17 octobre 2009
Possibilités infinies, chapitre 7A
Chapitre Sept
1ère partie
« Ton cœur est ton foyer » (Home is where the heart
is)
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Elles décidèrent de migrer vers le canapé
pour le dessert. Lis avait préparé un gâteau au chocolat qui faisait venir
l’eau à la bouche de Cass rien qu’à le regarder. Le chef de la sécurité apporta
la bouteille de champagne et les verres à la petite table, tandis que Lis
saupoudrait les tranches de sucre glace et les posait sur des assiettes, avant
de les apporter.
« Eh ben, Lissy », s’exclama Cass
en attaquant la première bouchée. « Ce truc devrait être interdit. »
Elle mâcha avec enthousiasme. « C’est fantastique. »
Lis sourit. « C’est une recette de ma
mère », répondit-elle en se calant contre les coussins, son épaule contre
le bras de Cass. « Et c’est encore meilleur quand ça n’est pas
synthétisé. »
Cass grogna en y pensant. « Oh, bon
sang, j’ai hâte de goûter ça », marmonna-t-elle en attaquant un autre
morceau de sa fourchette. Une pensée lui vint et elle tourna la tête pour
regarder la jeune femme qui mangeait joyeusement près d’elle. « Tu penses
que ta mère va m’apprécier ? » Demanda-t-elle calmement.
Le regard vert chercha le sien et elles
prirent conscience d’un long futur à passer ensemble. Lis hocha la tête en
souriant.
« Je pense qu’elle va beaucoup
t’apprécier », répondit-elle. « Et tu seras suprêmement charmeuse, je
n’en doute pas. » Elle sourit en voyant le haussement de sourcil canaille
que ces paroles provoquèrent.
« Comme d’habitude, non ? »
Demanda Cass.
« Non », répondit Lis en riant.
« Tu peux être positivement odieuse quand tu t’y mets. »
Cass lui sourit. « C’est mon boulot
d’être odieuse parfois », dit-elle en poussant doucement la jeune femme du
coude. Elle regarda Lis. « Elle doit te manquer beaucoup. »
Lis hocha lentement la tête. « C’est
vrai », répondit-elle. Sa mère avait fini par quitter son père abusif
quand Lis avait 18 ans. Mère et fille s’étaient occupées l’une de l’autre
jusqu’à ce qu’elle et Nick se marient et, même après, elles étaient restées
très proches. « Ce paquet de messages que nous avons réussi à recevoir de
Starfleet ne suffisait pas », dit-elle avec un sourire triste.
Cass se pencha et embrassa le dessus de sa
tête tendrement. « Tu as raison », dit-elle. « Je n’ai jamais
prétendu avoir les meilleures relations avec mes parents, mais, bon sang,
c’était bon de recevoir cette lettre de leur part. » Elle posa son
assiette sur la table et se retourna pour s’étirer sur la longueur du canapé et
poser la tête sur les genoux de Lis.
La jeune femme blonde plongea ses doigts dans
la garniture de sa tranche de gâteau et l’offrit à Cass, peignant les lèvres
pleines du chocolat tendre. Des yeux bleus brillants l’invitèrent à se
rapprocher et elle se tourna légèrement pour poser son assiette sur le bord de
la fenêtre. Puis elle accepta l’invitation et se pencha pour goûter le chocolat
sur les lèvres de Cass du bout de sa langue.
Cass sentit quelque chose la remplir et se
déverser en elle. Tandis que leurs mordillements et leurs coups de langue se
changeaient en un autre baiser profond, le relâchement d’une tension latente
qu’elle n’avait même pas réalisé avoir en elle, commença à se faire. Elle se
mit à trembler, même lorsque Lis l’enroula de ses bras et la redressa. Entre
les baisers, un petit sanglot s’échappa et immédiatement la jeune femme blonde
la berça tendrement contre sa poitrine, apaisant une Cass secouée de
tremblements.
« Chhhhhh, ma chérie, tout va
bien », chantonna Lis.
« Je suis d-désolée », murmura Cass
contre le tissu doux de sa chemise. « Ç-ça m’a p-prise p-par
sur-prise. »
« Mhmmmmm », je comprends, mon
bébé », la rassura la jeune femme. « Tu as attendu si longtemps et
maintenant tout arrive à pleine vitesse, n’est-ce pas ? » Elle sentit
la jeune femme hocher la tête. « Nous pouvons vraiment ralentir,
Cassie », suggéra-t-elle. « Que sont quelques jours… ou semaines… si
c’est ce dont tu as besoin ? » Tendrement, elle repoussa des mèches
noires rebelles du front de Cass et y déposa un léger baiser. « Nous ne
sommes pas pressées, ma douce. »
« M-mais, c’est juste… » Cass
hoqueta en pleurant. « Je n’ai pas l’impression que nous devons
attendre. » Elle tendit la main et traça la joue et la mâchoire de Lis de
ses doigts. « Je te connais mieux que je n’ai jamais connu
personne », murmura-t-elle, voyant la confirmation dans les yeux de Lis.
« Et personne n’est aussi près de me connaître que toi. » Cela lui
valut un sourire. « Je t’aime de tout mon cœur et je ne pense pas que ce
soit une grande surprise pour toi non plus. » Elle obtint un sourire encore
plus épanoui et un rapide coup de tête en réponse. « Alors, à moins que tu
aies besoin d’attendre… »
Lis tendit la main et prit celle de Cass pour
embrasser sa paume. « Je n’en ai pas besoin », murmura-t-elle.
La jeune femme brune hocha sa tête posée sur
ses genoux. « Je me sens si soulagée », dit-elle.
« Soulagée ? »
« Mhmmmmm. Que toute cette attente soit
derrière moi. » Lis hocha la tête de compréhension. « Je pense que
c’est ce qui a provoqué les larmes. » Cass regarda Lis porter sa main sur
son cœur et elle sentit le battement fort et rapide du pouls de la jeune femme
blonde. « Nous avons été ensemble si souvent depuis… l’accident. Une
partie de moi essaie toujours d’intégrer que nous sommes vraiment
ensemble. » Elle se couvrit les yeux de son autre main. « Je raconte
un peu n’importe quoi, non ? »
Lis rit doucement. « En fait,
oui », répondit-elle. « Est-ce que tu as l’impression que je t’ai un
peu prise au dépourvu ? »
Cass prit un petit air penaud. « Oui,
peut-être un peu. » Elle sourit. « Mais je ne m’en plains pas. »
Lis hocha la tête. « Je présume que
j’aurais dû préparer un peu tout ça », admit-elle. « J’y pensais
depuis un petit moment déjà. »
Cass lui sourit. « Qu’est-ce qui t’a
fait te décider ? » Demanda-t-elle.
« Le mariage », répondit la jeune
femme. « Pendant que nous étions témoins pour Kathryn et Annika, je t’ai
regardée et tu avais l’air si… et bien, magnifique… » Elle rit doucement
en voyant la rougeur qui montait rapidement sur les joues de Cass. « Mais
aussi, pour la première fois, je me suis rendu compte que je pouvais te
regarder et avoir envie d’être avec toi, sans autres complications, bagages,
problèmes ou culpabilité. Et je voulais tellement être avec toi que j’ai failli
tendre la main pour prendre la tienne sur-le-champ. »
« J’ai croisé ton regard une fois
pendant les vœux, tu t’en souviens ? » Demanda Cass. Lis hocha la
tête. « Je voulais aussi t’embrasser à ce moment-là. »
« Et pendant que nous dansions, je
pensais à nous et à notre première rencontre, et il m’est revenu que notre date
anniversaire était proche », continua Lis. « Et j’ai décidé que ce
serait la première que nous puissions pleinement célébrer. » Elle pressa
doucement la main de Cass. « Je sais que les autres ont été nulles. »
Cass scruta le regard vert océan. « Pour
toi aussi ? »
« Oh oui, mon amour », répondit
tranquillement Lis. « Tous autant qu’ils sont. » Elle déglutit.
« Je me trouvais une bonne raison pour être toute seule ce jour-là. Et
j’allais à un de nos endroits… »
« Castagnola », dit Cass en
souriant.
« Mhmmmm. Ou cette petite plage que nous
avions trouvée, tu te souviens ? Sur la côte ? » Cass acquiesça
de la tête. « Et je passais la journée à penser à toi… à me demander où tu
étais, si tu allais bien. Et à me souvenir. »
Cass tendit la main et du bout du doigt, elle
essuya la larme qui glissait sur la joue de la jeune femme.
« Nous sommes faites pour être ensemble,
Lis », murmura-t-elle. « C’était la seule chose qui me faisait
avancer. Je l’ai su dès notre première rencontre. »
Lis hocha la tête. « Oui, moi aussi.
C’est ce qui a rendu les choses si difficiles. » Elle s’égaya un peu.
« Jusqu’au jour où je me suis réveillée sans ressentir de douleur. Et
c’est là que j’ai réalisé que les sentiments que j’avais toujours eus pour toi
pouvaient exister sans aucune restriction. » Elle se pencha en avant et
embrassa Cass sur le front. « Je suis désolée de t’avoir tendu une
embuscade, ma chérie. »
Cass ferma les yeux et posa sa joue sur
l’épaule de la jeune femme, savourant chaque seconde de la chaleur et de la
sécurité qu’elle y ressentait.
« Ne sois pas désolée », dit-elle
calmement. « Nous avons attendu horriblement longtemps. Tu as fait ce qui
était juste. » La tentation du cou si proche fut trop forte et elle laissa
traîner ses lèvres lentement sur la peau douce.
« Ooooohhhhhh Cassie », grogna Lis,
son corps répondant immédiatement et profondément à la caresse de la jeune
femme brune.
Encouragée, Cassie continue à embrasser et à
effleurer de ses lèvres vers le point doux et sensible qu’elle connaissait
juste en-dessous de l’oreille de la jeune femme blonde. Elle effleura
légèrement de sa langue le lobe, souriant quand Lis prit une inspiration
tremblante. Elle glissa les mains sur le torse chaud sous elle et sentit Lis
commencer sa propre exploration. Cass sentit les mains glisser sous son
tee-shirt et elle hoqueta.
Lis avait l’impression que sa peau était en
feu. Les mains de Cass semblaient être partout, dans ses vêtements, caressantes
et excitantes. La jeune femme sentit un besoin irrépressif d’embrasser Cass et
elle chercha sa bouche avec avidité. Elles se laissèrent aller dans le baiser,
bougeant maladroitement pour être allongées côte à côte sur le canapé, Lis
légèrement au-dessus du corps plus solide de Cass.
« J'ai tellement envie de toi »,
murmura cette dernière d’une voix rauque tandis que la langue de Lis passait
dans le creux de sa gorge, envoyant des éclairs de désir brûlant en elle.
« Oh oui », gronda la jeune femme.
Ses mains trouvèrent rapidement le bas du tee-shirt de Cass et le repoussèrent
avec impatience vers le haut jusqu’à ce que ses doigts effleurent le bas de son
soutien-gorge. Elle laissa ses mains voyager plus loin, traçant des cercles
excitants sur les seins de Cassie, puis s’arrêtant sur les tétons durcis à
travers le tissu fin, ravie par la réponse immédiate. Cass gronda et s’arqua
sous elle. « Mmmmm, il faut que cette chemise disparaisse », marmonna
Lis en tirant sur le vêtement.
« La tienne aussi », dit Cass d’une
voix insistante.
Elles tâtonnèrent et remuèrent, essayant
d’enlever la chemise de l’autre, ne réussissant qu’à s’emmêler un peu plus.
Elles changèrent de rôle simultanément et luttèrent avec leur propre vêtement,
évitant au passage les coudes et les mains qui volaient dans leur précipitation
à sentir la peau de l’autre.
« On a toujours été aussi
maladroites ? » Dit Cass en riant même lorsqu’elle frissonna de
plaisir au contact de la peau soyeuse de Lis contre la sienne.
« Seulement quand on ne pouvait pas
attendre d’être l’une dans l’autre », répondit la jeune femme d’une voix
rauque tout en poussant sa cuisse entre les jambes de Cass, peu surprise mais
profondément excitée par la chaleur qu’elle y ressentit.
« Oooooohhhhhhh
Liiiiiiiiiiisssssssssssss. »
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« Est-ce qu’il n’est pas un peu tard
pour vous, Mlle Wildman ? » Demanda le capitaine Janeway avec un faux
ton formel, surprise de voir la fillette, seul enfant du Voyager, se tenir
juste devant la porte de son bureau.
« Un bon Assistant de Passerelle fait
toujours le point avec son commandant avant d’aller au lit, Capitaine »,
répondit Naomi avec un ton confiant, les mains serrées derrière le dos dans une
imitation inconsciente de son autre modèle, Seven of Nine.
Janeway sourit avec indulgence. La gamine
avait été un bonus inattendu tout au long de ce long voyage, avait-elle décidé.
Précoce, indépendante et déterminée à se trouver un rôle utile, Naomi lui avait
proposé de la nommer Assistante de Passerelle, premier pas dans la quête de la
fillette pour devenir le capitaine Wildman. Le fait qu’il n’y ait aucun grade
de la sorte n’avait pas été dissuasif. Janeway s’était rendu compte qu’assigner
Naomi à des petites tâches était un exercice qui se montrait utile pour elles
deux.
« Tu veux te joindre à moi ? »
Dit Janeway tout haut depuis l’endroit où elle se trouvait au niveau supérieur
de son bureau. Elle était en train de contempler le champ d’étoiles, ayant
choisi de rester en service vu que Seven travaillait tard à une mise à jour
importante du logiciel d’astrométrique. L'arrivée de Noami était bienvenue.
Elle attendit que son membre d’équipage le plus petit grimpe les marches du
niveau supérieur et vienne se tenir près d’elle. « Avez-vous eu une
journée chargée ? » Demanda, en sirotant la tasse de café qu’elle
tenait dans la main.
« Oui, madame », dit Naomi en
hochant la tête, les yeux levés vers le capitaine en pleine adoration. De tous
les adultes sur le Voyager, la jeune fille était la plus proche de Seven, mais
depuis le mariage de Janeway avec l’ex-Borg, Naomi avait été une visiteuse
régulière de leurs quartiers. Elle avait développé un énorme béguin pour le
capitaine ce faisant.
Comme si tu n’adorais pas ça, Katie,
dit sa voix intérieure en riant.
« J’ai eu des cours ce matin et puis
Maman m’a laissée l’aider avec le diagnostic astrométrique », dit Naomi,
heureuse de raconter sa journée au capitaine.
Janeway posa sa tasse puis tapota le bord de
la grande baie, invitant la fillette à grimper. Elle lui donna la main pour
l’aider et bientôt elles furent presque à niveau. Elle sourit à la gamine.
« Quels étaient tes cours ce
matin ? » Demanda-t-elle, heureuse de laisser l’enfant parler.
« Avec l’enseigne Roberts pour une heure
sur la théorie sur le moteur à distorsion et puis avec Chakotay pour la
philosophie religieuse », répondit Naomi. « Aujourd’hui nous avons vu
le bouddhisme. »
Janeway se mit à rire. De nombreux membres
d’équipage s’étaient portés volontaires pour enseigner à Naomi aussitôt que
l’enfant avait été assez âgée pour apprécier les leçons. Le résultat en était
une éducation qui devenait à tout le moins éclectique.
« Et que penses-tu du
bouddhisme ? » Demanda-t-elle.
Naomi réfléchit à sa réponse pendant quelques
secondes. « Je pense que j’aime bien », dit-elle enfin. « C’est
plutôt paisible. » Janeway hocha la tête. « Mais il y a une chose qui
m’ennuie un peu. »
« Et quoi exactement ? » Elle
se demanda brièvement si elle en connaissait assez sur le bouddhisme pour avoir
cette conversation. Trop tard maintenant,
Katie.
« Chakotay m’a donné un livre de
citations », lui dit Naomi. « L’un des dictons était ‘Je suis
totalement sans défense. Je n’ai aucun besoin de me défendre ou quiconque
d’autre. Dans mon état d’impuissance total se trouve mon invincibilité’. »
L’enfant avait l’air intrigué. « Je pense que je ne comprends pas. Est-ce
que ce n’est pas ce que nous faisons tout le temps ? Défendre des gens qui
ne peuvent pas se défendre eux-mêmes, je veux dire. »
Bon sang, pensa Janeway.
Il fallait que tu me poses cette question.
Elle réfléchit avec soin à sa réponse,
essayant de réconcilier la philosophie pacifiste avec ce qu’elle faisait tous
les jours.
« Je ne suis pas sûre que Bouddha pense
que nous ne devrions pas défendre les gens sans défense », répondit-elle
avec précautions. « Je pense que ce qu’il dit, c’est que nous devrions
accepter les choses qui nous arrivent. Je ne pense pas qu’il veuille dire que
nous ne devons pas y répondre. »
Naomi fronça les sourcils en essayant de
comprendre. « Alors, quand de mauvaises choses nous arrivent, nous ne
devrions pas perdre du temps à nous demander pourquoi mais simplement nous en
occuper ? » Demanda-t-elle.
Janeway hocha la tête, à nouveau
impressionnée par les capacités intellectuelles de la fillette. « Je pense
qu’il veut dire sans défense dans le sens d’accepter », clarifia-t-elle.
« D’accord », dit Naomi.
« Cela a plus de sens que de rester à ne rien faire pendant que quelqu’un
d’autre est blessé. »
« Mhmmmm. »
Naomi la regarda avec une expression de
franche honnêteté. « Beaucoup de mauvaises choses nous arrivent »,
dit-elle carrément.
Janeway ne cilla pas. « Oui, c’est
vrai », acquiesça-t-elle. « Mais aussi beaucoup de bonnes choses.
C’est juste qu’elles sont plus difficiles à se rappeler. »
Les lumières se mirent à vaciller brièvement
et Janeway regarda autour d’elle, se demandant à demi si elle l’avait imaginé.
« Quelque chose ne va pas », dit
Naomi.
Avant que Janeway puisse atteindre son
communicateur, une silhouette verte fantomatique scintilla pour devenir un être
devant elle, rapidement suivi par un autre, puis un troisième. Des Borgs.
Immédiatement, le capitaine se mit devant Naomi pour protéger l’enfant. Elle
tapota son communicateur tandis que l’adrénaline montait en elle.
« Janeway à sécurité, alerte
d’intrusion. »
Les drones avançaient sur elles et elle
recula, tiraillée entre le besoin de protéger la fillette derrière elle et
celui de l’éloigner du danger immédiat. Mais il n’y avait nulle part où aller.
Les trois Borgs les avaient plus ou moins encerclées, leur coupant toute
possibilité de s’échapper. Elle sentit Naomi entourer son biceps de ses petites
mains tout en regardant par-dessus l’épaule du capitaine les créatures
intimidantes. Janeway tendit la main vers le phaseur qui ne se trouvait pas sur
sa hanche, se maudissant intérieurement d'être désarmée, bien qu’elle n’ait eu
aucune raison de l’être.
« Qu’est-ce que vous
voulez ? » Demanda Janeway, alors qu'une frayeur nauséeuse commençait
à se former dans ses tripes. Elle ne s’attendait pas vraiment à une réponse et
elle n’en reçut pas, les trois Borgs blafards à l’allure de zombie continuaient
à avancer. Les lumières du Voyager étaient réduites à l’ambre pâle d’une alerte
jaune et elle pouvait entendre des sirènes vibrer dans tout le vaisseau.
Chakotay et deux officiers de sécurité
entrèrent en trombe, les phaseurs dressés. Mais alors même qu’ils commençaient
à tirer, le Borg à la gauche de Janeway serra son bras de sa main autrefois
humaine. Le capitaine tenta de le faire lâcher prise, le repoussant de son
autre main, mais il faisait deux fois sa taille et il était bien trop fort.
Elle s’attendait à moitié à voir des tubules d’assimilation serpenter dans sa
direction mais il n’y en eut pas.
Un drone tomba au sol sous l’assaut des armes
des officiers de Starfleet, mais les autres s’adaptèrent à la fréquence des
phaseurs, leurs boucliers personnels les bloquant. Le Borg qui lui tordait le
poignet tendit la main vers le module de transport sur son épaule et Janeway se
rendit compte que Naomi serait téléportée aussi si elle restait en contact avec
elle.
« Naomi, lâche-moi »,
murmura-t-elle par-dessus son épaule, tout en essayant de secouer l’enfant pour
qu’elle lâche prise. Mais la fillette effrayée n’en avait cure et elle serra
encore plus fort son bras, le visage pressé contre l’omoplate de Janeway. Le
capitaine sentit la traction du rayon de téléporteur du Borg les entraîner
tandis que Chakotay les atteignait.
Bon sang.
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Cass respirait par à-coups tandis que Lis
excitait et torturait ses seins avec sa bouche et ses doigts. La jeune femme
brune pouvait à peine réfléchir. Chaque terminaison nerveuse de son corps était
exacerbée et bourdonnait sous les attentions de son amante même lorsqu’elle
faisait de son mieux pour lui rendre la faveur. Elle glissa ses mains sous la
ceinture du pantalon de Lis, se réjouissant du gémissement de la jeune femme en
réponse lorsqu’elle saisit ses fesses fermes et douces.
Elles bougèrent et glissèrent l’une sur
l’autre, le rythme leur échappant tandis que la hâte les rendait maladroites.
Leurs vêtements étaient à moitié enlevés, leurs jambes, bras et langues
emmêlés. Les mouvements devenaient de plus en plus frénétiques tandis que leur
passion surpassait leur capacité à se coordonner. Des petits bruits de plaisir
luttaient avec la musique de fond.
Lis se souvenait très bien – presque trop
bien – du corps sous le sien. Je veux
être partout en même temps, pensa-t-elle. Je veux qu’elle soit partout en même temps.
Son attention fut distraite lorsque Cass
glissa vers le bas et captura son sein nu dans sa bouche. La jeune femme blonde
s’arqua en pure réponse, puis elle glissa sa main à l’arrière de la tête brune,
serrant la jeune femme contre elle.
« Oh, Cassie », gémit-elle, sentant
la succion répondre plus fort et plus profondément.
Cass perdait presque le contrôle de désir. Le
téton de Lis était dur et doux sous sa langue, son sein plein et soyeux. Sans
réfléchir sur l’endroit où elles se trouvaient, Cass se redressa et se tortilla
avec l’intention de les faire rouler pour être au-dessus de Lis.
Malheureusement, le canapé étroit sur lequel elles étaient allongées ne put les
accepter et Lis cria quand elle sentit l’univers plonger sous elle.
Cass tenta de limiter leur chute avec ses
mains et ses coudes, mais elles heurtèrent rudement le sol, Lis grognant quand
le chef de la sécurité atterrit sur elle.
« Ouufff. »
Nez à nez, elles clignèrent des yeux.
« Je pense que tu es encore tombée pour
moi », railla Cass, en souriant à la jeune femme. Elles commencèrent à
rire, prises par le ridicule de la situation. « Bon sang, Lissy, on merde
là », s’exclama Cass. « Dis-moi qu’on n’a pas toujours été aussi
maladroites. »
Lis se mit à rire et écarta les cheveux sur
le beau visage au-dessus d’elle. « Nous étions très, très douées en
fait », dit-elle doucement, de doux souvenirs refaisant surface. « Je
crois qu’on précipite juste un peu les choses. »
Cass baissa la tête et prit la bouche de la
jeune femme dans un autre baiser sincère qui les fit à nouveau frissonner.
« Mmmmmm…. Si c’est aussi mauvais que ça
en a l’air, mon amour, alors je ne me plains pas du tout », murmura-t-elle
lorsqu’elles se séparèrent enfin.
Lis se mit à rire et étreignit Cass.
« Ça va aller, mon ange. Il faut juste que nous… »
« Janeway à sécurité. Alerte
d’intrusion. »
Cass se redressa d’un bond tandis que les
lumières diminuaient en statut d’alerte jaune. Immédiatement après l’annonce
inquiétante du capitaine, leurs deux communicateurs, partis avec leurs
chemises, se mirent à résonner. Cette fois c’était Chakotay.
« Officiers supérieurs, enseigne
Wildman, sur la passerelle. »
Cass était debout et attrapait ses vêtements
avant même qu’il n’ait fini sa phrase, Lis se tortillant derrière elle.
« Merde », marmonna Cass en se
battant pour remettre son soutien-gorge.
« Bouge pas », dit Lis en se
rapprochant pour aider la grande femme à s’en sortir. Elle savait qu’il était
plus important pour elle de se mettre en route. La jeune femme ramassa la
chemise de Cass sur le sol et la tint ouvert pour elle, lui permettant de
n’avoir qu’à y glisser les bras.
« Tu viens ? » Demanda Cass
brusquement, en la boutonnant tout en se dirigeant vers la porte.
« Je te suis », répondit la
conseillère, en enfilant son tee-shirt pour la suivre dehors. Elles coururent
jusqu’au turbolift, criant à deux enseignes de sortir pour prendre leur place.
« Passerelle », aboya Cass. Elle
commença à faire les cent pas dans l’ascenseur, anxieuse de savoir quelle était
la situation exacte. « Pourquoi appeler Samantha ? » Dit-elle
d’un ton songeur.
« Nous le saurons dans un instant,
Lt », dit Lis calmement, tout en essayant de rester calme et tranquille,
appuyée sur la cloison de l’ascenseur.
Cass se retourna en s’entendant appeler par
son rang, et elle soupira à l’occasion perdue.
« Je suis désolée, mon amour »,
dit-elle. On n’a pas vraiment eu la chance de redresser la situation,
hein ? »
Lis secoua lentement la tête mais elle sourit
à la grande femme. « Non, mais c’est ça la vie à Starfleet »,
dit-elle en haussant les épaules. « Surtout quand on est follement
amoureuse du meilleur chef de la sécurité de la flotte. »
Les mots s’enroulèrent autour du cœur de Cass
comme une brise d’été. Elle se rapprocha, mettant momentanément de côté la
crise en cours. Elle glissa sa main dans celle de Lis, savourant la chaleur du
bref contact. Le regard bleu croisa le vert.
« Tu es amoureuse de moi ? »
Demanda-t-elle avec hésitation.
« Oh oui, Lt », dit Lis d’un ton
confiant. Elle se mit à rire. « Je me disais bien que ce serait le point
que tu discuterais et pas celui du ‘meilleur chef de la sécurité de la
flotte’. » Elle sourit.
Cass lui rendit son sourire, baissa la tête
et la regarda à travers ses cils noirs.
« Ehhh bien », dit-elle d’un ton
traînant. « Ça, tout le monde le sait. »
Le turbolift s’arrêta et, fascinée, Lis
regarda Cass reprendre une attitude de service une fois de plus, s’éloigner
rapidement d’elle et partir à grands pas sur le pont de la passerelle,
directement à sa station de travail tactique.
La psychologue regarda autour d’elle, notant
le haut niveau de tension dans la pièce. Chakotay parlait à Harry Kim, les deux
hommes penchés sur des informations sur la console de l’enseigne. Lis regarda
les mains de Cass voler sur son propre écran, et monter en vitesse. La jeune
femme blonde se rapprocha d’elle.
« Qu’est-ce qui se passe ? »
Demanda-t-elle calmement.
« Une sphère borg », répondit le
chef de la sécurité d’un ton lugubre, les yeux balayant les informations.
« Elle est sortie sans prévenir du sub-espace et a pénétré nos
boucliers. » Elle serra la mâchoire. « Elle a pris le capitaine et
Naomi. »
« Naomi ? » Demanda Lis d’un
ton incrédule. « Pourquoi est-ce qu’ils… »
Elle fut interrompue par l’arrivée de Seven
of Nine et de la mère de Naomi, Samantha Wildman. Chakotay alla rapidement vers
les deux femmes et leur parla à voix basse. Mais il n’était pas besoin d’être
devin pour comprendre ce qu’il leur disait, ni quelles étaient leurs réactions.
L’enseigne Wildman porta les mains à sa
bouche, mais la réponse de Seven fut bien plus difficile à lire. Lis nota le
léger pincement autour de la bouche de la jeune femme mais elle était autrement
calme en apparence. Mais la conseillère connaissait assez l’ex-drone pour
savoir que c’était bien différent au-dedans.
Seven alla immédiatement à sa station sur le
niveau supérieur de la passerelle et elle commença à faire une série de scans
de la sphère borg, qui se tenait immobile et malfaisante, en dehors de leur
rayon de téléporteur.
« Je vais les ramener », dit-elle
succinctement.
« Les téléporteurs ne fonctionneront
pas, Seven », dit Chakotay. « Nous avons déjà essayé mais les Borgs
bloquent notre signal.
« Alors je vais prendre une
navette », dit la jeune femme blonde immédiatement en partant vers le
turbolift.
« Attendez », dit Chakotay d’un ton
d’avertissement. « Je ne vous envoie pas là-bas seule. En fait, je ne suis
pas sûr que ce soit une bonne idée de vous y envoyer du tout. Vous êtes trop
impliquée. »
« C’est précisément la raison pour
laquelle je dois y aller, Commandeur », protesta Seven en retenant le
tremblement dans sa voix.
« Je pense qu’elle a raison,
Chakotay », dit Cass calmement, sans vouloir contredire l’officier
supérieur, mais approuvant fortement Seven quoi qu’il en soit. « Personne
ne connaît les Borgs autant que Seven. Elle est notre meilleure chance de les
sortir de là. »
Samantha s’agitait de plus en plus.
« Pourquoi ont-ils pris Naomi ? »
Demanda-t-elle anxieusement. Lis alla près de la jeune femme pour lui offrir un
soutien silencieux mais subtil.
« Je ne pense pas qu’ils en avaient
l’intention », dit Chakotay. « Elle et le capitaine étaient toutes
proches quand les drones ont téléporté le capitaine. Naomi a été aspirée dans
le rayon. »
« Est… est-ce qu’ils vont
l’assimiler ? »
« C’est improbable », dit Seven
brusquement. « Tant qu’elle reste près du capitaine, elle sera
relativement en sécurité. »
« Si on assume qu’ils n’ont pas encore
assimilé le capitaine », dit l’enseigne Kim, qui regretta immédiatement
ses paroles quand il vit Samantha pâlir. « D… désolé »,
marmonna-t-il.
« C’est aussi improbable »,
répondit Seven. « Ils n’ont pas fait tout ce chemin simplement pour
assimiler un humain. » Elle se retourna pour regarder le grand écran
rempli de l’image de la sphère. « Ils sont venus chercher Kathy pour une
autre raison. »
Tom Paris se mit à parler depuis sa station
de pilotage.
« Ce que je ne comprends pas, c’est
pourquoi ils sont toujours là. »
Le regard bleu froid se posa sur lui.
« C’est un vaisseau éclaireur, Lt », dit Seven, sa voix dénuée de
toute émotion.
Cass eut un écalir de compréhension.
« Ce qui veut dire qu’il y a un cube en route », dit-elle, en sentant
une frayeur mortelle s’enrouler autour de ses tripes.
« Précisément », confirma Seven.
« Il serait inefficace de dépenser de l’énergie pour bouger quand le cube
devrait arriver sous peu. »
« Jolie pensée », marmonna Tom.
« Nous perdons du temps,
Commandeur », dit Seven en faisant face à Chakotay.
« Je pars avec vous », dit Cass
calmement. L’ex-Borg la regarda et hocha la tête, satisfaite que le chef de la
sécurité soit à son côté.
« Très bien », approuva Chakotay.
« Prenez les fusils phaseurs modifiés que nous avons utilisés la dernière
fois que nous sommes tombés sur les Borgs. Et, Lt », il attrapa le bras de
Cass alors qu’elle se tournait pour partir. Elle le regarda d’un air
interrogateur. « Faites vite », murmura-t-il. « Qui sait à
quelle distance se trouve ce cube. »
Elle aquiesça de la tête puis entra dans le
turbolift à la suite de Seven, Lis et Samantha. Cass s’appuya contre la
cloison, son esprit faisant tournoyer des stratégies et son estomac noué
faisant des saltos arrière. Elle regarda vers la conseillère qui parlait
doucement à Samantha.
Je l’adore, songea
Cass. C’est dur de croire qu’il y a vingt minutes nous faisions l’amour sur
mon canapé. Elle sourit à demi en croisant le regard de lis. Ou du
moins, nous tentions de faire l’amour, pensa-t-elle en riant intérieurement.
Lis haussa le sourcil depuis l’autre côté de l’ascenseur, visiblement surprise
de voir un signe de gaieté émaner du chef de la sécurité.
Le turbolift s’arrêta au Pont 8 et Cass
sortit.
« Je vous retrouve à la navette »,
dit-elle en se dirigeant vers l’armurerie. Alors que la porte se refermait, Lis
se surprit à envoyer une prière silencieuse à l’univers.
Ne me la prenez pas maintenant,
supplia-t-elle.
*******************************
Dix minutes plus tard, Cass entrait dans le
hangar à navettes en portant trois fusils phaseurs. Seven avait apporté
quelques modifications borg aux armes quelques mois auparavant. Elles étaient
maintenant adaptées pour modifier automatiquement leurs variations de phase
dans une rotation aléatoire. Ce qui voulait dire qu’il faudrait plus de temps
aux Borgs pour adapter leur bouclier personnel.
Mais ils finiraient bien par le faire,
se rappela Cass tout en tendant un des fusils à Seven, et en mettant un autre
en bandoulière sur son dos et le troisième au creux de son bras. Nous
n’allons pas avoir beaucoup de temps pour cette opération.
Lis quitta Samantha un instant et vint vers
Cass. Bien avant qu’elle n’arrive, le regard bleu fixa le sien et elle sentit
une vague de chaleur la traverser. Un fois en face du chef de la sécurité, elle
glissa sa main dans celle de Cass et la pressa doucement.
« Ça va ? » Murmura Cass en voyant
l’inquiétude et l’amour dans les yeux verts qui la fixaient.
« Ça ira quand tu seras revenue », dit
Lis calmement, sentant les doigts de Cass se resserrer autour des siens pour la
rassurer. « Tu as un plan ? »
Cass eut un sourire de dénigrement pour
elle-même. « C’est Seven l’experte ici », dit-elle. « Moi, je
fournis juste les muscles. »
Lis ricana. « Je peux penser à beaucoup
d’expressions pour te décrire », dit-elle, en regardant Seven se préparer.
« ‘Juste les muscles’ n’en fait pas partie. »
« Vous êtes prête, Lt ? »
Demanda Seven. Cass pouvait voir l’impatience dans chaque mouvement de
l’ex-Borg, même si pour la plupart des gens, Seven avait l’air aussi calme que
d’habitude.
« Oui », dit-elle. Lis glissa les
bras autour de sa taille et Cass se pencha pour embrasser le haut de sa tête.
« Ne t’inquiète pas, d’accord ? Nous serons de retour à la
maison avant que tu ne t’en rendes compte. »
« Je compte là-dessus », murmura
Lis, en laissant Cass partir à contrecoeur.
Samantha Wildman s’avança tandis que Cass et
Seven montaient la rampe de la navette.
« S’il-s’il vous plait », dit-elle
d’un ton anxieux. « Ne les laissez rien f-faire à Naomi.
Ramenez-la. »
« Ne vous inquiétez pas,
Enseigne », dit Seven d’un ton ferme. « Peu importe ce qui se
passera, nous ne laisserons pas Naomi Wildman derrière nous. »
« Merci. »
Lis ne pouvait quitter Cass des yeux. Elle
avait une douleur dans la poitrine qu’elle n’aimait pas beaucoup. Le regard
bleu soutint le sien avec une expression égale de confiance et d’assurance. Avec juste une touche d’amour en plus,
pensa Lis. Plus qu’une touche.
Seven entra le code d’ouverture sur le
panneau de contrôle et la rampe commença à remonter.
Cass fixa longtemps et sans ciller les yeux
verts de son amante tandis que la porte se fermait. Revenir vers toi, c’est tout ce que je veux, projeta-t-elle
mentalement vers Lis. Plus que tout.
****************************
Janeway pressait sa main contre le dos de
Naomi, tentant de faire passer du réconfort à la fillette qui entourait la
taille du capitaine de ses bras, le visage enfoui dans la chaleur de la veste
d’uniforme. Elle pouvait sentir la gamine trembler contre elle et elle tenta de
calmer son cœur qui battait rapidement.
Protège-la, Katie, se dit-elle avec force. Quoi qu’il arrive, protège-la.
Janeway serra la mâchoire tout en regardant
les drones bouger autour d’elle, en ignorant, pour le moment du moins, leurs
prisonnières. Elle essaya de se souvenir de tout ce qu’elle connaissait sur les
sphères borgs.
Ce sont des sous-unités,
se rappela-t-elle. Ce ne sont que les sous-unités d’un cube. Alors il y a
lieu de penser qu’il y a un cube en route. Elle déglutit fortement. Devant
elle se trouvait un grand écran. Le Voyager y flottait pleinement, suspendu
immobile et beau dans l’espace. Et nous n’allons nulle part, ce qui voudrait
dire que le cube n’est pas si loin, pensa Janeway d’un ton raisonnable.
Génial.
Naomi remua et le capitaine baissa le regard
vers les yeux effrayés et écarquillés.
« C-capitaine, est-est-ce qu’ils vont
nous ass-assimiler ? »
Janeway tapota le dos de la fillette avec
autant de réconfort que possible. « Je ne le pense pas »,
répondit-elle en produisant un sourire confiant venu d'on ne savait où.
« S’ils avaient voulu le faire, ils l’auraient déjà fait. » Elle
décida de ne pas dire à Naomi que probablement, la seule chose qui l’avait
sauvée, c’était sa proximité avec le capitaine. Ça n’a aucun sens qu’ils viennent me chercher juste pour me transformer
en un autre drone. Ils ont quelque chose de spécifique à l’esprit. Et j’ai le
mauvais pressentiment que la
Reine
L’atmosphère dans la sphère était confinée,
chaude et humide. Janeway sentait une coulée de sueur le long de son dos. Elle
compta les drones. Sept. Et, comme
d’habitude, aucun chef définissable. Les Borgs passaient à côté d’elle en
silence, accomplissant les tâches qu’ils avaient à faire avant l’arrivée de
leur vaisseau mère.
« Qu’est-ce que vous nous
voulez ? » Cria Janeway, se demandant si le Collectif lui répondrait.
Il n’y eut rien. Les sept drones ne changèrent pas leur pas ferme, ne
tournèrent pas la tête dans sa direction.
C’est plus agaçant qu’une attaque directe,
pensa Janeway avec un tremblement. Elle regarda autour d’elle, notant les
panneaux de contrôle éparpillés dans le petit espace. Des unités de
régénération encerclaient la zone, une pour chaque drone. Janeway les rapprocha
toutes deux d’une des consoles.
S'ils sont fidèles à eux-mêmes,ils
m’ignoreront jusqu’à ce que je devienne une menace pour eux¸raisonna-t-elle.
D’un autre côté, une équipe de secours va arriver d’une minute à l’autre et ils
apprécieront la diversion. Naomi bougea contre elle, resserrant sa prise
autour de la taille du capitaine. D’un autre côté encore, il faut penser à
sa sécurité.
« Naomi », murmura-t-elle et elle
attendit que la fillette la regarde. « Quoi qu’il arrive, je veux que tu
restes tout près de moi, d’accord ? » Les grands yeux marron
s’agrandirent, mais la gamine hocha la tête.
« Cet endroit sent mauvais »,
murmura Naomi, en plissant le nez de dégoût.
« Oui, c’est vrai », approuva
Janeway, en souriant à la jeune fille. « Je ne pense pas que l’hygiène
personnelle soit une grande priorité. »
« Est-ce que Seven va venir nous
chercher ? » Demanda Naomi.
Bon sang, j’espère bien,
pensa Janeway en imaginant sa compagne, furieuse sans aucun doute. « Je
suis sûre qu’elle sera là bientôt, ma chérie », murmura-t-elle. Si
j’étais toute seule, je mettrais le bazar là maintenant, mais je ne peux pas le
risquer avec Naomi ici, pensa-t-elle. « Tant que nous ne faisons rien
pour les ennuyer, ils nous laisseront tranquilles. »
Naomi bougea contre elle et se blottit un peu
plus.
« Pourquoi est-ce qu’ils nous ont
emmenées, Capitaine ? » Demanda-t-elle.
Janeway la regarda.
« C’est une très bonne question »,
dit-elle. « Je pense qu’ils t’ont emmenée parce que tu étais tout près de
moi à ce moment-là. Et je me demande toujours pourquoi ils m’ont emmenée
moi. »
Naomi réfléchit quelques secondes tandis que
Janeway continuait à regarder les drones qui travaillaient en silence.
« Peut-être que c’est Seven qu’ils
veulent en fait », dit tranquillement la fillette. « C’était ça la
dernière fois, non ? » Demanda-t-elle en se souvenant de la dernière
tentative de la Reine
Janeway y réfléchit. Elle y était allée et
avait secouru Seven elle-même cette fois-là, alors le Collectif savait sûrement
qu’elles comptaient l’une pour l’autre d’une façon ou d’une autre. Une pensée
froide lui parvint. Peut-être que cette
fois ils vont proposer à Seven un marché qu’elle ne pourra pas refuser. Sa vie
contre la mienne.
Elle repoussa cette pensée.
« Je ne pense pas que ça ait de
l’importance, Naomi », finit-elle par dire. « Seven et une équipe de
secours vont bientôt arriver et nous serons de retour sur le Voyager avant que
tu ne t’en rendes compte. » Elle tapota à nouveau le dos de la fillette.
« Je l’espère », murmura Naomi.
Moi aussi, gamine, moi aussi,
pensa le capitaine.
*********************************
Seven savait qu’elles devraient se déplacer
rapidement une fois qu’elles seraient à bord de la sphère. Elle avait sa propre
théorie sur la raison pour laquelle les Borgs avaient emmené Kathryn et elle
soupçonnait qu’ils utilisaient le capitaine comme appât.
Pour moi, pensa-t-elle
tandis que Cass manoeuvrait la navette vers la sphère. Je me mets en danger
en allant directement me jeter dans leurs bras. Elle serra la mâchoire et
imagina le visage de sa compagne. Ce n’est pas pertinent.
Cass était profondément mal à l’aise en
gardant la navette sur sa course. C’est
calme, songea-t-elle. Trop calme. « Ils
ne nous tirent pas dessus », marmonna-t-elle tout fort.
« Correct », répondit Seven
succinctement.
« Alors c’est qu’ils nous
attendent », dit le chef de la sécurité d’un ton raisonné, en jetant un
coup d’œil à Seven pour recevoir un petit signe de tête en réponse. « En
fait, ils veulent qu’on leur rende visite, pas vrai ? Plus précisément,
ils veulent que vous veniez ? »
« En effet, Lt », confirma Seven,
en gardant le regard fixé sur la sphère menaçante. « Je m’attends à ce que
dans très peu de temps, ils… » La navette sursauta tandis qu’un rayon vert
sortait de la sphère et l’entourait.
« … nous capturent avec un rayon
tracteur », finit Cass. Elle leva les mains du panneau de contrôle tandis
que le rayon prenait les commandes pour les rapprocher.
La navette fut entraînée dans un quai
d’amarrage plus que minuscule, si petit que Cass inspira fortement et retint sa
respiration tandis qu’elles négociaient l’ouverture étroite. L’appareil
s’installa en douceur sur le pont en métal. C’était serré – juste assez de
place pour la navette et marcher autour. Les deux femmes sortirent et se
dirigèrent vers le couloir d’accès.
« Pas prévu pour être confortable,
hein ? » Murmura Cass en combattant le sentiment soudain de
claustrophobie. Seven, par contraste, avait l’air concentré et singulièrement
chez elle dans l’atmosphère moite et les environs métalliques.
« C’est une sphère borg, Lt »,
répondit l’ex-drone sèchement. « Elle a été prévue pour les
reconnaissances, pas pour l’assimilation de masse comme un cube.
« Et bien, c’est une pensée
réconfortante. » Elle enleva la sécurité sur son fusil phaseur.
« Quel est votre plan ? » Demanda-t-elle calmement.
Le regard bleu se tourna vers elle.
« Je dois m’insérer dans le
Collectif », dit Seven calmement. « Ensuite je pourrai leur donner de
fausses instructions et peut-être même les forcer à entrer en cycle
d’hibernation. »
Cass la regarda d’un air incertain.
« Est-ce que ce n’est pas dangereux pour
vous de faire ça ? » Demanda-t-elle.
« Oui », répondit Seven.
« Mais c’est nécessaire si nous voulons récupérer Kathryn et Naomi, et
détourner le cube. »
Cass hocha la tête. « D’accord, je vois »,
murmura-t-elle. « Est-ce qu’ils savent que vous êtes là ? »
« Quasi certainement », dit Seven.
« Et aussitôt que je me reconnecterai au Collectif, ils le sauront très
certainement. » Elle marcha lentement le long d’une banque d’ordinateurs
borgs, cherchant le port d’accès dont elle avait besoin. Elle s’arrêta devant
un terminal en particulier.
« Lt, allez les chercher »,
dit-elle, en faisant passer son fusil dans sa main droite. « Ne provoquez
pas les drones. Ignorez-les et ils vous ignoreront… du moins pour
l’instant. »
« D’accord », acquiesça Cass. Elle
regarda Seven lever sa main gauche encore en partie borg vers la console,
étrangement fascinée par la vue des tubules d’assimilation de la grande blonde
qui émergeaient de l’implant sur son poignet. Les tubes balancèrent quelques
secondes avant de se connecter au port d’accès sur le panneau de contrôle.
Seven ferma les yeux et l’ex-drone s’immobilisa et devint silencieuse. C’est sinistre, songea Cass.
Elle repoussa son malaise et marcha lentement
le long du couloir étroit dans la direction générale du centre de la sphère.
Elle savait qu’elle y trouverait la plupart, si ce n'était la totalité des
drones et, elle l’espérait, le capitaine et Naomi.
**********************
Seven retint sa respiration tandis que les
tubules d’assimilation serpentaient vers le port d’accès. Elle était vaguement
consciente que Cass la regardait calmement, mais elle ne pouvait que se
concentrer sur ce qu’elle allait ressentir. Elle avait peur, elle le savait,
mais il y avait également une touche déconcertante d’anticipation qui vibrait
quelque part tout au fond d’elle.
Je ne le veux pas,
pensa-t-elle tandis que les bouts des tubules glissaient dans l’entrée étroite
du port. Je ne veux pas aimer ce que je vais ressentir. Elle lutta
contre la panique qui montait tandis que les tubules trouvaient leur place. Elle savait que la ligne était ténue entre se
permettre d’être emportée par le Collectif et rester en contact avec sa propre
individualité. Mon humanité, pensa-t-elle. Je dois me raccrocher à
Annika et Kathryn.
Les tubules cliquetèrent, se mirent en place
et Seven hoqueta quand le flot sensuel de milliers de voix parlant comme Une la
submergea. Après presque deux ans à n’avoir entendu que sa propre voix dans sa
tête, c’était un choc intense. Seven plongea dans le flux de conscience du
Collectif et la vague de bruits internes menaça de la noyer pendant quelques
secondes avant qu’elle ne retrouve son équilibre mental.
C’est si bon,
exalta Seven of Nine, Adjointe Tertiaire de l'Unimatrice 01. Les nombreuses
voix séduisantes glissaient sur la surface de son esprit, l’attirant et
l’incitant à se soumettre.
Mais Annika Hansen, humaine, épouse du
Capitaine Kathryn Janeway, garda ses distances, s’enveloppant dans une chaude
couverture d’humanité. Comme un saumon qui remonte le cours d’eau, elle flotta
et se faufila entre les assauts des ordres en provenance du Collectif. Elle
réprima sa personnalité du mieux possible pour ne pas alerter les Borgs sur son
identité réelle.
Mais il est peut-être déjà trop tard pour ça,
elle le savait. Elle fit passer sa conscience dans des sous-programmes et des
protocoles, recherchant la chaine de commande mineure qui lui donnerait
l’ouverture dont elle avait besoin. Une partie de son esprit écoutait les
directives apaisantes, un message en particulier se fraya un passage à l’avant.
Nous avons Seven of Nine, Adjointe Tertiaire
de l’Unimatrice 01 et l’humaine Janeway. Tout va bien. Un
message adressé au cube qui arrivait.
Seven se saisit des mots, les programma en
une boucle que son implant cortical continua à émettre, enroulant autour d’eux
pour les cacher tous les autres messages des drones de la sphère.
Ne plus être seule,
murmura l’esprit de Seven of Nine, tentée de laisser le Collectif l’emporter. Ne
plus jamais être seule. Annika Hansen continua à rechercher le
sous-programme dont elle avait besoin. Je dois les faire dormir,
pensa-t-elle en laissant son esprit travailler.
***************************
Cass aurait aimé être en uniforme. C’était
une pensée incongrue qui lui venait tandis qu’elle se frayait son chemin dans
le passage humide et froid du vaisseau borg, mais les vêtements ordinaires
qu’elle portait depuis sa rotation de repos étaient trop lâches pour ce boulot.
Elle soupira. Arrête de te distraire, se
morigéna-t-elle.
Ce n’était pas la première fois que Cass se
trouvait dans un vaisseau borg, mais la familiarité ne faisait rien pour
apaiser la boule de tension au fond de son estomac. Elle avait eu une théorie
pendant longtemps, dans laquelle les Borgs seraient bien plus faciles à gérer
psychologiquement s’ils avaient été une espèce distincte en elle-même. Mais au
lieu de ça, ils assimilaient des individus de chaque espèce possible dans la
galaxie.
Ce sont des témoignages vivants de notre
mortalité, pensa-t-elle en entamant un virage avec
précaution. Des zombies qui vivaient, qui tuaient. Elle frissonna. C’est
facile de dire de les ignorer, Seven, mais si l’un d’eux arrive dans ce couloir
en même temps que moi, on ne va pas pouvoir s’éviter. Ce serait bien ma veine
de tomber sur quelqu’un que je connais. Elle frissonna à cette pensée.
Le bourdonnement de fond omni-présent depuis
leur arrivée à bord grandissait et Cass savait qu’elle se rapprochait du centre
de la sphère. Elle passa la tête avec précautions à un autre coin. Janeway et
Naomi se trouvaient à environ six mètres de l’autre côté de la salle de
contrôle circulaire.
En un seul morceau et pas assimilées. C'était
déjà ça, pensa Cass, le soulagement la traversant. Elle
scanna la pièce du regard pour compter les drones. Deux d’entre eux étaient
dans des alcoves de régénération, mais les cinq autres bougeaient
silencieusement autour. A faire ce que font les drones quand ils n’aspirent
pas la vie des vrais gens, pensa-t-elle ironiquement.
Elle avait le choix entre deux choses
maintenant, elle le savait.
Je pourrais commencer à tirer et voir combien
j’en abats avant que leurs boucliers ne s’adaptent,
pensa-t-elle d’un ton raisonné, son doigt chatouilleux de le faire. Bien
sûr, ça pourrait bien ne faire que leur taper sur les nerfs. Elle regarda
vers Janeway, notant que les Borgs avaient pris son communicateur. Naomi avait
les bras autour de la taille du capitaine. Ou bien je pourrais juste avancer
et voir jusqu’où je peux aller avant qu’ils ne me perçoivent comme une menace.
Elle soupira.
D’une façon ou d’une autre, je dois compter
sur Seven pour réussir un petit miracle ex-borg,
se rendit-elle compte. Elle prit une inspiration profonde. Autant faire les
choses jusqu’au bout. Elle replaça le fusil entre ses mains et carra les
épaules, puis elle s’avança au milieu du nid de Borgs.
*********************************
La sphère borg flottait dans l’espace devant
la baie du restaurant comme une sorte de lune artificielle tordue.
Lis la fixait, essayant d’imaginer ses
collègues – son âme-sœur - dans son labyrinthe de couloirs. Elle ferma
momentanément les yeux, laissant l’image de Cass flotter devant elle. Si belle. Et si courageuse. Elle n’a pas
hésité à se porter volontaire pour partir avec Seven. Lis rouvrit les yeux
et tressaillit légèrement à la vue de la sphère. Je sais que c’est son job, mais même si ce n’était pas le cas, elle
aurait été la première à lever la main. Elle soupira, même alors qu’un
minuscule sourire se posait sur ses lèvres. Elle
adore être au milieu des choses. Et je ne la changerais pour rien au monde.
La sphère remplissait la baie, dominant le champ d’étoiles. Même si ça me fiche une trouille bleue,
pensa-t-elle.
Lis retourna dans la pièce. Samantha Wildman
était assise à une table, les mains entourant nerveusement une tasse de café.
Neelix, l’ami le plus proche de l’enseigne à bord, était assis près d’elle et
parlait doucement à la femme anxieuse. Deux ou trois amis étaient venus au mess
pour apporter également leur soutien, nota Lis avec plaisir. Elle retourna à la
table et s’assit en face de Samantha.
« Parfois je me dis que j’ai mal fait de
terminer la grossesse », disait Samantha. « Pas que je n’adore pas
Naomi, mais est-ce que c’était juste pour elle ? » Elle regarda Lis,
de l’angoisse dans les yeux. « Nous sommes si souvent en danger… ce n’est
pas une vie pour une enfant, n’est-ce pas ? »
C’était une conversation que Lis avait eue
souvent avec elle dans le passé.
« Sam, ne vous mésestimez pas comme
ça », répondit la conseillère. « Naomi est intelligente et équilibrée
et elle adore sa vie sur le Voyager. »
L’enseigne Wildman passa rapidement en mode
panique.
« Peut-être, mais elle doit être
tellement terrifiée en ce moment », dit-elle. La terreur agrandit soudain
ses yeux marron. « Oh pitié, et s’ils l’assimilent ? »
Gémit-elle.
Neelix lui entoura les épaules de son bras.
« Chhhhhut ma chérie, ne pensez pas à ce genre de choses », dit-il
d’un ton apaisant.
« Le capitaine, Seven et Cass ne
laisseront rien lui arriver », la rassura Lis. « Elles vont faire
tout leur possible pour la garder en sécurité, Sam. Et elles la ramèneront
aussi vite qu’elles le pourront. »
Samantha hocha la tête, essayant de se
calmer. « Je sais », murmura-t-elle. » Mais les Borgs sont le pire
cauchemar de Naomi, ils l’ont toujours été. Connaître Seven y a un peu remédié,
mais elle se réveille toujours certaines nuits à cause de ça. »
Lis hocha la tête. « Beaucoup d’entre
nous aussi. Pas besoin d’être un enfant pour avoir peur des Borgs. » Elle
tendit la main et la mit sur celle de Sam. « Mais Seven est la personne la
plus à même de tenter de la ramener. »
« Je sais, je sais », répondit Sam,
les larmes montant à ses yeux. « Je suis désolée, je sais que tout le
monde fait de son mieux. »
« C’est bon. » Lis lui tapota la
main. « Si c’était ma fille là-bas… » Elle ferma les yeux un moment
face à la piqûre de cette pensée. « … je grimperais aussi aux murs »,
finit-elle.
*******************************
Cass s’avança et marcha à grands pas jusqu’au
milieu de la salle de contrôle circulaire, directement vers le capitaine et
Naomi. Janeway écarquilla les yeux à la vue du grand chef de la sécurité qui
marchait avec confiance vers elle. Mais avant qu’elle ne puisse dire quelque
chose, deux énormes drones se mirent devant le Lt, l’empêchant de la voir.
Bon, je pense que ça répond à ta question, songea
Cass avec ironie tandis que l’un des drones balançait son bras artificiel vers
elle. Elle plongea et se releva en tirant, ce qui fit tomber le Borg sur la
passerelle. Un de moins, plus que six.
Le second l’attaqua avec plus de force et
l’agrippa, et Cass pria pour que les modifications sur le fusil phaseur fassent
leur travail tandis qu’elle pressait la gâchette à nouveau. Il fallut un peu
plus de temps mais il finit par tomber à ses pieds, bien qu’il fût assez près
pour qu’elle puisse sentir son odeur, puis son haleine sur son visage avant
qu’il ne tombe.
Les deux drones dans les alcoves de
régénération reprirent vie et se mirent entre Cass et le capitaine, qui faisait
de son mieux pour protéger Naomi du feu croisé. Le capitaine ne peut pas beaucoup m’aider, se dit Cass. Ils n’hésiteront pas à assimiler Naomi si
elle se met entre les Borgs et l’une de nous.
Les drones avançaient vers le chef de la
sécurité et elle tira à nouveau. Cette fois, le Borg qu’elle toucha tituba
momentanément vers l’arrière, mais il revint à l’attaque, le second tir
rebondissant inutilement sur son bouclier personnel.
Merde, pensa Cass. Ils
s’adaptent de plus en plus vite à chaque fois qu’on les rencontre. Elle
renversa le fusil entre ses mains, l’attrapa par le canon et le balança comme
une massue. Elle frappa le drone sur le côté de la tête avec un craquement
satisfaisant. Ce ne fut pas assez pour l’assommer, cependant et d’autres
rejoignaient maintenant le combat.
« Attention derrière vous, Cass »
cria le capitaine mais il était trop tard.
Le chef de la sécurité sentit des bras froids
et durs l’encercler par derrière. Elle lança la tête en arrière pour frapper la
bouche du drone. Elle tressaillit en sentant l’impact de ses dents sur son
crâne, mais ça lui donna brièvement une fenêtre d’opportunité. Elle fit tomber
le second fusil de son épaule et le lança vers Janeway. Avant qu’elle puisse
voir s’il avait atteint sa cible, le drone la tenait à nouveau. Cette fois, il
retint sa tête d’un bras et ses bras de l’autre.
Cass se débattait entre ses bras, essayant de
lui faire lâcher prise de quelque façon. Sa peau était froide et humide. Et morte, pensa-t-elle. Très, très morte. Elle leva les deux
jambes, utilisant le poids du drone comme levier et elle frappa son frère qui
arrivait, de ses deux pieds dans la cage thoracique. Le Borg tituba en arrière,
puis se remit d’aplomb.
Janeway attrapa en plein air le fusil que
Cass lui avait envoyé.
« Reste derrière moi, Naomi, peu importe
ce qui arrive », ordonna-t-elle, satisfaite de sentir la chaleur de la
fillette sur son dos. Cass a des ennuis,
pensa-t-elle, en vérifiant rapidement les contrôles du fusil. Elle leva l’arme
et visa le drone qui tenait Cass par derrière, mais le chef de la sécurité
bougeait trop pour lui permettre un tir précis. Elle regarda Cass repousser un
autre drone d’un coup de pied, mais il revint à la charge et le capitaine visa
à nouveau et cette fois, elle abattit le Borg. Trois de moins, encore quatre, pensa-t-elle. Maintenant les chances commencent à s’équilibrer un peu.
Mais les drones, toujours adaptables,
changèrent rapidement de stratégie. Deux modifièrent leur trajectoire, laissant
les deux autres attaquer Cass, avant de se diriger vers le capitaine.
Ou plus précisément, ils se dirigent vers
Naomi, se dit Janeway, en bougeant son arme. Son fusil
était encore bon pour un tir efficace, elle le savait et elle choisit sa cible
avec soin, attendant que le drone soit sur le point de la contourner, sur sa
route vers la fillette. Elle appuya sur la gâchette et maintint le tir alors
que le drone titubait, son bouclier personnel lançant des étincelles et se
tendant pour trouver un moyen de bloquer le tir.
Le Borg tomba à genoux et Janeway saisit sa
chance, plaça un pied au milieu de son torse et arracha de sa main les tubes et
les câbles. Il tomba au sol, en se contorsionnant et en sursautant sur le dos,
des éclairs bleus d’énergie jaillissant de sa tête et de son cou.
Mais Janeway n’avait pas beaucoup de temps
pour se réjouir de son succès, parce qu’un hurlement de Naomi l’alerta d’un
autre danger. L’instinct lui dit de bouger et elle leva le fusil au-dessus de
sa tête pour bloquer un coup vicieux vers le bas du bras artificiel du drone
suivant.
Elle grogna en essayant de contrer la force
de la grande créature, la pression la forçant à se mettre à genoux.
Ils savent que Seven est à bord,
se rendit-elle compte. Ils pensent qu’ils ont ce qu’ils veulent. Ou alors
ils ne m’attaqueraient pas aussi fort. Elle poussa vers le haut de toutes
ses forces, tentant de retrouver un peu d’équilibre. Ils n’ont plus besoin
de moi, pensa-t-elle d’un ton sinistre, tandis que le drone la poussait dos
contre la console, la crosse du fusil dure sous son menton.
***************************
Cass savait qu’elle était sur le point de
perdre connaissance. Le drone qui la retenait par derrière serrait sans cesse
sa gorge avec le bout dur de l'implant de son bras en métal. Sa vision
commençait à se réduire et des éclairs rouges déconcertants ne pouvaient que
signifier un évanouissement imminent.
Allez, Seven, pria-t-elle
mentalement tandis qu’elle se débattait, essayant d’attraper le bras du grand
drone. Le peu de vision périphérique qu’il lui restait, lui dit que le
capitaine était engagé dans sa propre bataille. Je ne peux foutrement rien
faire pour ça maintenant, se dit-elle. Des images du visage de Lis
alternaient avec les étoiles et les étincelles qu’elle voyait derrière ses
paupières.
Le dernier des trois drones, celui qu’elle
avait envoyé bouler d'un coup de pied, revint sur elle. Cass tenta de lever à
nouveau les jambes, mais elles semblaient être des poids morts. Le Borg qui la
tenait tira cruellement sur son bras et Cass put sentir le métal qui
s’enfonçait dans la peau de son cou.
Je ne vais pas laisser Lissy comme ça,
pensa-t-elle lugubrement, en faisant appel à ses dernières forces. Je ne
vais pas devenir un drone sans vie.
Elle tenta d’assurer fermement son équilibre
au sol et trouva prise sur le pont en métal alors que le second drone arrivait
à portée de bras. Cass banda ses muscles, tendit la main derrière elle et
trouva prise sur la tête du premier drone. Avec un grognement d'épuisement,
elle tenta de le tirer vers l’avant par-dessus son épaule, mais son poids était
trop important même pour sa force considérable. Elle ne réussit qu’à les
trainer plus près de son camarade. De sa main organique, celui qui se trouvait
devant elle l’attrapa par les cheveux, la forçant à garder la tête immobile.
Des tubules d’assimilation sortirent de son implant et Cass cria en sentant les
bouts acérés percer la peau de son cou.
« Nooooooooon ! » Hurla-t-elle
en luttant pour lever ses mains et arracher les tubules, mais les deux drones
la maintenaient fermement.
***************************
Suite et fin – Chapitre 7, 2ème partie
19 septembre 2009
Possibilités infinies, chapitre 6B
Chapitre
Six
2ème partie
« Borg un jour,
Borg toujours » (Borg to be Wild)
****************************
« Bon, si je comprends bien, vous êtes
en train de me dire que pendant la semaine écoulée, alors que Seven et moi nous
paressions dans un holodeck, absolument rien ne s’est produit. Tous les
services fonctionnent avec une efficacité totale et tout a été véritablement
paisible ? » Demanda le Capitaine Janeway, l’incrédulité apparente
sur son visage tandis qu’elle écoutait le dernier des rapports de service. Ses
officiers supérieurs se regardèrent les uns les autres et commencèrent à hocher
la tête et à sourire.
« C’est un résumé plutôt fidèle de la
semaine, Capitaine, oui », dit Chakotay depuis sa place au bout de la
table de réunion. « Nous avons décidé que c’est Seven et vous qui attiriez
les ennuis à bord. Nous envisageons sérieusement de mettre nos rations de
holodeck en commun pour le reste du voyage de retour, pour pouvoir vous
enfermer toutes les deux. » Un large sourire plissa le tatouage bleu qui
barrait l’œil gauche de l’homme corpulent.
« Vraiment ? » Dit Janeway
d’un ton traînant et sardonique, tout en lançant un regard à son épouse qui
était calmement assise à la gauche de Chakotay, un soupçon de sourire au coin
des lèvres.
« Je crois que c’est une hypothèse que
vous devriez encourager tout le reste de l’équipage à mettre en œuvre,
Capitaine », dit Seven of Nine, impassible, tout en haussant un sourcil de
manière élégante tandis que tout le monde autour se mettait à rire. L’ex-Borg
soutint le regard gris de sa compagne, notant un rougissement naissant sur les
joues de Kathryn. Elle est en train de
penser à me faire l’amour, pensa l’ex-drone d’un air supérieur.
« Peut-être qu’une semaine par mois ces prochains mois serait suffisant
pour permettre d’émettre une conclusion scientifique valide. »
Janeway se râcla la gorge tandis que d’autres
rires s’élevaient autour de la table. Elle détourna son regard des yeux bleu
glacier de sa compagne et embrassa les regards connaisseurs et indulgents qui
passaient entre les autres officiers. Il
est temps d’avancer dans cette réunion, décida-t-elle avec un sourire
embarrassé.
« Et bien, je soupçonne cependant que
notre chance est destinée à tourner bientôt », dit-elle en replaçant son
masque de commandement. « Chakotay, Cass, nous nous verrons plus tard pour
organiser des entraînements pour l’équipage de passerelle et les pilotes de
navette. » Elle attendit que ses deux officiers acquiescent de la tête.
« Enfin », dit Cass avec un sourire
joyeux. « On s’est ennuyés comme des rats morts ces derniers temps. »
« Ne tentez pas le destin, Lt »,
l’avisa Janeway, en souriant à une des expressions familières uniques de
l’officier australien. « Docteur, je sais que Tom a fait quelques
rotations pour vous assister, mais je veux au moins deux officiers de plus,
entraînés pour couvrir les deux autres rotations aussi si nécessaire. »
« D’accord, capitaine », répondit
le HMU. « Peut-être que je peux trouver des assistants avec une
personnalité plus… engageante cette fois », dit-il pince-sans-rire en
envoyant une pique à sa cible favorite.
« Baaah, allez Doc. Vous savez bien que
vous ne supportez pas que je sois loin de vous », répliqua Tom d’un ton
aimable, absolument pas atteint par le dédain apparent de l’officier médical en
chef à son égard.
« Aussi indispensable que soient vos
services, Tom, je pense que c’est trop vous demander que d’être le seul autre
habitant de l’infirmerie. Veillez à ça, Docteur », ordonna Janeway.
« Avec joie, Capitaine. »
« Bien, ce sera tout pour le moment. »
Renvoyés, les officiers se levèrent et
commencèrent à discuter entre eux tout en sortant l’un après l’autre de la
salle de réunion.
Lis s’approcha de Janeway qui restait assise
tandis que les autres se dispersaient.
« Capitaine, pourriez-vous m’accorder un
instant pour vous parler en privé », demanda-t-elle.
« Bien sûr, Conseillère. » Elle
montra le siège en face d’elle. « Que puis-je pour vous ? »
Lis regarda autour d’elle et nota que
B’elanna et Cass étaient restées dans la pièce, absorbées dans leur conversation.
« En fait, c’est personnel », dit
la jeune femme en regardant le capitaine dans les yeux.
« Très bien », répondit Janeway en
se levant. Elle sourit à la psychologue. « Venez dans mon bureau. Je meurs
d’envie d’un café. »
« Merci, Capitaine », dit Lis en la
suivant hors de la salle de réunion.
« Tu as une minute, Cass ? »
Dit B’elanna alors que le reste des officiers quittait la pièce.
« Bien sûr. Qu’y a-t-il ? »
Cass s’appuya contre le dessus de la table, étira ses longues jambes et croisa
les bras sur sa poitrine tandis que l’ingénieur en chef la rejoignait.
« Je voudrais que tu m’aides au sujet
d’une situation personnelle. » Cass haussa un sourcil. Il était de
notoriété publique que l’ingénierie était une boutique plutôt fermée, une unité
hermétique qui perdait rarement son personnel dans des transferts
interservices.
« D’accord », répondit-elle en
attendant que B’elanna en arrive au cœur du problème. Elle trouvait que son
amie avait l’air plutôt mal à l’aise.
« La rumeur court que tu pourrais avoir
une ouverture en sécurité », dit la demi-Klingonne.
Cass hocha la tête. « C’est
exact », répondit-elle. « Un de mes enseignes a décidé qu’il serait
mieux en astrométrique et Lis et moi sommes pas mal d’accord avec lui. Alors,
l’équipe Beta a une vacance d’emploi. » B’elanna passait d'un pied à
l'autre sans croiser le regard de Cass. « Qu’est-ce qu’il y a,
B ? » Finit par demander le chef de la sécurité. « Quelqu’un
chez toi veut partir ? »
« Et bien, oui et non », dit
Torres. Elle prit une inspiration profonde. « Okay, écoute. Tina et moi on
se voit un peu ces temps-ci. »
Aaah, pensa Cass en résistant à
l’envie de sourire comme une idiote. « Oui, on vous a vu danser au
mariage », dit-elle en gardant la voix basse.
« Oui, bon », confirma B’elanna, en
rougissant un peu. « On s’est vues quasiment chaque soir cette semaine.
Et, bon, on pense toutes les deux que ça vaut peut-être la peine de
continuer. » Elle s’éclaircit la gorge, embarrassée.
Cass donna un coup de poing dans l’épaule de
son amie avec ravissement. « C’est merveilleux, B »,
s’exclama-t-elle. « Vraiment, je suis contente pour toi. »
« Merci », dit B’elanna en
s’autorisant un petit sourire. « Le problème c’est que… »
« … tu es l’ingénieur en chef et qu’elle
est un officier subalterne dans ton service », finit Cass.
« Tu as tout compris. »
« Et bien, je ne suis pas sûre qu’on
n’ait pas un peu relâché les règles dans ce domaine ces temps-ci », dit le
chef de la sécurité en pointant de la tête dans la direction du capitaine qui
sortait.
B’elanna secoua la tête. « Je sais, mais
bon il faut quand même voir les choses en face, Seven est un individu plutôt
unique et elle est à la tête de son propre service. Je veux dire que, oui, elle
répond au capitaine, bien sûr, mais pas sur une base de travail permanente. »
« Mmmmmm », songea Cass. « Et
tu t’inquiètes de ne pas être objective envers Tina ? »
« En fait, non », répondit B’elanna
avec un air confiant. « Et Tina non plus. C’est ce qui nous fait penser
qu’on pourrait aller plus loin. Mais il y a déjà eu quelques commentaires de la
part des autres collaborateurs dans le service. »
« Ça râle », murmura Cass.
« Exactement. »
« Et qu’en pense Tina ? Elle veut
devenir officier de sécurité ? »
« Elle pense que c’est un défi qu’elle
pourrait relever », dit B’elanna. « Et elle te connaît, elle sait
comment tu opères. » Elles se regardèrent et se mirent à sourire.
« En plus, elle a été diplômée aussi en tactique à l’Académie, alors elle
se fait assez confiance pour s’adapter. »
Cass hocha la tête. « D’accord, en théorie,
je suis à l’aise avec ça, B. Mais tu connais la procédure. Il faut qu’on passe
par Lis et Chakotay avant de rendre ça officiel. »
B’elanna regarda sa grande amie de côté.
« En parlant de passer par Lis, comment ça se passe sur ce front-là ?
Vous dansiez joue contre joue au mariage aussi, tu sais. »
« B’elanna », grogna Cass en signe
d’avertissement.
« Quoooooi ? » Dit l’ingénieur
en chef, Les yeux agrandis d’innocence.
« C’est à elle de jouer la partie,
B », dit Cass. « Je ne vais pas la pousser. »
B’elanna fronça les sourcils. « Il y a
six mois, au moment de l’accident, c’était une bonne stratégie, Cass.
Maintenant je ne suis pas sûre que tu appuies sur les bons boutons. »
Cass la regarda avec un faux-air
d’incrédulité. « Appuyer sur les bons boutons ? »
S’exclama-t-elle. « Ce n’est pas un foutu moteur à distorsion, Lt. »
« Vu la chaleur que vous dégagiez la
semaine dernière, on aurait bien pu y croire, Lt », rétorqua B’elanna en
donnant à son tour un coup de poing à la grande femme.
« Oh, feeeerme-la. »
*******************************
« Que vous arrive-t-il,
Lis ? » Demanda Janeway en tendant une tasse de café fort et fumant à
la conseillère.
Lis huma l’arôme délicieux et remua lentement
la boisson tout en s’asseyant sur le canapé dans le bureau du capitaine.
« Cass », dit-elle brutalement, et
elle sourit en voyant Janeway manquer de s’étouffer avec une gorgée de
café ;
« Et bien », dit le capitaine en
toussant. « J’admire quand un officier sait aller vite au but, Lis, mais,
la prochaine fois, laissez-moi avaler d’abord. »
La jeune femme blonde se mit à rire, elle se
sentait assez à l’aise en présence de son commandant, après cinq ans passés
presque dans l’espace ensemble, pour savoir quand celle-ci blaguait.
« Désolée », murmura-t-elle, en
souriant.
« Bon. Vous avez dit que c’était
personnel, alors je peux aisément présumer que vous n’êtes pas inquiète au
sujet des performances du Lt Lansdown en tant que chef de la sécurité »,
dit Janeway en notant l’attitude posée et l’expression calme et presque paisible
de sa conseillère. Elle a l’air d’aller
bien mieux que je ne l’ai vue depuis des mois, songea le capitaine avec
satisfaction.
« Pas le moins du monde »,
acquiesça Lis. « En fait, c’est de loin le meilleur officier que vous
ayez. »
Janeway hocha la tête. « Je ne fais
habituellement pas ce genre de jugement, mais je ne discuterai pas vraiment
cette opinion. » Elle sourit et s’adossa dans le canapé avant de reprendre
une gorgée de café. Je vais laisser
courir cette conversation, pensa-t-elle.
Voyons de quel côté le vent souffle.
Lis s’éclaircit tranquillement la voix.
« Je sais que vous êtes au courant du passé que je partage avec
Cass », dit-elle avec prudence. Janeway hocha la tête. « Cass est
probablement la seule raison pour laquelle je suis assise ici avec toute ma
tête », continua-t-elle. « Elle a passé les six derniers mois à être
la meilleure amie que je pouvais jamais espérer. Elle aurait pu en tirer profit
mais elle ne l’a pas fait. Pas du tout. Pas une seule fois. Même pas un petit
peu. »
Janeway sourit intérieurement, se demandant
si la petite femme blonde avait conscience qu’elle semblait vaguement ennuyée
par ce point.
« Le fait est, Capitaine… que je,
heu… »
« Ne commencez pas à tourner autour du
pot maintenant, Lis », blagua Janeway en posant sa tasse sur la table.
« Je sais, désolée. » Pour la
première fois, la conseillère avait l’air un peu nerveux. « Cass m’a
attendue horriblement longtemps, Kathryn », dit-elle calmement,
inconsciente d’être passée dans le mode plus informel qu’elles utilisaient
quand elles n’étaient pas en service. « Mais là elle a pris tellement de
distance que j’ai peur d’avoir raté ma chance avec elle. » Elle leva les
yeux vers le regard gris de Janeway, plein de sympathie et de réconfort.
« J’en doute sérieusement », dit le
capitaine. « J’ai vu comment elle vous regarde quand elle pense que vous
ne la voyez pas. J’ai entendu comme elle parle de vous. Et je l’ai vu prendre
soin de vous et vous défendre. Et encore mieux, je vous ai observées en train
de danser toutes les deux à mon mariage. » Elle sourit.
Lis rougit. « C’était plutôt
agréable », admit-elle.
« Alors
qu’attendez-vous ? C’est à cause de Nick ? » Demanda
doucement Janeway.
La jeune femme secoua lentement la tête.
« Non, je ne pense pas », murmura-t-elle. « Je suis en paix avec
lui et notre vie passée. »
Janeway décida de saisir l’opportunité de
donner son avis.
« Je ne veux pas manquer de respect à
Nick », commença-t-elle. « Mais je ne pense pas avoir vu deux
personnes plus destinées l’une à l’autre que Cass et vous. » Elle
réfléchit à ce qu’elle venait de dire. « Avec la possible exception de
Seven et moi », ajouta-t-elle en souriant, ce que lui rendit la jeune
femme. « Sérieusement, Lis. Ça irradie de vous deux chaque fois que vous
êtes dans la même pièce. Je ne pense pas que vous devriez avoir le moindre
doute sur la réponse de Cass. »
Lis posa sa tasse de café près de celle du
capitaine.
« A ce point je ne suis même plus sûre
de savoir quelle question poser », dit-elle.
« Et si vous lui demandiez juste de
dîner avec vous », suggéra Janeway en souriant.
Lis prit une profonde inspiration et
contempla cette idée. Mais oui, c’est une
idée merveilleuse, songea-t-elle, nous
avons eu un tas de dîners ensemble ces six derniers mois, mais celui-ci
pourrait être vraiment spécial. Elle regarda à nouveau Janeway et sourit.
« Je peux faire ça », acquiesça-t-elle.
******************************
Quelque chose de chaud et humide chatouillait
les paupières closes de Cass alors qu’elle sortait lentement d’un sommeil
profond. Ce n’était cependant pas suffisant pour lui faire ouvrir les yeux.
Ignorant cette sensation, elle se laissa flotter dans des limbes de songerie.
C’était plutôt agréable, songeait-elle. La sensation revint et elle fronça les
sourcils. Bien sûr, ce serait encore plus
agréable si ce n’était pas si râpeux, se dit-elle encore ensommeillée.
L’impression continuait, l’attirant vers la conscience quand la curiosité prit
le dessus et qu’elle cligna des yeux.
« Baaaaghiiiiie », grogna-t-elle,
les yeux en face des yeux dorés de son grand chat noir, blotti sur l’oreiller
en face d’elle. Il lécha le bout de son nez pour la saluer et elle gloussa.
« Salut mon pote », murmura-t-elle. Elle se rapprocha et enfouit son
visage dans son pelage soyeux, sentant les douces vibrations de son
ronronnement satisfait.
C’était son premier jour de congé depuis une
semaine. Cass laissa passer quelques minutes avant de rouvrir les yeux. Elle
remua légèrement et le matou saisit l’opportunité pour bouger, rouler sur le
dos et s’étaler en étoile, une patte dans chaque direction. Cass repéra quelque
chose qui pendait de son collier.
« Qu’est-ce que… » Murmura-t-elle
en tendant la main vers le petit rouleau de papier attaché au ruban de cuir.
« D’où est-ce que ça vient ça, mon gars ? » Peu de gens avaient
accès aux quartiers de Cass : Lis et B’elanna… et Janeway et Chakotay bien
entendu. Je pense qu’on peut éliminer ces
deux-là, pensa-t-elle en souriant. Elle tira sur le ruban et déroula le
morceau de parchemin, s’interrogeant à la vue de la note manuscrite à
l’écriture élégante.
« Un petit déjeuner annonce une bonne
journée,
Suis ton odorat où il voudra t’emmener. »
Et bien, ça n’est certainement pas dans le
style de B’elanna, pensa-t-elle en souriant. Ce
qui nous laisse… Un chatouillis d’anticipation démarra au fond de son
ventre. Elisabeth.
« Mmmmmmmm », murmura-t-elle en
rejetant les draps avant de se diriger vers la salle de bains. A peine quelques
minutes plus tard elle était fraîchement douchée et portait des vêtements
civils. Elle versa quelques croquettes dans le bol de Bagheera, remit de l’eau
fraîche et gratta le grand félin sous le menton. « Merci, mon petit
messager », dit-elle en le tapotant une dernière fois.
Cass sortit de chez elle et repéra
immédiatement une rose rouge posée sur le sol. Elle la prit en riant et la
sentit, s’absorbant dans son odeur. Mmmmm,
fraîchement sortie de l’hydroponique. Elle regarda à gauche et à droite et
repéra une autre fleur un peu plus haut dans le couloir. Quoi que tu aies en tête, Lissy, ma journée commence déjà bien,
pensa-t-elle tout en trottinant jusqu’à la rose, avant de voir la suivante sur
le sol du turbolift au bout du couloir. Autour de sa tige, il y avait une
étiquette avec ‘Pont Six’ écrit dessus. Quelques minutes plus tard, Cass se
tenait devant les portes de l’Holodeck Un.
Celles-ci s’ouvrirent en glissant et elle
s’avança, le souffle coupé quand elle reconnut immédiatement l’endroit.
« Fisherman’s Wharf », murmura-t-elle en marchant lentement sur le
ponton de San Francisco. (NdlT :
Fisherman’s Wharf : le Quai des Pêcheurs, est un endroit branché de SF qui
longe la plage.) Alors que le soleil brillait en plein et que les vues et
les sons du quai lui parvenaient portés par la légère brise d’été, un flot de
souvenirs lui revint. C’est là que nous
avons passé notre première journée ensemble. Elle s’arrêta brusquement,
calculant rapidement les dates stellaires et les convertissant dans le
calendrier conventionnel. Nom d'un chien
! Ça fait sept ans jour pour jour aujourd’hui.
Des larmes jaillirent dans ses yeux. Elle se
rendit compte qu’elle n’avait pas vraiment pensé que Lis se rappellerait cet
anniversaire. Cass avait cessé de le commémorer plusieurs années auparavant,
quand c’était devenu trop douloureux d’y penser. Wow, songea-t-elle à nouveau, en reprenant sa balade le long du
bord de mer.
Elle arriva près du Castagnola, l’un des plus
vieux restaurants du Quai et un de ses repaires favoris. Juste à ce moment, un
serveur sortit et l’accueillit avec un sourire et un geste de la main.
« Lt », dit-il en la saluant. Il
tira une chaise de dessous une table de terrasse et lui fit signe de s’asseoir.
« Bonjour. C’est agréable de vous revoir », dit-il. « Le Dr
Dayton a laissé des instructions précises pour votre petit déjeuner, alors si
vous voulez apprécier la vue, je vous apporte ça tout de suite. »
« Hum, merci », répondit Cass en
s’asseyant. « Quand le Dr Dayton va-t-elle me rejoindre ? »
« Malheureusement, elle a d’autres
obligations ce matin, madame, mais elle m’a demandé de vous donner ceci. »
Il tendit un petit objet blanc et sphérique au chef de la sécurité.
« Une balle de golf ? »
« Oui, Lt », confirma-t-il.
« Je crois que vous trouverez un message dessus. » Sur ces mots, il
tourna les talons, laissant Cass apprécier la vue.
Elle fit tourner la balle de golf entre ses
doigts, en souriant parce que Lis s’était souvenue de son intérêt pour ce jeu
ancien. Sur un côté de la balle était inscrit un message en lettres dorées.
« Savoure ton déjeuner, prends des
forces.
Parce que c’est au Holodeck Deux que tout s’amorce. »
Cass se mit à rire et jeta la balle en l’air,
la rattrapant avec un grand geste. Quelques instants plus tard, le serveur
revint les bras chargés de toutes sortes de bonnes choses qu’il commença à
poser autour de l’assiette de Cass : des fruits, des muffins, du bacon,
des saucisses et des œufs sur le plat. Elle sourit. Tu as toujours su comment me nourrir, Lis, songea-t-elle. Elle
reposa la balle de golf et mit les cinq roses qu’elle avait ramassées dans le
vase en cristal au milieu de la table.
****************************
« Merci, Doc » ; dit le jeune
enseigne.
« A votre service, Francis », dit
Lis en le conduisant à la porte de son bureau. « Essayez ces techniques de
méditation dont nous avons parlé et ensuite venez me dire comment ça va »,
dit-elle en souriant.
« Je le ferai », répondit-il en
sortant dans le flux des passants du couloir.
La porte se referma derrière lui et Lis
retourna à son bureau, et écrivit rapidement quelques notes dans le dossier du
jeune homme. Petites attaques d’anxiété, cycles
de sommeil perturbés, affect réprimé, nota-t-elle. Rêves dirigés et techniques de méditation. Pronostic, bon.
Satisfaite, elle repoussa le terminal.
« Ordinateur. Où est le Lt Lansdown ? »
« Le Lt Lansdown est au Holodeck
Deux », répondit l’ordinateur de bord.
Lis sourit. Jusqu’ici tout va bien. Elle est arrivée à la deuxième partie de mon
plan diabolique. Elle rit doucement pour elle-même. Encore trois rendez-vous et je devrais avoir le temps de passer dans
les quartiers de Cass. J’espère qu’elle apprécie son jour de congé.
**************************
Cass l’appréciait assurément. Elle se tenait
au milieu du fairway appuyée sur le long manche de son club. A environ dix
mètres sur sa gauche se trouvait un des grands du golf, Ben Hogan, qui
effleurait la balle pour son second tir vers le green devant. Sur sa droite, se
tenait Shinzu Tomai, une légende du vingt-deuxième siècle, qui avait déjà tiré.
Et près d’elle, il y avait Karrie Webb, la plus grande golfeuse de tous les
temps.
Cass était au paradis. Non seulement elle
jouait contre des légendes de ce sport, mais ils se déplaçaient sur les
meilleurs terrains de golf de toute la Fédération. Et la Terre. Ils
« Allez-y », dit Webb avec un
accent australien trainant distinctif. Cass sourit et hocha la tête, puis elle
s’avança vers la balle. Bon sang, Lis, tu
as bien appris tes leçons. Elle frappa la balle avec grâce et fut
récompensée de voir le petit projectile blanc foncer vers sa cible. « Très
beau coup », dit sa partenaire tandis qu’elles avançaient sur le fairway.
« Merci », dit Cass en souriant. Quelle fabuleuse façon de passer la journée.
*********************************
Lis était un peu nerveuse en commençant à
préparer la dernière partie de sa surprise. Elle avait suivi les progrès de
Cass tout au long de la journée et elle savait que son amie appréciait
actuellement un massage et un programme facial que Lis avait prévu pour elle.
Cela lui avait laissé tout le temps nécessaire pour terminer ses rendez-vous et
se diriger vers les quartiers du chef de la sécurité.
Bagheera l’avait saluée comme à son habitude,
sautant sur son épaule avant de se draper avec élégance autour de sa nuque, en
ronronnant comme un malade.
« Salut, beau gosse »,
murmura-t-elle en tendant la main pour lui gratter la tête, ce qui lui valut
une truffe humide sur son oreille gauche. Elle rit et déposa le félin doucement
sur le sol, où il commença à passer entre ses jambes tandis qu’elle allait vers
la partie de la pièce dédiée à la préparation des repas.
« D’accord », murmura-t-elle pour
elle-même. « Que la fête commence. » Elle se tourna vers le
synthétiseur, entra son code pour accéder aux rations qu’elle avait
spécialement gardées pour cette soirée. Assez
pour des chandelles, du champagne et trois plats, pensa-t-elle joyeusement.
Je veux que ce soit incroyablement
spécial.
********************************
Cass était totalement détendue. Après une
douche, des vêtements frais et un massage qui avait failli la faire trépasser
de bonheur, le grand chef de la sécurité était ramolli au-delà de toute
possibilité lorsqu’elle sortit du holodeck. Il n’y avait pas eu de nouveau
message pour elle, aussi ne savait-elle pas exactement à quoi s’attendre
lorsque les portes s’ouvrirent. La dernière personne qu’elle s’attendait à voir
c’était bien B’elanna Torres.
« Bonjour Cass », dit l’ingénieure
en chef joyeusement, les mains dans le dos.
« B’elanna », la salua Cass en
regardant derrière elle le long du couloir.
« Quelque chose ne va pas ? »
Demanda la demi-Klingonne avec un air effronté, un large sourire sur les
lèvres.
« Nan », répondit Cass en regardant
son amie avec méfiance. « Je ne m’attendais juste pas à te voir. »
« Aaah », dit B’elanna. « Et
bien, en fait, j’ai été recrutée. »
« Recrutée ? »
« Mhmmmmm. Mon job c’est de t’emmener
d’ici à ta destination finale », dit-elle avec un air mystérieux, en
faisant un clin d’œil à Cass.
Celle-ci se mit à rire et croisa les bras.
« Ce vaisseau n’est pas si grand, B. Je pense pouvoir me débrouiller toute
seule. »
« Ah, mais tu vois, ça va être beaucoup
plus difficile avec un bandeau sur les yeux. » B’elanna sortit l’écharpe
en soie de derrière son dos et la leva pour la balancer devant le visage de
Cass.
« Oh non », dit Celle-ci en se
reculant. « Tu ne vas pas me trainer sur tout le vaisseau et me faire
passer pour une totale idiote. »
« Cass », la supplia B’elanna d’un
ton moqueur. « Tu viens juste de dire que le vaisseau n’était pas si
grand. La torture sera brève et elle en vaudra la peine. » Elle fit de
nouveau un clin d’œil. « Après tout, tu n’as pas passé une bonne journée
jusqu’ici ? »
Cass y réfléchit.
« Oui », finit-elle par acquiescer.
« En fait, j’ai eu une journée fantastique. » Elle sourit à son amie.
« Je ne m’attendais juste pas à te voir, toi, à la fin. »
« Alors, pourquoi ne pas avoir confiance
et te dire que ce sera encore mieux après et que tu ne vas avoir à me supporter
que quelques minutes encore ? » Dit B’elanna pour la raisonner.
« D’accord », dit Cass prudemment
tandis que l’ingénieur s’approchait.
« Bon, penche-toi un peu, femme. On
n’est pas tous aussi déformé, tu sais. »
Cass grogna mais obéit, et elle essaya
d’oublier l’inconfort qu’elle ressentit quand B’elanna lui couvrit les yeux
avec le matériau soyeux.
« Doucement, Lt », murmura
l’ingénieur, sachant combien son amie détestait ne pas avoir le contrôle.
« C’est bon. Allez. » Elle prit la main du grand chef de la sécurité
et commença à la mener le long du couloir.
Cassie décida d’écarter son anxiété. Elle
commençait à envisager l’endroit où B’elanna pourrait bien l’emmener. Elle
pouvait entendre la
Klingonne
« Bougez-vous, bougez-vous »,
criait B’elanna.
L’ingénieur finit par s’arrêter dans un
couloir tranquille.
« On est arrivées, Lt », dit la Klingonne
Cass sentit B'Elanna s'éloigner, et le
silence du couloir vide, alors que la porte du turbolift se fermait derrière
l’ingénieur. Elle prit une profonde inspiration, consciente que l’excitation du
moment à venir lui donnait la chair de poule.
C’est maintenant ou jamais, Cassandra,
pensa-t-elle en avançant. Elle sentit et entendit une porte s’ouvrir au moment
où elle passait, puis siffler en se refermant derrière elle. Il régnait un
silence inquiétant de l’autre côté et Cass leva la tête légèrement, en essayant
d’utiliser au mieux ses sens de l’ouïe et de l’odorat. Mais ce fut son sens du
toucher qui lui donna un indice. Une fourrure soyeuse et chaude se cognait
contre ses mollets.
« Bagheera ? »
« Miiiiiiiiaaaaaoooouuuuu »,
répondit le félin.
« Tss, c’est vraiment dur de créer une
atmosphère de mystère et de surprise avec ce chat dans les environs »,
énonça une voix familière et très bienvenue, avec un sourire évident dans le
ton.
Cass se mit à rire en sentant un autre corps
chaud et plus grand se mettre près d’elle et des mains venir derrière sa tête
pour détacher le nœud du bandeau. Le matériau soyeux tomba et elle tourna la
tête vers les gentils yeux verts.
« C’est mon chat de garde », dit le
chef de la sécurité simplement en souriant à la jeune femme blonde.
« Mmmmmm, peut-être bien, mais il a
complètement gâché mes plans pour ton entrée », dit Lis joyeusement en
souriant à son tour.
« Et bien », dit Cass en
réfléchissant. « Je pourrais toujours fermer les yeux et faire comme si je
ne savais pas où je suis. »
Lis fit semblant d’y réfléchir. « Ça
pourrait marcher », dit-elle.
Cass ferma immédiatement les yeux et essaya
d’avoir l’air intrigué, ce qui provoqua un rire de la part de Lis. « Je me
demande bien où je suis ? » dit-elle d’un ton de comédie, tout en
remuant les bras autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose.
Lis évita ses mains puis attendit le bon
moment, et elle s’avança jusqu’à être contre elle. Elle se redressa sur la
pointe des pieds et effleura légèrement les lèvres de Cass.
Qui ouvrit ses yeux bleus de surprise, mais
elle avait attendu trop longtemps pour gâcher une opportunité comme celle-là.
Elle prit rapidement la jeune femme blonde dans ses bras et la serra, leurs
visages à quelques millimètres l’un de l’autre.
« Lissy », dit-elle dans un
souffle. Elle s’entendait à peine dans le bruit du battement de son cœur. Elle
pouvait sentir le souffle chaud de la jeune femme sur ses lèvres. « Merci
pour cette merveilleuse journée », murmura-t-elle.
Lis déglutit. Ses lèvres vibraient du contact
bref avec celles de Cass et elle savait qu’elle en voulait plus. « D-de
rien », murmura-t-elle à son tour.
« J’aurais juste souhaité que tu soies
avec moi », répondit Cass en souriant légèrement, brûlante du désir
d’embrasser à nouveau la jeune femme.
« Mmmmmm, je sais. Mais je suis là
maintenant », dit Lis dans un souffle.
« Oui, c’est vrai », murmura Cass.
Elle resserra l’espace infime entre elles,
sentant son sang chanter tandis que leurs lèvres reprenaient leur contact. Lis
haleta contre sa bouche et elles hésitèrent un infime instant, retenues par la
douleur de l'anticipation. Puis, aucune ne put attendre plus longtemps et elles
commencèrent à s’explorer doucement mais avec urgence, leurs lèvres et leurs
langues se touchant et se goûtant.
Six années et demie d’attente se dévoilèrent
dans ce premier baiser. Les mains de Lis remontèrent pour prendre le visage de
Cass, les doigts caressèrent les joues et les tempes. Cass resserra les bras
autour de la jeune femme blonde, et laissa ses mains voyager, saisir, caresser
le corps qu’elle avait désiré depuis plus longtemps qu’elle ne pouvait s’en
souvenir. Les deux femmes roucoulaient et gémissaient aux mouvements de leur
langue, tandis que l'urgence de leur désir augmentait entre elles. Cass ne
voulait pas arrêter, avec un sentiment si intense qu’elle pensait qu’elle
allait s’embraser.
Lis se fondait contre la grande femme.
Embrasser Cass apportait un sentiment merveilleux de redécouverte, familier et
pourtant méchamment excitant. Elle grogna quand Cass accentua le contact,
provoquant un tiraillement douloureux dans les tripes de la jeune femme qui la
surprit par son intensité. Ça fait si
longtemps que je n’ai pas ressenti ça¸ lui murmura son esprit tandis que son
corps répondait. On devrait ralentir,
mais je ne peux pas me rassasier d’elle.
Elles se séparèrent, essoufflées. Leurs
regards se cherchèrent, alors que leurs mains continuaient leur exploration
hésitante.
« Wow », murmura Cass en penchant
la tête pour déposer une série de petits baisers sur le cou de Lis.
La jeune femme grogna à nouveau, entoura le
cou de Cass de ses bras et s’arqua contre elle tandis que la bouche de la jeune
femme brune faisait des tendres miracles sur sa peau.
« Oooooh, Cassie », murmura-t-elle,
sentant le corps puissant du chef de la sécurité se presser contre elle, la
soulevant presque du sol. « Bon sang, je ne m’attendais pas à… »
« …te sentir aussi bien ? »
Murmura Cass dans son oreille. Elle sentit Lis sourire.
« Pas aussi vite, non », répondit
la jeune femme. « Je pensais qu’il nous faudrait un peu de temps pour…
nous réhabituer. » Elle rit, se rendant compte de combien cela avait l’air
absurde.
Cass sourit encore plus en continuant à
tracer la mâchoire de Lis de baisers vers sa bouche. « Mon ange, j'ai été
à un poil de t'embrasser pendant si longtemps que j'en ai perdu la notion du
temps », murmura-t-elle. « Tu veux qu’on ralentisse ? »
Demanda-t-elle alors même qu’elle ne pouvait résister au désir d’effleurer de
son nez le menton de la jeune femme.
Lis avait des frissons de la tête aux pieds,
tant qu’elle pouvait à peine se concentrer sur la question.
« Mmmm, mon esprit me dit que nous
devrions probablement », murmura-t-elle. « Mais mon corps, mon
âme… »
Leurs bouches se touchèrent à nouveau en
petites explosions de passion qui les laissa encore une fois sans souffle. Lis
s’écarta et remonta une mèche rebelle sur le front de Cass. Elle leva les yeux
vers un regard bleu assombri de désir qui ne cachait rien.
« Je suis tellement désolée, mon
amour », murmura-t-elle. « Pour tout ce que je… »
Des doigts longs et affectueux se posèrent
sur ses lèvres pour la faire taire. « Plus d’excuses », répondit
Cass. « C’est… le passé.Tu penses que ceci… » Elle embrassa
tendrement le coin de la bouche de Lis, « … serait aussi bon si nous
n’avions pas dû attendre ? »
La jeune femme blonde sourit franchement et
laissa la joie d’être touchée la submerger.
« Oui », dit-elle honnêtement en
riant. « Tu as toujours embrassé merveilleusement bien. »
Cass se recula et la regarda, et elle
effleura doucement les lèvres de la jeune femme. « Tu me pardonneras si je
te dis que j’avais oublié comme tu avais bon goût ? » Demanda-t-elle.
« Mhmmmmm », répondit Lis
doucement, s’émerveillant des frémissements de désir que les mots et les
caresses de Cass produisaient en elle. Elle glissa sa main sur la nuque de la
jeune femme puis remonta dans les cheveux soyeux et elle attira sa tête sombre
dans un autre baiser sensuel prolongé. Elles furent interrompues par le grondement
sourd de l’estomac de Cass, qui les fit plonger dans une crise de rires.
« Te moque pas », dit Cass en riant
à la vue de l’air faussement outragé de la conseillère. « Je viens de
jouer dix-huit trous de golf. »
« Et tu as gagné ? » Demanda
Lis en prenant la main du chef de la sécurité pour l’emmener vers la table du
dîner.
Cass ricana. « Bien sûr », se
vanta-t-elle. « Pour une raison inexplicable, la plus grande golfeuse de la Fédération
Lis sourit d’un air énigmatique en se
penchant pour l’embrasser avec douceur. Puis elle se dirigea vers la zone de
préparation où les plats chauds attendaient. « En fait, non »,
admit-elle. « C’est un des programmes de Tom. Je l’ai juste emprûnté parce
que je savais que tu t’amuserais bien avec. »
Cass se remit à rire. « Et bien, ça
explique pas mal de choses », dit-elle. « Connaissant l’ego démesuré
de Tom et son penchant pour la compétition, je peux imaginer qu’il a programmé
ce petit défaut. » Lis lui lança un regard par-dessus son épaule.
« Ok, ok, je l’aurais probablement programmé comme ça aussi », dit le
chef de la sécurité en souriant.
« Mhmmmm », acquiesça Lis en
apportant un plateau fumant de crustacés pour le placer avec soin au milieu de
la table avant de s’assoir près de Cass. Son ex-amante – qui allait bientôt devenir son ex-ex-amante, songea-t-elle avec
espoir, tendit la main et prit la sienne en examinant la nourriture.
« Wow », murmura Cass. Ça a été une journée pleine de ‘wow’,
songea-t-elle. Il y avait des demi-homards, des pinces de crabes, des
crevettes, des huîtres, des moules et des coquilles Saint-Jacques, couverts
d’un beurre d’ail aromatique qui fit à nouveau gronder son estomac. « Ça a
l’air délicieux, ma chérie. » Elle se tourna vers la jeune femme et
l’embrassa tendrement. « Presque aussi délicieux que toi »,
murmura-t-elle sur les lèvres de Lis lorsqu’elles se séparèrent.
« Mmmmm, belle parleuse », répliqua
Lis. Elle prit un morceau de crabe, s’assura qu’il dégoulinait de sauce, et le
plaça avec douceur sur la lèvre inférieure de Cass. Fascinée par la vue de la
bouche de la jeune femme brune, elle regarda, comme hypnotisée, Cass engouffrer
le morceau et ses doigts. Oooohhh,
son corps répondit à sa place.
Cass lécha légèrement la sauce sur le bout
des doigts de Lis et sourit en voyant l’expression de ravissement sur son
visage. Dont les doigts trainèrent sur ses lèvres tandis qu’elle mâchait
lentement la chair de crabe.
« C’est fichtrement bon »,
murmura-t-elle. Elle tendit la main et choisit une crevette, enroulée, rose et
juteuse. Elle allait la porter à la bouche de Lis mais changea d’avis
lorsqu’une alternative lui traversa l’esprit. Elle amena la crevette à sa
propre bouche et la prit entre ses dents, puis elle haussa un sourcil
interrogateur en direction de son amie.
Lis grogna de manière audible, comprenant
immédiatement ce que Cass suggérait. Elle se pencha en avant et mordit
doucement la crevette, effleurant les lèvres de sa compagne des siennes. Elles
mâchèrent et avalèrent en silence, leur regard toujours cloué l’un à l’autre.
Puis elles revinrent pour un autre baiser, mordillant et léchant la sauce au
beurre sur leurs lèvres et leur langue.
« On pourrait bien en être encore à
manger demain matin, si on continue comme ça », murmura Cass contre la
bouche de Lis.
« Ça me va », répondit celle-ci en
glissant les bras autour de la nuque de Cass. Mais cette fois, c’est son
estomac qui gronda de protestation et elles tombèrent dans les bras l’une de
l’autre en riant. « Je me rends », dit-elle en riant. « On
mange. »
Cass sourit et hocha la tête.
**************************************
Dans l’espace, au devant du Voyager, mais se
rapprochant de plus en plus, une sphère grise sinistre arrivait à toute allure.
Ses huit occupants ne parlaient pas, mais ils n’en avaient pas besoin, leurs
esprits parfaitement à l’unisson communiquant comme s’ils ne faisaient qu’Un.
Les scanners de la sphère sondaient et exploraient, balayant l’espace devant
eux pour un signe de vie – n’importe laquelle qui vaudrait d’être assimilée –
même s’ils avaient une cible spécifique et favorite à l’Esprit. L’atmosphère
teintée de vert de la sphère bourdonnait et bruissait, la saveur piquante des
ions métalliques chargeait l’air et les Borgs bougeaient silencieusement d’un
poste de travail à l’autre, contrôlant les systèmes.
C’était le vaisseau éclaireur d’un cube Borg
massif, à plusieurs années-lumière derrière eux, mais ils auraient aussi bien
pu être à l’intérieur du vaisseau-mère, tant leur connexion avec leurs frères
et sœurs était forte.
Une alarme résonna et les huit drones surent
immédiatement qu’ils avaient trouvé ce qu’ils cherchaient. A l’unisson, ils
changèrent de direction, ajustèrent leur stratégie, planifièrent leurs
mouvements, dans une pensée commune instantanée.
Aucun bruit, aucune question, aucune
discussion. Aucun doute.
***********************************
Suite – Chapitre 7, 1ère partie
31 août 2009
Possibilités infinies, chaptre 6a
Chapitre
Six
1ère partie
« Borg un jour,
Borg toujours » (Borg to be Wild)
Pour la première fois depuis des mois, Lis
avait l’impression de voir enfin l’univers avec clarté. Elle regarda le bouquet
de fleurs violettes, jaunes et rose pâle qu’elle tenait à la main puis les
porta à son visage et inspira profondément. La senteur riche, sensuelle, qui
lui rappelait la Terre
Je pensais ne plus jamais être capable
d’apprécier des choses aussi simples que ces fleurs,
songea-t-elle en ouvrant les yeux, s’imprégnant des couleurs, des formes et de
la texture des pétales. Depuis le départ de Kes, trois ans après le début de
leur voyage de retour vers le Quadrant Alpha, plusieurs des botanistes du
Voyager avaient décidé de continuer à s’occuper du jardin hydroponique que la
jeune Ocampa avait commencé dans l’une des soutes. Les fleurs fraîches étaient
l’un des produits les plus appréciés. On dirait bien que toute la production
a été utilisée aujourd’hui, pensa Lis avec un rire, tout en regardant
autour d’elle l’holodeck décoré de bouquets.
Tout… et tout le monde… a l’air si beau,
observa-t-elle. Comme devrait l’être un mariage.
« Un crédit pour tes pensées », dit
une voix chaude et familière près de son oreille. Lis sourit, un fait rare
durant les six mois passés depuis la mort de Nick et de son bébé. Elle se
délecta avec prudence de la sensation de bonheur qu’elle ressentait.
« Je me rappelais mon mariage »,
répondit-elle doucement, sentant la présence ferme de Cass toute proche
derrière elle. « Et je pense, que d’une certaine façon, je faisais aussi
mes adieux. »
« Mmmmmm », dit Cass d’une voix
ronronnante. « C’est une bonne chose ? »
Lis hocha la tête. « Je pense,
oui », répondit-elle. « Je pense que je suis prête à laisser partir
Nick et le bébé. Je ne les oublierai jamais, mais j’ai l’impression que je peux
continuer à vivre au-delà de leur perte. »
Cass tenta d’ignorer le double salto arrière
que son cœur fit à ses mots. Respire,
Cass, respire, lui conseilla vivement son esprit. Tu as attendu ce moment si longtemps, tu peux te permettre de patienter
un peu plus. « Tu te sens beaucoup mieux », dit-elle tout haut,
avec une fierté tranquille face aux progrès que son ex-amante avaient fait
récemment.
« Oui », approuva Lis.
« Beaucoup. Je ne me suis pas réveillée triste ce matin, pour la première
fois depuis une éternité. » Elle se pencha légèrement en arrière, contre
la silhouette puissante de Cass. « Peut-être que c’est à cause du mariage,
mais j’espère que c’est plus que ça. »
Cass posa la main sur la hanche de Lis et
l’embrassa sur le dessus du crâne. « C’est bien plus que ça »,
dit-elle avec assurance. « Ça m’ennuie beaucoup de nous remettre au
travail mais nous avons un mariage en route. »
Lis se retourna et sourit au grand chef de la
sécurité. Comme tous les officiers de Starfleet participant au mariage
officiel, les deux femmes portaient des uniformes d’apparat blancs. Ce qui
allait parfaitement à Cass, pensa Lis, en se perdant dans la beauté anguleuse
de son amie. Les cheveux longs et noirs étaient tirés en arrière dans une
tresse élégante et le bleu des yeux de Cass était encore plus vif que
d’habitude.
« Oui, c’est vrai », dit doucement
Lis, en souriant lorsqu’elle vit Cass rougir sous son regard. « Comment va
la moitié sous ta responsabilité ? »
Cass soupira et leva les yeux au ciel.
« J’ai le regret de dire que le
Capitaine Janeway est en train de vomir tripes et boyaux dans mes quartiers »,
dit-elle ironiquement.
« La gueule de bois ? »
Demanda Lis d’un ton innocent, sachant que Cass, Chakotay, Tom, Harry Kim et
Neelix avaient réussi à entraîner leur commandant dans une soirée d'enterrement
de vie de célibataire qui faisait déjà partie du folklore.
« En fait, et même si c’est surprenant,
non », répondit Cas avec un sourire narquois. « Le Docteur a réglé ce
point ce matin. Je pense qu’elle est juste très, très nerveuse. »
« Elle a la trouille de sa vie, en
fait », prononça la voix rauque distincte de leur commandant. Les deux
femmes se retournèrent pour voir Janeway qui triturait le col de son uniforme
d’apparat blanc. Elles sourirent à l’expression de consternation sur son
visage. « Je ne suis pas totalement convaincue de pouvoir survivre à tout
ça sans tomber dans les pommes », marmonna Janeway.
Lis s’avança et saisit le col du capitaine
pour ajuster la mèche de cheveux errante qui causait l’irritation. « Tout
va très bien se passer, Capitaine », dit-elle en souriant. « Si vous
avez pu survivre à une confrontation avec la Reine Borg
« Cette femme avait une haleine
terrible », murmura incongrûment Janeway. « Merci,
Conseillère », dit-elle, en revenant au présent pour saisir l’expression
amusée de ses deux officiers. « On est prêtes à y aller ? »
« Oui, madame », répondit Cass.
« Comment va Annika ? »
« Elle est radieuse », dit Lis.
« D’un calme olympien. Stupéfiante. »
« Pas nerveuse du tout,
hein ? »
Cass se mit à rire et Lis secoua la tête en
souriant. « Ça ne se remarque pas en tous cas, Capitaine, non. »
« Typique. » Les deux officiers
étouffèrent leurs rires et le capitaine fronça les sourcils. « Okay. Que
le spectacle commence ! »
Elles se séparèrent. Cass mena Janeway à
l’avant de la pièce, en passant devant les rangées d’invités – tous ceux qui
n’étaient pas requis pour le bon fonctionnement du vaisseau pendant les
prochaines heures – jusqu’au podium légèrement surélevé où Chakotay attendait.
Janeway lui avait officiellement confié, bien que temporairement, le
commandement du Voyager, ce qui lui donnait l’autorité nécessaire pour
accomplir la cérémonie du mariage.
De son côté, Lis alla dans une antichambre où
Seven et Naomi Wildman, l’autre témoin du mariage, attendaient.
« Conseillère », dit calmement
Seven. « Est-ce que Kathryn va bien ? »
« Mhm. Elle est juste un peu
nerveuse. » Elle sourit. « Ce serait bien que vous lui teniez la main
dans les moments les plus importants. »
Seven hocha la tête. « Je crois pouvoir
m’y conformer », déclara-t-elle.
Lis s’avança vers elle et lui tendit le
bouquet de la fiancée. « C’est le vôtre », dit-elle simplement,
observant Seven qui faisait tourner avec hésitation les fleurs entre ses mains.
Pour la première fois, la psychologue vit une pointe d’incertitude et de
nervosité sur le visage habituellement impassible de la jeune femme.
« Seven, tu es très belle », dit
Naomi. Son jeune visage excité rayonnait pour l’ex-Borg.
« Naomi Wildman », répliqua la
sculpturale jeune femme blonde. « Je crois que ton évaluation de la
situation est probablement biaisée. » Elle s’interrompit, laissant un
infime sourire relever le coin de sa bouche. « Mais, merci. »
Naomi, qui connaissait Seven bien mieux que
la plupart des adultes sur le vaisseau et qui n’avait jamais été déconcertée
par le supposé manque de chaleur de la
Borg
« Tu es nerveuse, je le vois
bien », dit-elle d’un ton neutre.
Seven haussa un sourcil élégant.
« Vraiment ? » Répondit-elle,
pince-sans-rire. « Et comment êtes-vous arrivée à cette
conclusion ? »
Naomi mit un doigt au coin de sa bouche comme
si elle faisait l’observation scientifique d’un quelconque spécimen.
« Vous êtes sur le point de dire à tout
l’équipage ce que vous ressentez pour le Capitaine Janeway. Et ensuite, tout le
monde va vous regarder l’embrasser », dit-elle. « Je serais nerveuse
aussi. »
Oh oh, pensa Lis tandis
que Seven devenait aussi blanche que le fourreau élégant qui la recouvrait
jusqu’aux chevilles. La psychologue tendit rapidement la main vers le pichet
d’eau glacée posé sur la table et en versa un plein verre avant d’aller vers
l’ex-Borg. Seven avait les genoux qui flanchaient et Lis la fit s’asseoir sur
la chaise la plus proche avant de lui tendre le verre.
« Buvez ceci », dit-elle calmement.
Seven leva les yeux vers elle avec un air
plaintif. « T-tout le vaisseau ? V-va me re-regarder
l’embrasser ? » Lis regarda le visage pâle passer du blanc à diverses
variantes de vert. « J'expérimente une nausée », dit Seven sans qu’il
soit utile.
« Je sais », répondit Lis.
« L’eau va vous aider à remettre votre estomac en place. N’y pensez pas,
Seven. Concentrez-vous sur Kathryn. N’oubliez pas, elle est aussi nerveuse que
vous. Il faut que vous vous aidiez mutuellement pour sortir de là en un seul
morceau. Et ensuite tout sera fini et vous vous demanderez ce qui vous
effrayait tant. »
Seven avala l’eau d’un trait et se releva.
« Je ne suis pas effrayée,
Conseillère », dit-elle. « Juste nauséeuse. »
Lis se mit à rire.
« Allons mesdames », dit-elle.
« Nous avons un mariage qui nous attend. »
******************************
Plusieurs heures plus tard, La fête battait
son plein. De la musique, des danses, des
tables pleines de nourriture et de boissons, des amis et de la famille. On ne
peut pas demander plus, songeait Cass en faisant le tour du holodeck du
regard. Tout le monde était en pleine forme et les rires dominaient. Cass
sourit. Une sacrée belle fête.
Elle alla vers le siège vide à côté de Seven
of Nine et se laissa tomber. L’ex-Borg était momentanément seule, Janeway ayant
été embarquée pour une danse par Chakotay. Cass sourit en voyant l’expression
satisfaite sur le visage de la jeune femme.
« Vous avez l’air particulièrement
contente de vous », dit-elle en riant.
Elle obtint un sourire rare de la part de la
jeune femme blonde.
« Et pourquoi ne serais-je pas contente
de moi, Lt ? » Répondit-elle. « Je crois que je viens d’épouser
la plus belle femme de l’univers. »
Cass rit avec tolérance. « Et bien, je
soupçonne que Kathryn ne serait pas tout à fait d’accord avec vous sur ce
point, Seven. Et, bien entendu, j’ai ma propre opinion aussi. »
Seven suivit le regard du chef de la sécurité
vers l’endroit où Lis dansait avec le Docteur, le HMU faisait tournoyer la
conseillère dans un pas de rock parfaitement exécuté. Lis riait avec un
sentiment d’abandon qui sautait aux yeux de tout le monde.
« C’est si bon de la voir s’amuser à
nouveau », murmura Cass.
« Je suis d’accord », dit Seven, son
regard passant de Lis au chef de la sécurité. « Peut-être qu’il est temps
de mettre vos réticences de côté, Cass. »
La jeune femme brune la regarda brusquement,
ses yeux bleus en fixant d'autres à l’identique, tandis que l’ex-Borg la
regardait calmement.
« Mes… réticences ? »
« Oui », dit Seven en serrant les
mains sur ses cuisses tout en cherchant sa compagne des yeux. « Kathryn
m’a parlé de votre liaison avec le Dr Dayton. » Elle regarda à nouveau
Cass et haussa un sourcil dans un mouvement que Cass soupçonna être le reflet
d’un grand amusement. « J’espère que c’est… acceptable ? »
Cass ricana. « Oui, c’est bon. Je
m’attendais pas mal à ce que ça arrive. » Elle sourit à l’ex-Borg.
« Faites-moi confiance, faites confiance à ma femme. » Elle tourna
son regard vers Lis. « Ça marche pour moi. »
Pendant quelques minutes, elles restèrent
silencieuses, observant la fête qui se déroulait devant elles.
« Je crois que j’ai une dette envers
vous, Lt », dit finalement Seven.
« Et qu’est-ce qui vous fait dire
ça ? » Répliqua Cass, en prenant une longue gorgée de son verre tout
en observant Lis et le Docteur faire leurs pas de danse.
« Kathryn m’a expliqué que c’était sur
votre conseil qu’elle a été persuadée de… » Elle chercha la bonne
expression. « …d'entamer son action. »
Cass se mit à rire tout haut. « Je ne
suis pas sûre que c’est comme cela qu’elle le décrirait, Seven »,
dit-elle, en manquant de s’étouffer avec une gorgée de bière.
« Peut-être pas », acquiesça la Borg.
Cass la regarda avec curiosité.
« Alors faites-moi partager le secret.
Quelle a été la grande ‘action’ du capitaine ? »
Seven eut l’air vaguement mal à l’aise
lorsqu’elle se rendit compte que c’était probablement une zone de leur vie que
Kathryn aimerait garder privée. Mais elle savait que Cass était très proche du
capitaine et peut-être que cela rendait la chose acceptable. »
« Nous dînions dans ses
quartiers », dit-elle.
Cass hocha la tête. Elle savait que c’était
une chose fréquente depuis que Seven était arrivée sur le Voyager.
« Continuez. »
« A cette occasion particulière, ça a
été différent », continua Seven. « Il y avait de la musique et
Kathryn a baissé la lumière. » Cass sourit. « Elle m’a demandé de
danser avec elle. »
« Ouaip. Ça le fait », dit le chef
de la sécurité en souriant.
« Ça l’a fait », dit Seven
succinctement avec un soupçon de sourire. Elle rayonna encore plus quand sa
nouvelle épouse se fraya un chemin vers elles dans la foule, des verres en
main. Le capitaine surprit sa compagne peu démonstrative en s’asseyant sur ses
genoux. Après une seconde d’hésitation, la jeune femme blonde entoura sa taille
de ses bras et lui prit un verre.
Janeway rayonnait.
« Vous aviez l’air d’être en grande
conversation », dit le capitaine d’un air aimable, en prenant une gorgée.
Cass étendit ses jambes et s’étala,
totalement détendue pour la première fois depuis des mois.
« Seven me disait justement qu’il était
temps que je suive l’exemple de mon commandant et que j’entame mon
action », dit-elle de façon cavalière.
« Oh vraiment », dit Janeway en riant
dans son verre. « Et que pensez-vous de cette idée ? »
Cass soupira bruyamment et lâcha un long
soupir. Elle se leva soudainement, tira sur sa veste et se redressa. Elle
s’éclaircit la gorge et avança à grands pas vers Lis qui ondulait maintenant
dans un slow avec le Docteur.
« Et bien, je pense que ça répond à la
question », dit Janeway avec ironie.
Seven regarda le mouvement confiant des
épaules de Cass qui se frayait un chemin vers la conseillère.
« Je crois que toute résistance va être
inutile », répondit l’ex-Borg.
« Mmmmmm, c’est une idée
merveilleuse », murmura Janeway en retournant toute son attention vers son
épouse. « Je pense que nous devrions faire une sortie discrète, ma
chérie », suggéra-t-elle en se penchant pour embrasser le coin des lèvres
de la jeune femme blonde.
« Je vais obtempérer », répondit
Seven.
Janeway sourit. « C’est bien ce que je
pensais. »
******************************************
Cass était à mi-chemin quand le superbe
regard vert croisa le sien. Elle se sentit sourire et pour la première fois
depuis bien longtemps, elle laissa le trouble dans son estomac s’installer
pleinement. Il y a là des possibilités
auxquelles je ne m’étais pas donné le droit de penser depuis des mois… des
années, songea-t-elle en approchant du couple de danseurs. N’en fais pas trop, Cass. Reste toi-même. Elle
tapota l’épaule du Docteur sans lâcher Lis du regard.
« Lt », dit le HMU en guise de
salut.
« Puis-je vous interrompre ? »
Dit-elle doucement, en envoyant un sourire radieux et heureux à la jeune femme
blonde, qui lui répondit de même.
« Très certainement », répondit le
Docteur gracieusement, en relâchant la conseillère avant de s’écarter.
« Merci », murmura Cass d’un ton
absent. Elle s’avança, extrêmement consciente de la chaleur du corps de Lis
contre le sien. Elle glissa les mains dans celles de la jeune femme blonde et
l’attira contre elle. Elle est si belle,
pensa Cass en observant l’expression paisible de cette femme juste un peu plus
âgée qu’elle.
« Bonjour Cassandra », dit Lis
doucement en se plaçant contre le corps élancé du chef de la sécurité. Un endroit où je me sens si bien,
pensa-t-elle, avec un sentiment de soulagement et de sécurité.
« Bonjour Elisabeth », répondit
Cass sur le même mode. Je suis chez moi,
songea-t-elle. Que le Quadrant Alpha
aille au diable.
**************************
Janeway prit la main de Seven et emmena la
grande femme blonde vers la sortie de l’holodeck. Tandis qu’elles se frayaient
un chemin dans la foule qui leur adressait des souhaits de bonheur, elles lancèrent
des ‘au-revoir’ et des ‘mercis’, accueillant les commentaires grivois et osés
avec bonne humeur.
Difficile d’arguer de la hiérarchie vu les
circonstances, pensa Janeway avec ironie tandis qu’elle se
pliait à l’insistance de son épouse à saluer tout le monde sans exception. Après
tout, ce n’est pas comme si c’était encore un grand secret, Katie.
Elles atteignirent la porte mais alors que
celle-ci s’ouvrait en glissant et que Janeway commençait à sortir, Seven la
tira en arrière.
« Kathryn, attends », dit l’ex-Borg
en retournant dans la pièce. La lumière s’était tamisée alors que la soirée
avançait et que la piste de danse se remplissait de couples qui ondulaient joue
contre joue. Seven en avait assez appris sur les relations humaines cette
dernière année et demie pour se rendre compte de la tension sexuelle qui
emplissait l’air.
« Qu’y a-t-il, Annika ? »
Demanda Janeway en se rapprochant de l’épaule de sa compagne. Seven pointa de
la tête en direction de Lis et Cass qui dansaient dans un coin de la pièce.
« Tu penses que nous leur ressemblons
quand nous dansons ensemble ? » Demanda Seven.
Janeway regarda Cass et Lis et sourit de voir
qu’elles n’avaient d’yeux que l’une pour l’autre, comme si le reste de
l’univers n’existait pas. Et bien, si ça
n’est pas une jolie vue, ça ? Songea-t-elle. Le capitaine leva les
yeux vers sa compagne.
« Je soupçonne que oui, ma
chérie », répondit-elle doucement.
« Alors elles doivent beaucoup
s’aimer », dit Seven d’un ton raisonné.
« Je le pense, oui », acquiesça
Janeway. « Mais elles ont dû s’attendre longtemps, alors ça risque de leur
prendre encore un petit moment avant qu’elles s’en rendent compte par
elles-mêmes. » Elle reprit la main de l’ex-Borg et la tira vers la porte.
« Viens, mon cœur », la pressa-t-elle. « Notre lune de miel nous
appelle. »
Seven sourit et suivit joyeusement son
commandant vers l’autre holodeck du vaisseau, où une cabine de plage et une
semaine ininterrompue à passer seules toutes les deux, les attendaient.
************************************
« Cassie ? » Murmura Lis.
« Mmmmmm ? » Répondit
celle-ci, sa joue posée avec bonheur sur les cheveux blonds soyeux de la jeune
femme tandis qu’elles se balançaient lentement dans les lumières tournoyantes
de la boule à facettes accrochée au-dessus d’elles.
« Je peux te demander quelque
chose ? »
Cass se recula un peu et fixa les yeux verts
et doux.
« Bien sûr que tu peux. Tout ce que tu
veux. Quand tu veux. Tu le sais ça. »
Lis sourit au sérieux de son amie. « Tu
es vraiment un chou », dit-elle en tapotant la poitrine de la jeune femme
brune. « Tu le sais ça, hein ? » Elle rit en voyant Cass rougir,
l’acceptation d’un compliment étant toujours une chose difficile pour elle.
« J’allais seulement te demander quand arrivait ta prochaine rotation de
congé. »
Cass réfléchit, faisant défiler une liste
d’obligations et de programmes de travail dans sa tête.
« Et bien, probablement pas avant une
semaine encore », finit-elle par répondre. « J’ai des évaluations de
personnel à faire et ça veut dire des séances d’entraînement et des exercices
pour au moins les quatre prochains jours. Pourquoi tu me demandes
ça ? »
« D’accord », dit Lis en hochant la
tête. « Aucune raison particulière. Je me demandais, c’est tout. » S’il te plait, ne me demande pas de détails
maintenant, mon amour, la pria-t-elle. Je
suis si près de te demander un vrai rendez-vous sérieux… je veux juste être
sûre de ce que je fais et que tu ne soies pas blessée à nouveau. « Des
évaluations, hein ? » Dit-elle tout haut, en changeant de sujet.
« Je présume que ça veut dire que tu vas avoir besoin de mes
services ? »
Cass hocha la tête. « Ouaip. Il y a en
effet quelques officiers que j’aimerais bien que tu évalues
individuellement », dit-elle, en se mettant en mode chef de la sécurité
pour un instant, malgré l’atmosphère détendue. « Je ne suis pas convaincue
qu’ils soient faits pour la sécurité, et j’aimerais beaucoup avoir ton
opinion. »
« Pas de problème », répondit Lis
en souriant. Je me demande si elle se
rend bien compte combien c’est bon d’être dans ses bras. Elle m’a vraiment
sauvée de la folie ces six derniers mois. « Fais-moi juste savoir
quand tu veux que je les reçoive et je reverrai mon agenda. » En tant que
seule conseillère du vaisseau, Lis avait des horaires plus flexibles que le
reste de l’équipage. Elle avait l’avantage de pouvoir se coordonner avec les
responsables de département, avec Chakotay et le Capitaine pour apporter son
aide quand et où elle était nécessaire. Le mauvais côté, c’était que les gens
tendaient à considérer qu’elle était toujours en service.
Ce que je ne suis assurément pas en ce moment,
pensa-t-elle avec contentement en reposant sa joue sur l’épaule de Cass. Elle
sentit les bras du chef de la sécurité se resserrer autour d’elle légèrement et
elle sourit contre la peau douce du cou de Cass.
Mmmmmm, je me demande si tu sais ce que tu me
fais, pensa Cass. Ça fait bien longtemps que je ne me
suis autorisée à ressentir que de l’amitié pour toi. Elle sourit de bonheur
en sentant le sourire de Lis. Peut-être que c’est juste l’atmosphère du
mariage. Mais je vais quand même te laisser dicter le rythme, mon amour. Tu es
le seul vrai juge de ce que tu souhaites.
Cass ouvrit les yeux alors qu’elles
bougeaient en un cercle lent dans un coin de la piste. D’autres couples
dansaient et balançaient autour d’elles. L’un d’eux en particulier attira son
regard.
« Hé », dit-elle doucement.
« Tu vois ce que je vois ? »
« Hmmmmm ? » Répondit Lis
paresseusement, peu encline à relever la tête du nid confortable où elle
s’était trouvé une place. « Qu’est-ce qu’on regarde ? »
« La nouvelle romance du
vaisseau », dit Cass en souriant.
Ces mots firent relever la tête à Lis et elle
regarda autour d’elle, cherchant qui avait attiré l’attention de Cass.
« Si tu parles de Tom et Harry, et des sœurs Delaney, c’est de l’ancien »,
dit-elle. « Ooooohhh », s’exclama-t-elle en voyant finalement ce que
voyait Cass. « Eeet biiien, qui aurait dit ça ? »
Elles dansèrent sur place, observant le
couple qui faisait des pas prudents pour se connaître. B’elanna se tenait
debout, un sourire d’espoir sur les lèvres et la main tendue vers l’enseigne
Tina Roberts, assise à une table avec d’autres personnes de l’ingénierie. Après
une légère hésitation, Tina sourit à la demi-Klingonne et prit sa main tout en
se relevant. Main dans la main, elles s’avancèrent sur la piste. Cass rit
lorsqu’elles se retrouvèrent dans une petite confrontation sur le thème de ‘je
conduis-tu conduis’, que B’elanna, légèrement plus grande, gagna finalement.
« Hé, grande perche, ne ris pas »,
dit Lis en riant également. « Tu n’as aucune idée de ce que ça peut être
embarrassant. »
« Tu as raison, je ne le sais
pas », admit Cass en souriant. Avec un peu plus de un mètre quatre-vingt,
elle ne pouvait pas se souvenir de la dernière qu’elle avait dû lutter avec une
femme pour avoir le privilège de conduire. Bon
sang, Lansdown, tu ne peux même pas te rappeler la dernière fois que tu as même
dansé avec une femme, encore moins une qui pouvait te regarder droit dans les
yeux sans se mettre sur le bout des pieds.
« Alors, qu’est-ce que tu en
penses ? » Demanda Lis tranquillement, en observant B’elanna et Tina
se parler tout en dansant. Elle était consciente que Cass connaissait
probablement les deux femmes mieux que quiconque sur le vaisseau. Un petit
pincement de jalousie sur la courte romance passée entre Tina et Cass, tirailla
soudain le cœur de Lis, ce qui la surprit. Et
d’où ça me vient d’être jalouse à ce sujet, réfléchit-elle. Après tout ce temps où elle a dû attendre. Elle
secoua légèrement la tête, repoussant le sentiment de jalousie. Reprends-toi, Elisabeth.
« Qui sait », disait Cass en
réponse à sa question. « Elles vont plutôt bien ensemble. B’elanna s’est
pas mal radoucie ces deux dernières années. Et Tina… » Un moment de dégoût
envers elle-même la fit taire. « Et bien », continua-t-elle
finalement. « Tina a aussi beaucoup appris. »
« Hé », dit doucement Lis, et elle
attendit que Cass la regarde. « Tu as fait de ton mieux. »
Il y eut quelques courts instants de silence
entre elles tandis qu’elles se perdaient dans le regard de l’autre.
J’ai l’impression qu’il n’y a pas un coin en
moi qu’elle ne connaisse pas, songea Cass, perdue dans le
regard vert-océan qui plongeait droit dans son âme.
C’est la seule personne à qui je n’ai jamais
rien pu cacher, réalisa Lis perdue dans le regard bleu profond.
« Toi aussi », dit simplement Cass
en attachant un monde de signification dans ces deux mots.
Lis déglutit avec difficulté.
« Merci », murmura-t-elle.
« Pour quoi ? »
« Pour comprendre que j’ai toujours
tenté de faire ce qui était juste, même si je n’ai pas toujours réussi. »
Des larmes soudaines menaçaient de submerger la jeune femme blonde.
Cass la serra plus fort, l’étreignant un peu
plus. « Je l’ai toujours compris, mon amour », dit-elle d’une voix
rauque. « Si quelqu’un dit le contraire, alors il ne nous connaît pas ou
il nous juge selon un stéréotype bizarre qui n’existe pas dans la
réalité. » Elle sentit Lis s’agripper à elle et enfouir son visage dans sa
veste. « Ne les écoute pas, Lissy. Nous savons tout ça mieux que n‘importe
qui. »
Lis renifla et se mit à rire d’un air
embarrassé, puis elle se recula pour regarder Cass à nouveau.
« On dirait que tu as eu ce genre de
discussion plus d’une fois », dit-elle en scrutant le visage de la grande
femme pour y chercher des indices. « Avez-vous dû défendre mon honneur,
Lt ? »
Un sourire bienvenu et radieux lui répondit.
« Je pensais que c’était mon travail, Conseillère », rétorqua Cass.
« Oh vraiment ? »
Demanda-t-elle alors qu’elles se remettaient à danser.
« Mhmmmmm, c’est écrit là, dans le
manuel de sécurité de Starfleet. Page 176, clause 19b. ‘Trouvez la plus belle
femme à bord du vaisseau, aimez-la de loin, et défendez-là en toutes
circonstances’. » Les paroles étaient désinvoltes, mais leur signification
n’échappaient à aucune des deux. Lis se redressa et posa le plus doux des
baisers sur la joue de Cass.
**************************
« Je ne m’attendais pas à ça », dit
Tina tranquillement tandis que B’elanna les faisaient bouger au rythme de la
musique.
« A quoi ? » Répliqua l’ingénieur
en chef.
« A une invitation à danser par la chef
de mon département », dit la jeune femme blonde avec un demi-sourire.
« Ah, ça », murmura B’elanna.
« Et bien, on ne fait que danser. Pas que je ne veuille pas… je veux dire…
je veux faire plus que… je veux dire… » Elle saisit l’étincelle
d’amusement dans les yeux noisettes de Tina. « Je veux dire »,
dit-elle avec plus de prudence. « Qu’on ne fait que danser, pour
l’instant. »
Ceci provoqua un rire de la part de Tina.
« Et je pense que le Capitaine et Seven
ont prouvé que tout est possible. Même sur un vaisseau de Starfleet »,
continua l’ex-rebelle du Maquis pince-sans-rire.
« C’est vrai », murmura Tina,
savourant la sensation des bras de B’elanna autour d’elle. La jeune femme brune
était à peine plus grande qu’elle et même si elles ne dansaient pas très
serrées, elle appréciait d’être aussi près.
Comme si elle lisait dans son esprit,
B’elanna l’attira plus près.
« Alors », dit l’officier
supérieur. « Racontez-moi quelque chose qui ne soit pas dans votre dossier
de personnel. »
****************************
A suivre – Chapitre six, 2ème
partie
18 juillet 2009
Possibilités infinies, chapitre 5
Chapitre Cinq
« Une amie dans le... euh, laissez
tomber »
(Friend
in... er, never mind)
(NdlT : le titre anglais fait référence au titre du dernier épisode de la
saison 6 de la série Xena la Guerrière
« A Friend in Need »)
*****************************************
Les deux femmes étaient allongées, épuisées, un peu
en travers, dans un enchevêtrement de draps chiffonnés, de jambes nues et de
volupté. Elles haletaient, à court de paroles, avec pour seuls mouvements de
faibles contacts du bout des doigts sur de la peau en sueur. Tandis que le
battement de leur cœur ralentissait et que leur respiration revenait à la
normale, la plus grande glissa ses longs bras puissants autour de la plus
petite et l’attira contre elle, jusqu’à ce qu’elles soient enroulées l’une
contre l’autre dans une position parfaite.
« Mmmmm, ma chérie, merci. C’était merveilleux.
Juste ce dont j’avais besoin », murmura la plus petite des deux, les bras
posés sur ceux de son amante.
L’autre femme ne dit rien, mais pencha la tête pour
déposer une série de baisers doux et tendres depuis la nuque de sa partenaire
jusqu’au bout de son épaule. Elle fut récompensée par un grognement.
« Comment savais-tu ? » Demanda la
femme entre ses bras.
« Comment je savais quoi ? » Murmura
celle-ci dans l’oreille terriblement proche de ses lèvres.
« Que j’avais besoin de toi ce soir. Que
j’avais besoin d’oublier le reste de l’univers, juste pour une nuit. »
La grande femme réfléchit quelques secondes, en
repensant à ces derniers jours.
« J’ai observé que quand tu ressentais un
stress excessif, tu fronçais tout le temps les sourcils », répondit-elle
d’un ton analytique. « Et aussi que quand nous sommes sur la passerelle,
tu es souvent assise avec le bout des doigts contre ta tempe, ce qui, je l’ai
remarqué, indique chez toi la présence d’un mal de crâne. »
Un rire de gorge chez son amante fit passer des
vibrations dans leur corps.
« Y a-t-il quelque chose que tu ne remarques
pas chez moi ? »
Elle sentit sa compagne secouer lentement la tête
derrière elle.
« Je ne crois pas. »
Le capitaine Kathryn Janeway se retourna lentement
jusqu’à être nez à nez avec la belle femme blonde, l’ex-Borg connue sous le nom
de Seven of Nine.
« Ma chère Annika », murmura-t-elle en
utilisant son nom humain plutôt que la désignation que lui avait donnée le
collectif Borg il y a tant d’années. « Même si nous vivions jusqu’à 100
ans sans retourner dans le Quadrant Alpha, je ne comprendrais toujours pas
comment je peux avoir la chance de t'avoir. »
Les yeux bleu glacier clignèrent d’un air
interrogateur.
« Clarifie. »
« Oh oui », murmura le capitaine en
embrassant doucement la jeune femme sur la bouche. « Te trouver ici, ça a
déjà été une grande chance. T’aimer était un petit miracle. Découvrir que tu
m’aimes… » Elle secoua la tête d’émerveillement. « Je suis une femme
très chanceuse. »
Seven fixa les yeux gris qui s’ouvraient sur une âme
qui signifiait tout pour elle.
« Je ne crois pas que la chance ait joué le
moindre rôle là-dedans, Kathryn », dit-elle tranquillement. « Tu es
la compagne idéale pour moi. Intelligente, courageuse, forte… » Elle
s’interrompit, son expression s’adoucit, la jeunesse transparaissant dans le
léger demi-sourire sur ses lèvres. « Plus belle que quiconque que j’aie
jamais vu. Tu étais le choix le plus évident pour moi. »
Janeway se sentit rougir dans les bras de la jeune
femme.
« Je t’aime, Annika », murmura-t-elle en
enfouissant son visage dans le cou long et doux. Elle sentit les bras de
l’ex-Borg l’entourer, l’attirer plus près dans un nid chaud et sûr au milieu
des draps.
« Et je t‘aime aussi, Kathryn », répondit
Seven. « Tout le reste serait inefficace. » Le rire de Janeway en
réponse amena un rare sourire plein sur les lèvres de la jeune blonde.
« Souhaites-tu faire l’amour à nouveau ? » Demanda-t-elle avec espoir.
Kathryn sourit contre le cou de Seven. « Ça
t’ennuie si on attend un peu ? » Répondit-elle.
« Non », répondit la jeune femme.
« Tant que je peux continuer à te serrer contre moi », dit Seven.
« Mmmmmm, oui, s’il te plaît. »
Quelques minutes de silence satisfait s’ensuivirent.
Seven écoutait la respiration de son amante, s’attendant presque à la voir
passer au lent rythme qu’elle avait appris à associer avec la routine de
sommeil de Janeway. Mais au contraire, le capitaine commença à s’agiter un peu entre
ses bras.
« Quelque chose te taraude, Kathryn », dit
Seven doucement. Elle attendit jusqu’à ce qu’elle sente le petit hochement de
tête en réponse sur son cou. « Peut-être serait-il utile que tu en
parles ? »
Janeway soupira. C’était l’un des dilemmes dans la
relation avec un membre de son équipage. Combien de fois parle-t-on des
affaires du vaisseau, songea-t-elle. Jusqu’où puis-je laisser tomber le masque
de commandement avec quelqu’un qui va recevoir mes ordres le matin
suivant ?
Elle bougea légèrement dans les bras de Seven,
s’installant de façon à se relever sur un coude. La jeune femme blonde roula
sur le dos et la fixa patiemment.
« Ma chérie, il faut qu’on mette au point
quelques règles », commença Janeway, en traçant doucement la joue de Seven
du bout de son doigt.
« Encore des règles ? » Demanda la
jeune femme, un peu plaintivement. Le capitaine sourit à ces mots, sachant
combien Seven s’agaçait contre la hiérarchie si essentielle au bon déroulement
des opérations de Starfleet.
« J’en ai bien peur, mon amour »,
répondit-elle. « Tu comprends bien qu’en tant que capitaine, j’ai beaucoup
de responsabilités, beaucoup de décisions difficiles à prendre chaque
jour ? »
« Oui, Kathryn », dit l’ex-Borg avec
solennité. « C’est l’une des raisons pour lesquelles je t’aime. Tu es
toujours si forte, même quand les choses sont… difficiles. »
Janeway hocha la tête. « Mais tu comprends bien
que je ne peux pas toujours être forte ? » Demanda-t-elle. « Il
y a des moments où quand je reviens ici dans mes quartiers et que je me
relâche… » Elle déglutit et détourna son regard du regard bleu pénétrant.
« Je suis humaine, Annika, mais cet équipage a besoin que je sois plus que
ça certains jours. »
« Tu crains que si tu me laisses voir tes
faiblesses, je sois moins efficace en tant que membre d’équipage »,
déclara Seven, comprenant immédiatement pourquoi le capitaine était restée à
l’écart du reste du personnel du Voyager pendant si longtemps.
« Oui, il y a de ça. Mais je suis aussi
inquiète de devenir un capitaine moins efficace. »
Seven eut l’air totalement intriguée par ces mots.
« Tu penses que si je te vois quand tu es
vulnérable, ça donnera moins d’importance à tes ordres ? »
Demanda-t-elle.
Janeway relâcha lentement sa respiration.
« Et bien, dit comme ça… »
Seven tendit la main et toucha la joue de l’autre
femme.
« Kathryn, tu n’es pas logique », dit-elle
doucement. « Je sais que je suis maintenant dans une position privilégiée.
A l’inverse du reste de l’équipage, je peux voir combien ces décisions sont
difficiles pour toi. Je vois comment elles t’affectent. Mon respect pour toi
n’en est qu’augmenté par ce privilège. »
Janeway sourit à la jeune femme qui se montrait
aussi perspicace que belle.
« Tu me demandes d’être discrète,
correct ? » Demanda Seven calmement.
Janeway hocha la tête. « J’ai besoin de savoir
que tout ce que je te dis en privé ne reste qu'entre toi et moi »,
répondit-elle doucement.
La main de Seven glissa autour du cou de Janeway
pour l’attirer dans un baiser paresseux et sensuel, qui les laissa toutes deux
sans souffle.
« Vous avez ma parole, Capitaine », murmura
l’ex-Borg lorsqu’elles se séparèrent, leurs bouches se touchant à peine.
« Merci, ma chérie », répondit Janeway
d’une vox rauque. Elle se détendit et s’allongea sur le corps puissant de la jeune
femme blonde ; elle sourit quand elle sentit le bras gauche de Seven
l’entourer pour l’attirer plus près. « Je me sens en sécurité avec
toi. »
Seven pencha la tête juste assez pour embrasser le
dessus du crâne de Kathryn, respirant l’odeur propre et unique des cheveux de
son amante.
« Dis-moi ce qui t’ennuie »,
suggéra-t-elle.
Janeway soupira à nouveau.
« Lis et Cass », dit-elle simplement.
Il y eut un petit silence tandis que Seven
réfléchissait à sa réponse.
« Je comprends que tu sois inquiète pour le Dr
Dayton », dit enfin l’ex-Borg. « Mais pourquoi pour le Lt
Lansdown ? »
Janeway se blottit un peu plus dans le creux du bras
de Seven.
« Parce qu’elles ont eu un passé
ensemble », répondit-elle. « J’espérais que Cass serait capable de
donner à Lis tout le soutien dont elle a besoin en ce moment. Mais jusqu’ici,
elle semble l’avoir totalement laissée seule. »
« Un passé ? Tu veux dire qu’elles étaient
amantes ? »
Le capitaine hocha la tête, en réfrénant un
bâillement.
« Oui. Avant qu’elles ne rejoignent le
Voyager. »
« Dans ce cas, je ne comprends pas comment le
Lt Lansdown peut rester éloignée », dit Seven. « Si tu avais perdu
ton mari et ton bébé en une seule après-midi, je ne supporterais pas de rester
loin de toi. »
Janeway leva les yeux vers sa jeune amante et sourit
avec tolérance.
« C’est bon de le savoir, chérie »,
répondit-elle. « Mais les choses sont un peu plus compliquées pour Cass,
je pense. »
« Parce que Lis l’a frappée ? »
« Mmmmmm, ça en fait partie. »
« Pourquoi est-ce qu’elle a fait ça ? Le
Lt Lansdown a fait tout ce qui était en son pouvoir pour sauver le Dr Standish.
La blâmer pour sa mort était une estimation inappropriée de la
situation. »
Janeway traça lentement des cercles sur l’estomac
plat de son amante et ses doigts tracèrent les bords durs de l’implant Borg qui
encerclait toujours la hanche de la jeune femme.
« Ce n’est pas si simple, je pense, ma
douce », dit-elle, presque hypnotisée par la chair de poule qui suivait le
bout de ses doigts. « Lis a regardé son mari mourir d’une horrible mort et
cela lui a causé un choc. Je pense que si la situation avait été inversée et
que ça avait été Cass que nous ayons dû laisser sur cette maudite plage, c’est
Nick qu’elle aurait frappé. »
Seven ferma les yeux face au chatouillis sensuel qui
irradiait des doigts de Kathryn. Elle luttait pour rester concentrée sur le
conversation tandis que son corps, fraîchement éveillé aux joies du contact de
la caresse, réclamait moins de parlote et plus de sexe.
« Les Humains sont si contradictoires »,
dit-elle en fronçant les sourcils.
Janeway eut un rire. « C’est en partie ce
qui fait de nous des Humains», répliqua-t-elle.
« Ça ne fait qu’une semaine. Peut-être que le
Lt Lansdown… » Seven chercha la phrase exacte. « … attend le bon
moment. »
« Enormément de choses peuvent arriver en une
semaine, ma chérie », répondit Janeway, laissant ses doigts vagabonder sur
les seins généreux de la jeune femme blonde. « Regarde-nous. » Elle
sourit lentement, savourant l’expression de pur désir sur le visage de la jeune
femme.
Seven grogna lorsque les doigts légers effleurèrent
et pincèrent. « Vas-tu parler au Lt Lansdown ? » Réussit-elle
enfin à articuler.
« J’ai bien peur de devoir le faire », dit
le capitaine en soupirant. « J’ai dit à Lis de prendre tout le temps dont elle
a besoin, mais la vérité, c’est que nous ne pouvons pas nous passer d’elle
indéfiniment. Et Cass agit un peu machinalement. En plus, je pense que Lis a
besoin d’elle. »
Seven ne put résister plus longtemps. Elle prit
Kathryn dans ses bras et les fit rouler toutes les deux jusqu’à ce qu’elle soit
au-dessus d’elle. Elle glissa sa cuisse entre celles de Janeway et commença un
mouvement lent de va-et-vient tout en pressant la chaude humidité.
« J'ai besoin de toi, Kathryn Janeway »,
dit-elle doucement.
« Ooh », dit le capitaine en soupirant
tout en s’arquant contre Seven. « Par la déesse, Annika, quel effet tu me
fais », grogna-t-elle. « Tu apprends vite, ça on peut le dire. »
« J’ai le meilleur professeur dans tout le
Quadrant Delta », roucoula la jeune blonde dans son oreille.
« Apprends-moi encore, Kathryn. Apprends-moi comment te satisfaire. »
« Ohhhhhhhh… »
**********************************
Les étoiles passaient en tournoyant derrière la
grande baie vitrée tandis que le Voyager continuait son voyage en vitesse de
distorsion vers le Quadrant Alpha. Derrière l’aluminium transparent, une petite
silhouette était assise dans la pièce obscure. Blottie dans un coin d’un grand
fauteuil, Lis serrait une tasse de café refroidi entre ses mains. Comme elle
l’avait fait pendant la plus grande partie de la semaine passée depuis sa
sortie de l’infirmerie, elle fixait silencieusement les traces argentées dans
le vide, ses pensées aussi éphémères que les galaxies qui passaient.
Elle ne se souvenait pas beaucoup des premiers jours
après leur retour de la planète sur laquelle Nick – et son bébé – étaient
morts. Elle supposait que c’était une bénédiction. Tout ce qu’elle pouvait voir
dans son esprit, c’était le visage pâle et épouvanté de Nick, ses lèvres
tachées de son propre sang. Et ensuite ça avait été un tourbillon de visages,
le Capitaine Janeway, Seven of Nine, Cass, le Docteur, et les crampes
horriblement douloureuses avaient marqué la fin de sa grossesse si brève.
Deux jours d’oubli total avaient suivi, elle le
savait. Puis on l’avait laissée revenir dans ses quartiers. Des quartiers
qu’elle n’osait pas regarder de trop près, tellement remplis de souvenirs de sa
vie avec Nick.
C’est déjà assez dur que ma tête soit remplie de
souvenirs des bons moments… et des mauvais, songea-t-elle. Mais surtout des
bons moments, reconnut-elle. Particulièrement ces quatre dernières années où
ils avaient réussi à reconstruire leur mariage après sa liaison avec Cass.
Cass. Pourquoi n’est-elle pas venue au service
funèbre, se demanda Lis, en ressentant une autre vague de douleur au souvenir
de l’absence du grand chef de la sécurité aux cheveux noirs. Je n’ai jamais été
si seule dans ma vie.
Une larme unique coula sur la joue de la jeune
femme.
*****************************************
A l’autre bout du vaisseau, Cass avait ses propres
problèmes. Elle pataugeait dans les raapports de personnel de son département,
mais rien ne lui venait facilement à l’esprit. Comme ça avait été le cas toute
cette dernière semaine, le chef de la sécurité avait des problèmes pour se
concentrer sur autre chose que son rôle dans la mort de Nick Standish.
Elle n’avait pas eu la force de participer au
service funèbre. La pensée d’être repoussée, accusée à nouveau par Lis, était
trop lourde à supporter et elle avait plutôt opté pour une nuit solitaire à
boire, enfermée dans ses quartiers. Mais même cette décision avait provoqué des
spasmes de culpabilité.
J’aurais pu faire plus, songea-t-elle. N'est-ce pas
? Elle avait eu beau revivre en esprit les événements sur la plage pendant des
jours et des jours, ça ne lui avait pas montré ce qu’elle avait mal fait ou ce
qu’elle aurait pu mieux faire. Cass était intransigeante dans les reproches
qu’elle se faisait.
Ce foutu fusil, pensa-t-elle pour la millionième
fois en une semaine. Si seulement je l’avais tenu plus serré… Si je n’avais pas
écouté Nick quand il m’a dit de le laisser. J’aurais pu le sauver, non ?
Lorsque le Delta Flyer avait enfin pu échapper au
champ étrange de la planète qui bloquait la téléportation, Lis saignait à
profusion et sa fausse couche était inéluctable. Cass l’avait regardée partir
dans une gerbe de particules dorées avec un sentiment de terreur et de
culpabilité, persuadée que la psychologue la blâmerait aussi pour ça.
Peut-être que c’est ça que je ne peux pas affronter,
pensa Cass d’un air chagrin tout en ajoutant une requête pour des félicitations
au dossier de Charlie Johnson. Je ne pourrais pas supporter d’entendre Lis me
blâmer aussi pour la mort de son bébé.
Elle finit par repousser l’ordinateur et alla vers
une étagère toute proche. Elle y prit une bouteille de whisky pur malt. Pas de
synthéhol pour moi ce soir, pensa-t-elle en se versant une dose de liquide
ambré dans un verre. Je suis fatiguée de réfléchir. Peut-être que demain je
trouverai un moyen de me racheter. Mais là maintenant, tout ce que je veux,
c’est tout oublier. Elle avala d’un coup, en hoquetant face à la brûlure du
liquide qui coulait en elle. Puis elle s’en versa un autre et se retourna pour
aller vers le canapé sous le hublot.
Se ravisant, elle tendit la main vers la bouteille
et l’apporta avec elle, s’installant dans les coussins doux pour une nuit
d’oubli.
***********************************
Janeway entra avec force son code maître sur le
panneau de contrôle de la porte des quartiers de Lis. Malgré ses essais
répétés, celle-ci n’avait pas répondu à ses demandes alors que l’ordinateur de
bord lui disait que non seulement la psychologue était à l’intérieur, mais
qu'elle était éveillée.
Je n’aime pas faire ça, pensa Janeway en entrant la combinaison
chiffrée qui allait lui permettre d’entrer. Mais il y a quelque chose qui ne va vraiment pas ici.
La porte finit par s’ouvrir en glissant et le
commandant du Voyager entra dans dans la pénombre du logis de Lis. Janeway
attendit quelques secondes après la fermeture de la porte derrière elle,
laissant ses yeux s’adapter à la pièce éclairée par la lumière des étoiles.
Elle pouvait juste deviner une silhouette encadrée par la baie. Lis était
appuyée contre la cloison et fixait l’espace d'un œil vide.
« Lis ? »
« Entrez », dit doucement la silhouette
près de la fenêtre.
Janeway s’avança lentement jusqu’à se trouver près
de la psychologue. La lumière des étoiles éclairait un visage plus aminci et
plus hagard que la semaine précédente. Des ombres noires rendaient les yeux de
Lis, habituellement vifs, creux et ternes.
« Pas besoin de vous demander si vous
dormez », dit calmement Janeway. « Vous avez une tête de déterrée,
Lis. »
« Je n’ai pas l’impression de quoi que ce soit
en fait », répliqua la jeune blonde. « Je suis, c’est tout. » Le
capitaine tendit la main et la posa sur le haut du bras de la jeune femme.
« Je me sens vide. » Inconsciemment, Lis laissa tomber sa main sur
son ventre, comme pour rassurer le bébé qui ne s’y trouvait plus.
« Je comprends », dit Janeway doucement,
bien qu’elle savait que ce n’était pas vraiment le cas. Le capitaine avait
perdu son père, et un ancien petit ami, plusieurs années auparavant, et bien
entendu, être le capitaine d’un vaisseau d’exploration de Starfleet, signifiait
qu’elle était bien trop habituée à la perte de membres d’équipage sous son
égide. Mais rien ne souffrait la comparaison avec la perte d’un mari et d’un
enfant, même à l’état d’embryon, en un seul après-midi.
Un regard vert hanté et terne chercha le sien et
Janeway se rendit compte que Lis savait à quel point elle ne pouvait pas
comprendre.
« Il faut que vous dormiez un peu », dit
le capitaine, en optant pour l’aspect pratique plutôt que pour des platitudes.
Lis secoua lentement la tête. « Je ne veux pas
dormir », dit-elle. « Je… je n’aime pas ce que je vois… quand je
dors. »
« Peut-être que le Docteur peut vous
aider », suggéra Janeway doucement.
« Peut-être… Mais je ne pense pas qu’il puisse
arrêter les cauchemars », répliqua Lis. « Je ne veux pas aller
là-bas. »
Janeway hocha la tête, sachant qu’elle ne pouvait
pas la forcer plus pour l’instant. La douleur est une chose difficile à
prédire, pensa-t-elle. Et Lis le sait mieux que quiconque.
« Il faut que vous parliez à quelqu’un »,
tenta-t-elle.
La psychologue s’appuya contre la cloison et regarda
le capitaine, un petit sourire sur les lèvres.
« Qui conseille le conseiller »,
murmura-t-elle. « Vous, Capitaine ? »
Janeway n’éluda pas la question. « Vous savez
que ma porte vous est toujours ouverte. Mais vous savez aussi que ce dont vous
avez besoin à cet instant, c’est le soutien de vos amis. Les gens qui vous
connaissent le mieux. Et ce n’est pas nécessairement votre commandant. »
Lis hocha lentement la tête. « La seule
personne qui pourrait m’aider, y semble peu encline, Capitaine », dit-elle
tristement.
Hmmmmm, songea Janeway, ses soupçons confirmés.
Ainsi elle ne se souvient pas. « Et bien je soupçonne que le Lt
Lansdown se sent un peu incertaine sur le fait que vous vouliez ou pas de son
aide. »
Lis fronça les sourcils. Pourquoi Cass
ressentirait-elle une telle chose, se demanda-t-elle. Une bribe de souvenir fit
soudainement surface et elle hoqueta, les yeux écarquillés.
« Je l’ai frappée », dit-elle, en se
couvrant rapidement le visage des mains. Seigneur, quelle imbécile.
« Pourquoi est-ce que j’ai fait ça ? » Demanda-t-elle au
capitaine, en laissant retomber ses mains.
« Le choc », dit Janeway brusquement.
« N’y pensez pas pour l’instant », ajouta-t-elle rapidement, en
voyant le visage de Lis commencer à se plisser au souvenir. « Et
laissez-moi m’occuper du Lt Lansdown. » Le capitaine s’avança, diminuant
l’espace entre elle et la petite femme blonde avant de mettre la main sur
l’épaule de Lis. « Entre-temps, je veux que vous commenciez à prendre soin
de vous, conseillère. Prenez ça comme un ordre. »
Lis hocha légèrement la tête et fit un faible
sourire au capitaine, alors même qu’elle pensait qu’il n’y avait pas
grand-chose à faire pour prendre soin d’elle-même. Je veux juste ne plus rien
ressentir, pensa-t-elle en regardant Janeway quitter ses quartiers.
Je ne veux plus rien ressentir du tout, jamais.
*********************************
Un mur sonore frappa Janeway lorsqu’elle entra dans
les quartiers de Cass quelques minutes plus tard. Pas étonnant qu’elle ne m’ait
pas entendue, pensa le capitaine, en tressaillant sous l'assaut des
mega-decibels d’une musique rock qui ne pouvait être que klingonne. Ce bruit
rendrait sourd un mastodonte.
« Ordinateur, arrête la musique »,
cria-t-elle, espérant que l’ordinateur de bord serait capable de distinguer sa
voix de la cacophonie. Soulagée par le silence soudain, Janeway s’amusa à
regarder la danse gracieuse mais visiblement éméchée de son chef de la
sécurité.
« Hé ! Ordinateur ! ! Elle est
où la musique, bordel ? » Hurla la femme déroutée tout en tournoyant
pour se trouver face à son commandant. « Saaaaaalut, Capt’ne »,
articula-t-elle, son accent australien rehaussé par l’alcool. « Vous êtes
venue boire un coup avec moi ? »
Seigneur, pensa Janeway en levant les yeux au ciel. Qu’ai-je
fait pour mériter ça ? Elle prit une inspiration profonde et s’approcha de
Cass. « En fait, Lt, je suis venue vous parler », dit-elle.
« Ehhh bééé, c’est génial ça »,
s’enthousiasma la grande femme. Cass tendit le bras pour entourer les épaules
du capitaine. « Je sais », dit-elle, en tirant Janeway vers le
canapé. « Vous avez encore besoin de conseils, hein ? Pour attirer la
charmante et belle Seventy-Nine dans vos draps, j’parie. » Elle s’affaissa
sur le canapé, en tirant Janeway avec elle. « Bon sang, j’vais vous dire,
Capt’ne, va vous falloir un bon nonosse et du dressage pour garder celle-là
sous contrôle. » Cass se mit à rire de manière incontrôlée à cette pensée
et Janeway saisit l’occasion pour se libérer, en se mettant à une distance
respectable de la femme aux longs bras.
Je n’arriverai à rien avant qu’elle ne soit
redevenue sobre, réalisa-t-elle. Elle regarda Cass se verser un autre verre
pour elle-même et un pour le capitaine, renversant du whisky sur la table basse
en essayant de se concentrer sur les verres. Je pourrais un peu accélérer le
processus. Elle tapota son communicateur.
« Janeway à infirmerie. »
« En quoi puis-je vous aider,
Capitaine ? » Répondit le HMU de son ton mesuré.
« Vous pouvez enfiler votre émetteur mobile et
me rejoindre dans les quartiers du Lt Lansdown, Docteur », répondit-elle.
« Elle est souffrante ?
Blessée ? »
« Ni l’un ni l’autre », dit Janeway
brusquement. « Apportez une hypospray de suppresseur d’alcool, si ça ne
vous ennuie pas. »
« Ahhh », dit le Docteur d’un air
narquois. « Dois-je apporter le remède anti-gueule de bois,
aussi ? »
Janeway regarda le chef de la sécurité imbibé
d’alcool, adossée dans le canapé et qui chantonnait pour elle-même. Elle donna
sa réponse avec une lueur malicieuse dans l’œil.
« Non », dit-elle. « Je pense que je
vais la laisser souffrir un peu. »
« Compris », répondit le Docteur.
« J’arrive. »
Quelques secondes plus tard, il se matérialisait au
milieu du séjour, une hypospray dans la main.
« Tiens, tiens, tiens », dit-il d’un ton
dédaigneux en notant la pièce en pagaille. « On se donne du bon temps, je
vois. »
« Saaaaaaluuuut, Doc ! ! Contente de
vous voir, mon pote ! » Le salua Cass, en bondissant pour se lever
tant bien que mal du canapé avant de s’avancer vers l’hologramme. Il resta
stoïque et leva l’hypospray, relâchant son contenu aussitôt qu’elle toucha le
cou de la grande femme.
Désorientée pendant un moment, Cass tituba sur place
jusqu’à ce que le médicament fasse son effet et elle redevint sobre en un instant.
« Holà », marmonna-t-elle. Janeway se mit
au fond du canapé et croisa les bras sur sa poitrine, attendant que son chef de
la sécurité recouvre ses esprits. « Oooohhhhh ! » Cass porta
rapidement les mains à ses tempes où un mal de crâne lancinant avait
mystérieusement commencé à se développer.
« Mon travail est terminé », dit le
Docteur avec un grand geste de son hypospray.
« Merci Docteur », dit le capitaine en le
remerciant d’un signe de tête, alors que le HMU se téléportait à nouveau.
« Lt, venez donc me rejoindre sur le canapé. »
« Oh bon sang », grogna Cass. Elle revint
lentement et s’assit avec précautions. « Capitaine, je suis vraiment
désolée. » Ses cheveux noirs tombèrent vers l’avant lorsqu’elle enfouit sa
tête entre ses mains.
« Oubliez ça, Cass. Mais bon, vous allez
sûrement ajouter ça à la liste des choses pour lesquelles vous vous
flagellez », dit Janeway ironiquement. Cass se redressa lentement,
repoussant les cheveux de son visage de ses longs doigts.
« Je sais que ma cervelle me sort par les
oreilles, Capitaine, mais vous pourriez m’expliquer ça en mots d’une seule
syllabe ? » Cass savait qu’elle avait l’air un peu irrité mais comme
elle pouvait à peine s’entendre parler elle-même au-dessus du battement dans
son crâne, elle décida de se laisser un peu aller.
Janeway laissa la jeune femme mariner un moment
avant de décider de son angle d’attaque.
« Cass », dit-elle en se penchant en
avant. « Il y a une femme à l’autre bout de ce vaisseau qui a terriblement
besoin de vous. Elle souffre et elle se sent très seule. N’ajoutez pas à sa
douleur en restant loin d’elle. »
Un regard injecté de sang mais toujours d’un bleu
perçant, soutint le sien. « Elle ne veut pas de moi près d’elle,
Capitaine », dit Cass brutalement. « Elle me l’a fait comprendre très
clairement. »
« Jusqu’à il y a vingt minutes avant que je le
lui rappelle, elle ne s’était même pas rendu compte qu’elle vous avait frappée,
Lt », répliqua le capitaine. « C’était dû au choc, Cass. Rien de
plus. Sortez-vous ça de l’esprit et allez apporter du réconfort là où on en a
vraiment besoin. »
« Est-ce que c’est un ordre,
Capitaine ? »
Janeway soupira d’agacement. « Vous n’avez pas
besoin d’un fichu ordre pour faire ça, et nous le savons toutes les
deux », lâcha-t-elle. « En dehors du reste, vous êtes son amie. Vous
êtes la seule sur ce vaisseau qui peut lui parler. Ne restez pas assise là à me
dire que vous ne voulez pas l’aider, parce que je ne vous croirai pas un seul
instant. Alors mettez à la poubelle, votre apitoiement, votre auto-flagellation,
et tous les blocages que vous cachez dans votre pauvre tête douloureuse, c’est
là qu’est leur place. Elle a besoin de vous. C’est tout ce qui devrait
compter. »
Elle se leva rapidement, agacée d’avoir perdu son
sang-froid avec la jeune femme qui se tenait assise dans un silence obstiné.
Janeway se retourna et la regarda.
« Bon sang, Cass. Ne me poussez pas à vous
l’ordonner. »
Il y eut un autre silence alors que le regard bleu
se levait vers elle. Cass finit par hocher la tête en baissant les yeux.
« Ce qui est drôle, c’est que c’est comme si
j’avais besoin qu’elle soit en colère contre moi. La claque qu’elle m’a donnée
était justement l’excuse dont j’avais besoin », dit-elle doucement.
Janeway hocha la tête. « Comme je l’ai dit, Lt.
Il y a une femme à l’autre bout de ce vaisseau qui a terriblement besoin de
vous. »
Ce fut le tour de Cass de hocher la tête. « Je
ferai de mon mieux, Capitaine. »
« Bien. « Janeway se dirigea vers la
porte. A mi-chemin, une pensée traversa son esprit et elle s’arrêta, se
retournant pour faire face à Cass à nouveau. « Et à propos, au sujet de
cette autre chose dont nous discutions. » Elle sourit en voyant le chef de
la sécurité hausser un sourcil. « J’ai tenu compte de votre conseil. Ça a
marché. » Le sourire de Kathryn devint canaille. « Merci. »
Cass répondit au sourire du capitaine par un autre.
« A votre service. »
***********************************************
Une heure plus tard, sobre, lavée et vêtue d’un
pantalon décontracté et d’un tee-shirt, Cass se tenait devant la porte fermée
de Lis. Avec incertitude, elle tendit la main vers le panneau de contrôle puis
la retira à nouveau.
Merde, se dit-elle en prenant quelques inspirations.
Et pourquoi je suis aussi nerveuse, bon sang ? Je connais Lis mieux que
moi-même. Et elle a besoin d’une amie là maintenant. Elle se passa la main dans
les cheveux et redressa ses épaules. Allez Lansdown, reprends-toi.
Elle tendit à nouveau la main et demanda l’entrée.
La porte s’ouvrit sans attendre et elle entra dans la pénombre. Cass ne le
savait évidemment pas, mais Lis n’avait pas changé de place depuis que Janeway
était partie, son épaule gauche contre l’avancée principale de l’encadrement du
hublot, les bras croisés, le dos légèrement tourné vers la porte.
« Bonjour Cass », dit la jeune femme
blonde tranquillement sans regarder le chef de la sécurité.
Cass ne dit rien, mais elle vint se mettre derrière
elle. Toute l'incertitude qu’elle avait pu avoir sur la façon d'approcher Lis
s’évapora lorsqu’elle ressentit la douleur et la tristesse qui émanait de la
jeune femme blonde par vagues. Un désir presque submergeant écrasant de
protéger son ancienne amante monta en elle et elle tendit les bras, les passa
autour de la taille de Lis et l’attira doucement. Il y eut un instant
d’immobilité, puis Lis se détendit et s’appuya contre la silhouette chaude et
solide derrière elle.
La jeune femme ferma les yeux, ne se sentant soudain
plus aussi seule. Cela ne faisait pas disparaître la douleur de la perte, mais,
au moins, maintenant elle avait l’impression d’avoir une alliée.
« Je suis désolée », murmura Cass près de
son oreille. « Pour tout. »
Lis prit une longue inspiration saccadée qui se
transforma en sanglot quand elle sentit les bras de Cass se serrer autour
d’elle. D’un seul mouvement, elle se retourna, enroula ses doigts autour du
tissu doux du tee-shirt de Cass et y enfouit son visage lorsque les larmes
apparurent enfin.
Brièvement déroutée par la réaction soudaine de Lis,
Cass s’adapta rapidement et étreignit la jeune femme avec douceur. Elle glissa
une main vers la nuque de Lis et la maintint tout près, sa joue posée sur les
cheveux blonds et fins.
Pendant quelques minutes, elles restèrent ainsi,
Cass berçant une Lis éplorée tandis qu’une semaine entière de tristesse retenue
sortait à flots.
« N-ne… ne m-me qu-quitte p-pas », dit
enfin la jeune femme blonde au milieu des sanglots.
« Pas question », répondit Cass doucement.
« Je ne vais nulle part, ma chérie. » Elle laissa Lis s’appuyer
contre elle et bougea légèrement pour les maintenir en équilibre.
« Mettons-nous à l’aise », suggéra-t-elle en les emmenant vers le
canapé.
Lis la lâcha suffisamment pour que Cass puisse les
installer toutes deux dans un coin sur les coussins légers. La femme brune
sourit doucement tandis que Lis se remettait entre ses bras et s’enroulait
autour d’elle.
« Essaie de dormir », murmura Cass.
Lis secoua la tête avec frénésie contre son épaule.
« Non. Je ne peux pas », dit-elle la gorge serrée. « Les
c-cauchemars sont t-trop horribles… »
« Chhhut », dit Cass d’un ton apaisant.
« Ils n’oseront pas venir avec moi dans le coin. Je vais découper les
monstres en tranches avec mon épée à double tranchant. »
« D-d’accord. Je… je suis d-désolée de t-avoir
f-frappée, C-Cassie », murmura Lis d’un ton hésitant.
« Ne t’inquiète pas pour ça, mon amour »,
répondit celle-ci calmement. « Je suis juste heureuse que tu n’aies pas
tenu un phaseur. » Elle sourit en sentant un rire ténu secouer la
silhouette mince entre ses bras. « Tu as eu une réaction normale à une situation
anormale, Lissy. Tu le sais. Je ne veux plus que ça t’inquiète,
d’accord. »
Elle sentit Lis hocher la tête.
« Je ne v-veux plus penser à t-tout ce qui
s’est p-passé du tout », dit doucement la jeune femme blonde.
« Je sais, ma douce. Et c’est bon pour le
moment. Tout ce dont tu as besoin ce soir, c’est de dormir. On va devoir parler
de ce qui s’est passé à un moment ou un autre. Mais pas maintenant, pas ce
soir. D’accord ? »
« D’accord. » Lis s’installa plus
confortablement et se détendit de manière visible contre le corps chaud de
Cass. « Merci », murmura-t-elle.
Cass l’embrassa doucement sur le dessus de la tête.
« Ordinateur. » Un bip familier lui répondit. « Accède à mes
fichiers musicaux. Lansdown Alpha 3-2-2-1. Volume bas. » De la musique
celtique douce emplit la pièce et Cass serra un peu plus les bras autour de
Lis, pour les mettre à l’aise pour la nuit à venir.
En quelques minutes, elle sentit la jeune femme
épuisée se laisser totalement aller dans son étreinte. Enfin, songea Cass. Je
ne l’ai jamais vue aussi épuisée. Peut-être que quelques nuits de sommeil
décent l’aideront à se remettre d’aplomb. Avec un soupir profond, Cass, qui
n’avait pas vraiment dormi elle-même, appuya la tête contre le dossier du
canapé et ferma les yeux, se laissant aller au sommeil.
**************************************
B’elanna Torres prit une autre gorgée de sa première
tasse de café de la journée tout en lisant le PADD dans sa main. Il était sept
heures du matin et l’ingénieur en chef savourait un petit déjeuner confortable
au mess avant le démarrage de sa période de service. Elle avait réussi à
persuader Tom Paris de retourner dans ses quartiers au milieu de la nuit. La
demi-Klingonne volcanique était déconcertée de découvrir que plus sa relation
avec le beau pilote avançait, plus elle était irritée à son égard.
Ce qui est totalement injuste envers lui,
concéda-t-elle. Elle soupira en passant en revue le journal de la période
gamma. J’aimerais juste qu’il me tienne un peu plus tête, songea-t-elle. Il
peut être si gentil, mais il n’est tout simplement pas… Avec un grognement
agacé elle jeta le PADD sur la table.
A quelques tables d’elle, un groupe de jeunes
membres d’équipage, incluant deux personnes de l’ingénierie, remarqua-t-elle,
étaient engagés dans une conversation animée. La plupart venaient juste de
terminer leur période gamma, B’elanna en était sûre, et ils étaient de bonne
humeur. Heureuse d’être distraite de ses propres problèmes pour quelques
minutes, elle porta son attention vers leur conversation tout en entamant une
assiette des meilleurs œufs brouillés de Neelix. N’importe quoi pour m’éviter
de penser au goût, pensa-t-elle ironiquement.
Elle laissa les détails de la conversation passer
sur elle un moment, puis une voix particulière attira son attention.
« Allez », dit la jeune femme. « Qui
parie avec moi ? »
« Qu’est-ce qu’on parie ? » Dit une
autre femme.
« Des rations de synthétiseur », répondit
la première.
« Et sur quoi on parie ? »
demanda un des hommes.
Cela produisit des rires qui firent dresser les
oreilles de l’ingénieur en chef.
« Le principe c’est de deviner combien de temps
il va falloir au Dr Dayton pour harponner le Lt Lansdown », dit la
première femme.
Que…pensa B’elanna en couvrant son étonnement par
une autre gorgée de café.
« Tu m’a perdu là », dit l’homme. « De
quoi tu parles ? »
« Oh, tu n’es pas au courant ? »
Demanda la femme. « Elles étaient amantes. Il y a des années de ça. Avant
de venir à bord du Voyager. »
« Et alors ? »
« Alors tout le monde sait que Lansdown s’est
retenue depuis. Regarde ce qui s’est passé avec Tina Roberts »,
expliqua-t-elle. « En plus Dayton l’a fait poireauter depuis. En restant
amies. Et maintenant la rumeur dit que Lansdown est en service commandé de
‘réconfort’. » La jeune femme mit l’emphase sur le mot en mimant des
guillemets avec ses doigts.
B’elanna était abasourdie. D’un côté, elle ne
pouvait pas croire ce qu’elle entendait. Cass et Lis. D’un autre côté, pensa-t-elle. Ça donne du sens à pas mal de
choses à propos de Cass.
« Bon sang, » dit l’un des autres hommes.
« Le Dr Standish n’est mort que depuis deux semaines environ. Tu ne
suggères pas sérieusement que le Dr Dayton est calculatrice à ce
point ? »
La voix de la raison, songea B’elanna.
Sa collègue haussa les épaules. « Hé, c’est ça
le but du jeu, Josh. Tu peux parier qu’il leur faudra six mois pour se mettre
ensemble si tu veux. Personnellement, je pense que c’est déjà en train
d’arriver. Si tu penses autrement, tu paries tes rations et tu montres que t'as
pas que de la gueule. »
Il y eut une pause alors que Josh étudiait
visiblement ses options.
« Très bien », finit-il par dire.
« Je suis de la partie. »
Ça suffit, pensa B’elanna. J’ai assez entendu de
conneries. Elle frappa la table du plat de sa main en se levant brusquement. Le
bruit fut assez fort pour faire taire les conversations autour d’elle, un effet
dramatique qui la satisfait tandis qu’elle s’avançait vers les hommes
d’équipage en question.
« L-Lt… » Dit avec hésitation la femme qui
avait lancé l’idée, une Bolienne. Si sa peau bleue avait pu rougir d’embarras,
elle l’aurait fait.
« Je vais vous donner un petit conseil, dit
B’elanna d’un ton menaçant en s’appuyant sur la table avec ses mains.
L’ingénieur en chef utilisait sa redoutable réputation à son avantage, sa lèvre
supérieure légèrement retroussée. « Je vous suggère d’oublier ce petit
jeu. Je vais aussi vous suggérer de limiter vos ragots à vous-mêmes au lieu de
spéculer sur la vie privée de vos officiers supérieurs. » Elle soutint le
regard de l’organisatrice du pari. « Et si j’entends encore un seul mot
sur ce sujet, je vous traîne les uns après les autres chez le capitaine. »
Son regard passa de l’un vers l’autre. « Est-ce que je me fais bien
comprendre ? »
Un chœur de ‘oui, madame’ et ‘bien, lieutenant’, lui
répondit.
« Fichez le camp d’ici, tous », grogna-t-elle.
Elle faillit se mettre à rire en voyant la vitesse à laquelle le groupe se
dispersait, abandonnant des plats et des tasses de café fumantes dans leur
sillage. « Imbéciles. »
« Un problème, Lt ? » Dit une voix
basse et riche derrière son épaule droite et B’elanna sursauta légèrement à sa
proximité.
« Salut », répondit-elle d’un ton bourru
en se retournant pour faire face à Cass.
« Salut à toi », répondit le chef de la
sécurité joyeusement. « Tu souffles dans les bronches de quelques membres
d’équipage avant le petit déjeuner, B’elanna ? C’est une bonne façon
de commencer la journée. »
La Klingonne renfrognée les mena à sa table et se
rassit avant de prendre sa fourchette pour une autre attaque sur ses œufs qui
refroidissaient.
« Ils se comportaient comme des gamins
imbéciles », dit-elle évasivement, sans croiser le regard bleu amusé de Cass.
« Ils me couraient sur les nerfs. » Pourquoi elle ne m’a rien dit sur
Lis et elle ? Se demanda-t-elle.
Cass avait été chef de la sécurité assez longtemps
pour savoir quand on lui racontait des salades. « Oui, oui »,
dit-elle en observant B’elanna avec attention. Il y a quelque chose,
pensa-t-elle.
« Alors, comment va Lis ? » Demanda
la Klingonne.
Okay, ça ce n’est pas une coïncidence, se dit Cass.
« Elle se remet », dit-elle tout haut. « Ces deux dernières
semaines ont été rudes, mais je pense qu’elle commence à se frayer un
chemin. »
B’elanna la regarda rapidement. « Tu es restée
avec elle, hein ? »
Cass hocha la tête. « Elle dort mieux quand
elle n’est pas seule », répondit-elle. Leurs regards se croisèrent et Cass
leva les yeux au ciel d’agacement. « Lâche-moi un peu, B », dit-elle.
« J’ai dormi sur le canapé, d’accord ? »
B’elanna leva les mains en signe de reddition.
« Okay, okay. Ne sors pas ton phaseur », marmonna-t-elle.
Cass posa sa fourchette et regarda son amie droit
dans les yeux avec un regard bleu glacier. « C’est quoi ça,
B’elanna ? Et c’était quoi tout ce cirque d’intimidation ? »
Zut, elle ne va pas laisser tomber, réalisa
l’ingénieur. Elle posa ses couverts et croisa le regard de Cass.
« Pourquoi tu ne m’as jamais rien dit au sujet de Lis et toi ? »
Demanda-t-elle calmement.
Bon sang, je ne m’attendais pas à ça, pensa Cass,
désarçonnée par la question. Elle y réfléchit un instant. « Parce que Lis
avait droit… a droit… à son intimité », dit-elle simplement. « Elle
est… était… mariée, et elle n’avait certainement pas besoin que ce genre de
rumeur fasse le tour. Les choses étaient assez sensibles entre Nick et moi sans
que ce genre de conneries ne soit ressuscitées. »
« Et tu pensais qu’on ne pouvait pas me faire
confiance pour garder ce genre d’information ? » Demanda B’elanna, un
peu froissée par cette pensée.
« Allons, B, sois un peu honnête. Tu n’es pas
vraiment immunisée contre la tentation d’un petit ragot juteux. »
« Pas ce genre-là, Cass. Pas un truc
malveillant comme… » Elle montra de la tête dans la direction de la table
où s’étaient trouvés les membres d’équipage.
« Ah. Alors il y avait bien quelque
chose », dit Cass après réflexion. « Crache le morceau,
B’elanna. »
La Klingonne soupira d’un air dramatique.
« Très bien. Mais tu ne vas pas aimer
ça. » Elle croisa les bras sur sa poitrine et soutint le regard de Cass.
« Ils pariaient sur le temps qu’il vous faudrait, à Lis et à toi, pour
vous mettre ensemble… sentimentalement parlant. » Elle s’interrompit, pas
sûre de savoir ce qu’elle devait vraiment dire à son amie. Le regard bleu
perçant et furieux la fixait. Oh bon sang. « Mais ils ne l’ont pas dit
aussi poliment. »
« Et comment ils l’ont dit au
juste ? » Gronda Cass, sa voix dans le registre dangereusement bas et
calme que B’elanna avait appris à connaître et qui annonçait les ennuis.
« Cass, oublie ça. Ça n’a pas d’imp… »
« Dis-moi juste », la coupa le chef de la
sécurité.
B’elanna soupira. Pourquoi je n’ai pas pris le petit
déjeuner dans mes quartiers, moi ?
« L’essentiel de la conversation portait sur le
fait que Lis te faisait poireauter depuis des années, en maintenant votre
amitié, et en te gardant à bonne distance, pendant que tu la laissais plutôt
faire en devenant la princesse des glaces avec toutes les autres. Le pari
c’était de voir qui pourrait deviner combien de temps il lui faudrait pour te
dégeler maintenant que Nick est parti. » Elle sortit le tout d’une traite
sans croiser le regard froid et coléreux de son amie.
« Et bieeeen, est-ce que ça n’est pas tout
simplement génial ! » Gronda Cass. Elle lança un regard à l’ingénieur
en chef. « Et c’est aussi ce que tu penses ? »
« Hé ! » B’elanna réagit brusquement
en laissant sa colère légendaire exploser un moment. « C’est moi qui ai
chassé ces idiots, tu te souviens ? En plus », rappela-t-elle à Cass,
« je ne suis au courant de tout ça que depuis dix minutes grand maximum.
Je ne suis pas sûre que ça m’autorise à avoir quelque opinion que ce
soit. »
Pendant quelques instants, les deux femmes au fort
tempérament se lancèrent des regards noirs. C’est Cass qui lâcha la première.
« Je suis désolée de ne pas avoir pu t’en
parler, B », dit-elle calmement.
« Bon sang, Cassandra, tu sais bien que je ne
peux pas résister quand tu me regardes comme ça de tes beaux yeux bleus »,
rétorqua B’elanna en retrouvant leur mode de flirt habituel. Elle sourit à la
jeune femme aux cheveux noirs et fut soulagée de recevoir un sourire en retour.
« Tu me racontes maintenant ? »
Cass hocha la tête et laissa tomber son regard sur
ses mains, qui jouaient avec sa tasse de café sur la table.
« Tu as déjà rencontré ton âme-sœur,
B ? » Demanda-t-elle doucement.
« Je ne suis pas sûre de savoir ce que cela
signifie », répondit B’elanna ironiquement, en repensant à sa propre
histoire d’amour en dents de scie.
« Moi si », répondit Cass. « Au
moment où j’ai rencontré Lis, je l’ai su. Je savais que c’était la seule
personne avec laquelle j’étais supposée être. » Elle jeta un regard à la
Klingonne, qui avait penché la tête sur le côté et l’écoutait. « Je ne
veux pas seulement dire que j’étais attirée par elle, ou qu’elle m’intriguait.
Je veux dire que… je l’ai rencontrée et soudain je pouvais voir ce qui manquait
à dans ma vie. Et pas seulement ça, je pouvais aussi voir la personne qui
pouvait me donner ce dont j’avais besoin. » B’elanna hocha la tête et elle
continua.
« Lis a une théorie sur l’amour »,
dit-elle en souriant. « C’est comme si nous avions un puzzle sur la
poitrine. Et certaines pièces sont manquantes. Des pièces dont nous avons
besoin pour être complets. Et nous passons toute notre vie à sillonner
l’univers en essayant de trouver la personne qui a nos pièces
manquantes. » Elle regarda à nouveau vers B’elanna. « Lis a mes
pièces manquantes », dit-elle simplement. « Et j’ai les
siennes. »
L’ingénieur refoula des larmes. « C’est
magnifique », dit-elle d’une voix éraillée. « Est-ce que Lis était
mariée quand vous vous êtes rencontrées ? »
Cass approuva de la tête. « Le timing était
plutôt mauvais », dit-elle ironiquement. « Mais c’est comme si ce que
nous ressentions était une force inéluctable. » Elle laissa à nouveau
tomber son regard. « Je n’essaye pas d’excuser notre comportement… nous
avons fait notre choix et saisi notre chance. Et à la fin, c’était trop. »
Elle tendit la main et pressa le dessus de son nez, essayant de repousser le
mal de crâne qu’elle pouvait sentir démarrer derrière ses yeux.
« Et c’est ça qui est le plus irritant avec les
ragots et toutes ces conneries. Dépeindre Lis comme une garce manipulatrice
nous dessert toutes les deux grandement. Elle n’est vraiment pas comme ça,
B’elanna. En fait, c’est la personne la plus honorable que je connaisse. »
« Parce qu’elle a décidé de rester avec
Nick ? » Demanda l’ingénieur.
« Mmmmmm, en partie. Mais surtout à cause de la
raison pour laquelle elle a décidé de rester avec lui », répondit Cass.
« Elle s’est rongé les sangs pour trouver un moyen de tout arranger. Mais
elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas continuer à nous rendre heureux, Nick
et moi. Et elle a choisi de rester avec celui à qui elle avait fait une
promesse pour la vie. Je ne peux pas penser à quelque chose de plus honorable
que ça. »
« Nick est arrivé le premier », dit
l’ingénieur en hochant la tête.
« Et bien, c’est peut-être un peu simpliste,
mais oui. C’est la vie », répondit Cass. « Notre vie est une ligne
droite. Nous ne pouvons pas prendre des décisions et faire des promesses basées
sur ce qui pourrait arriver, mais seulement sur ce que nous savons dans le
présent. Qu’était-elle supposée dire ? ‘Je t’épouse Nick, mais seulement
jusqu’à ce que quelqu’un de mieux arrive ?’ » Elle ricana de dérision. « Elle a fait
de son mieux. »
« Mais ça te fait du mal », persista
B’elanna.
« Je suis adulte, B’elanna. Je suis capable de
faire des choix et de juger par moi-même. C’est moi qui ai choisi d’être
avec Lis en connaissant les risques. C’est moi qui ai choisi de
disparaître dans l’espace pendant deux ans pour m’éloigner de tout ça. C’est moi
qui ai choisi de ne pas m’impliquer avec quelqu’un d’autre ici sur le Voyager
parce que je pensais que ce n’était pas juste de les duper. » Elle appuya
chaque point en se tapant le sternum du doigt. « Et c’est moi qui
ai choisi d’attendre le temps qu’il faudrait. » Elle déglutit. « Je
ne peux pas dire combien de fois elle m’a dit de l’oublier et de chercher le
bonheur avec quelqu’un d’autre. »
B’elanna hocha la tête. « Je comprends »,
dit-elle doucement.
Cass rit légèrement. « Merci, mais non, tu ne
comprends pas », répliqua-t-elle. « Pas tant que tu n’auras pas été
dans cette situation. » Elle regarda son amie d’un air interrogateur, peu
surprise de voir l’ingénieur secouer la tête.
« Le pire, ce sont les critiques sur
Lis », continua la jeune femme aux cheveux noirs. « Mes parents
étaient les meilleurs à ce jeu, mais entendre ce qu’ont dit ces membres
d’équipage, ça montre que ces vieilles conneries courent toujours. »
B’elanna s’éclaircit la gorge, hésitant à dire ce
qu’elle pensait. Cass le remarqua et sourit d’un air ironique à son amie.
« Vas-y, pose-la moi ta question »,
dit-elle d’un ton las.
« D’accord », dit l’ingénieur. Elle prit
une inspiration profonde. « Si elle est si honorable, pourquoi est-ce
qu’elle a démarré cette liaison avec toi ? »
Cass soupira. C’est la question que tout le monde
pose¸songea-t-elle.
« Il y a tellement de réponses à ça, B »,
répondit-elle calmement. « Le plus simple c’est de dire que leur mariage
était dans le pire état qu’il soit. Des journées à ne pas se parler du tout.
Pas de caresse, pas d'affection. Les besoins de chacun étaient négligés. Elle
était tourmentée par ça, et elle avait l’impression que le reste de sa vie
allait être comme ça. »
B’elanna sourit doucement. « Et c’est là que tu
te pointes avec ses pièces manquantes. »
Cass hocha la tête, contente de voir que l’ingénieur
pouvait saisir que rien n’était aussi noir et blanc que cela semblait en
surface.
« Je n’étais pas innocente sur ce coup-là,
B », dit-elle. « Je connaissais la situation et j’ai bien joué le jeu
de la séduction. »
B’elanna sourit. « Vu comme tu es
irrésistible », la taquina-t-elle.
« Oh ferme-là », rétorqua Cass.
« Bon, oui. » Elles éclatèrent de rire ensemble, le soulagement
jouant pleinement sa part dans leur bonne humeur.
« Merci de m’avoir raconté ça, Cassie »,
dit la jeune femme lorsque leurs rires s’éteignirent.
Cass haussa les épaules. « J’aurais dû le faire
il y a bien longtemps. Je suis désolée de ne pas l’avoir fait. »
« Oublie ça. » Un silence confortable
s’installa pendant quelques instants. « Bon. Et maintenant ? »
Cass haussa élégamment el sourcil. « Lis et
moi, tu veux dire ? »
B’elanna hocha la tête.
« Rien. La dernière chose dont elle a besoin,
c’est de complications. Elle a besoin de pouvoir pleurer Nick correctement.
Comme ça, quand le moment sera venu pour elle et moi, elle pourra venir sans
tout ce poids que nous trainons depuis six ans. »
B’elanna la regarda droit dans les yeux.
« Alors tu vas encore l’attendre ? »
Cass produisit son sourire à 1000 watts. « Elle
mérite chaque minute de cette attente, alors oui. Aussi longtemps qu’il le
faudra. Ce dont elle besoin de ma part maintenant, c’est de l’amitié et du
soutien. Et c’est ce qu’elle va avoir, peu importe ce que pensent ou disent les
cyniques. Ils ne me connaissent pas, ils ne la connaissent pas, et ils ne
connaissent pas les sentiments entre nous. »
B’elanna apprécia le feu dans les yeux bleus de son
amie et prit une décision immédiate.
« Si je peux faire quelque chose pour t’aider,
fais-le-moi savoir », dit-elle avec fermeté.
Cass sourit à nouveau. « Vous savez, Lt, j’ai
entendu des rumeurs qui disent que vous mangez les membres d’équipage mal
élevés au petit déjeuner, mais je commence à penser que vous n’êtes qu’une
mignonne petite sentimentale. »
« Oh la ferme », marmonna l’ingénieur avec
bonhommie.
*********************************
Cass entra dans ses quartiers à la fin de sa période
de travail. La journée avait été plutôt routinière, le Voyager avançait dans un
coin relativement vide de l’espace, ce qui rendait l’existence merveilleusement
monotone. Cela avait donné à l’équipage une occasion bien nécessaire de
rattraper les petites réparations et de l’entretien, pas seulement pour le
vaisseau, mais aussi pour eux-mêmes. Tout le monde rechargeait ses batteries.
Sauf Lis et moi, pensa Cass avec lassitude en jetant
ses PADD sur la table. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi depuis un an.
Une semaine d’insomnie suivie d’une semaine de sommeil dans des positions
variées et bizarres sur le canapé de Lis, commençaient à se faire sentir dans
le dos de la jeune femme élancée et elle fit des mouvements avec précautions en
allant vers sa chambre à coucher. Il est temps de me doucher et de changer de
vêtements avant que je ne m’effondre, songea-t-elle.
Son communicateur bipa avant qu’elle ne fasse un pas
de plus et elle le frappa avec irritation. Son impatience disparut quand elle
entendit la voix perdue.
« C-Cassie ? »
« Lis ? Qu’est-ce qui se passe,
bébé ? »
« Tu arrives b-bientôt ? »
« Oui, ma mignonne. Je viens de rentrer du
travail. La journée a été difficile ? »
Elle entendit les larmes qui affleuraient dans la
réponse hésitante de Lis. « Ou-oui. »
Merde, je peux me doucher plus tard, pensa Cass en
retirant rapidement son pantalon d’uniforme pour enfiler un jogging.
« J’arrive tout de suite. »
« M-merci. »
Ces derniers jours, Cass avait aidé Lis à emballer
les morceaux de sa vie avec Nick. La procédure avait été longue et triste et
elle savait que la jeune femme blonde avait passé la journée avec les derniers
souvenirs et pensées de cette période. Le chef de la sécurité partit au petit
trot dans les couloirs du vaisseau, sachant que la soirée allait probablement
être plutôt sombre.
Elle trouva Lis blottie sur le canapé, les jambes
pliées sous elle. Elle tenait un petit PADD et pleurait doucement. Cass
s’avança et s’accroupit devant elle, les mains sur les genoux de Lis.
« Hé, ma beauté », dit Cass doucement, en
observant des yeux verts remplis de larmes. « Qu’est-ce que tu tiens,
là ? »
Silencieusement, Lis tendit le PADD et Cass le prit,
le retournant pour pouvoir lire son contenu. Elle sentit une pointe de douleur
en sympathie quand elle se rendit compte de ce qu’elle regardait – un scan
généré par ordinateur d’un fœtus en mouvement, à peine formé, le minuscule cœur
qui battait à peine discernable. Bébé Standish.
« Oh Lissy », murmura Cass. Elle se
redressa et étreignit Lis dans ses longs bras protecteurs, tout en rendant le
PADD à la femme éplorée.
« Le-le Docteur a fait le scan le matin où nous
sommes allés à la plage », bafouilla la jeune femme blonde. « Il-il a
dit qu’elle était p-parfaite. »
« Mhmmmmm », répondit Cass calmement,
sentant la jeune femme se blottir un peu plus dans son étreinte, le visage dans
le creux de son cou. « Elle est très belle, ma chérie. »
Lis hocha la tête, incapable de parler à cause de sa
gorge douloureusement serrée.
Doucement, doucement, pensa Cass, se rendant compte
que c’était la première fois qu’elles parlaient du bébé perdu. « Je parie
que tu avais commencé à penser à des noms et lui trouver des affaires, pas
vrai ? » Demanda-t-elle doucement.
Lis hocha la tête à nouveau, cette fois en
étreignant Cass plus fort lorsqu’un sanglot se fraya un chemin.
« C’est bon, mon amour, laisse-toi
aller », murmura Cass. « C’est bien de pleurer pour elle, Lis. »
Des sanglots profonds de douleur secouèrent le petit
corps mince dans ses bras, un son déchirant qui amena des larmes aux yeux de
Cass. Elle serra fort et laissa Lis pleurer tout son soûl.
« J’aurais d-dû faire m-mieux », sanglota
la jeune femme. « Je n-ne l’ai p-pas as-assez p-protégée… »
Oh mon ange, ne te fais pas ça, pensa Cass en les
balançant doucement d’avant en arrière d’un air apaisant. « Tu as fait de
ton mieux, Lis. »
« P-pas as-assez… » Dit-elle en pleurant.
« P-pas as-assez ! »
« Tu ne pouvais rien faire d’autre, ma chérie.
Rien. »
« T-tu n-ne le sais p-pas. »
Cass serra Lis un peu plus et caressa les cheveux
blonds et soyeux avec sa joue. « Je te connais, Lis », murmura-t-elle
avec ferveur. « Et je sais que tu as fait de ton mieux. »
Après plusieurs minutes de bercement, de pleurs et
de sons apaisant, Lis se détendit dans les bras de Cass, l’épuisement asséchant
les larmes.
« Est-ce que ça va toujours faire aussi
mal ? » Murmura la jeune femme.
« Une partie de toi aura toujours mal,
oui », répondit Cass avec honnêteté. « Mais tu vas trouver un endroit
où le ranger, et chaque jour sera plus supportable. »
« Tu le promets ? »
Cass sourit.
« Je le promets. »
*********************
A
suivre – Chapitre six
29 juin 2009
Possibilités infinies, chapitre 4
Chapitre Quatre
« Reviens
Perdicas, tout est pardonné » (Come back Perdicus, all is forgiven)
Cass tourna son visage
vers le soleil et ferma les yeux pendant quelques précieuses secondes. Que
c’est bon d’être dehors – vraiment dehors, songea-t-elle en rouvrant les
yeux pour observer ce qui l’entourait. On n’a pas souvent cette opportunité.
Je suis contente que le capitaine ait décidé de prendre le risque d'autoriser
cette permission.
Tous les scans de la
superbe planète verte n’avaient montré que des océans bleus, des plages
blanches, des ruisseaux d'eau fraîche qui coulaient vers les vagues et la forêt
luxuriante. Il y avait de la vie sauvage en abondance, mais rien de plus gros
qu’un chimpanzé ne s’était montré sur les scans. Le capitaine avait néanmoins ordonné
que des détachements de sécurité couvrent chaque période de rotation sur la
planète, une précaution avec laquelle Cass était en parfait accord.
Elle avait passé les
quatre dernières heures sur la planète, à se balader au milieu des divers
groupes de membres d’équipage, à garder contact avec son équipe de sécurité et
à essayer de rester alerte dans cette chaleur propice au sommeil.
Elle se tenait
maintenant dans l’ombre de ce qui pouvait passer pour un palmier sur ce monde,
le dos pressé contre l’écorce rugueuse. Elle avait l’air détendue, mais sa main
reposait sur le phaseur accroché à sa ceinture et ses yeux bougeaient sans
cesse, balayant la plage sur toute sa longueur. A côté, un groupe d’amis se
prélassait, vêtus de maillots de bain, un pique-nique étalé sur une couverture.
B’Elanna Torres,
l’ingénieur en chef du Voyager et probablement la meilleure amie de Cass à
bord, était allongée sur le dos, redressée sur ses coudes et regardait
l’officier de sécurité.
« Par pitié, Cass,
prends une journée de congé, tu veux bien ? » La gronda la
demi-Klingonne. « Combien de fois tu en as l’occasion ? »
Cass haussa un sourcil
en direction de son amie.
« Pas assez
souvent », murmura-t-elle en regardant un autre groupe de femmes officiers
qui gambadaient dans l’eau peu profonde.
« Alors
déshabille-toi et viens t’allonger au soleil, femme », insista Torres.
Cass sourit
affectueusement à la brune séduisante. B’Elanna et elles avaient développé une
amitié improbable peu de temps après que le Voyager avait repris sa route vers
le Quadrant Alpha. Elle était basée sur un antagonisme mutuel au début, mais
avait évolué vers quelque chose plutôt proche de la solidarité féminine. Avec
une touche de flirt pour faire bonne mesure, songea Cass avec ironie.
Les deux femmes étaient
connues pour flirter sans cesse l’une avec l’autre, mais sans jamais aller
au-delà. B’Elanna était continuellement impliquée amoureusement quelque part et
Cass… et bien, Cass n’était pas impliquée amoureusement, pas depuis l’enseigne
Tina Roberts du moins. C’était un point de dispute légère entre elles, parce
que Torres persistait à monter des rendez-vous galants avec optimisme pour
Cass, auxquels elle se rendait avec un sourire Mais ça s’arrêtait toujours là.
Et malgré leur
proximité, Cass n’avait jamais raconté son histoire passée avec Lis à B’Elanna.
L’ingénieur traînait une réputation de commère et la dernière chose que Cass
souhaitait, c’était que ce genre de rumeur fasse le tour du vaisseau. Pas
maintenant. Pas quand Lis et Nick semblaient être si heureux ensemble et
qu’elle-même était heureuse de simplement vivre.
« Lt, peut-être que
ça vous a échappé, mais je suis en service là », dit Cass d'un ton à
moitié sarcastique, tout en souriant à l’ingénieur.
« Cass, ça va faire
bientôt quatre ans qu’on est ici et je peux compter sur les doigts d’une seule
main le nombre de fois où je ne t’ai pas vue être en service. »
La grande femme haussa
les épaules. « Lâche-moi un peu, tu veux ? C’est dans la nature de ce
boulot. » Elle regarda vers B’Elanna qui, bien que resplendissante dans un
maillot une-pièce jaune fluo, n’en avait pas moins des cercles sombres sous les
yeux. « Et excuse-moi de mentionner ça, mais est-ce que ce n’est pas toi
l’ingénieur en chef qui a aligné trois doubles périodes la semaine dernière ?
Mademoiselle Personne-ne-connaît-mes moteurs-mieux-que-moi. »
« Oh, la
ferme », dit Torres avec entrain. « C’est différent. Il y a des
réparations qu’il faut bien faire. Mais regarde autour de toi, Cass, la seule
menace c’est le coup de soleil imminent. »
Cass ricana.
« Allons B’Elanna.
C’est du Voyager qu’on parle. Regarde tout ce que nous avons vécu ces quatre
dernières années. Les Borgs, les Hirogens, l’espèce 8472 – tous les dingues et
les tarés de l’univers gravitent autour de nous. » L’ingénieur se mit à
rire. « C’est vrai. Quand avons-nous passé une semaine sans qu’il nous
arrive quelque chose de bizarre ? Pourquoi cette semaine-ci serait-elle
différente, juste parce que le soleil brille et que le sable chaud glisse entre
nos orteils ? »
Torres se mit sur son
estomac, ajustant la grande serviette sous elle avant de s’allonger, son front
bosselé posé sur ses mains.
« Tu deviens plus
amère et plus tordue en vieillissant, Lansdown », dit-elle, sa voix
légèrement étouffée.
Cass poussa pour se
décoller de l’arbre en repérant une autre silhouette familière qui s’avançait
vers elles.
« Non »,
dit-elle. « Je deviens juste plus sage avec l’expérience. » Elle
descendit un peu vers la plage puis se retourna et cria à l’intention de la Klingonne.
« Salut
Cass », dit le Lt Tom Paris en passant près d’elle.
« Salut Tom »,
répondit-elle avec entrain. B’Elanna et le pilote en chef du Voyager étaient
engagés depuis quelques mois dans une liaison enflammée avec des hauts et des
bas. L’opinion personnelle de Cass était qu’elle avait peu de chances de durer.
Mais on a vu plus étrange, songea-t-elle en descendant vers le bord de
l’eau.
Elle tourna vers le nord
et commença à se balader. Des groupes de membres d’équipage étaient éparpillés
partout sur la plage, occupés par diverses activités. Du volleyball, du
baseball de plage, des pique-niques… et du sexe… Cass sourit en voyant un
massif frétiller bizarrement. Pas de cris, donc ça ne peut pas être un
spécimen méchant de faune locale, pensa-t-elle en riant. Un cri étouffé
émana du buisson et Cass se mordit la langue pour s’empêcher de rire trop fort.
Pas encore de cris.
Elle continua à
patrouiller, échangeant avec les équipes de deux agents postées à intervalles
irréguliers le long de la plage. Pour la millionième fois en quatre heures,
elle souhaita porter autre chose que son uniforme, alors qu’un filet de sueur
descendait lentement entre ses omoplates. Devant, elle pouvait voir Nick et Lis
assis sur le sable et elle se dirigea vers eux.
On dirait qu’ils
s’amusent bien, pensa Cass. Ses amis avaient étalé un
pique-nique sur une couverture posée entre eux et Nick versait du champagne
dans un verre qu’il tendit ensuite à sa femme. Il avait fallu chaque minute du
temps passé dans le Quadrant Delta pour que Cass en arrive au point d’agir avec
son ex-amante et son mari avec un certain semblant de calme. Ça m’a pris
assez de temps, songea-t-elle. Mais au moins, maintenant, je peux
accepter l’idée que leur mariage doit suivre son chemin. Elle se
connaissait assez pour savoir que son cœur appartiendrait toujours à la jeune
psychologue et elle concentrait plutôt son énergie à être le meilleur officier
de Starfleet qu’elle puisse être.
Tant qu’elle est
heureuse… Cass s’avança vers les deux scientifiques.
« Bonjour,
Lt », dit Nick en versant un autre verre de champagne avant de s’étendre
sur la couverture. Le plus souvent, il maintenait la formalité de son rang,
même alors que leur relation s’était apaisée dans une calme acceptation
mutuelle au cours des années.
« Bonjour,
Nick », répondit-elle avec un sourire joyeux.
« Salut
Cassie », dit Lis. « Tu as l’air d’avoir chaud. »
« Sûrement parce
que c’est le cas », répliqua le grand chef de la sécurité. « Un de
ces jours, un cerveau brillant va inventer un uniforme plus approprié pour des
journées comme celle-ci. »
Lis était
resplendissante dans un deux-pièces vert qui faisait ressortir la couleur de
ses yeux. Entre autres choses, songea Cass avec ironie, avant de tourner
son esprit vers d’autres choses.
« Beau
choix », dit-elle, en indiquant les pots de salade de coleslaw et d’œufs,
de pain français croustillant, de caviar et de pinces de crabes.
« Joignez-vous à
nous », l’invita Nick en souriant tout en lui tendant le verre de
champagne.
Mmmmmm tentant, songea Cass en le lui prenant, sentant les gouttes fraîches
de condensation sur l’extérieur du verre dues à la boisson glacée. Elle prit
une gorgée prudente et grogna lorsque le liquide rafraîchissant apaisa sa gorge
sèche. Pas mauvais pour du synthéhol, pensa-t-elle. Pas aussi bon que
le vrai, mais pas mauvais du tout.
« Attendez un
instant », dit-elle en s’écartant de la couverture. Elle tapota son
communicateur. « Lansdown à Morgan. »
« Morgan
j’écoute », répondit son adjoint, qui se trouvait à l’autre bout de la
plage, en train de coordonner les équipes de sécurité éparpillées dans cette
zone.
« Comment ça se
passe, Ray ? » Demanda-t-elle d’un ton neutre.
« Rien ici, chef »,
répondit-il. « Tout est clair et calme. Le dernier rapport du Voyager dit
que c’est tranquille là-haut aussi. Bon sang, on dirait bien que cet endroit
s’avère aussi sympa qu’il en avait l’air sur les scans. »
« Mmmmmm »,
dit Cass d’un ton neutre. Elle était assez avisée pour ne pas se fier aux
apparences dans les missions d’exploration. Surtout sur une planète où la seule
anomalie était un champ magnétique bizarre qui les avait empêchés d’utiliser
les téléporteurs. Tout le monde avait dû venir par des navettes, dont trois
d’entre elles étaient garées tout près dans une clairière de la jungle.
« Rendez-moi un service, que le Voyager fasse un autre scan de la zone et
gardez trois pilotes en stand-by près des navettes dans la clairière,
d’accord ? »
Elle put presque
l’entendre lever les yeux au ciel.
« Faites-moi
plaisir, d’accord ? » Dit-elle en riant. « Je vais être occupée
pendant une quinzaine de minutes et je surcompense. Alors, s’il vous
plait. »
Son adjoint, à qui elle
faisait plus que confiance pour faire son travail avec compétence, rit avec
bonne humeur. « Pas de problème, chef. Amusez-vous. Faites-moi savoir
quand vous êtes à nouveau sur le pont. »
« Ok. Lansdown, fin
de communication. »
Cass se retourna vers
Lis et Nick et s’avança sur un coin de la couverture. Elle plia les jambes sous
elle avec grâce jusqu’à ce qu’elle soit assise sur le tissu à carreaux rouges.
« Je suis toute à
vous pour les quinze prochaines minutes », dit-elle, en souriant tout en
avalant une autre gorgée de champagne frais.
« Quinze
minutes ? Wow, vous vous laissez vraiment aller, Lt », dit Nick d’un
ton moqueur, tout en lui tendant une assiette en carton et une serviette.
« C’est un sale
boulot, Nick, mais quelqu’un doit bien le faire. »
Lis se mit à rire
doucement, appréciant l’échange de taquineries entre son mari et son ex-amante.
Je n’aurais jamais cru ça possible, pensa-t-elle. On ne peut pas dire
qu’ils sont amis intimes, mais on dirait qu’ils en sont venus à une sorte de
paix. Elle regarda Cass se servir de la nourriture, tandis que Nick
commençait à manger sa portion. C’est stupéfiant. Je suis une femme
incroyablement chanceuse.
Elle avait toujours des
moments d’inquiétude au sujet du beau et solitaire chef de la sécurité. Des
moments où la culpabilité, liée au fait que Cass avait choisi d’être seule
jusqu’à ce qu’elle puisse être avec elle, la submergeait presque.
Lis pencha la tête d’un
côté et regarda les angles superbes sur le visage de la jeune femme brune. Elle est si belle. Et avec tant d'amour à
donner. Je ne peux pas choisir à sa place. J’espère juste qu’elle ne me haïra
pas pour ça. Cass saisit son regard et lui envoya un sourire brillant, leur
regard se croisant dans une vague chaleureuse de compréhension mutuelle. Bon
sang, j’espère que je ne vais pas me haïr pour ça,
songea Lis.
« Alors », dit
finalement Cass, la bouche pleine de salade d'œufs. « Qu’est-ce qu’on
fête ? »
Le mari et la femme
échangèrent un regard entendu et Cass sentit qu’elle retenait sa respiration. Oh
oh, songea-t-elle, pourquoi est-ce que j’ai l’impression que ça va faire
mal ?
Autant lui dire
maintenant, pensa Lis en reconnaissant le ravissement à
peine voilé sur le visage de son mari. Je ne veux pas qu’elle le découvre
par les commérages des ponts inférieurs. Et, au moins ici, je sais que Nick
sera gentil.
La jeune blonde se
tourna pour faire face à Cass et la fixa avec un regard franc.
« Nous avons une
nouvelle à annoncer, Cassie », dit-elle doucement. « Je suis
enceinte. »
Cass espérait violemment
que son visage restait calme, parce que dedans, c’était le bazar. C’était comme
recevoir un coup de pied dans le ventre et elle sentit l’air sortir dans un
long soupir tremblant. Reprends-toi
Cassie, ils sont heureux de le dire, se réprimanda-t-elle.
« C’est
génial », dit-elle, en étirant son visage dans un sourire.
« Félicitations. A vous deux. » Elle tendit la main et serra celle de
l’heureux père. « La naissance est prévue pour quand ? » Il
faut que je sorte d’ici. Lis la regarda affectueusement et Cass détourna
immédiatement le regard. Elle sait exactement ce que je pense. Elle sait ce
que je ressens. Bon sang.
« Je suis enceinte
de six semaines », dit la conseillère.
« C’est
fantastique », dit Cass à nouveau. « Je suis vraiment heureuse pour
vous deux. » Son visage était douloureux à cause du sourire qu’elle
maintenait fermement en place. Son communicateur gazouilla, les surprenant
tous. Oh merci, songea-t-elle.
« Janeway à
Lansdown. »
« Oui,
Capitaine ? »
« Puis-je prendre
un peu de votre temps, Lt ? »
« Oui, madame. Où
êtes-vous ? »
« Au nord de votre
position, au bord de l’eau. »
Cass regarda sur sa
droite, le long de la plage, et repéra finalement le capitaine qui se tenait
près de la silhouette bien plus grande et plus imposante, de la Borg
« J’arrive,
Capitaine. » Elle se retourna vers Lis et Nick et haussa les épaules dans
un geste d’excuse. « Le devoir m’appelle », dit-elle en tendant sa
coupe de champagne à Nick. « Merci pour le verre. » Elle se releva
rapidement, avec l’ardent souhait d’être loin, le plus loin possible, du couple
bienheureux. « Et merci… de m’avoir annoncé la bonne nouvelle. » Elle
sourit brièvement bien que de manière peu convaincante et s’éloigna
maladroitement du pique-nique.
Bon sang, songea Lis en fermant les yeux face à une vague de
tristesse. Comme j’aurais aimé trouver une meilleure façon de faire ça. Elle
ouvrit les yeux et la regarda partir au petit trot vers la plage. Y avait-il
un autre moyen de lui annoncer ça sans la blesser comme je sais bien que ça l’a
fait ? Elle soupira.
« Hé », dit
Nick en essayant d’attirer l’attention de sa femme. Il attendit quelle tourne
son visage vers lui. « Ça va aller pour elle. »
« Je
l’espère », murmura Lis. « Je suis si heureuse pour ce bébé, je veux
juste que tout le monde le soit aussi. » Elle se pencha en avant et
l’embrassa légèrement. « Merci d’être gentil avec elle. »
Il haussa les épaules.
« Crois-le ou pas, je ne trouve vraiment aucun plaisir à la voir blessée,
Lissy », répondit-il. « Autrefois peut-être. Mais pas
maintenant. » Il tendit le bras et encercla sa taille pour l’attirer
contre lui. « Je préfère me concentrer sur toi. » Il l’embrassa.
« Et notre bébé. »
********************************
Cass courait lentement,
ses pensées emportées dans un tourbillon alors que ses pieds traçaient un
chemin régulier dans la bande de sable plus ferme près de l’eau. Elle avait
l’impression que la réalité lui était tombée dessus et l’avait frappée entre
les deux yeux avec quelque chose de dur et de massif.
Qu’est-ce qu’il y a,
Cass, s’interrogea-t-elle. Ce n’est pas comme
si ça devait t’étonner qu’elle souhaite avoir des enfants. Elle l’a toujours
dit. Et pour dire la vérité, tu as toujours pensé qu’elle ferait une mère
fabuleuse. Alors pourquoi est-ce que c’est comme si ton monde s’écroulait, bon
sang ?
Elle ralentit et se
remit à marcher, gardant un œil sur les vagues de bonne taille qui roulaient
lentement sur la plage.
Sois honnête, Cass. Tu
as toujours pensé que c’était juste une question de temps avant qu’elle réalise
qu’elle ne pouvait plus rester avec lui. Elle
shoota dans un morceau de bois flottant. Et maintenant tu sais combien elle
est engagée envers lui et leur famille, n’est-ce pas ? Maintenant tu sais
combien de temps tu vas devoir attendre. Elle déglutit, luttant contre le
sentiment qu’elle allait fondre en larmes.
Je suis en colère, réalisa-t-elle avec choc, surprise que ça lui ait pris si
longtemps pour appeler cette émotion par son nom. J’ai attendu si longtemps.
Et pour quoi ? Pour les regarder être heureux ensemble ? Est-ce que
je n’ai pas le droit d’être heureuse, moi ? Devant, elle pouvait voir
le capitaine et Seven, côte à côte. L’officier supérieur tenait une longue
canne à pêche et tentait d’expliquer quelque chose à la Borg. Combien
La sinistre vérité
pesait, telle une pierre glacée, au fond de l’estomac de Cass.
Elle ne va jamais le
quitter. Il va falloir que j'attende qu'il meure. Elle sentit la bile lui monter à la gorge et une vague
nauséeuse la fit s’arrêter net. Génial, songea-t-elle. Et toutes les
nausées matinales par sympathie en plus. J'avais vraiment besoin de ça. Elle
déglutit avec force et continua à marcher, perdue dans des pensées profondes et
mélancoliques. Est-ce que j’ai fait une énorme erreur – d’être restée seule
ou bien…
« Vous vous sentez
mal, Lt ? » Le ton saccadé de la voix de la grande Borg la
ramena brutalement à la réalité et elle se retourna pour croiser le bleu
intense des yeux si semblables aux siens par la couleur et la clarté.
« Seven… bonjour…
non je vais bien. Merci », dit Cass distraitement. Remets-toi en selle,
Lansdown, se morigéna-t-elle. Tu auras bien assez de temps plus tard
pour t’apitoyer sur ta vie.
La blonde sculpturale se
tenait au garde-à-vous, les mains derrière le dos. Elle haussa un sourcil
sceptique en direction du chef de la sécurité, la seule femme à bord du Voyager
avec qui elle pouvait croiser le regard à niveau.
« Je ne peux pas
croire que vous puissiez réellement vous sentir ‘bien’, Lt, dit le Borg d’un
ton analytique. « Votre visage est rouge, vos pupilles sont dilatées et je
crois qu’un examen médical plus approfondi révélerait que votre cœur bat trop
rapidement. »
Cass mit les mains sur
ses hanches, irritée de voir que Seven était aussi exacte dans ses
observations, que d’habitude. « J’ai dit que j’allais bien »,
répliqua-t-elle en laissant transparaître une note d’agacement dans sa voix.
Le capitaine Kathryn
Janeway observait l’échange entre ses deux membres d’équipage avec amusement.
Les deux femmes étaient étonnamment similaires de multiples façons. Elles
étaient de la même taille, bien que Lansdown fût plus solidement constituée.
Leurs yeux étaient très nettement semblables ; toutes les deux avaient les
cheveux longs, même si ceux de Seven étaient aussi blond platine que ceux de
Cass étaient noir d’ébène. Le visage et la main gauche de Seven étaient
couverts de petits vestiges des implants borgs qui l’avaient reliée au
Collectif. Et ces deux femmes souffrent d’isolement à un certain degré,
songea Janeway. Cass parce qu’elle le choisit, et Seven parce qu’elle
continue à ré-apprendre à être humaine.
Seven était sur le
Voyager depuis près d’un an, après avoir été arrachée au Collectif pendant la
rencontre du vaisseau avec le pire ennemi des Borgs, l’espèce 8472. Après que
le Docteur eut retiré la plus grande partie des implants qui avaient fait de
Seven un drone, Janeway s’était sentie obligée de prendre la jeune femme sous
son aile. Ça avait été un chemin chaotique au début, mais, ces derniers temps,
la belle blonde avait bien répondu à l’intérêt maternel du capitaine.
Maternel, mon œil, pensa Janeway, sardonique, en regardant Cass et Seven
jouter verbalement dans le soleil éblouissant. La Borg
« Capitaine ? »
Répéta Cass, en se rendant compte que son commandant ne l’avait pas entendue la
première fois et fixait en fait la grande blonde près d’elle. Le chef de la
sécurité sourit, reconnaissant une femme amoureuse quand elle en voyait
une. Intéressant, songea-t-elle. Un rapide coup d’œil à Seven lui
indiqua que la jeune femme rougissait légèrement sous le regard scrutateur de
la femme aux cheveux couleur auburn. Trrrrrrrrès intéressant.
« Capitaine », dit-elle à nouveau, cette fois avec plus de force.
Janeway arracha son
regard de Seven, embarrassée de voir que ses deux officiers avaient terminé
leur conversation sans même qu’elle s’en rende compte. La Borg
« Je commence à
penser que c’est le Capitaine Janeway qui nécessite une attention médicale »,
dit Seven d’un ton neutre.
Cass ricana. « Si
je ne vous connaissais pas mieux, Seven, je serais tentée de penser que vous
faites de l’humour », dit-elle.
Cela lui valut un regard
bleu froid rien que pour elle.
« Je tentais
d’expliquer le concept de la pêche », dit Janeway, en reprenant sa
contenance. « Sans beaucoup de succès, ajouterais-je. »
« Ça semble être un
procédé des plus inefficaces », dit Seven de manière hautaine. « Quel
est l’intérêt de dépenser tant d’énergie pour capturer un seul exemplaire d’une
nourriture que n’importe quel synthétiseur peut reproduire en quelques
secondes ? »
Janeway et Cass
échangèrent un regard amusé.
« Et bien, à part
le fait que ce soit un talent utile pour la survie, beaucoup de gens pensent
que la pêche est une forme sublimée de méditation », dit Cass, absolument
pince-sans-rire.
« La
méditation ? » L’expression de Seven suintait le scepticisme.
« Bien sûr »,
répondit Cass. « C’est un passe-temps calme et tranquille. En plus, il y a
un côté tactique. Il faut essayer de penser à la place du poisson. »
« Penser à la place
du poisson », répéta Seven avec mépris. « Peut-être… que la pêche…
pourrait faire partie de l’examen d’entrée à Starfleet. »
Les deux officiers
éclatèrent de rire à ces mots, provoquant un minuscule sourire sur les lèvres
de la blonde sculpturale.
« On pourrait faire
bien pire, Seven », dit Janeway après s’être suffisamment remise pour
parler. Elle tapota le bras de l’ex-Borg affectueusement. « Contente de
voir que votre sens de l’humour se développe plutôt bien. »
« Le Docteur m’a
dit que faire de l’humour pouvait être un moyen efficace de… » Seven
s’interrompit, à la recherche de l’expression exacte. « … Briser la
glace. »
Le capitaine hocha la
tête et sourit à sa jeune protégée. « Il a raison », répondit-elle.
Il y eut une pause
pendant laquelle la jeune femme blonde et son commandant échangèrent un long
regard, au grand amusement de Cass.
Il y a quelque chose
dans l’air, décida-t-elle.
« Si vous voulez
bien m’excuser, Kath… Capitaine », finit par dire Seven. « Je dois
retourner sur le Voyager par la prochaine navette pour me régénérer. »
Janeway hocha la tête et
la grande femme blonde partit vers la lisière du bois et les navettes en
attente.
« Vous vouliez me
voir, Capitaine ? » Demanda Cass tranquillement, heureuse de voir les
traits adoucis de Janeway tandis que celle-ci continuait à regarder Seven
s’éloigner.
Avec un soupir, le
capitaine retourna son attention vers son chef de la sécurité.
« Oui »,
dit-elle. « Marchons un peu, Lt. » Elles continuèrent ensemble vers
le nord le long de la plage en courbe. Cass finit par céder devant la chaleur
et retira son blouson, puis l’attacha par les manches autour de sa taille tout
en marchant.
« Je vais parler à
l’un de nos programmeurs en synthétiseur, Capitaine », dit Cass d’un ton
nonchalant. « Je veux voir si on peut obtenir un uniforme d’officier de
sécurité plus adapté à ce genre de climat. »
« Si ça peut être
fait sans utiliser trop d’énergie, alors je suis tout à fait pour »,
répondit le capitaine. « Informez-moi sur l’avancement de ce
projet. »
« Oui,
Capitaine. »
Janeway se mit à rire.
« Je pense que nous sommes assez loin du protocole de bord pour laisser
tomber les formalités, Cass », dit-elle. « En plus, ce dont je
voulais vous parler est plutôt personnel. »
Cass n’était pas
surprise. Pendant ces quatre dernières années, elle et le capitaine avaient
forgé une bonne relation de travail et elle savait que Janeway en était arrivée
à faire confiance à son jugement et à ses opinions. Elles avaient eu plusieurs
dîners de travail pendant cette période, appréciant la compagnie l'une de
l'autre et se découvrant un amour commun des activités de plein air. Janeway ne
sortait pas facilement avec son équipage, pour de nombreuses raisons, mais elle
avait un cercle restreint de personnes de confiance et Cass en faisait
intimement partie.
Et elle avait déjà la
moitié d’une idée de ce dont cette conversation allait être faite.
« Que pensez-vous
de Seven of Nine ? » S’aventura le capitaine.
Bingo, pensa Cass en souriant. « Je vais être honnête avec
vous, Capitaine, j’ai pensé que vous aviez ferré une prise bien plus grosse
qu’aucun d’entre nous n’aurait pu pêcher quand vous l’avez coupée du
Collectif. » Elle croisa le regard gris et froid de Janeway avec franchise.
« Ne vous méprenez pas, je pense que vous avez fait ce qu’il fallait pour
elle », continua-t-elle. « Je n’étais simplement pas sûre de voir
comment Seven allait jamais trouver son chemin au milieu des humains. »
Janeway hocha la tête.
Elle repoussa derrière son oreille, une mèche de ses cheveux auburn, maintenant
coupés plus court dans un style qui la rajeunissait.
« Je n’en étais pas
sûre moi non plus », admit-elle. « Mais j’ai été fière de la façon
dont tout le monde s'y est mis pour l’aider. Je sais qu’elle peut être…
caustique… parfois. »
Cass rit doucement.
« Je pense que la plupart des gens reconnaissent qu’elle a un haut niveau
d'intelligence, mais un niveau social plutôt faible, Capitaine. A part le
besoin de B’Elanna de l’expulser de la salle des machines à l’occasion, je suis
sûre que tout le monde s’adapte plutôt bien.
Janeway gloussa.
« Le tempérament de B’Elanna et l’entêtement de Seven font une combinaison
certes unique. Mais elle semble fonctionner. Même les leçons de comportement
social du Docteur semblent faire leur chemin. Qui aurait pensé qu’un hologramme
aurait quelque chose à apprendre à un humain ? »
Cass décida d’aller
droit au but.
« Je pense qu’elle
apprend surtout de vous », dit-elle, en s’arrêtant près d’un surplomb de
rochers bienvenu. Les deux femmes trouvèrent une pierre confortable sur
laquelle s’asseoir et Janeway brossa de la main un peu de sable sur ses jambes
nues avant de s’installer.
« Je
l’espère », répondit calmement l’officier.
Cass regarda le visage
de Janeway sur lequel se croisait une variété d’émotions. Elle reconnaissait
qu’il fallait un certain effort à cette femme très réservée pour arriver aussi
près de partager ses sentiments avec un officier subordonné. Elle est la
plus isolée de nous tous, songea Cass. Peut-être trop pour son propre bien. Elle contempla les expressions confuses sur le
visage du capitaine. Peut-être que je pourrais rendre les choses plus
faciles pour elle.
« Vous êtes attirée
par elle », lâcha-t-elle.
En réponse, elle reçut
tout d’abord un regard féroce et, pendant un bref instant, elle pensa avoir
peut-être poussé un peu trop loin leur relation extra-professionnelle. Mais
presque immédiatement, le regard de Janeway s’adoucit et un sourire passa sur
ses lèvres.
« Oui, c’est
vrai », admit-elle.
« Et c’est un
problème ? » Demanda Cass.
Janeway hocha lentement
la tête. « Ça pourrait l’être. C’est pour ça que je voulais vous demander
votre avis. »
Pendant quelques
instants, Cass se permit consciemment de repenser à la nouvelle de Cass et
Nick, ravalant le nœud douloureux dans sa gorge avec difficulté.
« Je ne suis pas
sûre d’être qualifiée pour donner des conseils sur la vie amoureuse,
Capitaine », dit-elle d’un ton bourru, en évitant le regard de l’autre
femme.
Il y eut un silence
pendant lequel Janeway étudia l’expression perdue sur le visage de son chef de
la sécurité.
« Des
problèmes ? » Demanda-t-elle d’un ton bref.
La jeune femme brune
secoua la tête rapidement, plus pour s’éclaircir les idées que pour répondre
par la négative.
« Lis et Nick viennent
de m’apprendre qu’ils attendent un enfant », dit-elle, en levant les yeux
vers le capitaine avec un sourire triste.
« Ah »,
répondit Janeway. Il ne fallait pas être physicien pour savoir que Cass était
toujours profondément entichée de la psychologue blonde. Elle s’est isolée
tout comme je l’ai fait, songea le capitaine en regardant Cass. Autres
raisons, même résultat. « Je suis désolée. Ça doit faire mal. »
« Oui. » Cass
se passa les doigts dans les cheveux et prit une inspiration profonde.
« Je commence à me demander si je n’ai pas fait une erreur toutes ces
années, à garder tout le monde à distance. A me refuser un peu de
bonheur. »
Janeway sourit
gentiment. « Intéressant. C’est exactement ce que je pense pour
moi », dit-elle.
« Je suis désolée,
Capitaine », Cass fit marche arrière. « Nous sommes supposées parler
de vos problèmes, pas des miens. » Elle sourit d’un air désinvolte.
« Allez-y, Ô Capitaine, mon Capitaine (NdlT : allusion à un poème
de Walt Whitman, 1900, Leaves of grass, je pense - http://fr.wikipedia.org/wiki/O_Captain!_My_Captain!
). Je vous donnerai mon meilleur conseil, absolument pas fiable comme il se
doit. »
Janeway soupira.
« Les capitaines de
Starfleet ne sont pas supposés avoir des relations amoureuses avec leurs
membres d’équipage », dit-elle. « Pour de nombreuses raisons,
pertinentes, raisonnables et sensées. »
« Les capitaines de
Starfleet ne sont pas habituellement égarés dans le Quadrant Delta avec une
chance minime de retrouver leur foyer de leur vivant », répliqua Cass tranquillement.
« Et techniquement, Seven n’est pas un membre d’équipage. Elle ne fait
assurément pas partie de Starfleet. »
« Oh, ça c’est un
peu tiré par les cheveux, Lt, et vous le savez bien. » Le capitaine se mit
à rire en remuant le doigt vers Cass. Elle sourit brièvement au raisonnement de
son chef de la sécurité. « Seven obéit à mes ordres. » Cass ricana et
Janeway rit en réponse. « La plupart du temps du moins. J’ai une autorité
sur elle. Les règles de Starfleet ont été écrites de cette façon pour éviter
l’abus de cette autorité. Elle est jeune et inexpérimentée par-dessus le
marché. Ne me dites pas qu’il n’y a pas une possibilité d’abus ici. Parce que
vous et moi, nous savons bien ce qu’il en est. »
Cass croisa les bras,
étira ses longues jambes et étudia le bout de sa botte pendant de longues
secondes avant de répondre.
« Il y a un vieux
dicton », finit-elle par dire. « Comme va le capitaine, ainsi va le
navire. »
Janeway hocha la tête en
souriant pour elle-même. « En d’autres mots, un capitaine heureux fait un
navire heureux. »
« Mhm. » Bon,
il est temps de pousser ma chance juste un peu plus loin, songea Cass.
« Alors », osa-t-elle. « Êtes-vous heureuse,
Capitaine ? »
Janeway laissa passer
une longue inspiration tremblante et se leva rapidement, pour faire les cent
pas en cercle, les mains sur les hanches.
« Cass,
Cass, Cass, Cass, Cass. Vous savez assurément
comment aller droit au but, n’est-ce pas ? » Marmonna-t-elle. Elle
finit par arrêter de faire un trou dans le sable et elle s’immobilisa. Une petite
vague vint se fracasser et tournoyer autour de ses pieds. « Non, je ne
suis pas heureuse, Lt », admit-elle. « Quand nous avons reçu la
transmission de la
Fédération
« Vous
l’aimez », dit Cass simplement.
Janeway soupira à
nouveau. « Oui. » Elle mit la main sur son front, essayant de calmer
ses émotions. « Mais je ne sais pas si j’ai le droit de… de… »
« Vous avez le
droit d’être heureuse, Capitaine », la coupa Cass. « Et Seven aussi.
A-t-elle donné le moindre signe qu’elle a le même sentiment pour
vous ? »
Janeway hocha la tête,
déconcertée de se sentir rougir. « Elle a ce que vous pourriez appeler le
béguin », dit-elle. « Elle est si fichtrement jeune, Cass. Elle n’a
jamais eu de relation adulte. Dieu sait ce à quoi elle peut bien penser. »
Cass sourit.
« Alors enseignez-lui, Capitaine. Faites ce que vous avez fait tout ce
temps. Expliquez-lui. Dites-lui ce que vous ressentez et quelles sont les
options auxquelles vous pensez. » Elle rit en voyant l’expression
sceptique du capitaine. « Elle est peut-être jeune en termes d’expérience
humaine, mais c’est une femme adulte, avec un cerveau adulte, capable de faire
ses propres choix. Donnez-lui une chance de faire celui-ci. »
Janeway regarda dans la
direction où Seven était partie. « Je le veux… tellement. » Cass se
contenta de sourire, en croisant le regard direct de son commandant.
« Allez-vous suivre votre propre conseil, Lt ? »
Le grand officier de
sécurité haussa les épaules. « Malheureusement, la femme que j’aime est
déjà très engagée par ailleurs », dit-elle calmement. « Que je décide
ou non de rester seule comme maintenant… » Elle secoua la tête. « Je
ne sais plus. » Elle leva les yeux vers le capitaine, son regard bleu
croisa le regard gris. « Ils sont heureux, vous savez ? »
Janeway hocha la tête.
« Je sais », dit-elle doucement.
« C’est dur de
lutter contre le bonheur. »
« J’aimerais bien
essayer ça, moi aussi de temps en temps », répondit Janeway d’un ton
neutre.
« Pourquoi pas
maintenant ? »
Les deux femmes se
regardèrent de longues secondes avant que le capitaine ne finisse par hocher la
tête lentement pour approuver. « Qui n’ose rien, n’a rien, hein
Lt ? »
« Exactement.
Pourquoi ne… »
Cass fut interrompue par
un hurlement perçant en provenance d'en bas sur la plage, qui lui fit dresser
les cheveux sur la tête. Au même moment les communicateurs des deux femmes
retentirent.
« Morgan à Lansdown ! »
« Kim à
Janeway ! »
Cass et le capitaine
étaient déjà en train de courir vers le son du hurlement aigu et incessant.
« Qu’est-ce qui se
passe, Ray ? » Cria Cass tout en percutant le sable de ses pieds,
faisant tomber le blouson attaché autour de sa taille.
« Des problèmes.
Des grandes créatures volent depuis le sud-est. Comme un essaim. Les éclaireurs
sont déjà là. » Il y eut des crépitements sur la ligne qu’elle reconnut
comme des tirs multiples en rafale du phaseur de Morgan. Elle regarda vers le
sud-est et eut un hoquet en voyant le spectacle. Des centaines de silhouettes
sombres formaient un nuage noir et sinistre et qui avançait vite.
« Emmenez tout le
monde aux navettes, Ray, aussi vite que possible. » Deux des créatures
étaient déjà au-dessus de la plage, menaçant un groupe d’officiers de
Starfleet. Elle pouvait voir plusieurs des membres de son équipe de sécurité
essayer de couvrir les nombreuses personnes en congé et non armées, les
dirigeant vers la clairière où attendaient les navettes.
Une des créatures, une
sorte d’entité arachnéenne semblable à un crabe et de la taille d'une petite
navette, avait embroché la cuisse d'une jeune enseigne avec son membre avant
dentelé et pointu. La femme se balançait, ensanglantée, au bout du membre et
c'était elle qui poussait des hurlements.
Cass s’arrêta
brusquement et tapa à nouveau son communicateur. « Ray, oubliez ça !
Amenez les navettes à la plage. Et vite ! »
Janeway rattrapa le chef
de la sécurité aux longues jambes. « Kim abat autant de créatures de l’essaim
principal qu’il peut », dit-elle à Cass dans un souffle. « Mais nous
ne pouvons pas prendre le risque qu’il tire près de la plage. »
Cass hocha la tête.
« Les navettes arrivent. » Elle pointa vers l’ouest l’endroit où deux
des trois appareils en attente s’élevaient au-dessus des arbres. La troisième,
elle le savait, se trouvait quelque part entre ici et le Voyager, avec Seven of
Nine à bord. Janeway pensait apparemment à la même chose et tapa son
communicateur.
« Janeway au Delta
Flyer. »
« Nous sommes déjà
en route vers vous, Capitaine », reçut-elle en réponse de la voix froide
de l’ex-Borg.
Cass leva les yeux et
repéra le Flyer qui descendait en piqué pour tenter d’abattre les créatures
déjà au-dessus de la plage. Pendant ce temps, les rayons plus larges des
phaseurs du Voyager arrivaient en arc de cercle depuis les cieux, décimant
largement l’essaim en approche.
Pas assez vite, pensa-t-elle en redoublant d’effort pour revenir en courant
sur la plage. Carrément pas assez vite.
****************************************
Lis se trouvait dans un
état de demi somnolence plaisant quand le bourdonnement bas et étrange avait
pénétré sa conscience. Allongée sur le dos, la tête posée sur la cuisse de son
mari, elle profitait pleinement de l’opportunité d’un vrai bain de soleil. Mmmmmm,
c’est un tel luxe, pensait-elle en enfouissant ses orteils dans le sable
chaud et humide.
« Chéri ? »
« Mhmmmmm ? »
Avait répondu son mari d’un ton ensommeillé.
« Est-ce que cette
chanson a une autre note ? »
« Quelle chanson
? »
Elle avait doucement
frappé son bras proche dans un agacement paresseux.
« La chanson que tu
fredonnes, idiot », avait-elle répondu.
« Lis »,
avait-il dit en clignant d’un œil. « Je ne fredonne pas de chanson. »
« D’accord »,
avait-elle dit joyeusement, satisfaite de pouvoir retourner dans son état de
somnolence. Mais le son avait persisté. En fait, son volume avait augmenté. Et
il y avait un autre son par-dessous, une sorte de cliquètement qui ressemblait
à …
Lis ouvrit grand les
yeux et s’assit. Elle protégea ses yeux du soleil et cligna plusieurs fois
avant de repérer le nuage noir vers la mer.
Un nuage noir avec un
son qui ressemble à un claquement de dents, se
rendit-elle compte dans un choc. Mon Dieu, ce n’est pas un nuage. Ce sont
des insectes.
Quelques créatures se
détachèrent de l’essaim et descendirent en piqué vers la plage. Maintenant, de
plus près, Lis pouvait voir qu’ils étaient beaucoup plus gros qu’elle ne
l’avait estimé tout d’abord. Beaucoup, beaucoup plus gros.
« Nick »,
dit-elle d’une voix rauque, en tendant la main pour trouver son mari.
« Mmmmmm ? »
« Nick,
lève-toi. »
« 'rquoi
faire ? » Marmonna-t-il.
« Nick, je suis
sérieuse. Lève-toi. Il faut qu’on parte d’ici. »
L’horrible insecte de
tête atteignit la plage, se laissant tomber sur le sable avec une grâce
effrayante qui fit se dresser les cheveux sur la tête de Lis. Il glissa vers un
groupe de femmes qui faisaient rapidement retraite vers la lisière.
« Pourquoi faut-il
qu’on parte d’ici ? » Demanda Nick d’un ton ensommeillé tout en s’asseyant
enfin et en ouvrant les yeux, juste à temps pour voir la créature empaler l’une
de ses collègues par la cuisse avec l’une de ses pattes avant. « Putain de
merde », marmonna-t-il.
« C’est tout à fait
ce que je pensais », dit sa femme tandis qu’ils se mettaient rapidement et
péniblement debout. « C’est quoi ? »
L’exobiologiste en Nick
regarda la créature avec détachement pendant un moment, alors même que les
hurlements de l’enseigne résonnaient autour d’eux.
« Huit pattes, un
corps segmenté. Plutôt arachnoïde de ce point de vue. Mais un squelette externe
comme ceux des mollusques. Des ailes dans un étui dur, comme un insecte »,
murmura-t-il. Il écarquilla soudain les yeux. « On se fout de ce que
c’est ! Allons-y. » Il poussa sa femme dans la direction de la
première navette qui s’était posée sur le sable à moins de deux cents mètres de
là.
Lis vit Cass et le
capitaine qui couraient depuis le nord et des membres des équipes de sécurité
qui arrivaient en courant de toutes les directions pour couvrir ceux qui se
frayaient un chemin vers les navettes. Le Delta Flyer faisait des tours
au-dessus de la plage, essayant d’empêcher d’autres membres de l’essaim de
rejoindre leurs congénères.
Cass passa en courant
tout près de Lis et Nick, se dirigeant vers l’enseigne blessée toujours
ballotée par griffe dentelée de l’insecte.
« Fichez le camp de
là, vous deux », hurla-t-elle en
passant. « Allez vers les navettes. Vite ! »
Lis se retourna pour
obéir tout en gardant un œil sur le grand chef de la sécurité qui envoyait des
tirs de phaseur vers la créature avec peu d’effets notables sur sa carapace
externe.
« Cass ! »
Hurla Nick. « Visez le ventre. Juste sous les mandibules. C’est le
meilleur pari pour passer l’armure jusqu’au cerveau. »
Cass prit un instant
pour acquiescer. Puis elle mit son phaseur sur le maximum et chargea l'horrible
créature. Le membre d’équipage blessé avait sombré dans l’inconscience. Ou
bien elle est morte, songea Cass. Dans tous les cas, je ne vais pas la
laisser à cette chose.
Tout en hurlant à pleins
poumons, Cass courut, plongea entre les pattes acérées et roula sur le dos sous
le ventre de la bête. Elle leva son arme et tira une décharge longue et
mortelle dans ce qu’elle espérait être son point le plus faible. Un couinement
épouvantable s’éleva et elle sentit la créature trembler en essayant d’échapper
à la brûlure du phaseur. Puis avec un bruit de succion, l’abdomen explosa,
envoyant des restes horribles aux quatre vents et de grosses éclaboussures de
matière verte partout sur Cass.
« Oh, quelle
merde. » Elle cracha des saletés de sa bouche et s’essuya le visage avant
de tapoter son communicateur. « Lansdown à Morgan. Ray, visez bas, le
ventre. C’est leur point faible », hurla-t-elle.
« Compris,
chef », répondit-il dans un souffle.
Cass roula au loin et
courut vers la femme blessée, où elle fut rejointe par le capitaine.
« Maintenez-là au
sol, Cass », dit Janeway en grimaçant et elle attrapa le morceau
d’appendice toujours encastré dans la cuisse de la femme. Cass se mit au-dessus
de l’enseigne, la maintenant immobile tandis que le capitaine retirait la
patte. Le sang commença à couler de la blessure tandis que Cass soulevait
l’officier évanoui et la mettait sur son épaule.
Elle grogna en se
redressant. Allez, Lansdown, tu peux faire ça, pensa-t-elle. Le
capitaine protégea ses arrières tandis qu’elle commençait à courir lentement le
long de la plage vers le Delta Flyer qui avait atterri à proximité. A bout de
souffle et en sueur lorsqu’elle atteignit le vaisseau, elle fut plus
qu’heureuse lorsque Seven ouvrit le sas et lui prit l’enseigne de son épaule.
« Vous avez quelque
chose de plus efficace qu'un phaseur de poing par-là, Seven ? »
Haleta Cass.
« Oui, Lt »,
répondit l’ex-Borg. Une fois qu’elle eut installé l’enseigne blessé à
l’intérieur, elle revint avec trois fusils phaseurs. Elle en tendit un à Cass,
un au capitaine qui venait de les rejoindre et elle en garda un pour elle.
Les trois officiers
supérieurs se mirent en ligne pour étudier la scène sur la plage devant elles.
La navette la plus éloignée était en train de décoller. Elles pouvaient
entendre l’échange de communication qui se déroulait entre le pilote et le
Voyager et elles savaient qu’il y avait beaucoup de monde à bord.
La seconde navette, à
environ 100 mètres
« Incroyable »,
murmura le capitaine. « On dirait qu’on n’était pas tous allongés au
soleil à parler d’amour il y a quelques minutes ? »
« Capitaine ? »
Dit l’ex-Borg surprise, en lançant un regard rapide au commandant.
Cass ricana.
« Juste une journée de plus dans le Quadrant Delta », répliqua-t-elle
avec cynisme. « La prochaine fois que quelqu’un suggère que nous prenions
un congé sur une planète où nous ne pouvons pas utiliser les téléporteurs, je
les confine en prison pour toute la durée. Venez. » Elle hocha la tête en
direction du dernier groupe, qui incluait B’Elanna, Tom, Nick et Lis, Samantha
Wildman et sa petite fille Naomi. Leur trajet vers la seconde navette avait été
coupé par plusieurs maraudeurs. « Ils ont besoin d’aide par-là »,
dit-elle en notant les tentatives des insectes pour encercler le groupe.
Elles commencèrent à
courir vers les officiers piégés, tirant en même temps pour distraire les
créatures.
« Lansdown à
Morgan. »
« Ici
Morgan », répondit l’adjoint de Cass, qui était l’officier supérieur sur
la seconde navette.
« Vous avez tout le
monde ? »
« Oui, chef. Tout
le monde sauf le groupe entre vous et nous. »
« Okay. Partez d’ici.
Tirez quelques coups de phaseurs en partant. »
« On y va. »
Janeway, Cass et Seven
se mirent en ligne et avancèrent avec détermination vers les insectes qui
dominaient le groupe d’officiers. Elles tirèrent continûment tout en
avançant ; elles entamaient à peine la carapace dure des créatures, mais
au moins elles les repoussaient assez pour tracer un chemin libre vers la Delta Flyer.
« Allons-y »,
cria B’Elanna, en menant les quelques vingt personnes du groupe vers la
sécurité du vaisseau. Un officier de sécurité armé et Nick, qui avait attrapé
un gros morceau de bois flotté qu’il balançait comme une masse, couvraient
leurs arrières. Tom prit la jeune Naomi dans ses bras et courut avec la jeune
fille aussi vite que possible. Lis aidait une jeune femme blessée, la portant à
demi.
« Allez, tout le
monde », cria le capitaine en revenant vers le Delta Flyer pour aider les
blessés à monter dans la navette. Seven la rejoignit, projetant brutalement une
de ses collègues plus petite dans le Delta Flyer sans cérémonie. Cass continua
à avancer, rejoignant Nick et l’officier de sécurité, Charlie Johnson.
« Reculez,
Nick », hurla Cass tout en tirant sur le mur d’insectes qui arrivait et
qui augmentait, tandis que de plus en plus de créatures de l’essaim rejoignaient
leurs congénères sur la plage. L’exobiologiste obéit, laissant tomber son
morceau de bois et se mettant derrière le tir de couverture des deux officiers
de sécurité. « Courez Nick, avant qu’ils n’essaient de passer par nos
flancs. »
Johnson et elle commencèrent
à reculer vers la navette, gardant la ligne des insectes à distance sous leurs
tirs constants. Elle entendit plus qu’elle ne vit Nick commencer à s’éloigner
d’eux en courant et elle pouvait aussi entendre les moteurs du Delta Flyer qui
montaient en puissance. Il est temps de foutre le camp de ce petit coin de
paradis, pensa-t-elle.
« Je vais vous
dire, Charlie, je n’aime pas la façon dont ces salopards se rassemblent vers
nous », marmonna-t-elle à l’enseigne près d’elle. « Je vais compter
jusqu’à trois et nous allons nous retourner et foutre le camp en courant,
okay ? »
« Oui,
madame », dit Johnson. « Je vais pas discuter. »
« Alors c’est
bon », dit-elle, en tirant quelques décharges de plus, heureuse de voir
que l’insecte devant elle explosait quand elle atteignit son point faible. C’était
un peu trop près pour mon goût, pensa-t-elle en secouant la tête pour
enlever de la boue verte de son visage. « On y va. Un… deux…
TROIS ! »
***********************************
Lis déposa sa collègue
blessée dans le fauteuil le plus proche à bord du Delta Flyer et revint vers
l’ouverture. Tout le monde était à bord maintenant et Tom et Seven s’étaient
installés aux postes de pilote et de co-pilote pour préparer la navette au
décollage.
Tout le monde est à
bord… La jeune blonde regarda rapidement autour
d’elle, à a recherche des deux visages qu’elle aimait par-dessus tout. Sauf
Nick et Cass, se rendit-elle compte avec un sursaut de frayeur.
Elle rejoignit le
capitaine au sas et prit une inspiration involontaire en voyant la scène qui se
déroulait à environ cinquante mètres de la navette. Elle regarda son mari
laisser tomber le morceau de bois qu’il avait utilisé et se mettre derrière
Cass et l’autre officier de sécurité. Sur un mot de Cass, il se mit à courir et
Lis retint sa respiration en le regardant tenter de trouver son équilibre dans
le sable glissant.
Quelques secondes après,
elle eut conscience de Cass et Johnson qui se retournaient pour courir
également vers eux.
Tout se passe au ralenti, pensa Lis avec anxiété. Allez, allez. Le monde se
télescopait pour lui arriver dessus et elle avait douloureusement conscience de
chaque expression sur le visage de son mari, sur le visage de Cass. Elle
pouvait entendre Janeway respirer difficilement près d’elle, elle était consciente
à l’extrême de son propre battement de cœur dans ses tempes. Tout ça ne va
pas assez vite. Derrière les officiers qui accourraient il y avait un mur
noir et menaçant d’insectes cliquetant, sifflant et augmentant à chaque
seconde.
Puis le soleil disparut,
une énorme ombre tomba sur la navette, une forme sombre qui arrivait entre le
Flyer et les trois officiers isolés.
« Non »,
murmura Lis.
********************************
Nick savait qu’il était
dans le pétrin. Il s’arrêta brusquement tandis que la bête impressionnante
atterrissait entre lui et le Delta Flyer. Il était assez près pour sentir
l’étrange odeur métallique qui émanait de l’insecte, assez près pour ressentir
ce qui semblait être une haleine, brûlante et puante sur sa peau. Il leva les
yeux vers ce que le scientifique en lui déduisit être un visage, huit yeux
brillants et noirs sans pupille, autour d’une bouche semblable à un bec. Nick
pouvait entendre Cass et l’autre officier de sécurité qui couraient vers lui et
était vaguement conscient des rayons de phaseurs qui passaient autour de lui,
cherchant les points faibles de la créature.
Pendant de longues
secondes, Nick fixa les yeux de l’insecte, sachant que ce n’était pas des
animaux sans conscience, mais des êtres intelligents et pensants.
Il joue avec moi, réalisa-t-il, un
frisson glacé le long de la colonne vertébrale. Avant qu’il puisse réagir, la
créature balança un long membre vers lui, jetant le petit homme sur le côté
loin de la navette, vers l’eau, isolant efficacement Nick de ses collègues.
Momentanément étourdi, il se remit debout péniblement, tressaillant quand son
corps protesta contre l’atterrissage sur le sable dur et mouillé.
Cass regarda Nick
s'envoler dans les airs et sentit son cœur plonger.
Ce n’est pas juste un
animal qui attaque, songea-t-elle. C’est
un être intelligent qui torture un être inférieur. Comme un chat avec une
souris. Elle et Johnson atteignaient le Delta Flyer, où Lis était retenue
par Seven of Nine, qui maintenait la petite femme d’un bras long et puissant. Janeway
se tenait également dans l’entrée.
Cass saisit d’un regard
l’expression sur le visage de Lis et sut qu’il n’y avait qu’une seule chose à
faire. Elle poussa rapidement l’officier subalterne dans la direction de
l’entrée de la navette et commença à avancer vers l’insecte qui avait repoussé
Nick loin de son salut. Elle leva le fusil phaseur sur son épaule et commença à
tirer, envoyant salve après salve sur l’exosquelette coriace de l’insecte.
Lis sentit que son monde
s’était arrêté. Elle ne pouvait pas vraiment voir Nick, la silhouette imposante
de l’insecte masquait son mari à sa vue. Son ex-amante avançait à grands pas
confiants, la colère et le défi irradiaient de sa haute silhouette tandis
qu’elle tirait. Lis pouvait entendre quelqu'un crier, des mots désespérés
remplis d’angoisse, et il lui fallut plusieurs secondes avant de reconnaître sa
propre voix. Elle luttait contre le bras renforcé de la Borg
« Dr Dayton, s’il
vous plaît, ne luttez pas contre moi », dit la voix froide du Borg dans
son oreille droite. « Il n’y a rien que vous puissiez faire que le Lt
Lansdown ne puisse faire plus vite et avec plus d’efficacité. »
« Non, non, il faut
que j’aille les aider », dit Lis avec impuissance. Janeway se pencha vers
elle et prit le visage de la jeune femme entre ses mains, l’obligeant à tourner
la tête jusqu’à ce que la jeune blonde n’ait pas d’autre choix que de croiser
son regard.
« Lis », dit
le commandant avec force. « Laissez Cass faire son travail. On n’a pas
beaucoup de temps. Je vais bientôt devoir ordonner que cette navette décolle.
Cass est la meilleure chance de Nick là-dehors. »
Lis fixa, sans la voir,
le capitaine pendant quelques secondes, puis, lentement, elle hocha silencieusement
la tête. Elle sentit le bras de Seven se détendre autour de sa taille et la
psychologue tourna la tête pour regarder la progression de Cass vers l’insecte
qui avait isolé Nick près de l’eau. Elle était consciente des tirs constants du
Delta Flyer pour garder à distance le reste de l’essaim, dont la plus grande
partie était maintenant sur la plage.
Nick tenta vainement de
contourner l’insecte, feintant à gauche puis à droite, mais la créature aux
pattes multiples était trop rapide et trop soucieuse de s’amuser avec lui.
Chaque fois qu’il tentait de bouger sur le côté, l’insecte se déplaçait pour
bloquer son mouvement, le ramenant toujours plus près de l’eau. Nick avait
lancé quelques regards vers le Delta Flyer, vers le visage désespéré de Lis
évident dans l’ouverture. Il savait que Cass avançait vers sa position, tirant
sur la créature par-derrière. Il pouvait aussi voir la masse principale des
insectes qui se rapprochait de la navette, dont le risque d’être encerclée
grandissait.
Ils sont en danger à cause
de moi¸ réalisa-t-il. Ils seraient déjà loin et
en sécurité depuis le temps. Il tenta désespérément de penser à un moyen de
sortir de cette situation. Je n’ai nulle part où aller. Il voyait les
décharges de phaseur ricocher sur le dos de l’insecte et le vit être de plus en
plus irrité par l’attaque de Cass. Elle se met en danger pour moi, pensa
Nick, surpris malgré la relation amicale qui s’était instaurée entre eux au
cours des ans. Je ne peux pas la laisser faire ça, décida-t-il soudain. Il
faut que je la laisse…
A ce moment, une
décharge du phaseur de Cass frappa une partie particulièrement sensible de
l’armure de l’insecte et la grande créature tournoya vers elle, oubliant
momentanément le jouet qu’elle avait trouvé en Nick. Cass recula, surprise, mais
elle retrouva son équilibre, tirant à nouveau tandis que la grande créature se
dressait sur ses pattes arrière, la menaçant de ses pinces avant.
« Vite, Nick, c’est
votre chance », cria-t-elle.
Sur des jambes qui
semblaient soudain liquéfiées, le scientifique commença à contourner l’insecte,
qui semblait maintenant se concentrer pour se débarrasser des frappes de
phaseur irritantes. Il se pencha vers Cass et la frappa d’une patte, la
touchant sur le côté et lui faisant perdre l’équilibre.
Cass regarda le fusil
qui lui sautait des mains, et sentit des éraflures brûlantes là ou les
dentelures de la créature avaient pénétré son tee-shirt. Elle rampa
désespérément sur le sable pour reprendre le fusil, mais elle en fut empêchée
lorsque l’insecte la cloua au sable par le mollet. Pendant de longues secondes
angoissantes, elle attendit le coup fatal qu’elle était sûre de recevoir, mais
l’insecte la relâcha alors, les piquants de son exosquelette la déchirant en se
retirant. Elle figea son visage, déterminée à ne pas donner à la créature la
satisfaction de l’entendre hurler et roula sur le dos.
Ce qu’elle vit lui donna
la chair de poule.
Nick avait couru entre
elle et l’insecte quand il avait vu qu’elle était clouée au sol. Distrait et
agacé par l’homme, l’insecte avait lâché Cass, mais était maintenant bien
concentré sur une cible plus facile. Nick criait et remuait les bras dans sa
direction, essayant d’attirer son attention loin l’officier blessé.
« Non, Nick,
qu’est-ce que vous faites ? Courez ! ! » Cria Cass. Elle se
mit debout péniblement et avança vers le scientifique, mais la il repoussa avec
force et, déséquilibrée par la blessure de sa jambe, elle trébucha en arrière.
« Allez à la
navette, Cass », répondit-il à travers ses dents serrées, maintenant le
contact visuel avec le prédateur devant lui. « Il ne laissera partir qu’un
seul d’entre nous. »
« Nous pouvons y
arriver tous les deux si nous commençons à courir maintenant »,
rétorqua-t-elle. « Venez, Nick. Plus nous attendons, moins la navette a de
chances de décoller en sécurité. »
Nick réfléchit. Il pensa
à sa femme et à son bébé pas encore né et prit sa décision.
« Alors
allez-y », dit-il, les yeux toujours fermement fixés sur le visage de
l’insecte. Il fit deux pas en arrière et tourna le dos à la bête tueuse. Cass
regarda la scène, le regard marron de Nick croisa le sien. Elle le soutint,
l’exhortant silencieusement à se mettre à courir.
Mais soudain, il
s’immobilisa et elle ne put comprendre pourquoi. Un hurlement perçant lui
parvint de derrière, depuis l’ouverture de la navette, et lui apprit que
quelque chose d’horrible se produisait, et seuls les yeux de Nick qui
s’écarquillaient lui donnèrent un indice. Elle baissa les yeux vers le torse de
l’homme, horrifiée de voir une énorme pince pointue dépasser de son estomac.
Oh mon Dieu, pensa-t-elle. Oh mon Dieu, comment va-t-il survivre à
ça ? Elle sut alors que c’était Lis qui hurlait derrière elle. Oh
mon Dieu, comment puis-je l’aider ? Cass avança uniquement portée par
son instinct, regardant avec horreur le sang se déverser de l’estomac et de la
bouche de Nick. L’insecte le secoua, son corps impuissant bougeait autour de
l’extrémité de la griffe comme une poupée de chiffon. Il poussa l’homme vers
elle et Cass tenta de l’agripper.
Nick savait qu’il était
un homme mort. Etrangement, il n’avait pas senti le coup qui le tuait. Pas
de douleur du tout, pensa-t-il. Comme c’est bizarre. Il sentait le
sang dans sa bouche, le voyait sortir par à-coups de lui, autour de la griffe
alien qui l’avait empalé. C’est comme si ce n’était pas mon sang,
pensa-t-il. Le monde tournoyait étrangement autour de lui tandis que l’insecte
le secouait, mais il ne lutta pas. Je ne suis plus qu’un trophée pour lui
maintenant. L’insecte le redescendit jusqu’à ce que ses pieds traînent dans
le sable et, soudain, Cass se trouva devant lui. Rassemblant ses dernières
forces, il l'agrippa par son tee-shirt, à pleines mains, et l’attira vers lui.
« N’essayez pas de
bouger », dit Cass. « Je vais tenter de vous tirer de là. »
« Non Cass »,
dit-il, sa respiration sortant en sons rauques horribles et gargouillants. Il
savait qu’il l’aspergeait de son propre sang. « Allez… à… la
navette… »
« Je ne peux pas
vous laisser », cria-t-elle avec désespoir. « Je ne peux pas. »
« Vous…
devez », répliqua-t-il.
Dans la navette, Janeway
avait les mains pleines. Lis était hystérique dans les bras de Seven et il
fallait bien toute la force de la
Borg
« Capitaine ! »
Le cri venait de Tom Paris depuis le siège du pilote. « Il faut qu’on
parte ! » Dit-il. « On ne peut pas les retenir plus
longtemps. »
« A mon signal, M.
Paris », répondit le capitaine, souhaitant désespérément donner le plus de
temps possible à Cass et Nick. Mais d’après ce qu’elle pouvait voir, Nick était
mal parti. Bon sang, je ne veux avoir à abandonner aucun de vous deux,
pensa-t-elle sombrement, détestant la décision qu’elle allait devoir prendre.
« Cass »,
cria-t-elle. Elle vit le chef de la sécurité jeter un coup d’œil par-dessus son
épaule et elle sut que la jeune femme brune prendrait conscience de leur propre
situation difficile.
« Partez »,
dit Nick d’une voix rauque, toujours agrippé au tee-shirt de Cass. L’homme
mortellement blessé soutint son regard pendant de longues secondes.
« Vous… devez… vous occuper… de Lis… et… du bébé », murmura-t-il, la
voix éraillée.
L’insecte en avait
assez. Il secoua Nick à nouveau et Cass vit le supplice dans les yeux de
l’homme tandis que la large blessure dans son ventre grandissait encore.
Les yeux de Cass s’emplirent
de larmes d’impuissance. « Je le ferai, je le promets »,
répondit-elle, d’une voix rauque, reconnaissant maintenant qu’il n’y avait plus
d’espoir pour cet homme.
« Partez »,
hurla-t-il et cette fois elle n’attendit pas, tournant le dos à la scène
horrible pour aller vers la navette.
« NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON”,
hurla Lis. « Ne le laisse pas, noooooooooon. Nicholas,
noooooooooon ! ! ! ! ! » Seven détourna
brutalement la petite femme de la porte tandis que Janeway aboyait ses ordres à
Paris.
« Allons-y,
Tom ! » Ordonna-t-elle.
« Oui,
Capitaine », répondit-il tandis que ses doigts s’agitaient sur les
panneaux de contrôle.
Janeway se retourna pour
regarder Cass qui arrivait vers la navette, courant et boitant à moitié, et
elle sentit le Delta Flyer commencer à s’élever au-dessus du sable.
« Allez
Cass », la pressa-t-elle, en regardant le mur d’insectes qui se
rapprochait rapidement. « Courez ! ! » Le capitaine sentit
la présence de Seven près d’elle.
« Aidez le Dr
Dayton, Capitaine », dit le Borg calmement. « Je vais assister le Lt
Lansdown. » La blonde sculpturale se pencha au-dehors et tendit sa main
renforcée par l’implant vers le chef de la sécurité. Leurs doigts se
touchèrent, puis leurs paumes et Seven eut une prise solide autour du poignet
de la jeune femme brune tandis que le Flyer quittait complètement le sol.
Pendant de longs
moments, Cass resta suspendue sous l’appareil, son seul contact étant les
doigts froids et puissants de l’ex-drone. Puis elle réussit à balancer ses
jambes vers le haut en tournant, elle trouva le bord du sas et se hissa à
l'abri. Sur un mot hurlé par le capitaine, Paris lança les moteurs du Flyer et
ils se retrouvèrent au-dessus de la horde grouillante des insectes.
Cass rampa dans le sas
et regarda par-dessus bord. Frustrés par la fuite de la navette, les insectes
tournaient maintenant leur attention vers Nick. Ils l’entourèrent et plongèrent
sur lui. Cass ferma les yeux à la vue du petit corps du scientifique mis en
pièces.
Seigneur, Nick, je suis
tellement désolée.
Seven frappa un panneau
de contrôle et la porte du Flyer se referma en glissant.
« Vous êtes
blessée, Lt », dit-elle.
« Ce n’est
rien », répondit Cass brutalement. Elle se mit debout et, ignorant la
douleur brûlant son mollet, elle alla vers les horribles hurlements de douleur
de Lis. La jeune femme effondrée était blottie dans les bras du capitaine.
« Tenez-là un
instant pendant que je cherche une hypospray de quelque chose pour la
calmer », murmura Janeway. Elle se mit sur le côté pour que Cass puisse
prendre sa place mais Lis se rebella.
« Tu l’as abandonné
là-bas », hurla-t-elle en repoussant Cass. « Comment as-tu pu faire
ça ? Tu l’as ABANDONNE là-bas. » Elle commença à frapper la poitrine
du chef de la sécurité de ses poings serrés. Cass tenta de l’attirer contre
elle, essaya de bloquer ses bras en la serrant plus fort, mais la petite femme
se libéra et la repoussa. Avant que le capitaine puisse poser l’hypospray sur
son cou, Lis rejeta sa main en arrière et frappa Cass au visage, d’un coup
violent.
L’hypospray relâcha sa
dose de sédatif et la jeune femme retomba sur son siège, inconsciente.
Abasourdie et blessée, Cass s’éloigna, ignorant le regard de sympathie de son
commandant et ceux, curieux, de Seven of Nine et des autres membres d’équipage
éparpillés dans la navette. Elle avança en titubant et finit par trouver un
siège juste derrière Tom et B‘Elanna dans le cockpit. Elle s’y laissa tomber,
les coudes sur les genoux et enfouit son visage dans ses mains.
Quelques secondes
passèrent avant qu’elle sente que B’Elanna se levait de son fauteuil et venait
s’agenouiller près d’elle.
« Tu saignes,
Cassie », dit son amie calmement.
« Ça n’a pas
d’importance », marmonna Cass, peu concernée à cet instant de se vider de
son sang. Comment puis-je me disputer avec Lis ? Elle a raison. Je l’ai
laissé là-bas. Est-ce que j’aurais pu atteindre ce fusil si j’avais essayé un
peu plus ? Est-ce que j’ai tout fait pour le sortir de là ? Est-ce
que je l’ai laissé mourir là, sans faire tout ce que je pouvais ? Elle
sentit que B’Elanna son mollet d’un bandage improvisé et elle marmonna un
remerciement.
Janeway entra dans le
cockpit.
« Tom, dès que nous
serons à portée de téléporteur, transportez le Dr Dayton à l’infirmerie »,
dit doucement le capitaine. Elle baissa les yeux vers Cass qui la regardait
d’un air interrogateur. « Elle fait une hémorragie », murmura-t-elle.
*********************************
A suivre – 5 ème partie
07 juin 2009
Possibilités infinies, chapitre 3, 2ème partie
POSSIBILITES INFINIES
Chapitre Trois – 2ème partie
« Ouille…
ça a dû faire mal ! » (Ouch... that had to hurt)
************************
Les détails du rêve étaient un
peu embrumés et incertains mais il y avait une chose dont Cass était certaine,
c'était les yeux vert-océan qui la rendaient sereine et la fascinaient. Il y
avait de la douleur en abondance ainsi qu'une vague de rouge dont la partie
lucide du cerveau de Cass lui disait que c'était son propre sang. Elle se
sentait immobilisée, retenue par une paire de mains. Elle luttait contre cette
coercition mais ces yeux... elle repartit dans la brume du rêve, une voix douce
et plaisante faisant écho dans son souvenir. Je ne te quitte pas, je ne te
quitterai jamais...
On était au milieu de la
période gamma et l'infirmerie, comme le reste du Voyager, était en mode 'nuit',
avec des lumières tamisées et déserté de tous sauf de l'équipage minimal.
L'officier médical en chef était à la tâche mais c'était moyennement surprenant
étant donné que c'était un hologramme.
Cette nuit-là le HMU n'avait
que deux patients. Cass était sans connaissance sur le biolit chirurgical,
retenue par des liens de contention qui l'empêcheraient de causer plus de
dommages à son épaule fraîchement reconstruite. Sur le lit d'à-côté, Lis était
blottie en position de fœtus, le visage tournée vers Cass. Elle était très
profondément endormie.
Le Docteur se déplaçait dans
l'infirmerie, contrôlant les signes vitaux de Cass, faisant des ajustements
légers à son traitement, stimulant les mécanismes de reconstruction dans son
épaule et dans son poumon. Tout en travaillant, il chantonnait tranquillement,
un aria de Puccini par ici, un refrain de Gilbert et Sullivan par là.
Cass naviguait entre les
couches de sédation et de douleur, essayant de trouver un chemin vers la
conscience. C'était comme de traverser des toiles d'araignée successives. Ses
yeux bleus finirent par cligner et s'ouvrir.
Beuh. Est-ce que quelqu'un a
noté le numéro de la navette qui m'est passée dessus ? Elle tenta de bouger avec
précaution mais une douleur lancinante la figea et elle hoqueta.
« Ah, ah, ah, Lt. »,
dit le Docteur en venant se mettre sur sa gauche. « On ne bouge pas, s'il
vous plait. » Elle ouvrit la bouche pour parler et il remua le doigt.
« Et on ne parle pas non plus. Laissez les équipements s'occuper de votre
respiration. » Il interpréta correctement son regard inquisiteur.
« Je me doute que vous avez beaucoup de questions. Pourquoi est-ce que je
n'essaierais pas d'y répondre pour vous ? »
Soulagée de constater qu'elle pouvait
au moins bouger son bras droit, Cass leva la main pour lui imposer le silence.
Elle tourna la tête douloureusement sur sa droite et regarda la belle femme
blonde qui respirait profondément et régulièrement sur le lit près du sien.
Elle montra Lis du doigt et regarda le Docteur à nouveau.
« Elle va bien, Lt. »
dit-il comprenant son inquiétude. « Elle est juste épuisée. » Il
sourit d'un air connaisseur comme un enfant qui a un secret. « Vous savez,
elle n'a pas voulu lâcher prise avant d'être sûre que vous étiez en sécurité.
Ça a causé une sacrée scène quand son mari s'est montré. »
Cass ferma les yeux en
tressaillant au rapport de ce potin. Génial. C'est tout ce dont elle a
besoin. Moi blessée et Nick au bord des larmes. Une vague d'étourdissement
et une douleur lancinante la traversèrent. Je ne peux pas faire grand chose
pour ça maintenant, pensa-t-elle à travers son brouillard. Il faut juste
que je dorme. Un tout petit sourire se posa sur ses lèvres. Elle ne m'a
pas quittée...
Le HMU sourit d'un air supérieur,
ravi de voir que son œuvre progressait de la meilleure façon. Il jeta un coup
d'œil à la conseillère. La dose qu'il lui avait donnée avait été juste
suffisante pour l'endormir et aurait dû être éliminée depuis des heures. C'est
le pur épuisement qui la maintenait endormie maintenant. C'est ce qu'il y a
de mieux pour elle, pensa-t-il en recouvrant la jeune blonde d'une
couverture.
************************************
Lis se réveilla en sursaut.
Elle était ankylosée et avait mal partout mais la vision qu’elle eut
lorsqu’elle ouvrit les yeux lui fit tout oublier. Le visage de Cass endormie
avait l'air en infiniment meilleure santé qu'il ne l'avait été. Il y avait de
nouveau un peu de couleur sur ses joues et son expression était paisible. Lis
repoussa la couverture et alla vers le biolit. Elle se mit à côté de Cass et
passa le bout de ses doigts sur la joue de la jeune femme. Elle lâcha un soupir
de soulagement en y ressentant de la chaleur, frissonnant quand elle se souvint
du froid mortel qui s'y trouvait auparavant.
Lis leva les yeux vers le
Docteur qui s'approchait.
« Elle va très bien,
Conseillère », dit-il avec un sourire. « Même si c'est moi qui le
dis. Il n'y a aucun signe d'infection et tout progresse comme il se
doit. »
Lis hocha la tête. « Combien
de temps allez-vous la garder sous sédatif ? »
« Au moins pour le reste
de la journée, je pense », répondit-il en passant les doigts sur l'écran
tactile du panneau de contrôle du biolit. Il jeta un coup d'œil à Lis.
« Elle s'est réveillée au milieu de la nuit et elle a demandé de vos
nouvelles », dit-il d'un ton nonchalant.
Le regard de la jeune femme
blonde ne lâchait pas le visage endormi de Cass.
« Vous lui avez dit que
j'allais bien ? » Demanda-t-elle calmement.
« Oui », répondit-il.
« Et elle s'est rendormie. »
« Bien », murmura
Lis. Elle regarda ses mains, notant les traces de sang pour la première fois. Et
sur mon uniforme aussi, se rendit-elle compte. « J'aimerais être ici
quand elle se réveillera. »
« Je vous le ferai
savoir », répondit-il.
Elle sourit à l'hologramme puis
se pencha et posa un baiser sur la joue de Cass. « A bientôt, ma
chérie », murmura-t-elle avant de se redresser et de sortir de
l'infirmerie pour aller dans ses propres quartiers.
La courte marche lui donna du
temps pour s'interroger sur le genre de réception qu'elle allait recevoir de
Nick. Elle savait qu'il avait été embarrassé par leur conversation de la veille
au soir et elle tressaillit en se souvenant l'avoir repoussé devant le
capitaine. Elle avait de l'appréhension quand la porte de leur appartement
s'ouvrit en glissant. Son mari était assis à la table à manger, une tasse de
café dans une main et un padd dans l'autre.
« Bonjour », dit-il
tranquillement en posant les deux objets sur la table.
« Salut »,
répondit-elle. Elle s'avança et prit un siège en face de lui.
« Tu m'as devancé »,
dit-il avec un petit sourire. « J'allais justement aller à l'infirmerie
pour voir si tu voulais prendre le petit déjeuner avec moi. »
« J'aimerais bien »,
dit-elle en hochant la tête. « Tu as assez de temps pour que je fasse ma
toilette d'abord ? »
« Bien sûr »,
acquiesça-t-il. « J'ai dit au Lt Kroger que j'avais besoin de temps pour
moi ce matin et il était d'accord. »
« D'accord, bien. »
Elle se leva et mit une main sur son épaule en passant pour aller vers leur
chambre à coucher. « Je reviens dans quelques minutes. » Ça s'est
mieux passé que je ne le pensais, songea-t-elle. Elle retira l'uniforme
souillé et le jeta dans le réceptacle du synthétiseur, puis elle s'en programma
un nouveau et le pendit dans le placard prêt pour sa prochaine période de
travail. Elle entra dans la douche d'un air las et laissa l'eau chaude faire
son œuvre, tout en essayant de ne pas penser au fait que c'était le sang de
Cass qui coulait d'elle.
Quelques minutes plus tard,
elle était enveloppée dans une sortie de bains en soie et de retour dans le
séjour. Nick posa une assiette de bacon chaud et d'œufs devant elle tout en
reprenant sa place en face d'elle.
« Tu n'avais pas besoin de
faire ça », murmura-t-elle, retrouvant soudain son appétit alors que les
odeurs tentatrices montaient de l'assiette.
« Ça m'a fait
plaisir », répondit-il tranquillement, en la regardant toucher la
nourriture. « Comment va Cass ? »
Elle leva les yeux vers lui,
essayant de deviner ses émotions. Prends ça pour ce que ça vaut,
décida-t-elle. « Toujours endormie », répondit-elle. « Mais elle
a l'air bien mieux qu'hier soir. »
« C'est bien. » Il
saisit son expression légèrement sceptique. « Non vraiment. Je suis
content qu'elle aille mieux. Je sais qu'elle compte beaucoup pour toi. »
Lis mâcha lentement en essayant
d'interpréter l'humeur de son mari. « Je suis désolée si je t'ai
embarrassé, Nick », finit-elle par dire. « Je sais que tu essayais
seulement de m'aider. »
Il garda le regard sur son café
en préparant sa réponse.
« C'est moi qui devrais
m'excuser », dit-il. « Je n'aurais pas dû te bousculer. Tu avais eu
une journée éprouvante et j'aurais dû reconnaître que tu avais besoin d'aller
jusqu'au bout. » Il s'interrompit pour prendre une autre gorgée de la
tasse. « Elle compte beaucoup pour toi et j'aurais dû accepter ça
aussi. »
Elle tendit la main au-dessus
de l'espace entre eux et la mit sur la sienne. « Merci de ta
compréhension », dit-elle doucement.
Il sourit faiblement.
« Tu me connais, Lis »,
dit-il, essayant d'alléger la situation. « Je suis généralement en retard
d'une journée et il me manque toujours un dollar, mais je suis là à la
fin. »
Elle lui sourit, sachant qu'il
faisait un effort suprême pour retenir ses émotions les plus fragiles. Il
essaie vraiment, se dit-elle. Je ne mérite pas qu'il essaie autant
parfois.
« Je peux te demander
quelque chose ? »
Elle hocha la tête. «
Mhmmmmmmmmm. »
« Pourquoi moi ? »
Elle fut désarçonnée par ces
mots. « Pourquoi toi quoi ? »
« Parfois j'oublie
pourquoi tu m'as épousé. Et pourquoi tu es restée avec moi après avoir
rencontré quelqu'un qui compte autant pour toi qu'elle. » Il leva la main
pour stopper ses protestations habituelles sur la façon dont il se
sous-estimait. « Non, sérieusement, Lis », dit-il. « Je ne
cherche pas les compliments. Parfois je me pose vraiment la question. Et je
sais que d'autres se la posent aussi. Le Capitaine Janeway l'a sûrement fait
hier soir. Je pouvais presque l'entendre se demander comment on avait fini ensemble. »
Lis l'observa attentivement. Il
ne semblait ni paniqué ni anxieux. Du moins pas plus que d'habitude,
songea-t-elle. Elle réfléchit avec soin à sa question, essayant de trouver un
moyen pour s'expliquer.
« Tu te souviens quand
nous étions enfants, Nick ? » Demanda-t-elle enfin. Il la regarda d'un air
interrogateur. « Tu te souviens comment je courais toujours chez toi quand
les choses dérapaient chez moi ? » Il sourit doucement et hocha la tête.
« Peu importe combien je souffrais, ou combien j'avais peur... tu étais
toujours là. »
Ils se regardèrent avec une
compréhension mutuelle.
« C'était un vrai salopard
avec toi », dit Nick doucement. « Je n'ai jamais pu comprendre ça.
Comment un père pouvait-il être si en colère qu'il en faisait du mal à ses
propres enfants ? »
« Tu avais de la
chance », répliqua Lis. « Tes parents n'auraient pas pu être plus
doux même s'ils avaient été trempés dans le sucre. Et ils ne m'ont jamais posé
de questions difficiles, ils se sont contentés de me nourrir et de me laisser
dormir chez eux quand j'en avais besoin. »
Elle se souvenait d'une soirée
particulièrement sombre où son père était revenu d'une journée de stress de
plus. Surchauffé par le vieux whisky irlandais qu'il avait toujours préféré au
synthéhol, il avait rossé sa mère au point qu'elle s'était évanouie, ne
s'arrêtant que lorsque Lis s'était interposée. Et il s'était alors retourné
contre elle, malgré sa jeunesse et sa petite taille. Il avait fini par
s'arrêter assez longtemps pour remplir son verre et elle s'était échappée
jusqu'à la maison de Nick.
« Tu étais mon havre de
paix, Nick », murmura-t-elle. « Tu m'as aimée sans jamais me demander
de t'aimer en retour. Tu étais mon meilleur ami. »
Il la regarda et sourit
tristement. « Tout ce que je voulais, c'était te protéger à jamais de lui.
Je me sentais toujours inutile parce que je ne pouvais pas l'empêcher de te
faire du mal, juste être là après. »
« C'est ce dont j'avais
besoin de ta part. »
« Ça n'était pas
assez. »
« Ça l'était pour
moi. »
Ils se regardèrent pendant de
longues secondes de silence.
« J'ai été si surpris
quand tu as accepté de m'épouser », dit-il en souriant.
Elle rit doucement. « Tu
es toujours surpris quand quelque chose de bien t'arrive, Nick. Ça n'a pas
changé. »
« C'est vrai »,
acquiesça-t-il d'un ton désabusé. « Pourquoi as-tu dit oui ? »
« Je t'aimais »,
dit-elle simplement. Comme un frère, comme je l'ai réalisé ensuite, mais à
18 ans et désespérée de quitter la maison, qui pouvait savoir,
songea-t-elle. « Tu m'aimais et tu avais autant besoin de moi que moi de
toi. »
Il hocha la tête. « C'est
vrai aussi. » Il prit une autre gorgée de son café tiède. « Alors
pourquoi es-tu restée avec moi ? »
Et ça c'est ce qu'il n'a jamais
compris, pensa
Lis. « Pour les mêmes raisons, Nick », dit-elle tout haut. « Et
parce que j'avais pris envers toi un engagement qui signifiait quelque chose
pour moi. Il signifiera toujours quelque chose pour moi. »
Pendant de longues secondes il
la fixa et elle croisa son regard honnêtement et avec franchise. Il finit par
hocher la tête et se leva, puis se pencha pour l'embrasser sur le front.
« Merci pour tes
explications », dit-il tranquillement. « Je ferais bien d'y
aller. »
« D'accord »,
acquiesça-t-elle en lui souriant. « Merci pour le petit déjeuner. »
Il rayonnait. « A ton service. »
Il se tourna pour partir puis réfléchit. « Oh, et salue Cass de ma part
quand elle reprendra connaissance. »
« Je le ferai »,
murmura Lis tandis qu'il sortait.
Elle retourna aux restes de son
petit déjeuner. Que le Seigneur soit loué, il n'a jamais le courage de
demander pourquoi j'ai eu une liaison avec Cass pour commencer,
songea-t-elle. Je ne pense pas qu'il trouverait la réponse à cette question
agréable.
Cass.
Elle soupira et se souvint de
l'horrible terreur qui l'avait submergée quand elle tenait le chef de la
sécurité mortellement blessée dans ses bras pendant ce qui lui avait paru être
de longues heures désespérées.
Elle est mon âme-sœur. Celle
avec qui je suis sensée être. Celle avec qui j'ai été encore et encore au fil
des *âges. J'en suis certaine. Et Nick, il est aussi mon âme-sœur, mais d'une
façon totalement différente. Le timing est particulièrement et horriblement
mauvais ces temps-ci, pensa-t-elle avec un soupir profond et triste.
Mais j'honore mes engagements.
Surtout avec ceux que j'aime.
*********************************
Cass exigeait beaucoup
d'elle-même. Elle le savait et elle savait que l'Officier Médical en Chef
aurait objecté fortement s'il avait pu voir ce qu'elle était en train de faire.
Mais elle s'en fichait. Une semaine de confinement à l'infirmerie avait
quasiment rendu le grand chef de la sécurité folle d'ennui et d'énergie
retenue. Après un examen final ce matin, le HMU l'avait relâchée, les oreilles
sifflant de ses avertissements pour qu'elle y aille doucement pendant une
semaine ou deux.
Désolée, Doc, avait-elle pensé en
s'éloignant à grandes enjambées de l'infirmerie avec une lueur dans les yeux.
Elle était allée directement au
holodeck avec en tête le plan de vider un peu d'énergie et de tester sa toute
nouvelle épaule et son poumon gauche en voie de guérison. Une fois là elle
avait commandé les vêtements appropriés au synthétiseur et avait entré un
programme de courses d'obstacles prévu pour défier même les recrues les plus
coriaces et les plus en forme. Elle enfila le short cycliste collant et le
débardeur associé avant de mettre une paire de bottines de randonnée légères.
En quelques minutes elle était
à plein régime, courant à toute vitesse dans une forêt verte luxuriante, les
bras et les jambes en rythme. Presque immédiatement, elle put sentir la brûlure
tout au fond de sa poitrine, au côté gauche, mais elle décida de l'ignorer,
repoussant l'inconfort. Elle fonça vers une clairière et courut sur une
élévation verdoyante, se lançant en plein air sans hésitation ni ralentir. Ses
mains tendues agrippèrent la barre en métal en forme de T d'une tyrolienne et
elle grogna lorsque son poids s'imposa à son épaule réparée.
Cass retint sa respiration
pendant quelques secondes tout en remontant ses jambes à la parallèle du sol,
glissant le long du câble tendu qui descendait par-dessus une petite rivière.
Elle se laissa tomber sur une
petite étendue d'herbe, laissant son élan l'emmener vers l'avant pour rouler et
se mettre debout. Puis elle repartit, courant le long de la piste poussiéreuse
vers le prochain obstacle.
**********************
« Ordinateur, où est le Lt
Lansdown ? » Lis retira la veste de son uniforme, ayant terminé avec le
dernier rendez-vous de la journée, et elle alla vers la porte de son bureau.
« Le Lt Lansdown est dans
le Holodeck Deux », répondit la voix mesurée de l'ordinateur.
« Ben voyons »,
marmonna la conseillère. « Tu ne pouvais pas, pour une fois, faire ce que
le docteur t'a dit et rentrer te reposer. » Elle monta dans le turbolift.
« Pont six. »
Lis n'avait pas vu Cass depuis
le jour où le chef de la sécurité s'était réveillée de son sommeil provoqué une
semaine auparavant. En partie parce qu'elle avait été incroyablement occupée,
mais elle savait que c'était une excuse. La vérité c'était qu'elle était déconcertée
par ce qu'elle avait ressenti devant la beauté aux cheveux noirs qui lui
faisait face ce matin-là.
« En voilà une belle image
pour des yeux fatigués », avait dit Cass d'une voix rauque. Lis se tenait
tout près de son épaule droite quand elle s'était réveillée, ses cheveux blonds
clairs entourant un visage anxieux mais bienvenu. La conseillère lui avait
souri, ses yeux verts brillants.
Lis ne s'était jamais sentie
aussi soulagée de sa vie. Les yeux bleu profond qui clignaient vers elle
étaient las mais avec une étincelle très familière.
« Bonjour »,
avait-elle dit tranquillement. « Tu as bien meilleure mine que la dernière
fois que je t'ai vue. »
« Il n'en faut pas
beaucoup, n'est-ce pas », avait répliqué Cass d'un ton ironique.
« J'ai quelques sales images dans la tête que j'espère n'être qu'un
rêve. »
« J'ai bien peur que non,
ma chérie », avait répondu Lis. Elle avait glissé la main dans celle de
Cass et l'avait doucement pressée. « C'était plutôt moche là-bas. »
Elle se sentit plonger dans un regard azur solide et ouvert.
« Tu... tu ne m'as pas
laissée un seul instant, n'est-ce pas ? » Avait murmuré Cass.
« Je ne pouvais
pas », avait répondu la jeune femme blonde. « J'avais l'impression
que si je te laissais, tu... » Elle avait regardé leurs deux mains, les
doigts entrelacés. Elle avait amené la main de Cass à son visage pour la poser
sur sa joue. « J'avais l'impression que tu disparaîtrais. »
Cass avait secoué la tête
doucement.
« Je n'aurais jamais pu te
quitter, Lissy », avait-elle murmuré.
La jeune blonde avait fermé les
yeux face à la soudaine montée d'émotions dans sa poitrine. Oh Cassie, tu as toujours su
quoi dire. Elle avait ouvert les yeux et souri à son ex-amante. « Je
suis contente », avait-elle répondu doucement. L'aimer est la plus belle
chose qui me soit jamais arrivée, avait-elle réalisé.
« Merci », avait dit
Cass en produisant un petit sourire.
« Je n'ai rien fait
d'autre que de tenir bon jusqu'à ce que nous soyons de retour ici », avait
objecté Lis.
« Merci de me laisser
t'aimer. »
Lis s'était penchée jusqu'à
être presque nez à nez avec Cass. Elle avait senti la main de la grande chef de
la sécurité lâcher la sienne et venir sur sa hanche, où elle s'était installée
tranquillement. Cass avait essayé de sentir l'odeur familière de l'autre mais
l'effort avait causé une douleur lancinante dans le côté gauche de sa poitrine,
la faisant tressaillir. Lis avait pris son visage dans ses mains et l'avait
apaisée avec de douces caresses de ses pouces sur ses joues.
« Chhh, ma douce. »
Elle s'était arrêtée lorsqu’elle avait pu voir que la vague de douleur avait
diminué. « Il faut que tu t'autorises à aimer quelqu'un d'autre,
Cassie », avait-elle dit, en pensant à Tina Roberts. « Tu ne peux pas
passer toute ta vie à m'attendre. Ce n'est pas juste pour toi. »
Le regard bleu acéré s'était
posé sur elle. « Ne me renvoie pas encore une fois », avait murmuré
Cass d'une voix rauque.
« Non, non, ce n'est pas
ce que je fais, mon amour », l'avait rapidement rassurée Lis. « Je
veux juste dire que tu dois laisser quelqu'un d'autre entrer dans ta vie.
Donne-toi une chance de connaître le bonheur. Tu le mérites. »
Les yeux de Cass s'étaient
emplis de larmes. « J'attendrai celle avec laquelle je suis censée
être », avait-elle dit doucement.
Ses protestations s’étaient
étiolées en voyant l'expression déterminée sur le visage pâle de son ex-amante.
Tu ne peux pas
discuter, avait-elle pensé. Tu sais qu'elle a raison. Tu peux le
ressentir, tu l'as toujours fait. Au lieu de ça, elle s'était penchée un peu
plus et avait déposé le plus tendre des baisers au coin de la bouche de Cass.
« Fais ce qui est juste pour toi », avait-elle murmuré.
« C'est ce que je
fais. »
Lis arriva devant les portes
fermées du Holodeck Deux. Se souvenir de cette conversation et savoir qu'elle allait
revoir Cass lui faisaient battre le cœur de manière déconcertante. Reprends-toi,
Conseillère, pensa-t-elle. Tu es ici pour le boulot. « Ouais,
c'est ça », marmonna-t-elle en tapant le code d'ouverture avant d'entrer
lorsque les lourdes portes s'ouvrirent en glissant.
Elle s'était attendue à tout
dans les programmes de Cass, aussi la vue de la grande chef de la sécurité qui
se hissait en haut d'une haute structure en bois dans un filet de cordes ne la
surprit pas.
Cass se laissa tomber
lourdement au sol et s'arrêta en entendant les portes du holodeck s'ouvrir.
Elle avait conscience de respirer bien trop fort et que ses poumons brûlaient,
surtout sur son côté gauche. Son épaule était douloureuse de manière
persistante et franchement, elle aurait dû manger quelque chose avant de
démarrer ceci. Globalement, je me sens merdeuse, songea-t-elle en
regardant la petite blonde s'avancer dans la pièce. Elle se redressa de toute
sa hauteur et se tint avec une grâce aisée qui démentait son inconfort. Bon
sang que c'est bon de la voir, pensa-t-elle, un sourire aux lèvres.
Lis observa attentivement la
grande femme. Elle souffre, se rendit-elle compte. Mais elle le cache
bien. Elle nota le vêtement sommaire, les longues jambes dénudées, les bras
musclés mais élancés et le reflet d'une fine couche de sueur durement gagnée
sur la peau de Cass. Oh bon sang, pensa-t-elle. Elle se sentit rougir
lorsque le chef de la sécurité saisit son regard sur elle et lui dégaina l'un
de ses sourires estampillés 1000-watts. Personne ne m'a jamais émue comme
elle le fait.
« On dirait que vous allez
mieux, Lt », dit Lis d'un ton ironique, en avançant vers la grande femme.
Cass haussa les épaules,
tressaillant quand le mouvement réveilla la douleur lancinante. « Je vais
être honnête avec toi », répliqua-t-elle. « J'ai horriblement
mal. » Elle respirait toujours difficilement et tandis que Lis
s'approchait, elle put voir des signes plus subtils que Cass se retenait plutôt
pas mal.
« Tu ne pouvais pas juste
retourner dans tes quartiers et lire un livre ? Ou bien dormir un peu, pour
l'amour du ciel ? » Demanda-t-elle avec un sourire.
« Vous me connaissez,
Conseillère », répliqua Cass tout en se penchant en avant, les mains sur
les genoux, essayant de reprendre son souffle. « Il faut toujours que je
vérifie mes limites. »
Lis tendit la main et la posa
doucement sur le front de Cass. « Je sais », dit-elle doucement.
« Mais pour une fois tu aurais pu croire le Docteur quand il te les as
énoncées. »
Cass se redressa, cette fois un
peu trop vite, et une vague d'étourdissement la fit vaciller. Rapidement, Lis
se rapprocha et prit le bras gauche de l'Australienne, supportant partiellement
son poids tandis qu'elle retrouvait son équilibre.
« Ouah », grogna
Cass. Elle posa son bras blessé sur l'épaule de Lis, heureuse d'avoir le bras
de la petite femme autour de sa taille pour la maintenir debout. « Oh la la.
Qui a fait bouger le pont ? »
« Tu me fais un peu peur,
Cassie », murmura la jeune femme blonde en essayant de ne pas être trop
alarmée par le visage soudain pâle au-dessus d'elle.
« J'vais bien »,
marmonna son ex-amante. « Je me suis juste redressée trop vite. »
« Oui oui. Et il date de
quand le dernier repas, Lt ? »
Un sourire embarrassé fut la
seule réponse avant que le bruit des portes du holodeck qui s'ouvraient à
nouveau les interrompe. Soudain consciente qu'elle se tenait bien à l'intérieur
de l'espace personnel du chef de la sécurité habituellement distante, Lis
recula rapidement.
« Bonjour Tina », dit
Cass qui était face aux portes.
Bon sang, pensa Lis. Juste ce qu'elle
n'avait pas besoin de voir. Elle se retourna pour saluer la jeune enseigne
qui se tenait avec incertitude juste sur le seuil. « Enseigne. »
Tina Roberts hocha brièvement
la tête à l'attention de la conseillère. Personne ne se tient aussi près de
Cass si elle ne le veut pas, songea-t-elle. Encore une autre pièce du
puzzle.
« Et bien, Lt », dit
Lis rapidement en se reculant encore plus de la femme aux cheveux noirs.
« Je suis juste venue vous dire qu'il faut que nous organisions bientôt
une session. Ce sont les règles de Starfleet quand quelqu'un est blessé en
mission d'exploration. »
Cass hocha gravement la tête.
« Compris,
Conseillère », répondit-elle. « Et, heu... merci pour... m'avoir
retenue, juste là. »
« Pas de problème.
Faites-moi connaître votre planning une fois que vous serez de retour au
travail. » Avec un demi-sourire final vers Cass, elle se tourna et quitta
le holodeck, laissant les deux compagnes seules.
Cass prit une inspiration
profonde, sachant que la conversation à venir n'allait pas être facile.
Quelques instants de silence embarrassé passèrent entre les deux femmes tandis
qu'elles se jaugeaient.
« C'est bon de te revoir
sur pieds », dit tranquillement Tina en avançant lentement vers le
lieutenant.
« C'est bon d'être
sur pieds », répliqua Cass en souriant.
Tina jeta un coup d'œil au
holoprogramme. « Il y a un endroit où on peut s'asseoir et parler ? »
Demanda-t-elle.
« Bien sûr », dit
Cass. « Ordinateur, amène-nous à la cascade. » Le paysage s'estompa
et tourna, l'ordinateur les 'amenant' à un autre endroit du programme. Elles se
tinrent bientôt au bord d'une source au bas d'une cascade. Cass montra un
endroit où elles pouvaient s'asseoir sur un rocher chauffé par le soleil. Elles
restèrent assises côte à côte pendant quelques minutes de silence, se
contentant de savourer la paix et la chaleur.
Tina glissa sa main dans celle
de Cass et sentit la grande femme hésiter avant d'enrouler ses doigts autour
des siens et de presser doucement.
« Il faut qu'on
parle », dit doucement l'enseigne.
« Je sais », répondit
Cass. « Quelle semaine, hein ? »
Tina hocha lentement la tête.
« Pour ça oui. » Elle s'interrompit, se demandant comment faire. Dieu
seul sait que j'ai pourtant répété tout ça, pensa-t-elle. « J'en ais appris beaucoup
sur toi cette semaine, Cassie », dit-elle finalement. « Des choses
que peut-être j'aurais apprécié d'apprendre de toi il y a un moment déjà
pendant les deux années passées, plutôt que de les découvrir pendant que tu
perdais ton sang dans toute l'infirmerie. » Elle prit une inspiration
tremblante et sentit Cass se figer près d'elle. « Bon sang, je suis
désolée », dit-elle. « Je ne voulais pas que ça sorte comme
ça. »
« C'est bon »,
murmura Cass en fixant leurs deux mains posées sur sa cuisse. C'est si
injuste pour elle. « Je suis désolée que ça ait été si dur pour
toi. » Elle sentit que Tina la regardait et elle se tourna pour croiser
son regard noisette.
« Rends ça plus facile
maintenant », demanda Tina. « Raconte-moi tout à ton sujet et celui
du Dr Dayton. »
Oh bon sang. Tu lui dois
tellement ça, Cass. « D'accord », acquiesça-t-elle.
************************
Une heure plus tard les deux
femmes étaient assises face à face les jambes croisées, leurs genoux se
touchant. Cass avait tout raconté à Tina sur sa relation avec Lis, sachant
qu'elle pouvait faire confiance à l'enseigne pour le garder pour elle.
J'espère que Lis n'y verra pas
d'objection,
pensa Cass fugitivement tandis qu'elle et Tina étaient tranquillement assises. Mais
il n'y avait aucun moyen d'éviter ça.
Elle leva les yeux vers un
regard triste.
« Tu l'aimes
toujours. » C'était plus une affirmation qu'une question.
Cass hocha la tête sans un mot.
« Tu crois... que tu
peux... m'aimer, moi ? »
Cass prit une profonde
inspiration. » « Je t'aime Tina. Mais... » Elle était à
court d'explication.
« Mais tu ne peux pas me
laisser être aussi proche de toi qu'elle l'est », devina l'enseigne.
« Je suis désolée »,
dit Cass doucement.
« Il faut que je sache où
nous allons, Cassie. J'ai besoin de plus que ce que nous avions. » Tina se
pencha en avant et prit les mains du chef de la sécurité. « Même si nous
sommes si peu sur ce vaisseau... je ne peux pas être avec toi juste pour faire
en sorte que nous ne soyons seules ni l'une ni l'autre. Je ne veux pas de ce
genre de relation. »
« Ce n'est pas uniquement
ce que tu es pour moi », protesta Cass. Mais elle a raison. Je ne peux
pas lui donner ce dont elle a besoin. « Je ne... je ne sais pas quoi
dire. »
Tina sourit tristement et
déposa un léger baiser sur les lèvres de la jeune femme brune. « C'est
bon. » Elle effleura de ses doigts les mèches de cheveux sur les tempes de
Cass « On s'est bien amusées, non ? »
Cass prit la main de la jeune
femme et embrassa doucement le bout de ses doigts. « Oui, c'est
vrai. »
« J'espère que tu auras la
femme qu'il te faut », murmura Tina. Elle ramena ses pieds sous elle et se
releva. Une fois debout, elle se pencha à nouveau et déposa un baiser sur le
dessus du crâne de Cass. « A tout à l'heure au travail, Lt »,
dit-elle doucement avant de se retourner et de partir vers l'entrée du
holodeck.
« Enseigne »,
l'appela Cass. Elle attendit que Tina se retourne et la regarde par-dessus son
épaule. « Soyez heureuse. »
Le jeune officier sourit.
« Vous aussi », répondit-elle et elle sortit.
Cass s'adossa au rocher chaud
et ferma les yeux face au soleil. Est-ce que j'aurai jamais la femme qu'il
me faut, se demanda-t-elle. Je présume que tout ce que j'ai à faire,
c'est attendre de voir.
A suivre – Chapitre 4
17 avril 2009
Possibilités infinies, chapitre 3
Infinite possibilities
Chapitre Trois
« Ouille…
ça a dû faire mal ! » (Ouch... that had to hurt)
********************************
Cass
courait dans le long et large couloir en espérant que les trois membres
d'équipage devant elle avancent un peu plus vite. Elle s'était placée derrière
eux pour protéger leurs arrières de leurs poursuivants, s'arrêtant et se
retournant de temps à autre pour lancer quelques tirs de phaseur défensifs.
Puis elle rattrapait rapidement le reste de l'équipe d'exploration. Tous les
quatre parcouraient péniblement les couloirs à la recherche désespérée d'un
moyen de sortir de ce labyrinthe.
Le
Capitaine Janeway, la conseillère du vaisseau, Lis Dayton et l'adjoint de Cass
à la sécurité, Ray Morgan, abordèrent le virage suivant et s'arrêtèrent en
glissant net. Cass, trois pas derrière eux, se retourna et lança une série de
coups de phaseur avant de filer à leur suite, où elle évita de justesse de
percuter le dos de Janeway.
« Qu'est-ce
qui ne va pas ? » Demanda-t-elle à bout de souffle.
« Une
impasse », répondit le capitaine d'un ton sec, en repoussant derrière son
oreille, une mèche de cheveux auburn qui s’était échappée.
Merde,
songea Cass. Et quand exactement cette mission a-t-elle commencé à
partir en eau-de-boudin ?
Tout
semblait plutôt inoffensif une semaine auparavant quand le Voyager était entré
tant bien que mal dans ce système après une rencontre brutale avec les
Viidiens. Ayant besoin de faire des réparations et de se procurer des
provisions, l'équipage avait noué un contact avec les Sherrinas, les habitants
d'une planète de classe M très similaire à la Terre. Les la Fédération
Mais
tout avait dégénéré ensuite. Janeway avait insisté pour marchander avec les
Sherrinas personnellement. Comme d'habitude, pensait Cass d'un air
désabusé. Et elle avait emmené Lis avec elle, qui s'était montrée une négociatrice
plus que compétente pendant les deux années qu'ils venaient de passer à essayer
de rentrer chez eux depuis le Quadrant Delta.
Ce
n'est que sur l'insistance de Cass que Janeway avait permis aux deux officiers
de sécurité de l'accompagner. Mais tout avait semblé se dérouler plutôt bien au
début, même Nick n'avait pas objecté sur le fait que sa femme passe quelques
jours en mission d'exploration avec elle.
Sois
juste, Cass. Les choses vont bien mieux depuis environ six mois,
reconnut-elle.
Mais
après un échange de plaisanteries avec les Sherrinas, les négociations
s'étaient détériorées au point d'en tourner à la farce.
Et
nous y voilà, songea Cass. Piégés dans un couloir sans issue,
sans téléporteur en état de marche, sans navette, sans sortie de secours et
avec un groupe d'aliens armés à nos trousses. Fabuleux.
Elle
jeta un coup d'œil au coin du couloir et savoura la satisfaction de descendre
un Sherrina d'un tir de phaseur précis lorsqu'il se montra. Un de moins,
plus que 16 millions, pensa-t-elle.
« Janeway
à Voyager. » Le capitaine essaya à nouveau d'établir le contact avec
Chakotay qui tenait le fort à bord du vaisseau en son absence, en orbite autour
de la planète. Elle ne reçut en réponse que des craquements et des parasites.
« Très bien, on va s'organiser », marmonna Janeway.
Lis
était pliée en deux, les mains sur les genoux, tandis qu'elle reprenait son
souffle. Bon sang, pensa-t-elle. Si on s'en sort, il faudra que je
fasse plus d'exercice. Elle se redressa et jeta un coup d'oeil à ses collègues.
Janeway, à son habitude, était calme et calculatrice. Lis pouvait presque voir
les petits rouages de son cerveau tourner tandis qu'elle cherchait un moyen de
sortir de ce gâchis. Cass et le Lt Morgan étaient occupés à contenir les
Sherrinas, utilisant l'angle comme un bouclier efficace. Pour le moment, au
moins, pensa Lis. On ne peut défendre cette position indéfiniment.
« Capitaine »,
dit-elle. Les yeux froids et gris se tournèrent vers elle. « Vous pensez
qu'on peut encore essayer de sortir d'ici en parlementant ? »
« Je
ne pense pas que nous ayons beaucoup de choix en ce moment, Dr », répliqua
le capitaine d'un ton désabusé. « Venez, explorons un peu ce couloir tant
que nous en avons l'occasion. »
Janeway
partit au petit trot vers le milieu du long et large couloir. Lis sortit son
phaseur, jaugeant son poids inhabituel dans sa main. Elle jeta un coup d'œil à
Cass et Morgan, notant la posture confiante de la grande femme et l'aura de
concentration qui l'entourait. Elle arborait même un petit sourire aux lèvres. Il
y a une part en elle qui savoure chaque instant de tout ça, réalisa Lis.
Elle secoua la tête et suivit le capitaine.
Le
corridor, tout comme le reste de l'énorme palais dans lequel ils avaient passé
les deux derniers jours, était spectaculaire à tout le moins. Le plafond était
haut au-dessus de leurs têtes et les murs étaient couverts de représentations
luxueuses, de tentures et de peintures murales. Des piliers massifs en marbre,
alignés par paire, bordaient le couloir. Les pas des officiers de Starfleet
résonnaient dans cet espace vaste.
Janeway
avait déjà atteint le bout du cul-de-sac quand Lis arriva à sa hauteur. Le
commandant passait les mains sur le mur, essayant de trouver un passage secret.
Elle se détourna avec un air de frustration dégoûtée.
« Ces
gens ont besoin d'une leçon en architecture », marmonna-t-elle. « Qui
diable construit un couloir qui ne mène nulle part et sans porte ? »
Lis
haussa un sourcil dans sa direction.
« Ces
gens n'ont pas besoin de leçons que dans le domaine de l'architecture,
Capitaine », ajouta-t-elle. « La leçon "Comment être un hôte
poli" me vient à l'esprit en premier. »
Janeway
eut un rire ironique, mais avant qu'elle n'ait le temps d'ajouter quoi que ce
soit, elle fut interrompue par l'approche rapide de ses deux officiers de
sécurité.
Cass
filait sur le sol en marbre aussi vite que ses longues jambes puissantes
pouvait l'emporter. Elle et Morgan avait tenu les Sherrinas en échec aussi
longtemps que possible, mais les renforts étaient arrivés et plus vite qu'ils
ne l'auraient souhaité, et rapidement, ils s'étaient trouvés face à plus de
cibles que de temps pour les viser.
Elle
s'arrêta en glissant près du capitaine, Morgan à quelques pas derrière elle.
« Des
ennuis », dit-elle en haletant. « Beaucoup d'ennuis. »
Janeway
hocha la tête.
« Très
bien. On y est, tout le monde. Il est temps de prendre position. Ici, entre ces
deux piliers. »
Cass
acquiesça de la tête, notant que chaque pilier était assez large pour abriter
deux d'entre eux si nécessaire. Et ça va être nécessaire, se rendit-elle
compte lugubrement. Ces types n'ont pas pu être raisonnés jusqu'ici. Il n'y
a pas de raison de penser qu'ils le seront maintenant qu'ils nous ont coincés.
« Lis,
avec moi », ordonna Janeway en prenant position entre les deux piliers et
légèrement derrière eux. La psychologue s'avança et se mit sur le côté droit du
capitaine. « Cass et Morgan, placez-vous derrière nous. » Cass
réprima le désir d'objecter, sachant que Janeway avait ses raison. « Et
rangez vos armes. »
C'en
était trop. « Capitaine », protesta Cass.
« Faites-le,
Lt. », gronda Janeway en accrochant son phaseur à sa hanche.
« Montrons leur comment nous préférons négocier dans la Fédération.
« Moi aussi », murmura
