Laissez un mot !!!
Onde de Tempête
(Storm Surge)
Melissa (Missy) Good
Traduction Fryda – 2025/2026
Chapitre 8
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« Madame, je comprends bien mais je ne peux pas vous laisser aller plus loin. C’est dangereux. La route est bloquée et on a appelé une escouade de déminage », dit le soldat. « Je ne sais pas quand ils arriveront. Ils ont sillonné la ville ce soir. Les gens sont vraiment nerveux. »
La Sénatrice Stuart croisa les mains d’exaspération, se tournant pour regarder ses assistants. « C’est ridicule », dit-elle. « Je comprends la sécurité mais que sommes-nous censés faire, dormir dans la voiture ? »
« Sénatrice, s’il vous plait », dit le plus âgé des assistants, un homme d’âge moyen avec une barbe. « Laissez-moi arranger une alternative. Je suis sûr qu’il y a un hôtel dans la zone où nous pourrons aller. Votre sac de voyage est dans le coffre. »
« C’est une bonne idée, madame », ajouta le soldat avec respect. « Bien que je pense que vous allez passer pas mal de coups de fil, j’entends dire que tout est plutôt occupé. »
Cynthia s’adossa, la détresse apparente sur son visage. « Bien, Bonté divine. »
« Mère. » Kerry se pencha en avant et lui toucha le genou. « Il y a deux chambres de libres dans mon hôtel. Je leur ai demandé de les réserver. »
Sa mère regarda les quatre assistants. « Je l’apprécie beaucoup… cependant… »
« Il y a trois chambres dans ma suite. » Kerry saisit son inquiétude avec acuité. « Tu es plus que bienvenue de la partager avec moi. » Du coin de l’œil elle vit les assistants se détendre, leurs épaules s’affaissant et des regards voilés de gratitude dans sa direction.
Mais sa mère hésitait encore.
« Je veux dire… » Kerry pouvait sentir l’ironie aller jusque dans ses orteils. « Nous sommes de la famille. »
Cela sembla sortir la sénatrice de sa rêverie. « Bien sûr que oui », dit Cynthia avec brusquerie. « Bien sûr et c’est une solution parfaite. Merci beaucoup, Ker… ry. » Elle montra la vitre qui les séparait du chauffeur. « S’il vous plait, dites-lui de nous emmener… » Elle jeta un coup d’œil à sa fille.
« Mandarin Oriental », fournit Kerry. « C’est aux abords de la ville. »
Sa mère cligna des yeux. « Oui, en effet », acquiesça-t-elle d’un ton mitigé. « Un hôtel agréable. J’étais à un banquet juste le mois dernier. »
« Mandarin Oriental », dit l’un des assistants au chauffeur. « Emmenez-nous loin d’ici. »
Le véhicule tourna et s’éloigna de la zone bloquée, et tout le monde s’installa dans son siège tandis qu’ils traversaient la ville quasiment désertée.
« Bien », dit Cynthia après un moment. « Ceci était inattendu. » Elle croisa les mains sur ses cuisses. « Je suis contente que tu aies eu la prévoyance d’appeler l’hôtel, Kerry. C’était très proactif de ta part. »
« On m’a appelée comme ça déjà. » Kerry décida que ça n’embêterait pas sa boss qu’elle prenne le crédit de sa réflexion rapide cette fois. « Je suis contente qu’ils aient eu l’espace. La journée a vraiment été longue », dit-elle. « J’ai hâte de prendre du repos. »
Les assistants hochèrent la tête. « Vous avez bien raison, Ms Stuart », dit le plus âgé. « Ça a très certainement été rude aujourd’hui. »
Kerry se rendit compte que c’était la première fois que l’assistant s’adressait à elle directement. « C’est l’une de ces choses dont je pense que vous vous rappellerez où vous étiez quand c’est arrivé », fit-elle remarquer. « Ce sera le cas pour moi. »
Les autres assistants hochèrent la tête.
Cynthia pinça les lèvres un instant. « Je pense honnêtement que je suis très contente d’avoir été à la maison quand j’en ai entendu parler », dit-elle. « Et que tous mes enfants l’étaient aussi. On s’inquiète pour sa famille dans ce genre de moments et il se passait tellement de choses. »
Curieusement, Kerry se trouvait en total accord avec ceci. « Je suis contente aussi », dit-elle. « Je suis contente que tu n’aies pas été à Washington et je suis contente de ne pas avoir eu à pourchasser Mike et Angie pour m’assurer qu’ils allaient bien et que Mike ne se trouvait pas à New York pour de la promotion. »
« Absolument », murmura sa mère. « Il y a encore des gens dont tu n’as pas entendu parler ? »
Kerry hocha la tête. « Mais nous espérons que c’est juste parce que les communications ne fonctionnent pas », dit-elle tranquillement. « Peut-être qu’on aura des nouvelles demain. »
Un silence pensif tomba. Kerry posa sa tête contre la vitre. Ses yeux lui brûlaient et elle vérifia sa montre, pour voir que les aiguilles pointaient presque minuit.
La journée avait été très longue. Le temps qu’elle avait passé à faire des crunchs dans la lumière du petit matin lui semblait bien loin.
Vraiment très loin.
Elle jeta un coup d’œil par la vitre pour voir des explosions de lumière clignotante. Une file de voitures de police les dépassa, se dirigeant dans la direction opposée dans un silence étrange et sans sirène. Elle étudia les immeubles qu’ils dépassaient, la plupart aux fenêtres éteintes, certains avec des entrées bloquées par de grands véhicules à l’air solide.
Comme assiégés ?
Kerry supposa que c’était ce que ça devait faire comme effet. Personne ne savait vraiment s’il y aurait d’autres attaques et s’il y en avait, quelles formes elles prendraient. Des voitures piégées ? Peut-être. Des humains piégés ? Cela arrivait au Moyen Orient tous les jours.
« C’est fou. » Un des assistants regardait aussi par la vitre. « Qu’est-ce qui ne va pas chez ces gens ? »
« Et bien. « La Sénatrice Stuart parla tout haut. « Je présume qu’ils… qui qu’ils soient, disent probablement la même chose de nous, où qu’ils puissent être », dit-elle. « Il y a juste trop d’intolérance dans le monde. Voilà le vrai problème. »
« Sénatrice, ces gens sont tarés. Des gens qui font voler des avions dans des immeubles, ne sont pas intolérants, ils sont cinglés », dit l’un des plus jeunes assistants. « Ce n’est pas humain. »
« Ils faisaient la fête là-bas. Avez-vous vu ça sur CNN ? » Dit une jeune assistante. « Il y avait des gens là-bas qui acclamaient quand ils voyaient des corps sauter de la tour pour trouver la mort. »
La Sénatrice Stuart entrelaça ses doigts. « Bon, pourquoi feraient-ils ça ? » Demanda-t-elle. « Quel genre de haine peuvent-ils ressentir qui les fait célébrer une chose aussi horrible ? »
« Je ne pense pas vouloir le savoir », dit la jeune femme. « Il n’y a pas moyen de comprendre ça. Nous devrions juste envoyer nos propres avions là-bas et les renvoyer. »
« Les faire arrêter d’acclamer », approuva le jeune assistant. « Ce sont juste des animaux. »
Cynthia fronça les sourcils. « Je suis sûre que nous allons riposter. » Elle soupira. « Et pourtant, qu’est-ce que ça apportera à long terme ? Plus de désastres. » Elle secoua la tête. « Mais j’ai bien peur que vous ayez raison. Nous n’avons pas de référence commune. »
Kerry pencha la tête d’un côté et mit son doigt dans son oreille, la secouant vigoureusement.
« Quelque chose ne va pas ? » Demanda sa mère.
« Désolée. » Kerry secoua la tête. « Je pensais que mon cerveau sortait pendant un moment. » Elle entrelaça ses doigts sur ses cuisses. « Le manque de tolérance et la compréhension ne sont pas spécifiques aux gens qui pilotaient ces avions », dit-elle. « Je pense que ça fait partie de la nature humaine, de ne pas aimer et de craindre les choses qu’on ne peut pas vraiment gérer. »
Sa mère plissa légèrement les yeux, mais Kerry réussit à afficher une expression mitigée. « Mais pourtant, il n’y a aucune excuse à ce que ces gens ont fait. Il n’y aurait aucune excuse si c’était nous qui le faisions. La violence n’est pas la réponse. »
La sénatrice hocha immédiatement la tête. « C’est exactement ce que je voulais dire. »
« Surtout pas dans ces circonstances », continua Kerry. « Disons qu’on envoie des avions là-bas et qu’on lâche des bombes. Quoi ensuite ? Nous ne savons pas où les gens qui ont planifié ça se trouvent, alors on lâche une bombe et on tue deux mille personnes innocentes. En quoi ça résout le problème ? En quoi cela nous rend meilleurs qu’eux ? »
« Et bien… » Dit l’assistante.
« Alors ils envoient plus de gens faire des choses plus horribles et nous envoyons plus de bombes… quel est l’intérêt ? Ça ne nous amène nulle part. » Kerry soupira. « Ma mère a raison. Nous avons une trame commune de référence avec ce groupe de personnes qui ont été une civilisation de deux mille ans, plus que la durée de l’existence de notre pays. Ils pourraient aussi bien être ET. »
Cynthia avait l’air un peu submergée par cette approbation. « Oui », dit-elle après une pause. « C’est exactement mon point. »
Le silence tomba tandis qu’ils dépassaient un autre barrage de voitures de police.
« C’était vraiment un bon film », s’aventure le jeune assistant. « ET, je veux dire. »
Ça faillit presque faire glousser Kerry. Elle s’appuya contre l’accoudoir de la limousine et reposa sa tête contre le verre, espérant que l’hôtel n’était plus très loin. La conversation virait positivement vers la zone dangereuse.
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Le lobby de l’hôtel était assurément calme. Kerry portait son sac en bandoulière et elle se dirigeait vers le comptoir de la réception où deux réceptionnistes se tenaient, le dos tourné, regardant CNN à la télévision.
Un des assistants se précipita pour la rattraper. « Ecoutez, Ms Stuart… »
« Hm ? » Kerry tourna la tête et le regarda. Il était du genre moyen. Taille moyenne, teint moyen, châtain moyen. La seule chose qui ressortait c’était de beaux cils longs et bien entretenus qui donnaient l’impression d’être faux.
Elle espéra que ce ne soit pas le cas. « Oui ? »
« Merci pour les chambres », dit l’homme. « Je n’avais pas très envie de dormir dans la voiture. »
Kerry plissa un peu le front. « Vous n’avez pas d’appartement ici ? » Demanda-t-elle. « Vous ne dormez pas dans le garage de la maison familiale si ? »
L’homme gloussa. « « Non. Il y a un immeuble avec des appartements pour le personnel mais c’est en face de la rue où se trouve la maison de la Sénatrice. Nous vivons là-bas. »
« Ah. » Kerry sortit son portefeuille en approchant du comptoir. « Bonsoir, messieurs. »
Les deux réceptionnistes se retournèrent. « Oh. » Celui de gauche s’avança rapidement. « Désolé. Nous étions juste… »
« Nous savons. » Kerry leva la main. « C’est bon. J’ai une réservation… en fait probablement trois… sous le nom de soit Stuart soit Roberts. »
L’assistant la regarda, les sourcils froncés au-dessus de ses cils étonnants.
« Mon nom d’épouse. » Kerry ne put résister, ajoutant un sourire tandis que l’homme sursautait. « Je ne sais jamais comment Dar va réserver. »
« Oui, c’est bon pour nous, Ms Stuart », l’interrompit le réceptionniste. « J’ai deux chambres de luxe avec deux lits et la suite Présidentielle. » Il jeta un coup d’œil derrière elle. « Avez-vous des bagages dont nous pouvons nous occuper ? »
« Non. » Kerry lui tendit sa carte de société. « Je n’ai que mon sac et le reste du groupe ne s’attendait pas à avoir besoin d’un hôtel. Auriez-vous des trousses de toilette pour eux ? »
« Bien sûr », dit l’homme instantanément en lui rendant sa carte. « C’est déjà payé, madame. »
Kerry leva les yeux au ciel. « Bien sûr que ça l’est. » Elle rit entre ses dents. « D’accord, nous avons besoin de deux clés pour chacune des chambres, s’il vous plait. » Elle tapota le comptoir avec sa carte. « Et pourriez-vous m’envoyer du thé chaud à la suite ? Mon crâne va exploser. »
« Absolument. » Le réceptionniste écrit quelque chose sur un bloc. « Un genre particulier ? Nous avons une sélection. »
« Jasmin vert ? » Demanda Kerry avec espoir. « Avec du miel ? »
« Pas de problème. »
« Devons-nous mentionner… » L’assistant regarda derrière eux dans les profondeurs du lobby spacieux où la Sénatrice et les autres assistants attendaient.
« Probablement pas », dit Kerry. « Pas besoin de publicité, même si ma mère n’est pas vraiment du genre politicienne de haut vol comme l’était mon père. » Elle saisit le coup d’œil furtif du réceptionniste et sourit.
« Bien vu », approuva l’assistant. « La Suite Présidentielle hein ? J’en ai vu des photos. C’est luxueux. »
Kerry prit les clés qu’on lui tendait. « Après quelques temps, elles se ressemblent toutes. » Elle tendit les autres clés à l’assistant. « Peu importe si elles sont agréables, ce n’est pas la maison. »
Ils retraversèrent le lobby vers le reste du groupe qui attendait. Les trois autres assistants cessèrent de parler tandis qu’ils s’approchaient et ils se regardèrent.
La jeune assistante s’éclaircit la voix. « Basil, ça te dit qu’on partage ? Nous étions ensemble à la fac. »
« Bien sûr », dit le plus jeune. « Pas de problème. »
L’assistant avec Kerry fit passer les clés. « Ça veut dire que je partage avec toi, Robert », dit-il. « Ms Stuart leur a demandé de nous apporter quelques nécessités. »
« C’est très attentionné de ta part, Kerry », dit la Sénatrice Stuart. « Je suis très contente d’avoir pensé à prendre mon petit sac de voyage moi aussi. »
Kerry souleva son propre sac. « Très bien, bonne nuit à tous. Il est temps de prendre du repos. » Elle les dirigea vers les grands ascenseurs, imaginant déjà sentir la douceur d’un lit sous son dos et le goût du thé chaud sur sa langue.
« Robert, assurez-vous que mon emploi du temps soit prêt pour la matinée », dit la Sénatrice Stuart tandis qu’ils entraient dans l’ascenseur et qu’il commence à monter. « Je pense que nous sommes convoqués à dix heures demain. »
« Oui madame, c’est correct », dit Robert. « Je suis sûr que les routes seront dégagées demain au petit déjeuner. »
« Je l’espère. »
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent au 3ème étage et les quatre assistants sortirent. « Bonne nuit, Sénatrice. « Robert leur fit un petit signe de la main. « Ms Stuart. »
« Vous aussi. » Kerry salua de son côté tandis que les portes se refermaient et qu’elles se dirigeaient vers le dernier étage.
« Et bien », dit sa mère tandis qu’elles sortaient et se dirigeaient vers la porte de leur suite. « Voilà certainement une fin inattendue à une journée très inattendue. »
Kerry ouvrit la porte et entra, la tenant pour sa mère. Elle détecta la senteur mêlée de cire, de thé fumant et de chocolat, et elle cligna même des yeux en voyant la grande entrée et la pièce luxueuse de chambre où elles allaient rester. « Wow. »
« Bonté divine. » Sa mère s’arrêta et regarda autour d’elle. « Est-ce que c’est un piano à queue ? »
« Est-ce que c’est un télescope ? » Marmonna Kerry en réponse. « Et bien maman, je pense que nous avons assez d’espace ici. »
« Pour jouer au tennis on dirait », fit remarquer Cynthia avec un humour surprenant.
« Je leur ai demandé de nous apporter du thé. » Kerry se sentait un peu nerveuse et plus que mal à l’aise, maintenant qu’elles étaient là, et seules et elle s’en rendit compte. « Tu peux en avoir si tu aimes. Je suis un peu enrouée. » Elle dépassa le séjour décoré et trouva son chemin vers une des chambres.
« Il y a un grand panier par ici. Est-ce que ça vient de l’hôtel aussi ? « Cria sa mère. Comme c’est gentil de leur part. »
« Ce sont des fruits ou du chocolat ? » Répondit Kerry.
« Je crois que c’est… oui, un genre de bonbons. »
« Ce n’est pas l’hôtel. C’est Dar. » Kerry regarda la chambre. « Hm. » Elle posa son sac sur la desserte et l’ouvrit. « Tu peux en prendre si tu en veux aussi. » Elle sortit sa chemise de son jean et la déboutonna, envoyant ses sneakers au loin en même temps.
Les fenêtres donnaient sur une vue lointaine et elle se tourna pour les regarder tandis qu’elle enlevait sa chemise. C’était un peu dur de croire qu’elle se trouvait là.
D’accord. C’était impossible de croire qu’elle était là. Elle revint à son sac, retirant son soutien-gorge et l’échangeant pour un long tee-shirt doux qu’elle enfila. Elle déboutonna son jean et l’enleva, le pliant en trois avant de le poser sur sa chemise sur la commode.
Puis elle carra les épaules et fit face à la porte, retournant vers l’endroit où elle pouvait encore sentir le thé et entendre sa parente qui attendait. « Sois gentille, Kerry », marmonna-t-elle entre ses dents. « Sois gentille. »
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Le panier était typique de Dar. Kerry l’étudia, détachant les rubans tandis qu’elle se demandait si sa compagne avait un service d’achat sur internet quelque peu cosmique, avec ses choses préférées prédéfinies et qu’elle pressait simplement le bouton correct au moment correct ou bien si elle prenait le temps de sélectionner chaque objet.
Connaissant Dar, si elle en avait le temps, c’était la seconde option. Elle était déterminée pour certaines choses et Kerry savait que ça en était une.
Il y avait plusieurs sortes de chocolat dans le panier, une paire de chaussettes soyeuses et duveteuses, une ombre à paupières d’aromathérapie qui sentait la pêche et une peluche à l’image de leur chienne Chino.
Le plastique craquant céda. Elle le mit de côté, contente que sa mère ait décidé de faire retraite dans la seconde chambre à coucher. « Hmm. » Elle choisit une boule de chocolat Lindt enveloppée et la prit avec elle vers la théière qui se trouvait avec les chaussettes.
Il y avait des bergères confortables de chaque côté de la table et elle s’assit dans l’une, mit les chaussettes, puis elle étendit ses pieds sur le sol en marbre et croisa les chevilles. Elle fit tomber deux sucres dans la tasse et se servit de la boisson fumante, ce qui relâcha une forte senteur de jasmin.
Elle déballa le chocolat et mordit dedans, savourant le centre riche et crémeux. Elle le fit passer avec une gorgée de thé brûlant et légèrement astringent, la fraîcheur propre contrastant avec l’indulgence du chocolat d’une manière agréable.
« Ça sent très bon. » Sa mère émergea, portant une robe de chambre moelleuse et des chaussons. « Tu préfères toujours le thé ? Je me souviens que tu l’aimais plus que le café. » Elle vint vers la table et se prépara une tasse.
« Oui », dit Kerry. « Je bois une tasse de café le matin mais après du thé sauf si je passe une nuit blanche ou quelque chose comme ça. » Elle mordilla à nouveau le chocolat. « C’est plutôt bon. »
Sa mère s’assit dans l’autre fauteuil de l’autre côté de la table avec sa tasse. Elle but une gorgée. « C’est plutôt bon. Je préfère aussi le thé. Je le trouve plus délicat », dit-elle. « Je pense que ça calme. »
Kerry le pensait aussi. « C’est peut-être une illusion du zen », dit-elle. « Mais ça marche pour moi. »
Elles gardèrent le silence un moment. Kerry se leva et alla au panier pour prendre deux autres chocolats Lindt et les apporter avec elle. Elle s’assit et étouffa un bâillement, déballant un chocolat.
« C’est très gentil de la part de Dar », s’aventura Cynthia. « Très délicat. Est-ce qu’elle fait ça souvent ? Je crois me souvenir qu’Angela a dit qu’elle t’avait fait porter un gâteau au restaurant l’autre soir ou quelque chose comme ça. »
Kerry fit rouler une boule de chocolat dans sa direction. « Pour des occasions spéciales oui », dit-elle. « Quand nous sommes séparées, nous essayons de faire des petites choses l’une pour l’autre. » Elle sirota son thé. « Pas toujours des paniers, mais comme de réserver la plus belle des chambres d’hôtel, ou nous louer une voiture amusante. »
Sa mère s’interrompit et regarda la chambre d’hôtel plus complètement. Puis elle prit la boule Lindt. « Je dirais qu’elle a bien œuvré sur ce coup-là », dit-elle. « C’est bien de savoir que vous vous entendez si bien vous deux. Vous êtes vraiment différentes. »
« C’est probablement pour ça qu’on s’entend si bien », dit Kerry d’un ton bref. « Mais nous aimons beaucoup des mêmes choses et naturellement nous avons notre job en commun. »
« Bien entendu », dit sa mère. « Et vous êtes si intelligentes toutes les deux », dit-elle. « Tu sais, j’écoutais Dar parler un peu plus tôt. Elle a une voix très charmante. »
Charmante. Il y avait beaucoup de choses au sujet de Dar que Kerry trouvait charmantes, mais elle soupçonnait que sa mère essayait d’être gentille, pour éviter une discussion inconfortable entre elles. Ça lui allait bien. Il était très tard et elle était à la fois fatiguée et submergée par l’émotion de la journée. « Je pourrais l’écouter parler toute la journée », répondit-elle avec un sourire. « Mais vraiment, tu devrais l’écouter chanter. »
« Vraiment ? »
Kerry hocha la tête en prenant une gorgée de thé. « Nous nous amusons beaucoup toutes les deux », dit-elle. « Je suis désolée de savoir qu’elle va voyager aussi longtemps en avion demain. Beaucoup de choses peuvent arriver en dix heures. »
« Bonté Divine », murmura sa mère. « Tu as bien raison. Mais je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Je pense que tout le monde était submergé aujourd’hui et demain toutes les réactions vont démarrer », dit-elle. « C’était très curieux d’être impliquée dans le gouvernement, tu sais. Après avoir été spectatrice pendant si longtemps je veux dire. »
« Tu parles », dit Kerry. « Des interviews que nous avons vues aux infos, on dirait cependant que la plupart des membres du Congrès étaient d’accord entre eux. »
« Et bien. » Cynthia inspecta curieusement le chocolat puis elle le mordit. « Oh, c’est merveilleux », dit-elle. « Dans tous les cas, il y a les choses qu’on s’attend à entendre dans la presse et pour le public et ensuite les choses qui se disent en privé dans les chambres du conseil, et c’est ce qui m’a fait comprendre combien nous jouons aux devinettes ici à Washington. »
Kerry cligna un peu des yeux de surprise. Pas à la révélation que le Congrès disait des choses différentes à la presse que les uns aux autres, mais que sa mère semblait le désapprouver. « J’espère que tout le monde s’assiéra ensemble et réfléchira à quoi faire plutôt qu’à juste réagir. »
« Je l’espère aussi », approuva sa mère. « Quels sont tes plans pour demain ? »
La longue journée lui rampait dessus. Kerry cligna plusieurs fois. « Je dois aller dans nos bureaux de Virginie le matin, voir quel est le problème avec les officiels du gouvernement qui sont venus demander de mettre nos circuits sur écoute », dit-elle. « Ensuite j’irai probablement au Pentagone. Je veux vois mon équipe là-bas. »
Cynthia réfléchit un moment. « Et bien, si je peux faire quelque chose avec le gouvernement », proposa-t-elle d’une voix hésitante. « Fais-le moi savoir s’il te plait. »
Kerry hocha la tête. « Merci. Ce n’est peut-être qu’une incompréhension », répondit-elle. « J’ai reçu ce genre de requête déjà, où les gens demandaient des choses soit parce qu’on leur avait dit de le faire, soit quelqu’un avait mentionné un mot signal et là je ne comprends pas vraiment ce qu’ils veulent. »
Sa mère finit son thé et posa la tasse. « Et bien la journée a été longue alors je vais te laisser te reposer. Peut-être pourras-tu te joindre à nous pour le petit déjeuner avant de partir ? »
« Bien sûr. » Kerry était bien trop fatiguée pour discuter. « Bonne nuit… oh. » Elle se sentit un peu penaude. « Désolée pour la table. »
Sa mère, déjà à la porte de sa chambre, se retourna et la regarda, une expression légèrement perplexe sur le visage. « Je dois admettre », dit-elle. « Après tout ton discours sur la personne terriblement différente que tu es devenue, te trouver sous ma table à manger au milieu de la vaisselle cassée était vraiment très amusant. »
Il n’y avait rien à dire à cela. Kerry posa sa tête sur sa main et fixa sa mère à travers ses cheveux désordonnés. « Tout n’a pas changé », admit-elle avec un sourire ironique.
« Non. » Cynthia sourit en retour. « Pas tout. Bonne nuit. » Elle se retourna et alla dans sa chambre, fermant doucement la porte derrière elle.
« Bonne nuit. » Kerry resta affalée dans son fauteuil à siroter son thé qui refroidissait. Elle finit son chocolat puis se leva et posa sa tasse avant de se diriger vers le refuge de sa chambre tandis que les tensions de la journée et l’inconfort commençaient à la gratter comme du papier émeri.
Elle s’assit sur son lit et posa les mains sur le matelas tout en regardant par la fenêtre.
Elle pouvait voir le Mémorial Jefferson. Il était enveloppé d’ombre, son éclairage habituel brillant diminué, pour la sécurité, supposa-t-elle, mais elle sentit quelque part que la vue assombrie reflétait son attitude au sujet des événements de la journée.
Elle avait l’impression que le mondé était couvert. Avec un soupir, elle se leva à nouveau et éteignit la lumière du bureau, puis elle alla vers les draps déjà ouverts et se mit dessous.
Son téléphone résonna. Kerry jura entre ses dents puis elle se pencha et attrapa le téléphone, se tournant et utilisant son mouvement pour atterrir sur le lit en l’ouvrant. « Kerry Stuart. »
« Hé la sexy. Tu es nue sous les draps là ? »
Le coup de fouet mental la fit éternuer. « Beuh ! » Elle roula sur le dos, ses pensées nébuleuses disparaissant comme par magie. « J’ai oublié de t’envoyer un texto ! »
« C’est un oui ou un non ? » La voix de Dar semblait amusée. « Ou bien tu faisais la fête avec ta mère ? »
Kerry se mit à rire, finissant avec un son ironique. « En fait nous avons pris du thé et du chocolat ensemble. Merci, mon amour. Les chaussettes me réchauffent les orteils en te parlant. »
« J’étais sur la tête depuis vingt minutes. Mon nez me fait mal », l’informa Dar. « C’est particulièrement ennuyeux d’être dans un manoir anglais de campagne à cinq heures du matin, tu sais ? » Se plaignit-elle. « J’ai peur de sortir pour courir au cas où ils auraient des chiens de chasse ou quelque chose comme ça là-dehors. »
« Et bien. » Kerry sourit. « Tu es un renard. C’est une inquiétude fondée. » Elle entendit un silence manifeste à l’autre bout et son sourire s’agrandit. « Ooooh. Je t’ai eue. »
Dar rit doucement. « C’est vrai », admit-elle. « Alors, comment ça va ? » Sa voix changea. « Je t’empêche de dormir alors je vais faire court. »
« Non », dit Kerry. « Je pourrais facilement te parler toute la nuit », ajouta-t-elle. « Même ma mère pense que tu as une voix charmante. »
« Hein ? »
Kerry s’éclaircit un peu la voix. « Ce n’est pas négatif », dit-elle. « Ce truc que tu m’as réservé pourrait contenir tout notre département avec une chambre pour notre chienne. Maman va bien. Je pense qu’après tout ce qui s’est passé, elle reste simplement éloignée de beaucoup de choses. Ce qui me va bien. »
« Oui. »
« Mais je n’étais pas d’humeur pour une discussion animée ce soir », dit Kerry. « Et après j’ai fait tout ce discours sur être adulte et que nous jouions à cache-cache dans la maison et que j’ai cassé une foutue table. J’ai fini par briser un bol de la taille de notre évier. »
Elle put entendre Dar réfréner un ricanement. « Non, vas-y, ris. » Kerry soupira. « Tu parles de fiche en l’air mon image. J’aurais pu claquer Mike. Il m’a fait déraper dans ce foutu truc et j’ai frappé les pieds de côté. »
« La table n’avait aucune chance », dit Dar avec commisération. « Tu m’as cogné dans les genoux. Je sais ce que ça fait. »
« Ma sœur riait si fort qu’elle en pleurait », admit Kerry. « Et l’expression sur le visage de ma mère quand elle s’est pointée pour voir ce qui se passait, était sans prix. » Elle fit une pause. « Ça m’a rappelé que grandir dans cette maison avait toujours été un spectacle horrifique. »
Dar rit plus fort.
« Bref. » Kerry soupira. « Ce n’est pas si mal. Et toi ? Tu es prête pour le vol ? »
« Oui. En fait, le timing va me poser un problème pour joindre Gerry », dit Dar. « Si je ne peux pas le voir avant de décoller, je pourrais te demander de l’appeler. », dit-elle. « Je t’enverrai un message si c’est le cas. Il sera très tôt de ton côté quand je partirai. »
« Pas de problème », dit Kerry. « Je pense que j’irai là-bas dans l’après-midi pour pouvoir le rencontrer. Ça ne devrait pas être un problème. »
« Bien », dit Dar. « On peut arrêter de parler boulot maintenant », dit-elle. « Comment ma voix est-elle arrivée dans la conversation ? »
Kerry ferma les yeux et sourit, rétrécissant son monde au son dans son oreille. Elle tendit la main et éteignit la lumière de chevet, se laissant dans l’obscurité qui rendit sa conversation plus intime. « Elle se voulait gentille. Elle t’écoutait quand tu étais en conférence. Angie a dit quelque chose aussi au sujet de ton accent. »
« Mon quoi ? »
« Ta tournure mignonne de petite Sudiste », clarifia sa compagne. « Je suis tellement habituée à t’entendre que je ne l’entends plus vraiment mais elles ont remarqué toutes les deux. »
« Je n’ai pas d’accent. Mon père a un accent », dit Dar. « Toi tu as un accent. »
« Pas vrai. »
« Bien sûr que si. »
« Pas du tout ! »
« Si ! » Insista Dar. « Tout le monde a un accent », dit-elle. « Sauf moi. »
Kerry se mit à rire. « Tu es trop drôle », dit-elle. « Merci de m’avoir appelée. Je commençais à être vraiment rincée. »
« Pourquoi ? » Demanda Dar. « Tu as dit que les choses allaient bien. »
« Je sais. Je ne sais pas », répondit Kerry. « Je l’étais, c’est tout. Tout ce truc et penser à nos équipes qui manquent encore et ne pas savoir ce qui va arriver avec le gouvernement demain… ça me tannait. » Elle y réfléchit. « Est-ce que j’ai l’air de me plaindre ? »
« Non. » La voix de Dar s’approfondit un peu, se réchauffant de manière audible. « Moi aussi je commençais à être tannée ici. J’ai l’impression d’être loin de tout », admit-elle. « Je suis contente qu’on parte aujourd’hui mais savoir que je serai injoignable aussi longtemps me rend folle. »
« Moi aussi », approuva Kerry d’un ton désabusé.
Elles gardèrent le silence un moment. « Nous sommes une paire d’idiotes finies », dit Dar. « Nous donnerions du diabète à M. Roger. » Elle soupira avec une exaspération exagérée. « Attends. Laisse-moi voir si je peux trouver une boite de bonbons et une paire de chaussons roses marrants. »
Kerry se mit à rire. « J’ai des bonbons et des chaussons marrants ici, chérie. Viens les chercher. »
« Si seulement je pouvais », dit Dar. « Si je pouvais fermer les yeux et le souhaiter et être là-bas, je le serais en un battement de cœur. » Elle soupira. « Mais malheureusement, je ne suis pas une réfugiée d’un mauvais film de science-fiction de la semaine. J’ai dit à Alastair que je devais aller à Washington aussitôt que nous serons aux Etats-Unis. J’espère que les avions décolleront d’ici là. »
« Moi aussi. » Kerry pouvait ressentir le début d’une dissociation, ce qui signifiait qu’elle s’endormait. « Tu pourrais me faire une mini faveur ? »
« Tu dois vraiment le demander ? »
« Chante pour moi. Juste une minute. »
Dar hésita. « Oh ? Euh… d’accord. Bien sûr. »
« Je me suis souvenue que quand je parlais à Maman de comment ça résonnait et que je voulais l’entendre. J’adore ta voix de chanteuse. » Kerry sourit tandis qu’elle entendait Dar s’éclaircir la voix doucement et elle prit une profonde inspiration et la relâcha tandis que sa compagne obtempérait, se laissant aller au sommeil si doucement qu’elle ne se rappela même pas la chanson.
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Dar releva le col de sa veste en cuir pour protéger sa nuque du vent humide et froid tandis qu’elle attendait qu’Alastair ait fini ses adieux. Elle avait commis l’erreur de se laisser aller au sommeil après avoir parlé à Kerry et elle se sentait maintenant aussi brumeuse que le ciel, ne se réveillant que dix minutes avant qu’ils étaient supposés partir.
La seule chose qui lui avait sauvé les fesses c’était qu’elle avait pris une douche rapide et préparé son sac en attendant que Kerry arrive à son hôtel, alors elle n’avait eu qu’à enfiler ses vêtements et se brosser les dents et les cheveux et essayer de prétendre que son cerveau n’était pas quelque part dans les Caraïbes du sud où ses rêves l’avaient amenée avant son réveil.
Sur le bateau, au soleil, le corps chaud de Kerry enroulé près du sien et le ciel de l’après-midi finissant leur apportant de l’amusement en soirée.
Bon sang ce qu’elle avait souhaité que ce ne soit pas un rêve.
Son téléphone sonna. Elle le détacha de sa ceinture, regarda l’identité de l’appelant et espéra que ce soit Gerry Easton. Ça ne l’était pas mais elle fut contente de voir le nom dans tous les cas. « Bonjour, Mark. »
« Salut, cheffe. » Mark semblait absolument épuisé. « On vient de passer la Caroline du Nord. Quel foutu trajet. »
« C’est vrai. Comment ça se passe ? Je n’ai pas eu le temps de me connecter ce matin. Nous allons partir pour l’aéroport. » Dar eut un sentiment d’embarras.
« Pour nous ça va », dit Mark. « Rien de spécial à bord, et tout ça, vu qu’il est environ trois heures du mat. Mais on vient d’entendre qu’ils ont de nouveau barré New York et trouvé un camion chargé de bombes qui essayait de passer un des ponts. »
« Merde », soupira Dar. « Kerry est à Washington. »
« Ouais, je sais. » Son chef CSI semblait malheureux. « Mais hé, elle est probablement dans un endroit sûr, pas vrai ? Ce n’est pas comme si elle était au Pentagone, pas vrai ? »
« Non. » Dar saisit un mouvement du coin de l’œil et vit Sir Melthon et son équipe qui venaient vers elle, le magnat toujours en discussion avec Alastair. « Elle est dans un hôtel, mais je suis sur le point de prendre un avion et je serai hors contact pendant dix heures. Ça va me rendre folle. »
« Eh bien, Dar, prête ? » Dit Alastair tandis qu’ils se rapprochaient d’elle. « Tout va bien ? »
« Attends un peu Mark. » Dar mit son téléphone sur muet. « Je demande juste un état des lieux », dit-elle. « Sir Melthon, ça a été un vrai plaisir de travailler avec votre équipe, malgré les circonstances. »
« Pareil pour moi », dit le magnat. « Bon, je sais que ce n’est pas le bon moment pour parler de ça mais j’ai un agenda. Je dois savoir comment cet évènement va impacter cela. » Il leva la main. « McLean, ceci ne change rien à notre pacte. Je ne suis pas idiot. Je sais bien que ce désastre requiert de l’attention. »
Alastair et Dar échangèrent un regard. « J’en saurai plus quand nous serons à Houston », dit Dar. « Les ressources attribuées normalement à ce côté de notre organisation ne seraient pas dédiées à votre projet mais je vais devoir engager des gens alors j’ai besoin d’évaluer la situation.
L’Anglais fronça les sourcils mais hocha la tête en même temps. « C’est justifié », dit-il. « Mon filleul vous envoie ses regrets. Il a dû repartir en urgence à Hambourg hier soir. Une de ses tantes était malade. »
« J’espère qu’elle va mieux », dit Alastair. « Comme l’a dit Dar, nous allons rentrer et faire le point et nous reprendrons contact aussitôt que possible. » Il leva la main et le magnat la saisit. « Merci pour votre hospitalité. J’espère que je pourrai vous retourner la faveur si vous passez dans mes parages. »
« Il se pourrait que je vous prenne au mot », dit Sir Melthon. « Ça me dirait de voir votre siège mais pas avant que tout ce truc soit passé. » Il tendit la main à Dar. « Ms Roberts, croyez-moi quand je vous dis que ça a vraiment été un honneur. »
Dar prit sa main et échangea une longue poignée avec lui. « Je suis contente que vous soyez un client », dit-elle. « Vous êtes le genre pour lequel ça ne m’ennuie pas d’être à deux cents pour cent. »
Sir Melthon sourit, ayant l’air d’avoir vingt ans de moins. « Bon voyage chez vous. Faites-nous savoir quand vous serez en sécurité. Mon gars va vous conduire à l’aéroport aussi vite que le trafic londonien le permet. Ce qui veut dire… accrochez-vous aux accoudoirs et fermez les yeux si vous êtes futés. »
Dar attendit qu’ils soient dans la voiture avant de libérer le téléphone. « Désolée, Mark. »
« Pas de problème, cheffe, j’ai pris un sandwich au fromage grillé et une bière pendant ça », répondit Mark d’une vois un peu étouffée. Ces camping-cars sont géniaux. On devrait en avoir un au bureau. »
Dar soupira. « Je le mettrai sur la liste du budget », dit-elle d’une voix distraite. « Bon, où on en était ? »
Mark remua des papiers. « On parlait juste des trucs à venir », dit-il. « Tu râlais parce que tu allais être sans contact les dix prochaines heures. »
« Ah. » Dar regarda Alastair. « Un moment. » Elle attendit que son patron tourne la tête. « Mark dit qu’ils ont parlé d’un camion et d’une bombe à Manhattan. »
« Bon sang. » Alastair soupira. « Qu’ils aillent tous en enfer, il faut que ça cesse. »
« Désolée. » Dar revint au téléphone. « Je mettais Alastair au courant. » Elle mit son coude sur la portière et posa sa tête sur sa main. « J’ai parlé à Kerry tout à l’heure et il y avait des menaces de bombes à Washington aussi. »
« Ouais, c’est ce qu’ils disaient », murmura Mark. « Près du Capitole et à deux endroits près d’ici. » Il hésita. « Ecoute cheffe, tu veux que j’aille la chercher au lieu de continuer à avancer ? Si on continue à rouler, on y sera sûrement avant que tu atterrisses. »
Dar garda le silence un moment, soupesant son désir personnel contre son jugement.
« Hé Dar ? » Alastair lui toucha le bras. « Vous allez bien ? Vous êtes un peu pâle. »
Dar se sentait un peu pâle. « Oui », dit-elle. « Je me suis juste réveillée avec une migraine. » Elle prit une inspiration. « Continue Mark. Je ne suis pas sûre de savoir où sera Kerry quand vous arriverez et ce serait une chasse futile. »
« Sûre ? » Demanda son chef du CSI.
« Oui », dit Dar brièvement. « Ça va aller pour elle. Ils vont avoir besoin de vous dans la cité. »
« D’accord », dit Mark. « Je vais lui envoyer un mot avec mon téléphone et lui rappeler que je passe par là, d’accord ? »
Dar réussit à produire un petit sourire. « Bien sûr », dit-elle. « Au pire, peut-être qu’elle aura besoin que tu la sauves de sa mère. »
« Hein ? »
« Hé, tu t’es porté volontaire. » Dar sentit les muscles dans sa nuque se détendre un peu. « Quoi d’autre ? On a trouvé plus de gens de chez nous ? »
« Deux, à Washington », répondit Mark. « Ils n’étaient même pas au Pentagone, comme ils étaient supposés être. On les a envoyés chercher des foutus doughnuts et ils ont eu un accident de voiture. »
« Oh », murmura Dar. « J’espère qu’ils vont bien. »
« Oui », dit Mark. « Ces tarés n’avaient même pas de téléphone sur eux et ils ont décidé de prendre le reste de leur journée avec un mot du docteur ; ils sont allés faire de la randonnée. »
Elle pouvait entendre la frustration dans la voix de Mark, un mélange de soulagement que les deux employés soient sains et saufs et de la colère pour leur désertion. « Tu leur as parlé ? »
« Ouais. »
Dar regarda Alastair qui la regardait, distraite par la réalisation que son chef ne l’avait jamais vue exercer la partie management de son poste. Cela éloigna son esprit de Kerry et de son inconfort, et elle sentit sa concentration s’acérer. « Quel âge ont-ils ? »
Mark rit ironiquement. « Vingt ans », admit-il. « De foutus gamins. »
« Tu te souviens de comment tu étais quand tu avais vingt ans ? » Lui demanda sa cheffe, réfrénant un sourire. « Hm ? »
« Bien sûr », répondit Mark. « Mais c’est surpassé par le fait que je me souviens aussi de comment toi tu étais à vingt ans, alors je ne veux pas trop les lâcher. »
La réplique inattendue fit rire Dar malgré tout. « Ahhh, oui », dit-elle. « J’étais une obsédée du contrôle, accro au travail et constipée, n’est-ce pas ? »
« Etais ? » Demanda Alastair, une étincelle dans ses yeux bleus.
« Etais ? » Demanda Mark en même temps.
« Hé », grogna Dar. « On ne peut pas avoir les deux côtés, vous deux », dit-elle. « Soit je me suis ramollie soit non. Choisissez. » Mais elle connaissait la réponse. Elle n’était plus la connasse de l’époque, sinon Kerry et elles n’auraient pas duré longtemps.
C’était son critère. Elle pouvait regarder les choses qu’elle avait faites et dites et elle savait bien que ce n’était plus dans son caractère. « Et bien ? »
« Allons Dar. » Alastair lui tapota le genou. « Je vous charrie. Pour l’amour de Dieu. »
« Je te blague, cheffe. » Mark rit. « Tu avais l’air abattue », ajouta-t-il. « Ces gars m’ont ulcéré mais ce sont de bons techniciens. »
Dar était contente de la distraction. « Ils n’étaient pas au bon endroit au bon moment », dit-elle. « Je pense qu’ils le savent probablement et qu’ils s’en souviendront. »
« Ouais. »
« De plus nous allons avoir besoin de toute l’aide que nous avons. Alors fais-les se sentir coupables et ramène-les au travail », conclut Dar.
« D’accord. Je suis cool avec ça », dit Mark. « Je pense qu’ils seront cool aussi. »
« Et si ça ne marche pas », dit Dar d’un ton songeur. « Dis-leur que je vais me pointer et leur botter le cul. »
« Blurp. » Alastair buvait une bouteille d’eau et faillit cracher à l’intérieur de la voiture. « Qui a approuvé ce plan bonus ? »
Il y eut un moment de silence de la part de Mark. « Tu veux que je leur donne un à-côté après un coup pareil ? » Demanda-t-il. « Bon sang cheffe. Je vais faire du tourisme à Paris la semaine prochaine. Je peux en avoir aussi ? »
Dar se sentit rougir. Heureusement la voiture était trop sombre pour que cela se voit. « Avec quel tas de vicieux je travaille. » Elle se reprit regardant son chef rigoler. « Très bien. Que quelqu’un d’autre se lâche pour avoir les mauvaises nouvelles », ajouta-t-elle. « A plus tard, Mark. Conduis prudemment. »
« Compris, cheffe », répondit-il. « Bon vol, d’accord ? »
Beuh. « D’accord. Au revoir. » Dar ferma le téléphone et le garda en main tandis qu’elle s’adossait dans le siège. « Bon sang. » Malgré la légèreté, elle ne pouvait se débarrasser du nœud d’inquiétude dans ses tripes. « Il y a trop de choses en cours. »
Alastair la regarda calmement pendant un moment, tandis qu’elle se frottait les yeux. « Vous êtes sûre que ça va, Dar ? » Demanda-t-il. « J’ai de l’aspirine si vous voulez. »
« Nan. » Dar tapa la mallette de son genou droit. « J’en ai par-là. Je me suis juste réveillée du mauvais côté de l’Atlantique ce matin. » Elle pressa ses doigts contre une tempe qui battait. « Vous pensez que ces menaces de bombes sont réelles ou juste que les gens deviennent nerveux ? »
Alastair saisit sa posture corporelle tendue de Vice-Présidente de l’Information. Il avait vu Dar dans un grand nombre de situations d’affaires à ce jour et il savait combien il était difficile de l’ébranler. D’être pratiquement virée par le conseil d’administration ne l’avait pas fait. Se tenir devant des nouveaux clients comme Sir Melthon ne l’avait pas fait. Même se trouver dans l’effondrement d’un hôpital n’avait pas produit plus qu’une attitude cool et rassemblée qui avait mis en avant une entière confiance et une croyance totale en elle-même.
Ceci était différent et il le reconnaissait. Ceci était personnel. « Kerry va à Washington ? » Demanda-t-il d’un ton nonchalant. « Elle va bien ? »
Dar garda le silence un moment puis elle leva les yeux, un air ouvertement vulnérable sur le visage qui les surprit probablement tous les deux. Puis elle prit une inspiration et regarda au dehors. « Elle va bien », dit-elle d’une voix égale. « Je ne suis juste pas folle à l’idée qu’elle soit près de trucs qui peuvent exploser. »
« Et bien. » Son chef croisa les mains sur son genou. « Dites-lui de monter dans une foutue bagnole et de s’éloigner de l’endroit fissa. De sortir de la ville ou bien… eh… de se diriger vers Miami. »
Dar refusa de croiser son regard. « C’est son job d’être là. »
« Oh, arrêtez avec ça », ricana Alastair. « S’il vous plait. Lâchez-moi au nom du Christ, Dar. Vous pensez vraiment que ce job ou n’importe quel job vaut la peine qu’elle soit blessée, même à peine, ou vous, ou moi pour ce que ça implique ? »
« Non. »
Alastair attendit. « Mais ? »
Dar prit une inspiration. « Je ne peux pas lui dire de ne pas faire son boulot », dit-elle. « Pas si tout le monde fait le sien. Elle n’acceptera pas ça de moi. »
Son chef l’étudia en silence un moment. « C’est compliqué », dit-il enfin. « Dar, je n’envie pas votre exercice d’équilibriste là. » Il tendit la main et lui serra l’épaule. « Vous voulez que je lui dise ? »
Elle apprécia, réellement, ce qu’Alastair proposait. Cependant, elle s’était mise d’accord avec Kerry qu’elle devait se rendre à Herndon pour faire ce pour quoi la compagnie la payait, et à ce stade, tout était en route. « Non. » Elle leva les yeux vers lui. « C’est une grande fille et elle peut faire ses propres choix. La renvoyer pour qu’elle se cache quelque part va royalement l’exaspérer. »
Alastair réfléchit puis il hocha la tête. « Je peux accepter ça », dit-il. « Mais jeune dame, c’est dur de vous regarder transpirer, vous voyez ce que je veux dire ? »
Dar sourit faiblement. Puis elle fut sauvée par son téléphone qui sonnait à nouveau. Elle l’ouvrit et regarda l’écran, un frisson fit dresser ses poils quand elle vit le nom de Gerry. « Ah. » Elle pressa le bouton de réponse. « Gerry ? »
« Dar ! Où es-tu bon sang ? » Demanda le général.
« A Londres », dit Dar. « Contente d’entendre ta voix.
« Quoi ? Oh. » Gerald Easton fit une pause. « Salopards. »
« Mm », approuva Dar. « Ker a dit que tu essayais de me joindre. Je suis en route pour l’aéroport », expliqua-t-elle. « Tout le monde va bien de ton côté ? »
Le général soupira. « La famille va bien », dit-il. « Ecoute Dar. Je dois te parler incessamment. » Il s’éclaircit la voix. « Tu es à Londres, pas vrai ? On peut te faire rentrer. »
Dar jeta un coup d’œil à Alastair dont les sourcils étaient froncés. « Nous avons déjà un avion de prévu, Gerry. Mais qu’avais-tu en tête ? »
« Attends » Il se déconnecta.
Dar soupira. « Il veut me ramener au Etats-Unis. Il dit qu’il doit me parler », dit-elle à son chef. « Ça n’a pas l’air bon. »
« Mm. » Alastair grogna. « Ça dépend de quoi il veut parler, je suppose. »
« Allô, Dar ? » Gerry revint abruptement. « On peut te faire prendre un transport autour de l’heure du dîner là-bas. Qu’en penses-tu ? »
« Notre vol décolle à dix heures du matin, Gerry. Je pense qu’il sera plus rapide mais… » Dar réfléchit. « Nous allons au Mexique et ensuite la route jusqu’à Houston. Je pourrais avoir besoin qu’on m’emmène de là. »
« Houston ! » Balbutia le Général Easton. « Par quel diable… oh, c’est vrai. C’est là que la compagnie gère ta paye, c’est ça ? » Dit-il. « D’accord, appelle-moi quand tu atterris à Mexico. On peut arranger ça mieux qu’un vol transatlantique. »
« D’accord », dit Dar. « Kerry est à Washington. Elle peut aider d’une certaine façon ? »
« Ah oui ? » Dit le Général Easton. « Je pense que je devrais te parler d’abord, Dar. C’est un peu visqueux. »
« Très bien », répondit-elle. « Gerry, ça n’a pas à voir avec un groupe de types en costume qui se sont pointés à notre bureau de Herndon, non ? »
Une longue pause. « Eh ? » Le Général grogna. « Eh bien, pour être honnête, c’est dur à dire depuis ici à ce moment avec quoi ça a à voir, Dar. Mais rends-toi service, tu veux bien ? Ne dis non à rien pour le moment. Il y a une vipère sans tête qui remue et je ne veux pas que tu sois mordue. »
Oh oh. « D’accord », dit Dar. « Je t’appelle depuis Mexico alors. J’ai un vol prévu pour la frontière. »
« Très bien. Il faut que je te laisse, Dar. Ça a été bien d’entendre ta voix aussi. Content que tu sois à l’abri. » La ligne fut coupée laissant un léger écho dans la voiture.
« Hm. » Dar ferma le téléphone. « Une vipère sans tête. » Elle regarda son chef. « Ça ne sonne pas du tout bon. »
« Pour sûr », murmura Alastair. « Pour sûr. »
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Cynthia Stuart était assise tranquillement, sirotant son thé du matin et regardant le ciel passer de noir à gris avec l’aube naissante. Elle s’était réveillée tôt comme à son habitude et elle chérissait la paix matinale pour réfléchir à la journée qui arrivait et passer en revue son agenda chargé.
Elle ouvrit son organiseur et alla à la dernière page qu’elle avait mise à jour la veille, passant sur ses notes, relisant de nouveau les horreurs qu’elle avait notées brièvement.
Ce n’est qu’en lisant les mots qu’elle était vraiment capable d’absorber le fait que toutes ces horribles choses étaient bien arrivées. Assise ici dans cet hôtel agréable, cela taillait dans l’irréalité. Après un moment, elle ferma le livre et se leva, traversant silencieusement la pièce vers la porte entrouverte de l’autre côté de la table.
Elle la poussa et regarda à l’intérieur, ses yeux s’ajustant à la faible lumière tandis qu’elle étudiait le grand lit et son occupante endormie.
Kerry était lovée sur son côté, la tête sur un oreiller et ses bras entourant le second. Détendue dans le sommeil, sa présence était moins menaçante et de voir la position familière fit sourire sa mère à contrecœur.
Son aînée. Cynthia soupira et ferma la porte, revenant à la table et s’installant pour reprendre ses notes. Elle prit un stylo et trouva sa place, gribouillant un ajout prudent tandis qu’elle secouait la tête au-dessus du sujet. « Terrible. »
Le mot était toujours agrippé dans son insanité particulière, semblait-il. Elle prit son journal matinal apporté tranquillement par son personnel et le relut. Si elle regardait par la grande fenêtre au bord de la chambre d’hôtel, elle savait qu’elle verrait des lumières clignotantes et l’étrangeté des transports militaires dans les rues et pendant un instant elle regretta sa décision de prendre la suite de son mari au gouvernement.
Ça aurait vraiment été mieux d’être à la maison. Il y avait Angela et ses enfants à installer et beaucoup de petites choses qui requerraient son attention et peut-être qu’elle aurait eu une autre journée de présence de Kerry et Michael pour faire comme si leur famille n’était pas aussi fracturée qu’elle l’était en vérité.
Pour autant que ça ait été difficile pour les meubles. Cynthia leva les yeux et sourit en entendant les échos de ce rire, la veille, et d’une Kerry criant exaspérément « Michael !!! » qui avait ramené des souvenirs plaisants.
« Bonjour. »
Cynthia sursauta légèrement, ne s’attendant pas à ce son. Elle leva les yeux pour voir Kerry à la porte de sa chambre, toujours vêtue d’un simple tee-shirt. « Bonjour », répondit-elle. « Est-ce que le service de chambre t’a réveillée ? J’en suis désolée. Il essayait d’être très silencieux. »
« Non. » Kerry s’avança et s’assit à la table. « J’étais réveillée. Je n’ai pas vraiment bien dormi. » Elle posa ses avant-bras sur la table et entrelaça ses doigts. « Trop de choses à l’esprit, je pense. »
La femme plus âgée étudia sa fille. Le visage bronzé et sérieux sous ses cheveux blonds échevelés lui était un peu familier maintenant ; les angles étaient un peu plus longs, la mâchoire un peu plus ronde et il y avait une méfiance assurée qui ombrait les yeux verts et qui ne s’y trouvait pas auparavant.
Le tee-shirt qu’elle portait tirait sur ses épaules tandis qu’elle se penchait contre la table, montrant la ligne de muscles que Cynthia ne trouvait pas vraiment jolis, n’approuvant pas réellement les femmes qui travaillaient si rudement pour gagner des attributs qu’elle trouvait plus appropriés chez les hommes.
Cependant, ce n’était pas terriblement peu attrayant. Quand sa fille était correctement vêtue, cela donnait à son corps une silhouette plaisamment effilée malgré le fait qu’elle avait plus de poids sur sa forme que jamais auparavant. Ce n’était pas vraiment de la graisse, et ce n’était pas vraiment la silhouette affinée qu’elle préférait ; c’était juste bizarre à ses yeux.
Cynthia supposa que cela ne lui apporterait rien de le mentionner. Kerry était visiblement satisfaite de son allure et peut-être que sa propre vision était un peu biaisée vu qu’elle avait entendu des amis alentours dire que tout le monde semblait la trouver bien, vraiment.
Ah bon.
Elle regarda les mains fortes sur la table, son œil saisissant une lueur tandis que la lumière se reflétait sur une bague au troisième doigt de Kerry. C’était attirant et ciselé et cela lui allait bien. « C’est une jolie bague », dit Cynthia. « Elle est nouvelle ? »
Kerry regarda sa main. « Non », dit-elle. « Dar me l’a donnée à notre cérémonie d’engagement », expliqua-t-elle. « Nous avons échangé les bagues. »
Cynthia réfléchit à ces mots. Cérémonie d’engagement ? « Est-ce que c’est… » Elle fit une pause, ne voulant pas agacer sa fille avec des suppositions au petit déjeuner.
Kerry tapota ses pouces. « Qu’est-ce que ça veut dire », dit-elle d’un ton songeur. « Je ne suis pas sûre de la signification pour les autres gens, mais pour Dar et moi, cela signifie que nous appartenons l’une à l’autre. » Elle plia un peu ses doigts. « Nous sommes mariées », clarifia-t-elle.
Elle leva les yeux pour juger de la réponse de sa mère, voyant surtout une attention légèrement encourageante. « Pour autant que ce soit légal, bien sûr, vu que notre gouvernement semble penser que le mariage gay est aussi dangereux qu’une réserve nucléaire instable », ajouta-t-elle avec un sourire désabusé. « Dar et moi nous avons passé de longs moments avec un avocat pour avoir la même prévention légale qu’un test sanguin de cinq minutes et une signature vaut pour tous ceux qui ne sont pas gays.
Le visage de Cynthia se plissa.
Il y eut un léger coup à la porte et Kerry se leva. « Le service de chambre », dit-elle tandis qu’elle allait vers la porte pour l’ouvrir. « Bonjour. »
« Madame. » La serveuse du service de chambre, une femme mince, entra. « Votre petit déjeuner. »
« Merci. » Kerry lui montra la table. Elle suivit la serveuse jusqu’à celle-ci et attendit qu’elle pose le plateau. Ce que fit la femme puis elle se retourna un portefeuille en cuir dans la main que Kerry prit puis signa.
« Avez-vous besoin d’autre chose, madame ? » Demanda la femme tandis qu’elle reprenait le portefeuille.
« Pas pour l’instant. » Kerry lui sourit. « Merci. »
La femme sourit en retour. « A votre service. » Elle fit un signe de tête respectueux à la mère de Kerry et partit, refermant doucement la porte derrière elle.
Kerry ouvrit un sachet de sucre et le versa dans sa tasse, la remplissant de café chaud avant d’ajouter de la crème et de s’asseoir pour savourer. Elle sirota, consciente de l’expression légèrement douloureuse sur le visage de sa mère. « Tu n’aimes pas ce mot, n’est-ce pas ? »
Cynthia leva les yeux, surprise. « Je te demande pardon ? »
« Gay », dit Kerry. « Tu ne l’aimes pas. »
Sa mère fronça les sourcils, remuant son thé tout en ajoutant un peu d’eau chaude. « Il me rend mal à l’aise », admit-elle finalement. « Oui. »
Kerry ôta le couvercle de l’un des plats sur le plateau et choisit un gâteau au fromage danois à la crème et à la cerise à l’allure joyeuse.
Cynthia cligna des yeux et son front se plissa à nouveau.
« Je ne pense pas que je dois me définir selon avec qui je dors. » (NdlT :To sleep with a aussi une connotation plus graphique mais je pense que Kerry veut épargner sa mère aussi j’ai traduit littéralement 😊) Kerry étudia le gâteau danois et en choisit un morceau, mordant et mâchant. Elle avala et s’essuya les lèvres avec la serviette. « C’est plutôt stupide. »
« Et bien. » Sa mère prit une gorgée de thé. « Tu sais, je suis d’accord avec toi sur ce sujet. » Elle regarda sa fille mâcher son petit déjeuner. « Vraiment, ça ne devrait pas importer, pas vrai ? »
Kerry regarda sa mère, les yeux brillant de perplexité.
Cynthia sembla apprécier l’ironie. Elle garda le silence, jouant avec sa cuillère à thé dans un malaise évident.
« Ça ne devrait pas », finit par dire sa fille. « Alors qu’est-ce qui se passe ce matin ? » Elle poussa énergiquement la conversation dans une nouvelle piste.
Sa mère soupira. « J’ai bien peur qu’ils aient empêché une bombe, un camion chargé, de traverser New York hier soir. »
Kerry se redressa, les sourcils froncés. « Bon Dieu », dit-elle. « Alors ils continuent à faire des choses ? »
Cynthia secoua la tête. « Apparemment », dit-elle. « J’attendais plus de détails. Peut-être que… » Elle hésita. « Peut-être que tes gens en savent plus ? »
« Je vais chercher mon ordinateur. » Kerry posa sa tasse et se leva. « Et Dar est dans un avion. Je vais être à bout de nerfs toute la journée. » Elle disparut dans sa chambre, laissant le séjour dans le silence.
Cynthia croisa les mains sur ses cuisses et pencha la tête un moment, ses lèvres remuant tandis qu’elle murmurait une courte prière. Puis elle se redressa quand elle entendit Kerry revenir dans la pièce et elle prit une profonde inspiration tandis que sa fille réapparaissait tenant son ordinateur entre ses mains.
C’était épuisant de gérer les choses avec cette enfant. Bien que Kerry fût certainement polie, l’hostilité qu’elle ressentait était évidente pour Cynthia juste sous la surface et elle se demanda quand, pas si, cette colère qui couvait entrerait de nouveau en éruption.
Très difficile. Dur de savoir par où commencer, vraiment. Elle ne voulait pas être en opposition avec sa fille aînée, mais tout ce qu’elle avait tenté jusqu’ici pour lisser les choses entre elles, avait fini confusément mal et elle n’était pas très sûre de savoir pourquoi.
Elle savait que Kerry était en colère avec tout ce qui s’était passé auparavant, mais vraiment, c’était du passé. Ça ne pouvait pas être changé.
« Et au sujet de ce que nous avons vu hier soir ? » Demanda Kerry tandis qu’elle ouvrait l’appareil et le démarrait. « Est-ce que c’était réel ? Mère, honnêtement, s’il y a des bombes dans la ville, c’est insensé d’aller au centre. » Elle s’assit et regarda par-dessus la table. « Et s’ils avaient déjà planté quelque chose au Capitole ? »
Sa mère pinça les lèvres. « C’est une inquiétude, certainement », approuva-t-elle. « Mon équipe a appelé pour savoir ce que le reste de mes collègues a l’intention de faire. »
Kerry s’appuya sur la table avec ses mains et attendit que son ordinateur démarre. Puis elle se redressa. » Je vais mettre des vêtements », dit-elle. « J’ai le sentiment que la matinée va être très occupée et ton équipe ne va probablement pas apprécier mon pyjama de nerd. »
Elle laissa son ordinateur où il se trouvait, se frottant la nuque pour travailler sur le nœud dû à ses mouvements dans la nuit. Elle alla à la salle de bains et se sortit de sa chemise, ouvrit la douche, prit l’éponge et une bouteille de gel gommant de sa trousse de toilettes.
Ignorant son reflet dans le miroir, elle se mit sous l’eau pressa du gel sur l’éponge grattante avant de commencer à l’utiliser. La texture légèrement rugueuse était bonne sur sa peau et le battement de l’eau sur sa nuque faisait son effet pour relâcher les muscles.
Elle se sentait un peu anxieuse. Elle n’était pas sûre que ça vienne de la situation dans laquelle elle se trouvait, ou une inquiétude subliminale au sujet de Dar, ou peut-être un reflet de Dar qui s’inquiétait pour elle mais ça lui grattait les nerfs à vif et elle souhaita vraiment être seule dans la chambre du palace sans avoir à gérer sa mère.
« Bon », murmura-t-elle pour elle-même sous l’eau. « Je présume qu’elle pense la même chose. » Elle jeta un coup d’œil au reflet de ses yeux dans le petit miroir bizarrement sans buée fixé au mur. « Parce que je sais que je ne serai pas une petite fille modèle. »
Elle prit une poignée de shampoing et l’étala sur ses cheveux, grattant au-dessus des oreilles et se tenant sous l’eau pour rincer le savon. Puis elle baissa les bras et se tint simplement ainsi, appréciant le jet puissant de l’eau contre son corps.
Un mauvais rêve l’avait réveillée cette fois. Elle ne pouvait pas se souvenir de son contenu, sauf qu’elle pouvait se rappeler qu’elle se sentait mal, et effrayée et seule dans un monde alternatif étrange issu de son imagination endormie.
Elle se sentait fatiguée maintenant, et irritée, et anxieuse avant une journée de conflit et de confrontation avec le gouvernement. « Zut. » Kerry plia les bras sur son corps mouillé. Puis elle soupira et quitta à contrecœur la chaleur, coupant l’eau et attrapant une serviette sur le porte serviettes tout près.
Elle se sécha, ses oreilles captant des voix basses dans la pièce à côté et elle se sentit contente d’avoir décidé de se changer. Contrairement à Dar qui manquait complètement de conscience concernant son corps, elle ne se sentait pas à l’aise de faire face à des gens complètement habillés dans ses affaires de nuit.
Cinglé, vraiment, vu qu’elle se déplaçait dans bien moins que ça à la maison tout le temps sur l’île, soit un short et un top, soit un short et un maillot de bains, ou juste son maillot qui en révélait bien plus qu’un foutu tee-shirt.
C’était juste un nœud dans son cerveau. Kerry étudia son choix de vêtements, puis elle sortit un jean, le boutonnant avant d’ajouter un polo rouge vif avec le logo de leur compagnie dessus. Elle passa une brosse dans ses cheveux mouillés et étudia le résultat.
Hm. Elle posa la brosse et entra le polo dans son jean avant d’ajouter une ceinture tressée en cuir de son sac et de la boucler autour de sa taille. Avec un grognement satisfait, elle accrocha le téléphone à la ceinture et glissa son PDA dans sa poche avant de se diriger pour faire face au monde.
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Dar se réveilla avec l’odeur d’un steak rôti tout près, la dichotomie de la vue autour d’elle, le ronronnement des moteurs et l’odeur lui faisant regarder autour d’elle avec perplexité avant qu’elle ne se rappelle où elle était.
« Vous vous sentez mieux ? »
Dar regarda sur sa droite, de l’autre côté de la large allée où Alastair était enfoncé dans un grand fauteuil en cuir comme le sien, une lampe de lecture luisant légèrement sur le tas de papiers qu’il étudiait. « Pour moi c’était bien jusqu’à ce que quelqu’un rôtisse de la viande quelque part », dit-il. « D’où sort ce foutu barbecue ? »
Il retira ses lunettes de lecture et la regarda à nouveau, une expression intriguée sur le visage. « Vous savez, j’ai pris des jets privés avant ça mais je parie que vous non. »
« Non », admit rapidement sa vice-présidente.
« Ils ont demandé quel type de nourriture mettre dans l’avion quand Bea a réservé. » Alastair remit ses lunettes et continua à lire ses papiers. « J’ai pris la liberté de commander pour vous. J’ai assez voyagé avec vous pour penser que je devinerais ce que vous mangez. »
Dar regarda sa montre, surprise de voir qu’ils volaient depuis quatre heures et qu’elle avait dormi pendant trois heures. « Ah, d’accord », dit-elle. « Oui, la sieste a fait du bien. » Elle se redressa un peu plus, passant ses doigts dans ses cheveux. « Qu’est-ce qui est si intéressant ? »
Alastair prit un verre avec de la glace et un liquide dedans et but une gorgée. « Notre rapport prérempli pour le troisième trimestre, pour la commission bancaire. »
Dar le fixa. « Je viens juste de me réveiller », dit-elle. « Vous voulez que je me rendorme ? Vous aurez plus de choses à manger. »
Alastair se mit à rire. « J’essayais de m’endormir moi aussi, pour être honnête. » Il posa le rapport et jeta ses lunettes dessus. « Parfois j’ai envie de prendre ma retraite, quand la chose la plus urgente que je dois regarder c’est un catalogue de vêtements pour hommes », admit-il. « On se fatigue des petits caractères, vous savez ? » Il mit ses mains derrière sa tête et s’étira.
« Ah oui ? » Dar se tourna à demi sur son côté, levant un genou tandis qu’elle faisait face à son boss. « Que feriez-vous si vous preniez votre retraite ? »
Alastair pencha sa tête et regarda le plafond du jet privé, réfléchissant à la question.
Dar prit un moment pour regarder l’intérieur du jet auquel elle n’avait pas prêté grande attention quand ils avaient embarqué. C’était raisonnablement grand, mais avec deux rangées de fauteuils en cuir totalement inclinés de chaque côté d’une large allée au lieu des rangées habituelles de sièges relevés.
C’était calme, le ronronnement des moteurs étouffé et semblait très cher, et Dar se rendit compte que c’était exactement ce que ça devait être quand l’élite voyageait.
Elle aimait bien. Ça calait bien avec sa vision d’espace personnel et de confort appropriés, et les fauteuils en cuir étaient juste assez grands pour qu’elle et Kerry puissent se serrer toutes les deux sur un seul siège.
Cette pensée lui fit souhaiter que Kerry soit dans l’avion avec elle, et elle fronça les sourcils, retournant vers Alastair tandis qu’il s’éclaircissait la voix et commençait à répondre.
« Et bien vous savez que j’ai le ranch », dit Alastair. « J’adorerais passer plus de temps avec les chevaux. J’ai une petite fille qui apprend à monter et ce serait génial de la regarder au lieu de poser mes fesses dans mon bureau à Houston. »
« Ça semble sympa », dit Dar. « J’aime bien les chevaux. J’ai vu des photos dans votre bureau, ce sont de beaux animaux. »
« Des pur-sang. » Il tourna un peu la tête. « Et vous ? Que feriez-vous si vous preniez votre retraite, Dar ? Je sais que ça parait fou vu votre âge, mais vous avez un peu plus de quinze années à passer. Vous y pensez parfois ? »
« Bien sûr », répondit Dar avec un sourire. « Je déménagerais dans les Keys et je passerais mes journées à plonger et trainer sur la plage, avec un job de consultant occasionnel pour payer les factures. »
Alastair sourit. « Ah, la fille de la mer. Comment pourrais-je oublier. »
« Ce que je ferais exactement si vous décidiez de prendre votre retraite », continua Dar, son sourire s’élargissant tandis qu’elle saisissait l’expression de surprise honnête sur le visage de son patron. « Je n’ai pas l’intention de continuer à faire ça pour quelqu’un d’autre. »
Alastair la regarda en silence un long moment. « Vous êtes sérieuse ? »
Dar hocha la tête. « Autant qu’une crise cardiaque. »
Les yeux de son chef étincelèrent. « C’est peut-être la chose la plus gentille que vous m’ayez jamais dite », dit-il. « Merci, Paladar. » Il fit une pause. « Je vais vous dire quelque chose. Vous vous souvenez quand vous m’avez envoyé cette lettre de démission ? »
Dar hocha la tête.
« La mienne était écrite aussi et agrafée à la vôtre », dit Alastair. « Alors c’est probablement bon pour la compagnie que vous ayez décidé de rester. » Il réfléchit. « Bien que je doive admettre qu’il y a eu des moments ces derniers temps où je souhaitais presque que vous ne l’ayez pas fait. »
« Oui », dit Dar. « Je vois ce que vous voulez dire. » Elle se souleva du siège et se leva, s’étirant avant de traverser l’allée et de s’agenouiller près de l’endroit où son patron était allongé. « Merci, Alastair. Je sais que j’ai été une plaie toutes ces années. » Elle tendit la main et lui aussi et elle la saisit d’une poigne puissante. « J’espère que ça en a valu la peine. »
Il rit à nouveau. « Et comment que ça l’a valu. » Il relâcha sa main. « Vous savez, le truc bien de tout ce bazar entre Steven et vous, ça a été de pouvoir rencontrer Kerry pour la première fois. »
Comme prévu, cela fit sourire Dar. Elle se leva et se balada dans l’allée, explorant son petit monde. « Elle était tellement furieuse contre moi que je démissionne. »
« Elle est un pétard », dit Alastair. « Vous savez qu’elle m’a appelé et dit de mettre mon cul dans un avion et de venir parce que tout le monde dans ce bureau était idiot ou n’avait aucune idée de ce qui se passait. »
Dar se tourna et le regarda, les deux sourcils haussés jusqu’à sa frange.
« Pas en tant de mots », admit son patron. « Mais c’étaient les grandes lignes, dites dans cette politesse douce et gentille du Midwest et c’est à ce moment que j’ai réalisé que vous étiez mordue pour une très bonne raison. » Il sourit à l’expression penaude de Dar. « Elle était votre double. »
Dar s’appuya contre la cloison de la cabine. « Elle l’est », dit-elle tranquillement. « Elle a changé ma vie. »
« Elle se prélasse à la plage aussi ? » Demanda Alastair. « Je pensais qu’elle aimait la folie. »
« Après ce dernier développement, elle s’est ouverte à ça », répondit Dar. « Elle aime le travail. Elle aime l’énergie. »
« Mais ? »
Dar eut l’air un peu embarrassée. « Elle ira partout où j’irai. »
« Le genre de fille loyale », commenta Alastair avec un sourire. « Mais alors, vous faites la paire à cet égard et je devine que la compagnie sera très touchée un jour. »
« Mmph. »
La porte à l’avant de l’avion s’ouvrit et un jeune homme grand et élancé entra. Il portait un pantalon noir bien repassé et un pullover noir côtelé, avec des épaulettes. « Madame, monsieur », dit l’homme. « Nous allons aborder des turbulences et je voulais vous en avertir. Une dépression tropicale s’est formée dans le Gulf et nous allons être touchés, ce qui rendra notre vol très perturbé. »
« Peut-on la contourner ? » Demanda Alastair. « Mes reins ne sont pas d’humeur à être secoués ce soir. »
« Je peux demander, monsieur », répondit l’homme. « Ça pourrait nous amener à changer notre plan de vol cependant », dit-il. « Nous suivons une longue route au-dessus des Antilles du Sud pour éviter l’espace aérien américain et cela impliquerait de virer plus près de la côte sud-américaine. »
Dar et Alastair échangèrent un regard. « Dépression signifie que cela va empirer ?? » Demanda Dar. « Se durcir ? »
L’homme hocha la tête. « Il s’attendent à ce que ça devienne la tempête tropicale Gabrielle demain. »
« Evitons-la si c’est possible », dit Dar. « Je n’ai rien contre l’expérience de votre pilote mais je ne suis pas d’humeur d’avoir à nager jusqu’à Tortola aujourd’hui. »
« Je ne suis pas d’humeur pour nager vers Tortola n’importe quel jour », résonna Alastair. « Même si je flotte comme un bouchon. »
L’homme hocha la tête et disparut à nouveau.
Alastair grogna. « Ben voyons. »
Dar se rappuya sur la cloison. « A ce moment de l’année », dit-elle. « Je souhaiterais avoir accepté l’offre de Gerry », admit-elle. « Mais il semblait avoir mille fers au feu. »
Alastair la regarda. « Madame, si vous pensez que ces vieux os voulaient passer huit heures à traverser l’océan dans un siège d’avion militaire vous êtes aussi cinglée qu’un gâteau aux fruits sans rhum. »
Dar rit et recommença à faire les cents pas, allant au début de la cabine après le coin de service contre lequel elle s’était appuyée, puis elle se retourna et alla le long des rangées de sièges jusqu’à l’arrière où se trouvaient une petite suite de salles de bains. « Je suis pratiquement sûre qu’il voulait parler d’un transport civil, Alastair. Je suis sûre qu’ils avaient besoin de rapatrier d’autres gens, des diplomates et autres. »
« Qu’ils voyagent dans un siège en acier », dit Alastair. « Ces maudits politiciens passent la plupart de leur temps à me critiquer de toutes les façons. »
Dar alla vers l’endroit où leurs sacs de voyage étaient stockés et fouilla dans le sien, retirant ses affaires de toilette avant de faire retraite avec dans la pièce typiquement petite de l’avion.
Pour des gens plus petits c’était supportable. Pour Dar, l’expérience la laissait habituellement avec un nœud dans la nuque alors elle se brossa les dents et s’aspergea le visage aussi vite que possible. La sieste lui avait complètement éclairci l’esprit mais maintenant qu’elle était réveillée, l’incertitude de ce qui se passait en bas recommençait à la ronger.
Elle vérifia sa montre. Kerry était debout et travaillait en ce moment, elle en était sûre. C’était frustrant de savoir que sa compagne était au milieu de dieu sait quoi et de ne pas pouvoir l’aider. Pas qu’elle pensait que Kerry avait besoin d’elle pour faire son travail – sa performance de la veille l’avait amplement démontré – mais ils étaient en territoire inconnu là maintenant et elle avait plus d’expérience.
Dar regarda son reflet dans le miroir, voyant le pli sombre de son front. « Elle va se débrouiller », dit-elle pour elle-même. « Elle va juste à Herndon et elle sait comment détourner quelqu’un si besoin. »
Kerry le faisait. Elle pouvait poliment, avec charme et chaleur, dire aux clients les plus exigeants et insistants qu’ils n’allaient pas avoir ce qu’ils voulaient et les laisser incapables d’émettre une plainte à ce sujet. Dar l’avait vue le faire à plus d’une occasion et elle n’avait aucun doute qu’elle pouvait gérer quelque requête que ce soit qui l’attendait là-bas.
Elle étudia le reflet des yeux bleus sur la surface vitrée. « Alors pourquoi tu te ronges les ongles ? »
Était-elle inquiète que Kerry ferait si bien, qu’elle montrerait combien elle n’avait pas besoin du soutien ? Dar plissa le nez. « Beuh j’espère que non. » Mais elle ne le pensait pas vraiment. C’était en fait un plaisir de pouvoir compter sur quelqu’un et de ne pas avoir à les materner au travail.
Était-elle inquiète que le contact prolongé avec sa famille changerait la façon dont elle ressentait les choses ? Les gens ? Dar regarda ses sourcils se hausser et ses lèvres se courber dans un sourire. Non. Elle n’était pas inquiète pour ça.
Elle était juste, se raisonna-t-elle, inquiète au sujet de la personne qu’elle aimait le plus simplement parce que c’était ce que les amoureux faisaient. Ils s’inquiétaient.
Elle rangea ses affaires et poussa la porte pour l’ouvrir, émergeant dans la cabine principale de l’avion avant de ranger sa trousse. Alastair avait éteint sa lampe de lecture et se tenait à l’avant de l’avion, regardant par le hublot de la porte d’embarquement. « Vous voyez des oiseaux de bon augure ? »
« Je vois beaucoup d’océan », répondit Alastair. « Imaginez ce que ça a été pour les premiers gars qui ont traversé ce truc dans un bateau. Ça demande beaucoup de tripes. »
« C’est un grand océan », acquiesça Dar en venant se tenir près de lui. « Je n’en ai navigué qu’une partie et ces longueurs d’eau vous tapent vraiment parfois sur le système », dit-elle. « Et j’ai été prise dans des tempêtes qui m’ont fait me demander comment les navigateurs qui se basaient sur le soleil et les étoiles, ont réussi leur passage. »
« Ah oui. Capitaine Roberts, n’est-ce pas ? » Alastair la regarda avec un sourire.
Elle sourit en retour. « Oui, c’est ça. »
La porte derrière s’ouvrit et le steward revint. « Oh. » Il se retourna visiblement surpris de ne pas les voir assis. « Le capitaine dit qu’il remplit un amendement à notre plan de vol, cela va nous amener juste au nord des Iles Grenadines et le long de la côte sud de Cuba et ensuite vers le Mexique. Cela signifie ajouter une heure à notre vol mais cela finira par être beaucoup plus calme. Avant ça nous avions prévu de passer entre Cuba et la Floride. »
Une heure. Dar soupira intérieurement. « Bon sang, comme je souhaiterais juste atterrir à Miami. »
Le steward eut un air de sympathie. « Nous aussi », acquiesça-t-il. « Nous allons essayer de rendre ce vol le plus confortable possible. » Il leur fit un bref sourire. « Nous sommes sur le point de servir le repas, si vous voulez vous rafraîchir. » Il partit à nouveau fermant la porte derrière lui.
« Et bien », dit Alastair. « C’est vraiment dommage. » Il passa près de Dar et alla à son siège. « Mais je pense que c’est mieux que de voler dans une tempête. »
Dar regarda par le petit hublot, se sentant plus que piégée. Elle espéra que les choses se passaient bien pour Kerry et que le plan de la compagnie avançait.
Elle espéra qu’il n’y ait plus d’attaques.
« Dar ? »
« Hm ? » Dar se tourna et se repoussa du hublot pour redescendre l’allée et s’arrêter près de son siège. Elle s’assit sur un accoudoir et posa ses coudes sur ses genoux. « Je présume que tout ce qu’on peut faire c’est s’accommoder de ça. »
« Ça ira bien », la rassura son patron. « Nous avons des gens compétents pour mener le spectacle, pas vrai ? »
Dar hocha la tête.
« Vous voulez un verre ? »
Dar se glissa dans son fauteuil, laissant une jambe par-dessus l’accoudoir. « Pas encore. »
« Et pourquoi pas un tranquillisant ? J’en ai un flacon. »
Dar tourna la tête et le regarda, ses sourcils haussés.
« Si vous n’en prenez pas, moi si », l’informa Alastair. « Si vous devez faire les cents pas comme un chat le reste du vol. »
Dar rit d’un air désabusé. « Voyons voir d’abord s’ils ont du lait chocolaté. » Elle soupira. « Ce sera probablement moins destructeur pour nous deux. »
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A suivre partie 9
Onde de Tempête
(Storm Surge)
Melissa (Missy) Good
Traduction Fryda – 2025/2026
Chapitre 7
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Dar enroula son bras autour de son sweater roulé en boule, posa sa tête et s’autorisa à se détendre dans la pièce semi-obscure. Le reste de leur équipe et la plupart des clients étaient dans la salle média à côté, à regarder trois ou quatre écrans de télévision et à parler.
Dar n’avait aucune envie de les rejoindre ou de parler. Elle ferma les yeux, laissant le crépitement en arrière-plan de l’ordinateur passer sur elle, essayant de décrocher assez pour avoir quelques minutes de repos avant l’heure où Kerry irait à l’aéroport avec sa mère.
Le seul commentaire de Kerry à la question de Dar sur comment ça s’était passé, avait été ‘Beuh.’ Ça la rendait malheureuse parce qu’elle ressentait que sa partenaire était malheureuse et elle n’y pouvait pas grand-chose. Qu’est-ce qu’Alasatir avait dit plus tôt ? Elle devenait une personne de bonne famille ?
Beuh.
Alastair était parti vers les chambres que Sir Melton avait préparées pour eux. Il attendait un rappel d’un des administrateurs de leurs clients du gouvernement, mais Dar mettait peu d’espoir franchement à cet égard parce qu’elle se disait que soit ils étaient tous collés à CNN soit au milieu de la confusion et avaient peu de temps pour rappeler un quelconque PDG d’une quelconque compagnie.
La voix de Kerry s’infiltra doucement dans sa conscience et Dar ouvrit les yeux pour regarder l’écran tout près. Puis, après un moment de réflexion, elle ouvrit un moteur de recherche et cliqua sur le site de leur agence de voyages.
Kerry n’avait pas dit si elle allait loger à la maison de ville familiale qu’elle savait qu’ils avaient à Washington. Elle pourrait, se raisonna Dar, mais elle pourrait aussi plutôt vouloir s’échapper dans un des hôtels de prestige qu’elles utilisaient quand elles voyageaient.
Elle tendit la main et tapa l’adresse, puis elle regarda les résultats tandis que le site cherchait et déversait ses trouvailles. « Hm. » Dar grogna. Les hôtels étaient complets, pas déraisonnable si on considérait que le transport aérien était toujours à l’arrêt. Tous les gens coincés à l’aéroport devaient bien loger quelque part.
Mais il y avait une suite onéreuse d’un montant obscène et Dar cliqua dessus sans hésitation. Elle chercha les profils disponibles sur le site et choisit celui de Kerry ; elle regarda tandis que ses informations se remplissaient et elle réserva l’espace docilement.
Dar choisit et copia les détails puis elle les colla dans la boite de message instantané où le dernier ‘Beuh’ de Kerry clignotait toujours avec nostalgie. Elle cliqua envoi puis reposa sa tête sur son sweater.
La voix de Kerry, au milieu de sa reconnaissance de la mise à jour du statut de Mark, s’interrompit soudain.
Dar sourit en regardant le message revenir avec un minuscule dessin, un petit cœur rouge battant qui était un total, cependant charmant, gâchis de bande passante.
« Comme je le disais. » La voix de Kerry comportait maintenant un sourire audible. « Je serai hors contact en transit vers Herndon ce soir. Dar prendra le relais. »
« Miami exec, ici Herndon. Nous avons hâte de vous voir », répondit une voix. « Avez-vous besoin d’une camionnette ? »
Un œil bleu s’ouvrit et son sourcil noir se haussa quand Dar attendit la réponse de sa compagne.
« Ah. » Kerry réfrénait un rire, ça elle pouvait le dire. « Je vais louer une voiture à l’aéroport, merci. Je vous ferai savoir si ça ne marche pas. Je suis sûre que c’est la folie par là-bas. »
Dar tapa d’une main une série d’instructions dans une session de console, les vérifiant avant de compiler les résultats et d’envoyer la nouvelle routine. Un instant plus tard, elle entendit un léger rire passer dans le micro.
« Salut Miami exec, ici Miami ops. » Mark interjeta. « Est-ce que ce serait le dieu des horloges en Angleterre ? »
« Oui », répondit Kerry. « Dar est supposée se reposer maintenant pour pouvoir me relayer mais je viens de découvrir qu’elle gère en fait des détails insignifiants en arrière-plan. »
« Insignifiants ? » Murmura Dar. « Gamine. »
« Et si je grillais le protocole et que je vérifiais des trucs depuis le van ? » Suggéra Mark. « Ce n’est pas comme si nous avions autre chose à faire, vous savez ? »
Dar plissa le front, réfléchissant à la question. Elle faisait implicitement confiance à Mark. Il travaillait pour la compagnie depuis presque aussi longtemps qu’elle et son expertise et sa loyauté n’étaient pas remises en cause.
Confiance ? Pas confiance ? Dar tendit la main et prit son casque micro, l’amenant au-dessus de sa tête.
« Je pense que c’est une idée géniale, Mark », répondit Kerry avant qu’elle puisse se connecter. « Merci, je l’apprécie et je sais que Dar va l’apprécier vu que beaucoup de choses se passent là-bas aussi. »
Touché. Dar savait que rejeter l’offre maintenant embarrasserait sérieusement sa compagne et la ferait passer pour une brute vu que c’était fait dans son meilleur intérêt. C’était le petit retour de Kerry pour sa réservation d’hôtel. Elle alluma son micro. « J’apprécie beaucoup, Mark », dit-elle. « Surtout que je peux maintenant renvoyer Kerry pour qu’elle se prépare à partir et se détende avant de prendre son vol. »
Kerry oublia de couper son micro et son rire fit écho à travers le haut-parleur, un son étrangement léger après tant de tension. « Pas vrai, Kerry ? » Demanda Dar.
« Vrai cheffe. » Kerry se rendit. « Tu gagnes ce round. »
Dar regarda la boite de messages avec espoir.
Je suis relevée, pas vrai ? Le texte de Kerry apparut.
Je me suis dit que tu pourrais prendre un peu de temps pour décompresser. Tapa Dar en retour. Tu ne sais pas dans quoi tu vas tomber à Herndon.
Vrai. Répondit sa compagne. Je vais prendre une douche et m’écraser quelques heures. Merci pour la réservation d’hôtel, je n’avais pas encore commencé à chercher et je suis sûre de ne pas vouloir passer la nuit à Washington.
C’est ce que je me suis dit. Dit Dar. Tu es sûre que ça te va de partir ?
Il y eut un moment de pause avant la réponse. Oui. Finit par répondre Kerry. Je ne sais pas. Peut-être que j’aurai une chance de régler ce truc de famille. Je pense que tu avais raison avec tout ce truc avec ma mère. Je pense qu’elle voulait juste avoir quelque chose à montrer à son comité.
Dar sourit. L’Enfer doit geler si je ne te dis pas de penser le pire de quelqu’un.
Ah ah. Répondit Kerry. Oui je sais. Une partie de moi voulait juste dépasser tout ça et laisser tout tomber, et l’autre partie de moi pense juste aux trucs qu’ils ont faits et est ulcérée de nouveau. Je souhaite juste vraiment être à la maison.
Je suis avec toi. Dar soupira et regarda la pièce, s’arrêtant quand la porte s’ouvrit en entier et qu’Alastair entra. Attends, Alastair vient de rentrer.
« Et bien, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle. » Alastair s’approcha et s’assit. Il avait l’air fatigué. « Laquelle vous voulez en premier ? »
« Je ne peux pas croire qu’il y a une bonne nouvelle. Alors la mauvaise d’abord », dit Dar.
« D’accord », répondit son chef. « Voilà la mauvaise nouvelle alors, il n’y a personne au gouvernement qui peut me dire pourquoi quelqu’un d’une agence frappe à notre porte en Virginie. Tel groupe dit qu’ils pensent que tel groupe pourrait le faire et quand vous interrogez ce groupe-là, ils ne savent rien de rien.
« Beuh. » Dar n’était pas surprise.
« Hamilton essaie de pister la requête mais il tombe sur beaucoup de gens qui sont à pleins tubes sans freins, si vous voyez ce que je veux dire », dit Alastair. « Mais du bon côté, nous avons des vols pour Mexico demain matin. »
Dar cligna des yeux de surprise. « Ils ont trouvé des sièges ? »
« Le conseil d’administration m’a donné instruction de réserver un avion. » Alastair semblait un peu perplexe. « Apparemment vous et moi sommes considérés comme un peu importants. Nous avons un transfert à Mexico pour un jet d’affaires jusqu’à Nuevo Laredo et on viendra nous chercher là en voiture pour traverser la frontière. »
« Wow », dit Dar.
« Par chance pour nous, il y a plein d’avions qui traînent ici, incapables de voler vers les USA. En trouver un à réserver a été facile, du moins c’est ce que me dit Bea », dit Alastair. « En tous cas, désolé de finir à Houston mais au moins, on ne sera pas de l’autre côté du monde. »
« Je prends », dit Dar. « Peut-être que d’ici là les vols intérieurs auront repris. » Elle ressentit un soulagement profond, peu importe la destination. « Ce sont de bonnes nouvelles, Alastair. Merci. »
Son chef sourit. « Je sais que vous voulez rentrer à la maison. Moi aussi. » Il donna une tape sur l’épaule de Dar et se leva. « Vous allez vous reposer un peu ? »
Dar hocha la tête. « Mark nous couvre », dit-elle. « Il part dans le van d’équipement et a beaucoup de temps à tuer. J’ai renvoyé Kerry pour qu’elle se repose un peu avant de partir pour Herndon ce soir. »
Alastair hocha la tête. « Très bien. Je vais aller me reposer aussi », dit-il. « Seul le diable sait ce que nous aurons à gérer demain, si aujourd’hui en est une indication. »
« Bonne nuit. » Dar attendit qu’il parte. Puis elle retourna vers l’écran. Ker ? »
Il n’y eut pas de réponse. Dar fronça les sourcils puis elle prit son téléphone et composa, pour avoir un signal d’occupation. Elle soupira et se redressa dans son fauteuil, puis elle se pencha à nouveau en avant quand elle reçut une réponse à son message.
Salut. Que se passe-t-il ? Tapa Kerry. Désolée. Brian vient juste de se montrer ici, en même temps que Richard a déposé Sally.
Dar tressaillit. Sympa. Tapa-t-elle. Comme si ça avait besoin d’être encore plus cinglé.
Oui oui. Approuva Kerry. Est-ce qu’Alastair a trouvé quelque chose ?
Non, Hamilton essaie toujours. Dar fit courir ses doigts sur le clavier. Mais ils ont réservé un avion pour nous vers Mexico demain matin. Elle tapa entrée et attendit.
Yahhoooooo !!!!!!!!!
Dar sourit. Oui, bon, nous allons voler jusqu’à la frontière et quelqu’un nous récupèrera pour faire le trajet vers Houston. Au moins c’est à mi-parcours de la maison. Dit-elle. Et peut-être qu’après je pourrai prendre un avion pour Washington et te rejoindre.
Il y eut un long silence. Dar faillit décider d’envoyer un autre message quand une réponse lui parvint.
Désolée. Des cris me parviennent de dehors. Pour une fois, je ne suis pas impliquée.
« Oups. » Dar soupira.
Vole vite. Tapa Kerry après une pause. J’ai besoin de toi.
Il y avait une âpreté qui fit perdre le souffle à Dar. Elle tendit la main par réflexe pour toucher l’écran du bout des doigts puis elle la laissa retomber.
Je vais essayer de garder les choses sous contrôle à Herndon. Continua Kerry. Mais j’ai le pressentiment malsain qu’il va y avoir plus qu’une simple requête pour pister des adresses IP.
Dar hocha la tête pour elle-même. Suis ton instinct, Ker. Tu sais ce que je ferais et ce que je ne ferais pas, dis-leur simplement que tu ne peux pas le faire et attends que j’atterrisse. J’ai toujours le système verrouillé depuis ici.
« Le contrôle de systèmes passe à Miami ops », interrompit la voix de Mark. « Nous allons vers le Nord. Nous avons attaché une caravane à ma camionnette et nous avons emporté chaque pièce d’équipement qui se trouvait dans l’inventaire. »
« Miami ops, ici Danny au Pentagone. C’est génial d’entendre ça. Nous en aurons besoin d’une partie pour remettre les choses en état et aussi des aménagements. Est-ce que vous avez des dispositifs de WAN ? »
« Bien sûr que oui. Ce truc a même un branchement satellite et nous amenons un générateur. »
Nous avons des gens doués. Tapa Kerry.
« Il y a toujours le feu ici », dit Danny. « Mais on vient juste de nous demander quand on aura le backup. On ne peut pas entrer mais nous pensons que la salle du répartiteur a brûlé. »
Nous avons les meilleurs. Ajouta Dar.
« D’accord, nous allons nous arrêter pour prendre des blocks de soixante-six. Est-ce que vous pouvez trouver des couches de trois quarts si nous devons rebâtir le DMARC (NdlT : c’est un système d’authentification pour réduire les emails) », dit Marc.
« Nous pouvons faire ça », dit Danny.
« Alors allez-y et trouvez une douzaine de feuilles », dit Mark. « Nous allons venir arranger tout ça. »
« Ça marche, Miami ops. Nous serons prêts pour vous. »
Dar ouvrit son micro. « Ça me semble être un bon plan, messieurs », dit-elle. « Miami exec se déconnecte pour la soirée. Si quelque chose se produit qui requiert une approbation supérieure, appelez sur mon téléphone d’abord. »
« Et le mien ensuite », ajouta Kerry. « Restons tous en alerte. Nous ne savons pas ce qui peut se passer encore. »
Va te reposer. Tapa Dar.
Toi aussi. Répondit Kerry. Espérons que demain sera meilleur.
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Se reposer n’était apparemment pas dans ses options. Kerry faillit décider de faire demi-tour et d’aller reprendre sa tâche aux opérations quand elle sortit du bureau et trouva sa sœur et son ex-mari se faisant face avec une Sally à l’air malheureux entre eux.
Richard n’avait pas beaucoup changé. Ce soir cependant, il portait étonnamment une veste en cuir et un pantalon en toile, qu’il n’avait jamais portés dans la maison des parents de Kerry quand son père était vivant. Kerry prit une profonde inspiration et se força à marcher vers eux, espérant que sa présence briserait quoi qu’il se passât.
« Si tu penses que je vais la laisser ici avec lui, tu es folle ! » Disait Richard. « Elle est bien assez perturbée, elle n’a pas besoin de ça pour compliquer sa vie ! »
Le visage d’Angie était fermé et coléreux. « Arrête d’être un tel idiot, veux-tu ? » Dit-elle. « Il ne va rien compliquer. Elle le connait depuis sa naissance, pour l’amour de Dieu. »
« Ce n’est pas le sujet ! »
« Tatie Kerry. » Sally la vit et bondit, distrayant ses parents juste assez pour qu’ils se tournent et voient sa cible avant de cogner les jambes robustes de sa tante.
« Hé, gamine. » Kerry fit un bref sourire à sa sœur. « Et si je t’emmenais dans la bibliothèque pour te raconter une histoire. »
Angie eut l’air profondément soulagée. « Merci, sœurette », dit-elle. « Ce serait génial. »
« Ça te plairait ? » Kerry tendit la main vers sa nièce. « Tu veux entendre une histoire ? »
« Oui ! » Sally se retenait à une jambe, les yeux levés vers elle. Elle tendit la main et attrapa celle de Kerry tout en se balançant.
« D’accord. » Kerry fit un signe de tête d’accueil pour son ex beau frère. « Richard. »
« Kerry », répondit Richard tendu. « Tu as l’air en forme. »
« Toi aussi. » Elle s’échappa avec sa nièce sous l’arche et se dirigea vers la bibliothèque à l’autre bout. Elles entrèrent dans la pièce calme et faiblement éclairée et Kerry ferma la porte derrière elles. « Très bien, allons-y. »
« Tatie Kewwy. » Sally se redressa pour un câlin et Kerry lui rendit avec joie, soulevant sa nièce tout en l’enlaçant. « Tu es partie longtemps. » Elle mit les bras autour de la nuque de sa tante et posa un baiser sur sa joue.
« Oui. » Kerry s’avança et s’assit avec elle sur le long canapé en cuir. « Je sais. Ça fait longtemps, hein » Elle assit Sally sur ses cuisses et l’étudia. « Quel âge as-tu maintenant, presque cinq ans, pas vrai ? »
Sally hocha la tête, ses boucles blondes enfantines bougeant ce faisant. C’était une enfant engageante avec un joli visage rond et un nez un peu épaté que Kerry avait vu dans le miroir de temps en temps. Elle avait des yeux noisette et un sourire à fossettes, et elle souriait maintenant à sa tante. « Où étais-tu ? »
« Et bien », dit Kerry. « Je ne vis plus dans le Michigan. J’ai déménagé en Floride. Tu sais où c’est ? »
« Pourquoi tu es allée là-bas ? » Sally balança un peu ses jambes. « Maman a dit que tu vis très très loin ; »
« C’est là que je travaille », lui dit Kerry. « Et il fait chaud là-bas, et c’est joli. J’aime beaucoup. Ta maman est venue me voir là-bas, là où je vis maintenant. »
« Oh. »
« C’est loin d’ici mais j’ai beaucoup d’amis là-bas et même un chien », dit Kerry. « Peut-être que tu viendras me rendre visite et tu le rencontreras.
Les yeux de Sally s’éclairèrent. « Tu as un chien ? » Couina-t-elle. « Oh, wow. »
Kerry sourit à son enthousiasme libéré. « Bien sûr. Elle s’appelle Chino et elle est presque aussi grande que toi. » Elle fit rebondir Sally sur ses genoux. « Et elle est vraiment mignonne. »
« Je veux la voir », dit Sally. « Papa ne veut pas que j’aie un chien. »
Bien sûr, paria Kerry. « Oh, peut-être quand tu seras un peu plus grande », dit-elle. « Ça demande beaucoup de soins tu sais », ajouta-t-elle. « Je n’avais pas de chien non plus quand j’étais petite. »
Sally fit la moue.
« Oh, allez. » Sa tante gloussa. « Alors tu veux entendre une histoire ? J’en connais une bonne au sujet d’un bourdon. »
« Je veux un chien ! » Dit Sally. « Je peux venir avec toi dans ta maison et vivre là-bas ? »
Kerry l’étudia un instant. « Tu peux venir nous rendre visite, bien sûr », dit-elle. « C’est ce que j’ai dit, pas vrai ? Ensuite tu pourras jouer avec Chino et aller à la plage pour voir l’océan. »
La petite fille refit la moue.
« Tu veux voir des photos de mon chien ? » Suggéra Kerry.
Sally hocha la tête.
« D’accord, viens. » Kerry la posa sur le sol et se leva, l’emmenant vers le cabinet de feu son père, où son ordinateur attendait toujours sur le bureau. Elle s’assit tandis que Sally grimpait sur le fauteuil près d’elle et elle déverrouilla son écran. « Voyons voir ce que nous avons ici. »
Elle avait un dossier de photos, rassemblées spécifiquement pour le motif qui était le sien maintenant. Des photos simples de la maison et du travail, de Chino et amusantes de Dar. « D’accord, tu vois ? Voici Chino. »
Sally couina. « Elle est siiii mignonne. »
« Je te l’ai dit. » Kerry fixa affectueusement son chien. « C’est son lit préféré. Et elle adore nager dans l’océan. »
« Je veux un chien », se lamenta Sally. « Tout ce que j’ai, c’est un poulet en chiffon et il est stupide. »
Kerry l’enlaça d’un bras. « Oh. Tu en auras un un jour. Je l’ai eu, pas vrai ? »
« Je ne veux pas attendre d’être plus grande ! »
Kerry se mit à rire. « Mince, merci ! » Elle fit une grimace à sa nièce. « Je vais te dire une chose, je vais demander à ta maman de t’en avoir un, d’accord ? »
Le regard de Sally s’éclaira. « C’est vrai ? »
La vengeance était très certainement une garce. « C’est vrai », l’assura Kerry. « Je vais lui dire de t’en prendre une comme Chino. Elle aura plein de place ici pour courir partout et jouer.
Sally regarda la pièce. « Maman a dit qu’on va habiter ici maintenant. »
« Mmhm », dit sa tante. « Tu sais, ta maman et moi on a grandi ici », dit-elle en voyant une expression triste dans les yeux de la fillette. « On s’est beaucoup amusés avec ton oncle Michael ; on jouait à cache-cache et on courait partout. »
Sally regarda autour d’elle. « C’est vrai ? »
« Oui », dit Kerry. « Je fermais les yeux, contre ce mur-là, et ta maman et oncle Michael cherchaient un endroit pour se cacher et je devais les retrouver », dit-elle. « Un jour, j’ai pensé qu’ils se cachaient dans la cuisine et j’ai pensé les y surprendre. »
Sally se trémoussa.
« Alors j’ai pris un panier et je l’ai rempli de terre du jardin ; après j’ai avancé sans bruit dans le couloir. » Kerry baissa sa voix. « Et j’ai avancé et avancé et quand je suis arrivée à la porte, je l’ai ouverte en grand et j’ai couru à l’intérieur ; et puis j’ai lancé le panier en l’air. »
« Oh ! Ils ont été tout sales ! »
« Pas vraiment. » Kerry sourit. « Ta grand-maman parlait là à un étranger et ils ont reçu la terre. »
« Ooooh… » Sally se trémoussa, sa tristesse oubliée. « Tu as eu des problèmes ? »
« J’ai couru très vite dehors et ils n’ont pas pu m’attraper », lui dit sa tante. « Et ensuite j’ai grimpé à un arbre et j’étais coincée, alors tout le monde a eu si peur qu’ils ont oublié la terre. » Elle gloussa tandis que sa nièce se trémoussait encore plus.
« C’était marrant », dit Sally. « On peut jouer à cache-cache ? »
« Bien sûr », dit Kerry. « Je vais demander à ta maman et oncle Michael de venir jouer aussi et on verra les ennuis qu’on peut s’attirer. Ça te semble rigolo ? »
« Oui ! »
Kerry fit un autre câlin à sa nièce. « Tu vas bien t’amuser ici. Quand ton frère sera un peu plus grand, tu pourras aussi jouer avec lui comme je l’ai fait avec oncle Michael. »
Sally se calma. « Est-ce que ton papa vivait aussi ailleurs ? »
« Eh bien, en quelque sorte. » Kerry tourna la tête et regarda sa nièce. « Tu te souviens de grand-papa ? »
Sally hocha la tête. « Il n’est plus là. »
« Non », acquiesça sa tante doucement. « Tu savais que grand-papa était mon papa ? » Demanda-t-elle. « Le mien, celui de ta maman et d’oncle Michael ? »
« Oh c’est vrai ? »
« Mm… » Kerry hocha la tête. « Et grand-papa devait passer beaucoup de temps dans des endroits différents, à cause de son travail. Souvent nous devions aussi y aller et parfois nous vivions ici, et souvent, il n’était pas là parce qu’il devait faire des choses. »
Sally mit son pouce dans sa bouche. « Maman m’a dit que grand-papa est parti au Ciel. »
Kerry se contenta de hocher la tête. « Je suis sûr qu’il ne voulait pas partir mais je sais qu’il est heureux là-bas et qu’il nous attend. C’est ce que t’a dit ta maman ? »
Sally hocha la tête un grand coup. « Grand-papa me manque. » Elle regardait le visage expressif de Kerry avec attention et il n’y avait aucun moyen pour sa tante de dissimuler.
Kerry soupira. « Je pense qu’on lui manque aussi, mon chou », dit-elle. « Mais nous avons tous des choses à faire et il avait quelque chose à faire au Ciel, alors il devait y aller pour nous attendre. »
L’enfant jeta ses bras autour de la nuque de Kerry. « Tu me manques aussi, Tatie Kerry, je pensais que tu étais aussi partie au Ciel, mais maman a dit que tu étais seulement partie à Miami. »
Kerry se mordit la langue pour s’empêcher de rire, malgré le battement dans sa poitrine. « Il faudra que tu viennes à Miami me rendre visite, mon chou. Ensuite tu verras si ça ressemble au Ciel. »
Sally la relâcha et se redressa ; elle regarda l’ordinateur. « T’as d’autres photos ? »
« Bien sûr. » Kerry était plus que contente d’abandonner cette conversation. Elle ouvrit le dossier et les photos apparurent, des minuscules morceaux colorés de sa vie étalés sur l’écran.
« C’est qui ? » Sally pointa une photo.
Ah. Kerry regarda une paire d’yeux bleus familière. « C’est mon amie, Dar », dit-elle. « Elle vit aussi en Floride.
Sally étudia la photo. « Elle est jolie. »
La photo montrait Dar assise derrière un bureau dans le condo, le menton posé sur un poing, avec un air de tolérance perplexe vers ce que Kerry savait être la porteuse d’appareil-photo fraîchement douchée et vêtue d’un simple tee-shirt de l’autre côté du bureau.
Rien de vraiment remarquable, à part le sourire et la chaleur dans ces yeux, qui regardaient droit à travers le viseur dans ceux de Kerry.
« Je pense aussi », dit Kerry avec un sourire. « Dar est ma meilleure amie. Nous nous amusons beaucoup ensemble. »
« Vous jouez à cache-cache ? » Demanda sa nièce.
« Parfois. » Les yeux de Kerry étincelèrent. « Nous faisons beaucoup de choses ensemble. » Elle montra une autre photo. « Tu vois ça ? C’est un poisson. »
« Un gros poisson », dit Sally.
« C’est un requin », lui dit Kerry. « J’ai pris cette photo sous l’eau. »
Sally se retourna complètement et la regarda. « Non, c’est pas vrai », dit-elle. « Tu n’es pas un poisson ! » Elle leva les yeux quand la porte grinça en s’ouvrant. « Maman ! Tatie Kerry n’est pas un poisson, pas vrai ? »
Angie entra, l’air très stressée. Elle prit un instant pour se détendre puis elle referma la porte derrière elle. « C’est quoi ça, mon chou ? Quelle histoire tordue te raconte Tatie Kerry ? »
« Je lui montrais mes photos de plongée. » Kerry tourna l’ordinateur pour que sa sœur puisse les voir. « Celle-là. »
« Celle-l… Dieux du Ciel, Kerry ! C’est un requin ! » Angie s’avança et s’assit sur le bord du bureau. « Dis-moi que tu n’as pas fait ça. »
« Si », dit sa sœur. « Honnêtement, ils ne sont pas si méchants, on peut nager avec eux. Il faut juste se souvenir de ne pas tendre de morceaux de ton corps vers leurs gueules. »
« Oh et c’est tout. » Angie regarda les photos. « Bon, tu as toujours tes doigts en tous cas. C’est une jolie photo de Dar », dit-elle. « Alors, qu’est-ce que vous avez fait toutes les deux ? »
« Maman, Tatie Kerry dit que tu vas me donner un chien », carillonna Sally. « Comme celle-là ! » Elle pointa la photo de Chino. « Je peux en avoir un, hein ? S’il te plait ? »
Angie regarda la photo puis Kerry, qui eut un sourire charmeur. « Tu as de la chance d’être ma sœur et que je t’aime. »
« Je peux maman ? »
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Dar étendit ses bras sur le lit et se détendit, tressaillant un peu quand la raideur d’être restée aussi longtemps assiste s’atténua.
C’était très, très bon de juste rester allongée là et de ne rien faire. La journée lui avait paru durer une semaine et que ce soit calme et immobile, avec juste le son de l’horloge murale était une chose merveilleuse.
Elle avait mal à la nuque. Elle débattit sur le fait de se lever et d’aller vers sa mallette, qui contenait des analgésiques pour gérer le problème, en même temps qu’un verre d’eau.
Elle décida que se lever et se déshabiller au lieu de s’endormir était facile. Dar roula sur le dos et se releva, avant de traîner jusqu’au bar en ébène où elle avait déposé sa valise.
Elle la dézippa et prit le flacon d’Advil et l’eau. Puis elle sortit une longue chemise de nuit. Elle la mit autour de la chaise proche et se tourna, s’appuyant contre le bois tout en ouvrant le flacon pour en sortir quelques comprimés.
La chambre était relativement plaisante pour passer la nuit. Il y avait une petite salle de bains avec une baignoire à l’ancienne, un lit de taille décente assez long pour que ses jambes ne pendent pas et une tapisserie riche sur le mur qui montrait des chiens et des chevaux dans des pauses incroyables qui firent sourire Dar.
Elle avala ses comprimés et les fit passer avec une gorgée d’eau. Puis elle prit la chemise de nuit et alla dans la salle de bains, s’observant dans le miroir tandis qu’elle déboutonnait son chemisier. Elle retira le vêtement et croisa les bras, étudiant sa moitié haute presque nue avec une expression pensive.
Un jeu qu’elle jouait avec elle-même ces derniers temps.
Tatouage, ou pas tatouage ? C’était la question. Avec un rire ironique, Dar étudia sa peau bronzée, essayant d’imaginer à quoi ça ressemblerait avec le genre de décoration colorée qui était maintenant étalée sur la poitrine de sa compagne.
C’était bon de gâcher quelques neurones sur des trivialités après cette longue journée. C’était comme une minuscule tranche de normalité dans ce qui était devenu un marécage de stress incertain.
Le ferait-elle ? Dar passa son pouce sur la peau exposée de sa poitrine là où la marque de Kerry se trouvait. Elle trouvait le tatouage sexy et pas seulement parce que son nom apparaissait. Mais si elle devait choisir le sien, elle savait qu’il serait très différent de celui de sa compagne.
Qu’est-ce que ce serait ?
Dar étudia sa peau puis elle secoua la tête et rit. « Je n’en ai aucune fichue idée. » Elle finit de se changer et se brossa les dents, puis elle alla vers sa mallette et en sortit un magazine de plongée, puis s’installa dans le fauteuil en cuir près de la fenêtre où la lumière de la lampe produirait une lecture confortable.
Elle était fatiguée mais pas au point de dormir encore. Il y avait un petit téléviseur dans le coin de la chambre, presque caché, mais elle n’avait aucune envie de l’allumer pour écouter une redite et revoir la terreur et la destruction qu’elle avait vécues toute la journée.
C’était bon de juste être assise à siroter son eau et à regarder des photos de poissons colorés et d’eau bleu clair, de lire des aventures à bord de bateaux et de penser à une bonne boisson au rhum à Roatan au printemps. Elle s’adossa et tourna la page, se perdant dans le texte tandis que son esprit se rappelait le riche goût de l’air salé et le son profond et grondant de la respiration sous l’eau.
Un léger coup à sa porte la fit sursauter. Elle posa sa bouteille d’eau sur le bureau et regarda la porte. « Entrez. »
La porte s’ouvrit et la tête d’Alastair se pointa. « Salut, Dar, Je… oh mon Dieu. Désolé. Je ne me rendais pas compte que vous… ah… »
« Portiez un tee-shirt ? » Dar lança un regard ironique à son chef. « Détendez-vous. C’est plus que ce que je portais à cette fichue fête d’Halloween. »
Alastair entra avec précaution. « Je pensais que vous aimeriez un remontant. » Il leva une bouteille. « Notre hôte a fait livrer ceci, c’est du bon. »
« Bien sûr. » Dar ferma son magazine. « La dernière fois que j’ai partagé du whisky avec vous, je démissionnais. Nous devrions trouver des occasions plus joyeuses. »
Alastair s’avança et s’assit sur la chaise en face de Dar. Il portait toujours son pantalon décontracté mais en avait sorti sa chemise et déboutonné les manches en partie relevées le long de ses avant-bras. « Je m’en souviens », dit-il en versant une mesure de l’alcool doré dans un des deux verres qu’il avait apportés avant de le tendre à Dar. « J’apprécie mal la façon dont la journée a commencé. »
« Moi pareil. » Dar attendit qu’il se verse son verre puis elle leva le sien. « A de meilleurs temps. »
« Amen. » Alastair tendit la main et cogna son verre contre celui de Dar puis il se radossa et sirota. « Je viens de parler à ma femme », dit-il. « Il semble que l’un de nos voisins était dans la Tour Nord et on ne peut pas le joindre. »
Dar secoua la tête.
« Un gentil gars », dit Alastair. « Sa famille est dans tous ses états, bien sûr. Ma femme m’a dit qu’elle n’a jamais été si contente que je sois hors du pays tout comme elle ce matin. » Il étudia le scotch dans son verre. « Ça aurait pu être différent. J’étais à New York la semaine dernière. »
« Ça aurait pu », acquiesça tranquillement Dar. « Nous tous, nous voyageons beaucoup. C’était juste un coup du sort. » Elle réfléchit. « Mais encore une fois, c’est le cas quand on roule pour le travail chaque matin à Miami. » Elle sirota le scotch, la brûlure peu familière lui piquant le nez.
« Eh bien, c’est vrai, du moins c’est ce que j’ai entendu dire », dit Alastair. « Ce n’est pas aussi mal à Houston mais quand même. » Il se pencha en arrière. « Mais si on pense que tant d’entre nous travaillent comme des chiens alors on peut se retirer et calmer le jeu, et ces gars à New York travaillent plus dur que la plupart et ensuite quelque chose comme ça arrive. »
« Parfois il faut quelque chose comme ça pour que vous preniez du recul », dit Dar après une gorgée du whiskey. « Nous sommes fichument concentrés parfois. » Elle leva le verre à la lumière, admirant la couleur miel. « Parfois il faut s’arrêter et vivre. Sinon vous ratez des choses. »
Alastair sourit. « Vous avez appris ça récemment ? » Devina-t-il.
Les yeux de Dar brillèrent d’ironie. « On peut dire ça. »
Son chef rit. « Qu’est-ce que vous lisez ? » Il prit le magazine qu’elle lui tendait et le tourna. « Ah… votre passe-temps de fou. » Il tourna les pages. « Ces îles paraissent sympathiques mais ma femme ne veut pas en entendre parler. Elle veut aller aux chutes du Niagara pour notre prochain voyage. »
« Je les ai vues », dit Dar. « Alastair, emmenez-là à un endroit où vous pourrez passer plus de dix minutes. Les chutes sont belles mais à moins que vous n’alliez dessus dans un tonneau, ce n’est pas vraiment marrant. »
« Ah oui ? » Demanda Alastair. « Vous êtes passée au-dessus ? »
Dar haussa les sourcils. « Vous me croyez aussi cinglée que ça ? »
« Je demande juste. » Il rit à nouveau. « En général on finit dans un endroit plein de touristes comme Las Vegas. Les explorations ne m’ennuient pas mais j’aime que les miennes se passent avec un scotch et un chauffeur de limousine, j’en ai bien peur. »
« Et bien. » Dar tendit les jambes et les croisa aux chevilles. « Nous avons dénommé notre cabine dans le sud Microsoft Rustic pour une bonne raison. Ker et moi nous avons parlé d’aller camper et randonner dans le Grand Canyon, mais j’en ai eu mon content quand j’étais gamine et je préfèrerais appeler le service de chambre moi-même pour dire la vérité. »
« Du camping en Floride ? » Demanda Alastair. « Et vous avez grandi ? »
Dar sourit. « Nous allions faire un tour de l’Europe en fait quand nous aurions fini ici. Voir les Alpes. Voir si je suis aussi mauvaise pour skier que la dernière fois que j’ai essayé, et peut-être finir en Italie. » Elle soupira. « Kerry avait vraiment hâte. Elle n’a jamais eu l’occasion de voyager beaucoup. »
Alastair posa le magazine et prit son verre à deux mains. « La chance se représentera bien assez tôt », dit-il. « Je sais que nous avons une passe difficile à traverser maintenant mais le monde continue de tourner, vous savez ? Nous allons traverser ça. Ensuite toutes les deux vous pourrez prendre un mois de vacances et revenir ici. »
Dar haussa un sourcil. « Je vais m’en souvenir », avertit-elle.
« Marché conclu », dit son chef. « Dites, qu’est-ce que vous pensez de Key West ? » Demanda-t-il. « C’était l’autre idée de ma femme. Elle a des brochures d’un petit coin là-bas, près de l’eau. J’aimerais bien tenter la pêche. »
« C’est l’endroit pour ça. » Dar tourna la tête en entendant son téléphone sonner. « Oh oh. » Elle se leva et tendit la main vers la table de chevet, attrapa le téléphone et l’ouvrit. « Ah. » Elle reconnut le numéro. « Salut ma chérie. »
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« Salut. » La voix de Kerry lui parvint dans le téléphone. « Tu dormais ? Désolée. »
« Nan. » Dar s’assit. « Alastair et moi on avait une discussion nocturne et on parlait de nos plans de vacances. Qu’y a-t-il ? »
« Il fallait que je te parle. Danny vient d’appeler depuis le Pentagone et il a dit qu’un des techniciens est venu le voir parce que quelqu’un voulait te passer un message. »
« Ah oui ? » Dar n’entendait pas d’inquiétude dans la voix de sa compagne alors elle se dit que c’était sûrement de bonnes nouvelles. « Qu’est-ce que c’était ? »
« Le Général Easton », dit Kerry. « Il a juste dit de te saluer et qu’il aurait besoin de te parler quand tu pourrais le joindre demain. »
Dar ressentit un profond soulagement. « Ce sont des nouvelles géniales », dit-elle, en jetant un coup d’œil à Alastair. « Gerry Easton va bien et il veut que je l’appelle demain. » Elle retourna au téléphone. « A propos, pourquoi tu ne dors pas ? »
Kerry s’éclaircit la voix. « Hum… et bien, je jouais avec ma nièce et ensuite on a fait un cache-cache. »
« Toi et ta nièce ? » Demanda Dar.
« Moi, mon frère et ma sœur », marmonna Kerry. « Ça s’est fini avec un pied de table brisé. Ne demande rien. »
« Heu… d’accord. »
« Ecoute, quand tu parleras au Général Easton, tu peux savoir si sa chienne a encore eu des petits ? » Demanda Kerry. « Ma sœur en veut un. »
« Ah bon ? » Dar fronça les sourcils. « Elle ne me semble pas être du genre chien. »
« Elle ne l’est pas. Pas encore. »
Dar décida que l’ignorance était probablement la meilleure chose à ce moment. « D’accord », dit-elle. « Ecoute, je te souhaite un bon vol et fais-moi savoir quand tu atterris », dit-elle. « Fais attention à toi. »
« Je t’enverrai un texto », promit Kerry. « C’est un court-courrier. Je suis sûre que ça va aller. J’aimerais juste qu’il y ait plus de place. »
Dar eut un rire bref. « Tu as attrapé ma claustrophobie ? »
« Je ne veux pas être aussi près de ma mère », dit sa compagne succinctement. « A plus, ma chérie. »
« A plus. » Dar ferma le téléphone et sourit. « Eh bien, ce sont de bonnes nouvelles au moins. »
Alastair se leva. « Pour sûr », dit-il. « Je vais vous laisser vous reposer. » Il prit son verre. « Et espérons que cet appel demain c’est juste qu’il a envie de vous joindre personnellement. »
Dar cligna des yeux de surprise.
Son chef sourit ironiquement, leva son verre dans sa direction et puis se dirigea vers la porte. « C’est un chouette gars, content qu’il aille bien », dit-il tandis qu’il sortait. « Mais c’est aussi un gros client », lui rappela-t-il en refermant la porte derrière lui.
Plutôt vrai. Dar avala le reste de son whisky, grimaçant tandis qu’il lui brûlait la gorge jusqu’à son estomac. Puis elle soupira, faisant bouffer ses cheveux noirs hors de ses yeux et elle reprit son magazine. « J’espère aussi que c’est personnel. » Elle ouvrit les pages. « Je n’aurais pas le temps de lui demander des faveurs. »
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Kerry ferma son sac et le posa sur le sol, regardant autour d’elle par habitude pour s’assurer qu’elle n’avait rien oublié. Elle avait laissé sa part de réveils, de brosses à dents et autres articles dans des hôtels dans tout le pays et elle avait appris sa leçon plutôt rudement.
« Ker ? » Angie passa la tête dans la chambre. « Tu es prête ? J’ai dit à maman que je t’emmenais à l’aéroport pour la retrouver, comme ça nous n’aurons pas à repasser à la maison. »
« Ouaip. » Kerry passa son sac sur son épaule et prit sa mallette d’ordinateur. « Allons-y », dit-elle. « Est-ce que je suis prudente de laisser Mike rapporter la camionnette chez le loueur ? »
Sa sœur gloussa.
« C’est ce que je pensais. » Kerry soupira. « Oh bon. » Elle suivit sa sœur hors de la chambre. Il faisait déjà pas mal noir dehors et les enfants étaient au lit dans la maison à moitié vide, faisant écho au départ imminent et un peu triste. « Combien ça peut coûter un truc pareil ? »
Angie les mena en bas des marches, prit un sac à main et le balança sur son épaule avant de prendre ses clés. « Marco, est-ce que la voiture est prête ? » Demanda-t-elle à l’homme qui se tenait près de la porte.
« Oui madame », répondit Marco. « J’ai fait le plein d’essence. Mais est-ce que vous voulez que je conduise ? Il fait plutôt sombre sur la route. »
Angie regarda son majordome avec un sourire. « Merci, mais ça va aller », dit-elle. « Mon frère vient avec nous. Il me tiendra compagnie au retour. »
Marco eut l’air de douter à cette sécurité et Kerry fit passer son sac en arrière et se gratta le nez.
Angie sembla ressentir le doute muet. « Ça ira. » Elle attrapa la lanière du sac de Kerry et la tira. « Nous sommes à Saugatuck, pour l’amour de Dieu. »
« Mm. » Mais Kerry la suivit sans autre commentaire, descendant les marches vers Mike qui attendait à côté de la grosse voiture de sa sœur ; l’air frais lui frappait le visage. Elle cligna des yeux, sentant l’air sec sur ses yeux et elle pensa brièvement au sauna dans lequel elle vivait une grande partie de l’année.
Ça avait été difficile de s’y habituer. Maintenant c’était ça qui était dur. Kerry secoua la tête tandis qu’Angie ouvrait les portières et allait vers le côté du conducteur.
« Allez, donne-moi ça. » Mike prit son sac et le jeta sur le siège arrière, se glissant à son tour.
Kerry s’assit dans le fauteuil du passager et ferma la portière, assez contente de se détendre dans le siège en cuir pour le trajet relativement court vers l’aéroport régional. « Tu penses que maman est toujours fâchée ? » Demanda-t-elle. « Mon épaule me fait un mal de chien là où j’ai cogné cette table. »
Angie démarra et lança un regard ironique à sa sœur. « Ton épaule te fait mal ? Tu te souviens que tu m’es tombée dessus après avoir cassé le meuble. J’avais l’impression d’avoir été renversée par un camion. »
« J’étais juste contente que ce ne soit pas moi pour changer », commenta Mike depuis le siège arrière. « Ça valait le coup de voir la tête de maman quand elle a pris le coin et t’a vue assise là avec toute la porcelaine brisée autour de toi qui tenait ce stupide pied de table. »
« J’avais l’impression d’avoir six ans », admit Kerry. « Mais c’était drôle. »
« C’était foutument drôle », dit son frère. « Je veux dire, après toute cette journée à la con c’était génial de juste être stupide et de rire, de ne pas s’inquiéter de quel immeuble s’effondrait à la télévision ou si un avion allait s’écraser sur ma tête. »
Il y eut un moment de silence. « Oui », finit par dire Angie. « Ça a vraiment été une journée horrible. » Elle regarda Kerry du coin de son œil. « Je pense que maman et toi vous êtes folles de voler ce soir. Je ne peux même pas croire qu’ils vous laissent faire. »
« Je sais », dit Kerry. « Mais c’est différent. C’est un avion privé. »
« Un foutu minuscule court-courrier », dit Mike. « J’en ai vu l’intérieur. Je préfèrerais conduire. »
« J’aurais dû me procurer un van comme ce type chez vous, Kerry, y caser les enfants et on aurait pu tous faire une grande balade », dit Angie. « Même maman. »
Kerry se couvrit les yeux avec une éloquence silencieuse.
« Ang, tu es attardée », dit Mike. « Ça ne marchait même pas quand on avait dix ans. »
« La ferme », dit Angie. « Nous sommes des adultes maintenant. On aurait pu le faire marcher. »
Mike glissa et étendit ses jambes derrière le siège de Kerry. « Ah, peut-être », concéda-t-il. « J’ai regardé ce truc que le gars de Kerry a pris, ce n’est pas un van. C’est une caravane. C’est plutôt cool », dit-il. « Il y a une cuisine, une salle de bains et tout et tout. »
« Le trajet depuis Miami est long », dit Kerry. « Je suis contente qu’ils aient trouvé quelque chose de confortable. La dernière chose que je veux c’est qu’ils s’endorment en route et qu’ils aient un accident. Il faut… je pense dix ou douze heures pour sortir de l’Etat. »
« Tu en as déjà conduit ? » Demanda Angie.
Kerry secoua la tête. « Juste jusqu’à Orlando. Avec Dar », dit-elle. « Mais Dar a conduit sur la côte est. Elle dit qu’à moins que de prendre cette route scénique à travers les montagnes, c’est très ennuyeux. » Son regard alla vers le paysage sombre qu’ils traversaient.
« Tu vas loger avec maman ? » Demanda sa sœur. « Ça doit être une folie dans les hôtels. »
« Non. » Kerry secoua la tête. « Dar m’a pris une réservation à la limite de la ville. Je peux juste louer une voiture ou me faire prendre en charge par le bureau demain matin et peut-être rester là après. » Elle posa sa tête sur l’arrière du siège. « Je ne lui ai pas encore dit. Je pense qu’elle présume que je vais à la maison familiale. »
« C’est le cas », dit Mike. « Elle a dit à un mec là-bas de préparer une chambre, comme si la vue t’intéressait. »
« Parfois oui », objecta doucement Kerry. « Mais bon encore une fois… » Elle réfléchit. « Habituellement je suis avec Dar alors la vue dans la chambre est meilleure de toutes les façons. » Elle rit entre ses dents tandis que ses frère et sœur grognaient. « J’espère que ça va bien se passer avec son vol demain. »
« Elle vole jusqu’au Mexique ? » Demanda Mike. « J’ai entendu aux infos que c’est de la folie là-bas, les aéroports sont blindés », dit-il. « J’espère qu’elle n’aura pas de difficultés pour revenir au pays. »
Kerry étendit ses jambes et les croisa aux chevilles. « J’espère que non », dit-elle. « Je peux imaginer qu’ils sont plutôt flippés et Dar devient susceptible parfois sur les trucs officiels. Elle se fâche contre les gens de l’aéroport quand ils veulent qu’elle démarre son ordinateur portable. »
« Je suis contente de ne pas beaucoup voyager. » Angie soupira tandis qu’ils entraient sur la route d’accès du petit aéroport local. « Surtout maintenant. J’aurais une frousse bleue de monter dans un avion. »
Kerry réfléchit. Elle se souvint avoir pensé un jour qu’on n’avait aucune idée d’avec qui on partageait un avion, qui était assis près de vous, quels étaient leur motif… ou même quel virus ils allaient offrir à leurs compagnons de voyage.
Effrayant. Mais c’était encore plus effrayant maintenant. Elle imagina être sur ces avions qui avaient décollé et trouver que le passager assis près de vous était un tueur.
Beuh.
Son vol, et celui de Dar, seraient au moins privés cette fois. Mais les prochains ? Kerry soupira, espérant que les vols domestiques ne voleraient pas si tôt que Dar aurait le désir de sauter dans le premier disponible pour la rejoindre. Pour autant qu’elle voulait voir sa compagne, et elle le voulait, elle préférait la savoir en sécurité.
Y avait-il un train du Texas à Washington ? Kerry pianota sur l’accoudoir. Hmmm. Dar aimerait peut-être prendre un train de nuit.
« Wow, regardez ces lumières. » Angie interrompit ses pensées. « Au portail. »
Kerry regarda par le pare-brise pour voir l’entrée de la piste qui approchait, entourée par des lignes de véhicules d’urgence avec leurs flashes allumés. « Qu’est-ce qui se passe ? » Se demanda-t-elle.
« Peut-être que la limousine de maman s’est enfoncée dans la guérite des gardes », suggéra Mike.
« Michael », le réprimanda Angie. « Ce n’est pas drôle. »
« Pourquoi ? » Répliqua son frère. « Ce truc est construit comme un bateau. Je serai désolé pour le gars dans la guérite mais pour personne dans ce tank. »
Angie ralentit tandis qu’ils approchaient, des silhouettes sombres émergeant des véhicules et bloquant l’entrée. « Oh. Wow. »
« Des armes », observa Kerry. « J’espère que c’est la Garde Nationale du Michigan. »
« Moi aussi », acquiesça Mike d’une voix bien plus douce. « Je n’aime pas les armes. » Il se glissa à nouveau dans le siège, bougeant vers le côté de Kerry. « Je parie que Dar oui. »
« Je parie que non. » Kerry regarda Angie baisser sa vitre. « C’est moi qui suis enregistrée en tant que porteuse d’armes dans la famille. »
« Cet aéroport est fermé, madame. » L’homme portait un uniforme de garde et semblait très austère, mais poli. « S’il vous plait, faites demi-tour et retournez d’où vous venez. »
Kerry entendit un bruit derrière elle. Elle regarda par la vitre et vit trois autres soldats, qui se tenaient avec leurs fusils pointés non pas vraiment sur la voiture, ni sur le sol. « Oh bon sang. » Elle chercha son identification dans sa mallette.
« Merci officier », répondit Angie de sa voix la plus polie. « Je sais que l’aéroport est fermé. Ma mère, la sénatrice Stuart, nous a demandé de la rejoindre ici. Je dépose ma sœur pour l’accompagner à Washington. »
Le soldat la regarda avec doute.
Angie sortit son portefeuille de son sac à main et prit son permis de conduire. Elle le tendit à l’homme. « Contente d’avoir repris mon nom de jeune fille », marmonna-t-elle. « Ça n’a pas besoin d’être plus compliqué. »
Mike garda le silence prudemment, pour changer.
Kerry se pencha lentement et tendit sa propre carte, dans une pochette en cuir qui comportait non seulement son permis de conduire, mais son passeport et sa carte professionnelle. « Tenez. »
Le soldat prit les deux cartes et recula. Un autre homme le rejoignit et passa une lampe sur les documents.
« Tu as le numéro de maman ? » Demanda Kerry à voix basse.
« Oui », répondit sa sœur. « J’espère qu’on n’en aura pas besoin. » Elle regarda derrière elle. « Donne-moi ton permis, Mike. »
« Je ne l’ai pas avec moi », répondit-il d’une petite voix. « J’ai laissé mon portefeuille dans ma voiture.
Angie ferma les yeux et soupira. « Et tu dis que je suis attardée. »
« Pouvez-vous ouvrir le coffre, s’il vous plait, madame ? » Dit le garde.
Angie et Kerry échangèrent un regard. « Oh bon sang. » Angie déverrouilla le coffre. « J’essaie de me souvenir de ce que j’ai là-dedans. J’espère que ce ne sont pas les couches. »
Kerry regarda devant et croisa ses bras sur sa poitrine, très consciente des hommes qui regardaient par la vitre. « Je présume qu’étant donné ce qui s’est passé, Ang, ils n’ont pas le choix. Je serais plus sûre même si tout ça est flippant comme l’enfer. »
« Vrai. » Angie regarda le soldat qui revenait et elle entendit le coffre se fermer.
Le soldat lui tendit sa carte puis il se pencha en avant et tendit les documents à Kerry avec un petit mouvement de tête. « Madame. »
« Merci. » Kerry prit la pochette et la remit dans sa mallette. Puis elle fit un sourire au soldat. « La nuit est longue ? »
« La journée », répondit l’homme. « Il y en aura beaucoup d’autres. » Il regarda Angie. « Descendez la route, madame, il y a un garde devant ce petit terminal. Ils vous redemanderont votre identité. La Sénatrice n’est pas encore arrivée, mais j’ai eu un message radio qu’elle est en route et est attendue dans quelques minutes. Elle a dit qu’elle vous attendait. »
« Merci », dit Angie. « Merci beaucoup, vraiment. »
« Soyez prudentes mesdames, d’accord ? » Dit le soldat. « Ce n’est pas une nuit à conduire. » Il leva la main et les autres soldats allèrent ouvrir la barrière, avant de se mettre sur le côté pour leur céder le passage.
Angie démarra et passa les portes, dépassant le groupe de soldats et leurs camions pour gagner une sécurité relative sur la courte route qui menait au terminal d’aéroport. « Je ne pense pas qu’il a vu Mike. »
« Pas s’il m’a appelée madame. » Mike finit par ramasser le courage de se pencher en avant et d’entourer le siège de ses bras. « Je pense qu’il a aimé Kerry. Il a été gentil avec elle. »
« Oui, c’est vrai. » Angie jeta un coup d’œil à sa sœur avec un sourire. « Mais bon, elle a toujours été l’aimant dans la famille. »
Kerry les regarda. « Il a probablement reconnu le logo de la compagnie qui le paye », fit-elle remarquer d’un ton sec. « Mais si c’est comme ça ici, comment ça va être là où nous allons ? »
Angie gara la voiture. « Je ne sais pas, mais peu importe combien c’est nécessaire, je n’aime pas ça. » Elle montra l’escouade d’hommes armés qui les attendaient, portant des casques et des armes.
« Moi non plus », approuva Mike. « On dirait trop un film des années quarante. »
Kerry rezippa sa veste et ouvrit la portière, laissant entrer une bouffée d’air froid à senteur de pin. « Bon, espérons que tout ira pour le mieux. » Elle sortit de la voiture et prit sa mallette, voyant les lumières brillantes du petit avion sur la piste plus loin. « Parce que je ne suis pas sûre qu’on ait beaucoup de choix là maintenant. »
« C’est fou », dit Angie tandis qu’ils avançaient vers la ligne de soldats armés. « C’est juste fou. »
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Kerry dépassa la foule des assistants et trouva un siège près de l’avant de l’avion là où c’était plus calme. L’avion comportait huit sièges, moelleux et confortables et elle s’installa dans celui le plus près du cockpit, et elle rangea sa mallette.
Sa mère et ses trois assistants étaient massés à l’arrière de l’avion, où les quatre sièges étaient tournés pour se faire face et il y avait de petites tablettes sur lesquelles travailler.
Kerry s’adossa et croisa les jambes aux chevilles, jetant un coup d’œil aux deux sièges libres tout près et souhaitant que ses frère et sœur ne soient pas retournés à la voiture d’Angie pour les regarder partir.
La sécurité dans le nombre ? Kerry dut admettre qu’elle s’était toujours sentie plus à l’aise et un peu plus anonyme en présence de ses frère et sœur aux événements familiaux. Bien qu’elle ait eu tendance à ressortir avec ses cheveux clairs et sa taille moyenne, pourtant, ça avait dilué l’attention.
Bon. Elle croisa les mains sur ses cuisses et joua avec ses pouces. Elle se trouvait là.
« Kerrison. » Sa mère regardait autour d’elle dans l’avion.
Kerry regarda au-delà des sièges en face d’elle. « Ici. » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je me disais que j’allais rester hors du chemin. »
« Oh. » Sa mère l’étudia un moment. « Si tu veux, l’un de mes assistants peut s’asseoir là-bas et tu peux venir avec nous autres. »
Kerry sourit. « Je suis sûre que vous avez du travail », détourna-t-elle. « Je suis bien ici. Après tout je fais juste du stop. » Elle saisit un air de soulagement du coin de son œil vers les assistants. « Le vol n’est pas si long. »
« C’est vrai. Peut-être deux heures », dit Cynthia. « Très bien, nous continuons nos affaires. » Elle retourna à sa discussion, laissant Kerry assise tranquillement dans son coin.
Cela allait parfaitement à Kerry. Elle fouilla dans sa mallette et en sortit un magazine, posant les pages à plat sur ses cuisses avant d’allumer la lumière de lecture.
Un poisson coloré lui fit face. Elle passa à un article sur la photographie sous-marine et se détendit, s’appuyant sur l’accoudoir tandis qu’elle lisait.
Elle jeta un coup d’œil à sa montre puis retourna à la revue de nouveaux modèles d’appareils photos sous-marines. Elle avait vu des plongeurs avec des appareils de la taille de minivans qui prenaient des photos et elle savait que les résultats étaient souvent spectaculaires mais elle-même était plus tournée vers la modération pour son équipement, préférant échanger la qualité professionnelle contre la facilité d’utilisation et de maniement.
Cependant, la possibilité tentante de filmer Dar nageant sous l’eau en haute résolution…
« Kerrison ? »
« Hein ? » Kerry leva les yeux pour voir sa mère qui la regardait, deux des soldats à ses côtés. « Ah, oui ? »
« Ces jeunes gens souhaitent te parler. » Sa mère montra un des hommes. « J’espère que ce n’est pas un problème ? »
Kerry se demanda à quel problème sa mère pensait qui pourrait la mêler ainsi que la Garde Nationale du Michigan. « Bien sûr. Que puis-je pour vous ? » Demanda-t-elle, fermant son magazine pour le poser. « Asseyez-vous. » Elle montra le siège en face d’elle.
L’homme s’approcha et s’assit prudemment, mettant son arme automatique hors du chemin. « Désolé de vous ennuyer, Ms Stuart », dit-il. « Mais j’ai une faveur à vous demander. »
Kerry était consciente du silence derrière l’homme tandis que les autres écoutaient. « Si je peux vous aider, bien sûr. » Elle fit un sourire au soldat. C’était son copain du portail, se rendit-elle compte, un homme grand avec des cheveux brun sable et un visage carré du Midwestern.
« Mon frère Joshua travaille pour votre compagnie », dit-il, sans préambule. « Il travaille à Manhattan. Il pose des câbles pour vous. »
« D’accord. » Kerry hocha la tête. « Nous avons un bureau de services là-bas, oui. »
« Nous n’avons pas pu lui parler depuis hier soir et ma mère est sur le point de faire une crise cardiaque », dit-il. « Savez-vous s’il va bien ? »
Beurk. Kerry sortit son PDA. « Voyons si je peux trouver ça », dit-elle. « Son nom est Joshua… »
« Douglass », dit l’homme. « C’est mon frère. »
Kerry tapa un message rapide à Mark. « Il faut une minute et si je n’ai rien, je peux me connecter sur nos systèmes et vérifier », dit-elle. « Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui ne pouvaient être joints. Les téléphones sont nases et beaucoup de lignes HS. »
Le soldat hocha la tête. « C’est ce qu’ils ont dit à la télévision. » Il jeta un coup d’œil derrière lui. « Désolé de m’imposer, madame. » Il s’adressait à la sénatrice. « Oh et vous savez, la presse est ici aussi et ils veulent prendre des photos je présume. »
« Ah oui ? » Demanda Cynthia d’un ton sec. « Oh bon. Je ne pense pas qu’on leur ait fait savoir qu’on partait ce soir, pas vrai Charles ? »
« Je vais les voir. » Un des assistants se leva immédiatement. « Dois-je les faire monter à bord ? »
« Et bien… »
« Voyons quel est leur angle », dit l’assistant, en se précipitant à la porte. « Cela pourrait être une bonne opération de comm. »
« Je présume que j’aurais dû dire ça d’abord », dit le soldat à Cynthia. « Désolé pour ça, madame. »
« Je vous en prie. » Cynthia leva la main. « Votre famille est plus importante que la presse ou du moins je l’espère ! » Elle s’approcha et prit le siège en face de Kerry. « Espérons que les nouvelles seront bonnes. »
Le PDA de Kerry bipa et elle l’ouvrit, croisant les orteils tandis qu’elle passait la note en revue. « Hm. » Elle prit son téléphone et composa un numéro. « Voyons de quoi il retourne… Mark ? »
« Salut Kerry ! »
La voix de Mark semblait détendue, ce qui dénoua le nœud dans son estomac. « Qu’y a-t-il ? Avons-nous quelque chose sur le nom que je t’ai envoyé ? »
« C’est pour ça que j’appelle », dit Mark. « Je pensais que c’était complètement dingue que tu m’envoies cette note alors que j’étais en fait au téléphone avec ce même gars », dit-il. « Comment as-tu fait ça ? »
« C’est vrai ? » dit Kerry. « Oh wow ! »
« Je le suis toujours », dit Mark. « C’est quoi le sujet avec lui ? C’est l’un de nos techniciens de ligne. Il a passé toute la sainte journée à sortir de Manhattan et il a fini près de Buffalo », dit-il. « Il a reçu les alertes sur son téléphone mais il ne pouvait pas répondre alors il l’a éteint pour un moment. »
Kerry leva les yeux pour voir sa mère et le soldat qui la regardaient d’un air anxieux. Derrière eux, le bruit de gens qui s’approchaient fit écho. « Peux-tu me mettre en conférence ? Son frère est ici avec moi. »
« Bien sûr », dit Mark. « Attends un instant. » Il se déconnecta puis se reconnecta. « Ok, on est là. Dites bonjour à Kerry, Joshua. »
« Euh… Bonjour madame. »
Kerry sourit. « Attendez. » Elle tendit le téléphone au soldat. « Tenez. Vous voulez le saluer ? »
L’homme la fixa puis tendit la main vers le téléphone, les yeux écarquillés. « Vous blaguez ? » Il mit le téléphone à son oreille. « Allo ? » Il fit une pause. « Josh, c’est toi ? Ouais ! Ouais c’est Mike ! Je ne peux pas croire que tu es au téléphone ! Seigneur, frérot, Maman est grave malade à ton sujet ! »
Kerry s’appuya sur l’accoudoir, un grand sourire sur les lèvres, très satisfaite d’avoir retiré ce noeud particulièrement non souhaité de son ventre avec une coïncidence très typique. De l’autre côté de l’aile, sa mère souriait aussi en écoutant et derrière elle, elle saisit le flash d’un appareil-photo qui capturait le tout.
« Non, non gars, je garde l’aéroport ici », disait Mike. « J’ai vu cette dame de ta compagnie entrer et je suis venu lui demander ce qui se passait… quoi ? Où es-tu ? A Buffalo ? » Il fit une pause. « On va avoir de foutues ailes de poulet alors ! »
Kerry gloussa. « Mm », dit-elle. « J’adore les ailes de poulet. « Elle vit sa mère hausser les sourcils.
« Ok, ok, écoute ! » Dit Mike. « Appelle Maman ! Elle pleure, mec ! D’accord ? Ouais, tu t’amusais que je sois dans la Garde et regarde qui est près de la crise, hein ? » Il regarda autour de lui. « Ecoute, je dois te laisser. J’empêche ces gens de partir. Tu appelles Maman ? D’accord. Bye ! » Il raccrocha et se tourna pour faire face à Kerry.
« Vous vous sentez mieux ? » Elle prit le téléphone qu’il lui tendait.
« Mec, c’était cool », dit-il. « C’était génial. Je ne peux pas croire que vous ayez juste appelé et que vous l’avez trouvé. J’ai essayé encore et encore toute la journée, on avait tellement peur parce qu’il était censé être au centre-ville aujourd’hui. » Il s’essuya le front du dos de sa main. « Wow. »
Kerry tendit la main et lui tapota le bras. « Je suis vraiment contente qu’on l’ait trouvé », dit-elle. « Le timing était vraiment génial que vous ayez demandé juste après qu’il nous a appelés. »
Il lui sourit. « Parfois on a de la chance », dit-il. « Après une journée pourrie comme ça, c’était juste cool. » Il regarda la sénatrice. « Merci de m’avoir laissé monter dans l’avion, madame. »
« Oh ! Bien sûr ! » Dit la Sénatrice Stuart. « Je suis contente, tellement contente que les nouvelles soient bonnes et que ma fille ait pu vous aider. C’est fabuleux. Juste fabuleux », lui dit-elle. « Ça valait chaque minute du retard, absolument. »
Le soldat se leva et souleva son arme avec précautions pour ne pas cogner la tête de Kerry. « Je peux sortir avec le cœur léger maintenant », dit-il. « On veut que tout le monde soit à l’abri mais quand c’est la famille, mec, c’est juste différent, vous savez ? »
« Je le sais bien. » Kerry se leva aussi. « Nous avions beaucoup de gens en danger et nous nous inquiétons pour tous ceux qui travaillent pour nous. Ce n’est pas exactement la famille mais tout près », dit-elle. « J’espère que votre nuit sera calme après ça. »
« Moi aussi », dit le soldat. « Merci encore, madame. J’ai vraiment, vraiment apprécié ce que vous avez fait », dit-il. « Je vais me mettre hors de votre chemin maintenant. » Il avança dans l’aile et se dirigea vers la porte, passant près de la caméra de télévision et d’un homme avec une troisième personne devant eux avec un micro. « Génial, c’était très bon. »
Kerry raccrocha son téléphone. « C’était plutôt impressionnant », commenta-t-elle. « Nous avons tellement de gens qui manquent à New York, je suis contente que son frère n’en faisait pas partie. »
Sa mère se leva et ajusta les manches de sa veste. « Bon, je devrais aller parler à la presse », dit-elle. « Ils pourraient vouloir te parler », l’avertit-elle. « Je crois qu’ils recherchent n’importe quelle nouvelle dans notre zone. »
« Et bien. » Kerry regarda le reporter. « Ils pourraient aussi vouloir me parler de beaucoup d’autres choses. Mais c’est bon. » Elle mit les mains sur ses hanches en jeans. « Je suis prête pour tout ce qu’ils veulent. » Elle prit une profonde inspiration, sentant la laine bien tricotée de son sweater se resserrer autour de son corps.
« C’est un autre joli sweater », fit remarquer Cynthia. « Juste joli. C’est quoi ces dessins, des animaux ? »
« Des castors. » Kerry pinça les lèvres en étouffant un sourire. « Dar me l’a donné. »
« Ah », dit sa mère. « C’est une supportrice de la vie sauvage ? »
« Oui », répondit sa fille. « Elle adore la vie sauvage. Et les castors. »
Sa mère se contenta de hocher la tête puis elle se retourna et descendit l’aile étroite vers le reporter qui attendait. La lumière de la caméra s’alluma immédiatement et les assistants se mirent de chaque côté, boquant la vue de Kerry.
Ce qui était parfait. Elle se rassit dans son siège et reprit son magazine, jetant un coup d’œil à sa montre. « J’aurais dû kidnapper Angie et conduire. » Elle secoua la tête et commença sa lecture.
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Dar se réveilla dans l’obscurité la plus complète, désorientée et pas entièrement sûre de savoir où elle était. Les odeurs et les sons ne correspondaient pas à la maison et elle se souvint de la lumière qui se déversait par la fenêtre de son hôtel de Londres.
Ici, juste l’obscurité et beaucoup de calme.
Après une seconde de confusion, elle se souvint, et son corps tendu se relaxa sur la décoration en forme d’oie sur le matelas de son lit.
La propriété de Sir Melthon, loin de la route et entourée de haies et des terres et un portail épais. Assez loin des bruits de la ville pour être silencieuse, un peu comme son propre condo à Miami.
Mais pas de sons de l’océan. Si elle se concentrait, elle pourrait cependant entendre les criquets.
« Beuh. » Dar roula sur elle-même et leva sa montre, pressant le bouton sur le côté pour vérifier l’écran numérique. « Ngh. » Elle la reposa. « Quatre heures du matin », dit-elle, puis elle tendit le bras et prit son PDA pour vérifier ses messages.
Bien sûr. Dar cliqua avec contentement et l’ouvrit.
J’y suis. J’ai dormi la plus grande partie du trajet. Maman ne voulait pas que je prenne un taxi pour l’hôtel une fois qu’on l’a déposée à la maison de ville. C’était le moindre de deux maux. Je vais finir dans les infos de la nuit au Michigan bien qu’il y avait un groupe de journalistes qui nous a piégées à l’aéroport. L’interview n’était pas mauvaise, ils étaient trop occupés avec toutes les nouvelles désastreuses pour me poser des questions sur ma vie sexuelle. A propos, Maman aime mon sweater. Elle pense que tu as bon goût bien qu’une fixation bizarre sur les petits mammifères. Je t’aime. K.
Dar se mit à rire, le mouvement la réveillant assez pour empêcher tout retour au sommeil. Le ton de la note de Kerry était un peu résigné mais amusé, alors elle se dit que les choses n’allaient pas trop mal.
Elle s’assit et mit les jambes sous elle, appuyant ses coudes sur ses genoux tandis qu’elle prenait son stylet et commençait une réponse.
Hé Ker
J’ai commandé un pullover en laine pour toi avec la Gerbille de mon programme dans des poses qui te garantissent d’être expulsée de Walmart. Dis-le-lui.
Contente que ça se soit bien passé. J’espère que tout est calme dans la ville, mère ou pas mère je préfèrerais te voir aller directement à la frontière et ne pas être près de pierre blanche avec des colonnades juste au cas où. Je sais que ça parait insensible et odieux mais je le suis parfois.
Dar put presque entendre l’objection de Kerry, mais c’était vrai et elle le savait.
Envoie-moi une note quand tu seras à l’hôtel. Je n’ai aucun doute que le Mandarin Oriental aura une chambre prête pour toi, mais je dormirais mieux si je te savais là-bas.
DD.
Dar cliqua envoi et se rallongea, laissant le PDA poser sur sa poitrine. A part le réveil rapide, elle avait plutôt bien dormi, le calme et le confort de la chambre lui permettant d’avoir plus de repos qu’elle ne s’y était attendue.
Elle n’était pas vraiment fatiguée. Elle ne voulait pas passer des heures dans le lit à regarder le plafond non plus. Après un moment, elle s’assit et balança ses jambes hors du lit, tendant le bras pour allumer la lampe. Une lumière douce et dorée emplit la chambre et elle prit un moment pour se lever et secouer son corps avant d’aller récupérer son ordinateur.
C’était assez calme pour que le zip de la mallette résonne fortement et elle regarda autour d’elle, un peu coupable, bien qu’elle sût pertinemment que le bruit ne traverserait pas les murs.
Du moins elle l’espérait. Elle sortit la machine et son câble de la mallette et la reprit avec elle vers le lit, la posa et retourna à la desserte où se trouvait un plateau avec des tasses et plusieurs bouteilles.
Elle passa ses options en revue et versa une tasse de lait encore chaud de la carafe thermos efficace et l’apporta vers le lit. Elle la posa sur la table de chevet et s’assit, ouvrit le couvercle de la machine et appuya sur le bouton de marche/arrêt.
Son PDA clignotait.
Dar sourit et l’ouvrit ; elle pencha légèrement la tête pour lire le message.
Je porterais Gerbille Dar sur ma poitrine n’importe quand, chérie. Mais le dire à ma mère, ici devant ses petits assistants, ne va pas raccourcir le trajet si tu vois ce que je veux dire.
« Probablement pas », dut admettre Dar. « Et tu devrais t’en expliquer quoi qu’il en soit. »
Et je devrais m’en expliquer quoi qu’il en soit. Tu sais que je le ferais.
Dar se mit à rire.
Pourquoi es-tu réveillée ? Il est quatre heures du matin là-bas. Mais si tu l’es, après que j’aurai déposé maman, je peux t’appeler ? Je veux essayer si ça passe et ce serait sympa de parler quelques minutes avant que tout le bazar reprenne. Je suis sûre que demain sera pire qu’aujourd’hui ; je pense que tout le monde, les gens des affaires je veux dire, est sous le choc. Demain, ce sera, et bien, ok, mais quand est-ce que je serai en ligne.
Dar hocha la tête pour approuver. « Ouaip. »
C’est si calme ici dans la ville. Je sais qu’il est plutôt tard mais il y a à peine une voiture dans la rue. C’est presque sinistre que ce soit si calme, et je me suis rendue compte un peu plus tôt seulement combien c’est drôle de ne pas entendre les avions. On n’y pense jamais mais ils passent toujours au-dessus à la maison et je suis ici depuis environ deux heures et pas un avion, sauf militaires. C’est si étrange.
Il y a beaucoup de soldats alentours. On dirait presque qu’on est en guerre. C’est si étrange.
Dar fixa le message pensivement. « Bonne question », dit-elle tout haut. « Avons-nous arrêté d’être en guerre ? »
Bref, nous sommes près de la maison de ville maintenant. Alors j’espère appeler bientôt. J’espère que tu es réveillée et pas parce que tu es occupée.
Dar regarda le portable d’un air coupable. Puis elle haussa à demi les épaules et décida d’attendre de parler à Kerry plutôt que de s’inquiéter. Elle prit une gorgée de son lait chaud et se connecta, attendant que la machine lui montre son bureau avant de se connecter avec la carte cellulaire.
La connexion n’était pas aussi rapide que ce à quoi elle était habituée, bien sûr. Le service numérique produisait une vitesse plus ou moins comme celle d’un modem rapide cependant et c’était assez pour que Dar lance sa session VPN et se connecte au bureau. « Je ferais aussi bien de lire quelques mails », décida-t-elle. « Avec un peu de chance, tout le monde aura été bien plus occupé à autre chose que de m’en envoyer un tas. »
Elle prit une autre gorgée de lait et se lécha les lèvres au goût étrange mais pas déplaisant. Une herbe différente peut-être, ou juste une autre façon de produire le lait… elle n’en était pas sûre. Elle soupçonnait qu’elle allait s’y habituer après un moment.
L’ordinateur résonna doucement et il lança son programme de messagerie. « Bien sûr, je n’ai pas de chance. » Elle soupira. « Salauds. »
Ça n’était pas logique pour elle d’être agacée et elle le savait, parce qu’étant donné ce que beaucoup d’autres traversaient, son manque de vacances était si mesquin, elle aurait été embarrassée de le mentionner à quiconque à part elle-même.
Mais elle était furieuse. Elle était énervée que sa vie ait été perturbée. Elle était encore plus énervée de ne simplement pas apprécier une simple balade avec Kerry qu’elle avait attendue avec tant de hâte. « Salauds », répéta-t-elle. « Ils ont de la chance que ce n’est pas mon doigt qui pose sur le bouton nucléaire parce que si c’était le cas, j’aurais appuyé. »
C’était égoïste, choquant et indigne de même le penser. Dar regarda sa boite se remplir. Une pensée qu’elle ne considèrerait pas répéter à Kerry. Mais la stupidité vénale de l’acte la taraudait, vu que le raisonnement derrière la plupart des maux du monde là maintenant était basé sur l’instinct tribal animal irréfléchi dont l’humanité avait peu d’espoir de se débarrasser bientôt.
Il n’y avait pas de logique là-dedans. L’instinct de haïr ce qu’on n’était pas était inscrit si profondément, Dar le ressentit, dans les gènes qu’à un certain niveau ce n’était rien qu’on pouvait aborder avec des mots ou des pensées. Ça brûlait à l’intérieur. Un feu dans le cerveau qui résistait à toute tentative de changer.
C’était facile pour les gens, et elle en avait entendu beaucoup ces dernières heures, de blâmer un groupe particulier et d’agir comme si ces gens étaient si étrangers et si isolés dans leur haine. Facile, surtout un jour comme hier. Mais la vérité c’était que le besoin ravageur de détruire ce qui n’était pas vous, était universel.
Dar soupira. « Alors moi je dis que, oui, je veux les éliminer de la face de la Terre, et par-là même démontrer que ma race est meilleure. » Elle secoua la tête. « Idiote. »
Elle passa la messagerie en revue, ne voyant pas grand-chose qui ne soit pas soit un envoi de mails groupé ou des reconnaissances brèves. Elle plissa le front de surprise. « Je sais que j’ai dit que je n’attendais pas beaucoup de mails mais j’en attendais quand même. »
Mais vraiment, il n’y en avait pas. Dar se dit que ça devait être dû au fait qu’ils avaient tous été dans une énorme réunion toute la journée. Elle s’imagina en train d’écrire une note banale et s’arrêter simplement pour cliquer sur le bouton de fermeture à la place.
Elle réduisit le programme de messagerie et appela son écran de statut à la place, attendant qu’il arrive et que les comptes s’installent et montrent les dernières nouvelles de la compagnie. Il n’y avait pas d’audio, elle n’allait pas allumer le lien vocal sur la connexion lente.
A la place, elle étudia la liste des employés, vérifiant d’abord ceux de la zone du Pentagone et ensuite celui de New York.
Le nom de chaque personne avait une étiquette rouge, verte ou jaune à côté. Le vert signifiait qu’on en avait entendu parler et qu’ils allaient bien. Le jaune signifiait qu’on en avait entendu parler mais qu’ils avaient des problèmes. Le rouge…
Dar soupira lentement, ses yeux passant sur tous ces petits points rouges. Une douzaine à Washington et le triple à New York. Elle étudia les noms, son estomac plongeant quand elle vit le nom de Bob toujours obstinément cramoisi.
Ils n’étaient pas particulièrement proches. Elle n’avait pas exactement apprécié sa compagnie. Mais c’était un vieil ami d’Alastair et là, son enthousiasme fier au sujet de sa ville lui fit cogner le cœur dans sa poitrine tandis qu’elle se souvenait très clairement ne pas vouloir en entendre une seconde de plus.
Elle s’était disputée avec lui l’autre jour, au sujet des places de parking au bureau là-bas. Il voulait dépenser de l’argent pour un parking couvert.
Native de Floride, Dar avait pensé que c’était idiot. Bob avait été frustré et avait presque raccroché mais il avait fini par avoir de la chance avec l’arrivée de Kerry qui avait expliqué à sa compagne tropicale, comment essayer d’ouvrir sa portière dans une tempête de glace.
Sauvé par le Middle West. Bob avait presque semblé embarrassé mais ils avaient fini par partager les coûts et là, elle en était contente.
Elle était contente qu’ils n’aient pas fini la réunion en se criant dessus.
Son PDA flasha. Dar était contente de repousser l’ordinateur et de prendre le petit appareil, l’ouvrant pour y trouver un autre message de Kerry.
Les rues sont pleines de soldats, Dar. Ils ont bloqué la plupart des rues. Je ne pense pas qu’on pourra se rapprocher de la maison de ville. Je ne suis pas sûre de savoir ce qui se passe.
Dar se redressa assise, alarmée, sentant une poussée d’adrénaline en elle.
Quelque chose au sujet d’une voiture piégée ? Merde.
Dar tendit la main et attrapa son téléphone, appuyant sur le bouton d’appel rapide. Au lieu de la sonnerie d’occupation, l’appel passa et elle l’entendit sonner deux fois avant la réponse. « Salut. »
« Salut. » Kerry s’éclaircit la voix.
Dar put entendre la voix de la mère de Kerry derrière et une voix mâle, plus basse avec un ton officiel. « Ecoutez, vous voulez que j’appelle l’hôtel et fasse des réservations pour vous tous ? Kerry tu ne vas nulle part près d’une foutue voiture piégée. »
Il y eut un moment de silence. « Oui, je voudrais que tu le fasses. Beaucoup. »
Dar poussa le portable et alla sur un site de voyages. Elle s’interrompit en entendant des bruits à l’arrière-plan dans le téléphone. « Est-ce que c’étaient des coups de feu ? »
« Je ne sais pas. »
Le site répondit et elle tapa l’information. « Bon sang, ta suite a trois chambres dans lesquelles tu devrais pouvoir caser tout le monde si tu devais. »
Kerry s’éclaircit à nouveau la voix, cette fois avec une inflexion totalement différente.
Dar envoya la réponse. « Ils ont deux chambres de libres », dit-elle. « Je les retiens. Ça doit être des annulations de dernière minute parce qu’il n’y en avait pas plus tôt. »
« Ok, je vais organiser les choses de mon côté. » Kerry semblait résignée. « Souhaite-moi bonne chance. Merci ma douce. Je te rappelle dans une minute. »
« Tu ferais bien… » Dar cliqua sur le bouton de réservation. « Et éloigne-toi de ces foutus bruits. »
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A suivre partie 8
Onde de Tempête
(Storm Surge)
Melissa (Missy) Good
Traduction Fryda – 2025/2026
Chapitre 6
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« Dar, avez-vous dit que toutes les lignes de téléphone transatlantiques étaient HS ? » Alastair rapprocha sa chaise de sa CIO qui tapait rapidement.
« Alastair, ne me parlez pas une minute », dit Dar. « Je suis en train de rerouter le trafic et vous ne voulez pas que j’envoie des flux de données financières au Tibet. »
« Oh », dit son chef. « Et bien, non c’est sûr. »
Dar garda les yeux sur l’écran et ses doigts sur le clavier, avançant dans la tâche plutôt délicate de rerouter le trafic sur des chemins alternatifs qu’ils n’avaient jamais eu l’intention d’emprunter. En jeu, il y avait beaucoup de touristes américains en Europe qui avaient besoin d’accéder à leur compte bancaire ou d’utiliser leur carte de crédit.
Y compris Alastair et elle bien sûr.
Il y avait quatre liaisons à travers l’Atlantique depuis New York, de quatre fournisseurs différents, qui allaient vers quatre destinations différentes en Europe. Une redondance solide comme le rock sauf si vous perdiez les points d’atterrissage principaux des quatre fournisseurs le même jour.
Quelles étaient les statistiques ? Bon. Dar soupira, clignant un peu tandis qu’elle fixait l’écran. C’était trop dommage qu’elle n’ait pas parié sur ces statistiques, n’est-ce pas ? Ça aurait probablement pu payer la dette d’ILS avec les gains.
Elle finit de taper et vérifia les résultats, basculant sur son moniteur de réseau pour regarder les lignes sortantes de Miami qui se branchaient sur l’Amérique du Sud, à travers les Bahamas et vers l’Afrique. Le trafic devrait emprunter une route alternative à travers l’Afrique vers l’Europe et l’accès serait de centaines de millisecondes plus lent.
Mais mille millisecondes faisaient une seconde et le résultat final serait une frappe en plus des doigts de quelqu’un sur un distributeur de billet avant qu’il crache la monnaie locale.
« Bon sang. » Dar soupira. « Le monde devient de plus en plus petit chaque foutu jour. »
« C’est quoi ça, Dar ? » Alastair se tourna dans sa chaise. « Je peux vous parler maintenant ? »
Sa CIO s’adossa et laissa ses mains reposer sur ses cuisses. « J’ai fini », dit-elle. « Pour l’instant en tous cas, jusqu’à ce que la foutue prochaine action n’arrive. » Elle plia un peu ses doigts, vérifiant dans sa tête les détails qu’elle savait devoir envoyer bientôt au groupe opérationnel.
Vingt changements, qui en temps normal auraient dû passer par quatre niveaux d’approbation, être programmés des semaines à l’avance, avec une validation prudemment coordonnée avec les banques et les réseaux individuels impliqués. Personne, sauf Dar, n’aurait jamais considéré le faire au pied levé, mais c’était son rôle dans ce genre de situation.
N’importe qui aurait pu faire les changements, un par un. Seule Dar avait la compréhension suffisante de la toile d’araignée intriquée qu’était leur réseau pour le faire sans documentation et en faisant confiance à son instinct ; ainsi les mouvements pouvaient être faits à la vitesse à laquelle les événements transpiraient.
Si elle n’avait pas été là, ou n’avait pas eu d’accès au réseau, cela serait quand même arrivé. Dar n’était pas aussi arrogante pour écrire un simple point d’échec dans soit son réseau soit leur process. Personne n’était indispensable.
Sir Melthon entra. Il alla vers le bureau prêté à Dar et mit ses mains dans ses poches. « Mes gens me disent que ça ne sert à rien d’essayer d’appeler les Etats-Unis », dit-il. « Nous avons des ressources à New York que nous ne pouvons pas contacter et c’est un peu inquiétant. »
« Les troncs principaux transatlantiques arrivent à New York City », dit Dar. « Le point d’arrivée était sous le World Trade Center. »
« Ah », grogna le magnat. « Ça met un vrillage dans votre travail, je présume. »
« Pas vraiment », dit Alastair. « Nous avons un plan très élaboré pour ce genre de choses. »
Sir Melthon pencha un peu la tête en avant tandis qu’il fixait Alastair. « Pour ce genre de choses ? »
« Et bien, les désastres », expliqua le patron de Dar.
« Dar ? » La voix de Kerry fit doucement écho dans son oreille. « Tu peux me couvrir pendant dix minutes ? »
« Bien sûr. » Dar remit son autre écouteur. Puis elle le retira et tendit la main pour déclencher les hauts parleurs de son ordinateur et tourna à demi la machine pour que leur nouveau client puisse voir l’écran. « C’est un système que nous avons développé pour diriger et coordonner une réponse à toute sorte de désastre étendu. »
« Nous ? » Alastair bougea pour donner une meilleure vue à Sir Melthon. Il croisa les mains sur son estomac et fit tourner ses pouces. « Toujours aussi modeste et charmante, Dar, mais n’est-ce pas vous qui avez créé ceci ? »
Dar lui lança un regard du coin de son œil. « Quelqu’un devait le faire », continua-t-elle. « Le système alerte tout le monde dans la compagnie là où il y a un événement soit en leur envoyant un message… »
« Ce n’est pas efficient s’ils ne sont pas dans le bâtiment », commenta Sir Melthon.
« … soit par une alerte PDA, un SMS ou une boite mail automatisée de téléphone mobile. Parfois les quatre », continua Dar. « On leur demande de répondre dans chacune de ces méthodes, et le système logue leur emplacement, leur réponse et leur statut. »
Sir Melthon se rapprocha. « Ah », dit-il. « Combien de gens ? »
« Un quart de million », dit Alastair. « Ça fait beaucoup de monde à pister. »
« Ceux qui peuvent se connecter au réseau le font sur cette plateforme globale », dit Dar, profitant du léger répit dans le chaos. « Il y a une zone de discussion, une boite de statut pour tous les emplacements qui montrent qui peut se connecter et qui ne l’est pas, et le système global de conférence, qui est de la voix sur un pont IP qui nous permet de parler les uns aux autres. »
« Certains appellent avec leur téléphone mobile s’ils le peuvent ou une ligne fixe », ajouta Alastair. « Tout le monde est informé et ça nous permet de réagir à quoique nous ayons à affronter en temps réel. »
« Miami exec ? Ici la station terrestre de LA, LA Earth », explosa soudain une voix. « Avons-nous le feu vert pour lancer les transpondeurs de réserve ? Nous ne sommes pas encore en capacité mais je parie qu’on va l’être et on aimerait les récupérer avant que quelqu’un d’autre le fasse. »
« LA <Earth, ici Miami. » Dar concéda le protocole, surtout pour le bien de Sir Melthon. « Allez-y et apportez tout ce que vous avez, et soyez prêts. »
« LA, ici Seattle Netops, nous avons une requête de Vancouver pour une ligne supplémentaire, pouvez-vous le prendre ? Quatre canaux. »
« Miami exec, ici Charlotte. Pouvez-vous nous donner le statut de l’interbancaire ? Nous avons un texto de Londres qui demande. »
Dar s’éclaircit un peu la voix. « Charlotte, l’interbancaire est routé via les liaisons du sud, approximativement sept sauts supplémentaires, plus deux cents millisecondes, mais stable », rapporta-t-elle.
« Euh, merci madame. »
« Miami exec, ici Miami ops, nous publions les nouvelles routes sur la grande carte », dit Mark. « Restez avisé, nous assemblons des équipes techniques et vérifions l’inventaire. »
« De quoi s’agit-il ? » demanda Sir Melthon. « Vérifier l’inventaire ? »
Dar vérifia le téléscripteur de nouvelles puis regarda l’écran de télévision. « On a une info sur combien de temps les vols sont suspendus ? » Demanda-t-elle. « Ils mettent en place des équipes prêtes à partir pour aider tous nos clients à revenir en service. »
« Demain midi, au plus tôt de ce que j’ai entendu », dit Alastair. « J’ai échangé des mails avec Bea. Elle essaie de voir si elle peut nous avoir des vols internationaux vers le Mexique et nous arranger une camionnette si ça ne vous dérange pas de passer à Houston d’abord. »
« Ah. » Sir Melthon se leva et se mit hors du chemin, traversant lentement la pièce vers la porte. « Pas mal, pour des Américains. » Il disparut, les laissant écouter les nouvelles voix qui sortaient des hauts-parleurs de Dar.
« Ici Tom Stanton du bureau de New York. »
Dar reconnut la voix de l’un des commerciaux senior. « Ici Miami, allez-y Tom », dit-elle. « C’est bon de vous entendre. »
« Je viens juste d’arriver à notre bureau du Rock (NdlT : Rockfeller center ??) », dit l’homme. « Nous étions dans la Tour Sud. »
Dar sentit un frisson tout le long de son dos et Alastair se pencha en avant, son expression passant à un sérieux grimaçant. « Allez-y », dit-elle tandis que le reste du brouhaha derrière s’arrêtait.
« Quel cauchemar », dit Tom. « Nous étions au quatre-vingt dixième étage quand la Tour Nord a été frappée. J’ai vu ce foutu avion se planter directement dans le côté du bâtiment et vu quoi qu’il y avait dans son sillage voler sur le côté arrière. »
« Doux Seigneur », marmonna Alastair.
« Beaucoup de gens sont restés pour regarder », dit Tom. « Nous avons commencé à sortir de l’endroit parce qu’il nous a semblé que la tour pourrait pencher vers le sud. On ne pouvait pas utiliser l’ascenseur alors nous avons commencé à descendre l’escalier et nous étions juste après le lobby haut quand le second salaud a frappé. »
Dar saisit un pop up du coin de son œil. Elle l’ouvrit.
Je suis de retour, merci ma chérie. J’avais besoin d’une pause bio.
Dar plia les doigts et tapa en retour.
A ton service. J’ai rapporté le reroutage interbancaire et dit à Seattle qu’ils pouvaient prendre quatre canaux supplémentaires de LA pour Vancouver, et j’ai dit à LA qu’ils pouvaient lancer le transpondeur de réserve froide. Elle fit une pause. J’aimerais être à la maison sur notre canapé.
« Alors on a continué », dit Tom. « L’escalier était plein de poussière et chaud comme l’enfer. On pouvait à peine respirer et il y avait ces pompiers qui essayaient d’aller dans l’autre direction. Quel bordel. Des morceaux de béton nous tombaient dessus. »
Moi aussi j’aimerais. Ma mère est ici et écoute. Je veux mon chien et mon pyjama et toi et tout ce que j’ai c’est le bureau de mon père et ma famille qui ne comprend foutument pas ce que je fais.
« Tom, ici Sherren », interrompit Sherren. « Êtes-vous tous rentrés ? Êtes-vous au bureau ? Nous sommes à Central Park, environ une douzaine. »
Il y eut un silence. « Il n’y a que Nancy et moi pour l’instant », répondit Tom. « Je ne sais pas où sont tous les autres. Nous les avons perdus. Bob s’est arrêté pour aider cette dame et deux des autres gars aussi et ensuite une partie de l’escalier s’est effondrée. »
« Seigneur », murmura Alastair.
« Oh non », dit Sherren. « Peut-être qu’on devrait retourner au bureau et attendre là, peut-être qu’ils vont se montrer. »
« Bref », continua Tom d’un ton fatigué. « Nous sommes descendus jusqu’au rez-de-chaussée et sur la place. Il y avait des corps partout. Des gens qui avaient sauté, je présume. Les pompiers essayaient de les bouger mais on continuait à les appeler pour aller par ici et par là. Ils devenaient fous. »
Dar ferma les yeux. Elle était consciente que quelqu’un avait éteint le son du téléviseur et la pièce où ils se trouvaient était plongée dans un silence total.
Alastair alluma son micro. « Tom, ici Alastair. Je suis content que vous soyez sorti. Je sais que c’était rude. »
« Merci monsieur », répondit Tom. « Nous avions passé la place quand tout le monde s’est mis à crier et j’ai entendu ce grondement derrière moi… On aurait dit un gros avion, vous savez, un sept cent quarante sept ? Ce grondement quand vous allez décoller ? Et ces énormes bangs, je n’avais jamais rien entendu comme ça. » Il prit une inspiration. « Il y avait des flics devant nous et ils ont commencé à nous crier de courir, courir, courir, ils nous ont poussé dans la rue et j’ai regardé derrière moi et je l’ai vue s’effondrer. »
« Oh non », murmura Sherren.
« Nous avons commencé à courir mais il y avait ces pompiers… » Tom s’arrêta puis continua. « Ils ont commencé à crier et courir dans l’autre sens, vers le bâtiment et les flics essayaient de les attraper et de les arrêter et ensuite le nuage a été sur nous et tout ce que nous pouvions faire c’était de nous mettre derrière des camions et nous allonger, et prier pour ne pas en mourir. »
A la fin de la phrase sa voix se brisa et ils purent l’entendre pleurer. Dar se mordit la lèvre et regarda son clavier. Elle plia les mains et massa ses pouces l’un contre l’autre, incapable de vraiment comprendre ce que ça pouvait avoir été de se trouver là-bas.
Alastair alluma à nouveau son micro. « Tom. Est-ce que vous avez besoin de quelque chose ? Que pouvons-nous faire pour aider ? »
Tom prit une inspiration tremblante. « Nous allons bien », dit-il. « Nous vivons tous les deux à Greenwich. Nous pouvons rentrer », ajouta-t-il. « Est-ce que Dar est là ? »
Surprise, Dar leva les yeux. « Je suis ici », dit-elle après une brève pause.
« Dieu vous bénisse », dit Tom. « Dieu vous bénisse pour ne pas nous avoir écoutés. »
« Tom, nous retournons tous au bureau », dit Sherren. « Nous allons rester ensemble et nous aider les uns les autres. D’accord ? A bientôt. »
Alastair mit la main sur le bras de Dar. « Est-ce qu’ils ont tout ce qu’il faut au bureau ? De la nourriture ? »
Dar hocha la tête. « Des douches, de la gym, une cuisine, des distributeurs, oui », dit-elle. « Ils étaient tellement furieux contre moi que je ne les installe pas dans le Trade Center que j’ai décidé de mettre le maximum pour eux là-bas. »
« De la prévoyance », dit Alastair, grimaçant.
« Ouais. » Dar tapa une réponse dans la boite de message qui attendait. Du bon côté, au moins nous sommes toutes les deux loin des ennuis et en sécurité au lieu d’être au centre de tout ça. Un bâtiment qui s’effondre sur moi dans toute ma vie me suffit largement.
La réponse de Kerry fut pratiquement immédiate. Tu as tellement raison. J’arrête de gémir et je retourne au travail maintenant, tu parles d’une nouvelle perspective.
Définitivement. Dar s’appuya dans son siège et regarda autour d’elle, trouvant la pièce pleine à la fois de leur équipe et des gens de Sir Melthon, qui écoutaient calmement. « Bon sang. » Elle secoua la tête. « Ce n’est pas une bonne journée. »
Pas une bonne journée du tout.
« Du scotch pour tout le monde je pense. » Sir Melthon se tourna vers des choses pratiques. « Je pense que la nuit va être plutôt longue. »
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Kerry se leva et s’étira, faisant tourner son corps de droite à gauche. « Pentagone, Danny, ici Miami exec. Est-ce que vous êtes toujours là ? »
Un léger craquement. « Ici Roger, Miami exec. Danny se fait enfin soigner son bras. » La voix qui répondait était rauque. « Une partie du mur, l’extérieur, vient juste de s’effondrer. Il y a toujours des feux ici mais beaucoup des ambulanciers s’occupent des gens. »
« Miami exec, ici Herndon. Nous croyons que la panne de courant à Somerset est due au crash de United 93 près d’ici. Un de nos techniciens a rapporté que c’était dans un grand champ à environ 130 kms au sud-est de Pittsburgh. »
Kerry se frotta la nuque. « D’accord », dit-elle. « Merci Herndon. Il y a combien de gens concernés par la coupure ? »
« Dix clients majeurs, Miami exec. » La voix à l’autre bout semblait s’excuser. « Et notre réseau secondaire vers Houston. »
« Ah. » Kerry soupira. « Ok. Il s’agit de combien de canaux de transpondeurs ? Je veux envoyer autant d’appareils satellites à New York que possible, vu qu’ils ont tellement d’infrastructures HS. »
« On peut sûrement le faire avec trois méga, Miami exec. »
Kerry réfléchit. « Attendez. » Elle regarda la pièce, inconfortablement consciente que sa mère la regardait comme à un match de Wimbledon. Elle ralluma son micro. « Ecoutez Herndon. Si les lignes ne sont pas réparées au moment où les camions arrivent dans votre zone, je vous en enverrai deux. Pouvez-vous faire pression sur le prestataire ? »
Il y eut un moment de silence. « Euh… je ne pense même pas qu’on les ait appelés », répondit Herndon doucement. « Tout le monde flippe encore ici. »
Compréhensible. « Pas de problème Herndon », dit Kerry. « Revoyons la question dans une dizaine d’heures. C’est le temps qu’il faudra aux camions pour sortir du Texas de toutes les façons. »
« Ça marche madame », répondit le technicien. « Ça semble une éternité. On dirait qu’aujourd’hui a déjà dépassé les vingt quatre heures. »
Kerry regarda sa montre. « Et il n’est même pas midi », murmura-t-elle. « Vous avez raison. » Tellement de choses s’étaient passées en si peu de temps que c’était difficile à absorber. Est-ce que ça faisait vraiment moins de trois heures ? Si peu de temps et le monde avait changé si profondément.
Ça semblait incroyable. Mais au moins il n’y avait pas eu de nouvelles catastrophiques ces dernières quinze minutes. Kerry se demanda s’il y avait d’autres avions là dehors, se dirigeant vers d’autres endroits. Est-ce qu’ils avaient pu tous les avoir ?
Et s’il y avait d’autres choses planifiées ? Et si c’était seulement le début.
« Miami exec, ici Miami RH. » La voix de Mari eut son attention. « Je viens juste de raccrocher avec l’équipe de soutien communautaire. Nous travaillons pour envoyer de l’assistance à Washington et à New York, mais nous avons besoin d’infos sur ce que sont les besoins. »
« Miami RH, ici Roger au Pentagone. Nous aurions bien besoin d’un food truck et d’un hot spot pour nous connecter ici. »
« Roger, le grand car part déjà chez vous », dit Mari. « Je vais leur dire de s’arrêter pour prendre de la nourriture. »
« Je me souviens de ce grand car », commenta Kerry pour Angie. « C’est lui qui est venu à l’hôpital la dernière fois. J’étais si contente de le voir que j’ai failli en pleurer. »
« Je me souviens que tu m’en as parlé », dit Angie. « Je pense que tu as mentionné des canapés en cuir et de la bière pression. »
« Oh, merci madame. » Roger semblait vraiment reconnaissant. « On va dire aux gars armés de nous faire savoir quand il arrive. Ils sont vraiment tendus pour l’instant. »
« Je peux bien l’imaginer », dit Mari. « Ce qui me rappelle, Miami exec ? Est-ce qu’on sait quand on pourra envoyer des équipes de soutien à Manhattan ? J’ai entendu dire que les ponts et les tunnels étaient fermés en entrée. »
Kerry plissa le front, puis elle alluma son micro. « Attends, je vais voir ce que je peux faire. » Elle se tourna vers sa mère. « Mère ? Peux-tu t’occuper de ça pour moi ? »
Prise brusquement par surprise, Cynthia Stuart la fixa un long moment. « Pardon, Kerrison ? » Finit-elle par bafouiller. « Qu’est-ce que tu me demandes ? »
L’ironie était presque trop. Kerry eut étrangement l’impression qu’elle voulait éternuer. « On veut envoyer du soutien à New York pour aider nos gens et les autres », expliqua-t-elle. « Je dois savoir quand ils laisseront entrer des gens dans la ville. Peux-tu voir ça pour moi ? »
Sa mère avait l’air honnêtement perplexe. « Moi ? » demanda-t-elle.
« Tu es sénatrice, maman », intervint Angie pour aider. « Je pense que Kerry croit que le gouvernement te le dira probablement plus vite que si c’est elle qui appelle. » Elle ignora Mike qui s’était couvert la bouche d’une main. « Pas vrai, Ker ? »
Kerry hocha la tête. « Je pense que les plus proches sont à Boston et Albany. »
« Sénatrice. » L’un des assistants de Cynthia passa la tête à la porte. « Je pense qu’ils sont prêts à redémarrer la réunion téléphonique, apparemment les lignes fonctionnent mieux maintenant. »
Cynthia le fixa. « Albert », dit-elle. « J’ai besoin que vous me trouviez quelque chose et c’est urgent. »
L’assistant cligna des yeux de surprise et entra pleinement dans la pièce, jetant un coup d’œil à Kerry et ses frère et sœur brièvement. « Oui, madame ? Voulez-vous en parler dans votre bureau ? »
« Non », dit Cynthia. « S’il vous plait, trouvez quand les routes vers Manhattan seront rouvertes pour permettre de l’assistance dans la ville. »
« Sénatrice ? »
« Je ne suis pas claire ? » Demanda la sénatrice Stuart. « Je me rends compte qu’il y a pas mal de confusion dans cette situation, mais des ressources sont prêtes et volontaires pour aider ces pauvres gens et nous devons les assister. Alors filez vite. »
« Ah, bien sûr », dit l’assistant. « Nous avons des ressources ? »
« Oui », confirma la sénatrice.
« D’accord. » L’assistant se retourna et se dirigea vers la porte. « Je vais m’y mettre tout de suite. Voulez-vous venir dans votre bureau pour la réunion ? »
Cynthia renifla. « Vu la dernière fois, je pense que mon temps a plus de valeur ici. J’en ai appris bien plus. »
L’assistant eut l’air intrigué puis il se contenta de hocher la tête et partit.
Il y eut un silence bref et embarrassant. « Bon, Ker ? » Angie se leva. « Quelqu’un veut du thé glacé ? Ma gorge est sèche à t’écouter échanger tout ce temps. »
« Bien sûr », dit Kerry.
« Je vais t’aider. » Mike suivit sa sœur hors de la pièce, laissant Cynthia et Kerry seules
Kerry se fit une note mentale de remercier proprement ses frère et sœur plus tard. Elle s’assit et posa ses coudes sur le bureau, espérant à demi une interruption sur la ligne. « Merci », dit-elle avec retard. « Je sais qu’il se passe beaucoup de choses mais nous voulons aider où nous pouvons. »
Sa mère croisa les doigts. « Je n’avais aucune idée de combien tu étais impliquée dans ce genre de choses », dit-elle. « Ta société semble bien organisée. »
« Nous essayons », dit Kerry. « Je pense qu’on n’est jamais préparé pour ce genre de choses que nous traversons aujourd’hui mais nous avons des plans pour différents types de problèmes. »
Sa mère digéra ces paroles. « Tu sembles très compétente. » Elle leva les yeux et vit l’expression de Kerry. « Je suis désolée. Ça doit sembler très condescendant », dit Cynthia. « Mais à dire vrai, jusqu’à aujourd’hui, je n’avais vraiment aucune idée de ce que tu fais réellement, Kerrison. »
Kerry grogna.
« Et en fait, je ne comprends toujours pas ce que tu discutais sur cette machine », continua sa mère. « Sauf que ça semble très impliqué avec différentes parties du gouvernement, ce qui me surprend. »
« Ça ne devrait pas », dit Kerry. « Tu te souviens que père disait qu’il voulait que notre compagnie sorte de tous nos contrats avec le gouvernement ? » Dit-elle.
Cynthia l’étudia. « Extraordinaire », murmura-t-elle. « Je me souviens qu’il disait cela. C’est juste que je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire jusqu’à maintenant. »
Cela fit presque sourire Kerry. Mais pas tout à fait. « Ne t’inquiète pas », dit-elle. « Tu es entre de bonnes mains. » Elle retourna les siennes et montra ses paumes. « Nous savons ce que nous faisons. »
« C’est ce que je comprends », dit sa mère.
« Est-ce que ça te surprend ? » Demanda Kerry.
Sa mère plissa le front. « Bien sûr que non », dit-elle. « Tu as toujours été maligne, Kerrison. »
« Sénatrice ? La conférence commence. » Un autre des assistants passa la tête. « Ils pensent avoir un contact au Pentagone pour une mise à jour et ils demandent à tous les membres du Congrès d’aller à Washington pour une session demain. »
Cynthia lui jeta un coup d’œil. « S’il vous plait, transférez l’appel ici, sur ce téléphone. » Elle montra le téléphone fixe sur le bureau où Kerry était assise. « Je vais le prendre ici. »
« Madame ? » L’assistant regarda fixement Kerry. « C’est une ligne sécurisée. »
« Oui, merci de me le préciser », dit la sénatrice. « Maintenant s’il vous plait, faites ce que j’ai demandé et pendant que vous y êtes, dites au personnel d’apporter du café et des gâteaux », ajouta-t-elle. « Je vais devoir évaluer si je laisse ma famille ici avant qu’on arrange un voyage à Washington. »
« Très bien Sénatrice. Si vous le dites. » L’homme semblait toujours incertain mais il hocha la tête et partit, secouant un peu la tête.
Cynthia attendit un moment puis elle se tourna vers Kerry. « Je préfèrerais que nous ayons toute l’information en un seul endroit. Je te fais confiance pour comprendre combien c’est confidentiel. »
« C’est bon pour moi. » Kerry posa son menton sur sa main. « J’ai une autorisation top secret. »
Sa mère arrêta à moitié de respirer, penchant la tête d’un côté tandis qu’elle fixait sa fille. « Ah bon ? »
Kerry hocha la tête.
« Miami exec ? Ici le Air Hub. »
Kerry se tourna vers son écran. « Allez-y, Air Hub, ici Miami exec. »
« Nous avons été alertés de possibles ruptures de courant. » Le Air Hub semblait éreinté. « Nous n’avons que notre générateur pour quatre heures à ce moment depuis le gros est en service. »
« Je prends. » La voix de Dar monta. « Je suis juste d’humeur à crier sur quelqu’un. »
Là, Kerry ne put s’empêcher de sourire. « Merci cheffe », dit-elle dans son micro. « Ma gorge me lâche. »
« Miami exec, ici la station LA Earth. Avez-vous eu contact avec la station de Newark Earth ? Nous manquons d’espace de transpondeur ici. »
Kerry vérifia ses textos. « Miami ops, quelque chose de Newark ? »
« Nada », répondit Mark. « Je vais envoyer un message. Voir ce qui se passe. Ils ont probablement perdu le backhaul. Il traversait les 140 stations de l’ouest jusqu’au Hub 3 de Niagara. »
« Tout est en panne sur ce hub », dit Dar. « Nous avons perdu une tonne de services. »
« Miami, ici Sherren à New York. » Sherren interjeta. « Nous sommes tous de retour au bureau du Rockefeller. » Elle fit une pause. « Personne de la Tour ne s’est encore montré. »
« D’accord, merci Sherren », dit Kerry. « Etes-vous sûrs de ne pas tous vouloir rentrer chez vous ? »
« Non. » La femme semblait fatiguée mais volontaire. « Nous voulons être ensemble et attendre les autres », dit-elle. « Anne nous prépare de la soupe dans la cuisine. »
L’assistant revint et alla au téléphone, prit le combiné et appuya sur certains boutons. « Ils sont un peu en retard, Sénatrice. »
« Mm », dit Cynthia. « Plus que vous ne le pensez. »
« Madame ? »
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« Très bien, merci Béa. » Alastair replia son PDA et soupira. « Bon, au diable tout ça. Béa a dit que c’était dur de même pouvoir parler à quelqu’un à l’agence de voyages », dit-il. « Tout le monde est débordé avec des gens coincés partout et qui essaient de rallier d’un point a au point b. »
« Mm ? » Dar mâchait une côte.
« Là maintenant, il y a zéro avion dans le ciel », dit son chef. « Alors tout le monde essaie de contourner ça et le Canada ne laisse personne décoller alors beaucoup de gens se tournent vers le Mexique. » Il se massa la nuque, l’air plus qu’un peu stressé. « Mexico et Guadalajara sont surbookés. Cabo est ouvert mais ça fait un fichu voyage. »
Dar posa la côte et en choisit une autre sur l’assiette devant elle. « Trouvez-nous un vol vers Cancun et je demanderai à mes parents de nous récupérer en bateau », suggéra-t-elle. « Ils peuvent vous déposer à Galveston et m’emmener chez moi. »
Alastair pinça les lèvres. « Vous êtes sérieuse ? » Demanda-t-il. « Ça fait beaucoup de problèmes pour faire ça. »
Dar haussa les épaules. « Ça va prendre des jours mais ça va prendre des jours pour rentrer de toutes les façons », dit-elle. « Le bateau de Papa avance à trente-cinq nœuds et il a un petit satellite à bord », dit-elle. « Ça vaut la peine d’essayer quand même. »
Son chef réfléchit un moment. « Et bien, laissez-moi voir avec Béa cette possibilité. » Il ouvrit son PDA, se tournant à demi tandis qu’il tapait. « C’est toujours mieux que de rouler depuis Cabo je présume. »
L’idée était un peu folle. Dar avait une oreille penchée dans la direction de l’ordinateur et elle écoutait le flot de discussions sur le pont de conférence tout en se frayant un chemin à travers un barbecue incroyablement excellent. Mais tout avait été fou aujourd’hui et elle voyait un petit avantage de ne pas réfléchir autant hors du contexte qu’elle le pouvait.
Les images sur le grand écran plat de la télévision étaient moroses. Elle avait regardé le crash des avions et l’effondrement des immeubles des douzaines de fois et avait senti qu’elle commençait à être un peu sous le choc.
Les images des hommes et des femmes couverts de poussière grise étaient presque surréalistes et elle devait se rappeler que ce n’était pas une création de la télévision pour un film catastrophe chaque fois qu’ils montraient l’énorme nuage tourbillonnant qui chassait les gens le long de la rue.
C’était dur de croire que c’était réel, jusqu’à ce qu’elle entende le contrepoint de la voix de Kerry derrière elle reconnaissant cette panne et recevant des rapports de gens qui étaient vraiment là-bas, vivant vraiment l’horreur et essayant de rester professionnels et de travailler pour traverser ça.
Un énorme bon point pour la compagnie. Le fond d’un cratère pour l’humanité.
Sir Melthon entra. « Et bien, les choses semblent s’être stabilisées. »
« Les avions sont au sol », approuva Dar. « Mais qui sait si c’est la fin de tout ça ? »
Le magnat s’assit dans le siège en face d’elle. « C’est l’enfer », dit-il. « Nous avons encore des gens qui manquent à New York. Puis-je vous donner les noms pour que vous voyiez si vos gens là-bas les ont vus ou entendu parler d’eux ? »
« Bien sûr », dit Dar. « Nous avons des manquants aussi. »
« C’est ce que j’ai entendu », répondit-il. « Le dîner vous va ? Mon chef en second est de Dallas et il a insisté pour vous préparer ça. Il cuisine depuis hier soir. »
« C’est très bon », dit Dar. « Je ne mange pas de barbecue très souvent. C’est très long à préparer et les restaurants font tous partie de chaînes », admit-elle. « Miami ne fait pas vraiment partie du Sud. »
Sir Melthon ricana. « Ma femme me tanne pour qu’on visite là-bas. Ça vaut la peine ? »
Dar haussa une épaule. « C’est ma ville natale, alors je pense que oui. Si vous voulez l’apprécier, venez en hiver. Si vous voulez que votre femme vous demande d’aller ailleurs, venez en été. »
« Station terrestre de LA, ici Miami exec. » La voix de Kerry émergea du haut-parleur, plus que rauque. « Nous avons Newark en texto, non seulement ils ont perdu leur backhaul, mais ils ont une panne totale de courant et leur tuyauterie a pris le relais. »
Dar fit un demi-tour et fixa l’ordinateur, perplexe.
« Euh. Miami exec, ici LA Earth. Compris », répondit la station terrestre. « Désolé d’entendre ça. Nous allons faire de notre mieux pour arranger ça. »
« Merci », répondit Kerry. « Ok, quoi d’autre ? »
« C’est quelqu’un de chez vous ? » Demanda Sir Melthon. « Cette fille ? On dirait qu’elle est affûtée. Je l’ai écoutée depuis un bon moment maintenant. »
Dar posa la côte. « C’est notre vice-présidente des opérations », répondit-elle. « Kerry Stuart. » Elle prit sa serviette et s’essuya les lèvres. « Elle est très affûtée. » Elle saisit du coin de l’œil Alastair qui la regardait. « Et, oui, c’est une des miennes. »
« Une autre femme à la réplique facile ? » Mais Sir Melthon sourit en le disant.
« Je n’en aurais pas d’autre », répondit simplement Dar. « Surtout sur le poste de Kerry. » Elle prit une frite et la mordit, consciente du léger tremblement des épaules d’Alastair tout près.
« Et bien, à chacun son lot », prononça le magnat.
« Hé Dar ? » Alastair se tourna et lui fit face. « Voyez-vous une raison pour laquelle le gouvernement me cherche ? »
Dar le fixa un instant, perplexe. « Quoi ? »
Son chef leva son PDA. « Béa vient juste de m’envoyer un message disant qu’elle a reçu un appel de Washington demandant où j’étais et s’ils pouvaient me parler. »
Sir Melthon garda le silence, regardant ses deux invités avec un air intéressé et absorbé.
Dar croisa les mains. « Et bien. » Elle réfléchit. « Nous avons beaucoup de contrats avec eux. » Elle plissa le front. « Mais ce n’est pas vraiment le moment pour qu’ils nous interrogent sur leurs contrats et nous faisons déjà tout ce qui est possible et des choses impossibles pour que tout fonctionne. »
« Exactement », dit Alastair. « Ah, peut-être que c’est une erreur. Quelqu’un qui suit quelque chose qui ne compte pas vraiment aujourd’hui, probablement. »
Dar hocha la tête. « Ça arrive parfois. Des gens se concentrent sur des petits trucs alors qu’ils n’arrivent pas à gérer les grands. » Elle approuva. « Mais nous avons beaucoup de travail. Ces six camions satellites ne seront même pas une goutte d’eau dans un seau avec toutes les lignes que nous avons perdues. »
Alastair soupira, attrapant avec sa fourchette un morceau de poitrine. « Est-ce qu’on doit s’inquiéter pour ça, Dar ? Beaucoup de gens ont perdu beaucoup, y compris leur vie là-bas aujourd’hui. Est-ce que nos circuits ont de l’importance, vraiment ? Tout le monde va comprendre si les choses ne retournent pas à la normale d’ici demain. » Il semblait bizarrement sombre. « Je me sens un peu con à nous écouter devenir cinglés pour une liaison alors que des gens sont sous des tonnes de débris au sud de Manhattan. »
Il y eut un silence. Dar prit une côte et mordit sur le côté. « Alastair », dit-elle après avoir fini de mâcher. « Quelles sont nos options ? Ne rien faire et regarder CNN toute la journée ? Nous pouvons aider ces gens. »
« Et bien, oui mais… »
« En revanche, nous pouvons trimer pour que les gens puissent communiquer entre eux. » Dar le coupa. « C’est ce que font nos équipes. C’est ce que fait Kerry, faire de la place pour les gens bloqués au Canada qui essaient d’envoyer des mails chez eux et faire des arrangements, ou bien garder les centres cellulaires connectés, ou bien faire que les cartes bancaires des gens fonctionnent », dit-elle. « Nous faisons ce que nous savons faire. Nous faisons plus pour aider ce foutu pays que quatre-vingt-dix pour cent de la planète. »
« Cette femme parle vrai », s’inséra Sir Melthon. « C’est fichument impressionnant à regarder. Je ne m’attendais pas à une démonstration pratique de vos capacités, McLean, mais je ne suis pas assez idiot pour ne pas saisir l’opportunité. »
Alastair soupira. « Bien sûr, et merci », dit-il. « C’est juste une excuse pourrie pour ça. »
Dar finit sa côte et s’essuya les doigts puis elle prit son verre de thé et en but une gorgée. Elle comprenait la frustration d’Alastair. Au moins elle avait une chose à faire plutôt que juste écouter. « « Je vais donner une pause à la gorge de Kerry », dit-elle. « La dernière chose dont elle a besoin, c’est une laryngite. »
Son chef réussit à sourire. « Je parie qu’elle souhaiterait que vous soyez là-bas », dit-il.
« Nous souhaiterions toutes les deux être à la maison », répondit Dar, glissant sa chaise pour faire à nouveau face à l’écran et elle ouvrit son micro. « Ker ? »
Il y eut un bruissement. « Oui. »
« Fais une pause », dit Dar. « Bois du thé chaud. Ta voix commence à ressembler à une grenouille. Je prends le relais un moment. »
Kerry s’éclaircit la voix. « Ah. Oui. » Elle semblait reconnaissante. « Merci cheffe. Du nouveau sur les vols ? »
Dar ne put s’empêcher de sourire. « Pas pour l’instant », dit-elle. « Ils travaillent toujours dessus. »
Sa compagne soupira. « D’accord. Je reviens bientôt. » Elle décrocha et Dar s’installa pour regarder l’écran, consciente de combien elle était loin de la maison. « Problème, Alastair. » Elle jeta un coup d’œil vers lui. « Nous ne serons en vol que dans un sacré bout de temps. »
« Je sais », dit Alastair, en se frottant les yeux. « Je sais. »
Trop de choses arrivaient, trop vite. Dar posa son menton sur ses mains. Maintenant que la menace immédiate semblait être contenue pour l’instant et qu’elle avait du temps pour réfléchir, son esprit commençait à tournoyer avec tous les problèmes dont elle devait maintenant s’inquiéter.
Rentrer à la maison. Ramener Kerry à la maison. Trouver ces gens. Trouver Gerry.
Deviner comment tout ça allait changer leur monde.
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Kerry repartit dans le solarium avec son grand mug de thé et miel et se blottit sur le banc tout en laissant le silence et l’odeur riche et verte apaiser ses nerfs. Elle avait l’impression que ses oreilles résonnaient encore de toutes les voix et les bruits de la télévision et il lui fallut quelques minutes avant que son esprit se calme et qu’elle puisse se détendre.
Elle leva le genou de sa jambe et posa l’autre pied en chaussette sur le genou opposé, confortable dans son tee-shirt dans l’air relativement chaud.
Elle sirota son thé, reconnaissante pour la douceur chaude qui glissait dans sa gorge et plus que reconnaissante envers sa compagne pour avoir pris les rênes un moment pour qu’elle puisse avoir une occasion de baisser sa tension et rassembler ses pensées dispersées.
Que la déesse soit remerciée qu’elle ait Dar. Que ferait-elle sans elle ? Kerry pensa à quelques trucs qui s’étaient passés et si juste quelques trucs avaient été différents comment ils auraient pu aisément être affectés plus dangereusement.
C’était bon de rester simplement là, assise, loin des projecteurs et loin des regards attentifs de sa famille et des assistants de sa mère. Elle pensa qu’elle avait fait un job très estimable jusque là mais elle se sentait épuisée de tout le tumulte émotionnel et intellectuel des heures qui venaient de passer.
La télévision avait juste montré des images de gens récupérés au Pentagone. Kerry était restée assise à regarder avec un sentiment de déconnexion bizarre, sachant qu’elle connaissait sûrement certaines des personnes sur l’écran par leur nom sinon par leur visage.
Ensuite ils avaient montré une conférence de presse depuis New York. Combien de gens étaient morts ? Personne ne le savait. Ou du moins, personne ne voulait le dire, tout ce que le maire pourrait admettre était plus qu’ils ne pouvaient en supporter. Les gens étaient commotionnés, littéralement.
Le terrorisme. Kerry se souvint, vaguement, que son père avait une fois parlé de la tendance du pays à servir ses propres meilleurs intérêts dans les affaires, mais qu’il était mauvais pour la politique et elle se demanda si cette notion ne revenait pas en boomerang pour prouver qu’il avait raison.
Etrange. Roger Stuart n’avait jamais été un ami du reste du monde. Il était un des supporteurs de l’Amérique avant tout pour autant que Kerry pouvait s’en souvenir mais maintenant, elle avait le sentiment que malgré ses positions, il avait compris plus de la vérité du monde qu’il ne l’avait prêchée à ses électeurs.
Elle réfléchit à comment il aurait réagi à ce qui s’était passé. Elle soupçonna qu’il aurait été à la tête de la branche réclamant une riposte immédiate. Œil pour œil. Il était ce genre d’homme, quelque chose qui la rendait toujours inconfortable et l’avait conduit lui à faire de son mieux pour interférer dans sa vie à elle.
C’était très surprenant pour elle de trouver qu’elle avait plus que de la compréhension de ce point de vue qu’elle ne l’avait imaginé. Elle pouvait penser à ces gens, qui avaient détruit tant de choses et blessé tant de gens et elle savait au fond de son cœur que ce qu’elle ressentait pour eux était loin d’être de la compassion.
Un peu choquant.
« Hé, Ker. » Angie entra dans le solarium et s’assit sur l’autre balancelle.
« Mm. » Kerry leva son mug dans la direction de sa sœur.
« J’écoutais Dar parler sur l’ordinateur. Elle a un petit accent du Sud, non ? Je ne l’avais jamais remarqué auparavant. »
Kerry était plutôt heureuse de concentrer ses pensées sur sa compagne pendant un instant. « Hm. » Elle réfléchit à la question. « Un peu oui », approuva-t-elle. « Pas tout le temps. Ça vient et ça va. »
« J’aime bien », dit Angie.
« Moi aussi. » Kerry sourit. « Quand elle est beaucoup avec son père, il est plus prononcé parce qu’il en a un et parfois quand nous passons du temps dans les keys aussi. » Elle prit un moment pour penser à la voix de Dar, l’entendant faiblement traîner dans son imagination. « J’aimerais qu’elle soit là. »
« Je m’en doute », dit Angie. « Est-ce que le fait que maman est ici te fait flipper ? »
Kerry se balança un peu. « Pas vraiment », finit-elle par dire. « Je veux dire que, il y a beaucoup de gens qui m’écoutent, tu vois ? »
« Pas dans la même pièce. »
« Non », admit Kerry. « Je pense que ça la panique un peu. »
« Ça me faisait flipper », dit Angie. « Tout s’est passé si vite. Mais tu as tout géré comme si c’était ton quotidien », ajouta-t-elle. « C’était un tel contraste avec la conférence à laquelle maman se trouvait. Personne ne savait rien. »
« Mm. » Sa sœur grogna son assentiment tandis qu’elle sirotait lentement son thé. « Ou ne voulait rien admettre », dit-elle. « Après tout, nous avons un tas de groupes dans le gouvernement que nous payons cher pour qu’il soient supposés empêcher ce genre de choses. »
« Et bien, je suis sûre qu’ils ont essayé. Je veux dire, qui aurait pu penser que quelqu’un ferait voler un avion dans un bâtiment ? » Demanda Angie. « Je veux dire que, tu penses aux bombes et des trucs mais rien de tel. »
Peut-être que c’était vrai. Kerry s’adossa et posa sa tête contre la chaine de la balancelle. Le soleil se déversait par les vitres du solarium et réchauffait sa peau, lui procurant une paix tranquille tandis que le silence s’éternisait entre elles.
« Richard va déposer Sally ici », finit par dire Angie, après environ cinq minutes. « Il pense qu’il devrait peut-être aller à Washington pour sa firme. »
Kerry repassa soudain à la vigilance depuis la légère brume dans laquelle elle était tombée. « Oh », dit-elle. « Bien, ce sera sympa de la revoir », dit-elle. « Depuis combien de temps l’avait-il ? »
« Juste une semaine. Il l’a prise quelques jours avant que tu ne viennes ici », dit Angie. « Je suis contente. Pas qu’il doive aller à Washington mais je me sentirai mieux avec elle ici. Tout est si bizarre. » Elle fixa sa sœur avec un sourire. « Et elle a hâte de voir sa Tatie Kerry. »
Kerry lui rendit son sourire. « Ah bien. » Elle finit son thé. « Je vais retourner là-bas et voir ce que fait Dar. C’est elle qui est sous pression, vraiment. Alastair est tout près d’elle et ils sont face à notre nouveau client. »
Elle se leva, un peu surprise de sentir combien elle était fatiguée. Elle attendit qu’Angie la précède et ensuite elle suivit sa sœur hors du solarium dans le couloir, vérifiant sa montre tandis qu’elles émergeaient dans la grande entrée où plusieurs des assistants de la sénatrice étaient réunis et parlaient.
Les voix se turent aussitôt qu’elles furent reconnues. Kerry et Angie échangèrent des regards ironiques. « Certaines choses ne changent jamais », commenta Angie tandis qu’elles passaient près d’eux et poussaient la porte de l’ex-bureau de leur père.
« C’est bien vrai. » Kerry jeta un coup d’œil alentours, repérant sa mère qui parlait avec un autre assistant près du mur du fond, un léger murmure de voix émanant de son ordinateur posé sur le bureau,. Elle s’avança et s’assit derrière le meuble, tendant les mains pour remonter un peu ses chaussettes tandis qu’elle regardait l’écran pour voir si quelque chose avait changé.
« Kerrison ? » Sa mère laissa l’assistant près de l’autre porte et vint vers le bureau. « On dirait qu’il se précise que nous devons tous, c’est-à-dire les membres du Congrès, aller à Washington immédiatement pour montrer notre soutien dans ces horribles moments. »
Kerry posa ses coudes sur le bureau. « Et bien, je présume que ça a du sens », dit-elle. « Mais… est-ce que c’est prudent ? » Demanda-t-elle. « Ils n’étaient pas en train d’évacuer Washington ? »
Sa mère s’assit sur le bord du bureau. « Et bien, il en a été question », dit-elle. « Mais le sentiment général était que, surtout pour cette raison, nous devrions tous y aller et montrer que nous n’avons pas peur », expliqua-t-elle. « Ah, je pense que le terme était, faire acte de présence. »
Kerry la fixa un long moment. « Mère », dit-elle. « C’est idiot. »
« Kerrison. »
« Je suis désolée mais ça l’est. S’il y a des gens prêts à envoyer des avions dans des immeubles, est-ce qu’ils ne sont pas prêts à amener des camions devant le Capitole ? » Dit Kerry. « Ils ne sont même pas sûrs de savoir encore qui a fait ça. »
Sa mère soupira. « Ça m’a traversé l’esprit en fait, aussi bien qu’à plusieurs autres », dit-elle. « Cependant, comme je l’ai dit, le consensus est que nous devons venir ensemble et montrer notre soutien et je ne suis pas entièrement sûre que ce soit erroné aussi. Nous devons faire un exemple pour le pays, après tout. »
Kerry saisit un mouvement du coin de son œil et elle se concentra sur l’écran, surprise de voir une forme familière assise au coin de son ordinateur en tenant une pancarte. « Un bon pour des câlins », murmura-t-elle. « Oh ma chérie. »
« Pardon ? » Dit sa mère.
« Désolée. » Kerry détourna les yeux de Gerbille Dar à l’air triste. « Mère, je comprends ce qu’ils veulent dire. J’espère juste que tout le monde s’en sortira sauf et qu’ils ne feront pas partie d’une autre catastrophe. »
Sa mère eut l’air plus que déconfite. « Oui, et bien… » Elle regarda autour d’elle puis vers sa fille. « Tu sais ça me paraissait curieux que tu aies vraiment bien plus d’informations que nous durant ces horribles événements de la matinée. »
Un peu surprise du changement de sujet, Kerry résista au désir de retourner vers son ordinateur et se concentra sur sa mère plutôt. « L’information c’est notre métier », dit-elle. « Nous devons savoir ce qu’il se passe. »
« Exactement », dit Cynthia Stuart. « C’est ce que j’ai dit à certains de mes collègues et ils étaient aussi très surpris de combien votre compagnie semblait être organisée. »
Kerry fronça les sourcils. « Et bien, ils payent un montant substantiel pour nos services, mère. J’aimerais penser que nous donnons aux contribuables américains ce qu’ils attendent de nous. »
« Ils étaient très intéressés d’entendre parler de ça », dit sa mère. « Ils voudraient que tu m’accompagnes à Washington », ajouta-t-elle. « J’étais sûre que tu serais plus que contente d’y aller. »
Pendant un instant, Kerry resta figée, consciente d’une montée de colère froide qui lui chatouilla les mains et la laissa un peu étourdie. « Premièrement », dit-elle après avoir attendu assez longtemps pour s’assurer qu’elle n’allait pas se lever et hurler. « Tu n’avais pas le droit de leur dire ça, et deuxièmement, non je ne le suis pas. »
« Kerrison, je ne pense pas que ce soit bien venu. »
Là, Kerry se leva, consciente que son corps se tendait et que ses mains étaient fermées en poings. « Je me contrefiche de ce que tu penses », dit-elle. « Et je me contrefiche encore plus de ce que tes amis du Congrès pensent. Je ne leur dois aucune explication. »
Sa mère se leva du bord du bureau. « Je leur ai dit que tu viendrais leur parler », dit-elle.
« Dommage. »
« Kerrison ! » La voix de sa mère monta de colère.
« Non, mère. » Kerry réussit à peine à garder sa propre colère sous contrôle. « Je ne pars pas avec toi et je ne vais discuter de nos affaires avec personne. » Elle croisa ses bras sur sa poitrine.
Cynthia Stuart la fixa mais l’expression grimaçante de Kerry et sa posture truculente ne changèrent pas et elle finit par détourner le regard. « Bien, si c’est ta décision », dit-elle après une pause. « Mais je pense que tu devrais réfléchir avec soin et ensuite nous en reparlerons. » Elle fit signe à l’assistant de sortir et le suivit jusqu’à la porte, la passant avec autant de dignité qu’elle pouvait appeler.
Pas de porte claquée, pas de cris.
Après un bref silence, Angie fit une grimace, se mordant la lèvre tandis qu’elle approchait du bureau. « Désolée, Ker. »
« Beuh. » Kerry finit par se détendre, posant les mains sur le bureau et laissant ses muscles se relaxer. « C’est ma fichue faute. J’aurais dû garder les écouteurs et ne pas crâner. » Elle regarda l’écran quand elle entendit un son étrange, pour voir Gerbille Dar qui cognait à l’intérieur en la regardant. « Attends que Dar découvre ça. Juste ce dont on n’a pas besoin. »
« Peut-être qu’elle va laisser tomber. Je pense qu’elle sait que tu étais en rogne », suggéra Angie. « Le regard que tu lui as lancé aurait pu geler un café brûlant. »
« Mpf. » Kerry grogna et s’assit. « Tu as de l’Advil ? » Elle soupira. « Je vais en avoir besoin d’une boite. »
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« Et bien, salut Ham. » Alastair avait répondu à un appel avec surprise quand le téléphone avait sonné pour la première fois depuis des heures. « Je suis à Londres. Oh, quoi ? Bien sûr, bien entendu que tu le savais. »
Dar était à moitié affalée sur le bureau, ses jambes enroulées sous le bas du fauteuil et la tête posée sur une main. L’autre main était enroulée autour de la souris mais elle relâcha la créature et tapota sur plusieurs touches à la place.
Ker ?
« Dar ? Elle est là. »
Dar leva les yeux de son écran, un sourcil dressé.
« Non, elle va bien », continua Alastair. « Bea a tenu au courant mon épouse et le conseil sur ce qui se passait. Je dois dire que ce truc de l’assistant numérique que Dar m’a fait utiliser s’est montré performant aujourd’hui. »
L’écran de Dar bipa doucement. Elle le regarda à nouveau.
Salut. Il faut que je te parle.
Dar plissa les sourcils. Elle décrocha son téléphone de sa ceinture. « Si vous pouvez faire un appel entrant, je vais tenter un appel sortant. »
« Hm ? » Alastair mit la main sur le micro de son téléphone. « Ham dit qu’il a dû essayer un tas de fois pour passer », dit-il. « On dirait qu’il y a pas mal de raffut par là-bas. »
C’était leur juriste qui vivait, Dar s’en souvint, à Boston. « Dites-lui que je le salue. » Elle ouvrit le téléphone et commença à composer, puis elle regarda l’écran à nouveau quand le haut-parleur crachota.
« Miami exec, ici Miami ops. » La voix de Mark émergea.
« Vas-y. » Dar écouta le téléphone de son autre oreille, entendant un signal rapide et occupé. Elle recomposa.
« Cheffe, on n’arrive pas à avoir une bonne idée de combien de câbles on doit remplacer », dit Mark. « On doit avoir un visuel. »
Dar relâcha le bouton et composa à nouveau. Avoir quelqu’un à la fois à Washington et à New York était probablement une bonne idée, surtout à Manhattan où la grande partie de leur présence étaient des services d’affaires. « Tu penses qu’on peut attendre que les avions volent de nouveau ? »
« Difficile à dire », dit Mark, honnêtement. « Je préfèrerais sauter sur ma moto et commencer là-bas. »
Dar appuya de nouveau sur le bouton pour composer, réfléchissant à la requête. « Je vais te dire. » Elle entendit la ligner commencer à sonner. « Loue un van et prends trois ou quatre gars avec toi. Ne me fiche pas les jetons de te trouver enroulé autour d’un arbre sur cette Harley. »
On décrocha au téléphone. « Allô ? »
« Salut », dit Dar, se souvenant à peine de couper son micro. « Qu’y a-t-il ? »
« Salut », dit Kerry dans un soupir. « Je t’aime. »
Mark s’éclaircit la voix. « D’accord, je peux faire ça. J’ai un groupe de gars ici qui ont levé la main pour se porter volontaires pour venir. »
« Je t’aime aussi », répondit Dar avec un sourire reconnaissant. « Bon sang, c’est bon d’entendre ta voix. »
Kerry gloussa un peu. « Chérie, tu as entendu ma voix toute la matinée. »
« Ce n’est pas pareil. »
« Merci d’avoir envoyé Gerbille Dar pour me tenir compagnie. »
« Tout va bien cheffe ? » Demanda Mark. « On peut partir ce soir. »
« Raccroche », dit Dar.
« Nan, je vais répondre », répondit Kerry. « Miami ops, ici Miami exec, c’est bon. Assure-toi d’avoir un pack de bière Jolt. »
« Euh. D’accord. » Mark sembla être pris par surprise avec ce changement soudain. « On va y aller. »
« Pourquoi tu ne prendrais pas un équipement de secours à l’arrière tant que tu y es ? Je ne suis pas sûre de savoir quand on pourra envoyer quelque chose là-bas », suggéra Kerry.
« Bien vu. » Dar la complimenta. « Alastair pense que tu déchires, à propos. »
« Ça marche », dit Mark.
« Miami exec, ici Air Hub. »
Kerry soupira. « Air Hub, attendez un instant, vous voulez bien ? Je dois prendre un appel. »
« Air Hub, ça marche. »
« Hé. La voix de Kerry revint au téléphone. « Où j’en étais ? »
« Tu disais que tu m’aimais. » Dar était consciente des légères réactions de surprise d’Alastair chaque fois qu’elle employait ce mot. « Qu’y a-t-il ? Tu as dit que tu devais me parler. »
Kerry soupira à nouveau. « Ma foutue mère », dit-elle. « Dar, elle a parlé à quelqu’un d’autre … je présume un sénateur, de ce dont on parlait sur le pont et lui a dit que j’irais à Washington pour leur parler. »
« Dar, Ham dit qu’il a besoin de la liste de nos clients en rade aussitôt que possible, pour qu’il puisse lancer une action en justice », dit Alastair.
Dar jeta un coup d’œil vers Alastair et hocha la tête. « Bon », dit-elle. « C’est moche comment, Ker ? Tu fais un job de première classe, peut-être qu’elle est juste fière de sa gamine. »
Un silence de mort, absolu.
« Ker ? » Dit Dar timidement. « Etant donné que la dernière chose dont nous ayons besoin pour être distraites c’est des conneries du gouvernement mais… je devine que tu as dit non, pas vrai ? »
« J’ai dit non. »
Dar pouvait entendre le ton. « Je ne voulais pas te fâcher, ma chérie », dit-elle attendant d’entendre le léger soupir. « Je préfèrerais que tu trouves un canoe et que tu commences à ramer dans ma direction. »
« Désolée », dit Kerry après une pause. « Tu as juste envoyé mon cerveau dans un endroit où je ne m’attendais pas », admit-elle. « Dar, elle n’a aucun droit d’aller voir des gens du gouvernement et leur dire ce que nous faisons. Elle flippait de la façon dont nous avions nos informations, je pense que c’est de ça qu’elle veut qu’ils me parlent. Comment nous savions ce que nous savons. »
« Chérie. » Dar faillit se mettre à rire mais y réfléchit à deux fois. » Nous sommes payés pour savoir ce que nous savons. »
« Oui, je le sais », dit sa compagne. « Mais je l’ai rembarrée. J’étais ulcérée. »
Dar se sentit un peu déboussolée. Elle comprenait ce que Kerry ressentait au sujet de sa famille et c’est sûr qu’elle comprenait ce que c’était que d’être en froid avec une mère. Mais elle avait toujours senti que le mal dans la famille avait disparu avec le père de Kerry.
Peut-être qu’elle avait tort. « Et bien », dit-elle. « Tu n’as pas besoin que je joue la méchante pour toi, mais si tu veux lui dire qu’Alastair et moi avons dit qu’il était hors de question que quelqu’un de notre compagnie aille discuter avec le Congrès, tu es libre de le faire. »
« Hein ? » Alastair se tordit le cou et la regarda. « C’était quoi ça ? »
« Il y a une chance que tu reviennes par ici ? » Demanda Kerry d’une voix calme.
« Miami exec, ici la Station Terrestre de LA. » Une voix les interrompit. « Le bureau local du FBI réclame de la largeur de bande que nous n’avons pas. On a besoin d’aide ici. »
Kerry et Dar ouvrirent leurs micros en même temps. « Attendez un instant », dirent-elle en chœur. Puis Dar relâcha le sien et s’éclaircit la voix. « Bea essaie, chérie », dit-elle. « Aussitôt que j’ai des nouvelles, je t’envoie un texto. »
« D’accord », dit Kerry. « C’est d’accord si je loue une chambre d’hôtel ? »
« Achète l’hôtel si tu veux », dit sa cheffe. « Mets-le sur la carte de crédit d’Alastair. Je pense que j’ai laissé le numéro sur un sticker jaune sur le bureau de Maria. »
« Quoi ? » Alastair couvrit à nouveau son téléphone. « Dar, dans quel pétrin vous allez encore me mettre ? »
Kerry finit par rire. « D'accord », dit-elle. « Je ne serai pas aussi mauvaise mais c’est déjà tellement stressant que je n’ai pas besoin que ma famille en rajoute. »
« Pas de problème. Je comprends totalement », dit Dar. « Reste joignable, d’accord ? »
« D’accord. On se parle plus tard. Je vais aller mettre un tuyau pour éteindre ce feu », dit Kerry. « Au revoir Dardar. »
« Au revoir. » Dar referma le téléphone. « Désolée Alastair. La mère de Kerry a causé un problème et elle pense s’installer ailleurs. »
« Aha. » Son chef hocha la tête. « Ma femme ne s’entend pas trop avec ses parents non plus. Elle veut leur servir les croquettes du chien chaque fois qu’ils passent. » Il retourna au téléphone. « Ham ? Oui, je suis là. C’est quoi ça ? Et bien, bien sûr que je comprends que le conseil d’administration est irrité, Ham, mais tout le monde se démène pour que les choses avancent. »
« Très bien, Station Terrestre LA. » Kerry revint sur le pont. « Donnez-moi une seconde pour traiter le cas d’Air Hub, ensuite nous verrons la requête du FBI. »
« Ça marche, Miami exec », dit le technicien de la côte Ouest. « On leur a dit qu’on s’occupait de la côte Est là maintenant pour qu’ils attendent un peu. »
« Gentil de leur part », dit Kerry. » Air Hub, à vous. »
« Miami, Nous avons des capacités en rab si vous en avez besoin », dit Air Hub. « Nous ne supportons pas de trafic aérien sauf la couche de management. Tout a atterri. »
Il y eut un moment de silence. « Bien », finit par dire Kerry. « Je suis sûre que nous pouvons l’utiliser quelque part, peu importe si la raison est pourrie. Merci Air Hub. »
« A votre service, Miami exec. »
« D’accord LA, qui vous a contactés ? Trouvez-moi un nom. »
« On s’en occupe, Miami exec. »
Dar posa les mains sur le bureau, son téléphone légèrement serré entre ses doigts. Elle regarda de l’autre côté de la pièce vers le grand écran de télévision, ses pensées presque complètement concentrées sur sa partenaire. « Alastair ? »
« Hein »
« Bea a de la chance avec les vols ? »
Son chef la regarda. « Je n’ai pas eu de retour encore. »
Dar jongla avec son téléphone. « Je vais appeler mes parents. Voir ce qu’ils pensent de faire un trip à Cancun », dit-elle. « Le plus tôt nous serons de retour aux States, le mieux ce sera. »
« Marrant », dit Alastair. « C’est exactement ce que vient de dire Hamilton », relata-t-il. « Il a entendu un de ses collègues dire que les choses sont méchamment mauvaises à New York. Pires que ce qu’on dit à la télévision. »
« Ouais. Et bien. » Dar ouvrit son téléphone et recommença à composer. « Dites à Ham que le FBI essaie d’attraper un signal sur la côte Ouest. Voyez ce qu’il peut faire pour ça. »
« Hein ? »
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Kerry gribouilla le numéro, une main soutenant sa tête tandis qu’elle étudiait l’écran de l’ordinateur. Elle fut consciente de l’entrée de sa sœur et de son frère et elle entendit la porte se fermer doucement, mais elle se concentra sur ce qui transitait sur leur infrastructure tendue et ce qu’elle allait dire à la personne à l’autre bout du téléphone quand elle répondrait.
Dar avait une façon de tourner leur point de vue sous différents angles. Kerry tenta de recapturer sa proche indignation mais cette voix calme s’y introduisait, la forçant à réévaluer ce qu’elle ressentait et examiner si oui ou non il y avait un autre moyen de le regarder.
C’était ironique, vu que c’était ce qu’elle avait espéré faire pour Dar quand elles travaillèrent ensemble pour la première fois, n’est-ce pas ? Changer sa perspective ? Parfois, Kerry l’admettait, elle l’avait fait mais plus souvent elle s’était retrouvée à freiner quand elle était confrontée à la logique interne de sa nouvelle partenaire et qu’elle devait vraiment réfléchir à où se trouvaient le juste et le faux parfois.
Dar ne faisait pas les choses parce qu’elles étaient « justes » ou « fausses », elle le faisait parce qu’elles avaient du sens ou pas. C’était une différence plus profonde entre leur façon mentale de travailler que Kerry ne l’avait soupçonné quand elles s’étaient rencontrées et il leur avait fallu du temps et de l’effort à elles deux pour s’y habituer.
Un intellect instinctif. Cet instinct étrange et parfois disjoint que Dar utilisait pour prendre des décisions d’affaire, écrire ses programmes, résoudre ses problèmes. C’est ce qui l’avait amené à embaucher Kerry, du moins c’est ce qu’elle disait.
Kerry avait assez d’ego pour soupçonner que ça ne faisait que quatre-vingt dix pour cent, les autres dix pour cent étant quelque chose de plus primal. C’était certainement de son côté de la question. « D’accord. » Elle ouvrit son téléphone. « Appelons le FBI. »
« Hein ? » Dit Mike. « Qu’est-ce que tu as fait ? Ou bien qu’est-ce qu’on a fait ? Tu appelles le FBI à cause de maman ? Foutu merdier ! »
« Non. » » Kerry entra le numéro et attendit. « Ils en ont juste après un de nos clients. »
« En vrai ? »
« Allô ? » Une voix d’homme répondit.
« Allô, je cherche Robert Ervans. Ici Kerry Stuart d’ILS », dit Kerry. « Notre bureau de la côte Ouest nous a dit que vous aviez besoin d’aide. »
« Hein ? Oh », dit l’homme. « Ouais, d’accord. Désolé. Ici l’agent Ervans », ajouta-t-il. « Vous êtes les gens de l’informatique ? »
« Oui », acquiesça Kerry. « Que puis-je pour vous ? »
« Ecoutez, on a besoin d’envoyer beaucoup d’images à notre bureau de Washington. Ça prend trop de temps. Nous avons besoin de plus d’espace pour que ça aille plus vite », dit l’homme. « Je sais que votre type là-bas a dit que vous aviez déjà beaucoup d’autres choses qui se passent, mais ceci est plus urgent. C’est important. »
Kerry plissa le nez. « Mr Ervans, je peux voir combien il y a de trafic sur la ligne et nous pouvons très certainement prioriser le vôtre parce que je comprends que vous devez travailler sur des sujets critiques. »
« C’est exact. Très exact. » L’homme semblait approuver. « Il est vraiment important que nous transmettions ces fichiers à Washington. »
« Mais le fait est que vous êtes sur notre liaison satellite et que la lenteur est due à la latence, le temps qu’il faut aux paquets pour atteindre l’autre côté du continent, plus que le manque de largeur de bande », expliqua Kerry. « Je peux voir si nous pouvons trouver plus d’espace mais je ne pense pas que la vitesse va s’améliorer. »
« Oh », dit Ervans. « Et bien, que pouvons-nous faire pour ça alors ? Mon chef a dit que quoi que ça demande, ça doit être fait. »
Kerry soupira. « Ma cheffe dit aussi cela habituellement », dit-elle. « En terme de latence, on ne peut pas faire grand-chose, vu que c’est causé par le trafic qui doit monter au satellite puis redescendre. A moins de réduire la circonférence de la planète, nous sommes coincés avec ça. »
« Alors vous ne pouvez rien faire ? »
« Pas avec le satellite », dit Kerry. « Mais voyons quelles autres options nous pourrions avoir et je reviens vers vous. »
La ligne fut brutalement coupée et Kerry fixa son téléphone, perplexe pendant un instant. « De rien. » Elle referma le téléphone et regarda ses frère et sœur. » Bon », dit-elle. « Est-ce que j’ai des ennuis ? »
Mike ricana, se jetant sur le canapé en passant une jambe sur le côté. « Tas de connards. »
Angie s’avança et s’assit dans le fauteuil en face de sa sœur, de l’autre côté du bureau. « Maman est fâchée », dit-elle. « Mais je pense qu’elle est fâchée parce que tu es plus fâchée qu’elle ne l’est au sujet du truc d’aller à Washington. » Elle fit une grimace. « Bref, je pense qu’elle va aller à Washington avec ses assistants ce soir alors une fois qu’elle sera partie, ça devrait être plus détendu ici. »
« Comme s’ils allaient faire autre chose que jacasser », dit Mike. « Qu’est-ce qu’ils vont dire, oh, c’est terrible. Nous devons trouver ceux qui ont fait ça et nous assurer que ça ne se reproduira jamais. » Il leva sa main et la laissa retomber. « Tas de petites cervelles importantes. »
Angie regarda Kerry et elles se tournèrent à demi pour regarder leur jeune frère.
« Quand, exactement, es-tu devenu radical ? » Demanda Kerry d’un ton intrigué. « Nous avons vécu ici comme une partie du gouvernement. »
« Ouais, ben », dit Mike. « Maintenant je peux dire comment je me sens et ne pas m’inquiéter d’être envoyé à la cave. »
« Miami exec, ici Herndon. »
Kerry retourna à son ordinateur. « Allez-y Herndon. » Elle ne pouvait pas vraiment dire grand-chose d’autre à Mike de toutes les façons sans avoir l’air complètement critique et elle soupçonnait qu’il le savait. N’avait-elle pas gardé elle-même le silence dans la maison pendant trop de temps ? « Miami exec ici. »
Jusqu’à ce que la vie lui propose quelque chose de plus important pour elle qu’elle-même. Voilà exactement combien de temps.
« Miami exec, on vient d’avoir la visite de gens du gouvernement. Ils veulent l’accès au centre, madame. Ils veulent installer des branchements et je ne pense pas qu’ils acceptent un refus. »
« Des branchements ? » La voix de Kerry devint acérée. « Quel genre de branchements ? Sur leurs propres tuyaux ? »
« Madame, je n’en suis pas sûr », dit le technicien. « Ils n’ont pas spécifié. »
Kerry mit le doigt sur le clavier et tapa une phrase dans l’application de message ouvert.
Tu as entendu ça ?
La voix de Dar interféra. « Herndon, ici Dar Roberts », dit-elle. « Je viens de verrouiller toute notre infrastructure avec mon mot de passe personnel. Dites à ces gens du gouvernement qu’ils doivent contacter Alastair McLean s’ils veulent discuter de se brancher sur quoi que ce soit. »
« Oh bon sang, elle avait l’air ulcérée », dit Angie. « Elle peut faire ça ? »
« Je pense qu’elle vient de le faire », dit Mike. « Bravo à elle ! Connards du gouvernement ! »
« J’ai entendu, Ms Roberts. » Le technicien semblait soulagé. « Je ne sais pas ce qu’ils cherchaient madame et pour être honnête je ne pense pas qu’ils le savaient non plus, basé sur la façon dont ils ont demandé. »
Kerry baissa les yeux en entendant un léger bip.
Je ne pense pas que ce seront les locaux qui interviendront. Ils vont revenir et c’est un lien commercial majeur pas seulement du gouvernement.
« Elle peut le faire », dit Kerry tranquillement. « Dar n’est pas du genre à faire quelque chose juste parce que quelqu’un avec l’autorité le lui dit. Croyez-moi. »
« Compris, Herndon », dit Dar.
« Je soutiens ça totalement », interjeta Alastair. « Je vais appeler nos contacts dans le gouvernement et voir si je peux trouver ce qui se passe. »
« Oui monsieur. »
« C’est votre grand chef ? » Demanda Angie. « Celui qui est avec Dar ? »
Kerry hocha la tête. Qu’est-ce que tu penses qu’ils cherchent ? Est-ce que ça pourrait être relié aux terroristes, Dar ? Nous ne voulons pas être accusés d’obstruction.
Je ne sais pas ? Tapa Dar en retour. On pourrait être en mauvaise posture là.
Kerry étudia la ligne de texte, en commençant par le premier message. « Merde. »
« Quoi ? » Mike se redressa assis.
Kerry soupira et tapa. Je devrais y aller. Tout ce que nous avons là-bas c’est un gestionnaire d’infrastructure. Ce n’est pas juste de le mettre sur le front.
Peut-être que les vols seront permis d’ici demain.
Kerry ne put s’empêcher de sourire même désabusée. Dar savait parfaitement bien ce qu’étaient ses options et ce qui était le mieux pour la compagnie mais Dar n’hésitait pas non plus sur les priorités qui lui étaient plus importantes. Peut-être que je pourrais aller m’excuser et ravaler devant ma mère et partir ce soir.
Je n’attends absolument pas ni ne te demande de faire ça. Qu’ils attendent. Qu’ils m’appellent. S’ils le veulent tellement, je leur ferai envoyer un foutu bombardier pour venir chercher nos fesses.
« Seigneur que je l’aime », dit Kerry. Ça pourrait sérieusement être une affaire de sécurité nationale, Dar. On ne devrait pas blaguer avec ça.
« Qu’est-ce qu’elle dit ? » Demanda Mike. « Est-ce que tu viens de dire à toute la compagnie que tu aimes Dar ? Le micro était ouvert, j’ai entendu la réverbération. »
Kerry cligna des yeux et regarda le micro dans sa main, et elle sentit le sang monter à sa tête. « Oh merde. »
Merci chérie. Je t’aime aussi », tapa Dar en retour. Du moins je présume que tu parlais de moi.
« Je suis pratiquement sûre qu’ils le savent déjà. » Angie regarda le visage de sa sœur. « Oups. »
Bien sûr que je parlais de toi. Kerry posa le micro pour être certaine. « Seigneur », marmonna-t-elle. « Il y a trop de conneries en même temps. »
Quoi qu’il en soit, je sais que c’est sérieux. Répondit Dar. Ça pourrait être une affaire de sécurité nationale mais tu sais quoi ? Au bout du compte, nous sommes les experts et c’est notre établissement. Nous gérons ces données. S’ils ont besoin de quelque chose, nous et j’entends Alastair aussi, nous n’avons aucun problème à faire ce que nous devons pour aider mais je ne vais pas donner carte blanche à ces gens pour accéder à mon réseau.
« Wow », murmura Kerry tout en lisant. « Je ne suis pas sûre que nous allons nous en sortir avec ça. »
« Quoi ? » Angie se leva et contourna le bureau. « Qu’est-ce qui se passe ? »
« Dar fait du Dar », dit Kerry en reprenant le micro. « Ok Herndon, si vous avez une autre requête faites-le nous savoir aussi vite que ça se produit, et vous pouvez leur dire que notre management senior contacte le gouvernement pour savoir quels sont leurs demandes pour que nous puissions faire de notre mieux pour y répondre. »
« Ça a l’air moche », dit Mike.
« Tu vas vraiment aller t’excuser à Maman ? » Murmura Angie. « Wow ! »
Kerry soupira. « On a appris à faire des compromis politiques, non ? « Elle sentit le caractère doucereux sur sa langue comme un vernis d’huile de cuisson usagée. « Oh Seigneur, je ne veux pas le faire mais au bout du compte, il fait que quelqu’un y soit et je suis plus près que Dar »
« Tu ne peux pas envoyer quelqu’un d’autre ? Assurément vous ne pouvez pas être les seules responsables dans cette énorme compagnie », pointa Angie. « Pour l’amour de Dieu, Kerry. »
« Il y a beaucoup de gens », tapa Kerry en retour. Peux-tu voir si Hamilton Baird peut envoyer quelqu’un de son département ? « Le problème c’est que cela concerne notre division des opérations. La mienne et celle de Dar. Nous n’avons personne d’autre dans la compagnie qui fait ça à un niveau exécutif. »
« Elle veut dire que Dar et elle sont les seuls à être couillues », dit Mike depuis le canapé. « Des femmes splendides avec des méchantes attitudes effrayent les gars à mort. Tout le monde le sait. »
Angie se tourna et le fixa. « Et comment tu sais ça ? » Demanda-t-elle. « Tes petites amies sont toutes des bimbos sans cervelle. »
« C’est comme ça que je le sais. »
Alastair est en ligne avec lui en ce moment. Répondit Dar. Ça devient fou.
Encore plus fou. Répondit Kerry. Ok je vais serrer les dents et trouver ma mère. Tu me couvres ?
Tu es sûre ?
« Je suis sûre que je vais avoir la nausée », marmonna Kerry. « Où est ce seau d’aspirine ? »
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Kerry décida qu’une tasse de thé était nécessaire pour prendre sa poignée d’antalgiques avant de partir à la recherche de sa mère. Elle traversa la salle à manger et poussa la porte de la cuisine, surprenant la personne qui se trouvait à l’intérieur. « Bonjour Mary. »
« Ms Kerry », l’accueillit la cuisinière. « Des choses terribles arrivent. »
« En effet », approuva Kerry en allant vers le placard pour en sortir une tasse. « La journée a été vraiment dure. »
« Que puis-je pour vous ? » Demanda Mary. « Je dois dire que ça va être agréable d’avoir votre sœur de retour à la maison avec les petits. Ça a été bien trop calme par ici. »
« Du thé, si ça ne vous ennuie pas. » Kerry tendit la tasse sans protester. Mary travaillait pour ses parents depuis qu’elle était née et cette cuisine était son territoire, sans aucune discussion. « Comment allez-vous Mary ? »
« Bien merci. » La cuisinière revint avec la tasse pleine et la lui tendit. « Et vous-même ? Comment va votre chérie Dar ? »
Ma chérie. Kerry ne put s’empêcher de sourire en l’entendant. Elle avala ses pilules et les fit passer avec une gorgée de thé. « Dar va bien, merci, elle est en Angleterre en ce moment. Mais je pense que nous irions mieux toutes les deux si nous étions à la maison à Miami. »
« C’est juste bien que vous soyez loin et en sécurité », dit Mary. « Et je remercie le Seigneur que votre mère soit aussi ici et pas sur le chemin de ces fous. »
Kerry sirota son thé, s’appuyant contre le comptoir. « Je suis contente aussi », dit-elle. « J’ai essayé de la dissuader d’aller à Washington ce soir. »
« Fous », répéta Mary. « Tout ça n’a aucun sens. Je souhaiterais qu’elle reste ici et n’aille pas avec le reste des gens du gouvernement. C’était bien pour votre papa, c’était un homme fort. »
« Il aurait été ulcéré », dit Kerry tranquillement. « Ceci l’aurait mis très en colère. »
« Oh oui madame. C’est bien vrai. » Mary hocha la tête. « Je sais que ça n’allait pas fort entre vous, Ms Kerry, mais c’était l’homme qu’il fallait avoir quand les choses étaient aussi terribles. »
Et ça, Kerry dut l’admettre, c’était vrai. « Tant qu’il était en colère contre autre chose que vous, oui », dit-elle. « Et il aurait été furieux contre les personnes qui ont fait ça. Il aurait essayé de trouver comment ça avait pu se produire. »
Mary hocha la tête. « Voulez-vous plus de thé, Ms Kerry ? Je dois dire que j’aime bien votre coupe de cheveux. Ça vous va très bien. »
« Bien sûr. » Kerry tendit sa tasse. « Et merci. Je l’aime bien aussi. » Elle se passa les doigts dans les cheveux, s’arrêtant pour masser un peu sa nuque espérant que l’aspirine commence à faire effet. « Je ne pensais pas que j’aimerais au début mais ça a fini par être plus agréable que je le pensais. »
Mary remplit à nouveau la tasse. « Bon, ne vous fâchez pas si je vous dis ceci, Ms Kerry, mais aussi court, vous me faites un peu penser à votre papa. »
Bon. Kerry reprit la tasse. « Comment pourrais-je être fâchée contre vous, Mary ? » Dit-elle. « C’était mon père. Peu importe nos dissensions, ça ne va pas changer. »
Mary lui sourit. « Contente de vous l’entendre dire », dit-elle puis elle se tut quand la porte du hall s’ouvrit.
« Mary, je vais avoir besoin de vous pour… » Cynthia Stuart entra puis s’arrêta en voyant qui rendait visite à sa cuisinière. « Ah Kerrison. »
Ah. Beurk. Kerry soupira silencieusement. « Mère. » Elle retourna le salut d’une voix neutre.
L’expression de sa mère s’éclaira juste un peu à ce mot. « Mary, pouvez-vous s’il vous plait voir ce que nous pouvons préparer pour un déjeuner dans peut-être une heure ? Je sais qu’il est tard pour ça mais tout a été tellement bizarre aujourd’hui. »
« Bien sûr madame. » Mary lança un regard connaisseur et de sympathie à Kerry. « C’était agréable de vous parler, Ms Kerry. Faites-moi savoir si vous avez besoin d’autre chose. » Elle sortit vers le grand cellier à provisions.
Kerry réfléchit rapidement à ses options. « Tu veux du thé », finit-elle par demander. « Je viens juste de prendre une poignée d’aspirine. » Elle avança de quelques pas et s’assit sur l’une des chaises de la table de travail.
Sa mère se détendit un peu. « Oui. Ça a été une sacrée journée, pas vrai ? » Elle alla au réfrigérateur et ouvrit la porte, en sortit une petite bouteille et l’amena à la table dans le coin en même temps qu’un verre. « J’ai dû en prendre moi aussi. » Elle s’assit. « C’était le genre de chose que ton père aurait appelé une journée pour une entière bouteille de whiskey je crois. »
« Oui », acquiesça Kerry. « J’aurais bien besoin d’une bière. »
Cynthia lui jeta un coup d’œil furtif. « Ça sonne si bizarre », dit-elle. « Je ne pense pas qu’aucun de nous appréciait la bière. »
« C’est probablement pour ça que moi je le fais », admit sa fille. « Une partie de ce truc de rébellion totale. » Elle leva les yeux et vit que sa mère la regardait avec une surprise inquiète. « J’ai été insolente tout à l’heure. Je suis désolée », dit-elle.
Cynthia parut momentanément submergée, comme si Kerry était partie dans une direction qu’elle n’avait pas anticipée.
Ce qui était le cas, Kerry s’en rendit compte. Des excuses directes étaient une chose qu’elle avait apprise de Dar, pas quelque chose qu’elle avait choisi en grandissant où admettre une faute n’était jamais facile. « Beaucoup de choses pèsent sur mes épaules. Je ne m’attendais pas à des complications de la part du gouvernement. »
Sa mère hocha la tête. « C’est moi qui aurait dû m’excuser, Kerr…y. » Elle lâcha la dernière partie du prénom de sa fille avec une difficulté visible. « Il ne m’a absolument pas paru que je parlais à tort et à travers », continua-t-elle vaillamment. Je ne voulais pas te causer de difficulté. J’ai juste vu une occasion d’aider et je pensais que ton implication serait une bonne chose. J’aurais dû, en fait, te le demander avant de lancer cette idée. »
Kerry posa sa tasse. « J’aurais probablement réagi de la même façon, si tu me l’avais demandé », répondit-elle honnêtement. « Etre ici est très inconfortable pour moi. Je ne te fais pas confiance. » Elle releva les yeux pour voir ceux de sa mère agrandis. « Et vu ce qui s’est produit, tu ne devrais probablement pas me faire confiance non plus. »
Elle se rendit compte qu’il y a avait bien trop de vérité dans une seule phrase. Sa mère n’avait aucune idée de comment réagir et se contenta de rester assise là en clignant des yeux vers elle. C’était rude et cela aggravait sa migraine. « Je n’essaie pas d’être une imbécile », dit Kerry. « Je ne peux juste pas empêcher mon sentiment. »
« Et bien », finit par dire Cynthia. « Je n’ai aucune idée de quoi répondre à ça. »
« Je sais », dit sa fille. « Ça va probablement être plus facile pour nous deux si tu essaies de ne pas penser à moi comme à la petite gamine qui avait l’habitude de courir dans cette cuisine, et plus à une adulte que tu ne connais pas si bien. »
Sa mère posa son verre. « As-tu une idée de combien c’est impossible ? Je suis ta mère. »
« Je sais », dit Kerry à nouveau. « Et non, je n’ai aucune idée de combien c’est impossible. Je ne veux juste pas que ce soit si dur pour nous deux. »
Cynthia se redressa sur son siège et la fixa. « Comment peux-tu encore être autant en colère ? » Demanda-t-elle d’une voix calme. « Je ne le comprends pas. »
C’était une question raisonnable, ressentit Kerry. Du point de vue de sa mère en tous cas. « Je ne sais pas », dit-elle. « Je présume que c’est peut-être à cause des yeux et de la tension élevée que j’ai hérités des vieilles rancunes de père. » Elle releva les yeux et croisa le regard de Cynthia, voyant plusieurs émotions passer sur le visage de sa mère ; d’abord le choc, puis un soupçon de colère et ce qui pourrait avoir été un vacillement de compréhension rancunière.
Ça aurait pu être ça.
« Bien », dit sa mère. « Peut-être qu’avec du temps on pourra s’adapter », conclut-elle. « Mais pour l’instant, je crains qu’on ne le puisse pas, vu que j’ai un vol à vingt heures et que je suis sûre que tu seras rentrée chez toi avant que je revienne. » Elle versa le reste de la bouteille de jus dans son verre et reposa la bouteille avec un peu plus de force que nécessaire.
Kerry sentit sa migraine commencer à refluer un peu. « En fait », dit-elle. « Je dois aller à Washington ce soir. » Elle regarda sa mère recommencer à cligner des yeux, cette fois de confusion.
« Tu… as changé d’avis ? » Dit Cynthia avec doute. « Je ne suis pas sûre… »
« Non. » Kerry décida que l’honnêteté était le meilleur chemin. « Le gouvernement veut prendre le contrôle de certains de nos centres dans la zone. Je dois découvrir pourquoi et leur produire un visage avec de l’autorité sur lequel crier » dit-elle. « Si tu ne veux pas que je voyage avec toi, je comprendrai. Je vais y aller en voiture. »
Les lèvres de sa mère commencèrent à trembler. « Et bien », balbutia-t-elle. « K… tu n’es sûrement pas… tu ne peux pas y aller en voiture seule. C’est dangereux. »
Kerry posa la tête sur un poing, un léger sourire sur les lèvres. « Est-ce que ce n’est pas ce que je te disais tout à l’heure ? »
Cynthia ouvrit la bouche puis la referma. Puis elle la rouvrit et la referma. Ensuite elle se redressa et prit une gorgée de son jus. « Tout ça est très confus », dit-elle. « Tu as dit que le gouvernement essayait de prendre le contrôle sur vos trucs ? Pourquoi ferait-il cela ? »
« Je ne sais pas, mère. Pourquoi ? » demanda Kerry. « Tu fais partie du gouvernement, tu te souviens ? Alors peut-être que si tu parles à ton comité… si tu veux toujours que je leur parle, on peut leur demander ça en premier ? »
Sa mère plissa le front. « Est-ce que tu vas être grossière avec eux et m’embarrasser ? » Demanda-t-elle directement.
« Peut-être », répondit sa fille tout aussi honnêtement. « Mais ça aurait pu se produire de toutes les façons. » Elle se redressa et fixa sa mère. « Est-ce que tu t’en es rendu compte quand tu leur as parlé de moi tout d’abord ? »
Cynthia croisa son regard, une expression pensive sur le visage. « J’aurais dû », concéda-t-elle. « Je pense que tu as raison, tu sais. Je ne pense pas que tu es l’enfant que j’ai élevée, du tout. »
C’était presque un soulagement. Kerry se contenta de hocher la tête.
« En fait, je ne suis pas sûre de savoir qui tu es du tout », dit sa mère. « Je ne pense pas que je veuille le savoir. »
« C’est juste », dit Kerry. « Nous faisons tous des choix avec lesquels nous devons vivre. Je le sais. J’ai dû en faire quelques-uns », dit-elle. « Perdre ma famille a été l’une des conséquences. »
Cynthia la fixa dans un silence sombre un moment. « Et bien. » Elle se leva et mit le verre dans l’évier. « Nous devons tous faire des choix. » Elle alla à la porte. « Je vois pour t’ajouter au vol. »
Elle sortit et Kerry pencha la tête en arrière, regardant le plafond, peu sûre de savoir si la situation venait de s’améliorer ou d’empirer à la marge.
Le temps le dirait.
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A suivre chapitre 7
L'affaire de la chaussette perdue
Par Bongo Bear (Septembre 2025).
Traduit par Fausta88 (octobre 2025).
Traduction de "The Case of the Missing Sock" par Bongo Bear (sur facebook en septembre 2025) .
Tout à la protection de Melinda Pappas, Janice Covington en perd sa chaussette gauche.
L'affaire de la chaussette perdue
*****
Janice Covington était revenue chez elle la veille après trois semaines à l'étranger. Le voyage avait commencé comme du travail, puis s'était transformé en plaisir sans trop de protestations de sa part. Son sac de voyage en toile transportait tout, de la veste sur mesure au matériel d'escalade. Une fois à la maison, elle envoya ses vestes au pressing et benna le reste des vêtements sales directement dans la machine à laver. Plus tard, elle récupéra la masse mouillée et la mit dans le séchoir. Avec aussi peu de manipulations, elle s'attendait à ce que tout soit bel et bien présent. Et pourtant, il lui manquait une chaussette. Une de ses chaussettes gauches favorites avait disparu, tandis que la droite, qu'elle aimait moins, était bien présente.
Cela ne manque jamais. Les chaussettes sont destinées à atterrir dans une autre dimension.
Janice est assise à la table de la cuisine avec sa tasse de café qui refroidit et toujours contrariée par la chaussette manquante. Son esprit part dans cet espace liminaire appelé le Monde des souvenirs… dans la Zone Xenite.
*****
Aristotle Pappas avait engagé Janice pour surveiller sa fille adulte, Melinda, pendant ses premières vacances loin de ses stricts parents. Melinda était une jeune héritière de l'aristocratie des états du Sud. Papa Aristotle qui ne pensait pas qu'un homme puisse résister au charme évident de sa fille, voulait une femme à la réputation impeccable pour surveiller son précieux trésor. L'Agence Covington avait cette réputation et, par association, Janice aussi.
Le professionnalisme de Janice la poussa à suivre Melinda partout où elle allait et de la protéger de tout dommage irréversible. Ce qui était considéré un dommage réversible fut un sujet de débats qui mena à de nombreux moments de consternation entre les deux. Melinda avait l'habitude de sortir une version de « fouette-moi plus tard », au lieu de s'excuser quand elle était réprimandée pour une erreur. En trois semaines, Melinda avait fait beaucoup d'erreurs, certaines peut-être intentionnelles.
L'esprit de Janice retourna à leur présentation dans le bar du vieux quartier où Melinda passait ses vacances. Aristotle avait même pris la peine de les présenter lui-même. Melinda apparut comme la petite fille modèle à son papa. Quand il partit, Janice et Melinda se regardèrent en coin, un peu comme des lions et des tigres s'observant de chaque côté des barreaux d'une cage de zoo.
« Ecoutez, je suis votre protection, pas votre babysitter. Juste entre vous et moi, votre papa m'a donné de l'argent pour une caution, au cas où. » Janice lui fit un clin d'oeil. Melinda resta sur ses gardes.
Au bar, Janice commanda une boisson forte et d'une teinte verte introuvable dans la nature, le Godzilla Special. Pendant ce temps, Melinda retouchait son rouge à lèvres. Puis elle demanda au barman le même cocktail, double. Elle le descendit rapidement, essuyant sa bouche rouge d'un revers de la main. Le rouge à lèvres bizarrement ne bava pas et ne salit pas sa main.
« Ouhlaa, » la prévint Janice. « Allez-y mollo ! »
« Oh, ouais, ouais, fouettez-moi plus tard, » dit Melinda nonchalamment. « Papa ne m'a jamais laissé m'amuser avant maintenant. » Melinda croisa le regard du barman et commanda un autre Godzilla en tapotant à côté de son verre vide. Elle sirota le mélange d'un vert improbable lentement, en silence.
« Donc, vous rattrapez le temps perdu. » Super, pensa Janice.
Melinda se détendit. Elle ne jetait plus de regards froids à Janice, mais la détaillait de ses pieds à sa tête blonde. Puis tout son corps s'exprima sans avoir besoin de paroles. Ses yeux bleus dilatés, ses mains qui caressaient celles de Janice et le doux balancement de ses hanches, tout cela signalait ses intentions aussi clairement qu'avec une corne de brume.
Elles partirent ensemble pour l'Armando Inn, l'hôtel de luxe juste à côté où Papa Aristotle avait arrangé des chambres communicantes et fait livré leurs bagages. Janice se dit que Melinda était plus en sûreté avec elle.
Dans le chaos du désir, leurs vêtements bougèrent, glissèrent et se perdirent. C'était peut-être dans cette confusion que la paire de chaussettes fut divisée. La gauche subtilisée par uns longue nuit de passion nourrie de Godzilla, la droite resta derrière pour subir un sort plus plébéien.
Le matin suivant, Melinda décida, lors d'un solide petit déjeuner de beignets et de café noir, qu'elles allaient randonner vers un château qui avait été déplacé pierre après pierre, tapisserie après tapisserie, en haut de collines vallonnées, en périphérie de la ville. Apparemment, elle y était déjà allée quand elle était enfant et voulait montrer les donjons à Janice. Elles préparèrent quelques provisions dans un sac : une lampe-torche, une couverture de pique-nique, une bouteille de vin et deux verres. Melinda portait un kilt tandis que Janice avait un bon jean's. Elles avait toutes deux des chaussures de randonnée.
« Tu ne veux pas mettre quelque chose pour protéger tes genoux si tu tombes ou que nous devons traverser des broussailles épaisses ? » demanda Janice en s'inquiétant du confort de Melinda.
« C'est pour ça que je t'ai. » Melinda tendit à Janice une machette dans son étui, si jamais elles tombaient sur des buissons épais qui auraient besoin d'être hâchés menu.
Elles s'embarquèrent sur le sentier balisé qui menait au chemin vallonné du château. Melinda finit par demander à quitter le chemin marqué et à suivre les coulées des animaux à travers la forêt. La pluie avait transformé les passages en bourbier. Melinda riait alors que la boue s'attachait et essayait de lui retirer ses bottes. Elle promit des délices non conventionnels une fois qu'elles auraient atteint le donjon en deça du château pour motiver Janice à continuer cette marche pénible.
Elles finirent par arriver au château et entrèrent dans le donjon où l'air sentait la pierre humide et le fer rouillé. Le bruit de leurs pas résonnait à travers les cellules ouvertes qui entouraient au centre un espace ouvert. Au beau millieu de cet espace se trouvait un banc en bois. Janice positionna la lampe-torche pour qu'elle illumine éclaire en haut et ainsi donne une lumière diffuse à l'intérieur du donjon.
Melinda demanda à Janice d'étendre la couverture sur le banc et de s'y asseoir. Puis elle s'installa sur ses genoux, la tête posée sur ses bras croisés posés sur la couverture recouvrant le banc. Melinda tendit la main pour guider celle de Janice sous son kilt. Celle-ci découvrit que Melinda ne portait pas de sous-vêtements, en hommage aux vrais Ecossais.
« Tu as oublié quelque chose ? » demanda Janice d'un ton conspirateur.
« Nan. »
« Ah. » Janice comprit immédiatement. Elle commença à caresser Melinda jusqu'à ce que l'écho de ses gémissements résonne à travers les pièces du donjon. Bientôt, un concert de gémissements extatiques et fantomatiques se répondit pendant plusieurs secondes. Janice arrêta, s'imprégnant de cette atmosphère particulière.
« Mon Dieu, pas de stop ! » cria Melinda. Le donjon renvoyait ses cris de désespoir. « Stop… stop… stop. »
« Quoi ? Tu veux que je stoppe ? » murmura Janice, séductrice, en la caressant du bout des doigts.
« Oh, fouette-moi ! Va te faire voir ! » murmura Melinda, les dents serrées.
« Si tu insistes. » Janice, se disant qu'il était bien temps pour ces « fouette-moi plus tard » répondit par une claque sonore. Elle attendit que l'écho se taise avant de recommencer. Puis elle alterna entre caresses et claques jusqu'à ce cri étouffé et prolongé. Surprise par cette réponse muette, Janice leva les yeux pour voir Melinda mordant à pleines dents dans un tissu. C'était la chaussette gauche, celle qui lui manquait depuis la première nuit à Armando.
« Tu sais que je vais vouloir la récupérer, » dit Janice, très terre à terre. Melinda était bien trop distraite par son propre plaisir pour y prêter attention.
*****
Janice hoche la tête. Elle a réalisé maintenant qu'elle n'allait jamais récupérer cette chaussette. Certaines choses sont bien mieux perdues… dans la Zone Xenite.
*****
Post-Script de Aristotle Pappas
En rependant à quel point Melinda a apprécié son premier voyage d'adulte, j'en ai conclu que les qualités de Janice Covington étaient bien trop précieuses pour n'être que temporaires. Sa vigilance, sa discrétion et son jugement délicat se sont prouvés indispensables pour maitriser la nature fougueuse de ma fille. Janice a bien essayé de me rendre l'argent de la caution, puisqu'il n'avait pas été utilisé, à mon grand soulagement. Je le lui ai laissé comme bonus pour son excellent service. Un contrat permanent avec notre famille m'a semblé non seulement prudent, mais aussi nécessaire. Janice pourra ainsi s'assurer que les prochaines aventures de Melinda se passent en toute sécurité et soient éducatives en apprenant la vie dans le monde.
FIN.