13 décembre 2009
Le poids du futur et du passé, P1, chapitres 5-6-7
Chapitre 5 :
- Chouette soirée, hein ? fit une voix de
basse derrière elle.
Tia sourit à l’ironie perceptible, puis se
recomposa un visage neutre avant de lui faire face. Elle leva les yeux sur la
montagne qu’était son tuteur et le toisa aussi dédaigneusement que possible.
- C’était ton idée, alors pas de plainte.
Il sourit et fit un geste vague qui aurait put
passer pour bien des choses. Puis paume tournée vers le ciel, il présenta de la
main la femme qui l’accompagnait. Tia la détailla. C’était une femme d’une
cinquantaine d’années, à la peau fine et ridée. Sa chevelure argentée lui
arrivait aux épaules et allait merveilleusement avec ses traits fins et ses
yeux, d’un brun velouté, respiraient la chaleur.
Elle était beaucoup plus petite que Frédéric,
plus petite qu’elle-même. Une telle différence de taille… elle se demandait…
soudain une image saugrenue et très crue traversa son esprit la faisant rougir.
Elle baissa les yeux le temps de reprendre contenance puis les releva et hocha
la tête.
- Voici Anne Dérestin. Une de nos voisines.
- Et ta charmante amie, poursuivit Tia avec un
sourire en coin.
Ce fut au tour de Frédéric de détourner le
regard, gêné. Un petit rire amusé ramena vite leur attention.
- Nous avons été démasqués chéri, fit Anne en
lui touchant le bras.
Il acquiesça et se tourna vers sa première
enfant.
- Promis-juré, fit celle-ci en levant la main
droite, je dirais rien ! Même sous la plus extrême des tortures !
Il rit.
- Depuis combien de temps ?
- A toi de le dire, miss je sais tout, répondit
doucement son tuteur.
- Mmmm, fit Tia pensive, je dirais deux mois et
demi environ.
Il écarquilla de grands yeux et elle se moqua.
- Tu croyais que je m’étais rouillée à ce
point ? Tu croirais pas aussi au Père Noël ? Au lapin de
Pâques ? Je suis au regret de te dire que Nemo n’existe pas. Pas plus que
Shreck. Je sais, c’est dur, dit-elle faussement compatissante, mais il va
falloir te faire une raison.
Elle releva la tête et croisa son regard amusé.
Puis elle se tourna vers sa compagne.
- Enchantée Madame Dérestin. Je m’appelle Tia,
se présenta-elle en lui tendant la main.
- Je sais. Frédéric parle de vous sans arrêt.
- Attendez, répliqua la mercenaire vivement avec
une expression incrédule, vous êtes en train de me dire que Frédéric…
parle ?!
Frédéric secoua la tête alors qu’Anne se mettait
à rire.
- Et bien je te trouve de très bonne humeur pour
une personne que la perspective de cette réunion enervait.
- Je me suis fait une raison, rétorqua-t-elle
sans perdre son sourire en coin.
- Tu as présenté ton amie aux jumeaux ?
- Oh non ! répondit l’armoire à glace avec
un air très proche de la panique. Pas aujourd’hui ! Tu ne vas rien leur
dire n’est ce pas ? s’enquit-il soudain inquiet.
Tia le laissa mariner un petit moment puis
secoua la tête.
- Pas de souci, Fred. Je serais une tombe.
- Fred ? Un peu de respect jeune fille,
fit-il en retrouvant son aplomb.
- Dixit l’homme qui tremblait comme un lapin,
y’a à peine deux secondes.
- Je ne tremblais pas comme un lapin, grommela
le grand homme dans sa barbe.
Il la fusilla du regard puis se tourna vers sa
compagne.
- Chérie, ça t’ennuierait de nous laisser seuls
quelques minutes ?
- Pas du tout, répondit la petite femme avec une
petite tape sur son torse. Je vais aller me chercher un rafraîchissement.
Veux-tu que je te rapporte une entrecôte ?
- Oh que oui.
- Très bien.
Elle lui fit une petite bise sur la joue et Tia
se retint de rire en le voyant vérifier les environs. Puis elle s’éclipsa et la
mercenaire se mit un doigt dans la bouche en mimant une envie de vomir
puissante.
- Vous êtes si guimauves que ça me donne des
nausées.
- Tu t’es déjà regardée avec Lex avant de
critiquer ? rétorqua-t-il sans se vexer.
- Non et heureusement, je suis sûre que je me
dégoûterais, répondit-elle avec aplomb.
Il secoua à nouveau la tête. Décidément, elle
était de bonne humeur.
- Alors ? le relança-t-elle. De quoi
voulais-tu m’entretenir ?
- Je voulais savoir si tu avais appris quelque
chose sur notre mystérieux traqueur.
- Pas encore non. Il cache bien ses traces. Et
toi ?
- Rien non plus. Comme tu dis il cache bien ses
traces, ce qui est plutôt étonnant. Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il pose
des questions sur moi. Ca m’intrigue. Comment s’y prend-t-il pour ne rien
dévoiler de lui-même ?
- On s’y prend peut-être mal ? suggéra la
grande femme. Je vais m’adresser à d’autres personnes, plus… directes.
- Je vois ce que tu veux dire, ok, je vais faire
pareil.
Tia hocha la tête et tout deux regardèrent Anne
revenir. En chemin, elle se fit alpaguer par Len à qui le manège de son tuteur
n’avait pas échappé. Frédéric fila comme une flèche, porter secours à sa
dulcinée en espérant pouvoir limiter les dégâts dans les questions et les
réponses de part et d’autre.
Tia secoua la tête en riant et croisa le regard
de Rhapsody puis celui de Lex, qui étaient en grande discussion. Elle ressentit
un mélange parfait de bien-être puissant et de malaise intense. « Allons
bon, qu’est-ce que ça signifie encore ? » songea la grande femme en
les rejoignant.
********************************
Le lendemain matin, comme à son habitude, Tia se
réveilla la première et, comme d’habitude, Lex était à l’autre bout du lit et
lui tournait le dos. Mais cette fois, elle ne s’attarda pas à la regarder en se
demandant quoi faire. Cela ne changerait rien, alors elle préféra se lever et
tenter de faire comme si cela ne l’affectait pas.
Elle se doucha rapidement et s’habilla, puis
attrapa son ordinateur portable et passant dans la cuisine, elle s’attabla
devant une fournée de pancakes, reste du quatre heures de la veille, qu’elle
arrosa copieusement de nutella.
Tout en dégustant son met, elle alluma son
ordinateur et consulta ses mails professionnels. Elle avait bien envie de
bouger un peu. Sa bizarre rencontre avec la voisine et ses relations étranges
avec Lex, lui donnaient fortement envie de faire quelque chose de routinier, de
rassurant.
Elle en dédaigna plusieurs et en lut quelque
autres prometteurs. Puis flasha sur l’un deux. Littéralement. Il s’agissait
d’une mission en Australie, la terre des kangourous et des koalas. Elle sourit
à l’idée de revoir la petite bouille toute mimi des koalas et étudia
attentivement les détails de la mission.
C’était un truc tout simple qui lui permettrait
de profiter du voyage pour visiter un peu. Elle devait récupérer un dossier
chez un particulier, le garder quelques jours puis le convoyer jusqu’au
tribunal fédéral de la magistrature de Sydney.
Très simple. Elle se doutait bien qu’il devait
s’agir d’un dossier avec des infos brûlantes, mais elle savait aussi que si le
gouvernement Australien faisait appel à elle s’était pour décourager les
personnes qui voulaient prendre ces infos. Elle devrait donc être peu
importunée.
Rien d’excitant donc, mais c’était exactement ce
dont elle avait besoin. Elle pourrait se changer les idées et se détendre un
peu. Elle envoya un mail de confirmation à son nouveau client et lui demanda
des renseignements complémentaires. Elle passa ensuite sur son mail personnel
et découvrit des alertes sur ses sites de téléchargement préférés. Apparemment,
de nouveaux épisodes de L Word et de Grey’s Anatomy étaient sortis.
Elle s’empressa de cliquer dessus et de chercher
le nom des épisodes. Elle lança ensuite une recherche avec sur son propre
programme de téléchargement. Il était inrepérable, on ne pourrait donc pas la
taxer de téléchargement illégal.
Elle finit ses pancakes et se rendit dans le
salon où elle s’installa confortablement sur le canapé. Elle posa son ordi sur
ses genoux et laissant le programme tourner, lança des recherches sur les
personnes qui l’avaient contacté.
Elle passa l’heure suivante à étudier
attentivement le profil des personnes impliquées et du terrain à occuper. Elle
avait une planque toute prête pour mettre en sécurité les infos dès qu’elle les
aurait.
Maintenant tout ce qu’il lui fallait c’était des
infos sur ceux intéressés par ces infos. Elle envoya un nouveau mail à ses
clients en précisant la nature des renseignements dont elle avait besoin. Puis
vérifia l'avancement de ses téléchargements et décida d’aller chercher ses DVD
Walt Disney. Elle avait besoin de sa dose de magie et de happy end.
Elle se rendit sur la pointe des pieds dans la
bibliothèque devenue, grâce à elle, vidéothèque. Elle se situait entres les
chambres des ses enfants qui, fatigués par la fête de la veille, dormaient
encore. Elle farfouilla quelques minutes et se décida pour Mulan, Lilo et Stich
et Shreck.
Elle retourna dans le salon et mit le premier
DVD. Elle attrapa un coussin qu’elle posa sur son estomac et entoura de ses
bras. Elle remonta ses genoux et fixa l’écran comme si c’était la première fois
qu’elle voyait le film.
C’est dans cette position qu’Alexia la trouva
lorsqu’elle se réveilla aux environ de midi. Elle s’appuya au chambranle de la
porte et observa celle qui malgré les années passées, faisait toujours battre
son cœur.
Elle était concentrée sur l’action qui se
déroulait sur l’écran. Alexia pencha la tête pour voir ce qu’elle visionnait et
vit que c’était Lilo et Stich. Elle revint à sa compagne et la vit poser une
main sur sa bouche en réprimant un gloussement. Lex ne put s’empêcher de
sourire devant les grimaces de sa compagne.
Tia était si mignonne quand elle regardait la
télé. Que se soit un film pour enfant ou non, elle s’émerveillait toujours
comme si elle en était une. Elle lui avait avoué au début de leur relation,
qu’elle était devenue accro à la télévision pendant sa grossesse. Frédéric lui
avait fait découvrir les Walt Disney et les séries Tv parce qu’elle était
apathique et qu’il ne savait pas quoi faire pour la sortir de son état
dépressif.
Elle avait fini par voir les images qui défilaient
sur l’écran en face d’elle et entendre les dialogues. Elle en avait été
instantanément fascinée. Ca n’avait jamais calmé sa rage mais ça lui avait
permis d’apprendre certaines choses et surtout ça lui donnait une bouffée
d’ailleurs, un moment où elle n’avait plus à penser, juste à vivre par
procuration. Et ça elle en avait parfois, cruellement besoin.
Même si Tia lui avait raconté les cauchemars de
son enfance, ils n’étaient pas partis pour autant. Ils revenaient parfois la
hanter et la laissaient dans un état de nerfs explosif. Au début, Alexia
croyait que ça passerait avec le temps, maintenant elle savait qu’il n’en
serait jamais rien. Ces cauchemars faisaient partis d’elle et de ce qu’elle
était. Tout ce qu’elle pouvait faire c’était d’être là lorsqu’ils revenaient la
hanter.
Cela lui fit penser que Tia ne lui avait encore
jamais raconté pourquoi elle était dépressive pendant sa grossesse. Elle avait
d’abord pensé que c’était la découverte de sa grossesse justement, mais en
lisant entre les lignes elle avait compris que ce n’était pas la raison
principale. Elle l’avait interrogée là-dessus une fois, mais Tia s’était
refermée comme une huître. Elle avait passé le reste de la journée dans un état mélancolique qui lui avait fait
craindre quelque chose de plus sérieux. Depuis elle avait soigneusement évité
le sujet.
Si savoir que Tia ne lui avait pas tout dit
était un peu douloureux, elle comprenait que sa compagne avait des blessures
profondes, qui ne guérissaient vraiment pas vite et qu’en rouvrir d’autres
avant que celles-ci n’aient commencé à cicatriser pouvait être dangereux pour
sa santé mentale, alors elle patientait.
Mais depuis la découverte de ses résultats elle
savait qu’elle n’avait pas toute la vie pour l’aider. Pourtant elle continuait
de patienter. Elle ne voyait pas quoi faire d’autre de toute façon. Cependant
elle avait dû redéfinir ce qu’elle accomplirait pendant son existence. Elle y
avait réfléchi un bon moment et en voyant sa compagne glousser comme une
enfant, elle sut que c’était la bonne décision.
Elle voulait la délivrer de ses démons. Cela
prendrait du temps, demanderait de la patience et beaucoup de tolérance, Tia
étant une personne qui n’aimait réellement pas se confier et qui réagissait mal
après l’avoir fait.
Elle avait 10 à 12 ans de bonne santé devant
elle, elle allait donc faire en sorte que cela suffise.
Elle resta à l’observer pendant presque tout le
film et pas une seule fois, elle ne sembla se rendre compte de sa présence.
C’était toujours comme ça quand elle regardait la télé. Elle était complètement
immergée dans la fiction, comme hypnotisée par l’écran.
Ca l’avait toujours fasciné et… amusé aussi.
C’était si… opposé à Tia. Elle signala sa présence pendant le générique par un
petit raclement de gorge et la mercenaire releva la tête surprise. Une petite
rougeur apparue comme à chaque fois qu’on la surprenait à regarder des dessins
animés puis elle la reconnut et elle sourit.
Tia aimait beaucoup voir Lex au réveil. Elle
était si échevelée qu’elle donnait l’impression d’avoir dormi au milieu d’un
typhon, mais c’était dû en fait, aux multiples passages de ses mains dans ses
cheveux pendant qu’elle réveillait son corps.
Souvent la mercenaire la réveillait, juste pour
la voir lever les mains et les passer dans ses cheveux. C’était marrant de la
voir se décoiffer, les yeux fermés sans avoir aucune conscience de ce qu’elle
faisait. Après elle attendait de la voir se rendre dans la salle de bains et
comptait les secondes jusqu’au cri qui retentissait immanquablement lorsque Lex
se rendait compte de ce qu’était devenue sa chevelure.
Elle fixait alors la porte de la salle de bains
et attendait de la voir sortir en courant et de se planter devant elle, les
mains sur les hanches, pour l’accuser de s’amuser à faire des nœuds dans ses
cheveux. Elle la traitait de gamine et lui disait qu’elle pourrait trouver un
jeu moins ennuyeux.
A ce moment de la diatribe, Tia éclatait de
rire. Elle n’avait pas encore trouvé l’occasion de lui dire qu’elle était la
seule coupable. Surtout parce qu’elle devinait que Lex ne voudrait pas la
croire. Et puis c’était si amusant de la voir aussi vexée et outragée.
Elle gloussa devant l’improbable coiffure de sa
compagne et dit en pointant un doigt vers le sommet de sa tête :
- Tu projettes de laisser une famille de rapace
s’installer ?
Lex fronça les sourcils et porta la main à ses
cheveux. Elle se pencha un peu et regarda son reflet dans la fenêtre. Poussa un
petit cri et se tourna vers elle avec un regard furieux.
- Ca t’amuse toujours autant à ce que je vois. Bon
sang Ti, tu peux pas te trouver un autre jeu ?! gronda-t-elle. Tu sais
combien de temps je mets chaque matin à défaire les nœuds ?
Pour toute réponse Tia gloussa à nouveau et ses
jumeaux se joignirent à elle en pénétrant dans le salon quelques secondes plus
tard et en la découvrant. Lex tourna les talons vexée et partit d’un pas
énergique tenter de retrouver forme humaine dans la salle de bains.
- Faudra que tu lui dises quand même que c’est
pas toi, déclara Lara entre deux hoquets.
- Tu rigoles ?! Si je le lui dis, elle va
faire gaffe en se levant et filer direct à la salle de bains avant de se
montrer. J’ai aucune envie de manquer un tel spectacle !
- C’est vrai ça serait dommage ! convint
son fils. J’aime bien ce genre de réveil, moi.
On entendit un cri de frustration en provenance
de la salle de bains puis :
- Tia !
Les rires repartirent de plus belle.
**********************************
Cela faisait deux jours qu’elles étaient en
Australie. Tia avait récupéré les documents avec Lex puis s’étaient séparées.
Elle était partie les mettre en sûreté, pendant que Lex leur préparait un petit
programme touristique. Elles avaient 7 jours à attendre avant de remettre les
docs au greffe du tribunal.
Apparemment, les infos concernaient une bande
mafieuse qui sévissait depuis une dizaine d’années et qui avait récemment
participé à des essais médicaux illégaux. Ils avaient fournis, sous couverture
d’enlèvements, divers échantillons représentatif de la population. Si
on lui avait confié les preuves, c’était parce que le chef de la police de
Sydney ne se faisait pas d’illusion. Il savait que sa police était gangrenée et
qu’il y avait des taupes dans son service.
Il avait donc fait appel, avec l’accord du
procureur et du maire, à divers mercenaires pour assurer la protection des
preuves. A elle on avait fournis les indices et preuves matériels. A d’autres
on avait demandé la protection de témoins.
Pour des raisons évidentes, on ne lui avait rien
dit d’autre. La présence de plusieurs mercenaires, surtout aussi réputés qu’elle, pour assurer la protection
des preuves, avait eu l’effet escompté. La mafia ne savait pas où donner de la
tête, ni même qui ou quoi chercher.
Si Tia et Lex jouaient donc tranquillement les
touristes sous leurs véritables identités, elles n’auraient aucun ennui et les
preuves seraient acheminées en temps, sans souci. Une mission très facile et
reposante en somme.
Lex leur avait dégoté un circuit safari, très en
vogue en ce moment. C’était une couverture idéale et cela convenait parfaitement
à la mercenaire qui voulait à toute force revoir kangourous, koalas et
compagnie. Ses réactions d’enfant étaient merveilleuses à voir, c’était
pourquoi elle avait choisi ce lieu.
Elles étaient dans un des 4x4 de la compagnie
qui gérait le parc et elles allaient entrer dans la zone réservée aux félins.
Une pause était prévue près du lac vers lequel tous s’abreuvaient. Elles
avancèrent en profitant du paysage et Tia marmonna à l’oreille de Lex que la
structure du domaine avait été bien pensée. L’espace était suffisamment grand
pour que plusieurs clans de félins différents puissent y vivre.
Le groupe dont elles faisaient parties sortit
des véhicules qui surplombaient le point d’eau avec joie. Ce surplomb était un
endroit inaccessible aux animaux et donnait un excellent point de vue sur le
point d’eau en dessous où tous les animaux venaient s’abreuver. Cela faisait
une heure qu’ils se promenaient et cette pause était la bienvenue. Tia sortit
en s’étirant comme un chat. Lex vit plusieurs hommes la regarder faire d’un air
intéressé.
« Pas de bol les gars, elle est déjà
prise. » Lorsqu’elles sortaient en société, Lex était toujours partagée
entre la fierté d’être d'être celle à qui appartenait le coeur de Tia et la
gêne d’être vue en compagnie d’une femme aussi fascinante soit-elle. C’était
difficile. Surtout parce que les réactions des personnes qui les entouraient
étaient toujours imprévisibles.
Lorsqu’elle n’y lisait pas du dégoût, elle y
voyait du choc. Au mieux, elle pouvait espérer de la curiosité. Il était très
rare d’y voir de l’indulgence ou de l’amusement comme c’aurait été le cas pour
un couple hétéro. La plupart du temps, les gens détournaient le regard et Lex
faisait comme si tout ceci ne la dérangeait pas.
Bien sûr, Tia n’était pas dupe et en public elles
faisaient comme si elles étaient de simples amies. Lex devait s’avouer que
c’était moins dur, mais elle n’aimait pas être obligée de se comporter
autrement que comme un couple. Elle aurait aimé pouvoir se blottir dans ses
bras et l’embrasser quand ça lui chantait.
Et marquer aussi sa propriété. Tia était avec
elle. A elle. Et elle voulait que tous les mecs qui la regardait comme en cet
instant le sachent et arrêtent leurs singeries ridicules, consistant à essayer
de l’impressionner et à tenter leur chance.
Elle savait que ça ennuyait Tia, mais Tia ne
savait pas à quel point ça l’ennuyait, elle. Elle avait fait de sérieux progrès
concernant ses réactions, mais la morsure provoquée par la jalousie était,
elle, toujours aussi présente et toujours aussi forte.
« Si seulement le monde pouvait évoluer un
peu plus vite »… songea-t-elle. C’était facile de dire de se ficher des
autres et de faire comme elle en avait envie, mais les regards, s’ils n’étaient
réellement pas importants, le malaise qu’ils généraient était bien réel lui.
« Le pouvoir d’un regard… »
songea-t-elle nostalgique. A ce moment là, Tia croisa son regard et ce qu’elle
y lut la fit frissonner des pieds à la tête. « Le pouvoir d’un
regard… » songea-t-elle à nouveau beaucoup plus guillerette.
******************************
Les 4X4 s’étaient séparés une demi-heure
auparavant, pour suivre chacun un circuit différent. Alors excepté leur
chauffeur et guide, Tia et Lex étaient seules. En tête à tête. Lex observa une fois de plus sa compagne
s’émerveiller devant un troupeau de gazelles se faisant chasser par un groupe
de guépards.
Leur véhicule se trouvait à une bonne distance
et elles observaient l’attaque à travers les jumelles gracieusement fournies
par leur guide, lequel s’était absenté pour satisfaire à son besoin de
nicotine.
Tia descendit de la voiture sans lâcher les
jumelles et poussa un petit cri. Elle se retourna et lui sourit joyeusement.
Suivant son impulsion, Lex descendit et la rejoignit. Elle passa ses bras
autour de sa taille et s’appuya contre elle.
Un rugissement soudain associé au bruit du métal
rencontrant des griffes, les fit se retourner vivement. Elles dévisagèrent
bouche bée, une lionne qui faisait deux fois leur taille et qui se trouvait sur
le capot du véhicule. Elle les regardait et Tia y vit l’instinct de la chasse.
- Elle nous prend pour son dîner, murmura-t-elle
à sa compagne en la poussant doucement derrière elle.
- Ils sont pas sensés éviter les humains ?
- Si.
- Ok.
Lex prit une grande inspiration et tenta de
calmer les battements de son cœur. Elle avait fait face à pire. N’est-ce
pas ?
- Et on fait quoi maintenant ?
- Aucune idée.
- Que… quoi ?
- J’en sais rien.
- Comment ça tu sais pas ? Tia c’est… t’es
une spécialiste ! Une mercenaire !
- Au cas où ça t’aurait échappé, je ne m’occupe
que des humains.
- Mais… mais…
- Il nous faut notre guide. Et vite.
- Tia je crois pas qu’elle va attendre qu’on le
trouve, fit Lex en sentant la panique monter.
La lionne s’était ramassée sur lui-même et
semblait sur le point de leur sauter dessus.
- Je crois aussi, répondit calmement la
mercenaire. Ecoutes, à mon signal tu dégages en hurlant. Tu trouves le guide et
tu lui dis d’appeler les vétos en urgence.
- Attends, j’ai comme l’impression que ce plan
ne t’inclut pas là, et je….
- On n’a pas le temps de discuter mon amour,
alors soit sympa et fais ce que je te dis.
- Tia…, protesta la jeune femme avec
appréhension.
- Maintenant ! cria la grande femme en la
poussant de toutes ses forces d’un côté alors qu’elle-même se jetait de l’autre.
La lionne, qui avait bondi, atterrit entre elles
deux et pour qu’elle ne se trompe pas de cible, Tia se releva et la harangua
d’une voix dangereuse, basse, menaçante comme si elle ne la craignait pas.
Comme prévu, la lionne sentit en elle, la
présence d’un autre prédateur et suivant son instinct, elle voulut la
soumettre. Elle se tourna vers elle et découvrit ses crocs.
Alexia se releva et vit la lionne menacer sa
compagne avec horreur.
- Qu’est-ce que tu attends ? cria Tia.
Bouge de là, va chercher le guide !
Lex sursauta puis hésita. Elle ne voulait pas
laisser son amie ici, seule avec ce monstre. Elle risquait de se faire
déchiqueter. La même idée sembla la traverser parce qu’elle cria alors :
- Je ne vais tenir jusqu'à la saint glinglin
Lex, alors bouge tes fesses !
Enfin, avec réticence et une angoisse de plus en
plus palpable, Alexia se mit en marche. Elle suivit le même chemin que le guide
et se mit à courir en priant pour que Tia s’en sorte.
Tout le temps où Tia avait incité Lex à partir,
elle n’avait pas quitté la lionne des yeux. Tout deux prenaient la mesure l’un
de l’autre se tournant autour dans un lent mouvement parfaitement contrôlé.
Elle sentit, plus qu’elle ne vit, lorsque la
lionne décida qu’il était prêt à passer à l’attaque. Tia se ramassa sur
elle-même, prête à bondir hors de sa portée dès qu’elle le verrait dans les
airs. D’un mouvement si vif qu’elle le perçut à peine, la lionne bondit.
Tia se jeta sur le côté et roula hors de sa
portée. Elle se redressait lorsqu’elle comprit qu’elle n’avait pas été assez
rapide. La lionne avait atterri où elle se trouvait deux secondes auparavant et
sans perdre une seconde avait rebondi pour la suivre.
Elle tenta un écart de dernière minute en se
repoussant avec les pieds vers l’arrière mais ce ne fut pas suffisant. Une
douleur fulgurante, celle de griffes accrochant la chair et la déchirant,
traversa son abdomen. Elle tomba sur le dos alors que la lionne se tournait
vers elle et, avant qu’elle n’est pu faire un mouvement, bondit sur elle, la
clouant au sol de tout son poids.
Les pattes avant sur ses épaules et une des
pattes arrières sur sa jambe gauche, elle pouvait à peine bouger. Les griffes
s’enfonçaient dans sa chair alors même qu’elle sentait le sang couler de son
ventre pour se répandre sur le sol, attisant encore plus la soif de sang de son
adversaire.
Tia vit ses yeux se dilater encore plus et le
vit approcher sa gueule de son cou. Elle leva les bras dans une tentative
désespérée de l’empêcher d’avancer. Les griffes s’enfoncèrent un peu plus
profondément lui tirant un gémissement qu’elle réprima très vite.
Il ouvrit la gueule Tia vit sa mort, toute
proche. Elle empoigna son cou, bien décidée à ne pas abandonner aussi
facilement. Lex allait la tirer de là, il fallait juste lui en laisser le temps.
« Bon sang que les lions sont lourds ! » songea-t-elle la sueur
dégoulinant le long de son front.
Inexorablement, et alors qu’elle bandait tous
ses muscles pour le stopper, sa tête se rapprochait de son cou. Comme s’il
avait senti le danger, le cri sombre qui l’accompagnait depuis la mort de
Sassem, retentit soudain.
Il pénétra en Tia et pour une fois, elle ne le
repoussa pas, l’acceptant, l’appelant même de toute son âme. Il entra en elle,
se répandit dans tout son corps et la galvanisa. Une énergie sombre se répandit
en elle au rythme des pulsations de son cœur.
Un instinct plus vieux que le big bang lui même,
l’habitait. Création-destruction. C’était le chaos. Lorsque l’énergie en elle
menaça de la rendre folle, Tia la libéra. Dans un hurlement salvateur et plein
d’une force brute et farouche, Tia crispa ses mains sur le cou de l’animal et
d’une torsion violente, elle lui brisa la nuque.
L’animal s’affaissa contre elle et Tia le
repoussa. Elle se releva, le corps brûlant d’une envie profonde et violente de
se défouler. Mais elle vit Alexia revenir en courant, le guide derrière elle,
et demandant du secours par radio. C’était étrange, il était bien à 20 mètres
Elle revint à Alexia et vit qu’elle était devant
elle en train d’examiner son corps couvert de sang. Sa vision et son ouïe
redevinrent normales et elle l’entendit lui poser des questions, sans plus
entendre le guide. De même tout recommença à bouger normalement.
- Tu vas bien ? Tia, tu vas bien ?
demandait fébrilement Lex en vérifiant par elle-même sans attendre sa réponse.
Oh bon sang, il faut t’amener à l’hôpital.
- Je vais bien Lex, répondit enfin la grande
femme en posant une main sur son épaule pour l’obliger à se calmer. Lex,
répéta-t-elle quand elle ne la vit pas réagir, je vais bien. Ce ne sont que des
égratignures.
- Avec toi, c’est jamais rien d’autre,
grommela-t-elle en retrouvant son calme par à coup. Même avec un trou béant, tu
trouverais encore le moyen de dire qu’un pansement suffirait.
Lex était en colère, mais Tia savait que ce
n’était que l’expression de son inquiétude, alors elle ne formalisa pas. Au
lieu de ça elle répliqua :
- Ouais, mais comme j’ai une bonne fée, je suis
sûre que mon pansement sera magique et que la vilaine et dérangeante
égratignure disparaîtra en un claquement de doigts.
Lex ne répondit pas tout de suite.
- Ta bonne fée, elle n’est pas en forme en ce
moment, fit-elle un peu moins en colère, alors tu vas gentiment te laisser
conduire à l’hôpital.
- Si ça peut te faire plaisir, accepta la
mercenaire en effleurant sa joue de ses doigts.
Un des vétérinaires qui venait d’arriver vit le
lion mort et la fixa avec de grands yeux écarquillés, pendant qu’un autre
écartait les pans de sa chemise et plaquait plusieurs compresses stériles sur
ses plaies en grimaçant.
- Comment vous avez fait ça ? Demanda le
troisième homme. Il faisait au moins 200 kilos !
Chapitre 6 :
Elles apprirent plus tard que la lionne
n’appartenait pas à la réserve et que des marques de mauvais traitements
récents faisaient penser à un réseau que les autorités essayaient de coincer
depuis plusieurs mois. Des animaux sauvages étaient capturés dans leur milieu
naturel puis conditionner pour attaquer les humains. Ils servaient
littéralement d’armes.
On leur demanda donc si elles avaient une idée
de qui pouvait bien leur en vouloir et elles jouèrent les idiotes. Pas question
de griller leur couverture sans être certaines que c’étaient bien elles qui
étaient visées.
Néanmoins, Tia contacta son client et lui
demanda si il voyait qui aurait pu utiliser ce genre de moyen pour lui nuire.
- Ce n’est pas le genre du cartel du coin. Je
veux dire, bien sûr si vous les gênez et qu’ils veulent se débarrasser de vous
sans être inquiétés ils pourraient utiliser un moyen comme celui-ci, mais là,
ils ont besoin de ces documents. Si ils savaient qui vous étiez, ils
essaieraient de vous contacter pour trouver un arrangement, pas de vous tuer.
- C’est aussi ce que je pense. Pourriez-vous me
rendre un service ?
- Dites toujours.
- J’aimerais que vous enquêtiez sur la façon
dont cette lionne est arrivé dans la réserve sans que personne ne le remarque.
Il doit bien y avoir des traces et je ne peux malheureusement pas m’en occuper
moi-même, puisque j’ai votre mission sur les bras.
Le chef de la police garda un instant le
silence.
- Seriez-vous en train de me faire du
chantage ?
- Pas du tout. Je vous informe juste que je dois
savoir qui sont ceux qui veulent ma peau et qu’il se pourrait que je sois
obligée d’abandonner ma couverture pour cela, auquel cas cela pourrait porter
préjudice à mon travail. Et pour que ça n’arrive pas, je vous donne l’occasion
de me donner un coup de main.
Un autre silence.
- Comme c’est aimable de votre part, ironisa
finalement le chef. Très bien, soupira-t-il, je vais voir ce que je peux faire.
- Bien. Tenez-moi au courant.
- Ouais, ouais.
Il soupira encore une fois puis raccrocha. Tia
sourit et se retourna vers sa compagne.
- Il avait l’air fatigué le pauvre homme,
fit-elle avec un grand sourire.
- Et ça à l’air de t’affliger.
- Je l’aime bien, rétorqua-t-elle.
- Ah bah, ouais, ta compassion saute aux yeux.
- C’est les médicaments, rigola doucement la
mercenaire.
Alexia l’observa et ne put retenir un sourire
devant son expression enfantine. Elle était allongée sur un lit d’hôpital à
roulette, la chemise ouverte et le ventre couvert de gaze ensanglantée. Son
jean était déchiré à l’endroit où la lionne avait enfoncé ses griffes. Cela
faisait 5 minutes qu’elles étaient arrivées et l’infirmière qui avait fait une
piqûre d’antalgique à Tia en apprenant ce qui lui était arrivé, venait de
partir chercher le médecin.
Avant de partir, elle avait prévenu sa patiente
qu’il faudrait sûrement découper son jean, ce qui avait fortement déplu à la
mercenaire. Alexia était parvenue à la convaincre de laisser faire le médecin
en arguant qu’il était déjà fichu à cause de la lionne. Mais elle avait eu du
mal. Surtout parce qu’elle ne voulait pas
se retrouver cul nu, dixit Tia, après avoir été soignée. Elle avait dû lui
promettre de demander à l’infirmière le droit d’emprunter un de leur pantalon
chirurgical, fusse-t-il le payer.
En cet instant, Tia était gentiment allongée sur
le dos et la regardait avec un air d’enfant trop mignon. Il y avait une
adoration si évidente dans ses yeux, que Lex sentit son cœur fondre. Elle se
pencha doucement sur sa compagne et l’embrassa, effleurant ses lèvres dans un
baiser léger comme l’air. Elle frotta ensuite son nez au sien et murmura :
- Je t’aime.
L’air de profonde joie que cela créa, fit monter
un sentiment intense de chaleur en elle. Elle rit un peu puis frotta de nouveau
son nez au sien avant de se redresser.
C’était fou, après 3 ans de vie commune, la première
année ne comptait pas elles n’étaient pas encore ensemble, enfin pas vraiment,
qu’un « je t’aime », entendu si souvent, puisse avoir encore autant
de force.
A chaque fois que Lex le disait à Tia, on aurait
dit que c’était la première fois. Et c’était pareil lorsque Tia le lui disait.
Oui, c’était véritablement fou et cela en disait long sur leur relation.
Le médecin entra enfin dans la pièce et s’assit
près de Tia. Il retira les pansements et examina attentivement les plaies. Puis
il releva la tête et déclara :
- Eh bien ma foi, vous avez eu de la chance.
Puis se tournant vers Lex.
- Il va falloir lui faire plusieurs points de
suture. Et lui donner une bonne dose d’antibiotique.
Alexia hocha la tête et s’assit près de la tête
de Tia qui fronçait les sourcils, pas du tout satisfaite du diagnostic. Tout au
long du processus de soin, Alexia lui parla doucement de ce qu’elles allaient
faire le reste de la semaine et qui incluait un repos forcé pour Tia et du
chouchoutage pour elle.
Si la première partie du programme ne plut pas à
la mercenaire, la seconde en revanche amena un sourire coquin sur ses lèvres.
- Promis ?
Alexia sourit en secouant la tête, pas du tout
gênée par la présence du médecin.
- Promis.
Lorsqu’il eut terminé le médecin lui donna ses dernières
instructions.
- Il faut lui passer cette pommade désinfectante
tous les jours, matin et soir, pendant une semaine. Revenez la semaine
prochaine pour lui retirez ses points et surtout faites la se reposer pendant
au moins 24h.
- Je le ferais. Par contre, la semaine prochaine
on sera rentrées en Amérique, donc les points on les fera retirer là-bas.
- Très bien. N’oubliez pas, fit-il en retirant
ses gants. Laissez-la se reposer. Et si elle a mal, ce qui ne m’étonnerait pas,
donnez-lui ceci, fit-il en lui tendant une ordonnance.
Elle la prit et le remercia. Il sortit au moment
où l’infirmière rentrait, le pyjama bleu des chirurgiens dans les mains. Elle
le posa à côté de Tia et entreprit de lui retirer ses vêtements. Alexia la
regarda faire, légèrement choquée. Pourtant elle n’aurait pas dû l’être,
c’était son métier après tout, mais elle ne pouvait s’en empêcher. Il n’y avait
qu’elle qui avait le droit de toucher Tia.
Elle s’approcha de l’infirmière alors que
celle-ci tirait sur les lambeaux de jean et que la mercenaire l’aidait de son
mieux en gloussant. Son rire, loin d’ennuyer la femme, la faisait sourire et
lorsqu’elle eut enfin retiré le vêtement, elle ne put s’empêcher de lâcher un
sifflement en voyant les jambes longues, musclées et bronzées.
Son air ouvertement admiratif n’échappa ni à la
brune qui gloussa à nouveau, ni à la blonde qui posa une main sur le bras de la
femme. Le regard noir qu’elle lui offrit, la fit reculer et elle comprit que sa
tâche était terminée. Elle lui fit un petit salut et un petit signe à sa
patiente en sortant. Tia le lui retourna en chantonnant :
- Au revoir, belle infirmière, mon infirmière…
Puis elle tourna son regard vers sa compagne qui
la dévisageait d’un air contrarié et elle gloussa de nouveau, une main devant
sa bouche.
- Si tu ne fais pas attention, tu vas te
transformer en dinde à ce rythme, lui lança-t-elle contrariée.
Elle la fit asseoir et lui enfila son haut, puis
les jambes du pyjama. Elle la fit se mettre debout et ajusta le pantalon sur
ses hanches qu’elle serra grâce au lacet. Puis stabilisa son amie qui tanguait
dangereusement.
- Bon sang, comment on va rentrer ?
grommela-t-elle.
Elle savait que Tia avait raison quand elle lui
avait dit que refuser l’antalgique serait pour le moins dangereux pour leur couverture,
mais elle n’avait jamais vu Tia aussi… ailleurs. Même bourrée, elle n’était pas
aussi… partie. C’était amusant et adorable, mais en la circonstance,
particulièrement dangereux et vraiment pas pratique.
Elle soupira et la fit asseoir. Elle appela un
taxi puis partit en quête d’une chaise roulante non sans s’être assurée
auparavant que Tia ne bougerait pas.
*****************************
Une semaine plus tard, elles se trouvaient
tranquillement installées sur des chaises longues en Ontario, en train de
siroter une citronnade. Tia avait l’air parfaitement remise. On lui avait
retiré ses points la veille et de fines cicatrices roses marquaient ses
épaules, son ventre et une de ses jambes.
Alexia l’observa. Elle avait les yeux fermés et
l’air parfaitement détendue. Elle se souvint de sa terreur lorsqu’elle était
revenue en courant vers elle avec leur guide pour la trouver allongée sous le
lion. Et son angoisse lorsque se relevant, elle l’avait vue couverte de sang et
une énergie sombre parcourir son corps et se refléter dans ses yeux aux iris
extrêmement dilatés.
Elle avait réussi à se calmer suffisamment pour
l’emmener aux urgences, mais même l’assurance du médecin et le calme de
l’infirmière n’étaient pas parvenus à la rassurer. Ce n’était pas temps dû à
ses blessures qu’à cette énergie vibrante qui transformait son aimée en une
boule de nerfs dangereuse.
Mais en la voyant, allongée, là, calme comme un
bébé venant de naître, elle était soulagée. Elles étaient à la maison, en
sécurité et Tia allait bien.
Peu avant de partir d’Australie, Tia avait reçu
un coup de fil du chef de la police. Il lui avait dit qu’un camion avait été
volé pour le transport la lionne et d’après les rumeurs qui circulaient,
l’animal lui-même avait été dérobé. Autrement dit, quelqu’un en voulait
personnellement à Tia, mais il n’avait aucune idée de comment cette personne
avait fait pour s’introduire subrepticement dans la réserve et se balader aussi
tranquillement.
Tia en avait parlé avec Frédéric à leur retour.
Ils avaient fait le rapprochement avec le mystérieux homme qui posait des
questions sur Frédéric et en avaient conclu que c’était bien Tia qui était
visée comme ils le soupçonnaient depuis le début.
Dès lors, elle avait fait une liste des divers
ennemis qu’elle avait et les avait classés selon les préjudices causés, les
moyens à disposition et la motivation ou la rancune, nécessaires pour imaginer
tout ceci.
Quelques noms étaient ressortit plus que
d’autres, dont celui du Dõn qu’elle avait empêché de tuer Lizzie, qui elle,
avait tué son fils. Il y avait Waco aussi, qui avait promis de se venger. Et
quelques autres personnes, comme ce magnat du pétrole en Islande, M. Gorsjv à
qui elle avait vendu ses services, puis à son concurrent pour réparer les tords
qu’elle lui avait causé. Ca l’avait rendu assez furax, ce qu’elle pouvait
comprendre. Elle l’avait un peu arnaqué.
Ils avaient convenu de se focaliser sur ces noms
dans leurs recherches et avaient lancé leurs noms et d’autres petites infos,
permettant de les identifier, sur leur réseau. Depuis ils attendaient les
retours.
Alexia avait été surprise que Tia ne lui en
parle pas avant et ça l’avait agacée mais elle n’en avait rien dit.
- Lex ?
- Oui ?
- Mmmm, ça va ?
- Euh… oui, bien sûr. Pourquoi ?
Alexia était un peu déconcertée. Le ton hésitant
de son amie et sa question étaient étranges.
- Tu es plutôt de bonne humeur, alors ?
- Ouiiiii, répondit-elle lentement, de plus en
plus perplexe.
- Ok, je sais que c’est bizarre comme question,
mais j’avais besoin de m’assurer de ton humeur.
- Pourquoi ?
- Hum, eh bien… euh…
Tia s’interrompit et se leva. Elle se mit à
faire les cent pas devant sa compagne en tentant de trouver le courage et les
mots qui pourraient la convaincre.
Alexia était extrêmement surprise, mais pas
assez pour ne pas lorgner les magnifiques jambes qui faisaient des allées et
venues sous son nez. Le désir familier mais jamais rassasié s’alluma dans le
creux de son estomac. Tia était pieds nus et ses cheveux noirs étaient attachés
en queue de cheval. Elle était vêtue d’un t-shirt large et multicolore que ses
enfants avaient confectionné pour la dernière fête des mères et qui, excepté le
choix des couleurs, était assez horrible. Avec ceci, elle portait un bermuda
kaki, qui n’allait absolument pas avec son haut. Pourtant, pour Alexia elle
était absolument magnifique.
Mais bon, Tia pouvait porter à peu près tout ce
qu’elle souhaitait et restait à tomber. Même un sac poubelle. La couleur
mettrait sûrement son teint en valeur.
Lex sourit à cette image au moment où Tia
arrêtait de s’agiter. Elle se campa fermement en face d’elle et chercha son
regard. Prit une profonde inspiration et se lança.
- Je… j’aimerais que l’on parle du mariage.
Comme un mauvais réflexe son cœur fit un bond et
elle-même fit la grimace. Elle vit la réaction que cela provoqua dans les yeux
de Tia et se sentit coupable mais ne s’excusa pas.
- Je préfèrerais que l’on n’en parle pas.
- Je sais que tu n’en as pas envie, mais je ne
comprends pas pourquoi. Bon sang, Lex si tu ne veux pas mettre de date parce
que tu penses que ça va trop vite, je peux le comprendre, mais ne pas me
laisser l’annoncer aux enfants, ça je ne comprends pas. Expliques-moi au moins,
s’écria-t-elle frustrée, en passant une main dans ses cheveux, défaisant
quelque peu sa queue.
« Et toi tu peux m’expliquer pourquoi après
trois ans à en parler, tu te décides à me le demander le jour où on apprend que
je suis condamnée ?! pensa-t-elle avec colère. C’est quoi : de la
pitié ?! Tu te sens obligée ?! Je dois me sentir flattée
peut-être ?! » Elle se retint de justesse de lui hurler ses questions
à la figure et se demanda agacée d’où pouvait bien sortir cette soudaine
insécurité. Décidément sa maladie la chamboulait complètement !
- Je n’ai pas à te l’expliquer, rétorqua-t-elle
en sachant parfaitement qu’elle était de mauvaise foi.
- Tu n’as pas à me l’expliquer ?! Putain,
Lex ! Bien sûr, que tu me dois une explication ! Merde, je suis quoi,
moi ?! Un putain de pantin ?!
- Je n’ai jamais dit ça, mais…
- Mais quoi ?! La coupa brutalement Tia en
s’approchant d’elle.
Ainsi dominée par Tia, Lex se sentait
vulnérable, elle se leva donc, l’obligeant à reculer.
- Ca ne te regarde pas, fit-elle sèchement.
Ce n’était pas du tout ce qu’elle avait prévu de
dire. A chaque fois, elle voulait apaiser les choses mais c’était une autre
phrase qui sortait de sa bouche, une phrase qui mettait sa compagne en boule,
et comment le lui reprocher ?
- Ca ne me regarde pas ? Souffla-t-elle
incrédule. Ca ne me regarde pas ?! Répéta-t-elle plus fort, la colère
embrasant ses prunelles azur. TU TE FOUS DE MOI ?!!!! hurla-t-elle à deux
centimètres de son visage, la faisant sursauter.
Tia s’approcha encore un peu plus d’elle, son
nez se collant au sien. Une lueur dangereuse dans les yeux, elle siffla :
- Si tu ne veux plus de moi, cesses de jouer,
parce que c’est le genre de chose qui me fait péter les plombs. Si tu regrettes
nos fiançailles, dis-le. Si tu veux me quitter, fais-le, mais ne me dit pas,
dit-elle en détachant bien chaque mot, que ce qui concerne notre relation ou ta
petite personne ne me regarde pas.
Alexia était médusée. Autant par sa propre
incompétence à rassurer Tia que par l’explosion auquelle elle venait
d’assister. De toute évidence son rejet travaillait Tia bien plus que ce
qu’elle s’était imaginée. Elle avait sous-estimé la blessure qu’elle lui avait
infligée.
Elle leva une main vers elle, mais Tia
l’intercepta. La clouant de son regard glacial, celui qu’elle réservait
habituellement à leur ennemi sur le terrain, elle lui dit :
- Réfléchis bien, Lex. Parce que j’en ai marre
de ne pas savoir où on en est. Je vais prendre quelques jours. Les bédouins du
village de Sael-Man, m’ont appelé. Ils veulent que je vienne. Je pars demain,
je ne sais pas quand je reviens, je vous téléphonerais quand j’en saurais plus.
Profites de ce temps là pour réfléchir sérieusement à ce que tu attends de moi.
Tia lâcha sa main et lui tourna le dos. Lex la
regarda entrer dans le ranch, sûrement pour préparer ses bagages, sans parvenir
à comprendre comment la discussion avait pu lui échapper à ce point.
Le départ de Tia, la soulageait et l’effrayait.
Elle craignait une rupture entre elles, pas de leur relation, non, mais… plutôt
comme un fossé, qu’elle risquait de ne plus pouvoir combler. En même temps,
elle ne savait pas quoi lui dire qui justifie son refus, alors la solitude
était la bienvenue, elle avait besoin de réfléchir à ce qu’elle devait lui
dire.
« Bon sang, pourquoi ça ne pouvait pas être
simple ?! »
******************************
Tia faisait les cent pas. Ses bagages étaient
prêts. Elle avait réservé son billet d’avion et une voiture de location pour
son arrivée. Elle avait prévenu Frédéric et les jumeaux et ne savait pas quoi
faire pour évacuer la tension rageuse qui l’habitait.
Soudain, elle leva la tête et regarda au dehors.
Elle pouvait courir. Sans se soucier ni de son apparence, ni de ses pieds nus,
elle partit en grandes enjambées vers la dénivellation qui menait au lac.
Elle la descendit et se dirigea vers le lac,
qu’elle longea un long moment avant de bifurquer vers le Sud et de suivre son
parcours habituel. Elle courut longtemps sans se soucier du temps qui passait
ou du paysage qui changeait, elle était concentrée sur sa course et les efforts
que cela demandait à son corps.
Elle voulait évacuer son énervement autant
qu’oublier la stupide décision qu’elle avait prise de s’éloigner de Lex. Elle
ne le voulait pas du tout et d’ailleurs si Lex ne voulait pas se marier ce
n’était pas grave. Du moment qu’elle ne la quittait pas. Elle secoua la tête.
Lex avait besoin de cette distance, mais bon dieu que c’était difficile.
Et bordel, pourquoi Lex ne lui expliquait-elle
pas ?! Soit elle voulait, soit elle ne voulait pas, ça n’avait rien de
sorcier ! Frustrée par ses pensées, elle les chassa de son esprit et força
son corps à accélérer dans l’espoir que ses muscles douloureux chasseraient
l’image de Lex de son esprit.
Elle poussa encore. L’air commença à brûler ses
poumons, ses muscles à protester mais elle accélérait encore. Elle avisa la
rivière et sauta sur les rochers qui la bordaient et la traversaient comme un
slalom mit là exprès pour elle. Elle passa de l’un à l’autre avec une agilité
due à la pratique et accéléra encore.
« Mauvaise idée » songea-t-elle
lorsque son pied nu glissa sur un des rochers couverts de mousse humide. Elle
tenta de se rétablir en se jetant sur le rocher suivant, mais lui aussi était
glissant et elle atterrit, tête la première, dans l’eau gelée de la rivière.
Elle s’affala de tout son long, son ventre
heurtant un des rochers son genou en cognant un autre et elle réprima un cri de
douleur. Un arc électrique remonta le long de sa cuisse et elle gronda,
furieuse contre elle-même de sa maladresse. Elle ne s’attarda pas dans l’eau,
pas plus qu’elle ne vérifia son ventre. Elle se releva et poursuivit sa course,
déterminée à dissoudre son énervement dans l’effort physique.
Elle éclaboussa les berges et continua son
chemin, s’élançant aussi vite et aussi fort que son corps le pouvait. L’air
sifflait dans ses oreilles et brûlait si fort ses poumons qu’elle n’était pas
sûre de ne pas avoir de séquelles, elle repoussa la douleur et la sensation
glaçante de la nuit tombante sur son corps trempé.
Elle filait comme le vent et dans ce lieu
désertique et ce silence si complet, elle avait l’impression galvanisante
d’être le dernier être humain sur terre. En cet instant, elle aurait voulu que
se soit vrai.
Finalement, la vie reprit ses droits et une
habitation se profila au loin. Tia hésita mais ne ralentit pas sa course et en
reconnaissant la vieille ferme des Olsen, elle se rappela que c’était là que
vivait Rhapsody. La perspective de la revoir, calma étrangement la colère qui
la secouait encore.
Elle commença à ralentir en la voyant sur son
cheval, en train de faire rentrer ses chevaux dans leur pâturage. Arrivée près
de la barrière qui délimitait son terrain, Tia se mit au trot puis au pas. Elle
s’accouda ensuite à la clôture et observa sa voisine en reprenant sa
respiration.
Rhapsody ferma la barrière du corral et la vit.
Elle la reconnut immédiatement malgré son accoutrement hétéroclite et
s’approcha. Elle se laissa glisser du dos de son cheval et lui sourit. Elle
nota sa tenue négligée et trempée, ses pieds nus et son air un peu perdu.
- Intéressant comme choix vestimentaire,
fit-elle en souriant d’un air moqueur.
Tia baissa les yeux sur son t-shirt et rit.
- Un cadeau de fête des mères.
- Et les pieds nus ? C’est la nouvelle
tendance ou tu as perdu tes chaussures dans la rivière ?
Tia rougit et détourna les yeux une seconde
avant de décider de prendre cela à la rigolade.
- Je n’ai pas fait attention, fit-elle en
désignant ses pieds, quant à la rivière… j’ai glissé, dit-elle haussant les
épaules d’un air nonchalant.
- Tu n’as pas fait attention ? s’exclama
Rhapsody incrédule. Comment fait-on pour ne pas s’apercevoir que l’on ne porte
pas de chaussure ?
- Quand on a passé la moitié de sa vie à ne pas
en porter, j’imagine.
- Oh. Tu as été si pauvre que ça ?
« Aucun tact, songea la mercenaire avec un
sourire. » C’était rafraîchissant.
- Pas vraiment non. C’est juste… un droit que je
n’aie pas gagné facilement.
Une des premières choses que firent ses geôliers
dans son premier camp pour la casser avait été de lui prendre ses chaussures et
tout ce qui faisait d’elle un être humain. Elle ne portait qu’un t-shirt les
premiers temps. Comme elle leur avait été utile, elle avait fini par gagner le
droit de mettre un short, mais elle était si têtue qu’elle n’avait pas réussi à
gagner ses chaussures avant sa « presque » sortie du camp
d’entraînement de Sassem.
Lorsque Sassem l’avait si bien brisée qu’elle
était devenue un gentil et obéissant petit soldat. Elle n’avait pas considéré
cette récupération de son ancien elle, comme une victoire, non. Les chaussures
étaient devenues pour elle, le symbole de ce qu’elle avait perdu ce jour là.
Aujourd’hui encore, si elle pouvait éviter d’en
mettre, elle le faisait.
- Un droit que… ? Laisse tomber, fit-elle
en levant la main. Là, je deviens vraiment indiscrète.
- Ca va, répondit la mercenaire avec un sourire.
- Si... si tu souhaite un jour en parler…
fit-elle en lui jetant un regard hésitant.
Surprise, Tia hocha la tête, étrangement
touchée. Rhapsody hocha aussi la tête et cela sembla lui rendre son aplomb.
Elle lui fit signe de la suivre et l’entraîna chez elle. Une fois entrée dans le couloir, elle se
retourna brusquement et se rapprocha de Tia. Elle l’évalua calmement et hocha
de nouveau la tête.
- Attend-moi là, fit-elle en lui désignant une
porte.
Tia acquiesça, amusée par ses manières
autoritaires. Elle entra dans la pièce et découvrit qu’il s’agissait du salon.
Il était moins spacieux que le ranch, mais était loin d’être petit. Une
cheminée dans le fond, prenait presque tout le mur. Le manteau de la cheminée
était couvert de photos de Rhapsody, de ses enfants et de leur père avec eux.
Tia tourna sur elle-même et découvrit de
superbes tableaux accrochés à chacun des murs. Les couleurs en étaient criardes
mais harmonieuse. Leur flashy était renforcé par la blancheur immaculée des
murs.
Tia posa les yeux sur le canapé qui faisait face
à la cheminée, il était en cuir noir et elle sourit. Elle adorait le cuir. Elle
s’y rendait lorsque Rhapsody entra dans la pièce, une pile de vêtements dans
les bras.
- Suis-moi, fit-elle.
Elle l’entraîna à travers un dédale de couloirs
qui lui fit se demander si elle était bien dans une ferme ou dans un labyrinthe
conçu pour perdre les visiteurs. Elle s’arrêta devant une porte couleur rouille
et se tourna vers elle.
- C’est la salle de bains. Prend une douche et
met ça. Je suis un peu plus petite que toi, mais j’ai pris ceux qui étaient
trop grands pour moi. Quand tu auras fini je t’attends à la cuisine avec un
café chaud.
- Un chocolat.
- Un chocolat chaud, accepta la jeune femme en
souriant. La cuisine se trouve juste après ce couloir là, fit-elle en montrant
sa droite. Ca ira ?
- Oui. Merci.
- De rien. Allez, va vite te réchauffer tu dois
être transie.
Tia se doucha avec délice, l’eau chaude chassant
le froid et le raidissement de ses muscles qu’elle n’avait ni pris le temps
d’échauffer, ni d’étirer. Puis elle s’habilla et sourit devant son reflet. Elle
portait un pantalon cargo ocre et un t-shirt extra large qui lui arrivait à
mi-cuisse. Une paire de tongs noires complétait l’ensemble.
Elle rejoignit Rhapsody à la cuisine et la
trouva en train de surveiller les travaux de ses enfants à travers la fenêtre.
- Merci pour la douche.
- C’est rien, fit-elle en lui tendant sa tasse
brûlante.
Toute deux s’assirent et le silence s’installa.
Ce n’était pas un silence désagréable mais la curiosité prit le dessus et
Rhapsody l’interrogea.
- Alors qu’est-ce qui s’est passé ?
Tia envisagea un instant de nier, mais y renonça
très vite.
- Je me suis disputée avec Lex.
- Ca devait être une sacrée dispute pour te
mettre dans un état pareil.
Tia hocha la tête.
- Quel en était le sujet ?
La bouche de Tia prit un pli amer.
- Ca fait parti de la dispute.
- Tu ne peux pas en parler ? comprit la
jeune femme.
- Non, elle ne veut pas en parler. Et je lui ai
promis de ne pas le faire.
- Pourtant ça à l’air de te miner. Si je te
promets de n’en parler à personne, tu crois que tu peux m’en toucher un mot
quand même ?
Tia sourit franchement mais secoua la tête.
- Non, j’ai promis.
- Et une promesse et une promesse, poursuivit
Rhapsody en comprenant.
- Et les poules auront des dents le jour ou je
trahirais Lex. Mais merci, ajouta-t-elle. C’était gentil.
- Oui. Je m’étonne moi-même d’ailleurs, répondit
la femme avec un sourire sarcastique. Tu fais ressortir ce côté-là de moi.
C’est bizarre.
- Je vois ce que tu veux dire.
- Vraiment ?
Tia hocha
la tête et elles restèrent les yeux dans les yeux quelques minutes. Puis aussi
naturellement que si elles se connaissaient depuis toujours, Rhapsody
l’interrogea sur sa vie, ses passions et Tia fit de même. Elles discutèrent un
bon moment et Tia ne prit conscience du temps qui s’était écoulé que lorsque
les enfants débarquèrent dans la cuisine pour réclamer leur dîner.
- Mince, je n’avais pas vu l’heure. Il faut que
je rentre, déclara-t-elle en sautant sur ses pieds.
- Je vais te raccompagner, proposa Rhapsody.
- Pas la peine, je te remercie.
- Fais ta dure à cuire Tia. Il est 9h du soir,
il fait nuit et tu es à 11
kilomètres
Tia ouvrit la bouche pour refuser, mais le bon
sens lui fit accepter. Elle grimpa dans son pick-up et elles firent le trajet
dans un silence complice. Tia,
perdue dans ses pensées, se demandait si Lex avait fini de réfléchir ou si elle
devait maintenir son départ. Elle soupira, elle connaissait déjà la réponse.
Chapitre 7 :
Comme elle s’en souvenait, le paysage était incroyable. Ce
qu’elle préférait dans ce lieu, c’était l’incroyable palette de couleurs. Cela
allait de l’or à l’orangé, de l’ocre au rouge brûlé. C’était si beau, que
chaque fois était comme une première. Elle ferait un détour par le désert blanc
au retour. Là, elle n’avait pas vraiment le temps.
Le chef du village ne lui avait pas dit en quoi ils avaient
besoin d’elle et elle ne les avait pas rappelés. Elle devait s’éloigner de
toute façon.
Elle observa encore le paysage, qui contrairement à ce que
la majorité des gens pensait du désert, était incopiable. C’était si grandiose,
si changeant qu’on ne pouvait s’en lasser. L’absence de végétation conférait
une impression de liberté comme nulle part a ailleurs car elle était tempérée
par la beauté de l’environnement et sa majesté.
Tout cela donnait l’impression d’évoluer au milieu d’un
endroit sacré. Terre des pharaons où leurs esprits vivaient encore et vous
autorisaient, si vous étiez respectueux, à fouler leur sol. Mais aussi d’un
lieu irréel, comme peint par un artiste à l’âme chaleureuse.
On ne se sentait jamais seul dans le désert, non.
Bien trop de gens y avaient vécu. Bien trop de choses y
vivaient encore. Et tellement de sentiments naissaient en vous lorsque vous
vous y trouviez.
De la sérénité, dut à des siècles d’une histoire difficile
mais au combien exotique. Un esprit d’aventure, comme seul les endroits
désertiques mais encore plein de vie vous en donnaient. Un sentiment de liberté
comme seul, l’esprit des anciens pouvait vous le faire ressentir. Et les
couleurs… elles ne pouvaient que vous stupéfier, vous bouleverser et vous faire
comprendre que même dans un lieu de mort comme le désert pouvait l’être, pour
les imprudents ou les idiots, ce qui faisait la beauté de la vie était
présente.
Comme quoi vie et mort sont toujours invariablement liés.
Tia vit le village au loin et constata que les années
passant, et comme partout ailleurs, il s’était agrandi. Après la mort de Sassem
et le démantèlement de son organisation, le chef du village l’avait appelé pour
la remercier.
Depuis ils avaient gardé le contact et il lui donnait
régulièrement des nouvelles. Ainsi, elle avait appris que sur les 6 jeunes
qu’elle avait sauvés de l’armée de Sassem, deux étaient partis après un an à
vivre ainsi. Cette vie de fermier n’était pas pour eux avaient-ils dit. Le chef
avait accepté leur départ.
Il n’y avait pas d’hostilité, les jeunes avaient fait leur
part du marché, ils leurs avaient appris tout ce qu’ils savaient sur les armes
et le combat. Un autre était mort des suites d’une fièvre fulgurante. Les trois
derniers étaient restés. L’un s’était marié avec une des filles du village. Un
autre s’était fait adopter par une famille qui avait perdu leur fils peu de
temps auparavant et le troisième était devenu l’apprenti du médecin du village.
Tia avait envoyé l’argent nécessaire, deux ans auparavant
pour que le guérisseur aille à la grande ville et suive une formation auprès
d’un vrai médecin. Finalement, le guérisseur avait demandé à suivre les études
de vétérinaire, ce qu’elle avait accepté à condition qu’il trouve quelqu’un
pour le remplacer.
C’était donc un étranger au village qui s’occupait de soigner
les corps et les âmes. Cela aurait pu mal se passer, mais il venait à la
demande de Tia et tous respectaient Tia. De plus, il était arrivé avec sa femme
et ses deux filles, facilitant son intégration. Sa femme était une paire de
mains supplémentaire bienvenue. Ses filles, l’une d’elle du moins pouvait
s’occuper des petits la journée, lorsque tout le monde était soit en train de
s’occuper de la culture près de l’oasis, soit en train de s’occuper de leur
élevage, à la place de la vieille Jmabo qui se faisait trop âgée pour cela.
Tia déboula au milieu du village et vit que la plupart des
cabanes avait acquis des toits plus solides que le torchis qu’ils utilisaient
auparavant. De même, les murs semblaient renforcés. Elle évita habilement les
poules et les chèvres qui couraient en toute liberté et parvint sans dommage
jusqu’au centre du village.
Elle gara son 4x4 devant la maison du chef et descendit.
Elle observa un peu
les alentours et à mesure que les habitants la reconnaissaient, ils envahirent
la place et l’entourèrent en criant, manifestant ainsi leur enthousiasme.
Plusieurs vinrent taper sur son épaule avec de grands sourires.
« Difficile dans ses conditions de rester
maussade », songea la jeune femme en leur rendant leur sourire.
Soudain trois jeunes hommes, typés latin, émergèrent de la
foule. Ils avancèrent vers elle et l’observèrent, un peu hésitants. Elle les
examina à son tour et reconnut 3 des 6 jeunes qui bossaient pour Sassem et
qu’elle avait épargné. Elle leur fit un signe de tête et comme si c’était un
signal, ils se détendirent complètement et s’approchèrent d’elle en souriant.
Chacun à leur tour, ils lui tendirent la main en
s’inclinant. Le plus âgé des trois prit ensuite la parole, dans un anglais
hésitant mais respectueux.
- Bonjour. Vous… vous souvenez de nous ? demanda-t-il
avec une grimace d’excuse pour son accent déplorable.
Elle lui sourit et répondit en espagnol, ce qui le détendit
sensiblement et lui fit plaisir. Sa langue natale lui manquait apparemment.
- Je me souviens. Comment allez-vous ? La vie vous
plaît ici ?
- Oh oui, s’empressa-t-il de répondre avec un sourire
heureux. La vie est paisible ici, c’est… ça a été un peu dur au début, on… on
avait plus l’habitude, mais les villageois ont été très patients et… On est
très heureux, conclut-il en renonçant aux explications difficiles.
Un des deux autres jeunes en retrait, s’avança à son tour.
- Nous voulions vous remercier, fit-il avec un sourire
communicatif. Grâce à vous on a pu retrouver une vie normale. Avoir le choix.
Ne plus tuer.
A ces mots, son regard franc s’assombrit un peu, mais il
redevint vite aussi lumineux que le soleil lui même.
- Nous vous devons tout et nous le savons.
- Nous tenions à vous remercier, fit le dernier des trois
garçons en s’inclinant devant elle.
Aussitôt les deux autres l’imitèrent.
- Si vous tenez vraiment à remercier quelqu’un, alors
remerciez Alexia. Sans elle et son obstination coutumière je ne serais pas
restée ici. Et je n’aurais aidé personne.
Les garçons se redressèrent et la dévisagèrent avant
d’acquiescer mais elle vit à leur regard que rien n’avait changé. Ils avaient
juste une seconde personne à adorer.
- Nous la remercierons, fit le premier garçon.
Puis la foule s’écarta à nouveau et le chef du village fit
son apparition. Tia lui sourit. Il n’avait pas changé. Quelques années de plus,
mais les mêmes rides, la même force tranquille se dégageait de lui, la même
détermination. La même bonté aussi qui lui avait fait plaider la cause de
ceux-là même qui étaient venus les tuer.
Il lui serra la main et lui dit sa joie de la revoir.
Elle lui rendit son salut et le suivit à l’intérieur de sa
maison lorsqu’il l’invita à le suivre. Il lui proposa un thé qu’elle accepta.
Elle le regarda préparer l’infusion avec des gestes précis mais précautionneux.
Dans le désert le thé n’était pas seulement la boisson traditionnelle, c’était
aussi une boisson sacrée, préparée selon un rituel bien précis.
« Un peu comme au Japon » songea la mercenaire.
Bien sûr, là-bas c’était un peu différent. Il fallait prendre des cours pour
devenir un maître de cérémonie, car le thé, le vrai se prépare en suivant une
cérémonie particulière.
Il déposa une tasse brûlante devant elle et s’installa en
face d’elle. Elle prit sa tasse et souffla dessus pour la refroidir.
- Je suis heureux de voir que vous êtes en pleine forme,
dit-il en lui souriant.
- Je le suis. Vous me semblez aller bien vous aussi et le
village se portebien à ce que j’ai pu constater.
- Grâce à vous.
Tia fit un geste vague.
- Alors, pourquoi m’avez-vous demandé de venir ?
- Nous avons un problème avec un village voisin qui commerce
avec une caravane de bédouins. Ils sont plutôt hostiles et ne veulent pas
négocier un accord. Ils nous demandent de nous retirer du commerce ou de leur
donner 60% de nos bénéfices. Nous ne le pouvons pas. Nous avons besoin de ce
que nous apporte ce commerce.
- Je sais. Que voulez-vous que je fasse ?
- Nous aimerions que vous leur parliez ? Et… que vous
fassiez ce qu’il faut pour les convaincre. Bien sûr nous connaissons vos tarifs
et vous paierons comme il se doit.
Elle leva la main.
- Inutile. J’aime venir ici, alors disons... que vous
m’accueillerez ainsi que mon amie Alexia et mes enfants, à chacune de nos
visite et vous nous apporterez votre aide si nous vous la demandons.
- Mais… fit le chef stupéfait, ce n’est pas assez. Nous vous
accueillerions de toute façon, il n’y a pas besoin…
Tia le coupa doucement.
- Chef, comme je vous l’ai dit j’aime venir ici, et rendre
service à des amis, à mon sens, ne devrait pas être payant. Alors… qu’est-ce
que vous en dites ?
- J’en dis, que je suis très fier de pouvoir vous compter
parmi mes amis.
Il tendit la main respectueusement et elle la serra.
*************************************
Tia rentra deux semaines plus tard. C’était la fin du mois de
Mars. Aujourd’hui il faisait beau et chaud et le ciel était dégagé. Si le temps
se maintenait, les touristes n’allaient pas tarder à rappliquer.
A l’aéroport, contre toute attente, elle avait décidé de
louer une moto. Elle avait acheté une veste en cuir et avait enfourché la moto.
Sur le chemin du retour, elle avait décidé de faire un détour. Elle voulait
pousser sa machine au maximum et éprouver la liberté et la puissance folle que
procurait la vitesse.
Après des jours et des jours à vivre au ralenti, elle
trouvait un peu décadent de se laisser aller ainsi. Mais cela rendait la chose
encore plus jouissive. Elle accéléra et la machine fit un bond en avant. Elle
prit les petites routes et sentit le vent fouetter son visage, elle poussa
encore plus la machine et se mit à rire. C’était si bon d’être libre…
Elle roula plusieurs heures durant, partagée entre son envie
de rentrer et sa peur de ce qui l’attendait. Elle voulait désespérément revoir
Lex, elle lui avait tant manqué. Mais elle avait si peur de ce qu’elle allait
lui dire. Lorsque le soleil commença à disparaître, elle dut se faire violence
pour faire demi-tour. Elle avait prévenu de son retour et ils risquaient de
s’inquiéter si elle tardait encore.
Elle rentra donc et l’angoisse augmenta à mesure qu’elle se
rapprochait. Enfin, elle vit le ranch apparaître au loin et elle ralentit.
Alors qu’elle était encore trop loin pour qu’on la remarque, elle s’arrêta
et mis un pied à terre. Elle observa le ranch, et les silhouettes qui y
vivaient, un long moment.
Puis elle soupira et prit son courage à deux mains. Elle
relança la machine et parvint bientôt devant ce bâtiment qui était devenu sa
maison. Elle gara sa moto près de la grange et s’étira. Elle regarda autour
d’elle et ne voyant rien venir, supposa qu’ils étaient encore tous en train de
terminer leur tâche avant le dîner.
Elle marcha en direction du ranch d’un pas plus léger,
soulagée de repousser la confrontation. Alors qu’elle posait un pied sur le
porche, Alexia apparut. Et elle se figea.
Comme dans ses rêves, Lex était belle. Ses cheveux
blonds lâchés sur ses épaules. Elle était vêtue d’un pantalon à multiples
poches kaki et d’un t-shirt à manches courtes en coton blanc, qui moulait son
corps à la perfection et laissait entrevoir un morceau de peau de son
ventre lorsqu’elle bougeait. Ses yeux verts reflétaient toute la tension
intérieure qui l’habitait. Surement le reflet de celle qui agitait Tia
depuis des heures.
- Tu t’habilles à la garçonne maintenant ? lança-t-elle
d’une voix mal assurée.
Alexia ne répondit pas et la fixa un long moment. Tia était
de plus en plus mal à l’aise. Elle avait si peur de ce que Lex allait dire.
- Et toi, dit-elle finalement, tu as adopté le look
motard ?
Tia s’examina et hocha la tête avec un petit sourire
contraint.
- Temporairement.
Puis le silence se réinstalla. Tia déglutit et soudain tout
changea. Un appel, un cri, un son qu’elle seule pouvait entendre, retentit.
Alexia regarda avec fascination le changement qui s’opérait
en elle. En voyant ses yeux s’assombrir, le bleu électrique devenant deux lacs
d’eau en furie, Lex comprit qu’elle l’entendait encore. Tia sembla se
redresser, devenir plus grande, l’énergie que lui procurait cet appel
parcourant son corps comme une vague sur la plage. Et comme à chaque fois que
cela arrivait, Lex eut peur.
Peur de ne pas pouvoir la retenir. Et aujourd’hui plus que
jamais, Tia pourrait vouloir partir. Elle n’avait jamais vraiment su si cet
appel comme le nommait Tia en était réellement un ou si c’était un symptôme de
sa dépression, mais ça importait peu. Il pouvait l’emmener, c’était tout ce qui
comptait. Et elle ne le voulait pas. Elle devait parler. Maintenant.
Elle ouvrit la bouche mais n’eut pas le temps de dire quoi
que se soit. Un claquement sec retentit dans toute la vallée. Un cri s’éleva
sur sa droite et elle se tourna en même temps que Tia. Ce qu’elle vit la laissa
interdite. Jason gisait couché sur le flan, une flaque de sang rouge sombre
grandissant sous son corps. Elle le vit s’agiter en soubresauts alors que Len
arrivait en galopant. Il sauta à bas de son cheval et se jeta sur Jason. Il le
retourna et ouvrit la bouche complètement désemparé.
Il releva la tête et croisa le regard de sa mère.
- Maman, gémit-il, je… il est…
Après un instant de flottement, Tia reconnut le bruit qui
venait de claquer et elle hurla en courant vers son fils :
- A terre ! Tout le monde à terre !
Dans un réflexe inconscient, Alexia se jeta sur le sol mais
Len abasourdi, perdu, ne réagit pas. En deux enjambées, Tia se retrouva à côté
de son fils, se jetant sur lui, le repoussant sur le sol brut lorsque le
deuxième coup de feu claqua.
Une douleur brûlante transperça son épaule gauche alors
qu’elle protégeait son fils de son corps. Elle roula, l’entraînant sans
difficulté puis se redressa derrière un des poteaux du corral qui les
protégeraient partiellement. Elle tenta de distinguer d’où provenait les tirs
mais ne vit rien. Elle regard en direction du porche et vit qu’Alexia était à
terre. Elle croisa son regard.
- Rentre dans la maison, lui cria-t-elle. Et ramène les
armes.
« Bon sang, si on lui avait dit, qu’ici elle en aurait
besoin… » Elle s’était décidément relâchée. La mort de Sassem n’était pas
une raison suffisante pour perdre toute prudence. Surtout lorsque l’on sait que
quelqu’un vous cherche.
Et dire qu’elle n’avait toujours aucun renseignement sur
celui-ci.
Elle vit Alexia ramper vers la porte et jeta un regard vers
sa moto. Son sac avec ses armes était toujours accroché à l’arrière de la
selle. Sa moto n’était pas très loin, peut-être que si elle était rapide…
Un frisson violent la secoua et elle baissa les yeux sur son
fils qui tremblait comme une feuille entre ses bras.
- Ca va aller Len. Calme-toi. Len ? fit-elle en
l’obligeant à lever la tête, regarde-moi ! Ca va aller. On va régler ça.
Ce n’est pas une situation agréable, mais ça n’a rien de nouveau pour moi ou
pour Lex, alors calme-toi, ok ?
Son fils posa son regard bleu, si semblable au sien, sur
elle et chercha quelque chose. Il sembla le trouver puisqu’il se calma et hocha
la tête, beaucoup plus confiant soudain.
- Qu’est… coassa-t-il
Il se racla la gorge et reprit.
- Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?
Tia réfléchit un moment puis fronça les sourcils.
- Où est ta sœur ?
- Aux dernières nouvelles, elle était avec une des femmes de
chambre. Une famille de touristes doit arriver dans une heure et elle l’a
emmené préparer leur chalet.
« Les touristes, merde ! »
- Lequel ?
- Le numéro 3.
- Y’a des touristes sur la propriété ?
Len hocha la tête.
- Deux familles.
« Merde ! »
- Tu sais où ils sont actuellement ?
- En excursion avec Andrea. Dans le Canyon de Bel Monté.
Le soulagement envahit la mercenaire mais ce fut de courte
durée.
- Et Frédéric ?
- Je sais pas.
- Ok.
Tia se mit à réfléchir. Le tireur avait cessé ses tirs. Soit
il était parti. Soit il attendait qu’elle sorte de sa cachette. Elle inspira
profondément et élabora son plan. Elle attendit qu’Alexia sorte puis expliqua à
son fils ce qu’il devait faire. Ensuite, elle se tourna vers sa compagne et à
l’aide des signes habituels, lui expliqua ce qu’elle devait faire.
Alexia hocha la tête et le cœur emplit d’appréhension face à
ce que Tia allait faire se prépara. Elle ferma les yeux et attendit.
Au signal convenu, Tia propulsa son fils vers Alexia et
celui-ci se mit à courir, courber comme le lui avait ordonné sa mère pendant
que Tia faisait de même mais en direction de la dénivellation qui menait aux
chalets. Lorsque le coup de feu claqua, Tia se jeta au sol, roula sur elle-même
et se releva, sans cesser de courir, slalomant de droite à gauche et de gauche
à droite, s’arrêtant parfois brusquement puis courant en ligne droite ou en
diagonale.
Lorsque le coup de feu avait retenti, Alexia, grâce à
l’entraînement deTia, avait repéré d’où provenait le coup de feu. Elle rouvrit
brusquement les yeux et se redressant, tourna son fusil à lunette dans sa
direction. Elle ne se préoccupa pas des tirs qui menaçaient sa compagne, se
concentrant, cherchant dans sa lunette le tireur. Il était seul, c’était une
certitude.
Après quelques minutes, elle le trouva et sourit.
- Je te tiens, fils de pute.
Elle ajusta son viseur. Un calme surnaturel s’empara d’elle.
Lorsque le silence fut complet en elle, elle choisit le point à viser. Et entre
deux respirations, deux battements de cœur, dans le prolongement de son
expiration, elle tira.
Et toucha. Elle vit l’homme, car s’en était un sursauter et
se tenir le bras. Cependant ça ne l’arrêta pas. Il ajusta son fusil dans sa
direction et elle se leva. Attrapa Len et le projeta à travers la porte
ouverte, où elle s’engouffra à son tour. Elle claqua la porte et se posta au
ras du sol, près de la fenêtre située près de la porte.
Elle prit le silencieux qu’elle n’avait pas eut le temps de
mettre et le posa sur le bout du fusil. Elle tira dans le mur à deux reprises.
Elle colla son œil aux trous et fut satisfaite de ce qu’elle voyait. Elle posa
le canon de son arme contre le premier trou et le second trou contre la lunette
de son viseur.
Elle le bougea un peu et chercha le tireur du regard. Mais
ne le trouva pas. Il avait bougé. Logique, sa position avait été repérée.
Cependant, même si elle l’avait touché, elle ne pensait pas qu’il s’arrêterait
en si bon chemin. Si c’était un bon, il avait sûrement prévu un second point de
tir et devait s’y rendre en ce moment même.
Un craquement dans son dos, la fit se retourner avec
brusquerie, l’arme pointée en avant. Elle reconnu Frédéric avant de tirer et
soupira bruyamment. Elle repositionna son fusil et lui fit un topo. Elle jeta
un regard en coin à Len et vit que bien qu’effrayé et pâle, il avait l’air
résolu.
- Len, appela sèchement Lex. Va dans ta chambre et celle de
ta sœur. Récupère des vêtements de rechange pour vous deux. Ensuite tu vas dans
la nôtre et tu prends le sac qui se trouve sur le lit. Tu amènes tout ça ici et
tu repars dans la cuisine. Tu prends un sac à dos de nourriture et d’eau et tu
reviens. Tu fais tout ça en restant toujours courbé et aussi près du sol que
possible. Tu ne prends que le strict minimum pour toi et ta sœur et tu ne
remplis pas vos sacs à ras bord, ok ?
Il hocha la tête.
- Alors vas-y.
Il hocha de nouveau la tête et disparut.
- Vous voyez Tia ? s’enquit-elle.
- Non. Mais elle a dû prendre un autre chemin. L’absence de
tirs a dû lui mettre la puce à l’oreille.
Elle acquiesça et continua de juguler peur et angoisse. En
mission, sur le terrain, garder son calme était une question de survie. Elle
attendit donc patiemment.
Un bruit léger, comme un grattement, se fit entendre à
l’arrière de la maison. Alexia tourna la tête vers Frédéric qui hocha la tête
et lentement, sans un bruit, se rendit près de la source. Il attendit que la
porte du patio glisse doucement avant de tendre la main en avant et d’agripper
la personne qui tentait d’entrer. Il la projeta brutalement au sol et lui colla
le canon de son arme sur la tête.
Deux yeux verts écarquillés le dévisagèrent en même temps
qu’une arme glacée touchait sa nuque. Puis le métal froid disparut et un
grognement sourd se fit entendre.
- Tu perds la main, Silent.
Frédéric soupira et retira son arme du visage de Lara.
- Désolé mon ange.
Elle hocha la tête et accepta sa main pour se lever. Tia
entra et referma la porte du patio avant de descendre les volets. Elle alluma
une torche et jeta son arme improvisé, un simple tuyau en métal. La vue de
l’objet tira un sourire à Frédéric. Il s’était fait avoir.
- Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? demanda Alexia
que le soulagement avait envahie en voyant sa compagne et Lara saines et
sauves.
Tia regarda Frédéric qui hocha la tête.
- On passe par la trappe, fit-elle platement.
- La trappe ?
- C’est la raison pour laquelle j’ai acheté ce ranch,
expliqua Frédéric. Au XVIIIème, d’anciens esclaves en fuite, ayant fait
fortune, on fait construire un tunnel qui partait d’ici. Pour le cas où leur
ancien maître les retrouverait. Ils étaient un peu parano, mais moi aussi
alors.
- Et tu étais au courant ? s’écria Lex en fixant Tia
accusatrice.
La jeune femme haussa les épaules sans la regarder. Len
revint et déposa les sacs à dos sur le canapé. Il vit sa mère et sa sœur et se
jeta sur elles en riant. Tia grogna et se dégagea doucement. Len vit que le
bras qui entourait sa mère était tâché de sang. Il leva un regard consterné sur
elle et elle lui fit un petit signe de tête négatif.
Il comprit. Ce n’était pas le moment. Il hocha la tête et
elle se tourna vers son ancien tuteur.
- Il faut déplacer cette bibliothèque.
- Je vais le faire avec Frédéric, s’empressa de dire son
fils.
Tia le regarda surprise puis lui sourit.
Frédéric et lui durent d’abord enlever les livres des étagères.
Pendant qu’ils s’activaient, Tia récupéra les sacs à dos, il y en avait 4. Elle
en donna un à sa fille. Fit signe à son fils qu’elle posait le sien près du
canapé, en mit un sur son dos et donna l’autre à Lex.
Celle-ci semblait furieuse contre elle. Ca n’annonçait rien
de bon quand à leur relation. Elle ne savait toujours pas ce que Lex avait
décidé mais ce n’était pas le moment d’y penser, alors elle chassa ses
idées noires.
Bientôt, la
bibliothèque fut repoussée et la trappe émergea. Frédérique l’ouvrait lorsque
le monde explosa dans une myriade de bruits et de débris. Des éclats de bois,
de verres et de plâtre leurs tombèrent dessus. Frédérique attrapa Len et le
jeta dans la trappe nouvellement ouverte.
Lex sentit une brûlure sur sa joue et se jeta au sol en
entraînant Lara. Tia suivit le mouvement, après avoir reçu des bris de verre en
plein visage. Le sang qui coulait dans ses yeux la gênait mais ce n’était pas
le moment de s’en soucier. Elle s’essuya tant bien que mal et regarda
autour d’elle pour évaluer la situation.
- Qu’est-ce que c’est ? cria Lara.
- Une mitrailleuse lourde, répondit sa mère. Va vers la
trappe en rampant ! Allez, fit-elle en la poussant dans la bonne
direction.
Elle incita Lex à la suivre et fit signe à Frédéric de
rejoindre Len. Elle vit sa fille atteindre la trappe en grimaçant et vit
qu’elle avait dû ramper sur des débris. Lex la suivit bientôt et Tia ferma la
marche. Lorsqu’elle fut à l’intérieur du tunnel, elle lança sa torche à
Frédéric et Lex récupéra les leurs dans son sac. Elle en tendit une à Tia et
alluma la sienne.
Tia put alors fermer la trappe. La lumière du soleil
disparut et les bruits des tirs et d’objets explosant sous l’impact
s’effacèrent aussi.
Fin de la partie I
Le poids du futur et du passé, P1, chapitres 3-4
Chapitre 3 :
Plus tard dans la soirée, Tia voulu aborder le
sujet difficile et délicat de la maladie d’Alexia. Elle entraîna donc celle-ci
à l’arrière du ranch et l’incita à s’asseoir au bord du ravin.
Sachant qu’un tel comportement signifiait que
Tia voulait lui parler de choses graves mais craignant que ce ne soit celui du
mariage, elle fit tout de même ce que lui demandait sa compagne sans discuter.
Les pieds pendant dans le vide, elle les fixait, l’appréhension grandissant un
peu plus à chaque minute qui s’égrenait dans le silence.
N’y tenant plus, elle releva les yeux et vit que
sa compagne scrutait le ciel étoilé. L’appréhension disparut, remplacé par une
douce compassion.
- Tu les cherches toujours ? souffla-t-elle
comme pour ne pas briser le moment magique que l’absence de bruit provoquait.
Tia hocha la tête sans quitter le ciel des yeux
et Alexia se rapprocha d’elle. Elle passa son bras sous le sien et la tête sur
son épaule, chercha de son côté, un signe, quelque chose, n’importe quoi qui
puisse lui faire penser aux parents de sa compagne.
Ce n’était pas une tâche facile. Non pas parce
qu’elle ne savait pas à quoi ils ressemblaient, Gin leur avait montré des
photos et Tia lui avait parlé des impressions qu’elle avait gardé d’eux et
qu’elle savait si bien traduire dans ses peintures. Non, c’était une tâche
difficile car quoi qu’on en dise, la structure du ciel changeait chaque jour,
comme les dunes dans le désert. Et le ciel était si immense… en faire le tour
en une nuit était impossible.
Elle entendit Tia soupirer et se redressa avant
de la regarder. Au même moment, sa compagne baissa les yeux sur elle et la
présence visible de perte immense dans son regard serra le cœur d’Alexia. Elle
leva une main et la posa sur la douceur veloutée de sa joue.
« Dieu, ça fait 20 ans qu’elle les a perdu
et c’est comme si c’était hier. Comment va-elle survivre à ma
disparition ? » s’interrogea-t-elle avec inquiétude. Puis La
mercenaire sembla revenir dans la réalité et elle attrapa sa main pour la
porter à ses lèvres. Ce qu’elle pouvait aimer lorsque Tia avait ce genre de
geste. Une telle tendresse, un tel amour, une telle dévotion… cela montrait si
bien comme Tia tenait à elle.
Elle emmêla ses doigts aux siens et posa leurs
deux mains sur ses genoux avant de plonger ses yeux si bleus au fond des siens.
Un moment, Alexia s’y perdit puis les mots que sa compagne prononça la
ramenèrent brutalement à la réalité.
- Il faut qu’on parle Lex.
- De quoi ? demanda-t-elle envahie par la
crainte.
- De… ta maladie.
Absurdement, Alexia était soulagée. Elle
n’allait pas discuter du mariage. Puis elle fronça les sourcils. « Attends
une minute, tu ne veux pas parler du mariage pour ne pas avoir à parler de ta
maladie. Voilà que c’est pile le sujet qui tombe et tu es
soulagée ? » songea-t-elle incrédule.
Elle garda le silence, ne sachant pas quel côté
de la maladie, elle voulait vraiment aborder. Elle la vit prendre une
inspiration tremblante pour se lancer et la compassion la poussa à lui
faciliter la tâche. La peur cependant étant la plus forte et elle se
retint.
- Je… j’ai fait beaucoup de recherches,
commença-t-elle en regardant en contrebas, le magnifique panorama. On a 10 ans
environ avant que les premiers symptômes ne se déclarent. Et après ça, encore
15 à 20 ans avant que tu…
La voix de la mercenaire s’éteignit. Elle ne
pouvait dire les mots. C’était trop réel, trop définitif.
- J’ai lu les dernières découvertes qu’ils ont
faites en matière de traitements, reprit-elle après quelques minutes, et c’est
très prometteur. D’ici 10 ans qui sait où ils en seront ? Ce que je veux
dire, c’est que rien n’est encore joué Lex. Qu’il y a de l’espoir. Et que…
qu’on doit garder la foi.
Lex releva la tête et dévisagea son âme-sœur.
« Comme ça doit être dur à dire pour toi mon amour », songea-t-elle
le cœur emplit d’amour pour cette femme courageuse pour qui la foi n’avait
jamais rien été d’autre qu’une illusion mensongère qui la plongeait d’un
cauchemar à un autre. De son pouce, elle caressa le dessus de sa main et l’incita
à poursuivre.
- Mais… au cas où.
Une pause. Une inspiration hachée.
- Au cas où, il faut que l’on parle de ce que tu
veux que l’on fasse. Tu veux suivre les traitements ? Tu veux qu’on
prolonge ton existence même si tu souffres ? Tu veux quoi pour... après. Un
enterrement ? Une crémation ? Y-a-t’il un endroit que où tu préfères
être ?
Tia avait débité tout cela d’une seule traite
avec une peur sans nom accrochée au creux de son estomac et qu’elle sentait lui
dévorer les entrailles. Elle se tut finalement et attendit, les yeux dans ceux
plein d’amour de celle qui avait changé sa vie.
- Je veux être près de toi. Toujours. Où que tu
sois.
Finalement, en parler avait été moins difficile
qu’elle ne le craignait. Tia l’aimait tant et si la perspective de sa mort était effrayante, celle de ne plus
pouvoir être à ses côtés étaient bien pire. Elle ferait n’importe quoi pour
Tia.
C’était cette certitude absolue que Tia avait
besoin de connaître les réponses à ses questions et sa volonté farouche, à
elle, de rendre heureuse sa compagne envers et contre tout, qui lui fit reprendre la parole.
- Une crémation. Et garde-moi près de toi.
- Toujours, répondit doucement la grande femme.
- Je veux que l’on tente tout ce qu’il est
possible de tenter. Prolonge ma vie même si j’en souffre. Botte-moi les fesses
si je te dis que je veux abandonner. Parle-moi de ton amour et de ce que serais
ta vie sans moi. Donne-moi l’envie de me battre, encore et toujours. Lorsque la
démence m’aura emportée, ne me laisse pas partir sans tout essayer, même si je
te dis le contraire. Et répète-toi, à chaque fois que tu douteras, que ma vie
avec toi, même dans les pires souffrances et mille fois meilleures qu’un repos
sans ta présence.
Une brève pause puis, tout doucement:
- Tu es ma raison d’être Tia. Ma raison de
vivre. La raison pour laquelle je suis ici sur terre. Tu donnes du sens à ma
vie. La rends meilleure et si jolie. Je te dois la joie, les rires et tout ce
qui me rends si fière de celle que je suis aujourd’hui. Si je dois mourir, je
veux être sûre qu’on est tout fait pour éviter d’être séparées. Et même là, je
ne suis pas sûr d’accepter notre séparation.
Tia déglutit avec difficulté. C’était…
exactement ce qu’elle-même lui aurait dit si la situation avait été inversée.
Elle ne parvenait pas à croire en sa chance. Elle avait vraiment trouvé son
âme-sœur. Ce n’était pas un mot. Pas un fait. Pas même un sentiment. C’était la
réalité. Toute simple et nue comme la vie, comme la vérité.
Elle laissa ses larmes couler en silence alors
qu’elle prenait le visage de son autre elle-même entre ses mains et colla son
front au sien.
- Pareil, souffla-t-elle sans quitter les deux
émeraudes qui la fixaient.
Alexia lui sourit.
- Je t’aime Tia. Et ces mots sont vraiment trop
faibles pour réellement décrire ce que tu provoques en moi.
La vague de joie qui l’avait balayé en entendant
la déclaration d’Alexia, avait fait s’envoler les doutes qu’elle nourrissait
depuis une semaine, mais pas la curiosité.
- Alors pourquoi ne veux-tu plus
m’épouser ? demanda-t-elle avec un brin de douleur dans la voix.
- Mais je veux t’épouser ! rétorqua la
petite blonde vivement.
Chose qu’elle regretta très vite. Comment
expliquer son silence, son attitude ? La vérité peut-être ? Elle
avait si peur que Tia ne puisse plus se détacher d’elle. Mais elle se mentait,
elle le savait. Il n’y avait qu’à plonger au fond de ses yeux pour le savoir.
Elle secoua la tête.
Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle voulait
être sûre qu’elle allait bien. Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle voulait se consacrer
à elle, avant de s’occuper d’elles deux. Elle ne pouvait pas parce que Tia
n’était pas prête à parler de ce qui avait amené sa dépression. Dès lors Tia se
sentirait coupable. Et ce n’était pas ainsi qu’elle irait mieux.
- Alors pourquoi ne veux-tu pas qu’on
l’annonce ? Qu’on fixe une date ? Qu’on…
Alexia l’interrompit en posant une main sur sa
bouche.
- Plus tard, murmura-t-elle. S’il te plaît…
Sa compagne hocha lentement la tête et soupira
en baissant les yeux.
- Et pour les enfants ? l’interrogea-t-elle
brusquement.
- Les enfants ?
- Oui. Tu voulais porter mon enfant, tu te
souviens ?
- Oui.
Alexia baissa les yeux. Oui, elle se souvenait
et elle savait où Tia voulait en venir. De même qu’elle savait quelle réponse
elle allait donner et anticipait déjà la déception et la douleur qu’elle allait
faire naître dans ses si beaux yeux et elle ne voulait pas le voir.
- C’est toujours d’actualité ?
- Non.
Le silence qui suivit fut plus long et plus
pesant que les précédents. Elle sentit la main de sa compagne trembler dans la
sienne et l’entendit déglutir bruyamment. Elle s’en voulu d’autant plus qu’elle
savait que Tia ne comprenait pas. Techniquement, son refus pourrait être
interpréter comme la peur de transmettre la maladie à son enfant, mais avec la
méthode qu’elles avaient l’intention d’utiliser, cette objection n’avait plus
lieu d’être.
En conséquence, son refus ne pouvait être
interprété que comme un rejet de sa compagne. Mais ça n’était pas le cas. Elle
avait juste peur. Peur de s’attacher à un nouvel être qu’elle devrait quitter.
Peur d’imposer sa disparition et ses souffrances à quelqu’un qui avait commis
le seul crime de l’aimer.
Et peur surtout, que cet enfant ne lui prenne le
temps qu’elle voulait passer avec Tia. Chaque seconde, chaque minute était
précieuse. Elle ne voulait les partager avec personne. Tia était à elle.
Jusqu’à la fin.
Elle ne pouvait pas lui dire ça. Elle ne pouvait
pourtant pas non plus la laisser croire qu’elle la rejetait pour une raison
quelconque. Elle opta donc pour un compromis. Une sorte de semi-vérité.
Elle pressa la main de sa compagne et
expliqua :
- 10 ans c’est trop peu pour s’occuper d’un
enfant. Les souvenirs qu’il aura de moi… il sera trop jeune. Je ne veux pas
qu’il vive ça.
- Mais tu pars du principe que tu n’as aucune
chance ! s’écria Tia. La recherche fait des progrès tous les jours !
Et pour un enfant, pour son équilibre profond, seul les 4 premières années
comptent ! Il aura pleins de bons souvenirs de toi tu te trompes et 10 ans
ça n’est pas si jeune ! Du moment
qu’il les passe entouré d’amour, finit-elle plus calmement. Et puis, il y a
encore au moins 15 ans après ça. Le temps de grandir…
- Et de me regarder mourir, l’interrompit-elle
brusquement. De me voir perdre le contrôle de mon corps, de mon intelligence et
de finalement baver comme un bébé, de perdre la tête et de ne plus pouvoir ni
marcher, ni parler, ni manger seule. Non, Tia.
La mercenaire voulait argumenter, plaider mais
elle savait que malgré son plaidoyer, la détermination qu’elle voyait sur le
visage de sa compagne ne changerait pas et elle décida que cette bataille là
pouvait attendre. La soirée avait été assez éprouvante, il était temps de
passer à autre chose.
- Que dirais-tu d’une promenade au clair de
lune ? fit-elle avec un sourire charmeur
Le soudain changement de sujet et de ton, fit
cligner des yeux la petite blonde, mais elle accepta celui-ci avec soulagement
et lui sourit en hochant la tête. Elle se laissa relever et suivit sa compagne
sur le chemin abrupt qui les emmènerait au bas du ravin, près d’un ruisseau qui
chantait comme s’il se savait éternel.
- Si tu es sage et silencieuse, lança sa
compagne espiègle, tu pourras peut-être même voir un loup-garou, fit-elle en
montrant la pleine lune du doigt.
Le rire clair qui s’échappa alors dans la nuit,
allégea l’atmosphère et c’est d’un pas définitivement plus léger qu’elles
entamèrent leur descente.
*********************************
Silencieuse comme un serpent, Alexia rampait sur
le sol poussiéreux du désert, essayant de repérer l’adversaire. Elle inspira
calmement, avalant du même coup les grains de sable sous elle et ferma les
yeux, laissant ses oreilles prendre le dessus.
Concentré sur son ouïe, elle chercha un bruit,
un son, un mouvement qui l’aurait renseigné sur la position de son ennemi. Mais
rien ne filtrait, excepté le vent qui sifflait entre les rochers.
Cela faisait quatre jours qu’elle le cherchait.
Mais elle n’avait trouvé aucun indice. Alexia réprima un soupir de
découragement et de frustration et bougea lentement ses doigts pour chasser les
fourmis qui s’y étaient installées.
Précautionneusement, elle se redressa et regarda
autour d’elle. Elle était cachée derrière un rocher qui faisait deux fois sa
taille et si massif que rien n’aurait pu le faire bouger. Elle scruta les
ténèbres autour d’elle, mais elle avait beau plisser les yeux à s’en faire
exploser les vaisseaux sanguins, elle ne voyait rien. La nuit dans l’Ontario
était aussi complète que dans le désert Egyptien.
Elle tendit encore une fois l’oreille, mais ne décelant
aucun son, elle se mit sur pied et accroupit, avança pas à pas, s’arrêtant
régulièrement pour vérifier si elle entendait quelque chose puis reprenant sa
lente avancée.
Elle ignora les crampes de son estomac qui lui
donnaient la nausée et la brûlaient et tenta encore une fois de trouver du
gibier. Elle n’avait rien mangé depuis deux jours et la faiblesse qui
envahissait son corps rendait tous ces déplacements d’autant plus difficiles.
Si cela continuait, elle allait se faire prendre.
Comme si son adversaire n’avait attendu que ça,
elle entendit un grondement bas derrière et elle se retrouva plaquée au sol.
Dans un réflexe dû à un entraînement intensif, elle lança son coude en arrière
et entendit un bruit sourd qui lui indiqua qu’elle avait touché sa cible.
Le recul que son coup provoqua lui permit de
bouger les hanches. D’un mouvement vif elle se retourna et entraîna son
adversaire dans le même mouvement. Elle se retrouva à califourchon sur lui et
leva le poing pour lui lancer un uppercut qui fut bloqué avant d’atteindre sa
cible.
Son bras fut tordu et elle effectua une torsion
du corps pour s’en dégager. Elle roula sur le côté et se redressa, en essayant
de faire plus que deviner la silhouette qui lui faisait face. Mais elle se
fondait avec maestria dans les ténèbres, si bien qu’elle ne la vit pas la
contourner et qu’elle se retrouva projeter sur le sol pour la seconde fois en
deux minutes.
Elle accompagna le mouvement et fit un roulé
boulé qui la remit sur pied. Lorsqu’elle sentit la présence de son ennemi dans
l’ombre, elle lança son pied et le grognement sourd qui lui parvint, lui
confirma ce que la douleur dans son pied lui disait. Elle avait touché quelque
chose de dur qui craqua.
Le bruit la fit frémir mais elle retrouva
rapidement son sang-froid et se campa fermement sur ses deux jambes. Elle
plissa les yeux et discerna un mouvement sur sa droite. Elle feinta, se baissa
et lança son poing à l’assaut du ventre de son adversaire.
Sa main fut arrêtée dans son mouvement et une
prise dure lui bloqua le bras. Elle se releva en tirant fort, mais la prise
était solide et rien ne semblait pouvoir la relâcher. En désespoir de cause,
elle lança son pied à l’assaut de sa tête, mais un mouvement et le brusque
déséquilibre qu’elle ressentit en frappant le vide, lui fit comprendre qu’on
l’avait évité.
Elle fut brutalement tirée en avant et
retournée. Elle se retrouva plaquée contre un corps solide et une clé de bras
enserra son cou avec force. La prise se resserra et elle commença à manquer
d’oxygène. Ses jambes se mirent à trembler et la faiblesse qui était la sienne
depuis le début de cette journée difficile, l’engloutit.
Elle ne voyait pas comment se dépêtrer de cette
situation alors elle abandonna.
- J’a… j’abandonne, souffla en détendant son
corps d’un seul coup.
La prise se relâcha et les bras qui la
maintenaient fermement se firent plus doux. La main autour de son cou se fit
caressante et descendit lentement vers sa taille, passant sur son sein aussi
légèrement qu’une plume et envoyant des frissons brûlants le long de sa colonne
vertébrale. Elle s’immobilisa tout contre le nombril d’Alexia alors que son
autre main relâchait son bras et remontait vers son épaule.
Un souffle chaud chatouilla son oreille et une
voix rauque d’avoir si peu servit ces derniers jours, lui murmura des mots
tendres.
- C’était un peu rapide mon cœur. Tu aurais pu
essayer encore.
Alexia soupira et s’appuya lourdement contre sa
compagne en posant ses mains sur les siennes.
- Non je n’aurais pas pu. Je n’ai pas mangé
depuis deux jours et je n’en ai pas la force.
Tia fronça les sourcils.
- A quoi crois-tu que sert cet
entraînement au juste ? Tu dois apprendre à repousser tes limites, à
rester sur le qui vive et être parfaitement opérationnelle même dans les pires
conditions, Lex. C’est trop facile d’abandonner dès que tu te sens un peu
faible. En ce qui concerne la nourriture, je t’avais donné des rations. Tu
aurais dû les rationner au lieu d’en faire ton repas principal pendant ces deux
premiers jours où tu étais livrée à toi-même. Je t’ai appris la chasse mais tu
n’as pas attrapé une seule proie. Franchement Lex, on dirait que tu as oublié
tout ce que je t’ai appris et je suis loin d’être satisfaite.
Sa voix était dure, sèche et dans l’état dans
lequel elle se trouvait, Alexia, même si elle savait que sa compagne avait
raison, ne supportait pas d’entendre tous ces reproches. Elle se raidit, les
larmes aux yeux et s’écarta brusquement de la chaleur réconfortante de ses
bras.
Elle se retourna et la fusilla du regard. Même à
deux pas d’elle, Tia était quasiment invisible dans l’ombre. Seuls ses yeux
bleus brillaient dans l’obscurité, ses magnifiques yeux qui pour l’instant la
fixaient déçus et sévères.
- Tout le monde n’a pas eut la chance d’avoir
reçut ton entraînement de malade ! lança-t-elle avant d’avoir pu se
censurer.
Elle regretta ses mots au moment même où elle
les disait mais Tia ne bougea pas. A peine cilla-t-elle sous l’insulte. Seul le
bleu qui s’assombrissait, montrait qu’elle avait fait mouche.
Elle avança d’un pas et leva la main, mais Tia
se déroba et se fondit dans les ombres, disparaissant à sa vue. Elle entendit
un mouvement et une carte avec une boussole atterrirent à ses pieds.
Une voix basse, tendue, s’éleva :
- Débrouille-toi pour rentrer. Tu as deux jours.
Passé ce délai, je viens te chercher.
Alexia releva vivement la tête les yeux
écarquillés et fouilla le noir en face d’elle, mais sa compagne était
invisible. Un autre paquet atterrit à ses pieds et elle découvrit de nouvelles
rations sur lesquelles elle se rua tout en l’appelant :
- Tia… Tia, s’il te plaît, excuse-moi. Je ne
voulais pas dire ça.
- Ce qui est dit est dit et ne peux pas être
retiré, répondit-elle un peu plus loin que la dernière fois. Souvient-toi de ce
que je t’ai appris Alexia, Chasse. Observe. Mange. Et reste calme. Prend le
temps qu’il te faut, mais rentre en deux jours. Ni plus, ni moins. Deux jours
Alexia. C’est ta course contre la montre. Essaie de te montrer à la hauteur
cette fois.
Puis la voix se tut et le silence du désert
retentit à nouveau. Alexia resta les bras ballants quelques minutes, le cœur
douloureux et la colère en elle. « Quel imbécile, songea-t-elle en
ramassant les paquets que lui avait lancé sa compagne, mais qu’est-ce qui m’a
pris de lui lancer ça ?! »
Elle se tança encore quelques minutes puis
soupira et secoua la tête. Tia ne l’appelait jamais Alexia, sauf quand elle
voulait prendre ses distances avec elle. Ca faisait bien plus mal que ce à quoi
elle s’était attendue.
Elle aurait voulu s’excuser encore, en discuter
avec Tia mais l’entraînement, ou plutôt la phase deux de celui-ci ne pouvait
être mise entre parenthèse, la discussion et les excuses devraient attendre.
Exactement comme en situation réelle. C’était d’ailleurs le but de cet
entraînement de survie.
Apprendre les priorités, s’organiser seule et
voir si elle était capable d’utiliser par elle-même et sans la supervision de
sa partenaire, ses apprentissages. Il était plutôt évident que non. Et après
quatre années passées à lui apprendre avec patience tout ce qu’elle savait pour
rien, elle aussi aurait été en colère à la place de Tia.
Elle ne parvenait pas à se concentrer depuis
qu’elle avait passé ce fichu test, et encore moins depuis sa discussion
perturbante avec Tia sur sa maladie, le mariage et les enfants. Elle savait que
Tia avait raison. En tant que mercenaire, on devait pouvoir rester concentrer
en toutes circonstances, quelque soit nos problèmes personnels. C’était une
question de survie. Mais elle n’y arrivait pas et avait tout foiré ces quatre
derniers jours.
Elle n’avait même pas réussi à repérer Tia avant
que celle-ci ne lui tombe dessus. Encore moins à la combattre plus de quelques
secondes. Elle était pitoyable et elle en avait parfaitement conscience.
Elle voulait que Tia soit fière d’elle et tout
ce qu’elle avait réussi à faire c’était l’insulter !
Pour se rattraper elle n’avait pas trente-six
solutions. Pour commencer, elle devait se reprendre. Evacuer toutes ses pensées
et se concentrer sur ce qui comptait vraiment. A l’instant sa priorité était de
trouver un abri.
Elle se mit donc en quête d’un endroit où passer la nuit, loin des prédateurs et pouvant
la protéger du vent. Se faisant elle sentit le regard approbateur de Tia sur
elle. Elle savait sa compagne loin d’elle, mais suffisamment près pour garder
un œil sur elle. Exactement comme ses quatre derniers jours.
Tia voulait l’entraîner mais elle n’était pas un
tyran. Elle la surveillait et interviendrait en cas de problème insoluble. Elle
carra les épaules et se mit en marcha d’un pas décidé. Si elle parvenait à
revenir dans le temps imposé par son mentor, alors elle aurait au moins atteint
un de ses objectifs.
Après, il serait toujours temps de s’excuser. Se
serait d’ailleurs plus facile si Tia était fière d’elle. Forte de cette
résolution, elle remisa enfin toutes ses pensées, tous ses doutes et toutes ses
peurs dans un coin de son esprit impossible d’accès et se concentra sur les
choses qu’elle avait encore à faire.
********************************
Elle débarqua au ranch deux jours plus tard à sa
grande fierté. Elle chercha sa compagne des yeux, mais ne la trouvant pas, elle
entra dans la maison. Des rires à l’arrière l’attirèrent. Elle découvrit Tia,
parfaitement à l’aise, attablée avec Linya et dégustant une citronnade en
plaisantant. Len qui était aussi présent, fut le premier à la remarquer.
- Salut m’man ! lança-il à sa deuxième
mère.
- T’as une tête terrible ! fit Lara avec
son manque de tact coutumier.
- Merci, répondit-elle en cherchant le regard de
sa compagne.
Celle-ci la fixa et lui fit un petit hochement
de tête approbateur. Pour Lex c’était comme si Tia venait de la prendre dans
ses bras et de la jeter dans les airs pour la féliciter. Professionnellement
parlant Tia était loin d’être démonstrative et là, elle était en mode boulot malgré
son air décontracté.
- Va prendre une douche, lança-t-elle doucement
sans la lâcher du regard.
Alexia acquiesça et commença à faire demi-tour
en se demandant ce que voulait dire son regard. Elle aurait voulu s’excuser
mais de toute évidence le moment s’y prêtait mal.
- Contente que tu sois revenue ! lança
Linya malicieuse. Et je vais bien aussi ! continua-t-elle en riant.
Lex sourit sans se retourner. Elle l’avait
complètement snobé ce que Linya n’avait pas manqué de remarquer. Heureusement,
son amie ne se vexait pas facilement. Elle entra dans sa chambre et se
dépouilla de ses vêtements devenus guenilles au cours de cette semaine de
survie stressante, et se rendit dans la salle de bains.
Elle alluma le jet de la douche et n’attendit
pas qu’elle soit à la bonne température avant de s’y glisser. Elle en avait
rêvé toute la semaine.
Lorsqu’une demi-heure plus tard, elle en sortit
à contrecœur, elle trouva un plateau sur son lit. Un sandwich accompagné d’un
verre de lait et d’un mot s’y trouvaient. Malgré la faim qui la tenaillait,
elle prit le temps de lire le mot.
« Mange puis dors, on se parlera plus
tard. » Droit au but, comme toujours. Elle soupira et soupesa son besoin
de remettre les choses sur les bons rails avec son envie presque dévorante de
se reposer. Dans son état actuel, si la discussion ne menait pas là où elle le
voulait, elle tournerait très vite à la dispute. Autrement dit, elle n’avait
pas tellement le choix.
Elle retourna la carte à tout hasard et y vit
une autre phrase.
« Sérieusement, repose-toi. Demain on a
droit à un barbecue. C’est une nouvelle fête du voisinage nouvellement mit en
place d’après Frédéric. On aura besoin de tous les bras disponibles pour la
préparer car elle a lieu ici ! »
Le point d’exclamation la renseigna sur la façon
dont sa compagne prenait la nouvelle. Elle aurait donné cher pour être présente
quand Frédéric avait dû la mettre au courant. Rusé comme il était, il avait
attendu la dernière seconde, histoire de l’empêcher de trouver un prétexte
bidon pour s’éclipser.
Elle avait plutôt intérêt à se reposer en effet,
si elle voulait être en mesure de supporter Tia demain. Elle soupira devant le
sort qui s’acharnait à l’empêcher de s’excuser auprès de sa mercenaire. Plus le
temps passait, plus elle sentait que ça allait être difficile.
************************
Lorsqu’elle se réveilla, il faisait nuit noire.
Elle sentit la présence de Tia dans la pièce mais pas dans le lit. Elle roula
sur le dos et fit le tour de la pièce des yeux. Elle la trouva dehors, sur la
terrasse. Les portes-fenêtres étaient ouvertes et la brise douce qui soufflait
la fit frissonner lorsqu’elle se redressa dans le lit.
- Tia ? appela-t-elle.
Celle-ci se retourna, appuyant son dos et ses
coudes contre la rambarde. Alexia devinait plus qu’elle ne voyait son
expression. Mais sa posture, elle, était on ne peut plus explicite pour
quiconque avait appris à la lire. Tia était épuisée. Pourtant elle ne dormait
pas.
« Elle en a pourtant plus besoin que moi
encore, songea la jeune femme inquiète.
Elle savait que les moments ou elle-même s’était reposée cette semaine, Tia
avait redoublé de vigilance pour surveiller les alentours pour elle, ne
s’octroyant que quelques heures par-ci par-là. C’était ainsi qu’elle faisait
lors des missions longues durées, à ceci près qu’elles veillaient
alternativement l’une sur l’autre. Là, Tia avait été la seule à le faire.
- Viens te coucher, tu dois être épuisée,
fit-elle en lui tendant la main.
Alexia la vit hésiter, puis abandonner. Elle
prit sa main et s’allongea à ses côtés. Aussitôt Alexia se colla à elle,
respirant avec délice son odeur. Peau fraîche et noix de coco. Elle glissa une
main sur sa chemise et commença à défaire les boutons. Une main l’arrêta.
- Il vaut mieux que l’on se repose.
Elle ne le montra pas, mais ce rejet lui fit
mal. Jamais. Jamais Tia n’avait été trop fatiguée pour ça. Jamais elle ne
l’avait repoussée. Sa remarque avait frappé plus fort qu’elle ne l’avait cru.
- Ce n’était pas mon intention, murmura-t-elle
doucement. Je voulais juste que tu sois plus à l’aise.
- Ha.
La main se retira et Lex entreprit de finir ce
qu’elle avait commencé. Tia se releva un peu, lui permettant ainsi de lui
retirer la chemise complètement puis elle se laissa retomber sur le matelas
avec un soupir.
Sans qu’elle en ait conscience, sa main glissa
sur la peau chaude et s’arrêta au dessus d’un endroit plus chaud. Elle souleva
la tête et fixa le bleu en train de disparaître sur les côtes de sa compagne.
- Oh mon dieu, souffla-t-elle, le
craquement ! Je… je t’ai cassé des côtes ?!
- Pas de
quoi fouetter un chat Lex, fit la grande femme en attrapant sa main. J’ai eu un
instant d’inattention et tu en as profité. C’est bien.
- Non, ce n’est pas bien ! Déjà je ne l’ai
pas fait exprès ! s’insurgea-t-elle. Je ne te voyais même pas !
Ensuite, je ne suis pas sensée perdre le contrôle de mes mouvements comme
ça ! Je suis sensée me contrôler, comme toi !
- C’est encore trop tôt pour toi. Ne te flagelle
pas. Tu finiras par y arriver, mais je ne m’attends pas à ce que tu y
parviennes tout de suite.
Alexia serra les lèvres. Le manque de contrôle
était un sujet difficile. Tout d’abord parce qu’après quatre ans
d’entraînement, elle était loin d’égaler sa partenaire, ce qui la frustrait.
Ensuite parce qu’avec la réalité de sa maladie, ça prenait une tout autre
dimension. Sa maladie… bon sang ce que ces mots lui faisaient peur.
- Je veux y arriver Tia ! lança-t-elle
durement. Le plus vite possible. Dans 10 à 12 ans maximum, je vais perdre le
contrôle de mon corps, que je le veuille ou non. Alors j’aimerais, au moins
pendant quelques années, bénéficier d’un contrôle total sur lui, si ça ne te
déranges pas !
Tia ne répondit pas. Le silence s’installa et
Alexia se calma.
- Excuse-moi. Tu n’y es pour rien.
Tia haussa les épaules.
- Excuse-moi aussi pour ce que j’ai dit.
Elle n’avait pas besoin de préciser. Toutes deux
savaient de quoi Alexia parlait.
- Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’étais
fatiguée et vexée aussi je pense. J’ai tant de mal à me hisser à ton niveau.
J’ai l’impression parfois de te faire perdre ton temps et j’ai peur que tu ne
regrettes ta décision de m’entraîner.
Alexia fit une pause, mais Tia n’en profita pas
alors Alexia poursuivit.
- Je ne le pensais pas Tia. Je te le jure. Je
regrette.
« Tu as voulu me faire mal, pensa la grande
femme. Pourquoi ? » Depuis la découverte des résultats, Alexia avait
changé. Subtilement, mais c’était indéniable. Elle s’éloignait d’elle,
cherchait à lui faire payer sa bonne santé peut-être ? Comme si la voir
disparaître n’était pas aussi douloureux pour elle. Alexia n’avait donc pas
encore compris ? Elle était sa raison d’être.
Elle avait eu beau le lui dire et le lui
répéter, on aurait dit qu’elle y croyait sur le moment et puis qu’elle le
rejetait la seconde suivante. Elle ne savait pas quoi faire pour l’en
convaincre. Elle ne savait plus quoi dire. Elle se doutait bien que les piques
que Lex lui lançait parfois ne s’arrêteraient pas avec ses excuses, mais que
pouvait-elle faire d’autre que de les accepter ?
Et d’accepter toutes celles qui suivraient. Elle
ne pouvait pas imaginer sa vie sans Lex. Alors elle n’avait pas vraiment le
choix, n’est-ce pas ?
- Je sais, dit-elle finalement. Ce n’est pas
grave. Oublions ça ok ?
Alexia hésita mais finit par accepter. La
mercenaire l’attira contre elle et Alexia se détendit enfin.
- On a une grosse journée demain, hein ?
lança-t-elle mi-joueuse, mi- fatiguée.
Un grognement contrarié fut la seule réponse et
cela la fit sourire. Elle raffermit sa prise autour de la taille de sa compagne
et inspira d’aise, laissant ses sens se faire submerger par la présence
rassurante, l’odeur et la force de Tia. Elle lui avait manqué.
Chapitre 4 :
Le lendemain Tia se réveilla avec un frisson. Avant même
d’ouvrir les yeux, elle sut qu’Alexia était une fois de plus à l’autre bout du
lit. Elle n’avait jamais été une acharnée du contact et Lex ne s’endormait pas
affalée sur elle, mais elles ne dormaient jamais aussi loin l’une de l’autre.
Elle posa son regard sur le dos de sa compagne. Elle était
roulée en boule. Mais qu’est-ce qui se passait donc dans sa tête pour qu’elle
s’éloigne avec une telle constance d’elle ? Elle devait avoir fait quelque
chose, même si elle ne voyait pas quoi.
C’était un geste totalement inconscient de la part de Lex
puisque c’était pendant son sommeil, elle ne devait pas savoir elle-même
pourquoi. Elle ne pensait pas que cela avait un rapport avec la révélation de
sa positivité à Huntington, même si ça avait commencé peu après. Si Alexia
avait été angoissée à cause de ça, elle aurait plutôt cherché le contact. Alors
qu’est-ce que ça pouvait bien être ?
Ce qu’elle avait lu sur la maladie avait bien parlé d’un
changement d’humeur, mais ça c’était dans les derniers stades de la maladie et
le premier stade n’arriverait pas avant ses 35 ans minimum.
Elle avait lu qu’il existait des exceptions, une forme
juvénile, mais ça se déclenchait avant 20 ans et Lex en avait 28. Et puis les
symptômes ne correspondaient pas. Elle était effectivement plus irritable et
plus agressive, mais il aurait d’abord dû y avoir une perte de contrôle de ses
muscles. Des mouvements involontaires, comme des grimaces, des réflexes. Elle
aurait dû avoir des problèmes d’élocution, d’équilibre et si il y avait une
chose que Tia avait faite depuis qu’elles étaient au courant, c’était d’observer
attentivement sa compagne.
Elle pouvait dire en tout sérénité que tous ces symptômes
n’étant pas encore apparus, ce n’était donc pas ça.
La mercenaire réprima un soupir et fixa le plafond. A moins
d’en parler directement avec l’intéressée, elle n’était pas prête d’avoir une
réponse satisfaisante. Elle jeta un œil sur le corps encore endormi de son amie
et secoua légèrement la tête. Aucune chance. Alexia avait le plus grand mal à
supporter les discussions sérieuses en ce moment, ce qu’elle pouvait parfaitement
comprendre.
Elle n’avait plus qu’à patienter. Le temps atténuerait le
choc et, elle l’espérait, Alexia redeviendrait normale. Elle n’avait donc qu’à
attendre.
Ce qui n’était pas son fort.
Du tout.
*******************************
La journée avait été particulièrement frustrante. Il avait
fallu courir dans tous les coins pour parvenir à organiser les lieux pour
l’arrivée de tout le monde. Quand son ancien tuteur lui avait dit le nombre
d’invités, elle avait failli avaler sa langue.
Une cinquantaine, avait-il dit. Il avait invité tout le pays
où quoi ? La veille quand il lui avait parlé des voisins, elle avait cru
qu’il parlait des trois quatre qui entouraient leur terrain, pas de tous ceux
avec qui ils étaient en relations !
Elle avait dû ronger son frein toute la journée pour ne pas
donner le mauvais exemple aux jumeaux, eux aussi peu enthousiastes à l’idée de
préparer la fête, et pour ne pas donner raison à sa compagne qui avait parié
avec son oncle qu’elle râlerait tout du long.
Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi son oncle était
encore là. Lizzie était repartie à l’université, les vacances étant finies et
Trinity devait s’occuper des affaires de la compagnie. Mais de ce qu’elle en
savait, Gin aussi, alors pourquoi n’était-il pas parti avec elle ? La
compagnie était un peu trop grosse pour pouvoir se passer de leur PDG aussi
longtemps.
En tout cas, c’est ce qu’il lui avait dit au cours des trois
dernières années pour la convaincre de venir lui donner un coup de main. Elle
lui avait rétorqué qu’elle n’y connaissait rien et lui qu’elle apprendrait sur
le tas. Que cette compagnie lui appartenait au trois-quarts et qu’il serait bon
qu’elle sache ce que son père et sa mère lui avaient légué.
Elle lui avait répondu que son job, c’était mercenaire et
que s’il voulait vraiment y faire entrer un autre membre de la famille, il
pouvait en parler aux jumeaux. C’était peut-être ça ? Il était peut-être
resté pour en parler avec eux. Leur exposer ce qu’était la compagnie, ce qu’il
faisait et ce qu’ils pourraient y faire, eux, s’ils le voulaient ?
Mmmm, si c’était ça, elle allait devoir surveiller tout ça.
Malgré ce qu’elle en avait dit, pas question d’envoyer ses enfants rencontrer
des requins de la finance sans être sûr qu’ils ne risquaient pas trop de bobo.
« Autrement dit, je vais devoir me coltiner tous les
rapports que Gin m’a envoyé ces trois dernières années » songea-t-elle
avec une grimace. Et avec son obsession de tout comprendre, si un truc n’était
pas clair dans ces rapports, elle allait se coltiner aussi des tas de
recherches et tout autant de lecture ! « Fantastique »,
songea-elle très peu enthousiaste à l’idée de ce qui l’attendait.
Elle s’assit lourdement sur une chaise encore libre et
observa sa compagne et Linya vérifier que rien ne manquait. Alexia avait l’air
parfaitement à l’aise dans ce rôle. Tout comme Linya. Elle se souvint que
c’était au milieu d’une de leur réception qu’elle avait débarqué après
l’enlèvement de Lex.
« Forcément, elles sont à l’aise. C’est leur monde
ça. » Une fois de plus, elle se demanda si elle n’avait pas arraché Lex à
un environnement qui semblait, aujourd’hui encore, lui convenir à merveille.
Elle savait que Lex l’aimait, mais… dans ce monde, elle
avait aimé quelqu’un aussi. Qui lui ressemblait… quelqu’un avec qui cela avait
duré des années. Toute son adolescence et sa vie d’adulte, elle avait aimé cet
homme. Danzel. L’arrogant petit paon qu’elle avait rencontré au 25ème
anniversaire de Lex. L’homme aux yeux aussi bleus que les siens.
Tia grimaça. Penser à ce type lui donnait des aigreurs. Il fallait qu’elle arrête, maintenant. Lex lui avait répété sur tous les tons qu’avec lui c’était fini. Qu’elle ne l’aimait plus depuis qu’elle l’avait rencontré elle. Qu’il n’avait été qu’un palliatif en l’attendant elle.
Même si la sincérité se lisait sur son visage et dans sa
voix, elle avait du mal à ne pas repenser à cet homme. « Oh, arrête de te
mentir Ti !, se gronda-t-elle, tu n’arrives simplement pas à accepter
qu’elle ai pu aimer quelqu’un avant toi ! Tout ça parce que toi, tu
l’as attendue pour savoir ce que c’était que d’aimer ! Pathétique. »
Elle inspira profondément pour se calmer, lorsqu’elle vit
Lara, l’air très déterminé, se diriger vers elle. De toute évidence, elle avait
l’intention de l’obliger à venir les aider. Elle sourit avec ironie. Elle
reconnaissait bien là, sa propre volonté à faire partager à autrui, tout ce
qu’elle jugeait ennuyeux et gonflant.
Elle aurait été drôlement hypocrite de l’envoyer bouler.
Pourtant c’est ce qu’elle fit. Et avec le sourire. Sa fille ne fut pas dupe,
mais c’était elle, la figure d’autorité, alors difficile de la remettre en
cause. Surtout lorsqu’elle se plaignait d’une voix enjouée, combien Lex l’avait
épuisée la nuit dernière.
Si Lara avait finalement accepté leur relation, elle ne
tenait absolument pas à en connaître les détails. Une simple allusion la
faisait fuir à toute jambe, alors quand sa fille exigeait d’elle quelque chose
qu’elle ne voulait pas faire, elle lançait la conversation sur le sujet.
Elle gloussa devant le regard noir que lui jeta sa fille en
tournant les talons et s’adossa confortablement à la chaise en regardant sa
famille se dépêcher de terminer les préparatifs.
Elle savait bien qu’elle était visible, mais les invités
seraient présents dans une demi-heure grand max et aucun d’eux n’avaient le
temps de s’arrêter pour argumenter avec elle et tenter de la convaincre de les
aider un peu. Elle était donc en totale sécurité.
*****************************************
« Ah temps bienheureux, disparus si rapidement… »
songea la mercenaire deux heures plus tard. Une des voisines, une vieille qui
avait l’air d’adorer les potins, lui tenait la jambe depuis quinze bonnes
minutes et elle avait cette envie dérangeante de la propulser droit dans le
poteau qui maintenait le chapiteau en place.
Elle devait prendre
sur elle et sentait que sa patience déjà rudement éprouvé, arrivait à son
terme. « Encore un peu… »
- On vous a prévenue ? piaillait la petite vieille, les
Ridobons, vous savez les éleveurs de bétail au Nord d’ici, eh bien à ce qu’il
paraît, Mme Ridobons aurait eu maille à partira avec Le facteur. Enfin par
maille à partir, je me comprends, gloussa la dinde…
« Encore un peu… »
- Et son mari, ce pauvre Monsieur Ridobons, il l’a appris et
je vous laisse imaginer sa réaction ! Mais remarquez, il l’a bien cherché.
Il est si radin pour les étrennes de Noël !
« Maintenant ! »
Elle se leva brusquement et fit un pas en direction de la
commère, bien décidée à la balancer contre un truc dur. Sûr que tout le monde
l’applaudirait. Cette vieille peau, s’est mis la moitié de l’assemblée à dos à
force de piailler à tout va !
Au moment où elle se penchait sur la petite bonne femme, un
corps s’interposa, l’obligeant à se redresser et à reculer. Agacée par cette
interruption, Tia fusilla du regard l’importune. C’était une femme à peine plus
petite qu’elle de quelques centimètres et élancée. Elle était rousse, les
cheveux raides qui lui tombaient sur les épaules, avait des yeux gris ardoise
qui la regardait avec un amusement nonchalant et était vêtue d’un jean bien
repassé et d’un pull rouge qui se mariait à merveille avec ses cheveux.
Elle se pencha vers elle une main sur sa hanche et l‘autre
levée vers son visage en un poing. Elle leva un doigt et le pointa vers Tia en
l’agitant. Elle la tança en silence, un petit sourire en coin, puis se tournant
vers Madame Ridjens, qui ne comprenait pas pourquoi elle avait été interrompue,
elle l’informa que son époux la cherchait partout.
Enfin, elle se retourna vers la mercenaire et lui tendit la
main.
- Rhapsody, fit-elle. Vous devez être Tia ? La mère de
Lara, c’est ça ? Enchantée.
Sur l’insistance de Lex, elle avait commencé, un mois
auparavant, à se présenter sous ce nom là, mais elle n’arrivait pas à
s’habituer à entendre de parfaits étrangers l’utiliser. Elle qui voulait le
garder pour ceux qui comptaient le plus…
Elle ne comprenait pas ce qui avait poussé Lex à le faire,
elle qui savait pourtant ce que ça signifiait pour sa compagne. Mais Tia
n’avait jamais vraiment su lui dire non, alors elle réprima le sursaut qui lui
venait et se comporta en fille bien élevée. Elle hocha la tête lentement et
après un instant, attrapa sa main et lui rendit son salut.
- Lara et ma fille, Gipsy sont très amies depuis le
primaire.
Tia posa les yeux sur la dite fille. Elle était aussi blonde
que sa mère était rousse et faisait la même taille que Lara. Puis elle revint à
Rhapsody et dit :
- Vous êtes beaucoup trop jeune pour être sa mère.
La remarque la fit sourire.
- Pas vous peut-être ?
« Elle marque un point. »
- Moi, c’est particulier.
- Peut-être que moi aussi.
« Elle a réponse à tout ou quoi ? » Tia était
énervée. Cette femme était d’un calme Olympien et sans raison valable, elle la
rendait nerveuse. Elle avait deviné ce qu’elle était sur le point de faire à la
vieille dame, ok c’était pas difficile, mais cela voulait dire qu’elle l’avait
observée. Et elle s’était moquée d’elle, comme si elles se connaissaient depuis
toujours.
Bizarrement, malgré son agacement, elle n’avait aucune envie
de l’envoyer bouler.
- Peut-être.
- Puisque l’on est d’accord sur ce point, peut-être peut-on
converser avec civilité, fit-elle en désignant les sièges un peu à l’écart de
la foule.
Tia acquiesça et suivit la femme. C’était dingue le nombre
de personnes qui se sentait obligé de lui parler et de lui poser des questions,
aujourd’hui, en bons voisins selon Frédérique. Si être de bon voisin
nécessitait autant d’effort, elle allait tout faire pour qu’ils la cataloguent
comme une très très mauvaise voisine !
Pourtant, en s’asseyant aux côtés de Rhapsody, elle n’eut
pas envie que la femme ait une mauvaise opinion d’elle.
- Vous n’avez absolument pas l’air d’apprécier cette
réunion, lança la jeune rousse sarcastique.
- C’est l’euphémisme du siècle ! répondit-elle sur le
même ton.
- Pourquoi ?
- J’aime pas la foule.
- Il y a une raison particulière à ça ?
« Ouais, ça me rappelle trop le camp d’apprentissage.
Mais je me voie mal vous dire ça. »
- Le bruit, la promiscuité…
- Vous oppresse, finit la femme pour elle.
Tia leva les yeux surprise. Rhapsody lui fit un gentil petit
sourire en coin.
- Mauvais souvenirs, hein ?
« Elle lit dans mes pensées ou quoi ? »
- Je connais ça, dit-elle comme en réponse.
Elle tourna le regard vers l’horizon et Tia la vit tourner
son regard vers ses propres démons. Inexplicablement, Tia voulut l’en dépêtrer.
Elle leva la main et la posa sur son bras, attirant son attention.
- Ca va ? s’enquit-elle inquiète.
Rhapsody tourna son regard triste vers elle et elle resta
accrochée aux yeux bleus magnifiques qui la dévisageaient.
- J’avais pas fait attention à vos yeux avant,
murmura-t-elle pensive en portant sa main au visage de la mercenaire.
Le cœur de Tia fit un bond soudain dans sa poitrine. Elle
écarquilla les yeux en reconnaissant ce signe pour ce qu’il était. Un coup de
cœur. Elle avait un faible pour la jolie et tendre Rhapsody.
Mais même en sachant cela, même en sentant qu’elle
trahissait peut-être Lex, elle ne réussit pas à détacher ses yeux de ceux qui
étaient cloués dans les siens. Puis Rhapsody sembla se rendre compte de ce
qu’elle était en train de faire et ouvrit grand sa bouche et ses yeux en
retirant vivement sa main.
Elle rougit et se releva brusquement.
- Je suis désolée, je ne suis pas si familière avec les gens
d’habitude, désolée…
Alors qu’elle se détournait, Tia sentit un sentiment de perte brutale la percuter et elle leva la main pour l’arrêter.
- Attendez ! fit-elle en lui attrapant le bras. Restez, ajouta-t-elle plus doucement alors que la rousse se tournait vers elle presque timidement.
Elle hésita un peu puis hocha la tête et se rassit. Après un
moment de silence, Rhapsody releva les yeux et les plongea dans les siens.
- Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai
juste… cette impression tenace de vous avoir déjà vu… de vous connaître.
Tia fronça les sourcils et une brusque image brouilla sa
vision.
Une femme grande, belle et asiatique se tenait devant elle
en kimono. Elle lui souriait et lui disait, « apprend à être plus
patiente, reste calme et… ». La vision s’évanouie alors qu’une voix
retentissait à ses côtés.
- Hey ! s’écria Rhapsody inquiète devant son regard
fixe et stupéfait. Vous allez bien ? Je vous ai choquée ?
- Asiatique.
- Pardon ? fit la jeune femme interloquée.
- Une asiatique, répéta la mercenaire en secouant la tête
pour s’éclaircir les idées.
- Heu… c’est si visible ?
Tia qui venait de revenir complètement à la réalité, se
tourna vers sa compagne en fronçant les sourcils.
- Quoi ?
- C’est si visible que ça ?
- Quoi donc ?
- Que j’ai des gènes asiatiques.
- Vous avez des gènes asiatiques ? s’exclama Tia
stupéfaite.
- Eh bien oui. Mais pourquoi avez-vous l’air aussi
surprise ? C’est vous qui venez d’en parler.
- Je ne parlais pas de vous.
- Oh ! Eh bien, tant pis. Vous connaissez mon terrible
secret maintenant, fit-elle en riant.
Tia lui retourna son sourire. Elle aimait bien la voir rire.
Il y avait quelque chose chez elle… qui faisait tinter... quelque chose en
elle.
- Alors comme ça vous avez des ancêtres qui viennent
d’Asie ? reprit-elle avec une légèreté qu’elle n’avait plus ressenti
depuis deux semaines.
- Et oui !
- D’où exactement ?
- De chine. D’après papa, on aurait même une ancêtre qui
aurait été impératrice là-bas.
- Oh, alors je parle à une personne de sang bleu. Je
m’incline bien bas, votre majesté, fit-elle en mimant le geste.
- Tu n’as pas toujours eu d’aussi bonnes manières, si je me
souviens bien, répondit-elle en riant avant de s’arrêter brusquement avisant ce
qu’elle venait de dire.
Tia la dévisageait aussi interloquée qu’elle.
- On se serait déjà rencontrée ? demanda-t-elle
incertaine.
- Je crois que je m’en serais souvenue, fit la jeune femme
pensivement. Désolée, ajouta-elle en haussant les épaules, je ne sais pas d’où
c’est venu.
- Pas grave. En plus tu avais raison, fit-elle en acceptant
implicitement le passage au tutoiement, je n’ai pas toujours eu de bonnes
manières.
- Mais tu t’es améliorée, c’est ce qui compte, fit-elle avec
son petit sourire tranquille.
Tia hocha la tête.
- Alors la chinoise, la taquina-elle comme si elle la
connaissait depuis toujours, tu fais quoi dans la vie ?
- Je suis professeur d’histoires anciennes au Lycée Turncot.
- Mes enfants vont là-bas, s’étonna Tia.
- Je sais. J’ai Len dans une de mes classes. Lara, elle, je
la connais par Gipsy, comme tu le sais déjà.
Tia hocha la tête et poursuivit ses investigations.
- Où habites-tu ?
- Dans la vieille ferme des Olsen.
- Celle à 11 kilomètres
- Oui.
- Ho, alors tu es notre plus proche voisine.
- Je plaide coupable,
sourit-elle.
La grande femme ne put s'empêcher de le lui retourner.
- Tu es venue avec ton époux ? lui demanda Tia d'un
seul coup
- Je suis divorcée.
Absurdement, cette découverte lui fit plaisir.
- Et tu fais de l’élevage en plus de ton boulot ?
Chapeau, fit-elle. Toute seule, ça ne doit pas être évident.
- J’ai des employés, rit-elle.
- Et avec quoi tu les payes ?
- Une assurance vie, répondit-elle en perdant le sourire.
Le silence qui s’installa alors fut pesant.
- Désolée, glissa la mercenaire doucement.
- Comment sais-tu que j’élève des chevaux ? demanda
Rhapsody pour couper cours à ses questions éventuelles autant que pour alléger
l’atmosphère.
- Je cours parfois jusque chez toi, répondit-elle
gracieusement.
- Tu cours ? Tu veux dire d’ici ? s’exclama sa
vis-à-vis incrédule
Tia hocha la tête.
- Mais pourquoi ? Je veux dire, tu le fais pour une
raison précise ? Te maintenir en forme, maigrir ?
- Peux pas y avoir une autre raison ? rétorqua la
grande femme avec un sourire amusé.
- Ben… il faut une sacrée motivation pour se faire 22km aller-retour.
« Ou un appel très puissant », songea-t-elle en
pensant à ce cri si particulier qui la suivait où qu’elle aille. Etrangement,
il s’était tu depuis deux semaines. Et elle ne savait pas si elle était
soulagée ou inquiète. En manque peut-être ? Elle avait l’impression que
c’était une partie d’elle qui l’appelait comme ça.
Elle repensa à sa décision d’y répondre la prochaine fois
qu’il retentirait pour savoir si ça avait un lien avec la maladie de Lex comme
elle le soupçonnait. Elle savait que c’était absurde, mais c’était plus fort
qu’elle. La source de ce cri avait des réponses à ses questions et elle
espérait de tout cœur qu’il en aurait aussi concernant Lex.
Tia sourit sans répondre. Repenser à Lex, la fit se sentir
coupable. Pourtant elle n’avait aucune raison pour cela. Elle n’avait rien fait
de mal. Elle étudia la jeune femme qui lui faisait face et sut que si elles
continuaient à se voir, elles deviendraient de très bonnes amies. Et des bons
amis, elle n’en avait pas tant que ça.
Rhapsody lui retourna son étude. Elles restèrent plusieurs
minutes sans parler à simplement se regarder. Lorsqu’elles en prirent
conscience au lieu d’en être gênées ou de se sentir coupable, elles sourirent
de connivence.
Soudain, Rhapsody releva la tête et regarda par dessus
l’épaule de Tia.
- Je crois qu’on t’appelle, fit-elle en pointant le menton.
Tia se retourna et vit Lex lui faire un petit signe en
riant. Elle attendit que son amie les rejoigne et lui rendit petit signe et
sourire. Lex arriva enfin à leur hauteur et Rhapsody se leva pour lui serrer la
main et se présenter. Elle se rassit et Lex s’installa sur ses genoux un bras
autour de son cou.
Les yeux brièvement écarquillés de Rhapsody lui apprirent
qu’elle avait compris ce qui les liaient et qu’elle ne s’y attendait pas. Elle
craignit que son orientation ne rebute sa nouvelle amie et elle fronça les
sourcils.
Celle-ci parut s’en rendre compte et elle lui fit un sourire
rassurant.
Elles discutèrent quelques minutes toutes les trois de façon
plaisante puis un invité interpella Lex et elle l’embrassa sur la joue avant de
partir. Tia la regarda s’éloigner puis se tourna vers sa nouvelle amie.
- Tu l’aime énormément, constata Rhapsody.
- Oui.
- Vous formez un très joli couple toutes les deux.
- Ca ne te choque pas ?
- Non. J’ai juste été surprise. Pourtant j’aurais dû m’y
attendre, Gipsy m’en a parlé. Je ne t’avais simplement pas associé à la
personne dont Gipsy me rebat les oreilles. Tu lui a fais forte impression,
c’est le moins que l’on puisse dire ! Elle parle de toi sans arrêt !
- Vraiment ?
- Oh oui ! Je sais que tu fais un métier qui t’oblige à
beaucoup voyager, mais je me demandais… voudrais-tu passer un de ces quatre à
la maison pour prendre un verre ? Avec ton amie, bien sûr.
- Oh. Je… avec plaisir.
- Alors c’est dit. Ha, je crois qu’on te demande, fit-elle
avec malice. Encore.
Tia se retourna et aperçut son fils qui lui faisait de
grands signes.
- Ca m’a l’air plutôt pressant.
Tia acquiesça et reposa son regard sur elle. « C’est…
étrange comme j’aime être près d’elle. C’est… comme si elle m’apaisait. Quelque
chose comme ça, oui ». Puis elle se secoua et prit congé, non sans avoir
promis à sa nouvelle amie de la revoir avant la fin de la petite fête.
Le poids du futur et du passé, P1, chapitres 1-2
LE POIDS DU FUTUR ET DU PASSE
De honey
PARTIE I : Quand le passé nous revient.
Chapitre 1 :
Elle n’en revenait pas. La… surprise, car s’en
était bien une, était totale… Elle ne s’était doutée d’absolument rien. Comment
une chose pareille était-elle possible ? Elle avait pourtant surveillé le calendrier…
Elle fit un pas en
arrière et pencha la tête. Elle fronça les sourcils en découvrant la date du
jour entouré au crayon rouge, avec une inscription au feutre déclarant :
Je t’ai eu !!! Puis elle revint à la scène qui l’attendait au dehors et
fusilla sa compagne et ses enfants du regard.
Pas du tout submergé par la culpabilité, ils lui
retournèrent tous les trois un large sourire. Elle leva les yeux au ciel et
tenta de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Après le piège dans lequel
elle était tombée, trois ans auparavant, elle était parvenue à échapper aux
fêtes d’anniversaire qu’Alexia tentait chaque année d’organiser pour elle.
Mais apparemment cette année, Alexia, sûrement
sous l’influence des jumeaux, avait réussi à la coincer.
- Tu as changé les dates du calendrier,
accusa-t-elle sa compagne qui s’était avancée et lui avait prit la main.
Alexia sourit et la tira gentiment vers le
terrain dégagé derrière le ranch où la fête surprise avait été organisée.
Alexia salua tout le monde et incita Tia à faire de même. Elle sentit que son
amie se forçait et cela la fit sourire. Elle garda résolument le visage tourné
vers l’avant en l’entraînant vers la table de buffet froid monté pour
l’occasion.
Elle prit une assiette en carton décorée de
petites roses culs-culs et la remplit des mets préférés de sa mercenaire puis
la lui tendit. Tia agrandit les yeux devant l’assiette et fronça le nez de
dégoût devant la décoration guimauve.
- Joyeux anniversaire mon cœur, fit Lex en se
levant sur la pointe des pieds pour déposer un petit baiser sur ses lèvres.
Tia la fixa un moment, indécise quant à
l’attitude à avoir. Elle n’était pas très contente de fêter son 34ième
anniversaire, mais Lex était si fière d’elle et si foutument heureuse de lui
faire ce cadeau qu’elle ne pouvait décemment pas gâcher ça. Elle soupira et lui
fit un petit hochement de tête. Alexia l’interpréta correctement et son sourire
s’agrandit en même temps que ces yeux s’illuminaient.
- T’étais vraiment obligée pour la déco ?
grogna-t-elle néanmoins. Et comment tu t’es débrouillée pour organiser et
mettre tout ça en place sans que je n’en devine rien ?
Outre le fait de ne pas aimer fêter son
anniversaire, elle déplorait fortement le fait de devoir le faire le jour de la
Saint-Valentin. Au moins cette année, elles
pourraient faire quelque chose ensemble puisqu’elle n’avait pas à
éviter Lex toute la journée. Le jour de la Saint Valentin… elle n’en revenait
toujours pas.
« Merci papa, merci maman… » songea-t-elle,
« pour la merveilleuse ironie qui veut que je sois née le jour de la
célébration de l’amour, moi une tueuse qui a tout ces morts sur la
conscience… » Elle ne savait toujours pas comment elle se sentait
vis-à-vis de ça. Depuis le jour où Lex lui avait dit qu’elle avait une date
d’anniversaire comme tout le monde, elle se sentait bizarre.
Elle avait souhaité si souvent en avoir une,
être normale, comme tout le monde. Et maintenant que c’était le cas sur tous les
plans, ou presque, elle avait l’impression que tout était irréel. Elle inspira
calmement et contrôla son malaise.
- J’étais sûre que ce genre de chose te ferais
grogner et je n’ai pas pu résister. Comme de toute façon, je savais que cela ne
te plairait pas, je me suis dit que je pourrais m’amuser un peu.
Elle avait débité tout ceci avec un immense
sourire.
- Tu… A quoi ça sert que tu organises mon
anniversaire si ce n’est pas pour me faire plaisir ? rétorqua la grande
femme estomaquée.
- Ben, y’avait peu de chance que ça te plaise,
non ? Alors pourquoi me serais-je embêtée ?
- Mais pourquoi organiser mon anniversaire
alors ?
Tia était complètement incrédule.
- Ben parce que c’est ton anniversaire, rétorqua
la petite blonde en haussant les épaules avec un petit sourire.
La mercenaire était stupéfaite par la logique
bizarroïde de sa compagne. A ce moment là, un orchestre qu’elle n’avait pas
aperçu entama une gigue endiablée et ses enfants vinrent la chercher pour
qu’elle y participe. Le regard de dégoût pur qu’elle lança en direction des musiciens
les fit glousser.
Linya rejoignit une Lex goguenarde et
l’interrogea :
- Je dois dire que la question de Tia m’intrigue
aussi. Alors pourquoi, réellement, as-tu organisé tout ceci, sans essayer une
seule seconde de faire en sorte que cela lui plaise ?
- Parce que ça ne lui aurait de toute façon, pas
plu, expliqua-elle avec un sourire amusé. Mais c’est un événement important, sa
naissance, et je veux qu’elle finisse par le trouver aussi important que moi ou
les jumeaux. Et faire en sorte que cet anniversaire lui plaise le moins
possible à deux avantages. Le premier, c’était super amusant à organiser. Le
second, elle ne pense pas à comment elle doit se sentir, elle va essayer de
débusquer tout ce qui ne lui plaît pas, et au final, la fête sera passée sans
qu’elle ne le remarque.
- Je vois, fit Linya avec un sourire de
connivence.
- Et puis, franchement, regarde sa tête. C’est
pas la chose la plus drôle que t’es jamais vue ? s’esclaffa-elle alors
qu’elle passait devant elles, encadrée par ses enfants.
Linya acquiesça en éclatant de rire. Lorsqu’elle
eut reprit son souffle, elle dit :
- Jolie fête à propos. Comment as-tu fait pour
la préparer sous son nez ?
- Ben justement, je l’ai préparé sous son nez.
Le vieil adage qui dit que cacher à la vue est la meilleure des cachettes est
très vrai. Elle cherchait tellement des indices dissimulés qu’elle n’a rien vu.
Après une petite pause, Linya jeta l’air de
rien :
- Jolie bague.
Alexia sentit son cœur tressauter et le rouge
lui monter aux joues.
- Je… hum, se racla-elle la gorge embarrassée,
oui. Tia m’a… euh… demandé ma main, la semaine dernière, finit-elle plus rouge
qu’une tomate en plein soleil.
- La semaine dernière ? s’exclama son amie
en tournant vivement la tête vers elle. Et tu ne me l’as pas dit avant ?!
- Je… eh bien… on ne l’a dit à personne encore.
- Mais… pourquoi ?
- Euh… eh bien, c’est de ma faute. Tia voulait
le crier sur tout les toits mais…
- Mais… ? l’encouragea Linya doucement.
- Je… je lui ai dit que je préfèrerais qu’on le
garde pour nous pour l’instant.
- Mais pourquoi ?
- Je… j’ai peur, souffla-t-elle finalement en
lui jetant un regard en coin.
- Mais de quoi ? Tu rêves de l’épouser
depuis que tu l’as rencontrée.
- Oui, mais… Deux choses en fait. La première,
eh bien, Tia va mieux, c’est vrai mais… je ne suis pas certaine qu’elle se soit
aussi bien remise qu’elle le dit et… je ne veux pas m’intéresser au mariage
tant que je ne serais pas sûre qu’elle est parfaitement remise.
- Qu’est-ce qui peut bien te faire croire que ce
n’est pas le cas ? J’admets que le processus pour la sortir de sa
dépression après l’affaire Sassem à été long, mais elle a l’air parfaitement
bien maintenant. Je veux dire, elle rit, elle joue… c’est… ça faisait longtemps
que ce n’était plus arrivé.
- C’est vrai…
Lex observa sa compagne. Pouvait-elle s’ouvrir
complètement à Linya ? Certes, elle était sa meilleure amie, mais ça… ça
concernait Tia en premier lieu. Pas elle. C’était vrai que Tia allait mieux.
Mais si la dépression avait lentement cédé le pas à un retour à la vie prudent,
cela avait laissé des traces. Tia était plus fragile qu’avant. La façon dont
elle avait tué Sassem, dont elle avait perdu le contrôle d’elle-même, l’avait
profondément choqué. Elle avait refusé de lui en parler, préférant s’enfermer
dans sa douleur.
Elle lui avait laissé du temps et finalement,
Tia avait finit par l’accepter. Un jour, six mois après la mort de Sassem
environ, Tia était apparue à Lex comme changée. On aurait dit qu’elle avait
pris une décision. Elle ne savait pas laquelle, mais cela avait eu l’air de lui
faire du bien. Elle avait commencé à revenir vers eux. Ces yeux ne semblaient
plus aussi morts et le soulagement qui avait été le sien avait été puissant.
Mais après quelques semaines, elle avait décelé
un problème. Tia se contrôlait. Elle l’avait toujours fait bien sûr, mais pas
comme ça. Tout, absolument tout, était parfaitement réfléchi. Pas un geste
spontané, pas un mot irréfléchi. Elle avait cru qu’elle allait tuer leur couple
tellement Tia avait l’air d’un robot.
Elle lui en avait parlé surtout parce que lors
des missions, Tia se contrôlait si fort qu’elle avait l’impression qu’elle s’en
rendait malade. Ca l’avait réellement inquiété. Après ça, Tia avait commencé,
très doucement, mais avec effort et conscience, à se détendre. Mais le côté
physique, lui, était demeuré aussi verrouillé qu’un coffre fort.
Et puis Tia l’avait demandé en mariage. Et
depuis… elle avait l’air comme avant. Son côté spontané était totalement
revenu. Et c’était un grand pas. Mais Tia doutait plus vite, plus longtemps,
elle avait peur, s’agaçait plus rapidement aussi. Elle refusait toujours de lui parler de Sassem et de ce que la façon de le tuer
lui avait fait. Et Lex savait que tant que cela serait le cas, Tia ne serait
pas complètement libéré. Néanmoins, si sa dépression avait laissé des traces,
le fait était que celle-ci était derrière elle maintenant. Lex n’avait plus
qu’à se concentrer sur les petites traces qui restaient. « Le plus
difficile à faire, en fait » songea-elle. Tia était si secrète. Si
déterminé à ne plus aborder ces sujets là.
- C’est vrai, répéta-t-elle, mais seulement
depuis…, fit-elle en agitant la main où se trouvait la bague.
- Je vois. Et la seconde ?
Lex resta silencieuse puis reprit :
- La semaine dernière… j’ai fait le test et…
- Et… ?
Le cœur de Linya battait la chamade, elle
n’avait pas besoin de demander de quel test elle parlait, cela faisait des
années qu’elle essayait de la convaincre de le faire.
- Il est positif.
- Oh dieu… murmura la chef des Nazaréens en la
prenant dans ses bras. Je suis désolée… j’étais si sûre…
- Ouais, moi aussi. Avec Tia… je ne sais pas… je
pensais que rien ne pouvais m’arriver. Mais l’amour ne change rien, finalement,
conclu-t-elle résignée.
- Bien sûr, qu’il change tout ! rétorqua
Linya furieuse de son défaitisme. Ta vie sera peut-être plus courte qu’elle
n’aurait été sans ça, mais rien n’est certain. Et tu as au moins la certitude
qu’elles seront heureuses ! Elles seront pleines d’amour Lex, c’est… c’est
une chance inouïe ! Alors c’est pour ça que tu ne veux pas
l’annoncer ? A cause de ton test ?
- Non, répondit la jeune femme en secouant la
tête. C’est… si on l’annonce à tout le monde, Tia voudra organiser le mariage
au plus vite et…
- Et tu ne veux pas l’épouser.
- Oui.
- Pourquoi ne le lui dis-tu tout simplement
pas ? Si tu regrettes…
- Mais je ne regrette pas !
l’interrompit-elle. Je c’est juste que j’ai peur… si on se marie… elle va
s’attacher encore plus et… si je suis incapable de rompre avec elle pour son
bien, je peux au moins essayer de limiter les dégâts.
- T’es sérieuse ?! s’exclama son amie
incrédule. Mais enfin Lex, c’est trop tard pour ça ! Elle est dingue de
toi ! Et contrairement à ce que tu penses, elle ne pourra pas l’être
plus !
Alexia secoua la tête.
- Tu te trompes. Le mariage… c’est comme une
promesse… une promesse d’éternité. Une promesse c’est… sacrée, solide, quelque
chose sur laquelle on peut se reposer. Si on se marie, elle pourra relâcher son
être tout entier et l’accrocher à moi sans peur et accepter le mien sans
hésitation. Et quand je disparaîtrais… quand je disparaîtrais, répéta-t-elle
après une brusque inspiration, elle se sentira si vide… l’être qui était
accroché à elle, disparaîtra aussi et elle se retrouvera déséquilibrée, encore
plus que maintenant. Lin, essaie de comprendre. Tia est bancale, elle l’est
depuis toujours. Depuis notre rencontre, elle a commencé à se redresser et elle
sera complètement droite lorsque je serais sa femme. Aujourd’hui, elle est
peut-être bancale, mais elle ne tombera pas quand je la relâcherais d’un seul
coup. Aujourd’hui, elle n’a qu’une partie de mon être… alors elle pourra rester
debout. Mais si elle a tout… alors elle tombera. Et c’est pareil pour moi. Tous
les êtres humains de cette terre sont bancals. Jusqu'à ce qu’il trouve la
personne qui les redressera. C’est ainsi. J’ai trouvé ma personne. Mais je
serais la pire des égoïstes de lui faire une chose pareille. Et si je l’aime
trop pour pouvoir m’en aller maintenant, je l’aime aussi beaucoup trop pour lui
faire subir pareille épreuve.
Linya soupira et réfléchit quelques instants. Ca
faisait beaucoup à encaisser d’un coup. Alexia était malade… ça c’était le plus
dur, mais elle n’y pouvait rien, alors elle ne s’attarda pas sur cette
nouvelle. De toute façon, depuis son réveil de ce rêve étrange elle sentait que
quelque chose rodait autour de son amie, alors elle n’était pas surprise.
Mais pour la triste résignation qu’elle lisait
sur son visage elle pouvait peut-être faire quelque chose.
- Lex, je comprends, mais je crois que tu te
trompes. Tu n’es pas la béquille de Tia, tu es sa raison d’être. Et c’est trop
tard si tu crois que tu peux l’empêcher de t’aimer plus. Tu sais que chaque
être humain sur terre cherche sa raison d’exister. Tu es celle de Tia comme
elle est la tienne. Tu ne peux rien contre ça. Ne la repousse pas, ça ne
servirait à rien. Elle t’aime déjà, plus qu’elle ne peut aimer qui que se soit.
Même ses enfants, souffla-elle en se souvenant de la fin de ce cauchemar si
réel.
Mais Lex secoua une fois de plus la tête.
« Dieu ce qu’elle peut être butée, songea son amie en posant les yeux sur
une Tia très méfiante quant au déguisement que lui tendait Len en pouffant.
Espérons, qu’elle saura te convaincre »
- Très bien, fit-elle en acceptant sa défaite temporairement. Et qu’as-tu dit à Tia
exactement pour la convaincre de se taire ?
Là, Alexia eut un air gêné qui n’augurait rien
de bon. Elle détourna les yeux en lui répondant.
- Rien. Elle n’a rien demandé.
- Comment ça, elle n’a rien demandé ?
s’enquit-elle en fronçant les sourcils.
- Je crois qu’elle a peur que je regrette ma
réponse. Elle n’ose pas me demander une explication de crainte que je ne
revienne sur mon oui.
C’était aussi un des indices que Tia n’allait
pas si bien que ça. La Tia d’avant n’aurait pas eu peur de demander. Elle
aurait été angoissée oui, mais elle aurait quand même posé la question.
- Et tu la laisses croire ça ?!
Le silence qui suivit fut suffisant.
- Bon dieu, Lex je ne te croyais pas si
cruelle ! lâcha-t-elle furieuse.
La brusque prise de position de sa meilleure
amie pour sa compagne, la surprit et elle lui lança un regard interrogateur et
étonné.
Mais ne sachant pas comment lui expliquer que le
rêve qu’elle avait eu de Tia la semaine précédente avait complètement changé sa
façon de voir la grande femme, elle se tut. Depuis ce cauchemar, elle était
complètement terrifiée à l’idée de se retrouver à nouveau dans cette situation
et de n’être une fois de plus pas à la hauteur.
La détresse de Tia l’avait touché si
profondément, qu’une espèce d’instinct de protection à son encontre s’était
développé. Un instinct et une inquiétude qu’elle ne contrôlait pas. Alors
l’expliquer…
- Je… je n’essaie pas d’être cruelle, Lin. C’est
juste que… si je lui donne les vrais raisons de mon refus, elle va tout tenter
pour me convaincre. Et je la connais, elle a beau ne pas être à l’aise avec les
mots, elle sait toujours trouver les bons lorsqu’elle s’adresse à moi.
- Tu as peur qu’elle te convainc, donc ?
- Oui.
- Bordel, Lex ! grommela la jeune femme
agacée de cet embrouillamini.
- Je sais.
Il y eut un moment de silence pendant que
chacune d’elle observait le sujet de leur dispute en train d’essayer de se
soustraire à la demande de Frédéric de danser avec elle, ce qu’elle ne parvint
pas à faire. Elle le suivit donc avec l’air d’être sur le point de se rendre à son propre enterrement.
- Tu ne lui diras rien ?
Linya la fusilla du regard. Alexia tressaillit
et la culpabilité en elle le disputa à la conviction que ce qu’elle faisait
était juste, mais aussi à la jalousie. Depuis quand Tia ou ce qu’elle
ressentait, passait avant elle, dans le cœur de Linya ? Elle s’efforça de
contrôler cet accès complètement hors de propos et attendit la réponse de son
amie.
- Je ne sais pas si je dois me sentir insulter
ou pas, répondit-elle finalement en bouillant intérieurement. Depuis quand tu
dois me demander de garder tes confidences pour moi ? Je t’ai déjà trahie
peut-être ? Dis-moi ce qui me vaut cet accès de méfiance soudain ?
La froideur de la demande la fit tressaillir.
- Excuse-moi, dit-elle très vite, c’est juste
que tu as l’air de vouloir la protéger envers et contre tout et comme je n’ai
pas l’habitude que Tia suscite de tel élan de ta part, ça m’a fait douté un
instant, mais je ne voulais pas t’insulter, excuse-moi.
La colère de Linya retomba instantanément.
- Non, c’est moi qui te demande pardon,
soupira-t-elle. Je… c’est vrai que je tiens à ta compagne, bien plus que ce que
je pensais, mais rien, ne me fera te trahir, Lex, dit-elle avec un sourire
triste en portant une main à sa joue. Tu sais combien tu es importante pour
moi. Depuis toujours.
- Je sais, répondit-elle doucement en attrapant
la main sur sa joue, qu’elle caressa gentiment. Ame sœur. Ca n’est pas réservé
qu’à Tia et tu le sais.
- Oui. Mais heureusement pour nous trois, ce
n’est pas le même genre de lien qui nous unit.
- Malheureusement pour tes parents, rétorqua la
petite blonde avec un sourire sardonique.
- Ah ouais, soupira Linya en laissant retomber
sa main.
- J’en conclu que tu n’es toujours pas parvenue
à leur faire comprendre qu’on n’était pas un trio ?
- Difficile ! On est si proche toi et moi. Ils
sont convaincus que nous avons une relation depuis notre adolescence.
- Depuis tout ce temps ? Que pensaient-ils
que je faisais avec Danzel ?
Linya haussa les épaules.
- Peut-être que si on leur expliquait le concept
des différentes sortes d’âme-sœurs existant, reprit son amie,
comprendraient-ils que ce qui nous lie toi et moi, n’a rien à voir avec ce qui
me lie à Tia ? Ou même toi à elle.
- Ca pourrait peut-être marcher si ta compagne
cessait de me sauter dessus dès qu’elle les voit dans les parages !
contra-t-elle de mauvaise humeur.
Lex retint un gloussement qui aurait été mal
reçu et déclara :
- Si tu ne lui montrais pas à quel point cela
t’ennuie, y’a longtemps qu’elle aurait laissé tomber !
- Je sais, mais c’est plus fort que moi !
- Comme elle. Tu sais bien que les blagues
tordues sont plus fortes qu’elle,
dit-elle en ne réussissant plus à retenir son sourire malicieux.
- Ca n’a pas l’air de t’ennuyer tant que ça,
gronda-t-elle avec l’air d’être un gros ours mal léché.
Oh non, ça ne l’ennuyait pas. Un an après la
mort de Sassem, lorsque Tia avait repris ce jeu pour la première fois, elle
avait été si soulagée ! Tia revenait. Elle revenait vraiment. C’était peu
après leur discussion sur son trop grand contrôle d’elle-même. Ca l’avait
rassuré de voir que ce qu’elle disait comptait pour elle, même si elle refusait
de lui parler.
- Pas vraiment, non. Elle est si mignonne quand
elle fait une blague. Et c’est en règle générale, si marrant ! Pourquoi
aurais-je envie de l’en priver ? Et puis, ajouta-elle plus doucement,
c’est sa façon à elle de récupérer une enfance qu’elle n’a pas eue.
- Eh voilà ! s’écria la chef des Nazaréens.
Avec ce genre d’argument, comment veux-tu que je reste en colère ?! C’est
pas beau de tricher Lex ! lui lança-t-elle en tentant de retenir le
sourire de connivence qui lui venait.
Les yeux de son amie brillèrent.
- Au fait, pourquoi ne m’appelles-tu plus
Alex ?
- Aucune idée, fit-elle en haussant les épaules.
C’est venu comme ça. Petit à petit, Lex à remplacer Alex. Peut-être parce que
ce surnom convient mieux à la personne que tu es devenue. Alex, ça fait… je
sais pas, trop lisse. Lex, c’est plus dur, plus déterminé. Plus guerrier ?
finit-elle avec un petit sourire qui lui fut retourné.
De toute évidence, l’explication plaisait.
- On dirait que finalement tu es arrivée à
accepter mon changement. Et même à l’apprécier.
Linya se souvint de la conversation qu’elles
avaient eut 3 ans plus tôt lors de la fête, enfin la semaine, d’anniversaire
que Tia et elle avaient organisé pour Alexia. Elle lui avait dit qu’elle
n’était pas sûre de pouvoir aimer la personne qu’elle était en train de
devenir.
- On dirait oui, acquiesça-t-elle. C’est marrant que tu t’en souviennes. Ca
fait quand même un moment.
- Et alors ? Moi j’attendais désespérément
ta réponse.
- Tu n’en as rien dit ! s’étonna la grande
blonde.
- Je n’allais pas te mettre la pression. Et
puis, ce ne sont pas des choses auquel
on réfléchit. On les ressent ou non, c’est tout. Et on les exprime
spontanément. C’est comme ça que l’on sait si elles sont vraies.
- Euh, eh bien désolée d’avoir été aussi longue.
- Moi, je ne le suis pas. Tout au long de ce
processus, tu ne m’as pas évitée, alors de quoi me plaindrais-je ? Surtout
que la réponse finale est celle que j’attendais.
Linya lui sourit et leva son verre.
- Je suis heureuse que tu es organisée cette
fête. A toi.
- A nous. Et a Tia. Puisse-t-elle apprécier les
efforts que j’ai fait pour que cette fête lui déplaise au plus haut
point !
- Je crois que de ce point de vue là, tu n’as
rien à craindre, s’exclama son amie en éclatant de rire.
Alexia suivit la direction de son regard et vit
une Tia déconcertée, effrayée et
un peu mal à l’aise, poursuivie par une horde de bambins de 4-5 ans lui
réclamant à corps et à cris de faire le clown. Chacun d’eux avait un accessoire
du déguisement qu’ils voulaient lui faire porter. Elle éclata de rire en se
disant, ravie, qu’elle avait bien fait de choisir les gosses les plus têtus du
voisinage pour cette mission. Ils ne la lâcheraient pas de sitôt.
************************************
Une Tia haletante surgit soudain à ses côtés et
Linya, qui ne l’avait ni vue, ni entendue arriver sursauta. La mercenaire lui
fit signe d’attendre une minute et se pencha en avant, en appui sur ses genoux,
pour reprendre sa respiration. Après quelques secondes, elle se redressa.
- Bon sang, c’est pas des gosses, mais des
mini-Nelson ! s’exclama-t-elle l’air parfaitement dégoûté en désignant les
gamins qui la pourchassaient depuis presque une heure sans sembler se lasser.
- Des mini-Nelson ? répéta Linya en
dissimulant son sourire amusé.
- Ouais, tu sais le petit diablotin orange, dont
le seul but est d’emmerder Julie, une employée de bureau. Elle la reçu par
email, expliqua-elle quand la jeune femme ne sembla pas percuter. L’intitulé
parlait d’une malédiction orange qui allait s’abattre sur elle. Et Nelson est
arrivé. Il lui pourrit la vie aussi souvent et imaginativement que possible.
- Je ne connais pas, fit Linya en secouant la
tête. Mais je suis étonnée de voir que toi si.
- Ben, Len lit ses histoires et il m’a dit que
c’était marrant, expliqua-t-elle en rougissant un peu. C’est une Bd amusante et
Nelson est super fainéant mais très imaginatif et super sarcastique. Bref,
c’est un diablotin quoi.
- Et ça te plaît ? lança Linya amusée.
- Lis avant de te moquer, grommela la grande
femme embarrassée.
- Passe-moi un numéro ce soir et j’attendrais
demain pour me moquer, promis !
Tia haussa les épaules et effectua une rapide
retraite sur le côté, utilisant son corps pour se cacher des enfants qui la
cherchaient toujours.
- Au fait, fit celle-ci en jetant un regard par
dessus son épaule vers la jeune femme cachée, jolie bague.
Elle sentit Tia se raidir et se redresser
lentement.
- La mienne ou la sienne ?
interrogea-t-elle doucement.
- La sienne. Je n’ai pas encore eut la chance
d’admirer la tienne.
- Normal, fit-elle en murmurant à son oreille,
je n’en ai pas.
- Alors pourquoi… ? fit-elle en se
retournant vers elle.
- M’amuser ? répondit-elle avec un sourire
espiègle.
- Une vraie gamine. Tu devrais rejoindre tes
copains, ils te cherchent partout. Attends, bouge pas je vais leur dire où tu
es, déclara-t-elle en lui tournant le dos.
Plus vive que l’éclair, Tia agrippa le bras de
la blonde et la tira vers elle. Elle plaque sa main sur sa bouche et
gronda :
- T’as pas intérêt. Si tu dis quoi que se soit,
je t’arrache la langue.
Linya réprima un gloussement devant la menace et
acquiesça. La grande femme finit par la relâcher et Linya lui fit de nouveau
face.
- Pourquoi tu n’en as pas ? De bague je
veux dire.
- Je ne vais pas m’en offrir une, dit-elle
sérieusement.
Cette phrase dit à Linya toute la douleur qui se
cachait devant cet oubli, délibéré,
d’Alexia.
- Ce sont les tests qui t’ont décidé à le lui
demander ? demanda-t-elle gentiment, la curiosité plus forte que la
tristesse qu’elle sentait dans l’atmosphère et avec l’envie de changer de
sujet.
- Plus ou moins.
Le regard de la grande femme se fit lointain et
elle murmura pour elle-même :
- Mais c’est surtout ce rêve.
- Un rêve ? répéta doucement la jeune
blonde.
Tia donna l’impression de se réveiller
subitement et détourna le regard, gênée. Linya sentit quelque chose la dessous
et intriguée, elle insista.
- Quel rêve, Ti ?
- Rien, un rêve c’est tout.
- Quand exactement ? De quoi
parlait-il ? la pressa-elle.
- Y’a une semaine.
Le cœur de Linya eut un raté. Se
pourrait-il… ?
- Et de quoi parlait-il ?
- Rien, c’était juste un rêve, fit-elle en
haussant les épaules, en essayant d’écarter le malaise qui était le sien alors
que les souvenirs vivaces de ce cauchemar monstrueux étaient encore en elle.
- C’était plus que ça, si ça t’as incité à la
demander en mariage.
- Ouais, c’était un cauchemar, rétorqua
sèchement la mercenaire.
Le regard agacé qu’elle reçut, coupa court aux
questions que Linya souhaitait encore poser. C’était un bon moment, un chouette
après-midi, elle n’allait pas tout gâcher à cause de sa curiosité mal placé.
D’autant plus que le sujet mettait son amie vraiment mal à l’aise. Ceci dit,
elle n’abandonnait pas l’affaire. D’une part, parce que sa nature romantique
lui commandait de tout savoir sur la demande, aussi bien les raisons de
celle-ci que la façon dont elle avait été faite. Mais aussi parce qu’elle
trouvait la coïncidence bizarre. Toute deux faisant un cauchemar la même nuit.
Un cauchemar très perturbant.
Elle changea
à nouveau de sujet, revenant sur l’anniversaire et lui demandant avec un
sourire dissimulé, si la fête lui plaisait.
Chapitre 2 :
Tia était réveillée depuis un bon moment déjà.
En fait, elle s’était réveillée bien avant l’aube. Comme tous les jours depuis
son cauchemar. Etrangement, elle n’avait jamais oublié une seule seconde de ce
rêve. Ni à son réveil, ni une semaine plus tard. Comme si ce n’était pas
vraiment un rêve.
D’ailleurs, elle ne l’avait pas prit comme tel.
Elle se releva sur un coude et observa sa compagne endormie. Depuis qu’elle
l’avait demandé en mariage, Alexia l’évitait. Oh, ce n’était pas
flagrant ! Elle lui parlait toujours, dormait avec elle, lui faisait même
l’amour. C’était surtout lorsque venait le temps du sommeil que c’était
visible. Alexia roulait alors sur le côté et lui tournait le dos. Son corps ne
touchait plus le sien.
Tia n’était pas certaine que Lex s’en rende
compte elle-même. La journée, elle vaquait à ses occupations comme si de rien
n’était. La seule différence de comportement était la nuit, lors du sommeil.
Mais pour Tia c’était suffisamment révélateur.
Concernant le mariage Lex refusait d’en parler.
Ou de simplement poser une date. Elle secouait la tête sans la regarder et
disait :
- Plus tard.
Rien de plus. Lex ne voulait même pas l’annoncer
à qui que se soit. Tia ne comprenait pas pourquoi. Et n’osait pas demander. La
réponse risquait de ne pas lui plaire. Elle avait été surprise que Linya soit
au courant. Un instant, elle avait cru que Lex le lui avait dit et la joie
avait été à la mesure de son attente. Mais non. Elle avait juste vu la bague.
Cette nouvelle avait déclenché des sentiments
mitigés en elle. Depuis trois jours maintenant, depuis leur dernière discussion
sur le mariage en fait, Tia n’osait plus regarder les mains de sa compagne, de
peur de ne plus y voir la bague. Elle était si frustrée. Sa joie était
complètement retombée et ne pas comprendre une chose pareille, la bouffait
littéralement.
Mais puisque Linya avait su pour leur mariage
grâce à la bague, alors c’était qu’elle la portait toujours. Elle en était
soulagée, mais quelque part, elle aurait préférée que Lex ne l’es plus et en
parle à sa meilleure amie. Elle ne comprenait vraiment pas. Pourquoi la
gardait-elle si elle ne voulait pas l’épouser ?
En tout cas, l’aveuglement de Frédérique et de
ses jumeaux était assez comique. Une semaine et aucun d’eux n’avait remarqué la
bague. N’empêche que tôt ou tard ils le feraient. Que dirait Lex à
ce moment là ? Si elle ne veut rien leur dire alors pourquoi
garde-t-elle quelque chose qui montre si visiblement sa demande ?
Vraiment, elle ne comprenait pas.
Alexia était allongée sur le ventre, la tête
tournée vers la baie vitrée et Tia ne voyait que la merveilleuse couleur, or
fondu, de ses cheveux. Ils avaient poussé depuis sa dernière visite chez le
coiffeur et lui arrivaient au milieu du dos. Alexia lui avait avoué qu’elle ne
les avait jamais laissés pousser autant et qu’elle appréciait leur poids mais
aussi l’allure un peu sauvageonne que cela lui donnait. Et Tia était tout à
fait d’accord avec elle sur ce point.
La mercenaire se pencha doucement sur le dos nu
qui invitait à la dégustation mais au dernier moment elle se retint. Elle ne
voulait pas la réveiller. Elle se contenta donc de détailler la peau sous ses
yeux. Même sans la toucher on devinait qu’elle était d’une extrême douceur.
Deux cicatrices, l’une blanche car ancienne et
l’autre plus récente, un peu rosé, semblait incongrue sur une peau aussi
soignée. La plus ancienne était longue et fine et traversait tout le dos en
diagonale. C’était l’œuvre d’un idiot avec son fouet qui s’était pris pour
Indiana Jones. Inutile de dire que Tia lui avait fait regretter de ne pas avoir
choisit un autre héros comme modèle.
L’autre était encore un peu rose et barrait son
épaule droite. Un coup de couteau en Inde, un mois plus tôt. Alexia avait été
négligente sur ce coup là. Et Tia lui avait passé un savon mémorable. Sans
parler de l’entraînement intensif qui avait débuté à leur retour. Entraînement
qui perdurait toujours.
Enfin, cela faisait quelques jours qu’elle
l’avait mis de côté. Tia ne se sentait pas vraiment d’humeur. Néanmoins, elles
allaient devoir bientôt le reprendre. Pas question de faire passer la sécurité
de Lex après ses humeurs. Aujourd’hui encore, elles ne feraient rien, par égard
pour la fête d’hier, mais dès demain, se sera réveil à l’aube et entraînement
de survie. Après cela, elle chercherait une nouvelle mission et la préparerait.
Il était temps de s’y remettre. De se changer les idées et de reprendre une
routine rassurante.
Tia leva la main et doigts écartés, elle la
passa au dessus du dos de sa compagne, lentement et sans toucher la peau,
suivant un motif inconscient. Brièvement, alors qu’elle immobilisait la main au
dessus de sa nuque, elle eut l’impression vivace de voir un dragon vert et
rouge déployée sur toute la surface de la peau. Une aile verte sur son omoplate
gauche et la tête sur l’omoplate droite. Une de ses pattes griffues remontait
jusque sur la nuque et sa queue se perdait dans le bas des reins.
Il était… incroyable. Sauvage, majestueux et…
puissant. Oui, il dégageait une aura de puissance contenue, comme si… comme
s’il était magique.
Puis l’image disparue aussi vite qu’elle était
apparue. Tia cligna des yeux et se demanda si elle avait été victime d’une
hallucination ou si c’était une autre de ses réactions mystérieuses qui lui
arrivait depuis qu’elle connaissait Alexia. La vague de sentiments qui l’avait
submergé à la vue de ce dragon japonais avait été pour le moins déconcertante.
De la fierté, de l’admiration, une confiance
aveugle et un amour infini. Si puissant qu’elle avait eu l’impression de
s’envoler brusquement. Lorsque l’image eut disparue, les sentiments aussi, mais
tout ceci avait été si fort et si brusque que ça l’avait laissé tremblante et
haletante comme si elle avait couru un marathon poursuivie par une horde de
cannibales en furie.
Elle prit une respiration tremblante et retira
sa main du dos de sa compagne. Elle attendit que son cœur reprenne un rythme
normal et revint à son observation. Le dragon n’était définitivement plus là.
« Ok, songea-t-elle, un mystère de plus. Bien. Range-le quelque part et
étudie-le un autre jour. »
Un rayon de soleil vint frapper la main étendue
par dessus le visage de sa compagne et illumina la bague qu’elle lui avait
offerte. Les émeraudes aussi vives que les diamants, le platine renvoyant une
douce lueur. Et la question qui la torturait revint la frapper.
Pourquoi la gardait-elle ?
Il était évident qu’elle avait changé d’avis.
Elle ne lui en avait pas aucune en retour. Ne voulait l’annoncer à personne et
refusait de parler mariage ou de fixer une date.
Etait-ce juste pour ne pas la vexer ?
C’était stupide. Si c’était bien la raison, la garder sans lui dire la vérité
était bien plus douloureuse.
« Si elle ne veut plus m’épouser, je
pourrais me faire une raison. Ca sera dur et douloureux mais tant qu’elle reste
avec moi… Mais là, elle la garde. Qu’est-ce qu’elle essaye de me dire ?
Puis-je garder espoir ? Est-ce une question de temps ? A-t-elle
besoin de se faire à cette idée ? C’est vrai qu’avant la semaine dernière
on n’avait jamais parlé mariage. Peut-être… peut-être que c’était allé trop
vite pour elle ? Mais qu’avec le temps, elle s’y fera. C’est peut-être ce
qu’elle essaie de me dire en la gardant ? »
Tia fixa le visage et le corps qui se détournait
d’elle depuis 7 jours déjà. « Non. Ca ne peut pas être ça. Sinon pourquoi
me fuirait-elle ? Elle m’en parlerait. Ca n’a aucun foutu
sens ! » soupira-elle en se laissant glisser sur le dos. « Et
si… si elle ne m’aimait plus ? Non, ça n’a pas de sens. Pourquoi
aurait-elle accepté ma demande si elle ne m’aimait plus ? Mais bordel,
pourquoi ne me parle-t-elle pas ?! Pourquoi elle se détourne comme
ça ?!!! »
Puis elle grimaça. C’était drôlement hypocrite
de sa part de vouloir qu’elle lui parle alors que ça faisait trois ans qu’elle
refusait de s’ouvrir à Lex sur ce qui clochait. La façon dont elle avait
tué Sassem la perturbait aujourd’hui
encore. Mais elle l’avait accepté. Elle avait compris que si elle ne voulait
pas gâcher ce qu’il y avait entre elles et le merveilleux cadeau que lui avait
fait la vie, elle n’avait pas le choix. Qu’elle ne le mérite pas n’entrait pas
en ligne de compte. Lex était là et la voulait, alors elle avait repoussé au
loin son horreur et s’était jurée de se contrôler au maximum, pour que plus
jamais cela ne recommence.
Elle s’était sentie un peu mieux après ça. Elle
recommençait à trouver la vie moins dure à supporter. Et tout aurait pu bien se
passer si l’appel n’avait plus jamais retentit. Mais il était revenu. Et elle
avait dû prendre sur elle à chaque fois. Et ça avait été si fort. Si dur.
S’empêcher d’y répondre, s’empêcher de perdre le contrôle, la rendait malade.
Elle essayait si fort dans ces cas-là, qu’elle en tremblait physiquement.
Bien sûr, Lex s’en était rendue compte et lui
avait fait part de sa peur. Pour elle. Si elle ne pouvait pas lui en
parler, elle pouvait au moins essayer de calmer ses inquiétudes. Elle avait
commencé à se relâcher. Et elle s’était rendue compte, soulagée et heureuse,
qu’elle le pouvait sans que cela n’entraîne les dégâts qu’elle craignait.
L’appel s’était fait moins présent. Mais ses
effets restaient les mêmes et elle avait dû finalement s’en ouvrir à Lex. Elle
ne supportait plus son regard inquiet. Elle n’avait pas eu l’air de comprendre
de quoi elle lui parlait. Et comment aurait-elle pu ? Elle même ne
comprenait pas ce que c’était.
Et puis, il y avait eu ce cauchemar affreux et
elle avait compris. Elle ne pouvait pas continuer à perdre du temps à avoir
peur de perdre le contrôle. Elle s’empêchait de vivre et en empêchait Lex.
C’était injuste. Surtout que Lex n’avait plus toute la vie.
Mais Lex semblait faire demi-tour et elle ne
comprenait pas pourquoi.
Agitée et triste, Tia finit par se lever. Tel un
loup sur le point de sauter sur sa proie, elle marcha à travers la pièce,
récupérant une culotte propre dans son tiroir, puis ramassant là un jean
déchiré mais confortable et ici une chemise en coton blanc qu’elle roula sur
ses avant-bras. Pieds nus mais présentable, elle traversa le couloir et entra
dans la cuisine.
Elle mit le café à chauffer sans même y penser
et entama ses préparatifs du petit-déjeuner. C’était un de ses plaisirs
préférés. Se lever et préparer le repas pour la maisonnée, alors que tout le
monde dormait encore. La maison était toute à elle, le silence qui planait la
rassurait.
Depuis son installation, en fait non, ça avait
commencé avec l’arrivée de Lex dans sa vie, elle n’avait que peu de moment de
solitude et celle-ci faisant partie intégrante de son être, elle avait parfois
besoin de s’isoler. Lex, Frédérique, Linya et même Gin le comprenait. Les
autres en revanche…
Le matin était donc un moment privilégié pour
elle. Son moment à elle. Et s’activer pour les autres… ça l’avait vraiment
surprise, mais cet instinct de mère poule qu’elle avait à vouloir leur préparer
à manger et voir le plaisir de la bonne nourriture sur leurs visages, était
très fort. Elle aimait vraiment s’occuper d’eux ainsi.
Alexia après bien des questions avait fini par
le comprendre et lorsqu’elle se levait avant qu’elle n’ait terminé ses
préparatifs, la saluait brièvement, prenait une tasse de café et se dépêchait
de lui laisser la cuisine sans chercher à lui parler.
Bien évidemment, certains matins, d’autres
personnes étaient levées et venaient lui parler. Elle acceptait parfois leur
présence, comme Linya avec qui elle plaisantait beaucoup, mais la plupart du
temps, ses réponses monosyllabiques les faisaient fuir, comme elle
l’escomptait.
Le problème venait surtout des résidents des
chalets. En période touristique, la plupart, même s’ils avaient une cuisine,
préféraient venir ici pour prendre le petit déjeuner avec tout le monde.
C’était plus convivial paraît-il. Elle, ça l’agaçait prodigieusement. Du coup,
lors des périodes les plus pleines, elle se débrouillait pour se dégoter une
mission bien longue, bien loin et bien délicate. Alexia lui avait reproché
plusieurs fois de fuir, ce qu’elle n’avait pas nié. Mais elle avait résisté à
ses supplications, et ses demandes de rester les aider, arguant que c’était son
idée à elle et qu’elle n’avait pas à en subir les conséquences. Elle était
mercenaire et pas rancher ou gérante d’hôtel.
Du coup, Lex se sentant un peu coupable, après
tout, Tia avait raison, c’était elle qui avait convaincu Frédérique d’élargir
son affaire, restait lors de ces périodes d’affluences pour aider. Frédérique
avait beau protester qu’il pouvait engager des extras, elle n’en démordait pas.
Tia soupçonnait sa compagne d’aimer la gérance presque autant que son rôle
auprès des Nazaréens.
Souvent elle se demandait si la vie qu’elle
menait avec elle était vraiment ce qu’Alexia souhaitait. Son envie de normalité
était parfois si flagrante ! Mais Lex lui rétorquait qu’aider était sa
passion et que ce qu’elle faisait avec elle était sa vocation. Le reste était
des hobbies auxquels elle s’adonnerait toujours avec joie, mais
l’investissement qu’elle y mettait ne serait jamais le même.
La mercenaire faisant semblant de la croire,
persuadée qu’en fait s’était d’être avec elle qui la motivait. Elle n’arrivait
pas vraiment à comprendre comment une fille comme Lex pouvait réellement aimer
une vie pour laquelle elle n’avait été ni préparée, ni obligée de suivre. Ce
n’était pas son monde, même si elle lui affirmait le contraire.
Mais comme elle le lui avait promis plusieurs
années auparavant, elle ne remettait plus en cause son choix de la suivre. Même
si ce n’était que pour elle, Lex avait choisi d’être mercenaire et Tia devait
l’accepter. Lex était une grande fille qui savait ce qui était le mieux pour
elle. Et le mieux, c’était elle.
« Enfin, peut-être plus maintenant,
songea-t-elle un peu découragée ». Ca tombait bien avec le printemps qui
revenait, la nouvelle saison touristique n’allait plus tarder, Tia pourrait
alors s’éclipser, seule, pour une nouvelle mission. Toute deux avait besoin de
réfléchir, loin l’une de l’autre, elle le sentait.
Et même si Lex lui manquait, lorsqu’elle partait
sans elle, elle devait aussi reconnaître que ça lui faisait du bien. Elle avait
l’impression de se retrouver dans ces moments là. Bon évidemment, Alexia lui
manquait très rapidement, ainsi que ses enfants et elle s’arrangeait alors pour
expédier la mission et revenir plus vite. Non sans en avoir dégoté une autre,
au cas où le domaine serait blindé.
Cette fois cependant, Tia sentait que se serait différent.
Le rejet d’Alexia semblait annoncer quelque chose d’autre. Si elle avait fini
par accepter d’être le meilleur choix pour elle, elle n’avait pas vraiment cru
qu’Alexia le penserait toujours. Lorsqu’elle partait seule, elle essayait
aussi, quelque part, de s’habituer à nouveau à sa seule personne. Elle avait
toujours inconsciemment pensé que ce n’était qu’une question de temps avant que
Lex n’ouvre les yeux et finisse par la voir comme elle était vraiment.
Au vue du récent comportement de Lex à son
égard, elle se demandait si le temps n’était pas finalement arrivé. Si cela
faisait mal, elle se demandait comment Lex avait pu rester si longtemps avec
elle sans ouvrir les yeux plus tôt.
Décidément, elle était vraiment déprimée ce
matin. Etait-ce un contrecoup de la fête ou autre chose ? Quoi qu’il en
soit, tant que Lex ne dirait rien, elle ne risquait pas d’aborder le sujet
d’elle-même. Elle ferait tout pour la garder auprès d’elle le plus longtemps
possible. Y comprit faire preuve de lâcheté.
Et puis tant qu’elle gardait la bague, elle
avait encore une chance de la reconquérir non ? Un peu ragaillardie par
cette idée, Tia finit ses muffins aux pépites de chocolat avec plus
d’enthousiasme. En plus, elle se faisait peut-être juste des idées. Ca n’avait
peut-être rien à voir avec elle. Elle dramatisait sûrement.
Elle termina la préparation des pancakes et se
demanda si elle devait parler avec Lex des résultats des tests et de ce qu’il
convenait de faire. Elles n’en avaient pas reparlé depuis sa demande. Pas
qu’elles ne le veuillent pas ou l’évitent, c’était simplement passé à la
trappe. Pour Tia c’était surtout dû à son étrange cauchemar et aux questions
incessantes que cela lui faisait se poser et sur les réactions d’Alexia à sa
demande. Pour Lex, elle devinait que c’était dû à la préparation de sa fête
d’anniversaire autant qu’aux questions que sa demande avait dû faire naître.
Entendant des bruits à l’étage, elle devina que
ses enfants et invités n’allaient pas tarder à descendre et se dépêcha de
terminer le petit déjeuner pantagruélique qu’elle avait en tête, reléguant ses
pensées moroses et dérangeantes dans un coin de sa tête.
*******************************************
Plus tard ce matin là, Frédéric la prit à part.
- Tout va bien ? l’interrogea-t-il.
- Oui, pourquoi ?
- She-wolf, répliqua-t-il avec sa bienveillance
coutumière, pas à moi.
Elle grimaça. Même après trois ans, il ne
parvenait pas à l’appeler autrement que par le nom qu’il lui avait donné. Il
avait bien essayé pendant un temps, mais rien à faire. Il l’avait connu ainsi
et pour lui, elle serait toujours cette louve solitaire qui léchait ses plaies
en cachette. Rien que l’emploi de son ancien nom, aurait dû lui rappeler
qu’elle n’avait jamais vraiment pu lui dissimuler quoi que se soit.
- Rien que tu ne puisses arranger, dit-elle
enfin.
- Mais peut-être qu’en parler pourrait
t’aider ?
Dans cette proposition elle reconnut l’influence
d’Alexia. Ils n’avaient jamais discuté de quoi que se soit ensemble, ils n’en
avaient jamais eu besoin. Ils se comprenaient, se devinaient sans avoir besoin
de dire quoi que se soit.
- Depuis quand un vieux loup comme toi veut
utiliser la parole pour communiquer ? déclara-t-elle amusée.
Il lui retourna un sourire et haussa les épaules
légèrement.
- Ca aide parfois. Ca soulage.
- Merci. J’apprécie la proposition. Vraiment.
Mais en parler ne changera rien.
- Très bien. Si tu changes d’avis…
Tia hocha sa tête et fixa son ancien tuteur un
moment. Il semblait vouloir lui dire autre chose, mais hésitait. Elle attendit
donc qu’il prenne sa décision, en silence.
- J’ai reçu quelques nouvelles du milieu,
commença-t-il.
Elle fronça les sourcils et se
tendit un peu. Le milieu auquel faisait allusion Frédérique était le réseau
clandestin de hors la loi et de terroriste existant aux quatre coins du monde.
- On pose beaucoup de questions sur moi. Et…
j’ai pensé que ce pouvait être une ruse pour avoir des infos sur toi.
- Qu’est-ce qui te fait penser ça ?
- Depuis l’affaire Sassem, tout le monde sait
qu’Enyo et moi sommes étroitement liés. Et… depuis qu’il est tombé, tu es, en
quelque sorte, une célébrité dans le milieu. Beaucoup veulent t’abattre pour
asseoir leur réputation. Mais il se peut aussi que se soit un proche de Sassem
qui souhaite se venger.
- Un proche ? répéta-t-elle sceptique. Et
qui serait passé entre les mailles du filet sans qu’on le soupçonne ? Peu
probable.
- Je suis d’accord, néanmoins, je te recommande
de te méfier.
- Pas de soucis. Tu sais qui pose ces
questions ?
- Non. Mais je me renseigne.
- Je vais faire de même de mon côté.
- Bonne idée.
- Ca fait longtemps qu’on en pose ?
- Une semaine environ.
- Ok, alors on n’a pas s’en faire, il faut
beaucoup plus de temps à une personne qui sait où chercher pour dégoter des
infos sur nous.
Il acquiesça et s’en plus s’attarder sur le
sujet, rejoignirent leurs invités sur le patio.
*******************************
-Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
nooooooooooooooonnnnn !!!!!!!!!!!!!!
PLOUF ! Le bruit fut suivi d’une énorme
éclaboussure qui aurait aspergé la grande femme responsable de tout ça, si elle
ne s’était pas prestement reculée.
- Mamaaaaaaaaaaaammmmmmm ! s’écria Len
accusateur en crevant la surface de l’eau avec sa tête.
- Bien joué m’man ! jeta Lara plier en deux
sur la berge du lac. Il l’a bien cherché ! articula-t-elle entre deux
hoquets.
Avec un sourire retors et à pas de loup, Tia se
dirigea vers sa fille. Elle la souleva et la jeta aux côtés de son frère avant
même qu’elle ne réalise son intention.
Elle poussa un cri si strident, que Tia dû se
boucher les oreilles en riant.
- Tel est pris qui croyait prendre, fit
sentencieusement son jumeau en la regardant alors qu’elle émergeait en
l’éclaboussant.
Elle lui
jeta un regard noir et fit de même à sa mère. Le sourire de celle-ci et sa joie
évidente, apaisèrent son agacement. Ca faisait quelques jours qu’elle était
soucieuse et ne riait plus. L’idée d’Alexia pour son anniversaire avait l’air
d’avoir été la bonne. « Une fois de plus », songea-t-elle un peu
agacée. Alexia connaissait si bien sa mère, mieux qu’elle en faite et ça
l’énervait. C’est vrai quoi, c’était sa mère !
Cependant, au fil des années, elle avait dû
reconnaître qu’Alexia rendait sa mère vraiment heureuse. Il y avait une
différence en elle lorsque Lex était présente ou non. Elle était jalouse. Pas
de leur relation. Elle avait fini par comprendre que ce qu’elles partageaient
était spécial. Non, elle voulait connaître la même chose, tout simplement.
Comme toutes les gamines de 17 ans, Lara rêvait
au grand amour et elle était touchée de voir qu’il existait. Mais comme toutes
les adolescentes, elle était égoïste et aurait voulu que se soit elle qui le
vive et non sa mère et Alexia.
Elle fixa du regard les silhouettes qu’elle
voyait descendre vers le lac et reconnut Linya et Alexia. Elle vit que sa mère avait
senti la présence de sa compagne sans même la voir. C’était un des trucs qui
l’impressionnait le plus dans leur relation, la reconnaissance immédiate de la
présence de l’autre avant de l’avoir vu ou entendu. Leur corps le sentait ou
leur inconscient elle ne savait pas trop, mais quelque chose se passait, comme
maintenant.
La posture de sa mère pourtant détendue, sembla
s’apaiser encore plus, son regard se fit plus doux et son sourire aussi.
C’était complètement dingue et en même temps si mignon !
Lara avait eu du mal à se faire à l’idée que sa
mère soit gay, mais leur lien était beaucoup trop évident et beaucoup trop beau
pour qu’elle bloque très longtemps. En plus, elle devait reconnaître que comme
belle-mère puis deuxième mère, Alexia était super chouette. Ca lui faisait un
peu bizarre d’avoir deux mères et si Len n’avait aucune difficulté à appeler
Alexia Maman, pour elle s’était plus difficile.
Elle avait passé 13 ans sans mère et voilà que
maintenant elle en avait deux. C’était dur de s’y habituer. Elle craignait de
s’y faire et que tout ne disparaisse. De ce point de vue là, elle tenait de sa
mère, même si aucune des deux n’en avait conscience.
Elle observa Alexia essayer de prendre sa mère
par surprise et sourit d’anticipation. Mais sa mère n’était pas une mercenaire
pour rien. Si sa compagne était discrète, elle n’avait pas compté avec le fait
qu’elles se sentaient. Mais en étaient-elles seulement consciente ? Elle
avait toujours pensé que oui, mais peut-être qu’elles ne le savaient pas ?
Soudain Lex se jeta sur le dos de sa mère avec
un cri digne des indiens d’Amérique et Tia fit un simple pas de côté et la
regarda s’écraser au bord du lac avec un grand sourire.
- Raté, fit-elle satisfaite.
Alexia se redressa sur ses
coudes et tira la langue à sa compagne. Elle accepta sa main et se releva en
époussetant son pantalon. Elle snoba délibérément Linya qui riait comme une
bossue et pressa la main de sa grande compagne en souriant.
- Salut ! fit-elle.
- Salut.
- Tu t’amuses à martyriser tes enfants ?
- C’est ce qu’il y a de plus amusant dans le
fait d’en avoir, rétorqua-t-elle avec un sourire sadique.
Les jumeaux profitèrent de sa distraction pour
sortirent de leur baignoire improvisée en hurlant et les éclaboussèrent
copieusement au passage. L’air absolument abasourdi de Tia fit exploser de rire
Linya, qui, n’en pouvant plus, s’affala sur le sol en se tenant le ventre.
Alexia gloussa et la pointa du doigt.
- Tu es magnifique en naïade ma chérie,
fit-elle.
- Je ne vois pas pourquoi tu te moques, t’es
aussi mouillée que moi.
- Qui a dit que je me moquais ? Tu es
réellement magnifique ainsi, mon cœur, répondit la jeune blonde en collant son
ventre au sien, ses bras s’enroulant autour de sa taille humide.
- Peut-être. En ce qui te concerne, je te préfère
définitivement lorsque tu es aussi trempée qu’une éponge qui sort du bain.
Elle lui fit son sourire chenapan et enserrant
fermement sa taille fine, elle la souleva et la balança aussi loin qu’elle le
put dans le lac, sous les huées enthousiastes de ses enfants. Alexia qui ne s’y
attendait pas du tout, couina avant d’atterrir très peu gracieusement dans une
gerbe d’eau qui atteignit le rivage.
Alexia se releva vivement et cria :
- On est encore en Février bon sang ! Elle
est froide !
Tia sourit et répliqua :
- Mais on a droit à une journée belle et douce
mon cœur, alors autant en profiter ! Et puis, tu n’as rien dit lorsque
c’était les jumeaux qui faisaient trempette.
Sans plus d’égard pour sa compagne qui pestait
en essayant de revenir sans perdre plus de sa dignité, Tia se tourna vers une
Linya qui avait renoncé à se relever et gisait sur la langue d’herbe verte, en
tentant de reprendre son souffle.
Elle lui fit un petit signe qui lui indiquait
clairement qu’elle voyait où elle voulait en venir et qu’elle n’avait même pas
intérêt à y penser. En voyant la lueur dangereuse qui s’allumait dans les yeux
azur de la grande femme, Linya s’empressa de lancer un sujet.
- J’ai lu tes Nelson hier soir, dit-elle très
vite.
Comme prévu, Tia s’arrêta.
- Et alors ? Qu’est-ce que tu en
penser ?
- C’est marrant. A part Garfield j’ai jamais vu
un perso aussi fainéant.
- Tu oublies Gaston, fit la mercenaire en levant
le doigt.
- Gaston ?
- Gaston Lagaffe.
- Oh ouais ! gloussa en s’asseyant, niveau
fainéantise, c’est pas un poil qu’il a dans la main lui, mais un arbre !
T’as les BD ?
- Ouais. Je te les file tout à l’heure si tu
veux.
- Cool !
Puis aussi vive qu’un cobra, Tia se pencha,
agrippa le corps de son amie et le lança, sans même regarder, rejoindre son
amie dans le lac. Alexia parvenait tout juste sur la rive lorsqu’elle vit
passer non loin de sa tête un objet volant non identifié qui hurlait des
obscénités contre sa compagne.
- Tu t’es fait une ennemie, ma chérie, fit-elle
en rejoignant Tia qui s’éloignait du lieu de son forfait rapidement.
- Une seulement ? rétorqua-t-elle en lui
lançant un regard en coin.
- Ok, toute une flopée. Mais les enfants et moi,
nous sommes beaucoup plus sages et plus retors que Linya, autrement dit, tu ne
nous verras pas arriver, conclu-t-elle satisfaite alors que les jumeaux
l’encadraient et fixaient leur mère avec le même regard tordu et serein
qu’elle-même.
- On a eu un bon professeur, ne l’oublies pas
m’man, lança Len comme pour enfoncer le clou.
- J’attends de voir ! rétorqua la
mercenaire en éclatant de rire.
25 novembre 2009
Merci Aphrodite, suite et fin
Chapitre 6 :
Lizzie était présente.
Sous Tia pour être plus précise. Et entièrement nue. Linya resta quelques
instants immobile sur le pas de la porte. Ne parvenant pas à intégrer ce
qu’elle voyait. Puis ça la frappa. Aussi fort qu’un mur de brique lui tombant
dessus.
Elle recula d’un pas,
sonnée et entendit un son étrange. Comme une plainte. La tête de Lizzie regarda
de son côté et elle comprit que cela venait d’elle. Alors, comme si son corps
n’attendait que ça pour se remettre à fonctionner, la douleur la transperça
aussi vivement qu’une flèche brulante.
C’était bien plus
douloureux que ce qu’elle aurait cru ressentir. Elle se sentait trahie. Comme
si… comme si Tia l’avait trompé. Ce qui était en quelque sorte le cas. Et en
même temps pas du tout. Elle ne lui avait rien promis et après Lex… mais ça ne changeait
rien à ce qu’elle ressentait. Et pourtant elle ne la désirait même pas.
Mais la voir ainsi,
dévorant les seins de Lizzie, elle avait envie de la frapper et de lui hurler
qu’elle se comportait comme une salope. Mais elle voulait aussi lui dire qu’elle
était là et qu’elle pouvait la combler, tout en sachant que ce n’était pas
vraiment sûr.
Oh dieu, c’était si
difficile de faire le tri !
Elle gémit de nouveau et
Tia enfin, remarqua sa présence. Linya croisa son regard voilée de désir et la
douleur se fit plus intense. La grande femme sembla enfin prendre conscience de
qui elle était et elle écarquilla les yeux de surprise. Puis la honte prit le
dessus et elle attrapa sa chemise. Elle s’assit sur le bord du lit et baissa la
tête. Inspectant ses mains en se demandant quoi dire.
Soudain Linya vit le
sourire que lui fit Lizzie en tirant le drap sur sa poitrine. Elle la narguait,
heureuse d’avoir enfin pût mettre la main sur Tia. Et une flambée de colère lui
tordit les entrailles. Pour la première fois de sa vie, elle eut envie de se
battre pour quelqu’un. Pour garder Tia. Pour la garder près d’elle et lui
suffire. Elle ferait ce qu’il fallait pour ça.
Elle lui retourna un
rictus déterminé et se redressa. Elle fit un pas dans la pièce et fixa Lizzie un
long moment. Celle-ci ne cilla pas, aussi déterminé qu’elle. Alors elle posa
les yeux sur la mercenaire qui n’osait pas les regarder, ni l’une, ni l’autre
et qui fixait ses mains, fébrile. Elle l’observa et le coup au cœur qui la
traversa, la laissa stupéfaite.
Elle… elle avait
l’impression d’être… amoureuse. Amoureuse de Tia. Pouvait-on être amoureuse
d’une personne sans que le sexe n’entre en ligne de compte ?
Bon, si elle était
honnête, elle devait reconnaître que les orgasmes qu’elle lui avait procuré
hantaient encore pas mal ses pensées et que l’idée d’en avoir d’autres, était
loin d’être répugnante. Et puis… si Tia gardait la même attitude, elle était
sûre de ne pas avoir trop de mal à se forcer à la toucher.
Elle s’avança et
s’accroupit devant Tia, une main posé sur son genou nu. Elle déglutit en
réfléchissant à ce qu’elle pourrait dire.
- Ce n’est pas grave,
fit-elle finalement. On ne s’était rien promis. Et… et tu n’as pas à t’en
vouloir.
La mercenaire la regarda
par en dessous, incertaine. Elle serra ses mains l’une contre l’autre sans
parvenir à décider comment elle se sentait.
- Je… je ne suis pas
comme ça, essaya-elle d’expliquer. Je ne le suis plus.
- Je sais, répondit
Linya avec une voix calme, alors que son cœur battait la chamade. Je ne t’en
veux pas. Alors tout va bien.
- Tu devrais pourtant,
dit-elle sans la regarder.
- Tia, fit Linya en
posant sa main sur les siennes, je sais que tu n’es pas comme ça. Les… les
circonstances sont particulières et je pense… que tu n’as pas besoin de te
prendre la tête comme tu le fais en cet instant. Je ne nierais pas que… te voir
ici… avec elle… m’a fait du mal. Mais honnêtement je ne m’y attendais pas,
alors je ne vois pas comment toi tu aurais pût. Et puis, je n’attends rien de
toi. Je souhaite juste que tu ailles mieux. Même si… même si pour ça, tu dois
en voir d’autres.
Elle fit un signe de
tête vers Lizzie qui se tortillait mal à l’aise maintenant et vaguement en
colère. Tia suivit son geste et sentit une nouvelle vague de culpabilité
l’envahir. Elle avait merdé… et en beauté en plus. Elle se mordit la lèvre et
revint à Linya. Elle fixa la main qui tenait toujours les siennes et déglutit.
Les larmes tant retenu
affluèrent une fois de plus et elle inspira fortement pour les retenir. Elle ne
méritait pas une amie comme Linya. Elle posa son front contre le dos de cette
main si douce et une larme qui avait échappé à son contrôle, coula le long de
sa joue et s’écrasa sur la peau chaude.
Celle-ci la sentit et se
pencha sur elle, la serrant contre son cœur. Elle lança un regard
d’avertissement à Lizzie qui s’empressa de se rhabiller, non sans lui jeter un
regard furieux qui n’annonçait rien de bon. Heureusement, elle ne fit pas de
scène, ne comprenant sans doute pas ce qui se passait.
Après quelques minutes,
Linya se dégagea doucement.
- Je ne devrais pas, dit
la mercenaire d’une voix étouffée. Ce n’est pas bien… envers toi. Je sais que…
que ce que tu m’as offert n’était pas… que tu ne le voulais pas vraiment et…
que je t’ai forcé. Je sais que tu… l’as fait pour moi. Que rien que pour ça, je
n’aurais pas dû. Par respect pour ce cadeau.
La tête toujours baissé,
Tia n’osait pas la regarder. Surtout qu’elle craignait ce qu’elle allait y
voir.
- Ti, mon cœur, soupira
la blonde, tu ne m’as pas forcé.
Le corps soudain tendu,
lui fit part de ce que Tia pensait de ce genre d’affirmation.
- Ok, peut-être un peu.
Mais seulement au début. Je n’ai rien fait que je ne voulais pas. Et tu le
sais. Ce que je t’ai donné… je l’ai fait avec plaisir. Et je le referais
encore. Je… ce n’était pas si déplaisant, dit-elle avec un petit rire. Dieu
Tia, je n’ai jamais eu un tel orgasme, alors cesse de te flageller, ok ?
Ca m’a plu. Beaucoup. Et comme je te l’ai dit… je comprends que tu ais besoin… d’autres
choses. Il… il te faudra du temps pour surmonter ça.
« Si jamais tu y
parviens » songea la jeune femme avec angoisse. Elle en doutait fortement
à la voir ainsi, tête basse et si fragile. Alexia était son roc. Tout le monde
en a besoin d’un. Même les superwoman. Et Lex était le sien. Et Lex n’était
plus là. Et elle, elle ne savait pas quoi faire.
- Tu ne penses pas qu’il
serait tant d’en parler ? fit-elle de sa voix douce.
Le corps de Tia se
raidit quasi instantanément.
- Tia… Lex est partit
et… c’est dur. Vraiment dur. Mais ne pas en parler ne la fera pas revenir comme
par miracle. Il n’y a….
Une main s’écrasa
soudain sur sa bouche et l’interrompit. Un regard furieux et douloureux se
planta dans le sien.
Un mouvement déterminé
de la tête lui fit comprendre qu’elle s’avançait sur un terrain interdit et
qu’elle ferait mieux de s’arrêter là. Mais Linya était têtu et elle pensait
sincèrement que parler pouvait être salutaire.
Elle repoussa la main et
ouvrit la bouche. Mais devançant son intention, Tia attrapa son visage entre
ses mains et écrasa sa bouche sur la sienne, dans un baiser aussi sauvage que
passionné. L’exigence du baiser, embrasa le sang de Linya et son corps répondit
malgré elle. Une main se glissa sous son corsage et pinça un de ses seins, ce
qui la fit gémir.
Tia repoussa son amie
contre le matelas et la cloua sur le lit de son corps, laissant ses mains errer
sur le corps chaud et palpitant. Sans relâcher sa bouche, approfondissant et
exigeant toujours plus de sa langue et de ses lèvres, elle fit haleter Linya de
plaisir. Alors que des mains impatiente remontait le long de son dos et
repoussait l’étoffe de sa chemise, la mercenaire empoigna un sein, qu’elle
tortura et remonta son genou qu’elle pressa contre le sexe de Linya jusqu'à ce
qu’elle sente une moiteur humide couler dessus.
Alors elle relâcha la
bouche de Linya qui reprit son souffle en fermant les yeux. Elle sentit Tia
défaire les boutons de son corsage, et elle avait tellement envie de sentir sa
bouche sur sa peau qu’elle en tremblait. Elle se mordit la lèvre jusqu’au sang,
afin de reprendre ses esprits.
Les idées plus clairs,
elle repoussa, ou au moins tenta de repousser son amie. Mais son corps lourd ne
se laissait pas faire. Pourtant, si elle mourrait d’envie de laisser Tia
poursuivre, elle savait aussi que ce n’était qu’un moyen pour détourner son
attention du vrai problème.
- Tia, chérie. Je… je ne
veux pas. Pas maintenant en tout cas. On doit parler, on doit…
Une nouvelle fois, Tia
l’interrompit d’un baiser sauvage qui la laissa pantelante. Dieu que c’était
dur de la repousser…
Elle tourna la tête,
séparant d’elle-même leur bouche et souffla :
- Tia, s’il te plaît. Il
faut qu’on en parle.
Aussi brutalement qu’il
avait commencé, l’assaut stoppa. Et Linya se retrouva hébétée sur le lit,
fixant une Tia furax debout devant elle. Avec une rapidité inhumaine, Tia se
pencha sur elle et la cloua de son regard.
- Je ne veux pas en
parler, gronda-elle durement, alors met-toi ça dans le crâne une bonne fois
pour toute !
Linya fut effrayé par le
noir qui semblait avoir envahie complètement ses iris. Elle déglutit et hocha
la tête, plus par réflexe qu’autre chose. Aussitôt Tia se releva et se
rhabilla. Elle était sortie avant même que Linya n’ait reprit ses esprits.
Elle entreprit alors de
se rajuster avant d’essayer de la rattraper. Mais à peine le pied dehors, une
main s’abattit sur son épaule.
Elle tourna la tête et
vit qu’il s’agissait de Lizzie.
- Si tu t’imagines que
je vais renoncer à elle, parce que tu as été la première à profiter de
l’occasion, tu te fous le doigt dans l’œil Linya ! gronda-elle.
La jeune femme secoua la
tête.
- Ce n’est pas le moment
Lizzie, répondit-elle en essayant de poursuivre son chemin.
Mais la jeune fille
était aussi déterminée qu’elle-même et elle ne relâcha pas sa prise.
- Te fiche pas de moi,
je vous ai entendu la dedans, cracha-elle. Tu m’as jetée dehors et aussitôt
tenté de prendre ma place !
- Ce n’est pas ce que tu
crois. Ecoute Lizzie, en ce moment Tia n’a pas besoin de ce genre de chose.
Elle n’est pas bien et cette guerre que tu sembles vouloir déclarée… oublie-là.
Elle n’a de toute façon pas lieu d’être. On n’est pas en compétition ok ?
- Pas en
compétition ? répéta Lizzie incrédule. Quoi ?! Tu crois que je vais
gober ça ?! Tu crois que je vais gentiment m’effacer pendant que tu mets
le grappin sur elle ?! Tu me prends pour une conne ou quoi ?!
Linya commençait
sérieusement à s’agacer de cet égoïsme de gamine et elle le lui fit savoir.
- Je n’essaye pas de lui
mettre le grappin dessus. Je veux qu’elle remonte la pente, rien de plus. Alors
essaie de penser à autre chose que ta petite personne deux secondes et prends
en compte le fait que Lex est morte. Et que Tia en souffre.
- Et c’est la première à
avoir sauté sur la pauvre malheureuse qui me dit ça ! ricana-elle en
tournant les talons. Je t’aurais prévenu
en tout cas, lança-elle en se retournant une dernière fois, je ne te la
laisserais pas !
Linya la regarda
s’éloigner et s’interrogea. Elle avait raison. Elle avait sauté sur Tia à peine
quelques jours après l’enterrement de sa compagne. Pourquoi ? Ce n’était
pas son genre. Tia n’était pas son genre non plus. A la rigueur si elle devait
vraiment choisir une fille, ça aurait été une petite rousse. Pas une grande
brune. Elle se sentait comme une traitresse. Une traitresse envers Alexia.
Envers Tia aussi. Son comportement était un manque de respect pour sa douleur
et une trahison envers sa défunte meilleure amie.
Elle y réfléchit sérieusement
et comprit brusquement. Tia était ce que Lex avait de plus cher et elle, elle
voulait garder quelque chose de son amie. Et se rapprocher de ce à quoi tenait
le plus Alexia était sa façon de refuser sa mort, de s’accrocher à elle.
Elle se laissa tomber
sur l’herbe grasse et se couvrit le visage des mains et laissa une longue et
déchirante plainte s’élever jusqu’aux cieux. Alexia lui manquait tant… elle ne
pouvait pas, ne voulait pas accepter sa mort. Elle avait tant partagé, tant
vécu ensemble. Tia n’était pas la seule qui devait en parler. Elle avait négligé sa propre douleur, son propre vide
intérieur. Celui que Lex avait laissé en partant. Mais elle ne le pouvait plus
maintenant et ça la terrassait.
- Alexia, gémit-elle…
Elle posa la joue sur
ses genoux relever, qu’elle entoura de ses bras et se balança d’avant en
arrière, en un mouvement vieux comme le monde, de demande de réconfort. Un
réconfort vain, car Lex n’était plus et rien ne pourrait combler le vide que sa
meilleure amie avait crée en disparaissant.
***************************
Lorsqu’elle rentra enfin
à la maison, il faisait nuit depuis un bon moment. Elle entendit des éclats de
voix et reconnut la voix de basse de Tia et celle plus aigue de Lizzie.
« Je te l’avais dit petite fille » songea-elle fatiguée.
Elle entrait dans le
salon quand Lizzie la bouscula pour en sortir. Elle lui lança un regard voilée
de douleur et de rage. Elle avait enfin comprit semble-il que Tia ne partageait
pas, ne partagerait jamais ses sentiments, que Lex soit là ou pas.
Elle tourna ensuite son
attention sur la grande femme au milieu de la pièce, que la tension en elle
faisait littéralement crépiter. Et vit à ses épaules crisper que la discussion
avait été difficile. Elle craignait les conséquences, Tia était fragile, mais
elle ne savait vraiment pas quoi faire ou dire.
La mercenaire était si
difficile à approcher et encore plus à comprendre. Linya aperçut Gin qui
s’approchait de sa nièce avec un air désolé et un peu inquiet sur le visage.
Il posa une main sur son
épaule.
- Tu… as couché avec ma
fille ? demanda-il en espérant le contraire.
Tia ne releva pas les
yeux, elle se contenta de secouer la tête et d’ajouter :
- On n’a pas eu le
temps.
Elle savait que ce
n’était pas ce qu’il voulait entendre. Lizzie était sa fille, il l’avait adopté
trois ans auparavant. Elle n’était pas de son sang, mais il l’avait aimé aussi
brutalement que Trinity. Corps et âme. Elle était son enfant et elle, Tia était
beaucoup trop âgée pour elle. Il voulait la protéger, c’était normal. Et était
déçu de voir que sa nièce n’avait pas sût se contrôler.
Il s’était fait une
fausse idée de qui elle était. Et… enfin il s’en rendait compte. Ca faisait
mal. D’autant plus que, Tia le réalisa, elle tenait vraiment à lui. Mais elle
n’était pas la petite fille qu’il avait recherchée avec tant de hargne. Elle ne
l’était plus depuis longtemps.
Elle ne voulut pas voir
son regard et y déceler la déception qu’elle savait y trouver. Elle se déroba à
son contact quand il affermit sa prise sur son épaule. Elle tourna les yeux
vers la présence qu’elle sentait dans l’encadrement de la porte au moment où il
lui posait une question.
- Tia. Je pense. Je
crois, qu’il est temps que l’on discute.
La vision des yeux
rouges et du regard fatiguée de Linya furent aussi effrayant pour elle que ce
que sous-entendait la demande de son oncle. Elle savait de quoi il voulait
parler. Et elle ne le voulait pas.
Quand à Linya, ses yeux
rouges disaient combien elle avait pleuré et combien elle était épuisée de se
battre avec elle. Ils lui montraient avec une clarté accusatrice qu’elle
n’avait pas été présente pour l’aider. Pire, que c’était probablement elle qui
en était la cause.
La honte se mélangea à
son angoisse et soudain, elle eut besoin de sortir. D’aspirer une goulée d’air
fraîche. De voir un visage qui ne lui évoquerait rien. Elle se recula
brusquement et sans regarder personne, attrapa sa veste et marmonna qu’elle
sortait.
Elle croisa le regard doublement inquiet de ses enfants et ferma les yeux
devant la nouvelle vague de culpabilité
qui la frappait. Les parents ne devraient jamais inquiéter leurs enfants comme
elle le faisait en ce moment. Mais c’était plus fort qu’elle et elle ne pouvait
plus faire semblant.
Elle claqua la porte en
sortant et les bruits de la nuit l’entourèrent. Rassurant, calme et si familier
qu’elle respira tout de suite mieux.
*********************************
Linya ne perdit pas de
temps, le regard bleu paniquée qu’elle avait vu lorsque Tia s’était enfuie
n’augurait rien de bon. Repoussant sa fatigue au second plan, elle se rua au
dehors. Mais la grande femme devait avoir des jambes supersoniques car elle
avait déjà disparu.
Elle retourna dans la
maison et demanda à Frédéric de lui prêter sa voiture. Il la fixa un long
moment, la faisant s’agiter d’impatience, avant d’enfin acquiescer.
Elle mit près de deux
heures à la retrouver. Il lui avait fallu près d’une heure avant d’avoir l’idée
d’écumer les bars gay de la ville. Et près d’une demi-heure pour se souvenir de
leur emplacement.
Elle repéra la
silhouette de Tia presque par hasard en sortant de son 4ième bar de
la soirée. La lune accrocha un éclat de blancheur et elle entendit un petit
rire. Comme un gloussement. Le son était porté par le vent et provenait de la
butte qui s’ouvrait sur une petite rivière artificielle. La blancheur,
réalisa-elle en s’approchant provenait des dents de la femme que tenait Tia.
Elle s’arrêta
brusquement en reconnaissant sa compagne et bien qu’elle sache parfaitement à
quoi s’attendre en la cherchant dans ce genre d’endroit, la douleur que cette
vision causa en elle était presque aussi brûlante que celle qu’elle avait eut
plus tôt dans la journée.
Elle la repoussa
délibérément. Tia n’avait pas besoin de ça et… elle non plus.
- Tia, appela-elle
doucement, pour ne pas l’effrayer.
Celle-ci sursauta en
entendant la voix connue et se redressa soudainement, amenant une protestation
bredouillante aux lèvres de son amante. Elle croisa le regard résolument fixé
sur elle et perçut la pointe de regret dans ses yeux, ce fut comme si elle
avait Lex en face d’elle.
Elle avait failli.
Encore une fois.
Elle baissa le regard et
serra les poings. Elle ne pouvait pas continuer comme ça. Décevoir les gens
encore et encore. Leur faire du mal. Se faire du mal.
- Tia, fit à nouveau la
voix de son amie. Viens, on rentre à la maison. Tout le monde est inquiet.
Tout le monde est
inquiet… cela agit comme un déclic. Elle se leva en même temps qu’elle posait
les yeux sur ceux, patient, de la meilleure amie de son âme-sœur. Et tout ce
qu’elle pût dire, fut :
- Je suis désolée…
Son regard était
visible, même dans le noir d’encre de la nuit. Et ce que Linya y lut, l’effraya
au plus haut point. Tia avait abandonnée… Son regard bleu était noyée de larmes
et il lui disait mieux que des milliers de mots, combien elle était fatiguée et
désolée.
Dans une économie de
mouvement presque surréelle, Tia lui tourna le dos, laissant amante d’un soir
et amie de cœur, derrière elle. Grâce à ses grandes jambes, elle parvint
rapidement à la barrière qui séparait le parking de la route et d’un mouvement
fluide et sans effort, elle s’y appuya d’une main et sauta par dessus.
Elle entendit vaguement
Linya crier en se mettant à courir derrière elle. Mais il était trop tard. Elle
était déjà au milieu de la route. Et elle fixait les phares d’une voiture
arrivant à vive allure. Elle n’était manifestement pas la seule à avoir eut
envie de s’amuser.
Elle leva les yeux vers
le ciel étoilés et pour la dernière fois, elle le savait, elle chercha le
visage de ses parents, mais aussi, pour la première fois, celui de Lex. Enfin,
elle se l’avouait. Mettait des mots dessus. Lex était morte.
Elle ne savait pas si
Dieu existait, ni même s’il y en avait un seul. Mais ce qu’elle savait en
revanche, c’était que si Dieu existait vraiment, elle ne la reverrait jamais.
Elle avait trop de mort sur la conscience et… mourir ainsi, d’après la bible,
était un pêché qui vous interdisait définitivement le lieu où, elle le savait,
se trouvait son amour.
Elle ferma les yeux et
lança un pardon, audible, elle l’espérait, seulement pour celle qui avait
changé sa vie.
Elle ne pouvait plus
rester ici, sans elle. Trop de choses, de personnes lui rappelait sans cesse ce
qu’elle avait trouvé puis perdu. Elle n’en pouvait plus. La douleur, le
manque, le vide qui béait en elle, était insupportable. Elle ne parvenait plus
à se mentir.
Elle écarta les bras,
accueillant la mort avec soulagement et joie, et murmura :
- Excuse-moi, mon amour…
j’ai essayé… mais je ne suis pas aussi forte que toi…
Au moment même où la
voiture la percutait envoyant des ondes de douleurs fulgurantes dans tout son
corps, elle hurla. Un cri de joie sauvage qui reçut un écho. Une réponse lui
parvint, une sorte de plainte douloureuse qui lui disait qu’elle l’avait
attendu mais, qu’elle, Tia, l’avait laissé tombé.
Elle frappa le sol avec
une violence qui fit rebondir son corps plusieurs fois sur l’asphalte et elle
entendit distinctement le hurlement d’horreur de Linya. Elle rouvrit les yeux
une dernière fois et alors qu’elle sentait le voile de la mort la recouvrir,
elle plongea les yeux dans le ciel illuminé, souhaitant que quelque soit
l’endroit où on l’envoyait, elle puisse garder cette image avec elle.
Et si Lex n’y était pas
alors elle souhaitait être dans un lieu où les pensées seraient bannies et les
souvenirs effacés.
Soudain, elle vit deux
yeux marron, emplis de larmes au dessus d’elle.
- Désolée, coassa-elle
en tendant une main tremblante et sanglante vers la joue de cette femme si
généreuse, qui n’avait pas cessée d’essayer de l’aider.
Elle aurait voulu lui
dire qu’elle était désolée de la laisser ainsi, de ne pas avoir accepté son
aide, mais elle n’en avait plus la force. Sa respiration se fit plus ténue et
alors qu’elle sentait son cœur ralentir, elle vit la douleur déchirante et la
peur insurmontable dans les yeux de Linya, presque engloutie dans des regrets
si puissants qu’elle finirait par la consumer.
Alors Tia fit un effort, elle relança son corps, le suppliant de lui accorder
un instant de plus. Puis elle ouvrit la bouche et sans la quitter des yeux,
déclara dans un souffle si léger que Linya dû coller son oreille à ses lèvres.
- Ne t’en veux pas. Où
que j’aille… je n’aurais plus mal. Et c’est tout ce que je souhaite…
Un gémissement vite
réprimée lui répondit.
- Et tes enfants ?
fit-elle l’oreille toujours sur sa bouche.
- Aime-les… pour moi…
Linya sentit le dernier
soupir de celle qui fut son amie et son amante. Elle ferma les yeux, la douleur
faisant trembler tout son corps. Elle avait failli. Elle n’avait pas réussit.
Alexia lui avait confié une mission. Elle-même avait eut besoin de cette femme
pour réussir à garder son équilibre. Mais toutes ses motivations n’avaient
servis à rien.
Elle avait trahit
Alexia. Elle avait trahie Tia et elle s’était trahie elle-même.
Elle était seule
maintenant. Seule. Avec son chagrin. Avec ses erreurs. Et de nouvelles
responsabilités qu’elle ne voyait pas comment tenir. Elle qui n’avait même pas
sût garder son amie en vie.
Tia était morte.
Elle gémit et se balança
d’avant en arrière, adoptant inconsciemment, le rythme de la plainte qui
retentissait au loin et pourtant si clair qu’on l'aurait dit à ses côtés.
Alors que son âme
quittait son corps et qu’elle voyait et ressentait la souffrance ravager
l’esprit de son amie, Tia entendit une voix.
- Tu dis avoir essayé.
Mais est-ce vrai ? Tu as voulu aider, en suivant le modèle de celle qui à
fait de toi ce que tu es. Mais as-tu laissé qui que se soit t’aider ?
l’interrogea-elle. C’est pourtant tout ce qu’elle attendait de toi.
La vérité de ces mots la
frappa. Et son cœur, inexistant et pourtant toujours présent, reçu un coup. Si
elle avait encore eut des yeux, elle aurait pleuré, car elle avait manqué à sa
parole. Et elle avait laissé ses enfants, une fois de plus.
Qu’elle mauvaise mère,
elle avait été, songea-elle avec amertume. Ses enfants n’avaient pas eu de
chance niveau parents. Elle s’en voulu vraiment. D’autant plus qu’elle avait
négligé Linya et qu’elle la laissait à moitié détruite, seule, sur le bord de
la route.
Pourtant, même si on le
lui proposait maintenant, elle ne voudrait pas retourner sur cette terre. Pas
sans Lex. Tout ça… la vie… les gens… rien n’avait de sens sans elle.
Alors, elle leva les
yeux et monta doucement rejoindre les étoiles qui l’avaient tant fasciné…
… et se réveilla en
sursaut et en sueur. Le sang martelant durement sous son crâne. Elle aspira de
grande goulée d’air et regarda autour d’elle, confuse. Elle était dans son lit
et il faisait nuit. La lune se déversant par la large baie vitrée de sa chambre
au Texas.
Elle était donc toujours
au Texas.
Son regard accrocha un
éclat brillant et son cœur eut une embardée. Elle tendit la main et retourna
brusquement le corps endormie à ses côtés. Alexia se retourna en grommelant,
ouvrant brièvement les yeux, et laissant entrevoir, le vert magnifique qu’elle
avait cru à jamais perdu, avant de se blottir contre elle avec un soupir
d’aise.
Tia ne parvenait pas à
retrouver son souffle. Elle était complètement perdue. Qu’est-ce que … ?
Ca n’avait aucune
importance, songea-elle brusquement en prenant conscience de la réalité des
choses. Une vague de joie puissante déferla brutalement en elle et la laissa
tremblante. Alexia était là. Vivante. Et il n’y avait rien de plus merveilleux
au monde.
Chapitre 7 :
Tia s’était recouché
calmement, entourant de ses bras la femme appuyée contre elle. Ses yeux ne
quitterait pas une seconde ce corps fantastique, vérifiant régulièrement que sa
poitrine s’abaissait et se relevait sans problème.
Tout ça n’avait été
qu’un rêve. Elle ne parvenait pas à intégrer ce concept. Tout avait été si
réel… Elle avait ressentit l’horreur et le trou béant que la disparition de sa
compagne avait crée et elle ne voulait plus jamais ressentir une chose
pareille.
Seulement c’était
impossible. Elle s’en souvenait maintenant, et c’était probablement la cause de
ce cauchemar, Alexia avait été testé positive pour Huntington.
Elle
avait tout au plus dix ou douze ans à vivre normalement.
Son estomac eut un
soubresaut vite réprimé. Elle ne voulait pas réveiller sa compagne qui avait
eut énormément de mal à s’endormir après ses résultats. Alexia avait beaucoup
pleuré et avait finis par s’endormir loin d’elle, comme si son contact était
trop douloureux.
Elle inspira
profondément et calmement, consciente que si c’était une très mauvaise
nouvelle, au moins, cela lui laissait du temps. Du temps que dans son rêve elle
n’avait pas eut.
Elle repensa brusquement
à Lizzie. Elle comprenait pourquoi elle était dans son rêve. Leur dispute de la
veille l’avait influencé. Mais si elle comprenait la raison de sa présence,
elle ne saisissait pas pourquoi elle avait couché avec Linya. « Je
fantasme donc à ce point sur elle ? » songea-elle en fronçant les
sourcils. Si c’était le cas, ça risquait d’être problématique.
Elle n’en avait pourtant
pas l’impression. Elle la trouvait séduisante, c’était un fait et appréciait
pas mal leur joute verbale, mais ça s’arrêtait là. Peut-être que c’était une
sorte de d’avertissement qu’elle s’adressait à elle-même ?
Elles étaient proche
toute les deux. C’était un fait. Mais… elle ne l’avait pas laissé s’approcher
tant que ça. Il était probablement tant de changer ça. Le moment venu… le
moment venu, elle aurait besoin de personne proche et de confiance pour
remonter la pente.
Si elle parvenait à la
remonter. Sa volonté de mettre fin à la souffrance à la fin avait été bien réel
et elle ne voyait pas comment, le temps passant, la douleur puisse être
moins forte. Au contraire. Elle l’aimait un peu plus chaque jour.
En tout cas, ce rêve lui
avait au moins permit de comprendre ce que souhaitait réellement Lex pour elle.
Qu’elle accepte l’aide de ceux qui l’aimaient, lorsqu’elle-même ne serait plus
en mesure de le faire. Elle n’était pas sûre d’y parvenir, mais elle
essaierait. Vraiment. Pour Lex. Parce que c’était une chose importante à ses
yeux et parce qu’elle voulait être une meilleure mère et meilleure amie.
Son cauchemar lui avait
permit de voir tout ses échecs. Toutes ses erreurs et toutes ses faiblesses. Sa
force comme son équilibre, elle le tenait de la femme qu’elle tenait entre ses
bras.
Et pour ceux qu’elle
aimait et qui l’aimaient, elle devait trouver un autre moyen de se tenir
debout. Un moyen qui rassurerait et rendrait fière sa compagne. Se rapprocher
d’eux était une première étape. Après… franchement, elle n’en avait aucune
idée. Mais elle finirait par trouver… Etre digne de Lex était tout ce qui la
motivait dans la vie.
Cela lui fit se souvenir
d’une chose que Lizzie disait souvent quand elle essayait de la convaincre
qu’elle lui irait mieux qu’Alexia. Elle lui disait qu’Alexia ne pourrait jamais
la comprendre comme elle le faisait. Et c’était vrai. Mais c’était justement ce
qui lui plaisait tant en Lex.
Elle aimait que Lex soit
trop pure pour saisir une chose pareille. C’était ce qui lui permettait à elle
de rester dans le droit chemin. Elle en avait besoin, comme de l’air que l’on
respire.
Trop semblable à elle,
Lizzie ne la contiendrais pas. Tia risquait même de l’entraîner. Peut-être
était-ce la raison de son choix de partenaire dans le rêve ? Linya était
par bien des côtés, une réplique de sa compagne. En plus pacifiste. Linya ne comprendrait
pas grand chose à ce que Tia avait fait et aux raisons qui l’y avait poussée,
mais elle essaierait. Aussi fort qu’Alexia. Car c’était dans sa nature. Linya
était le symbole même de la compassion et son attachement sincère lui
permettrait de rester à ses côtés quoi qu’il arrive.
Linya était une
excellente amie et elle l’aimait beaucoup. Cependant, elle avait mal agit
envers elle. Elle se souvenait de la fin de son rêve et de ce qu’elle avait
partagé de la souffrance de Linya. La sensation avait été terrible et elle se
jura de faire son possible pour ne pas la mettre dans cette position à
l’avenir.
Linya, était la
meilleure amie de Lex et si celle-ci avait partagé son rêve, elle aurait été
très déçue de voir combien Tia avait laissé son amie seule avec son chagrin,
augmentant même celui-ci par sa démission volontaire. Tia avait contribuée à
faire perdre de vue à Linya sa propre existence, et ça c’est une chose qui
aurait mit très en colère son âme-sœur. Et c’était indigne d’elle.
Avec le calme revenue
dans son esprit, Tia prit ce rêve pour ce qu’il était. Un avertissement. Elle
devait s’ouvrir plus. Et ne plus perdre une seule seconde en doute ou en peur
quelconque dans sa relation avec Lex.
Elle sût alors ce qui
lui restait à faire. « C’est la seule chose à faire », songea-elle en
se dégageant aussi doucement que possible. « La seule qui ait du sens. La
seule qui pourrait peut-être faire la différence pour Lex. Qui lui rendrait le
sourire et qui sait ? Peut-être aussi l’espoir ? »
Elle marcha avec silence
et grâce à travers la pièce, ramassant ses vêtements et s’habillant aussi vite
que possible. Elle devait faire une course en ville, mais souhaitait être de
retour avant son réveil.
Ce qui allait s’avérer
difficile, vu qu’il faisait nuit, mais pas impossible. Elle était passé maître
dans l’art de convaincre les gens que la satisfaire était dans leur intérêt.
Et là, elle avait un
grand besoin d’être satisfaite.
***********************
Linya se redressa
brusquement dans son lit. Désorientée et en sueur, elle mit quelques minutes à
saisir où elle se trouvait. Elle reconnut enfin sa chambre et les battements de
son cœur ralentir. « Un rêve… ce n’était qu’un rêve… »
Elle secoua la tête,
légèrement perplexe puis respira profondément plusieurs fois, avant de se
lever. Elle laissa ses yeux s’habituer à la pénombre et enfila une robe de
chambre avant de sortir de la pièce. Elle descendit les escaliers sans allumer
la lumière.
Au bas des escaliers,
entre le salon et la cuisine, elle hésita. Puis l’éclat de la lune filtrant par
la baie vitrée du salon la décida. Elle se rendit dans la cuisine où elle se
prépara un thé, le laissant infuser, les yeux dans le vague.
Lorsque
se fut prêt, elle attrapa une tasse en porcelaine blanche décoré de motif
géométrique multicolores, un cadeau d’Alexia, et se rendit dans le salon. Elle
ouvrit la baie et sortit sur le balcon. Elle s’accouda à la rambarde en fixant
l’océan de ses yeux sombres et inspirant la forte odeur, commença enfin à se
détendre. Elle adorait vivre sur son île.
Lorsqu’elle se sentit
suffisamment rassurée sur la réalité des choses, le soulagement l’envahie en
même temps qu’elle libérait ses larmes. Elle s’empêcha cependant de sangloter,
voulant réfléchir calmement à cet étrange songe.
Dans ce rêve
cauchemardesque, elle avait perdue Alexia et s’était retrouvé incapable de
retenir Tia en apaisant un peu sa douleur. Elle ne savait pas d’où pouvait bien
venir ce rêve, mais elle avait toujours cru, dur comme fer, aux présages et aux
prémonitions. Pour elle, ce rêve en était un.
Mais de quoi la
prévenait-il ? Le sujet principal en avait été Tia et ses états d’âmes.
Donc cet avertissement la concernait. Autrement dit, quoi qu’il arrive à
Alexia, elle ne pourrait rien y faire. Ce qui fit mal. En revanche elle devait
pouvoir être utile à Tia.
Comment ? Elle
avait ressentie sa souffrance, et la puissance de celle-ci était tel qu’elle ne
comprenait même pas comment Tia avait pût tenir aussi longtemps. Puis elle se
rappela. Sa promesse. C’était sa promesse à Lex qui la ferait tenir plus
longtemps qu’aucune autre personne. A elle d’en tirer profit.
Ce devait être ça, oui.
Dans son rêve, elle n’avait pas saisit ni l’ampleur de sa douleur, ni la raison
pour laquelle elle continuait de vivre. Elle avait cru que le sexe serait un
lien suffisant, et dans l’absolue, ça avait été vraie. C’était le sexe qui
l’avait fait revenir. Mais c’était aussi ce qui l’avait perdu. Car Tia
n’envisageait plus celui-ci de la même façon depuis sa rencontre avec Lex. Une
chose qu’elle n’avait pas non plus saisit.
Maintenant qu’elle
savait tout ça, elle saurait faire face. En tout cas, elle était mieux
préparée. Elle ne savait pas si, pour autant, cela serait suffisant. Dans son
rêve, Tia refusait toute l’aide qu’elle essayait de lui donner et elle-même…
elle-même, réalisa-elle en fronçant les sourcils, s’était perdu en chemin,
concentré qu’elle était sur son amie.
Ca n’était pas non plus
une bonne chose, comprit-elle. Elle avait besoin d’aller bien, pour être utile
à quelque chose. Réfléchir clairement quand on ne prenait même pas le temps de
s’écouter était plutôt mauvais.
Puis une pensée la
frappa. Si ce rêve la prévenait qu’il lui faudrait soutenir Tia, cela
signifiait que Lex allait mourir. Ou qu’il allait lui arriver quelque chose.
Son cœur se glaça et elle dû refréner son envie subite de se jeter sur le
téléphone pour appeler son amie.
Comme elle l’avait
réalisé un peu plus tôt, ce rêve n’avait pas comme sujet principal Lex.
Autrement dit, elle ne pouvait rien faire pour elle. Et ce genre
d’avertissement, en règle générale, survenait bien avant que n’arrive la chose.
Cette certitude et le fait aussi qu’il fasse nuit noire, l’incita à attendre le
matin pour appeler.
Pour calmer son
angoisse, elle repensa à sa relation avec la mercenaire dans son rêve. Elle
devait s’avouer sérieusement surprise d’avoir pût d’une, coucher avec elle, et
de deux, que leur relation soit basé sur du sadomasochisme. Etait-ce un
fantasme et donc une ingérence de son inconscient ou bien un détail sans
importance ?
« Quand même,
songea-elle avec un petit sourire, sexuellement Tia, sait y faire » Elle
comprenait nettement mieux les réactions très enthousiaste qu’elle avait perçu
d’Alexia lorsque Tia était dans les parages.
****************************
Satisfaite, une femme
aux boucles blonds platines et à la robe vaporeuse, hocha la tête, puis
s’éclipsa doucement, sans que l’humaine ne se rende compte de sa présence. Elle
réapparut dans une vaste pièce éblouissante de blancheur et aux décors riches
et ostentatoire. Elle fit une grimace et secoua la tête.
- Je disparais à peine
quelques heures et voilà comment je retrouve notre salle de réunion, fit-elle
de sa voix haute perchée en posant ses mains fines et soigneusement manucurées
sur ses hanches. Arèèèèèsssssss, cria-elle mécontente.
- Qu’est-ce qu’il y
a ? fit un grand homme brun à l’allure nonchalante apparaître.
Elle fit un mouvement
évident de la main pour désigner leur environnement et il sourit, fier de lui.
- Tu admirais notre
nouvel déco ? Pas mal hein ? Quoi que moi j’y aurais plutôt vu
quelque tête de seigneur de guerre bien sanglantes accrochées aux murs, ou
encore…
- Arèeess !
gémit-elle. C’est horrible ! Comment as-tu pût faire ça ?!
- Moi ? dit-il d’un
air innocent en se pointant du doigt. Mais je n’y suis pour rien, déclara-il.
Ca doit être un coup de notre zélée petite Hestia. Elle s’ennuie un peu depuis
la chute de son culte.
- Attends, Hestia à un
goût immonde en ce qui concerne la décoration mais elle ne s’intéresse pas du
tout à la salle de réunion. Elle aurait commencé par celle du trône et tout les
autres pièces qui existe sur l’Olympe avant de s’ennuyer à venir ici, qu’elle
considère comme l’antre de la débauche.
- On se demande
pourquoi, lança-il avec un sourire très très content.
- Eh bien, si tu
n’amenais pas constamment tes conquête ici pour leur montrer ta toute puissance
et les images du monde qui défile sur l’écran murale (une installation toute
récente qu’Aphrodite trouvait amusante mais avec beaucoup moins de charme
qu’une vasque d’eau), elle n’en penserait sûrement pas autant de mal.
- Ou, ou alors ce sont
tes pléthores de gardes bodybuildés qui te suivent partout, qui l’ont effrayés,
sourit-il goguenard. Pour répondre à ta question, ma chère sœur, sache qu’elle
a voulu commencer par cette pièce parce que justement pour elle, c’est un lieu
de débauche. Elle pensait qu’un changement de décor, en changerait l’utilité,
déclara-il en ricanant.
- Eh bien je n’aime pas
du tout. Pourquoi ne l’en as-tu pas empêché ?
- Parce que ta réaction
est amusante ? Je suis sûr que tu vas te faire un plaisir de lui faire
part de ton déplaisir. Et je ne manquerais ça pour rien au monde.
Aphrodite soupira et
secoua la tête. D’un claquement de doigts, elle fit apparaître trois de ses
gardes. Tout trois très bien bâtis et vêtu, si on peu dire, de quelques bandes
de cuirs stratégiquement placés.
- Rangez tout ça les
garçons. Je n’aime pas du tout la nouvelle décoration.
Ils s’inclinèrent
respectueusement et se mirent à la tâche. Puis elle se tourna vers son frère et
plissa les yeux.
- Je reviens de la
terre. Et sais-tu ce que j’y ai trouvé ?
Arès ouvrit deux mains
parfaitement innocente qui ne trompèrent nullement la déesse de l’amour.
- Deux mortelles se
posant quelques questions sur une relation amoureuse totalement improbable.
- Je ne vois pas de quoi
tu parles.
- Tu es intervenu dans
mon rêve ! l’accusa-elle.
- Je n’en ai pas le
pouvoir voyons, protesta-il.
- Tu es allez voir Morphée
et tu l’as soudoyé !
Arès ne pût retenir plus
longtemps un sourire amusée et rendit les armes sans plus combattre.
- Franchement Arès…
Linya portée sur le masochisme ?! Et c’est quoi cette relation amoureuse,
enfin sexuelle devrais-je dire, que tu es allez fourrez au milieu de mon
rêve ?!
Le dieu de la guerre
éclata de rire.
- Avoue que c’était
amusant ! La tête de Linya ! A mourir de rire !
- Marrant ? Arès tu
l’as rendu masochiste ! s’insurgea-elle.
Le Dieu éclata de rire.
- Mmoui, une intuition,
s’amusa-il. Et puis pourquoi me cries-tu dessus ? Tu as retourné cette
situation à ton avantage, non ?
- Encore heureux !
s’exclama-elle. Ca aurait tout gâché sinon ! C’était très sérieux Arès,
pourquoi es-tu intervenu ?!
- Et pourquoi je ne
l’aurais pas fait ?
- Et cette lubie de
faire enterrer Gabrielle en Grèce ?! Tu sais bien qu’elle veut être là où
est Xena, voyons !
- Oh, alors, fit-il d’un
ton innocent, il aurait fallu la faire enterrer au Japon ? Ca n’aurait pas
paru très crédible au vu de leur récente existence.
- Arès ne fais pas le
malin ! gronda-elle.
- Je ne fais pas le
malin, ma chère Aphrodite, Xena est morte au Japon.
- Mais sa dernière
incarnation vit au Texas.
- Et j’aurais dû te
laisser l’enterrer là-bas c’est ça ? Ben ça n’aurait pas été aussi
marrant. Et pourquoi as-tu voulu leur faire vivre ça ? s’enquit-il
intrigué.
- Tu as failli tout
faire rater, bouda-elle avant de s’expliquer. Jusqu’à présent c’est toujours
Xena qui est partie en première et il est plutôt clair que cette fois, se ne
sera pas le cas. Xena n’est absolument pas préparé à rester derrière. D’autant
que ce n’est absolument pas dans son tempérament. Et comme je suis leur amie,
j’ai décidé de leur faire comprendre de ne pas gâcher le précieux temps qui
leur est donné. D’autant plus, qu’elles en ont plus ici que dans toute leurs
incarnations précédente. Quand à Linya… elle est ce qui se rapproche le plus de
notre cher Gabrielle, alors je devais lui faire comprendre quelle serait sa
tâche une fois son amie partie.
« Comme si c’était
le genre de Xena de laisser Gabrielle mourir… » songea le dieu de la
guerre, déjà amuser à l’idée de voir ce que sa chère Xena allait inventer pour
garder sa barde près d’elle.
- Leur amie ?
Chérie, se moqua-il, tu étais leur amie dans leur toute première existence. Là,
elle ne te connaisse même pas.
- Ca ne m’empêche pas
d’être leur amie. Pas plus que ça ne t’empêche de courir après Xena. C’est pour
ça que tu es intervenu dans mon rêve, hein ? Tu n’as pas encore compris
depuis le temps ? annonça-elle en tournant les talons pour inspecter les
changements de la pièce. Tu ne peux pas t’immiscer entre elle et Gabrielle.
- J’aurais pû !
protesta-il, si mon idiot de descendant se bougeait un peu plus les fesses. Mais
non cette imbécile, qui est ma copie physique parfaite, se contente d’être son
ami ! Il l’avait bon sang ! Je l’avais !
- Et elle t’a encore
échappé ! Mon pauvre Arès, dit-elle en secouant la tête. Tu as beau être
un dieu, tu ne peux rien face à l’amour, termina-elle en se désignant de la
main avec une expression d’évidence sur le visage.
- Ouais eh ben si tu ne
veux pas passer le prochain millénaire à remettre en ordre tout le mont Olympe
je te conseille de trouver une occupation à notre Tante.
- Et pourquoi ce serait
moi ? se plaignit-elle.
- Parce que se ne sera
pas moi !
- Mmm, réfléchit-elle,
je peux toujours demander à Cupidon de s’en occuper. Il est plutôt douer avec
sa grand-tante.
Arès éclata de rire.
- Il faut déjà que tu le
trouves ! D’après mes informations, il était en train de courir, enfin
voler, après Pégase, qui a embarqué Volupté, sa fille. Dieu sait pourquoi, elle
adore ce canasson ! Il a pourtant mauvais caractère.
- Bon alors peut-être
que Perséphone pourra me rendre ce service ?
- Tu rêve ! Je te
rappelle qu’elle te hait, précisément parce que tu es amies avec Xena, qui, je
te le rappelle à tué son époux, Hadès.
- Ho ! Mais je ne
vais quand même pas y aller moi-même ?! gémit-elle. Hestia est si… si…
coincé !
*************************
Tia revint au moment où
les premiers rayons du soleil touchèrent la peau nue de son amante. Elle se
glissa dans la chambre et fixa le visage parfait de celle qui faisait vibrer
son cœur. Puis avec un petit sourire, revient dans la cuisine, préparer le
petit déjeuner. Cela lui prit un peu de temps, mais elle n’était pas inquiète.
Alexia s’était endormie tard, elle ne se réveillerait donc pas tout de suite.
Pendant que le thé
infusait et que les pancakes cuisaient, Tia fixa la boîte qu’elle avait eut
tant de difficulté à obtenir. Elle l’ouvrit et la bague toute simple qui s’y
trouvait, brilla de mille feux. C’était un anneau en platine sertit de petits
diamant. Entre chaque pierre se trouvait une vague faite en émeraude verte. Le
bijou était à la fois sophistiqué et discret. Exactement comme sa porteuse.
Elle ne doutait pas de
l’amour de Lex, mais elle n’était pas certaine qu’avec les récentes nouvelles,
elle accepte de l’épouser. Et un rejet, même pour la protéger, d’ailleurs la
protéger de quoi ?, serait très douloureux. Mais elle devait le faire.
C’était… La Chose à faire. Quand on aimait comme elle aimait, il n’y en avait
tout simplement pas d’autre.
Le mariage… c’était un
symbole. Une promesse d’amour éternelle et un engagement stable. Un acte de
propriété aussi. Même aujourd’hui avec tous les divorces et bafouages, ça
gardait tout son sens. Sa magie.
Elle inspira
profondément, puis posa une marguerite blanche, à côté d’une rose d’un rouge
écarlate et posa le tout sur un plateau en bois ouvragé, dernière sculpture de
sa compagne, qui avait fait de gros progrès dans ce domaine.
Puis elle porta le tout
dans leur chambre et regarda les rayons se déverser avec délectation sur le
corps splendide de sa future femme encore endormie.
Elle posa le plateau
près du lit et s’y assit. Longtemps elle resta immobile, à simplement
contempler ce cadeau des dieux qui avait changé sa vie si simplement.
- La meilleure chose,
murmura-elle en repoussant doucement les mèches blondes du visage de sa bien-aimée.
Alexia finit par se
réveiller et ses yeux mi-clos découvrir une expression incroyable sur le visage
de sa mercenaire, qui lui dit tout ce qu’elle avait besoin de savoir. Alors
elle ouvrit de plus grand yeux et retourna son sourire à sa grande amie.
L’odeur de café brûlant
attira son nez comme un aimant et elle ne prit pas la peine de finir de se
réveiller avant de tendre la main vers ce nectar des dieux, ce qui arracha un
petit rire à sa compagne qui coula sur elle comme un ruisseau joyeux et
transparent.
Après les premières
gorgées, elle se sentit mieux et avisa enfin le plateau. Elle le saisit et le
posa sur ses genoux.
- Le petit déj’ au
lit ? C’est si foutrement décadent, dit-elle la voix encore rauque de
sommeil. Merci, j’adore ça.
Sa compagne sourit mais
ne dit rien ce qui l’intrigua. Elle vit ensuite les mains posés sur le lit
trembler légèrement et elle releva la tête inquiète.
- Tia ?! Qu’est-ce
qui se passe ? fit-elle en posant une de ses mains sur celle de sa
compagne.
- Je…
La mercenaire
s’interrompit et se racla la gorge de plus en plus nerveuse.
- Regarde sur le
plateau, dit-elle finalement.
Lex la fixa quelques
secondes hésitante, puis fit ce qu’elle lui demandait. La boîte qu’elle y
trouva et surtout la forme de celle-ci lui mit la puce à l’oreille sur ce
qu’elle recélait. Elle écarquilla de grands yeux stupéfaits en même temps
qu’elle lâchait la main de sa compagne pour prendre délicatement entre ses
doigts l’écrin en velours.
Elle le leva un peu et
resta ainsi quelques minutes, n’osant pas croire à ce qu’elle voyait, craignant
une mauvaise farce ou un effet de son imagination. « Et si c’était un
rêve ? » songea-elle soudain. Elle releva les yeux et croisa le regard
anxieux de son amie.
« Eh bien si c’est
un rêve, il est merveilleux alors pourquoi m’en priver ? ». Elle lui
fit un sourire affectueux et ouvrit la boîte. Elle se figea quasi
instantanément. Et Tia lui jeta un regard nerveux. Rien dans son visage
statufié ne laissait présager d’une quelconque réponse.
Le temps s’écoula et Tia
devint de plus en plus nerveuse. Elle se leva brusquement et tourna le dos à
son amie, marchant jusqu’à la porte avant de revenir vers le lit sous le regard
curieux d’Alexia.
A brûle pourpoint, elle
s’agenouilla devant sa compagne et retira le plateau de ses jambes. Elle lui
prit la main et plongea son regard dans le sien.
- Je sais que je ne suis
pas parfaite et que j’ai beaucoup de défaut, mais je t’aime de tout mon cœur et
je ferais tout pour te rendre heureuse. J’ai… je veux t’épouser. Pouvoir dire à
tout ceux qui m’entoure que tu es ma femme. Et que tout ceux que je ne connais
pas sache que tu appartiens déjà à quelqu’un. Moi en l’occurrence. Je… je sais
que je ne suis pas le meilleure partie au monde et que tu hésites à cause… à
cause des résultats des tests, mais… on a une dizaine d’année devant nous et
c’est quelque chose que l’on ne peut pas contrôler mais… notre bonheur si. Et…
je ne veux plus perdre une minute. Je veux être avec toi. Dans tout les sens du
terme. Deviens ma femme Lex. Pas parce que nous n’avons que dix ans devant
nous. Mais parce que tu me rends heureuse. Parce que tu m’apportes une paix que
je n’ai jamais connu. Parce que tu es la plus belle et la meilleure chose qui
me sois jamais arrivée. Et parce que je veux que tu sois à moi. Uniquement à
moi.
Tia prit une profonde
inspiration et termina son argumentation.
- Lex, veux-tu
m’épouser ?
Alexia avait écouté
attentivement les paroles de la mercenaire et ce regard bleu intense fixer sur
elle... Elle reviens doucement à la bague entre ses mains. Elle était si belle…
comment Tia avait-elle pût se procurer un bijou pareille ? Il devait
valoir une fortune ! Elle la prit lentement entre ses doigts et la fit tourner,
les diamants brillants doucement au soleil, envoyant des milliers d’arc en ciel
de couleur. Une petite encoche à l’intérieur de l’anneau attira son regard et
elle plissa les yeux.
Son cœur manqua un
battement quand elle déchiffra l’inscription et une vague de joie puissante
déferla en elle, portant les larmes à ses yeux. « T+A toujours
ensemble ». C’était si foutument fleur bleue.
Elle comprit alors que
ce n’était pas un rêve. Tia était bien là et la voulait pour femme. C’était
réel et c’était… pour toujours.
Elle reposa les yeux sur
ceux attentif et inquiet de sa compagne et lui sourit.
- C’est si beau…
souffla-elle en touchant sa joue de sa main.
- Je le pense, affirma
Tia. Où que tu ailles… je serais avec toi. Même séparé, on sera ensemble. Car
c’est ainsi que je t’aime.
- Avec une telle
promesse, comment pourrais-je me refuser cette joie ? déclara-elle à
travers ces larmes. Oui, Tia Kensington, j’accepte de vous épouser !
Et elle se jeta dans ses
bras en riant. Soulagée et heureuse, la grande femme la serra à l’étouffer.
Elles tombèrent en arrière sur le lit et Tia ne pût empêcher sa bouche de
goûter la peau merveilleusement douce de son amante.
Quelques heures plus
tard, Tia observait une Alexia à moitié endormie et satisfaite entre ses bras.
La nouvelle journée s’annonçait bien meilleure que la dernière. Elle avait dit
à Lex qu’elle devait accepter ce qu’elle ne pouvait contrôler, mais Tia, elle,
n’en avait jamais été capable et heureusement, sans quoi elle n’en serait pas
là aujourd’hui. Elle ne serait d’ailleurs même pas là.
Elle ne savait pas
encore comment, mais elle allait trouver un moyen de guérir Alexia. Dix ans
c’était beaucoup et trop peu à la fois. En plus elle avait le sentiment diffus
que quoi qu’il y ait après la vie, elle n’y retrouverait pas Lex. Qu’elles
iraient dans deux endroits différents. Alors elle grappillerait ici, tout ce
qu’elle pourrait. Et ne lâcherait rien à la destinée ou à ce qu’il y avait
après la mort. Surtout pas Lex.
Au même moment, un cri
retentit au loin et elle se redressa malgré elle, essayant instinctivement de
répondre à l’appel pressant qu’elle entendait. Elle respira profondément et
calma les battements de son cœur.
Ce n’était pas un
hasard, elle le sentait, si cet appel avait commencé au moment de la mort de
Sassem. Quelque chose en elle était mort là-bas et autre chose était née. Comme
une nouvelle vie débutait pour elle, loin de Sassem et avec une seule nouvelle
obsession : Alexia et son bonheur, les cris s’étaient espacés. Mais depuis
qu’elles avaient décidé d’en avoir le cœur net pour Huntington, ils étaient
revenus en force. Pour elle, ce n’était pas un hasard. Elle ne savait qui ou
quoi l’appelait, mais elle allait bientôt le savoir. Les réponses à ses
questions se trouvaient à la source. Elle en était sûre.
Et si l’appel semblait à
chaque fois l’assombrir où la tirer vers un endroit d’elle-même qu’elle
souhaitait oublier, elle y répondrait sans hésiter s'il y avait la plus petite
chance de lui donner juste une piste pour guérir Alexia.
En attendant, elle
devait réveiller sa dulcinée, les jumeaux n’allaient pas tarder à débarquer,
d’après les bruits qu’elle entendait. Ils avaient prit la fâcheuse habitude de
venir dans leur chambre chaque matin. Et soit, ils se battaient gentiment sur
le lit, soit ils les attaquaient de loin à l’aide de coussins. Elle ne savait
jamais à l’avance quel serait la nature de l’attaque, mais quoi qu’il en soit,
il valait mieux réveiller Lex avant que quelque chose d’autre ne le fasse.
« Trop
tard… », songea-elle en prenant un coussin en pleine figure et en
entendant le couinement de souris que fit sa compagne en étant réveillé en
sursaut.
Fin. Pour l’instant…
Merci Aphrodite, chapitres 4 à 6
Chapitre 4 :
L’après-midi, elles
furent réveillée par l’arrivé du médecin. La mère de Linya le précédait et elle
poussa un petit cri en voyant sa fille dans les bras de Tia, toute deux nues et
ayant manifestement partagé plus qu’une simple sieste.
Elle recula
précipitamment en repoussant le docteur dans le couloir.
- Je… hum… je crois que
ce ne sera plus nécessaire, docteur, fit-elle rouge comme une pivoine.
- Ca c’est à moi d’en
juger, madame, répliqua l’homme avec un petit air supérieur.
Il passa devant elle et
ouvrit la porte. Mme Obson fronça les sourcils, agacé par ce petit coq qui
remplaçait leur médecin de famille. Elle entra à sa suite et adressa une
grimace d’excuse à sa fille qui les regardait entrer avec un embarras digne du
sien.
Elle se couvrit la
poitrine en secouant sa compagne. Celle-ci ne daignant pas se réveiller, elle
se pencha vers elle et lui chuchota :
- Tia, réveille-toi ma
puce. Le docteur est là.
La mercenaire grogna et
frémit mais ne se réveilla pas. Alors Linya la secoua, mais là encore elle ne
récolta qu’un grognement. Ne connaissant pas trente-six manières de la
réveiller à coup sûr, Linya inspira un grand coup avant de lancer une petite
prière afin de ne pas mourir de gêne devant sa mère, puis se pencha et posa ses
lèvres sur celles bien ourlées de sa compagne. Elle écarta doucement ses lèvres
et enroula sa langue autour de la sienne.
Elle l’embrassa lentement et y mit tant de sensualité que les mains de son amie
réagirent avant son esprit et empoignèrent ses cheveux, l’attirant plus près.
Linya se recula légèrement et marmonna :
- Ma puce, ma mère et le
médecin sont là, ça t’ennuierais de me lâcher ?
Les yeux bleus la
transpercèrent et une lueur amusé apparu brièvement.
- Ma puce ?
fit-elle en levant un sourcil.
- Heu… oui, enfin, ça
m’a échappé, désolée, répondit-elle en rougissant de plus belle.
Elle se redressa et
reprit conscience de qui se trouvait là en croisant leurs regards stupéfaits.
Le rougissement de Linya atteignit le riche rouge homard et Tia se redressa
avec un petit rire en passant une main sur son dos pour la réconforter.
Linya écarquilla les
yeux en avisant la poitrine nue de sa compagne et l’absolue décontraction de cette
dernière. Elle releva vivement le drap qu’elle plaqua sur sa peau avec un
regard noir. Puis elle se tourna vers le médecin.
- Elle va bien, comme
vous pouvez le constater, alors sortez.
Elle venait d’utiliser
son ton de chef des nazaréens, qui ne souffrait aucune réplique et le médecin
ne s’y trompa pas. Il se racla la gorge et passa une main gênée dans son col.
- Eh… eh bien, je le
vois… oui. Je… eh bien, bonne journée, fit-il en reculant vers la porte.
