Guerrière et Amazone

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17 octobre 2009

Sassem, partie 10

PARTIE X : Nouvelle vie.

 

 

Chapitre 1 :

 

Fou de rage, Sassem se lança à sa poursuite. Il sauta à travers le mur fracassé après avoir arraché une arme des mains d’un de ses hommes, et il commença à tirer vers elle tout en courant. Malheureusement, elle réussit à se mettre à couvert et il cria de frustration.

 

- Monsieur, fit un inconscient en se portant à ses côtés, l’attaque de l’organisation, lui rappela-t-il, inquiet. Que doit-on faire ? Les gens paniquent !

 

Enervé à cause d’une interruption qui lui avait coûté sa victime préférée, Sassem pointa son arme sur lui et l’abattit. Le fidèle soldat s’écroula, un petit trou ornant son front. Les hommes qui le suivaient s’arrêtèrent automatiquement et le regardèrent s’enfoncer dans la jungle. Ils échangèrent des regards consternés, puis, comme si un signal avait été donné, ils se ruèrent sur le premier véhicule qu’ils virent et prirent la fuite.

 

Dès qu’il franchit la lisère des arbres, Sassem ralentit. La lumière était fortement atténuée et les cachettes étaient nombreuses. She-wolf pouvait être partout. Il avança, l’arme en avant. Il avait voulu jouer avec elle et il le souhaitait encore, mais elle était trop dangereuse et cette salope… cette salope avait attaqué toute son organisation ! Pour qui se prenait-elle ?! Elle allait le lui payer cher, très cher !

 

Au milieu du vacarme que les explosions, les tirs et les cris, faisaient, il entendit distinctement un bruit de course sur sa droite. Vif comme l’éclair, il se retourna, mais ce n’était qu’un foutu animal. Il n’avait pu s’en apercevoir avant, à cause de son œil enflé. Cette salope l’avait salement handicapé !

 

De rage, il lui tira dessus à plusieurs reprises, le manquant à chaque fois, et son arme cliqueta bientôt dans le vide.

 

Il la jeta brutalement contre un tronc et poursuivit son avancée. Il finirait bien par la trouver, elle n’avait jamais pu lui échapper. Et ici, c’était son territoire.

 

 

***************************************

 

Conception et Alexia traversèrent le camp comme deux fusées. Comme prévu, les soldats ennemis étaient trop surpris pour réagir assez vite, et les hommes et le tank qui les poursuivaient se retrouvèrent vite bloqués par leurs alliés.

Alexia mit quelques minutes à se souvenir où se trouvait la résidence de Sassem. Elle bifurqua à droite et entra dans un immeuble, dont l’entrée béante, ne contenait plus que des corps sans vie.

- Pourquoi on entre ici ? l’interrogea la militaire en la suivant alors qu’elle s’enfonçait plus profondément dans les couloirs.

- Tia m’a montré sur un plan où se trouvait la demeure de Sassem et cet immeuble, même s’il rallonge un peu le chemin, y mène. Etre ici me semble plus sûr que dehors. Bon évidemment, on n’a pas intérêt à traîner, je doute que les soldats aient manqué notre entrée et ils vont essayer de nous bloquer. Pour peu qu’ils en restent à l’intérieur on est faite.

- Tu sais où tu vas au moins ?

- A peu près. Si tu me laissais réfléchir je manquerais moins de nous perdre.

Conception lui jeta un œil noir. Cette fille, même si elle était le bras droit de Linya était énervante au possible. Elle lui parlait comme si elle était un boulet, alors que c’était elle qui les avait mises dans cette position intenable ! Elle était si têtue, et d’une mauvaise foi ! Conception ravala sa colère et la suivit avec malgré tout une pointe d’admiration.

Non seulement elle avait l’air de réellement savoir ce qu’elle faisait mais en plus sa volonté de ne pas laisser sa compagne derrière elle, même si elle devait risquer sa vie pour ça, était touchante.

Enfin, une porte apparut devant elles. Malheureusement, ce ne fut pas la seule chose qui apparut! Une flopée de soldats, armés et à l’air belliqueux, leur bloquait le passage. Alexia pila, puis agrippant le bras de sa partenaire, la propulsa dans la première pièce libre qu’elle vit et claqua la porte derrière elles.

Immédiatement, Conception chercha des yeux quelque chose susceptible de la coincer. Elle attrapa une chaise et la plaça sous la poignée de la porte. Elle repéra ensuite une armoire.

- Aide-moi, fit-elle à la petite blonde en saisissant un côté du meuble.

Alexia secoua la tête.

- Laisse tomber, jeta-t-elle en se dirigeant vers la fenêtre. On n’a pas le temps. Ils ne vont pas tarder à se rappeler l’existence des fenêtres.

Elle en ouvrit une et se hissa au dessus.

- Dépêche ! la pressa-t-elle en voyant qu’elle ne bougeait pas.

Elle passa de l’autre côté et Conception se précipita à sa suite alors que des coups résonnaient contre la porte. Des cris furent échangés, puis le chien d’un fusil qu’on arme se fit entendre. La militaire eut juste le temps de se laisser tomber avant que des coups de feu, ne commence à faire voler la porte en éclats.

Alexia la rattrapa et dit avec un sourire :

- On a de la chance, ils sont cons. Ils vont à toutes forces essayer de passer par l’entrée. On a pile le temps de s’éloigner et de se cacher.

- Et après ? fit la femme en se relevant.

- La maison de notre cible est dans cette direction, fit l’apprentie en pointant le doigt sur sa droite.

Conception hocha la tête et alors que les soldats semblaient sur le point de parvenir à passer la porte, elles s’élancèrent en direction de l’abri qu’offrait un camion éventré et tombé sur le flanc.

 

*****************************************

 

Tia courait sans même essayer de savoir où. Elle ne réfléchissait plus, seul l’instinct parlait. Les branches la giflaient mais elle ne les sentait pas. Dès l’instant où elle avait mis le pied sous le couvert des arbres, la douleur qui lui transperçait les yeux avait sensiblement diminuée.

Soudain, une branche basse particulièrement noueuse apparut, l'obligeant à se déporter sur la droite en se baissant et elle n’aperçut pas la racine qui heurta son pied, faisant remonter un arc électrique douloureux le long de sa jambe et l’envoyant rouler un peu plus loin. Elle s’affala de tout son poids sur le sol et ne bougea plus.

A bout de souffle, épuisée, les yeux mi-clos, elle se laissa aller. Les bruits de combat au loin, les mains et la bouche de Sassem… les souvenirs éclatèrent en autant de petites bulles qu’elle ne put plus contenir.

Elle se mit à trembler de peur et de dégoût. Il avait voulu remettre ça… et elle avait failli le laisser faire ! Un cri de rage lui échappa. Au même moment, l’homme de ses cauchemars déboula à sa gauche. Il s’arrêta en la voyant au sol et eut un sourire cruel, un rictus sauvage qui signifiait torture atroce pour elle.

La peur céda le pas devant la colère. Sa haine de cet homme et de ce qu’il lui avait fait subir la submergea. Il lui avait fait tant de mal… y avait pris tant de plaisir… Avec un cri puissant, si plein de haine et rage qu’il en semblait vivant, elle se jeta sur lui avec force.

Surpris, il bascula avec elle et se retrouva bientôt cloué sur le dos. Il croisa le regard plein d’une hargne si complète qu’il eut peur. Dans ce regard, il n’y avait pas d’enfant perdue, il n’y avait même plus d’être humain. She-wolf était entièrement animée par la soif de vengeance et une exaltation si puissante, que l’être qu’elle était avant s’était évanouie.

Elle leva le poing et il y vit sa mort. Instinctivement, il leva la main qui s’était refermée sur une pierre, et frappa de toutes ses forces contre sa tête.

Le bruit lui prouva qu’il l’avait touchée, tout comme le sang qui gicla et le mouvement de recul que fit sa tête, mais le regard ne changea pas et comme si elle n’avait rien senti, elle abattit son poing sur son visage.

La douleur explosa et paniqué il frappa de sa pierre le corps qui l’écrasait, sans parvenir à voir où elle se fracassait. S’il la touchait, elle n’en laissait rien paraître, sa grêle de coups ne s’arrêta pas une seconde et bientôt tout cela n’eut plus aucune importance… la nuit tomba, la douleur disparue et sa main retomba sur le sol. La pierre roula un peu plus loin… Il était mort.

Et pour la première fois depuis qu’il était né… il se sentit libéré de tous les sentiments douloureux qui l’avaient toujours agité.

Tia vit le visage en bouilli de son adversaire et rejeta la tête en arrière. Elle poussa un hurlement de victoire où la toute puissance se mêlait à une colère qui ne s’était pas éteinte.

Son cri se répercuta dans la jungle et venu d’aussi loin que sa soif de sang, un hurlement identique retentit, lui répondant, lui signifiant qu’elle n’était pas seule et qu’il comprenait. Le hurlement s’éteignit et ne se renouvela pas, mais Tia avait entendu. Elle ne savait pas d’où il venait, ni qui lui avait répondu… ou quoi. Mais elle ne s’en préoccupa pas. Elle le trouverait quand elle en aurait besoin, elle le savait.

Posant le regard sur ce qui restait de son bourreau, ce monstre qui avait détruit sa vie, la rage en elle loin de s’apaiser, gonfla encore. Elle se releva comme une automate, et une douleur fulgurante transperça son coté droit. Elle baissa les yeux et vit de larges et très moche bleus s’étaler sur ses côtes. De nouvelles déformations étaient apparues et elle en conclut qu’elle avait d’autres côtes de cassées.

Un engourdissement lent la saisit et si sa colère ne la quitta pas, elle sembla se glacer, se figer en même temps qu’une faiblesse générale qui l’obligea à se rasseoir. Elle se plia soudain en deux et vomit. La douleur qui vrilla son crâne perça brièvement le voile de coton qui l’enveloppait et elle aperçut un hématome noir sur son abdomen. Elle le fixa un moment et le vit s’élargir.

« Une hémorragie interne », en conclut la grande femme. Si elle ne trouvait pas rapidement de l’aide, elle allait mourir là. « Et après ?, songea-t-elle engourdie, quelle importance ? » Elle était tellement fatiguée d’avoir mal… Elle ferma les yeux et laissa les ténèbres l’emporter. Après tout… elle leur avait toujours appartenu.

 

**************************************

 

Alors qu’elles parvenaient enfin à la résidence de Sassem, quelque chose en Alexia la fit s’arrêter. Elle secoua la tête tentant de savoir ce qui lui arrivait, sans y parvenir. C’était diffus, léger et en même temps, urgent.

Elle les yeux sur les bois un peu plus loin et eut la certitude qu’elle devait y aller. Sans prêter attention à Conception qui la pressait d’entrer, elle tourna les talons et s’enfonça dans la jungle.

Incrédule, la militaire la regarda faire. Puis, décidant que son devoir était de suivre cette folle où qu’elle aille, elle se rua sur ses traces, non sans écouter avec attention les échanges en Grec. Apparemment, le chef d’unité savait comment se débarrasser des chars d’assaut et il transmettait la technique à tous ses soldats.

Conception écouta attentivement. Cela pouvait servir. A partir de là, et tout en gardant un œil sur Alexia et leur environnement, à l’affut du moindre danger, elle écouta son chef d’unité mettre au point divers pièges ingénieux qui la surprirent. C’était astucieux et elle devait convenir que pour un homme, celui-ci savait de quoi il parlait. Avec ça, ils avaient une chance de reprendre l’avantage et de mettre enfin un terme à une bataille, qui durait depuis maintenant, elle jeta un œil à sa montre, Cinq heures ?!

Seulement ?! Elle avait l’impression que cela faisait une semaine entière ! Devant elle, Alexia poussa un cri de détresse et instantanément, l’attention de la militaire se concentra sur elle. Tout en s’approchant rapidement, elle scruta les alentours, à la recherche du danger mais n’en vit pas.

Elle fronça les sourcils et revint à sa partenaire. Celle-ci, le visage empli de détresse, fixait un point à terre. Elle s’avança encore un peu et aperçut enfin ce qui la mettait dans cet état. Elle eut un haut le cœur, difficilement réprimé à la vue du cadavre sanguinolent de Sassem. Puis elle vit Tia et son cœur se serra.

Elle était pâle comme la mort, le visage et le corps couvert de sang, elle ne semblait plus présente. Alexia se jeta sur elle et la prit dans ses bras. Pendant que celle-ci lui parlait avec un désespoir croissant, Conception ouvrit son micro.

- Ici chef de le garde A. J’ai besoin d’une assistance médicale de toute urgence. Je répète j’ai besoin d’une assistance médicale de toute urgence.

 - Un hélico ! cria Alexia en ouvrant son propre micro. Frédéric, on a besoin d’un hélico, c’est Tia !

Il y eut quelques bruits sourds et un grondement bas, de l’autre côté puis la voix de Frédéric retentit aussi clair et calme qu’un matin de printemps.

- Que se passe-t-il ?

- Elle… elle est blessée, elle ne se réveille pas et elle est couverte de sang… je sais pas quoi faire !

- Décris-moi ses blessures.

Pendant qu’Alexia s’exécutait, Conception écouta comment se déroulait les pièges du chef d’unité. Et entendit avec satisfaction que les deux premiers avaient fonctionné à merveille. Elle se permit, quand une pause se fit dans les ordres, de lancer la bonne nouvelle :

- La cible principale est anéantie. Je répète, Sassem est mort, dit-elle finalement en un espagnol parfaitement compréhensible.

Des fois que leur ennemi l’écoute… Des cris et des exclamations de joie fusèrent et elle sentit une galvanisation soudaine, regonfler à bloc tout les soldats. Elle sourit puis revint a sa collègue qui laissa un échapper une plainte apeurée.

- On ne peut rien faire ?! Frédéric !

- Un hélicoptère est en route, mais si vous voulez qu’il atterrisse, il vous faut, soit trouver un terrain dégagé et y amener Tia, soit faire le grand ménage au centre de l’école.

- Je m’occupe du ménage de printemps, lança Conception en intervenant.

- Très bien, je préviens le pilote, répondit Frédéric.

Alexia dévisagea la militaire et hocha la tête devant sa demande silencieuse. Elle ne bougerait pas de là… jusqu’à son retour. Elle la regarda partir puis reporta son attention sur sa compagne.

Elle était si pâle… Comme une autre de ces fois… se souvint-t-elle sans trop savoir de quoi.

- Ne me quitte pas Tia. Tu n’as pas le droit ! Pas encore ! Bon dieu, tu te rends compte ?! C’est toujours toi qui pars la première ! Et moi je dois rester derrière toute seule ! C’est injuste, c’est égoïste et je t’interdis de me faire encore une fois ce coup !

Tia ne réagit pas, son corps se refroidissant de plus en plus et la colère la prit. Une colère puissante, venue d’une autre vie, où la douleur de la séparation avait été insupportable. Et si elle ne comprenait pas vraiment ce qu’elle disait, elle sentait que c’était la stricte vérité.

- Je te déteste ! lui cria-t-elle. Tu ne me laisse jamais le choix, tu décides pour tout et je dois tout accepter sans broncher ! ? Pourquoi ?! Qu’est-ce qui te donne le droit de décider pour moi ?! Ton amour ?! C’est quoi ça ?! Et le mien ?! Il ne compte pas ?! N’agis pas encore une fois comme ça, je t’en prie, fit-elle sa colère retombant soudainement. J’ai besoin de toi… j’ai besoin de ta force… de ton amour… j’ai besoin de toi, bon dieu et tes enfants aussi ! Tu leur as promis que tu ferais tout ce que tu pourrais pour revenir vers eux ! C’était quoi ? Un mensonge ?! Alors tu abandonnes c’est ça ?! lança-t-elle la colère flambant de nouveau. Tu n’as pas le droit ! Je t’aime moi, fit-elle en revenant au désespoir. Ne fais pas comme si ça n’était pas important… pour une fois, s’il te plaît… pense à moi… et laisse-moi te montrer que ta vie est importante… plus que ta mort… laisse-moi une chance de te prouver que tu as le droit de vivre et encore plus celui d’être heureuse. Que tu le mérite, même si tu penses le contraire… je t’en prie… laisse-moi au moins une chance…

Alexia sentit un frémissement et elle fixa, avec une peur mêlée d’espoir, le visage de sa bien-aimée. Elle vit son front se plisser, comme sous le coup d’un effort colossal. Et si elle n’ouvrit pas les yeux, sa compagne sentit un la peur desserrer son étreinte glacée sur son cœur.

- N’ouvre pas les yeux, mon cœur, c’est inutile. Economise tes forces, chuchota-t-elle tout près de son oreille.

Alexia s’installa contre un arbre et prit son amie contre elle, sa tête reposant sur son épaule. Elle décida de faire la seule chose qu’elle savait réconfortante pour elle deux. C’était peut-être sa seule chance de la maintenir auprès d’elle. Il fallait donc que ça la touche, pour accrocher son attention faible et vacillante.

- Tu sais je connais une chouette histoire sur les loups. Enfin c’est pas vraiment une histoire, plus un genre de poème. Je… c’est moi qui l’ai écrit… pour toi, dit-elle sa voix se brisant sur les derniers mots, alors peut-être qu’il n’est pas si génial que ça, mais écoute-le, ok ? Et tu me diras ce que tu en penses, après. Ça s'appelle : Rêve de loup.

Lorsque mère nature ferme ses paupières à la nuit tombée
Que les étoiles l'enveloppent le soir au creux de leurs bras
De sa blancheur Sirius étoile du chien de la voûte céleste
Accueille Dame lune soufflant le voile au vent des ombres
Une brise légère aux effluves d'ambre, de vanille, de rosée
Caresse la forêt pour que s'éveillent les sapins assoupis
Fredonne une douce mélodie aux animaux baignés de songes
Blottis dans leur sommeil émergeant de lueurs spectrales
Pas un soupir ne brise le silence fondu dans les sous-bois
Seul le firmament couronne de ses bijoux l'azur du repos

Sous les vieux pins bleus bercés par la plainte endormie
Tapis sur le lit de fleurs blanches que les pétales ont formé
Le Loup allongé de sa grâce dans son épais manteau gris
Veille de ses yeux mi-clos aux rayons d'or de l'horizon
En ses lieux, solitaire dans son âme, solitaire dans sa paix
Et dans ce calme de l'éternel, ses pensées s'évanouissent
Aux ondes des murmures, à l'ouverture des portes du rêve...

Telle une prière à tous ces hommes dont le regard du mal
Provoque, haine, ignorance, souffrance aux gestes impurs
Vos dieux m'ont louangé de terreur et de mauvais présages
Tel un démon de cruauté, une incarnation du diable
Moi, qui ne suis que noblesse, qui ne suis que pureté !
Pourquoi me traquez-vous avec autant d'acharnement ?

Apprenez à connaître ce qui m'anime dans mon instinct
Écoutez mon chant du soir lorsque ma voie se fait entendre
Ce n'est pas la peur ni la mort que mon message évoque
C'est un hommage à la vie, de l'éveil à la conscience
Je suis le guide de vos sentiers de la terre et de l'au-delà
Je suis fidèle, père de famille et ne tue pas par plaisir

Tout comme vous, j'ai une Âme, un Cœur, une Essence
Ainsi, je ne suis pas la réalité que forment vos esprits…

De son œil amande une goutte de nuit perle d'espérance
Elle s'élève au ciel, brillante, parmi le champ d'étoiles
Une larme luit à jamais pour le cœur des hommes…

( poème pris sur le site : http://cercledevie.e-monsite.com/rubrique,reve-de-loup,156198.html )

- Alors ? Qu’est-ce que tu en dis ? C’est pas mal, hein ?, fit-elle en regardant au loin.

Elle n’avait plus senti aucun frémissement et elle avait si peur de vérifier si la vie était encore présente en elle… Les larmes coulèrent sans bruit sur ses joues et un sanglot monta. Elle le retint, elle ne voulait pas troubler le repos de son amour, quel qu’il soit.

Soudain elle se figea. Un murmure, quasi-inaudible et si faible qu’on l’aurait dit inexistant, avait sifflé à son oreille. Elle se pencha sur Tia et retint son souffle.

- Encore…

Le cœur d’Alexia fit un bond si puissant qu’il lui fit mal.

- Tia, fit-elle en lui caressant avec fébrilité le visage.

Ses yeux frémirent, clignèrent puis se fixèrent un bref instant sur les siens. Alexia réprima un nouveau sanglot, de soulagement cette fois, et chercha fébrilement une autre histoire à raconter.

Tia était là. Elle était avec elle.

- Tiens le coup amour, souffla-t-elle. Les secours arrivent.

Un imperceptible mouvement de la tête, qui sembla la chose la plus magnifique, à Alexia lui répondit.

- Ok, une histoire, hein ?

Autre hochement imperceptible.

- Ok. Tu connais la légende des Ojibwas ? Selon eux, c’est le loup qui a appris à l’homme tout ce qu’il sait aujourd’hui. Aucune de leur histoire sur eux ne parle de la peur du loup comme nous savons si bien le faire. Non eux, ils respectent tout chez lui.

Et alors qu’elle se mettait à conter l’histoire de Nanabush et Tooth, Tia se concentra sur la voix apaisante de celle qui l’avait arrachée à son tunnel. Non, elle ne pouvait pas la laisser. Pas cette fois. Même si elle ne savait pas pourquoi, ni comment, elle lui avait déjà fait trop de mal. Elle l’avait laissé seule suffisamment souvent… elle n’en avait plus le droit.

 

Chapitre 2 :

 

Quelques temps plus tard, Tia apprit ce qui s’était passé après son évacuation. Alexia et Linya s’amusèrent à le lui relater pour la distraire un peu et la faire patienter. Après la nouvelle exposition de ses yeux aux rayons du soleil, elle avait dû subir une opération au laser, sensée évacuer les tissus brûlés et leur laisser une chance de renouveler les tissus perdus. Elle devait prendre des gouttes et et des bandes de gaze entourait sa tête pour protéger ses yeux de la lumière.

Pendant les 48h suivant son hospitalisation, son état avait été jugé critique et elle avait subi diverses opérations en urgence. Il avait fallu s’occuper de son hémorragie interne, mais aussi de la commotion que les coups sur sa tête avaient provoquée.

Alexia avait eu bien du mal à faire comprendre au personnel médical que sa présence auprès d’elle était indispensable et plus que tout, que c’était sa voix qui la maintenait parmi eux. Elle ne pouvait le leur expliquer, elle ne savait pas elle-même d’où lui venait une telle certitude. Tout ce qu’elle savait, c’était que Tia se battrait et passerait le cap critique qu’elle vivait, si elle l’incitait à le faire.

Après pas mal de négociations et autant de dons faits à l’hôpital par Linya, Alexia avait reçu l’autorisation de rester avec Tia dans sa chambre.

Aujourd’hui, une semaine après son arrivée, elle était sortie d’affaire. Alexia était, comme à son habitude, assise à ses côtés. Elle avait été si près de la perdre… elle contempla son amie endormie et fit une fois de plus le tour de ses blessures en se demandant par quel miracle elle avait tenu si longtemps.

Outre son pansement sur les yeux, elle portait une écharpe pour soutenir le bras qui avait eu une épaule déboitée. La plupart des côtes de son flanc droit étaient brisées en plusieurs endroits, ce qui l’obligeait à rester tranquille et à parler sans s’agiter. Elle portait un pansement au niveau de l’estomac qui dissimulait une fine cicatrice, là où il avait fallu l’opérer. Enfin, elle avait des bleus et des plaies sur tout le corps.

Les plus moches étaient sur son ventre, son torse et sa tête. En détaillant son si beau visage, ainsi abimé, Alexia sentit, comme à chaque fois, une vague de colère sourde l’envahir. Elle ne regrettait pas la mort de Sassem. Elle ne regrettait pas que se soit Tia qui en soit responsable. Et même si le souvenir de ce qu’elle lui avait fait, resterait à jamais gravé en elle, elle ne voulait pas imaginer une fin plus paisible pour lui. Il avait mérité ce qui lui était arrivé. Il était mort comme il avait vécu, avec violence et sauvagerie.

Elle ne savait pas encore comment sa compagne avait ressenti leur confrontation. Tia dormait presque tout le temps. Ça l’avait d’ailleurs beaucoup inquiétée, mais les médecins lui avaient expliqué que c’était la façon dont son corps récupérait des dommages qu’on lui avait infligé.

Alors elle passait la plupart de ses journées, à la regarder, à veiller sur elle et à la remercier de s’être battue. Elle pensa même, une ou deux fois, à adresser une prière aux dieux qui devaient veiller sur elles. Elle n’avait jamais cru en dieu, mais dès l’instant où elle avait rencontré la mercenaire, elle s’était mise à y penser, comme si ils étaient plusieurs et existaient vraiment. Comme si elle n’en doutait pas… c’était vraiment bizarre, mais ça la réconfortait alors elle n’y réfléchissait pas trop. Un peu comme tout ce qu’elle vivait avec sa compagne.

Elle attendait avec patience, consciente qu’elle avait de la chance d’attendre, que sa compagne récupère suffisamment pour l’interroger sur sa santé émotionnelle. Lorsqu’elle était éveillée, elle lui expliquait ce qu’il était en train de se passer dans le monde. Comment les médias avaient eu vent des différentes attaques et comment les gouvernements impliqués après diverses réunions, avaient élu un conseil représentatif qui s’était adressé à la presse en une série de conférences, expliquant l’attaque, les raisons de celle-ci, sa réussite et les conséquences qui en résultaient.

Apparemment, ce conseil était en train de mettre en place une armée de la paix, comme l’Onu en fait, mais en moins armé. Il voulait envoyer des hommes et des femmes régler les problèmes que cette attaque avait eu sur les gouvernements et les problèmes de politiques internationales que le fait d’avoir tout révélé avait créés.

Il fallait apaiser les esprits, financer les reconstructions et négocier de nouveaux accords. Mais avant tout cela, il fallait réélire plusieurs présidents et essayer de limiter la casse avec ce qu’il restait de certaines familles royales.

Le scandale provoqué par l’organisation caché de Sassem avait et faisait encore les choux gras de la presse mondiale. Les médias exigeaient le nom de celui qui avait mis tout cela à jour et qui l’avait dirigé. La mise en place du conseil avait eu pour but de calmer les questions à ce sujet. Toute l’opération était une coopération des différents gouvernements. Aucun élément extérieur n’avait participé.

Quelques bribes d’infos avaient filtré, comme la participation de certains mercenaires et d’une force armée inconnue, mais tout avait été démenti par les porte-paroles des gouvernements.

Linya avait été satisfaite de la réaction. L’anonymat pour Lyoko était une garantie de sécurité, elle ne pouvait prendre le risque d’être associée à cette opération. Alexia quant à elle n’était pas mécontente non plus. Le nom d’Enyo avait été cité à plusieurs reprises. Cela garantissait un futur rempli de clients. Ce n’était pas demain la veille qu’elle serait au chômage !

En échange de son « aide » sur l’opération et de son silence sur sa participation, elle avait été graciée. A partir d’aujourd’hui, Tia, alias She-wolf, alias Enyo, était aussi pure qu’un bébé qui venait de naître ! Elle avait hâte de lui apprendre la nouvelle !

Alexia essaya d’imaginer les prochains mois. Tia devrait se poser quelque part pendant un bon moment, le temps de guérir, et elle pourrait le faire en toute tranquillité. Maintenant, elles pourraient s’établir. Fonder une famille. Avoir un bébé. Alexia gloussa. Une petite Tia. Qu’elle porterait.

Elle frémit d’anticipation. Bon, évidemment, elle devrait en reparler avec la mercenaire, mais…, elle posa la main sur son ventre plat, peut-être que bientôt…

Elle tourna la tête lorsque Linya entra dans la chambre. Celle-ci la salua d’un hochement de tête et d’un sourire et s’installa à ses côtés.

- Comment va-t-elle ? chuchota-t-elle.

Linya venait leur rendre visite tous les jours peu avant midi. Après le repas, c’était le tour de Frédérique. Il restait jusqu’à ce qu’elle se réveille et ils échangeaient quelques mots, avant de téléphoner aux jumeaux. Ils étaient surexcités depuis qu’ils savaient qu’elle serait bientôt de retour. Ils avaient semblé très inquiets en apprenant qu’elle était à l’hôpital.

Mais rassurés quand Alexia leur avait déclaré qu’elle ne bosserait plus pendant plusieurs mois. Cependant, il avait fallu leur expliquer que leur mère n’allait pas être en mesure de bouger pendant quelques temps et qu’elle ne reviendrait donc pas aussi vite qu’ils le souhaiteraient. Frédéric les avait calmés en leur disant qu’à chaque vacances scolaires, ils viendraient la voir et visiter la Colombie. A l’idée de voyager leur contrariété s’était envolée. Depuis lors, ils attendaient avec impatience les prochaines vacances. 

Tia avait voulu protester mais le soulagement audible dans leur voix, ainsi dans celle de sa compagne l’en avait empêchée. D’après ce qu’elle avait entendu, Alexia en avait pas mal bavé pendant l’attaque. Elle méritait bien un peu de tranquillité.

- Ça va. Elle dort, elle mange, elle accepte de ne pas trop bouger. C’est plutôt encourageant, fit-elle soucieuse.

Linya la dévisagea un instant, puis posa sa main sur la sienne.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

Alexia hésita.

- C’est… elle semble fatiguée.

- Eh bien oui, confirma son amie perplexe, le docteur a dit que c’était normal.

- Oui, je sais, mais… ce n’est pas de ça que je parle. Elle manque d’énergie.

En voyant l’air perdue de sa meilleure amie, Alexia soupira de frustration et passa une main dans ses cheveux.

- Ce que j’essaye de dire c’est que… son moral n’a pas l’air bon. Elle… n’a pas son ressort habituel.

- C’est sûrement l’hospitalisation. Ça ne lui est pas facile d’être immobilisée ainsi et elle doit s’angoisser au sujet de ses yeux aussi. Ne pas savoir si elle recouvrira la vue… pour quelqu’un comme elle, ça doit être l’enfer.

- Peut-être, répondit-elle lentement.

Mais Alexia en doutait. Quelque chose… quelque chose s’était passé. Peut-être des souvenirs ou… peut-être la façon dont elle avait tué Sassem ? D’après ce qu’elle s’en rappelait, la dernière profonde dépression de Tia avait commencé avec une chose similaire qu’elle avait faite à une prisonnière. Peut-être que c’était ça ?

Si ça l’était, elle avait bien l’intention de la faire parler. La dernière fois ça avait semblé lui suffire pour commencer à remonter la pente. Satisfaite de sa décision, elle revint à Linya.

- Tu as vu mon père ? la questionna-t-elle.

- Oui. Il a dit qu’il passerait te voir bientôt.

-Vraiment ?

Alexia était surprise. Leur dernière entrevue avait été pour le moins houleuse. Il n’avait pas apprécié qu’elle se jette au milieu de la zone de combat en le laissant derrière elle. Pour une criminelle qui plus est. En entendant ses mots, sans pouvoir faire se retenir ou même songer à le faire, elle avait levé la main et l’avait giflé.

Ils avaient été aussi stupéfait l’un que l’autre par son geste. Mais Alexia s’était vite reprise.

- Ne redis plus jamais ça.

Il l’avait dévisagée comme s’il la voyait pour la première fois. Son expression lui avait fait mal, mais elle ne pouvait pas, ne voulait pas rattraper son geste ou s’en excuser. Elle avait été à deux doigts de la perdre, elle était fatiguée et Tia était alors en salle d’opération pour subir une série d’interventions urgentes.

Elle n’avait pas envie de s’excuser d’avoir choisi sa compagne plutôt que lui. S’il ne parvenait pas à comprendre qu’elle l’aimait comme il avait aimé sa mère, alors tant pis.

Il était parti furieux et depuis elle n’avait plus eu de nouvelles. Aujourd’hui, elle le regrettait un peu. Pas ce qu’elle avait fait ou même pensé mais… il avait été séquestré et elle n’avait même pas vraiment pu savoir si il allait réellement bien. S’il avait regretté autant qu’elle leur séparation depuis tout ce temps. Si…

Elle soupira en secouant la tête. 

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas.

- Il t'a paru furieux ? Inquiet ?

- Ni l’un, ni l’autre, fit-elle en haussant les épaules. Je l’ai croisé pendant le débriefing avec les grands pontes et il m’a juste dit de te prévenir.

- Ok. Quand passe-t-il ?

- Il ne l’a pas précisé mais… il sait que tu es là et qu’elle sera coincée ici pendant plusieurs mois, donc…

- Il a tout le temps.

- C’est ça.

- Cela dit, je pense qu’il viendra rapidement. Papa l’a vu le mois dernier et il avait l’air inquiet et soucieux en parlant de toi. Il en a conclu que tu lui manquais et qu’il allait reprendre le contact assez vite.

- Ouais mais depuis il a été enlevé et on a eu une « discussion ».

- Mais…

- Laisse tomber Lin. C’est gentil d’essayer de me tranquilliser mais je ne suis pas inquiète. J’ai choisi et je ne regrette pas mon choix. De toutes façons s’il ne m’y avait pas obligée, on n’en serait pas là. C’est entièrement de sa faute, alors ce n’est pas moi qui vais regretter l’état actuel de nos relations.

- Ok, ok, fit-elle en levant les mains devant sa véhémence. Je te crois.

Alexia reposa son regard sur sa compagne endormie.

- Elle ne tiendra pas des mois comme ça. Elle est déjà déprimée et ça fait une semaine seulement.

- Pourtant le personnel vous traite comme des reines.

- Oui, acquiesça-t-elle avec un sourire. C’est marrant d’ailleurs. Officiellement, Tia et moi n’avons pas pris part à l’attaque, mais officieusement tout le monde sait que c’est elle qui l’a mise au point. Ils lui sont très reconnaissant de les avoir libérés, du coup on a droit à un traitement de faveur et à de vrais repas ! 

- Ça devrait rendre les choses moins difficiles, non ?

- Pas vraiment. Elle n’aime pas être bloquée sur un lit, encore moins dans une chambre d'hôpital. Ça lui rappelle de mauvais souvenirs. En plus de ça, on se trouve dans le pays de ses cauchemars. Il faut trouver une autre solution. On doit bien pouvoir la bouger d’ici ?

- Alexia, je sais que tu t’inquiètes mais ça n’est pas possible. Ses côtes sont dans un trop mauvais état.

- Je sais mais… elle ne va pas bien et rester ici n’arrangera rien.

- Alex, calme-toi. Ça va s’arranger. Ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Elle est forte, elle va s’en remettre. Et puis tu seras là.

Alexia réfléchit un moment. Puis soupira.

- Je crois que je n’ai pas vraiment le choix, de toutes façons, non ?

- Pas vraiment. Fais-lui confiance. Et fais-toi confiance. Tant que tu es à ses côtés, elle ira bien.

- J’espère.

 

********************************************

 

Quelques jours plus tard, le père d’Alexia fit enfin une apparition. Sa fille était au chevet de sa compagne endormie. Il passa la porte et se tint un instant immobile à l’observer.

Elle avait l’air fatigué et soucieuse. Il vit qu’elle tenait la main de cette femme et ne semblait pas vouloir la lâcher. Il ne jeta même pas un œil sur la blessée. Il n’avait que faire de ce genre de personne.

Il se signala par un raclement de gorge et étudia attentivement son expression lorsqu’elle le reconnut. La surprise. Une étincelle de joie. La colère. Et une tension sous-jacente. Jadis, il ne voyait dans ses yeux que de la joie. Il aurait voulu en accuser la grande femme, mais c’était entièrement de sa faute. Cependant, s’il le savait, il ne pouvait pour autant pas l’accepter.

Elle lui fit signe de la suivre dans le couloir et jeta un petit regard d’excuse à la femme allongée. Elle passa à côté de lui sans le regarder et cela lui fit mal. Elle ne l’avait même pas salué.

- Qu’est-ce que tu veux ?

De but en blanc. Elle avait toujours été franche et aussi désagréable que c’était en ce moment, il apprécia de voir qu’elle était encore un peu elle-même.

- Te voir.

Elle fronça les sourcils et attendit. Mais une soudaine timidité le saisit et il ne sut pas quoi dire. Alexia avait toujours été sa petite fille, il avait toujours cédé à ses caprices, sauf cette fois. Pourquoi ? Qu’y avait-il de différent cette fois ? En la voyant jeter un regard anxieux vers la porte, il comprit. Ce n’était pas un caprice. Et c’était bien pire.

- Je trouvais regrettable que se soit un enlèvement qui nous ait réuni.

- La faute à qui ? Tu as clairement établi les règles.

- Et comment voulais-tu que je fasse autrement ? Tu veux que je te laisse aller tranquillement avec cette… cette femme ?! s’écria-t-il furieux. Elle est dangereuse, elle te fais mener une vie dangereuse ! Elle te change en quelqu’un que tu n’es pas ! Regarde-toi, bon sang ! Tu es fatiguée, inquiète et tu es loin d’avoir l’air en forme ! Ce n’est pas toi, ça ! Toi, tu es une personne joyeuse, pleine de vie et curieuse de tout ! Tu aimes être vue et là, tu te caches en permanence ! Ne me dis pas que ça te rends heureuse, je ne te croirai pas !

Alexia le fixa de plus en plus en colère, puis tourna les talons sans répondre.

- Où vas-tu ?!

- Je retourne auprès de Tia.

- On n’a pas fini de discuter !

- On ne discute pas papa, tu hurles et je subis.

Il souffla bruyamment et contrôla sa frustration.

- Très bien, excuse-moi. On peut discuter maintenant ?

Alexia revint vers lui, non sans refermer soigneusement la porte.

- Qu’est-ce que tu attends de moi ? demanda-t-elle en croisant les bras.

- Mais… rien ! Je voudrais juste…

- Quoi ? Tu veux t’assurer que je vais bien ? Je vais bien. Que je suis heureuse ? Je suis heureuse. Mais tu ne veux entendre ni l’un, ni l’autre.

- Alex…, fit l’homme complètement découragé.

- Écoute, parce que je crois vraiment que tu es inquiet pour moi, je vais essayer de t’expliquer encore une fois. Tu dis que je ne suis pas celle que tu vois aujourd’hui, que je n’étais pas ainsi avant et tu as raison. Mais celle que j’étais avant n’était pas heureuse, papa. Elle en donnait l’illusion, c’est tout. Ma vie, telle que tu la vois, me satisfait vraiment. Et si je n’avais pas rencontré Tia, c’est vrai que je ne serais pas mercenaire aujourd’hui, mais ce que tu ne comprends pas c’est que ça aurait été une chose qui m’aurait vraiment manqué. Et que même sans elle dans l’avenir, je continuerai. J’aime ce travail. Je fais des choses importantes et papa, c’est une sensation tellement extraordinaire que de se rendre compte que notre présence compte vraiment ! On change les choses, on les rend meilleures ! Alors oui, il y a des sacrifices à faire, et ça n’est pas toujours facile à accepter, mais ça en vaut la peine, dit-elle en posant sa main sur son bras. Tu te rends compte ?! Je peux faire la différence, comme Tia, comme ce qu’on a fait avec Sassem ! C’est… c’est bien non ? Si tu ne le vois pas… je ne peux rien pour toi, conclut-elle finalement.

- Je peux comprendre que tu veuilles te rendre utile, accepta-t-il. Mais il y a d’autres façons moins dangereuses de le faire. Et si c’est vraiment les femmes ton… truc, alors ok, mais tu peux trouver mieux qu’elle.

- Tu refuses de comprendre, dit-elle désabusée. Papa, je t’aime, mais j’aime Tia encore plus et si je peux vivre sans toi, je ne peux pas même envisager d’être à moins de trois pas d’elle. Je suis désolée si tu penses qu’elle ne vaut rien, car elle est la personne la plus extraordinaire et la plus merveilleuse qui soit. Elle me comble au-delà de toutes raisons. Elle est attentive, romantique, forte, sensible et elle possède un sens de l’humour formidable. Elle est la personne qu’il me faut. Celle qui me soutient quand j’en ai besoin, qui me botte les fesses s’il le faut, qui me dit qu’elle m’aime et qui le prouve. Je ne pourrais jamais trouver mieux qu’elle. Elle est parfaite pour moi et je ne veux personne d’autre.

Son père secoua la tête mais elle poursuivit, abattant sa dernière carte.

- Et tu sais papa, toi qui a toujours voulu que je me trouve un bon parti… tu devrais être content, Tia est la 8ième fortune mondiale. Elle a tout ce qu’il faut pour prendre soin de moi. Mais tu sais même pauvre comme Job, elle serait parfaite pour moi.

- Je ne comprends pas, répondit-il les sourcils froncés mais sans aucune animosité. Tu dis que tu aimes une vie qui te met en péril. Que tu aimes une femme qui est, excuse-moi mais c’est la vérité, une tueuse. Mais pour moi ça n’a aucun sens. Et ça n’en aurait pas eu pour toi avant.

- Tu regrettes une personne qui n’a jamais vraiment été. Cette fille capricieuse qui te manque… ça, ça n’était pas moi. Tia m’a révélée à moi-même. Elle m’a montré que je valais mieux que ça.

Son père la regarda, puis secoua de nouveau la tête.

- On n’y arrivera pas. Pas tant qu’elle sera entre nous.

- Ce n’est pas elle le problème.

Il ne répondit pas et tourna les talons. Elle le regarda faire en soupirant. Ils étaient aussi malheureux l’un que l’autre et rien ne risquait de changer avant longtemps.

 

***********************************

 

Le lendemain Enyalios rendit visite à Tia.

- Enfin ! s’exclama Alexia en le voyant franchir le pas de la porte.

- Quoi ? répondit-il nonchalamment. Je t’ai manqué tant que ça ?

- Ça fait presque deux semaines que ton amie est hospitalisée, tu aurais quand même pu venir plus tôt, répliqua-t-elle en souriant.

- Je n’aurais pas pu, non madame. J’ai dû négliger pas mal de mes propres affaires pour répondre à son appel.

- Oh. Eh bien, c’était très sympa de ta part.

- N’est-ce pas ?

 Elle lui sourit de nouveau.

- Alors, comment va-t-elle ?

- Elle dort.

- Mais encore ?

- Elle en a pour des mois à se remettre, mais d’après le médecin, ses yeux semblent prendre un bon chemin.

- Parce qu’elle risquait de devenir aveugle ?! s’exclama-t-il surpris.

- Le danger n’est pas encore complètement écarté, mais ils sont optimistes.

Il hocha la tête. Linya entra à ce moment là.

- Salut !

- Eh, salut beauté !

- Enyalios, c’est ça ?

- Vous vous souvenez de moi ? dit-il avec un sourire vaniteux.

Linya leva un sourcil railleur et se tourna vers Alexia.

- Comment c’est aujourd’hui ?

- Pareil.

- Je vois. Tiens, dit-elle en lui tendant un paquet, j’ai pensé à renouveler ton stock de loisirs.

- Merci.

- Au fait, dis-moi, ton stage avec Angelsson, c’est dans quelques mois, non ?

- Je crois, oui. Pourquoi ?

- Tia sera encore là ?

- Non, elle devrait sortir juste avant. Mais je n’ai pas l’intention d’y aller, je ne veux pas la laisser seule.

- Arrête, c’est ton rêve ! protesta sa meilleure amie. Et tu sais ce qu’a dû faire Tia pour te décrocher ça ? C’est son cadeau, tu vas la vexer si tu y renonces.

- Je ne vais pas partir et la laisser derrière moi alors qu’elle a besoin d’aide ! s’insurgea-t-elle.

- Ce n’est pas ce que je te dis, calme-toi. En fait, j’avais une proposition.

- Désolé, je suis un peu à cran. Je m’ennuie pas mal et je m’inquiète autant.

- Pas de problème.

- Dites-moi les filles, je ne vous dérange pas ? fit la voix grave d’Enyalios.

- Non, pourquoi ? répondirent-elles en cœur.

- Non, rien.

Il renonça à essayer de s’incruster dans la conversation, s’assit de l’autre côté du lit et observa son ancienne élève. Elle avait repris des couleurs et si les pansements étaient assez impressionnant, elle en avait eu des pires. Il était soulagé de la revoir. Et rassuré de voir qu’Alexia était toujours là. Si elle était restée après Sassem, elle resterait quoi qu’il arrive. Sa protégée était entre de bonnes mains.

- Bon, alors ta proposition ? reprit Alexia comme si elles n’avaient pas été interrompues.

- Ma famille voudrait rencontrer Tia. Alors je me disais qu’à sa sortie d’hôpital, je pourrais l’amener à la maison. Comme ça, toi tu serais libre d’aller à ton stage avec Angelsson.

- Mais pourquoi ta famille veut la rencontrer ?

- J’imagine qu’ils savent qu’elle a un lien avec mes récents allez-et-retours et les mouvements nombreux et conséquents des membres de l’association et de nos fonds. Ne t’en fait pas, je pense qu’ils veulent juste s’assurer que ce n’est pas une profiteuse ou quelque chose dans ce genre.

- Ok, mais dans ce cas, je préfère être là.

- Eh bien, je comptais sur toi pour m’aider à la traîner là-bas alors pas de souci ! répondit-elle joyeusement.

- Ça ne me plaît pas de la laisser.

- Tu n’as pas confiance en moi ? demanda son amie gravement.

- Bien sûr que si. Là, n’est pas le problème… c’est juste…

- Que tu n’aimes pas être séparée d’elle.

- Oui, et puis je pensais qu’elle serait là pour mon stage. Sans quoi, c’est moins… amusant.

- Peut-être qu’on pourra y faire un saut ? Si elle se sent bien. Mais si tu n’y vas pas à cause d’elle, elle va s’en vouloir. Et elle sera déçue aussi.

- Je sais. Écoute, on verra ça à sa sortie, ok ?

- Ok.

 

Chapitre 3 :

 

Les mois passèrent et l’état de Tia s’améliora sensiblement. Si vite en fait, qu’elle sortit plus tôt que prévu. Ses enfants qui étaient là, eurent droit à une visite guidée par ses soins. Ils rentrèrent chez eux, à la fin des vacances de la Toussaint avec la satisfaction de savoir que leur mère rentrerait définitivement, excepté pour le travail, pour les vacances de Noël.

Le stage d’Alexia ayant lieu seulement le mois suivant, elle put l’accompagner et rester avec sa compagne.

- Ça tombe bien, fit-elle, ça fait un petit moment que je n’ai pas revu ta famille. Tes parents m’ont beaucoup manqué.

- Et la réciproque est vraie. Ils seront ravis de te revoir. Lance et Richard seront là aussi. Richard vient avec toute sa petite famille.

- Oh, y’aura Drew et Jason alors ?

- Qui sont Drew et Jason ? l’interrogea sa petite amie.

- Les enfants de Richard et Donna, lui répondit-elle. Et Lance ? Il amène sa dernière conquête ?

- Non. Il est célibataire en ce moment.

- Ouaaah les miracles existent donc vraiment ?

La réflexion arracha un petit rire à Linya. Alexia attrapa la main de Tia et la serra un peu en la regardant. Celle-ci avait le regard fixé droit devant elle. Depuis sa sortie, mais aussi bien avant ça, elle n’avait sourit qu’en de très rares occasions et elle n’avait plus fait aucune de ses blagues tordues. Elle ne répondait même plus à celles de Linya. Son amie lui avait dit que c’était sûrement un contrecoup de toutes ces semaines d’immobilité, que ça finirait par passer, qu’elle devait être patiente.

« Mais Linya ne sait pas de quoi elle parle, songea la jeune femme. Elle ne connait pas Tia comme je la connais. Même dans ses pires moments, elle n’était pas aussi distante. Absente, oui. Mais pas distante. »

La distance elle l’avait prise avec elle et, lui semblait-il, avec la vie elle-même. Et ça, ça lui faisait vraiment peur. Elle tenta une nouvelle approche.

- Linya, tu savais qu’il était possible, qu’un jour, si Tia est d’accord bien sûr, je pourrais porter son enfant ?

La jeune femme s’étrangla avec son carré de chocolat et finit par le recracher au loin. Rouge comme une tomate, elle la fixa d’un air ébahi.

- P… porter son enfant ?! Tu te fous de moi ?!

- Non, non. Ti m’a dit que c’était possible. Pas vrai ? fit-elle en se tournant vers elle.

- En effet. Mais ce n’est pas très courant et ça ne fonctionne pas à tous les coups.

- Bah, on n'aura qu’à essayer plusieurs fois. Un bébé de toi, dit-elle toute excitée, ça en vaut la peine et puis, avec ton ADN, je suis sûr qu’il s’accrochera ! Comme sa maman !

Son sourire heureux et sa joie toute simple touchèrent le cœur engourdi de la mercenaire. Lentement, elle le lui retourna. La petite étincelle qui pétilla alors, lui confirma qu’elle avait bien fait de faire cet effort. Elle lui pressa gentiment la main et déclara :

- On en reparlera une autre fois.

- Bien sûr ! On a tout le temps maintenant !

Le temps… C’était vrai. Elle avait le temps, sembla-t-elle réaliser seulement maintenant. Elle avait donc tout le temps qu’il lui fallait pour régler ce qu’elle sentait s’agiter en son sein. Cette chose noire et visqueuse qu’elle sentait vivre et se nourrir de son énergie, lui glaçait le cœur et la distanciait de ce qui l’entourait.

Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. C’était comme si cette chose était vivante. Elle avait peur de perdre ce qu’elle avait si durement gagné et plus que tout, elle avait peur, le jour où ça arriverait, de s’en foutre complètement.

Elle observa le visage de cette femme pour qui elle aurait tout braver, tout affronter, et laissa les émotions éteintes depuis quelques temps remonter à la surface. L’amour. La tendresse. La douceur. L’envie de la toucher. Son besoin irrépressible de l’entendre rire. De lui faire plaisir…

Des mots montèrent en elle.

- Je t’aime.

Alexia tourna vivement la tête, étonnée.

- Qu… quoi ?!

- Je t’aime, répéta son amie gravement.

Alexia dut se mordre la lèvre pour ne pas se laisser aller à l’émotion. Cela faisait des mois qu’elle attendait ces mots. Depuis la mort de Sassem, elle ne lui avait plus dit un seul mot tendre. Elle n’était même plus câline. Dans les premiers temps elle avait même semblé ne plus apprécier ses contacts.

Avec le temps, elle l’avait vu se détendre et les réapprécier. Mais c’était si lent, si laborieux, qu’elle ne s’attendait pas à une si grande avancée avant encore plusieurs mois. Le simple fait de lui presser la main était un vrai miracle !

Tia vit les larmes et levant son index en récupéra une, qui hésitait à tomber. Elle la regarda un instant, puis leva les yeux sur sa compagne.

- Je suis désolée. Je ne suis pas facile depuis quelques temps. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais même pas d’où ça me vient. Je suis juste… engourdie.

- Ce n’est pas grave, souffla-t-elle tout à sa joie. Ça va passer. Je t’y aiderai, ajouta-t-elle en voyant son air sceptique. C’est un peu comme pour tes yeux, en fait. Ton cœur est blessé. Il en a tant subi en si peu de temps. Il lui faut du temps pour guérir et pouvoir à nouveau fonctionner normalement. Un peu de gym et hop, il sera comme neuf !

- Peut-être.

- Ne t’en fait pas, déclara Linya, on va le faire bosser ! On commencera par des trucs tout simples comme un peu de rigolade et quand tu seras prête, on passera aux choses sérieuses, comme le sexe !

- Tu es en train de me proposer de coucher avec toi ? lui demanda la grande femme avec un petit sourire.

- Faut voir, répliqua son amie. Il te faudra être convaincante, mais qui sait ?

Tia secoua la tête, amusée mais fatiguée. Alexia ne chercha pas à en rajouter comme elle l’aurait fait avant, d’ailleurs Linya s’arrêta là, elle aussi. Cette phrase toute simple était déjà un progrès et Alexia s’en contenterait.

- Ta cion aga mort, Je t'aime, lui répondit-elle finalement en gaélique.

L’expression surprise, mais ravie, de sa compagne lui confirma qu’elle avait bien fait de chercher d’autre langue dans laquelle lui parler. Un sentiment profond de bien-être la prit. Alexia recommença enfin à se sentir complète.

La mercenaire ne connaissait pas cette langue, mais elle en comprit parfaitement le sens et la poésie des sonorités lui plu. Elle lui caressa le dos de la main de son pouce et éprouva un soulagement intense à se rendre compte que cela lui plaisait de nouveau. Peut-être que cette chose noire en elle pourrait être contenue ? Peut-être même vaincue ? Si quelqu’un en était capable, c’était Alexia. Elle croyait en elle et en son pouvoir comme en personne d’autre sur terre.

Lex, sa Lex, pouvait mettre en échec cette bête tapie au fond d’elle.

 

*********************************


Deux semaines plus tard, elles étaient toutes les trois dans la résidence principale de la famille de Linya. Quoique étrange, la première semaine se passa bien. La famille Obson fit bon accueil à Tia et sembla plus qu’enchantée de revoir Alexia.

Ce qui rendit ce séjour étrange, fut l’obstination de ses parents à tout connaître de la mercenaire, ainsi que les petites phrases sibyllines, lourdes de sens mais qui ne voulait rien dire pour les trois filles.

Déjà, la phrase avec laquelle ils avaient accueilli Alexia.

- Bienvenue dans la famille ! Depuis le temps que nous l’espérions !

Pas, bon retour dans la famille, non, bienvenue. Bizarre. Ensuite, ils n’avaient cessé de leur poser des questions étranges. Du style : « Alors on va bientôt avoir droit à une fête ? » ou encore : « il n’y a pas quelque chose que l’on devrait fêter ? » et aussi : « Vous n’avez pas une nouvelle à nous apprendre ? »

Linya supposait qu’ils parlaient de la participation de Lyoko dans l’attaque et qu’ils souhaitaient avoir plus de détails, mais elle ne comprenait pas pourquoi ils n’allaient tout simplement pas droit au but.

Leur attitude avec Tia était aussi assez spéciale. Outre l’interrogatoire très serré auquel elle était soumise lorsqu’elle n’était pas trop fatiguée, ils essayaient tous de se trouver des points communs avec elle. Ils l’invitaient sans cesse à tout un tas de jeux, qu’elle ne connaissait pour la plupart pas du tout.

Le seul bon point de tout ce ramdam, était que ça distrayait la grande femme autant que sa compagne. Linya s’inquiétait pour elles deux. A part en de rares occasions, Tia était d’humeur sombre, de plus en plus en vérité, et Alexia ne savait plus quoi inventer pour la faire revenir vers elle. A chaque fois, sa compagne lui disait qu’elle n’était pas partie et ne partirait nulle part. Qu’elle l’aimait beaucoup trop pour cela.

Linya pensait que le problème de la mercenaire venait du fait que le but de sa vie avait été atteint en tuant Sassem et qu’elle ne savait plus quoi faire. Elle avait conseillé à son amie de lui en trouver un.

En conséquence, dès le début de la semaine, Alexia s’était mise en tête de convaincre Tia de fonder une famille avec elle. Une où les jumeaux auraient leur place bien évidemment. Elle lui parlait mariage, enfants, installation…

Si Tia ne semblait pas choquer par tout cela, elle n’avait pas non plus l’air enthousiaste. Mais Alexia n’en démordait pas. Elle allait faire de leur famille, la nouvelle raison de vivre de Tia.

Linya pénétra dans la bibliothèque plongée dans le noir où elle savait trouver la grande femme. Elle était debout devant la fenêtre, baignée par le clair de lune. Elle vit grâce aux rayons doux, que la mercenaire avait retiré ses lunettes et les avaient posés sur une étagère à portée de main.

- Tia ? fit-elle un peu hésitante.

Dans cet élément, la grande femme semblait si parfaitement à son aise, qu’elle en était un peu intimidante. Et son besoin de s’isoler était si flagrant qu’elle craignait de troubler son tête à tête avec elle-même.

La mercenaire tourna la tête et le regard qu’elle posa sur elle la transperça comme un laser. Elle recula d’un pas, saisie d’angoisse. Tia s’en aperçut et s’empara de ses lunettes. Elle les mit sur son nez mais c’était trop tard. Linya avait vu ce que cachait son amie.

Le feu brûlant qui couvait en elle et semblait avoir touché l’essence même de son âme, la noirceur qu’elle avait décelé au milieu du bleu de ses yeux, étaient impossible à oublier.

Alexia avait raison, Tia allait mal et s’était bien plus grave et bien plus profond que ce qu’elles craignaient.

- Oui ? fit la voix grave de son amie.

- Je… euh… tu vas bien ? ne put-elle s’empêcher de demander.

La mercenaire resta un moment silencieuse. Elle avait remarqué la réaction de Linya. Elle avait vu. Servirait-il à quelque chose de prétendre le contraire ?

- Pas vraiment, répondit-elle enfin. Mais ce n’est pas une chose contre laquelle tu puisses quoi que se soit.

- Et Alex ? tenta-t-elle encore.

Un silence. Puis tout bas, un mot léger comme une aile de papillon :

- J’espère…

Linya hésita. Devait-elle pousser plus loin ? Elle avança d’un pas et posa une main sur son bras. Elle remarqua avec soulagement que la grande femme ne tressaillit pas. Elle posa son regard sur les lunettes et leva une main hésitante vers elle. Voyant que son amie ne faisait rien pour l’en empêcher, elle les lui retira et put enfin plonger son regard dans le bleu profond des yeux de sa compagne.

Elle n’y vit plus ce feu brûlant qu’elle craignait. Une grande tristesse et une lassitude toute aussi grande, l’avait remplacé.

- On est amies Tia, commença-t-elle en ne quittant pas son regard une seconde. Tu peux tout me dire. Même ce que tu ne peux pas avouer à Alexia. Mais si tu penses qu’elle peut t’aider en quoi que se soit, alors n’hésite pas. Parle-lui. Car il n’y a rien en ce monde, qu’elle ne ferait pour toi.

- Je sais.

Mais le savoir et se l’entendre dire était deux choses bien distinctes. La tristesse en elle sembla refluer un peu.

- Mais je ne suis pas sûre qu’elle y puisse quelque chose.

- Mais tu n’es pas certaine du contraire non plus. Tente ta chance, qu’as-tu à perdre ?

- Mon dernier espoir ?

Linya passa une main sur sa joue.

- Qu’est-ce qui te trouble ainsi ? fit son amie avec inquiétude.

Tia l’observa. Pouvait-elle lui parler de cette bête noire tapie en elle et qui ne demandait qu’à sortir ? De sa lutte constante contre elle, et qui l’épuisait ? De sa soif de sang si brûlante qu’elle avait l’impression de disparaître chaque jour un peu plus derrière cette chose ?

- J’ai peur de ne plus exister, dit-elle finalement.

Linya ne comprenait pas. C’était visible à son expression mais elle ne lui en voulait pas. Qu’y pouvait-elle ? Elle ne connaissait rien à la mort, à l’assassinat, encore moins à la vengeance.

Elle n’aurait jamais dû tuer Sassem comme elle l’avait fait. Ça l’avait changé. Et elle ne voyait aucune porte suffisamment solide derrière laquelle ranger cette horreur, aucun bouton de retour en arrière. Rien. Rien que ce cri qui lui avait répondu et semblait contenir tout ce qu’elle était.

Et puis deux yeux verts surgirent.

Du tréfonds d’elle-même, la douce chaleur qui accompagnait ce regard, l’envahit. Alexia. A chaque fois qu’elle s’imaginait perdue, Alexia surgissait et disait ou faisait ce qu’il fallait pour la soulager.

- Ça va, fit-elle en revenant au présent.

Elle prit la main de Linya et la retira de sa joue.

- Je parlerais à Lex.

- Promis ?

- Promis. Mais…

- Mmm ?

- Merci. Tu… ça fait du bien de savoir qu’en cas de problème, j’ai quelqu’un d’autre vers qui me tourner.

- Pas de problème ! répondit la blonde avec un sourire heureux.

La peine de Tia avait sensiblement diminuée, elle décela même une étincelle de joie lorsqu’elle lui retourna son sourire.

- Au fait, pourquoi étais-tu là ? lui demanda-elle en remettant ses lunettes.

- Oh oui, fit-elle en se tapant sur le front, le dîner ! Je suis venue te chercher.

- Alors, je te suis.

Parvenue au salon, Mme Obson renvoya sa fille à la recherche d’Alexia et invita Tia à s’asseoir à ses côtés. En face d’elle, se trouvait un oncle de Linya qu’elle salua d’un bref hochement de tête.

On servit un verre de vin à la mercenaire en attendant que les autres convives arrivent et la conversation roula sur divers sujets mondains jusqu’à ce que Mme Obson ne se racle la gorge et ne se tourne vers elle, l’air un peu nerveuse.

- Alors dites-moi Mlle Kensington, c’est sérieux ?

- Quoi donc ? fit-elle en fronçant les sourcils.

- Eh bien, vos… euh… relations. Vous, eh bien, vous semblez très bien vous entendre et ma foi, cela m’amène à m’interroger.

Tia était un peu perdue. Elle avait compris qu’elle parlait de sa relation avec Lex mais elle ne comprenait pas vraiment le sous-entendu.

- A quel propos ?

- Envisagez-vous de vous marier ?

Tia cracha sa gorgée de vin sur son voisin et s’excusa en bafouillant. Ça s’était une question qu’un père posait à son futur gendre ! Alors, bon, Alexia n’était pas en bon terme avec le sien, et elle savait que la famille de Linya était comme une seconde famille pour elle, mais elle ne s’attendait vraiment pas à ça !

- Euh… eh bien, oui. Pas tout de suite, mais… oui. Sûrement.

- Oh. Mais, ce ne sera pas un peu difficile ? s’enquit la femme un peu perplexe.

- Difficile ?

Pourquoi ça serait difficile ? Les mariages gays étaient légaux quasiment partout !

- Oui, eh bien, vous savez, ce… heu… genre de couple n’est pas très orthodoxe, enfin, ce que je veux dire, c’est qu’il ne doit pas être évident de trouver quelqu’un qui voudra vous marier.

Tia cligna des yeux plusieurs fois. Cette conversation était surréaliste.

- Euh… eh bien, je connais quelques endroits où ça ne posera pas de problème, répondit-elle enfin avec l’impression d’être dans un rêve.

- Oh vraiment ? Merveilleux ! s’exclama la maîtresse de maison enchantée. D’autant plus que si vous envisagez le mariage avec autant de sérieux, cela signifie que cette relation n’est pas une expérience ou une passade. C’est excellent ! Vous êtes une personne très correcte, je suis ravie de vous accueillir dans notre famille !

- Ha ? Et bien, merci.

- Tu entends ça Andrew, fit-elle à son époux. Nous qui désespérions de voir notre fille se ranger un jour ! C’est merveilleux, positivement merveilleux, reprit-elle à l’attention de la mercenaire en lui tapotant le genou.

Qu’est-ce que Linya venait faire là-dedans ?

- Je ne vous cache pas que lorsque nous avons appris votre relation particulière, nous avons été un peu choqués. Cela dit, nous avons bien vu qu’elle était heureuse ainsi et que vous êtes une personne bien. De plus nous sommes ravis de voir Alexia faire enfin partie officiellement de notre famille ! Alors tout va pour le mieux !

Tia la fixait confuse. Mais de quoi parlait cette bonne femme ?!

- Excusez-moi, vous parlez de moi et Linya ? Et Alexia ?

Mme Obson hocha vigoureusement la tête.

- Comme un couple, vous voulez dire ?

- Bien sûr, Lance nous a dit que vous formiez un trio.

Un trio ?!!!!! Un trio ?!!!! Un… TRIO ?!!!!!!!!!! La mâchoire de la jeune femme se décrocha. Au même moment Linya et Alexia franchirent le pas de la porte.

- Les filles, lança la mère de Linya toute guillerette, Tia viens de nous affirmer qu’elle envisageait le mariage ! Je suis ravie pour vous trois ! Je ne savais pas que l’on pouvait mariez les trios, mais c’est une excellente nouvelle, fit-elle en serrant leur main entre les siennes.

Les deux filles tournèrent la tête vers la mercenaire qui n’avait pas bougé de sa place et affichait toujours une expression stupéfaite. Puis un mot fit tilter Linya.

- Attends une seconde maman, tu as dit un trio ?!

- Oui. Lance nous a annoncé cette extraordinaire nouvelle il y a quelques mois. Nous avons mis un peu de temps à nous y faire, mais Tia est une jeune femme sérieuse et elle prend votre relations très au sérieux ce qui nous rassure beaucoup.

Linya laissa pérorer sa mère et se tourna vers son frère avec colère :

- Lance ! cria-t-elle, qu’est-ce que tu es encore allez raconter ?!

 

FIN.

 

Pour l’instant…

 

 

 

 

 

Posté par bigK à 18:02 - Sassem - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Sassem, partie 9

 

Chapitre 1 :

 

Tia était revenue la veille de sa dernière réunion d’avec les dirigeants, chefs d’agences et chefs d’unités. A cette occasion, elle avait revu Enyalios qui s’était fait une joie de pointer du doigt tout ce qui manquait encore à leur plan. Il l’avait tancée devant tout le monde pour son manque de rigueur.

Elle avait accepté la critique sans rien dire, se contentant d’un :

- Je vais y remédier.

 

Les dirigeants avaient alors posé un autre regard sur lui… et sur elle. En acceptant la critique sans tenter de se justifier elle avait acquis leur respect, c’était d’ailleurs pourquoi Enyalios s’était permis une remise en cause public. Avoir leur respect faciliterait toutes les demandes et les ordres qu’elle ne manquerait pas de devoir donner.

Quand à Enyalios, ils avaient fini par comprendre qu’il n’était pas qu’un excellent soldat, mais aussi un fin stratège à l’intelligence rusée. Tout ceci, avait semble-t-il, redonné confiance aux chefs. Et si leur moral était bon, celui des troupes sur le terrain aussi. Bref, la réunion avait été moins ennuyeuse et beaucoup plus utile que la précédente.

 

Le lendemain matin à son réveil, elle contempla sa compagne. Pour une fois, elle n’eut pas l’envie irrépressible de la supplier de lui pardonner. Elle repensa à la conversation qu'elles avaient eu pendant l’anniversaire des jumeaux. Peut-être que le lui avoir dit, l’expliquait ? Après tout, Lex lui avait dit que savoir qu’elle s’en voulait, avait apaisé la colère inexplicable qui la prenait parfois. Mais elle souhaitait toujours lui dire merci.

 

C’était quand même fou de ne pas savoir d’où tout cela venait. Mais comme elle le lui avait dit, se poser des questions ne changerait pas leur sentiment, alors autant ne pas le faire…

 

« C’est ça, on y croit… c’est dingue ce que tu peux être douée pour nier les choses que tu ne veux pas voir » songea-t-elle avec un brin d’ironie.

 

En même temps que pouvait-elle faire d’autre ? Elle n’avait pas du tout l’intention de voir un psy, et exception faite de ses réveils emplis de remords et de gratitude, ce que cela faisait naître en elle était bon… alors pourquoi s’en préoccuper ?

 

Elle posa les yeux sur Alexia. « Parce que ce n’est pas que du bonheur pour elle, peut-être ? » se dit-elle en sentant un remord monter en elle. Son égoïsme laissait sa compagne se débattre avec une forte peur et une colère qui ne lui appartenait apparemment pas.

Elle détourna le regard et se leva. Ses gestes étaient brusques à l’image de sa tension interne. Elle repoussa au loin cette nouvelle culpabilité et se rendit dans la cuisine préparer un café à sa marmotte préférée. Aujourd’hui, elles partaient. Et les adieux allaient être suffisamment longs et pénibles pour ne pas ajouter la pression du temps qui file à tout ça.

 

 

***************************************

 

 

Il avala une gorgée de son whisky en admirant la vue… et en surveillant les jardiniers dans leur besogne. Le jardin était à son image… ordonné, précis et grandiose. Cela faisait dix minutes qu’il était planté face à sa baie vitrée, essayant de diriger son esprit vers autre chose que son problème actuel.

 

Acceptant le fait que la vue n’était pas le bon remède, il mena son verre et lui-même à son bureau en chêne, spécialement créé pour lui. Il était truffé de caches et de tiroirs secrets. Il avait bien entendu un coffre-fort où il rangeait diverses choses précieuses, mais depuis l’effraction de She-wolf dans son complexe, l’année précédente, il avait été obligé de revoir tout son système de sécurité dans chaque bâtiment qu’il possédait.

 

De ce fait, ces caches étaient protégées par un code ou une serrure. Chaque protection était différente et c’était la même chose pour tout son système à travers le monde. Cela avait demandé un temps infini et beaucoup de travail et d’imagination, mais il ne pouvait se permettre d’être négligeant lorsqu’il s’agissait d’elle.

 

Ainsi, même si elle parvenait à nouveau à s’introduire dans une de ses propriétés, elle aurait bien du mal à découvrir un seul des codes ouvrant ses cachettes. En admettant même qu’elle les trouve. Alors toutes…

 

Ses secrets étaient en sécurité et cela l’emplissait de satisfaction.

 

Après avoir vérifié ses mails professionnels, il se résigna à prendre à bras le corps le problème qui le préoccupait. Elle, encore. Cela faisait maintenant un bon moment qu’il n’en avait plus entendu parler. Plusieurs mois en fait, et au lieu de s’en réjouir, en se disant qu’elle avait dû s’établir quelque part et qu’il devrait avoir ainsi plus de facilités à lui mettre la main dessus, comme il l’aurait fait pour n’importe qui d’autre, il s’inquiétait.

 

She-wolf n’était pas du genre à se terrer. Toutes les occasions étaient bonnes pour contrer ses actions et elle n’en manquait jamais une. Avant, tout du moins. Depuis L’Italie… elle était étonnamment discrète. Il avait été contrarié en apprenant son évasion, mais certainement pas surprit.

 

Aucune prison n’était capable de la retenir. Mais il avait espéré bénéficier de plus de temps. Il avait voulu la récupérer et avait été pris de court. Et il n’aimait pas être pris de court.

 

Il savait qu’elle était liée à cette gamine, la petite Stefanos. Il ne voyait pas tellement pourquoi, d’après ce qu’il avait appris, c’était une gosse de riche typique. Pourrie gâtée dès l’enfance, capricieuse, et habituée à donner des ordres. Il avait été très étonné de la surprendre dans son complexe.

 

Peut-être était-ce la perte de leurs mères à un jeune âge qui les avaient rapprochées ? Quoi qu’il en soit, il y avait quelque chose à utiliser. Il envoya donc un message à un des ses régents en Grèce. Il avait ordonné la surveillance de son père dès la seconde où il avait reconnu la fille.

Ainsi, il avait vu ses gardes du corps, tout aussi discrets que ses espions, se mettre en place autour de lui et le surveiller de loin. Sûrement une idée de She-wolf. Elle était si prévoyante… Mais si ses espions les avaient remarqués, la réciproque n’était pas vraie et dans ces conditions les contourner ne devrait pas être un problème.

 

Il décida de prendre les devant, si She-wolf mijotait quelque chose autant lui offrir une petite surprise… la prendre au dépourvu pourrait lui être salutaire, voire même, lui faire prendre l’avantage. Et comme il n’aimait pas être une proie, fusse celle de cette femme, il commanda l’enlèvement de Stefanos.

 

Faire pression sur la gamine, c’était faire pression sur She-wolf. Elle avait toujours été bien trop

sentimentale….

 

Il sourit aux différents plans qui germaient dans son esprit retors et qui tous, se terminaient par une She-wolf suppliante, couchée à ses pieds…

 

 

**********************************

 

 

Les adieux furent aussi difficiles que ce qu’avait craint Tia. Ses enfants ne voulaient pas accepter sa décision. Len se retrancha dans un silence hostile et Lara la supplia de rester. L’échange de leurs attitudes aurait pu être intéressant si elle n’en avait été la cible.

- Pourquoi tu dois partir ? gémit Lara.

- Je vous l’ai déjà expliqué, chérie, fit-elle en s’accroupissant devant elle. Je n’ai pas le choix.

- Mais c’est toi le chef, ça veut dire que tu peux faire ce que tu veux…

- Arrête tes caprices, déclara sèchement son frère. C’est pas ça qui va la faire rester.

- Len, soupira sa mère en passant une main sur sa joue qu’il repoussa.

Tia jeta un coup d’œil suppliant à sa compagne et celle-ci, bien qu’elle ne puisse distinguer ses yeux, comprit la demande. Elle s’agenouilla à son tour et leva les yeux sur les jumeaux. Les tournant fermement vers elle, elle les fixa tour à tour.

- Écoutez, on sait que vous préfèreriez que votre mère reste, mais ça n’est pas possible. Et si vous souhaitez réellement qu’elle revienne, elle doit se libérer de cet homme. Il a beaucoup de moyens et peut lui causer énormément d’ennuis. Si on ne saisit notre chance ici… vous ne la reverrez que pour de brefs séjours. Mais si tout se passe comme on l’espère… il y a de fortes chances pour que vous la revoyiez plus longtemps et plus souvent. Alors au lieu de l’affaiblir en lui faisant de la peine comme vous le faites en ce moment, donnez-lui vos forces. Rendez-la invincible. Et elle reviendra plus vite et en meilleur santé qu’elle ne l’a jamais été.

Les enfants la regardèrent avec de grands yeux. Alexia était gentille et drôle, elle ne leur avait jamais parlé avec dureté. Len hocha finalement la tête et Lara posa timidement une question.

- C’est vrai ? Vous reviendrez plus souvent ?

Len guetta sa réaction autant que sa sœur. Elle tourna la tête vers la mercenaire et ils firent de même.

- C’est vrai. Peut-être même qu’on pourrait… je ne sais pas… faire du ranch notre pied-à-terre. Entre deux missions, par exemple. Enfin, c’est une chose à laquelle on doit réfléchir, car elle implique certaines choses et… enfin bref, on pourra au moins l’envisager. Mais si… je ne vais pas m’occuper moi-même de… cet homme. Il y a de fortes chances que l’on n’ait même pas cette possibilité.

- Ok, on a compris, fit Len.

Il poussa un peu sa sœur et se planta en face de sa mère.

- Je suis désolé, lui dit-il gravement. On ne voulait pas te faire de la peine.

Elle leva la main et la posa sur sa tête avec un petit sourire.

- Ce n’est rien. C’est le propre des enfants, j’imagine.

- On va t’attendre, parce que comme le dit Alexia, t’es la meilleure, alors on sait que tu vas battre ce type.

Il lui prit la main et d’un air embarrassé se pencha vers elle.

- Je suis pas sûr que ça marche vraiment, mais… je sais que je veux que tu reviennes et… et je veux que tu sois invincible comme Hulk. Alors je te donne mes forces, chuchota-t-il.

Sur ce, il se redressa et fermant les yeux, enserra de ses deux mains, celle de sa mère. Après quelques secondes il les rouvrit et la regarda.

- Ça a marché ? demanda-t-il plein d’espoir.

Tia le dévisagea, une vague de tendresse puissante la balayant.

- Oui, fit-elle la gorge nouée sans le quitter des yeux. Oui, ça a marché.

Son sourire rayonnant lui réchauffa le cœur et il se tourna vers Alexia, fier de lui. Il laissa sa place à sa sœur et reprit sa place aux côtés de la compagne de sa mère. Celle-ci se leva et lui ébouriffa les cheveux.

- Bientôt tu pourras plus le faire, lui dit-il joyeusement, je suis presque à ta taille !

- Mais pas encore ! rétorqua-t-elle amusée.

Lorsque Lara eut terminé, Tia l’attira à elle et la serra très fort contre elle. Elle saisit la main de son fils et l’amena à elles. L’étreinte dura un moment, aucun d’eux ne voulant lâcher l’autre.

- Quoi qu’il arrive n’oubliez jamais que je vous ai toujours aimés.

Ils se séparèrent enfin et elle essuya leurs larmes doucement. Puis elle se releva et fixa son oncle. Ce grand homme fort qui lui ressemblait tant.

- J’aime bien tes yeux, dit-elle en souriant. Ils ont une chouette couleur.

Gin rit et la serra dans ses bras. Il aurait voulu lui dire des milliers de choses, mais toutes ou presque avait déjà été dites et le reste, elle le savait déjà.

- Fais attention à toi, lui dit-il avec force. Je n’ai pas envie de te perdre à nouveau.

Elle hocha la tête. La voix de Lara s’éleva alors.

- Alexia sera là, t’en fait pas oncle Gin. Elle va la protéger, pas vrai ? demanda-t-elle en se tournant vers elle.

Alexia acquiesça, surprise mais touchée de la confiance que Lara avait en elle. Elle aperçut le sourire de Tia et lança :

- Tu ne m’en crois pas capable ?

- Oh si ! Mais je ne pensais pas qu’un jour quelqu’un en aurait envie. Pas de cette manière. Encore moins que ça me ferait plaisir.

Elles se sourirent puis Tia se tourna vers Lizzie à qui elle dit quelques mots en l’étreignant. La mercenaire se redressa et se tourna ensuite vers sa cousine qu’elle dévisagea. Elle leva un index et le posa sur le bout de son nez avec un sourire plein d’affection.

- Ne fais pas trop de bêtise en mon absence, p’tit chiot.

Une succession d’émotions défila alors sur le visage de sa cousine. De la stupéfaction, de l’espoir, de la joie et enfin de la nostalgie. Mais la joie domina et elle attrapa son index et serra sa main dans la sienne.

- Sinon mmm’a pourrait se fâcher hein ? lui répondit-elle avec un sourire plein de larmes.

Lorsqu’elle était bébé, elle suivait Tia partout. Sa mère était morte peu avant de la mettre au monde et elle avait fait un blocage sur sa cousine. A chaque fois qu’elle était dans les parages, elle attrapait un de ses vêtements et si Tia allait trop vite pour elle, elle se laissait traîner. Tia avait fini par la surnommer 'p’tit chiot'. Elle, elle l’appelait 'mmm’a', car elle la prenait pour sa mère. Tout ceci, c’était son père qui le lui avait raconté car elle était trop jeune à l’époque, elle avait un an, pour s’en souvenir.

- Mon premier souvenir joyeux… et tu es dedans. Ça en dit long sur les sentiments que j’avais pour toi.

Trinity se mordit la lèvre pour retenir son émotion. Puis, sa cousine l’attira doucement dans ses bras. Elle ferma les yeux et comprit que quelque chose avait définitivement changé entre elles. Et elle s’en réjouit.

 

******************************

 

Leur arrivée sur l’île les trouva fourbues. Le soleil se levait lorsqu’elles mirent enfin le pied sur la terre ferme.

- J’ai faim, fit la voix basse de la mercenaire.

- Et moi je suis fatiguée, renchérit Linya.

- Écoutez-moi ces deux petites natures ! se moqua Alexia.

- On n’est pas des petites natures ! protesta Linya, et pour te le prouver je vais aller de ce pas à mon bureau en ville !

- Et moi je vais aller voir Conception.

- Eh une seconde vous deux ! Sans vouloir vous ennuyer, vous sentez sévèrement mauvais, alors prenez au moins une douche !

- Oh, tu entends Ti, fit Linya avec une voix langoureuse en lui prenant le bras. Alexia veut qu’on prenne notre douche ensemble.

- Alors cela serait malpoli de notre part de décliner son souhait.

Elle se tourna vers la dirigeante avec un visage joyeux.

- Allons-y !

Et alors qu’Alexia les regardait partir bouché bée, elles se mirent à courir.

- Hey ! C’est pas ce que j’ai dit, lança-t-elle en leur courant après.

 

*************************************

 

Une heure plus tard, après une bataille d’eau qui avait dégénéré dans toute la maison en lancer d’éponges mousseuses, elles se mirent au nettoyage avec quelques grognements.

- J’aime bien les jeux, mais le nettoyage… grogna Alexia.

- Je pense que je vais engager une femme de ménage, acquiesça Linya.

Tia se redressa et les fixa tour à tour.

- Hey les feignasses ! Y’a des conséquences à tout, vous pouvez passer par-dessus et vous contenter de vous amusez !

- Pourquoi pas ?

- Parce que la vie n’est pas ainsi. Vous ne pouvez pas apprendre à faire face aux grosses conséquences si vous évitez les petites. Voyez les petites, comme l’eau et la mousse partout dans la maison, comme un entrainement pour le jour où une grosse vous tombera sur le coin de la figure.

- Je ne vois pas l’intérêt de s’entraîner, contra Linya.

- Vraiment ? Comment crois-tu que la force morale se développe ?

Linya la regarda d’un air désabusé puis soupira et s’accroupit pour ramasser une éponge.

- Ok, pas de femme de ménage.

- Je ne suis pas bien sûre que tu aies saisi l’intérêt, mais je n’ai pas tellement envie d’épiloguer là-dessus. J’ai trop envie d’un café.

A ces mots, la tête d’Alexia se releva vivement et son visage s’éclaira, arrachant un petit rire à sa compagne.

- Allez viens la droguée.

- Hey, si vous faites une pause, moi aussi ! décréta Linya en leur emboitant le pas.

Tia attrapa un bloc note et un stylo et les tendit à la dirigeante. Elles s’assirent autour de la table pendant que la mercenaire leur tournait le dos pour s’occuper du café.

- Tu peux me noter les noms des filles encore dispos s’il te plaît ? lança-t-elle par-dessus son épaule. Que se soit sur l’île ou dans les autres villages.

Linya hocha la tête

- Ça ne devrait pas être trop long j’en ai discuté avec Conception et les autres régentes dans l’avion, l’informa-t-elle.

Puis elle se mit au travail. Alexia la regarda faire un moment puis se leva pour récupérer tasses, cuillères et sucre.

- Crème pour moi, lui marmonna Linya en réfléchissant.

- Comme si je ne le savais pas depuis le temps ! répliqua son amie en levant un sourcil.

Elle prit la crème et le lait pour Tia et déposa le tout sur la table. Au même moment, sa compagne apporta le café et le servit. Elles sirotèrent leur boisson, perdues dans leurs pensées. Enfin, Linya eut terminé et poussa la feuille vers Tia. Celle-ci l’examina puis la donna à Lex.

- Coche celles dont tu penses qu’elles seraient un bon choix. On n’en prend que 8.

- 8 seulement ? s’étonna Linya.

- Oui. Elles vont rejoindre une unité qui était déjà prévue. J’ai juste besoin de quelques personnes sûres pour veiller sur cette jolie demoiselle et surveiller mes arrières. Pour le reste, l’unité s’en occupera.

Alexia hocha la tête tout en finissant son travail.

- C’est fait.

- Entoure maintenant celles que tu adores et rayes celles que tu détestes, dit son amie sans regarder ce qu’elle avait fait.

- Pourquoi tu lui demandes ça ? l’interrogea Linya.

- Pour mesurer l’influence que mes émotions ont sur ma capacité d’analyse, lui répondit la petite blonde penchée sur sa feuille. Tiens voilà, fini.

Tia récupéra la feuille et l’étudia.

- Pas mal. Y’a du progrès.

Alexia sourit fièrement. Elle avait accompagné Tia et Frédéric lors de leur visite des différentes unités, pour apprendre à détecter ce qui faisait d’une personne un bon soldat et/ou un bon chef. Elle avait fait pas mal de bourdes au début, mais les leçons données par les deux experts avaient apparemment porté leurs fruits !

- Au fait, Conception a appelé pendant que vous preniez votre… douche, dit-elle avec un sourire entendu. Genshenka veut te voir.

Tia leva deux sourcils étonnés et hocha la tête.

- Ok. Alors allons-y.

- Hepepepep ! la retint Alexia. Vous n’allez (vas) pas utiliser cette excuse pour me laisser finir de nettoyer !

 

**************************************

 

Linya avait emmené Tia dans un entrepôt à l’autre bout de l’île, qui servait de QG à la milice.

- Qu’est-ce qu’on fait ici ? Genshenka bosse à nouveau pour la milice ?

- Non. C’est juste là qu’on a installé la prison provisoire.

La grande femme fronça les sourcils. Linya le vit et expliqua :

- On fait construire une prison à côté, pour le cas où ce genre de choses se reproduiraient, mais on avait besoin d’un endroit solide et pas trop petit et le débarras qui se trouve ici est le seul qui corresponde à ces critères et qui n’a pas de fenêtre.

- Ok, mais je croyais que tu avais passé un accord avec le système judiciaire de Thessalie pour Jodie ? Et pourquoi tu m’emmènes la voir, ce n’est plus Genshenka qui le voulait ?

- Excuse-moi, je me rends compte que j’ai omis de te parler de certaines choses. Jodie a bien été transférée en Thessalie et je suis fière de t’apprendre que les accords que nous avons signés avec la Thessalie sont en train d’être négociés dans tous les autres territoires. Bien sûr tout le monde n’est pas d’accord, mais on a suffisamment de partisans pour finir par y arriver. Quand à Genshenka, nous l’avons mise ici, car elle a avoué savoir que Jodie tramait quelque chose. Le fait qu’elle n’en ait pas parlé fait d’elle une complice même indirectement et puis… je ne suis pas vraiment sûre qu’elle n’ait pas participé.

- Pourquoi tu ne la remets pas aux mains des agents de Thessalie, dans ce cas ?

- Parce qu’elle n’est pas Thessalienne et que le fait que nous n’avons pas de preuve autre que sa parole, va forcément poser des problèmes de juridiction. On veut être sûr de nous avant d’engager une bataille qui va nous coûter une partie du financement de l’organisation.

- Je vois. Tu veux que je l’interroge pas vrai ? fit la mercenaire avec un petit sourire.

- Oui.

- Ok. Tu sais ce qu’elle me veut sinon ?

- Pas la moindre idée.

Elle s’arrêta devant une porte verrouillée par un cadenas et à laquelle on avait ajouté une ouverture à hauteur des yeux. Deux femmes étaient assises non loin autour d’une table. Linya leur fit signe de rester assises et se tourna vers son amie.

- C’est là.

Tia hocha la tête et Linya déverrouilla la porte en criant à Genshenka de se reculer au fond de la pièce. Elle vérifia que celle-ci exécutait bien l’ordre avant de retirer le cadenas. La mercenaire entra et Linya referma la porte.

Elle vit alors arriver une Alexia furax.

- C’était très mature de vous faire la belle pendant que j’avais le dos tourné ! lança-t-elle agacée.

Linya regarda la porte maintenant verrouillée avec envie. Tia allait échapper au pire.

 

***************************

 

La pièce était exigüe mais suffisamment grande pour contenir un lit, une table et deux chaises. Genshenka et Tia ignorèrent les chaises et se tinrent l’une en face de l’autre, se jaugeant du regard. La grande femme sourit lorsqu’elle avisa la moue renfrognée de la rousse à la vue de ses lunettes.

Elle décela de la colère et de la rage mais aussi un certain remord et lorsqu’elle prit la parole, elle y vit une honte sincère.

- Je voulais te voir, commença la petite femme, parce que je veux participer à l’opération contre Sassem. Je sais que tu as besoin d’une garde personnelle, j’ai entendu Conception en parler.

Tia la toisa.

- Et pourquoi je te prendrais ?

- Parce que je regrette ce que j’ai fait. Parce que je crois en la philosophie Nazaréenne et que je veux me racheter. Si je veux à nouveau être digne des gens qui vivent sur cette île, je dois montrer qu’on peut me faire confiance et que… que je… j’ai changé.

- Vraiment ? fit la grande femme avec un air condescendant. Tu as changé ? Comme ça ?

- Ouais ! Enfin… je sais que je n’ai pas été très maligne et… mais je m’en suis rendue compte et… il faut que je me libère, souffla-t-elle sans la regarder.

- Continue.

- Je sais qu’il y aura des hommes là-bas. Et… il faut que je me réadapte à eux. Que je… je sais que je ne leur ferai pas confiance comme ça, mais… ça me semble une première étape acceptable, être au milieu d’eux… devoir leur obéir…

Enfin, la jeune femme leva les yeux sur elle et Tia y vit une envie sincère, un espoir de changement. Le désir honnête et brutal d’une nouvelle vie.

- Ok, accepta la mercenaire sans plus y réfléchir. Mais tu seras sous les ordres de Conception et si Alexia te donne un ordre, n’importe lequel, même s’il ne te plaît pas, tu l’exécutes dans la seconde. Et pour que tout soit bien clair, ton objectif principal est de la protéger. Si j’apprends que tu as fait quoi que se soit qui l’a mise en danger…

Sa voix se fit basse et menaçante et elle se pencha sur la prisonnière en laissant sa haine transparaître un peu.

- … le monde ne sera pas assez grand pour que tu puisses t’y cacher.

Genshenka écarquilla les yeux. Qu’est-ce qui avait bien pu lui faire croire qu’elle avait eu une chance contre elle ? Bon sang, cette femme était effrayante ! Elle déglutit et hocha la tête.

- Bien.

Tia lui tourna le dos et sortit. Elle vit qu’Alexia les avait enfin rejointes.

- Alors ? s’enquit Linya.

- C’est ok. Tu peux la laisser libre.

- Vraiment ?

- Vraiment. Oh, et tu peux la rajouter à la garde.

- Attends une seconde, intervint Alexia en la suivant, je ne lui fais pas confiance moi et c’est de ma vie qu’il s’agit.

- Justement. Tu devrais savoir qu’il n’y a rien de plus important pour moi que ta vie. Je pense qu’elle souhaite sincèrement se racheter et qu’on doit lui laisser une chance.

- Ok, mais pourquoi maintenant ? Cette opération est trop importante et dangereuse Tia !

- En effet, mais les choses arrivent rarement au bon moment, alors on doit faire avec. Si on veut être fixé sur elle, cette opération est le meilleur test possible.

- Tia, commença sa compagne exaspérée. Je...

- Lex, la coupa-elle en stoppant sa marche, si tu n’as pas confiance en elle, alors surveille-la. Si tu as le moindre doute sur elle pendant l’opé, alors vire-la. Mais laisse-lui au moins une chance. Elle veut revenir parmi les Nazaréennes et tu sais comme moi qu’elle ne parviendra pas à s’y intégrer vraiment si elle ne regagne pas leur confiance. Elle a aussi besoin de se mêler à des hommes, elle le reconnait elle-même. Cette opération est suffisamment loin des combats pour lui ôter un stress qui pourrait lui faire prendre la mauvaise décision mais suffisamment proche quand même pour qu’elle soit obligée de faire confiance à ceux qui seront sur place.

Alexia la fixa un moment puis soupira et haussa les épaules. Tia leva une main et la posa sur son épaule.

- Fais-moi confiance et surtout Lex… fais-toi confiance. Tu sais faire la différence entre ennemis et alliées, tu l’as toujours su.

 

Chapitre 2 :

 

Tia se réveilla, comme bien souvent, avec les premiers rayons du soleil. Elle fixa la lumière qui filtrait par les stores et lorsqu’elle dut plisser les yeux pour ne pas sentir la douleur, elle comprit qu’elle devait remettre ses lunettes. Au lieu de le faire, elle se tourna vers sa compagne et profita de la pénombre qu’il y avait encore de ce côté de la chambre.

Elle sourit à la vue de sa petite amie qui se trouvait tête et pieds inversés. Alexia avait la fâcheuse habitude de bouger pendant la nuit. La seule façon pour Tia de passer une bonne nuit était de plaquer la jeune femme contre elle et même ça, parfois, ne suffisait pas. De toute évidence, cette nuit avait été une de celle-là !

Sa compagne était tournée sur le côté et menaçait à tout instant de basculer sur le sol. C’était en fait un vrai miracle que ce ne soit pas encore le cas. Cela la faisait toujours rire quand un bruit sourd au milieu de la nuit, suivi d’un cri plaintif, la réveillait. Aujourd’hui la seule chose qui empêchait la petite blonde qui partageait sa couche, de tomber, était les draps, qui étaient si fortement entortillés autour d’elle et de ses jambes, qu’il était étonnant que le sang circule encore !

Elle tendit la main vers les dites jambes, au demeurant fort appétissantes, et entreprit de dénouer les draps. Elle fit cela avec lenteur et beaucoup de précaution, car elle ne voulait pas la réveiller.

Ces derniers temps, Tia faisait énormément de cauchemars et Alexia commençait à sérieusement manquer de sommeil. Bien sûr, elle ne se plaignait pas et ne lui en voulait nullement, mais la mercenaire commençait à s’inquiéter des cernes noirs qui se faisaient de plus en plus visibles.

Et même si son câlin du matin allait lui manquer elle prendrait sur elle, héroïquement. Évidemment, le manque de sommeil avait aussi un impact sur la grande femme mais, il était bien moindre. Elle avait reçu un entraînement ou plutôt un conditionnement à l’école. Les élèves étaient régulièrement privés de sommeil et tout était réuni pour les fatiguer le plus possible. Le dernier à s’endormir gagnait le droit de ne pas prendre de beigne. C’était bien simple, à chaque fois que l’un deux avait le malheur de fermer les yeux, un des gardes chargés de leur surveillance, le réveillait à coup de poings.

Plus tard, Enyalios l’avait encouragée à maintenir son endurance. Il disait que c’était un atout majeur que de pouvoir continuer à évaluer une situation avec lucidité et de pouvoir se battre malgré la fatigue. En cas de capture dans une zone hostile, cela pouvait aussi se révéler bénéfique. Etre insensible à ce genre de maltraitance était un bon point et donnait l’assurance à ses clients que jamais rien ne lui ferait révéler ses secrets et les leurs… sauf si elle le décidait.

Elle s’était donc délibérément privée de sommeil. Mais depuis qu’elle avait fait la connaissance de celle qui partageait désormais sa vie, elle devait s’avouer qu’elle avait un peu négligé cet aspect de son entraînement. Elle n’était en définitive pas si contrariée par ses cauchemars. Ils lui permettaient au moins de récupérer une part importante de ce qui faisait sa force et l’obligeaient à faire face à ses pires peurs, la préparant lentement mais sûrement, à sa rencontre avec son diable personnel.

Elle termina sa besogne et d’un léger mouvement des lèvres, déposa un baiser sur la peau lisse de son amante, appréciant leur texture douce, grâce à une lotion qu’Alexia mettait toujours après qu’elle se soit épilée.

Hier soir, sa compagne avait voulu lui faire une petite surprise et elle l’avait éloignée de la maison avec l’aide de Conception. Linya quant à elle, avait donné un coup de main à sa meilleure amie pour la préparer à leur petite soirée.

Lorsque Tia était revenue de son entraînement, elle avait trouvé le chalet empli de bougies au parfum de Lys, la fleur préférée de la grande femme. Alexia l’attendait appuyée sur le mur de la cuisine. Un déshabillé de soie vert émeraude et son bracelet de saint-valentin pour seul vêtement.

Tia avait retenu son souffle et s’était dirigée vers elle sans quitter son corps magnifique des yeux. La jeune femme l’avait empêché de la prendre dans ses bras d’un geste de la main. Elle lui avait désigné la table du salon et l’avait incitée à la suivre.

Alexia avait obligé son amie à déguster tout le repas en sachant pertinemment qu’elle ne portait rien en dessous de ce qu’elle voyait. Elle l’avait provoquée quasiment pendant tout le repas, montrant une jambe fuselée par-ci, un décolleté plongeant par-là…

La mercenaire avait dû faire appel à toute sa discipline pour ne pas envoyer valser couverts et nourriture et plaquer la tentatrice directement sur la table. Elle avait respiré profondément en se disant que l’attente en valait la peine.

Et lorsque le dessert était arrivé, elle avait conclu qu’effectivement le jeu en valait la chandelle. Alexia s’était présentée à elle et avait lentement, délicatement, repoussé ses bretelles de soie et avait laissé tomber le déshabillé à ses pieds. Elle s’était tenue là, immobile les yeux perdus dans les siens, éclairée uniquement par les bougies réparties un peu partout. Tia avait déglutit et s’était repue de ce spectacle extraordinaire. Enfin, son amie avait mis fin à son supplice en lui prenant la main pour la guider vers leur chambre, dont le chemin était balisé de pétales de roses de différentes couleurs.

Tia avait été stupéfiée, tant par le décor que par la créativité d’Alexia une fois dans la chambre. Elle avait été la victime consentante de toute ses fantaisies jusqu’à ce qu’enfin, épuisées, toute deux s’endorment.

Elle se leva et récupéra ses lunettes et quelques vêtements, puis elle se dirigea discrètement vers son bureau. Elle ouvrit son ordinateur, tapa son code personnel et le laissa charger ses données. Sans prendre la peine de revoir la stratégie de l’attaque comme elle le faisait chaque jour, elle se rendit directement sur sa messagerie professionnelle.

Elle lut les différents mails envoyés par les dirigeants et chefs d’agences. Ils seraient tous prêts d’ici 48h, mais ils étaient mécontents à l’idée de ne pas connaître à l’avance les plans tactiques et les lieux exactes qu’elle avait choisis d’attaquer. Tia ricana intérieurement. Si ces idiots ne comprenaient pas pourquoi elle prenait ces précautions, elle ne perdrait pas son temps à le leur expliquer.

Elle avait passé la semaine passée à préparer, en collaboration avec Enyalios, les fiches explicatives et schémas tactiques détaillés pour chacune des unités. Il n’y aurait qu’un exemplaire de chaque et elle ne les leur remettrait qu’au moment de son appel. Les soldats en prendraient connaissance pendant leur transport sur la zone d’attaque, en même temps qu’ils se pareraient de tout leur matériel.

Elle termina son petit tour d’horizon et cliqua sur l’icône d’écriture de courrier. Elle rédigea un mail à ses enfants où elle leur disait combien ils lui manquaient, puis en envoya un à Enyalios. Elle lui demandait de relayer, par l’intermédiaire de son réseau de contact personnel, un message pour Sassem.

Le temps qu’il lui parvienne et qu’elle reçoive la réponse, les 48h requises seraient écoulées et plus rien ne l’empêcherait de mettre fin au règne de terreur de cet homme.

Elle referma enfin son ordinateur et se tourna vers sa compagne, toujours profondément endormie et vit qu’elle était sur le point de basculer. En souriant, elle s’approcha d’elle et la repositionna doucement au centre du lit. Elle la recouvrit ensuite du drap qui avait glissé et laissa ses doigts passer sur les mèches blondes avec légèreté et affection.

Finalement, son estomac menaçant une rébellion bruyante, elle se résolut à sortir de la pièce pour rejoindre la cuisine. Elle y pénétra et vit que Linya s’y trouvait déjà. Elle avait les yeux fermés et les mains enroulées autour d’une tasse d’où s’échappait un arôme fort appétissant. Avant que la dirigeante ne sente sa présence, Tia eut le temps de voir la tension et l’angoisse marquer son visage.

C’était étrange… Linya avait toujours l’air si joyeuse et résolument optimiste qu’elle en avait oublié qu’elle était un être humain avec des peurs et des doutes comme tous les autres. A chaque fois qu’elle avait eu besoin de son aide dans la réalisation de ses projets, elle avait répondu présente sans même prendre une seconde pour hésiter. La mercenaire avait fini par en oublier qu’elle n’était pas une habituée des combats et que celui-ci étant loin d’être une simple bataille, cela générait forcément une pression et une angoisse monstrueuse.

Tia se racla la gorge pour se signaler et Linya reprit un visage plus animé, mais le sérieux de son expression demeura. Elle dévisagea la grande femme et comme si elle avait décidé que ce qu’elle voyait lui plaisait, ou comme si elle se réveillait, elle la salua d’un hochement de la tête. La mercenaire le lui retourna et s’approcha des placards.

- Comment se fait-il que tu sois debout si tôt ? l’interrogea-t-elle tout en sélectionnant les ingrédients dont elle allait avoir besoin.

- Je pourrais te retourner la même question. Je vous ai entendus cette nuit. Le moins que l’on puisse dire c’est que vous ne manquez pas d’énergie.

La réflexion amusa la grande femme et elle jeta par-dessus son épaule un sourire coquin.

- Si ça te gênait tant que ça, fallait venir nous rejoindre. Je suis sûre que tu aurais passé une meilleure nuit.

Linya lui retourna son sourire et sentit une bouffée de tendresse l’envahir. Elle avait traversé des épreuves traumatisantes et malgré cela, loin de se refermer comme l’aurait fait n’importe qui d’autre, elle s’était ouverte… à l’amour… à l’amitié… et elle avait gardé suffisamment de sensibilité pour se rendre compte quand une personne n’allait pas fort et suffisamment de compassion et de gentillesse pour essayer de lui rendre son morale… à sa façon tordue certes, mais… c’était bien présent et les personnes soit disant équilibrées qui peuplaient ce monde se révélaient en général bien moins attentives qu’elle.

- J’en suis sûre, confirma-t-elle, ses yeux marrons brillant à nouveau.

Satisfaite, la mercenaire retourna à ses préparatifs.

- Tu t’inquiète pour Lex.

Linya acquiesça. Tia se retourna vers elle et la dirigeante n’eut d’autre choix que de renouveler son geste. Elles se sourirent et la grande femme revint à ses œufs.

- Tu n’as pas à t’en faire. Elle sera à l’écart de la plupart des combats. Et j’ai recruté tes meilleures combattantes pour la protéger.

- Je sais.

- Évidemment, l’implication de tes Nazaréens doit te contrarier un peu, étant donné ton idéal pacifiste et… je t’en remercie d’autant plus.

- Ne le fais pas. Elles en ont besoin. Sinon, elles ne se seraient pas portées volontaires. De plus, ce combat n’est pas seulement le tien… et tu le sais.

- Oui. Mais ça ne t’empêche pas de t’inquiéter. Elles sont sous ta responsabilité.

Linya acquiesça d’un sourire triste.

- Ça va bien se passer, Lin, déclara (la) Tia en laissant ses préparatifs de côté pour lui faire face. Elles sont entourées de professionnels et aucune d’elle ne fait partie des premières vagues d’attaques. Si elles ne jouent pas aux héros, elles s’en sortiront sans trop de bobos.

- Je sais. J’ai confiance en toi. Tu es probablement la personne la plus intelligente qu’il m’ait été donné de rencontrer. Mais on ne sait jamais. Les variables imprévues existent.

- Oui. Mais s’en faire à ce sujet ne mène à rien. Parce ce qu’elles sont imprévues justement, on n'y peut rien. Alors autant ne pas s’en préoccuper.

Linya hocha la tête en déclarant avec un sourire :

- Néanmoins je parie que tu y as réfléchi et que tu as une solution toute prête pour chacune d’entre elles.

Tia ricana et se retourna. Elle attrapa un fouet et commença à battre la pâte pour les muffins. Linya l’observa un moment et se leva. Elle s’approcha d’elle et colla doucement son corps contre son dos, entourant de ses bras sa taille forte. Elle posa ses deux mains sur ses abdos plats et sa joue contre ses omoplates. Elle sentit sa grande amie se raidir mais ne bougea pas.

- Tu t’es oubliée, fit-elle doucement.

- Comment ça ?

- Je m’inquiète pour toi aussi.

Curieusement, cette déclaration d’une simplicité confondante, la laissa pantoise. Elle savait que Linya l’aimait bien et elles s’entendaient d’ailleurs extrêmement bien toutes les deux, pourtant, jamais il ne lui était venu à l’esprit qu’elle pourrait lui être attachée ainsi.

- Je… vraiment ?

L’étonnement transparut dans sa question et Linya fronça les sourcils.

- Évidemment. Que… ? Tu es à ce point peu habituée aux autres ?

- C’est pas ça…, répliqua la grande femme un peu vexée. C’est juste que… on ne s’inquiète pas pour moi, c’est tout.

- Alexia le fait.

- A part elle.

- Ton oncle le fait. Tes enfants aussi. Et Frédéric. Enyalios aussi d’après ce que j’ai pu remarquer.

Tia soupira, prise au dépourvue.

- Et moi.

- Ok. D’accord, mais… enfin… c’est récent, fit-elle en se retournant.

Linya desserra son étreinte juste ce qu’il fallait pour la laisser faire mais la réaffirma dès qu’elle fut en position. Elle posa son menton contre sa poitrine provocant un chatouillis involontaire chez sa compagne et l’écouta.

- Je n’ai pas l’habitude et, bon même si on me dit de faire attention, personne ne doute réellement qu’il m’arrivera quelque chose. A part Lex. Et toi si j’en juge à ta voix. Pourquoi t’inquiètes-tu comme ça pour moi ? T’ai-je donné une raison de douter ? demanda-t-elle un peu préoccupée.

- Non Ti. Mais tu oublies que je t’ai vu dans tes moments de faiblesse les plus profonds et que je t’ai sauvé la vie aussi. Je sais que tu es humaine. Les autres… excepté Enyalios, peut-être, te voient comme une espèce de super héros invincible et c’est vrai que tu es très forte et que tu as des talents assez incroyables, comme que ton intelligence, tes capacités d’adaptation, ta rapidité, ton ouïe, ta vision aussi, même si depuis quelques mois, elle est un peu handicapée. Tu possèdes des qualités de combattante hors du commun, mais je t’ai vu affaiblie, inconsciente et perdue. Je sais ce qui se cache sous ton armure… et si je ne doute pas de toi, je ne peux pas pour autant faire comme si ma vision de toi n’avait pas été modifiée par ces aspects.

Tia resta silencieuse un bon moment et son visage impassible, ainsi que ses lunettes miroirs, ne l’aidèrent pas à savoir ce qu’elle pensait. Elle reposa sa joue contre son torse, ne s’offusquant pas du fait que la mercenaire ne lui rendait pas son étreinte.

- Je ne cherche pas à te faire douter de toi-même, expliqua-t-elle. Je veux juste que tu comprennes que je te connais… et que ces aspects de toi me font t’aimer. Et je m’inquiète toujours pour ceux que j’aime. Si je n’avais pas vu ta détresse après… après l’Italie, peut-être que je n’aurais fait que t'apprécier. Si je ne riais pas autant avec toi, peut-être que je ne t’aurais pas adorée. Je suis désolée si je te gêne ou te met mal à l’aise, mais c’est ce que je ressens et je n’ai pas l’habitude de m’en cacher.

Une main vint se déposer doucement sur le sommet de sa tête. Elle descendit gentiment jusqu’à ses épaules puis retourna à sa place et reprit son mouvement. Etrangement, le fait d’être caressée comme le serait un petit animal de compagnie ne la dérangea pas. Elle en éprouvait plutôt un bizarre réconfort.

- Je ne pense pas que ça soit un problème, répondit la mercenaire doucement.

La dirigeante lut entre les lignes et comprit que Tia acceptait tout ce qu’elle venait de dire, y comprit la responsabilité d’être la cause de son inquiétude et celle qui consistait à la réconforter. Le temps sembla se suspendre.

Puis la réalité reprit ses droits et Linya fronça le nez. Elle fixa la mercenaire qui la regardait avec un petit sourire et lui dit avec une grimace :

- Tu n’as pas pris de douche après ton entraînement, hein ?

Son amie eut un petit rire.

- Alexia n’a pas voulu me laisser approcher d’une douche. Elle a dit qu’elle adorait mon odeur après un effort physique. Que ça relevait ma senteur naturelle. J’ai eu l’impression très vivre d’être un plat, mais bon, elle était à moitié nue et je n’avais pas du tout envie de la contrarier.

- Tu m’étonnes ! railla la jeune femme.

- Mais si mon odeur te dérange tant que ça, pourquoi tu ne me lâche pas ?

A ce moment là, toutes deux entendirent de petits pas dans l’escalier et elles se sourirent.

- Parce que je veux que tu m’embrasses, déclara-t-elle d’un ton éperdu. Alexia dort encore, profitons-en !

Tia retint un énorme sourire, ce qui aurait tout gâché et se pencha sur la jeune femme. Elle posa délicatement ses lèvres contre les siennes et, décidant de prendre la jeune femme à son propre piège, elle passa le bout de sa langue contre celles-ci avant de faire glisser sa main de sa tête à ses fesses.

Linya eut un petit sursaut et s’écarta en la fusillant du regard.

- Pas mal, mon cœur, lança une voix mal réveillée et bougonne.

Les deux femmes enlacées, tournèrent la tête vers la nouvelle venue. Alexia était adossée au chambranle de la porte. Elle les fixait pas très certaine de ne pas rêver.

- Je peux me joindre à vous ?

Les deux femmes se consultèrent du regard puis avec un sourire gourmand, Linya recula d’un pas et toutes deux ouvrirent leurs bras largement avant de lancer :

- Quand tu veux !

Alexia leur retourna leur sourire et d’un bond se jeta dans leurs bras, manquant de faire basculer sa meilleure amie. Elles s’étreignirent en riant, puis s’attablèrent devant une bonne tasse de café, pendant que Tia finissait de préparer les pâtisseries.

 

*************************************

 

Deux jours plus tard, Tia reçut la réponse attendue, sous forme de mail accompagné d’une vidéo. A cette vue elle fronça les sourcils. « Qu’avait encore inventé ce malade ? »

 Elle lut le mail, mais il disait simplement que tout était dans la vidéo. Elle cliqua pour la lancer. Lorsqu’elle l’eut entièrement visionnée, son visage était contracté en un masque de colère brûlante. « L’enfoiré… l’enfant de salaud… le petit fils de pute ! Bordel ! » Elle ne parvenait pas à croire qu’elle ait pu penser qu’il était suffisamment naïf pour ne rien voir venir !

Elle posa à nouveau les yeux sur la vidéo et la relança. Il fallait qu’elle la revoit plus calmement. Elle se concentra d’abord sur le visage du père d’Alexia. Il semblait contrarié, un peu incrédule et très inquiet. Cependant il n’avait pas été malmené et semblait en bonne santé. La chaise sur laquelle il était attaché était de facture classique mais les liens n’avaient pas l’air de lui couper la circulation. En résumé, il était bien traité.

Bien. Point suivant. Elle laissa la vidéo défiler et tenta de reconnaître quelque chose du décor qui l’entourait, mais les murs de béton gris et l’absence de lumière lui faisait penser à n’importe quelle geôle.

Elle renonça finalement et se concentra sur le dernier point. Sassem. Il s’était lui-même filmé, revendiquant ce crime sans aucune inquiétude. Pour une raison étrange, il semblait penser qu’elle ne le dénoncerait pas. Quelque en soient les raisons, ça jouait en sa faveur. Il ne se doutait pas une seconde de l’ampleur de ce qui allait lui tomber dessus.

Il ne prononçait qu’une phrase… mais quelle phrase.

- Puisqu’enfin tu sembles prête à m’affronter, disait-il avec un rictus sauvage et supérieur, comme s’il ne doutait pas une seconde de la façon dont allait tourner la rencontre, rejoins-moi où tout à commencer.

La vidéo s’arrêtait après ça. Elle fixa le vide quelques instants. « La Colombie. » Plus précisément l’école où son enfer avait été à son apogée. Elle savait que sa première rencontre avec lui avait eu lieu bien plus au Sud de l’école, mais il ne parlait pas de ça. Leur « histoire » avait commencé à l’école.

Elle avait eu l’intention de l’attaquer en France, où elle savait qu’il se trouvait jusque là, mais il n’était pas du genre à attendre. Elle ne savait pas ce qui la faisait fulminer le plus. Qu’il l’oblige à retourner au dernier endroit sur terre où elle avait l’intention d’aller un jour, ou bien qu’il foute en l’air son plan si bien établi.

Il y avait déjà une équipe qui s’occupait de l’école. Autrement dit, si elle faisait ce qu’il demandait, elle serait obligée de faire une séparation distincte entre son équipe de renfort et la garde A, d’avec le reste des troupes sur place. Elle ne savait pas si son équipe en serait capable. Assister à ces combats sans y participer. Peut-être même n’aurait-il pas le choix ?

Ils allaient être si prêts ! Bon sang, Lex ! Comment la protéger si elle se retrouvait prise entre deux feux ?! Elle se leva et fit les cent pas. « Sale fils d’enculé ! » Il la foutait dans un beau bordel.

Elle stoppa soudainement son va-et-vient. Qu’est-ce qu’elle allait dire à sa compagne ? Si elle lui parlait de la situation de son père, sûr qu’elle s’inquiéterait. Et manquer de concentration pouvait être fatal dans ces circonstances.

De plus, elle était à peu près certaine qu’il se trouvait non loin de Sassem. C’était un moyen de contrôle sur elle, que ne manquerait pas d’utiliser ce pleutre. Et si Lex l’apprenait, là encore elle risquait de faire une bêtise.

En clair, il n’y avait pas trente-six solutions. Elle allait lui mentir. Cette idée l’angoissait profondément. Alexia lui faisait enfin confiance et quand elle s’apercevrait qu’elle avait été manipulée, la colère mais surtout la déception serait difficile à encaisser.

Elle repoussa ces pensées et se concentra sur ce qu’elle allait devoir ajuster dans son plan. Lorsqu’elle eut les idées plus claires, elle tapa le code accompagné du logo S qu’elle avait mis au point pour prévenir ses alliées du lancement de l’opération, et attendit. Il allait être relayé par les différents satellites qu’elle avait ciblé plus tôt. Le bip de confirmation de réception se fit entendre et elle rassembla les affaires dont Alexia et elle allaient avoir besoin.

 

Chapitre 3 :

 

La mise en place des différentes unités se fit sans anicroche, dans la discrétion et la rapidité la plus parfaite. Mais lorsqu’elle rejoignit son équipe et qu’elle y adjoignit la garde A, elle entendit quelques grondements de mécontentement. Et lorsqu’elle apprit à tout ce beau monde qu’ils allaient rejoindre une autre équipe en Colombie, là, les commentaires fusèrent.

Elle leva la main, réclamant le silence et leur dit de la fermer. Le plan était le même. La différence résidait dans le placement sur le terrain, qu’ils allaient étudier pendant le trajet. En aucun cas ils ne devraient participer à l’assaut numéro 1. Celui-ci était d’ailleurs repoussé. Les hommes devraient la laisser pénétrer sur le terrain puis dans le complexe, qui abritait la résidence de Sassem.

Ils devraient attendre 15 minutes avant de se lancer. Le chef de l’unité sur place, serait celui qui lancerait le signal de l’attaque généralisée. Chaque chef avait choisit un soldat en particulier dont le but ne serait pas la participation aux combats mais le repérage du commandant de la base et de son second et leur exécution.

Dans le cas des écoles, les soldats furtifs, comme on les avait nommés, seraient aux nombres de 3 car outre le commandant de l’école et son second, il y avait aussi les instructeurs en stratégie, en combat et en armement qui étaient de véritables dangers.

Une autre unité serait spécialement déployée pour s’occuper des élèves. Ce serait elle la première à agir, attrapant, ciblant et en endormant le plus possible. Ils auraient 2 minutes 30 pour cela. L’unité dodo devrait ensuite se replier et laisser la place à l’unité d’assaut. Au milieu des combats, l’unité dodo devrait repérer les gamins sur lesquels ils n’avaient pu mettre la main et les endormir à distance.

Elle expliqua tout ceci à ses hommes pour qu’ils comprennent bien comment allait se dérouler les choses et combien le chaos qu’ils auraient sous les yeux était organisé.

Ils devraient alors analyser le combat et décider vers quel point ils seraient le plus utiles. Elle-même ou Conception, le cas échéant, se chargerait de leur donner le signal.

Une fois dans l’avion militaire, elle étala une carte sur le sol et montra où allait se trouver l’unité. Elle leur présenta ensuite différents points où ils pourraient se planquer en attendant de la rejoindre et/ou d’aider les équipes sur place.

Elle prit ensuite Conception à part et lui expliqua les derniers rebondissements. Elle lui donna un émetteur réglé sur une autre fréquence que celui des unités en place et lui dit que, lorsqu’elle saurait où se trouvait le père d’Alexia, elle la préviendrait. Elle devait donc choisir quelqu’un qui la suppléera auprès de l’unité, le temps qu’elle s’occupe de le délivrer.

Bien sûr tout ceci devait être gardé secret.

- Alors je propose Alexia. Elle est intelligente, possède l’expérience des combats et ne se laissera pas impressionner par cette bande de machos. De plus, elle bénéficie de ta protection et de tes enseignements. Tout le monde sait qu’elle est ton apprentie, ils ne remettront donc pas ses ordres en cause. En plus, si je l’emmène, au moment où elle saura que c’est son père que nous allons sauver, elle risque de perdre son sang-froid.

- Très juste. Ok. Je te laisse le soin de lui expliquer ce qui va se passer une fois sur place et ce que tu attends d’elle. Parles-en aux hommes aussi. Les surprises en zone de combats sont très malvenues. 

- Pourquoi ne le fais-tu pas toi-même ?

- Je n’ai pas envie de mentir à Lex… et pour les hommes, eh bien il faut que vous preniez votre place de chef, sinon il risque d’y avoir des frictions et des remises en cause aux mauvais moments. Toi et Lex, vous devez utiliser le temps du transport pour vous imposer.

Conception hocha la tête et se rendit près d’Alexia. Celle-ci écouta attentivement ce qu’elle lui disait, mais fronça les sourcils et leva la tête vers sa compagne en signe d’incompréhension. Tia resta impassible et elle finit par reporter son attention sur Conception.

Tout au long du voyage, la mercenaire tenta de juguler sa nervosité. Elle sentait les regards inquiets et perplexes de sa compagne et elle les évitait en se sentant de plus en plus traitresse.

Finalement, peu avant d’arriver à destination, elle prit sa petite amie à part et lui fit quelques recommandations. Alexia en profita pour lui poser les questions qu’elle retenait depuis le début.

- Pourquoi m’as-tu nommée chef suppléante ? Et pourquoi ne me l’as-tu pas annoncée toi-même ? C’est quoi cette mission dont tu as chargé Conception ? Pourquoi ne veut-elle rien me dire ?

Tia choisit délibérément de ne répondre qu’à certaines d’entre elles et ignora purement et simplement les autres.

- Ce n’est pas moi qui t’es choisie pour ce job, mais Conception, ce n’était donc pas à moi de t’en informer. Tu devrais d’ailleurs en être flattée, je ne suis pas la seule à avoir remarqué tes qualités.

La mercenaire lui donna ensuite quelques conseils qui la rassurèrent puis lui tourna le dos en lui disant qu’ils arrivaient. Alexia sentait bien qu’elle ne lui disait pas tout et ça l’agaçait un peu, mais elle était si préoccupée par ce qui allait bientôt avoir lieu qu’elle oublia bien vite sa contrariété.

Serait-elle à la hauteur ? Elle ne connaissait pas ces hommes, n’avait même pas travaillé une seule fois avec eux. Comment pourrait-elle se faire écouter d’eux ? Elle jeta un regard en coin à sa compagne. « Fais-toi confiance Lex, moi j’ai confiance en toi »  lui avait-elle dit.

« Fais-toi confiance, fais-toi confiance… ok, ok. On va essayer. » Elle respira un grand coup et sentit la tension s’évacuer… vite remplacée par une angoisse sourde à mesure qu’ils se rapprochaient de l’endroit où Tia la quitterait bientôt pour rejoindre son bourreau.

Elle savait que ce n’était pas très professionnel et que ça tendrait à minimiser sa crédibilité, mais elle ne pût réprimer son impulsion. Elle prit la main de sa compagne et la serra aussi fort que possible. La pression lui fut retournée, à un degré moindre, heureusement pour ses os, et elle perçut la tranquille sérénité de sa compagne s’écouler en elle

Alors qu’elles s’arrêtaient au point convenu et que ses hommes se répartissaient le terrain, l’unité dodo prit position dans les arbres et en lisière de forêt. L’unité d’assaut, elle, poursuivit son avancé et se fondit dans l’obscurité du crépuscule, encerclant tout le territoire visé. La garde A, se regroupa un peu en arrière et se détendit.

Les 3 soldats choisis par le chef de l’unité d’assaut se tinrent en retrait, entre l’unité de Tia et la leur et regardèrent la mercenaire. Elle leur fit le signe convenu et ils disparurent parmi les ombres.

Alors, la mercenaire se tourna vers sa compagne et, puisqu’elles étaient maintenant trop près pour parler sans prendre un risque, Tia retira ses lunettes et elles se regardèrent. Un long échange, plein d’amour, de tendresse et de courage. Bien des promesses furent dites dans ce regard et bien des encouragements passèrent. Puis, la grande femme remit ses lunettes protectrices, rompant le contact, et après une dernière pression sur son épaule, elle partit.

Alexia fixa aussi longtemps que possible sa silhouette et alors qu’elle passait la lisière des arbres, une sensation diffuse de malaise la fit frissonner.

 

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Elle sortit du couvert des arbres au moment où les rayons du soleil illuminaient la place. Jusqu’à cet instant, elle avait réussi à repousser le malaise que revenir en ces lieux créait. Elle y était parvenu. Mais plus maintenant.

Privée du soutien silencieux de sa compagne, elle était parfaitement consciente de sa vulnérabilité. Elle ignora les visages hostiles tournés vers elle et les regards suspicieux. Comme elle l’avait prévu, Sassem voulait cette rencontre, en conséquence il avait prévenu tout le monde de la laisser entrer et surtout, surtout de ne pas la toucher.

Elle était à lui, elle le savait, c’était pourquoi elle ne se préoccupa pas d’eux et leur tourna le dos sans aucune crainte. Plus elle se rapprochait de l’annexe Nord, où se situait la résidence de Sassem, plus la peur étreignait Tia. Elle avait l’impression de faire un bond en arrière et ses mains moites lui confirmèrent qu’elle perdait ses moyens.

Elle inspira plusieurs fois, profondément, ralentissant légèrement le pas, histoire de se donner le temps de se reprendre, sans pour autant donner l’impression d’avoir peur, et chercha des yeux l’endroit suffisamment surveillé qui indiquerait où était le père d’Alexia. Elle faillit le rater. Sassem avait apparemment fait quelques rajouts depuis son évasion.

Une petite maison en béton avait été construite entre les deux bâtiments qui constituaient les lieux de vie et d’apprentissage des élèves. Elle était encadrée par une demi-douzaine de gardes armés jusqu’aux dents. De toute évidence Sassem s’attendait à ce qu’elle s’y rende, ou au moins y fasse un détour avant de le rejoindre.

Il allait être déçu. Elle claqua une fois la langue, indiquant ainsi à Conception qu’elle avait repéré la prison. Elle murmura ensuite deux mots, choisis avec soin pour indiquer sa position et coupa le micro. D’un mouvement du poignet, elle changea la fréquence et se retrouva sur celle des unités d’assaut.

- 10 minutes, chuchota-t-elle en Grec ancien.

Toutes les communications auraient lieu dans cette langue, comme c’était prévu depuis plusieurs mois déjà. Elle savait que c’était une des rares langues que Sassem ne connaissait pas et n’avait donc pas appris à ses subordonnés.

Ainsi, en admettant qu’elle perde et que Sassem parvienne à trouver leur fréquence radio, il n’aurait aucune chance de comprendre ce qu’ils se disaient et donc aucun moyen de contrer les stratégies avant qu’elles ne soient mises en œuvre.

Après quelques minutes de marche tendue, elle parvint à la massive porte en chêne, que Sassem avait fait sculpter et installer par la promotion précédent la sienne, qui indiquait l’entrée de sa maison.

Elle n’eut pas besoin de toquer, il la guettait. Il ouvrit la porte avec lenteur. Et elle se retrouva à fixer l’ouverture qui s’agrandissait, avec la peur absurde que le noir qui se dessinait devant elle ne l’absorbe. Enfin, Sassem apparut.

Tout de suite, elle nota des changements chez lui, depuis leur dernière rencontre. Il avait épaissi, ses muscles fins avaient pris plus de poids, son corps était plus massif, mais associé à sa grande taille cela lui donnait une allure folle. Il avait revêtu un pantalon en tissu noir brillant comme en portait parfois les combattants de full contact et une langue de feu remontait de son pied nu jusque sur le haut de sa cuisse gauche.

Il ne portait pas de haut, et elle vit ses pectoraux et ses abdos saillirent. Il s’était entraîné. Sérieusement. Mais elle aussi. Elle vit les gants noirs de combattant qu’il portait et comprit ce qu’il avait en tête. Elle déglutit et ne répondit pas à son sourire doucereux.

- Mais entre donc, She-wolf.

Elle attendit qu’il se recule, ce qu’il fit en riant, ravi de voir qu’elle le craignait, et pénétra enfin dans la demeure qui avait été le théâtre de tant de ses souffrances.

 

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Alors que l’attente s’égrenait avec une lenteur qui la rendait folle, des milliers de questions sans réponse tournoyaient dans sa tête. Elle ne parvenait à rester immobile qu’au prix d’un violent effort de volonté. Elle mourrait d’envie de se précipiter sur les pas de Tia, craignant plus que tout, que revenir en cet endroit la perturbe au point qu’elle ne sache plus très bien où elle se trouvait.

Elle vit soudain Conception se raidir et comme si elle avait reçu un signal secret, « ce qui devait être le cas », songea-t-elle avec une grimace, elle fit un signe aux Nazaréens qui formait son équipe et laissant Genshenka et deux autres personnes, un homme qui venait sûrement de l’île voisine de celle des femmes et une Nazaréenne provenant d’un village qu’elle ne connaissait pas encore, disparaître dans la végétation.

Elle avait été surprise que Genshenka, qui aimait tant l’action, se porte volontaire pour rester avec elle. Elle ne la quittait pas des yeux et Alexia se demandait ce que cela cachait. Lorsque Conception eut disparu, elle vit le bouton rouge se trouvant sur son bracelet de montre s’allumer. L'attaque était imminente.

Elle vida alors son esprit des pensées parasites, et, comme Tia le lui avait appris, se concentra sur son objectif et les moyens de l’atteindre. Pendant les prochaines minutes, ou heures, elle n’aurait rien d’autre en tête. Il le fallait. Des vies dépendaient des ordres qu’elle donnerait et des décisions qu’elle prendrait.

Elle inspira profondément et guetta la lumière verte. Lorsqu’elle la vit apparaître, elle leva la main et à l’aide de signes complexes, elle indiqua à ses hommes et femmes de se placer et de ne plus bouger jusqu’à son ordre.

Elle eut une pensée brève pour sa compagne et lui envoya amour et courage, puis l’extirpa de sa tête et s’accroupit, observant le déroulement des étapes et le moment et les endroits où elle devrait envoyer ses soldats.

 

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Lorsque la lumière passa au vert, Enyalios d’un geste de la main, envoya son unité au combat. Il les laissa prendre quelques pas d’avance et les suivit. Ils avançaient tous dans un silence quasi-religieux et guettaient le moindre mouvement suspect.

Alors qu’Enyalios approchait de la demeure gigantesque, de toute évidence Sassem n’était pas le seul à avoir la grosse tête, du bras droit de Sassem, il leva les yeux et vit que ses snipers étaient en position.

Entourant la maison, comme une enceinte son château fort, se trouvait différents postes de gardes et des maisons où vivaient des familles d’esclaves, sexuels ou manuels, selon les besoin du maître de maison. Ce cas de figure avait été prévu. Les lâches s’entouraient toujours d’innocents.

Les snipers étaient là pour ça. Les premières salves seraient pour les endormir. Servis avec des silencieux, les projectiles devraient permettre aux quelques hommes qu’il avait affecté à la récupération et à la mise en sécurité des civils, de se mettre en position sans être repérés.

Il lança le signal convenu : le cri d’un animal du coin, et les premiers tirs eurent lieu. A peine un chuintement les signala à Enyalios. Et de son poste d’observation, il vit les premiers esclaves tomber sans bruit, sans cri et sans attirer l’attention. Il attendit un peu et lorsqu’il fut évident que quelque chose se passait, il lança un ordre bref dans son micro à l’attention de ses snipers qui rechargèrent, avec de vrais balles cette fois, et commencèrent à tirer, toujours en silence, sur les snipers adverses.

Enyalios fit alors un petit bruit dans son micro et alors que les soldats affolés par l’attaque dont ils n’entendaient ni ne voyaient rien, couraient en tout sens, ses hommes pénétrèrent le village et entamèrent leur mission de récupération.

Ils furent découvert moins vite que ce qu’il avait prévu. Une fois cela fait, il fit signe à sa première équipe de s’élancer. Puis il donna l’ordre à ses snipers de se concentrer sur les chefs.

L’équipe 1 se rua dans le village en hurlant. Ils tirèrent le maximum de cartouches et firent un maximum de dégâts. Le but de cette cacophonie soudaine était de détourner l’attention des soldats, qui avait pris l’unité de récupération comme cible, et de créer un moment de panique.

Au milieu de cette attaque silencieuse, le boucan infernal généré par l’équipe 1 atteint son objectif. Satisfait, Enyalios observa le plan d’Enyo se dérouler à la perfection et attendit son heure.

 

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Linya suivait les points de couleurs sur l’écran géant installé dans le QG qui retransmettait les opérations en Europe. Ce bunker se trouvait sous une librairie-café branchée, les allées et venues auxquelles étaient soumis les divers employés de cet endroit, n’étaient ainsi, pas suspect.

Elle ne savait pas trop quelles sections de quels gouvernements travaillaient dans ce lieu. Il y avait trop de nationalités et de langues. Elle ne chercha donc pas à apprendre quoi que se soit sur cet endroit. La seule chose qui lui importait était d’être tenue au courant de ce qui se passait sur le terrain et d’être écoutée lorsqu’elle avait une remarque à faire.

Le premier point, elle pouvait s’en occuper elle-même. L’écran et les commentaires, ainsi que les conversations radio étaient suffisamment explicites pour ça. Le second point en revanche… si elle n’avait pas été une amie personnelle de Tia, si elle n’avait pas fourni les personnes leur garantissant une communication sécurisée et qu’elle n’avait pas été un des fournisseurs de soldats et des finances, elle ne serait même pas là.

Le fait était, que les deux dernières raisons expliquaient sa présence. Mais c’était les deux premières qui lui permettaient d’être entendue.

Elle écoutait donc attentivement les retransmissions effectuées par ses messagers et traduisaient les choses qui lui semblaient importantes, ou leur faisaient un résumé. Si une des actions sur le terrain nécessitait une réaction rapide de leur part, elle ne leur demandait pas leur avis, ne leur faisait même pas part de ses réflexions, elle donnait des ordres et on lui obéissait. Même si elle n’avait pas en charge une seule des unités sur le terrain, elle et une des Nazaréennes de l’île, étaient les seules à posséder à la fois la connaissance de la langue Grec ancienne et la stratégie militaire adéquate pour savoir de quoi elles parlaient.

Les grands pontes la regardait avec condescendance et hostilité mais n’empêchaient pas leurs employés d’obéir.

Elle était une des associés de She-wolf et cette mercenaire avait prouvé qu’elle savait ce qu’elle faisait. De plus, au vu de ce dont elle avait été capable pour se débarrasser d’un de ses ennemis, ils n’avaient pas le moins du monde envie de la remplacer dans ce domaine. Une fois de plus, la réputation de la grande et redoutable femme lui servit.

Linya avait demandé à être affectée à ce QG, pour pouvoir suivre l’attaque à laquelle participait Alexia et Tia et elle avait été très contrariée d’apprendre le changement de plan. Cependant, après plusieurs heures passées ici, elle prit conscience qu’elle avait eu beaucoup de chance. Si elle avait dû entendre seconde par seconde ce qui se passait ou non pendant leurs assaut, elle aurait pété un câble !

Le stress de ces opérations était impressionnant et si elle réagissait ainsi avec des personnes qu’elle ne connaissait pas, elle ne voulait même pas imaginer dans quel état elle aurait été s’il avait été question de Tia et d’Alexia.

Heureusement, fréquenter la grande femme lui avait permis d’apprendre à cacher son stress et elle en était vraiment contente. Elle n’aurait pas été très crédible si elle avait bégayé ou transpiré à tout bout de champ !

Si elle était extrêmement occupée à diriger et retransmettre les nouvelles qu’elle recevait, elle ne pouvait s’empêcher régulièrement de surveiller l’opérateur qui rendait compte du déroulement des opérations sur les différents continents et d’essayer d’entendre comment cela se passait sur le continent Sud-Américain.

Mais elle était trop loin et les retransmissions radios des équipes d’Europe parasitaient sa concentration. Après plusieurs tentatives infructueuses, elle se résigna à laisser tomber pour se concentrer exclusivement sur ce qui se passait ici. Trop de choses étaient en jeu pour prendre plus de risques. Elle saurait tout bien assez tôt.

Elle fit donc confiance à Tia, comme tout le monde, et la sortit, avec Alexia, de son esprit. Elle nota ensuite avec satisfaction que l’assaut d’Enyalios se passait à merveille. Si tout allait bien pour lui, qui avait formé sa grande amie, tout devait bien aller pour elle.

 

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Karl suivit son partenaire et se planqua derrière une voiture. Les balles sifflaient et malgré l’assurance qu’il entendait dans la voix de son chef d’unité, il était mal à l’aise. Certes, tout semblait se dérouler à merveille… mais cela n’excluait pas les bobos éventuels. Pas encore. D’autant moins en fait qu’il n’avait pas encore repéré le numéro 3.

Lui et son partenaire, le sergent Kasrez, avaient été affectés la veille à cette mission, et personnellement prévenus par She-wolf. Karl était plutôt fier de la confiance qu’elle lui manifestait ainsi, mais il n’avait jamais été à l’aise avec ce genre d’assaut avec un objectif différent de celui du reste du groupe. D’où l’ajout de son partenaire plus rompu à ça que lui.

Il avait reçu l’ordre de ne se préoccuper que de repérer et éliminer le numéro 3. Et ce, quoi qu’il se passe pour eux. Eliminer. Ça non plus il ne se sentait pas de le faire. Il était entré au FBI pour faire honneur à Frédéric qui l’avait sorti de sa galère et avait à peine 8 ans de plus que la mercenaire. Il la considérait depuis toujours comme une petite sœur récalcitrante et rebelle, qu’il se devait de surveiller et d’aider.

Elle, en revanche, pensait, au début du moins, qu’il était idiot et naïf et qu’il se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Il avait mis des années à lui faire comprendre qu’elle pouvait se fier à lui et lui demander de l’aide. Qu’il ne la dénoncerait pas malgré les morts qu’elle semait sur son passage et qu’il la protégerait autant qu’il en était capable.

Un jour, 8 ans après leur première et très brève rencontre lorsqu’elle avait mis au monde ses jumeaux, elle l’avait appelé. Elle savait qu’il était agent au FBI, et elle avait besoin d’un tuyau sur un client Américain qu’elle trouvait douteux.

Après cela, leur relation avait moins tendue, mais toujours superficielle. Elle ne se livrait pas et ne demandait jamais rien sur lui, Frédéric et les jumeaux. Cependant, il lui donnait des nouvelles de Len et Lara dès qu’il le pouvait, car il savait que ça comptait pour elle. Mais ça n’avait jamais été plus loin. Le fait qu’elle lui demande des renseignements étaient déjà un grand pas, et il devait cet intérêt soudain au fait que Frédéric avait été son mentor autant que le sien.

Il se baissa au moment où la déflagration d’une grenade atteignait le véhicule qui le protégeait lui et son partenaire. Les vitres explosèrent et le verre ainsi projeté lui entailla la peau du visage et des mains.

Il secoua la tête et vit son coéquipier s’élancer vers le bâtiment, où espéraient-ils, se trouvait leur cible. Il se redressa et arrosa la zone devant lui pour couvrir son déplacement. Lorsqu’il fut en sécurité, Karl se remit à l’abri derrière ce qui restait du camion militaire. Son coéquipier lui fit signe d’y aller et il le vit se pencher sur le côté et le couvrir comme il venait lui-même de le faire.

Courber en deux, il se dépêcha de le rejoindre. Ils se plaquèrent tout deux contre le mur et reprenant leur souffle, ils virent passer l’équipe bêta et l’équipe têta pour prendre en tenaille un groupe de soldats particulièrement kamikaze. Son partenaire lui expliqua, par signes à cause du bruit, ce qu’ils allaient faire ensuite. Karl hocha la tête et partit devant.

Les hommes qui gardaient l’entrée du bâtiment tombèrent avant même de savoir ce qui leur arrivait. L’agent du FBI pénétrait dans l’immeuble quand une douleur intense au niveau du sternum lui coupa brusquement le souffle et l'envoya rouler à terre.

Un sniper de l’équipe dêta régla son compte au soldat qui venait de lui tirer dessus avant qu’il ne prenne son partenaire comme cible. L’équipe dêta était chargée de déblayer le terrain extérieur pour eux. Le sergent ne perdit pas de temps, attrapa son bras et le tira à l’abri à l’intérieur du bâtiment.

Il vérifia son pouls et Karl repoussa sa main en grognant.

- Je vais bien, gronda-t-il. C’est le gilet qui à tout pris.

Kasrez acquiesça et l’aida à se remettre d’aplomb. Karl secoua la tête et écarta la douleur de son esprit pour se concentrer sur ce qui les attendait. Etre entré était une chose. Ne pas se faire tuer dans un lieu regorgeant de cachettes, en était une autre.

 

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Frédéric entendit avec effroi qu’un des hommes de l’équipe Rex avait été abattu. Il pria pour qu’il ne s’agisse pas de Karl ou qu’au moins cela ne soit pas trop grave. Il avait recueilli ce délinquant lorsqu’il avait 12 ans. Il avait essayé de lui voler son bagage à main, croyant à tord, qu’il était un de ces nombreux touristes venu visiter l’Amérique. A l’époque M. Ricardo Senior lui avait demandé de superviser une vente d’armes pour le moins difficile.

Le gosse lui avait rappelé ce qu’il avait été avant que son patron ne le prenne en main, et il avait décidé, dans la seconde, de le prendre sous son aile. Seulement il ne voulait pas l’impliquer dans des affaires illégales. Alors au lieu de l’adopter, comme il en avait d’abord eu l’intention, il était devenu son tuteur et l’avait inscrit dans la meilleure école privée d’Amérique. Il l’y avait laissé, le surveillant de loin en loin et lui rendant visite aussi souvent que cela lui était possible.

Malgré la voix qu’il avait choisi, il avait été très fier que son fils adoptif devienne un agent du gouvernement. Et encore plus fier, lorsque de son propre chef, il avait décidé de prendre She-wolf sous son aile. Il aimait ce gosse autant qu’il aimait Tia, mais Karl malgré l’endroit où il l’avait trouvé et le métier qu’il exerçait, avait eu une vie protégée. Il n’était pas aussi doué que Tia et il était donc plus inquiet pour lui que pour elle.

Pourtant, il resta concentré sur la tâche, que l’homme qui dirigeait les opérations lui avait assignée. Il s’occupait du placement et du déplacement des troupes sur 3 des 20 lieux qui étaient attaqués. Le chef, un agent haut placé à la CIA, lui avait attribué, comme à plusieurs autres, la surveillance et la gestion de ces attaques. Il avait bien tenté d’obtenir celle de Tia et de Karl, mais il n’en avait pas été question. L’homme n’aimait pas se voir dicter sa conduite par une vulgaire criminelle, comme il appelait Tia, et l’avait délibérément écarté de ses gosses.

Frédéric s’était juré de lui faire ravaler ses paroles sur sa gamine lorsque tout cela serait terminé.

Chacun des soldats de chacune des unités dont il avait la charge, étaient repérables sur l’écran en face de lui grâce à une lueur verte. Les ennemis, eux, étaient figurés par des points rouges. Les chefs d’équipes étaient en violet et le chef d’unité en bleu. Pour l’heure, une de ses équipes, située (en) au Brésil était en train de se faire prendre en tenaille.

Il bascula sur la fréquence radio du chef de cette équipe et le prévint. Il prit ensuite contact avec le chef d’unité et lui expliqua quoi faire pour éviter de perdre ses hommes. Pendant les 10 minutes suivantes, il oublia tout pour ne s’occuper plus que de cette équipe et du problème qu’ils affrontaient.

Lorsqu’enfin le danger fut écarté, il vérifia l’état et l’avancée de ses autres unités. Avec satisfaction, il vit que ça allait. Néanmoins, l’unité G, située au Pérou, avait vu son équipe B, être entièrement décimée par une embuscade. Le chef d’unité, au lieu de sonner la retraite, comme tout le monde l’aurait fait, avait ordonné le maintien des positions, et, avec l’aide d’un petit groupe de soldats, il avait contourné les hommes embusqués pour les mettre à genoux. Ils avaient ensuite pu reprendre le déroulement normal du plan.

Frédéric nota le nom du chef et le rangea dans un coin de son esprit. Un homme aussi audacieux et un peu dingue, pourrait lui être utile un jour.

Il put enfin se tourner vers son collègue qui s’occupait de l’unité où se trouvait l’équipe Rex et d’une phrase brève, il lui demanda des nouvelles. L’homme ne put pas lui répondre tout de suite, et Frédéric fut contraint de ronger son frein en revenant à ses obligations.

Tout en vérifiant qu’il n’y avait pas de nouvelle catastrophe il jeta un œil à l’homme qui s’occupait de l’unité de Tia. Rien dans son attitude ne semblait indiquer un problème et il devrait se contenter de cela, l’homme étant trop loin pour qu’il puisse lui poser des questions.

Alors qu’il reposait les yeux sur son écran, son collègue lui répondit enfin :

- L’équipe Rex est dans la place. Pas de bobo.

Il le remercia d’un hochement de tête et laissa la vague de soulagement s’évanouir lentement, puis il reporta à nouveau toute sa concentration et ses connaissances sur son travail, en espérant que Tia saurait rester calme.

 

Chapitre 4 :

 

Conception attendit que l’attaque soit lancée et bien entamée avant d’entraîner son groupe à l’intérieur de l’école. Elle avait repéré l’endroit gardé où devait se trouver M. Stefanos, mais s’y rendre maintenant, c’était être prise pour cible.

Elle vit l’équipe 1 passer à l’action et avancer silencieusement parmi les arbres. Ils se mirent en position et attendirent. L’équipe dodo, placée en hauteur dans les arbres, vérifia que ceux qui devaient récupérer les élèves étaient en place puis commença à tirer. Les premiers à tomber furent les plus éloignés de la lisière des bois.

Progressivement, alors que les snipers se rapprochaient des bords, la panique prit les élèves et les soldats. Mais cela ne dura pas longtemps. Très vite les chefs apparurent et aboyèrent des ordres. Alors, sans attendre que les récupérateurs passent à l’action, l’équipe 1 s’avança. Ils tirèrent sur les soldats, visant en priorité les chefs, mais ne parvenant que rarement à les toucher. 

Manifestement, ils s’attendaient à une attaque de ce genre. Ils auraient dû y penser. Sachant qu’Enyo venait et connaissant sa réputation, ils étaient sur leur garde. Résultat, l’avantage de la surprise passait à la trappe.

 

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Alexia vit que l’assaut tournait court et en comprit la raison. Elle bascula sa fréquence radio sur celle du chef d’unité et lui conseilla de compter sur le silence et la vivacité. Il acquiesça et elle l’entendit donner des ordres en ce sens. Elle contacta ensuite les snipers et leur ordonna de passer aux munitions réelles, de laisser tomber leur objectif jusqu’à nouvel ordre.

Après cela, elle regarda derrière elle et dit à son équipe de se tenir prête. Elle se rapprocha un peu et s’arma de patience. Elle attendait de voir si les nouveaux arrangements allaient à nouveau faire pencher la balance de leur côté, avant de décider quoi faire.

Elle voulu contacter Conception pour la mettre au courant, mais celle-ci lui avait dit de ne pas le faire tant qu’elle ne l’aurait pas en vision. Elle prit donc son mal en patience en essayant d’éviter de penser à sa compagne.

 

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Conception vit l’équipe 1 reculer et se fondre dans la pénombre générée par les bois sans cesser de tirer. Elle vit que les récupérateurs parvenaient à ne pas se faire remarquer et que les snipers étaient passés aux balles réelles.

Les soldats commencèrent à se regrouper, reculant devant les tirs ennemis dont ils ne parvenaient pas à déterminer l’origine. Reprenant confiance, Conception entendit le chef de l’unité donner des ordres précis, divisant ses hommes en plusieurs petits groupes qui se concentrèrent chacun sur un objectif donné.

Voyant que la bataille était à nouveau sous contrôle, Conception fit signe aux siens de la suivre. Courbée et silencieuse, les femmes avancèrent à sa suite. La chef de la milice s’autorisa un rapide tour d’horizon et vit avec satisfaction que les gardes, s’ils étaient toujours présent, avaient leur attention focalisée sur les combats autour d’eux.

Elle laissa un des groupes de l’équipe 1 s’avancer vers eux et passant près de deux élèves endormies, elle fit signe à Erika de s’en occuper. Conception signala ensuite leur position aux soldats devant elle et vit le chef hocher la tête avant de lui dire, par signes, de rester en arrière.

Elle dispersa 3 des 4 personnes qui lui restaient autour des bâtiments, pour surveiller leurs arrières. Une de chaque côté de la prison, plaquées contre les murs des deux immeubles l’encadrant et la troisième reculant dans la forêt.

Conception s’aplatit alors au sol et les 2 soldats qui lui restaient firent de même. Elle vit la demi-douzaine de gardes s’effondrer bientôt et le chef du petit groupe se retourna vers elle. Ils communiquèrent par signes durant quelques secondes. Conception acquiesça et ordonna à ses deux derniers soldats d’accompagner le groupe.

Elle attendit qu’ils disparaissent dans les bâtiments alentour et lorsqu’Erika revint, elle lui fit signe de la suivre. Ensemble, elles rejoignirent la prison et y pénétrèrent.

 

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Alexia vit que l’équipe 1, en association avec l’équipe dodo, reprenait le contrôle. Elle put se détendre un peu et laissa son regard errer dans la direction qu’avait prise sa compagne. Soudain un groupe de soldats ennemis surgit sur son flanc droit.

Ils furent aussi surpris de la trouver qu’elle. Ils levèrent leurs armes et Alexia fit de même. Une fraction de seconde avant que les coups de feu ne partent, elle se rappela qu’elle n’était pas seule.

- Feu ! hurla-t-elle.

Une forme dure la percuta de plein fouet au moment même où les soldats appuyaient sur la détente. Les balles sifflèrent mais ne la touchèrent pas. « Par quel miracle ?! » Puis elle atterrit rudement sur le dos et roula sur elle-même entraînée par la forme qui l’avait projeté.

Lorsqu’elle retrouva son équilibre, elle se retrouva nez à nez avec le visage grimaçant de Genshenka. Celle-ci se redressa en se retournant vivement. Alexia se releva et vit que le combat ne se poursuivait plus avec les armes, qui avaient valsées, mais à mains nues. Trois formes étaient étendues sur le sol devant elle. Tous des ennemis.

Alexia sentit la peur s’éloigner un peu, avant de voir le Nazaréen resté pour sa protection, étendu un peu plus loin. Il ne bougeait plus. Elle se figea puis vit Genshenka se jeter sur un des soldats. Alors elle se réveilla et lança l’ordre à ses troupes de se mêler aux combats. Puis comme les autres… elle se jeta dans la bataille.

 

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Tia était entrée et avait suivi Sassem avec autant de calme que cela lui avait été possible. Il l’avait détaillée tranquillement, l’accablant de commentaires lubriques, sur ses choix vestimentaires.

Il voulait lui faire sentir combien il appréciait de la voir moulée dans son marcel noir et combien son treillis noir gâchait ses formes avantageuses. Il l’avait ensuite obligée à retirer ses chaussures et ses chaussettes et lui avait indiqué le couloir à sa gauche. Curieusement, il n’y avait aucun soldat et il ne l’avait pas fouillée. Croyait-il qu’elle allait se la jouer à la loyale ? Il était vraiment mégalo si c’était ce qu’il pensait !

Elle l’avait suivi jusqu’à la pièce qu’elle avait appris à craindre au cours de son « éducation », celle de sa mise à l’épreuve.

Lorsqu’il était dans les parages la deuxième année de sa formation, bien avant son premier viol, il avait pris l’habitude de l’emmener ici, afin de tester ses progrès et son ascendant sur elle. Elle ne se rappelait plus le nombre de fois où il lui avait fichu une telle raclée qu’elle mettait ensuite des jours à s’en remettre. Il venait parfois la voir pour lui dire qu’ainsi, elle deviendrait plus forte et qu’il faisait ça pour son bien.

Elle ne l’avait pas cru à l’époque et ne savait toujours pas si elle était devenue plus forte grâce à ça. En revanche, ce qu’elle savait, c’est que c’était ici, dans cette pièce vaste et éclairée, où trois des quatre murs étaient en verre, qu’elle avait appris à haïr le soleil.

Elle passa le seuil avec le même sentiment qu’autrefois, une angoisse sourde et une impatience fébrile, qui la faisait paraître nerveuse. Sur le sol, se trouvait un immense signe japonais entouré d’un cercle rouge et inscrit sur fond blanc. Le reste était recouvert de peinture blanche, car comme il le lui avait expliqué une fois, le blanc révélait le sang.

Alors qu’elle mettait le pied sur ce sol honni, il s’amusa à lui montrer les divers endroits où épuisée et sanglante, elle s’était effondrée, défaite et impuissante. Les traces étaient restées.

- Je n’ai voulu ni les enlever, ni faire entrer un autre soldat. Je ne voulais pas risquer de les altérer. Tu vois, ajouta-t-il avec un sourire presque affectueux, tu m’as beaucoup manqué.

La même terreur glacé lui serra le ventre et elle dut faire un effort colossal sur elle-même pour parvenir à s’arracher à ses souvenirs.

« C’est un malade, il veut te déstabiliser, ne le laisse pas contrôler la situation » s’admonesta-t-elle.

- Je vois surtout, répliqua-t-elle avec nonchalance, qu'il faut que tu aille voir un psy.

Immédiatement, son visage se contracta une grimace de rage pure. Plus que tout au monde, il craignait de devenir aussi fou que sa mère, morte après avoir suivi sur l’autoroute des fées venues lui parler. Alors la moindre référence à la folie le plongeait dans un état effroyable. Elle s’en était aperçu après une remarque anodine d’un de ses régents en visite sur le site. Il l’avait exécuté dans la seconde.

Ses réactions extrêmes prouvaient sans l’ombre d’un doute sa folie, mais Tia avait gardé ça pour elle, mettant de côté une information potentiellement utile mais dangereuse pour elle à l’époque. Pour un homme se targuant d’être la maîtrise de soi incarnée, c’était dangereux. C’était d’ailleurs la seule chose qui lui faisait perdre son calme légendaire.

Comme prévu, il perdit son sourire et éructa une menace sans aucune signification et fit un pas vers elle. Tia attendait ce moment. Un Sassem sans contrôle était dangereux, mais un Sassem avec toutes ses capacités était mortel.

Alors qu’elle se préparait à l’attaque il secoua brusquement la tête et reprit pied.

- Bien joué chaton, lança-t-il avec un sourire amer et heureux à la fois.

Tia se hérissa. Elle haïssait ce surnom. Il le lui avait donné en réaction au nom dont Frédéric l’avait dotée. Une sorte d’ultime moquerie, signe de sa toute puissance sur elle car face à lui, c’était tout ce qu’elle était à l’époque. Un chaton.

Il avait su si bien la détruire…

- Je n’en attendais pas moins de toi. Néanmoins, je pense qu’il est temps de passer aux choses sérieuses. Tu n’y vois pas d’inconvénients ?

La question était de pure forme et la mercenaire n’y répondit pas, se contentant de se placer en position défensive. Il adorait attaquer et pensait qu’être le premier à le faire, dans un duel ou une bataille, était le signe des gagnants. 

Autant lui laisser croire qu’il maîtrisait les choses. D’ici peu il tomberait de son piédestal.

Elle le vit sourire d’anticipation et la vague de haine que cela amena en elle, faillit lui faire perdre la tête. Elle se contrôla difficilement et attendit, concentrant son esprit sur sa respiration pour ne plus se laisser une chance de dériver.

Il lança son pied vers sa tête et elle bloqua le coup avec son bras. Rebondissant, il utilisa l’élan ainsi obtenu pour se retourner et changeant de pied d’appui, il jeta sa jambe avec plus de force de l’autre côté de sa tête.

C’était un enchaînement qu’il utilisait souvent lorsqu’elle était jeune, et elle avait rapidement appris à le voir venir. Seulement à l’époque, elle était loin d’être suffisamment carrée pour ne pas se faire projeter au loin par sa seule puissance. Après plusieurs rencontres brutales avec le mur, elle avait appris à se baisser. Elle avait aussi appris qu’éviter un coup avait un double avantage. Il fatiguait plus vite son adversaire, surtout si le coup était puissant et il lui permettait, à elle, de garder ses forces. Contrer un coup, demandait de raidir son corps pour forcer l’autre à se fracasser sur vos protections. Cela faisait aussi appel à l’équilibre. En bref, ça nécessitait une utilisation de tous les muscles de son corps. On s’épuisait vite à ce rythme.

Contrer un coup devait être utilisé lorsque la rapidité était trop importante pour l’éviter ou bien lorsque l’on souhaitait soi-même en porter un. En clair, en cas de contre-attaque prévue ou de dernier recours défensif.

Elle l’évita donc, mais pas en se baissant, il s’y attendait trop, elle recula d’un pas et laissa son pied passer à quelques centimètres de son nez, déplaçant une quantité d’air importante. Elle s’apprêtait à lancer sa première attaque quand, la surprenant, il utilisa son élan pour se relancer avec encore plus de force. Elle eut tout juste le temps de placer ses bras devant elle. Elle banda les muscles de ses jambes en abaissant son centre de gravité et parvint à encaisser sans bouger d’un centimètre.

Pas question de lui laisser croire qu’elle était la même que la gamine de l’époque. Elle était devenue forte et elle entendait bien le lui faire savoir. Elle retint la grimace qui menaçait, lorsque l’impact de son talon contre ses avant-bras se répercuta jusqu’à ses épaules. La seule chose qui la consolait de la douleur qui fusa soudain, était que Sassem devait ressentir la même chose dans sa jambe.

D’ailleurs, il n’eut d’autre choix que de se reculer d’un bond pour se laisser le temps de récupérer en se mettant hors de sa portée. « C’est ça mon pote, recule ».

Elle s’élança vers lui d’un seul mouvement et lança un enchaînement de coup précis mais peu puissant, l’obligeant à reculer et à utiliser son pied encore douloureux. Soudain, elle se baissa et effectua un balayage rapide de son pied droit avant de s’appuyer sur ses deux mains et de frapper de son autre jambe dans le ventre de son adversaire.

Elle sentit qu’il bandait les muscles de ses abdos pour amortir le choc mais vit avec plaisir que le coup porta quand même. Elle prit appui simultanément sur ses jambes, et donc le ventre de Sassem, et ses mains et fit un retourner qui lui permis d’être à nouveau debout et opérationnelle alors qu’il était toujours au sol.

Il lui jeta un regard noir et d’un mouvement souple et vif, il se remit sur pied. Au moment il allait lancer une attaque, des coups de feu et des cris retentirent au loin et attirèrent son attention. Elle sourit et profita de sa distraction pour se jeter sur lui.

Elle eut le temps de lui envoyer une droite puissante qui jeta sa tête sur le côté et le fit reculer d’un pas. Elle ne perdit pas de temps à évaluer les dégâts causés et enchaîna avec divers coups de pieds et de poings qui, pour la plupart, firent mouche.

 

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Alexia se jeta sur le côté pour éviter son assaillant et heurta une Genshenka vacillante. Elle s’aperçut alors avec stupeur que la jeune femme était blessée. Deux petits trous dans le dos laissaient s’écouler d’abondant flots de sang. « Des balles… dans le dos… », songea la jeune femme. Elle comprit subitement comment la jeune femme avait été blessée. En la protégeant lorsque les soldats avaient débarqués. Elle s’avisa alors de sa pâleur et comprit qu’elle n’allait plus tenir très longtemps. Elle sentit, plus qu’elle ne vit ou n’entendit, son adversaire s’élancer vers elle.

Laissant son instinct parler, elle se baissa et lança sa jambe en arrière. Elle entendit un bruit et sourit. Elle tourna la tête et vit son opposant au sol, évanoui. En tombant sa tête avait heurté une racine noueuse à l’air très solide. Elle remercia sa copine la chance et fit un tour d’horizon. Les quelques soldats qui les avaient surpris peu de temps auparavant, étaient sur le point d’être vaincus, mais elle aperçut, avec stupeur, un autre groupe de soldats arriver.

« Ils sont trop nombreux » pensa-t-elle avec angoisse. « On va se faire submerger » Si les hommes de son équipe étaient restés, il n’y aurait pas eu de problème, mais elle leur avait dit de rejoindre la zone de combat et de se mettre à la disposition du chef d’unité. « Idiote ! » Mais aussi comment aurait-elle pût prévoir qu’il y avait d’autres soldats que ceux présents à l’école ?!

Alexia secoua la tête dégoûtée. « Tia l’aurait prévu, elle ».

- Repli ! Repli ! cria-t-elle en s’éloignant.

Puis elle ouvrit son micro et envoya une demande d’aide urgente à l’attention de quiconque l’écoutait et se trouvait à proximité, en signalant sa position, et pria pour tenir jusqu’à l’arrivée de la cavalerie.

Elle remarque que Genshenka peinait sérieusement à la suivre et se souvint de sa blessure. Immédiatement elle se porta à sa hauteur et la soutint.

- Non, grogna-t-elle faiblement, va-t-en, je m’en occupe.

Alexia la fixa ébahie.

- Ne dis pas n’importe quoi, répliqua-t-elle en la traînant presque, tu tiens à peine debout.

Alors qu’une rafale éclatait et touchait une Nazaréenne, Meris, si elle se souvenait bien, elle poussa Genshenka au sol et l’écrasa de tout son poids. Un râle de douleur s’échappa de sa pauvre protégée et elle dut plaquer une main sur sa bouche pour la faire taire. Dans un chuchotement, elle l’enjoignit à ne plus faire ni mouvement, ni bruit.

Des pas les dépassèrent et d’autres coups de feu éclatèrent un peu plus loin. Elle vit tomber un soldat ennemi, non loin d’elles. Elle en conclut que son appel avait été entendu. Mais est-ce que ça suffirait ?

Elle rampa vers le soldat mort et sans même lui jeter un regard, tira à elle sa mitraillette. Elle fouilla ensuite rapidement ses poches et en sortit trois chargeurs qu’elle fourra dans les siennes.

Puis elle rejoignit Genshenka qui était d’une pâleur fantomatique et avait les yeux clos. Pleine d’appréhension, elle la secoua. Presque immédiatement une main se tendit et la saisit au cou. Alexia n’eut pas trop de mal à s’en dégager et se penchant sur elle la rassura. Après quelques secondes, son regard perdit son air vague et se fixa sur elle. Elle ouvrit quelques unes de ses poches et en sortit le nécessaire pour stopper les hémorragies.

Elle retourna alors Genshenka, sans aucune des précautions habituelle, et déchira rapidement son vêtement à hauteur des plaies. Elle grimaça un peu en les voyant vraiment, puis appliqua désinfectant et compresses et la remit sur le dos. Enfin, elle lui fit avaler un médicament sensé épaissir son sang et ralentir l’écoulement.

- Reste sur le dos, ça appuiera sur tes plaies et contribuera à stopper la perte de sang. 

Genshenka acquiesça faiblement et Alexia eut un instant de remord, qu’elle chassa vite. Ce n’était pas le moment. Elle prit quand même le temps de faire une chose qui allégea sa conscience.

- Merci, lui souffla-t-elle près de son oreille.

Genshenka cligna des yeux sans la quitter du regard.

- Je dois aller voir si Meris est encore en vie, lui dit-elle ensuite. Ne bouge pas ! intima-t-elle avec tout ce qu’elle put trouver de menaçant en elle. J’en ai pour deux minutes.

Genshenka fit mine de protester et s’agita.

- Genshenka, gronda-t-elle. Je sais que Tia t’a dit de me protéger, mais là, tu me mets en danger à t’obstiner de la sorte. Et tu sais combien elle déteste qu’on me mette en danger.

La menace agit comme un calmant surpuissant. Lui expliquer combien risquer sa vie en se relevant était stupide et vain et combien cela la faisait se sentir coupable n’aurait servi à rien. Sur Genshenka, seule les paroles de Tia et de Linya semblaient fonctionner. C’était étonnant quand même, ce revirement soudain. De pire ennemie Tia était devenue modèle et mentor.

Sa compagne lui avait expliqué que Genshenka voulait prouver sa valeur et les convaincre qu’elle avait changé.

Pour les autres elle ne savait pas, mais en ce qui la concernait c’était chose faite !

 

************************************

 

Après plusieurs minutes d’un combat acharné, Tia et Sassem se séparèrent. Elle avait l’impression que cela faisait une éternité qu’elle lui faisait face et rendait coup pour coup. Après un moment, où profitant de sa surprise, elle l’avait dominé, il avait fini par se reprendre et depuis le statu quo perdurait.

Elle avait au moins deux côtes de fracturés et sa mâchoire était si douloureuse que c’était un miracle qu’elle ne soit pas déboitée. Elle avait mal aux mains à force de cogner et regrettait de ne pas avoir accepté les protections proposées plus tôt.

Elle fixa le visage malmené de son ennemi et retrouva un semblant de calme. Il avait le nez brisé, un œil enflé et des bleus sur le torse et le dos. Il la fixait avec hargne et cela la fit sourire. « Alors c’est moins facile que prévu on dirait ? » songea-t-elle railleuse.

Tout à coup, alors qu’elle allait de nouveau passer à l’attaque, un garde surgit sur sa droite et elle fit un bond de côté, s’éloignant de lui mais gardant toujours Sassem en vue.

Avait-il changé d’avis ? Ou bien avait-elle cru qu’il voulait un duel ? S’était-elle trompée ?

- Monsieur, fit le garde en s’inclinant rapidement sous les yeux stupéfait de Tia, je m’excuse de vous déranger, mais le camp est attaqué et nous sommes en train de perdre. Nous devons vous évacuer !

Sassem darda un regard noir sur la mercenaire. Curieusement, elle se sentit honteuse. Elle n’avait pas respecté les règles et il le savait. Puis elle se secoua. « Mais qu’est-ce qui me prend ? Jouer selon ses règles ? Et puis quoi encore ?! » Sassem était un monstre, elle n’avait pas à s’en vouloir de ne pas être loyale. C’était quand même effrayant de voir combien il avait encore de l'influence sur elle.

- Dégagez ! fit-il sans regarder le garde.

- Mais… monsieur, bredouilla l’homme, la situation…

- Mon combat n’est pas terminé, articula-t-il avec un calme trompeur. Je ne partirai pas tant que ce ne sera pas le cas. Quand à vous, débrouillez-vous pour les retenir.

- Qu… comment ?

- Sortez les tanks abrutis !

L’homme se mit au garde à vous en sursautant et se rua au dehors, non sans jeter un coup d’œil haineux à la mercenaire au passage. Tia sentit l’appréhension la gagner. Des tanks ?! Ça n’était pas prévu ! Elle rebrancha son micro et chuchota en grec, à l’attention de tous ceux qui écoutaient.

- Tanks en approche, je répète Tanks en approche.

Elle reçut la confirmation par quelques soldats qu'elle avait été entendue, puis le chef d’unité et Conception le firent aussi et elle soupira de soulagement. Et leur dit de contacter le QG, Frédéric saurait comment réagir. Conception en profita pour lui dire que l’opération spéciale avait été un succès.

- Ok. Alors récupère Lex et dégagez. Toi et la garde A, rejoignez l’équipe de récupération et éloignez-vous.

- Bien reçu.

Elle coupa le micro et une douleur fulgurante traversa son crâne. Elle se retrouva au sol, Sassem la dominant de sa haute taille. Comment avait-il fait ? Durant toute la communication, elle ne l’avait pas quitté des yeux !

- Tu me sous-estimes She-wolf, tu veux que je me sente insulté ? fit-il d’une voix doucereuse.

Elle roula en arrière et se remit sur ses pieds, juste à temps pour parer une attaque. Elle se baissa et passant sous sa garde envoya son poing en avant. Elle toucha son plexus l’obligeant à se plier en deux, le souffle coupé. Attrapa sa tête, elle enchaîna avec un coup de genou, qu’il para en plaçant ses mains en protection.

Il se laissa ensuite tomber au sol et entoura ses jambes de ses bras au moment où elle reposait son pied, et, il resserra brusquement son étreinte en poussant vers l’avant, lui faisant perdre l’équilibre. Elle se retrouva sur le dos, Sassem accroché à ses jambes. Il leva la tête vers elle et lui fit un sourire torve.

- Comme au bon vieux temps… murmura-t-il en rampant sur elle.

La panique la prit et elle se dégagea sans beaucoup de grâce, guidée par la peur et rien d’autre. Une fois debout, loin de lui, elle reprit son souffle et se força à reprendre son calme. Il se releva en souriant. Il leva la main et lui montra ce qu’il avait attrapé, son sourire se transformant en grimace de colère.

- Tu m’as pris pour un idiot, chérie ? Tu cherches à me vexer, c’est ça ?

Tia pinça les lèvres. « Merde ! J’ai laissé la peur me distraire et voilà le résultat ! ». Sassem avait récupéré son micro. Une erreur tactique importante. Au moins, elle avait toujours son récepteur, tenta-t-elle de se consoler.

 

************************************

 

Alexia arriva près de Meris et soupira de soulagement. La jeune femme était vivante, consciente et elle n’avait qu’une blessure légère à l’épaule. Enfin, légère… si elle pouvait arrêter l’écoulement sanguin et empêcher l’infection. Ou trouver un hôpital qui ferait tout ça pour elle. Elle retira la main de Meris de son épaule, en lui intimant de rester silencieuse et vérifia rapidement l’état de sa plaie.

Elle posa ensuite plusieurs compresses dessus et reposa la main de Meris.

- Appuie très fort et suis-moi, chuchota-t-elle. On doit rejoindre Genshenka.

Meris acquiesça en grimaçant et se redressa. Courbée et utilisant tous les arbres et plants épais pour se cacher, elles parvinrent à revenir vers Genshenka sans se faire repérer ni se faire toucher par une balle perdue.

Alexia installa Meris non loin d’elle et se tourna vers la jeune femme allongée. Sa pâleur avait atteint un point si critique qu’elle n’avait déjà plus l’air présente. L’angoisse l’étreignant, elle la secoua doucement en l’appelant, mais la blessée ne réagit pas. Merde ! Elle avait perdu connaissance. Si on ne la sortait pas rapidement de là, elle allait y rester !

Elle entendit le bruit caractéristique d’une mitraillette que l’on arme et relevant les yeux en même temps que sa propre arme, elle vit qu’un soldat les avait repérées, il tourna brièvement la tête pour avertir ses collègues. Manifestement, il n’avait pas vu qu’elle était armée et à son jeune âge elle devina que c’était un des élèves. Il était encore novice.

Avec un sentiment de trahison intense et déchirant, elle visa le garçon et tira. Il reçut une rafale qui l’éventra et Alexia reçut une giclée de sang en plein visage. Elle se baissa, protégeant Genshenka et Meris de son corps, alors que le garçon se crispait et tirait droit devant lui. Il s’effondra sur le dos et s’agita en gargouillant.

Il posa son regard étonné et douloureux sur elle et elle vit, sans pouvoir détourner les yeux, la vie le quitter. Lorsque ses yeux se voilèrent définitivement, elle retint un sanglot. Elle venait de tuer un gosse. Un être à l’image de sa compagne à l’époque. Peut-être aussi innocent et perdu qu’elle.

Elle se mordit la lèvre et repoussa l’horreur de son geste au fond d’elle. Un autre jour elle y penserait et se lamenterait. Pour l’heure, elle devait s’occuper des deux blessées et se renseigner sur le déroulement de la bataille.

Elle se redressa vivement et regarda autour d’elle. Son estomac se serra. Elles étaient encerclées. Complètement submergées par le nombre de soldats surgis de nulle part. Elle balança une rafale devant elle et se mit ensuite à couvert lorsque la réplique retentit de toute part.

Elle se recroquevilla et poussa Meris à plat ventre. Elles étaient perdues… Aucune chance d’en réchapper, ils étaient beaucoup trop nombreux.

Soudain, au milieu de ses pensées défaitistes, des coups de feux éclatèrent autour d’elle et échangeant un regard avec Meris, elle reconnut le bruit caractéristique des armes de leurs équipes. « Les renforts ! ». Son cœur bondit de joie et d’espoir et elle attendit que le bruit cesse et que le silence retombe avant de se redresser avec précaution.

Conception surgit devant elle, manquant lui faire avoir une crise cardiaque. Elle finit sur les fesses et la femme se pencha sur elle.

- Tout va bien ? demanda-t-elle inquiète.

- Oui, fit-elle en acceptant sa main pour se relever. Enfin, Genshenka doit être évacuée au plus vite et Meris est blessée aussi.

Conception hocha la tête et appela deux de ses soldats pour qu’ils s’occupent d’elles, puis entraîna Alexia avec elle.

- Il faut qu’on évacue, Tia nous a dit que des Tanks arrivaient.

- Elle va bien ? s’enquit-elle vivement.

- Oui, ça avait l’air en tout cas. Tu as entendu ce que j’ai dit ?

- Tia est en chemin ?

- Aucune idée.

- Alors je ne pars pas. Tu crois qu’il y a d’autres équipes en manœuvre ? J’ai pas envie d’être à nouveau prise en tenaille.

- J’ai envoyé deux personnes s’en assurer. Mais Alexia tu ne peux pas rester.

- Je ne partirai pas sans Tia, alors économise ta salive.

- Tu ne resteras pas ici, jeune fille ! tonna une voix familière.

Alexia se retourna et posa un regard stupéfait sur l’homme qui venait de parler, son père.

 

Chapitre 5 :

 

Tia se releva et se jeta sur le côté dans le même mouvement. Elle roula, se redressa et sans même jeter un œil derrière elle, balança son pied en hauteur. Elle atteignit la mâchoire de Sassem et apprécia la sensation d’éjection qu’elle provoqua.

Elle lui fit face et s’élança vers lui. Il lança son poing vers son ventre et elle l’évita d’un pas sur le côté sans même ralentir. Elle baissa la tête et utilisant son élan et ses mains, projeta son adversaire au loin, le faisant décoller du sol.

Tia sourit et s’arrêta, laissant à son cœur le temps de retrouver un rythme normal. Elle essuya la sueur qui s’écoulait sur ses joues et attendit. Sassem se releva rapidement en grimaçant. Il se campa solidement sur ses jambes et lui jetant un regard rageur, réfléchit à sa prochaine attaque.

Il était bon. Probablement bien meilleur que dans son enfance. Tia le reconnaissait volontiers. Pourtant, et cette constatation l’emplissait de joie, il n’était pas aussi bon qu’elle. Et il était en train de s’en rendre compte.

Cependant elle ne devait pas se déconcentrer ou perdre de vue son objectif. Il avait réussi à placer de bons coups et elle était loin d’être au meilleure de sa forme. En clair, elle ne devait pas se relâcher. Il profiterait de sa moindre faiblesse, elle le savait.

Elle ne devait pas le laisser réfléchir, sa supériorité physique n’étant plus d’actualité, il était certain qu’il allait essayer de raviver ses souvenirs, histoire de la déstabiliser. Elle s’élança donc et d’un bond puissant et aérien, se jeta sur lui, pied en avant, dans un mouvement digne des plus grands karatékas.

Il eut le temps de la voir arriver et de s’écarter. Et avant qu’elle ne touche à nouveau le sol, il la surprit en attrapant sa jambe et en utilisant son élan à elle pour la jeter au loin. Complètement prise au dépourvu elle vit le mur se rapprocher et elle se prépara à l’impact.

« Bon sang, ça va faire mal », se dit-elle en se fixant comme objectif de ne pas se briser d’os et de rester, si possible, consciente.

 

***********************************

 

- Papa ?

Alexia n’en revenait pas. C’était le dernier endroit sur terre où elle pensait le retrouver !

- Que… ?

- Sassem l’a enlevé il y a deux jours, environ. Tia nous avait assigné comme mission de le délivrer, expliqua Conception. C’est chose faite, alors maintenant on dégage, fit-elle en lui prenant le bras.

Alexia se dégagea d’un mouvement brusque. Puis secoua la tête, incrédule. Tia savait… et elle n’avait rien dit ?! Pire, elle avait tout organisé dans son dos ! Elle releva la tête, une flambée de colère illuminant son regard et le plongea dans celui de Conception, qui ne broncha pas.

- Tu savais, gronda-t-elle menaçante, et tu n’as rien dit !

- A quoi ça t’aurait avancé ? Tu aurais paniqué, te serais posée plein de questions et au final tu aurais été une gêne, plus qu’autre chose.

La chef de la milice leva une main.

- Je ne dis pas ça pour remettre en cause tes capacités, mais lorsque la famille est en jeu et que le combat devient personnel, rien ne garantie plus notre capacité à voir clairement les choses. On n’avait ni le temps, ni l’énergie nécessaire pour te convaincre de nous laisser gérer tout ça nous même.

- Alors vous avez menti, dit-elle implacable.

- Oui. Et ça a marché. Alors maintenant on y va, sinon tout ceci n’aura servi à rien. Alexia, ajouta-t-elle précipitamment en montrant son père de la main, c’est un civil. On ne peut pas le laisser plus longtemps que nécessaire au milieu des combats. Des tanks arrivent et…

Conception leva la tête. Un grondement grave et puissant s’éleva soudain.

- Ils sont là. On n'a plus le temps, reprit la militaire en lui saisissant le bras.

Encore une fois Alexia se dégagea.

- Bon sang, grogna la femme en colère. Je sais, dit-elle tout haut, que tu veux attendre Tia, mais ça n’est pas possible. Et elle sait ce qu’elle fait, alors cesse de t’inquiéter !

Alexia n’était pas inquiète, elle était bouillonnante de colère ! Elle ne parvenait pas à croire que Tia ait pu lui mentir ! Et sur un truc aussi important qui plus était ! Elle regarda son père et son expression fatigué, sa barbe de plusieurs jours et ses habits froissés et tâchés la firent revenir à la réalité. Il avait été enlevé par Sassem. Ce monstre assoiffé de sang.

Elle fit un pas vers lui et demanda, inquiète :

- Tu vas bien ?

Son expression sévère s’adoucit alors qu’il la voyait si soucieuse et il lui sourit.

- Ça va. Ça n’a pas été trop méchant. Juste… fatiguant.

Elle hocha la tête. Elle ne voyait aucune blessure. Ils avaient eu de la chance, et elle le savait. Elle se retourna vers Conception.

- Tu as raison. On ne peut pas rester là, d’autant que Genshenka et Meris ont besoin de soins.

La femme acquiesça, soulagée.

- Allez-y.

Conception fronça les sourcils, pas très sûre d’avoir saisi.

- Tu ne viens pas ?

Alexia secoua la tête. Même si elle était en colère contre la mercenaire, elle ne pouvait pas l’abandonner derrière elle. C’était au dessus de ses forces.

- Tu l’as dit toi-même. Lorsque les choses deviennent personnelles, rien ne permet de rester objectif. Et pour Tia, Sassem est une affaire personnelle.

Sans plus argumenter, elle tourna les talons et s’enfonça dans la forêt, sans écouter son père qu’un soldat avait été obligé de saisir pour l’empêcher de la rejoindre. Conception jura et donna des ordres à son second, puis s’élança sur ses traces.

Elle la rattrapa pile au moment où surgissait un tank devant elles. Elles se figèrent sur place, et alors que le canon de l’engin s’orientait dans leur direction, elles se mirent à courir. Aussi vite et aussi loin que possible.

 

*****************************

 

Tia avait eu de la chance. Elle avait heurté le mur avec une violence suffisante pour lui briser la nuque mais, elle avait réussi à se tourner assez pour présenter son épaule en premier. Elle tomba sur le sol blanc avec un cri de douleur impossible à retenir. A peine à terre, elle roula sur le côté et se recroquevilla en position fœtal.

Elle jeta un œil à son épaule et l’affreuse déformation confirma son diagnostic. Elle avait une épaule déboitée. Elle dut refermer bien vite les yeux quand le soleil se déversant à flot des trois murs en verre, lui apprit qu’elle avait aussi perdu ses lunettes.

Elle entendit Sassem ricaner quand il comprit qu’il avait repris l’avantage. « Une putain de fraction de seconde… ! Merde ! ». Une main soutenant son épaule blessée, sans rouvrir les yeux, elle s’adossa rapidement au mur et à l’aide de ses jambes, se redressa. Elle rouvrit les yeux en les plissant au maximum et vit qu’il arrivait.

Les larmes inondant son regard, elle se retourna et fit face au mur opaque. Cela soulagea instantanément ses yeux. Son cerveau tourna à cent à l’heure. Priorité numéro une : remettre son épaule en place. Numéro deux : trouver ses lunettes. Numéro 3 : mettre fin à ce combat. Elle ne tiendrait plus très longtemps.

Elle sentit que Sassem se trouvait juste derrière elle et une inspiration subite la poussa à se retourner et à se jeter de toutes ses forces sur lui en criant. Ou plus précisément, son épaule. La force de l’impact déplaça son épaule et projeta son adversaire au sol.

Elle grimaça et des flots de larmes coulèrent. Elle cligna furieusement des yeux et, sans prendre la peine de plus réfléchir, se retourna à nouveau et se jeta contre le mur. Son épaule émit un bruit distinct d’os qui frottent l'un contre l'autre et elle crut s’évanouir tant la sensation était écœurante.

Elle lutta contre elle-même et s’affala sur le sol. Son épaule était à nouveau en place, mais ses yeux la brûlaient tant qu’elle doutait de pouvoir seulement les rouvrir un jour. Et elle n’avait même pas repéré ses lunettes…

Les larmes coulant sur ses joues et épuisée autant à cause de la douleur qu’à cause de la pression qu’elle se mettait depuis qu’elle avait remis le pied ici, elle n’avait plus la force de se relever. Aussi, quand Sassem la saisit d’une main et la releva, elle se laissa faire.

- Alors petite fille, susurra-t-il à un souffle d’elle. On abandonne ?

La phrase rituelle la replongea dans le passé. On abandonne… ce qui se passait après… « Non, jamais plus ! » se dit-elle dans un sursaut de colère et de panique. Elle se dégagea en le repoussant, puis ouvrant grand les yeux, repoussa au loin la souffrance et balança un uppercut qui fit basculer sa tête en arrière.

Il n’eut pas le temps de réagir que déjà elle enchaînait avec plusieurs coups dans l’estomac. Retrouvant ses réflexes, Tia exécuta une partie d’un de ses katas préférés : Jion. Elle termina son enchaînement par une clé qui immobilisa Sassem tout contre elle. A moitié sonné, il se retrouva avec les bras bloqué, la mercenaire juste dans son dos. Pour ne pas prendre de risque, Tia donna un petit coup derrière ses genoux et il tomba à terre. Sans relâcher sa position, la mercenaire le suivit dans sa chute et ils se retrouvèrent à genoux, la grande femme enserrant fermement ses jambes.

Sassem ne pouvait plus bouger. Il avait perdu. Elle sourit et murmura :

- Vous abandonnez, ô grand maître ? railla-t-elle.

Elle le sentit se tendre quand il comprit qu’il ne se dégagerait pas. Tia n’avait qu’à changer sa prise, d’un rapide mouvement du corps, et il se retrouverait avec deux bras puissant entourant son cou. Il poussa un hurlement de rage impuissant et la grande femme ricana.

Enfin, songea-t-elle, enfin… elle était libre ! Elle l’avait vaincue, elle était plus forte que lui et elle n’avait même pas eu besoin de le tuer pour ça ! Il ne la dominait plus, ne serait plus jamais le monstre de ces cauchemars…

Tout à sa joie, elle ne sentit pas le garde s’approcher. Par contre la douleur qui explosa dans son crâne, elle ne la manqua pas. Pas plus que le voile noir qui s’abattit soudain devant ses yeux.

La dernière chose qu’elle perçut fut le corps soudain libre de toute entrave de son pire ennemi.

 

*******************************

 

La première explosion se produisit à peine à quelques pas d’elles et Conception se jeta sur sa compagne pour la protéger. Dès que les débris de terre, de roches et d’arbres retombèrent, elles se relevèrent et poursuivirent leur course folle.

- Il faut qu’on trouve un abri ! hurla la chef de la milice.

Alexia acquiesça en zigzaguant. Une nouvelle explosion retentit et elles furent, cette fois, rejetées un peu plus loin. La petite blonde se releva presque immédiatement en grimaçant, l’atterrissage avait été rude, et tirant sa compagne, elle s’élança en direction d’un enchevêtrement de lianes, qui à défaut de les protéger, les cacherait au moins aux yeux de leur poursuivant.

Au moment où elle passait le mur végétal, des rafales éclatèrent derrière elles et Alexia comprit que le tank n’était plus leur seule préoccupation. Elle réfléchit à toute vitesse et eut une soudaine illumination.

- Allons vers le camp ! cria-t-elle à sa collègue. Plus on s’y enfoncera, moins ils oseront tirer. Trop de risque de tuer un de leur chef !

- Et après ?! Tu crois que leurs collègues vont gentiment nous laisser passer ?!

- Oui ! Avec le renfort des tanks, ils ne s’attendent pas à ce qu’on se jette directement dans leurs jambes ! Le temps qu’ils réagissent, on aura repéré la résidence de Sassem et avec un peu de chance, on sera trop près d’elle pour qu’ils osent tirer ! On n’aura pas plus qu’à y entrer et à trouver Tia !

C’était complètement dingue ! Et pourtant… c’était suffisamment fou pour réussir. « Et, admit la militaire, c’était leur seule chance… »

 

************************************

 

- Bordel, mais vous allez me laisser leur parler oui ! cria Frédéric à bout. Vous avez entendu, non ?! Il me demande personnellement ! C’est un ordre de Tia !

Le grand ponte de la Cia le toisa avec mépris.

- Ce n’est pas elle qui décide, articula-t-il soigneusement.

- Bien sûr que si ! contra le Russe. C’est elle qui à tout mis en place, abruti !

- Elle n’est pas ici, déclara l’homme imperturbable. De plus, il y a un opérateur pour l’Amérique du Sud. Il est parfaitement qualifié pour répondre à cette demande.

- Ah ouais ? railla la montagne. Vous connaissez les tanks de Sassem ? Leur modification particulière ? Vous croyez qu’il suffit de faire explosez les rails pour les mettre hors course ?

Un instant, l’homme eut l’air déstabilisé, puis il haussa les épaules et l’ignorant délibérément, il ordonna à l’opérateur de s’en occuper. Celui-ci lui jeta un regard d’excuse et commença à donner ses instructions. Frédéric fulminait sur place.

Il fixa un moment le grand ponte qui se prenait pour dieu et se jura que dès le dernier coup de feu donné, il cognerait sur ce type jusqu’à ce que celui-ci le supplie d’arrêter. Et si Tia et Alexia avaient eu des problèmes par sa faute… il pouvait numéroter ses abattis.

Il entendit la nervosité dans la voix de l’opérateur et comprit que ça ne se passait pas comme il l’avait espéré. Sans perdre une seconde, il le rejoignit, abandonnant son poste sans hésiter et tapa sur l’épaule du pauvre homme.

Celui-ci tourna un regard anxieux vers lui et le soulagement remplaça l’angoisse lorsqu’il le reconnut. Il lui demanda un résumé de la situation et l’homme lui fit un compte rendu de la situation sur place. Jusqu’à l’arrivée des tanks, ils avaient tout eu bien en main. Mais depuis, ça ressemblais fort à sauve-qui-peut, et chacun pour soi.

Il allait lui expliquer quoi faire, quand une main s’abattit sur son épaule. Une voix furieuse et reconnaissable entre mille, cria :

- Mais pour qui vous vous prenez, nom de dieu ?! Vous ne savez pas obéir à un ordre ?! Retournez à votre place !

Frédéric se retourna calmement vers le grand crétin de la Cia et lui répondit :

- Je n’ai aucun ordre à recevoir de vous.

- A votre place ! Ou je vous relève de vos fonctions ! hurla-t-il tout près de son visage, se tenant sur la pointe des pieds.

- Je n’ai ni la patience, ni l’envie d’entrer dans une joute orale.

Sur ce, il lui balança son poing massif dans la figure et l’homme s’écroula, inanimé. Un silence choqué suivit, que Frédéric ignora. Se retournant vers l’opérateur, il lui expliqua ce qu’il devait dire et faire et attendit que les consignes soient passées, avant de rejoindre son poste. Il n’avait aucun moyen de savoir si Tia allait bien, la communication avait apparemment été coupée et Alexia était en pleine de zone de combat, la contacter maintenant pouvait être une distraction dangereuse. Elle était vivante et le point jaune symbolisant Tia était toujours sur l’écran, ce n’était pas une garantie suffisante, mais il devrait s’en contenter.

- Tenez-moi au courant, lui dit-il en se rasseyant devant sa console.

Lentement, chacun revint à ses tâches personnelles sans que personne ne se précipite vers l’homme inconscient. Ils avaient tous bien trop à faire.

 

************************************

 

Tia reprit lentement conscience de son corps. Tout d’abord, une douleur atroce pulsa sous son crâne et celle qui frappa derrière ses yeux une milliseconde plus tard ne l'aida pas vraiment à l'oublier ! « Bon sang ! Qu’est-ce que… ? Où suis-je ? » La souffrance qui sourdait de son épaule et de ses côtes, la mit sur la voie, mais ce furent les mains dures qui se baladaient sur son corps qui la ramena brutalement au temps présent.

Elle ouvrit les yeux en sursautant, tant à cause de la douleur qui explosa dans ses yeux, l’éblouissant violemment, que par l’image qu’elle avait perçue juste avant. Sassem. Sur elle. «  Oh dieu, non ! ».

Elle voulut le repousser, mais la faiblesse générale de son corps épuisé, associé au poids de son bourreau, la cloua sur place. Elle gémit et cela le fit rire. Il approcha son visage du sien et chuchota :

- Tu es si contente de me voir, chérie ? Je te comprends.

Puis il l’embrassa, écrasant ses lèvres sous les siennes. Elle s’agita et il attira sa tête à lui, la maintenant fermement dans cette position. Il introduisit sa langue dans sa bouche, en pinçant les nerfs de sa mâchoire pour l’obliger à ouvrir la bouche.

Tia dut se retenir de vomir quand sa langue dure et exigeante explora l’intérieur de sa bouche. Il posa une main sur le haut de sa cuisse et tirant brutalement, lui souleva la jambe, se plaçant ainsi sur son entrejambe.

La panique de la jeune femme se mua en terreur quand la sensation de son bassin se frottant contre son sexe, se mêla à ses souvenirs.

Des râles, des grognements sourds et le déchirement, la brûlure intérieure que jamais rien ne pourrait lui faire oublier, quelque soit le temps qu’elle vivrait, la submergèrent à nouveau. Elle ne voulait pas revivre ça… elle ne pouvait pas…

Dans un effort permis par l’adrénaline qui se rua soudain dans ses veines, Tia repoussa le corps lourd de son agresseur et roula sur le côté pour mettre le maximum de distance entre eux.

Il grogna de frustration et se releva rapidement. Étant donnée son incapacité à rouvrir les yeux, Tia ne put l’éviter lorsqu’il se jeta sur elle, la plaquant contre le mur. Elle essaya de retenir le cri de terreur qui montait en elle, mais n’y parvint pas.

Il tourna son visage vers lui et réintroduisit sa langue en elle. Il aimait cette sensation. Utilisant son corps comme un bélier, il la pressa contre le mur, l’empêchant de bouger et monta une main à l’assaut de son sein gauche qu’il malaxa durement pendant que son autre main descendait vers le sexe tant espéré.

Lorsque la main rude pressa brutalement son sexe, elle sursauta et se débattit avec la rage du désespoir. Si seulement, elle pouvait ouvrir les yeux !

- Monsieur ! cria une voix inconnue.

Sassem se retourna vers l’inconnu avec colère.

- Quoi ?! brailla-t-il tellement sûr de son ascendant sur la mercenaire qu’il lui tourna le dos, se contentant de la retenir par le bras.

C’était sa chance. Tia ouvrit précautionneusement les yeux. Aussitôt les larmes et la douleur affluèrent, mais elle persista et réussit à distinguer son environnement. Ses lunettes étaient à l’autre bout de la pièce. Beaucoup trop loin. Et de toute façon, vu l’état de ses yeux, elle n’était pas sûre que cela servirait à grand-chose. Elle tourna le visage vers l’immense baie vitrée en face d’elle.

- Nous sommes attaqués !

- Je le savais déjà, merci ! Pauvre crétin, fit-il en se tournant de nouveau vers sa proie.

- Non, monsieur, vous ne comprenez pas. Toutes nos bases dans le monde le sont. Tous vos généraux, vos lieutenants, vos alliés… toute l’organisation subit une attaque en règle !

- Quoi ?! s’écria Sassem consterné en revenant à son subordonné.

Deux autres soldats surgirent dans la salle et il fit un pas vers le premier. Se faisant, il lâcha la mercenaire qui n’attendait que cette occasion. Elle s’élança et repoussa Sassem, en le projetant sur le soldat et elle en profita pour attraper l’arme que l’homme avait lâché pour rattraper son maître. Sans perdre une seconde, elle leva son revolver et tira.

La baie vitrée se fendilla mais ne céda pas. Tout en courant vers elle, Tia renouvela ses tirs, jusqu’à ce qu’enfin, la vitre cède. Elle se jeta dans l’ouverture ainsi créée et atterrit au dehors. Elle roula, se releva et sans se préoccuper du soleil qui brûlait ses rétines, elle s’élança vers la jungle. Elle était sa seule chance.

 

FIN PARTIE IX

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19 septembre 2009

Sassem, partie VIII - D

 

Chapitre 7 :

 

La journée de sa passa exactement comme elle le craignait. Du bruit, du bruit et encore du bruit. Partout où elle posait son regard, des enfants couraient, sautaient, criaient. Il n’y avait pas un endroit du domaine qui ne soit envahi.

Alexia secoua la tête en cherchant sa compagne du regard. Elle avait toujours eu beaucoup d’affection pour les enfants. Leurs petites mains, leurs petits pieds et leurs grands sourires, plus grand qu’eux-mêmes, avaient toujours fait résonner quelque chose en elle. Elle aimait leur curiosité insatiable, leur franchise brutale et leur enthousiasme pour tout, même la chose la plus insignifiante. Mais dès qu’ils étaient en groupe, l’affection se muait en aversion.

Elle n’aimait pas leur agitation perpétuelle et le bruit qu’ils faisaient immanquablement lorsqu'ils étaient ensemble. Etaient-ils donc incapable de se tenir tranquilles ?! Même assis ils généraient plus de bruit qu’un troupeau d’oie sauvage !

Elle soupira en se disant qu’au moins ça ne durerait que deux jours. Enfin, elle repéra Tia un peu plus loin, accoudée à la rambarde entourant un des terrains où paissaient tranquillement les alezans du domaine. Elle la rejoignit et se hissa sur la barrière, s’asseyant dos aux enfants, les yeux rivés sur le visage de la mercenaire.

En la voyant la saluer d’un sourire, Alexia regretta une fois de plus de ne pas pouvoir croiser son regard. A part la nuit où elle pouvait sans risque les retirer, Tia n'enlevait pas ses lunettes sombres et ses yeux bleus lui manquaient, ainsi que ce qu’elle y lisait. Sans ce soutien, elle avait parfois du mal à être sûre de ce que pensait son amie, ou ce qu’elle ressentait. Tia n’était pas bavarde et elle avait pris l’habitude de trouver ce dont elle avait besoin dans le bleu magnifique de son regard.

Elle soupira et fixa l’horizon.

- Il ne devait pas y en avoir autant à la base non ? fit-elle en faisant un geste vague dans son dos pour désigner les enfants.

Cette réflexion, accompagnée de son expression désabusée et contrariée, fit sourire la mercenaire.

- N’exagère pas, Lex. Ils ne sont pas tant.

Alexia tourna vivement la tête vers elle.

- Exagérer ?! s’insurgea-t-elle. On est tellement envahi que j’ai l’impression de vivre dans un village de nains !

Tia pencha la tête en arrière et éclata de rire.

- C’est pas drôle ! Je suis sérieuse Ti ! Ils sont quoi ? Des centaines… C’est… effrayant, finit-elle avec le regard empli de crainte.

L’hilarité de Tia redoubla de force. Elle dut bientôt lâcher la barrière et se tenir les côtes. Alexia la regarda faire, fâchée et croisa les bras, vexée.

- Je croyais que tu n’aimais pas le monde, dit-elle sèchement.

Tia reprit son souffle et lui répondit doucement :

- Se sont les amis de mes enfants. J’ai toujours eu envie de les connaître.

Alexia la dévisagea un moment puis haussa les épaules, acceptant sa défaite.

- Je parie que tu connais les prénoms de tout le monde, fit-elle avec un petit sourire.

Sa compagne ne répondit pas et elle l’observa. Elle avait un air si mélancolique, si plein de regret que son cœur ressentit une soudaine pression.

- C’est ainsi que les enfants doivent vivre, déclara la mercenaire des lambeaux de douleur dans la voix.

Alexia sauta de son perchoir et entoura le grand corps de son amie de ses bras. Tia était la plus forte d’elles deux. Physiquement. Mais Frédéric avait raison. Elle était fragile. Plus fragile qu’elle-même, aussi incroyable que cela paraisse. Elle avait une volonté puissante et un courage hors du commun, mais certaines choses n’avaient jamais guéries, la fragilisant et laissant la porte ouverte à la souffrance.

Sa compagne avait besoin de choses tangibles sur lesquelles accrocher sa détermination, afin de ne pas laisser sa douleur intérieure prendre le pas sur sa survie. Elle en avait toujours eu besoin. Si elle ne s’était pas effondrée après l’assassinat de sa famille, c’était grâce à Granpa. Si les horreurs qu’elle avait subies ne l’avaient pas détruite pendant son apprentissage à l’école, c’était grâce à Frédéric, puis Enyalios. Et si elle n’avait pas plongé dans la folie après le massacre de sa première milice, dont elle avait été la cause, c’était, elle en était persuadée, grâce à une personne qu’elle avait rencontrée dans sa seconde milice.

C’était elle, Alexia, qui l'avait maintenue en vie après son séjour en prison. Et si aujourd’hui elle avait besoin de ses enfants, d’images de leur joie et de leur innocence pour réussir à tenir lorsqu’elle serait face à son tortionnaire, alors elle ferait ce qu’il faudrait pour qu’elle en ait le plus possible.

Elle posa sa tête sur son épaule et contempla les enfants qui s’ébattaient joyeusement. Elle tenta de les voir comme elle pensait que Tia les voyaient. Elle distingua alors des êtres courageux, plein d’une joie de vivre intense. Ils étaient plus sages et solidaire que bien des adultes. Lorsque l’un d’eux tombait, un autre lui tendait une main secourable, et il n’y avait aucune hésitation, aucune fierté mal placée qui poussait l’enfant au sol à la refuser. Non, il la prenait et repartait jouer avec ses camarades.

Les rires étaient partagés, rarement méchant. Et lorsque cela arrivait, il y en avait toujours un pour s’élever contre cette méchanceté gratuite. Ils n’étaient jamais seuls.

Il fallait une grande force morale pour se relever quand personne ne vous y aidait. Pour courir derrière les autres, quand ils tentaient de vous semer. Les enfants, même accablés, trouvaient toujours une chose à laquelle s’accrocher pour pouvoir continuer. C’était de petits guerriers que leur soif de vie et de liberté poussait à ne jamais laisser tomber, à garder espoir, même lorsqu’ils n’en voyaient pas. C’était ainsi qu’avait dû être Tia.

A la seconde même où elle se fit cette réflexion, Alexia sut qu’elle ne verrait jamais plus les enfants comme avant. Oh bien sûr, tous les enfants ne correspondaient pas à cette description, il y avait des exceptions, des enfants plus faibles que d’autre. Mais même le plus faible d’entre eux, était, elle en était sûre, plus fort que n’importe quel adulte. Capable d’endurer plus, d’espérer plus longtemps. Les enfants étaient des petits lions qui n’abandonnaient pas sans s’être battu jusqu’au bout. Sans y avoir perdu leurs dernières forces.

C’étaient des êtres nobles qui méritaient plus que la condescendance que la plupart des gens leurs offraient.

Comme sa compagne.

 

******************************************

 

Après le dîner les jumeaux voulurent montrer leurs chevaux personnels à leurs amis et les entraînèrent vers les écuries. Tia les suivit avec un sourire, dispensant Frédéric de la garde.

Elle s’adossa au mur de la grange attenante, ne souhaitant pas les déranger par une surveillance trop rapprochée. Lizzie la rejoignit bientôt.

- Je voulais te remercier, fit-elle après un moment.

- De quoi ?

- De… d’avoir changé ma vie… de… m’avoir donné une… famille, déclara-t-elle en lui jetant un regard timide.

- Je n’y suis pour rien, répondit la mercenaire en reposant les yeux sur les enfants. Tu as conquis mon oncle et Trinity toute seule.

- Peut-être mais…

- Lizzie, la coupa la grande femme, tu n’as pas à me remercier.

- Mais je voulais le faire quand même.

La tranquille assurance avec laquelle elle dit cela, attira l’attention de sa compagne. Elle la dévisagea longuement et la jeune fille fit de même.

- J’aimerais qu’une fois, une seule, tu me regardes comme une femme et non comme l’enfant que tu crois avoir devant toi.

Tia ouvrit la bouche, surprise, mais ne sut pas quoi dire.

- Tu as deux ans de plus que ma fille seulement. C’est difficile pour moi de faire autrement. Mais… je suis désolée si ça te blesse, ce n’était pas le but.

- Je sais, répondit la jeune fille sans la quitter des yeux. Mais je suis amoureuse de toi et je ne veux pas que tu rabaisses cela à un béguin d’ado, sous prétexte que je n’ai que 16 ans. Oui, 16, parce que mon anniversaire était juste après que tu m’aies laissé à Katrina. Mais je sais que ça ne change rien pour toi.

La grande femme voulut lui répondre mais Lizzie leva la main, réclamant le droit de terminer.

- Ce n’est pas de la reconnaissance. Ni de l’admiration, même si je ne nie pas ressentir tout cela pour toi. Et comment pourrait-il en être autrement ? Mais lorsque je dis que je t’aime, c’est honnête, sincère et viscérale. Je ne suis plus une enfant depuis un bon moment déjà. Mieux que personne, tu sais que je suis loin d’en être une.

Tia devait admettre qu’elle avait raison. Lizzie était extrêmement mature. Mais elle était encore jeune et elle voulait véritablement lui offrir ce qu’elle-même n’avait pas pu avoir. Mais quelque part, c’était nier ce qu’elle avait vécu, et c’était injuste.

- Toi et moi, on est pareil, déclara brusquement l’ado qui n’en était plus une. Je te comprends mieux que personne… mieux qu’Alexia. Je ne dis pas ça pour vous faire du mal. J’aime beaucoup Alexia, mais… tu sais qu’elle ne comprendra jamais vraiment ce que ça fait que de tuer par vengeance et de se sentir remplie de cette toute-puissance mélangée de colère et d’un vide si grand qu’on a l’impression d’y être aspirée quand on comprend que ça n’a pas changé grand-chose à notre souffrance. Pourtant, si c’était à refaire, on le referait, pas vrai ? demanda-t-elle avec un sourire amer.

Tia hocha la tête sans rien dire. Non décidément, elle ne pouvait pas dire que Lizzie était une enfant. Elle la comprenait trop bien.

- Alors pourquoi, fit-elle en approchant vivement et en agrippant sa chemise, pourquoi ne me regardes-tu pas comme tu la regardes elle ?!

- Parce que je l’aime. Parce qu’au lieu de m’attirer dans le noir, elle me tire dans les rayons du soleil. Parce que même si elle ne comprendra jamais vraiment ce que j’ai vécu, elle partage avec moi chaque seconde de douleur. Parce qu’elle souhaite mon bonheur même à ses dépends. Parce que… tout simplement. Il n’y a pas de vraie raison. L’amour n’en a pas besoin. Il est… c’est tout.

Lizzie se mordit la lèvre avec colère.

- Je suis désolée.

Lizzie secoua la tête.

- Ne le sois pas. Tu n’y es pour rien et… je ne m’attendais pas vraiment à ce que tu partages mes sentiments.

- Tu as tord, fit-elle en posant sa main sur sa joue. Je t’aime beaucoup. Pas comme tu le souhaiterais. Mais ce que tu es, ce qui se passe dans ta vie, m’intéresse. Tu es une personne spéciale pour moi.

- Et si Alexia n’était pas là ? Si tu étais libre ?

- Si Lex n’était pas, je ne le serais pas non plus, répondit-elle dans un sourire doux, car vois-tu, elle est ma raison d’être. J’ai besoin d’elle pour exister.

- Aucune chance alors ? fit Lizzie déçue.

- Pas dans cette vie.

La jeune fille soupira puis se détourna et rejoignit l’intérieur du ranch. Juste avant de disparaître elle se retourna et cria :

- Dans la prochaine alors !

Tia sourit.

- Elle ne se laisse pas abattre, fit une voix à ses côtés.

La grande femme tourna la tête vers son maître et hocha la tête.

- Elle est courageuse, confirma-elle.

- Alors que dirais-tu de la laisser entrer dans notre petit clan ?

Tia leva un sourcil.

- La meute ?

- La meute.

- Et quel nom lui donnerais-tu ?

- Pourquoi ne la baptiserais-tu pas ?

- Parce que c’est au chef de meute de le faire.

- Je suis beaucoup trop vieux pour ça. Dans un défi c’est toi qui gagnerais et tu le sais, alors laisse-moi prendre ma retraite.

Tia accepta la demande d’un hochement de tête respectueux.

- D’ailleurs tu m’as donné un nom, non ? Qu’est-ce que c’est ?

- Ça remonte à loin, répondit-elle dans un sourire. Je ne pensais pas que tu étais au courant. Tu m’avais rebaptisé et moi je ne connaissais pas encore ton nom. Je voulais juste penser à toi différemment des autres, alors je t’ai choisi un nom.

- Qui est ?

- Silent Chief. Mais la plupart du temps, je pensais à toi juste comme Silent.

- Ça me plaît. Et pour la petite ? Que dirais-tu de simplement reprendre le nom qu’elle s’est elle-même choisi ? Il lui convient tout à fait.

- Oui, mais il est trop long. Un diminutif serait plus percutant. Comme… Shin. Ouais, Shin ça lui va comme un gant.

- Je trouve aussi. Tu vas lui dire ?

- Qu’elle fait partie de quelque chose d’autre que sa famille ? Non. Elle est jeune. Et si elle a partagé notre mode de vie, elle peut encore sortir de ce cycle de violence et s’adapter au fonctionnement de ce monde. Mais… si dans quelques années, je vois que ce n’est pas le cas, alors oui. Je lui en parlerai. Mais pas maintenant, elle a droit à sa chance.

- Tu étais plus jeune qu’elle lorsque je t’ai donné ton nom.

- Oui, mais j’étais déjà perdu. J’avais besoin de ça pour ne pas lâcher. Pas elle. Lorsque tu sais que tu fais partie d’un groupe, tu ne cherches pas à t’intégrer à un autre. Et elle doit s’intégrer à sa famille et… au reste.

Frédéric hocha la tête.

- Tu sais que ta compagne a demandé à entrer dans notre clan ?

Tia le regarda étonnée.

- J’ai refusé bien sûr. Ça ne t’ennuie pas, j’espère ?

- Non, répondit-elle en secouant la tête. Elle n’y a pas sa place, elle est bien trop pure pour ça. Mais comment as-tu fait pour la convaincre ?

- Je lui ai dit qu’elle était ce dont tu avais besoin pour en sortir. Une meute même peuplée, reste solitaire, à l’écart du monde, et elle, elle est en mesure de t’y ramener. De t’aider à t’y intégrer… dans une certaine mesure, bien entendu.

- Bien entendu, fit-elle avec un sourire.

Il lui rendit son sourire et partit rejoindre les jumeaux qui n’avaient rien trouvé de mieux à faire que de faire grimper leurs copains par trois sur le dos de ces pauvres chevaux.

 

**************************************

 

- Salut ! fit Alexia en se jetant dans ses bras.

Tia accueillit sa compagne en lui rendant son étreinte. Elle ne l’avait pas vu arrivée mais elle était bien contente de la voir.

- Salut.

- C’est une grange non ? fit-elle en pointant du doigt le mur sur lequel elle s’appuyait.

Tia hocha la tête.

- On pourrait peut-être y faire un tour ? déclara son amie avec un sourire coquin.

- On pourrait… répondit sa compagne en plongeant dans ses prunelles émeraudes.

Cependant elle ne fit pas un mouvement en direction de la porte.

- J’ai toujours aimé tes yeux, déclara-t-elle plutôt, depuis le premier jour. Je ne sais pas si c’est à cause de leur couleur si riche, ou à cause de ces petites paillettes d’or fondue qui me font toujours penser à des éclats de soleil perdus dans un océan d’herbe fraîche. Ce que je sais en revanche… c’est qu’à chaque fois que je m’y plonge, comme en cet instant, un écho résonne en moi et fait vibrer chaque parcelle de mon corps avec une intensité angoissante et j’entends : Enfin. Je t’ai tant attendue… Et je suis envahie d’une joie si brutale, qu’elle me donne envie de pleurer. Puis, aussi brutalement que la joie est arrivée, la culpabilité monte en moi et j’ai envie de te demander pardon d’avoir été si longue et je ne sais même pas pourquoi.

Alexia posa sa tête contre la poitrine de sa compagne et resserra son étreinte autour de son corps. Tia la sentit prendre une inspiration tremblante.

- Je ressens la même chose. Parfois quand je t’observe, tes traits me paraisse si familiers que mon cœur frappe un grand coup dans mes côtes et je suis submergée par une telle colère, une telle joie et une si grande tristesse que j’ai l’impression de devenir folle. Tout se mélange et se brouille en moi. Et je t’en veux de m’avoir laissée, sans que je comprenne d’où peut bien provenir une telle pensée et j’ai tellement envie de te toucher alors, pour m’assurer que tu es bien là et que tu ne t’en iras pas que je dois me mordre jusqu’au sang pour m’en empêcher. Parfois tu dors et je te regarde et je me dis : je n’ai jamais cessé de te chercher, jamais cessé de t’aimer et après tout ce temps à espérer en vain… tu es là. Et la joie se mêle à la peur atroce que tu disparaisses à nouveau. Qu’encore une fois, tu me laisses. Et je secoue la tête et je me demande d’où viennent toutes ces idées et ces sentiments.

Alexia releva la tête et chercha les yeux sous les lunettes miroirs.

- Je ne sais pas ce que c’est, mais savoir que tu partages ces bizarreries me rassure, fit-elle avec un sourire incertain.

- Peut-être qu’on se connaissait déjà ? fit la grande femme en lui retournant son sourire.

- Tu veux dire dans une autre vie ?

Tia acquiesça.

- Tu crois en la réincarnation ?

- En fait, non, répondit sa compagne avec un petit rire. C’est peut-être un élan de notre âme. Quelque chose qu’elle tente de nous dire ?

- Comme quoi ?

- Que c’est notre destin d’être liée l’une à l’autre ?

- Tu ne crois pas non plus à l’âme, hein ? fit son amie avec un sourire amusé.

Un petit rire lui répondit.

- Pas vraiment. Pourtant… je ne sais pas, des fois, j’ai l’impression d’être tellement liée à toi que… je ne sais pas… peut-être l’âme existe-elle finalement ? Peut-être qu’on s’est vraiment connu dans une autre vie ?

- On ne saura jamais vraiment d’où ça vient, hein ? fit Alexia avec un soupir découragé.

- Probablement pas. Mais à quoi bon se poser toutes ces questions ? On le ressent, ça nous lie encore plus et au final ça nous rapproche, alors pourquoi s’inquiéter ? Ces pensées, aussi perturbantes qu’elles soient… me remplissent d’un amour si profond pour toi…que je n’ai pas vraiment envie qu’elles disparaissent.

Alexia la considéra un petit moment.

- Aucune colère ?

- Aucune non.

- Moi oui. J’en ai. Beaucoup. Et de la peur aussi. Et je n’aime pas ça.

- Je suis désolée.

- Mais il y a aussi tout cette tendresse et cette joie. Quand ça arrive, c’est comme si je te retrouvais après une très longue absence et à chaque fois c’est aussi intense. Et ça… j’aime beaucoup.

Tia lui sourit puis posa pensivement son menton sur sa tête.

- Tu sais, chaque matin, quand je me réveille et que je te vois… j’ai envie systématiquement de te dire deux mots. Mais je ne le fais pas parce que j’ai peur de ta réaction. Et je me réveille complètement et comme toi, je me demande pourquoi.

- Quels sont ces mots ?

- Pardon et… Merci.

Alexia ne parut étrangement pas surprise, mais elle fronça les sourcils, son regard tourné vers l’intérieur.

- Tu sais… je crois que c’est ce que j’attendais que tu dises… parce que je sens la colère s’apaiser. Je ne sais pas ce que tu as fait de mal, mon amour, dit-elle avec un sourire joyeux, mais tu es pardonnée.

La mercenaire lui fit un grand sourire et ses yeux sous les lunettes pétillèrent de joie et de soulagement. Elles restèrent ainsi quelques instants.

- Maintenant je veux que tu me permettes de venir avec toi, Tia. Je sais l’effet que Sassem à sur toi et je sais aussi que tu as besoin de moi pour ne pas perdre pied là-bas. Je sais ce que tu vas dire, mais… je ne suis pas obligée d’être exactement avec toi, je pourrais rester avec les renforts que tu as prévu… si tu sais que je ne suis pas loin, tu… le sentiras et…

Elle soupira.

- J’en sais rien. J’ai juste besoin d’être là et je sais que tu en as besoin, ou en tout cas que tu en auras besoin aussi.

Tia l’étudia en réfléchissant. Après tout pourquoi pas ? Rien ne l’empêchait de mettre Karl sur le numéro 3 de l’organisation et en plus ça aurait l’avantage d’éloigner Lex des combats, ce qui la rassurerait. Et puis ça calmerait ses enfants aussi.

- Ok. Mais tu restes avec les renforts et on te trouve une garde personnelle. On pourrait demander à Linya. Il doit bien rester quelques filles qui n’ont pas été attribuées à une unité pour une raison ou une autre.

- Une garde personnelle ?!

Alexia était stupéfaite mais puisque Tia cédait enfin à sa demande elle n’allait pas la contrarier. Elle lui fit un grand sourire, puis planta un baiser sur sa bouche et dit :

- Adjugée, vendu ! Mais je veux être reliée à toi par radio.

- On verra.

Elle vit que sa compagne allait protester et posa ses doigts sur ses lèvres.

- Je ne suis pas certaine que se soit très sûr. Sassem a pas mal de détecteurs et de brouilleurs. Ça pourrait te stresser plus qu’autre chose de perdre le contact brutalement. Donc, on verra, ok ?

Au lieu de répondre, Alexia passa une langue chaude et humide sur les doigts qui couvraient ses lèvres et Tia déglutit. La vision de sa langue caressant si habilement son doigt…

- Euh… si ton idée de grange tiens toujours, on pourrait peut-être y aller…

Alexia engloutit l’index de son amante et la mercenaire gémit.

- Ok, plus de paroles ! déclara la grande femme précipitamment.

Elle attrapa sa compagne et la souleva pour se ruer vers la double-porte de la grange.

 

FIN PARTIE VIII

 

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Sassem, partie VIII - C

 

Chapitre 5 :

 

Tia refermait son ordinateur portable lorsque Frédéric entra dans sa chambre.

- Tu pourrais frapper avant d’entrer, lui lança-t-elle avec un sourire.

- Excuse-moi. Je savais que tu étais sur ton ordinateur, c’est Alexia qui me l’a dit, alors je savais que je ne te trouverais pas dans une position délicate. Mais promis, je ne recommencerais pas.

- Ça va, c’est rien.

- Tu as eu des nouvelles du dossier S ?

Tia hocha la tête.

- J’ai reçu une première estimation des troupes dont il dispose et quelques noms et lieux qui pourront servir de cible. D’ailleurs pour certains d’entre eux, je me demande s’il ne serait pas plus simple d’envoyer carrément des avions. Il me faut plus de renseignements, ce que j’ai commandé, mais sinon, ça avance et nos propres troupes commencent leur entraînement bientôt. D’après un des grands pontes, des nouveaux soldats nous rejoignent chaque jour. Du coup il faut que je contacte mes « amis » et que je les dirige sur les bases d’entraînement. Il faudra aussi que j’aille y faire moi-même un tour dans quelques semaines, pour choisir les meilleurs et en faire les chefs d’équipes et d’unité. Je pense que je vais attendre que les messagers de Lex soit prêts, comme ça on pourra aussi attribuer les messagers aux équipes. D’ailleurs j’aimerais que tu m’accompagnes pour ça. Tu as toujours eu l’instinct pour déceler les tempéraments de chef.

- Se sera avec plaisir.

- Et de ton côté, la caisse noir ?

- Nouveau don chaque semaine. De plus en plus conséquent. Pour l’instant cela suffit tout juste à couvrir les frais de transport, de nourriture et d’entraînement.

- Bon, alors il va falloir que je secoue le cocotier, comme on dit.

Ils se sourirent, puis elle se leva et étira son corps douloureux d’être resté aussi longtemps penché sur son ordinateur. Ensemble, ils se rendirent dans la cuisine où Alexia apprenait à Lizzie à faire des cookies.

- Si tu veux gagner le cœur de celle que tu convoites, tu dois d’abord, toucher son estomac, disait-elle à une jeune fille très attentive.

Tia s'aperçut que Lara, cachée dans l’embrasure de la porte du salon, écoutait aussi très attentivement les paroles de Lex.

- Ça n’est valable que pour les estomacs sur pattes, comme toi, lança-t-elle à son amie en riant.

Alexia releva des yeux pétillants de joie sur elle.

- Tu manges deux fois plus que moi, miss, dit-elle en pointant un index accusateur sur elle, alors pouet pouet !

- Pouet pouet ?! Tes réparties sont de plus en plus fines, mon cœur, déclara la mercenaire en l’attrapant par la taille pour l’embrasser avec fièvre.

Elle la relâcha ensuite, affectant de ne pas voir l’air rêveur de son amie, et ressortit de la cuisine en attrapant sa fille au passage.

- Si tu veux de vrais conseils en cuisine, Liz, tu sais où me trouver ! jeta-t-elle son éternel sourire arrogant accroché au visage.

Elle ajusta sa fille dans ses bras, qui enroula ses bras autour de son cou et ses jambes autour de sa taille et alors qu’elle se retournait pour franchir la porte, Lara regarda Alexia avec un air proche du triomphe.

Décidément ça ne s’arrangeait pas.

- Tu m’apprendras maman ? entendit Alexia alors qu’elles s’éloignaient.

- Elle t’aime vraiment pas, hein ? fit Lizzie en se tournant vers elle.

- C’était moi ou sa mère, j’imagine qu’il vaut mieux que se soit moi.

- Ouais, je comprends. Parfois, j’aimerais moi aussi avoir ce luxe.

Alexia la dévisagea un peu interloquée.

- Avoir quelqu’un à qui en vouloir, expliqua l’adolescente, c’est un luxe que tout le monde ne possède pas et qui est pourtant nécessaire dans l’exorcisme de nos colères. Mais bon, ce n’est pas toujours une bonne chose non plus. Ça peut devenir obsessionnel.

Alexia la dévisagea avec compassion.

- Si ça peut t’aider, je te donne l’autorisation de me prendre comme cible de temps en temps, dit-elle en posant une main sur son épaule.

Lizzie se tourna vers elle en souriant.

- Et tu me consoleras aussi ?

- Ça dépend de ce que tu attends de moi, répondit-elle en riant.

- Là tout de suite, je veux que tu m’apprennes comment on fait des cookies irrésistibles !

- Si c’est ce que tu veux, il vaut mieux demander à Tia. C’est un vrai génie de la cuisine. Mon génie à moi consiste à être capable de faire de trois fois rien, un vrai repas ! Tia dit que c’est plus important que de savoir cuisiner un repas gastronomique, parce qu’au final la gastronomie demande un temps considérable.

- Elle a raison. D’autant plus si ce que tu fais est aussi bon que ça en a l’air.

- Alors on se remet au boulot.

 

**********************************************

 

Tia rejoignit Linya et Trinity sur le patio et s’assit sur une chaise longue en bois. Elle installa sa fille sur ses genoux et l’incita à s’allonger contre elle.

- J’étais pas trop lourde pour toi ? lui demanda-t-elle en suivant le mouvement de sa mère.

- Non, tu es un vraie poids plume.

- Je suis pas un poids plume, j’ai 13 ans ! s’insurgea sa fille en se redressant et en la fusillant des yeux.

- Ok ! répondit la mercenaire en levant les deux mains d’un air amusé. Tu n’es pas un poids plume, mais moi je suis très forte, alors c’est tout comme.

Lara acquiesça et elle se réinstalla contre la poitrine de sa mère. Tia échangea un regard entendu avec Linya et Trinity puis laissa son visage profiter des rayons du soleil. Elle passa une main négligente sur les cheveux de sa fille et en approuva la texture douce. Elle regarda leur couleur chatoyante refléter la lumière du jour. Les reflets cuivrés étaient fascinant mais elle dut lutter contre elle-même pour ne pas regretter cet héritage paternel.

- Maman, fit la voix languide de la jeune fille quelques minutes plus tard, pourquoi t’enlève jamais tes lunettes ?

- C’est vrai ça, confirma sa cousine, pourquoi tu les portes en permanence ? Ce n’est pas comme si tu avais des yeux horribles.

Tia se racla la gorge et réfléchit à toute vitesse. Puis soupira intérieurement.

- J’ai eu un… petit accident et… je dois les porter pour les protéger de la lumière, mais rien de grave rassure-toi chérie.

- T’es sûre ?

- Oui, j’ai vu deux médecins différents, Alexia y a veillé, alors ne t’en fait pas.

- Ça va durer longtemps ?

- Un moment oui.

- Plus qu’une petite semaine d’après le médecin de ton frère, fit une voix derrière elles.

Tia tourna la tête et vit sa compagne et Lizzie entrer les mains pleines de cookies. « Deux semaines en fait… ouais… il va falloir que je lui dise pour ma bourde de la réunion, sinon elle va trouver ça bizarre que je ne les retire pas… » La perspective de ce qui s’annonçait comme une discussion inamicale, ne l’emballait pas des masses. Elle chassa donc ces pensées déprimantes et revint à la conversation. Lizzie était en train de poser une assiette de cookies encore tièdes devant elle.

- Merci, fit-elle en lui souriant.

Lizzie eut un petit rougissement et s’installa en tailleur sur la chaise à ses côtés. Tia prit un cookie et le goûta.

- Excellent, fit-elle à son attention.

Les yeux de Lizzie brillèrent de joie.

- C’est vrai, tu aimes ?

- Hmm hmm, acquiesça la mercenaire avec un sourire.

La réaction de Lizzie était on ne peut plus claire pour Alexia et la raison de sa soudaine envie de cuisiner aussi. Elle échangea un sourire avec sa petite amie.

Lara dévisagea son amie. Elle ne croyait pas ce qu’elle voyait. Lizzie, qui avait à peine deux ans de plus qu’elle… et qui fantasmait sur sa mère… était aussi amoureuse d’elle ?! C’était une blague ?! Pourtant à y regarder de près c’était carrément visible. Les yeux qui brillaient dès qu’elle la regardait, le rougissement au moindre regard ou compliment, la nervosité…

Lara ne savait comment prendre une telle chose. Lizzie et elle n’avait que deux ans d’écart et elle l’adorait, mais… c’était sa mère ! C’était si étrange. Lizzie bavait littéralement devant sa mère. Comme Alexia. Elle regarda la compagne de sa mère et surprit le sourire amusé. De toute évidence le béguin de Lizzie ne l’inquiétait pas. Elle haussa les épaules.

Elle ne savait ce qui l’ennuyait le plus. Que sa mère soit gay, qu’elle soit avec cette blonde ou que si elle ne l’était pas, Lizzie puisse être une possibilité de petite amie pour elle ? Peut-être les trois ? Elle se renfrogna et croisant les bras, se radossa au torse de sa mère, lui arrachant un grognement étouffé au passage.

- Ça va ? lui demanda sa mère. Tu en veux un ?

Lara regarda le cookie devant ses yeux et posa le regard sur Lizzie. Elle avait l’air de vouloir qu’elle le goûte. Se pourrait-il que son avis importe ? Elle attrapa le gâteau et le porta à sa bouche.

- Tu dois retourner en ville quand exactement ? demanda la voix vibrante de Tia à sa compagne.

- Demain matin, j’y resterais la journée, comme d’hab quoi. Linya m’accompagne cette fois, donc désolée mon cœur, tu devras te passer d’elle. Tu penses y survivre ? fit-elle avec un sourire malicieux.

Tia dévisagea longuement la dirigeante qui fit de même.

- Ça ne va pas être simple, dit-elle sans quitter des yeux le visage de Linya. Tu vas me manquer horriblement. Ton corps souple et doux surtout. Mais aussi tes lèvres chaudes et…

- Hey !!!!!!!!!!!!! s’écria soudain Alexia. Y’a des enfants ici !

Linya et Tia sourirent puis la mercenaire se tourna vers sa petite amie et fit le geste de fermer sa bouche à double tour et d’en jeter la clé au loin.

Lizzie sourit mais Lara les dévisagea tour à tour un peu perplexe.

- Tu es aussi sortie avec Linya ? demanda-t-elle à sa mère, perdue.

Celle-ci lui sourit.

- Pas vraiment. C’est juste un jeu entre nous.

- Un jeu ?

- Hmm. Du genre que tu comprendras lorsque tu seras plus grande. Mais ne te presse pas surtout ! ajouta-t-elle rapidement.

- En parlant de jeu, lança Lizzie à Lara, tu viens faire une partie de jeux vidéo avec moi ?

La jeune fille hocha la tête avec joie et se leva, libérant sa mère de son poids. Avant qu’elle n’ait pu emboiter le pas à son amie, sa mère lui attrapa le bras et la tourna vers elle. Elle attira sa tête et lui embrassa la joue. Elles échangèrent un regard, contrarié par le reflet des lunettes de Tia, et se sourirent.

- Pas plus d’une heure, lui dit-elle. Après se sera l’heure de tes devoirs.

Lara grogna mais acquiesça puis suivit son amie dans le salon. En entrant elle hurla :

- LEN !!!!!!!!!!!!!!! ON VA FAIRE UNE PARTIE DE JEUX VIDEO !!!!!!!!!!!!!!!

Tia sourit de plus belle.

- Tu ne les accompagnes pas ? lança-t-elle à sa petite amie.

- Pas cette fois, je préfère passer un peu de temps avec ma merveilleuse petite amie, fit-elle en s’allongeant sur son corps réchauffé par les rayons du soleil.

Elle posa sa tête sur sa poitrine et passa ses mains derrière son dos. Elle respira profondément, se repaissant de son odeur personnelle.

- Tu me donneras une de tes chemises ou de tes vestes demain ? marmonna-t-elle.

- Pourquoi faire ?

- Ch’uis accro à ton odeur… je vais passer une journée complète loin de toi et avec notre bol habituel, ça durera sûrement plus longtemps, alors je veux être parée au cas où notre séparation serait plus longue que prévue.

Tia rit et cela fit vibrer la joue d’Alexia.

- Si c’est ce que tu veux. Mais en échange il faut que tu me donnes un de tes vêtements.

- Y’a rien à moi qui puisse t’aller.

- Un de tes T-shirt de nuit peut-être ? Tu n’auras qu’à me donner le plus large et le plus long et s’il est trop court… eh bien, je m’en ferais une écharpe !

- Très drôle.

- Je fais de mon mieux.

 

***********************************

 

Le soir venu après son entraînement avec Alexia suivi de l'observation et parfois de la correction de son amie en train d’apprendre les bases du combat à son fils, Tia avait décidé qu’elle aborderait le sujet du port de ses lunettes.

Elle attendait sa compagne qui montrait quelques mouvements d’étirements à Len. Elle ne savait pas trop ce qu’elle ressentait à ce propos. Elle était à la fois flattée que son fils veuille apprendre les mêmes choses qu’elle, et inquiète à l’idée qu’il veuille lui ressembler. Elle ne voulait pas qu’il devienne mercenaire ou fasse un métier où il risquerait sa vie. Mais si elle continuait de passer du temps avec lui…

Et qu’est-ce qu’elle pouvait y faire ? Il aimait les combats et… il tenait ça de ses deux parents alors… tout ce qu’elle pouvait faire, c’était canaliser son énergie et ses pensées de façon positive. Lui apprendre à ne pas se servir de ses connaissances pour faire le mal et peut-être que si elle s’impliquait un peu plus, lui apprenait elle-même à faire les mouvements… peut-être qu’il serait plus enclin à ne pas ressembler à son père ?

Elle s’assit au bord de la terrasse et regarda son fils, répéter les gestes d’Alexia avec un sérieux très mignon. Ses cheveux noirs avaient poussé et il les portait aux épaules. « Il est temps de l’envoyer chez le coiffeur » songea-t-elle. Il avait hérité de sa couleur de cheveux et de peau mais aussi de leur texture raide et brillante, tout comme sa sœur.

Ses yeux verts illuminés par son feu intérieur lui faisaient souvent penser à ceux de Lex. Et elle tentait de se convaincre qu’il était d’elle et non de Sassem. Que ses yeux étaient les siens et non ceux de cet homme et que leur couleur et la bonté qui s’en dégageaient en était la preuve.

- Bientôt je pourrais te battre ! lui cria-t-il en terminant ses étirements.

Les yeux tournés vers elle, il la défiait d’un air heureux. Pendant une fraction de seconde son cœur cessa de battre. Elle avait cru voir son père. Puis elle perçut l’innocence dans ce vert là… et son cœur reprit son rythme normal. Elle leva une main et cria :

- Tu as le droit de rêver ! Je suis la meilleure !

- Plus pour longtemps ! répondit-il sur le même ton. La relève est là maintenant !

Tia éclata de rire et son fils accourut vers elle. Elle sauta de son assise et le cueillit alors qu’il était toujours en mouvement. Elle lui sauta dessus et ils roulèrent au sol en riant. La tête proche de celle de sa mère, Len la dévisagea, les yeux pétillants de joie.

- Tu sais, je ne sais pas qui est mon père mais quand je regarde Alexia dans les yeux j’ai l’impression de le voir. Tu crois qu’il peut-être de sa famille ?

- Non, répondit-elle doucement.

- Tu me diras un jour qui c’était ?

Elle le fixa un long moment sans perdre son sourire.

- Peut-être. Si… j’estime que tu peux l’entendre.

Len aimait sa mère depuis toujours. Bien avant de faire sa connaissance, Frédéric, leur racontait à lui et sa sœur, tout un tas d’histoire sur qui elle était vraiment, à quoi elle ressemblait et ce qu’elle pouvait être en train de faire. Il s’était fait une idée d’elle et lorsqu’il l’avait vu pour la première fois, il avait bien vu que ses idées étaient loin de la réalité.

Sa mère n’était pas le héros lumineux et plein de joie qu’il s’était imaginé. Elle était bien trop sombre et taciturne pour y correspondre, mais elle l’aimait et si elle n’avait jamais vraiment expliqué pourquoi elle les avait laissés et qui était leur père, il avait une confiance totale en elle. Il sentait avec l’instinct inné hérité d’elle, que si elle ne disait rien c’est qu’elle avait une bonne raison et que le savoir ne lui ferait pas forcément du bien.

Sa mère n’était pas lumineuse comme semblait parfois l’être Alexia, mais elle était drôle et farceuse et elle répondait toujours avec honnêteté aux questions que lui et sa sœur lui posaient. C’était peut-être pour ça qu’ils n’avaient jamais vraiment cherché à savoir qui était leur père ou la raison de leur abandon. Elle était aussi tendre avec eux que ça lui était possible, mais il était évident à l’attitude de Frédéric envers elle, que ça n’était pas une chose naturelle et il sentait confusément que c’était parce qu’on lui avait fait du mal.

Il avait partagé cette idée avec Lara et ils avaient décidé de ne pas l’ennuyer avec ça. Elle n’était et ne serait jamais la mère que chaque enfant rêve d’avoir, mais elle était la leur et elle les aimait. Elle les avait toujours aimés. Et ça aussi bizarre que ça puisse paraître, ils le croyaient vraiment. Elle leur avait dit qu’il était dangereux pour eux qu’elle reste trop longtemps et que c’était la raison de son départ.

Ils avaient demandé confirmation à Frédéric. C’était vrai. Depuis lui et sa sœur ne cessait de se demander ce qu’elle faisait vraiment comme métier ou bien ce qu’elle avait pu faire dans se vie pour avoir un ennemi aussi dangereux. Ils étaient d’autant plus inquiets depuis qu’ils avaient appris qu’elle avait été blessée aux yeux. Bien sûr ils faisaient semblant de rien. Ils ne voulaient pas gâcher leur peu de temps avec elle.

Pour toutes ses raisons, il acquiesça sans protester ou poser plus de question, sur un père qui, il le savait, il ne connaîtrait jamais. Mais en avait-il seulement envie ? Il aimait Frédéric et il avait un oncle génial. Savoir d’où il venait… sa mère le lui dirait si elle l’estimait capable de l’entendre, mais si elle décidait que se ne serait jamais le cas, il ferait avec. Après tout, ses révélations pourrait être plus douloureuses que bénéfiques et si sa mère, qui accordait une grande importance à la vérité, leur cachait cela, alors elle avait vraiment une bonne raison.

- Ok. En attendant ça ne t’ennuie pas si je considère Lex comme mon papa ?

La tête de sa mère à sa demande, valait le détour ! Il l’avait posée exactement pour cette raison et ne regrettait pas sa farce ! Elle s’en aperçut et se vengea. Les chatouilles qui suivirent achevèrent de le laminer complètement. Ses éclats de rire transpercèrent le domaine alentour et voyagèrent loin au dessus des champs.

- D’accoooooooooooorddddd !!!!!!! Je retire ce que je viens de dire !!!!!!!! hoqueta-t-il en se tenant les côtes tout en tentant de se mettre hors de portée.

Sa mère cessa sa torture.

- Tu es aussi chatouilleux que Lex, lui dit-elle.

Elle prit une expression perplexe.

- Tu es peut-être son fils finalement et non le mien.

- Et elle m’a eu à 12 ans ! ricana-t-il.

- Ne rit pas, c’est possible.

- Maman…

- De quoi vous parlez vous deux ? fit leur sujet en arrivant.

Tia la fixa puis lui fit signe de s’agenouiller. Lorsque ce fut fait elle plaça son fils à côté d’elle puis laissa son regard passer de l’un à l’autre.

- C’est quand même dingue… murmura-t-elle. Vous avez exactement la même nuance, les mêmes paillettes d’or, la même innocence. Tu pourrais vraiment être son père, fit-elle à sa compagne.

Celle-ci la dévisagea interloquée avant de répliquer :

- Je suis beaucoup trop féminine pour ça. Mais je veux bien être un de tes parents, fit-elle en se tournant vers le jeune garçon.

Len n’en crut pas ses oreilles. Deux mères ! Deux parents !

- Trop cool ! accepta-t-il avec un sourire qui alla jusqu’à ses oreilles.

- Bien, alors première recommandation de ta mère numéro 2, vas te laver, parce que mon chérie, tu pues, dit-elle l’air absolument désolé.

Il éclata de rire et acquiesça en avant de se ruer dans la maison. Alexia le regarda filer en souriant puis se tourna vers sa compagne qui ne s’était pas remise du choc. La jeune femme s’inquiéta soudain.

- Tu ne m’en veux pas, hein ? Je veux dire, je sais que j’aurais dû t’en parler avant, mais c’est venu comme ça… pas que se ne soit pas sérieux ou quoi que se soit hein, mais… heu… Tia ? Si tu veux je peux lui parler et…

- Laisse tomber. Ça me va très bien en fait. C’est ce que je souhaitais. J’en ai même parlé avec Frédéric. J’ai juste été surprise. Je ne pensais pas que tu voulais des enfants. C’est… tellement de responsabilités.

- Ça fait partie du job, répliqua-t-elle légèrement. L’amour est la plus grande des responsabilités selon moi et je t’aime. Et pour ce qui est des enfants… tant qu’ils sont de toi, j’en veux bien des centaines, fit-elle avec un sourire langoureux.

Elle s’approcha ensuite de sa compagne et lui grimpa dessus avant de l’embrasser avec une passion qui éveilla leur deux corps en moins de temps qu’il n’en faut pour dire ouf. Elles se séparèrent haletantes.

- D’ailleurs si on pouvait en mettre un en route maintenant, souffla la jeune femme contre les lèvres de sa compagne.

- Ça va être dur, Lex, fit-elle avant de reprendre ses lèvres. On n’est pas vraiment équipé pour…

Elle se laissa ensuite tomber sur le dos et roula sur le ventre, dominant Alexia. Elle déposa de légers baisers le long de son cou et souffla au creux de sa clavicule avant de remplacer son souffle par sa langue.

Alexia gémit avant de trouver la force de répondre.

- Peut-être mais… je veux vraiment un enfant de toi…

La Tia

se redressa complètement abasourdie.

- Je sais, c’est idiot, mais je trouve ça si injuste… on est deux femmes ok, mais… ce n’est pas normal que la nature soit si mal faite. Tu es la chose la plus précieuse pour moi et je veux quelque chose de toi en moi, qui grandisse et vienne au monde. Je veux… porter ton enfant et ça n’arrivera jamais et ça me fait mal. Je t’aime tellement… les hétéros le peuvent eux, pourquoi…

Tia posa une main sur ses lèvres pour l’empêcher de continuer.

- Si c’est vraiment ce que tu veux… il y a peut-être un moyen. Mais… on en reparlera après Sassem ok ? Parce que jusque là, notre avenir est plutôt bouché et fonder une famille n’est pas une décision qu’on peut prendre à la légère, juste parce que l’on s’aime. Ça nécessite d’autres choses, desquelles il faudra discuter.

- D’accord, mais dis-moi ce que c’est.

- Tu pourrais être ma mère porteuse. Je pourrais te donner un de mes ovules et on le ferait inséminer par un père anonyme, puis on réimplanterait le tout en toi. Ainsi tu porterais mon enfant.

- Oh mon dieu ! fit la jeune femme en ne parvenant pas à y croire. Se serait fantastique !

Tia sourit tendrement devant l’émotion manifeste de sa compagne et dégagea une mèche de cheveux de devant ses yeux.

- Mais tu n’en veux pas à toi ?

Alexia croisa son regard et Tia y lut une hésitation. Une information longtemps refoulée refit soudain surface et elle se traita d’idiote.

- Tu as peur de transmettre la maladie de ta mère ?

Une lueur d’espoir mêlée de terreur traversa son regard.

- Est-ce qu’au moins tu as fait le test pour toi-même ?

Alexia secoua la tête sans la quitter des yeux et la terreur se mua en panique. Tia vit que son amie avait besoin de réconfort et elle retira ses lunettes en inspirant profondément pour repousser la douleur.

Elle plongea son regard bleu rempli de tout l’amour qu’elle avait pour elle dans son regard apeuré. Elle lui prit les mains qu’elle serra doucement.

- Ce n’est rien mon amour. On le fera ensemble.

Alexia hésita.

- Je… serait-il possible de d’en reparler un autre jour ? Je… je voudrais juste me réjouir de pouvoir un jour porter ton enfant…

- Oui, bien sûr mais… tu te souviens qu’il faudra qu’on en parle avant, hein ?

- Bien sûr. Mais tu envisages de fonder une famille avec moi et… ça me rend si heureuse… je voudrais finir cette journée sur cette note incroyable…

- Ok. Mais dès que tu te sens prête, on en parle d’accord ? N’hésite pas. Même si on est fâché, je suis là pour toi.

Alexia hocha la tête, puis fronça les sourcils.

- Tes lunettes, chérie.

Tia soupira de soulagement et s’empressa de les remettre.

- Ça va ? Tu n’as pas trop mal ?

- He bien en fait, je voulais t’en parler…

Alexia écouta le récit de sa stupidité et comme Tia l’espérait sa bonne humeur éclipsa sa colère. Elle fronça seulement les sourcils en décrétant qu’elles devraient aller chez le médecin dès le lendemain. Puis elle les fronça encore plus lorsqu’elle comprit qu’elle les avait retiré une nouvelle fois, aggravant encore le problème.

- Tu les as enlevé alors que…

- Lex… tu en avais besoin ok ? Et ce n’est pas ne chose que je vais regretter.

- Oui, mais ça pourrait poser problème pour l’attaque si ça n’est pas guéri et si ça se trouve ça va aller en s’aggravant… il faut vraiment que tu arrêtes de les enlever, ok ? Même si tu penses avoir une bonne raison.

- Oui m’man !

- Tu es sûre que tu vas bien ?

- J’ai un peu mal à la tête, mais sinon ça va.

« Inutile de lui dire que j’ai l’impression qu’on m’enfonce des tisons chauffés à blanc dans la tête ! Elle en fera toute une histoire »

- Ok, alors debout. On va allez te chercher une aspirine.

« Et moi, je vais imaginez à quoi ressemblera notre bébé ! » songea la jeune femme toute excitée.

 

Chapitre 6

 

Le cauchemar de Tia était si violent et si sombre qu’il contamina le sommeil de sa compagne. Alexia émergea des bras de Morphée sans bien comprendre ce qui se passait. Elle sentit la tension dans le corps de son amie, qui l’avait rejetée plus loin, comme pour se débarrasser de ce qu’il considérait comme un intrus. Puis elle entendit les gémissements si bas qu’ils en étaient quasi-inaudibles. Elle ouvrit les yeux et vit le corps de Tia agité de tremblements et de sueurs froides.

Elle comprit tout de suite ce qu’il se passait et tendit la main vers sa compagne. Elle secoua doucement son épaule en se redressant, mais Tia ne se réveilla pas. Au contraire, les tremblements s’intensifièrent et elle vit son visage se crisper en une grimace de douleur atroce.

Ce qui acheva de réveiller Alexia. Le cœur serré d’angoisse, elle la secoua plus rudement, mais rien ne semblait pouvoir arracher la mercenaire à son cauchemar. Alexia serra les dents et réfléchit. Elle se rapprocha d’elle et la prit dans ses bras, tirant sa tête contre sa poitrine.

Elle murmura comme un mantra :

- Tout va bien, mon amour, tu peux revenir, tout va bien. Je suis là, mon cœur, je t’attends, je t’attendrais toute la vie s’il le faut, mais il faut que tu rentres, s’il te plaît Tia, reviens vers moi. Tout va bien, tu n’as rien à craindre. Je t’aime, mon cœur, je suis avec toi, tu peux revenir…

Elle lui chuchota des mots d’amours et des promesses d’éternité durant ce qui lui sembla être des heures. Et enfin, après un long moment à la serrer à l’étouffer, son corps se détendit. Les tremblements se calmèrent puis cessèrent définitivement et les gémissements aussi.

Pour autant Alexia n’arrêta pas ses encouragements. Tia finit par se réveiller, la tête douloureuse, les yeux brûlants et le corps courbatu. Elle prit conscience de l’endroit où elle se trouvait et agrippa avec un soulagement d’une intensité qui la stupéfia, le t-shirt de son amie. Elle profita de l’étreinte, les yeux fermés, appréciant par-dessus tout, le souffle chaud qui lui murmurait des mots d’amour à l’oreille, ainsi que le balancement rassurant de son corps et la force étonnante avec laquelle elle l’entourait.

Lorsqu’elle sentit qu’elle reprenait possession de ses esprits, Tia se recula juste assez pour apercevoir le visage de sa compagne. Alexia était penchée sur elle, le visage tendu par la crainte et les yeux brillants d’un amour inquiet. Elle lui fit un pauvre sourire qui réussit son office, en la rassurant un peu. Elle le lui retourna.

- Tu as encore fait un cauchemar, déclara-t-elle avec lassitude.

Elle secoua la tête.

- Il faut que tu te décides à consulter quelqu’un Tia. Je sais que tu ne veux pas, fit-elle en prévenant ses objections, mais ils sont de plus en plus présent. Et de plus en plus violent aussi. J’ai eu beaucoup de mal à te sortir de celui là. Ça devient dangereux, amour… et ça m’inquiète, dit-elle plus doucement en embrassant son front.

Tia la fixa de ses beaux yeux bleus. Dans la pénombre de la chambre, ils étaient quasiment invisibles tant ils étaient foncés. Sans les rayons de lune qui les éclairaient d’une lueur faible, elle ne les aurait même pas vus. 

- Ça va passer, répondit la mercenaire, d’une voix encore tremblante. C’est juste… l’approche de la confrontation. Après… après ça disparaîtra.

Son amie la considéra un long moment.

- Il te fait si peur ? chuchota Alexia comme si elle n’osait pas vraiment poser cette question.

Tia ferma les yeux brièvement avant de poser sur elle, un regard flambant de détermination et de crainte mêlé.

- Il est mon tortionnaire. Il l’a été et… veut à nouveau l’être.

- Mais tu ne vas pas le laisser faire.

C’était une simple déclaration où Tia perçut la confiance de sa compagne en ses capacités et cela lui fit du bien. Un endroit encore glacé par les images et les sentiments générés par son rêve, se réchauffa et elle referma les yeux, mais cette fois de bien-être.

- Non. Je ne vais pas le laisser faire.

L’étreinte de son amante se resserra.

- Alors tu ne dois plus t’entraîner avec moi.

Tia rouvrit les yeux et fixa un regard contrarié sur sa petite amie.

- Tu dois t’entraîner avec les meilleurs, parce que c’est sûrement ce qu’il fait et qu’il n’est pas question que je sois une faiblesse pour toi.

Tia perçut la sagesse et la détermination dans la voix d’Alexia. Elle était déchirée. Elle savait ce qu’elle devait faire pour mettre toutes les chances de son côté. Mais elle savait aussi, qu’au moment de l’attaque Alexia serait loin d’elle, quoi qu’elle en dise, et qu’en cas de problème, elle devrait se débrouiller seule. Et pour ça, il fallait qu’elle soit bien préparée. Parce que Tia le savait, si elle se sortait de son entrevue avec Sassem pour ne pas retrouver sa compagne, se serait comme si elle n’avait pas gagné.

Elle posa une main caressante sur le bras qui enserrait toujours son visage et laissa sa main glisser.

- Tu m’es si précieuse, chuchota-t-elle. Si je te perdais… Lex, je dois t’entraîner. Je ne pourrais pas être là pour toi en cas de problème.

- Et personne ne sera là pour toi, contra-t-elle avec calme. Je veux que tu t’entraînes sérieusement et tu ne le peux pas avec moi.

Tia soupira. Ça l’énervait de l’admettre mais Alexia avait raison.

- Je vais voir avec Frédéric si on peut faire venir quelques pointures ici, parce que je te le dis tout de suite Lex, je ne vais pas arrêter ton entraînement. Les prochaines semaines vont être très longues pour toi, je vais t’entraîner à l’aube et au crépuscule. Le reste de la journée tu pourras vaquer à tes préparatifs et moi aux miens. Ça va être fatiguant. C’est pourquoi, la semaine avant l’attaque, on se reposera sans rien faire. Notre corps aura besoin de récupérer.

- Ok, mais tu sais à peu près quand aura lieu l’attaque ?

- Je pourrais donner une estimation quand j’aurais reçu la confirmation que tout est en place et qu’on m’aura envoyé le calendrier de notre cible.

Alexia acquiesça en se rallongeant au côté de sa compagne.

- Tu crois que tu pourras dormir maintenant ?

- Pas vraiment. Mais vas-y toi, fit-elle en l’attirant dans une étreinte protectrice.

Alexia se laissa emmener plus près du corps de son amie, mais pas pour ce qu’elle croyait. Elle passa une main sous le t-shirt de sa partenaire et remonta rapidement, jusqu'à trouver un sein accueillant dont elle suivit le contour d’un doigt paresseux.

- J’ai une autre idée, lança-t-elle à sa compagne souriante en capturant avec avidité sa bouche.

 

***************************************************

 

Quelques jours plus tard, lorsqu’arrivèrent des hommes sûrs et bien entraînés, connaissances de Frédéric, Tia ne put plus reculer le moment d’expliquer à ses enfants ce qui se passait. Elle les prit donc à part un matin, après un entraînement particulièrement rude où elle put constater tout ce qu’elle avait perdu avec une certaine colère.

Elle leur fit traverser le salon et ils sortirent par la baie vitrée. Elle les emmena dans une petite promenade qui les éloigna suffisamment du ranch pour qu’elle puisse parler sans crainte et suffisamment près d’un point de vue spectaculaire, pour adoucir ses propos.

- C’est chouette ici, lança-t-elle nonchalamment.

- C’est mon coin préféré, acquiesça Len. Tu sais pourquoi ?

Tia lui jeta un regard amusé et ses lèvres se retroussèrent en un sourire rusé.

- Parce qu’avant d’être où nous sommes, personne ne peut deviner qu’il y a un à-pic ?

- Exactement !

- Ouais, intervint Lara moqueuse, à chaque fois qu’on a le droit d’inviter un copain, il leur propose une course et les laisse partir en avant en riant à l’avance de leur chute.

- De leur chute ?! répéta la mercenaire en fronçant les sourcils. C’est dangereux Len, le tança-t-elle.

- Ne t’en fais pas je leur cri qu’il y a un ravin, pile au moment où ils y arrivent. Comme ça ils ont juste une super peur, grimaça-t-il. Je les laisserais pas tomber, ajouta-t-il en se penchant un peu.

Une main retint son corps pour le cas où il basculerait et il sourit.

- Même si il y a une légère pente qui pourrait amortir leur descente, elle ne dure pas suffisamment pour qu’un novice puisse en profiter pour stopper sa chute. Le vide juste après ce coin, fit-il en le montrant à sa mère, est vertigineux et abrupt. Rien à quoi se raccrocher. Ou on a du bol et on a des réflexes incroyables qui nous permettent de nous raccrocher aux bords, sinon on tombe.

- Et tu joues avec ça ? lui demanda-t-elle incrédule. Mais bon sang Len et si un de tes amis n’avait pas entendu tes avertissements ?! Tu te rends compte de ce qui se serait passé ?!

Il baissa la tête, un peu honteux, et shoota dans un caillou. Il n’avait pas l’habitude de se faire engueuler par sa mère et il n’aimait pas du tout ça.

- T’inquiète, intervint Lara. Papa a fini par s’en rendre compte et Len a pris une de remontrances ! Sans parler de la punition. Aucune chance qu’il recommence, hein Len ?

Son frère hocha la tête toujours vexé de s’être fait réprimandé par sa mère. Tia hocha la tête puis soupira. Ce n’était pas du tout comme ça qu’elle avait prévu de commencer ses confessions.

Elle s’assit au bord du ravin et tapota les places à côté d’elle. Sa fille se dépêcha de s’asseoir à côté d’elle et Tia entoura ses épaules de son bras. Lara posa sa tête contre son épaule et sourit de joie. Len mit plus de temps mais il fit de même. Lorsqu’ils furent tout les trois plongés dans la contemplation du panorama grandiose qui s’ouvrait sous leur pied, elle parla, d’une voix douce pour ne pas rompre ce moment de calme complicité.

- Vous vous souvenez lorsque je vous ai parlé de… d’ennemis qui… mettaient ma vie et la vôtre en danger ?

Ils acquiescèrent et elle poursuivit.

- Il y en a un surtout qui… bref, toute cette agitation, ces gens que Lex et moi, devons voir… c’est en rapport avec lui. En fait… on met sur pied une opération pour… le faire tomber et…

Elle soupira.

- C’est dangereux ? l’interrogea Len d’une petite voix.

- Oui.

- C’est quoi ton boulot pour que tu aies des ennemis comme ça ? demanda Lara tendue.

- Je… vous savez ce qu’est un mercenaire ?

Ils acquiescèrent.

- C’est ce que je suis.

Ils se redressèrent subitement, complètement sous le choc, et la dévisagèrent avec de grands yeux.

- Frédéric... je l’ai connu lorsque j’avais votre âge. Je… j’étais dans une situation difficile à l’époque et… il m’en a sortie. Je n’ai… pas eu une enfance facile et… ce métier… ça a été un moyen pour moi de m’en sortir. Je suis bonne dans ce que je fais, très bonne en fait… et j’aime ça.

- Et Alexia ? demanda sa fille. Elle est comme toi ?

- C’est mon apprentie. Y’a que comme ça qu’on peut devenir mercenaire. C’est une formation personnalisée en quelque sorte.

- Mais c’est dangereux, déclara Lara. Et c’est ça qui t’a blessée aux yeux ?

- En fait non. C’est une personne qui n’a pas trop aimé ce que je lui ai dit. Je ne suis pas du genre diplomate et parfois, les gens le prennent mal. Mais, pas d’inquiétude inutile, quand je vous ai dit que j’étais bonne, je ne mentais pas. Je suis capable de me défendre sans trop de dégâts.

Len dévisagea un moment.

- Et cet ennemi contre qui vous préparez une attaque, ça a un rapport avec ce dossier S que papa à mentionné une fois ?

- Oui.

- C’est lui votre ennemi, S ?

Sa mère hocha la tête.

- S il est si dangereux que ça ?

- Il y a beaucoup de gouvernements et d’agences qui participent à cette attaque. Ça répond à ta question ?

Len acquiesça d’un air craintif.

- Et pourquoi c’est toi à qui tout le monde donne des comptes ?

- Parce que c’est moi qui dirige l’attaque. La juridiction pour les agences créée un problème de politique interne qui ralentirait la mise en place du plan et serait susceptible de tout gâcher. Pour ça et parce que je connais très bien ce S, c’est moi qui suis la plus à même de mener à bien le plan.

Les jumeaux la quittèrent des yeux, comprenant à demi-mots que leurs protestations n’influeraient en rien sur sa décision, qu’elle voulait simplement leur expliquer et que c’était ce qu’elle avait fait.

Ils passèrent les minutes suivantes à absorber les nouvelles et les craintes que cela générait en eux. Ils se serrèrent un peu plus contre elle.

- Tu feras attention ? lança enfin Lara sans la regarder.

Tia relâcha le corps de son fils et saisit le menton de sa fille, l’obligeant à croiser ses yeux. Une fois de plus elle maudit ses lunettes, mais ne les retira pas. Alexia avait été catégorique après sa visite chez le médecin, si elle enlevait encore ses lunettes avant sa guérison, elle l’écharpait vivante. Cela rendait son entraînement difficile mais la difficulté était une bonne chose, cela la poussait à se dépasser, à palier son handicap et au final, cela la rendrait meilleure.

- Je ferais attention. Parce que je vous aime et que maintenant que j’ai la chance de vous avoir retrouvés, je n’ai absolument pas envie de vous reperdre.

- Et Alexia ?

- Quoi Alexia ?

- Elle sera avec toi ?

Tia hésita.

- Elle aimerait et on ne s’est pas encore mises d’accord, mais je ferais en sorte que non.

- Pourquoi ?! s’écria Len angoissé. Elle t’aime, si elle est là, elle te protégera !

Lara hocha vigoureusement la tête et la mercenaire fut submergée par une vague de plaisir incongrue. « Tu vois mon amour, ils te font confiance pour me protéger, toi qui t’inquiète toujours de leur attachement pour toi et de tes capacités de combattantes, tu as convaincu mes plus fervents partisans de ta capacité à me protéger. »

- C’est vrai mais… écoutez, vous savez que j’aime Lex.

Elle attendit leur assentiment avant de continuer.

- Mais, je ne suis pas seulement amoureuse d’elle. Elle… est ma raison d’être. Elle m’a rendu mon équilibre lorsque je l’ai perdu. M’a relevée lorsque je me suis écroulée, a séché mes larmes lorsqu’elles ont coulé. Elle m’a appris que le soleil ne brille pas que pour les autres et si je devais perdre ça…

Les jumeaux ne comprenaient pas vraiment ce qu’elle essayait de leur expliquer mais ils sentirent l’attachement viscéral qui la liait à Alexia et comprirent pour la première fois depuis qu’ils les savaient ensemble, que leur mère aimait Alexia comme on aime une seule fois dans sa vie.

La morsure de la jalousie le disputa à l’émerveillement devant une chose aussi belle.

- Alors tu ne veux pas la mettre en danger, c’est ça ? tenta quand même de comprendre Lara.

- Non, parce que même si je le voulais, elle ne me laisserait pas faire. Et elle a choisi un métier et une compagne qui feront d’elle toujours une cible. De plus je vais avoir besoin d’elle à un autre endroit tout aussi important pour la réussite de l’attaque. Mais si je peux l’éloigner de ce qu’il y a de pire, si c’est en mon pouvoir, alors je le fais.

- Ça veut dire que tu vas avoir droit au pire.

La voix de son fils avait résonné comme un glas qui ne demandait pas de confirmation.

- Je ferais attention, Len, je te le jure.

- Tu reviendras ? Vraiment ? fit-il d’une voix dure, le regard planté dans le sien.

- Oui.

- Tu ne peux pas nous le promettre. Ce serait un mensonge, la contra-il. A moins que tu ne connaisses l’avenir ?

Il attendit contre toute attente, la confirmation à sa question mais elle secoua la tête et il eut une grimace amère.

- Si tu ne le fais pas pour nous, fit la voix décidée de sa fille, fais-le pour Alexia.

Lara était prête à tout pour faire revenir cette femme qu’elle connaissait encore si mal, mais qu’elle aimait déjà tant, y compris à utiliser comme motivation celle qu’elle considérait comme sa rivale dans le cœur de sa mère.

- Elle est aussi attachée à toi que tu l’es à elle. Si tu la quittes…

La voix de sa fille se brisa et elle ne put cacher plus longtemps la peur qui était la sienne.

- Je ne vous quitterais pas, Lara. Ou du moins je ferais le maximum pour que ça n’arrive pas, reprit-elle lorsqu’elle croisa le regard de son fils.

- Alors emmène- la avec toi, la supplia Lara. Elle te protègera…

Aussi étrange que cela pouvait l’être, Lara avait confiance en Alexia en ce qui concernait sa mère. Si elle luttait avec elle pour l’attention de sa mère et lui en voulait d’avoir la chance de pouvoir la suivre où qu’elle aille, elle ne doutait pas de son amour pour sa mère, pas plus de ce qu’elle serait capable de faire pour la garder en vie.

Tia ne répondit pas. Elle les serra un peu plus contre elle, en fixant l’horizon d’un air triste et contrarié. Elle voulait leur céder, avoir Alexia à ses côtés la rassurerait, mais cela l’angoisserait aussi. Elle ne savait pas quoi leur dire, alors elle se tut et eux aussi. L’heure n’était plus aux questions ou aux supplications. Les décisions avaient déjà été prises.

 

******************************************

 

Plusieurs semaines passèrent, entrecoupés des visites de Linya et de Gin, accompagné en général d’au moins une de ses filles. Les visites étaient plus ou moins longues. Une fois, Lex réussit même le tour de force de réunir tout le monde pour un dîner d’anniversaire en retard. Lorsque Tia avait compris qu’il s’agissait du sien, elle avait été stupéfaite.

Elle avait cherché le regard de son oncle et il avait confirmé. Ainsi donc elle était née le jour des amoureux. Incroyable. Et dire qu’elle avait tout ignoré de cette fête jusqu’à ce que Linya ne lui en parle ! Elle avait donc officiellement 31 ans. Eh ben. Elle ne savait pas trop si elle était contente. Mais elle était profondément touchée par la volonté farouche de sa compagne de lui rendre tout ce qu’elle avait perdu.

La mercenaire s’entraînait d’arrache-pied des heures durant pour convaincre Alexia et ses enfants qu’elle ne craignait rien autant que pour se sentir elle-même aussi prête que possible. Chaque jour, lorsque ses enfants étaient à l’école et Alexia avec ses recrues, elle s’entraînait, défiait, combattait les hommes que son maître lui avait ramené. Le port de ses lunettes et surtout la nécessité qui était la sienne de devoir à tout prix les garder sur le nez au risque de se rendre aveugle ou tout simplement de perdre un sens, qu’elle avait aiguisé à un niveau surhumain, pendant un bref labs de temps suffisant pour lui faire perdre le combat, rendait les choses difficile, pour ne pas dire insupportable.

Bien souvent, elle était contrainte d'encaisser coup sur coup en se protégeant le visage de ses avant-bras, et ils devinrent bientôt si douloureux que le simple fait de les regarder lui faisait mal. Les lunettes la protégeaient de la lumière mais elle bloquait aussi une partie de sa vision périphérique, réduisant considérablement sa marge de manœuvre.

Après des débuts laborieux, Frédéric lui avait suggéré une idée qui l’avait mise sur la voie lui permettant de palier à ce handicap. Il lui avait conseillé, pour reposer un peu ses yeux, de combattre dans une de ses granges, dont il avait au préalable oblitéré chaque interstice et ouverture susceptible de laisser filtrer la lumière.

Elle s’y était mise rapidement et y consacrait chaque jour plusieurs heures. C’était ainsi qu’elle avait appris, comme tout les aveugles, à faire confiance à son ouïe, au demeurant très développée. Elle avait fini par se dire que jour ou nuit, ses oreilles pouvaient parfaitement remplir le même office et combler son manque de vision.

Depuis ses entraînements se passaient mieux et elle les utilisait pour ajuster un peu ce nouvel atout à sa façon de se battre. Chaque jour, Frédéric l’observait et lui disait ce qui allait ou non et sans jamais le lui expliquer de façon évidente, mais en la mettant sur la voie, il lui montrait comment remédier au problème.

Aujourd’hui était un jour spécial. C’était le 21 mai, le jour où ses enfants étaient arrivés sur cette terre. Cela faisait une semaine qu’ils en parlaient, complètement excités à la perspective des cadeaux autant que par la présence exceptionnelle de leur mère. Pour marquer l’occasion, elle avait décidé, en accord avec Frédéric, de les autoriser à organiser une fête. Ils avaient lancé les invitations deux jours plus tôt et avaient réussi à extorquer, au moyen de supplications dignes des meilleurs acteurs, qu’ils passent la nuit au ranch.

Aujourd’hui, premier jour du week-end, les amis de ses enfants devaient arriver d’ici peu. Frédéric était allé en chercher certains, privés de moyens de transports, leurs parents étant trop occupés.

Tia attendait patiemment, accoudée à la rambarde de la terrasse, observant ses enfants s’ébattre près de l’étang, tentant tant bien que mal de juguler leur excitation. Une main se posa sur son dos et elle tourna la tete vers la nouvelle venue qui s'appuya dos à la rambarde pour pouvoir lui faire face. Alexia avait l’air soucieuse. 

- On ne va pas avoir de problème pour s’entraîner avec tous ces gosses ici ?

- On le fera plus loin, c’est tout. Voir à des heures où on est sûr de l’endroit où ils sont, fit-elle en haussant les épaules.

Loin de la rassurer, cette explication sembla accentuer sa contrariété. Voyant le silence s’éterniser, Tia soupira.

- Quel est le problème Lex ?, demanda-t-elle finalement.

Sa compagne la regarda brièvement puis posa son regard sur le sol couvert de la poussière rouge du chemin, avant de se décider.

- Tu vas te montrer.

- Oui, répondit-elle simplement en détournant le regard vers ses enfants.

Tia comprenait parfaitement les non-dits implicites de l’affirmation de sa partenaire, mais elle n’avait pas vraiment envie de s’étendre sur le sujet. Il était beaucoup trop source de douleur et de colère. Alexia pourtant la força à le faire.

- Tu as toujours refusé de te montrer publiquement, de peur qu’on puisse te relier à une personne susceptible de donner des informations sur toi. Et là tu vas te montrer en tant que mère, Ti. C’est dangereux et tu sembles t’en foutre. Pourquoi ?!

- Tu sais pourquoi.

- Parce que se sera peut-être ta seule occasion de partager ça avec eux, dit-elle après un silence tendu. Tu pars perdante Tia ! Ce n’est pas toi ! fit-elle avec colère.

- C’est juste une précaution, se défendit-elle mollement.

Alexia l’attrapa par le bras et la força à se tourner vers elle.

- Te fiche pas de moi Ti ! Si tu t’imagines que je vais te laisser partir le rejoindre seule, alors que tu es dans cet état d’esprit, tu te goures !

La colère flamboya dans ses prunelles azurs, mais Alexia ne put le voir et le seul signe visible, fut la ligne dure de ses lèvres crispées.

- Tu devrais être flattée, je mets mes enfants en danger en les reliant à moi de façon aussi évidente, ça devrait être une motivation suffisante pour que je ne laisse pas Sassem en vie.

Alexia était partagée. Elle savait que la mercenaire avait raison mais elle savait aussi que ça pouvait ne pas suffire.

- Le tuer ne veut pas dire que tu reviendras, lâcha-t-elle finalement. Comme tu me l’as si bien appris, pour gagner un combat il faut parfois savoir prendre des coups. Et j’ai bien peur que tu ne pousses ta théorie à son extrême.

Alexia vit la mâchoire de sa compagne se serrer et inexplicablement, cette vision amena une boule dans sa gorge. Elle prit une inspiration sifflante, tentant d’endiguer le flot d’émotion que cela faisait naître en elle. Tia le vit et s’en voulut. Elle posa une main sur celle qui enserrait toujours son bras et laissa ses doigts la caresser doucement.

- Ma motivation Lex, il y a longtemps que ce n’est plus la seule mort de cette ordure. Pour mes enfants, je ne laisserai pas cette pourriture vivre. Mais pour toi… je resterai en vie. Tu es ma motivation, ma raison de vivre. Depuis un moment déjà. Je pensais que tu l’avais compris.

Alexia se mordit la lèvre pour retenir les larmes que ses paroles créaient en elle et dit :

- Et comment j’aurais réalisé cet exploit ? Tu es la reine de la neutralité, mon amour. Si tu ne me dis pas clairement les choses… je ne vais pas les deviner. Je ne lis pas dans les pensées, tu sais.

 - Désolée. Tout cela est si nouveau pour moi. Même après… un an avec toi.

- Un an et un mois ! Ou un an et cinq semaines ça dépend.

- De quoi ?

- De quand on décide que l’on a fait un couple. La première fois qu’on à couché ensemble ? Dans ce cas c’était il y a un an et un mois. Mais si on décide que c’était à notre premier rencard, c’était il y a un an et cinq semaines.

- Pourquoi pas notre premier baiser ?

- Parce que mon cœur ça, à été très rapide. Le reste par contre.

- Rapide ?!

- Ouais. On a échangé notre premier baiser fin août. Le second début septembre.

- Attends tu parles de ces bisous de remerciements là ?! fit la grande femme incrédule. C’est pas des vraies baisers ça !

- Ah alors pour toi, quand a eu lieu notre premier baiser ?

- Deux jours avant ton anniversaire. Le 22 septembre, dans le désert.

La mâchoire d’Alexia faillit se décrocher avant que son expression se transforme en un sourire ravi.

- Tu t’en souviens…

- Évidemment ! Tu m’avais fait un de ces effets !

- Vraiment ?

- Pas la peine d’arborer cet air fier.

- Ho si alors ! Parce que te mettre dans l’embarras est bien difficile ! Bref, si on suit ta logique ça voudrait dire que cela fait un an et 8 mois qu’on sort ensemble !

- Attend, tu veux dire que ça fait presque deux ans qu’on voyage ensemble ?!

- Surprise ! fit son amie en ouvrant de grand bras. Mais pour être exacte cela fera deux ans le mois prochain. Alors ? A quand met-on notre début de couple ?

- Un an et un mois, parce que notre relation n’a pas réellement commencée avant. On a passé à 7 mois à combattre nos sentiments.

- Adjugé, vendu ! Mais une fois encore on n'a rien fêté.

- Après Sassem Lex, on fêtera tout ce que tu voudras.

Elle hocha la tête, sa bonne humeur retomba, remplacée par une humeur plus sombre. Elle passa son bras autour de sa taille et se colla à elle.

- Fais attention.

Tia lui sourit.

- Comme je te l’ai dit… tu es ma motivation pour revenir, alors, à moins de croire que ce que tu m’inspires est faible, je devrais être en mesure de te revenir, tu ne crois pas ?

Alexia se serra contre son amie sans répondre.

- Tu te souviens de ce que tu m’as demandé peu après cette… dispute, à ma fête ?

La mercenaire fronça les sourcils et réfléchit.

- Tu veux dire quand je t’ai demandé si tu avais confiance en moi ?

- Oui. Tu m’as demandé de réfléchir sérieusement à ça. Et… je l’ai fait.

- Et ?

- J’ai confiance en toi. Pas seulement pour me protéger ou dans ton métier. Je sais que tu ne me tromperas jamais. Tout comme tu sais que je ne le ferais pas. Je sais aussi, que si tu me dis que tu reviendras… tu le feras. Parce que tu n’as qu’une parole et que j’ai confiance en elle.

Elle leva les yeux sur sa grande amie.

- Reviendras-tu ?

Tia laissa le silence s’éterniser, laissant la chaleur qui émanait de sa compagne l’envahir et la confiance la submerger. Lorsqu’elle fut certaine que sa réponse serait sincère, elle parla.

- Je reviendrais.

« Devrais-je traverser le monde à pied et revenir de l’enfer où il m’aura plongée… je reviendrais vers toi. »

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Sassem, partie VIII - B

 

Chapitre 3 :

 

Quelques jours plus tard, alors que Tia était sortie faire une balade à cheval avec ses enfants, Alexia trouva Frédéric penché sur une des machines qu’il utilisait pour s’occuper de son ranch. Elle s’appuya contre elle et croisant les bras et les chevilles, elle se signala d’un raclement de gorge.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Quoi donc ? fit-il en sortant la tête de la machine.

- Ce… truc.

- C’est un tracteur, fit-il avec un sourire dans la voix.

- Et à quoi ça sert ?

- A cultiver mes terres. Les années où j’en ai l’envie et le temps du moins. C’est pour m’interroger sur ce qui fait tourner un ranch que tu es là ou… ?

- Et bien, en fait j’ai une question à vous poser sur Tia.

- Pourquoi ne l’interroges-tu pas toi-même ? Elle est plus à même d’y répondre à mon avis.

- Ben, ça je m’en doute, dit-elle avec un sourire sarcastique, seulement elle refuse de me répondre.

- Elle doit avoir ses raisons.

- Je ne vois pas lesquelles, répliqua-elle en jouant avec la poussière du pied.

Frédéric la toisa quelques minutes avant de hocher la tête, l’air d’avoir prit une décision.

- Ce n’est pas dans mon habitude de révéler quoi que se soit qu’elle ne fasse elle-même, mais je sais qu’elle n’a rien à craindre de toi, bien au contraire. Donc… pose ta question.

- Merci, fit-elle en sautant sur ses pieds d’excitation, un grand sourire aux lèvres. Voilà, j’aimerais connaître sa date de naissance.

- Elle ne veut pas te la révéler ?

Alexia secoua la tête dans l’expectative.

- C’est parce qu’elle ne le peut pas, déclara-t-il finalement.

- Comment ça ?

- Elle a été enlevé à 4 ans, Alexia. Comment veux-tu qu’elle s’en souvienne ? Elle ne se rappelait même pas son nom.

Mortifiée et submergée par une tristesse profonde, la jeune femme perdit le sourire.

- Je… ça ne m’a même pas traversé l’esprit. Mais… elle ou vous, ne lui avez jamais choisi de date ?

- Non. Elle… j’ai toujours pensé que se remémorer ce qu’elle avait perdu lui faisait beaucoup de mal, même si c’était ce qui lui permettait de tenir bon. Je n’ai donc jamais abordé le sujet.

- Y’a pas grand-chose que vous avez abordé avec elle on dirait, dit-elle avec un petit sourire triste en repensant à leur conversation sur le viol dont Tia avait été la victime.

- On en a jamais réellement eu besoin, confirma-t-il.

- Vous me faite penser à un clan. Vous communiquez ensemble sans parole, vous vous comprenez d’instinct. J’aimerais bien l’intégrer un de ces jours, ce clan.

- Non. Aujourd’hui, ce clan, une meute en réalité, c’est toujours ainsi que j’y ai pensé, ce n’est plus ce qui lui faut. Elle a besoin de vous. Ne cherchez pas à intégrer une chose devenue relique.

Alexia rejeta la tête en arrière et rit.

- Désolée de vous le dire mais vous ne serez jamais une vieille relique ! Vous êtes bien trop solide pour ça, ajouta-t-elle plus doucement.

- Ça c’est bien gentil jeune fille.

Alexia hocha la tête avec un sourire amusé, écho de celui de Frédéric.

- Vous ne devriez pas être en train de préparer l’arrivée de la famille de She-wolf ?

- Non, on l’a fait ce matin et leur avion n’atterrit qu’en début de soirée. Elle voulait prévenir les jumeaux et leur expliquer la situation tranquillement, alors elle les a emmenés en balade.

- Elle a toujours aimé les balades à cheval, acquiesça-t-il.

Ils échangèrent un sourire puis Alexia le laissa se remettre à sa tâche. En repartant, elle se promit d’interroger Gin sur la date d’anniversaire de Tia. Elle trouvait ça vraiment triste que sa compagne ne sache pas quand elle était née. Et encore plus que ça n’est pas l’air de la déranger.

C’était comme si elle s’était résignée à cela il y avait bien longtemps ce qui était sans doute le cas, mais Alexia trouvait ça dommage. La naissance d’un enfant, surtout lorsqu’il avait été voulu comme ça avait été son cas, était un évènement unique à fêter chaque année comme si c’était la première fois. Un peu comme une sorte d’hommage à l’amour que ses parents lui avait porté.

Et elle était bien décidé à rendre hommage aux parents de Tia pour avoir mis au monde cette femme qui lui allait si bien.

 

*****************************************

 

L’explication avec ses enfants avaient été tendu, surtout parce qu’ils ne comprenaient pas pourquoi elle n’avait pas parlé d’eux à son oncle et ses cousines. Elle avait été assez évasive et ils étaient rentrés dans un silence maussade qui avait désolé leur mère.

Et ils se retrouvaient là, dans le salon, après avoir ramené son oncle et ses cousines, et Gin dévisageait les jumeaux avec un air stupéfait. Son regard ne cessait de voyager entre Tia et les enfants.

- Que…

- T’as des frères et sœurs ? intervint Lizzie. Pourquoi on n’était pas au courant ?

- Heu… ce n’est pas exactement ça…

- On est ses enfants ! lança Len furieux.

- Ses enfants ?!

L’expression incrédule de Lizzie, faisait écho à celle de sa sœur et de son père.

- Tu as des enfants ?! répéta Trinity en se tournant vers sa cousine.

Tia détourna le regard gênée puis se reprit. Pas question d’avoir cette discussion devant les jumeaux. Elle releva la tête, et fixa les yeux dans ceux de son oncle.

- Voici Len, fit-elle en le montrant du bras, et Lara en posant la main sur son épaule.

Sa fille lui jeta un regard noir, mais ne se dégagea pas.

- Les enfants, je vous présente Gin, Lizzie et Trinity. Vos grandes cousines et votre grand-oncle.

Gin sembla se reprendre et fit un pas en avant. Il s’agenouilla pour être à leur hauteur et tendit une main vers eux, avec un air très sérieux mais amical.

- Je suis très heureux de faire votre connaissance, les enfants. J’ai toujours voulu une grande famille, alors bienvenue.

Len sembla s’adoucir un peu et serra la main de son grand-oncle avec un air grave.

- Moi aussi je suis content de vous connaître.

Gin lança alors un regard à Lara, y vit la même expression butée qu’il y avait parfois sur le visage de sa mère et réprima un sourire. Elle serra sa main tendue avec un bref hochement de tête, puis se fut au tour de Trinity et de Lizzie de les saluer. Lorsque ce fut fait, Tia échangea un regard avec Alexia et Frédéric. Alors qu’il hochait la tête et se levait pour emmener les enfants dehors, s’occuper du bétail récemment ramené, Alexia secoua la sienne et défia sa compagne du regard. Pas question de la laisser seule dans un moment pareil.

Tia leva les yeux au ciel, contrariée mais ne dit rien, et Frédéric sortit seul avec les jumeaux. Lorsqu’elle fut certaine qu’ils étaient loin, elle invita d’un geste son oncle et ses cousines à s’asseoir.

Elle-même s’assit dans un fauteuil en cuir qui faisait face au canapé. Alexia vint la rejoindre et, comme à son habitude, se percha sur l’accoudoir. Elle passa une main sur le dossier posa négligemment, mais consciemment, sa main contre la nuque de son amie. Elle passa les doigts dans ses cheveux et entama une série de mouvements circulaires sur la peau qu’elle sentait tendue.

Tia ferma brièvement les yeux en s’appuyant contre eux, puis les rouvrit et adressa un sourire fugace de remerciement à sa compagne.

- Allez-y, posez vos questions, lança-t-elle finalement à sa famille.

- Eh bien, déjà, j’aimerais savoir pourquoi on est là, fit Trinity sérieusement.

Tia qui ne s’attendait pas à ça, mit quelques secondes à répondre. Seulement la question était délicate.

- Heu… eh bien, en fait,…

Alexia sentit son malaise et intervint. C’était dingue, quand même, comme elle avait du mal à exprimer ses sentiments en dehors de ceux qu’elle ressentait pour elle.

- Dans quelques semaines, ou quelques mois, on va attaquer Sassem et son organisation et… se sera une attaque d’envergure. Et… tout ceux qui doivent y participer sont sensés passer quelques semaines avec leur famille… pour le cas où…

- Le cas où quoi ? interrogea Trinity.

- Le cas où je mourrais, expliqua Tia en plantant son regard dans le sien.

- Oh.

Pour une fois elle avait l’air de lui avoir cloué le bec. La mercenaire secoua la tête.

- Avant que tu ne dises quoi que se soit oncle Gin, sache que oui, ma présence est indispensable. C’est moi qui la dirige.

Gin hocha la tête d’un air grave et s’absorba quelques secondes dans des pensées moroses puis sous l’action du coude de sa plus jeune fille, il se redressa.

- D’autres questions ?

- Ton père va venir alors ? reprit Trinity à l’attention d’Alexia, enfin revenue de sa surprise.

- Non, répondit celle-ci en se raidissant.

Tia leva une main et la posa sur sa cuisse, qu’elle serra avant de la caresser doucement. Lentement mais sûrement, la jeune femme se détendit.

- Autre chose ?

Avant que sa fille aînée ne repose une question qui dévierait du sujet initial, Gin leva la main devant elle pour l’en empêcher et ouvrit la bouche.

- Pourquoi ne nous as-tu jamais parlé de tes enfants ?

- Parce que leur père est dangereux et que si je veux qu’il continue d’ignorer leur existence, je dois les cacher de tout le monde.

- Et pourquoi…

- Quel âge ont-ils ? l’interrompit sa fille aînée.

- 13 ans, répondit-elle pendant que Gin fusillait sa fille du regard.

- Ça t’ennuierait, chérie, de me laisser en placer une ?

- Désolée.

Gin se retourna vers sa nièce et reprit :

- Pourquoi nous-parles-tu d’eux maintenant, si pour leur protection, tu devais les cacher ?

- Parce qu’après l’attaque ça n’aura plus d’importance.

- Qui est leur père ? demanda Lizzie pour la première fois.

- Pas un type bien.

- Alors pourquoi t’es sortie avec lui ? lança Trinity.

Gin vit sa nièce se raidir et échanger un regard avec sa petite amie, ce qui le mit inexplicablement mal à l’aise.

- Les… circonstances étaient particulières, répondit-elle enfin très tendue.

- De quel genre ?

- Tu n’as pas besoin de le savoir et tu serais sympa de ne pas aborder le sujet devant eux.

- Parce que tu ne leur a pas dit qui était leur père ?

- Non. Ça fait seulement quelques mois que je les ai rencontré pour la première fois et… pour l’instant on apprend à se connaître.

- Tu les as abandonnés ?! s’écria Trinity indignée en se levant brusquement.

Tia lança un regard qui aurait tué un cheval à

20 mètres

mais qui fit à peine frémir sa cousine. Son père lui jeta un regard d’avertissement.

- Si tu réfléchissais deux secondes, cousine, tu aurais un début d’idée sur la raison.

En voyant qu’elle ne décolérait pas, Tia soupira et lâcha :

- J’avais 17 ans lorsqu’ils sont nés. Je venais tout juste de m’échapper de la milice qui avait massacré ma vie. Je n’étais pas en état de m’occuper d’eux. Alors je les ai remis à Frédéric. C’était mon instructeur au sein de… Enfin bref… il m’a aidé à m’échapper et à accepter de s’occuper de mes enfants.

- Tu veux dire que… le père est un des miliciens de l’armée de Sassem ? fit Trinity en se rasseyant, soudain radoucie.

Elle sentait que tout ça n’était pas net, qu’il y avait un malaise.

- Si ça ne t’ennuie pas, je préfère garder ça pour moi, fit-elle avec un sourire amer.

- On comprend, dit Gin en se penchant en avant, un regard emplie de compassion.

- Bien, alors si toutes les questions sont posées, on va rejoindre les autres dehors. Tia pourrait vous faire visiter le domaine, déclara Alexia qui souhaitait désamorcer la tension qu’elle sentait sourdre du corps de son amie.

Tout le monde comprit l’allusion et se leva.

- Combien de temps vous pouvez rester ? interrogea-t-elle son oncle.

- Pas très longtemps je le crains, fit-il désolé. Lizzie ne peut pas rater ses cours trop longtemps et Trinity et moi avons pas mal de travail pour faire tourner l’entreprise familiale. Au fait, tu as bien reçu le bilan de l’année passée et mon rapport sur les projets de cette année ?

- Oui, mais je ne saisis pas pourquoi tu me tiens au courant de ce qui se passe.

- Tout simplement parce que l’entreprise t’appartient au 3/4, déclara-t-il en posant une main sur son épaule. Et qu’une grosse partie des bénéfices te revienne. Que tu l’acceptes ou non, n’y change rien. Mais je te conseille quand même de l’accepter.

- Et pourquoi je ferais ça ? ricana la grande femme.

- Pour laisser un héritage à tes enfants.

Tia se raidit puis se relâcha. Elle secoua la tête.

- Tu as raison. Je n’y avais même pas songé.

- Aucun problème. Tu veux que je m’occupe des papiers ? Pour le cas où ?

La mercenaire hocha la tête.

- Merci.

- De rien. Écoute, je ne sais pas quand exactement aura lieu votre… attaque, mais tant que vous restez ici, les filles et moi pourront revenir régulièrement. Les vacances arrivent bientôt et je sais que cela ferait très plaisir à Lizzie de les passer près de toi.

- Vraiment ? répondit la grande femme en levant deux sourcils surpris.

- Évidemment ! fit son oncle en riant. Tu es son modèle !

- Je ne suis pas sûre que se soit une bonne idée. Je ne suis pas une personne bien.

- Arrête ça tout de suite gamine, dit Gin en lui caressant la joue du bout du doigt. Tu es quelqu’un de bien. Même si toi, tu ne le vois pas.

Tia poussa un soupir à fendre l’âme. Alexia lui disait la même chose. Si tout le monde le lui répétait tout le temps, elle allait finir par le croire. Elle posa les yeux sur la jeune ado qu’elle avait sortit de son enfer personnel et qui essayait pour l’heure de sortir ses enfants de leur humeur maussade. Alexia se tourna vers elle et lui fit signe de les rejoindre.

Comme toujours lorsqu’elle voyait le visage de sa petite amie, elle sourit, puis avança vers eux et la prit dans ses bras. Oublieuse de l’endroit et de ses soucis, elle se pencha vers la bouche de sa compagne et s’en empara pour un baiser langoureux et plein de tendresse qui les laissa haletante et souriante.

Tia leva la tête vers les sifflets moqueurs de Lizzie et lui lança un regard d’avertissement amusé. Quelques quolibets plus tard, Tia lâchait sa petite amie et se ruait sur le corps goguenard de sa jeune protégée, qui bondit hors de sa portée. S’en suivit une course poursuite qui ravit les jumeaux et laissa un sourire railleur sur les lèvres de Trinity.

Alexia rejoignit Gin.

- Je ne l’avais jamais vu s’amuser comme ça, fit-il un peu stupéfait mais heureux.

- Ça a été du boulot !

- Bon travail, alors.

- Non, en fait, elle a toujours eu ça en elle. Elle m’a pas mal surprise quand elle à commencé à me faire des farces. C’est moi qui me suis mis au diapason de son caractère joueur. C’est assez déconcertant de voir combien elle peut être gamine et en même temps impitoyable. J’ai parfois un peu de mal à concevoir que se sont les facettes d’une seule et même personne.

- J’imagine oui. Je ne l’ai jamais vu en mode travail, mais ça ne dois pas être simple.

- Non, mais comme je l’aime à la folie, j’ai une bonne motivation pour y parvenir.

- Peut-être que tu te poses trop de questions.

- Comment ça ?

- Tout le monde à plusieurs visages. Un pour chaque lieu ou situation qu’il vit. Il suffit juste de s’adapter à ces visages sans se poser un millier de questions, sur le pourquoi ou le comment et… j’ai l’impression que c’est ce que tu fais, alors pourquoi continues-tu de t’en faire ?

- Aussi simple que ça ? dit-elle avec un sourire.

- Pas vraiment. S’adapter à un visage souriant est plus facile qu’à un visage morose ou colérique.

- Pas de questions. Juste des réactions, marmonna la jeune femme. Ok, je peux le faire, lui sourit-elle à nouveau, je suis douée pour la non-réflexion.

Gin lui retourna son sourire, en se disant qu’elle avait une façon de sourire et de regarder les autres qui changeait l’ambiance, la rendait plus... brillante. Il y avait tant de sincérité, de franchise et de joie dans ses yeux verts que s’en était contagieux.

- Dites-moi, lança-elle soudain, vous ne connaîtriez pas la date de naissance de Tia des fois ?

- Bien sûr.

Alexia attendit mais comme rien ne venait, elle leva les yeux sur l’homme qui lui faisait face, version masculine et plus âgé de sa compagne, en levant deux sourcils impatients. Le sourire qui jouait sur ses lèvres lui fit comprendre qu’il avait le même sens de l’humour que sa nièce.

- Bon alors ? C’est quand ? fit-elle impatiente.

Un petit rire retentit.

- Le jour de la saint-valentin. Si tu y avais réfléchi un peu, tu aurais pût le deviner. Tia signifie amour tu te souviens ? C’est parce qu’elle est née le jour de la fête des amoureux.

La mâchoire d’Alexia menaça de se décrocher.

- Mais c’est bientôt ! chuchota-t-elle furieusement. Vous avez prévu une petite fête ?

- Non.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne pense pas qu’elle s’en souvienne, et ne m’ayant pas posé la question, je crois qu’elle ne veut tout simplement pas le fêter.

- Et alors ?! s’insurgea la jeune femme.

La réponse indignée, le fit sourire.

- Si tu tiens tant que cela à le lui fêter, je te conseille un truc intime, histoire qu’elle ne soit pas trop embarrassée et si elle réagit mal, vous n’aurez pas trop de public, dit-il en se penchant vers elle, les mains dans les poches. Et si ça se passe bien, l’année prochaine, on fera une fête à tout casser, ça te va ?

- Pas une fête, Ti déteste ça. Mais un truc avec toute la famille, ça, se serait cool. Ok, topez la, fit-elle en levant une main qu’il tapa en riant, je vous tiendrais au courant.

 

 

Chapitre 4 :

 

Le lendemain avait lieu sa réunion. Tia dut partir tôt le matin et elle laissa un mot pour ses enfants et son oncle, leur expliquant qu’elle devait partir pour le travail, mais serait de retour le soir même ou peut-être dans la nuit.

Elle n’eut pas le cœur de réveiller sa compagne lorsque jetant un œil au dehors, elle vit que le soleil était bien loin de se lever. Elle déposa un doux baiser sur sa joue, passant le dos de ses doigts sur sa douceur velouté. Le satin de cette peau lui faisait penser à celle des bébés, tant elle était douce, la seule différence en était l’odeur. Les bébés avaient une odeur merveilleuse et elle devait s’avouer qu’elle regrettait profondément de ne pas avoir plus profité de celles de ses enfants, lorsqu’elle le pouvait.

Mais si l’odeur d’Alexia ne ressemblait en rien à celles des bébés, elle n’en était pas moins merveilleuse. Elle se pencha délicatement au dessus d’elle et respira le parfum unique de sa peau en fermant les yeux. Cela lui faisait irrésistiblement penser à un champ ensoleillé, recouvert de milliers de fleurs rouges, allant du grenat le plus intense au rose le plus délicat.

Elle se recula légèrement et laissa son regard errer sur le profil enfantin de sa compagne. Même si ses traits étaient devenus plus acérés avec l’entraînement qu’elle subissait depuis plus d’un an, elle devait convenir que ses airs d’enfant innocent perduraient… et cela lui allait si bien…

Elle eut l’envie presque irrépressible de se pencher sur la joue ainsi offerte et de la lécher, puis de descendre le long de son cou gracile et tentateur, mais se retint. Ce ne serait pas très juste de la réveiller aussi tôt, juste pour avoir son câlin du matin avant de partir.

Elle passa sa main sur les cheveux blonds répandus sur l’oreiller et dans un soupir réprimé, elle sortit du lit d’un mouvement fluide et silencieux. Elle récupéra son sac de voyage et l’emmena avec elle dans la salle de bain adjacente.

Lorsqu’elle revint, elle le redéposa au même endroit et attrapa son sac à dos où elle fourra quelques affaires qui pourraient avoir leur utilité aujourd’hui. Enfin, elle rédigea les mots à l’intention de son oncle et de ses enfants, puis sur une impulsion, alors qu’elle observait sa partenaire endormie, écrivit quelques mots à son intention. Elle se leva et le posa sur l’oreiller qu’elle venait de quitter puis, avec un dernier regard tendre sur Alexia, sortit de la chambre.

 

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Tia était sur la route depuis plusieurs heures lorsqu’enfin la maisonnée sembla se réveiller. Alexia grogna une protestation orageuse à l’intention des rayons du soleil qui avaient l’outrecuidance de se déverser sur elle. Elle fourra sa tête sous l’oreiller. Des cris en provenance de la cuisine qui se trouvait en face de sa chambre, l’obligèrent à ouvrir un œil noir.

- Tu pourrais penser à nos réveils matinaux, avant de toujours engager une partie de jambes en l’air interminable le soir, lança-t-elle à sa compagne en grognant. Pas que je m’en plaigne hein, fit-elle en se redressant et en envoyant valser l’oreiller sur le sol, mais on pourrait peut-être les commencer plus tôt pour avoir au moins quelques heures de repos…

Sa voix s’éteignit dans un murmure lorsqu’elle constata que Tia n’était pas là. « Ah oui, la réunion » se souvint-elle. Elle bailla à s’en décrocher la mâchoire, s’étira comme une chatte et se leva, attrapant une chemises à Tia, trop grande pour elle et son short de pyjama laissé sur le sol la veille.

Elle se rendit dans la cuisine, particulièrement mal réveillée et se dirigea directement vers la cafetière sans saluer ni regarder personne en particulier. Elle se servit une tasse, avala une gorgée, et alors que le nectar des dieux se répandait le long de son œsophage et atteignait son estomac, elle s’appuya contre le comptoir du buffet en fermant les yeux.

Lorsqu’elle sentit son esprit s’éclaircir un peu elle rouvrit les yeux et vit que chaque personne présente dans la cuisine la dévisageait avec un air de curiosité mêlé de perplexité.

- Hm, désolée. Je ne suis pas du matin.

Len hocha la tête comme s’il voyait parfaitement de quoi elle parlait et vu son air chiffonné, il devait effectivement le savoir. Elle fit un petit à tout le monde et fronça les sourcils en voyant qui manquait.

- Ou est Tia ?

- Eh bien sur la route, comme prévu, répondit Frédéric. Je pensais qu’elle t’avait prévenue de sa réunion.

- Elle l’a fait mais… attends, attends, tu es en train de me dire, qu’elle est déjà partie ?!

Frédéric hocha la tête.

- Elle t’a pas laissé un mot ? fit la petite voix perfide de Lara en agitant le sien.

Alexia la fixa sans rien dire, consciente que l’hostilité de la gamine tenait plus du fait qu’elle passait du temps avec leur mère sans elle, qu’à sa personnalité. Elle secoua la tête puis s’interrompit. Sans poser sa précieuse tasse, elle retourna dans sa chambre, sous le regard amusé de Gin et Lizzie et celui perplexe du reste du groupe.

Alexia entra dans la pièce et en fit le tour des yeux. Elle repéra un morceau de papier au sol, du côté du lit de sa compagne et alla le ramasser. Elle s’assit sur le bord du lit et retourna le morceau de papier. Elle reconnut tout de suite l’élégante écriture de sa mercenaire et sourit. Puis les mots lui sautèrent au visage et son cœur fit un bond dans sa poitrine.

Elle attrapa son téléphone portable sécurisé et composa celui de sa petite amie. Deux sonneries retentirent avant qu’elle ne décroche. Sans lui laisser le temps de parler, elle déclara avec une pointe de tendresse :

- Tu es une vraie poète mon amour. Je t’aime.