19 juillet 2008
L'angoisse amoureuse, partie 1
L’angoisse amoureuse
de Gaya
Partie 1
Je suis née le 24 Octobre 1986, à la
sauvage, si l’on peut dire. J’étais prématurée, ou plutôt, j’aurais dû l’être.
Je n’avais été conçue que sept mois et vingt jours auparavant. Ma mère perdit
les eaux à l’heure de la sieste. Mes parents habitaient au fin fond de leur
montagne, mon père travaillait à la
DDE
Ma mère, prise par surprise dans son
sommeil, ne put aller jusqu’au téléphone. Apparemment, je n’étais pas commode à
l’époque. Mais je fus cependant née à l’heure du goûter.
En me voyant, ma mère appela une de
ses amies pour nous conduire à l’hôpital. En l’attendant, elle écrivit un mot
expliquant la situation à papa, après m’avoir emmitouflée dans un drap. Je la
sentais nerveuse, ce qui m’enjoignait à pleurer, ce qui avait pour effet de la
rendre plus nerveuse encore… Elle n’ignorait pas que les prématurés étaient
plus fragiles que les autres et avait peur que mes pleurs soient des signes
avant coureurs de… quelque chose d’autre !
La voisine arriva bientôt. Elle
gardait son calme et tâchait d’être la plus rassurante possible pour ma pauvre
mère.
Une fois à l’hôpital, je fus prise en
charge par un médecin qui m’ausculta pour déceler des anomalies, mais il n’en
trouva aucune. Il me rendit alors à ma mère en la félicitant.
-« Vous avez là un beau bébé madame, en pleine forme.
Presque quatre kilos pour 50 centimètres
Ma mère,
évidement, se défendit, ce n’étais pas comme si c’était de sa faute !
-« Mes contractions ont commencé il y a presque trois
heures maintenant, d’un coup et très fort ! Je n’ai pas pu me risquer à
marcher. J’avais si peur de faire une fausse couche vous savez ! Ma fille
n’était pas attendue avant au moins un mois ! »
L’homme rabaissa les yeux sur moi, une expression étrange sur
le visage.
-« Quoi ? Que se passe-il ? »
Ma mère recommençait à paniquer.
Il fit un
petit geste pour la calmer.
-« Votre enfant est en pleine santé et entièrement
formé : ça tient du miracle en vérité… Cependant il serait plus prudent de
la garder un moment à l’hôpital pour être sûr. Vous aussi madame, vous devez
être fatiguée après ça. Pour votre propre sécurité.
Ma mère et
moi sortîmes du centre hospitalier deux jours plus tard, deux jours qui
suffirent à me donner mon prénom : Raina.
Je connus
une enfance tout à fait heureuse, bien qu’empreinte de solitude. On disait de
moi que j’étais rêveuse et que je vivais dans un monde à part. Alors que les
autres filles jouaient aux princesses, moi je jouais au prince. Mon rêve depuis
toute petite était de devenir Robin des Bois. Je détestais les injustices et
voulait protéger les pauvres gens. Je disposais d’une ribambelle d’amis
invisibles qui formaient mes joyeux compagnons et me suivaient dans mes raids
contre les tyrans.
Au final, je
me trouvais être une gamine très posée et calme à l’esprit bouillonnant, qui se
débrouillait bien à l’école. J’avais l’impression de mener une double vie qui
reflétait une skizophrénie enfantine. J’étais la Raina la Raina
Si la Raina la Raina Thomas la Raina Thomas la Raina
J’aimais les animaux dont mes parents s’occupaient et ils me
le rendaient bien : ils semblaient toujours connaître mes humeurs,
savaient quand j’avais besoin de réconfort. Même la grosse cane, pourtant
sauvage, venait me voir.
Ce fut le
début d’un comportement tout à fait atypique de ma part. Les animaux ayant leur
propre mortalité, chacun de mes amis à plume, à poils et à pattes, à leur
heure, déchirèrent mon pauvre petit cœur de gamine sensible. Très tôt et pour
conjurer le sort, je décidais de ne plus aimer car cela faisait bien trop
souffrir. Dès lors, je commençais à m’éloigner de tous ceux qui m’étaient
proches et m’enfonçais de plus en plus dans la peau de Raina des bois la
justicière. Mes amis réels se faisaient d’autant plus rares, mais j’acceptais
très bien ce statu de marginale de mes pairs. Néanmoins, pour ceux qui me
connaissaient bien, j’étais toujours autant appréciée, car bien qu’étrange, je
n’en demeurais pas moins gentille, aimable et drôle, ayant perfectionné mon
sourire de façade pour le rendre si réaliste.
Le collège fut pour moi une
expérience assez difficile. Tous le monde sait la cruauté des enfants. La
marginalisation et mes comportements bizarres me valurent de nombreux quolibets
de tous ces gamins qui ne me connaissaient pas. De plus, j’étais pour la
première fois confrontée à l’amour : ces jeunes qui s’embrassaient et se
tenaient par la main. J’aimais bien les regarder à la dérobade, comme si de ce
simple fait, je pouvais les protéger et bénir leurs unions enfantines. En les
voyant, je ma demandais si un garçon me tiendrait jamais ainsi, ou si je serais
capable d’embrasser quelqu’un avec autant de fougue et d’abandon. Mais lorsque
l’on se moquait de moi, je doutais d’avoir un jour un amoureux.
Lorsque
parfois je sentais un coup de pied dans mon dos, je faisais comme si de rien
n’était. On pourrait dire que je me laissais marcher sur les pieds :
c’était vrai, mais à l’époque, je ne le voyais pas du tout ainsi. J’aurais eu
tendance à dire que je tendais l’autre joue. Alors je faisais celle qui ne
sentait rien, celle que ces actes bas et vils ne touchaient pas, mais au fond
de moi, là où étaient dissimulés mes sentiments, là où j’étais Raina Thomas,
j’avais mal, je broyais du noir, et j’avais des pensée morbides.
J’aurais
peut-être pu mettre fin à mes jours à certains moments, ces soirs où je
pleurais dans mon lit, mais quelque chose, ou plutôt quelqu’un, m’en empêchait,
la seule personne que je pouvais vraiment apprécier et qui ne me ferait jamais
souffrir, en qui j’avais une totale confiance : Raina des Bois. Elle était
trop pleine de vie et m’insufflait cette force qui aurait peut être manqué à la
seule Raina Thomas.
Et c’est
ainsi que jours après jours, j’allais en cours, recevais mon lot de petites
brimades collégiennes de ceux-là mêmes que je pardonnais et bénissais l’amour
en secret.
Petit à
petit, je copinais avec une autre fille qui avait beaucoup plus de gueule que
moi et qui sut me protéger des autres. J’étais en cinquième et j’étais fière et
heureuse d’avoir enfin une meilleure amie, quelqu’un qui tenait un peu à moi,
une raison d’aller au collège.
Malheureusement
pour moi, appelons ça la destinée, j’étais vouée à m’endurcir encore. Cette
meilleure amie toute neuve ne fut plus dans la même classe que moi en 4ème
et je ne la vis plus que lors des récréations. Les brimades et quolibets
reprirent, même si c’était moins fort qu’auparavant, car j’avais appris à me
défendre. Mais je devais cependant être à jamais reconnaissante envers mon amie
pour ce qu’elle avait fait pour moi.
Le lycée fut
une période beaucoup plus plaisante pour moi, une sorte de nouveau départ.
J’avais enfin accordé les deux Raina et je me sentais mieux dans ma peau. Les
gens comme moi, aux comportements étranges, étaient beaucoup plus tolérés et
appréciés, et comme je n’étais pas d’une nature très difficile, je me fis très
vite des amis. Cependant, l’amitié n’était pour moi que quelque chose de
superficiel, et je n’eus jamais vraiment de véritables amis. Aucun n’avait
réussi à briser toutes les barrières que je m’étais érigée autour du cœur.
Ma dernière
année fut de loin la plus calme. Les gens me fichaient la paix et ne
m’embêtaient plus pour deux raisons. La première était que j’avais beaucoup
grandi et que j’étais devenue une fille vraiment belle. J’avais des yeux
perçant d’un bleu magnifique qui pouvaient clouer n’importe qui sur place… Ce
qui m’amène à la seconde raison : j’intimidais. Du haut de mon mètre
quatre-vingt-deux, de ma carrure et de ma démarche désormais assurée, les gens
me redoutaient, car ils savaient de quoi j’étais capable depuis que j’avais
cassé le bras d’un garçon qui n’arrivait pas à comprendre qu’il venait de se
prendre un râteau. Non pas qu’il n’était pas mignon ou intelligent, au
contraire, il avait tout pour plaire, mais à cette époque, je n’étais pas
intéressée par ces choses.
La fac fut
la période de grands questionnements. Je m’éveillais enfin à la sexualité et me
demandais de quel bord je me trouvais. J’avais à ce moment une amie qui
enfilait les mecs et cherchait absolument à me caser. Ce fut à ce moment que je
m’aperçus que les mecs ne m’intéressaient pas. Je pouvais en trouver des
mignons, baver dessus, mais de là à m’imaginer passer à l’acte !
De ce fait,
je crus être asexuée, ce qui somme toute me convenait assez. Je pouvais très
bien vivre d’une auto-friandise par-ci par-là.
Mais mon
amie, qui ne voyait pas du tout les choses de la même manière que moi, trouva
le moyen de me faire désirer plus que cela : elle me présenta un beau jour
à une autre de ses amies répondant au nom de Ludivine.
Ludivine
était petite, beaucoup plus petite que moi. Elle avait de longs cheveux blonds
et de doux yeux verts océan. Elle possédait une joie de vivre extrêmement
contagieuse et un sourire qui faisait chaud au cœur. Elle était un véritable
rayon de soleil qui éclaira les coins sombres de ma libido. Je compris alors
deux choses ce soir là : j’aimais les femmes et j’avais envie de Ludivine.
Durant les
mois qui suivirent, Ludivine et moi eûmes tendance à se rapprocher, tandis que
mon amie, Marion, sortait avec un nouveau mec, Nicholas. Mais si à l’origine
nous prîmes l’habitude de sortir tous les quatre ensembles, le couple
Nicholas-Marion commençait à se retirer, me laissant avec Ludivine avec qui
j’avais du mal à être à l’aise, à toujours dissimuler ce qu’elle me faisait
éprouver, à éviter que nos regards ne se croisent, ou que mes yeux ne
s’attardent sur sa silhouette délicieuse. Un jour cependant, Marion vint me
retrouver chez moi. Elle avait voulu que l’on se voie puisqu’elle avait eu
tendance à négliger notre amitié ces derniers temps.
Nous
papotâmes une partie de l’après-midi et Marion me parla surtout de son
Nicholas, et bien que je commençais à trouver le sujet de conversation barbant,
je l’écoutais jusqu’au bout. Elle me posa ensuite une question à laquelle je ne
m’attendais pas et que je n’avais pas du tout vu venir.
-« Et sinon, que penses-tu de Ludivine ? »
Je faillis avaler de travers ma salive ! Se pouvait-il
qu’elle ait remarqué quelque chose ? En voyant qu’elle ne me regardait
pas, trop occupée, allongée sur mon lit, à caresser le chat, j’en profitai pour
me recomposer.
-« Alors, tu la trouves comment ? »
Elle se retourna soudain vers moi alors que je ne répondais
toujours pas.
Je me forçai
à sourire.
-« Elle est sympa, je l’aime bien… Que veux-tu que je
dise d’autre ?
« Je ne sais pas moi, c’est tout ce que tu penses
d’elle ? En tant que femme, tu la trouves comment par exemple ?
« Eh bien… elle est jolie… C’est une belle femme, c’est
indéniable…
« Mouais !... » Elle secoua la tête. « Si
elle était intéressée par toi, tu sortirais avec elle ? »
Je me sentis
soudain mal, tellement mal ! Si je parlais maintenant, je savais que
j’allais me mettre à bafouiller, alors je ne sortis qu’un mot :
« Hein ?! »
Marion se
mit à rire et j’en fus d’autant plus mortifiée. « Tu devrais voir ta tête,
Rain ! Je ne fais qu’une hypothèse, pas une proposition indécente !
Je te demande juste si tu serais capable de sortir avec une fille, c’est
tout ! »
Elle
s’arrêta tout en continuant à me fixer. Elle éclata à nouveau de rire.
« Tu as l’air si gênée ! A croire que tu en pinces pour elle, dit-donc ! »
Je me
renfrognai encore plus. Marion se redressa sur le lit, délaissant le chat qui
ouvrit les yeux de frustration.
Il fallait
que je parle enfin. Après tout, Marion était mon amie, elle l’accepterait…
enfin je l’espérais ! « Je crois… je crois que ça ne me déplairait
pas en fait… Je… en fait je crois… Je pense que je suis amoureuse
d’elle… »
Elle poussa
un cri et je me reculais dans ma chaise. « J’en étais sûre, je le
savais ! Pourquoi tu ne me l’as pas dit tout de suite ? Je me suis
tuée à te brancher sur des mecs alors que c’était une nana qu’il te
fallait ! Viens-donc là que je te botte le derrière ! Pourquoi tu ne
vas pas lui dire à Ludivine ? »
Je me redressai
soudain. « Ca va pas non ! Je n’ai pas envie de me faire jeter !
C’est notre amitié que je mettrais en jeu sur ce coup là ! Je l’aime bien
et je n’ai aucune envie de la perdre ! »
« Ah ah
ah ! C’est là que j’interviens très chère ! » Elle me fit un
sourire supérieur. « Et si je te disais qu’elle en pince également pour
toi et qu’elle attend désespérément de toi un geste, un signe qui lui
montrerait qu’elle a une chance ? Tu vas aller vers elle
maintenant ? »
« C’est
vrai ? Je l’intéresse ? Tu ne me charries pas là ? » En la
voyant acquiescer en souriant, je sentis mon cœur faire un bond dans ma
poitrine. Cependant, il restait le problème de comment j’allais l’aborder… Je
ne pouvais tout de même pas lui dire comme les mômes ‘tu veux bien sortir avec
moi ?’ de même que je ne pouvais pas lui envoyer des fleurs quand
même ! Je pouvais aussi sinon l’attirer chez moi, la plaquer contre le mur
et l’embrasser passionnément. L’image me fit sourire. Physiquement, j’en étais
assurément capable, mais je n’avais aucune expérience en matière de baiser. Je
n’allais pas l’embrasser pour le plaisir de la voir se foutre de ma
gueule !
« Eh,
la vieille, me fait pas un arrêt cardiaque là ! Alors, tu vas aller lui
parler maintenant ? »
Je revins à Marion, toujours sur mon lit et le regard rieur
devant mon air songeur et perdu.
« Tu voudrais bien m’aider ? »
« Si tu veux et que je le peux. Quel est le problème
encore ? »
Je pris une grande inspiration. Après tout, ma requête était
assez délicate. « Tu pourrais m’apprendre à embrasser ? »
Elle garda
le silence un long moment. Apparemment, elle ne s’attendait pas du tout à
ça ! « Tu es sérieuse ? Tu veux que je te montre comment on
embrasse ? » En me voyant acquiescer, elle soupira, un sourire en
coin. « Rain, je suis déjà morte de rire rien qu’à l’idée de
t’embrasser ! Je ne pourrais pas faire ça. Et de toute manière, je préfère
te laisser découvrir avec Ludivine. Enfin, tu n’as peut être pas beaucoup de
pratique, je le conçois, mais en théorie, c’est simple : tu fais des 8
avec vos langues. Je suis sûre que tu te débrouilleras très bien ! Prends
ton temps, et ‘enjoy’ ! Alors, qu’est-ce que tu as prévu de lui
faire ? »
Je me passai
une main dans les cheveux. « Je ne ferais rien. Je ne ferais pas les
premiers pas. »
Elle se mit
à piailler : « Mais tu ne peux pas faire ça ! Tu l’aimes, elle
t’aime : il n’y a aucun problème ! Pourquoi tu te poses des
questions ? Jette-toi à l’eau ! »
« Oui ben c’est plus facile à
dire qu’à faire ! Tout le monde n’est pas aussi ouvert et à l’aise que
toi ! »
« Je
comprends, tu sais. La première fois c’était difficile pour moi aussi. Mais en
fin de compte, ça s’est super bien passé ! Mais je n’étais vraiment pas du
tout sûre de moi la première fois. »
« C’est
vrai ? »
« Oui !...
Bon, non, c’est faux. J’ai toujours osé de ce coté là, mais je suis certaine
que ça se passera bien ! Vous devriez très bien aller ensemble. Et ne t’en
fais pas, si elle fait du mal à ton petit cœur, je lui casserais la gueule…
L’inverse marche aussi par contre, alors prends garde à tes
fesses ! »
J’éclatai de
rire. La vision de Marion essayant de me taper dessus avec quelque chose
d’amusant.
« Je ne
crains rien puisque je ne lui dirais rien. Et si on parlait d’autre chose,
veux-tu ? » Je la regardai acquiescer en haussant les épaules.
Pourtant, je n’étais pas convaincue de sa réponse, c’était trop facile. J’étais
certaine qu’elle n’avait pas abandonné l’idée et que j’y aurais à nouveau
droit, pas forcément aujourd’hui…
Trois jours
plus tard, j’avais prévu d’aller faire un ciné avec Ludivine. Marion n’avait
pas pu se joindre à nous car elle avait eu au dernier moment autre chose à
faire. Je n’eus aucun doute sur le fait qu’elle avait préféré la présence de
son Nicholas plutôt que la notre. Sur le coup, j’en étais un peu froissée,
d’autant plus que je ne m’étais pas totalement remise de notre précédente
discussion, alors forcément j’appréhendais un peu le fait de sortir avec
seulement Ludivine.
Arrivée
là-bas avec un peu d’avance, elle me rejoignit quelques minutes plus tard et
nous allâmes prendre nos billets et nos places. Elle était drôle et pleine de
vie, comme toujours, et j’étais silencieuse et mal à l’aise, comme toujours
également, voire plus encore. On s’installa au fond de la salle et je
commençais doucement à me détendre.
Au tiers du
film peut-être, je sentis une petite main se poser légèrement sur la mienne –
je tressaillis – et y resta. Je sentis mon angoisse et ma gêne revenir au pas
de course. Au bout de minutes qui me semblèrent interminables, je risquais un
coup d’œil vers la jeune femme à coté de moi. Je n’étais plus du tout attentive
au film désormais. Elle par contre ne me regardait pas et semblait plongée dans
l’histoire, comme si son geste était complètement issu du hasard et qu’elle ne
s’en était pas rendue compte. Je parvins à me détendre à nouveau doucement. Mon
cœur qui battait la chamade ralentit et je me relaxais doucement au fond de mon
fauteuil de cinéma.
Alors que mon corps semblait avoir
retrouvé ses repères et que j’arrivais enfin à détacher mon esprit de la main
baladeuse, je sentis alors son pouce glisser tendrement sur le dos de ma propre
main. Elle continua à me caresser ainsi doucement avec son toucher de plume qui
me mettait dans tous mes états. J’avalai de travers. Je sentais cette peur
irraisonnée me tordre le ventre tandis que le désir que j’éprouvais pour elle
me tordait mon bas-ventre. Je fermai les yeux un instant pour m’aider à
reprendre mes esprits avant de les rouvrir. Je tentai de lui jeter un coup
d’œil discret mais échouai lamentablement en plongeant directement mon regard
dans le sien, faisant se tordre d’autant plus fort encore mon ventre et mon
bas-ventre.
Son regard était timide et
interrogatif, et cela m’aida à me détendre un peu. Elle n’était finalement
guère plus assurée que moi… Je retournai ma main pour prendre la sienne. Elle
me sourit et je lui rendis son sourire par un identique, tendant de paraître la
moins crispée possible.
Je sentais ma main se réchauffer dans
la sienne tandis que je me retournais pour visionner le film. Je sentis soudain
ses doigts bouger et j’eus peur qu’elle ne les retire. Mais à l’inverse, elle
écarta mes doigts pour glisser les siens entre et referma sa nouvelle prise. Je
me retournai et lui souris encore. Elle posa alors sa tête sur mon épaule qui
se tendit quelques secondes avant d’accepter la charge.
La prochaine étape, c’était le bisou,
n’est-ce pas ? J’espérais ne pas en arriver là tout de suite : il me
fallait un peu de temps pour avaler la situation…
Mais elle ne fit rien de plus, laissant
sa tête contre moi et sa main dans la mienne, comme si elle avait lu dans mes
pensées, et je lui en fus reconnaissante, même si le film n’était plus d’un
grand intérêt pour moi. Lorsque la séance se termina, elle me relâcha et on
sortit, évitant de parler et un peu gênées d’être désormais au grand jour.
A nouveau, ce fut Ludivine qui
avança. « Tu veux venir chez moi ? »
Voilà, elle me refilait la donne.
Elle me donnait la possibilité d’aller soit plus loin soit moins vite. Elle me
donnait la possibilité de décider de ce que je voulais. Et je détestais cette
situation… Mais ma décision ne fut pas bien longue : j’acquiesçai.
On alla chez elle et elle servit à
boire avant de s’asseoir juste à côté de moi dans son canapé. Lorsque l’on eut
fini de boire, elle approcha son visage du mien dans un but évident et je fus à
nouveau paralysée par ma peur et mon ignorance… Pourtant ce n’était pas comme
si je ne savais pas ce qui allait se passer ! J’ai honte de le dire, mais
à ce moment là, je me reculai. « C’est… je ne sais pas… je n’ai
jamais… » bafouillais- je.
Elle posa une main sur la
mienne : « Ce n’est pas grave, ça va ! On a le temps. Ce n’était
rien d’autre qu’un petit bisou. Ca va, OK ? » Mais je lisais bien
dans son regard qu’elle ne comprenait pas pourquoi je l’avais repoussée.
Moi-même je ne le comprenais pas ! « Ecoute, ça fait un moment que
j’ai des sentiments pour toi et que je le sais, et je voulais juste te le dire.
Tu n’es pas obligée d’y répondre maintenant parce que si je ne veux pas d’une
histoire rapide, je ne veux surtout pas que tu acceptes à contre cœur, parce
que ça ne march… »
Je l’interrompis : « Je
sais ce que je ressens pour toi… C’est juste que… je ne sais pas… On réessaye,
d’accord ? »
Ludivine me regarda, un peu
interloquée, avant de rapprocher à nouveau son visage, scrutant mon regard pour
y décerner à quel point je le voulais. Ses lèvres touchèrent les miennes tandis
que je me récitais comme un mantra ‘fait des 8 avec les langues !’.
J’écartai immédiatement les lèvres m’attendant à la sentir entrer à tout
moment. Mes craintes n’avaient certes pas disparu, mais j’avais l’impression
que mon cœur dansait la samba dans ma poitrine, sautant et virevoltant.
Elle ne fit rien d’autre que de
déposer ce chaste baiser sur mes lèvres que je regrettai d’avoir ainsi
entrouvertes. Elle se recula, attentive à mes mouvements. Ses douces lèvres me
manquèrent immédiatement et j’allai moi-même rechercher sa bouche, la capturant
à nouveau. Je la sentis caresser mon bras en même temps qu’elle entrouvrait les
lèvres et caressaient les miennes de sa langue. Je lui laissais libre passage,
dirigée par les sensations et oubliant mes craintes.
Je sentis le muscle humide m’investir
et partir à la découverte de ma bouche. C’était très différent de tout ce que
j’avais imaginé jusque là. Ce n’était pas dégoutant, ou acide, ou même sucré,
c’était juste bon. Bon, et excitant. Ce n’était peut être pas parfait, mais
j’aimais cela. Je laissai alors mon instinct me guider et je me trouvais
soudain, sans l’avoir prémédité, en train de l’explorer à son tour.
Je ne sus si le baiser fut long ou
pas, car pour moi il avait à la fois duré des heures, et à la fois seulement un
battement de cœur. J’ignore encore laquelle de nous deux à interrompu la
connexion magique, je sais seulement que j’ai fini par me retrouver plongée
dans ses magnifiques yeux verts. Après m’avoir longuement regardée et sourie,
elle s’adossa contre de dossier du canapé et m’attira contre elle, enroulant
ses bras autour de moi délicatement. Je me fis toute petite contre elle, posant
ma tête dans son cou et me concentrant sur les gentilles caresses de ses mains
sur ma taille. Je la sentis déposer un baiser sur mon front.
« Au fait, tu as aimé le
film ? » demanda-t-elle soudain alors que j’étais enfin détendue
contre elle. Je me sentis rougir furieusement à cette question. Comment lui
dire que je n’avais suivi que le début ? « Apparemment, non… »
continua-t-elle devant mon silence coupable.
Je me sentis obligée de m’expliquer.
« J’ai eu un peu de mal à rester concentrée dans l’histoire… » Mais
mon ton neutre ne la trompa pas un instant sur ce qui m’avait perturbé.
Elle baissa légèrement la tête.
« Est-ce que tu regrettes ? »
Un sourire traversa malgré moi mon
visage. « Oui, ça avait l’air d’un film vraiment génial ! » Je
la sentis se raidir légèrement contre moi. Apparemment, elle aussi avait besoin
d’être rassurée et il était temps pour moi de faire un saut dans l’inconnu.
« Je… je ne regrette pas… En fait j’aime assez la tournure que prennent
les évènements… C’est juste que c’est si nouveau pour moi ! » Je la
sentis resserrer un instant son étreinte.
« Tu sais, c’est un peu nouveau
pour moi aussi, je n’ai pas eu énormément d’ex jusqu’à maintenant ! »
Il resta après cette déclaration quelque peu inconfortable un silence lourd et
tout aussi palpable. Le briser était sans aucun doute la bonne chose à faire,
mais comment le faire ?
Je devenais de plus en plus
consciente de sa proximité et je me sentais de plus en plus mal à l’aise.
J’avais chaud, de plus en plus chaud. Soudain, elle ouvrit ses bras, me
libérant. « Tu veux manger ? »
Connaissant son appétit,
j’acquiesçai. Au moins, ça allègerait l’atmosphère. Pour faire rapide, elle fit
des pâtes, ce qui me convenait tout à fait. Je fus étonnée, alors que l’on
mangeait, de la quantité de fromage qu’elle y mettait dessus. Ce n’était pas du
tout ainsi que je les assaisonnais. Pour finir, elle me tendit un cône
vanille-chocolat que je pris avec un sourire.
Après ça, on se décida sur un film à
regarder avant de se réinstaller sur le canapé. Je n’osais pas trop la
regarder, étant prise à nouveau d’un accès de timidité. Mais apparemment,
Ludivine ne l’entendait pas de cette oreille. « Détend-toi, tu veux !
C’est toujours moi, tu me connais, il ne se passera rien que tu ne veuilles…
S’il te plait, ce n’est pas facile pour moi, je ne sais pas quoi faire
là ! »
Je me surpris à sourire. D’une
certaine manière, ses propres doutes chassaient les miens. Je me retournai et
m’approchai d’elle. Il était temps que je prenne les devants, et de plus,
j’étais obnubilée par ses lèvres et désirais à tout prix les sentir à nouveau
contre les miennes ; j’en avais besoin. Je les effleurais doucement tandis
que des images de tout ce que je voulais lui faire me traversaient l’esprit. Je
soudai nos bouches tandis que je sentais une agréable chaleur me traverser le
corps. Je caressai lentement l’ourlet de ses lèvres pourtant déjà entrouvertes
et attendant que je prenne possession des lieux. Mais je continuai à gouter le
contour, avant de sentir sa propre langue aller au devant de la mienne tandis
qu’elle passait une main derrière ma nuque pour m’attirer en elle. Ma langue,
échappant à mon contrôle, suivit docilement la sienne qui battait en retraite.
Elle m’attirait désespérément contre elle tandis que j’essayais de me maintenir
les avants bras contre le dossier pour ne pas l’écraser.
Je sentais ses bras et ses mains se
déplacer sur mon corps, mais mon esprit restait concentré sur la douceur de sa
langue contre la mienne et du chaud ballet qu’elles dansaient. J’étais
conquise, soumise à ses moindres gestes. Lorsque je fus forcée de me retirer
pour nous permettre de respirer, je m’aperçus enfin de ma position. Je m’étais
retrouvée, sans savoir comment, au dessus d’elle, ses jambes entre les miennes
repliées. Elle levait la tête vers moi, quémandant désespérément d’autres
baisers. J’étais étonnée de décrypter aussi bien ses désirs, mais je ne
m’étendis pas là-dessus, écoutant mon corps qui ne demandait qu’à la
satisfaire.
De ma position, j’avais l’illusion
très réelle qu’elle était à ma merci, que je contrôlais tout, et je dois bien
avouer que j’aimais assez ça, cette impression de puissance face à la petite
femme toute offerte à mes administrations. Je me baissais à nouveau pour
reprendre sa bouche, sentant mon bas ventre prendre feu comme jamais
auparavant. Ses bras m’attiraient toujours plus vers elle, cherchant un contact
avec tout mon corps. Elle parvint enfin à me déstabiliser, et sans quitter ses
lèvres, je me retrouvai assise sur ses cuisses. Elle en profita pour m’agripper
plus fortement encore et me tirer buste contre buste.
Même au travers de nos vêtements, son
contact envoya une vague de feu liquide à travers tout mon corps. Mes bras se
resserrèrent autour de son cou. C’était si bon que j’en oubliai ma timidité et
ma gêne pour de bon. Je sentais les appels fiévreux de mon corps mais la
puissance du baiser m’en détournait habilement l’attention. Je sentis ses mains
glisser vers le bas et mon esprit en fut soudainement conscient, car je percevais
qu’elle s’approchait de mon bas-ventre brûlant de son toucher salvateur.
Mais ce n’était pas son intention.
Elle glissa ses mains sous mon haut et caressa du bout des doigts mes hanches
et mes côtes. A la sensation de ce toucher glacé comparé à la chaleur de mon
corps, je laissai échapper un petit gémissement que je ressentis plus que je
n’entendis. J’en fus un peu mortifiée. Je me redressai. C’est ainsi que je
m’aperçus que depuis un petit moment, je
profitais de ses jambes sous moi pour soulager mon désir si pressant émanant de
mon bas-ventre. Je m’en voulus pour faire une telle chose et ne pas mieux
contrôler mon corps.
Je levais les yeux sur elle, plutôt
honteuse. Elle m’attendait avec un sourire et souleva son dos du canapé pour
retrouver mes lèvres de sa bouche. Je la laissais faire avant de me reculer
d’elle pour me rasseoir à son côté. Elle me sourit en prenant ma main,
entrelaçant nos doigts. « A ce rythme là, je ne suis pas sûre que l’on
saisisse non plus de quoi parle ce film ! »
Je savais que je n’aurais pas du le
prendre mal, mais c’était plus fort que moi. « Ce n’était pas bien ?
Dis-le-moi si tu n’aimes pas, je ne suis pas très… »
Elle posa son autre main sur ma
bouche pour me faire taire. « Je suis extrêmement heureuse que tu sois là et
que tu ne te sois pas encore enfuie en courant. Je ne regrette qu’une seule
chose, c’est de ne pas l’avoir fait avant. Si tu veux m’embrasser encore,
surtout, n’hésite pas ! »
Elle posa sa tête en haut de mon
bras, n’atteignant pas l’épaule. Je la laissai faire, contente de sa proximité.
On regarda alors enfin le film, tendant à rattraper notre retard. De plus,
j’avais bien besoin de ça pour calmer ma libido qui semblait prête à exploser.
Après un moment, j’eus l’idée de
regarder ma montre pour m’apercevoir qu’il commençait à se faire tard.
« Je devrais rentrer chez moi maintenant, ce n’est pas tout à côté. »
« Reste dormir ici si tu
veux ! J’ai un grand lit qui devrait pouvoir nous supporter toutes les
deux ! »
Je me figeai à ses mots. A nouveau
cette peur irraisonnée d’être le coup d’un soir… Ludivine dut le sentir, car
elle se redressa et prit mon visage dans ses mains pour le retourner de façon à
ce que je sois plongée dans ses yeux. « J’ai dit qu’il y avait assez de
place pour deux, je n’ai jamais dit qu’il se passerait quelque chose,
d’accord ? Je te jure que je n’ai jamais violé personne, c’est
compris ? Je ne ferais rien que tu ne veuilles pas, Ok ? »
« Oui, je suis désolée. »
« Après, si tu ne veux pas
rester ici, il n’y a aucun problème ! Je peux même te ramener, d’accord ?
Je veux que tu prennes ton temps, je ne veux surtout pas être seulement un
essai pour toi. »
Je sentais qu’elle s’était sentie un
peu insultée par mon attitude et j’en étais désolée. Ma décision fut rapidement
prise : je décidai de rester. Du coup, ce soir là, on se coucha bien tard
mais l’air resta lourd. Quand on se décida enfin à rejoindre la chambre, elle
se mit en pyjama tandis que je restais en t-shirt, étant trop grande pour
porter même une de ses chemises de nuit.
On s’installa chacune dans un côté du
lit, essayant de dormir malgré la tension palpable. Cependant, je ne parvenais
pas à trouver le sommeil. « Ludivine ? »
« Oui ? »
Je ne savais pas trop comment
formuler cela… « Je… je suis désolée pour ce soir, je sais que tu ne
pensais pas que ça se terminerait ainsi… »
Je la sentis poser une main sur mon
bras. « Tu te trompes, je suis très contente que tu sois restée, ça me
suffit amplement que tu ne m’aies pas repoussée ! »
« Mais justement, je t’ai
repoussée ! »
« Pas pour moi. Tu prends juste
ton temps, c’est tout à fait normal. Et je serais bien folle de t’en vouloir
pour ça ! Ca me convient, d’accord ? Je le répète, si quelque chose
doit arriver, je veux que tu sois prête. »
Je gardais le silence un instant
avant de saisir sa main toujours sur mon bras. « Ludivine ? »
Que j’aimais prononcer ce prénom !
« Oui ? »
« Je crois que je suis
prête. »
« Tu crois ? »
« Je suis prête ! Je…
J’aimerais beaucoup… J’aimerais bien… enfin… Tu ne voudrais pas… »
« Que veux tu que je
fasse ? »
« Juste m’embrasser
encore. »
Je l’entendis bouger, distinguant à
peine ses contours dans l’obscurité. Elle remonta sa main le long de mon bras
jusqu’à mon visage, passant son pouce sur mes lèvres. Je dus faire un effort
pour ne pas l’embrasser au passage, avant de me demander pourquoi je n’en avais
pas profité quand il fut passé.
Je vis son ombre se rapprocher avant
de sentir enfin ses douces lèvres sur les miennes. Comment cela pouvait me
manquer après seulement quelques heures depuis qu’elle m’avait dévoilé ses
sentiments ? Je lui ouvris la porte de mon intérieur, approfondissant le
baiser tout en posant délicatement mes mains sur ses hanches, la faisant
répondre inconsciemment à ma demande de contact. Elle pressa son buste et son
bassin contre le mien tandis que j’enroulai mes bras autour d’elle, plongée
profondément dans les sensations. Je sentais mon corps devenir chaud tandis que
mon bas-ventre m’envoyait de discrets petits signaux qui s’intensifiaient.
Quelque chose butait contre mes
cuisses et je les écartai inconsciemment avant même de le reconnaitre.
J’identifiais soudain son genoux et ouvrit brusquement les yeux que je ne me
souvenais même pas avoir fermé. J’y étais. Ca allait se faire, et je mourrais
de trouille à cette idée. Elle allait me prendre. J’avais envie qu’elle me
prenne. J’en avais besoin physiquement.
Elle dut cependant sentir ma seconde
de panique, car elle se redressa. « Ca va ? »
J’étais furieuse contre moi-même
qu’elle se soit sentie obligée de demander, mais je lui murmurai mon
assentiment, sachant pertinemment que je lui donnais du même coup mon accord
pour continuer. Afin de donner plus de force à mes paroles, je la ré agrippai
fermement pour être de nouveau en contact avec son buste, me réemparant de sa
bouche et l’investissant passionnément.
Je sentis soudain sa jambe se presser
contre mon sexe déjà brûlant. Je gémis de surprise et de plaisir à ce contact.
Mes mains se glissèrent sous sont haut sans autorisation et je la sentis frémir
à mes caresses. Toucher sa peau avait quelque chose d’électrisant et j’en
voulais plus. Cependant elle se recula à nouveau et je laissais à ma grande
honte échapper un grognement de frustration. Je l’entendis étouffer un rire et
j’en fus d’autant plus mortifiée. « Ca te dérange si j’allume la
lumière ? Je voudrais te voir. »
Je fus tentée de lui dire de ne pas
le faire, mais ça n’aurait pas été sympa pour elle. Cependant je n’étais pas
sure de pouvoir autant me lâcher en plein jour que dans la nuit.
Elle alla éteindre la lampe et revint
auprès de moi qui entre temps m’étais assise sur le lit. « Dis-le-moi tout
de suite si tu ne veux pas me voir nue ! » Apparemment, ce que je
pensais était gravé sur mon front !
Je me sentis rougir. Pour toute
réponse, je tendis une main vers elle pour la ramener à moi, glissant sciemment
une main sous son haut de pyjama.
Elle le retira, gardant son regard
plongé dans le mien, dans l’attente de ma réaction. Je voulus soutenir son
attention, mais mes yeux furent irrémédiablement attirés par la poitrine ferme
qui m’étais dévoilée et les doux globes qui me regardaient. Elle s’approcha
afin d’ôter également mon T-shirt, puis m’embrassa à nouveau, reprenant là où
nous en étions restées.
Ses mains parcouraient tout mon buste
tandis qu’elle me poussait doucement mais surement à me rallonger, ce que je
fis avec plaisir, étourdie par tout ce que je sentais et ressentais. Sa jambe
reprit bien vite sa place entre les miennes, se pressant contre mon centre.
Mes mains n’étaient pas en reste et
parcourraient erratiquement toute la peau qu’elles pouvaient trouver. Elle
était étendue sur moi et la friction de nos poitrines était plus que
bienfaisante. Je me concentrais pour empêcher mon bassin de remuer contre sa
jambe musclée, mais ma volonté chavirait à chaque baiser.
Elle se releva légèrement pour
descendre un peu le long de mon corps, frôlant de ses lèvres la peau entre ma
poitrine. J’étranglai un gémissement dans ma gorge, tandis que je sentais sa
langue glisser autour d’un de mes seins en se rapprochant toujours plus du
téton qui commençait presque à devenir douloureux tant il était dur.
Ses mains descendaient lentement le
long de mon corps et je savais exactement où elles se dirigeaient. Je n’avais
alors qu’un seul désir, c’était qu’elles s’y rendent plus vite… Avant de me
rendre compte du déséquilibre qu’il y aurait : il n’était pas question que
je perde ma culotte tandis qu’elle avait encore son pantalon de pyjama.
J’arrêtais donc brusquement les mains
baladeuses et Ludivine se releva, à l’écoute de ce que je voulais ou ne voulais
pas. Je lui agrippai le vêtement en question, et avant que mon esprit ne puisse
m’en empêcher, je le lui retirai.
Elle comprit que je ne reculais pas,
bien au contraire, et rejeta dans le même temps sa culotte, me permettant de la
voir enfin entièrement nue. C’était assurément un spectacle magnifique et je ne
pus m’empêcher de penser en souriant que tout ça, au moins l’espace d’une nuit,
m’appartiendrait.
Elle se colla à nouveau à moi et il
me semblait ressentir les caresses de ses mains baladeuses sur tout mon corps,
avide de connaitre chaque recoin de mon corps. Quand à mes propres mains, elles
œuvraient désormais de leur propre volonté, m’envoyant juste des frissons du
fait du contact de sa peau sous mes doigts. J’étais bien trop perdue désormais
dans la passion de l’instant pour ressentir une quelconque gêne ou un autre de
ces sentiments futiles.
Je sentis sa main se porter doucement
sur mon aine à travers ma culotte, seul vêtement encore porté… à mon grand
regret. Je brûlais de désir de la sentir dessous, de la sentir en moi. Elle
remonta doucement sa main en me regardant dans les yeux, avant de passer ses
mains sous l’élastique afin de baisser ce foutu dernier rempart. Elle me l’ôta
si lentement que je faillis presque le faire moi-même.
Quand elle eut enfin terminé cette
véritable torture, elle revint m’embrasser tout en insérant à nouveau une de
ses cuisses entre les miennes. Sa main reglissa rapidement le long de mon corps
pour se poster dans mes poils pubiens. Elle se décolla légèrement et plongea
ses yeux on ne peut plus sérieux dans les miens.
Je sentis sa main descendre doucement
pour se poser tendrement sur mon sexe. Je gardais toute ma volonté fixée sur le
contact de cette main qui allait enfin là ou je l’attendais le plus. Je me
forçai à rester le maximum immobile pour la laisser faire, dans l’expectative
de ses moindres mouvements.
Ses doigts écartèrent lentement mes
lèvres pour se glisser entre, effleurant mon clitoris. Mais si j’avais besoin
de plus, ce simple contact me fit frémir et je m’aperçus que je retenais ma
respiration. Mon souffle s’échappa en une longue complainte que je ne parvins
pas à garder pour moi.
Elle commença à aller et venir le
long de cette zone très érogène tandis que je haletais. Le contact était si
bon, presque douloureusement bon ! Je voulais qu’elle aille plus fort,
plus vite, plus loin, qu’elle me prenne entièrement puisque je me donnais si
volontiers à elle. Je me sentais trembler de plus en plus à mesure que la
pression augmentait. Je voulais plus et je voulais qu’elle arrête, j’avais l’impression
à la fois terrifiante et envoûtante que j’allais mourir de plaisir. A ce
moment, mon vocabulaire ne se limitait plus qu’à deux mots : Ludivine et
oui.
Au moment où la tension ne me
paraissait plus supportable, elle glissa enfin ses doigts en moi. J’eus un
petit gémissement de triomphe en les sentant bouger à l’intérieur de moi. J’eus
soudain l’impression de flotter, comme si le lit s’était brusquement dérobé de
dessous moi, mais sans que je ne tombe. La pression accumulée se libérait
enfin : c’était une sensation indescriptible et je me sentais
merveilleusement bien. Je sentais désormais à peine la friction bienfaisante
des doigts qui continuaient un lent balai pour m’accompagner dans mon voyage
dans le vide et la plénitude.
Lorsque je redescendis sur terre,
elle était immobile en moi, m’observant et me souriant tendrement. Elle prévint mes désirs et
m’embrassa doucement tout en retirant ses doigts qui me manquaient déjà. Je la
laissai m’embrasser, appréciant le baiser.
Elle se coucha sur le côté, face à
moi en me serrant dans ses bras. J’attendis quelques instants avant de me
libérer et de la repousser sur le dos et de m’allonger sur elle. Elle se
soumettait volontairement à ma merci. J’allais lui rendre les faveurs qu’elle
m’avait faites à l’instant, j’allais l’aimer comme elle m’avait aimée.
La timidité et mon inexpérience ne
furent pas, tout compte fait, un problème.
Continuer, chapitres 5 à 8
5.
Amphipolis. Le voyage touchait à sa fin. Le village natal de Xena avait retrouvé sa quiétude, un temps troublée par les agissements de Méphistophèles. L'auberge autrefois tenue par Cyrène n'avait été reprise par personne, elle se dressait à l'entrée sud du village, silhouette silencieuse et un peu lugubre. Certains habitants du village, reconnaissant la robe dorée d'Argo, vinrent à la rencontre du petit groupe de voyageur. Quelques-uns avaient connu Gabrielle et Xena lors de leurs précédents voyages et demandèrent à la barde des nouvelles de sa ténébreuse amie. La nouvelle de la mort de la guerrière les stupéfia. Lacan, le nouveau maire du village, se fit le porte-parole de ses administrés.
« Gabrielle, nous sommes désolés de la perte qui t'afflige.
– Merci Lacan. Je suis revenue ici car Xena souhaitait
reposer auprès de sa famille.
– Nous comprenons, et l'acceptons bien sûr. Je pense que
personne ne verra d'objection à ce que toi et tes amis vous installiez chez
Cyrène.
– C'est aimable à vous. Cependant, je ne compte pas
rester. Une mission m'attend en Egypte. Je suis là pour offrir aux cendres de
Xena leur dernière demeure, ensuite, je partirai.
– Oh... Je vois. C'est dommage. Nous aurions eu bien
besoin de tes services dans notre village.
– Mes services?
– On dit que tu es devenue l'égale de Xena...
– Quoi?
– Oui. Que tu ne te contente plus de conter des
histoires... D'ailleurs, nous avons pu le constater quand vous êtes venues...
La dernière fois.
– Je ne suis pas une guerrière. Je le suis devenue par
la force des choses, mais je n'ai pas le savoir tactique de Xena, ni ses
talents de combattante, et pour tout dire, je ne sais même pas si j'aurais la
force de me battre!
– C'est bon, excuse-moi. Je n'ai rien dit. Nous allons
organiser les funérailles de Xena, et nous te laisseront repartir. Ne
t'inquiètes pas.
– Un moment. Tu ne m'as même pas dit pourquoi « mes
services » t'intéressait.
– Une bande de vauriens, menés par un seigneur de
guerre, Karis, sème la terreur dans le coin. Ils ne s'en sont pas encore pris à
notre village, mais cela ne saurait tarder. Et nous ne sommes pas aptes à nous
défendre.
– Je pensais pourtant que cette région était calme.
– Karis vient d'une région plus à l'Est. Et ce qu'on
raconte sur ses exploits guerrier fait froid dans le dos.
– C'est à dire?
– Le lot habituel du seigneur de guerre: pillage, vol,
viols, meurtres. On raconte aussi qu'il prend un plaisir tout particulier à
torturer, violer puis tuer les enfants. Tout cela sous le regard de ses
hommes...
– Les enfants? C'est... »
Lacan recula d'un pas, impressionné par l'expression de rage pure qui venait de s'inscrire sur le visage de l'aède. La main de Gabrielle s'était refermée sur le chakram, et son sang bouillait d'une colère monstrueuse.
« Lacan?
– Oui?
– Je vais rester. Je vais rendre hommage à mon amie,
puis, je vous aiderai contre ce monstre. »
Elle tourna les talons, suivie de Virgile et Eve qui étaient restés silencieux durant l'échange. Tout en se dirigeant vers l'ancienne auberge, elle leur lança un regard.
« Vous le saviez n'est-ce-pas?
– Quoi?
– Allons Eve, pas avec moi, tu as Son regard, tu sais,
celui qui dit « j'en étais sûre ».
– Je savais que tu ne pourrais pas laisser faire un
bourreau d'enfant Gabrielle. Je sais que Mère serait fière de toi. Et tu peux
compter sur moi, je t'aiderai de mon mieux.
– Et toi Virgile? Tu restes silencieux?
– J'observe les changements qui ont opérés en toi
Gabrielle. Et je m'inquiètes. Je sais que tu n'es plus la petite barde
innocente dont mon père me parlait constamment, mais je sais aussi que tes
épaules sont loin d'être aussi larges que celles de Xena.
– Tu penses que je manque de courage?
– Non. Je pense que tu manque d'expérience.
– J'ai mené les amazones à une guerre sans pitié contre
Bellerophon, je suis devenue selon certain « la Barde Batailleuse la Princesse
Guerrière
– Ton coeur n'est toujours pas celui d'une guerrière.
– Mais mon âme l'est pour moitié. Fin de la discussion.
Allons nous reposer. »
Elle s'éloigna d'eux à grands pas, grommelant à moitié pour elle-même, tandis qu'Eve échangeait un regard amusé avec Virgile. Ils entrèrent dans l'auberge, et posèrent leurs sacoches de voyage avant de faire un peu de nettoyage. Virgile, que la poussière répugnait, se proposa pour s'occuper des chevaux. Ses deux compagnes, compréhensives, le laissèrent aller.
Elles travaillèrent en silence pendant un petit moment, puis Eve se décida à parler.
« Est-ce que tu tiendras le coup?
– A quel propos?
– Allons, ne me joue pas cette comédie. Pas à moi. Le
côté barde héroïque, ça va quand nous sommes en présence des autres.
Parviendras-tu à Lui dire adieu?
– Pas adieu Eve. Au revoir. Nous sommes destinées à nous
retrouver, un jour...
– Oui. »
Comprenant que Gabrielle ne voulait pas parler plus, Eve se tut et retourna à sa tâche. Une fois que deux tables furent nettoyées, elles disposèrent les bagages sur l'une et installèrent des chaises autour de la seconde. L'aède se rendit à la cuisine, où elle trouva du bois sec qu'elle disposa dans l'âtre de façon experte, avant de l'enflammer à l'aide de l'amadou qu'elle avait dans ses sacoches de selle. Ensuite, elle chercha, et trouva, un grand chaudron. Elle s'en empara et sortit, se dirigeant vers le puit dont elle tira quelques seaux. Elle rinça son ustensile à grande eau, avant de le frotter avec une brosse de chiendent, puis de le rincer une nouvelle fois. Un dernier seau le remplit d'une eau claire, et elle le ramena à l'intérieur, le disposant au-dessus des flammes à l'aide d'un trépied. Un morceau de venaison de leur réserve de nourriture atterri dans l'eau, et des légumes firent leur apparition sur la table, tandis qu'elle entreprenait de les éplucher. Eve était montée à l'étage s'occuper de leur trouver une chambre décente, et elle était toute entière dans ses pensées. C'est pourquoi la voix de Virgile la fit sursauter.
« Une parfaite petite ménagère.
– Tu tiens à la vie Virgile? Alors retire tes
paroles... »
Les mots étaient agressifs mais pas le ton sur lequel ils étaient prononcés. Elle menaça le jeune homme de la pointe de son petit couteau, et Virgile leva les mains en signe de reddition. Ce qui eut pour effet de faire apparaître un minuscule sourire aux coins des yeux de la barde.
« Je préfére te voir comme ça.
– Je n'y peux rien Virgile.
– Je le sais bien. J'ai mis du temps moi aussi avant que
le souvenir de Père ne me torde plus les entrailles. Et je crois que Mère ne
s'est pas encore remise... Ecoute, je voulais m'excuser pour toute à l'heure.
Je n'aurais pas du douter de toi.
– Il est normal de douter mon ami. Là où tu me fais le
plus de mal, c'est quand tu me vois comme Joxer me voyait au début. Xena aussi
m'a vue comme ça pendant un long moment, et puis, elle a fini par comprendre
que j'avais grandi.
– Je ne te prends par pour une gamine Gabrielle...
– Et tu as raison. Je ne le suis pas. Dois-je vraiment
te rappeler mon grand âge derrière mon apparence juvénile?
– Juvénile, juvénile... N'exagérons rien! »
Il allait continuer à railler Gabrielle quand un navet bien placé lui fit fermer la bouche. Gabrielle se leva et traversa la pièce pour ajouter les légumes à l'eau bouillante et à la viande. Elle rajouta quelques herbes et remua l'ensemble avant de revenir vers le centre de la grande pièce. Eve descendait l'escalier au même instant.
« J'ai trouvé deux pièces en plutôt bon état. Virgile peut prendre l'une des deux et nous partagerons l'autre, si cela ne te dérange pas.
– Bien sûr que non. Peux tu surveiller la cuisson,
j'aimerais me reposer un peu, le voyage a été long. Tu n'auras qu'à frapper à
la porte quand le repas sera prêt, je vous rejoindrai.
– Comme tu veux. C'est la première porte à droite en
montant l'escalier.
– Merci. »
Elle s'empara de ses bagages et cala l'urne funéraire de Xena sous son bras droit, se dirigeant vers l'escalier. Une fois dans la chambre, elle repoussa le battant d'un coup de pied avant de laisser tomber ses sacs à terre, et de s'asseoir sur le lit, disposant l'urne en face d'elle. Elle fit glisser une caresse tendre sur les flancs d'argile de l'objet.
« Xena. J'aimerais tellement que tu sois là... »
*****************************
6.
La tête de Xena semblait résonner des cloches d'Hestia. Elle se tint les tempes, gémissant sous la douleur.
« Par Zeus!
– Tu l'as tué...
– C'était pas moi, mais Hercule. Qui que vous soyez, vos
renseignements ne sont pas exacts.
– Toujours à faire de l'humour, même dans les pires
moments Princesse?
– Ça m'a parfois aidé à survivre. Ça et... d'autres
choses.
– Bien alors garde ton humour, tu vas en avoir besoin!
– Pourq... »
Elle se tut. Elle venait de remarquer l'endroit où elle avait échoué. Les abords d'un village, et son armée, frémissante d'excitation à l'idée d'attaquer et de se servir. Elle-même, des années plus tôt, jeune et fière sur son cheval rouan, une torche à la main, et un sourire malsain et conquérant sur le visage.
« Cyrrha... »
La guerrière fantôme en aurait pâli si elle n'avait dà été translucide. Son double de chair et d'os invectivait ses troupes, mais de là où elle était, elle ne pouvait guère entendre que quelques bribes hachées. Elle pouvait distinguer le jeune Dagnin à ses côtés.
« Approche-toi, et va écouter ton discours, tu verras c'est instructif.
– L'habituel « Tuez-les tous »? Merci, très
peu pour moi. Je me souviens parfaitement de ce qui s'est passé à Cyrrha. Et de
ce que cela a engendré plus tard.
– N'en sois pas si sûre. »
Et elle fut poussée juste à côté du cheval de la mauvaise Xena. Forcée d'entendre des paroles qu'elle n'aurait jamais pensé écouter un jour.
« Compagnons! Voici Cyrrha. Un autre villagesur la longue route des conquêtes qui nous attendent encore. Sachez lui faire honneur. Comme d'habitude, tuez ceux qui vous résisteront. Pour le reste, prenez ce que bon vous semblera. Laissez-leur tout de même de quoi survivre et se reconstruire, afin qu'ils soient de nouveau debout à notre prochain passage! Nou aurons toujours besoin des plus faibles que nous... » Elle éperonna son cheval, donnant ainsi le signal à ses hommes pour l'assaut.
Xena le fantôme détourna le regard, honteuse. Se rappeler du passé la laissait toujours dans un état douloureux, mais le voir se dérouler devant ses yeux lui donnait la nausée. Cela ne s'arrêterait-il donc jamais, tout le mal, la violence dont elle avait fait preuve la poursuivrait éternellement? Elle avait pourtant eu la vision de quelques vies ultérieures, farouche partisane de la paix. Pourquoi fallait-il qu'à cet instant, elle subisse un tel tourment? Se sacrifier pour les 40 000 âmes d'Higuchi n'avait-ce pas été suffisant?
« Quelque chose ne va pas Guerrière?
– Oh non, tout va très bien. Vasi-je devoir supporter
ceci longtemps?
– Le temps qu'il faudra ma chère. Oh! Va donc voir de ce
côté! »
Elle fut poussée sans ménagement à l'arrière d'une hutte. Là, un de ses anciens hommes se tenait, une torche à la main, discutant avec un air de conspirateur avec l'un de ses accolytes.
« Xena est un bon chef, mais elle est un peu trop tendre à mon goût. Regarde comment on fait pour faire sortir les rats de leur trou! »
Sans sommation, il balança la torche sur le toit de chaume de la hutte, provoquant un embrasement quasi instantanée de l'habitation.
Horrifiée, la bonne Xena ne put que pousser un cri qui resta inaudible pour les malfrats. Le vent qui commençait à souffler de plus en plus fort, fit s'envoler des morceaux de chaume enflammés, et l'incendie se propagea rapidement aux autres maisons du village.
Xena, qui n'avait toujours pas compris qu'elle était
impuissante à faire quoi que ce soit, tenta le tout pour le tout, passant dans
les huttes pour mettre en garde les habitants qui se terraient malgré les
flammes, sachant qu'en sortant, ils se feraient massacrer par les hommes de la Conquérante.
« Sortez! Mais sortez-donc! Fuyez! Mieux vaut encore tenter sa chance que mourir ainsi! Sortez!!! »
En vain. Personne ne voyait, ni n'entendait le pathétique fantôme, qui continuait pourtant à les invectiver. Jusqu'au moment où une mère hurlante eu raison de son acharnement. Ses cris résonnèrent plus fortement encore que les autres aux oreilles sans vie.
« Fuyez mes enfants, ils ne s'attaquent pas aux plus jeunes! Callisto prends ta soeur et allez-vous en! Vite! »
La guerrière se figea puis rassemblant ses forces, se propulsa vers la hutte d'où provenaient les cris. Le spectacle était horrible. Une femme à moitié embrasée hurlait de douleur et de désespoir, tendant les mains dans une ultime prière vers une fillette blonde d'une dizaine d'années qui se tenait dans l'encadrement de la porte, les yeux écarquillés de terreur. Sa petite soeur, recroquevillée sur le sol rendait son ultime soupir, et son père n'était pas visible, sans doute déjà happé par le brasier qui gagnait du terrain sur la petite hutte. Sans un mot, la fillette tourna le dos à sa mère agonisante pour sortir hagarde, sur la place du village où un massacre avait lieu. Les villageaois qui avaient eu le courage de prendre les armes contre les soldats de la guerrière, se faisait tuer les uns après les autres, tandis que sur son cheval rouan, la grande femme brune observait avec détachement les faits.
La Xena
Xena était elle restée avec les villageois rescapés. Elle vit le visage de Callisto se fermer au passage du démon aux cheveux noirs, et l'entendit jurer la perte de la femme aux yeux de glace.
« Ce n'est pas là que tu dois te trouver Xena?
– Pourquoi? N'est-il pas normal que je boive le calice
jusqu'à la lie? Ne suis-je point là pour comprendre les souffrances que j'ai
infligées?
– Non. Allons en route! »
La force inconnue se remit en branle, l'amenant cette fois à un campement semblable à tous les campements de chef de guerre qu'elle avait pu connaître. D'ailleurs, en regardant mieux, c'était son campement. Celui qui avait été sa base de repli à l'époque de Cyrrha. La guerrière du passé se tenait au beau milieu de ses hommes, devant un immense feu. Elle était furieuse, et sa voix tonnait, transperçant le silence respectueux qui l'entourait.
« Qui? Qui a osé? Qui s'est permis de penser à ma place? Je veux le coupable! »
Tous se regardaient les uns les autres, et la peur se lisait en chacun d'eux. La grande femme reprit, d'une voix doucereuse.
« Allons. Il vaut mieux vous dépêcher de me livrer le ou les coupables. Vous savez que je n'aime pas que l'on discute mes ordres, mais je saurai me montrer clémente.. »
A cet instant, un homme leva timidement la main. Le fantôme, qui suivait la scène, le reconnut comme le complice de l'homme à la torche.
« Oui Tiscos?
– Je... Nous...
– Hé bien, dépêche-toi, tu sais que la patience n'est
pas mon fort.
– Feris. C'est Feris qui a mit le feu à la
hutte... »
Le dénommé Feris blêmi de rage, et s'élança vers Tiscos, l'épée à la main. Il n'eut pas le temps d'exécuter son noir dessein car le chakram lui trancha la gorge, et son corps sans vie retomba sur le sol avant même que quiconque ait pu bouger.
« Une bonne chose de faite. J'ai horreur que l'on discute mes ordres. Oh, Tiscos?
– O...Ou...Oui? Fit l'homme tremblant de peur.
– Approche, je ne mords pas... J'aimerais savoir comment
tu as su que Feris était le coupable?
– Je... j'étais avec lui Xena.
– C'est bien ce que je pensais. Et tu n'as rien fait
pour l'en empêcher?
– Je...ça s'est passé si vite... Le temps que je... Il
avait déjà lancé la torche et je...
– Trèèèès bien. Dagnin, Cestis? Tenez-le. Je vais lui
faire passer le goût de suivre quelqu'un d'autre que moi. »
Tandis que les deux homme s'emparait de Tiscos, le seigneur de guerre s'approcha du feu et en retira une longue barre en fer au bout de laquelle était fixé le sceau de la guerrière, chauffé à blanc. Avec un visage impassible, Xena revint près d'un Tiscos vert de terreur, et appliqua le sceau lentement sur la joue droite, puis la joue gauche du malheureux. Le grésillement de la chair brûlée se mêla à son odeur et aux hurlements de douleur de l'homme. Dagnin et Cestis le lâchèrent et il s'effondra aux pieds de Xena. Sans ménagement, celle-ci se pencha et lui releva le menton.
« Tu es à moi Tiscos et tu n'obéis qu'à moi. Ne va plus l'oublier. »
Elle fracassa son poing contre le nez de l'homme et s'éloigna d'un pas long et nerveux. Laissant l'ensemble de sa troupe ricaner de soulagement de ne pas avoir été la cible de sa colère. Le fantôme, silencieux la suivit jusque dans sa tente. La voix résonnait à ses oreilles.
« Hé bien, quand tu punissais les coupables, tu n'y allais pas de main morte.
– Je n'ai jamais eu la réputation d'être tendre.
– En tout cas, le responsable de l'incendie de Cyrrha a
été puni.
– Non.
– Non?
– C'est moi la responsable. Si je n'avais pas conduit
ces vauriens jusqu'ici, il n'y aurait pas eu de Cyrrha. Et pas de Callisto. Et
encore moins de morts par ma faute.
– Ah, mais je t'arrête tout de suite, les morts de
Callisto appartiennent à Callisto. Les tiens ce sont les tiens.
– Et qui à engendré Callisto à votre avis.
– Xena... Tu m'attriste, je pensais pourtant que tu
étais au courant de ces choses là! Il faut un père et une mère pour engendrer
un enfant.
– Ce n'est pas drôle.
– Ce qui n'est pas drôle c'est de te voir endosser des
culpabilités qui ne sont pas les tiennes. Même après ce que tu as fait pour
Callisto dans cette histoire de Paradis et d'Enfer. Je pensais qu'Eve était la
preuve vivante de votre pardon mutuel?
– ....
– Tu ne dis plus rien.
– Je suis fatiguée de parler.
– Dans ce cas, observe! »
Elle était arrivée au seuil de la tente, et se vit renvoyer sa servante. Son jeune double se débarrassa avec des gestes las de son armure, avant de s'asseoir et de se frotter le visage à l'aide d'une de ses longues mains. Son observatrice attentive pu alors distinguer une brillance excessive dans les yeux si clairs. Et tout lui revint en mémoire. La honte éprouvée à ce moment, la peine pour les habitants de Cyrrha, un moment d'apitoiement sur son propre sort, vite réprimé. A cette époque, elle n'était pas encore complétement mauvaise, pourrie par la haine et la rancoeur, aveuglée par la soif de pouvoir. Des larmes silencieuses roulaient à présent sur les joues de la jeune Xena.
« Tu avais une poussière dans l'oeil?
– Non. Je venais de me rendre compte de ce qui s'était
passé.
– Un seigneur de la guerre ne devrait pas trop penser à
ses agissements si il veut vivre vieux.
– Il y a d'autres façons de vivre. Ce n'est pas le bon
chemin.
– Le savais-tu alors?
– Je l'ai toujours su, mais je ne voulais pas le croire.
Pour moi, l'amour était une faiblesse.
– Tu le pense toujours?
– Non. Mais dans cette tente ce soir-là, oui. L'amour de
ma famille, le besoin de la protéger m'avait conduit à perdre Lycéus. La rage
avait remplacé l'amour, du moins c'est ce que je croyais. Et ce soir là, dans
cette tente, j'ai compris que je n'avais pas encore suffisament fermé mon
coeur. Ce n'est pas parce qu'ils avaient ignoré mes ordres que j'ai tué Feris
et marqué Tiscos. Mais parce que j'étais furieuse du mal inutile qu'ils avaient
causé.
– Tu reconnais donc que ta culpabilité dans l'incendie
de Cyrrha n'est pas engagée?
– Je ne suis peut-être pas « coupable », mais
responsable... ça oui, sans aucun doute.
