Guerrière et Amazone

Vous trouverez ici des Fans Fictions francophones et des traductions tournant autour de la série Xena la Guerrière. Consultez la rubrique "Marche à suivre" sur la gauche pour mieux utiliser le site :O) Bonne lecture !!

13 décembre 2009

Le poids du futur et du passé, P1, chapitres 5-6-7

 

Chapitre 5 :

 

- Chouette soirée, hein ? fit une voix de basse derrière elle.

Tia sourit à l’ironie perceptible, puis se recomposa un visage neutre avant de lui faire face. Elle leva les yeux sur la montagne qu’était son tuteur et le toisa aussi dédaigneusement que possible.

- C’était ton idée, alors pas de plainte.

Il sourit et fit un geste vague qui aurait put passer pour bien des choses. Puis paume tournée vers le ciel, il présenta de la main la femme qui l’accompagnait. Tia la détailla. C’était une femme d’une cinquantaine d’années, à la peau fine et ridée. Sa chevelure argentée lui arrivait aux épaules et allait merveilleusement avec ses traits fins et ses yeux, d’un brun velouté, respiraient la chaleur.

Elle était beaucoup plus petite que Frédéric, plus petite qu’elle-même. Une telle différence de taille… elle se demandait… soudain une image saugrenue et très crue traversa son esprit la faisant rougir. Elle baissa les yeux le temps de reprendre contenance puis les releva et hocha la tête.

- Voici Anne Dérestin. Une de nos voisines.

- Et ta charmante amie, poursuivit Tia avec un sourire en coin.

Ce fut au tour de Frédéric de détourner le regard, gêné. Un petit rire amusé ramena vite leur attention.

- Nous avons été démasqués chéri, fit Anne en lui touchant le bras.

Il acquiesça et se tourna vers sa première enfant.

- Promis-juré, fit celle-ci en levant la main droite, je dirais rien ! Même sous la plus extrême des tortures !

Il rit.

- Depuis combien de temps ?

- A toi de le dire, miss je sais tout, répondit doucement son tuteur.

- Mmmm, fit Tia pensive, je dirais deux mois et demi environ.

Il écarquilla de grands yeux et elle se moqua.

- Tu croyais que je m’étais rouillée à ce point ? Tu croirais pas aussi au Père Noël ? Au lapin de Pâques ? Je suis au regret de te dire que Nemo n’existe pas. Pas plus que Shreck. Je sais, c’est dur, dit-elle faussement compatissante, mais il va falloir te faire une raison.

Elle releva la tête et croisa son regard amusé. Puis elle se tourna vers sa compagne.

- Enchantée Madame Dérestin. Je m’appelle Tia, se présenta-elle en lui tendant la main.

- Je sais. Frédéric parle de vous sans arrêt.

- Attendez, répliqua la mercenaire vivement avec une expression incrédule, vous êtes en train de me dire que Frédéric… parle ?!

Frédéric secoua la tête alors qu’Anne se mettait à rire.

- Et bien je te trouve de très bonne humeur pour une personne que la perspective de cette réunion enervait.

- Je me suis fait une raison, rétorqua-t-elle sans perdre son sourire en coin.

- Tu as présenté ton amie aux jumeaux ?

- Oh non ! répondit l’armoire à glace avec un air très proche de la panique. Pas aujourd’hui ! Tu ne vas rien leur dire n’est ce pas ? s’enquit-il soudain inquiet.

Tia le laissa mariner un petit moment puis secoua la tête.

- Pas de souci, Fred. Je serais une tombe.

- Fred ? Un peu de respect jeune fille, fit-il en retrouvant son aplomb.

- Dixit l’homme qui tremblait comme un lapin, y’a à peine deux secondes.

- Je ne tremblais pas comme un lapin, grommela le grand homme dans sa barbe.

Il la fusilla du regard puis se tourna vers sa compagne.

- Chérie, ça t’ennuierait de nous laisser seuls quelques minutes ?

- Pas du tout, répondit la petite femme avec une petite tape sur son torse. Je vais aller me chercher un rafraîchissement. Veux-tu que je te rapporte une entrecôte ?

- Oh que oui.

- Très bien.

Elle lui fit une petite bise sur la joue et Tia se retint de rire en le voyant vérifier les environs. Puis elle s’éclipsa et la mercenaire se mit un doigt dans la bouche en mimant une envie de vomir puissante.

- Vous êtes si guimauves que ça me donne des nausées.

- Tu t’es déjà regardée avec Lex avant de critiquer ? rétorqua-t-il sans se vexer.

- Non et heureusement, je suis sûre que je me dégoûterais, répondit-elle avec aplomb.

Il secoua à nouveau la tête. Décidément, elle était de bonne humeur.

- Alors ? le relança-t-elle. De quoi voulais-tu m’entretenir ?

- Je voulais savoir si tu avais appris quelque chose sur notre mystérieux traqueur.

- Pas encore non. Il cache bien ses traces. Et toi ?

- Rien non plus. Comme tu dis il cache bien ses traces, ce qui est plutôt étonnant. Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il pose des questions sur moi. Ca m’intrigue. Comment s’y prend-t-il pour ne rien dévoiler de lui-même ?

- On s’y prend peut-être mal ? suggéra la grande femme. Je vais m’adresser à d’autres personnes, plus… directes.

- Je vois ce que tu veux dire, ok, je vais faire pareil.

Tia hocha la tête et tout deux regardèrent Anne revenir. En chemin, elle se fit alpaguer par Len à qui le manège de son tuteur n’avait pas échappé. Frédéric fila comme une flèche, porter secours à sa dulcinée en espérant pouvoir limiter les dégâts dans les questions et les réponses de part et d’autre.

Tia secoua la tête en riant et croisa le regard de Rhapsody puis celui de Lex, qui étaient en grande discussion. Elle ressentit un mélange parfait de bien-être puissant et de malaise intense. « Allons bon, qu’est-ce que ça signifie encore ? » songea la grande femme en les rejoignant.

 

********************************

 

Le lendemain matin, comme à son habitude, Tia se réveilla la première et, comme d’habitude, Lex était à l’autre bout du lit et lui tournait le dos. Mais cette fois, elle ne s’attarda pas à la regarder en se demandant quoi faire. Cela ne changerait rien, alors elle préféra se lever et tenter de faire comme si cela ne l’affectait pas.

Elle se doucha rapidement et s’habilla, puis attrapa son ordinateur portable et passant dans la cuisine, elle s’attabla devant une fournée de pancakes, reste du quatre heures de la veille, qu’elle arrosa copieusement de nutella.

Tout en dégustant son met, elle alluma son ordinateur et consulta ses mails professionnels. Elle avait bien envie de bouger un peu. Sa bizarre rencontre avec la voisine et ses relations étranges avec Lex, lui donnaient fortement envie de faire quelque chose de routinier, de rassurant.

Elle en dédaigna plusieurs et en lut quelque autres prometteurs. Puis flasha sur l’un deux. Littéralement. Il s’agissait d’une mission en Australie, la terre des kangourous et des koalas. Elle sourit à l’idée de revoir la petite bouille toute mimi des koalas et étudia attentivement les détails de la mission.

C’était un truc tout simple qui lui permettrait de profiter du voyage pour visiter un peu. Elle devait récupérer un dossier chez un particulier, le garder quelques jours puis le convoyer jusqu’au tribunal fédéral de la magistrature de Sydney.

Très simple. Elle se doutait bien qu’il devait s’agir d’un dossier avec des infos brûlantes, mais elle savait aussi que si le gouvernement Australien faisait appel à elle s’était pour décourager les personnes qui voulaient prendre ces infos. Elle devrait donc être peu importunée.

Rien d’excitant donc, mais c’était exactement ce dont elle avait besoin. Elle pourrait se changer les idées et se détendre un peu. Elle envoya un mail de confirmation à son nouveau client et lui demanda des renseignements complémentaires. Elle passa ensuite sur son mail personnel et découvrit des alertes sur ses sites de téléchargement préférés. Apparemment, de nouveaux épisodes de L Word et de Grey’s Anatomy étaient sortis.

Elle s’empressa de cliquer dessus et de chercher le nom des épisodes. Elle lança ensuite une recherche avec sur son propre programme de téléchargement. Il était inrepérable, on ne pourrait donc pas la taxer de téléchargement illégal.

Elle finit ses pancakes et se rendit dans le salon où elle s’installa confortablement sur le canapé. Elle posa son ordi sur ses genoux et laissant le programme tourner, lança des recherches sur les personnes qui l’avaient contacté.

Elle passa l’heure suivante à étudier attentivement le profil des personnes impliquées et du terrain à occuper. Elle avait une planque toute prête pour mettre en sécurité les infos dès qu’elle les aurait.

Maintenant tout ce qu’il lui fallait c’était des infos sur ceux intéressés par ces infos. Elle envoya un nouveau mail à ses clients en précisant la nature des renseignements dont elle avait besoin. Puis vérifia l'avancement de ses téléchargements et décida d’aller chercher ses DVD Walt Disney. Elle avait besoin de sa dose de magie et de happy end.

Elle se rendit sur la pointe des pieds dans la bibliothèque devenue, grâce à elle, vidéothèque. Elle se situait entres les chambres des ses enfants qui, fatigués par la fête de la veille, dormaient encore. Elle farfouilla quelques minutes et se décida pour Mulan, Lilo et Stich et Shreck.

Elle retourna dans le salon et mit le premier DVD. Elle attrapa un coussin qu’elle posa sur son estomac et entoura de ses bras. Elle remonta ses genoux et fixa l’écran comme si c’était la première fois qu’elle voyait le film.

C’est dans cette position qu’Alexia la trouva lorsqu’elle se réveilla aux environ de midi. Elle s’appuya au chambranle de la porte et observa celle qui malgré les années passées, faisait toujours battre son cœur.

Elle était concentrée sur l’action qui se déroulait sur l’écran. Alexia pencha la tête pour voir ce qu’elle visionnait et vit que c’était Lilo et Stich. Elle revint à sa compagne et la vit poser une main sur sa bouche en réprimant un gloussement. Lex ne put s’empêcher de sourire devant les grimaces de sa compagne.

Tia était si mignonne quand elle regardait la télé. Que se soit un film pour enfant ou non, elle s’émerveillait toujours comme si elle en était une. Elle lui avait avoué au début de leur relation, qu’elle était devenue accro à la télévision pendant sa grossesse. Frédéric lui avait fait découvrir les Walt Disney et les séries Tv parce qu’elle était apathique et qu’il ne savait pas quoi faire pour la sortir de son état dépressif.

Elle avait fini par voir les images qui défilaient sur l’écran en face d’elle et entendre les dialogues. Elle en avait été instantanément fascinée. Ca n’avait jamais calmé sa rage mais ça lui avait permis d’apprendre certaines choses et surtout ça lui donnait une bouffée d’ailleurs, un moment où elle n’avait plus à penser, juste à vivre par procuration. Et ça elle en avait parfois, cruellement besoin.

Même si Tia lui avait raconté les cauchemars de son enfance, ils n’étaient pas partis pour autant. Ils revenaient parfois la hanter et la laissaient dans un état de nerfs explosif. Au début, Alexia croyait que ça passerait avec le temps, maintenant elle savait qu’il n’en serait jamais rien. Ces cauchemars faisaient partis d’elle et de ce qu’elle était. Tout ce qu’elle pouvait faire c’était d’être là lorsqu’ils revenaient la hanter.

Cela lui fit penser que Tia ne lui avait encore jamais raconté pourquoi elle était dépressive pendant sa grossesse. Elle avait d’abord pensé que c’était la découverte de sa grossesse justement, mais en lisant entre les lignes elle avait compris que ce n’était pas la raison principale. Elle l’avait interrogée là-dessus une fois, mais Tia s’était refermée comme une huître. Elle avait passé le reste de la journée dans un état mélancolique qui lui avait fait craindre quelque chose de plus sérieux. Depuis elle avait soigneusement évité le sujet.

Si savoir que Tia ne lui avait pas tout dit était un peu douloureux, elle comprenait que sa compagne avait des blessures profondes, qui ne guérissaient vraiment pas vite et qu’en rouvrir d’autres avant que celles-ci n’aient commencé à cicatriser pouvait être dangereux pour sa santé mentale, alors elle patientait.

Mais depuis la découverte de ses résultats elle savait qu’elle n’avait pas toute la vie pour l’aider. Pourtant elle continuait de patienter. Elle ne voyait pas quoi faire d’autre de toute façon. Cependant elle avait dû redéfinir ce qu’elle accomplirait pendant son existence. Elle y avait réfléchi un bon moment et en voyant sa compagne glousser comme une enfant, elle sut que c’était la bonne décision.

Elle voulait la délivrer de ses démons. Cela prendrait du temps, demanderait de la patience et beaucoup de tolérance, Tia étant une personne qui n’aimait réellement pas se confier et qui réagissait mal après l’avoir fait.

Elle avait 10 à 12 ans de bonne santé devant elle, elle allait donc faire en sorte que cela suffise.

Elle resta à l’observer pendant presque tout le film et pas une seule fois, elle ne sembla se rendre compte de sa présence. C’était toujours comme ça quand elle regardait la télé. Elle était complètement immergée dans la fiction, comme hypnotisée par l’écran.

Ca l’avait toujours fasciné et… amusé aussi. C’était si… opposé à Tia. Elle signala sa présence pendant le générique par un petit raclement de gorge et la mercenaire releva la tête surprise. Une petite rougeur apparue comme à chaque fois qu’on la surprenait à regarder des dessins animés puis elle la reconnut et elle sourit.

Tia aimait beaucoup voir Lex au réveil. Elle était si échevelée qu’elle donnait l’impression d’avoir dormi au milieu d’un typhon, mais c’était dû en fait, aux multiples passages de ses mains dans ses cheveux pendant qu’elle réveillait son corps.

Souvent la mercenaire la réveillait, juste pour la voir lever les mains et les passer dans ses cheveux. C’était marrant de la voir se décoiffer, les yeux fermés sans avoir aucune conscience de ce qu’elle faisait. Après elle attendait de la voir se rendre dans la salle de bains et comptait les secondes jusqu’au cri qui retentissait immanquablement lorsque Lex se rendait compte de ce qu’était devenue sa chevelure.

Elle fixait alors la porte de la salle de bains et attendait de la voir sortir en courant et de se planter devant elle, les mains sur les hanches, pour l’accuser de s’amuser à faire des nœuds dans ses cheveux. Elle la traitait de gamine et lui disait qu’elle pourrait trouver un jeu moins ennuyeux.

A ce moment de la diatribe, Tia éclatait de rire. Elle n’avait pas encore trouvé l’occasion de lui dire qu’elle était la seule coupable. Surtout parce qu’elle devinait que Lex ne voudrait pas la croire. Et puis c’était si amusant de la voir aussi vexée et outragée.

Elle gloussa devant l’improbable coiffure de sa compagne et dit en pointant un doigt vers le sommet de sa tête :

- Tu projettes de laisser une famille de rapace s’installer ?

Lex fronça les sourcils et porta la main à ses cheveux. Elle se pencha un peu et regarda son reflet dans la fenêtre. Poussa un petit cri et se tourna vers elle avec un regard furieux.

- Ca t’amuse toujours autant à ce que je vois. Bon sang Ti, tu peux pas te trouver un autre jeu ?! gronda-t-elle. Tu sais combien de temps je mets chaque matin à défaire les nœuds ?

Pour toute réponse Tia gloussa à nouveau et ses jumeaux se joignirent à elle en pénétrant dans le salon quelques secondes plus tard et en la découvrant. Lex tourna les talons vexée et partit d’un pas énergique tenter de retrouver forme humaine dans la salle de bains.

- Faudra que tu lui dises quand même que c’est pas toi, déclara Lara entre deux hoquets.

- Tu rigoles ?! Si je le lui dis, elle va faire gaffe en se levant et filer direct à la salle de bains avant de se montrer. J’ai aucune envie de manquer un tel spectacle !

- C’est vrai ça serait dommage ! convint son fils. J’aime bien ce genre de réveil, moi.

On entendit un cri de frustration en provenance de la salle de bains puis :

- Tia !

Les rires repartirent de plus belle.

 

**********************************

 

Cela faisait deux jours qu’elles étaient en Australie. Tia avait récupéré les documents avec Lex puis s’étaient séparées. Elle était partie les mettre en sûreté, pendant que Lex leur préparait un petit programme touristique. Elles avaient 7 jours à attendre avant de remettre les docs au greffe du tribunal.

Apparemment, les infos concernaient une bande mafieuse qui sévissait depuis une dizaine d’années et qui avait récemment participé à des essais médicaux illégaux. Ils avaient fournis, sous couverture d’enlèvements, divers échantillons représentatif de la population. Si on lui avait confié les preuves, c’était parce que le chef de la police de Sydney ne se faisait pas d’illusion. Il savait que sa police était gangrenée et qu’il y avait des taupes dans son service.

Il avait donc fait appel, avec l’accord du procureur et du maire, à divers mercenaires pour assurer la protection des preuves. A elle on avait fournis les indices et preuves matériels. A d’autres on avait demandé la protection de témoins.

Pour des raisons évidentes, on ne lui avait rien dit d’autre. La présence de plusieurs mercenaires, surtout aussi réputés qu’elle, pour assurer la protection des preuves, avait eu l’effet escompté. La mafia ne savait pas où donner de la tête, ni même qui ou quoi chercher.

Si Tia et Lex jouaient donc tranquillement les touristes sous leurs véritables identités, elles n’auraient aucun ennui et les preuves seraient acheminées en temps, sans souci. Une mission très facile et reposante en somme.

Lex leur avait dégoté un circuit safari, très en vogue en ce moment. C’était une couverture idéale et cela convenait parfaitement à la mercenaire qui voulait à toute force revoir kangourous, koalas et compagnie. Ses réactions d’enfant étaient merveilleuses à voir, c’était pourquoi elle avait choisi ce lieu.

Elles étaient dans un des 4x4 de la compagnie qui gérait le parc et elles allaient entrer dans la zone réservée aux félins. Une pause était prévue près du lac vers lequel tous s’abreuvaient. Elles avancèrent en profitant du paysage et Tia marmonna à l’oreille de Lex que la structure du domaine avait été bien pensée. L’espace était suffisamment grand pour que plusieurs clans de félins différents puissent y vivre.

Le groupe dont elles faisaient parties sortit des véhicules qui surplombaient le point d’eau avec joie. Ce surplomb était un endroit inaccessible aux animaux et donnait un excellent point de vue sur le point d’eau en dessous où tous les animaux venaient s’abreuver. Cela faisait une heure qu’ils se promenaient et cette pause était la bienvenue. Tia sortit en s’étirant comme un chat. Lex vit plusieurs hommes la regarder faire d’un air intéressé.

«  Pas de bol les gars, elle est déjà prise. » Lorsqu’elles sortaient en société, Lex était toujours partagée entre la fierté d’être d'être celle à qui appartenait le coeur de Tia et la gêne d’être vue en compagnie d’une femme aussi fascinante soit-elle. C’était difficile. Surtout parce que les réactions des personnes qui les entouraient étaient toujours imprévisibles.

Lorsqu’elle n’y lisait pas du dégoût, elle y voyait du choc. Au mieux, elle pouvait espérer de la curiosité. Il était très rare d’y voir de l’indulgence ou de l’amusement comme c’aurait été le cas pour un couple hétéro. La plupart du temps, les gens détournaient le regard et Lex faisait comme si tout ceci ne la dérangeait pas.

Bien sûr, Tia n’était pas dupe et en public elles faisaient comme si elles étaient de simples amies. Lex devait s’avouer que c’était moins dur, mais elle n’aimait pas être obligée de se comporter autrement que comme un couple. Elle aurait aimé pouvoir se blottir dans ses bras et l’embrasser quand ça lui chantait.

Et marquer aussi sa propriété. Tia était avec elle. A elle. Et elle voulait que tous les mecs qui la regardait comme en cet instant le sachent et arrêtent leurs singeries ridicules, consistant à essayer de l’impressionner et à tenter leur chance.

Elle savait que ça ennuyait Tia, mais Tia ne savait pas à quel point ça l’ennuyait, elle. Elle avait fait de sérieux progrès concernant ses réactions, mais la morsure provoquée par la jalousie était, elle, toujours aussi présente et toujours aussi forte.

« Si seulement le monde pouvait évoluer un peu plus vite »… songea-t-elle. C’était facile de dire de se ficher des autres et de faire comme elle en avait envie, mais les regards, s’ils n’étaient réellement pas importants, le malaise qu’ils généraient était bien réel lui.

«  Le pouvoir d’un regard… » songea-t-elle nostalgique. A ce moment là, Tia croisa son regard et ce qu’elle y lut la fit frissonner des pieds à la tête. « Le pouvoir d’un regard… » songea-t-elle à nouveau beaucoup plus guillerette.

 

******************************

 

Les 4X4 s’étaient séparés une demi-heure auparavant, pour suivre chacun un circuit différent. Alors excepté leur chauffeur et guide, Tia et Lex étaient seules. En tête à tête. Lex observa une fois de plus sa compagne s’émerveiller devant un troupeau de gazelles se faisant chasser par un groupe de guépards.

Leur véhicule se trouvait à une bonne distance et elles observaient l’attaque à travers les jumelles gracieusement fournies par leur guide, lequel s’était absenté pour satisfaire à son besoin de nicotine.

Tia descendit de la voiture sans lâcher les jumelles et poussa un petit cri. Elle se retourna et lui sourit joyeusement. Suivant son impulsion, Lex descendit et la rejoignit. Elle passa ses bras autour de sa taille et s’appuya contre elle.

Un rugissement soudain associé au bruit du métal rencontrant des griffes, les fit se retourner vivement. Elles dévisagèrent bouche bée, une lionne qui faisait deux fois leur taille et qui se trouvait sur le capot du véhicule. Elle les regardait et Tia y vit l’instinct de la chasse.

- Elle nous prend pour son dîner, murmura-t-elle à sa compagne en la poussant doucement derrière elle.

- Ils sont pas sensés éviter les humains ?

- Si.

- Ok.

Lex prit une grande inspiration et tenta de calmer les battements de son cœur. Elle avait fait face à pire. N’est-ce pas ?

- Et on fait quoi maintenant ?

- Aucune idée.

- Que… quoi ?

- J’en sais rien.

- Comment ça tu sais pas ? Tia c’est… t’es une spécialiste ! Une mercenaire !

- Au cas où ça t’aurait échappé, je ne m’occupe que des humains.

- Mais… mais…

- Il nous faut notre guide. Et vite.

- Tia je crois pas qu’elle va attendre qu’on le trouve, fit Lex en sentant la panique monter.

La lionne s’était ramassée sur lui-même et semblait sur le point de leur sauter dessus.

- Je crois aussi, répondit calmement la mercenaire. Ecoutes, à mon signal tu dégages en hurlant. Tu trouves le guide et tu lui dis d’appeler les vétos en urgence.

- Attends, j’ai comme l’impression que ce plan ne t’inclut pas là, et je….

- On n’a pas le temps de discuter mon amour, alors soit sympa et fais ce que je te dis.

- Tia…, protesta la jeune femme avec appréhension.

- Maintenant ! cria la grande femme en la poussant de toutes ses forces d’un côté alors qu’elle-même se jetait de l’autre.

La lionne, qui avait bondi, atterrit entre elles deux et pour qu’elle ne se trompe pas de cible, Tia se releva et la harangua d’une voix dangereuse, basse, menaçante comme si elle ne la craignait pas.

Comme prévu, la lionne sentit en elle, la présence d’un autre prédateur et suivant son instinct, elle voulut la soumettre. Elle se tourna vers elle et découvrit ses crocs.

Alexia se releva et vit la lionne menacer sa compagne avec horreur.

- Qu’est-ce que tu attends ? cria Tia. Bouge de là, va chercher le guide !

Lex sursauta puis hésita. Elle ne voulait pas laisser son amie ici, seule avec ce monstre. Elle risquait de se faire déchiqueter. La même idée sembla la traverser parce qu’elle cria alors :

- Je ne vais tenir jusqu'à la saint glinglin Lex, alors bouge tes fesses !

Enfin, avec réticence et une angoisse de plus en plus palpable, Alexia se mit en marche. Elle suivit le même chemin que le guide et se mit à courir en priant pour que Tia s’en sorte.

Tout le temps où Tia avait incité Lex à partir, elle n’avait pas quitté la lionne des yeux. Tout deux prenaient la mesure l’un de l’autre se tournant autour dans un lent mouvement parfaitement contrôlé.

Elle sentit, plus qu’elle ne vit, lorsque la lionne décida qu’il était prêt à passer à l’attaque. Tia se ramassa sur elle-même, prête à bondir hors de sa portée dès qu’elle le verrait dans les airs. D’un mouvement si vif qu’elle le perçut à peine, la lionne bondit.

Tia se jeta sur le côté et roula hors de sa portée. Elle se redressait lorsqu’elle comprit qu’elle n’avait pas été assez rapide. La lionne avait atterri où elle se trouvait deux secondes auparavant et sans perdre une seconde avait rebondi pour la suivre.

Elle tenta un écart de dernière minute en se repoussant avec les pieds vers l’arrière mais ce ne fut pas suffisant. Une douleur fulgurante, celle de griffes accrochant la chair et la déchirant, traversa son abdomen. Elle tomba sur le dos alors que la lionne se tournait vers elle et, avant qu’elle n’est pu faire un mouvement, bondit sur elle, la clouant au sol de tout son poids.

Les pattes avant sur ses épaules et une des pattes arrières sur sa jambe gauche, elle pouvait à peine bouger. Les griffes s’enfonçaient dans sa chair alors même qu’elle sentait le sang couler de son ventre pour se répandre sur le sol, attisant encore plus la soif de sang de son adversaire.

Tia vit ses yeux se dilater encore plus et le vit approcher sa gueule de son cou. Elle leva les bras dans une tentative désespérée de l’empêcher d’avancer. Les griffes s’enfoncèrent un peu plus profondément lui tirant un gémissement qu’elle réprima très vite.

Il ouvrit la gueule Tia vit sa mort, toute proche. Elle empoigna son cou, bien décidée à ne pas abandonner aussi facilement. Lex allait la tirer de là, il fallait juste lui en laisser le temps. « Bon sang que les lions sont lourds ! » songea-t-elle la sueur dégoulinant le long de son front.

Inexorablement, et alors qu’elle bandait tous ses muscles pour le stopper, sa tête se rapprochait de son cou. Comme s’il avait senti le danger, le cri sombre qui l’accompagnait depuis la mort de Sassem, retentit soudain.

Il pénétra en Tia et pour une fois, elle ne le repoussa pas, l’acceptant, l’appelant même de toute son âme. Il entra en elle, se répandit dans tout son corps et la galvanisa. Une énergie sombre se répandit en elle au rythme des pulsations de son cœur.

Un instinct plus vieux que le big bang lui même, l’habitait. Création-destruction. C’était le chaos. Lorsque l’énergie en elle menaça de la rendre folle, Tia la libéra. Dans un hurlement salvateur et plein d’une force brute et farouche, Tia crispa ses mains sur le cou de l’animal et d’une torsion violente, elle lui brisa la nuque.

L’animal s’affaissa contre elle et Tia le repoussa. Elle se releva, le corps brûlant d’une envie profonde et violente de se défouler. Mais elle vit Alexia revenir en courant, le guide derrière elle, et demandant du secours par radio. C’était étrange, il était bien à

20 mètres

de là, mais elle l’entendait aussi clairement que s’il avait été à ses côtés. Elle le voyait se mouvoir comme au ralenti.

Elle revint à Alexia et vit qu’elle était devant elle en train d’examiner son corps couvert de sang. Sa vision et son ouïe redevinrent normales et elle l’entendit lui poser des questions, sans plus entendre le guide. De même tout recommença à bouger normalement.

- Tu vas bien ? Tia, tu vas bien ? demandait fébrilement Lex en vérifiant par elle-même sans attendre sa réponse. Oh bon sang, il faut t’amener à l’hôpital.

- Je vais bien Lex, répondit enfin la grande femme en posant une main sur son épaule pour l’obliger à se calmer. Lex, répéta-t-elle quand elle ne la vit pas réagir, je vais bien. Ce ne sont que des égratignures.

- Avec toi, c’est jamais rien d’autre, grommela-t-elle en retrouvant son calme par à coup. Même avec un trou béant, tu trouverais encore le moyen de dire qu’un pansement suffirait.

Lex était en colère, mais Tia savait que ce n’était que l’expression de son inquiétude, alors elle ne formalisa pas. Au lieu de ça elle répliqua :

- Ouais, mais comme j’ai une bonne fée, je suis sûre que mon pansement sera magique et que la vilaine et dérangeante égratignure disparaîtra en un claquement de doigts.

Lex ne répondit pas tout de suite.

- Ta bonne fée, elle n’est pas en forme en ce moment, fit-elle un peu moins en colère, alors tu vas gentiment te laisser conduire à l’hôpital.

- Si ça peut te faire plaisir, accepta la mercenaire en effleurant sa joue de ses doigts.

Un des vétérinaires qui venait d’arriver vit le lion mort et la fixa avec de grands yeux écarquillés, pendant qu’un autre écartait les pans de sa chemise et plaquait plusieurs compresses stériles sur ses plaies en grimaçant.

- Comment vous avez fait ça ? Demanda le troisième homme. Il faisait au moins 200 kilos !

 

Chapitre 6 :

 

Elles apprirent plus tard que la lionne n’appartenait pas à la réserve et que des marques de mauvais traitements récents faisaient penser à un réseau que les autorités essayaient de coincer depuis plusieurs mois. Des animaux sauvages étaient capturés dans leur milieu naturel puis conditionner pour attaquer les humains. Ils servaient littéralement d’armes.

On leur demanda donc si elles avaient une idée de qui pouvait bien leur en vouloir et elles jouèrent les idiotes. Pas question de griller leur couverture sans être certaines que c’étaient bien elles qui étaient visées.

Néanmoins, Tia contacta son client et lui demanda si il voyait qui aurait pu utiliser ce genre de moyen pour lui nuire.

- Ce n’est pas le genre du cartel du coin. Je veux dire, bien sûr si vous les gênez et qu’ils veulent se débarrasser de vous sans être inquiétés ils pourraient utiliser un moyen comme celui-ci, mais là, ils ont besoin de ces documents. Si ils savaient qui vous étiez, ils essaieraient de vous contacter pour trouver un arrangement, pas de vous tuer.

- C’est aussi ce que je pense. Pourriez-vous me rendre un service ?

- Dites toujours.

- J’aimerais que vous enquêtiez sur la façon dont cette lionne est arrivé dans la réserve sans que personne ne le remarque. Il doit bien y avoir des traces et je ne peux malheureusement pas m’en occuper moi-même, puisque j’ai votre mission sur les bras.

Le chef de la police garda un instant le silence.

- Seriez-vous en train de me faire du chantage ?

- Pas du tout. Je vous informe juste que je dois savoir qui sont ceux qui veulent ma peau et qu’il se pourrait que je sois obligée d’abandonner ma couverture pour cela, auquel cas cela pourrait porter préjudice à mon travail. Et pour que ça n’arrive pas, je vous donne l’occasion de me donner un coup de main.

Un autre silence.

- Comme c’est aimable de votre part, ironisa finalement le chef. Très bien, soupira-t-il, je vais voir ce que je peux faire.

- Bien. Tenez-moi au courant.

- Ouais, ouais.

Il soupira encore une fois puis raccrocha. Tia sourit et se retourna vers sa compagne.

- Il avait l’air fatigué le pauvre homme, fit-elle avec un grand sourire.

- Et ça à l’air de t’affliger.

- Je l’aime bien, rétorqua-t-elle.

- Ah bah, ouais, ta compassion saute aux yeux.

- C’est les médicaments, rigola doucement la mercenaire.

Alexia l’observa et ne put retenir un sourire devant son expression enfantine. Elle était allongée sur un lit d’hôpital à roulette, la chemise ouverte et le ventre couvert de gaze ensanglantée. Son jean était déchiré à l’endroit où la lionne avait enfoncé ses griffes. Cela faisait 5 minutes qu’elles étaient arrivées et l’infirmière qui avait fait une piqûre d’antalgique à Tia en apprenant ce qui lui était arrivé, venait de partir chercher le médecin.

Avant de partir, elle avait prévenu sa patiente qu’il faudrait sûrement découper son jean, ce qui avait fortement déplu à la mercenaire. Alexia était parvenue à la convaincre de laisser faire le médecin en arguant qu’il était déjà fichu à cause de la lionne. Mais elle avait eu du mal. Surtout parce qu’elle ne voulait pas se retrouver cul nu, dixit Tia, après avoir été soignée. Elle avait dû lui promettre de demander à l’infirmière le droit d’emprunter un de leur pantalon chirurgical, fusse-t-il le payer.

En cet instant, Tia était gentiment allongée sur le dos et la regardait avec un air d’enfant trop mignon. Il y avait une adoration si évidente dans ses yeux, que Lex sentit son cœur fondre. Elle se pencha doucement sur sa compagne et l’embrassa, effleurant ses lèvres dans un baiser léger comme l’air. Elle frotta ensuite son nez au sien et murmura :

- Je t’aime.

L’air de profonde joie que cela créa, fit monter un sentiment intense de chaleur en elle. Elle rit un peu puis frotta de nouveau son nez au sien avant de se redresser.

C’était fou, après 3 ans de vie commune, la première année ne comptait pas elles n’étaient pas encore ensemble, enfin pas vraiment, qu’un « je t’aime », entendu si souvent, puisse avoir encore autant de force.

A chaque fois que Lex le disait à Tia, on aurait dit que c’était la première fois. Et c’était pareil lorsque Tia le lui disait. Oui, c’était véritablement fou et cela en disait long sur leur relation.

Le médecin entra enfin dans la pièce et s’assit près de Tia. Il retira les pansements et examina attentivement les plaies. Puis il releva la tête et déclara :

- Eh bien ma foi, vous avez eu de la chance.

Puis se tournant vers Lex.

- Il va falloir lui faire plusieurs points de suture. Et lui donner une bonne dose d’antibiotique.

Alexia hocha la tête et s’assit près de la tête de Tia qui fronçait les sourcils, pas du tout satisfaite du diagnostic. Tout au long du processus de soin, Alexia lui parla doucement de ce qu’elles allaient faire le reste de la semaine et qui incluait un repos forcé pour Tia et du chouchoutage pour elle.

Si la première partie du programme ne plut pas à la mercenaire, la seconde en revanche amena un sourire coquin sur ses lèvres.

- Promis ?

Alexia sourit en secouant la tête, pas du tout gênée par la présence du médecin.

- Promis.

Lorsqu’il eut terminé le médecin lui donna ses dernières instructions.

- Il faut lui passer cette pommade désinfectante tous les jours, matin et soir, pendant une semaine. Revenez la semaine prochaine pour lui retirez ses points et surtout faites la se reposer pendant au moins 24h.

- Je le ferais. Par contre, la semaine prochaine on sera rentrées en Amérique, donc les points on les fera retirer là-bas.

- Très bien. N’oubliez pas, fit-il en retirant ses gants. Laissez-la se reposer. Et si elle a mal, ce qui ne m’étonnerait pas, donnez-lui ceci, fit-il en lui tendant une ordonnance.

Elle la prit et le remercia. Il sortit au moment où l’infirmière rentrait, le pyjama bleu des chirurgiens dans les mains. Elle le posa à côté de Tia et entreprit de lui retirer ses vêtements. Alexia la regarda faire, légèrement choquée. Pourtant elle n’aurait pas dû l’être, c’était son métier après tout, mais elle ne pouvait s’en empêcher. Il n’y avait qu’elle qui avait le droit de toucher Tia.

Elle s’approcha de l’infirmière alors que celle-ci tirait sur les lambeaux de jean et que la mercenaire l’aidait de son mieux en gloussant. Son rire, loin d’ennuyer la femme, la faisait sourire et lorsqu’elle eut enfin retiré le vêtement, elle ne put s’empêcher de lâcher un sifflement en voyant les jambes longues, musclées et bronzées.

Son air ouvertement admiratif n’échappa ni à la brune qui gloussa à nouveau, ni à la blonde qui posa une main sur le bras de la femme. Le regard noir qu’elle lui offrit, la fit reculer et elle comprit que sa tâche était terminée. Elle lui fit un petit salut et un petit signe à sa patiente en sortant. Tia le lui retourna en chantonnant :

- Au revoir, belle infirmière, mon infirmière…

Puis elle tourna son regard vers sa compagne qui la dévisageait d’un air contrarié et elle gloussa de nouveau, une main devant sa bouche.

- Si tu ne fais pas attention, tu vas te transformer en dinde à ce rythme, lui lança-t-elle contrariée.

Elle la fit asseoir et lui enfila son haut, puis les jambes du pyjama. Elle la fit se mettre debout et ajusta le pantalon sur ses hanches qu’elle serra grâce au lacet. Puis stabilisa son amie qui tanguait dangereusement.

- Bon sang, comment on va rentrer ? grommela-t-elle.

Elle savait que Tia avait raison quand elle lui avait dit que refuser l’antalgique serait pour le moins dangereux pour leur couverture, mais elle n’avait jamais vu Tia aussi… ailleurs. Même bourrée, elle n’était pas aussi… partie. C’était amusant et adorable, mais en la circonstance, particulièrement dangereux et vraiment pas pratique.

Elle soupira et la fit asseoir. Elle appela un taxi puis partit en quête d’une chaise roulante non sans s’être assurée auparavant que Tia ne bougerait pas.

 

*****************************

 

Une semaine plus tard, elles se trouvaient tranquillement installées sur des chaises longues en Ontario, en train de siroter une citronnade. Tia avait l’air parfaitement remise. On lui avait retiré ses points la veille et de fines cicatrices roses marquaient ses épaules, son ventre et une de ses jambes.

Alexia l’observa. Elle avait les yeux fermés et l’air parfaitement détendue. Elle se souvint de sa terreur lorsqu’elle était revenue en courant vers elle avec leur guide pour la trouver allongée sous le lion. Et son angoisse lorsque se relevant, elle l’avait vue couverte de sang et une énergie sombre parcourir son corps et se refléter dans ses yeux aux iris extrêmement dilatés.

Elle avait réussi à se calmer suffisamment pour l’emmener aux urgences, mais même l’assurance du médecin et le calme de l’infirmière n’étaient pas parvenus à la rassurer. Ce n’était pas temps dû à ses blessures qu’à cette énergie vibrante qui transformait son aimée en une boule de nerfs dangereuse.

Mais en la voyant, allongée, là, calme comme un bébé venant de naître, elle était soulagée. Elles étaient à la maison, en sécurité et Tia allait bien.

Peu avant de partir d’Australie, Tia avait reçu un coup de fil du chef de la police. Il lui avait dit qu’un camion avait été volé pour le transport la lionne et d’après les rumeurs qui circulaient, l’animal lui-même avait été dérobé. Autrement dit, quelqu’un en voulait personnellement à Tia, mais il n’avait aucune idée de comment cette personne avait fait pour s’introduire subrepticement dans la réserve et se balader aussi tranquillement.

Tia en avait parlé avec Frédéric à leur retour. Ils avaient fait le rapprochement avec le mystérieux homme qui posait des questions sur Frédéric et en avaient conclu que c’était bien Tia qui était visée comme ils le soupçonnaient depuis le début.

Dès lors, elle avait fait une liste des divers ennemis qu’elle avait et les avait classés selon les préjudices causés, les moyens à disposition et la motivation ou la rancune, nécessaires pour imaginer tout ceci.

Quelques noms étaient ressortit plus que d’autres, dont celui du Dõn qu’elle avait empêché de tuer Lizzie, qui elle, avait tué son fils. Il y avait Waco aussi, qui avait promis de se venger. Et quelques autres personnes, comme ce magnat du pétrole en Islande, M. Gorsjv à qui elle avait vendu ses services, puis à son concurrent pour réparer les tords qu’elle lui avait causé. Ca l’avait rendu assez furax, ce qu’elle pouvait comprendre. Elle l’avait un peu arnaqué.

Ils avaient convenu de se focaliser sur ces noms dans leurs recherches et avaient lancé leurs noms et d’autres petites infos, permettant de les identifier, sur leur réseau. Depuis ils attendaient les retours.

Alexia avait été surprise que Tia ne lui en parle pas avant et ça l’avait agacée mais elle n’en avait rien dit.

- Lex ?

- Oui ?

- Mmmm, ça va ?

- Euh… oui, bien sûr. Pourquoi ?

Alexia était un peu déconcertée. Le ton hésitant de son amie et sa question étaient étranges.

- Tu es plutôt de bonne humeur, alors ?

- Ouiiiii, répondit-elle lentement, de plus en plus perplexe.

- Ok, je sais que c’est bizarre comme question, mais j’avais besoin de m’assurer de ton humeur.

- Pourquoi ?

- Hum, eh bien… euh…

Tia s’interrompit et se leva. Elle se mit à faire les cent pas devant sa compagne en tentant de trouver le courage et les mots qui pourraient la convaincre.

Alexia était extrêmement surprise, mais pas assez pour ne pas lorgner les magnifiques jambes qui faisaient des allées et venues sous son nez. Le désir familier mais jamais rassasié s’alluma dans le creux de son estomac. Tia était pieds nus et ses cheveux noirs étaient attachés en queue de cheval. Elle était vêtue d’un t-shirt large et multicolore que ses enfants avaient confectionné pour la dernière fête des mères et qui, excepté le choix des couleurs, était assez horrible. Avec ceci, elle portait un bermuda kaki, qui n’allait absolument pas avec son haut. Pourtant, pour Alexia elle était absolument magnifique.

Mais bon, Tia pouvait porter à peu près tout ce qu’elle souhaitait et restait à tomber. Même un sac poubelle. La couleur mettrait sûrement son teint en valeur.

Lex sourit à cette image au moment où Tia arrêtait de s’agiter. Elle se campa fermement en face d’elle et chercha son regard. Prit une profonde inspiration et se lança.

- Je… j’aimerais que l’on parle du mariage.

Comme un mauvais réflexe son cœur fit un bond et elle-même fit la grimace. Elle vit la réaction que cela provoqua dans les yeux de Tia et se sentit coupable mais ne s’excusa pas.

- Je préfèrerais que l’on n’en parle pas.

- Je sais que tu n’en as pas envie, mais je ne comprends pas pourquoi. Bon sang, Lex si tu ne veux pas mettre de date parce que tu penses que ça va trop vite, je peux le comprendre, mais ne pas me laisser l’annoncer aux enfants, ça je ne comprends pas. Expliques-moi au moins, s’écria-t-elle frustrée, en passant une main dans ses cheveux, défaisant quelque peu sa queue.

« Et toi tu peux m’expliquer pourquoi après trois ans à en parler, tu te décides à me le demander le jour où on apprend que je suis condamnée ?! pensa-t-elle avec colère. C’est quoi : de la pitié ?! Tu te sens obligée ?! Je dois me sentir flattée peut-être ?! » Elle se retint de justesse de lui hurler ses questions à la figure et se demanda agacée d’où pouvait bien sortir cette soudaine insécurité. Décidément sa maladie la chamboulait complètement !

- Je n’ai pas à te l’expliquer, rétorqua-t-elle en sachant parfaitement qu’elle était de mauvaise foi.

- Tu n’as pas à me l’expliquer ?! Putain, Lex ! Bien sûr, que tu me dois une explication ! Merde, je suis quoi, moi ?! Un putain de pantin ?!

- Je n’ai jamais dit ça, mais…

- Mais quoi ?! La coupa brutalement Tia en s’approchant d’elle.

Ainsi dominée par Tia, Lex se sentait vulnérable, elle se leva donc, l’obligeant à reculer.

- Ca ne te regarde pas, fit-elle sèchement.

Ce n’était pas du tout ce qu’elle avait prévu de dire. A chaque fois, elle voulait apaiser les choses mais c’était une autre phrase qui sortait de sa bouche, une phrase qui mettait sa compagne en boule, et comment le lui reprocher ?

- Ca ne me regarde pas ? Souffla-t-elle incrédule. Ca ne me regarde pas ?! Répéta-t-elle plus fort, la colère embrasant ses prunelles azur. TU TE FOUS DE MOI ?!!!! hurla-t-elle à deux centimètres de son visage, la faisant sursauter.

Tia s’approcha encore un peu plus d’elle, son nez se collant au sien. Une lueur dangereuse dans les yeux, elle siffla :

- Si tu ne veux plus de moi, cesses de jouer, parce que c’est le genre de chose qui me fait péter les plombs. Si tu regrettes nos fiançailles, dis-le. Si tu veux me quitter, fais-le, mais ne me dit pas, dit-elle en détachant bien chaque mot, que ce qui concerne notre relation ou ta petite personne ne me regarde pas.

Alexia était médusée. Autant par sa propre incompétence à rassurer Tia que par l’explosion auquelle elle venait d’assister. De toute évidence son rejet travaillait Tia bien plus que ce qu’elle s’était imaginée. Elle avait sous-estimé la blessure qu’elle lui avait infligée.

Elle leva une main vers elle, mais Tia l’intercepta. La clouant de son regard glacial, celui qu’elle réservait habituellement à leur ennemi sur le terrain, elle lui dit :

- Réfléchis bien, Lex. Parce que j’en ai marre de ne pas savoir où on en est. Je vais prendre quelques jours. Les bédouins du village de Sael-Man, m’ont appelé. Ils veulent que je vienne. Je pars demain, je ne sais pas quand je reviens, je vous téléphonerais quand j’en saurais plus. Profites de ce temps là pour réfléchir sérieusement à ce que tu attends de moi.

Tia lâcha sa main et lui tourna le dos. Lex la regarda entrer dans le ranch, sûrement pour préparer ses bagages, sans parvenir à comprendre comment la discussion avait pu lui échapper à ce point.

Le départ de Tia, la soulageait et l’effrayait. Elle craignait une rupture entre elles, pas de leur relation, non, mais… plutôt comme un fossé, qu’elle risquait de ne plus pouvoir combler. En même temps, elle ne savait pas quoi lui dire qui justifie son refus, alors la solitude était la bienvenue, elle avait besoin de réfléchir à ce qu’elle devait lui dire.

« Bon sang, pourquoi ça ne pouvait pas être simple ?! »

 

******************************

 

Tia faisait les cent pas. Ses bagages étaient prêts. Elle avait réservé son billet d’avion et une voiture de location pour son arrivée. Elle avait prévenu Frédéric et les jumeaux et ne savait pas quoi faire pour évacuer la tension rageuse qui l’habitait.

Soudain, elle leva la tête et regarda au dehors. Elle pouvait courir. Sans se soucier ni de son apparence, ni de ses pieds nus, elle partit en grandes enjambées vers la dénivellation qui menait au lac.

Elle la descendit et se dirigea vers le lac, qu’elle longea un long moment avant de bifurquer vers le Sud et de suivre son parcours habituel. Elle courut longtemps sans se soucier du temps qui passait ou du paysage qui changeait, elle était concentrée sur sa course et les efforts que cela demandait à son corps.

Elle voulait évacuer son énervement autant qu’oublier la stupide décision qu’elle avait prise de s’éloigner de Lex. Elle ne le voulait pas du tout et d’ailleurs si Lex ne voulait pas se marier ce n’était pas grave. Du moment qu’elle ne la quittait pas. Elle secoua la tête. Lex avait besoin de cette distance, mais bon dieu que c’était difficile.

Et bordel, pourquoi Lex ne lui expliquait-elle pas ?! Soit elle voulait, soit elle ne voulait pas, ça n’avait rien de sorcier ! Frustrée par ses pensées, elle les chassa de son esprit et força son corps à accélérer dans l’espoir que ses muscles douloureux chasseraient l’image de Lex de son esprit.

Elle poussa encore. L’air commença à brûler ses poumons, ses muscles à protester mais elle accélérait encore. Elle avisa la rivière et sauta sur les rochers qui la bordaient et la traversaient comme un slalom mit là exprès pour elle. Elle passa de l’un à l’autre avec une agilité due à la pratique et accéléra encore.

« Mauvaise idée » songea-t-elle lorsque son pied nu glissa sur un des rochers couverts de mousse humide. Elle tenta de se rétablir en se jetant sur le rocher suivant, mais lui aussi était glissant et elle atterrit, tête la première, dans l’eau gelée de la rivière.

Elle s’affala de tout son long, son ventre heurtant un des rochers son genou en cognant un autre et elle réprima un cri de douleur. Un arc électrique remonta le long de sa cuisse et elle gronda, furieuse contre elle-même de sa maladresse. Elle ne s’attarda pas dans l’eau, pas plus qu’elle ne vérifia son ventre. Elle se releva et poursuivit sa course, déterminée à dissoudre son énervement dans l’effort physique.

Elle éclaboussa les berges et continua son chemin, s’élançant aussi vite et aussi fort que son corps le pouvait. L’air sifflait dans ses oreilles et brûlait si fort ses poumons qu’elle n’était pas sûre de ne pas avoir de séquelles, elle repoussa la douleur et la sensation glaçante de la nuit tombante sur son corps trempé.

Elle filait comme le vent et dans ce lieu désertique et ce silence si complet, elle avait l’impression galvanisante d’être le dernier être humain sur terre. En cet instant, elle aurait voulu que se soit vrai.

Finalement, la vie reprit ses droits et une habitation se profila au loin. Tia hésita mais ne ralentit pas sa course et en reconnaissant la vieille ferme des Olsen, elle se rappela que c’était là que vivait Rhapsody. La perspective de la revoir, calma étrangement la colère qui la secouait encore.

Elle commença à ralentir en la voyant sur son cheval, en train de faire rentrer ses chevaux dans leur pâturage. Arrivée près de la barrière qui délimitait son terrain, Tia se mit au trot puis au pas. Elle s’accouda ensuite à la clôture et observa sa voisine en reprenant sa respiration.

Rhapsody ferma la barrière du corral et la vit. Elle la reconnut immédiatement malgré son accoutrement hétéroclite et s’approcha. Elle se laissa glisser du dos de son cheval et lui sourit. Elle nota sa tenue négligée et trempée, ses pieds nus et son air un peu perdu.

- Intéressant comme choix vestimentaire, fit-elle en souriant d’un air moqueur.

Tia baissa les yeux sur son t-shirt et rit.

- Un cadeau de fête des mères.

- Et les pieds nus ? C’est la nouvelle tendance ou tu as perdu tes chaussures dans la rivière ?

Tia rougit et détourna les yeux une seconde avant de décider de prendre cela à la rigolade.

- Je n’ai pas fait attention, fit-elle en désignant ses pieds, quant à la rivière… j’ai glissé, dit-elle haussant les épaules d’un air nonchalant.

- Tu n’as pas fait attention ? s’exclama Rhapsody incrédule. Comment fait-on pour ne pas s’apercevoir que l’on ne porte pas de chaussure ?

- Quand on a passé la moitié de sa vie à ne pas en porter, j’imagine.

- Oh. Tu as été si pauvre que ça ?

«  Aucun tact, songea la mercenaire avec un sourire. » C’était rafraîchissant.

- Pas vraiment non. C’est juste… un droit que je n’aie pas gagné facilement.

Une des premières choses que firent ses geôliers dans son premier camp pour la casser avait été de lui prendre ses chaussures et tout ce qui faisait d’elle un être humain. Elle ne portait qu’un t-shirt les premiers temps. Comme elle leur avait été utile, elle avait fini par gagner le droit de mettre un short, mais elle était si têtue qu’elle n’avait pas réussi à gagner ses chaussures avant sa « presque » sortie du camp d’entraînement de Sassem.

Lorsque Sassem l’avait si bien brisée qu’elle était devenue un gentil et obéissant petit soldat. Elle n’avait pas considéré cette récupération de son ancien elle, comme une victoire, non. Les chaussures étaient devenues pour elle, le symbole de ce qu’elle avait perdu ce jour là.

Aujourd’hui encore, si elle pouvait éviter d’en mettre, elle le faisait.

- Un droit que… ? Laisse tomber, fit-elle en levant la main. Là, je deviens vraiment indiscrète.

- Ca va, répondit la mercenaire avec un sourire.

- Si... si tu souhaite un jour en parler… fit-elle en lui jetant un regard hésitant.

Surprise, Tia hocha la tête, étrangement touchée. Rhapsody hocha aussi la tête et cela sembla lui rendre son aplomb. Elle lui fit signe de la suivre et l’entraîna chez elle. Une fois entrée dans le couloir, elle se retourna brusquement et se rapprocha de Tia. Elle l’évalua calmement et hocha de nouveau la tête.

- Attend-moi là, fit-elle en lui désignant une porte.

Tia acquiesça, amusée par ses manières autoritaires. Elle entra dans la pièce et découvrit qu’il s’agissait du salon. Il était moins spacieux que le ranch, mais était loin d’être petit. Une cheminée dans le fond, prenait presque tout le mur. Le manteau de la cheminée était couvert de photos de Rhapsody, de ses enfants et de leur père avec eux.

Tia tourna sur elle-même et découvrit de superbes tableaux accrochés à chacun des murs. Les couleurs en étaient criardes mais harmonieuse. Leur flashy était renforcé par la blancheur immaculée des murs.

Tia posa les yeux sur le canapé qui faisait face à la cheminée, il était en cuir noir et elle sourit. Elle adorait le cuir. Elle s’y rendait lorsque Rhapsody entra dans la pièce, une pile de vêtements dans les bras.

- Suis-moi, fit-elle.

Elle l’entraîna à travers un dédale de couloirs qui lui fit se demander si elle était bien dans une ferme ou dans un labyrinthe conçu pour perdre les visiteurs. Elle s’arrêta devant une porte couleur rouille et se tourna vers elle.

- C’est la salle de bains. Prend une douche et met ça. Je suis un peu plus petite que toi, mais j’ai pris ceux qui étaient trop grands pour moi. Quand tu auras fini je t’attends à la cuisine avec un café chaud.

- Un chocolat.

- Un chocolat chaud, accepta la jeune femme en souriant. La cuisine se trouve juste après ce couloir là, fit-elle en montrant sa droite. Ca ira ?

- Oui. Merci.

- De rien. Allez, va vite te réchauffer tu dois être transie.

Tia se doucha avec délice, l’eau chaude chassant le froid et le raidissement de ses muscles qu’elle n’avait ni pris le temps d’échauffer, ni d’étirer. Puis elle s’habilla et sourit devant son reflet. Elle portait un pantalon cargo ocre et un t-shirt extra large qui lui arrivait à mi-cuisse. Une paire de tongs noires complétait l’ensemble.

Elle rejoignit Rhapsody à la cuisine et la trouva en train de surveiller les travaux de ses enfants à travers la fenêtre.

- Merci pour la douche.

- C’est rien, fit-elle en lui tendant sa tasse brûlante.

Toute deux s’assirent et le silence s’installa. Ce n’était pas un silence désagréable mais la curiosité prit le dessus et Rhapsody l’interrogea.

- Alors qu’est-ce qui s’est passé ?

Tia envisagea un instant de nier, mais y renonça très vite.

- Je me suis disputée avec Lex.

- Ca devait être une sacrée dispute pour te mettre dans un état pareil.

Tia hocha la tête.

- Quel en était le sujet ?

La bouche de Tia prit un pli amer.

- Ca fait parti de la dispute.

- Tu ne peux pas en parler ? comprit la jeune femme.

- Non, elle ne veut pas en parler. Et je lui ai promis de ne pas le faire.

- Pourtant ça à l’air de te miner. Si je te promets de n’en parler à personne, tu crois que tu peux m’en toucher un mot quand même ?

Tia sourit franchement mais secoua la tête.

- Non, j’ai promis.

- Et une promesse et une promesse, poursuivit Rhapsody en comprenant.

- Et les poules auront des dents le jour ou je trahirais Lex. Mais merci, ajouta-t-elle. C’était gentil.

- Oui. Je m’étonne moi-même d’ailleurs, répondit la femme avec un sourire sarcastique. Tu fais ressortir ce côté-là de moi. C’est bizarre.

- Je vois ce que tu veux dire.

- Vraiment ?

 Tia hocha la tête et elles restèrent les yeux dans les yeux quelques minutes. Puis aussi naturellement que si elles se connaissaient depuis toujours, Rhapsody l’interrogea sur sa vie, ses passions et Tia fit de même. Elles discutèrent un bon moment et Tia ne prit conscience du temps qui s’était écoulé que lorsque les enfants débarquèrent dans la cuisine pour réclamer leur dîner.

- Mince, je n’avais pas vu l’heure. Il faut que je rentre, déclara-t-elle en sautant sur ses pieds.

- Je vais te raccompagner, proposa Rhapsody.

- Pas la peine, je te remercie.

- Fais ta dure à cuire Tia. Il est 9h du soir, il fait nuit et tu es à

11 kilomètres

de chez toi. Si tu rentres toute seule, je vais m’inquiéter, alors sois sympa et laisses-moi te raccompagner. Ca ira plus vite.

Tia ouvrit la bouche pour refuser, mais le bon sens lui fit accepter. Elle grimpa dans son pick-up et elles firent le trajet dans un silence complice. Tia, perdue dans ses pensées, se demandait si Lex avait fini de réfléchir ou si elle devait maintenir son départ. Elle soupira, elle connaissait déjà la réponse.

Chapitre 7 :

 

Comme elle s’en souvenait, le paysage était incroyable. Ce qu’elle préférait dans ce lieu, c’était l’incroyable palette de couleurs. Cela allait de l’or à l’orangé, de l’ocre au rouge brûlé. C’était si beau, que chaque fois était comme une première. Elle ferait un détour par le désert blanc au retour. Là, elle n’avait pas vraiment le temps.

Le chef du village ne lui avait pas dit en quoi ils avaient besoin d’elle et elle ne les avait pas rappelés. Elle devait s’éloigner de toute façon.

Elle observa encore le paysage, qui contrairement à ce que la majorité des gens pensait du désert, était incopiable. C’était si grandiose, si changeant qu’on ne pouvait s’en lasser. L’absence de végétation conférait une impression de liberté comme nulle part a ailleurs car elle était tempérée par la beauté de l’environnement et sa majesté.

Tout cela donnait l’impression d’évoluer au milieu d’un endroit sacré. Terre des pharaons où leurs esprits vivaient encore et vous autorisaient, si vous étiez respectueux, à fouler leur sol. Mais aussi d’un lieu irréel, comme peint par un artiste à l’âme chaleureuse.

On ne se sentait jamais seul dans le désert, non.

Bien trop de gens y avaient vécu. Bien trop de choses y vivaient encore. Et tellement de sentiments naissaient en vous lorsque vous vous y trouviez.

De la sérénité, dut à des siècles d’une histoire difficile mais au combien exotique. Un esprit d’aventure, comme seul les endroits désertiques mais encore plein de vie vous en donnaient. Un sentiment de liberté comme seul, l’esprit des anciens pouvait vous le faire ressentir. Et les couleurs… elles ne pouvaient que vous stupéfier, vous bouleverser et vous faire comprendre que même dans un lieu de mort comme le désert pouvait l’être, pour les imprudents ou les idiots, ce qui faisait la beauté de la vie était présente.

Comme quoi vie et mort sont toujours invariablement liés.

Tia vit le village au loin et constata que les années passant, et comme partout ailleurs, il s’était agrandi. Après la mort de Sassem et le démantèlement de son organisation, le chef du village l’avait appelé pour la remercier.

Depuis ils avaient gardé le contact et il lui donnait régulièrement des nouvelles. Ainsi, elle avait appris que sur les 6 jeunes qu’elle avait sauvés de l’armée de Sassem, deux étaient partis après un an à vivre ainsi. Cette vie de fermier n’était pas pour eux avaient-ils dit. Le chef avait accepté leur départ.

Il n’y avait pas d’hostilité, les jeunes avaient fait leur part du marché, ils leurs avaient appris tout ce qu’ils savaient sur les armes et le combat. Un autre était mort des suites d’une fièvre fulgurante. Les trois derniers étaient restés. L’un s’était marié avec une des filles du village. Un autre s’était fait adopter par une famille qui avait perdu leur fils peu de temps auparavant et le troisième était devenu l’apprenti du médecin du village.

Tia avait envoyé l’argent nécessaire, deux ans auparavant pour que le guérisseur aille à la grande ville et suive une formation auprès d’un vrai médecin. Finalement, le guérisseur avait demandé à suivre les études de vétérinaire, ce qu’elle avait accepté à condition qu’il trouve quelqu’un pour le remplacer.

C’était donc un étranger au village qui s’occupait de soigner les corps et les âmes. Cela aurait pu mal se passer, mais il venait à la demande de Tia et tous respectaient Tia. De plus, il était arrivé avec sa femme et ses deux filles, facilitant son intégration. Sa femme était une paire de mains supplémentaire bienvenue. Ses filles, l’une d’elle du moins pouvait s’occuper des petits la journée, lorsque tout le monde était soit en train de s’occuper de la culture près de l’oasis, soit en train de s’occuper de leur élevage, à la place de la vieille Jmabo qui se faisait trop âgée pour cela.

Tia déboula au milieu du village et vit que la plupart des cabanes avait acquis des toits plus solides que le torchis qu’ils utilisaient auparavant. De même, les murs semblaient renforcés. Elle évita habilement les poules et les chèvres qui couraient en toute liberté et parvint sans dommage jusqu’au centre du village.

Elle gara son 4x4 devant la maison du chef et descendit.

Elle observa un peu les alentours et à mesure que les habitants la reconnaissaient, ils envahirent la place et l’entourèrent en criant, manifestant ainsi leur enthousiasme. Plusieurs vinrent taper sur son épaule avec de grands sourires.

« Difficile dans ses conditions de rester maussade », songea la jeune femme en leur rendant leur sourire.

Soudain trois jeunes hommes, typés latin, émergèrent de la foule. Ils avancèrent vers elle et l’observèrent, un peu hésitants. Elle les examina à son tour et reconnut 3 des 6 jeunes qui bossaient pour Sassem et qu’elle avait épargné. Elle leur fit un signe de tête et comme si c’était un signal, ils se détendirent complètement et s’approchèrent d’elle en souriant.

Chacun à leur tour, ils lui tendirent la main en s’inclinant. Le plus âgé des trois prit ensuite la parole, dans un anglais hésitant mais respectueux.

- Bonjour. Vous… vous souvenez de nous ? demanda-t-il avec une grimace d’excuse pour son accent déplorable.

Elle lui sourit et répondit en espagnol, ce qui le détendit sensiblement et lui fit plaisir. Sa langue natale lui manquait apparemment.

- Je me souviens. Comment allez-vous ? La vie vous plaît ici ?

- Oh oui, s’empressa-t-il de répondre avec un sourire heureux. La vie est paisible ici, c’est… ça a été un peu dur au début, on… on avait plus l’habitude, mais les villageois ont été très patients et… On est très heureux, conclut-il en renonçant aux explications difficiles.

Un des deux autres jeunes en retrait, s’avança à son tour.

- Nous voulions vous remercier, fit-il avec un sourire communicatif. Grâce à vous on a pu retrouver une vie normale. Avoir le choix. Ne plus tuer.

A ces mots, son regard franc s’assombrit un peu, mais il redevint vite aussi lumineux que le soleil lui même.

- Nous vous devons tout et nous le savons.

- Nous tenions à vous remercier, fit le dernier des trois garçons en s’inclinant devant elle.

Aussitôt les deux autres l’imitèrent.

- Si vous tenez vraiment à remercier quelqu’un, alors remerciez Alexia. Sans elle et son obstination coutumière je ne serais pas restée ici. Et je n’aurais aidé personne.

Les garçons se redressèrent et la dévisagèrent avant d’acquiescer mais elle vit à leur regard que rien n’avait changé. Ils avaient juste une seconde personne à adorer.

- Nous la remercierons, fit le premier garçon.

Puis la foule s’écarta à nouveau et le chef du village fit son apparition. Tia lui sourit. Il n’avait pas changé. Quelques années de plus, mais les mêmes rides, la même force tranquille se dégageait de lui, la même détermination. La même bonté aussi qui lui avait fait plaider la cause de ceux-là même qui étaient venus les tuer.

Il lui serra la main et lui dit sa joie de la revoir.

Elle lui rendit son salut et le suivit à l’intérieur de sa maison lorsqu’il l’invita à le suivre. Il lui proposa un thé qu’elle accepta. Elle le regarda préparer l’infusion avec des gestes précis mais précautionneux. Dans le désert le thé n’était pas seulement la boisson traditionnelle, c’était aussi une boisson sacrée, préparée selon un rituel bien précis.

« Un peu comme au Japon » songea la mercenaire. Bien sûr, là-bas c’était un peu différent. Il fallait prendre des cours pour devenir un maître de cérémonie, car le thé, le vrai se prépare en suivant une cérémonie particulière.

Il déposa une tasse brûlante devant elle et s’installa en face d’elle. Elle prit sa tasse et souffla dessus pour la refroidir.

- Je suis heureux de voir que vous êtes en pleine forme, dit-il en lui souriant.

- Je le suis. Vous me semblez aller bien vous aussi et le village se portebien à ce que j’ai pu constater.

- Grâce à vous.

Tia fit un geste vague.

- Alors, pourquoi m’avez-vous demandé de venir ?

- Nous avons un problème avec un village voisin qui commerce avec une caravane de bédouins. Ils sont plutôt hostiles et ne veulent pas négocier un accord. Ils nous demandent de nous retirer du commerce ou de leur donner 60% de nos bénéfices. Nous ne le pouvons pas. Nous avons besoin de ce que nous apporte ce commerce.

- Je sais. Que voulez-vous que je fasse ?

- Nous aimerions que vous leur parliez ? Et… que vous fassiez ce qu’il faut pour les convaincre. Bien sûr nous connaissons vos tarifs et vous paierons comme il se doit.

Elle leva la main.

- Inutile. J’aime venir ici, alors disons... que vous m’accueillerez ainsi que mon amie Alexia et mes enfants, à chacune de nos visite et vous nous apporterez votre aide si nous vous la demandons.

- Mais… fit le chef stupéfait, ce n’est pas assez. Nous vous accueillerions de toute façon, il n’y a pas besoin…

Tia le coupa doucement.

- Chef, comme je vous l’ai dit j’aime venir ici, et rendre service à des amis, à mon sens, ne devrait pas être payant. Alors… qu’est-ce que vous en dites ?

- J’en dis, que je suis très fier de pouvoir vous compter parmi mes amis.

Il tendit la main respectueusement et elle la serra.

 

*************************************

 

Tia rentra deux semaines plus tard. C’était la fin du mois de Mars. Aujourd’hui il faisait beau et chaud et le ciel était dégagé. Si le temps se maintenait, les touristes n’allaient pas tarder à rappliquer.

A l’aéroport, contre toute attente, elle avait décidé de louer une moto. Elle avait acheté une veste en cuir et avait enfourché la moto. Sur le chemin du retour, elle avait décidé de faire un détour. Elle voulait pousser sa machine au maximum et éprouver la liberté et la puissance folle que procurait la vitesse.

Après des jours et des jours à vivre au ralenti, elle trouvait un peu décadent de se laisser aller ainsi. Mais cela rendait la chose encore plus jouissive. Elle accéléra et la machine fit un bond en avant. Elle prit les petites routes et sentit le vent fouetter son visage, elle poussa encore plus la machine et se mit à rire. C’était si bon d’être libre…

Elle roula plusieurs heures durant, partagée entre son envie de rentrer et sa peur de ce qui l’attendait. Elle voulait désespérément revoir Lex, elle lui avait tant manqué. Mais elle avait si peur de ce qu’elle allait lui dire. Lorsque le soleil commença à disparaître, elle dut se faire violence pour faire demi-tour. Elle avait prévenu de son retour et ils risquaient de s’inquiéter si elle tardait encore.

Elle rentra donc et l’angoisse augmenta à mesure qu’elle se rapprochait. Enfin, elle vit le ranch apparaître au loin et elle ralentit. Alors qu’elle était encore trop loin pour qu’on la remarque, elle s’arrêta et mis un pied à terre. Elle observa le ranch, et les silhouettes qui y vivaient, un long moment.

Puis elle soupira et prit son courage à deux mains. Elle relança la machine et parvint bientôt devant ce bâtiment qui était devenu sa maison. Elle gara sa moto près de la grange et s’étira. Elle regarda autour d’elle et ne voyant rien venir, supposa qu’ils étaient encore tous en train de terminer leur tâche avant le dîner.

Elle marcha en direction du ranch d’un pas plus léger, soulagée de repousser la confrontation. Alors qu’elle posait un pied sur le porche, Alexia apparut. Et elle se figea.

Comme dans ses rêves, Lex était belle. Ses cheveux blonds lâchés sur ses épaules. Elle était vêtue d’un pantalon à multiples poches kaki et d’un t-shirt à manches courtes en coton blanc, qui moulait son corps à la perfection et laissait entrevoir un morceau de peau de son ventre lorsqu’elle bougeait. Ses yeux verts reflétaient toute la tension intérieure qui l’habitait. Surement le reflet de celle qui agitait Tia depuis des heures.

- Tu t’habilles à la garçonne maintenant ? lança-t-elle d’une voix mal assurée.

Alexia ne répondit pas et la fixa un long moment. Tia était de plus en plus mal à l’aise. Elle avait si peur de ce que Lex allait dire.

- Et toi, dit-elle finalement, tu as adopté le look motard ?

Tia s’examina et hocha la tête avec un petit sourire contraint.

- Temporairement.

Puis le silence se réinstalla. Tia déglutit et soudain tout changea. Un appel, un cri, un son qu’elle seule pouvait entendre, retentit.

Alexia regarda avec fascination le changement qui s’opérait en elle. En voyant ses yeux s’assombrir, le bleu électrique devenant deux lacs d’eau en furie, Lex comprit qu’elle l’entendait encore. Tia sembla se redresser, devenir plus grande, l’énergie que lui procurait cet appel parcourant son corps comme une vague sur la plage. Et comme à chaque fois que cela arrivait, Lex eut peur.

Peur de ne pas pouvoir la retenir. Et aujourd’hui plus que jamais, Tia pourrait vouloir partir. Elle n’avait jamais vraiment su si cet appel comme le nommait Tia en était réellement un ou si c’était un symptôme de sa dépression, mais ça importait peu. Il pouvait l’emmener, c’était tout ce qui comptait. Et elle ne le voulait pas. Elle devait parler. Maintenant.

Elle ouvrit la bouche mais n’eut pas le temps de dire quoi que se soit. Un claquement sec retentit dans toute la vallée. Un cri s’éleva sur sa droite et elle se tourna en même temps que Tia. Ce qu’elle vit la laissa interdite. Jason gisait couché sur le flan, une flaque de sang rouge sombre grandissant sous son corps. Elle le vit s’agiter en soubresauts alors que Len arrivait en galopant. Il sauta à bas de son cheval et se jeta sur Jason. Il le retourna et ouvrit la bouche complètement désemparé.

Il releva la tête et croisa le regard de sa mère.

- Maman, gémit-il, je… il est…

Après un instant de flottement, Tia reconnut le bruit qui venait de claquer et elle hurla en courant vers son fils :

- A terre ! Tout le monde à terre !

Dans un réflexe inconscient, Alexia se jeta sur le sol mais Len abasourdi, perdu, ne réagit pas. En deux enjambées, Tia se retrouva à côté de son fils, se jetant sur lui, le repoussant sur le sol brut lorsque le deuxième coup de feu claqua.

Une douleur brûlante transperça son épaule gauche alors qu’elle protégeait son fils de son corps. Elle roula, l’entraînant sans difficulté puis se redressa derrière un des poteaux du corral qui les protégeraient partiellement. Elle tenta de distinguer d’où provenait les tirs mais ne vit rien. Elle regard en direction du porche et vit qu’Alexia était à terre. Elle croisa son regard.

- Rentre dans la maison, lui cria-t-elle. Et ramène les armes.

«  Bon sang, si on lui avait dit, qu’ici elle en aurait besoin… » Elle s’était décidément relâchée. La mort de Sassem n’était pas une raison suffisante pour perdre toute prudence. Surtout lorsque l’on sait que quelqu’un vous cherche.

Et dire qu’elle n’avait toujours aucun renseignement sur celui-ci.

Elle vit Alexia ramper vers la porte et jeta un regard vers sa moto. Son sac avec ses armes était toujours accroché à l’arrière de la selle. Sa moto n’était pas très loin, peut-être que si elle était rapide…

Un frisson violent la secoua et elle baissa les yeux sur son fils qui tremblait comme une feuille entre ses bras.

- Ca va aller Len. Calme-toi. Len ? fit-elle en l’obligeant à lever la tête, regarde-moi ! Ca va aller. On va régler ça. Ce n’est pas une situation agréable, mais ça n’a rien de nouveau pour moi ou pour Lex, alors calme-toi, ok ?

Son fils posa son regard bleu, si semblable au sien, sur elle et chercha quelque chose. Il sembla le trouver puisqu’il se calma et hocha la tête, beaucoup plus confiant soudain.

- Qu’est… coassa-t-il

Il se racla la gorge et reprit.

- Qu’est-ce que je peux faire pour t’aider ?

Tia réfléchit un moment puis fronça les sourcils.

- Où est ta sœur ?

- Aux dernières nouvelles, elle était avec une des femmes de chambre. Une famille de touristes doit arriver dans une heure et elle l’a emmené préparer leur chalet.

« Les touristes, merde ! »

- Lequel ?

- Le numéro 3.

- Y’a des touristes sur la propriété ?

Len hocha la tête.

- Deux familles.

« Merde ! »

- Tu sais où ils sont actuellement ?

- En excursion avec Andrea. Dans le Canyon de Bel Monté.

Le soulagement envahit la mercenaire mais ce fut de courte durée.

- Et Frédéric ?

- Je sais pas.

- Ok.

Tia se mit à réfléchir. Le tireur avait cessé ses tirs. Soit il était parti. Soit il attendait qu’elle sorte de sa cachette. Elle inspira profondément et élabora son plan. Elle attendit qu’Alexia sorte puis expliqua à son fils ce qu’il devait faire. Ensuite, elle se tourna vers sa compagne et à l’aide des signes habituels, lui expliqua ce qu’elle devait faire.

Alexia hocha la tête et le cœur emplit d’appréhension face à ce que Tia allait faire se prépara. Elle ferma les yeux et attendit.

Au signal convenu, Tia propulsa son fils vers Alexia et celui-ci se mit à courir, courber comme le lui avait ordonné sa mère pendant que Tia faisait de même mais en direction de la dénivellation qui menait aux chalets. Lorsque le coup de feu claqua, Tia se jeta au sol, roula sur elle-même et se releva, sans cesser de courir, slalomant de droite à gauche et de gauche à droite, s’arrêtant parfois brusquement puis courant en ligne droite ou en diagonale.

Lorsque le coup de feu avait retenti, Alexia, grâce à l’entraînement deTia, avait repéré d’où provenait le coup de feu. Elle rouvrit brusquement les yeux et se redressant, tourna son fusil à lunette dans sa direction. Elle ne se préoccupa pas des tirs qui menaçaient sa compagne, se concentrant, cherchant dans sa lunette le tireur. Il était seul, c’était une certitude.

Après quelques minutes, elle le trouva et sourit.

- Je te tiens, fils de pute.

Elle ajusta son viseur. Un calme surnaturel s’empara d’elle. Lorsque le silence fut complet en elle, elle choisit le point à viser. Et entre deux respirations, deux battements de cœur, dans le prolongement de son expiration, elle tira.

Et toucha. Elle vit l’homme, car s’en était un sursauter et se tenir le bras. Cependant ça ne l’arrêta pas. Il ajusta son fusil dans sa direction et elle se leva. Attrapa Len et le projeta à travers la porte ouverte, où elle s’engouffra à son tour. Elle claqua la porte et se posta au ras du sol, près de la fenêtre située près de la porte.

Elle prit le silencieux qu’elle n’avait pas eut le temps de mettre et le posa sur le bout du fusil. Elle tira dans le mur à deux reprises. Elle colla son œil aux trous et fut satisfaite de ce qu’elle voyait. Elle posa le canon de son arme contre le premier trou et le second trou contre la lunette de son viseur.

Elle le bougea un peu et chercha le tireur du regard. Mais ne le trouva pas. Il avait bougé. Logique, sa position avait été repérée. Cependant, même si elle l’avait touché, elle ne pensait pas qu’il s’arrêterait en si bon chemin. Si c’était un bon, il avait sûrement prévu un second point de tir et devait s’y rendre en ce moment même.

Un craquement dans son dos, la fit se retourner avec brusquerie, l’arme pointée en avant. Elle reconnu Frédéric avant de tirer et soupira bruyamment. Elle repositionna son fusil et lui fit un topo. Elle jeta un regard en coin à Len et vit que bien qu’effrayé et pâle, il avait l’air résolu.

- Len, appela sèchement Lex. Va dans ta chambre et celle de ta sœur. Récupère des vêtements de rechange pour vous deux. Ensuite tu vas dans la nôtre et tu prends le sac qui se trouve sur le lit. Tu amènes tout ça ici et tu repars dans la cuisine. Tu prends un sac à dos de nourriture et d’eau et tu reviens. Tu fais tout ça en restant toujours courbé et aussi près du sol que possible. Tu ne prends que le strict minimum pour toi et ta sœur et tu ne remplis pas vos sacs à ras bord, ok ?

Il hocha la tête.

- Alors vas-y.

Il hocha de nouveau la tête et disparut.

- Vous voyez Tia ? s’enquit-elle.

- Non. Mais elle a dû prendre un autre chemin. L’absence de tirs a dû lui mettre la puce à l’oreille.

Elle acquiesça et continua de juguler peur et angoisse. En mission, sur le terrain, garder son calme était une question de survie. Elle attendit donc patiemment.

Un bruit léger, comme un grattement, se fit entendre à l’arrière de la maison. Alexia tourna la tête vers Frédéric qui hocha la tête et lentement, sans un bruit, se rendit près de la source. Il attendit que la porte du patio glisse doucement avant de tendre la main en avant et d’agripper la personne qui tentait d’entrer. Il la projeta brutalement au sol et lui colla le canon de son arme sur la tête.

Deux yeux verts écarquillés le dévisagèrent en même temps qu’une arme glacée touchait sa nuque. Puis le métal froid disparut et un grognement sourd se fit entendre.

- Tu perds la main, Silent.

Frédéric soupira et retira son arme du visage de Lara.

- Désolé mon ange.

Elle hocha la tête et accepta sa main pour se lever. Tia entra et referma la porte du patio avant de descendre les volets. Elle alluma une torche et jeta son arme improvisé, un simple tuyau en métal. La vue de l’objet tira un sourire à Frédéric. Il s’était fait avoir.

- Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? demanda Alexia que le soulagement avait envahie en voyant sa compagne et Lara saines et sauves.

Tia regarda Frédéric qui hocha la tête.

- On passe par la trappe, fit-elle platement.

- La trappe ?

- C’est la raison pour laquelle j’ai acheté ce ranch, expliqua Frédéric. Au XVIIIème, d’anciens esclaves en fuite, ayant fait fortune, on fait construire un tunnel qui partait d’ici. Pour le cas où leur ancien maître les retrouverait. Ils étaient un peu parano, mais moi aussi alors.

- Et tu étais au courant ? s’écria Lex en fixant Tia accusatrice.

La jeune femme haussa les épaules sans la regarder. Len revint et déposa les sacs à dos sur le canapé. Il vit sa mère et sa sœur et se jeta sur elles en riant. Tia grogna et se dégagea doucement. Len vit que le bras qui entourait sa mère était tâché de sang. Il leva un regard consterné sur elle et elle lui fit un petit signe de tête négatif.

Il comprit. Ce n’était pas le moment. Il hocha la tête et elle se tourna vers son ancien tuteur.

- Il faut déplacer cette bibliothèque.

- Je vais le faire avec Frédéric, s’empressa de dire son fils.

Tia le regarda surprise puis lui sourit.

Frédéric et lui durent d’abord enlever les livres des étagères. Pendant qu’ils s’activaient, Tia récupéra les sacs à dos, il y en avait 4. Elle en donna un à sa fille. Fit signe à son fils qu’elle posait le sien près du canapé, en mit un sur son dos et donna l’autre à Lex.

Celle-ci semblait furieuse contre elle. Ca n’annonçait rien de bon quand à leur relation. Elle ne savait toujours pas ce que Lex avait décidé mais ce n’était pas le moment d’y penser, alors elle chassa ses idées noires.

 Bientôt, la bibliothèque fut repoussée et la trappe émergea. Frédérique l’ouvrait lorsque le monde explosa dans une myriade de bruits et de débris. Des éclats de bois, de verres et de plâtre leurs tombèrent dessus. Frédérique attrapa Len et le jeta dans la trappe nouvellement ouverte.

Lex sentit une brûlure sur sa joue et se jeta au sol en entraînant Lara. Tia suivit le mouvement, après avoir reçu des bris de verre en plein visage. Le sang qui coulait dans ses yeux la gênait mais ce n’était pas le moment de s’en soucier. Elle s’essuya tant bien que mal et regarda autour d’elle pour évaluer la situation.

- Qu’est-ce que c’est ? cria Lara.

- Une mitrailleuse lourde, répondit sa mère. Va vers la trappe en rampant ! Allez, fit-elle en la poussant dans la bonne direction.

Elle incita Lex à la suivre et fit signe à Frédéric de rejoindre Len. Elle vit sa fille atteindre la trappe en grimaçant et vit qu’elle avait dû ramper sur des débris. Lex la suivit bientôt et Tia ferma la marche. Lorsqu’elle fut à l’intérieur du tunnel, elle lança sa torche à Frédéric et Lex récupéra les leurs dans son sac. Elle en tendit une à Tia et alluma la sienne.

Tia put alors fermer la trappe. La lumière du soleil disparut et les bruits des tirs et d’objets explosant sous l’impact s’effacèrent aussi.


Fin de la partie I

 

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Le poids du futur et du passé, P1, chapitres 3-4

 

Chapitre 3 :

 

Plus tard dans la soirée, Tia voulu aborder le sujet difficile et délicat de la maladie d’Alexia. Elle entraîna donc celle-ci à l’arrière du ranch et l’incita à s’asseoir au bord du ravin.

Sachant qu’un tel comportement signifiait que Tia voulait lui parler de choses graves mais craignant que ce ne soit celui du mariage, elle fit tout de même ce que lui demandait sa compagne sans discuter. Les pieds pendant dans le vide, elle les fixait, l’appréhension grandissant un peu plus à chaque minute qui s’égrenait dans le silence.

N’y tenant plus, elle releva les yeux et vit que sa compagne scrutait le ciel étoilé. L’appréhension disparut, remplacé par une douce compassion.

- Tu les cherches toujours ? souffla-t-elle comme pour ne pas briser le moment magique que l’absence de bruit provoquait.

Tia hocha la tête sans quitter le ciel des yeux et Alexia se rapprocha d’elle. Elle passa son bras sous le sien et la tête sur son épaule, chercha de son côté, un signe, quelque chose, n’importe quoi qui puisse lui faire penser aux parents de sa compagne.

Ce n’était pas une tâche facile. Non pas parce qu’elle ne savait pas à quoi ils ressemblaient, Gin leur avait montré des photos et Tia lui avait parlé des impressions qu’elle avait gardé d’eux et qu’elle savait si bien traduire dans ses peintures. Non, c’était une tâche difficile car quoi qu’on en dise, la structure du ciel changeait chaque jour, comme les dunes dans le désert. Et le ciel était si immense… en faire le tour en une nuit était impossible.

Elle entendit Tia soupirer et se redressa avant de la regarder. Au même moment, sa compagne baissa les yeux sur elle et la présence visible de perte immense dans son regard serra le cœur d’Alexia. Elle leva une main et la posa sur la douceur veloutée de sa joue.

«  Dieu, ça fait 20 ans qu’elle les a perdu et c’est comme si c’était hier. Comment va-elle survivre à ma disparition ? » s’interrogea-t-elle avec inquiétude. Puis La mercenaire sembla revenir dans la réalité et elle attrapa sa main pour la porter à ses lèvres. Ce qu’elle pouvait aimer lorsque Tia avait ce genre de geste. Une telle tendresse, un tel amour, une telle dévotion… cela montrait si bien comme Tia tenait à elle.

Elle emmêla ses doigts aux siens et posa leurs deux mains sur ses genoux avant de plonger ses yeux si bleus au fond des siens. Un moment, Alexia s’y perdit puis les mots que sa compagne prononça la ramenèrent brutalement à la réalité.

- Il faut qu’on parle Lex.

- De quoi ? demanda-t-elle envahie par la crainte.

- De… ta maladie.

Absurdement, Alexia était soulagée. Elle n’allait pas discuter du mariage. Puis elle fronça les sourcils. « Attends une minute, tu ne veux pas parler du mariage pour ne pas avoir à parler de ta maladie. Voilà que c’est pile le sujet qui tombe et tu es soulagée ? » songea-t-elle incrédule.

Elle garda le silence, ne sachant pas quel côté de la maladie, elle voulait vraiment aborder. Elle la vit prendre une inspiration tremblante pour se lancer et la compassion la poussa à lui faciliter la tâche. La peur cependant étant la plus forte et elle se retint.

- Je… j’ai fait beaucoup de recherches, commença-t-elle en regardant en contrebas, le magnifique panorama. On a 10 ans environ avant que les premiers symptômes ne se déclarent. Et après ça, encore 15 à 20 ans avant que tu…

La voix de la mercenaire s’éteignit. Elle ne pouvait dire les mots. C’était trop réel, trop définitif.

- J’ai lu les dernières découvertes qu’ils ont faites en matière de traitements, reprit-elle après quelques minutes, et c’est très prometteur. D’ici 10 ans qui sait où ils en seront ? Ce que je veux dire, c’est que rien n’est encore joué Lex. Qu’il y a de l’espoir. Et que… qu’on doit garder la foi.

Lex releva la tête et dévisagea son âme-sœur. « Comme ça doit être dur à dire pour toi mon amour », songea-t-elle le cœur emplit d’amour pour cette femme courageuse pour qui la foi n’avait jamais rien été d’autre qu’une illusion mensongère qui la plongeait d’un cauchemar à un autre. De son pouce, elle caressa le dessus de sa main et l’incita à poursuivre.

- Mais… au cas où.

Une pause. Une inspiration hachée.

- Au cas où, il faut que l’on parle de ce que tu veux que l’on fasse. Tu veux suivre les traitements ? Tu veux qu’on prolonge ton existence même si tu souffres ? Tu veux quoi pour... après. Un enterrement ? Une crémation ? Y-a-t’il un endroit que où tu préfères être ?

Tia avait débité tout cela d’une seule traite avec une peur sans nom accrochée au creux de son estomac et qu’elle sentait lui dévorer les entrailles. Elle se tut finalement et attendit, les yeux dans ceux plein d’amour de celle qui avait changé sa vie.

- Je veux être près de toi. Toujours. Où que tu sois.

Finalement, en parler avait été moins difficile qu’elle ne le craignait. Tia l’aimait tant et si la perspective de sa mort était effrayante, celle de ne plus pouvoir être à ses côtés étaient bien pire. Elle ferait n’importe quoi pour Tia.

C’était cette certitude absolue que Tia avait besoin de connaître les réponses à ses questions et sa volonté farouche, à elle, de rendre heureuse sa compagne envers et contre tout, qui lui fit reprendre la parole.

- Une crémation. Et garde-moi près de toi.

- Toujours, répondit doucement la grande femme.

- Je veux que l’on tente tout ce qu’il est possible de tenter. Prolonge ma vie même si j’en souffre. Botte-moi les fesses si je te dis que je veux abandonner. Parle-moi de ton amour et de ce que serais ta vie sans moi. Donne-moi l’envie de me battre, encore et toujours. Lorsque la démence m’aura emportée, ne me laisse pas partir sans tout essayer, même si je te dis le contraire. Et répète-toi, à chaque fois que tu douteras, que ma vie avec toi, même dans les pires souffrances et mille fois meilleures qu’un repos sans ta présence.

Une brève pause puis, tout doucement:

- Tu es ma raison d’être Tia. Ma raison de vivre. La raison pour laquelle je suis ici sur terre. Tu donnes du sens à ma vie. La rends meilleure et si jolie. Je te dois la joie, les rires et tout ce qui me rends si fière de celle que je suis aujourd’hui. Si je dois mourir, je veux être sûre qu’on est tout fait pour éviter d’être séparées. Et même là, je ne suis pas sûr d’accepter notre séparation.

Tia déglutit avec difficulté. C’était… exactement ce qu’elle-même lui aurait dit si la situation avait été inversée. Elle ne parvenait pas à croire en sa chance. Elle avait vraiment trouvé son âme-sœur. Ce n’était pas un mot. Pas un fait. Pas même un sentiment. C’était la réalité. Toute simple et nue comme la vie, comme la vérité.

Elle laissa ses larmes couler en silence alors qu’elle prenait le visage de son autre elle-même entre ses mains et colla son front au sien.

- Pareil, souffla-t-elle sans quitter les deux émeraudes qui la fixaient.

Alexia lui sourit.

- Je t’aime Tia. Et ces mots sont vraiment trop faibles pour réellement décrire ce que tu provoques en moi.

La vague de joie qui l’avait balayé en entendant la déclaration d’Alexia, avait fait s’envoler les doutes qu’elle nourrissait depuis une semaine, mais pas la curiosité.

- Alors pourquoi ne veux-tu plus m’épouser ? demanda-t-elle avec un brin de douleur dans la voix.

- Mais je veux t’épouser ! rétorqua la petite blonde vivement.

Chose qu’elle regretta très vite. Comment expliquer son silence, son attitude ? La vérité peut-être ? Elle avait si peur que Tia ne puisse plus se détacher d’elle. Mais elle se mentait, elle le savait. Il n’y avait qu’à plonger au fond de ses yeux pour le savoir. Elle secoua la tête.

Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle voulait être sûre qu’elle allait bien. Elle ne pouvait pas lui dire qu’elle voulait se consacrer à elle, avant de s’occuper d’elles deux. Elle ne pouvait pas parce que Tia n’était pas prête à parler de ce qui avait amené sa dépression. Dès lors Tia se sentirait coupable. Et ce n’était pas ainsi qu’elle irait mieux.

- Alors pourquoi ne veux-tu pas qu’on l’annonce ? Qu’on fixe une date ? Qu’on…

Alexia l’interrompit en posant une main sur sa bouche.

- Plus tard, murmura-t-elle. S’il te plaît…

Sa compagne hocha lentement la tête et soupira en baissant les yeux.

- Et pour les enfants ? l’interrogea-t-elle brusquement.

- Les enfants ?

- Oui. Tu voulais porter mon enfant, tu te souviens ?

- Oui.

Alexia baissa les yeux. Oui, elle se souvenait et elle savait où Tia voulait en venir. De même qu’elle savait quelle réponse elle allait donner et anticipait déjà la déception et la douleur qu’elle allait faire naître dans ses si beaux yeux et elle ne voulait pas le voir.

- C’est toujours d’actualité ?

- Non.

Le silence qui suivit fut plus long et plus pesant que les précédents. Elle sentit la main de sa compagne trembler dans la sienne et l’entendit déglutir bruyamment. Elle s’en voulu d’autant plus qu’elle savait que Tia ne comprenait pas. Techniquement, son refus pourrait être interpréter comme la peur de transmettre la maladie à son enfant, mais avec la méthode qu’elles avaient l’intention d’utiliser, cette objection n’avait plus lieu d’être.

En conséquence, son refus ne pouvait être interprété que comme un rejet de sa compagne. Mais ça n’était pas le cas. Elle avait juste peur. Peur de s’attacher à un nouvel être qu’elle devrait quitter. Peur d’imposer sa disparition et ses souffrances à quelqu’un qui avait commis le seul crime de l’aimer.

Et peur surtout, que cet enfant ne lui prenne le temps qu’elle voulait passer avec Tia. Chaque seconde, chaque minute était précieuse. Elle ne voulait les partager avec personne. Tia était à elle. Jusqu’à la fin.

Elle ne pouvait pas lui dire ça. Elle ne pouvait pourtant pas non plus la laisser croire qu’elle la rejetait pour une raison quelconque. Elle opta donc pour un compromis. Une sorte de semi-vérité.

Elle pressa la main de sa compagne et expliqua :

- 10 ans c’est trop peu pour s’occuper d’un enfant. Les souvenirs qu’il aura de moi… il sera trop jeune. Je ne veux pas qu’il vive ça.

- Mais tu pars du principe que tu n’as aucune chance ! s’écria Tia. La recherche fait des progrès tous les jours ! Et pour un enfant, pour son équilibre profond, seul les 4 premières années comptent ! Il aura pleins de bons souvenirs de toi tu te trompes et 10 ans ça n’est pas si jeune ! Du moment qu’il les passe entouré d’amour, finit-elle plus calmement. Et puis, il y a encore au moins 15 ans après ça. Le temps de grandir…

- Et de me regarder mourir, l’interrompit-elle brusquement. De me voir perdre le contrôle de mon corps, de mon intelligence et de finalement baver comme un bébé, de perdre la tête et de ne plus pouvoir ni marcher, ni parler, ni manger seule. Non, Tia.

La mercenaire voulait argumenter, plaider mais elle savait que malgré son plaidoyer, la détermination qu’elle voyait sur le visage de sa compagne ne changerait pas et elle décida que cette bataille là pouvait attendre. La soirée avait été assez éprouvante, il était temps de passer à autre chose.

- Que dirais-tu d’une promenade au clair de lune ? fit-elle avec un sourire charmeur

Le soudain changement de sujet et de ton, fit cligner des yeux la petite blonde, mais elle accepta celui-ci avec soulagement et lui sourit en hochant la tête. Elle se laissa relever et suivit sa compagne sur le chemin abrupt qui les emmènerait au bas du ravin, près d’un ruisseau qui chantait comme s’il se savait éternel.

- Si tu es sage et silencieuse, lança sa compagne espiègle, tu pourras peut-être même voir un loup-garou, fit-elle en montrant la pleine lune du doigt.

Le rire clair qui s’échappa alors dans la nuit, allégea l’atmosphère et c’est d’un pas définitivement plus léger qu’elles entamèrent leur descente.

 

*********************************

 

Silencieuse comme un serpent, Alexia rampait sur le sol poussiéreux du désert, essayant de repérer l’adversaire. Elle inspira calmement, avalant du même coup les grains de sable sous elle et ferma les yeux, laissant ses oreilles prendre le dessus.

Concentré sur son ouïe, elle chercha un bruit, un son, un mouvement qui l’aurait renseigné sur la position de son ennemi. Mais rien ne filtrait, excepté le vent qui sifflait entre les rochers.

Cela faisait quatre jours qu’elle le cherchait. Mais elle n’avait trouvé aucun indice. Alexia réprima un soupir de découragement et de frustration et bougea lentement ses doigts pour chasser les fourmis qui s’y étaient installées.

Précautionneusement, elle se redressa et regarda autour d’elle. Elle était cachée derrière un rocher qui faisait deux fois sa taille et si massif que rien n’aurait pu le faire bouger. Elle scruta les ténèbres autour d’elle, mais elle avait beau plisser les yeux à s’en faire exploser les vaisseaux sanguins, elle ne voyait rien. La nuit dans l’Ontario était aussi complète que dans le désert Egyptien.

Elle tendit encore une fois l’oreille, mais ne décelant aucun son, elle se mit sur pied et accroupit, avança pas à pas, s’arrêtant régulièrement pour vérifier si elle entendait quelque chose puis reprenant sa lente avancée.

Elle ignora les crampes de son estomac qui lui donnaient la nausée et la brûlaient et tenta encore une fois de trouver du gibier. Elle n’avait rien mangé depuis deux jours et la faiblesse qui envahissait son corps rendait tous ces déplacements d’autant plus difficiles. Si cela continuait, elle allait se faire prendre.

Comme si son adversaire n’avait attendu que ça, elle entendit un grondement bas derrière et elle se retrouva plaquée au sol. Dans un réflexe dû à un entraînement intensif, elle lança son coude en arrière et entendit un bruit sourd qui lui indiqua qu’elle avait touché sa cible.

Le recul que son coup provoqua lui permit de bouger les hanches. D’un mouvement vif elle se retourna et entraîna son adversaire dans le même mouvement. Elle se retrouva à califourchon sur lui et leva le poing pour lui lancer un uppercut qui fut bloqué avant d’atteindre sa cible.

Son bras fut tordu et elle effectua une torsion du corps pour s’en dégager. Elle roula sur le côté et se redressa, en essayant de faire plus que deviner la silhouette qui lui faisait face. Mais elle se fondait avec maestria dans les ténèbres, si bien qu’elle ne la vit pas la contourner et qu’elle se retrouva projeter sur le sol pour la seconde fois en deux minutes.

Elle accompagna le mouvement et fit un roulé boulé qui la remit sur pied. Lorsqu’elle sentit la présence de son ennemi dans l’ombre, elle lança son pied et le grognement sourd qui lui parvint, lui confirma ce que la douleur dans son pied lui disait. Elle avait touché quelque chose de dur qui craqua.

Le bruit la fit frémir mais elle retrouva rapidement son sang-froid et se campa fermement sur ses deux jambes. Elle plissa les yeux et discerna un mouvement sur sa droite. Elle feinta, se baissa et lança son poing à l’assaut du ventre de son adversaire.

Sa main fut arrêtée dans son mouvement et une prise dure lui bloqua le bras. Elle se releva en tirant fort, mais la prise était solide et rien ne semblait pouvoir la relâcher. En désespoir de cause, elle lança son pied à l’assaut de sa tête, mais un mouvement et le brusque déséquilibre qu’elle ressentit en frappant le vide, lui fit comprendre qu’on l’avait évité.

Elle fut brutalement tirée en avant et retournée. Elle se retrouva plaquée contre un corps solide et une clé de bras enserra son cou avec force. La prise se resserra et elle commença à manquer d’oxygène. Ses jambes se mirent à trembler et la faiblesse qui était la sienne depuis le début de cette journée difficile, l’engloutit.

Elle ne voyait pas comment se dépêtrer de cette situation alors elle abandonna.

- J’a… j’abandonne, souffla en détendant son corps d’un seul coup.

La prise se relâcha et les bras qui la maintenaient fermement se firent plus doux. La main autour de son cou se fit caressante et descendit lentement vers sa taille, passant sur son sein aussi légèrement qu’une plume et envoyant des frissons brûlants le long de sa colonne vertébrale. Elle s’immobilisa tout contre le nombril d’Alexia alors que son autre main relâchait son bras et remontait vers son épaule.

Un souffle chaud chatouilla son oreille et une voix rauque d’avoir si peu servit ces derniers jours, lui murmura des mots tendres.

- C’était un peu rapide mon cœur. Tu aurais pu essayer encore.

Alexia soupira et s’appuya lourdement contre sa compagne en posant ses mains sur les siennes.

- Non je n’aurais pas pu. Je n’ai pas mangé depuis deux jours et je n’en ai pas la force.

Tia fronça les sourcils.

- A quoi crois-tu que sert cet entraînement au juste ? Tu dois apprendre à repousser tes limites, à rester sur le qui vive et être parfaitement opérationnelle même dans les pires conditions, Lex. C’est trop facile d’abandonner dès que tu te sens un peu faible. En ce qui concerne la nourriture, je t’avais donné des rations. Tu aurais dû les rationner au lieu d’en faire ton repas principal pendant ces deux premiers jours où tu étais livrée à toi-même. Je t’ai appris la chasse mais tu n’as pas attrapé une seule proie. Franchement Lex, on dirait que tu as oublié tout ce que je t’ai appris et je suis loin d’être satisfaite.

Sa voix était dure, sèche et dans l’état dans lequel elle se trouvait, Alexia, même si elle savait que sa compagne avait raison, ne supportait pas d’entendre tous ces reproches. Elle se raidit, les larmes aux yeux et s’écarta brusquement de la chaleur réconfortante de ses bras.

Elle se retourna et la fusilla du regard. Même à deux pas d’elle, Tia était quasiment invisible dans l’ombre. Seuls ses yeux bleus brillaient dans l’obscurité, ses magnifiques yeux qui pour l’instant la fixaient déçus et sévères.

- Tout le monde n’a pas eut la chance d’avoir reçut ton entraînement de malade ! lança-t-elle avant d’avoir pu se censurer.

Elle regretta ses mots au moment même où elle les disait mais Tia ne bougea pas. A peine cilla-t-elle sous l’insulte. Seul le bleu qui s’assombrissait, montrait qu’elle avait fait mouche.

Elle avança d’un pas et leva la main, mais Tia se déroba et se fondit dans les ombres, disparaissant à sa vue. Elle entendit un mouvement et une carte avec une boussole atterrirent à ses pieds.

Une voix basse, tendue, s’éleva :

- Débrouille-toi pour rentrer. Tu as deux jours. Passé ce délai, je viens te chercher.

Alexia releva vivement la tête les yeux écarquillés et fouilla le noir en face d’elle, mais sa compagne était invisible. Un autre paquet atterrit à ses pieds et elle découvrit de nouvelles rations sur lesquelles elle se rua tout en l’appelant :

- Tia… Tia, s’il te plaît, excuse-moi. Je ne voulais pas dire ça.

- Ce qui est dit est dit et ne peux pas être retiré, répondit-elle un peu plus loin que la dernière fois. Souvient-toi de ce que je t’ai appris Alexia, Chasse. Observe. Mange. Et reste calme. Prend le temps qu’il te faut, mais rentre en deux jours. Ni plus, ni moins. Deux jours Alexia. C’est ta course contre la montre. Essaie de te montrer à la hauteur cette fois.

Puis la voix se tut et le silence du désert retentit à nouveau. Alexia resta les bras ballants quelques minutes, le cœur douloureux et la colère en elle. « Quel imbécile, songea-t-elle en ramassant les paquets que lui avait lancé sa compagne, mais qu’est-ce qui m’a pris de lui lancer ça ?! »

Elle se tança encore quelques minutes puis soupira et secoua la tête. Tia ne l’appelait jamais Alexia, sauf quand elle voulait prendre ses distances avec elle. Ca faisait bien plus mal que ce à quoi elle s’était attendue.

Elle aurait voulu s’excuser encore, en discuter avec Tia mais l’entraînement, ou plutôt la phase deux de celui-ci ne pouvait être mise entre parenthèse, la discussion et les excuses devraient attendre. Exactement comme en situation réelle. C’était d’ailleurs le but de cet entraînement de survie.

Apprendre les priorités, s’organiser seule et voir si elle était capable d’utiliser par elle-même et sans la supervision de sa partenaire, ses apprentissages. Il était plutôt évident que non. Et après quatre années passées à lui apprendre avec patience tout ce qu’elle savait pour rien, elle aussi aurait été en colère à la place de Tia.

Elle ne parvenait pas à se concentrer depuis qu’elle avait passé ce fichu test, et encore moins depuis sa discussion perturbante avec Tia sur sa maladie, le mariage et les enfants. Elle savait que Tia avait raison. En tant que mercenaire, on devait pouvoir rester concentrer en toutes circonstances, quelque soit nos problèmes personnels. C’était une question de survie. Mais elle n’y arrivait pas et avait tout foiré ces quatre derniers jours.

Elle n’avait même pas réussi à repérer Tia avant que celle-ci ne lui tombe dessus. Encore moins à la combattre plus de quelques secondes. Elle était pitoyable et elle en avait parfaitement conscience.

Elle voulait que Tia soit fière d’elle et tout ce qu’elle avait réussi à faire c’était l’insulter !

Pour se rattraper elle n’avait pas trente-six solutions. Pour commencer, elle devait se reprendre. Evacuer toutes ses pensées et se concentrer sur ce qui comptait vraiment. A l’instant sa priorité était de trouver un abri.

Elle se mit donc en quête d’un endroit où passer la nuit, loin des prédateurs et pouvant la protéger du vent. Se faisant elle sentit le regard approbateur de Tia sur elle. Elle savait sa compagne loin d’elle, mais suffisamment près pour garder un œil sur elle. Exactement comme ses quatre derniers jours.

Tia voulait l’entraîner mais elle n’était pas un tyran. Elle la surveillait et interviendrait en cas de problème insoluble. Elle carra les épaules et se mit en marcha d’un pas décidé. Si elle parvenait à revenir dans le temps imposé par son mentor, alors elle aurait au moins atteint un de ses objectifs.

Après, il serait toujours temps de s’excuser. Se serait d’ailleurs plus facile si Tia était fière d’elle. Forte de cette résolution, elle remisa enfin toutes ses pensées, tous ses doutes et toutes ses peurs dans un coin de son esprit impossible d’accès et se concentra sur les choses qu’elle avait encore à faire.

 

********************************

 

Elle débarqua au ranch deux jours plus tard à sa grande fierté. Elle chercha sa compagne des yeux, mais ne la trouvant pas, elle entra dans la maison. Des rires à l’arrière l’attirèrent. Elle découvrit Tia, parfaitement à l’aise, attablée avec Linya et dégustant une citronnade en plaisantant. Len qui était aussi présent, fut le premier à la remarquer.

- Salut m’man ! lança-il à sa deuxième mère.

- T’as une tête terrible ! fit Lara avec son manque de tact coutumier.

- Merci, répondit-elle en cherchant le regard de sa compagne.

Celle-ci la fixa et lui fit un petit hochement de tête approbateur. Pour Lex c’était comme si Tia venait de la prendre dans ses bras et de la jeter dans les airs pour la féliciter. Professionnellement parlant Tia était loin d’être démonstrative et là, elle était en mode boulot malgré son air décontracté.

- Va prendre une douche, lança-t-elle doucement sans la lâcher du regard.

Alexia acquiesça et commença à faire demi-tour en se demandant ce que voulait dire son regard. Elle aurait voulu s’excuser mais de toute évidence le moment s’y prêtait mal.

- Contente que tu sois revenue ! lança Linya malicieuse. Et je vais bien aussi ! continua-t-elle en riant.

Lex sourit sans se retourner. Elle l’avait complètement snobé ce que Linya n’avait pas manqué de remarquer. Heureusement, son amie ne se vexait pas facilement. Elle entra dans sa chambre et se dépouilla de ses vêtements devenus guenilles au cours de cette semaine de survie stressante, et se rendit dans la salle de bains.

Elle alluma le jet de la douche et n’attendit pas qu’elle soit à la bonne température avant de s’y glisser. Elle en avait rêvé toute la semaine.

Lorsqu’une demi-heure plus tard, elle en sortit à contrecœur, elle trouva un plateau sur son lit. Un sandwich accompagné d’un verre de lait et d’un mot s’y trouvaient. Malgré la faim qui la tenaillait, elle prit le temps de lire le mot.

« Mange puis dors, on se parlera plus tard. » Droit au but, comme toujours. Elle soupira et soupesa son besoin de remettre les choses sur les bons rails avec son envie presque dévorante de se reposer. Dans son état actuel, si la discussion ne menait pas là où elle le voulait, elle tournerait très vite à la dispute. Autrement dit, elle n’avait pas tellement le choix.

Elle retourna la carte à tout hasard et y vit une autre phrase.

« Sérieusement, repose-toi. Demain on a droit à un barbecue. C’est une nouvelle fête du voisinage nouvellement mit en place d’après Frédéric. On aura besoin de tous les bras disponibles pour la préparer car elle a lieu ici ! »

Le point d’exclamation la renseigna sur la façon dont sa compagne prenait la nouvelle. Elle aurait donné cher pour être présente quand Frédéric avait dû la mettre au courant. Rusé comme il était, il avait attendu la dernière seconde, histoire de l’empêcher de trouver un prétexte bidon pour s’éclipser.

Elle avait plutôt intérêt à se reposer en effet, si elle voulait être en mesure de supporter Tia demain. Elle soupira devant le sort qui s’acharnait à l’empêcher de s’excuser auprès de sa mercenaire. Plus le temps passait, plus elle sentait que ça allait être difficile.

 

************************

 

Lorsqu’elle se réveilla, il faisait nuit noire. Elle sentit la présence de Tia dans la pièce mais pas dans le lit. Elle roula sur le dos et fit le tour de la pièce des yeux. Elle la trouva dehors, sur la terrasse. Les portes-fenêtres étaient ouvertes et la brise douce qui soufflait la fit frissonner lorsqu’elle se redressa dans le lit.

- Tia ? appela-t-elle.

Celle-ci se retourna, appuyant son dos et ses coudes contre la rambarde. Alexia devinait plus qu’elle ne voyait son expression. Mais sa posture, elle, était on ne peut plus explicite pour quiconque avait appris à la lire. Tia était épuisée. Pourtant elle ne dormait pas.

« Elle en a pourtant plus besoin que moi encore, songea la jeune femme inquiète. Elle savait que les moments ou elle-même s’était reposée cette semaine, Tia avait redoublé de vigilance pour surveiller les alentours pour elle, ne s’octroyant que quelques heures par-ci par-là. C’était ainsi qu’elle faisait lors des missions longues durées, à ceci près qu’elles veillaient alternativement l’une sur l’autre. Là, Tia avait été la seule à le faire.

- Viens te coucher, tu dois être épuisée, fit-elle en lui tendant la main.

Alexia la vit hésiter, puis abandonner. Elle prit sa main et s’allongea à ses côtés. Aussitôt Alexia se colla à elle, respirant avec délice son odeur. Peau fraîche et noix de coco. Elle glissa une main sur sa chemise et commença à défaire les boutons. Une main l’arrêta.

- Il vaut mieux que l’on se repose.

Elle ne le montra pas, mais ce rejet lui fit mal. Jamais. Jamais Tia n’avait été trop fatiguée pour ça. Jamais elle ne l’avait repoussée. Sa remarque avait frappé plus fort qu’elle ne l’avait cru.

- Ce n’était pas mon intention, murmura-t-elle doucement. Je voulais juste que tu sois plus à l’aise.

- Ha.

La main se retira et Lex entreprit de finir ce qu’elle avait commencé. Tia se releva un peu, lui permettant ainsi de lui retirer la chemise complètement puis elle se laissa retomber sur le matelas avec un soupir.

Sans qu’elle en ait conscience, sa main glissa sur la peau chaude et s’arrêta au dessus d’un endroit plus chaud. Elle souleva la tête et fixa le bleu en train de disparaître sur les côtes de sa compagne.

- Oh mon dieu, souffla-t-elle, le craquement ! Je… je t’ai cassé des côtes ?!

- Pas de quoi fouetter un chat Lex, fit la grande femme en attrapant sa main. J’ai eu un instant d’inattention et tu en as profité. C’est bien.

- Non, ce n’est pas bien ! Déjà je ne l’ai pas fait exprès ! s’insurgea-t-elle. Je ne te voyais même pas ! Ensuite, je ne suis pas sensée perdre le contrôle de mes mouvements comme ça ! Je suis sensée me contrôler, comme toi !

- C’est encore trop tôt pour toi. Ne te flagelle pas. Tu finiras par y arriver, mais je ne m’attends pas à ce que tu y parviennes tout de suite.

Alexia serra les lèvres. Le manque de contrôle était un sujet difficile. Tout d’abord parce qu’après quatre ans d’entraînement, elle était loin d’égaler sa partenaire, ce qui la frustrait. Ensuite parce qu’avec la réalité de sa maladie, ça prenait une tout autre dimension. Sa maladie… bon sang ce que ces mots lui faisaient peur.

- Je veux y arriver Tia ! lança-t-elle durement. Le plus vite possible. Dans 10 à 12 ans maximum, je vais perdre le contrôle de mon corps, que je le veuille ou non. Alors j’aimerais, au moins pendant quelques années, bénéficier d’un contrôle total sur lui, si ça ne te déranges pas !

Tia ne répondit pas. Le silence s’installa et Alexia se calma.

- Excuse-moi. Tu n’y es pour rien.

Tia haussa les épaules.

- Excuse-moi aussi pour ce que j’ai dit.

Elle n’avait pas besoin de préciser. Toutes deux savaient de quoi Alexia parlait.

- Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’étais fatiguée et vexée aussi je pense. J’ai tant de mal à me hisser à ton niveau. J’ai l’impression parfois de te faire perdre ton temps et j’ai peur que tu ne regrettes ta décision de m’entraîner.

Alexia fit une pause, mais Tia n’en profita pas alors Alexia poursuivit.

- Je ne le pensais pas Tia. Je te le jure. Je regrette.

«  Tu as voulu me faire mal, pensa la grande femme. Pourquoi ? » Depuis la découverte des résultats, Alexia avait changé. Subtilement, mais c’était indéniable. Elle s’éloignait d’elle, cherchait à lui faire payer sa bonne santé peut-être ? Comme si la voir disparaître n’était pas aussi douloureux pour elle. Alexia n’avait donc pas encore compris ? Elle était sa raison d’être.

Elle avait eu beau le lui dire et le lui répéter, on aurait dit qu’elle y croyait sur le moment et puis qu’elle le rejetait la seconde suivante. Elle ne savait pas quoi faire pour l’en convaincre. Elle ne savait plus quoi dire. Elle se doutait bien que les piques que Lex lui lançait parfois ne s’arrêteraient pas avec ses excuses, mais que pouvait-elle faire d’autre que de les accepter ?

Et d’accepter toutes celles qui suivraient. Elle ne pouvait pas imaginer sa vie sans Lex. Alors elle n’avait pas vraiment le choix, n’est-ce pas ?

- Je sais, dit-elle finalement. Ce n’est pas grave. Oublions ça ok ?

Alexia hésita mais finit par accepter. La mercenaire l’attira contre elle et Alexia se détendit enfin.

- On a une grosse journée demain, hein ? lança-t-elle mi-joueuse, mi- fatiguée.

Un grognement contrarié fut la seule réponse et cela la fit sourire. Elle raffermit sa prise autour de la taille de sa compagne et inspira d’aise, laissant ses sens se faire submerger par la présence rassurante, l’odeur et la force de Tia. Elle lui avait manqué.

 

Chapitre 4 :

 

Le lendemain Tia se réveilla avec un frisson. Avant même d’ouvrir les yeux, elle sut qu’Alexia était une fois de plus à l’autre bout du lit. Elle n’avait jamais été une acharnée du contact et Lex ne s’endormait pas affalée sur elle, mais elles ne dormaient jamais aussi loin l’une de l’autre.

Elle posa son regard sur le dos de sa compagne. Elle était roulée en boule. Mais qu’est-ce qui se passait donc dans sa tête pour qu’elle s’éloigne avec une telle constance d’elle ? Elle devait avoir fait quelque chose, même si elle ne voyait pas quoi.

C’était un geste totalement inconscient de la part de Lex puisque c’était pendant son sommeil, elle ne devait pas savoir elle-même pourquoi. Elle ne pensait pas que cela avait un rapport avec la révélation de sa positivité à Huntington, même si ça avait commencé peu après. Si Alexia avait été angoissée à cause de ça, elle aurait plutôt cherché le contact. Alors qu’est-ce que ça pouvait bien être ?

Ce qu’elle avait lu sur la maladie avait bien parlé d’un changement d’humeur, mais ça c’était dans les derniers stades de la maladie et le premier stade n’arriverait pas avant ses 35 ans minimum.

Elle avait lu qu’il existait des exceptions, une forme juvénile, mais ça se déclenchait avant 20 ans et Lex en avait 28. Et puis les symptômes ne correspondaient pas. Elle était effectivement plus irritable et plus agressive, mais il aurait d’abord dû y avoir une perte de contrôle de ses muscles. Des mouvements involontaires, comme des grimaces, des réflexes. Elle aurait dû avoir des problèmes d’élocution, d’équilibre et si il y avait une chose que Tia avait faite depuis qu’elles étaient au courant, c’était d’observer attentivement sa compagne.

Elle pouvait dire en tout sérénité que tous ces symptômes n’étant pas encore apparus, ce n’était donc pas ça.

La mercenaire réprima un soupir et fixa le plafond. A moins d’en parler directement avec l’intéressée, elle n’était pas prête d’avoir une réponse satisfaisante. Elle jeta un œil sur le corps encore endormi de son amie et secoua légèrement la tête. Aucune chance. Alexia avait le plus grand mal à supporter les discussions sérieuses en ce moment, ce qu’elle pouvait parfaitement comprendre.

Elle n’avait plus qu’à patienter. Le temps atténuerait le choc et, elle l’espérait, Alexia redeviendrait normale. Elle n’avait donc qu’à attendre.

Ce qui n’était pas son fort.

Du tout.

*******************************

 

La journée avait été particulièrement frustrante. Il avait fallu courir dans tous les coins pour parvenir à organiser les lieux pour l’arrivée de tout le monde. Quand son ancien tuteur lui avait dit le nombre d’invités, elle avait failli avaler sa langue.

Une cinquantaine, avait-il dit. Il avait invité tout le pays où quoi ? La veille quand il lui avait parlé des voisins, elle avait cru qu’il parlait des trois quatre qui entouraient leur terrain, pas de tous ceux avec qui ils étaient en relations !

Elle avait dû ronger son frein toute la journée pour ne pas donner le mauvais exemple aux jumeaux, eux aussi peu enthousiastes à l’idée de préparer la fête, et pour ne pas donner raison à sa compagne qui avait parié avec son oncle qu’elle râlerait tout du long.

Elle ne comprenait vraiment pas pourquoi son oncle était encore là. Lizzie était repartie à l’université, les vacances étant finies et Trinity devait s’occuper des affaires de la compagnie. Mais de ce qu’elle en savait, Gin aussi, alors pourquoi n’était-il pas parti avec elle ? La compagnie était un peu trop grosse pour pouvoir se passer de leur PDG aussi longtemps.

En tout cas, c’est ce qu’il lui avait dit au cours des trois dernières années pour la convaincre de venir lui donner un coup de main. Elle lui avait rétorqué qu’elle n’y connaissait rien et lui qu’elle apprendrait sur le tas. Que cette compagnie lui appartenait au trois-quarts et qu’il serait bon qu’elle sache ce que son père et sa mère lui avaient légué.

Elle lui avait répondu que son job, c’était mercenaire et que s’il voulait vraiment y faire entrer un autre membre de la famille, il pouvait en parler aux jumeaux. C’était peut-être ça ? Il était peut-être resté pour en parler avec eux. Leur exposer ce qu’était la compagnie, ce qu’il faisait et ce qu’ils pourraient y faire, eux, s’ils le voulaient ?

Mmmm, si c’était ça, elle allait devoir surveiller tout ça. Malgré ce qu’elle en avait dit, pas question d’envoyer ses enfants rencontrer des requins de la finance sans être sûr qu’ils ne risquaient pas trop de bobo.

«  Autrement dit, je vais devoir me coltiner tous les rapports que Gin m’a envoyé ces trois dernières années » songea-t-elle avec une grimace. Et avec son obsession de tout comprendre, si un truc n’était pas clair dans ces rapports, elle allait se coltiner aussi des tas de recherches et tout autant de lecture ! « Fantastique », songea-elle très peu enthousiaste à l’idée de ce qui l’attendait.

Elle s’assit lourdement sur une chaise encore libre et observa sa compagne et Linya vérifier que rien ne manquait. Alexia avait l’air parfaitement à l’aise dans ce rôle. Tout comme Linya. Elle se souvint que c’était au milieu d’une de leur réception qu’elle avait débarqué après l’enlèvement de Lex.

« Forcément, elles sont à l’aise. C’est leur monde ça. » Une fois de plus, elle se demanda si elle n’avait pas arraché Lex à un environnement qui semblait, aujourd’hui encore, lui convenir à merveille.

Elle savait que Lex l’aimait, mais… dans ce monde, elle avait aimé quelqu’un aussi. Qui lui ressemblait… quelqu’un avec qui cela avait duré des années. Toute son adolescence et sa vie d’adulte, elle avait aimé cet homme. Danzel. L’arrogant petit paon qu’elle avait rencontré au 25ème anniversaire de Lex. L’homme aux yeux aussi bleus que les siens.

Tia grimaça. Penser à ce type lui donnait des aigreurs. Il fallait qu’elle arrête, maintenant. Lex lui avait répété sur tous les tons qu’avec lui c’était fini. Qu’elle ne l’aimait plus depuis qu’elle l’avait rencontré elle. Qu’il n’avait été qu’un palliatif en l’attendant elle.

Même si la sincérité se lisait sur son visage et dans sa voix, elle avait du mal à ne pas repenser à cet homme. « Oh, arrête de te mentir Ti !, se gronda-t-elle, tu n’arrives simplement pas à accepter qu’elle ai pu aimer quelqu’un avant toi ! Tout ça parce que toi, tu l’as attendue pour savoir ce que c’était que d’aimer ! Pathétique. »

Elle inspira profondément pour se calmer, lorsqu’elle vit Lara, l’air très déterminé, se diriger vers elle. De toute évidence, elle avait l’intention de l’obliger à venir les aider. Elle sourit avec ironie. Elle reconnaissait bien là, sa propre volonté à faire partager à autrui, tout ce qu’elle jugeait ennuyeux et gonflant.

Elle aurait été drôlement hypocrite de l’envoyer bouler. Pourtant c’est ce qu’elle fit. Et avec le sourire. Sa fille ne fut pas dupe, mais c’était elle, la figure d’autorité, alors difficile de la remettre en cause. Surtout lorsqu’elle se plaignait d’une voix enjouée, combien Lex l’avait épuisée la nuit dernière.

Si Lara avait finalement accepté leur relation, elle ne tenait absolument pas à en connaître les détails. Une simple allusion la faisait fuir à toute jambe, alors quand sa fille exigeait d’elle quelque chose qu’elle ne voulait pas faire, elle lançait la conversation sur le sujet.

Elle gloussa devant le regard noir que lui jeta sa fille en tournant les talons et s’adossa confortablement à la chaise en regardant sa famille se dépêcher de terminer les préparatifs.

Elle savait bien qu’elle était visible, mais les invités seraient présents dans une demi-heure grand max et aucun d’eux n’avaient le temps de s’arrêter pour argumenter avec elle et tenter de la convaincre de les aider un peu. Elle était donc en totale sécurité.

 

*****************************************

 

« Ah temps bienheureux, disparus si rapidement… » songea la mercenaire deux heures plus tard. Une des voisines, une vieille qui avait l’air d’adorer les potins, lui tenait la jambe depuis quinze bonnes minutes et elle avait cette envie dérangeante de la propulser droit dans le poteau qui maintenait le chapiteau en place.

 Elle devait prendre sur elle et sentait que sa patience déjà rudement éprouvé, arrivait à son terme. « Encore un peu… »

- On vous a prévenue ? piaillait la petite vieille, les Ridobons, vous savez les éleveurs de bétail au Nord d’ici, eh bien à ce qu’il paraît, Mme Ridobons aurait eu maille à partira avec Le facteur. Enfin par maille à partir, je me comprends, gloussa la dinde…

«  Encore un peu… »

- Et son mari, ce pauvre Monsieur Ridobons, il l’a appris et je vous laisse imaginer sa réaction ! Mais remarquez, il l’a bien cherché. Il est si radin pour les étrennes de Noël !

«  Maintenant ! »

Elle se leva brusquement et fit un pas en direction de la commère, bien décidée à la balancer contre un truc dur. Sûr que tout le monde l’applaudirait. Cette vieille peau, s’est mis la moitié de l’assemblée à dos à force de piailler à tout va !

Au moment où elle se penchait sur la petite bonne femme, un corps s’interposa, l’obligeant à se redresser et à reculer. Agacée par cette interruption, Tia fusilla du regard l’importune. C’était une femme à peine plus petite qu’elle de quelques centimètres et élancée. Elle était rousse, les cheveux raides qui lui tombaient sur les épaules, avait des yeux gris ardoise qui la regardait avec un amusement nonchalant et était vêtue d’un jean bien repassé et d’un pull rouge qui se mariait à merveille avec ses cheveux.

Elle se pencha vers elle une main sur sa hanche et l‘autre levée vers son visage en un poing. Elle leva un doigt et le pointa vers Tia en l’agitant. Elle la tança en silence, un petit sourire en coin, puis se tournant vers Madame Ridjens, qui ne comprenait pas pourquoi elle avait été interrompue, elle l’informa que son époux la cherchait partout.

Enfin, elle se retourna vers la mercenaire et lui tendit la main.

- Rhapsody, fit-elle. Vous devez être Tia ? La mère de Lara, c’est ça ? Enchantée.

Sur l’insistance de Lex, elle avait commencé, un mois auparavant, à se présenter sous ce nom là, mais elle n’arrivait pas à s’habituer à entendre de parfaits étrangers l’utiliser. Elle qui voulait le garder pour ceux qui comptaient le plus…

Elle ne comprenait pas ce qui avait poussé Lex à le faire, elle qui savait pourtant ce que ça signifiait pour sa compagne. Mais Tia n’avait jamais vraiment su lui dire non, alors elle réprima le sursaut qui lui venait et se comporta en fille bien élevée. Elle hocha la tête lentement et après un instant, attrapa sa main et lui rendit son salut.

- Lara et ma fille, Gipsy sont très amies depuis le primaire.

Tia posa les yeux sur la dite fille. Elle était aussi blonde que sa mère était rousse et faisait la même taille que Lara. Puis elle revint à Rhapsody et dit :

- Vous êtes beaucoup trop jeune pour être sa mère.

La remarque la fit sourire.

- Pas vous peut-être ?

« Elle marque un point. »

- Moi, c’est particulier.

- Peut-être que moi aussi.

« Elle a réponse à tout ou quoi ? » Tia était énervée. Cette femme était d’un calme Olympien et sans raison valable, elle la rendait nerveuse. Elle avait deviné ce qu’elle était sur le point de faire à la vieille dame, ok c’était pas difficile, mais cela voulait dire qu’elle l’avait observée. Et elle s’était moquée d’elle, comme si elles se connaissaient depuis toujours.

Bizarrement, malgré son agacement, elle n’avait aucune envie de l’envoyer bouler.

- Peut-être.

- Puisque l’on est d’accord sur ce point, peut-être peut-on converser avec civilité, fit-elle en désignant les sièges un peu à l’écart de la foule.

Tia acquiesça et suivit la femme. C’était dingue le nombre de personnes qui se sentait obligé de lui parler et de lui poser des questions, aujourd’hui, en bons voisins selon Frédérique. Si être de bon voisin nécessitait autant d’effort, elle allait tout faire pour qu’ils la cataloguent comme une très très mauvaise voisine !

Pourtant, en s’asseyant aux côtés de Rhapsody, elle n’eut pas envie que la femme ait une mauvaise opinion d’elle.

- Vous n’avez absolument pas l’air d’apprécier cette réunion, lança la jeune rousse sarcastique.

- C’est l’euphémisme du siècle ! répondit-elle sur le même ton.

- Pourquoi ?

- J’aime pas la foule.

- Il y a une raison particulière à ça ?

« Ouais, ça me rappelle trop le camp d’apprentissage. Mais je me voie mal vous dire ça. »

- Le bruit, la promiscuité…

- Vous oppresse, finit la femme pour elle.

Tia leva les yeux surprise. Rhapsody lui fit un gentil petit sourire en coin.

- Mauvais souvenirs, hein ?

« Elle lit dans mes pensées ou quoi ? »

- Je connais ça, dit-elle comme en réponse.

Elle tourna le regard vers l’horizon et Tia la vit tourner son regard vers ses propres démons. Inexplicablement, Tia voulut l’en dépêtrer. Elle leva la main et la posa sur son bras, attirant son attention.

- Ca va ? s’enquit-elle inquiète.

Rhapsody tourna son regard triste vers elle et elle resta accrochée aux yeux bleus magnifiques qui la dévisageaient.

- J’avais pas fait attention à vos yeux avant, murmura-t-elle pensive en portant sa main au visage de la mercenaire.

Le cœur de Tia fit un bond soudain dans sa poitrine. Elle écarquilla les yeux en reconnaissant ce signe pour ce qu’il était. Un coup de cœur. Elle avait un faible pour la jolie et tendre Rhapsody.

Mais même en sachant cela, même en sentant qu’elle trahissait peut-être Lex, elle ne réussit pas à détacher ses yeux de ceux qui étaient cloués dans les siens. Puis Rhapsody sembla se rendre compte de ce qu’elle était en train de faire et ouvrit grand sa bouche et ses yeux en retirant vivement sa main.

Elle rougit et se releva brusquement.

- Je suis désolée, je ne suis pas si familière avec les gens d’habitude, désolée…

Alors qu’elle se détournait, Tia sentit un sentiment de perte brutale la percuter et elle leva la main pour l’arrêter.

- Attendez ! fit-elle en lui attrapant le bras. Restez, ajouta-t-elle plus doucement alors que la rousse se tournait vers elle presque timidement.

Elle hésita un peu puis hocha la tête et se rassit. Après un moment de silence, Rhapsody releva les yeux et les plongea dans les siens.

- Je suis désolée, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai juste… cette impression tenace de vous avoir déjà vu… de vous connaître.

Tia fronça les sourcils et une brusque image brouilla sa vision.

Une femme grande, belle et asiatique se tenait devant elle en kimono. Elle lui souriait et lui disait, « apprend à être plus patiente, reste calme et… ». La vision s’évanouie alors qu’une voix retentissait à ses côtés.

- Hey ! s’écria Rhapsody inquiète devant son regard fixe et stupéfait. Vous allez bien ? Je vous ai choquée ?

- Asiatique.

- Pardon ? fit la jeune femme interloquée.

- Une asiatique, répéta la mercenaire en secouant la tête pour s’éclaircir les idées.

- Heu… c’est si visible ?

Tia qui venait de revenir complètement à la réalité, se tourna vers sa compagne en fronçant les sourcils.

- Quoi ?

- C’est si visible que ça ?

- Quoi donc ?

- Que j’ai des gènes asiatiques.

- Vous avez des gènes asiatiques ? s’exclama Tia stupéfaite.

- Eh bien oui. Mais pourquoi avez-vous l’air aussi surprise ? C’est vous qui venez d’en parler.

- Je ne parlais pas de vous.

- Oh ! Eh bien, tant pis. Vous connaissez mon terrible secret maintenant, fit-elle en riant.

Tia lui retourna son sourire. Elle aimait bien la voir rire. Il y avait quelque chose chez elle… qui faisait tinter... quelque chose en elle.

- Alors comme ça vous avez des ancêtres qui viennent d’Asie ? reprit-elle avec une légèreté qu’elle n’avait plus ressenti depuis deux semaines.

- Et oui !

- D’où exactement ?

- De chine. D’après papa, on aurait même une ancêtre qui aurait été impératrice là-bas.

- Oh, alors je parle à une personne de sang bleu. Je m’incline bien bas, votre majesté, fit-elle en mimant le geste.

- Tu n’as pas toujours eu d’aussi bonnes manières, si je me souviens bien, répondit-elle en riant avant de s’arrêter brusquement avisant ce qu’elle venait de dire.

Tia la dévisageait aussi interloquée qu’elle.

- On se serait déjà rencontrée ? demanda-t-elle incertaine.

- Je crois que je m’en serais souvenue, fit la jeune femme pensivement. Désolée, ajouta-elle en haussant les épaules, je ne sais pas d’où c’est venu.

- Pas grave. En plus tu avais raison, fit-elle en acceptant implicitement le passage au tutoiement, je n’ai pas toujours eu de bonnes manières.

- Mais tu t’es améliorée, c’est ce qui compte, fit-elle avec son petit sourire tranquille.

Tia hocha la tête.

- Alors la chinoise, la taquina-elle comme si elle la connaissait depuis toujours, tu fais quoi dans la vie ?

- Je suis professeur d’histoires anciennes au Lycée Turncot.

- Mes enfants vont là-bas, s’étonna Tia.

- Je sais. J’ai Len dans une de mes classes. Lara, elle, je la connais par Gipsy, comme tu le sais déjà.

Tia hocha la tête et poursuivit ses investigations.

- Où habites-tu ?

- Dans la vieille ferme des Olsen.

- Celle à

11 kilomètres

de là au Sud ?

- Oui.

- Ho, alors tu es notre plus proche voisine.

 - Je plaide coupable, sourit-elle.

La grande femme ne put s'empêcher de le lui retourner.

- Tu es venue avec ton époux ? lui demanda Tia d'un seul coup

- Je suis divorcée.

Absurdement, cette découverte lui fit plaisir.

- Et tu fais de l’élevage en plus de ton boulot ? Chapeau, fit-elle. Toute seule, ça ne doit pas être évident.

- J’ai des employés, rit-elle.

- Et avec quoi tu les payes ?

- Une assurance vie, répondit-elle en perdant le sourire.

Le silence qui s’installa alors fut pesant.

- Désolée, glissa la mercenaire doucement.

- Comment sais-tu que j’élève des chevaux ? demanda Rhapsody pour couper cours à ses questions éventuelles autant que pour alléger l’atmosphère.

- Je cours parfois jusque chez toi, répondit-elle gracieusement.

- Tu cours ? Tu veux dire d’ici ? s’exclama sa vis-à-vis incrédule

Tia hocha la tête.

- Mais pourquoi ? Je veux dire, tu le fais pour une raison précise ? Te maintenir en forme, maigrir ?

- Peux pas y avoir une autre raison ? rétorqua la grande femme avec un sourire amusé.

- Ben… il faut une sacrée motivation pour se faire 22km aller-retour.

« Ou un appel très puissant », songea-t-elle en pensant à ce cri si particulier qui la suivait où qu’elle aille. Etrangement, il s’était tu depuis deux semaines. Et elle ne savait pas si elle était soulagée ou inquiète. En manque peut-être ? Elle avait l’impression que c’était une partie d’elle qui l’appelait comme ça.

Elle repensa à sa décision d’y répondre la prochaine fois qu’il retentirait pour savoir si ça avait un lien avec la maladie de Lex comme elle le soupçonnait. Elle savait que c’était absurde, mais c’était plus fort qu’elle. La source de ce cri avait des réponses à ses questions et elle espérait de tout cœur qu’il en aurait aussi concernant Lex.

Tia sourit sans répondre. Repenser à Lex, la fit se sentir coupable. Pourtant elle n’avait aucune raison pour cela. Elle n’avait rien fait de mal. Elle étudia la jeune femme qui lui faisait face et sut que si elles continuaient à se voir, elles deviendraient de très bonnes amies. Et des bons amis, elle n’en avait pas tant que ça.

Rhapsody lui retourna son étude. Elles restèrent plusieurs minutes sans parler à simplement se regarder. Lorsqu’elles en prirent conscience au lieu d’en être gênées ou de se sentir coupable, elles sourirent de connivence.

Soudain, Rhapsody releva la tête et regarda par dessus l’épaule de Tia.

- Je crois qu’on t’appelle, fit-elle en pointant le menton.

Tia se retourna et vit Lex lui faire un petit signe en riant. Elle attendit que son amie les rejoigne et lui rendit petit signe et sourire. Lex arriva enfin à leur hauteur et Rhapsody se leva pour lui serrer la main et se présenter. Elle se rassit et Lex s’installa sur ses genoux un bras autour de son cou.

Les yeux brièvement écarquillés de Rhapsody lui apprirent qu’elle avait compris ce qui les liaient et qu’elle ne s’y attendait pas. Elle craignit que son orientation ne rebute sa nouvelle amie et elle fronça les sourcils.

Celle-ci parut s’en rendre compte et elle lui fit un sourire rassurant.

Elles discutèrent quelques minutes toutes les trois de façon plaisante puis un invité interpella Lex et elle l’embrassa sur la joue avant de partir. Tia la regarda s’éloigner puis se tourna vers sa nouvelle amie.

- Tu l’aime énormément, constata Rhapsody.

- Oui.

- Vous formez un très joli couple toutes les deux.

- Ca ne te choque pas ?

- Non. J’ai juste été surprise. Pourtant j’aurais dû m’y attendre, Gipsy m’en a parlé. Je ne t’avais simplement pas associé à la personne dont Gipsy me rebat les oreilles. Tu lui a fais forte impression, c’est le moins que l’on puisse dire ! Elle parle de toi sans arrêt !

- Vraiment ?

- Oh oui ! Je sais que tu fais un métier qui t’oblige à beaucoup voyager, mais je me demandais… voudrais-tu passer un de ces quatre à la maison pour prendre un verre ? Avec ton amie, bien sûr.

- Oh. Je… avec plaisir.

- Alors c’est dit. Ha, je crois qu’on te demande, fit-elle avec malice. Encore.

Tia se retourna et aperçut son fils qui lui faisait de grands signes.

- Ca m’a l’air plutôt pressant.

Tia acquiesça et reposa son regard sur elle. « C’est… étrange comme j’aime être près d’elle. C’est… comme si elle m’apaisait. Quelque chose comme ça, oui ». Puis elle se secoua et prit congé, non sans avoir promis à sa nouvelle amie de la revoir avant la fin de la petite fête.

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Le poids du futur et du passé, P1, chapitres 1-2

LE POIDS DU FUTUR ET DU PASSE

De honey

 

 

PARTIE I : Quand le passé nous revient.

 

Chapitre 1 :

 

Elle n’en revenait pas. La… surprise, car s’en était bien une, était totale… Elle ne s’était doutée d’absolument rien. Comment une chose pareille était-elle possible ? Elle avait pourtant surveille calendrier…

Elle fit un pas en arrière et pencha la tête. Elle fronça les sourcils en découvrant la date du jour entouré au crayon rouge, avec une inscription au feutre déclarant : Je t’ai eu !!! Puis elle revint à la scène qui l’attendait au dehors et fusilla sa compagne et ses enfants du regard.

Pas du tout submergé par la culpabilité, ils lui retournèrent tous les trois un large sourire. Elle leva les yeux au ciel et tenta de faire contre mauvaise fortune, bon cœur. Après le piège dans lequel elle était tombée, trois ans auparavant, elle était parvenue à échapper aux fêtes d’anniversaire qu’Alexia tentait chaque année d’organiser pour elle.

Mais apparemment cette année, Alexia, sûrement sous l’influence des jumeaux, avait réussi à la coincer.

- Tu as changé les dates du calendrier, accusa-t-elle sa compagne qui s’était avancée et lui avait prit la main.

Alexia sourit et la tira gentiment vers le terrain dégagé derrière le ranch où la fête surprise avait été organisée. Alexia salua tout le monde et incita Tia à faire de même. Elle sentit que son amie se forçait et cela la fit sourire. Elle garda résolument le visage tourné vers l’avant en l’entraînant vers la table de buffet froid monté pour l’occasion.

Elle prit une assiette en carton décorée de petites roses culs-culs et la remplit des mets préférés de sa mercenaire puis la lui tendit. Tia agrandit les yeux devant l’assiette et fronça le nez de dégoût devant la décoration guimauve.

- Joyeux anniversaire mon cœur, fit Lex en se levant sur la pointe des pieds pour déposer un petit baiser sur ses lèvres.

Tia la fixa un moment, indécise quant à l’attitude à avoir. Elle n’était pas très contente de fêter son 34ième anniversaire, mais Lex était si fière d’elle et si foutument heureuse de lui faire ce cadeau qu’elle ne pouvait décemment pas gâcher ça. Elle soupira et lui fit un petit hochement de tête. Alexia l’interpréta correctement et son sourire s’agrandit en même temps que ces yeux s’illuminaient.

- T’étais vraiment obligée pour la déco ? grogna-t-elle néanmoins. Et comment tu t’es débrouillée pour organiser et mettre tout ça en place sans que je n’en devine rien ?

Outre le fait de ne pas aimer fêter son anniversaire, elle déplorait fortement le fait de devoir le faire le jour de la Saint-Valentin. Au moins cette année, elles pourraient faire quelque chose ensemble puisqu’elle n’avait pas à éviter Lex toute la journée. Le jour de la Saint Valentin… elle n’en revenait toujours pas.

« Merci papa, merci maman… » songea-t-elle, « pour la merveilleuse ironie qui veut que je sois née le jour de la célébration de l’amour, moi une tueuse qui a tout ces morts sur la conscience… » Elle ne savait toujours pas comment elle se sentait vis-à-vis de ça. Depuis le jour où Lex lui avait dit qu’elle avait une date d’anniversaire comme tout le monde, elle se sentait bizarre.

Elle avait souhaité si souvent en avoir une, être normale, comme tout le monde. Et maintenant que c’était le cas sur tous les plans, ou presque, elle avait l’impression que tout était irréel. Elle inspira calmement et contrôla son malaise.

- J’étais sûre que ce genre de chose te ferais grogner et je n’ai pas pu résister. Comme de toute façon, je savais que cela ne te plairait pas, je me suis dit que je pourrais m’amuser un peu.

Elle avait débité tout ceci avec un immense sourire. 

- Tu… A quoi ça sert que tu organises mon anniversaire si ce n’est pas pour me faire plaisir ? rétorqua la grande femme estomaquée.

- Ben, y’avait peu de chance que ça te plaise, non ? Alors pourquoi me serais-je embêtée ?

- Mais pourquoi organiser mon anniversaire alors ?

Tia était complètement incrédule.

- Ben parce que c’est ton anniversaire, rétorqua la petite blonde en haussant les épaules avec un petit sourire.

La mercenaire était stupéfaite par la logique bizarroïde de sa compagne. A ce moment là, un orchestre qu’elle n’avait pas aperçu entama une gigue endiablée et ses enfants vinrent la chercher pour qu’elle y participe. Le regard de dégoût pur qu’elle lança en direction des musiciens les fit glousser.

Linya rejoignit une Lex goguenarde et l’interrogea :

- Je dois dire que la question de Tia m’intrigue aussi. Alors pourquoi, réellement, as-tu organisé tout ceci, sans essayer une seule seconde de faire en sorte que cela lui plaise ?

- Parce que ça ne lui aurait de toute façon, pas plu, expliqua-elle avec un sourire amusé. Mais c’est un événement important, sa naissance, et je veux qu’elle finisse par le trouver aussi important que moi ou les jumeaux. Et faire en sorte que cet anniversaire lui plaise le moins possible à deux avantages. Le premier, c’était super amusant à organiser. Le second, elle ne pense pas à comment elle doit se sentir, elle va essayer de débusquer tout ce qui ne lui plaît pas, et au final, la fête sera passée sans qu’elle ne le remarque.

- Je vois, fit Linya avec un sourire de connivence.

- Et puis, franchement, regarde sa tête. C’est pas la chose la plus drôle que t’es jamais vue ? s’esclaffa-elle alors qu’elle passait devant elles, encadrée par ses enfants.

Linya acquiesça en éclatant de rire. Lorsqu’elle eut reprit son souffle, elle dit :

- Jolie fête à propos. Comment as-tu fait pour la préparer sous son nez ?

- Ben justement, je l’ai préparé sous son nez. Le vieil adage qui dit que cacher à la vue est la meilleure des cachettes est très vrai. Elle cherchait tellement des indices dissimulés qu’elle n’a rien vu.

Après une petite pause, Linya jeta l’air de rien :

- Jolie bague.

Alexia sentit son cœur tressauter et le rouge lui monter aux joues.

- Je… hum, se racla-elle la gorge embarrassée, oui. Tia m’a… euh… demandé ma main, la semaine dernière, finit-elle plus rouge qu’une tomate en plein soleil.

- La semaine dernière ? s’exclama son amie en tournant vivement la tête vers elle. Et tu ne me l’as pas dit avant ?!

- Je… eh bien… on ne l’a dit à personne encore.

- Mais… pourquoi ?

- Euh… eh bien, c’est de ma faute. Tia voulait le crier sur tout les toits mais…

- Mais… ? l’encouragea Linya doucement.

- Je… je lui ai dit que je préfèrerais qu’on le garde pour nous pour l’instant.

- Mais pourquoi ?

- Je… j’ai peur, souffla-t-elle finalement en lui jetant un regard en coin.

- Mais de quoi ? Tu rêves de l’épouser depuis que tu l’as rencontrée.

- Oui, mais… Deux choses en fait. La première, eh bien, Tia va mieux, c’est vrai mais… je ne suis pas certaine qu’elle se soit aussi bien remise qu’elle le dit et… je ne veux pas m’intéresser au mariage tant que je ne serais pas sûre qu’elle est parfaitement remise.

- Qu’est-ce qui peut bien te faire croire que ce n’est pas le cas ? J’admets que le processus pour la sortir de sa dépression après l’affaire Sassem à été long, mais elle a l’air parfaitement bien maintenant. Je veux dire, elle rit, elle joue… c’est… ça faisait longtemps que ce n’était plus arrivé.

- C’est vrai…

Lex observa sa compagne. Pouvait-elle s’ouvrir complètement à Linya ? Certes, elle était sa meilleure amie, mais ça… ça concernait Tia en premier lieu. Pas elle. C’était vrai que Tia allait mieux. Mais si la dépression avait lentement cédé le pas à un retour à la vie prudent, cela avait laissé des traces. Tia était plus fragile qu’avant. La façon dont elle avait tué Sassem, dont elle avait perdu le contrôle d’elle-même, l’avait profondément choqué. Elle avait refusé de lui en parler, préférant s’enfermer dans sa douleur.

Elle lui avait laissé du temps et finalement, Tia avait finit par l’accepter. Un jour, six mois après la mort de Sassem environ, Tia était apparue à Lex comme changée. On aurait dit qu’elle avait pris une décision. Elle ne savait pas laquelle, mais cela avait eu l’air de lui faire du bien. Elle avait commencé à revenir vers eux. Ces yeux ne semblaient plus aussi morts et le soulagement qui avait été le sien avait été puissant.

Mais après quelques semaines, elle avait décelé un problème. Tia se contrôlait. Elle l’avait toujours fait bien sûr, mais pas comme ça. Tout, absolument tout, était parfaitement réfléchi. Pas un geste spontané, pas un mot irréfléchi. Elle avait cru qu’elle allait tuer leur couple tellement Tia avait l’air d’un robot.

Elle lui en avait parlé surtout parce que lors des missions, Tia se contrôlait si fort qu’elle avait l’impression qu’elle s’en rendait malade. Ca l’avait réellement inquiété. Après ça, Tia avait commencé, très doucement, mais avec effort et conscience, à se détendre. Mais le côté physique, lui, était demeuré aussi verrouillé qu’un coffre fort.

Et puis Tia l’avait demandé en mariage. Et depuis… elle avait l’air comme avant. Son côté spontané était totalement revenu. Et c’était un grand pas. Mais Tia doutait plus vite, plus longtemps, elle avait peur, s’agaçait plus rapidement aussi. Elle refusait toujours de lui parler de Sassem et de ce que la façon de le tuer lui avait fait. Et Lex savait que tant que cela serait le cas, Tia ne serait pas complètement libéré. Néanmoins, si sa dépression avait laissé des traces, le fait était que celle-ci était derrière elle maintenant. Lex n’avait plus qu’à se concentrer sur les petites traces qui restaient. « Le plus difficile à faire, en fait » songea-elle. Tia était si secrète. Si déterminé à ne plus aborder ces sujets là. 

- C’est vrai, répéta-t-elle, mais seulement depuis…, fit-elle en agitant la main où se trouvait la bague.

- Je vois. Et la seconde ?

Lex resta silencieuse puis reprit :

- La semaine dernière… j’ai fait le test et…

- Et… ?

Le cœur de Linya battait la chamade, elle n’avait pas besoin de demander de quel test elle parlait, cela faisait des années qu’elle essayait de la convaincre de le faire.

- Il est positif.

- Oh dieu… murmura la chef des Nazaréens en la prenant dans ses bras. Je suis désolée… j’étais si sûre…

- Ouais, moi aussi. Avec Tia… je ne sais pas… je pensais que rien ne pouvais m’arriver. Mais l’amour ne change rien, finalement, conclu-t-elle résignée.

- Bien sûr, qu’il change tout ! rétorqua Linya furieuse de son défaitisme. Ta vie sera peut-être plus courte qu’elle n’aurait été sans ça, mais rien n’est certain. Et tu as au moins la certitude qu’elles seront heureuses ! Elles seront pleines d’amour Lex, c’est… c’est une chance inouïe ! Alors c’est pour ça que tu ne veux pas l’annoncer ? A cause de ton test ?

- Non, répondit la jeune femme en secouant la tête. C’est… si on l’annonce à tout le monde, Tia voudra organiser le mariage au plus vite et…

- Et tu ne veux pas l’épouser.

- Oui.

- Pourquoi ne le lui dis-tu tout simplement pas ? Si tu regrettes…

- Mais je ne regrette pas ! l’interrompit-elle. Je c’est juste que j’ai peur… si on se marie… elle va s’attacher encore plus et… si je suis incapable de rompre avec elle pour son bien, je peux au moins essayer de limiter les dégâts.

- T’es sérieuse ?! s’exclama son amie incrédule. Mais enfin Lex, c’est trop tard pour ça ! Elle est dingue de toi ! Et contrairement à ce que tu penses, elle ne pourra pas l’être plus !

Alexia secoua la tête.

- Tu te trompes. Le mariage… c’est comme une promesse… une promesse d’éternité. Une promesse c’est… sacrée, solide, quelque chose sur laquelle on peut se reposer. Si on se marie, elle pourra relâcher son être tout entier et l’accrocher à moi sans peur et accepter le mien sans hésitation. Et quand je disparaîtrais… quand je disparaîtrais, répéta-t-elle après une brusque inspiration, elle se sentira si vide… l’être qui était accroché à elle, disparaîtra aussi et elle se retrouvera déséquilibrée, encore plus que maintenant. Lin, essaie de comprendre. Tia est bancale, elle l’est depuis toujours. Depuis notre rencontre, elle a commencé à se redresser et elle sera complètement droite lorsque je serais sa femme. Aujourd’hui, elle est peut-être bancale, mais elle ne tombera pas quand je la relâcherais d’un seul coup. Aujourd’hui, elle n’a qu’une partie de mon être… alors elle pourra rester debout. Mais si elle a tout… alors elle tombera. Et c’est pareil pour moi. Tous les êtres humains de cette terre sont bancals. Jusqu'à ce qu’il trouve la personne qui les redressera. C’est ainsi. J’ai trouvé ma personne. Mais je serais la pire des égoïstes de lui faire une chose pareille. Et si je l’aime trop pour pouvoir m’en aller maintenant, je l’aime aussi beaucoup trop pour lui faire subir pareille épreuve.

Linya soupira et réfléchit quelques instants. Ca faisait beaucoup à encaisser d’un coup. Alexia était malade… ça c’était le plus dur, mais elle n’y pouvait rien, alors elle ne s’attarda pas sur cette nouvelle. De toute façon, depuis son réveil de ce rêve étrange elle sentait que quelque chose rodait autour de son amie, alors elle n’était pas surprise.

Mais pour la triste résignation qu’elle lisait sur son visage elle pouvait peut-être faire quelque chose.

- Lex, je comprends, mais je crois que tu te trompes. Tu n’es pas la béquille de Tia, tu es sa raison d’être. Et c’est trop tard si tu crois que tu peux l’empêcher de t’aimer plus. Tu sais que chaque être humain sur terre cherche sa raison d’exister. Tu es celle de Tia comme elle est la tienne. Tu ne peux rien contre ça. Ne la repousse pas, ça ne servirait à rien. Elle t’aime déjà, plus qu’elle ne peut aimer qui que se soit. Même ses enfants, souffla-elle en se souvenant de la fin de ce cauchemar si réel.

Mais Lex secoua une fois de plus la tête. « Dieu ce qu’elle peut être butée, songea son amie en posant les yeux sur une Tia très méfiante quant au déguisement que lui tendait Len en pouffant. Espérons, qu’elle saura te convaincre »

- Très bien, fit-elle en acceptant sa défaite temporairement. Et qu’as-tu dit à Tia exactement pour la convaincre de se taire ?

Là, Alexia eut un air gêné qui n’augurait rien de bon. Elle détourna les yeux en lui répondant.

- Rien. Elle n’a rien demandé.

- Comment ça, elle n’a rien demandé ? s’enquit-elle en fronçant les sourcils.

- Je crois qu’elle a peur que je regrette ma réponse. Elle n’ose pas me demander une explication de crainte que je ne revienne sur mon oui.

C’était aussi un des indices que Tia n’allait pas si bien que ça. La Tia d’avant n’aurait pas eu peur de demander. Elle aurait été angoissée oui, mais elle aurait quand même posé la question.

- Et tu la laisses croire ça ?!

Le silence qui suivit fut suffisant.

- Bon dieu, Lex je ne te croyais pas si cruelle ! lâcha-t-elle furieuse.

La brusque prise de position de sa meilleure amie pour sa compagne, la surprit et elle lui lança un regard interrogateur et étonné.

Mais ne sachant pas comment lui expliquer que le rêve qu’elle avait eu de Tia la semaine précédente avait complètement changé sa façon de voir la grande femme, elle se tut. Depuis ce cauchemar, elle était complètement terrifiée à l’idée de se retrouver à nouveau dans cette situation et de n’être une fois de plus pas à la hauteur.

La détresse de Tia l’avait touché si profondément, qu’une espèce d’instinct de protection à son encontre s’était développé. Un instinct et une inquiétude qu’elle ne contrôlait pas. Alors l’expliquer…

- Je… je n’essaie pas d’être cruelle, Lin. C’est juste que… si je lui donne les vrais raisons de mon refus, elle va tout tenter pour me convaincre. Et je la connais, elle a beau ne pas être à l’aise avec les mots, elle sait toujours trouver les bons lorsqu’elle s’adresse à moi.

- Tu as peur qu’elle te convainc, donc ?

- Oui.

- Bordel, Lex ! grommela la jeune femme agacée de cet embrouillamini.

- Je sais.

Il y eut un moment de silence pendant que chacune d’elle observait le sujet de leur dispute en train d’essayer de se soustraire à la demande de Frédéric de danser avec elle, ce qu’elle ne parvint pas à faire. Elle le suivit donc avec l’air d’être sur le point de se rendre à son propre enterrement.

- Tu ne lui diras rien ?

Linya la fusilla du regard. Alexia tressaillit et la culpabilité en elle le disputa à la conviction que ce qu’elle faisait était juste, mais aussi à la jalousie. Depuis quand Tia ou ce qu’elle ressentait, passait avant elle, dans le cœur de Linya ? Elle s’efforça de contrôler cet accès complètement hors de propos et attendit la réponse de son amie.

- Je ne sais pas si je dois me sentir insulter ou pas, répondit-elle finalement en bouillant intérieurement. Depuis quand tu dois me demander de garder tes confidences pour moi ? Je t’ai déjà trahie peut-être ? Dis-moi ce qui me vaut cet accès de méfiance soudain ?

La froideur de la demande la fit tressaillir.

- Excuse-moi, dit-elle très vite, c’est juste que tu as l’air de vouloir la protéger envers et contre tout et comme je n’ai pas l’habitude que Tia suscite de tel élan de ta part, ça m’a fait douté un instant, mais je ne voulais pas t’insulter, excuse-moi.

La colère de Linya retomba instantanément.

- Non, c’est moi qui te demande pardon, soupira-t-elle. Je… c’est vrai que je tiens à ta compagne, bien plus que ce que je pensais, mais rien, ne me fera te trahir, Lex, dit-elle avec un sourire triste en portant une main à sa joue. Tu sais combien tu es importante pour moi. Depuis toujours.

- Je sais, répondit-elle doucement en attrapant la main sur sa joue, qu’elle caressa gentiment. Ame sœur. Ca n’est pas réservé qu’à Tia et tu le sais.

- Oui. Mais heureusement pour nous trois, ce n’est pas le même genre de lien qui nous unit.

- Malheureusement pour tes parents, rétorqua la petite blonde avec un sourire sardonique.

- Ah ouais, soupira Linya en laissant retomber sa main.

- J’en conclu que tu n’es toujours pas parvenue à leur faire comprendre qu’on n’était pas un trio ?

- Difficile ! On est si proche toi et moi. Ils sont convaincus que nous avons une relation depuis notre adolescence.

- Depuis tout ce temps ? Que pensaient-ils que je faisais avec Danzel ?

Linya haussa les épaules.

- Peut-être que si on leur expliquait le concept des différentes sortes d’âme-sœurs existant, reprit son amie, comprendraient-ils que ce qui nous lie toi et moi, n’a rien à voir avec ce qui me lie à Tia ? Ou même toi à elle.

- Ca pourrait peut-être marcher si ta compagne cessait de me sauter dessus dès qu’elle les voit dans les parages ! contra-t-elle de mauvaise humeur.

Lex retint un gloussement qui aurait été mal reçu et déclara :

- Si tu ne lui montrais pas à quel point cela t’ennuie, y’a longtemps qu’elle aurait laissé tomber !

- Je sais, mais c’est plus fort que moi !

- Comme elle. Tu sais bien que les blagues tordues sont plus fortes qu’elle, dit-elle en ne réussissant plus à retenir son sourire malicieux.

- Ca n’a pas l’air de t’ennuyer tant que ça, gronda-t-elle avec l’air d’être un gros ours mal léché.

Oh non, ça ne l’ennuyait pas. Un an après la mort de Sassem, lorsque Tia avait repris ce jeu pour la première fois, elle avait été si soulagée ! Tia revenait. Elle revenait vraiment. C’était peu après leur discussion sur son trop grand contrôle d’elle-même. Ca l’avait rassuré de voir que ce qu’elle disait comptait pour elle, même si elle refusait de lui parler.

- Pas vraiment, non. Elle est si mignonne quand elle fait une blague. Et c’est en règle générale, si marrant ! Pourquoi aurais-je envie de l’en priver ? Et puis, ajouta-elle plus doucement, c’est sa façon à elle de récupérer une enfance qu’elle n’a pas eue.

- Eh voilà ! s’écria la chef des Nazaréens. Avec ce genre d’argument, comment veux-tu que je reste en colère ?! C’est pas beau de tricher Lex ! lui lança-t-elle en tentant de retenir le sourire de connivence qui lui venait.

Les yeux de son amie brillèrent.

- Au fait, pourquoi ne m’appelles-tu plus Alex ?

- Aucune idée, fit-elle en haussant les épaules. C’est venu comme ça. Petit à petit, Lex à remplacer Alex. Peut-être parce que ce surnom convient mieux à la personne que tu es devenue. Alex, ça fait… je sais pas, trop lisse. Lex, c’est plus dur, plus déterminé. Plus guerrier ? finit-elle avec un petit sourire qui lui fut retourné.

De toute évidence, l’explication plaisait.

- On dirait que finalement tu es arrivée à accepter mon changement. Et même à l’apprécier.

Linya se souvint de la conversation qu’elles avaient eut 3 ans plus tôt lors de la fête, enfin la semaine, d’anniversaire que Tia et elle avaient organisé pour Alexia. Elle lui avait dit qu’elle n’était pas sûre de pouvoir aimer la personne qu’elle était en train de devenir.

- On dirait oui, acquiesça-t-elle. C’est marrant que tu t’en souviennes. Ca fait quand même un moment.

- Et alors ? Moi j’attendais désespérément ta réponse.

- Tu n’en as rien dit ! s’étonna la grande blonde.

- Je n’allais pas te mettre la pression. Et puis, ce ne sont pas des choses auquel on réfléchit. On les ressent ou non, c’est tout. Et on les exprime spontanément. C’est comme ça que l’on sait si elles sont vraies.

- Euh, eh bien désolée d’avoir été aussi longue.

- Moi, je ne le suis pas. Tout au long de ce processus, tu ne m’as pas évitée, alors de quoi me plaindrais-je ? Surtout que la réponse finale est celle que j’attendais.

Linya lui sourit et leva son verre.

- Je suis heureuse que tu es organisée cette fête. A toi.

- A nous. Et a Tia. Puisse-t-elle apprécier les efforts que j’ai fait pour que cette fête lui déplaise au plus haut point !

- Je crois que de ce point de vue là, tu n’as rien à craindre, s’exclama son amie en éclatant de rire.

Alexia suivit la direction de son regard et vit une Tia déconcertée, effrayée et un peu mal à l’aise, poursuivie par une horde de bambins de 4-5 ans lui réclamant à corps et à cris de faire le clown. Chacun d’eux avait un accessoire du déguisement qu’ils voulaient lui faire porter. Elle éclata de rire en se disant, ravie, qu’elle avait bien fait de choisir les gosses les plus têtus du voisinage pour cette mission. Ils ne la lâcheraient pas de sitôt.

 

************************************

 

Une Tia haletante surgit soudain à ses côtés et Linya, qui ne l’avait ni vue, ni entendue arriver sursauta. La mercenaire lui fit signe d’attendre une minute et se pencha en avant, en appui sur ses genoux, pour reprendre sa respiration. Après quelques secondes, elle se redressa.

- Bon sang, c’est pas des gosses, mais des mini-Nelson ! s’exclama-t-elle l’air parfaitement dégoûté en désignant les gamins qui la pourchassaient depuis presque une heure sans sembler se lasser.

- Des mini-Nelson ? répéta Linya en dissimulant son sourire amusé.

- Ouais, tu sais le petit diablotin orange, dont le seul but est d’emmerder Julie, une employée de bureau. Elle la reçu par email, expliqua-elle quand la jeune femme ne sembla pas percuter. L’intitulé parlait d’une malédiction orange qui allait s’abattre sur elle. Et Nelson est arrivé. Il lui pourrit la vie aussi souvent et imaginativement que possible.

- Je ne connais pas, fit Linya en secouant la tête. Mais je suis étonnée de voir que toi si.

- Ben, Len lit ses histoires et il m’a dit que c’était marrant, expliqua-t-elle en rougissant un peu. C’est une Bd amusante et Nelson est super fainéant mais très imaginatif et super sarcastique. Bref, c’est un diablotin quoi.

- Et ça te plaît ? lança Linya amusée.

- Lis avant de te moquer, grommela la grande femme embarrassée.

- Passe-moi un numéro ce soir et j’attendrais demain pour me moquer, promis !

Tia haussa les épaules et effectua une rapide retraite sur le côté, utilisant son corps pour se cacher des enfants qui la cherchaient toujours.

- Au fait, fit celle-ci en jetant un regard par dessus son épaule vers la jeune femme cachée, jolie bague.

Elle sentit Tia se raidir et se redresser lentement.

- La mienne ou la sienne ? interrogea-t-elle doucement.

- La sienne. Je n’ai pas encore eut la chance d’admirer la tienne.

- Normal, fit-elle en murmurant à son oreille, je n’en ai pas.

- Alors pourquoi… ? fit-elle en se retournant vers elle.

- M’amuser ? répondit-elle avec un sourire espiègle.

- Une vraie gamine. Tu devrais rejoindre tes copains, ils te cherchent partout. Attends, bouge pas je vais leur dire où tu es, déclara-t-elle en lui tournant le dos.

Plus vive que l’éclair, Tia agrippa le bras de la blonde et la tira vers elle. Elle plaque sa main sur sa bouche et gronda :

- T’as pas intérêt. Si tu dis quoi que se soit, je t’arrache la langue.

Linya réprima un gloussement devant la menace et acquiesça. La grande femme finit par la relâcher et Linya lui fit de nouveau face.

- Pourquoi tu n’en as pas ? De bague je veux dire.

- Je ne vais pas m’en offrir une, dit-elle sérieusement.

Cette phrase dit à Linya toute la douleur qui se cachait devant cet oubli, délibé, d’Alexia.

- Ce sont les tests qui t’ont décidé à le lui demander ? demanda-t-elle gentiment, la curiosité plus forte que la tristesse qu’elle sentait dans l’atmosphère et avec l’envie de changer de sujet.

- Plus ou moins.

Le regard de la grande femme se fit lointain et elle murmura pour elle-même :

- Mais c’est surtout ce rêve.

- Un rêve ? répéta doucement la jeune blonde.

Tia donna l’impression de se réveiller subitement et détourna le regard, gênée. Linya sentit quelque chose la dessous et intriguée, elle insista.

- Quel rêve, Ti ?

- Rien, un rêve c’est tout.

- Quand exactement ? De quoi parlait-il ? la pressa-elle.

- Y’a une semaine.

Le cœur de Linya eut un raté. Se pourrait-il… ?

- Et de quoi parlait-il ?

- Rien, c’était juste un rêve, fit-elle en haussant les épaules, en essayant d’écarter le malaise qui était le sien alors que les souvenirs vivaces de ce cauchemar monstrueux étaient encore en elle.

- C’était plus que ça, si ça t’as incité à la demander en mariage.

- Ouais, c’était un cauchemar, rétorqua sèchement la mercenaire.

Le regard agacé qu’elle reçut, coupa court aux questions que Linya souhaitait encore poser. C’était un bon moment, un chouette après-midi, elle n’allait pas tout gâcher à cause de sa curiosité mal placé. D’autant plus que le sujet mettait son amie vraiment mal à l’aise. Ceci dit, elle n’abandonnait pas l’affaire. D’une part, parce que sa nature romantique lui commandait de tout savoir sur la demande, aussi bien les raisons de celle-ci que la façon dont elle avait été faite. Mais aussi parce qu’elle trouvait la coïncidence bizarre. Toute deux faisant un cauchemar la même nuit. Un cauchemar très perturbant.

Elle changea à nouveau de sujet, revenant sur l’anniversaire et lui demandant avec un sourire dissimulé, si la fête lui plaisait.

 

 

 

Chapitre 2 :

 

Tia était réveillée depuis un bon moment déjà. En fait, elle s’était réveillée bien avant l’aube. Comme tous les jours depuis son cauchemar. Etrangement, elle n’avait jamais oublié une seule seconde de ce rêve. Ni à son réveil, ni une semaine plus tard. Comme si ce n’était pas vraiment un rêve.

D’ailleurs, elle ne l’avait pas prit comme tel. Elle se releva sur un coude et observa sa compagne endormie. Depuis qu’elle l’avait demandé en mariage, Alexia l’évitait. Oh, ce n’était pas flagrant ! Elle lui parlait toujours, dormait avec elle, lui faisait même l’amour. C’était surtout lorsque venait le temps du sommeil que c’était visible. Alexia roulait alors sur le côté et lui tournait le dos. Son corps ne touchait plus le sien.

Tia n’était pas certaine que Lex s’en rende compte elle-même. La journée, elle vaquait à ses occupations comme si de rien n’était. La seule différence de comportement était la nuit, lors du sommeil. Mais pour Tia c’était suffisamment révélateur.

Concernant le mariage Lex refusait d’en parler. Ou de simplement poser une date. Elle secouait la tête sans la regarder et disait :

- Plus tard.

Rien de plus. Lex ne voulait même pas l’annoncer à qui que se soit. Tia ne comprenait pas pourquoi. Et n’osait pas demander. La réponse risquait de ne pas lui plaire. Elle avait été surprise que Linya soit au courant. Un instant, elle avait cru que Lex le lui avait dit et la joie avait été à la mesure de son attente. Mais non. Elle avait juste vu la bague.

Cette nouvelle avait déclenché des sentiments mitigés en elle. Depuis trois jours maintenant, depuis leur dernière discussion sur le mariage en fait, Tia n’osait plus regarder les mains de sa compagne, de peur de ne plus y voir la bague. Elle était si frustrée. Sa joie était complètement retombée et ne pas comprendre une chose pareille, la bouffait littéralement.

Mais puisque Linya avait su pour leur mariage grâce à la bague, alors c’était qu’elle la portait toujours. Elle en était soulagée, mais quelque part, elle aurait préférée que Lex ne l’es plus et en parle à sa meilleure amie. Elle ne comprenait vraiment pas. Pourquoi la gardait-elle si elle ne voulait pas l’épouser ?

En tout cas, l’aveuglement de Frédérique et de ses jumeaux était assez comique. Une semaine et aucun d’eux n’avait remarqué la bague. N’empêche que tôt ou tard ils le feraient. Que dirait Lex à ce moment là ? Si elle ne veut rien leur dire alors pourquoi garde-t-elle quelque chose qui montre si visiblement sa demande ?

Vraiment, elle ne comprenait pas.

Alexia était allongée sur le ventre, la tête tournée vers la baie vitrée et Tia ne voyait que la merveilleuse couleur, or fondu, de ses cheveux. Ils avaient poussé depuis sa dernière visite chez le coiffeur et lui arrivaient au milieu du dos. Alexia lui avait avoué qu’elle ne les avait jamais laissés pousser autant et qu’elle appréciait leur poids mais aussi l’allure un peu sauvageonne que cela lui donnait. Et Tia était tout à fait d’accord avec elle sur ce point.

La mercenaire se pencha doucement sur le dos nu qui invitait à la dégustation mais au dernier moment elle se retint. Elle ne voulait pas la réveiller. Elle se contenta donc de détailler la peau sous ses yeux. Même sans la toucher on devinait qu’elle était d’une extrême douceur.

Deux cicatrices, l’une blanche car ancienne et l’autre plus récente, un peu rosé, semblait incongrue sur une peau aussi soignée. La plus ancienne était longue et fine et traversait tout le dos en diagonale. C’était l’œuvre d’un idiot avec son fouet qui s’était pris pour Indiana Jones. Inutile de dire que Tia lui avait fait regretter de ne pas avoir choisit un autre héros comme modèle.

L’autre était encore un peu rose et barrait son épaule droite. Un coup de couteau en Inde, un mois plus tôt. Alexia avait été négligente sur ce coup là. Et Tia lui avait passé un savon mémorable. Sans parler de l’entraînement intensif qui avait débuté à leur retour. Entraînement qui perdurait toujours.

Enfin, cela faisait quelques jours qu’elle l’avait mis de côté. Tia ne se sentait pas vraiment d’humeur. Néanmoins, elles allaient devoir bientôt le reprendre. Pas question de faire passer la sécurité de Lex après ses humeurs. Aujourd’hui encore, elles ne feraient rien, par égard pour la fête d’hier, mais dès demain, se sera réveil à l’aube et entraînement de survie. Après cela, elle chercherait une nouvelle mission et la préparerait. Il était temps de s’y remettre. De se changer les idées et de reprendre une routine rassurante.

Tia leva la main et doigts écartés, elle la passa au dessus du dos de sa compagne, lentement et sans toucher la peau, suivant un motif inconscient. Brièvement, alors qu’elle immobilisait la main au dessus de sa nuque, elle eut l’impression vivace de voir un dragon vert et rouge déployée sur toute la surface de la peau. Une aile verte sur son omoplate gauche et la tête sur l’omoplate droite. Une de ses pattes griffues remontait jusque sur la nuque et sa queue se perdait dans le bas des reins.

Il était… incroyable. Sauvage, majestueux et… puissant. Oui, il dégageait une aura de puissance contenue, comme si… comme s’il était magique.

Puis l’image disparue aussi vite qu’elle était apparue. Tia cligna des yeux et se demanda si elle avait été victime d’une hallucination ou si c’était une autre de ses réactions mystérieuses qui lui arrivait depuis qu’elle connaissait Alexia. La vague de sentiments qui l’avait submergé à la vue de ce dragon japonais avait été pour le moins déconcertante.

De la fierté, de l’admiration, une confiance aveugle et un amour infini. Si puissant qu’elle avait eu l’impression de s’envoler brusquement. Lorsque l’image eut disparue, les sentiments aussi, mais tout ceci avait été si fort et si brusque que ça l’avait laissé tremblante et haletante comme si elle avait couru un marathon poursuivie par une horde de cannibales en furie.

Elle prit une respiration tremblante et retira sa main du dos de sa compagne. Elle attendit que son cœur reprenne un rythme normal et revint à son observation. Le dragon n’était définitivement plus là. « Ok, songea-t-elle, un mystère de plus. Bien. Range-le quelque part et étudie-le un autre jour. »

Un rayon de soleil vint frapper la main étendue par dessus le visage de sa compagne et illumina la bague qu’elle lui avait offerte. Les émeraudes aussi vives que les diamants, le platine renvoyant une douce lueur. Et la question qui la torturait revint la frapper.

Pourquoi la gardait-elle ?

Il était évident qu’elle avait changé d’avis. Elle ne lui en avait pas aucune en retour. Ne voulait l’annoncer à personne et refusait de parler mariage ou de fixer une date.

Etait-ce juste pour ne pas la vexer ? C’était stupide. Si c’était bien la raison, la garder sans lui dire la vérité était bien plus douloureuse.

« Si elle ne veut plus m’épouser, je pourrais me faire une raison. Ca sera dur et douloureux mais tant qu’elle reste avec moi… Mais là, elle la garde. Qu’est-ce qu’elle essaye de me dire ? Puis-je garder espoir ? Est-ce une question de temps ? A-t-elle besoin de se faire à cette idée ? C’est vrai qu’avant la semaine dernière on n’avait jamais parlé mariage. Peut-être… peut-être que c’était allé trop vite pour elle ? Mais qu’avec le temps, elle s’y fera. C’est peut-être ce qu’elle essaie de me dire en la gardant ? »

Tia fixa le visage et le corps qui se détournait d’elle depuis 7 jours déjà. « Non. Ca ne peut pas être ça. Sinon pourquoi me fuirait-elle ? Elle m’en parlerait. Ca n’a aucun foutu sens ! » soupira-elle en se laissant glisser sur le dos. « Et si… si elle ne m’aimait plus ? Non, ça n’a pas de sens. Pourquoi aurait-elle accepté ma demande si elle ne m’aimait plus ? Mais bordel, pourquoi ne me parle-t-elle pas ?! Pourquoi elle se détourne comme ça ?!!! »

Puis elle grimaça. C’était drôlement hypocrite de sa part de vouloir qu’elle lui parle alors que ça faisait trois ans qu’elle refusait de s’ouvrir à Lex sur ce qui clochait. La façon dont elle avait tué Sassem la perturbait aujourd’hui encore. Mais elle l’avait accepté. Elle avait compris que si elle ne voulait pas gâcher ce qu’il y avait entre elles et le merveilleux cadeau que lui avait fait la vie, elle n’avait pas le choix. Qu’elle ne le mérite pas n’entrait pas en ligne de compte. Lex était là et la voulait, alors elle avait repoussé au loin son horreur et s’était jurée de se contrôler au maximum, pour que plus jamais cela ne recommence.

Elle s’était sentie un peu mieux après ça. Elle recommençait à trouver la vie moins dure à supporter. Et tout aurait pu bien se passer si l’appel n’avait plus jamais retentit. Mais il était revenu. Et elle avait dû prendre sur elle à chaque fois. Et ça avait été si fort. Si dur. S’empêcher d’y répondre, s’empêcher de perdre le contrôle, la rendait malade. Elle essayait si fort dans ces cas-là, qu’elle en tremblait physiquement.

Bien sûr, Lex s’en était rendue compte et lui avait fait part de sa peur. Pour elle. Si elle ne pouvait pas lui en parler, elle pouvait au moins essayer de calmer ses inquiétudes. Elle avait commencé à se relâcher. Et elle s’était rendue compte, soulagée et heureuse, qu’elle le pouvait sans que cela n’entraîne les dégâts qu’elle craignait.

L’appel s’était fait moins présent. Mais ses effets restaient les mêmes et elle avait dû finalement s’en ouvrir à Lex. Elle ne supportait plus son regard inquiet. Elle n’avait pas eu l’air de comprendre de quoi elle lui parlait. Et comment aurait-elle pu ? Elle même ne comprenait pas ce que c’était.

Et puis, il y avait eu ce cauchemar affreux et elle avait compris. Elle ne pouvait pas continuer à perdre du temps à avoir peur de perdre le contrôle. Elle s’empêchait de vivre et en empêchait Lex. C’était injuste. Surtout que Lex n’avait plus toute la vie.

Mais Lex semblait faire demi-tour et elle ne comprenait pas pourquoi.

Agitée et triste, Tia finit par se lever. Tel un loup sur le point de sauter sur sa proie, elle marcha à travers la pièce, récupérant une culotte propre dans son tiroir, puis ramassant là un jean déchiré mais confortable et ici une chemise en coton blanc qu’elle roula sur ses avant-bras. Pieds nus mais présentable, elle traversa le couloir et entra dans la cuisine.

Elle mit le café à chauffer sans même y penser et entama ses préparatifs du petit-déjeuner. C’était un de ses plaisirs préférés. Se lever et préparer le repas pour la maisonnée, alors que tout le monde dormait encore. La maison était toute à elle, le silence qui planait la rassurait.

Depuis son installation, en fait non, ça avait commencé avec l’arrivée de Lex dans sa vie, elle n’avait que peu de moment de solitude et celle-ci faisant partie intégrante de son être, elle avait parfois besoin de s’isoler. Lex, Frédérique, Linya et même Gin le comprenait. Les autres en revanche…

Le matin était donc un moment privilégié pour elle. Son moment à elle. Et s’activer pour les autres… ça l’avait vraiment surprise, mais cet instinct de mère poule qu’elle avait à vouloir leur préparer à manger et voir le plaisir de la bonne nourriture sur leurs visages, était très fort. Elle aimait vraiment s’occuper d’eux ainsi.

Alexia après bien des questions avait fini par le comprendre et lorsqu’elle se levait avant qu’elle n’ait terminé ses préparatifs, la saluait brièvement, prenait une tasse de café et se dépêchait de lui laisser la cuisine sans chercher à lui parler.

Bien évidemment, certains matins, d’autres personnes étaient levées et venaient lui parler. Elle acceptait parfois leur présence, comme Linya avec qui elle plaisantait beaucoup, mais la plupart du temps, ses réponses monosyllabiques les faisaient fuir, comme elle l’escomptait.

Le problème venait surtout des résidents des chalets. En période touristique, la plupart, même s’ils avaient une cuisine, préféraient venir ici pour prendre le petit déjeuner avec tout le monde. C’était plus convivial paraît-il. Elle, ça l’agaçait prodigieusement. Du coup, lors des périodes les plus pleines, elle se débrouillait pour se dégoter une mission bien longue, bien loin et bien délicate. Alexia lui avait reproché plusieurs fois de fuir, ce qu’elle n’avait pas nié. Mais elle avait résisté à ses supplications, et ses demandes de rester les aider, arguant que c’était son idée à elle et qu’elle n’avait pas à en subir les conséquences. Elle était mercenaire et pas rancher ou gérante d’hôtel. 

Du coup, Lex se sentant un peu coupable, après tout, Tia avait raison, c’était elle qui avait convaincu Frédérique d’élargir son affaire, restait lors de ces périodes d’affluences pour aider. Frédérique avait beau protester qu’il pouvait engager des extras, elle n’en démordait pas. Tia soupçonnait sa compagne d’aimer la gérance presque autant que son rôle auprès des Nazaréens.

Souvent elle se demandait si la vie qu’elle menait avec elle était vraiment ce qu’Alexia souhaitait. Son envie de normalité était parfois si flagrante ! Mais Lex lui rétorquait qu’aider était sa passion et que ce qu’elle faisait avec elle était sa vocation. Le reste était des hobbies auxquels elle s’adonnerait toujours avec joie, mais l’investissement qu’elle y mettait ne serait jamais le même.

La mercenaire faisant semblant de la croire, persuadée qu’en fait s’était d’être avec elle qui la motivait. Elle n’arrivait pas vraiment à comprendre comment une fille comme Lex pouvait réellement aimer une vie pour laquelle elle n’avait été ni préparée, ni obligée de suivre. Ce n’était pas son monde, même si elle lui affirmait le contraire.

Mais comme elle le lui avait promis plusieurs années auparavant, elle ne remettait plus en cause son choix de la suivre. Même si ce n’était que pour elle, Lex avait choisi d’être mercenaire et Tia devait l’accepter. Lex était une grande fille qui savait ce qui était le mieux pour elle. Et le mieux, c’était elle.

« Enfin, peut-être plus maintenant, songea-t-elle un peu découragée ». Ca tombait bien avec le printemps qui revenait, la nouvelle saison touristique n’allait plus tarder, Tia pourrait alors s’éclipser, seule, pour une nouvelle mission. Toute deux avait besoin de réfléchir, loin l’une de l’autre, elle le sentait.

Et même si Lex lui manquait, lorsqu’elle partait sans elle, elle devait aussi reconnaître que ça lui faisait du bien. Elle avait l’impression de se retrouver dans ces moments là. Bon évidemment, Alexia lui manquait très rapidement, ainsi que ses enfants et elle s’arrangeait alors pour expédier la mission et revenir plus vite. Non sans en avoir dégoté une autre, au cas où le domaine serait blindé.

Cette fois cependant, Tia sentait que se serait différent. Le rejet d’Alexia semblait annoncer quelque chose d’autre. Si elle avait fini par accepter d’être le meilleur choix pour elle, elle n’avait pas vraiment cru qu’Alexia le penserait toujours. Lorsqu’elle partait seule, elle essayait aussi, quelque part, de s’habituer à nouveau à sa seule personne. Elle avait toujours inconsciemment pensé que ce n’était qu’une question de temps avant que Lex n’ouvre les yeux et finisse par la voir comme elle était vraiment.

Au vue du récent comportement de Lex à son égard, elle se demandait si le temps n’était pas finalement arrivé. Si cela faisait mal, elle se demandait comment Lex avait pu rester si longtemps avec elle sans ouvrir les yeux plus tôt.

Décidément, elle était vraiment déprimée ce matin. Etait-ce un contrecoup de la fête ou autre chose ? Quoi qu’il en soit, tant que Lex ne dirait rien, elle ne risquait pas d’aborder le sujet d’elle-même. Elle ferait tout pour la garder auprès d’elle le plus longtemps possible. Y comprit faire preuve de lâcheté.

Et puis tant qu’elle gardait la bague, elle avait encore une chance de la reconquérir non ? Un peu ragaillardie par cette idée, Tia finit ses muffins aux pépites de chocolat avec plus d’enthousiasme. En plus, elle se faisait peut-être juste des idées. Ca n’avait peut-être rien à voir avec elle. Elle dramatisait sûrement.

Elle termina la préparation des pancakes et se demanda si elle devait parler avec Lex des résultats des tests et de ce qu’il convenait de faire. Elles n’en avaient pas reparlé depuis sa demande. Pas qu’elles ne le veuillent pas ou l’évitent, c’était simplement passé à la trappe. Pour Tia c’était surtout dû à son étrange cauchemar et aux questions incessantes que cela lui faisait se poser et sur les réactions d’Alexia à sa demande. Pour Lex, elle devinait que c’était dû à la préparation de sa fête d’anniversaire autant qu’aux questions que sa demande avait dû faire naître.

Entendant des bruits à l’étage, elle devina que ses enfants et invités n’allaient pas tarder à descendre et se dépêcha de terminer le petit déjeuner pantagruélique qu’elle avait en tête, reléguant ses pensées moroses et dérangeantes dans un coin de sa tête.

 

*******************************************

 

Plus tard ce matin là, Frédéric la prit à part.

- Tout va bien ? l’interrogea-t-il.

- Oui, pourquoi ?

- She-wolf, répliqua-t-il avec sa bienveillance coutumière, pas à moi.

Elle grimaça. Même après trois ans, il ne parvenait pas à l’appeler autrement que par le nom qu’il lui avait donné. Il avait bien essayé pendant un temps, mais rien à faire. Il l’avait connu ainsi et pour lui, elle serait toujours cette louve solitaire qui léchait ses plaies en cachette. Rien que l’emploi de son ancien nom, aurait dû lui rappeler qu’elle n’avait jamais vraiment pu lui dissimuler quoi que se soit.

- Rien que tu ne puisses arranger, dit-elle enfin.

- Mais peut-être qu’en parler pourrait t’aider ?

Dans cette proposition elle reconnut l’influence d’Alexia. Ils n’avaient jamais discuté de quoi que se soit ensemble, ils n’en avaient jamais eu besoin. Ils se comprenaient, se devinaient sans avoir besoin de dire quoi que se soit.

- Depuis quand un vieux loup comme toi veut utiliser la parole pour communiquer ? déclara-t-elle amusée.

Il lui retourna un sourire et haussa les épaules légèrement.

- Ca aide parfois. Ca soulage.

- Merci. J’apprécie la proposition. Vraiment. Mais en parler ne changera rien.

- Très bien. Si tu changes d’avis…

Tia hocha sa tête et fixa son ancien tuteur un moment. Il semblait vouloir lui dire autre chose, mais hésitait. Elle attendit donc qu’il prenne sa décision, en silence.

- J’ai reçu quelques nouvelles du milieu, commença-t-il.

Elle fronça les sourcils et se tendit un peu. Le milieu auquel faisait allusion Frédérique était le réseau clandestin de hors la loi et de terroriste existant aux quatre coins du monde.

- On pose beaucoup de questions sur moi. Et… j’ai pensé que ce pouvait être une ruse pour avoir des infos sur toi.

- Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

- Depuis l’affaire Sassem, tout le monde sait qu’Enyo et moi sommes étroitement liés. Et… depuis qu’il est tombé, tu es, en quelque sorte, une célébrité dans le milieu. Beaucoup veulent t’abattre pour asseoir leur réputation. Mais il se peut aussi que se soit un proche de Sassem qui souhaite se venger.

- Un proche ? répéta-t-elle sceptique. Et qui serait passé entre les mailles du filet sans qu’on le soupçonne ? Peu probable.

- Je suis d’accord, néanmoins, je te recommande de te méfier.

- Pas de soucis. Tu sais qui pose ces questions ?

- Non. Mais je me renseigne.

- Je vais faire de même de mon côté.

- Bonne idée.

- Ca fait longtemps qu’on en pose ?

- Une semaine environ.

- Ok, alors on n’a pas s’en faire, il faut beaucoup plus de temps à une personne qui sait où chercher pour dégoter des infos sur nous.

Il acquiesça et s’en plus s’attarder sur le sujet, rejoignirent leurs invités sur le patio.

 

*******************************

 

-Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaa nooooooooooooooonnnnn !!!!!!!!!!!!!!

PLOUF ! Le bruit fut suivi d’une énorme éclaboussure qui aurait aspergé la grande femme responsable de tout ça, si elle ne s’était pas prestement reculée.

- Mamaaaaaaaaaaaammmmmmm ! s’écria Len accusateur en crevant la surface de l’eau avec sa tête.

- Bien joué m’man ! jeta Lara plier en deux sur la berge du lac. Il l’a bien cherché ! articula-t-elle entre deux hoquets.

Avec un sourire retors et à pas de loup, Tia se dirigea vers sa fille. Elle la souleva et la jeta aux côtés de son frère avant même qu’elle ne réalise son intention.

Elle poussa un cri si strident, que Tia dû se boucher les oreilles en riant.

- Tel est pris qui croyait prendre, fit sentencieusement son jumeau en la regardant alors qu’elle émergeait en l’éclaboussant.

 Elle lui jeta un regard noir et fit de même à sa mère. Le sourire de celle-ci et sa joie évidente, apaisèrent son agacement. Ca faisait quelques jours qu’elle était soucieuse et ne riait plus. L’idée d’Alexia pour son anniversaire avait l’air d’avoir été la bonne. « Une fois de plus », songea-t-elle un peu agacée. Alexia connaissait si bien sa mère, mieux qu’elle en faite et ça l’énervait. C’est vrai quoi, c’était sa mère !

Cependant, au fil des années, elle avait dû reconnaître qu’Alexia rendait sa mère vraiment heureuse. Il y avait une différence en elle lorsque Lex était présente ou non. Elle était jalouse. Pas de leur relation. Elle avait fini par comprendre que ce qu’elles partageaient était spécial. Non, elle voulait connaître la même chose, tout simplement.

Comme toutes les gamines de 17 ans, Lara rêvait au grand amour et elle était touchée de voir qu’il existait. Mais comme toutes les adolescentes, elle était égoïste et aurait voulu que se soit elle qui le vive et non sa mère et Alexia.

Elle fixa du regard les silhouettes qu’elle voyait descendre vers le lac et reconnut Linya et Alexia. Elle vit que sa mère avait senti la présence de sa compagne sans même la voir. C’était un des trucs qui l’impressionnait le plus dans leur relation, la reconnaissance immédiate de la présence de l’autre avant de l’avoir vu ou entendu. Leur corps le sentait ou leur inconscient elle ne savait pas trop, mais quelque chose se passait, comme maintenant.

La posture de sa mère pourtant détendue, sembla s’apaiser encore plus, son regard se fit plus doux et son sourire aussi. C’était complètement dingue et en même temps si mignon !

Lara avait eu du mal à se faire à l’idée que sa mère soit gay, mais leur lien était beaucoup trop évident et beaucoup trop beau pour qu’elle bloque très longtemps. En plus, elle devait reconnaître que comme belle-mère puis deuxième mère, Alexia était super chouette. Ca lui faisait un peu bizarre d’avoir deux mères et si Len n’avait aucune difficulté à appeler Alexia Maman, pour elle s’était plus difficile.

Elle avait passé 13 ans sans mère et voilà que maintenant elle en avait deux. C’était dur de s’y habituer. Elle craignait de s’y faire et que tout ne disparaisse. De ce point de vue là, elle tenait de sa mère, même si aucune des deux n’en avait conscience.

Elle observa Alexia essayer de prendre sa mère par surprise et sourit d’anticipation. Mais sa mère n’était pas une mercenaire pour rien. Si sa compagne était discrète, elle n’avait pas compté avec le fait qu’elles se sentaient. Mais en étaient-elles seulement consciente ? Elle avait toujours pensé que oui, mais peut-être qu’elles ne le savaient pas ?

Soudain Lex se jeta sur le dos de sa mère avec un cri digne des indiens d’Amérique et Tia fit un simple pas de côté et la regarda s’écraser au bord du lac avec un grand sourire.

- Raté, fit-elle satisfaite.

Alexia se redressa sur ses coudes et tira la langue à sa compagne. Elle accepta sa main et se releva en époussetant son pantalon. Elle snoba délibérément Linya qui riait comme une bossue et pressa la main de sa grande compagne en souriant.

- Salut ! fit-elle.

- Salut.

- Tu t’amuses à martyriser tes enfants ?

- C’est ce qu’il y a de plus amusant dans le fait d’en avoir, rétorqua-t-elle avec un sourire sadique.

Les jumeaux profitèrent de sa distraction pour sortirent de leur baignoire improvisée en hurlant et les éclaboussèrent copieusement au passage. L’air absolument abasourdi de Tia fit exploser de rire Linya, qui, n’en pouvant plus, s’affala sur le sol en se tenant le ventre.

Alexia gloussa et la pointa du doigt.

- Tu es magnifique en naïade ma chérie, fit-elle.

- Je ne vois pas pourquoi tu te moques, t’es aussi mouillée que moi.

- Qui a dit que je me moquais ? Tu es réellement magnifique ainsi, mon cœur, répondit la jeune blonde en collant son ventre au sien, ses bras s’enroulant autour de sa taille humide.

- Peut-être. En ce qui te concerne, je te préfère définitivement lorsque tu es aussi trempée qu’une éponge qui sort du bain.

Elle lui fit son sourire chenapan et enserrant fermement sa taille fine, elle la souleva et la balança aussi loin qu’elle le put dans le lac, sous les huées enthousiastes de ses enfants. Alexia qui ne s’y attendait pas du tout, couina avant d’atterrir très peu gracieusement dans une gerbe d’eau qui atteignit le rivage.

Alexia se releva vivement et cria :

- On est encore en Février bon sang ! Elle est froide !

Tia sourit et répliqua :

- Mais on a droit à une journée belle et douce mon cœur, alors autant en profiter ! Et puis, tu n’as rien dit lorsque c’était les jumeaux qui faisaient trempette.

Sans plus d’égard pour sa compagne qui pestait en essayant de revenir sans perdre plus de sa dignité, Tia se tourna vers une Linya qui avait renoncé à se relever et gisait sur la langue d’herbe verte, en tentant de reprendre son souffle.

Elle lui fit un petit signe qui lui indiquait clairement qu’elle voyait où elle voulait en venir et qu’elle n’avait même pas intérêt à y penser. En voyant la lueur dangereuse qui s’allumait dans les yeux azur de la grande femme, Linya s’empressa de lancer un sujet.

- J’ai lu tes Nelson hier soir, dit-elle très vite.

Comme prévu, Tia s’arrêta.

- Et alors ? Qu’est-ce que tu en penser ?

- C’est marrant. A part Garfield j’ai jamais vu un perso aussi fainéant.

- Tu oublies Gaston, fit la mercenaire en levant le doigt.

- Gaston ?

- Gaston Lagaffe.

- Oh ouais ! gloussa en s’asseyant, niveau fainéantise, c’est pas un poil qu’il a dans la main lui, mais un arbre ! T’as les BD ?

- Ouais. Je te les file tout à l’heure si tu veux.

- Cool !

Puis aussi vive qu’un cobra, Tia se pencha, agrippa le corps de son amie et le lança, sans même regarder, rejoindre son amie dans le lac. Alexia parvenait tout juste sur la rive lorsqu’elle vit passer non loin de sa tête un objet volant non identifié qui hurlait des obscénités contre sa compagne.

- Tu t’es fait une ennemie, ma chérie, fit-elle en rejoignant Tia qui s’éloignait du lieu de son forfait rapidement.

- Une seulement ? rétorqua-t-elle en lui lançant un regard en coin.

- Ok, toute une flopée. Mais les enfants et moi, nous sommes beaucoup plus sages et plus retors que Linya, autrement dit, tu ne nous verras pas arriver, conclu-t-elle satisfaite alors que les jumeaux l’encadraient et fixaient leur mère avec le même regard tordu et serein qu’elle-même.

- On a eu un bon professeur, ne l’oublies pas m’man, lança Len comme pour enfoncer le clou.

- J’attends de voir ! rétorqua la mercenaire en éclatant de rire.

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25 novembre 2009

Merci Aphrodite, suite et fin

 

 

Chapitre 6 :

 

 

Lizzie était présente. Sous Tia pour être plus précise. Et entièrement nue. Linya resta quelques instants immobile sur le pas de la porte. Ne parvenant pas à intégrer ce qu’elle voyait. Puis ça la frappa. Aussi fort qu’un mur de brique lui tombant dessus.

 

Elle recula d’un pas, sonnée et entendit un son étrange. Comme une plainte. La tête de Lizzie regarda de son côté et elle comprit que cela venait d’elle. Alors, comme si son corps n’attendait que ça pour se remettre à fonctionner, la douleur la transperça aussi vivement qu’une flèche brulante.

 

C’était bien plus douloureux que ce qu’elle aurait cru ressentir. Elle se sentait trahie. Comme si… comme si Tia l’avait trompé. Ce qui était en quelque sorte le cas. Et en même temps pas du tout. Elle ne lui avait rien promis et après Lex… mais ça ne changeait rien à ce qu’elle ressentait. Et pourtant elle ne la désirait même pas.

 

Mais la voir ainsi, dévorant les seins de Lizzie, elle avait envie de la frapper et de lui hurler qu’elle se comportait comme une salope. Mais elle voulait aussi lui dire qu’elle était là et qu’elle pouvait la combler, tout en sachant que ce n’était pas vraiment sûr.

 

Oh dieu, c’était si difficile de faire le tri !

 

Elle gémit de nouveau et Tia enfin, remarqua sa présence. Linya croisa son regard voilée de désir et la douleur se fit plus intense. La grande femme sembla enfin prendre conscience de qui elle était et elle écarquilla les yeux de surprise. Puis la honte prit le dessus et elle attrapa sa chemise. Elle s’assit sur le bord du lit et baissa la tête. Inspectant ses mains en se demandant quoi dire.

 

Soudain Linya vit le sourire que lui fit Lizzie en tirant le drap sur sa poitrine. Elle la narguait, heureuse d’avoir enfin pût mettre la main sur Tia. Et une flambée de colère lui tordit les entrailles. Pour la première fois de sa vie, elle eut envie de se battre pour quelqu’un. Pour garder Tia. Pour la garder près d’elle et lui suffire. Elle ferait ce qu’il fallait pour ça.

 

Elle lui retourna un rictus déterminé et se redressa. Elle fit un pas dans la pièce et fixa Lizzie un long moment. Celle-ci ne cilla pas, aussi déterminé qu’elle. Alors elle posa les yeux sur la mercenaire qui n’osait pas les regarder, ni l’une, ni l’autre et qui fixait ses mains, fébrile. Elle l’observa et le coup au cœur qui la traversa, la laissa stupéfaite.

 

Elle… elle avait l’impression d’être… amoureuse. Amoureuse de Tia. Pouvait-on être amoureuse d’une personne sans que le sexe n’entre en ligne de compte ?

 

Bon, si elle était honnête, elle devait reconnaître que les orgasmes qu’elle lui avait procuré hantaient encore pas mal ses pensées et que l’idée d’en avoir d’autres, était loin d’être répugnante. Et puis… si Tia gardait la même attitude, elle était sûre de ne pas avoir trop de mal à se forcer à la toucher.

 

Elle s’avança et s’accroupit devant Tia, une main posé sur son genou nu. Elle déglutit en réfléchissant à ce qu’elle pourrait dire.

 

- Ce n’est pas grave, fit-elle finalement. On ne s’était rien promis. Et… et tu n’as pas à t’en vouloir.

 

La mercenaire la regarda par en dessous, incertaine. Elle serra ses mains l’une contre l’autre sans parvenir à décider comment elle se sentait.

 

- Je… je ne suis pas comme ça, essaya-elle d’expliquer. Je ne le suis plus.

 

- Je sais, répondit Linya avec une voix calme, alors que son cœur battait la chamade. Je ne t’en veux pas. Alors tout va bien.

 

- Tu devrais pourtant, dit-elle sans la regarder.

 

- Tia, fit Linya en posant sa main sur les siennes, je sais que tu n’es pas comme ça. Les… les circonstances sont particulières et je pense… que tu n’as pas besoin de te prendre la tête comme tu le fais en cet instant. Je ne nierais pas que… te voir ici… avec elle… m’a fait du mal. Mais honnêtement je ne m’y attendais pas, alors je ne vois pas comment toi tu aurais pût. Et puis, je n’attends rien de toi. Je souhaite juste que tu ailles mieux. Même si… même si pour ça, tu dois en voir d’autres.

 

Elle fit un signe de tête vers Lizzie qui se tortillait mal à l’aise maintenant et vaguement en colère. Tia suivit son geste et sentit une nouvelle vague de culpabilité l’envahir. Elle avait merdé… et en beauté en plus. Elle se mordit la lèvre et revint à Linya. Elle fixa la main qui tenait toujours les siennes et déglutit.

 

Les larmes tant retenu affluèrent une fois de plus et elle inspira fortement pour les retenir. Elle ne méritait pas une amie comme Linya. Elle posa son front contre le dos de cette main si douce et une larme qui avait échappé à son contrôle, coula le long de sa joue et s’écrasa sur la peau chaude.

 

Celle-ci la sentit et se pencha sur elle, la serrant contre son cœur. Elle lança un regard d’avertissement à Lizzie qui s’empressa de se rhabiller, non sans lui jeter un regard furieux qui n’annonçait rien de bon. Heureusement, elle ne fit pas de scène, ne comprenant sans doute pas ce qui se passait.

 

Après quelques minutes, Linya se dégagea doucement.

 

- Je ne devrais pas, dit la mercenaire d’une voix étouffée. Ce n’est pas bien… envers toi. Je sais que… que ce que tu m’as offert n’était pas… que tu ne le voulais pas vraiment et… que je t’ai forcé. Je sais que tu… l’as fait pour moi. Que rien que pour ça, je n’aurais pas dû. Par respect pour ce cadeau.

 

La tête toujours baissé, Tia n’osait pas la regarder. Surtout qu’elle craignait ce qu’elle allait y voir.

 

- Ti, mon cœur, soupira la blonde, tu ne m’as pas forcé.

 

Le corps soudain tendu, lui fit part de ce que Tia pensait de ce genre d’affirmation.

 

- Ok, peut-être un peu. Mais seulement au début. Je n’ai rien fait que je ne voulais pas. Et tu le sais. Ce que je t’ai donné… je l’ai fait avec plaisir. Et je le referais encore. Je… ce n’était pas si déplaisant, dit-elle avec un petit rire. Dieu Tia, je n’ai jamais eu un tel orgasme, alors cesse de te flageller, ok ? Ca m’a plu. Beaucoup. Et comme je te l’ai dit… je comprends que tu ais besoin… d’autres choses. Il… il te faudra du temps pour surmonter ça.

 

« Si jamais tu y parviens » songea la jeune femme avec angoisse. Elle en doutait fortement à la voir ainsi, tête basse et si fragile. Alexia était son roc. Tout le monde en a besoin d’un. Même les superwoman. Et Lex était le sien. Et Lex n’était plus là. Et elle, elle ne savait pas quoi faire.

 

- Tu ne penses pas qu’il serait tant d’en parler ? fit-elle de sa voix douce.

 

Le corps de Tia se raidit quasi instantanément.

 

- Tia… Lex est partit et… c’est dur. Vraiment dur. Mais ne pas en parler ne la fera pas revenir comme par miracle. Il n’y a….

 

Une main s’écrasa soudain sur sa bouche et l’interrompit. Un regard furieux et douloureux se planta dans le sien.

 

Un mouvement déterminé de la tête lui fit comprendre qu’elle s’avançait sur un terrain interdit et qu’elle ferait mieux de s’arrêter là. Mais Linya était têtu et elle pensait sincèrement que parler pouvait être salutaire.

 

Elle repoussa la main et ouvrit la bouche. Mais devançant son intention, Tia attrapa son visage entre ses mains et écrasa sa bouche sur la sienne, dans un baiser aussi sauvage que passionné. L’exigence du baiser, embrasa le sang de Linya et son corps répondit malgré elle. Une main se glissa sous son corsage et pinça un de ses seins, ce qui la fit gémir.

 

Tia repoussa son amie contre le matelas et la cloua sur le lit de son corps, laissant ses mains errer sur le corps chaud et palpitant. Sans relâcher sa bouche, approfondissant et exigeant toujours plus de sa langue et de ses lèvres, elle fit haleter Linya de plaisir. Alors que des mains impatiente remontait le long de son dos et repoussait l’étoffe de sa chemise, la mercenaire empoigna un sein, qu’elle tortura et remonta son genou qu’elle pressa contre le sexe de Linya jusqu'à ce qu’elle sente une moiteur humide couler dessus.

 

Alors elle relâcha la bouche de Linya qui reprit son souffle en fermant les yeux. Elle sentit Tia défaire les boutons de son corsage, et elle avait tellement envie de sentir sa bouche sur sa peau qu’elle en tremblait. Elle se mordit la lèvre jusqu’au sang, afin de reprendre ses esprits.

 

Les idées plus clairs, elle repoussa, ou au moins tenta de repousser son amie. Mais son corps lourd ne se laissait pas faire. Pourtant, si elle mourrait d’envie de laisser Tia poursuivre, elle savait aussi que ce n’était qu’un moyen pour détourner son attention du vrai problème.

 

- Tia, chérie. Je… je ne veux pas. Pas maintenant en tout cas. On doit parler, on doit…

 

Une nouvelle fois, Tia l’interrompit d’un baiser sauvage qui la laissa pantelante. Dieu que c’était dur de la repousser…

 

Elle tourna la tête, séparant d’elle-même leur bouche et souffla :

 

- Tia, s’il te plaît. Il faut qu’on en parle.

 

Aussi brutalement qu’il avait commencé, l’assaut stoppa. Et Linya se retrouva hébétée sur le lit, fixant une Tia furax debout devant elle. Avec une rapidité inhumaine, Tia se pencha sur elle et la cloua de son regard.

 

- Je ne veux pas en parler, gronda-elle durement, alors met-toi ça dans le crâne une bonne fois pour toute !

 

Linya fut effrayé par le noir qui semblait avoir envahie complètement ses iris. Elle déglutit et hocha la tête, plus par réflexe qu’autre chose. Aussitôt Tia se releva et se rhabilla. Elle était sortie avant même que Linya n’ait reprit ses esprits.

 

Elle entreprit alors de se rajuster avant d’essayer de la rattraper. Mais à peine le pied dehors, une main s’abattit sur son épaule.

Elle tourna la tête et vit qu’il s’agissait de Lizzie.

 

- Si tu t’imagines que je vais renoncer à elle, parce que tu as été la première à profiter de l’occasion, tu te fous le doigt dans l’œil Linya ! gronda-elle.

 

La jeune femme secoua la tête.

 

- Ce n’est pas le moment Lizzie, répondit-elle en essayant de poursuivre son chemin.

 

Mais la jeune fille était aussi déterminée qu’elle-même et elle ne relâcha pas sa prise.

 

- Te fiche pas de moi, je vous ai entendu la dedans, cracha-elle. Tu m’as jetée dehors et aussitôt tenté de prendre ma place !

 

- Ce n’est pas ce que tu crois. Ecoute Lizzie, en ce moment Tia n’a pas besoin de ce genre de chose. Elle n’est pas bien et cette guerre que tu sembles vouloir déclarée… oublie-là. Elle n’a de toute façon pas lieu d’être. On n’est pas en compétition ok ?

 

- Pas en compétition ? répéta Lizzie incrédule. Quoi ?! Tu crois que je vais gober ça ?! Tu crois que je vais gentiment m’effacer pendant que tu mets le grappin sur elle ?! Tu me prends pour une conne ou quoi ?!

 

Linya commençait sérieusement à s’agacer de cet égoïsme de gamine et elle le lui fit savoir.

 

- Je n’essaye pas de lui mettre le grappin dessus. Je veux qu’elle remonte la pente, rien de plus. Alors essaie de penser à autre chose que ta petite personne deux secondes et prends en compte le fait que Lex est morte. Et que Tia en souffre.

 

- Et c’est la première à avoir sauté sur la pauvre malheureuse qui me dit ça ! ricana-elle en tournant les talons. Je t’aurais prévenu en tout cas, lança-elle en se retournant une dernière fois, je ne te la laisserais pas !

 

Linya la regarda s’éloigner et s’interrogea. Elle avait raison. Elle avait sauté sur Tia à peine quelques jours après l’enterrement de sa compagne. Pourquoi ? Ce n’était pas son genre. Tia n’était pas son genre non plus. A la rigueur si elle devait vraiment choisir une fille, ça aurait été une petite rousse. Pas une grande brune. Elle se sentait comme une traitresse. Une traitresse envers Alexia. Envers Tia aussi. Son comportement était un manque de respect pour sa douleur et une trahison envers sa défunte meilleure amie.

 

Elle y réfléchit sérieusement et comprit brusquement. Tia était ce que Lex avait de plus cher et elle, elle voulait garder quelque chose de son amie. Et se rapprocher de ce à quoi tenait le plus Alexia était sa façon de refuser sa mort, de s’accrocher à elle.

 

Elle se laissa tomber sur l’herbe grasse et se couvrit le visage des mains et laissa une longue et déchirante plainte s’élever jusqu’aux cieux. Alexia lui manquait tant… elle ne pouvait pas, ne voulait pas accepter sa mort. Elle avait tant partagé, tant vécu ensemble. Tia n’était pas la seule qui devait en parler. Elle avait négligé sa propre douleur, son propre vide intérieur. Celui que Lex avait laissé en partant. Mais elle ne le pouvait plus maintenant et ça la terrassait.

 

- Alexia, gémit-elle…

 

Elle posa la joue sur ses genoux relever, qu’elle entoura de ses bras et se balança d’avant en arrière, en un mouvement vieux comme le monde, de demande de réconfort. Un réconfort vain, car Lex n’était plus et rien ne pourrait combler le vide que sa meilleure amie avait crée en disparaissant.

 

***************************

 

Lorsqu’elle rentra enfin à la maison, il faisait nuit depuis un bon moment. Elle entendit des éclats de voix et reconnut la voix de basse de Tia et celle plus aigue de Lizzie. « Je te l’avais dit petite fille » songea-elle fatiguée.

 

Elle entrait dans le salon quand Lizzie la bouscula pour en sortir. Elle lui lança un regard voilée de douleur et de rage. Elle avait enfin comprit semble-il que Tia ne partageait pas, ne partagerait jamais ses sentiments, que Lex soit là ou pas.

 

Elle tourna ensuite son attention sur la grande femme au milieu de la pièce, que la tension en elle faisait littéralement crépiter. Et vit à ses épaules crisper que la discussion avait été difficile. Elle craignait les conséquences, Tia était fragile, mais elle ne savait vraiment pas quoi faire ou dire.

 

La mercenaire était si difficile à approcher et encore plus à comprendre. Linya aperçut Gin qui s’approchait de sa nièce avec un air désolé et un peu inquiet sur le visage.

 

Il posa une main sur son épaule.

 

- Tu… as couché avec ma fille ? demanda-il en espérant le contraire.

 

Tia ne releva pas les yeux, elle se contenta de secouer la tête et d’ajouter :

 

- On n’a pas eu le temps.

 

Elle savait que ce n’était pas ce qu’il voulait entendre. Lizzie était sa fille, il l’avait adopté trois ans auparavant. Elle n’était pas de son sang, mais il l’avait aimé aussi brutalement que Trinity. Corps et âme. Elle était son enfant et elle, Tia était beaucoup trop âgée pour elle. Il voulait la protéger, c’était normal. Et était déçu de voir que sa nièce n’avait pas sût se contrôler.

 

Il s’était fait une fausse idée de qui elle était. Et… enfin il s’en rendait compte. Ca faisait mal. D’autant plus que, Tia le réalisa, elle tenait vraiment à lui. Mais elle n’était pas la petite fille qu’il avait recherchée avec tant de hargne. Elle ne l’était plus depuis longtemps.

 

Elle ne voulut pas voir son regard et y déceler la déception qu’elle savait y trouver. Elle se déroba à son contact quand il affermit sa prise sur son épaule. Elle tourna les yeux vers la présence qu’elle sentait dans l’encadrement de la porte au moment où il lui posait une question.

 

- Tia. Je pense. Je crois, qu’il est temps que l’on discute.

 

La vision des yeux rouges et du regard fatiguée de Linya furent aussi effrayant pour elle que ce que sous-entendait la demande de son oncle. Elle savait de quoi il voulait parler. Et elle ne le voulait pas.

 

Quand à Linya, ses yeux rouges disaient combien elle avait pleuré et combien elle était épuisée de se battre avec elle. Ils lui montraient avec une clarté accusatrice qu’elle n’avait pas été présente pour l’aider. Pire, que c’était probablement elle qui en était la cause.

 

La honte se mélangea à son angoisse et soudain, elle eut besoin de sortir. D’aspirer une goulée d’air fraîche. De voir un visage qui ne lui évoquerait rien. Elle se recula brusquement et sans regarder personne, attrapa sa veste et marmonna qu’elle sortait.


Elle croisa le regard doublement inquiet de ses enfants et ferma les yeux devant la nouvelle vague de culpabilité qui la frappait. Les parents ne devraient jamais inquiéter leurs enfants comme elle le faisait en ce moment. Mais c’était plus fort qu’elle et elle ne pouvait plus faire semblant.

 

Elle claqua la porte en sortant et les bruits de la nuit l’entourèrent. Rassurant, calme et si familier qu’elle respira tout de suite mieux.

 

*********************************

 

Linya ne perdit pas de temps, le regard bleu paniquée qu’elle avait vu lorsque Tia s’était enfuie n’augurait rien de bon. Repoussant sa fatigue au second plan, elle se rua au dehors. Mais la grande femme devait avoir des jambes supersoniques car elle avait déjà disparu.

 

Elle retourna dans la maison et demanda à Frédéric de lui prêter sa voiture. Il la fixa un long moment, la faisant s’agiter d’impatience, avant d’enfin acquiescer.

 

Elle mit près de deux heures à la retrouver. Il lui avait fallu près d’une heure avant d’avoir l’idée d’écumer les bars gay de la ville. Et près d’une demi-heure pour se souvenir de leur emplacement.

 

Elle repéra la silhouette de Tia presque par hasard en sortant de son 4ième bar de la soirée. La lune accrocha un éclat de blancheur et elle entendit un petit rire. Comme un gloussement. Le son était porté par le vent et provenait de la butte qui s’ouvrait sur une petite rivière artificielle. La blancheur, réalisa-elle en s’approchant provenait des dents de la femme que tenait Tia.

 

Elle s’arrêta brusquement en reconnaissant sa compagne et bien qu’elle sache parfaitement à quoi s’attendre en la cherchant dans ce genre d’endroit, la douleur que cette vision causa en elle était presque aussi brûlante que celle qu’elle avait eut plus tôt dans la journée.

 

Elle la repoussa délibérément. Tia n’avait pas besoin de ça et… elle non plus.

 

- Tia, appela-elle doucement, pour ne pas l’effrayer.

 

Celle-ci sursauta en entendant la voix connue et se redressa soudainement, amenant une protestation bredouillante aux lèvres de son amante. Elle croisa le regard résolument fixé sur elle et perçut la pointe de regret dans ses yeux, ce fut comme si elle avait Lex en face d’elle.

 

Elle avait failli.

 

Encore une fois.

 

Elle baissa le regard et serra les poings. Elle ne pouvait pas continuer comme ça. Décevoir les gens encore et encore. Leur faire du mal. Se faire du mal.

 

- Tia, fit à nouveau la voix de son amie. Viens, on rentre à la maison. Tout le monde est inquiet.

 

Tout le monde est inquiet… cela agit comme un déclic. Elle se leva en même temps qu’elle posait les yeux sur ceux, patient, de la meilleure amie de son âme-sœur. Et tout ce qu’elle pût dire, fut :

 

- Je suis désolée…

 

Son regard était visible, même dans le noir d’encre de la nuit. Et ce que Linya y lut, l’effraya au plus haut point. Tia avait abandonnée… Son regard bleu était noyée de larmes et il lui disait mieux que des milliers de mots, combien elle était fatiguée et désolée.

 

Dans une économie de mouvement presque surréelle, Tia lui tourna le dos, laissant amante d’un soir et amie de cœur, derrière elle. Grâce à ses grandes jambes, elle parvint rapidement à la barrière qui séparait le parking de la route et d’un mouvement fluide et sans effort, elle s’y appuya d’une main et sauta par dessus.

 

Elle entendit vaguement Linya crier en se mettant à courir derrière elle. Mais il était trop tard. Elle était déjà au milieu de la route. Et elle fixait les phares d’une voiture arrivant à vive allure. Elle n’était manifestement pas la seule à avoir eut envie de s’amuser.

 

Elle leva les yeux vers le ciel étoilés et pour la dernière fois, elle le savait, elle chercha le visage de ses parents, mais aussi, pour la première fois, celui de Lex. Enfin, elle se l’avouait. Mettait des mots dessus. Lex était morte.

 

Elle ne savait pas si Dieu existait, ni même s’il y en avait un seul. Mais ce qu’elle savait en revanche, c’était que si Dieu existait vraiment, elle ne la reverrait jamais. Elle avait trop de mort sur la conscience et… mourir ainsi, d’après la bible, était un pêché qui vous interdisait définitivement le lieu où, elle le savait, se trouvait son amour.

 

Elle ferma les yeux et lança un pardon, audible, elle l’espérait, seulement pour celle qui avait changé sa vie.

 

Elle ne pouvait plus rester ici, sans elle. Trop de choses, de personnes lui rappelait sans cesse ce qu’elle avait trouvé puis perdu. Elle n’en pouvait plus. La douleur, le manque, le vide qui béait en elle, était insupportable. Elle ne parvenait plus à se mentir.

 

Elle écarta les bras, accueillant la mort avec soulagement et joie, et murmura :

 

- Excuse-moi, mon amour… j’ai essayé… mais je ne suis pas aussi forte que toi…

 

Au moment même où la voiture la percutait envoyant des ondes de douleurs fulgurantes dans tout son corps, elle hurla. Un cri de joie sauvage qui reçut un écho. Une réponse lui parvint, une sorte de plainte douloureuse qui lui disait qu’elle l’avait attendu mais, qu’elle, Tia, l’avait laissé tombé.

 

Elle frappa le sol avec une violence qui fit rebondir son corps plusieurs fois sur l’asphalte et elle entendit distinctement le hurlement d’horreur de Linya. Elle rouvrit les yeux une dernière fois et alors qu’elle sentait le voile de la mort la recouvrir, elle plongea les yeux dans le ciel illuminé, souhaitant que quelque soit l’endroit où on l’envoyait, elle puisse garder cette image avec elle.

 

Et si Lex n’y était pas alors elle souhaitait être dans un lieu où les pensées seraient bannies et les souvenirs effacés.

 

Soudain, elle vit deux yeux marron, emplis de larmes au dessus d’elle.

 

- Désolée, coassa-elle en tendant une main tremblante et sanglante vers la joue de cette femme si généreuse, qui n’avait pas cessée d’essayer de l’aider.

 

Elle aurait voulu lui dire qu’elle était désolée de la laisser ainsi, de ne pas avoir accepté son aide, mais elle n’en avait plus la force. Sa respiration se fit plus ténue et alors qu’elle sentait son cœur ralentir, elle vit la douleur déchirante et la peur insurmontable dans les yeux de Linya, presque engloutie dans des regrets si puissants qu’elle finirait par la consumer.


Alors Tia fit un effort, elle relança son corps, le suppliant de lui accorder un instant de plus. Puis elle ouvrit la bouche et sans la quitter des yeux, déclara dans un souffle si léger que Linya dû coller son oreille à ses lèvres.

 

- Ne t’en veux pas. Où que j’aille… je n’aurais plus mal. Et c’est tout ce que je souhaite…

 

Un gémissement vite réprimée lui répondit.

 

- Et tes enfants ? fit-elle l’oreille toujours sur sa bouche.

 

- Aime-les… pour moi…

 

Linya sentit le dernier soupir de celle qui fut son amie et son amante. Elle ferma les yeux, la douleur faisant trembler tout son corps. Elle avait failli. Elle n’avait pas réussit. Alexia lui avait confié une mission. Elle-même avait eut besoin de cette femme pour réussir à garder son équilibre. Mais toutes ses motivations n’avaient servis à rien.

 

Elle avait trahit Alexia. Elle avait trahie Tia et elle s’était trahie elle-même.

 

Elle était seule maintenant. Seule. Avec son chagrin. Avec ses erreurs. Et de nouvelles responsabilités qu’elle ne voyait pas comment tenir. Elle qui n’avait même pas sût garder son amie en vie.

 

Tia était morte.

 

Elle gémit et se balança d’avant en arrière, adoptant inconsciemment, le rythme de la plainte qui retentissait au loin et pourtant si clair qu’on l'aurait dit à ses côtés.

 

Alors que son âme quittait son corps et qu’elle voyait et ressentait la souffrance ravager l’esprit de son amie, Tia entendit une voix.

 

- Tu dis avoir essayé. Mais est-ce vrai ? Tu as voulu aider, en suivant le modèle de celle qui à fait de toi ce que tu es. Mais as-tu laissé qui que se soit t’aider ? l’interrogea-elle. C’est pourtant tout ce qu’elle attendait de toi.

 

La vérité de ces mots la frappa. Et son cœur, inexistant et pourtant toujours présent, reçu un coup. Si elle avait encore eut des yeux, elle aurait pleuré, car elle avait manqué à sa parole. Et elle avait laissé ses enfants, une fois de plus.

 

Qu’elle mauvaise mère, elle avait été, songea-elle avec amertume. Ses enfants n’avaient pas eu de chance niveau parents. Elle s’en voulu vraiment. D’autant plus qu’elle avait négligé Linya et qu’elle la laissait à moitié détruite, seule, sur le bord de la route.

 

Pourtant, même si on le lui proposait maintenant, elle ne voudrait pas retourner sur cette terre. Pas sans Lex. Tout ça… la vie… les gens… rien n’avait de sens sans elle.

 

Alors, elle leva les yeux et monta doucement rejoindre les étoiles qui l’avaient tant fasciné…

 

… et se réveilla en sursaut et en sueur. Le sang martelant durement sous son crâne. Elle aspira de grande goulée d’air et regarda autour d’elle, confuse. Elle était dans son lit et il faisait nuit. La lune se déversant par la large baie vitrée de sa chambre au Texas.

 

Elle était donc toujours au Texas.

 

Son regard accrocha un éclat brillant et son cœur eut une embardée. Elle tendit la main et retourna brusquement le corps endormie à ses côtés. Alexia se retourna en grommelant, ouvrant brièvement les yeux, et laissant entrevoir, le vert magnifique qu’elle avait cru à jamais perdu, avant de se blottir contre elle avec un soupir d’aise.

 

Tia ne parvenait pas à retrouver son souffle. Elle était complètement perdue. Qu’est-ce que … ?

 

Ca n’avait aucune importance, songea-elle brusquement en prenant conscience de la réalité des choses. Une vague de joie puissante déferla brutalement en elle et la laissa tremblante. Alexia était là. Vivante. Et il n’y avait rien de plus merveilleux au monde.

 

 

Chapitre 7 :

 

 

Tia s’était recouché calmement, entourant de ses bras la femme appuyée contre elle. Ses yeux ne quitterait pas une seconde ce corps fantastique, vérifiant régulièrement que sa poitrine s’abaissait et se relevait sans problème.

 

Tout ça n’avait été qu’un rêve. Elle ne parvenait pas à intégrer ce concept. Tout avait été si réel… Elle avait ressentit l’horreur et le trou béant que la disparition de sa compagne avait crée et elle ne voulait plus jamais ressentir une chose pareille.

 

Seulement c’était impossible. Elle s’en souvenait maintenant, et c’était probablement la cause de ce cauchemar, Alexia avait été testé positive pour Huntington.

 

Elle avait tout au plus dix ou douze ans à vivre normalement.

 

Son estomac eut un soubresaut vite réprimé. Elle ne voulait pas réveiller sa compagne qui avait eut énormément de mal à s’endormir après ses résultats. Alexia avait beaucoup pleuré et avait finis par s’endormir loin d’elle, comme si son contact était trop douloureux.

 

Elle inspira profondément et calmement, consciente que si c’était une très mauvaise nouvelle, au moins, cela lui laissait du temps. Du temps que dans son rêve elle n’avait pas eut.

 

Elle repensa brusquement à Lizzie. Elle comprenait pourquoi elle était dans son rêve. Leur dispute de la veille l’avait influencé. Mais si elle comprenait la raison de sa présence, elle ne saisissait pas pourquoi elle avait couché avec Linya. « Je fantasme donc à ce point sur elle ? » songea-elle en fronçant les sourcils. Si c’était le cas, ça risquait d’être problématique.

 

Elle n’en avait pourtant pas l’impression. Elle la trouvait séduisante, c’était un fait et appréciait pas mal leur joute verbale, mais ça s’arrêtait là. Peut-être que c’était une sorte de d’avertissement qu’elle s’adressait à elle-même ?

 

Elles étaient proche toute les deux. C’était un fait. Mais… elle ne l’avait pas laissé s’approcher tant que ça. Il était probablement tant de changer ça. Le moment venu… le moment venu, elle aurait besoin de personne proche et de confiance pour remonter la pente.

 

Si elle parvenait à la remonter. Sa volonté de mettre fin à la souffrance à la fin avait été bien réel et elle ne voyait pas comment, le temps passant, la douleur puisse être moins forte. Au contraire. Elle l’aimait un peu plus chaque jour.

 

En tout cas, ce rêve lui avait au moins permit de comprendre ce que souhaitait réellement Lex pour elle. Qu’elle accepte l’aide de ceux qui l’aimaient, lorsqu’elle-même ne serait plus en mesure de le faire. Elle n’était pas sûre d’y parvenir, mais elle essaierait. Vraiment. Pour Lex. Parce que c’était une chose importante à ses yeux et parce qu’elle voulait être une meilleure mère et meilleure amie.

 

Son cauchemar lui avait permit de voir tout ses échecs. Toutes ses erreurs et toutes ses faiblesses. Sa force comme son équilibre, elle le tenait de la femme qu’elle tenait entre ses bras.

 

Et pour ceux qu’elle aimait et qui l’aimaient, elle devait trouver un autre moyen de se tenir debout. Un moyen qui rassurerait et rendrait fière sa compagne. Se rapprocher d’eux était une première étape. Après… franchement, elle n’en avait aucune idée. Mais elle finirait par trouver… Etre digne de Lex était tout ce qui la motivait dans la vie.

Cela lui fit se souvenir d’une chose que Lizzie disait souvent quand elle essayait de la convaincre qu’elle lui irait mieux qu’Alexia. Elle lui disait qu’Alexia ne pourrait jamais la comprendre comme elle le faisait. Et c’était vrai. Mais c’était justement ce qui lui plaisait tant en Lex.

 

Elle aimait que Lex soit trop pure pour saisir une chose pareille. C’était ce qui lui permettait à elle de rester dans le droit chemin. Elle en avait besoin, comme de l’air que l’on respire.

 

Trop semblable à elle, Lizzie ne la contiendrais pas. Tia risquait même de l’entraîner. Peut-être était-ce la raison de son choix de partenaire dans le rêve ? Linya était par bien des côtés, une réplique de sa compagne. En plus pacifiste. Linya ne comprendrait pas grand chose à ce que Tia avait fait et aux raisons qui l’y avait poussée, mais elle essaierait. Aussi fort qu’Alexia. Car c’était dans sa nature. Linya était le symbole même de la compassion et son attachement sincère lui permettrait de rester à ses côtés quoi qu’il arrive.

 

Linya était une excellente amie et elle l’aimait beaucoup. Cependant, elle avait mal agit envers elle. Elle se souvenait de la fin de son rêve et de ce qu’elle avait partagé de la souffrance de Linya. La sensation avait été terrible et elle se jura de faire son possible pour ne pas la mettre dans cette position à l’avenir.

 

Linya, était la meilleure amie de Lex et si celle-ci avait partagé son rêve, elle aurait été très déçue de voir combien Tia avait laissé son amie seule avec son chagrin, augmentant même celui-ci par sa démission volontaire. Tia avait contribuée à faire perdre de vue à Linya sa propre existence, et ça c’est une chose qui aurait mit très en colère son âme-sœur. Et c’était indigne d’elle.

 

Avec le calme revenue dans son esprit, Tia prit ce rêve pour ce qu’il était. Un avertissement. Elle devait s’ouvrir plus. Et ne plus perdre une seule seconde en doute ou en peur quelconque dans sa relation avec Lex.

 

Elle sût alors ce qui lui restait à faire. « C’est la seule chose à faire », songea-elle en se dégageant aussi doucement que possible. « La seule qui ait du sens. La seule qui pourrait peut-être faire la différence pour Lex. Qui lui rendrait le sourire et qui sait ? Peut-être aussi l’espoir ? »

 

Elle marcha avec silence et grâce à travers la pièce, ramassant ses vêtements et s’habillant aussi vite que possible. Elle devait faire une course en ville, mais souhaitait être de retour avant son réveil.

 

Ce qui allait s’avérer difficile, vu qu’il faisait nuit, mais pas impossible. Elle était passé maître dans l’art de convaincre les gens que la satisfaire était dans leur intérêt.

 

Et là, elle avait un grand besoin d’être satisfaite.

 

***********************

 

Linya se redressa brusquement dans son lit. Désorientée et en sueur, elle mit quelques minutes à saisir où elle se trouvait. Elle reconnut enfin sa chambre et les battements de son cœur ralentir. « Un rêve… ce n’était qu’un rêve… »

 

Elle secoua la tête, légèrement perplexe puis respira profondément plusieurs fois, avant de se lever. Elle laissa ses yeux s’habituer à la pénombre et enfila une robe de chambre avant de sortir de la pièce. Elle descendit les escaliers sans allumer la lumière.

 

Au bas des escaliers, entre le salon et la cuisine, elle hésita. Puis l’éclat de la lune filtrant par la baie vitrée du salon la décida. Elle se rendit dans la cuisine où elle se prépara un thé, le laissant infuser, les yeux dans le vague.

 

Lorsque se fut prêt, elle attrapa une tasse en porcelaine blanche décoré de motif géométrique multicolores, un cadeau d’Alexia, et se rendit dans le salon. Elle ouvrit la baie et sortit sur le balcon. Elle s’accouda à la rambarde en fixant l’océan de ses yeux sombres et inspirant la forte odeur, commença enfin à se détendre. Elle adorait vivre sur son île.

 

Lorsqu’elle se sentit suffisamment rassurée sur la réalité des choses, le soulagement l’envahie en même temps qu’elle libérait ses larmes. Elle s’empêcha cependant de sangloter, voulant réfléchir calmement à cet étrange songe.

 

Dans ce rêve cauchemardesque, elle avait perdue Alexia et s’était retrouvé incapable de retenir Tia en apaisant un peu sa douleur. Elle ne savait pas d’où pouvait bien venir ce rêve, mais elle avait toujours cru, dur comme fer, aux présages et aux prémonitions. Pour elle, ce rêve en était un.

 

Mais de quoi la prévenait-il ? Le sujet principal en avait été Tia et ses états d’âmes. Donc cet avertissement la concernait. Autrement dit, quoi qu’il arrive à Alexia, elle ne pourrait rien y faire. Ce qui fit mal. En revanche elle devait pouvoir être utile à Tia.

 

Comment ? Elle avait ressentie sa souffrance, et la puissance de celle-ci était tel qu’elle ne comprenait même pas comment Tia avait pût tenir aussi longtemps. Puis elle se rappela. Sa promesse. C’était sa promesse à Lex qui la ferait tenir plus longtemps qu’aucune autre personne. A elle d’en tirer profit.

 

Ce devait être ça, oui. Dans son rêve, elle n’avait pas saisit ni l’ampleur de sa douleur, ni la raison pour laquelle elle continuait de vivre. Elle avait cru que le sexe serait un lien suffisant, et dans l’absolue, ça avait été vraie. C’était le sexe qui l’avait fait revenir. Mais c’était aussi ce qui l’avait perdu. Car Tia n’envisageait plus celui-ci de la même façon depuis sa rencontre avec Lex. Une chose qu’elle n’avait pas non plus saisit.

 

Maintenant qu’elle savait tout ça, elle saurait faire face. En tout cas, elle était mieux préparée. Elle ne savait pas si, pour autant, cela serait suffisant. Dans son rêve, Tia refusait toute l’aide qu’elle essayait de lui donner et elle-même… elle-même, réalisa-elle en fronçant les sourcils, s’était perdu en chemin, concentré qu’elle était sur son amie.

 

Ca n’était pas non plus une bonne chose, comprit-elle. Elle avait besoin d’aller bien, pour être utile à quelque chose. Réfléchir clairement quand on ne prenait même pas le temps de s’écouter était plutôt mauvais.

 

Puis une pensée la frappa. Si ce rêve la prévenait qu’il lui faudrait soutenir Tia, cela signifiait que Lex allait mourir. Ou qu’il allait lui arriver quelque chose. Son cœur se glaça et elle dû refréner son envie subite de se jeter sur le téléphone pour appeler son amie.

 

Comme elle l’avait réalisé un peu plus tôt, ce rêve n’avait pas comme sujet principal Lex. Autrement dit, elle ne pouvait rien faire pour elle. Et ce genre d’avertissement, en règle générale, survenait bien avant que n’arrive la chose. Cette certitude et le fait aussi qu’il fasse nuit noire, l’incita à attendre le matin pour appeler.

 

Pour calmer son angoisse, elle repensa à sa relation avec la mercenaire dans son rêve. Elle devait s’avouer sérieusement surprise d’avoir pût d’une, coucher avec elle, et de deux, que leur relation soit basé sur du sadomasochisme. Etait-ce un fantasme et donc une ingérence de son inconscient ou bien un détail sans importance ?

 

« Quand même, songea-elle avec un petit sourire, sexuellement Tia, sait y faire » Elle comprenait nettement mieux les réactions très enthousiaste qu’elle avait perçu d’Alexia lorsque Tia était dans les parages.

 

 

****************************

 

Satisfaite, une femme aux boucles blonds platines et à la robe vaporeuse, hocha la tête, puis s’éclipsa doucement, sans que l’humaine ne se rende compte de sa présence. Elle réapparut dans une vaste pièce éblouissante de blancheur et aux décors riches et ostentatoire. Elle fit une grimace et secoua la tête.

 

- Je disparais à peine quelques heures et voilà comment je retrouve notre salle de réunion, fit-elle de sa voix haute perchée en posant ses mains fines et soigneusement manucurées sur ses hanches. Arèèèèèsssssss, cria-elle mécontente.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ? fit un grand homme brun à l’allure nonchalante apparaître.

 

Elle fit un mouvement évident de la main pour désigner leur environnement et il sourit, fier de lui.

 

- Tu admirais notre nouvel déco ? Pas mal hein ? Quoi que moi j’y aurais plutôt vu quelque tête de seigneur de guerre bien sanglantes accrochées aux murs, ou encore…

 

- Arèeess ! gémit-elle. C’est horrible ! Comment as-tu pût faire ça ?!

 

- Moi ? dit-il d’un air innocent en se pointant du doigt. Mais je n’y suis pour rien, déclara-il. Ca doit être un coup de notre zélée petite Hestia. Elle s’ennuie un peu depuis la chute de son culte.

 

- Attends, Hestia à un goût immonde en ce qui concerne la décoration mais elle ne s’intéresse pas du tout à la salle de réunion. Elle aurait commencé par celle du trône et tout les autres pièces qui existe sur l’Olympe avant de s’ennuyer à venir ici, qu’elle considère comme l’antre de la débauche.

 

- On se demande pourquoi, lança-il avec un sourire très très content.

 

- Eh bien, si tu n’amenais pas constamment tes conquête ici pour leur montrer ta toute puissance et les images du monde qui défile sur l’écran murale (une installation toute récente qu’Aphrodite trouvait amusante mais avec beaucoup moins de charme qu’une vasque d’eau), elle n’en penserait sûrement pas autant de mal.

 

- Ou, ou alors ce sont tes pléthores de gardes bodybuildés qui te suivent partout, qui l’ont effrayés, sourit-il goguenard. Pour répondre à ta question, ma chère sœur, sache qu’elle a voulu commencer par cette pièce parce que justement pour elle, c’est un lieu de débauche. Elle pensait qu’un changement de décor, en changerait l’utilité, déclara-il en ricanant.

 

- Eh bien je n’aime pas du tout. Pourquoi ne l’en as-tu pas empêché ?

 

- Parce que ta réaction est amusante ? Je suis sûr que tu vas te faire un plaisir de lui faire part de ton déplaisir. Et je ne manquerais ça pour rien au monde.

 

Aphrodite soupira et secoua la tête. D’un claquement de doigts, elle fit apparaître trois de ses gardes. Tout trois très bien bâtis et vêtu, si on peu dire, de quelques bandes de cuirs stratégiquement placés.

 

- Rangez tout ça les garçons. Je n’aime pas du tout la nouvelle décoration.

 

Ils s’inclinèrent respectueusement et se mirent à la tâche. Puis elle se tourna vers son frère et plissa les yeux.

 

- Je reviens de la terre. Et sais-tu ce que j’y ai trouvé ?

 

Arès ouvrit deux mains parfaitement innocente qui ne trompèrent nullement la déesse de l’amour.

 

- Deux mortelles se posant quelques questions sur une relation amoureuse totalement improbable.

 

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

 

- Tu es intervenu dans mon rêve ! l’accusa-elle.

 

- Je n’en ai pas le pouvoir voyons, protesta-il.

 

- Tu es allez voir Morphée et tu l’as soudoyé !

 

Arès ne pût retenir plus longtemps un sourire amusée et rendit les armes sans plus combattre.

 

- Franchement Arès… Linya portée sur le masochisme ?! Et c’est quoi cette relation amoureuse, enfin sexuelle devrais-je dire, que tu es allez fourrez au milieu de mon rêve ?!

 

Le dieu de la guerre éclata de rire.

 

- Avoue que c’était amusant ! La tête de Linya ! A mourir de rire !

 

- Marrant ? Arès tu l’as rendu masochiste ! s’insurgea-elle.

 

Le Dieu éclata de rire.

 

- Mmoui, une intuition, s’amusa-il. Et puis pourquoi me cries-tu dessus ? Tu as retourné cette situation à ton avantage, non ?

 

- Encore heureux ! s’exclama-elle. Ca aurait tout gâché sinon ! C’était très sérieux Arès, pourquoi es-tu intervenu ?!

 

- Et pourquoi je ne l’aurais pas fait ?

 

- Et cette lubie de faire enterrer Gabrielle en Grèce ?! Tu sais bien qu’elle veut être là où est Xena, voyons !

 

- Oh, alors, fit-il d’un ton innocent, il aurait fallu la faire enterrer au Japon ? Ca n’aurait pas paru très crédible au vu de leur récente existence.

 

- Arès ne fais pas le malin ! gronda-elle.

 

- Je ne fais pas le malin, ma chère Aphrodite, Xena est morte au Japon.

 

- Mais sa dernière incarnation vit au Texas.

 

- Et j’aurais dû te laisser l’enterrer là-bas c’est ça ? Ben ça n’aurait pas été aussi marrant. Et pourquoi as-tu voulu leur faire vivre ça ? s’enquit-il intrigué.

 

- Tu as failli tout faire rater, bouda-elle avant de s’expliquer. Jusqu’à présent c’est toujours Xena qui est partie en première et il est plutôt clair que cette fois, se ne sera pas le cas. Xena n’est absolument pas préparé à rester derrière. D’autant que ce n’est absolument pas dans son tempérament. Et comme je suis leur amie, j’ai décidé de leur faire comprendre de ne pas gâcher le précieux temps qui leur est donné. D’autant plus, qu’elles en ont plus ici que dans toute leurs incarnations précédente. Quand à Linya… elle est ce qui se rapproche le plus de notre cher Gabrielle, alors je devais lui faire comprendre quelle serait sa tâche une fois son amie partie.

 

« Comme si c’était le genre de Xena de laisser Gabrielle mourir… » songea le dieu de la guerre, déjà amuser à l’idée de voir ce que sa chère Xena allait inventer pour garder sa barde près d’elle.

 

- Leur amie ? Chérie, se moqua-il, tu étais leur amie dans leur toute première existence. Là, elle ne te connaisse même pas.

 

- Ca ne m’empêche pas d’être leur amie. Pas plus que ça ne t’empêche de courir après Xena. C’est pour ça que tu es intervenu dans mon rêve, hein ? Tu n’as pas encore compris depuis le temps ? annonça-elle en tournant les talons pour inspecter les changements de la pièce. Tu ne peux pas t’immiscer entre elle et Gabrielle.

 

- J’aurais pû ! protesta-il, si mon idiot de descendant se bougeait un peu plus les fesses. Mais non cette imbécile, qui est ma copie physique parfaite, se contente d’être son ami ! Il l’avait bon sang ! Je l’avais !

 

- Et elle t’a encore échappé ! Mon pauvre Arès, dit-elle en secouant la tête. Tu as beau être un dieu, tu ne peux rien face à l’amour, termina-elle en se désignant de la main avec une expression d’évidence sur le visage.

 

- Ouais eh ben si tu ne veux pas passer le prochain millénaire à remettre en ordre tout le mont Olympe je te conseille de trouver une occupation à notre Tante.

 

- Et pourquoi ce serait moi ? se plaignit-elle.

 

- Parce que se ne sera pas moi !

 

- Mmm, réfléchit-elle, je peux toujours demander à Cupidon de s’en occuper. Il est plutôt douer avec sa grand-tante.

 

Arès éclata de rire.

 

- Il faut déjà que tu le trouves ! D’après mes informations, il était en train de courir, enfin voler, après Pégase, qui a embarqué Volupté, sa fille. Dieu sait pourquoi, elle adore ce canasson ! Il a pourtant mauvais caractère.

 

- Bon alors peut-être que Perséphone pourra me rendre ce service ?

 

- Tu rêve ! Je te rappelle qu’elle te hait, précisément parce que tu es amies avec Xena, qui, je te le rappelle à tué son époux, Hadès.

 

- Ho ! Mais je ne vais quand même pas y aller moi-même ?! gémit-elle. Hestia est si… si… coincé !

 

*************************

 

Tia revint au moment où les premiers rayons du soleil touchèrent la peau nue de son amante. Elle se glissa dans la chambre et fixa le visage parfait de celle qui faisait vibrer son cœur. Puis avec un petit sourire, revient dans la cuisine, préparer le petit déjeuner. Cela lui prit un peu de temps, mais elle n’était pas inquiète. Alexia s’était endormie tard, elle ne se réveillerait donc pas tout de suite.

 

Pendant que le thé infusait et que les pancakes cuisaient, Tia fixa la boîte qu’elle avait eut tant de difficulté à obtenir. Elle l’ouvrit et la bague toute simple qui s’y trouvait, brilla de mille feux. C’était un anneau en platine sertit de petits diamant. Entre chaque pierre se trouvait une vague faite en émeraude verte. Le bijou était à la fois sophistiqué et discret. Exactement comme sa porteuse.

 

Elle ne doutait pas de l’amour de Lex, mais elle n’était pas certaine qu’avec les récentes nouvelles, elle accepte de l’épouser. Et un rejet, même pour la protéger, d’ailleurs la protéger de quoi ?, serait très douloureux. Mais elle devait le faire. C’était… La Chose à faire. Quand on aimait comme elle aimait, il n’y en avait tout simplement pas d’autre.

 

Le mariage… c’était un symbole. Une promesse d’amour éternelle et un engagement stable. Un acte de propriété aussi. Même aujourd’hui avec tous les divorces et bafouages, ça gardait tout son sens. Sa magie.

 

Elle inspira profondément, puis posa une marguerite blanche, à côté d’une rose d’un rouge écarlate et posa le tout sur un plateau en bois ouvragé, dernière sculpture de sa compagne, qui avait fait de gros progrès dans ce domaine.

 

Puis elle porta le tout dans leur chambre et regarda les rayons se déverser avec délectation sur le corps splendide de sa future femme encore endormie.

 

Elle posa le plateau près du lit et s’y assit. Longtemps elle resta immobile, à simplement contempler ce cadeau des dieux qui avait changé sa vie si simplement.

 

- La meilleure chose, murmura-elle en repoussant doucement les mèches blondes du visage de sa bien-aimée.

 

Alexia finit par se réveiller et ses yeux mi-clos découvrir une expression incroyable sur le visage de sa mercenaire, qui lui dit tout ce qu’elle avait besoin de savoir. Alors elle ouvrit de plus grand yeux et retourna son sourire à sa grande amie.

 

L’odeur de café brûlant attira son nez comme un aimant et elle ne prit pas la peine de finir de se réveiller avant de tendre la main vers ce nectar des dieux, ce qui arracha un petit rire à sa compagne qui coula sur elle comme un ruisseau joyeux et transparent.

 

Après les premières gorgées, elle se sentit mieux et avisa enfin le plateau. Elle le saisit et le posa sur ses genoux.

 

- Le petit déj’ au lit ? C’est si foutrement décadent, dit-elle la voix encore rauque de sommeil. Merci, j’adore ça.

 

Sa compagne sourit mais ne dit rien ce qui l’intrigua. Elle vit ensuite les mains posés sur le lit trembler légèrement et elle releva la tête inquiète.

 

- Tia ?! Qu’est-ce qui se passe ? fit-elle en posant une de ses mains sur celle de sa compagne.

 

- Je…

 

La mercenaire s’interrompit et se racla la gorge de plus en plus nerveuse.

 

- Regarde sur le plateau, dit-elle finalement.

 

Lex la fixa quelques secondes hésitante, puis fit ce qu’elle lui demandait. La boîte qu’elle y trouva et surtout la forme de celle-ci lui mit la puce à l’oreille sur ce qu’elle recélait. Elle écarquilla de grands yeux stupéfaits en même temps qu’elle lâchait la main de sa compagne pour prendre délicatement entre ses doigts l’écrin en velours.

 

Elle le leva un peu et resta ainsi quelques minutes, n’osant pas croire à ce qu’elle voyait, craignant une mauvaise farce ou un effet de son imagination. « Et si c’était un rêve ? » songea-elle soudain. Elle releva les yeux et croisa le regard anxieux de son amie.

 

« Eh bien si c’est un rêve, il est merveilleux alors pourquoi m’en priver ? ». Elle lui fit un sourire affectueux et ouvrit la boîte. Elle se figea quasi instantanément. Et Tia lui jeta un regard nerveux. Rien dans son visage statufié ne laissait présager d’une quelconque réponse.

 

Le temps s’écoula et Tia devint de plus en plus nerveuse. Elle se leva brusquement et tourna le dos à son amie, marchant jusqu’à la porte avant de revenir vers le lit sous le regard curieux d’Alexia.

 

A brûle pourpoint, elle s’agenouilla devant sa compagne et retira le plateau de ses jambes. Elle lui prit la main et plongea son regard dans le sien.

 

- Je sais que je ne suis pas parfaite et que j’ai beaucoup de défaut, mais je t’aime de tout mon cœur et je ferais tout pour te rendre heureuse. J’ai… je veux t’épouser. Pouvoir dire à tout ceux qui m’entoure que tu es ma femme. Et que tout ceux que je ne connais pas sache que tu appartiens déjà à quelqu’un. Moi en l’occurrence. Je… je sais que je ne suis pas le meilleure partie au monde et que tu hésites à cause… à cause des résultats des tests, mais… on a une dizaine d’année devant nous et c’est quelque chose que l’on ne peut pas contrôler mais… notre bonheur si. Et… je ne veux plus perdre une minute. Je veux être avec toi. Dans tout les sens du terme. Deviens ma femme Lex. Pas parce que nous n’avons que dix ans devant nous. Mais parce que tu me rends heureuse. Parce que tu m’apportes une paix que je n’ai jamais connu. Parce que tu es la plus belle et la meilleure chose qui me sois jamais arrivée. Et parce que je veux que tu sois à moi. Uniquement à moi.

 

Tia prit une profonde inspiration et termina son argumentation.

 

- Lex, veux-tu m’épouser ?

 

Alexia avait écouté attentivement les paroles de la mercenaire et ce regard bleu intense fixer sur elle... Elle reviens doucement à la bague entre ses mains. Elle était si belle… comment Tia avait-elle pût se procurer un bijou pareille ? Il devait valoir une fortune ! Elle la prit lentement entre ses doigts et la fit tourner, les diamants brillants doucement au soleil, envoyant des milliers d’arc en ciel de couleur. Une petite encoche à l’intérieur de l’anneau attira son regard et elle plissa les yeux.

 

Son cœur manqua un battement quand elle déchiffra l’inscription et une vague de joie puissante déferla en elle, portant les larmes à ses yeux. « T+A toujours ensemble ». C’était si foutument fleur bleue.

 

Elle comprit alors que ce n’était pas un rêve. Tia était bien là et la voulait pour femme. C’était réel et c’était… pour toujours.

 

Elle reposa les yeux sur ceux attentif et inquiet de sa compagne et lui sourit.

 

- C’est si beau… souffla-elle en touchant sa joue de sa main.

 

- Je le pense, affirma Tia. Où que tu ailles… je serais avec toi. Même séparé, on sera ensemble. Car c’est ainsi que je t’aime.

 

- Avec une telle promesse, comment pourrais-je me refuser cette joie ? déclara-elle à travers ces larmes. Oui, Tia Kensington, j’accepte de vous épouser !

 

Et elle se jeta dans ses bras en riant. Soulagée et heureuse, la grande femme la serra à l’étouffer. Elles tombèrent en arrière sur le lit et Tia ne pût empêcher sa bouche de goûter la peau merveilleusement douce de son amante.

 

Quelques heures plus tard, Tia observait une Alexia à moitié endormie et satisfaite entre ses bras. La nouvelle journée s’annonçait bien meilleure que la dernière. Elle avait dit à Lex qu’elle devait accepter ce qu’elle ne pouvait contrôler, mais Tia, elle, n’en avait jamais été capable et heureusement, sans quoi elle n’en serait pas là aujourd’hui. Elle ne serait d’ailleurs même pas là.

 

Elle ne savait pas encore comment, mais elle allait trouver un moyen de guérir Alexia. Dix ans c’était beaucoup et trop peu à la fois. En plus elle avait le sentiment diffus que quoi qu’il y ait après la vie, elle n’y retrouverait pas Lex. Qu’elles iraient dans deux endroits différents. Alors elle grappillerait ici, tout ce qu’elle pourrait. Et ne lâcherait rien à la destinée ou à ce qu’il y avait après la mort. Surtout pas Lex.

 

Au même moment, un cri retentit au loin et elle se redressa malgré elle, essayant instinctivement de répondre à l’appel pressant qu’elle entendait. Elle respira profondément et calma les battements de son cœur.

 

Ce n’était pas un hasard, elle le sentait, si cet appel avait commencé au moment de la mort de Sassem. Quelque chose en elle était mort là-bas et autre chose était née. Comme une nouvelle vie débutait pour elle, loin de Sassem et avec une seule nouvelle obsession : Alexia et son bonheur, les cris s’étaient espacés. Mais depuis qu’elles avaient décidé d’en avoir le cœur net pour Huntington, ils étaient revenus en force. Pour elle, ce n’était pas un hasard. Elle ne savait qui ou quoi l’appelait, mais elle allait bientôt le savoir. Les réponses à ses questions se trouvaient à la source. Elle en était sûre.

 

Et si l’appel semblait à chaque fois l’assombrir où la tirer vers un endroit d’elle-même qu’elle souhaitait oublier, elle y répondrait sans hésiter s'il y avait la plus petite chance de lui donner juste une piste pour guérir Alexia.

 

En attendant, elle devait réveiller sa dulcinée, les jumeaux n’allaient pas tarder à débarquer, d’après les bruits qu’elle entendait. Ils avaient prit la fâcheuse habitude de venir dans leur chambre chaque matin. Et soit, ils se battaient gentiment sur le lit, soit ils les attaquaient de loin à l’aide de coussins. Elle ne savait jamais à l’avance quel serait la nature de l’attaque, mais quoi qu’il en soit, il valait mieux réveiller Lex avant que quelque chose d’autre ne le fasse.

 

« Trop tard… », songea-elle en prenant un coussin en pleine figure et en entendant le couinement de souris que fit sa compagne en étant réveillé en sursaut.

 

 

Fin. Pour l’instant…

 

 

 

 

 

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Merci Aphrodite, chapitres 4 à 6

 

 

 

Chapitre 4 :

 

 

L’après-midi, elles furent réveillée par l’arrivé du médecin. La mère de Linya le précédait et elle poussa un petit cri en voyant sa fille dans les bras de Tia, toute deux nues et ayant manifestement partagé plus qu’une simple sieste.

 

Elle recula précipitamment en repoussant le docteur dans le couloir.

 

- Je… hum… je crois que ce ne sera plus nécessaire, docteur, fit-elle rouge comme une pivoine.

 

- Ca c’est à moi d’en juger, madame, répliqua l’homme avec un petit air supérieur.

 

Il passa devant elle et ouvrit la porte. Mme Obson fronça les sourcils, agacé par ce petit coq qui remplaçait leur médecin de famille. Elle entra à sa suite et adressa une grimace d’excuse à sa fille qui les regardait entrer avec un embarras digne du sien.

 

Elle se couvrit la poitrine en secouant sa compagne. Celle-ci ne daignant pas se réveiller, elle se pencha vers elle et lui chuchota :

 

- Tia, réveille-toi ma puce. Le docteur est là.

 

La mercenaire grogna et frémit mais ne se réveilla pas. Alors Linya la secoua, mais là encore elle ne récolta qu’un grognement. Ne connaissant pas trente-six manières de la réveiller à coup sûr, Linya inspira un grand coup avant de lancer une petite prière afin de ne pas mourir de gêne devant sa mère, puis se pencha et posa ses lèvres sur celles bien ourlées de sa compagne. Elle écarta doucement ses lèvres et enroula sa langue autour de la sienne.


Elle l’embrassa lentement et y mit tant de sensualité que les mains de son amie réagirent avant son esprit et empoignèrent ses cheveux, l’attirant plus près. Linya se recula légèrement et marmonna :

 

- Ma puce, ma mère et le médecin sont là, ça t’ennuierais de me lâcher ?

 

Les yeux bleus la transpercèrent et une lueur amusé apparu brièvement.

 

- Ma puce ? fit-elle en levant un sourcil.

 

- Heu… oui, enfin, ça m’a échappé, désolée, répondit-elle en rougissant de plus belle.

 

Elle se redressa et reprit conscience de qui se trouvait là en croisant leurs regards stupéfaits. Le rougissement de Linya atteignit le riche rouge homard et Tia se redressa avec un petit rire en passant une main sur son dos pour la réconforter.

 

Linya écarquilla les yeux en avisant la poitrine nue de sa compagne et l’absolue décontraction de cette dernière. Elle releva vivement le drap qu’elle plaqua sur sa peau avec un regard noir. Puis elle se tourna vers le médecin.

 

- Elle va bien, comme vous pouvez le constater, alors sortez.

 

Elle venait d’utiliser son ton de chef des nazaréens, qui ne souffrait aucune réplique et le médecin ne s’y trompa pas. Il se racla la gorge et passa une main gênée dans son col.

 

- Eh… eh bien, je le vois… oui. Je… eh bien, bonne journée, fit-il en reculant vers la porte.