrat de quatre ans pour C9, complètement frivole et très peu pratique, je l’adorais.

La capote était déjà baissée je ne l’avais pas remise ce matin quand j’étais arrivée et je lançais mon sac sur la baquette arrière, ouvrit la porte et m’installais derrière le volant.

Robyn se déplaça doucement autour de la voiture, la jaugeant. « Oh Caid, je ne savais pas que c’était la tienne. Je me demandais. Cette voiture est géniale. » Robyn traîna son doigt sur le capot tandis qu’elle allait de l’autre côté, ouvrait la porte et s’installait à côté de moi. « J’ai toujours voulu un cabriolet mais je suis désespérément pragmatique sur ce genre de choses. » Elle passa son doigt sur le tableau de bord. « C’est trop cool. »

Putain de chanceux de tableau de bord.

Je tapotais le volant. « Twila, voici Robyn. Robyn, voici Twila. »

Oui, je donne des noms à mes voitures.

Je sais je suis ringarde, et j’étais définitivement en train de le laisser paraître à Robyn, mais je n’en avais pas grand-chose à faire. J’étais contente de quitter le studio et d’être en sa compagnie.

Elle tapota le tableau de bord, son expression était sérieuse. « Ravie de te rencontrer Twila. »

Cette femme est parfaite.

Je secouais la tête et fouillais mes poches pour chercher les clés, je grognais lorsque je me souvins que je les avais laissées dans mon sac. J’attrapais mon sac par l’espace entre nos deux sièges et le mis sur mes genoux, pris les clés et fouillais encore un peu avant d’extraire une casquette délavée venant d’un événement caritatif auquel j’avais participé il y a quelques années.

« Il peut y avoir du vent, » je lui dis en lui tendant la casquette avant de refermer le sac et de le remettre à l’arrière.

« Merci. » Elle passa sa longue natte dans le trou à l’arrière de la casquette et la positionna sur sa tête. « Alors, on va où ? »

Elle avait l’air adorable. Comment quelqu’un pouvait-il avoir l’air d’air si sexy et si adorable en même temps ? Je secouais la tête et démarrais la voiture.

« Déjeuner. »

Elle s’appuya contre le cuir et sourit. « Déjeuner. »

Le studio était situé sur le côté ouest de Pasadena et je pris la 210 pour un moment avant de sortir au nord de Lake Avenue. Sans la capote faire la conversation était difficile, mais ne pas parler ne semblait nous déranger ni l’une ni l’autre, nous apprécions simplement le soleil et la légère brise. Nous nous arrêtâmes chez un épicier dans lequel je rentrais pour prendre un sac de nourriture et nous continuâmes à travers Altadena et sur Chaney Trail.

Je surpris le sourire de Robyn du coin des yeux lorsque nous passions le panneau nous indiquant que nous rentrions dans la forêt nationale de Angeles. Je soupirais de soulagement, ne réalisant pas que j’avais été inquiète qu’elle n’apprécie pas notre destination. Je garais la voiture, remarquant avec satisfaction qu’il n’y avait que quelques voitures de garées.

Robyn se tourna vers moi, toujours souriante. « Donc, c’est ici le déjeuner ? »

« Nan. » J’attrapais le sac de nourriture, re capotais la voiture et remontais les vitres, ne voulant tenter personne avec une voiture grande ouverte. « Tu vas devoir travailler un petit peu pour ton déjeuner. »

J’ouvris la porte et sortis, et elle fit de même.

« Hey, » elle dit en claquant la porte. « Tu n’avais rien dit à propose de travailler pour son déjeuner. »

Je me contentais de sourire et commençais à marcher, sûre qu’elle suivrait. Nous marchions à travers la forêt, suivant les panneaux indiquant les chutes de Millard Canyon. Le sentier suivait la rivière à travers un petit canyon ombragé et nous atteignîmes les cascades en moins de 15 minutes. L’espace autour des chutes était vide ; les propriétaires des voitures devaient avoir marché plus loin derrière les cascades.

Je nous menais hors du sentier, au dessus de quelques rochers et sous un grand chêne près de la paroi du canyon, m’installant sur un rocher plat. Robyn s’assit gracieusement à côté de moi, regardant la cascade de 25 mètres juste devant nous. Le courant était fort du aux pluies récentes et les cascades étaient impressionnantes. Nous n’avions pas parlé pendant la courte marche et le silence avait semblé confortable, pas du tout gêné.

J’ouvris le sac de l’épicerie et le bruissement du papier attira l’attention de Robyn. Elle me regarda.

« Donc, c’est ici le déjeuner ? » elle me demanda avec espoir.

Je sortis du sac deux sandwiches, deux bouteilles d’eau, un paquet de chips, une pomme, une orange et un brownie, ainsi que quelques serviettes.

« C’est ici le déjeuner. » Je lui tendis un sandwiche et une bouteille d’eau. « Pomme ou orange ? »

« Orange s’il te plait. »

Je lui tendis l’orange et bus une gorgée d’eau tandis qu’elle déballait son sandwich.

Elle ouvrit le sandwich, fronçant légèrement des sourcils. « Rosbif ? »

« J’ai dinde et avocat, si tu préfères je prendrai celui la. »

Elle regardait toujours le sandwich. « Et si j’étais végétarienne ? »

Je buvais encore de l’eau et je m’arrêtai en pleine gorgée. J’abaissais la bouteille.

« Tu l’es ? » Merde. J’aurais du demander au lieu de supposer…

« Pas du tout. » Elle prit un énorme morceau de son sandwich, le mâchant avec bonheur pendant un moment avant d’avaler. « Je me demandais juste comment tu savais que j’aimais le rosbif. »

Je soupirais de soulagement. « Tu as juste l’air d’une fille qui aime le rosbif. »

Elle s’arrêta de manger un moment, réfléchissant à ça. « Je ne sais pas comment je dois le prendre. »

« Je ne voulais pas… »

« Caid », elle rit et mangea un autre morceau. « Je plaisante. »

« Oh »

Nous fûmes silencieuses pendant un moment, mangeant notre déjeuner et écoutant le fracas de l’eau sur les rochers. Quand je finis, je fis une boule avec le papier ayant enveloppé mon sandwich et le remis dans le sac. 

« C’était comment le Brésil ? » je lui demandais au bout d’un moment, ouvrant les yeux et les dirigeant sur elle. « Tu sais qu’ils t’ont montré presque autant que Josh ? »

Elle rit. « Caid, c’était incroyable. C’était fou. Je regardais le court pendant un point vraiment disputé et la caméra qui était sensée être sur les joueurs était dirigée sur moi. Mon Dieu, et chaque fois qu’on allait quelque part, il y avait tous ces photographes qui nous suivaient… »

« Ça semble vous arriver aussi aux Etats-Unis. »

« D’une certaine manière oui, mais rien qui ne ressemble à ça… Josh adore l’attention pourtant. » Elle frissonna. « Ugh, je ne peux pas le supporter. »

Ça m’a surprise. Elle semblait être à l’aise sous les projecteurs, comme si elle l’aimait.

« Josh a bien joué, » je dis après quelques minutes de silence.

« Je trouve aussi. » Elle pencha sa tête en arrière et ferma les yeux, attrapant un rayon de soleil perçant le feuillage et m’offrant une vue excellente de sa gorge, douce et embrassable et de son décolleté. Je regardais ailleurs et me raclais la gorge.

« Ce match contre Gruspania… c’était serré. »

Elle sourit, les yeux toujours fermés. « J’avais peur qu’il soit contrarié après celui là… c’est un gros bébé quand il pense qu’il n’a pas joué aussi bien qu’il aurait pu. Il ne l’était pas finalement. »

Nous étions toutes deux silencieuses pendant quelques minutes et Robyn se mit à rire. « En fait, il aimerait bien te rencontrer. »

Je la regardais d’un air perplexe. « Ah bon ? »

« Oh, il ne l’admettra jamais mais je me souviens que quand j’ai commencé à faire des scènes sur Central 9, Josh était tout excité que je travaille avec Caidence Harris, la fille Balentine la plus sexy.

« Oh mon Dieu », je grognais et fermais les yeux. Pendant mon époque de pub de bière, j’avais représenté Balentine Pilsner, une bière de style allemand, produite en Amérique avec un nom irlandais. Elle était étonnamment populaire, surtout dans les milieux étudiants. « Tu plaisantes. »

« Non, ses mots exactement. » Elle se tut pendant quelques secondes. « J’aimerais bien le faire. »

J’ouvris les yeux et la regardai. Elle m’observait mais détourna son regard.

« Faire quoi ? »

Son regard revint vers moi. « Te le présenter. On pourrait peut être aller dîner un soir. Tu pourrais emmener … quelqu’un si tu veux… enfin, si tu vois quelqu’un… » Son débit rapide au début finit en balbutiement. Elle se remit à regarder les cascades.

Génial. Une conversation entre filles sur ma vie amoureuse avec l’objet de mon affection.

« Je ne vois personne. » lui dis-je avec un sourire narquois. « Franchement, je ne sais pas où tu trouves le temps. Généralement, je m’écroule sur mon lit dès que j’arrive à la maison. J’ai à peine assez d’énergie pour me brosser les dents alors voir quelqu’un. Et ça serait sympa au fait. »

Elle m’avait écoutée avec attention et son front se fronça à la dernière partie. « Pardon ? »

« Un dîner, »je clarifiais. « Ou autre chose avec toi et Josh. Si tu es okay avec juste moi, non accompagnée. »

« Ça ira très bien. Demain soir ? » Elle me demanda avec espoir.

« Ummm… » Elle m’avait pris de court. Je repassais mon programme pour le lendemain. « On tourne en ville demain et je n’aurais sûrement pas fini avant huit heures… »

« Viens à la maison. Josh s’occupera du grill. Il ne sait pas faire cuire un œuf mais qu’est ce qu’il maîtrise le grill. » Elle me toucha brièvement le bras. « A moins que ce ne soit trop tard ? »

Sa tête était penchée sur le côté, elle me regardait de ses yeux incroyablement sombres. Elle avait laissé la casquette dans la voiture et des mèches de cheveux sombres étaient sorties de sa natte pour venir caresser son visage.

Je respirais difficilement, submergée par une avalanche d’émotions. Parfois, le simple fait de la regarder provoquait ça en moi. Elle était tellement belle… j’en avais presque mal.

« Non, ce n’est pas trop tard. J’adorerais ça. » Je réussis à lui dire.

Elle me lança un sourire éclatant et nos regards se croisèrent, la douleur s’intensifia.

Je sautais sur mes pieds, époussetant la saleté de mon jeans et rassemblant les restes de notre déjeuner. « On ferait mieux de rentrer. »

« Oh… ouais. » Elle avait l’air déçue mais se redressa doucement. « J’imagine. » Sa main passa sur mon bras, laissant un chemin de délicieux picotements sur son passage. « Merci Caid. C’était vraiment très agréable. Tu fais ça souvent ? »

Je regardais aux alentours pendant un instant, le temps de retrouver mon équilibre et haussai des épaules. « Ça dépend je suppose. J’aime bien m’éloigner du plateau quand je peux et il y a beaucoup d’endroits à Los Angeles à moins d’une demi heure, trois quarts d’heure de voiture… J’ai choisi celui ci parce que c’était près et que je ne savais pas combien de temps tu voulais marcher dans ces sandales. Normalement, je préfère marcher un peu plus. »

« Je laisserai une paire de chaussures de marche dans la caravane comme ça la prochaine fois, je serai préparée. » Elle étira ses bras au dessus de sa tête, se penchant d’un côté puis de l’autre pour relaxer son dos ; elle ne remarqua donc pas l’énorme sourire sur mon visage.

La prochaine fois.

La vache. J’aimais la manière dont ça sonnait.

Je rassemblais nos ordures et déballais le brownie, le cassant en deux et tendant une moitié à Robyn.

« De l’énergie » je lui dis, « pour le chemin du retour brutal et long. »

Elle regarda la friandise avant de la prendre avec un soupir de résignation. « Si je continue à traîner avec toi, je vais devoir ajouter un autre kilomètre à mon jogging matinal. »

Je souris et pris un morceau, mâchant avec bonheur. « Tu cours ? »

Elle hocha la tête tout en grignotant délicatement son morceau. « Oui, j’ai commencé à l’université…c’est devenu une habitude maintenant. Je nage aussi environ deux fois par semaine. C’était ça ou arrêter de manger et j’adore manger. »

Voilà qui expliquait ses bras longs et puissants et ses épaules bien développées.

« Quelle distance tu cours habituellement ? »

« A peu près huit kilomètres je suppose. »

Je hochais la tête. C’était aussi ce que je faisais la plupart des matins. Je lui dis nonchalamment, « on devrait y aller ensemble un jour.»

Elle sourit. « Bonne idée. Ce sera bien de courir avec quelqu’un à nouveau… j’avais l’habitude de courir avec Josh mais il s’est mis dans la tête l’attitude ‘je suis un athlète professionnel et je dois t’écraser’. » Dit elle, prenant l’accent de Arnold Schwarzenegger à la fin de la phrase. «  J’ai fini par lui dire d’aller essayer d’écraser quelqu’un d’autre. Maintenant il paye quelqu’un pour se faire écraser. »

Je ris et engouffrais le reste du brownie avant de nous remettre sur le chemin et nous commençâmes à marcher côte à côte.

« Je promets de ne pas t’écraser. En fait, avec ces jambes interminables, je pense que c’est toi qui vas m’écraser. »

Jésus. Je ne viens pas de dire ça ?

Robyn me lança un regard étrange mais ne fit aucun commentaire. « Deal. »

Nous marchâmes calmement pendant quelques minutes, Robyn se mettant derrière moi quand nous croisâmes un groupe de trois femmes d’âges moyen bavardant se dirigeant vers les cascades. La femme en tête du groupe cligna des yeux en me reconnaissant.

« Bonjour, » je dis quand ses yeux s’agrandirent de surprise.

« Bonjour Mesdames. » la voix grave de Robyn détourna son attention et ses yeux s’agrandirent encore plus. Elle ralentit et nous regarda passer la bouche ouverte. Les deux femmes derrière elle, absorbées dans leur conversation, se cognèrent dans son dos en piaillant de surprise. Robyn et moi continuâmes de marcher, souriant légèrement au son des chuchotements rapides derrière nous.

Robyn fit deux grands pas et se retrouva à nouveau à mes côtés, regardant les parois du canyon avec un sourire satisfait. Elle semblait à l’aise dans ce genre d’activité.

« Je suppose que tu ne fais pas de VTT ? » je lui demandais soudainement.

« Je n’en ai jamais fait. » Elle me regarda et sourit. « Mais j’ai eu envie d’essayer. »

La vache.

 

 

Trente minutes plus tard je garais Twila à ma place de parking, je ris quand Robyn tapota doucement le capot et chuchota, « merci ».

« Tu devrais peut être t’en acheter une Robyn. » Je sortis, attrapai mon sac et je le passai sur mon épaule.

Elle se mit à marcher à côté de moi. « Je n’en ai plus besoin maintenant, je n’aurai qu’à te demander de me conduire. »

Je pense qu’elle s’attendait à une répartie mais vu que cela ne me posait absolument pas de problème, je me contentais de sourire.

Nous marchâmes jusqu’à la caravane, j’entrais la première, m’arrêtant abruptement quand je vis une Liz à l’air hagard sur mon canapé.

« Caid.. » elle fit mine de se lever mais retomba lorsqu’elle aperçut Robyn derrière moi. Elle fronça des sourcils, son regard passant de Robyn à moi.

Robyn s’avança légèrement, sa pose détendue mais subtilement agressive. Je la regardais avec surprise.

Robyn me défendant ? Cette pensée me rendit ridiculement heureuse, que ce soit vrai ou pas.

Je mis ma main doucement sur son bras et me mis en face de Liz. « Liz… je suis contente que tu sois là… »

Les yeux de Liz décochèrent des regards à chacun de nos visages puis à ma main toujours sur le bras de Robyn. Elle fronça encore plus des sourcils. Elle nous fixa pendant un instant, secoua légèrement la tête et se leva.

« Bonjour Robyn. Ça te dérange si je parle une minute à Caid ? »

Robyn me lança un regard interrogateur, je lui souris, lui assurant que tout allait bien. Elle regarda Liz. « Bien sûr Liz. Je dois retourner à En leur défense de toute façon. » Elle mit une main sur mon épaule et serra doucement. « Merci pour le déjeuner Caid. C’était le meilleur que j’ai eu depuis un moment. Je t’appelle pour demain ? »

Je hochais la tête en souriant, Robyn lança un dernier regard à Liz et sortit.

Le front de Liz se plissa tandis que la porte se fermait. « Qu’est ce qui se passe avec elle ? »

Je haussais les épaules et l’observais en essayant de jauger son humeur. J’espérais qu’elle était là pour mettre les choses à plat mais il était tout à fait possible qu’elle était là juste pour me crier après… je n’aurais pas du libérer Robyn après tout.

Elle se tourna brusquement vers moi et me serra dans ses bras brièvement mais avec force. Liz n’était pas quelqu’un de tactile et la surprise me figea. Avant que j’aie pu répondre, elle recula l’air gêné.

« Liz… »

« Tiens. » Elle me poussa quelque chose et j’ouvris automatiquement la main pour le prendre. « Je suis désolée d’avoir été une telle conne, Caid. Je n’ai jamais voulu être comme ça avec toi. »

Je regardais l’objet entre mes mains. Trois barres miniatures de Cookies’N Cream.

« Paula m’a dit de t’offrir des fleurs ou quelque chose comme ça mais je sais que tu détestes ces trucs vu comment elles meurent et empestent ta caravane, et putain, tout le monde envoie toujours des fleurs pour se rattraper, et je sais que tu adore ces machins au chocolat… » Liz balbutiait et je la regardais en souriant doucement.

J’adorais ces barres au chocolat débiles. Il y avait peut être quatre personnes sur terre qui savait ça sur moi. Liz s’en était souvenue, et sans l’aide de Paula.

J’adorais quand les gens me surprenaient positivement.

« … et j’étais juste tellement en colère après Grant de m’avoir laissée dans le noir… »

« Liz, ça va. »

Elle s’arrêta. « Vraiment ? »

Je hochais la tête. « Vraiment. »

Le soulagement fit se relaxer tout son corps et elle s’affala sur le canapé. « Merci mon Dieu. »

« Mais juste pour que tu saches, » j’ajoutais, « Liz la Charmante est toujours ma préférée. »

Elle se mordit la lèvre. « Je suis vraiment désolée Caid. »

« Je sais que tu l’es, cher. » Je déballais l’une des barres chocolatées et lui offris. « Tu en veux une ? »

Elle fit la grimace. « Ah ça non. Ces trucs sont répugnants. Je ne sais pas comment tu peux les manger. On dirait des cubes de lard avec des fourmis dedans. »

Le bonbon fit une pause dans son chemin vers ma bouche. Je le regardais avec beaucoup d’attention et vis qu’elle avait raison.

« Où est ce que tu as vu un cube de lard dans tout ta vie, mademoiselle ? » Je mis le bonbon dans ma bouche en essayant de ne pas penser à du lard ou des fourmis.

Elle renifla. « Je sais à quoi le lard ressemble. »

« C’est vrai que tu cuisines tellement souvent. »

« Hey, je regarde la chaîne cuisine… ces mecs adorent le lard. » Ses yeux s’agrandirent. «  Putain de merde, l’autre nuit je les ai vu faire ce truc avec une sorte de melon pas net et une partie d’un requin qui ne devrait jamais être montrée à la télévision ... »

Mon rire bruyant résonna contre les murs de la caravane. J’adorais cette femme et c’était sympa de me rappeler pourquoi.

Elle s’arrêta au milieu de sa phrase. « Quoi ? »

« Liz, ne change pas. »

Elle me sourit superbement. « Bien sûr que non, Sugar. Pourquoi modifier la perfection ? »

Pourquoi, effectivement.

Je ris encore et m’assis près d’elle sur le canapé.

« On est okay ? » elle me demanda encore.

« On est bien. »

Elle se tourna vers moi, soudain très sérieuse. « Tu fais partie du peu de vrais amis que j’ai ici, Caid. Je ne pourrais pas le supporter s’il y avait quelque chose qui vienne gâcher ça. »

« Ça me ferait aussi beaucoup de peine Liz, » je lui dis tout en lui tapotant la cuisse. « Et je pense que tu as beaucoup plus d’amis que ce tu crois. »

Je m’appuyais contre les coussins en soupirant. Aujourd’hui j’avais appris que mon futur sur C9 était sur le point de prendre un virage très intéressant, étais passée très près de terminer ma carrière, avais failli perdre une bonne amie, m’étais lancée dans une amitié prometteuse avec une femme dont je voulais bien plus que l’amitié… Ça avait été une grosse journée et on n’en était qu’à la moitié.

« En parlant d’amis, Robyn et toi aviez l’air plutôt copines. Je ne savais pas que vous passiez du temps ensemble ? »

« On n’en passait pas avant aujourd’hui. J’avais besoin de m’éloigner un peu du plateau et Robyn m’a accompagnée. »

«  Oh, Caid… tu ne l’as pas emmenée faire une de tes petites marches ? » Elle fronça le nez en signe de désapprobation. J’avais invité Liz une fois à l’un de mes petits voyages après lequel nous étions d’accord toutes les deux que je ne lui redemanderais plus jamais. Liz et la nature ça faisait deux.

« Elle a aimé. » Je lui dis, un peu sur la défensive.

« Je savais que cette fille avait quelque chose de bizarre… »

« Elle n’a rien de bizarre ! » La véhémence de mon ton nous surprit toutes les deux.

« Whoa, Caid je rigolais. En fait, j’aime plutôt bien Robyn. N’importe quelle personne qui peut faire taire Arturo avec un regard est okay selon moi. »

Je me grattais la tête et soupirais. « Désolée, je pense que je suis un peu à cran aujourd’hui. »

Le silence suivit pendant quelques minutes. Je regardais ma montre, remarquant que je devais bientôt aller au maquillage.

« Caid ? » Le regard de Liz était perdu dans l’espace et son expression perplexe.

« Hmmm ? »

« A ton avis, pourquoi personne ne pense que je pourrais embrasser une femme ? »

Ouh la la. Je savais que ces chiffres idiots allaient l’inquiéter.

« Je ne sais pas, Liz, mais je ne m’en inquiéterais pas trop à ta place. C’était juste un sondage. »

Elle hocha la tête et se tut pendant un moment.

« Tu as déjà ? »

J’étais en train d’observer paresseusement le plafond, je me tournais vers elle. « J’ai déjà quoi ? »

« Embrassé une femme ? »

« Non, » je lui répondis honnêtement après un instant d’hésitation.

Mais j’en ai eu envie. Comme j’en ai eu envie. Pendant la scène avec Robyn, à la lecture d’aujourd’hui, aux cascades et à chaque fois que Robyn entre dans une pièce…

« Tu en as déjà eu envie ? »

J’inspirais nerveusement et Liz me regarda de manière curieuse.

Je restais immobile pendant un moment puis me raclais la gorge et dis doucement, « Oui. »

Elle hocha pensivement la tête. « Ça doit être ça. Je n’ai jamais eu envie. D’embrasser une femme je veux dire. »

Je la fixais, je ne savais pas ce à quoi je m’attendais, mais certainement pas à une logique calme.

Elle se leva en utilisant un accoudoir et un de mes genoux. « Bon, je dois être au studio à deux heures. Paula devrait être à la porte d’un moment à l’autre. Autant lui épargner le voyage. » Elle s’arrêta à la porte. « Je suis contente qu’on soit okay, Caid. »

Je retrouvais ma voix. « Moi aussi. »

Elle ouvrit la porte et regarda au dessus de son épaule. « Et ne pense pas qu’on en ait fini avec le fait d’embrasser une femme. On reparlera de ça plus tard. »

La porte se ferma avec un vif snick.

Je grognais et mis ma tête dans mes mains.

Génial. Juste génial.

 

 

 

  

 

 

 

 

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Et dans son propre rôle, chapitre 2

 

CHAPITRE DEUX

 

Je frappai à la porte de la caravane de Liz avec la pointe de ma botte le lendemain matin à 7H55, buvant à petite gorgée dans une grande tasse de café en carton que je tenais dans une main, suspendu dans l’autre main se trouvait un plateau en carton contenant deux autres tasses de café fumant.

La porte s’ouvrit et Paula, l’assistante de Liz, me fit entrer. Je grognais en guise de salutation et entrais dans la caravane, présentant le plateau et montrant avec mon menton celui le plus proche de Paula.

« Mocha blanc quelque chose. Avec du lait de soja. »

Elle prit la tasse indiquée du plateau en murmurant, « Tu es un amour. Merci. » Tandis que je la dépassais, elle me toucha le bras. « Et je n’en crois pas un mot. »

Je fronçais les sourcils. « Un mot de quoi ? »

« De ce qu’ils disent. A propos de toi et du figurant et de la chèvre. »

Chèvre, singe… il n’y a pas grande différence quand vous êtes supposé les baiser.

Je souris poliment. « Merci Paula, je suis flattée que tu ais une si haute opinion de moi. » Elle fronça les sourcils doutant de la sincérité de mes mots. Avant qu’elle ait pu dire quoi que ce soit d’autre à propos des rumeurs sur mon amour des chèvres, je poursuivis. « Comment va Liz ce matin ? »

Liz n’était pas du matin, et il était toujours bon de connaître son humeur avant d’engager la conversation.

« Et bien, elle est… »

La porte de la caravane s’ouvrit en grand et Liz en sortit d’un pas lourd, nous lançant un regard furieux.

« Liz est une adulte qui n’aime pas qu’on parle comme si elle n’était pas là. » Elle s ‘effondra sur le canapé, nous fixant toujours. « Et pour l’amour de Dieu Paula, je t’ai dit que ce truc avec la chèvre n’était qu’une rumeur stupide. Honnêtement, je sais pas qui a lancé cette horreur. »

« C’est fou n’est ce pas ? » Je commentais sèchement et tendis le plateau comme offre de paix.  « Le plus caféiné et le plus sucré qu’ils avaient. »

Ses yeux s’adoucirent un peu et elle tendit les mains. « Ohhhhh. Donne moi. »

Je posai le plateau et lui tendis la tasse. Elle la renifla et prit une petite gorgée, fermant les yeux et grognant d’une manière qui aurait du me faire rougir, si l’on considérait l’admission récente de ma sexualité, mais je n’ai pas rougi. Liz, malgré ses attraits indéniables, ne m’avait jamais fait de l’effet sexuellement. Ce qui me plaçait dans un minuscule pourcentage de personnes sur cette planète, et expliquait probablement le fait que Liz m’aimait bien.

Quelqu’un toqua à la porte de la caravane. « Une voiture est là pour Stokley et Harris ! »

Je tendis la main et mis Liz sur ses pieds. « Allez, autant en finir rapidement. » je dis avec un entrain évident.

« C’est pas si terrible que ça Caid, » Liz roucoula et me tapota la joue. « Tu as besoin de travailler sur ta sociabilité de toute façon. »

Je pris un air renfrogné et elle rit, nous guidant hors de la caravane, s’arrêtant un instant sur le seuil avec un petit couinement lorsque le soleil éclatant lui toucha le visage. Elle se retourna vers Paula qui était déjà en train de lui tendre une paire de lunettes de soleil qui étaient plus conçues pour le style que pour la fonctionnalité. Elle les prit sans un mot.

Je secouais la tête, prenant mes propres lunettes du haut de ma tête pour les glisser à leur place avant de suivre Liz et Paula au bas des escaliers et dans la limousine grise où deux personnes du département Relations Publiques de la chaîne nous attendaient.

Liz qui détestait absolument partager une limousine avec des gens qu’elle ne connaissait pas, s’assit dans un silence maussade durant le trajet vers l’hôtel, ses yeux lançant des couteaux aux deux passagers. Ils avaient l’air mal à l’aise, mais je n’avais pas assez de sympathie pour lancer une conversation qui aurait pu apaiser la tension. La préférence de Liz pour les trajets en solo était connue de tous, et ces derniers auraient du le savoir. A la place je m’assis et bus doucement mon café qui se refroidissait, laissant la caféine faire son travail pendant que Paula tapait intensément sur son ordinateur portable et utilisait occasionnellement son téléphone portable.

A l’hôtel, on nous escorta dans une petite salle de conférence et on nous offrit des croissants, des muffins et plus de café. Quelques minutes plus tard, 45 journalistes venant de différentes sources de média nationales et internationales se regroupèrent, s’assirent et commencèrent un torrent de questions.

J’étais nerveuse au début, toujours pas habituée à la notoriété grandissante que « Central 9 » m’avait apportée et peu sûre de moi face à la presse. La plupart des questions étaient pourtant pour Liz, et bientôt je me relaxais et appréciais le spectacle qu’était Elizabeth Ann Stokley. Cette femme était vraiment un maître quand il s’agissait de faire face à la presse ; déviant les questions avec un charme qui laissait les journalistes souriant, sérieuse un instant et charmeuse un autre, contrôlant la pièce sans les laisser réaliser qu’ils étaient contrôlés.

Finalement, au bout d’une heure et demi, l’animateur donna le signal des dernières questions.

« Une question pour Ms. Stokley et Ms. Harris, » dit une femme courte et forte dans le fond. « Êtes-vous conscientes qu’au cours des deux dernières années il y a eu une explosion d’histoires en ligne vous décrivant dans une relation homosexuelle toutes les deux ou avec d’autres personnages du casting de « Central 9 » ? Est-ce que ceci a affecté vote manière de travailler, et que pensez vous des chances qu’une telle histoire apparaisse pendant les heures de prime time ? »

J’entendis Liz prendre une inspiration choquée à côté de moi, mais je gardais mes yeux fixés sur la journaliste et ce que j’espérais être un sourire détendu sur mon visage, même si mon cœur battait si fort que c’était un miracle que les micros ne l’entendent pas.

Inspirant calmement, je regardais Liz, remarquant qu’elle tremblait plus que je ne l’avais jamais vue. Je sentis un éclair de contrariété. Qu’est ce qui était si épouvantable, le fait d’être lesbienne ou bien le fait d’être prise pour une lesbienne.

Je repoussais immédiatement ma contrariété, ma propre réaction n’avait pas été beaucoup mieux, et j’étais lesbienne. Au moins en théorie.

C’est fou ce que la société nous conditionne.

« Je pense que je vais prendre celle la, si ça ne te dérange pas Liz ? » Je dis lui souriant de manière rassurante.

Elle sembla reprendre son aplomb, et réussi même à me sourire. « Vas y. »

Je reportais mon attention sur la journaliste, remarquant que les autres journalistes étaient vraiment silencieux.

Je réfléchis un instant.

Okay, Caid, vas y tranquillement avec celle là. J’avais à peine fait mon coming out pour moi, je n’étais certainement pas prête à le déclarer au monde entier.

« Oui, je suis consciente qu’il existe des sites internet contenant des histoires sur les personnages de « Central 9 », et que certaines de ces histoires sont de nature lesbienne. »

J’étais surprise de combien ça sonnait naturel d’utiliser le mot.

Lesbienne.

J’étais lesbienne.

Je ne me l’étais pas encore dit à moi même ; c’était beaucoup plus facile que je ne le pensais.

Je fis une pause en réaction à ma révélation interne, et la journaliste qui avait posé la question ouvrit la bouche pour parler, je la coupais avant qu’elle puisse développer sur la question.

« En quoi ces histoires affectent ma relation professionnelle ou personnelle avec Liz ? » je haussais les épaules. « Elles ne l’affectent pas. Liz et moi sommes amies, et avons une relation de travail très confortable, contrairement à ce que certains journaux et magazines peuvent dire. Aucun d’entre vous, bien sûr, » Je souriais de mon sourire le plus charmant, écoutant la leçon de Liz, et j’étais satisfaite d’entendre quelques rires. « Je ne vois pas pourquoi ces relations changeraient à cause de gens qui écrivent des histoires sur les personnages que l’on joue dans une série TV. »

« Et si je pense ou non qu’une intrigue homosexuelle prendra place pendant les horaires prime time… je pensais que c’était déjà fait. Il y a eu plusieurs personnages gays dans la télévision prime time. Il est vrai qu’il y a encore du chemin à parcourir pour que ce soit un personnage récurrent dans une série comme « Central 9 », et que sa sexualité soit traitée avec la même décontraction qu’un personnage hétérosexuel mais je pense qu’on va finir par y arriver. » Je souris à la femme. « Donc, pour répondre à vote question, je dirais que les chances que ce genre d’intrigue arrivent en prime time sont plutôt bonnes, mais je ne vais pas deviner une chronologie. »

Plusieurs journalistes levèrent la main après que j’aie terminé, mais une des personnes des relations publiques – il me semble que son nom était Nick – annonça que nous avions d’autres engagements, et la conférence se termina poliment si ce n’est à contre cœur.

Nous signâmes quelques autographes à un groupe de personnes attendant dans le hall et remontâmes dans la limousine, les deux hommes des Relations Publiques ayant choisi sagement de prendre un taxi.

Dès que que la porte se ferma, Liz se tourna vers moi et m’agrippa le bras. « Putain, c’était pour quoi tout ça ? Les gens pensent que je suis lesbienne et ils écrivent des choses à ce sujet sur le net ? C’est illégal ! Je peux les poursuivre ? Merde, j’ai besoin d’appeler Woody pour voir si je peux attaquer. Paula passe moi Woody. »

Je soupirais. Merci de t’inquiéter aussi de ma carrière, Liz.

« Liz… calme toi. » Je dégageais mon bras et me rassis, passant une main dans mes cheveux par contrariété. « Ce ne sont pas des histoires sur toi, nom de Dieu ; ce sont des histoires sur Jen Hastings. Un personnage de fiction. »

Ça sembla la calmer un peu, mais elle prit quand même le téléphone quand Paula le lui tendit.

« Woody ? Bien sûr c’est Liz. J’ai une journée de merde, merci beaucoup. Est ce que tu savais que ces gens de l’Internet croient que je suis lesbienne ? »

Je roulais des yeux. « Liz… »

« Eh, Woody, je te passe Caid. Elle sait. »

Elle poussa le téléphone dans ma main, et résignée je le mis à mon oreille.

« Woody ? C’est Caid. »

« Caid, de quoi elle parle ? » La voix troublée et nasale de Woody Stein me parvint de l’autre côté de la ligne.

Je mis mes doigts sur le haut de mon nez et fermais les yeux. « Ecoute, laisse moi te rappeler, okay ? »

« Caid… »

« Je te rappelle. » Je fermais le téléphone en le claquant, sachant que ça énerverait Woody, mais sachant aussi que Liz arrangerait les choses pour moi.

« Qu’est ce que tu fais ? » me demanda Liz rageusement. « Tu dois … »

« Liz. »

« … raconter ça à Woody… »

« Liz. »

« Je les poursuivrai …»

« Liz, ferme la ! »

Liz cligna des yeux et Paula me regarda d’un ai choqué mais la voiture était enfin calme.

« Merci. Maintenant écoute moi pendant une seconde, okay. ? Ces histoires sont appelées FanFiction. Des gens écrivent des histoires sur les personnages d’une série. Elles ne parlent pas de toi. Tu ne peux poursuivre personne parce que ça ne parle pas de toi. Ça parle des personnages de la série. »

« Je ne peux pas. »

« Non, tu ne peux pas. »

Elle était silencieuse pendant un moment puis fronça les sourcils. « Comment tu connaît ces trucs ? Et pourquoi tu ne m’en as pas parlé ? »

Je me grattais inconsciemment la nuque. « Je faisais des…ah… recherches sur Internet un soir et je suis tombée sur un site qui avaient des trucs sur la série. J’étais curieuse donc j’en ai lu quelques uns. » Je ne pense pas qu’elle avait besoin de savoir exactement sur quoi mes ‘recherches ‘ portaient. « Je ne te l’ai pas dit parce que je ne pensais pas que c’était important. Ce sont juste des histoires Liz. Ça ne parle pas de toi. Personne ne t’accuse d’être lesbienne. »

Elle fronçait toujours les sourcils, son front obscurci par ses pensées. « Je voudrais en voir quelques unes, » dit-elle brusquement.

Je haussais les épaules. « Très bien, je t’enverrai quelques liens. »

« Quelques quoi ? »

Liz était nulle avec les ordinateurs. Je regardais Paula qui hocha la tête.

« Paula sait ce que je veux dire et elle te montrera. »

« Montre moi maintenant. Utilise l’ordinateur de Paula. On est à mi chemin du studio. »

Parfois son attitude m’agaçait vraiment.

« Dis s’il te plait. »

Liz cilla. « Quoi ? »

« Dis s’il te plait.  Je suis pas ta putain d’assistante Liz – sans vouloir t’offenser Paula, » je regardais l’assistante pour m’excuser. Elle sourit légèrement et secoua la tête. « Je suis ton amie et ta collègue. Dis s’il te plait. »

Nous nous fixâmes un long moment et elle finit par soupirer. « Je suis désolée Caid ». Sa voix était contenue. « S’il te plait. »

Je lâchais mon propre soupir et me tournais vers Paula. « Paula, je peux t’emprunter ton ordinateur un moment s’il te plait ? Cette voiture a le wifi non ? »

« Bien sûr Caid ». Elle acquiesça, cliquant quelques fois pour quitter ce qu’elle faisait, et me tendit le portable.

J’ouvris le navigateur, googlais quelques mots clés dont je savais qu’ils me donneraient ce que je cherchais, naviguais dans les résultats, en choisissant finalement un, le parcourant rapidement et plaçais le portable sur les genoux de Liz.

« En voici une. Appuie sur ce bouton quand tu veux descendre. »

« Merci » elle murmura poliment et commença à lire.

Je partageais mon attention entre regarder les voitures qui comme nous étaient coincées dans le trafic du déjeuner, et regarder l’expression de Liz passer de curieuse et légèrement ennuyée à absorbée et concentrée. En fait, je n’avais pas lu beaucoup de fan fiction ‘C9’ – ça m’avait semblé être un peu égocentrique – mais j’avais beaucoup apprécié celle là.

Liz était toujours en train de lire lorsque la limousine se gara à l’extérieur du studio, relevant les yeux à contre cœur lorsque Paula annonça que nous étions arrivées.

« Mais… je n’ai pas fini. Je ne peux pas le sauvegarder ? » Elle demanda honteusement.

Paula lui assura qu’elle pouvait et lui prit l’ordinateur, mit un marque page sur le site et me fit un clin d’œil.

Je lui souris et suivis Liz hors de la limousine et dans l’immeuble, curieuse de l’expression pensive de son visage.

Quand nous atteignîmes la caravane elle se tourna, l’expression pensive se changeant en légèrement calculatrice. « Donc il y en a beaucoup de ces histoires ? »

J’acquiesçais. « Des centaines…des milliers même, je suppose. »

Ça la surpris. « Toutes sur Jen et Rita ? »

« Oh… non, non. Ils mettent toute sorte de personnages ensemble. » Ça sembla la décevoir. « Combien sont des histoires lesbiennes ? Beaucoup ? »

« Beaucoup. »

Ceci la satisfit et elle monta les escaliers de sa caravane, me lançant un vague, « A plus tard, » au dessus de son épaule.

Je fixais la porte de sa caravane pendant un moment, me demandant ce qui lui passait par la tête, et pensant que quoi que ce soit, je n’allais sûrement pas l’apprécier.

Enfin, je haussais les épaules et me dirigeait vers ma propre caravane, me demandant si Robyn était sur le plateau aujourd’hui.

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Et dans son prpre rôle, chapitre 1

Et dans son propre rôle… 

Dabkey

DEMENTIS :

Cette histoire est une fiction originale. Toute ressemblance avec des personnes réelles est une coïncidence.

Toute l’histoire se passe dans une ville où je ne vis pas. Internet est un outil de recherche fantastique et j’ai essayé de rendre les choses aussi réalistes que possible, mais je suis un écrivain, et j’admets que quand la réalité ne me convient pas, je change des choses. Mes excuses aux habitants de LA, New York et Florida Keys pour tous les moments « mais c’est où  ça? ».

Avertissement Amour/Sexe : Cette histoire relate l’histoire d’amour entre deux femmes consentantes et adultes. Si ça vous dérange, passez votre chemin, il y a plein de bonnes fictions sur le net.

Remerciements : Un grand grand merci à tous ceux qui m’ont aidé, surtout Renée et Linda pour une excellente relecture, Meghan pour l’inspiration, le soutien et la confiance, et Deb pour sa patience infinie, ses encouragements tenaces et son amour.

Feedback : dabkey@hotmail.com

Feedback pour la traduction : jul.caplan@gmail.com

 

 

CHAPITRE UN

 

Le garçon était recroquevillé, le dos rond tandis que je tendais la main vers son visage.

« Ça va », lui dis-je calmement, j’arrêtai ma main, attendant.

De grands yeux marron me regardèrent en hésitant au travers de cils longs et sombres.

« Ça va, Samuel ». Je lui souris de manière rassurante. « Je ne vais pas te faire de mal ».

Je tendis une fois de plus ma main et ses yeux s’agrandirent de frayeur, mais il me laissa lui toucher le menton et lui tourner doucement la tête sur le côté. Je me glaçai pendant un instant, à la vue du bleu enflé qui courait tout le long du côté gauche de sa tête, et l’agrippais par les épaules, plus fort que je ne le voulais, autorisant la colère que je ressentais de se monter sur mon visage.

« Qui t’as fait ça Samuel ? » lui soufflais-je. « Qui a fait ça ? »

« Coupez !!! »

La voix transperça le silence comme un coup de feu, et je pouvais sentir les frêles épaules entre mes mains sursauter en réaction.

Je soupirais et laissais tomer mes mains sur mes cuisses pendant que les conversations éclataient sur le plateau autour de moi. La caméra à ma droite recula et je me redressai.

« Merde ».

Le garçon gloussa et essuya son nez, laissant une trace brillante de mucus sur sa lèvre supérieure.

Charmant.

« Becca ? » J’appelais une des assistantes. « Peut-on avoir un mouchoir ou quelque chose par ici ? »

J’étais vraiment pour le réalisme à la télévision, mais là il n’y avait pas moyen que je serre ce gamin dans mes bras avec toute cette morve sur lui, quoique le script en dise.

Pendant que Becca, une petite rousse dans un haut serré citron vert, se dépêchait et commençait à s’agiter près du garçon, je me tournais au son des pas s’approchant, mettant sur mon visage une expression de politesse respectueuse que je ne ressentais pas.

« Qu’est-ce qu’il y a Adam ? Je pensais que ça se passait bien. »

Je ne le pensais pas vraiment - j’avais été trop agressive, à cause d’un manque de sommeil, d’une semaine très longue et d’un méchant mal de crâne - mais je n’allais sûrement pas admettre ça à cet abruti.

Adam Kreiczeck était petit, odieux et transpirant ; je ne l’avais pas aimé dès que je l’avais vu, et il était devenu plutôt évident au cours de la semaine que le sentiment était définitivement mutuel.

« C’est pour ça que je suis le réalisateur, Miss Harris, et que vous ne l’êtes pas ».

Tu es le réalisateur parce que tu es marié à la nièce du producteur, connard.

Je détestais les réalisateurs invités.

Ils perturbaient le jeu de tout le monde, foutaient en l’air le rythme normal de tournage, et étaient généralement des emmerdeurs. Du travail de réalisateur de Kreizeck avait découlé une journée de 16 heures, beaucoup de scènes devant être retournées, et une énorme migraine que je semblais avoir depuis les dernières 72 heures.

« Essayons encore une fois », sueur –man continua, « avec un peu plus de compassion et moins de Rambo. Vous essayez d’aider le garçon, Miss Harris, pas de l’agresser ».

Le fait que dans ce cas précis il ait raison m’énerva encore plus que son sourire arrogant. Je hochais courtoisement la tête, résistant à l’envie de le claquer.

Il claqua impatiemment des doigts, amenant un des assistant de production à ses côtés. « Et s’il vous plait que quelqu’un dise à Miss Stokley que nous serons bientôt prêts pour elle. »

« Miss Stokley », dit une voix traînante, profonde, très féminine, « est déjà là. »

L’effet de la voix sur Kreizeck fut immédiat. Il se retourna en direction du son avec plus d’athlétisme que je n’en l’aurais cru capable et sprinta pratiquement vers le devant du plateau ou Elizabeth Ann Stokley s’asseyait de manière royale dans sa chaise.

« Miss Stokley ! ».

« Bonjour Adam », elle murmura. « Désolée si je suis un peu en retard. J’étais retenue à l’habillage. »

Je regardais son ensemble, - le même qu’elle avait porté aux répétitions trois heures auparavant - et pensais que son retard était plus certainement du à un stagiaire musclé du nom de Chad, le parfum de Liz pour la semaine, qu’à n’importe qu’elle type de problème de garde robe. Non pas que la teneur de son excuse eut de l’importance. Elle aurait pu lui dire qu’elle était en train de sucer le directeur de la chaîne dans les toilettes pour hommes, et je doute qu’il aurait battu un cil ou changé son empressement haletant d’un iota.

« Oh, pas de problème, pas de problème. Merveilleux. Vous avez l’air très bien, vraiment bien ».

Je roulais des yeux, déchirée entre énervement et amusement tandis que Liz utilisait sa magie et que Kreizeick était réduit à une flaque de gelée bavante et obséquieuse.

Et qui pourrait le lui reprocher ?

Elizabeth Ann Stockley était certainement un plaisir pour les yeux. Cheveux blonds, yeux bleus, un sourire éclatant, un corps avec des courbes à tous les bons endroits et un charme de belle du sud qui pouvait envelopper même le plus grand des connards autour de son parfait petit doigt.

Une combinaison intéressante, pas de doute.

Elle était aussi caractérielle, perfectionniste, une putain d’actrice et depuis le premier jour où j’avais commencé à travailler sur le plateau de « Central 9 », une bonne amie.

« Central 9 », ou C9 comme l’appelait l’équipe et les acteurs, était une série policière montrant la vie de six détectives dans une unité d’homicide à Los Angeles. Liz jouait le personnage principal de la série, Jen Hastings ; une détective jeune et optimiste avec une fille de cinq ans, un crédit et une mauvais goût extrême en matière de maris, pendant que je jouais Rita Stone, sa partenaire plutôt caustique, intense et cynique. Quand ils étaient en train de caster le rôle de Rita, ils cherchaient une femme qui était en gros l’exact opposé de Liz. Mes Cheveux noirs, ma mâchoire carrée, mon mètre 78 étaient assez chanceux pour se trouver au bon endroit au bon moment ; j’ai eu le rôle, et depuis ma vie a pris une forme de montagne russe.

Le claquement de doigt de Kreizck me sortit de mes pensées ; je suppose qu’il avait fini sa cour et voulait se remettre au travail. « Miss Harris, peut-on réessayer ? »

Je rencontrais le regard amusé de Liz au dessus de la tête du réalisateur – ce qui montre combien l’idiot était petit – et lui souris légèrement.

« Bien sûr, Adam ». « Je suis prête quand vous l’êtes ».

« Okay tout le monde ! » encore des claquements. « En place ! »

Je roulais des épaules, expirait un long soupir, et regardait ma morveuse co-star. En dépit du Kleenex, il suintait toujours du mucus.

« Action ! »

La journée allait être très très longue.

 

 

Un réarrangement de dernière minute du programme de tournage avait transformé ma longue journée en une relativement courte, et à 14 heures j’avais fini mes scènes de la journée et ne devais pas être sur le plateau avant 8h30 le lendemain matin. Des pensées agréables de vêtements confortables, de soleil printanier et d’un bon livre dans le hamac de mon jardin dansaient dans ma tête tandis que j’ouvrais la porte de ma caravane, et je ne réalisais pas que j’avais de la compagnie jusqu’a ce que je claque la porte derrière moi et que la grande et mince femme sur mon canapé ne se réveille en sursaut, clignant confusément des yeux et me sourie encore à moitié endormie.

« Caidence… hey ». La voix était basse, âpre et rauque – gorgée de whiskey, j’avais entendu une personne des média l’appeler – et je l’ai sentie, et ce sourire, jusque dans mes orteils.

Elle s’étira avec luxure, comme un grand chat satisfait, produisant un petit miaulement qui se transforma en un grognement long et satisfait. Avec effort, je détachais mon regard de l’éclair de peau au dessus de la taille de son jean, et de chemin de ses seins – Jésus, est-ce qu’elle porte un soutien-gorge ? Christ, Caid arrête de regarder ses seins ! – tendus contre le tissu de son t shirt.

« Robyn. Merde, tu m’as fait peur ». Je m’affalais sur la chaise en face du miroir, contente d’avoir une excuse pour mes jambes soudainement faibles.

Vous penseriez que j’y serais habituée depuis le temps.

Nous avons travaillé ensemble plusieurs fois, et je la voyais si ce n’est pas tous les jours, au moins un ou deux fois par semaine pendant les 18 derniers mois, que ce soit sur le plateau de « Central 9 » ou de « En leur défense », la série d’avocats sur laquelle Robyn travaillait pour la même chaîne. Les deux séries avaient été lancées la même année et se passaient dans la même ville, et souvent, des acteurs d’une série faisaient des apparitions dans l’autre, ce que Robyn faisait depuis trois semaines. La jeune femme partageait même ma caravane lorsqu’elle travaillait sur « C9 », ce qui expliquait sa présence sur mon canapé.

Mais peu importe combien de fois je voyais Robyn Ward, travaillais avec elle, ou partageais son espace, son air sensationnel et sa sensualité âpre me laissait toujours sans voix, légèrement déphasée et juste un peu essoufflée.

« Désolée. »Elle bailla et balança ses longues jambes hors du canapé pour s’asseoir, passant sa main dans des cheveux long sombres et légèrement ébouriffés, regardant la pièce. « Je pense que faire ce double travail commence à me rattraper. Je me suis presque endormie sur le plateau aujourd’hui entre deux prises ».

« Tu parles », j’acquiesçais, regardant son reflet dans le miroir, enlevant de manière absente le maquillage qui, à l’écran, était sensé faire croire que je n’en portais aucun. « Je ne travaille que sur une seule série cette semaine et je suis sur le point de lâcher. S’il y avait plus de place sur le canapé, je t’aurais rejointe. »

Vous vous souvenez de ce que j’ai dit à propos du « laisser sans voix » ? Laissez moi reformuler ça. Ou je ne trouve rien à dire, ou les trucs qui sortent de ma bouche sont très gênant et mènent à un rougissement incontrôlable, comme celui que j’avais maintenant.

J’étais reconnaissante pour mon teint mat qui j’espère le camouflait.

« Vraiment ? » elle fronça son sourcil avec un sourire amusé. « Je me souviendrai de ça la prochaine fois et je ferai attention à te laisser de la place ».

Oh, comme j’adorais ce truc qu’elle faisait avec son sourcil.

En fait, ses sourcils étaient une des choses que je préférais chez elle, balayant son front avec une précision sombre et linéaire, brandis avec un effet dévastateur aux moments opportuns. En effet, j’adorais ces sourcils, classés en bonne position avec des yeux chocolats, des cheveux soyeux sombres, une bouche large et pleine, un visage anguleux, des jambes interminables, de belles mains, une peau douce et bronzée, un corps gracieux, une petite fossette au menton, et le grain de beauté sur le côté de son coup, juste sous l’oreille, que vous pouvez voir quand elle passe inconsciemment la main dans ses cheveux.

Je clignais des yeux, réalisant que je la fixais.

« Caidence ? » Elle s’était penchée en arrière, drapant un long bras sur le dossier du canapé en me regardant d’un air qu’elle me donnait fréquemment depuis peu – un petit sourire secret qui était un mélange d’amusement, de curiosité et de raillerie.

Je commençais à penser que peut être Ms Ward était plutôt consciente de l’effet qu’ elle avait sur moi, et appréciait me voir me ridiculiser.

« Uh, désolée. J’étais ailleurs pendant une seconde ». Je souris faiblement, mis un dernier coup sur ma figure, et me tournais pour lui faire face.

« Je peux comprendre, crois moi, » dit-elle avec un sourire fatigué et étira ses jambes sur toute leur longueur ce qui prit quasiment la moitié de la pièce – les croisant sur ses chevilles. «  Donc, qu’est ce que tu penses de Kreizeck ? Je n’ai pas encore travaillé avec lui mais j’ai trois scènes aujourd’hui. J’ai parlé avec Liz, et il m’a dit qu’il était bien, mais Danny a dit que c’était un « p’tain d’loser ».

Elle imita parfaitement l’accent de l’acteur newyorkais et je ris, surprise par un côté moins sérieux de Robyn que je n’avais jamais vu. Le rire était spontané, et sembla nous prendre toutes deux par surprise, probablement parce que mon rire en sa présence avait toujours sonné jusqu’à maintenant légèrement étourdi ou hystérique, comme une fille de 12 ans.

Hey, finalement je pouvais peut être me comporter comme un adulte avec elle.

« Bien, » dis-je, riant encore et contente encore que ça semble très naturel. « Liz, d’une manière complètement Liz, a le pauvre homme qui lui mange dans la main. Sa seule plainte est qu’il bave un peu trop. Moi, d’un autre côté, je serais plutôt d’accord avec Danny. Ce mec est un con. »

Ce devait être la plus grande déclaration que j’avais jamais réussi à émettre en face d’elle, et j’étais plutôt fière de moi. La nervosité que j’avais ressentie quelques minutes auparavant s’était dissipée en une sorte d’euphorie d’être juste en sa compagnie et d’avoir son attention concentrée sur moi. Incapable de m’arrêter, je lui adressais un grand sourire.

Elle cligna des yeux, et me rendit mon sourire avec hésitation, mais ses sourcils étaient froncés dans ce qui ressemblait à de la confusion.

« Tu… » Elle commença mais s’arrêta.

« Quoi ? » je penchais ma tête sur le côté, toujours en souriant de manière heureuse. Je ne pense pas que quelque chose aurait pu l’enlever de mon visage.

« Tu… » Elle hésita une fois de plus et sourit légèrement. « Tu as un rire génial, Caidence. Je ne pense pas que je l’avais vraiment entendu avant. »

Ok. Ça l’a fait. Le sourire maintenant transformé en un « O » stupéfait d’incrédulité.

« Uh…merci,» je bégayais et baissais les yeux, rougissant profusément.

Ma perte d’équilibre évidente et soudaine eut l’effet opposé sur Robyn, et quand je réussis à rencontrer son regard à nouveau, le petit sourire secret était de retour bien en place.

Ma nervosité était revenue, bien que pas au point du presque abêtissement de tout à l’heure, et j’étais raisonnablement sûre que je serais capable de continuer la conversation sans me ridiculiser encore plus.

« Donc Kreizeck est un con, huh ? » Elle leva un bras du dossier du canapé et se frotta la tempe, fermant les yeux un instant. « Génial »

« Yep, » je convins.

« Merde. Je déteste les réalisateurs invités.»

Je souriais légèrement à ça, et lui donnais plus de mauvaises nouvelles. « Et j’ai remarqué qu’il n’est pas particulièrement fan des gens grands ».

Roby me dépassait d’au moins 3 centimètres. Elle allait rendre Kreizeck fou.

Elle arrêta de se frotter et ouvrit les yeux pour me fixer. « Tu plaisantes. »

« Désolée. » Je haussais les épaules par sympathie. « Mais si tu veux vraiment le faire chier, mets toi près de lui pour que s’il te parle il doive lever les yeux. Ça marche nickel . »

Le sourcil se leva, et elle dit laconiquement, « on dirait que c’est une technique que tu as utilisé toi même une fois ou deux. »

« Une fois ou deux, » je rétorquais et lui clignais de l’œil.

J’ai cligné de l’œil à Robyn Ward.

Putain de merde.

D’aucuns pourraient dire que j’ai juste… flirté.

Je flirtais avec Robyn Ward.

Moi – qui juste quelques années auparavant été parvenue à la conclusion que j’était attirée par les femmes et qui n’avait pas encore agi sur cet attirance - flirtant avec Robyn Ward, qui était constamment prise en photo avec son très attirant, très célèbre, très charmant joueur de tennis de copain Josh Riley ; ensemble le symbole du couple hétérosexuel bienheureux, riche et célèbre.

Putain de merde. A quoi je pensais ?!?

Robyn paraissait aussi stupéfaite que moi, que ce soit à cause du fait que je lui ai fait un clin d’œil et flirtais probablement avec elle, ou à cause du fait que, contrairement à ce qu’elle pensait, j’avais montré dans les dernières minutes que je possédais une personnalité égale à mes 34 ans, et que je pouvais être charmante quand je le décidais.

Le moment fut interrompu par un coup à la porte de la caravane, et le son nous prenant toutes les deux au dépourvu.

« Caid ? » La voix étouffée de la deuxième assistante réalisateur, Mariel Lacey, nous parvint de l’extérieur.

« Ouais », je répondis, détachant mon regard de Robyn . « Entre, Mari. »

La femme à la peau sombre passa la tête par la porte, les perles dans ses cheveux tressés s’entrechoquant doucement. « Caid, je suis contente que tu sois toujours là. Je pensais que j’allais devoir t’appeler pour te dire de revenir… » Elle remarqua la femme sur le canapé, et souri heureusement, « Oh, hey Robyn. Je suis contente que vous soyez là toutes les deux. »

Elle entra dans la caravane et me tendit un bloc de papier de plateau, puis fouilla dans la masse de papier qu’elle portait et tendit un autre bloc à Robyn.

« Le père de Josiah a été hospitalisé cet après midi pour des douleurs à la poitrine, et il est parti dès qu’il a appris… Adam ne veut pas attendre qu’il revienne, donc il a fait retravailler aux scénaristes les scènes restantes en utilisant les personnes que nous avons. Voici vos lignes… Robyn, les tiennes n’ont pas changé, tu feras juste deux scènes avec Danny seulement, et celle que tu avais avec Josiah, tu la feras avec Caid. »

Je pris les papiers de manière automatique. « Uh… »

« Super. On vous voit toutes les deux sur le plateau dans, » elle jeta un coup d’œil à la montre minuscule à son poignet, ‘une heure ». Elle regarda Robyn. «  Tu ferais mieux d’aller à la garde robe, et toi, » elle me pointa, « va au maquillage. Maintenant il faut que je trouve Danny… »

La femme s’affaira hors de la caravane, et je soupirais, tripotant les draps de manière absente.

Le hamac allait devoir attendre un autre jour.

« Bien, tu l’as entendue, » Robyn grinça finalement. « On ferait mieux d’y aller. »

« Ouais, » je soupirais profondément tandis que je me levais et m’étirais. «  Et voilà pour mes grands plans pour l’après midi.»

Robyn me suivi hors de la caravane, et nous continuâmes de parler pendant que nous faisions le chemin du parking et de l’immeuble. « Tu avais prévu quelque chose de spécial ? »

Je lui jetais un coup d’œil. « La plupart de gens n’appelleraient pas ça spécial… juste un bon livre et le hamac dans mon jardin, et peut être une sieste. »

« Oh Seigneur, » elle dit en grognant, « ça paraît divin. Je m’inscris.»

Je souris, pensant que je l’inscrirais pour tous ce qu’elle voudrait, quand et comment elle le voudrait.

Nous nous séparâmes aux essayages, et je partis en direction du maquillage. Tandis que je m’asseyais dans la chaise et que je laissais Jules me réappliquer mon non-maquillage, Drew le coiffeur arriva et lorgna mes cheveux en pinçant des lèvres.

« Chérie, qu’est ce que tu t’es fait ? »

Je regardais mon reflet dans le miroir. Mes cheveux n’avaient pas changés depuis quelques mois – courts et sombres avec des reflets sur les mèches qui partaient dans tous les sens.

Je me contentais de lui sourire pendant qu’il commençait à me taquiner, Jules et lui bougeant autour de moi avec une synchronisation confortable et silencieuse qui dénotait de centaines d’heure de travail en commun.

La première année de la série, j’avais des cheveux sombres ondulés, légèrement plus longs, mais pour cette saison ils voulaient que j’aie un look plus « mordant ». Le porc épic sur ma tête était le résultat de mon accord, et je commençais en fait à vraiment l’apprécier. Je les trouvais extrêmement faciles d’entretien, mais Drew en faisait toujours tout une histoire, travaillant sans relâche pour qu’ils ressemblent exactement à ce à quoi ils ressemblaient lorsque je sortais du lit. Je lui ait dit une fois que je pourrais lui épargner du travail en ne me douchant simplement pas, et le regard horrifié qu’il m’ a lancé m’a tellement fait rire que Jules m’a quasi éborgnée en me mettant du crayon.

J’entendis quelqu’un entrer dans la pièce, et quelques instants plus tard Liz s’affala dans la chaise près de moi.

Drew et Jules la regardèrent dans l’expectative, jusqu’à ce Liz leur face un vague signe de la main. « Non, non, je suis juste là pour parler à Caid. »

« Qu’est ce que tu fais encore là ? » Je lui demandais après que les deux continuèrent de travailler sur mes cheveux et mon visage. « Je pensais que tu étais partie depuis longtemps. »

Elle grogna, d’un manière définitivement non belle du sud. « Putain. Cet homme ne veut pas me laisser tranquille. »

Je n’avais pas à demander qui ‘ cet homme’ était. A chaque fois que j’avais quitté le plateau cette semaine, Kreizeck avait été accroché à elle comme une mauvaise odeur.

« Si tu laissais Liz La Peste se montrer au lieu de Liz La Charmante, tu n’aurais pas ce problème,» je remarquais raisonnablement.

Elle fronça les sourcils devant mon manque de sympathie. «  Il y a des gens qui répondent mieux au charme, et Adam est définitivement l’un d’entre eux. » Elle renifla. « Tu devrais travailler sur ton charme. C’est fou ce que ça peut t’apporter parfois. »

Je repensais à ma conversation avec Robyn, et souriais pour moi même.

Liz passa la main dans ses chevaux et s’arrêta quand elle vit mon sourire.

« Quoi ? » Elle demanda, plissant ses yeux.

« Quoi quoi ? » j’essayais de faire l’innocente… j’étais une actrice après tout, je devrais réussir un peu d’innocence.

« C’est quoi ce petit sourire satisfait ? » Elle se pencha en avant, en me scrutant. « Caidence Harris, qu’est ce que tu ne me dis pas ? »

Je ris légèrement. « Il y a beaucoup de choses que je ne te dis pas, Liz, parce que tu es incapable de garder un secret. C’est juste une de ces choses. »

« Ohhh. Donc c’est un secret ? »

Merde. J’ai marché en plein dans celle là.

« C’est rien. »

« C’est quelque chose. »

« Non. »

« Si, et je vais trouver ce que c’est. »

Je roulais de yeux et haussais des épaules. « Fait ce que tu veux. Il n’y a rien à trouver. »

Elle sourit gentiment, et reporta son attention sur Drew. « Drew. »

Drew haussa des épaules, toujours concentré sur mes cheveux. Liz fronça des sourcils et regarda Jules. « Jules ? »

La maquilleuse fit une pause et haussa les épaules. « Je sais pas… elle ne m ‘a pas l’air différente. »

Liz fit la moue et je lui souriais d’un air satisfait.

« … bien qu’ elle sifflait lorsqu’ elle est arrivée ,» Jules termina.

Traîtresse.

Je la regardais d’un air blessé, pendant que les yeux de Liz étincelaient de joie.

« Caid sifflotait ? » elle roucoula, et tendis la main pour me pincer le bras. «  Notre petit Grincheux ? »

« Ow. » je tressaillis. « Je ne sifflais pas. Je ne siffle pas. »

Jules se contenta de hausser les sourcils pour exprimer son incrédulité. Je pris un air renfrogné.

« Allez Caid, dis nous. C’est qui ? » Liz tourna sa chaise et mit ses coudes sur ses genoux comme si j’allais lui lire une histoire. « Est ce que c’est ce figurant sexy qui jouait le serveur ? Appétissant ! Il avait de très belles fesses. Bon choix Caid. Dieu sait que tu as besoin de t’envoyer en l’air. »

Merde. Je faillis grogner tout haut.

S’il y avait deux personnes sur le plateau qui étaient de plus grosses commères que Liz c’étaient Jules et Drew. D’ici demain tout le plateau parlerait de la manière dont j’aurais été surprise en train de fesser un figurant dans la salle d’accessoires. Il y aurait probablement un singe d’impliqué, et une tasse de capuccino bouillant.

Double merde.

« Liz » Je lui dit brusquement, risquant la colère de Jules en tournant la tête et rencontrant le regard bleu de Liz. « Je t’ai dit que c’était rien, okay ? Bon, tu es là pour une raison particulière ? »

Elle fit la moue mais changea de sujet en hochant la tête, sachant d’expérience que j’étais peu disposée à parler lorsque j’étais énervée. «  En fait, j’avais une raison. Tu sais cette conférence de presse que je suis supposée faire au Quatre Saisons demain ? »

Je hochais la tête.

« Et bien, je devais y aller avec Josiah… je suppose que tu as entendu que Josiah est parti ? »

Je hochais de nouveau la tête et demandais, «  quelqu’un sait comment son père va ? »

Elle cligna des yeux, et fronça les sourcils comme si elle ne s’était jamais posée la question mais qu’elle savait qu’elle aurait du.

Pour Liz, un des effets résiduel d’être sous le feu des projecteurs depuis l’âge de sept ans était qu’à moins qu’elle ne se force, elle pensait rarement aux autres. Ce n’était pas vraiment de l’égoïsme mais plutôt un manque d’habitude d’entendre parler des problèmes des autres. C’était vraiment quelqu’un de gentil mais elle n’avait juste pas été entraînée à le montrer.

« George a dit que Josiah l’avait appelé de l’avion mais il n’a rien entendu d’autre, »Drew ajouta sauvant Liz de sa gêne.

Elle lui sourit, et reporta son attention sur moi. « Bref, ils ont demandé à Danny de le faire avec moi mais il a un programme plutôt chargé demain, Henry aussi et tu sais comment est Micah… »

Je souriais en imaginant Micah - qui détestait la presse et n’avais pas peur de le dire - à une conférence de presse avec un troupeau de journalistes lui posant des questions.

« Il ne reste donc que moi » je continuais à son hochement de tête. « Je dois être sur le plateau à 8h30 demain… »

« Je m’en suis déjà occupée. Ils ont réarrangé le programme et on n’a pas besoin d’être là avant la fin de l’après midi. »

Ce qui voulait dire une longue soirée de travail pour moi après ce qui promettait d’être une matinée angoissante avec la presse. Génial.

« Donc en gros,» je dis tandis que Jules me remettait impatiemment la tête en face « tu n’es pas là pour me demander, tu es là pour me dire que je le fais. »

« Et bien, en gros, oui. Ils pensaient que tu serais plus sympa si c’était moi qui te le disais…tu sais, Liz La Charmante. »

Je soupirais, acceptant mon destin. « Quelle heure? »

Liz sourit –de ce sourire brillant qui avait fait la une de tant de magazines et l’avait rendue célèbre. «  Rejoins moi ici à 8 heures : ils auront une voiture pour nous. »

J’acquiesçais et après quelques minutes de conversation, Liz me laissa à ma préparation. Deux ébouriffements et un regard critique plus tard, j’étais jugée présentable et me mis en chemin du plateau 7 pour trouver un coin tranquille pour revoir la scène et mon texte.

Aucune scène n’était en train d’être tournée sur le plateau bien qu’il y ait beaucoup d’activité. Je trouvais un coin à demi éclairé et balayais des yeux les alentours pour trouver un siège, souriant lorsque je vis un pouf vert posé conte le mur. Je l’envoyais sous la lumière, et m’installais dessus confortablement.

Je regardais une fois le script, puis encore une fois, sans savoir si je devais être ravie ou terrifiée. La scène était entre mon personnage, Rita, et le personnage de Robyn, Judith Torrington ; une avocate de la défense légèrement sournoise mais assez sexy pour que ça passe dans un cabinet d’avocat prestigieux. Dans cet épisode, Judith défendait le fils pédophile d’un sénateur accusé du meurtre et du viol d’un jeune garçon. Mon personnage, bien que bourrue et cynique, avait un faible pour les enfants, et la scène devait me faire perdre mon calme et pousser Robyn/Judith contre le mur.

La pensée de pousser Robyn contre le mur envoya des frissons le long de ma colonne vertébrale.

Une très très bonne sorte de frissons.

Je fermais les yeux et calmais ma respiration soudainement irrégulière.

Whoa. C’était nouveau ça. Apparemment pendant les dernières heures, j’étais passée de l’amourette adolescente au désir complètement adulte, avec vidéo interdite aux mineurs.

« Je sais pas si je dois être désolée pour ce à quoi tu penses ou être extrêmement jalouse. »

J’ouvrais rapidement mes yeux, paniquée par la voix basse et rauque. Robyn se tenait devant moi, me regardant d’un air pensif.

La vidéo se rejoua devant moi, et je détournais mon regard. « Qu’est ce que tu veux dire » marmonnais-je.

« Tu avais l’air… » Elle s’arrêta pendant un long moment et je me risquais à lui jeter un coup d’œil. Elle me fixait intensément. « … affamée. »

Je toussais. « Ce doit être parce que j’ai sauté le déjeuner. » je lui souris un peu étourdie, et me mis sur mes pieds avec hésitation avant que mon cerveau n’ajoute l’image d’elle me dominant de toute sa taille à la collection vidéo.

Elle me regarda pendant un instant, puis passa au pouf. « Sympa ta chaise. »

« Plutôt confortable en fait. » Je fis en geste en direction du plateau affairé. « Je voulais m’éloigner un peu du bruit. »

« J’ai entendu des trucs sympa sur ce fauteuil. En fait, j’ai entendu Chad et Liz… »

« Oh mon Dieu, » je grognais, et commençais à essuyer désespérément mon pantalon. « Ew-ew-ew-dégoûtant-dégoûtant-dégoûtant… »

Le rire de Robyn fort et enchanté arrêta mes mouvements et les mouvements de toutes les personnes à longueur d’oreille.

Robyn avait un rire fantastique.

« j’tai eu » elle me dit, clignât de l’œil tandis qu’elle me dépassa pour se diriger vers le plateau d’un pas satisfait.

Oh, Chérie. Tu n’as pas idée.

 

Je souris et la suivis.

 

 

« Coupez ! » cria encore Kreizeck, et je serrais les dents, m’éloignant de Robyn et me tournant vers le réalisateur.

Je ne savais pas encore combien de temps je pouvais tenir. C’était la sixième prise de la scène ente Robyn et moi. Je l’avais poussée 6 fois contre le mur, sentant ses épaules sous mes mains, regardant dans ses yeux à une distance de moins de trente centimètres…j’allais exploser. Exploser ou l’embrasser – deux actions qui termineraient probablement ma carrière.

« Adam, » Robyn commença, mais il la coupa d’un geste impérieux du haut de sa chaise de réalisateur ou il avait décidé de rester après que Robyn et moi ayons envahi son espace une fois de trop. Pas intentionnellement bien sûr.

« Non, Miss Ward, pour vous ça va. Bien que vous pourriez ajouter un peu de suffisance peut-être. Vous êtes une avocate de la défense visqueuse défendant un violeur et un tueur d’enfant. Le public ne veut pas vous trouver sympathique, peu importe combien vous êtes jolie. »

Je la regardais rapidement, surprise que Adam ait encore une fois raison. A en juger pas l’expression de son visage, et son hochement de tête réticent, je pouvais dire qu’elle l’était également.

« Mais vous, Miss Harris. J’ai vu plus d’émotions ce matin quand vous vous moquiez que dans ces 6 prises. Vous êtes supposée être en colère ! Bouillante ! C’est une avocate de la défense visqueuse défendant un violeur et un tueur d’enfant ! Vous êtes une détective de la police ; dégoûtée que quelqu’un – surtout une autre femme - puisse défendre une telle ordure ! Montrez nous de l’émotion, de la fureur, de l’alchimie ! Et arrêtez d’être aussi timide. Vous la touchez comme une poupée en porcelaine. Vous êtes en colère, nom de Dieu, agissez comme tel ! »

Putain.

Je savais qu’il avait raison. J’avais été tellement consciente d’être près de Robyn que j’en avais oublié de quoi la scène parlait ; me contentant de réciter mon texte et priant que ce soit rapidement terminé.

Merde.

Et si Adam ne faisait pas attention, je pourrais même parvenir à la conclusion qu’il était un réalisateur correct. Toujours un connard mais un connard qui pouvait réaliser.

« Tout le monde, on reprend à partir de ‘si vous n’aviez pas mal traité les preuves’,» il cria, et claqua plusieurs fois. « Okay, tout le monde en place. »

Je jetais un coup d’œil à Robyn qui haussa les épaules, et se dirigea vers sa marque. Je fis la même chose, essayant de trouver un moyen de jouer en dépit de ce je ressentais.

Puis je me suis rendue compte que je ne devrais pas. Je ne devrais pas jouer de dépit de ça, je devrais l’utiliser. Et si tout allait bien, je n’aurais à le faire qu’une seule fois.

« Action ! »

Un air de suffisance tomba sur le visage de Robyn comme si quelqu’un avait utilisé un interrupteur. Elle croisa les bras et me sourit avec mépris, le ton de sa voix moqueur, «  si vous n’aviez pas mal traité les preuves, détective, mon client ne serait pas libre. Je pense que je devrais vous remercier. »

Ok… je pris une grande inspiration. C’est maintenant ou jamais.

Je regardais Robyn, laissant chaque désir, chaque fantasme, chaque souhait désespéré revenir à la surface et, espérant que les gens confondraient désir et colère, je bondis sur elle. J’utilisais ton mon corps cette fois, pas simplement mes mains et je la coinçais contre le mur, mon bras en travers de sa poitrine et mon estomac pressé contre le sien.

« Vous défendez un homme qui à brutalement violé et tué un garçon de huit ans, et maintenant il est dehors, à la recherche de sa prochaine victime, » je chuchotais durement, ignorant la caméra qui se rapprochait. « Les preuves étaient claires – vous avez amené le doute, et probablement détruit la carrière d’un bon détective en même temps. C’est VOTRE faute. »

A ce moment de la scène, Robyn était supposée se débattre et s’échapper, me criant que j’avais été claire.

Elle ne bougea pas.

 Elle resta là, me regardant avec de grands yeux, haletant, son corps moulé dans le mien. Je pouvais sentir sa respiration sur mes lèvres, sentir les muscles durs de son abdomen se tendre et s’étirer contre moi.

Après ce qu’il sembla être un étirement infini du temps, elle fini par chuchoter, à peine audible. « Enlevez vos mains détective. Vous avez été claire. »

Instinctivement, je restais où j’étais, ne la lâchant pas. De longs moments passèrent tandis que nous étions bloquées dans cette étreinte, respirant l’air de l’autre, nous fixant sans ciller.

Que quelqu’un crie coupez, bordel ! J’avais envie de hurler, Jésus, criez coupez avant que je l’embrasse…

« Et… Coupez ! Bon travail mesdames. »

Le bruit normal du plateau reprit, et la plupart consistaient en de bas chuchotements.

La vois ennuyée d’Adam couvrit le murmure de la conversation. « On y va tout le monde ! On la garde. Vous pourrez discuter plus tard, on se prépare pour la scène 7D… »

Des voix enflaient autour de nous, mais Robyn et moi étions toujours poitrine contre poitrine. Je clignais de yeux et me reculais.

« Robyn, je suis désolée… » Je commençais.

« Shhh. » elle plaça de doigts fins et élégants contre mes lèvres. « Caidence, c’était génial. Tu étais géniale. »

Je hochais la tête bêtement, me sentant vidée et voulant juste rentrer à la maison, tout en appréciant la pression de ses doigts.

Elle me sourit, pas son sourire amusé et satisfait, mais un sourire sincère et honnête plein de respect. « Il faut que j’aille aux essayages maintenant avant la prochaine prise. On se voit plus tard. »

Elle enleva ses doigts de mes lèvres, les traîna sur mon bras et serra ma main avant de se retourner et de quitter le plateau.

Posté par bigK à 01:08 - Et dans son propre rôle - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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