Laissez un mot !!!
Onde de Tempête
(Storm Surge)
Melissa (Missy) Good
Traduction Fryda – 2025/2026
Chapitre 9
************************
« D’accord. » Kerry avait ses écouteurs et elle vérifia sa montre tout en jetant un coup d’œil par-dessus l’écran de son ordinateur pour voir sa mère émerger de sa chambre à coucher. « Alors, quel est le statut avant que nous continuions ? »
La Sénatrice s’interrompit tandis qu’elle accrochait ses boucles d’oreilles. Elle portait un tailleur bien coupé et un assistant se tenait tranquillement près d’elle portant son attaché case. « Tu es sûre qu’on ne peut pas t’emmener ? »
Kerry couvrit le micro de sa main. « Ça ira. Notre bureau envoie quelqu’un me chercher », dit-elle. « Je louerai une voiture là-bas. » Elle s’interrompit. « Mais merci. »
Sa mère hésita puis hocha la tête. « Bon, prends soin de toi dans ce cas. Les choses sont très inquiétantes », avertit-elle sa fille. « S’il te plait, fais savoir à mon équipe si tu as besoin de quelque chose. »
« Un instant. » Elle pressa le bouton mute. « Merci. Je pense qu’on gère. Prends soin de toi. » Elle regarda sa mère suivre l’assistant dehors, avec un sentiment de soulagement tandis que la porte se refermait derrière eux. « D’accord. » Elle revint à sa communication. « Ecoutez, j’ai dix minutes avant de bouger. Alors parlez vite. »
« Bon sang », lui répondit la voix masculine. « Ça va être dur, Ms Stuart, parce que c’est plus du ‘qu’est-ce qui ne se passe pas’ ? Nous avons une tonne de trucs qui nous tombent dessus maintenant à cause de livraisons qui ont été ratées hier. »
Comme elle s’y était attendue, le monde qui s’était arrêté pendant la veille avait recommencé à tourner. « D’accord », dit Kerry. « Et bien, visiblement nous devons faire passer le message que nous sommes dans l’attente nous-mêmes pour beaucoup de choses. »
Elle s’assit et prit sa troisième tasse de café, sirotant tout en suivant l’écran de l’ordinateur. Sur sa carte de statut, de grandes portions du Nord-Est clignotaient en rouge, et sur un côté, elle avait maintenant une liste des comptes avec des lumières d’arrêt qui étaient également rouges pour la plupart, bien que quelques lumières jaunes scintillaient de ci de là.
« Miami exec, ici Houston ops. »
Kerry revérifia sa montre. « Allez-y Houston. »
« Miami, nous avons une liste de demandes fermes de groupes du gouvernement ici », répondit la voix. « Plus de circuits, plus de bande passante, des processeurs en plus… et ils veulent tout ça illico. »
« Miami exec, ici LA Earthstation. » Une voix très fatiguée interféra. « Nous avons le même genre de requêtes. J’ai expliqué l’espace de transpondeur au moins trois cents fois et il n’est que six heures du matin ici. »
Kerry réfléchit un instant. « D’accord », dit-elle. « Commençons à rassembler les besoins et à faire une liste de nos ressources disponibles. Nous ne pouvons pas tout donner à tout le monde. »
Son téléphone sonna. « Attendez », dit-elle puis elle ferma son micro et répondit. « Kerry Stuart. »
« Ms Stuart ? Ici Daniel Green. Je travaille pour la NSA (NdlT : National Safety Authority / Autorité de Sécurité Nationale) »
Beuh. Génial. « Que puis-je pour vous ? » Demanda Kerry. « La matinée est plutôt bien occupée. »
« Je comprends cela », dit l’homme. « Tout comme je suis sûr que vous comprenez que c’est pareil pour nous », ajouta-t-il. « Mon département a essayé de sécuriser la coopération de votre installation depuis hier et nous avons des problèmes. On m’a dit que vous pourriez m’aider. »
Kerry fit une pause pour prendre une bonne inspiration. « D’accord. Attendez un instant, s’il vous plait. Je suis au milieu d’une réunion téléphonique. Je reviens vers vous. » Elle mit l’appel en attente. « Les gars, je dois arrêter. J’ai le gouvernement en ligne. »
« Génial. » La voix depuis Earth Station soupira.
« Ok. Ecoutez. » Kerry se leva. « Là maintenant, personne n’a rien », décida-t-elle. « Prenez juste des notes détaillées de ce qui est demandé et postez-le sur l’espace commun. Miami ops, vous êtes en ligne ? »
« Juste là, cheffe », répondit la vois de Mark. « Nous roulons juste près de vous maintenant. »
« Peux-tu m’avoir une liste à jour des ressources et la poster sur le commun ? » Dit Kerry. « Je ne veux pas commencer à tirer des circuits tant que je ne sais pas quelles sont nos priorités. »
« Tout le monde pense que ce sont les leurs… Miami exec », répondit Houston. « Vous savez comment c’est. »
« Je sais », acquiesça Kerry. « Peut-être que ce type que j’ai en ligne peut me donner un nom de quelqu’un qui peut me dire quelles sont les vraies priorités », dit-elle. « Jusque-là, on écoute simplement. Tout le monde a compris ? »
« Compris », dit Houston.
« Ça nous va », répondit LA. « De toutes les façons nous n’avons pas de capacité en rab. »
« D’accord », dit Kerry. « Je me déconnecte jusqu’à ce que je puisse me loguer en mobile. Mark, tu me couvres. »
« Je couvre », répondit Mark. « Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m’envoies un texto, cheffe. On peut se garer. »
« Je serai de retour rapidement. Je me déconnecte. » Kerry raccrocha la connexion et commença à fermer son ordinateur, tout en reprenant l’appel sur son téléphone.
« Je suis là », répondit l’homme. « Ms Stuart, je n’ai vraiment pas beaucoup de temps pour discuter de ça avec vous. »
Kerry ferma son ordinateur et le manœuvra pour le mettre dans son étui d’une main. « Bon, M. Green, je vais vous dire une chose », dit-elle. « J’ai des centaines de clients, incluant le gouvernement, tous avec différents problèmes dans tout le pays et sur la moitié de la planète maintenant. »
« J’en suis sûr. »
« Alors je n’ai pas beaucoup de temps pour vous parler non plus. J’aimerais vous aider », dit Kerry. « J’aimerais comprendre ce que vous attendez de nous. Je suis en chemin pour notre bureau en Virginie à cet instant, est-ce que vous voulez qu’on se retrouve là-bas ? »
Elle attendit qu’il réponde, finissant son café et prenant le dernier morceau de pâtisserie danoise qui avait horrifié sa mère et elle l’enfourna dans sa bouche.
« Ce serait bien », finit par dire Green. « Deux de mes hommes sont déjà là-bas mais on ne les autorise pas à entrer dans le bâtiment.
« C’est une installation sécurisée. » Kerry était périlleusement près de devoir parler avec la bouche pleine, avalant juste à temps. « Alors ça parait bien. »
Green soupira. « Je vous retrouve là-bas », dit-il. « J’espère que nous pourrons nous entendre, Ms Stuart, sans que j’aie à impliquer mes échelons supérieurs. Vous n’apprécieriez pas d’avoir à traiter avec eux. »
Kerry se lécha les lèvres. « Pareil de mon côté », dit-elle. « A tout de suite. » Elle raccrocha et attacha le téléphone à sa ceinture. Elle regarda le plateau pour voir s’il restait de la nourriture puis elle souleva sa veste du dossier de la chaise et l’enfila.
Il ne faisait pas assez froid pour porter une veste mais ça lui donnait un endroit pour clipser son badge d’identification et elle sentait que c’était légèrement plus formel que ne l’étaient son jean et son polo. Techniquement, vu qu’elle faisait une visite officielle au bureau, elle devrait porter un tailleur mais elle ne l’avait pas apporté, laissant chez Angie la housse pliée qu’elle pensait emporter en Europe.
Alors ils devraient se faire à l’idée de la voir dans des vêtements ordinaires. Kerry passa un moment à se demander si cela lui confèrerait un sérieux désavantage, puis elle haussa les épaules et décida que si c’était le cas, il y avait plein de magasins dans la capitale où elle pourrait remédier à la situation.
Ce n’était pas le moment de s’en inquiéter maintenant, quoi qu’il en soit. Elle empocha sa clé de chambre et mit son sac sur l’épaule, se dirigeant vers la porte de la chambre. La conférence téléphonique attendrait qu’elle soit dans la voiture et les quelques moments de silence tandis qu’elle prenait l’ascenseur, lui donnèrent un peu de temps pour réfléchir à ce que faisait Dar.
A part d’être à 35 000 pieds, bien sûr. Le regard de Kerry embrassa l’intérieur de l’ascenseur, notant la publicité pour le spa de l’hôtel et elle se fit une note mentale d’investiguer après ce qui allait être, elle en était sûre, une journée longue et douloureuse.
Elle espéra que Dar prenne un peu de repos sur son trajet par-delà l’Atlantique. Au moins, ce serait calme dans le jet privé et elle était sûre que sa compagne serait bien soignée par l’équipage professionnel. Peut-être qu’elle avait pris de nouveaux magazines à lire pendant le vol.
Son PDA bipa et elle sursauta ; elle le saisit en se demandant si sa compagne intelligente avait trouvé un moyen de lui envoyer des messages depuis le ciel. En l’ouvrant, elle fut profondément déçue de voir que ce n’était pas le cas, et en fait, le message était doublement indésirable vu qu’il portait l’adresse du centre national des ouragans. « Oh. S’il vous plait. »
000
WTNT44 KNHC 131458
TCDAT8
TROPICAL DEPRESSION EIGHT DISCUSSION NUMBER 4
NWS TPC/NATIONAL HURRICANE CENTER MIAMI FL AL042001
0900 AM EDT MON SEP 12 2001
« Juste ce qu’il nous fallait. » Kerry lut le reste de l’avertissement tandis qu’elle sortait de l’ascenseur et traversait le lobby, gardant un œil sur le sol avec sa vision périphérique d’une façon bizarre et disjointe communes aux nerds qui devaient apprendre à communiquer et marcher en même temps.
Elle étudia les coordonnées, faisant un salut absent au portier qui lui ouvrait la porte tandis qu’elle émergeait dans l’entrée principale de l’hôtel, son front plissé tandis qu’elle entrevoyait où se formait la tempête. « Merde. »
« Madame ? » Le portier la regarda, la tête penchée d’un côté.
« Désolée. » Kerry rangea son PDA et regarda autour d’elle, ne voyant aucune voiture qui l’attendait. « Je viens d’avoir de mauvaises nouvelles. »
L’homme hocha la tête et s’écarta.
Kerry fouilla dans sa mallette et sortit ses écouteurs de téléphone. Elle posa la mallette et les démêla, essayant de ne pas être impatiente tandis que les câbles fins faisaient des nœuds. Cela lui demandait plus de concentration qu’elle ne l’avait supposé et ainsi elle fut surprise quand quelqu’un s’éclaircit la voix près d’elle de manière inattendue.
« Excusez-moi, Ms Stuart ? »
Kerry leva les yeux sur une jeune femme élancée aux cheveux noirs qui se tenait dans le tournant. « Bonjour. » Elle jeta un coup d’œil au badge attaché à la chemise bien repassée de la femme. « Nan ? Je ne pense pas que nous nous soyons jamais rencontrées. »
« Non en effet », répliqua la femme avec un sourire. « Je pensais pouvoir vous reconnaître mais je n’en étais pas sûre. »
« Et bien, vous avez bien deviné. » Kerry tendit la main. « Vous êtes mon chauffeur ? »
« Oui madame. » La femme sourit et lui rendit sa poignée de main. « Désolée si je vous ai effrayée. Ils m’ont fait garer la voiture en bas de la côte. »
Kerry retira ses écouteurs et mit sa mallette sur son épaule. « Allez-y. » Elle suivit la femme vers le bas où elle put voir une des voitures standard de la compagnie, un SUV. Nan était superviseur technique au centre d’Herndon et Kerry lui avait à la fois parlé et envoyé des mails à maintes et maintes reprises.
Décontractée et compétente. Kerry s’était forgé une opinion favorable de leurs précédentes interactions et rien jusqu’ici ne l’avait contredite. Elle avait un visage fin et un profil bien tracé ainsi qu’une carrure svelte qui allait bien à sa stature relativement petite.
« Ça a été frénétique », dit Nan après un bref silence. « Je sais que les huiles sont vraiment contentes que vous soyez là. Nous sommes à court d’excuses et de café pour les types du gouvernement. »
« Je veux », dit Kerry. « Je vois leur chef au bureau. Je suis sûre qu’on va arranger ça. » Elle ouvrit la portière côté passager du SUV et s’installa dans le siège, posant sa mallette entre ses bottes.
Des bottes en cuir, un jean, une veste en cuir. Il n’y avait rien de western là-dessus, mais Kerry ne put s’empêcher de sourire à combien son goût en matière de vêtements avait changé et l’expression de surprise incertaine sur le visage de sa mère.
Elle était plutôt bien là-dedans. Un regard dans un miroir pouvait l’attester. Dar lui avait dit, qu’en fait elle avait un look sexy dans ces vêtements et Kerry était tout à fait encline à accepter son opinion sur ce sujet.
Mais ce n’était probablement pas ce à quoi s’attendaient ses collègues.
Nan s’installa dans le siège du conducteur et démarra le SUV. « On peut reculer le siège si besoin », dit-elle. « Je l’ai ajusté avant de partir mais vous êtes plus grande que je ne m’y attendais. »
Hein ? Kerry s’arrêta au milieu d’un geste et tourna la tête, ses deux sourcils arqués. « Et bien, c’est la première fois que j’entends CE commentaire », balbutia-t-elle. « Excusez-moi ? »
Nan rit faiblement. « Je vous demande pardon », dit-elle. « Je sais que nous nous sommes beaucoup parlées mais les seules images que j’ai vues de vous sont sur l’intranet. »
« Ahh. » Kerry se mit à rire. « Où je suis toujours à côté de Dar. Ouais. Je suis surprise que la plupart des gens ne pensent pas que je suis un nain de cirque. » Elle étendit ses jambes et les croisa aux chevilles. « Je vais retourner à cette réunion téléphonique. On dirait que les choses partent en vrille ce matin. »
Elle sortit ses écouteurs de sa poche et en mit un dans son oreille droite puis elle composa le numéro de la ligne de conférence. « Depuis combien de temps les gens de la NSA sont là aujourd’hui ? »
Nan lui jeta un rapide coup d’œil puis regarda la route à nouveau. « C’est ça qu’ils sont ? » Demanda-t-elle. « Wow. Ils ne nous ont rien dit. Ils étaient là quand les administratifs ont ouvert le centre hôte à sept heures ce matin. »
« Sympa. » Kerry soupira secouant la tête tandis qu’elle tapait le code de conférence. « Savez-vous ce qu’ils demandent ou bien sont-ils toujours vagues ? » Elle entendit l’appel se connecter mais elle garda le micro fermé pour l’instant, choisissant d’écouter Nan à la place.
Celle-ci s’arrêta à un feu et attendit que ce soit son tour. « Ils ont été plutôt obscurs. Ils ont une grande caisse noire avec eux », dit-elle. « Et ils nous ont dit qu’ils voulaient la mettre dans le centre et que notre commutateur principal y soit relié. »
Kerry la fixa. « Vous devez blaguer », dit-elle. « Est-ce qu’ils se rendent compte de ce qui passe à travers ce centre ? Qu’est-ce qu’ils pensent chercher ? Ce sont des systèmes internes du gouvernement. »
« Nous le leur avons dit », acquiesça Nan. « Ils pensent qu’ils peuvent voir le trafic qui arrive de l’extérieur. Ils disent qu’ils cherchent des hackers terroristes », continua-t-elle. « Ils semblent être convaincus que toute l’attaque n’est pas finie et ils vont faire un essai sur nos systèmes ensuite. »
Kerry plia les bras sur sa poitrine, son front plissé. « Et pourquoi diable ils pensent que connecter quelque chose à notre commutateur principal va arrêter ça ? » Demanda-t-elle d’un ton intrigué.
Nan haussa les épaules. « C’est le gouvernement », dit-elle. « Vous savez comment ils sont… Quelqu’un leur dit de faire quelque chose et que ça ait du sens ou pas n’a pas d’importance. J’ai parlé à leur responsable technique », confia-t-elle. « Il m’a dit qu’on devait juste le faire ou bien nous aurions de gros ennuis. »
Hm. Kerry sortit son PDA et jeta un coup d’œil aux messages jusqu’au dernier, un de Dar.
Ma chérie
Je suis sur le point de prendre ce foutu avion. J’ai parlé à Gerry et il se prépare quelque chose dont il ne veut pas parler au téléphone et à personne d’autre que moi. Ça parait tordu. Il ne sait rien de ce qui se passe où tu es mais il ne dit pas de dire non automatiquement à quoi que ce soit parce tout le monde vole à l’aveugle et il y a pas mal de secousses.
Rien ne passe dans notre centre. Sens-toi à l’aise pour le leur dire, parce que chérie, c’est verrouillé avec mon login et bien que tu le connaisses, tu as une parfaitement bonne raison de ne pas en faire usage. Qu’ils nous attendent Alastair et moi ; nous sommes légalement responsables du contrat quoi qu’il en soit.
Je t’aime. J’aimerais pouvoir voler directement à Washington DC pour être avec toi. Tiens bon.
DD
« J’aimerais aussi », marmonna Kerry entre ses dents. « On peut leur parler et trouver spécifiquement ce qu’ils cherchent », dit-elle à Nan. « Si je n’arrive pas à les convaincre qu’ils aboient contre le mauvais arbre, alors nous devrons leur dire d’attendre que Dar ait atterri. »
Nan hocha la tête. « Ils ont dit que les systèmes étaient tous verrouillés », dit-elle. « Ça rend nerveux les gars du réseau », ajouta-t-elle. « Comme je l’ai dit, ils vont être contents de vous voir. Ça n’embête personne de prendre des décisions, mais mec, quand vous avez le côté obscur du gouvernement qui campe à votre porte c’est la Cité redoutable. »
« Ouais. » Kerry posa sa tête contre le dossier, écoutant d’une oreille le bavardage de la conférence. « La Cité redoutable ? On vit sur la Planète redoutable là maintenant. » Elle bougea et redressa un peu un genou, posant sa main dessus tandis qu’elle plaçait l’autre sur son oreille. « C’est foutument sûr. »
Nan s’adossa un peu plus, regardant Kerry du coin de l’œil.
« Quoi ? » Kerry saisit le regard.
La femme brune réfréna un sourire. « Vous n’êtes vraiment pas celle que j’attendais », expliqua-t-elle.
« C’est bien ou c’est mal ? » Demanda Kerry ironiquement.
« Oh, c’est bien », dit Nan. « Définitivement. »
Et maintenant, se demanda Kerry. Qu’est-ce que ça veut vraiment dire ? « Et bien contente de l’entendre. » Elle alluma son micro. « Excusez-moi un instant… Miami ops, ici Miami exec de retour. C’était quoi cette panne de courant ? »
Nan conduisit en silence, passant rapidement des rues bizarrement vides, pour une fois l’absence de trafic ne provoquant aucune réjouissance.
************************************
Dar feuilleta son magazine, lisant les articles techniques puis s’amusant à regarder les pubs qui les entouraient de manière criarde.
« Qu’est-ce que vous lisez ? » Demanda Alastair.
Dar leva la page de garde.
Son boss roula des yeux. « Seigneur, madame. » Il croisa ses mains sur son estomac. « Vous ne vous reposez jamais du travail ? »
« J’aime la technologie », protesta faiblement Dar. « Merde, Alastair, pourquoi vous pensez me payer ? Mes talents de dactylo ? » Elle avait mis une jambe par-dessus l’accoudoir du fauteuil et elle se pencha un peu sur son genou. « Ce truc change toutes les foutues secondes. Il faut se garder à niveau. »
Alastair gloussa. « Je n’ai pas besoin de rester à niveau. C’est pour ça que je vous ai vous. » Il mit ses mains derrière sa tête et s’étira. « Le dîner n’était pas mauvais, hein ? »
« Très bon en fait », acquiesça Dar. « Bien meilleur que le poulet Florentine ou les pâtes aux trois fromages, ce qui aurait été notre choix autrement. » Elle posa le magazine et se leva pour aller à l’arrière de la cabine et étirer ses jambes.
Il y avait un grand espace là, assez pour qu’elle puisse se tenir debout et étirer ses bras. Ce qu’elle fit et elle plia son corps d’avant en arrière pour relâcher les muscles tendus de son dos.
« Vous faites quoi là ? » Demanda Alastair.
« Des sauts à écarts », répondit Dar. « Vous voulez vous joindre à moi ? »
Son boss se pencha dans son fauteuil et tourna la tête pour la regarder. « Mon dernier saut à écart c’était dans un entraînement basique quand j’avais dix-huit ans bien avant que vous soyez née », informa-t-il sa vice-présidente. « Mon idée d’un exercice intense c’est de laisser le caddy conduire la voiturette sur le parcours de golf. »
« Beuh. » Dar testa la résistance des racks de bagages puis elle s’y agrippa et laissa son corps retomber en arrière, raidissant ses épaules tandis qu’elles retenaient son poids. « Le golf ça ne me tente pas », dit-elle. « Je n’ai pas la patience pour ça. Je finis par chasser les sauterelles et perdre la notion du trou sur lequel je suis. »
Alastair ricana. « Vous savez quoi, je peux l’imaginer », dit-il. « Mais vous pratiquez des sports, pas vrai ? Je pensais me souvenir d’avoir vu des photos de vous gagnant un tournoi de karaté et Bea a dit que vous alliez tous rejoindre une ligue de baseball quelque part là-bas ? »
Dar se laissa tomber au sol et décida de faire quelques pompes. « Je pratique des sports », concéda-t-elle. « J’ai fait des arts martiaux depuis que je suis petite. » Elle s’installa dans un rythme souple, contente de la distraction. « Laissez-moi me défouler un peu. » Elle s’interrompit, le corps loin du sol et elle regarda Alastair. « Vous avez vu des photos ? »
« Bien sûr », dit Alastair. « Kerry est une très bonne photographe. » Il regarda Dar tandis qu’elle se contentait de le fixer, restant en place. « Combien de temps vous pouvez rester comme ça ? »
« Aussi longtemps que je dois. » Dar se souleva dans un équilibre inversé et sentit son dos se détendre tandis que la gravité s’inversait. « J’avais oublié qu’elle avait mis ça dans le nouveau journal du département. » Elle croisa les chevilles et réfléchit au sujet. « Ils voulaient que je continue sur ce circuit mais je me suis dit que je partirais tant que j’étais au sommet pour ne pas pousser ma chance.
« Mm. » Son boss se leva et s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil pour mieux la regarder, étendant ses jambes dans le couloir. « Oui, je préfère que vous n’ayez pas pris le risque de prendre un coup dans la tête », dit-il. « Vous vous mettez suffisamment dans de foutues situations comme ça. »
Dar plia les coudes puis elle se repoussa doucement du sol de l’avion et se redressa, secouant ses bras tandis que le sang retournait de sa tête au reste de son corps auquel il appartenait. « Ça a été un peu fou cette dernière année », concéda-t-elle. « Peut-être que j’en fais plus. »
« Peut-être que vous avez une vie maintenant. » Les yeux d’Alastair scintillèrent. « Je m’inquiétais pour vous quand vous dormiez sous votre bureau au travail. »
Dar ricana doucement. « J’ai un couchage parfait là-bas. Quel genre d’idiote vous pensez que je suis ? » Mais elle sourit pour enlever le piquant de ses mots. « Mais oui, peut-être. » Elle s’assit sur l’accoudoir du fauteuil en face d’Alastair. « J’ai l’impression que ça a été plus occupé. »
« Ça a été bon pour vous », conclut son patron. « N’est-ce pas ? »
« Bon sang que oui. Je n’aurais pas échangé une minute de ça. » Elle mit les mains dans les poches de son pantalon cargo. « Mais je ne pense pas que ce qu’on traverse maintenant compte. »
Alastair devint sérieux. « Non », dit-il. « Je suis certain que ceci aura beaucoup de répercussions. » Il croisa les bras sur sa poitrine. « Vous pouvez parier sur une réplique militaire. J’ai envoyé une note à Ham pour qu’il passe en revue nos contrats avec les branches de service pour voir quelle sont nos obligations. »
Dar hocha la tête. « J’y ai pensé », dit-elle. « J’ai demandé à Mark de briefer les nouveaux groupes de techniciens pour commencer à passer en revue tout ce sur quoi ils peuvent mettre les mains », dit-elle. « Je ne sais pas ce qu’ils vont demander. J’ai le sentiment que ce dont Gerry veut me parler à un rapport avec tout ça. »
« Je me suis dit la même chose. »
Dar soupira et regarda autour d’elle, puis de nouveau vers Alastair. « On est déjà arrivés ? »
Son patron rit ironiquement.
Ils se tournèrent quand la porte avant s’ouvrit et que le steward apparut. « Le capitaine veut que je vous dise qu’il a soumis le nouveau plan de vol mais on lui a dit que ça devait être validé par le gouvernement, même si nous ne passons pas dans l’espace américain. »
« Ah. »
« C’est très tendu », expliqua le steward. « Nous avons dû leur envoyer un manifeste. J’espère qu’aucun de vous n’a une affaire en cours aux Etats-Unis parce que ça pourrait être un problème. »
Alastair et Dar se regardèrent. « Et bien », dit Alastair. « Tous les deux nous avons des douzaines d’affaires en cours mais elles ne sont pas personnelles. Je crois qu’ils seront assez contents de nous laisser passer. » Il réfléchit un moment. « Peut-être que nous pouvons leur demander la permission d’atterrir tant qu’on y est. »
« Je ne sais pas trop, monsieur. » Le steward eut l’air légèrement alarmé. « Les gens auxquels j’ai entendu parler le capitaine n’avaient pas l’air très amicaux », dit-il. « Nous ne voulons pas d’ennuis vraiment. Nous n’avons pas contracté pour ça. »
Alastair leva une main. « Un instant, mon gars. Nous ne cherchons pas les ennuis non plus. Nous travaillons avec beaucoup de contrats gouvernementaux et il est possible qu’ils fassent une exception parce qu’il y a des sujets qu’ils attendent que nous résolvions. Il y a une chance que quand ils mettront nos noms dans le système… »
« Que j’ai écrit », commenta Dar d’un ton neutre, regardant à nouveau son patron lorsqu’il la regarda avec surprise. « C’était avant que j’aie une vie », éclaircit-elle, ses yeux luisant d’amusement. « J’avais beaucoup plus de temps à l’époque. »
Alastair se gratta la nuque et secoua la tête. « Bref, quand ils nous appelleront, ils en diront peut-être quelque chose. »
Le steward n’eut pas l’air rassuré. « Et bien, je vais laisser le capitaine gérer ça », dit-il. « Puis-je vous apporter quelque chose entretemps. »
« Vous avez de la crème glacée ? » Demanda Dar.
« Ah, oui. Je pense que oui. » Le steward hocha la tête. « Monsieur ? » Il se tourna vers Alastair. « En voulez-vous également ? »
Alastair se rassit. « Pas pour moi, merci. » Il leva une main. « Mais je vais prendre un verre de cognac. »
« Très bien, monsieur, je reviens de suite. » Le steward disparut de nouveau derrière la porte de service, les laissant seuls.
Dar s’adossa à son siège, s’affalant de tout son long avec ses jambes sur un accoudoir et la tête sur l’autre. Elle étudia le plafond de l’avion et souhaita que le temps passe fichtrement plus vite. « J’espère qu’ils ne vont pas leur causer d’ennuis. »
« Il y a beaucoup de personnes apeurées là en bas », dit Alastair. « Vous avez vraiment écrit ce système ? »
« Oui oui », dit sa vice-présidente. « C’est juste une base de données flexible relationnelle avec un index sur mesure. Rien de bien compliqué », dit-elle. « La plus grande épine c’était d’écrire l’appli qu’ils voulaient pour qu’ils puissent le connecter à d’autres systèmes gouvernementaux et échanger des données. »
« Mm. A quels autres systèmes se connectaient-ils ? »
« Aucun. » Dar croisa les chevilles. « C’est pour ça que c’était une épine dans le pied. Je l’ai écrit pour que ce soit une interface d’échange de données standard et tous les autres foutus systèmes dans le gouvernement étaient a) différents, et b) propriétaires alors aucun ne pouvait leur parler de toutes les façons. »
« Oh pour l’amour de Dieu », dit son patron. « Alors qu’est-ce qu’ils ont fait ? »
« Un export vers un fichier plat et un réimport. » Dar croisa ses mains sur son estomac. « Vous savez combien de temps ça prend ? »
« Particulièrement dans une situation comme celle-ci ? Trop longtemps. » Alastair secoua la tête. « On devrait faire quelque chose à ce sujet. » Il sortit son PDA. « Je vais demander à Ivan d’écrire un papier blanc à faire passer après que tout ça se sera calmé un peu. »
Dar réfléchit, tandis qu’elle attendait que le steward revienne avec son dessert très attendu. « Je me demande ce qui se passe à Herndon ? » Demanda-t-elle. « J’espère qu’ils ne rendent pas la vie trop dure à Kerry. »
Alastair lui lança un regard ironique, qu’elle ne vit pas. « Je suis sûr qu’elle peut le gérer. »
« J’en suis sûre aussi. C’est juste que les gens essayent de prendre l’avantage sur elle parce qu’elle n’est pas un gros macho à l’air méchant », dit Dar. « Alors elle doit leur botter le cul plusieurs fois avant d’obtenir leur respect et franchement, ça craint. »
Le steward revint avec un plateau. « Le capitaine va venir vous parler dans quelques minutes. Nous avons d’autres questions du gouvernement US. » Il s’avança et s’arrêta quand Dar bougea pour une position plus normale et il mit son plateau en place. « Là maintenant, ils ne nous autorisent pas à voler au sud de la Floride. »
« Je pensais qu’ils ne contrôlaient que leur espace local ? » Demanda Dar. « Comment diable peuvent-ils empêcher quelqu’un de voler vers l’Amérique Centrale ? »
Le steward posa un bol sur son plateau. « Madame, je ne sais pas. Vous pourrez le demander au capitaine. » Il se tourna et posa le verre d’Alastair rempli à moitié d’un liquide doré. « Là maintenant, nous pensons juste abandonner la requête et continuer sur notre plan de vol initial, qui a été approuvé. Ce sera un vol difficile mais au moins nous arriverons à destination. »
Alastair soupira et prit le verre. « Bon. » Il fit tourner le breuvage. « Désolé si on a causé des soucis. Si c’est ce que nous devons faire, faisons-le. Vous avez des pilules pour le mal des transports ? Je ne tolère pas bien les turbulences et je détesterais vous rendre votre excellent dîner. »
« Nous pouvons vous en fournir, bien entendu. » Le steward parut soulagé. « Madame, je peux vous en apporter aussi. »
Dar secoua la main pour décliner l’offre, occupée avec sa bouchée de glace.
« Le capitaine Roberts navigue sur les flots déchaînés régulièrement », dit Alastair en riant. « Je ne pense pas qu’elle ait besoin d’aide. »
La porte s’ouvrit à nouveau et le capitaine passa la tête. « Nous avons des ennuis », dit-il, son visage sérieux. « On m’a intimé d’atterrir à Nassau. L’armée US va nous inspecter à terre. »
Dar lécha sa cuillère. « Quoi ? »
« C’est dément ? » Alastair posa son verre et se leva. « Allons, fiston. Laissez-moi parler à ces gens. » Il se dirigea vers la porte de la zone de service. « Je vais balancer quelques noms. Nous allons régler ça. »
« Monsieur, je… » Le pilote devait soit reculer soit être percuté par le mouvement d’Alastair et il choisit la meilleure solution valeureuse et bougea. « Nous pouvons voir s’ils veulent vous parler mais ils sont très explicites. »
« Je serai explicite aussi. » Alastair le poussa vers le cockpit. Il jeta un coup d’œil à Dar. « Voyons maintenant si je peux gagner ma paye. »
Dar secoua la tête. « Dément. »
« J’espère que monsieur sait ce qu’il fait », dit le steward d’un air malheureux. « J’ai entendu ces gens de l’autre côté de la ligne et je ne pense pas qu’ils vont apprécier que quelqu’un les questionne. » Il regarda Dar. « Ceci est très intimidant. »
Dar se retrouva prise dans le dilemme à la fois d’être concernée par la situation et coupablement heureuse de la possibilité d’être au sol avec une chance de contacter Kerry. « Je suis sûre que ça va marcher », dit-elle à l’homme. « C’est probablement juste une incompréhension. »
« Je l’espère », marmonna le steward. « Je savais que j’aurais dû me porter malade aujourd’hui. »
***********************************
Kerry était plutôt contente d’éviter l’entrée principale imposante de leur bureau d’Herndon et d’utiliser l’entrée du personnel. Il y avait deux gros SUV noirs à l’air menaçant devant et elle voulait avoir quelques minutes pour s’installer avant de devoir interagir avec les gens qui étaient arrivés avec eux.
« Par ici. » Nan la mena de l’autre côté de la porte, s’arrêtant pour scanner son badge puis l’empreinte de sa main à la double porte vitrée à l’intérieur. « Attendez que je passe puis scannez. Ça devrait vous valider. » Elle attendit en hochant un peu la tête tandis que le système temporisait un moment puis il cliqua et vira au vert. « Enfin. »
« Je présume qu’on va en savoir plus. » Kerry attendit que la porte se ferme derrière sa guide avant de sortir son badge de son revers et de la maintenir contre le senseur, puis elle présenta sa paume sur la plaque en verre quand elle s’alluma.
Elle passa instantanément au vert et la porte s’ouvrit. Kerry plissa un peu le front mais elle poussa la porte et la laissa se refermer, puis elle ouvrit la porte intérieure qui cliqua quand celle de l’extérieur se verrouilla. Elle rejoignit Nan et regarda autour d’elle pour retrouver l’intérieur gris et marron tranquille étrangement familier. « Je vois que nous avons les mêmes décorateurs d’intérieur. »
Nan gloussa. « Vous voulez dire ici et à Miami ? » Demanda-t-elle. « C’est pareil ? »
« Plutôt oui. » Kerry la suivit dans un long couloir encarté de portes en bois de cerisier. Il était lourdement moquetté et tranquille, malgré tout le chaos ambiant. « J’ai besoin d’un espace de travail », dit-elle. « Mais j’aimerais m’arrêter au service des Opérations d’abord. »
« Très bien. » Nan hocha la tête. « Bob Willingsly vous a fait préparer un bureau. Il a dit qu’il serait prêt dans plus ou moins cinq minutes. » Elle montra une grande porte sécurisée juste devant dans le couloir. « Ce sont les opérations. » Elle s’écarta pour laisser passer Kerry. « Je n’ai pas les droits pour ça. »
Kerry lui fit un bref sourire. « Et bien, merci. J’apprécie le transport et la balade », dit-elle. « Je vais revenir rapidement, je veux juste vérifier que tout va bien. » Elle alla à la porte et pressa son badge contre le senseur puis tendit sa paume au lecteur. La porte cliqua sans hésitation et elle la poussa.
« Hé, Ms Stuart ? » L’appela Nan. « Vous faites quelque chose de spécial à votre badge pour qu’il soit reconnu aussi vite ? Nous aimerions le copier, quoi que ce soit. Il faut une éternité pour les nôtres. »
Kerry la regarda. « Je connais la créatrice », admit-elle. « Je vais voir ce que je peux faire. » Elle entra dans le centre des opérations et laissa la porte se refermer derrière elle, se retournant pour faire face au personnel des opérations qui s’était levé en l’apercevant. « Bonjour les gars. »
Le centre des opérations, comme celui de Miami, était un demi-cercle de postes de travail d’administrateurs derrière un lourd bureau avec des fauteuils espacés sur la courbe intérieure. Mais différemment de celui auquel elle était habituée, derrière la console il y avait une grande double cloison de verre intimidante séparant les opérateurs de l’équipement du centre de données qu’ils géraient.
« Ms Stuart ! » Un homme se précipita la main tendue. « Dave Draper. Nous nous sommes souvent parlés. »
« En effet. » Kerry lui sourit. « C’est bon de vous rencontrer, Dave, mais j’aurais souhaité que ce ne soit pas pour cette raison », dit-elle. « J’ai entendu dire que nous avions déjà des visiteurs. »
« Oh oui », dit Dave. C’était un homme du milieu de la quarantaine, avec des cheveux noirs très fins et une mâchoire carrée. « Nous sommes vraiment contents que vous soyez là », lui dit-il. « Mon chef, Ken, est avec eux mais je sais qu’il sera aussi content de vous voir.
« Je m’en doute. » Kerry posa sa mallette sur un fauteuil proche. « D’accord, avant que j’aille me confronter à eux, briefez-moi sur le statut actuel. »
« Bien sûr. » Dave se retourna et fit face à la pièce. Les opérateurs de console étaient tous occupés à leurs bureaux mais tous avaient un peu tourné leur fauteuil pour pouvoir voir ce qui se passait.
Kerry pouvait voir l’écran global de réunion sur leurs moniteurs, en même temps que diverses applications de console ops qui géraient le trafic et les données qui traversaient le centre.
« Vous savez que nous avons un mix ici », dit Dave en pointant l’espace sécurisé. « D’un côté ce sont les racks du gouvernement, ils sont en vert et de l’autre côté les commerciaux, ils ont une couleur gris pâle. Nous mettons en couleur le câblage et le reste pour que personne ne soit confus et ne connecte le mauvais truc à la mauvaise infrastructure. »
Kerry hocha la tête. « Ça me parait bien », le complimenta-t-elle. « Dar approuverait. »
Dave réussit à produire un sourire à ces paroles. « Bref », dit-il. « La seule chose qu’ils partagent c’est le réseau dmarc. Ms Roberts a installé une infrastructure parallèle mais ils finissent tous dans le même bloc en arrière-plan. C’est là que ce gars voulait installer son truc. »
Kerry croisa les bras. « A quoi voulait-il le connecter ? »
« C’est la question », dit Dave. « Il voulait qu’on laisse entrer ses gars et qu’ils le connectent à ce qu’ils pouvaient bien vouloir. »
« Oh bon sang non », dit Kerry. « Ils sont cinglés ou quoi ? »
« Je les ai entendus, madame. » Le plus proche des opérateurs de console se retourna. « Ils ont dit qu’ils voulaient essayer de trouver les terroristes et que nous devions les laisser faire. »
« C’est exact », dit Dave. « Alors les opérateurs de console sont scindés en deux côtés. Le côté gauche c’est le gouvernement, le droit est le commercial, et John ici était l’homme aux opérations quand tout est tombé hier du côté du gouvernement. »
Kerry se souvint de la voix. « Salut John. » Elle tendit la main au technicien. « Merci pour ce gros boulot. »
L’homme blond élancé cligna des yeux et accepta sa poignée. Il y avait des cernes sous ses yeux et il avait l’air fatigué. « Merci madame. J’espère que je n’aurai plus jamais, jamais à faire ça. »
« Moi aussi », acquiesça Kerry. Elle leva les yeux vers tous les opérateurs qui la regardaient maintenant ouvertement. « Tout le monde a fait du bon boulot. Tout le monde fait du bon boulot aujourd’hui et nous ne faisons que commencer. Je pense que tout le monde ici sait que le plus dur commence seulement. »
Les hommes hochèrent la tête.
« Montrez-moi le tableau. » Kerry se tourna vers Dave. « Je veux voir ce qui nous attend pour relever les services avant que j’aille parler à ces types dans le centre des invités. »
« Bien sûr. » Dave alla vers l’autre côté des consoles d’opérations et se retourna, pointant le grand écran avec le traçage de la connectivité pour les ressources dont le bureau était responsable.
Kerry soupira en voyant le grand cercle rouge autour du Pentagone et les coupures éparpillées autour de cette zone dues à la perte d’infrastructures. « Bon sang, ça fait beaucoup de dommages. »
« Le problème c’est que nous n’utilisions qu’une seule salle de dépôt », dit Dave. « Parce que l’autre était dans la section endommagée. » Il soupira. « Alors on se disait que ça irait, mais l’autre salle de dépôt était dans le coin intérieur de la zone et elle a été détruite et celle en cours de construction est… et bien… »
« Toujours en construction », finit Kerry pour lui.
« Oui madame. »
« D’accord. » Kerry savait qu’elle ne pouvait pas faire grand-chose depuis le bureau. « Je vais avoir besoin qu’on m’emmène là-bas après que j’en aurai fini avec ces types. J’ai des ressources qui arrivent mais je veux voir la situation actuelle d’abord. »
« Nan va vous emmener », dit Dave. « Elle est à vous quoi que vous ayez besoin. »
Kerry reprit sa mallette. « Alors allons en finir avec ça. » Elle lui fit signe de la précéder. « Allez-y. Je pourrais deviner où se trouve la pièce des invités basé sur le plan de sol mais vous ne voulez probablement pas me voir me balader en frappant à toutes les portes. »
Dave réussit à produire un sourire et les emmena dehors. Il ouvrit la porte avec son badge. « Vous devrez vous identifier après moi, nous avons une politique de scan après scan. »
« Bien sûr. » Kerry attendit qu’il passe puis elle le suivit. Elle prit les quelques minutes de la marche à travers les couloirs pour se concentrer à se détendre autant que possible et à se préparer mentalement pour ce qu’elle soupçonnait être une confrontation déplaisante.
Les confrontations ne la dérangeaient plus. Elle ne les aimait pas quand elle avait démarré avec ILS, mais au fil des mois, elle s’était graduellement habituée au stress, se disant que ce n’était pas très différent de ses défis de débat à l’époque.
« J’espère qu’ils ne sont pas trop furieux », dit Dave. « Je détesterais qu’ils vous prennent à partie. »
« J’y suis habituée », dit Kerry. « J’ai fait beaucoup de consolidations de nouveaux clients et des défis de contrats », le rassura-t-elle. « Et ma première confrontation à ILS a été avec Dar Roberts. A partir de là, tout est plus facile, vous voyez ce que je veux dire ? »
Dave produisit un petit rire surprenant. « Ms Roberts, c’est quelque chose pour sûr. »
« Oh oui », acquiesça Kerry.
Ils passèrent dans un couloir plus large et tournèrent vers une porte de sécurité qui bloquait le chemin. « Les sections des visiteurs sont derrière », dit Dave. « Vous voulez que je vienne avec vous ? »
Kerry était douée pour lire le langage corporel mais dans ce cas elle n’en avait pas besoin. La voix de Dave lui dit tout ce qu’elle avait besoin de savoir. « Non. » Elle lui tapota l’épaule. « Restez là, Dave. Essayez juste de maintenir ce qui marche, faites-le tourner le plus aisément possible et appelez-moi si quelque chose part en vrille, d’accord ? »
« J’y vais », dit Dave tandis qu’elle posait son badge sur la porte. « Bonne chance. »
« Merci. » Kerry passa la porte et se retrouva dans un lobby à deux étages, où se trouvait un bureau d’un côté et un espace de conférence vitré de l’autre. Elle voyait plusieurs personnes dans le hall de conférence et elle s’arrêta pour calmer ses nerfs avant de se diriger vers elles.
« Oh, Ms Stuart ? » La réceptionniste la repéra. « Désolée, je ne me suis pas rendue compte que vous étiez là. Ces messieurs vous demandaient. »
« Tu parles. » Kerry lui fit un sourire ironique.
« Voulez-vous qu’on apporte du café ? Nous attendions », dit la femme, en plissant le nez. « Ils n’ont pas été vraiment sympathiques. »
« Allez-y. » Kerry tapota le bureau. « Voyons voir ce que je peux faire avec eux. » Elle mit sa mallette sur son épaule et approcha de l’entrée du centre de conférences, s’arrêtant à la porte juste assez longtemps pour interrompre la discussion enflammée à l’intérieur avant d’entrer. « Bonjour. »
Les hommes furent pris par surprise. Ils se retournèrent et la regardèrent se frayer son chemin autour de la table vers l’un de ses bouts, posant sa mallette et ses doigts sur la surface de bois verni. « D’accord. Commençons par qui vous êtes, messieurs, pour quel département du gouvernement vous travaillez et qui sont vos chefs. »
Les hommes échangèrent des regards avec une légère perplexité.
« Je commence. Je m’appelle Kerrison Stuart. Je suis la vice-présidente des opérations d’ILS », dit Kerry. « Je pense que vous pouvez vous douter que j’ai pas mal d’affaires desquelles m’occuper avec plus grand que je ne le suis, aussi si nous pouvons discuter de votre affaire rapidement et avec efficience, je l’apprécierais. »
Ils regardaient maintenant un seul homme, un peu plus âgé, de taille moyenne avec des cheveux bouclés couleur cuivre. Ils portaient tous des costumes sombres et des oreillettes Bluetooth, et Kerry soupçonna que les poches de leurs vestes contenaient une paire de lunettes de soleil identique, dont ils n’avaient pas besoin pour l’instant.
« D’accord », dit l’homme aux cheveux roux. « Je suis Dan Cutter. Je suis l’agent en charge de cette zone pour le Secret Service. »
« D’accord », dit Kerry. « Alors, je présume que vous êtes des personnes différentes qui veulent quelque chose de nous autres que les hommes de la NSA en chemin pour venir ici. »
« NSA ? » Dit l’un des hommes. « Que veulent-ils ? »
« La NSA est en route ? Qui ? » Demanda Cutter. « Ce n’est pas leur juridiction. »
Oh Seigneur. « S’il vous plait, asseyez-vous. » Ce que fit Kerry, croisant les mains sur la table. « Supposons que vous me disiez ce dont vous avez besoin, avant qu’ils n’arrivent ici et rendent les choses confuses. »
Ce que fit Cutter. « Ecoutez Ms Stuart. Ne le prenez pas mal mais vos gens ici ne semblent pas savoir qu’il y a une crise en cours. »
« Ils le savent », dit Kerry. « Chaque personne dans cette société le sait. »
« Bon, alors ils ne semblent pas vouloir coopérer », dit Cutter. « Nous avons une application de surveillance que nous devons installer ici et ils ne nous laissent pas faire. »
« Moi non plus », le corrigea Kerry. « Les gens d’ici n’ont pas l’autorité pour soit vous autoriser soit vous dénier cette requête. »
« Quoi ? » Cutter se leva. « Ecoutez, madame, qui pensez-vous être bon sang ? Je suis un officier du Trésor ! Vous bloquez mes hommes depuis hier et je ne vais pas le supporter une minute de plus ! »
Kerry resta assise. « Je suis la vice-présidente de cette compagnie », répéta-t-elle. « Je n’ai aucune obligation légale de vous permettre d’entrer, en fait, j’ai un mandat pour ne permettre à personne de non autorisé d’entrer, et s’il vous plait, n’essayez pas de m’intimider. » Elle se contenta de le fixer du regard. « Pourquoi ne commencez-vous pas à m’expliquer ce dont vous avez besoin exactement et quelle information vous cherchez ? »
« Je n’ai pas à le faire. »
Kerry haussa les épaules. « Je n’ai pas à continuer de vous parler. Cet établissement est sécurisé. Il y a des systèmes de comptabilité de haut niveau gouvernemental qui tournent partout. Si vous pensez sérieusement que je vais laisser des gens d’une agence quelconque avec un matériel inconnu entrer et se connecter, franchement, monsieur, vous êtes cinglé. »
« Je peux vous faire arrêter », dit Cutter. « Pour obstruction. »
« Vous pouvez », acquiesça Kerry. « Mais ça ne vous donnera pas votre information. Ces gens ici, non seulement ne vont pas vous aider, mais ils ne le peuvent pas. Nos systèmes sont en mode verrouillage. »
Cutter la fixa du regard.
Kerry le fixa en retour. « Pourriez-vous me dire, messieurs, ce que vous, vous cherchez ? Avant que vous en arriviez à m’arrêter et à vous causer beaucoup d’ennuis, cela serait d’une grande aide de savoir si ce dont vous avez besoin se trouve même ici. »
« Cutter, assis. » L’homme assis au bout de la table éleva la voix. Il était grand, sombre avec un accent latino. « Ms Stuart, je m’appelle Lopez. » Il se leva et contourna la table. « Je sais que vous avez des responsabilités mais nous aussi. »
Kerry décida que cet apparent leurre était légitime et que c’était en fait le chef de ce groupe. Elle et Dar jouaient ce jeu parfois avec de nouvelles compagnies. « M. Lopez. » Elle tapota ses pouces l’un contre l’autre. « Non, je ne pense pas que vous compreniez vraiment le genre de responsabilités qui m’incombent. » Elle se leva et ouvrit le tableau blanc à l’arrière de la pièce.
Lopez s’arrêta et attendit.
Elle se retourna et leur fit face. « J’ai un quart de millions d’employés », dit-elle. « Deux douzaines d’entre eux sont manquants à Washington. » Elle se retourna et gribouilla sur le tableau. « La plupart des infrastructures de communications sont HS à Manhattan. J’ai une structure sécurisée multipoint à restaurer au Pentagone. » Elle écrivit à nouveau. « J’ai des liaisons internationales en rade, une liaison satellite majeure utilisée par la Navy en panne, de la largeur de bande a été détournée pour couvrir des avions à Newfoundland et Vancouver, des extrémités satellites à établir, des liaisons cellulaires à reconstruire, et, ce n’est pas le moindre, plusieurs centaines de clients financiers et bancaires majeurs qui dépendent de nous pour les remettre en état et prévenir une crise financière majeure.
Elle se retourna et lui fit face. « Maintenant, réexpliquez-moi pourquoi je suis dans cette pièce, à vous écouter me crier dessus pour quelque chose que vous ne voulez pas expliquer plutôt que de me laisser partir faire mon travail et relever ce pays d’une crise ? »
Lopez cligna des yeux.
« Comme mon défunt père aurait dit, posez tout sur la table ou barrez-vous. » Kerry trouva l’ironie presque douloureuse mais la citation était pertinente. « Je n’ai pas le temps de jouer avec vous. » Elle pouvait ressentir une tension exquise dans ses tripes et elle savait qu’elle jouait avec le feu. Elle pouvait voir sur le visage de Lopez qu’il n’était pas un sous-fifre et qu’il pouvait, en fait, la traîner en taule et qu’il le ferait très certainement.
« C’est une affaire de sécurité nationale », dit Lopez.
« J’ai une autorisation de niveau top secret », répliqua Kerry. « Autre excuse ? »
Lopez s’assit dans le fauteuil près de celui de Kerry. « D’accord. »
Kerry s’assit et croisa les mains.
« Fermez la porte. » Lopez regarda Cutter. « Est-ce que cette pièce est sécurisée ? »
« Elle l’est », dit Kerry. « Ils ont fait un ratissage de sécurité hier après que vous êtes entrés ici. » Elle fit une pause. « Bien que j’aimerais savoir comment la NSA s’insère là-dedans. »
Lopez fronça les sourcils. « Chaque chose en son temps. » Il attendit que la porte soit refermée et regarda en l’air tandis que l’air se comprimait un peu autour d’eux. « Insonorisé ? »
« Oui », dit Kerry tranquillement.
« D’accord. » Lopez eut l’air un peu plus détendu. « Je suis désolé », dit-il. « Je ne me rendais pas compte de l’étendue de l’implication de votre compagnie dans tout ceci. On m’a dit que vous étiez un simple fournisseur de services. »
Kerry hocha la tête. « Alors je comprends votre approche », dit-elle. « S’il vous plait, continuez. »
« Ce dispositif », dit Lopez. « Nous soupçonnons que les gens qui ont planifié et exécuté les atrocités d’hier sont toujours ici, planifiant toujours, exécutant toujours des choses encore plus horribles. Nous devons les trouver. Vous comprenez combien c’est critique ? Nous avons peu de temps. »
Kerry hocha à nouveau la tête. « D’accord, que cherche exactement ce dispositif ? » Elle leva une main quand il commença à protester. « Je ne veux pas savoir spécifiquement. J’ai besoin de savoir quel type de flux de données vous espérez intercepter. Pensez-vous que ces gens vont essayer d’attaquer les systèmes financiers gouvernementaux ? »
« Cela se pourrait. » Lopez hocha la tête. « Ce dispositif analyse les conversations et détermine si elles comportent un intérêt pour nous. »
« Des conversations de qui ? A l’intérieur du gouvernement ? »
« Non. Du public. »
Kerry soupira. « Alors vous êtes au mauvais endroit », dit-elle. « Il n’y a pas d’accès public ici. »
Lopez fronça les sourcils. « Il n’y en a pas ? »
« Non », dit Kerry. « Ce sont tous des systèmes fermés. Isolés. »
Lopez se tourna vers Cutter. « Vous n’avez pas dit qu’ils avaient des accès internet d’ici ? »
« C’est ce qu’on m’a dit », dit Cutter. « Les gars de la comptabilité ont dit qu’ils avaient internet. » Il regarda Kerry d’un air accusateur. « Vous dites qu’ils mentent ? »
« Non », dit Kerry. « Ils ont internet à travers notre passerelle sécurisée », dit-elle. « Mais ce n’est pas ici. Ils sortent sur l’internet via trois différents nœuds, à New York, Chicago et Dallas. » Elle se leva et dessina un cercle sommaire avec trois points dessus. Puis elle mit un X à un coin. « La requête passe par deux NAT (NdlT : traduction d’adresse réseau) et trois différentes passerelles. Il n’y a pas d’accès extérieur. »
« Merde », marmonna Cutter.
Kerry put voir la consternation autour de la table. Elle se sentait presque désolée pour ces hommes. « Si ça peut vous consoler, les systèmes ici sont protégés. Je ne citerai pas ma cheffe en disant qu’ils sont incraquables parce que ça nous met dans les ennuis mais ils sont sécurisés. Sentez-vous libres de faire des tests là-dessus. »
« Merde », répéta Cutter. « On a gâché une foutue journée. »
Lopez se massa les tempes. « Ms Stuart, êtes-vous en train de nous dire la vérité ? » Il leva les yeux pour fixer le regard de Kerry. « Des vies dépendent de votre réponse. Nous devons trouver ces gens. »
Kerry le regarda avec gravité. « Je dis la vérité », dit-elle. « Si vous voulez vraiment toucher un accès public, vous devez aller voir les fournisseurs du niveau 1 et leur faire la demande », dit-elle. « Nous fournissons notre propre accès pour nos clients, mais le reste du pays en utilise un. »
« Le niveau 1 ? » Lopez sortit un pad et gribouilla. « Pouvez-vous me donner des noms ? »
Kerry les donna rapidement. « Il y a beaucoup de petites compagnies mais ces trois-là forment le réseau public », lui dit-elle. « Bon. Je vais vous dire que nous maintenons beaucoup de capacité de filtrage sur nos nœuds d’accès. S’il y a quelque chose de spécial, une phrase ou un type d’information que vous cherchez spécifiquement, je serais heureuse de lancer une routine et de sortir les résultats pour vous. »
« Ah oui ? » Lopez perdit un peu de son air menaçant. « Vous pouvez faire ça ? »
« Faites-le nous savoir », dit Kerry. « La sécurité du pays est très importante pour nous. Le gouvernement est l’un de nos plus gros clients. »
Là, les hommes hochaient la tête et toute l’atmosphère avait complètement changé. « D’accord. » Lopez lui tendit sa carte professionnelle. « Nous gardons le contact, Ms Stuart. Merci pour l’info. »
Kerry prit l’une de ses cartes et la lui tendit à son tour. « Bonne chance », dit-elle sincèrement. « Maintenant si vous voulez bien m’excuser, je dois me rendre au Pentagone. »
Lopez tendit la main. « Désolé pour tout ça, Ms Stuart. » Il serra la main de Kerry. « Tout est très fluctuant en ce moment. Nous nous embrouillons tous. »
« Nous aussi. » Kerry ressentit du soulagement et plus qu’un peu de fierté. « Messieurs ? »
Ils se mirent en file indienne et se dirigèrent vers la porte, marchant rapidement, leurs têtes penchées tandis qu’ils quittaient le bâtiment. Kerry les regarda par les vitres fumées tandis qu’ils montaient dans leurs SUV et partaient ; elle secoua la tête. « Wow. »
La réceptionniste la regarda. « Ils sont partis ? » Dit-elle tandis qu’une personne de service arrivait avec un chariot de café. « Wow, ça a été rapide. »
Kerry haussa modestement les épaules. « Apportez ça où qu’ils m’aient collée », dit-elle à la personne de service. « Je suis sûre que je vais en avoir besoin. » Elle se tourna vers la réceptionniste. « J’attends quelqu’un d’autre du gouvernement qui me cherche. Je serai encore là trente minutes environ, et s’il n’est pas arrivé, je vais au Pentagone. »
« Oui madame. » La réceptionniste gribouilla une note. « C’est bon de vous avoir ici. »
Kerry sourit et se dirigea vers la porte de sécurité, ses épaules carrées. « J’aurais aimé que Dar voit ça », marmonna-t-elle pour elle-même tandis qu’elle passait la porte. « Elle aurait adoré. »
************************************
Le petit cockpit était très encombré. Dar se tenait juste devant la porte, ses mains enserrant l’encadrement tandis qu’elle écoutait Alastair débattre de quelque chose avec force à la radio.
Le steward s’était mis hors du chemin et il était occupé dans la cuisinette, visiblement content de ne pas être impliqué dans ce qui se passait.
Dar ne le blâmait pas. Devant elle, Alastair était perché sur un petit strapontin derrière les sièges où se trouvaient les pilotes, entassé près du navigateur élancé aux cheveux noirs.
Tout le monde était nerveux. Elle pouvait voir les pilotes dont le regard passait de leurs instruments à des coups d’œil en arrière vers Alastair, tandis que les voix intraitables de l’autre côté de la radio devenaient de plus en plus en colère et belligérantes.
Ce n’était pas bon. « Alastair. » Dar se pencha en avant et mit une main sur son épaule. « Est-ce que j’essaie de voir avec Gerry ? »
Alastair la regarda. « Gardez-ça en tête. » Il retourna à la radio. « Lieutenant ? Vous êtes là ? »
La radio crachota. « Ecoutez monsieur, je ne sais pas qui vous pensez être mais vous feriez mieux de simplement écouter les instructions et la fermer avant que j’envoie des avions pour vous exploser en plein ciel. »
« Sympa », dit Dar. « Dur à dire mais j’ai grandi avec des connards comme ça. »
« Fiston. » Alastair garda sa voix responsable et neutre. « Vous ne savez vraiment pas qui je suis. Si vous avez votre dernier bulletin de paie, sortez-le et regardez le logo en bleu sur le côté droit en bas. C’est la compagnie pour laquelle je travaille. Nous ne sommes pas des terroristes », dit-il. « Alors arrêtez de nous menacer. »
La radio fut silencieuse un instant. Alastair posa le micro sur sa jambe et secoua la tête. « Quel bordel », dit-il. « Je comprends que c’est le chaos en bas mais pour l’amour de Dieu nous ne voulons même pas atterrir dans le pays. »
Le pilote hocha la tête. « C’est ce que j’ai essayé de lui expliquer », dit-il. « Il se contente de dire menace sécuritaire, menace sécuritaire… Je n’ai même pas eu le droit de dire un mot. » Il regarda Dar. « Vous êtes dans l’armée madame ? »
« Non. » Dar sentit un soulagement surprenant en le disant. « Mon père a fait sa carrière dans la Navy. J’ai grandi sur des bases. »
La radio crachota. Mais une voix différente s’éleva. « Ici le Commandant Wirkins. Vous êtes M. McLean ? »
« Ah. » Alastair leva le micro. « Peut-être qu’on avance. » Il l’ouvrit. « C’est moi », dit-il. « Allez-y, Commandant. »
« M. McLean, nous avons établi votre identité. Nous comprenons que vous essayez de suivre un plan de vol modifié », dit le commandant. « Vu la situation dans la zone, je dois vous demander de bien vouloir dire à votre pilote d’atterrir à Nassau. Ce n’est pas négociable. »
« Il se passe quelque chose. » Dar secoua la tête. « Bon sang. »
« Commandant. » Alastair reprit sa pensée. « Je comprends que vous avez vos propres problèmes », dit-il. « Alors laissez-moi vous poser une question. Si nous atterrissons à Nassau et que vos gens sont satisfaits que nous n’allons blesser personne, pouvons-nous être autorisés à voler dans les Etats-Unis pour que votre arrêt ne cause pas de délai dans ce que nous devons faire ? »
« M. McLean, vous n’êtes pas en position de marchander. »
Alastair soupira. « Très bien alors, posez vos fesses et appelez l’Etat Major. Mettez Gerald Easton en ligne », dit-il. « Je suis à bout de patience avec vous aussi. Il allait nous envoyer un avion, j’aurais dû le laisser faire bon sang. »
Silence à la radio.
« S’il nous forcent à atterrir », dit Dar « Il y a un gros risque qu’ils ne laisseront pas l’avion redécoller. »
Le pilote la regarda par-dessus son épaule. « Nous serons au-delà du temps de toutes les façons », dit-il. « Sans vouloir vous offenser, mais la tempête aurait été une meilleure option. »
« Compris. » Alastair leva la main. « C’est ma faute. Désolé. »
La radio resta silencieuse.
« On n’est qu’à quatre, cinq heures de Miami par la mer », dit Dar. « Nous pouvons louer un bateau pour y aller. »
Le copilote se retourna et la regarda. « Madame, êtes-vous folle ? Ce n’est pas une croisière de traverser le Gulf Stream. »
Dar ne se sentit pas offensée. « Je sais », dit-elle. « J’y suis allée, je l’ai fait. »
« Je suis allé aux Bahamas. Vous ne trouverez pas un capitaine pour vous emmener en ce moment. Ils ne sont pas stupides », dit le copilote. « Ils n’aiment pas prendre des risques. »
« Je serai le capitaine. » Dar haussa les épaules. « Donnez-leur assez d’argent et ils vous loueront une baignoire. »
Les deux pilotes se regardèrent puis ils secouèrent la tête. Alastair se contenta de rire ironiquement.
Finalement la radio buzza. « M. McLean, ici le Commandant Wirkins. »
« Allez-y », dit Alastair. « Au moins nous avons un plan B », ajouta-t-il en aparté pour Dar. « Bien que passer quatre heures à être balloté sur l’Atlantique n’est pas ma tasse de thé. »
« M. McLean, nous sommes dans une situation de sécurité nationale et je n’apprécie pas, ni mon commandement, que vous demandiez une dispense spéciale. »
« Dommage », dit Alastair d’un ton cordial. « Nous avons un travail à faire, monsieur, et vous m’en empêchez. Vous pouvez penser que ça n’a rien à faire avec vous, mais si vous faites une recherche d’environ dix minutes sur qui nous sommes, vous aurez un indice que ce n’est pas le cas. »
Le commandant s’éclaircit la voix dans le micro. « J’ai fait cette recherche, ou croyez-moi, mon pote, il y aurait deux combattants là-haut pour faire exploser votre cul en plein ciel là maintenant », dit-il. « Alors comme je l’ai dit, je n’apprécie pas que vous donniez des noms, peu importe combien vous pensez être justifié. »
Dar leva la main. « Donnez-moi ça. »
« Allons Dar. » Alastair lui cogna le genou de son coude. « Il est sur le point de céder. Il pisse juste partout sur le mur pour que tout le monde sache combien il est un grand mec. » Il cliqua sur le micro. « Arrêtez ça et acceptez, Commandant. »
« Et bien, M. McLean, désolé de vous dire ça mais vous n’irez pas où vous voulez aujourd’hui », dit le commandant, avec une note de tension dans la voix qui firent pincer les lèvres à Dar et Alastair. « Vous pouvez me traiter de connard si vous voulez et faire un rapport sur moi à qui vous voulez, mais j’ai un job à faire et je vais le faire. »
« Vous auriez dû me donner le micro. » Dar soupira. « Au moins on aura bien ri. »
« Alors mon contrôleur va donner des instructions à votre pilote pour atterrir à l’aéroport d’Opa Locka, où vous verrez une équipe de sécurité pour que je puisse faire mon job. Je me fiche bien du vôtre. »
« Whooho. » Dar se mit à rire. « Et un point marqué ! » Elle leva sa main et Alastair la frappa de la sienne, surprenant l’équipage. »
« Comment vous réglez vos affaires après ça ne me regarde pas », dit le commandant. « Mais la route est longue jusqu’au Texas. Alors bonne journée. »
« Et bien. Comment vous voyez ça ? » Alastair rit. « C’est la première fois que quelqu’un qui me résiste travaille en ma faveur. » « Si c’est votre décision, Commandant, alors nous nous y plions », dit-il d’un ton neutre. « La route est assurément longue d’ici au Texas. »
La radio s’éteignit avec un sifflement et Alastair rendit le micro au navigateur. « Et bien, messieurs, après toute cette merde dans un panier de basket, je pense qu’on a fini par gagner ce round. »
« Vous ne vouliez pas aller au Texas ? » Le copilote se tourna à demi. « Je ne comprends pas. »
« Et bien », dit Dar. « Nos bureaux principaux se trouvent à Houston et c’est là que vit Alastair », dit-elle. « D’un autre côté, notre centre principal des opérations se trouve à Miami, et c’est là que je vis, et nous avons tous les deux besoin d’aller à Washington et New York, alors ce type nous a rendu un grand service en essayant de nous planter. »
« Oui. » Alastair hocha la tête. « Désolé de ne pas voir ma femme et mes enfants, mais ça représente, quoi, deux jours de voyage pour vous ? » Il hocha la tête. « A toute chose malheur est bon. Peut-être qu’on pourra régler les choses et qu’on vous trouvera un vol de la part de votre ami le Général Easton. »
« Autrement, j’irai chercher ma camionnette à l’aéroport et on pourra rouler », dit Dar. « Mais ça nous laisse beaucoup plus d’options. Vous pouvez même rester au bureau de Miami et diriger si vous voulez, pendant que je remonte. »
Alastair hocha la tête. « Alors, messieurs, faites ce que veulent ces gentils messieurs et atterrissez à Miami. » Il rit. « Bea va me tuer après tous les arrangements qu’elle a dû faire. »
Le pilota hocha la tête de soulagement. « On y va », dit-il. « Ça nous sort du ciel plus vite, on évite de contourner une tempête, et si on est toujours au sol, j’ai un repli sur South Beach. Ça ne peut pas être mieux que ça. » Il regarda le copilote. « D’accord avec ça, Jon ? »
Le copilote hocha la tête et rit. « Je suis d’accord », dit-il. « Mec, je pensais que ça allait vraiment se finir dans la merde. » Il regarda Alastair. « Vous en avez, c’est sûr monsieur. »
Alastair rit. « Ayant vécu aussi longtemps, on apprend à savoir comment menacer un ours d’un bâton, si vous voyez ce que je veux dire. Une fois que ce type a su qui nous… » Il montra Dar et lui-même. « … étions, j’ai compris qu’il savait combien il risquait à être sérieux de nous faire abattre. »
« Je ne sais pas. Il semblait très agressif », dit le copilote. « Nous avons entendu d’autres pilotes dirent que leur attitude, c’est qu’ils ont carte blanche pour faire tout ce qu’ils veulent au nom de la sécurité nationale. »
« Mais quelqu’un doit rendre des comptes », dit Dar.
« Ah bon ? » Demanda le copilote. « Je l’espère. Je me suis trouvé du mauvais côté d’un officier du Service d’Immigration et de Naturalisation de mauvaise humeur. (NdlT : INS = Immigration and Naturalization Service). Ça a failli me coûter un vol gratuit. »
Le pilote se tourna à demi sur son siège et s’adressa au navigateur. « Egar, c’est bon pour vous qu’on atterrisse là-bas ? J’ai oublié de vous le demander. »
Le grand homme élancé hocha la tête. « J’ai de la famille à Miami », dit-il. « Je suis très content qu’on y aille. C’est bon. » Il sourit. « J’ai passé ma licence de pilote dans cet aéroport. C’est vraiment sympa. »
Alastair se leva et attendit que Dar s’écarte pour pouvoir sortir du cockpit. « Quel soulagement. Je ne critique pas vos compétences en navigation, Paladar, mais je ne suis pas du genre yacht. » Il tapa l’épaule de Dar tandis qu’ils se retiraient le long de l’allée vers le compartiment des passagers. « En plus, le type avait sûrement raison. On aurait fini par acheter un foutu bateau et ensuite ? Ce serait dur d’expliquer un yacht à moteur dans notre inventaire. »
Dar se mit à rire. « On aurait pu l’acheter aux enchères. » Mais elle était soulagée. Pour autant qu’elle aurait pu piloter un bateau non familier sur ce qui était des eaux parfois très traîtres, elle était fichument contente de ne pas avoir à relever ce défi particulier.
La ligne argentée des nuages. Absolument. « On a tenté la chance. »
« Pour sûr », acquiesça son boss. « Et bien, parfois il le faut, vous savez ? » Ajouta-t-il tandis qu’ils rejoignaient leurs sièges. « Mais j’aurais aimé que ça ne tourne pas si mal. Je sais que ce type a beaucoup d’affaires à gérer mais bon sang. »
Dar poussa son siège en arrière. « On vous apprend à faire ça », dit-elle. « A être un salaud, je veux dire. Vous essayez de submerger qui que soit votre opposant avec un discours bruyant et agressif, pour le déstabiliser et le mettre sur la défensive. »
« On vous apprend ça à l’armée ? » Demanda Alastair d’un ton perplexe. « Je pensais que vous n’y êtiez jamais allée. »
« On vous enseigne ça dans la plupart des cours de management ninja et de négociation », l’informa Dar sèchement. « Mais un de nos amis flic à Miami dit que prendre l’offensive quand on se confronte à quelqu’un est aussi une tactique bien utilisée chez eux. »
« Vous l’utilisez vous-même », commenta son boss.
« Parfois », admit Dar. « Si quelqu’un sait que vous allez être un connard, il fait généralement ce que vous voulez, plus vite. Comme nos fournisseurs. Ils savent que s’ils ne font pas ce que je demande, je vais continuer à monter d’un cran et devenir de plus en plus bruyante jusqu’à ce qu’ils le fassent. »
« Comme ce que j’ai fait avec ce gars. »
Dar hocha la tête. « C’est pour ça qu’ils préfèrent négocier plutôt avec Kerry. » Ses yeux brillèrent un peu. « Elle a le meilleur des deux mondes. Elle sait être sympa, et ils l’aiment bien, et elle m’a dans sa poche arrière pour les menacer. »
Alastair rit. « Bon, l’un dans l’autre, je présume que je peux pardonner à ce type. Je sais qu’il doit gérer des milliers de problèmes différents. A ce moment-là j’étais juste le plus agaçant. » Il croisa les mains sur son estomac. « Mais il doit rigoler à s’en péter la rate sur la façon dont il nous a gérés. »
Dar le soupçonna. Il jurait probablement sur eux en disant autour de lui qu’il avait montré à ces foutus connards qui était le chef. Dar ne le blâmait pas non plus, vu qu’ils avaient demandé un traitement spécial et l’avaient menacé de monter dans la chaine de commandement, et en fait, ils étaient l’épine dans le cul qu’il les considérait être en fait.
Quoi qu’il en soit, ça les avait amenés où ils voulaient dans un cas classique de ‘la fin justifie les moyens’. Dar regarda sa montre. Donc ils atterriraient dans quelques heures à Miami. Génial. « Je vais lui envoyer un mot pour lui dire combien il nous a aidés, après que tout sera fini », dit-elle. « Mon corps est si tourmenté que je ne sais pas dire où vous emmener pour le petit déjeuner ou le dîner après notre arrivée. »
« Et bien, ça va changer des burritos à Mexico. » Alastair mit ses mains derrière sa nuque. « Je ne cherchais pas tout ça ou le trajet en voiture pour Houston. »
Dar sourit au plafond, se détendant pour la première fois depuis qu’elle s’était réveillée. Elle avait déjà hâte d’atterrir, son esprit lancé vers les messages qu’elle devait envoyer et plus important, combien elle savait que Kerry serait heureuse de l’entendre. « Il faut que quelqu’un aille à l’aéroport pour me rapporter ma voiture », décida-t-elle. « Je me dis qu’il va leur falloir un moment pour la paperasse quand on aura atterri. »
« Il me faut quelques minutes pour appeler Bea et mettre tout d’équerre de toutes les façons », dit son boss. « Ça va faire du bien d’être rentré à la maison. »
Dar soupira. « Oh oui », dit-elle. « Oh que oui. »
*************************************
Kerry mit ses écouteurs et regarda l’écran de son portable. « D’accord, Mark, avons-nous reçu un inventaire des ressources des fournisseurs ? Je sais que tu as pris tout ce que nous avions avec toi mais de ce qu’ils me disent, nous avons perdu ici toute la salle du WAN. »
« Ils l’ont », dit Mark. « Mais ils ne peuvent pas nous le faire parvenir plus vite qu’un camion. Le distributeur est en Californie. »
Kerry regarda le bloc sur le bureau. « Et bien, dis-leur de démarrer », dit-elle. « Je compte que rebâtir va prendre la plus grande partie de l’inventaire sur ton camion et nous n’avons pas encore commencé. »
« Je m’en occupe. »
« Miami exec, ici Air Hub. »
Kerry cligna des yeux. « Allez-y Air Hub. »
« Il y a des rumeurs qu’ils pourraient laisser passer des vols demain, madame », répondit la voix. « Désolé de ne pas être plus précis. C’est plutôt calme ici. »
« Miami, allô ? Ici Sherren à New York », une voix s’interjeta. « Nous avons de bonnes nouvelles ! Six personnes se sont pointées ici. Je leur donne un accès maintenant ! »
« C’est génial, Sherren. » Kerry souffla doucement. « Est-ce qu’ils ont des nouvelles des autres ? Ils les ont vus ? »
« Non », dit Sherren ; « Tout le monde a été séparé, ont-ils dit. Ils prennent une douche tous, ils sont couverts avec ce truc blanc. Ils disent que beaucoup de gens sont partis vers le sud aussi, vers Battery. »
Kerry regarda les diodes rouges passer lentement au vert. Trop peu. « Je suis vraiment contente d’entendre ça, Sherren. Comment allez-vous tous ? Vous allez bien ? Vous avez besoin de quelque chose ? »
La voix de Sherren semblait plus calme aujourd’hui. « On va bien, vous savez ? » Dit-elle. « On avait besoin de vêtements, on est sortis en acheter. On a des bagels. Les camions de hot-dogs sont là. Les gens sont là dehors. On ne peut pas arrêter cette ville. Les gens sont choqués mais on continue de vivre. »
Kerry pensa aux rues vides qu’elle avait traversé la veille au soir. « C’est sûr. »
« Je suis sûre que le reste du bureau va arriver bientôt », dit Sherren confiante. « On va chercher du café. J’aimerais qu’on puisse remettre les téléphones en marche », ajouta-t-elle. « Je sais que certains de nos clients ont besoin de nous. »
« Miami exec, ici Miami télécom. » Une nouvelle voix s’inséra. « Nous gérons les voies de service entrantes 800 pour New York. Nous pouvons envoyer des messages aux gens là-bas si vous pouvez nous envoyer une mailing list. »
« Oh ce serait génial ! » Dit Sherren. « On peut avoir des appels sortants si on essaie fortement. Ou peut-être que s’ils ont des boites mails, on peut leur envoyer des emails. Ça marche mieux que le téléphone. »
Kerry hocha la tête. « Bonne idée. » Elle jeta un coup d’œil à l’écran. « Miami ops serveurs, vous êtes en ligne ? »
« Oui madame », répondit une voix calme. « Nous sommes là. »
« Construisez une liste basée sur celle rapportée sur l’écran », dit Kerry après une brève pause. « Et envoyez-la à télécom. »
« C’est parti. »
« Miami exec, ici Earthstation LA. J’ai la station terrestre de Newark en ligne. Ils ont besoin de générateurs. Ils ont une estimation de sept jours pour réparer la station électrique là-bas. Quelqu’un m’a dit que c’était un sabotage. »
« Oh mon Dieu », dit Sherren.
« Miami exec, ici Miami ops », répondit la voix de Mark. « Il faut une réponse industrielle. Ce petit truc que toi et moi avons mis en place ne tiendra pas la route. »
Kerry tapota le bureau avec son crayon. « Est-ce que leur opérateur de bâtiment ne peut pas gérer ? »
« Miami, personne ne fait rien là-bas. Tout le monde a été envoyé dans la ville », dit LA Earthstation. « Si nous voulons de l’aide, nous devons le faire nous-mêmes, c’est ce qu’on nous a dit. »
« Bien. » Kerry gribouilla une note sur son bloc. « Je vais me mettre en contact avec APC (NdlT : American Power Conversion = une marque connue pour faire des backups de batteries). Tout le monde va se tourner vers les fournisseurs habituels, essayons ceux de la haute technologie. »
« Ms Stuart ? » Nan passa la tête à la porte. « J’ai un président ou quelque chose comme ça d’ATT en ligne pour vous. »
« Dites-leur d’attendre une minute. » Kerry finit d’écrire.
« Miami exec, ici Danny. Le bus est là. » Danny semblait soulagé. « Mec, on est content de voir ça », ajouta-t-il. « On attendait l’accord pour commencer à aller là-bas mais on va avoir besoin d’aide. »
« Danny, nous sommes pratiquement arrivés », dit Mark. « Tenez bon, mon pote. J’ai dix personnes avec moi. »
Dix ? Kerry regarda l’écran puis son papier. « J’espère que c’est un grand camping-car », marmonna-t-elle entre ses dents. Elle leva les yeux. « D’accord. Vous pouvez transférer qui que ce soit d’ATT ici. » Elle pointa le téléphone. « Merci. »
Nan disparut.
« Mark, on vous attend mec », répondit Danny. « Vous avez dit que vous aviez un camion ? On n’a pas réussi à desserrer et avoir ce contreplaqué (NdlT : ??).
« Pas de problème », dit Mark. « Miami exec, on a des informations sur quand on pourra entrer dans Lower New York ? »
Kerry alluma son micro. « Concentrons-nous sur Washington pour l’instant vu qu’on a accès au bâtiment. Avec tous les dommages dans Manhattan ça pourrait prendre du temps. »
« Miami exec, ici Lansing. » Le centre du Michigan entra dans la conversation.
« Un instant, Lansing. Je dois prendre un appel. » Kerry mit son micro sur muet et alluma le haut-parleur de son téléphone. « Kerry Stuart. »
« Ms Stuart ? » Répondit une voix d’homme. « Ici Charles Gant d’ATT. Je pense que nous nous sommes rencontrés à cette conférence technique à Orlando il y a quelques mois. »
« En effet. » Kerry hocha la tête. « Que puis-je pour vous ? Je présume que c’est quelque chose de critique. »
Gant soupira. « Pour autant que j’aimerais juste vous proposer de prendre un café et de discuter sur les routeurs, c’est une affaire critique. Je veux juste vous adresser une question, parce que je sais que de tous les fournisseurs de service, vous êtes les meilleurs. »
« D’accord. » Kerry prit sa bouteille d’eau et but une gorgée. « J’écoute. »
« Nous avons tout perdu dans Lower Manhattan », dit-il. « Je pense que vous le savez probablement, vu que nous avions beaucoup de liens avec vous. »
« Nous savons », dit Kerry. « Nous n’avons pratiquement pas d’entrées sur nos trois nœuds dans la région. Beaucoup de clients sont affectés. »
« Et bien, je vais vous donner la liste des courses », dit Gant. « Nous avons perdu la triple instruction. Verizon dit qu’on ne peut rien récupérer. Ils ont aussi perdu leur bureau de l’Ouest. Le courant est coupé dans la zone, incluant toutes les tours cellulaires et celles qui ont du courant soit n’ont pas de connexion soit sont surchargées. »
« Wow », murmura Kerry.
« J’ai parlé à mon homologue chez Sprint sur l’autre ligne. Entre nous, nous avons tout perdu sur l’Atlantique et MCI pareil. »
« Nous nous en sommes rendu compte », dit Kerry. « Nous avons dû connecter beaucoup de liaisons financières vers l’Atlantique à travers nos circuits du sud. »
Il y eut un moment de silence. « Vous êtes affectés à quel degré ? »
Kerry prit une autre gorgée d’eau. « Visiblement nous ne pouvons pas servir les comptes locaux à Lower Manhattan et nous avons perdu notre bureau de commutation principal dans le Pentagone. » Ensuite elle arrêta de parler.
Il y eut un autre moment de silence. « Alors vous fournissez du service autrement ? Transatlantique ? »
« Nous avons un service de données, oui », confirma Kerry. « Nous nous reposons sur vos échanges de données et les autres fournisseurs de services sur le téléphone, naturellement, alors c’est planté mais nous connectons tout le reste sur nos liaisons redondantes ou autre. »
« Vous êtes intéressée à louer de la bande passante ? » Demanda Gant d’un ton désabusé. « Nous n’avons rien entre New York et nos principaux centres de services. Je ne peux même pas deviner ce qui est planté parce que nos systèmes ne peuvent se connecter. » Il s’éclaircit la voix. « Je me suis dit que j’allais vous le demander avant que tout le monde le fasse. »
Kerry réfléchit à toutes les fois où elle avait dû intimider les fournisseurs de télécoms pour tout ce qui allait de mauvais circuits jusqu’aux derniers en date. « Il vous en faut combien ? » Dit-elle. « Et il vous en faut combien pour avoir un lien avec notre nœud de Roosevelt Island ? »
« Il nous en faut dix mégas si vous les avez. » Sa voix semblait hautement soulagée. « Je pense que notre sous station sur l’île peut transporter le trafic. Je peux vérifier mais mes notes ici montrent que nous sommes dans le même bâtiment. »
Mentalement, Kerry fit un rapide calcul. Dar avait provisionné plus que la normale de bande passante de secours dans la zone, heureusement, mais elle savait qu’il y aurait d’autres demandes. C’était juste la première. « On peut le faire », dit-elle. « Obtenez-moi votre lettre d’autorisation (LOA) et je l’enverrais à mon groupe interne de provisionnement. »
« Dieu vous bénisse », soupira Gant. « Désolé si j’ai l’air submergé mais bon sang, je le suis », dit-il. « Mon frère est disparu dans ce bordel et je ne peux pas penser clairement. »
« Charles, je suis contente que nous puissions aider », dit Kerry doucement. « Nous aussi il nous manque des gens. La plupart dans notre bureau de Manhattan étaient dans les tours pour des réunions d’affaires hier matin. »
« Mon Dieu. »
« Alors nous sommes de tout cœur avec vous », dit Kerry. « Et en parlant de ça, pourriez-vous me rendre un service ? »
« Si je peux, bien sûr », dit Charles.
« Mon centre au Rockefeller est sérieusement planté », dit Kerry. « Il y a une chance qu’une de nos lignes soit remise en service ? »
« Donnez-moi l’identifiant du circuit », répondit-il instantanément. « Nous avons du service près du Rock. Vos lignes finissent probablement près du triple… là où il était. »
Kerry tapa une question dans son applet de recherche et fut récompensée par un nombre. « Le voilà. » Elle le lui donna. « Ça aiderait les gens qui restent là-bas. La plupart d’entre eux vivaient dans la zone affectée et ils ne peuvent pas rentrer chez eux. »
« C’est bon, Kerry », dit Charles. « Attendez-vous à recevoir la LOA dans les prochaines cinq minutes. »
« Appelez-moi s’il vous faut autre chose », dit Kerry. « On se parle plus tard. » Elle raccrocha le téléphone et revint à son écran. Elle ouvrit son micro. « Miami exec à New York, vous êtes toujours là, Sherren ? »
« Je suis là », répondit promptement Sherren. « Deux personnes de plus se sont montrées ! Nous sommes comme des mômes, à crier. »
Kerry sourit. « Je suis très contente. Nous travaillons pour vous avoir le téléphone là-bas aussi. »
« Oh c’est génial ! » Dit Sherren.
« Madame ? » Nan repassa sa tête. « Vous voulez une actu de CNN ici ? » Elle montra un panneau sombre sur le mur. « On en a un qui marche aux opérations. »
« Bien sûr », dit Kerry. « Un signe de plus de visiteurs du gouvernement ? »
« Pas encore. » Nan secoua sa tête sombre. « Vous voulez partir quand pour le Pentagone ? »
Kerry vérifia sa montre. « Je pense devoir passer un peu plus de temps ici, peut-être une heure. Disons à onze heures ? » Dit-elle. « Mark est pratiquement arrivé au Pentagone et il va être occupé un moment quand il arrivera. »
« D’accord, je serai dans le coin », dit Nan. « On va pousser le flux ici. » Elle sortit et ferma la porte derrière elle.
Kerry gribouilla quelques notes, écoutant d’une oreille la conversation qui continuait à l’arrière. Un éclair de mouvement saisit son regard et elle leva les yeux vers l’écran juste à temps pour avoir une vue de l’intérieur du Capitole, où le hall était plein d’hommes et de femmes qui se regroupaient.
Sa mère était là-bas, se rendit-elle compte. Elle la repéra immédiatement d’un côté de la chambre, avec deux autres sénateurs qui lui semblaient vaguement familiers. « Salut maman. » Elle fit un bref signe de la main vers l’écran, se souvenant des rares occasions où elle avait allumé CSPAN2 (NdlT : chaîne de télévision spécialisée comme Public Sénat en France) et vu son père parler.
Elle s’était toujours arrêtée pour écouter.
« Miami exec, ici Miami HR. »
« Allez-y. » Kerry alluma son micro. « Bonjour Mari. »
« Bonjour », répondit Mariana. « Je ne suis pas sûre que tu aies les dernières nouvelles mais c’est partout ici qu’ils ont délivré des mandats de recherche pour plusieurs endroits à Miami. »
Kerry sursauta et fixa l’écran. « Quoi ? »
« Personne n’est sûr de ce qui se passe. Duks dit que l’un de ses employés a eu un raid de la police dans son complexe d’appartements autour de quatre heures du matin », dit Mari. « Nous avons entendu dire qu’un des pirates vient d’ici. »
« De Miami ? » Kerry trouva ça dur à croire.
« C’est ce qu’ils disent. »
Merde. Kerry fixa la télévision, confuse, lisant le bandeau en bas qui répétait ce que venait de dire Mari. Des pirates de Miami ? « Mais ils n’ont pas dit hier que ça venait du Moyen Orient ? »
« Je ne sais pas », dit Mari. « Je voulais juste te donner l’actu parce que crois-moi, il y a pas mal de gens cinglés et nerveux par ici en ce moment. Environ la moitié des employés est ici. Beaucoup de gens sont restés chez eux. »
« Wow », dit Kerry. « D’accord, merci pour l’avertissement. » Elle scruta à nouveau les listes, puis soupira. « Je vais me déconnecter un moment pour appeler APC. »
« Bonne chance Miami exec », résonna LA Earthstation.
« Mari, peux-tu voir combien nos équipes de support communautaire sont proches de Newark ? » Demanda Kerry tandis qu’elle déroulait son applet d’adresses pour le numéro de leur fournisseur de racks. « Assure-toi qu’ils s’arrêtent pour acheter de la bière fraîche. »
Un silence. « Je ne pense pas que ce soit approprié, Kerry », dit Mari.
« Je m’en fiche, ils ont été là-bas toute la nuit », dit Kerry. « Il fait aussi humide là-bas qu’ici. Qu’ils emportent des ventilateurs et assure-toi qu’ils ont des convertisseurs de ligne de six volts à 110 pour qu’ils puissent les faire fonctionner. »
« D’accord, je m’en occupe », dit Mari. « Tu es la cheffe. »
« Jusqu’à quinze heures trente, je le suis assurément », soupira Kerry. « Quelqu’un peut faire tourner la Terre plus vite s’il vous plait. »
************************************
A suivre chapitre 10
Round Robin été 2026
écrit par les bardes du forum : Gaxé, Fausta, Fryda, Kaktus
________________________________________________________________________________
Agacée, Xéna soupira. Il ne fallait pas si longtemps pour aller cueillir quelques plantes médicinales quand même ! Les joues gonflées, elle souffla profondément et s’éloigna de la rivière au bord de laquelle elles avaient passé la nuit pour partir à la recherche de sa compagne. Avançant rapidement, il ne lui fallut que peu de temps pour apercevoir une silhouette allongée dans l’herbe sèche, non loin d’un bosquet. Tout en ronchonnant dans sa barbe sur les bardes qui s’endormaient dans les champs même après une nuit de sommeil, elle allongea le pas pour arriver rapidement auprès de son amie. Toutefois, elle ne se pencha pas immédiatement vers elle pour lui secouer, plus ou moins doucement, l’épaule. Au lieu de cela, son regard se porta plutôt sur les quelques branchages fleuris qui gisaient non loin de la main gauche de Gabrielle.
Doucement, la guerrière se baissa, ramassa un des rameaux et l’observa attentivement, prenant soin de ne surtout pas sentir les fleurs. Ensuite, elle rejeta les branches au sol, et se pencha vers son amie avant de la prendre dans ses bras en marmonnant :
« Tu vas donc dormir pendant quelques heures… »
Soupirant, elle prit la jeune femme blonde dans ses bras pour la ramener vers le campement, l’allongeant au sol le plus confortablement possible, avant de ranimer le feu.
Couchée sur le dos, la barde s’agitait, ses yeux roulaient derrière ses paupières closes alors que ses membres s’agitaient convulsivement, montrant qu’elle vivait sans doute un rêve très intense.
Les yeux écarquillés, Gabrielle regardait le long ruban noir qui s’étendait devant elle. Ça ressemblait un peu à la via Romana, mais en beaucoup plus lisse. Dessus, passaient des objets qu’elle ne pouvait pas nommer, mais qui semblaient transporter des personnes et qu’elle assimila à des chars, même si la ressemblance était loin d’être frappante. Cela ressemblait plutôt à des blocs métalliques, puants et bruyants, tous différents les uns des autres, tant par la forme que la couleur et même la taille.
Après un long moment à observer les « chars », la barde décida que, si elle voulait comprendre de quoi il s’agissait, et même savoir où elle se trouvait, le plus simple serait de se renseigner auprès des personnes dont elle apercevait les silhouettes à l’intérieur de ces étranges objets roulants. Résolument, elle s’approcha tout près de cette étrange piste, elle commença à agiter les bras au-dessus de sa tête, espérant que l’un de ces étranges chars finirait par s’arrêter.
Ce fut long, très long. Mais à aucun moment Gabrielle ne se découragea et finalement, après deux ou trois marques de chandelle, un « char » s’arrêta. C’était un des plus gros, haut et long, impressionnant pour la jeune femme. Mais elle inspira profondément et, malgré une certaine crainte devant ce qui était inconnu pour elle, elle se dirigea vers la portière qui venait de s’ouvrir.
Il y avait trois marches à gravir pour arriver à l’intérieur de l’habitacle, que Gabrielle monta rapidement, pressée de voir enfin l’intérieur du véhicule. Mais, au lieu d’observer autour d’elle, de noter tous les détails qui allaient la surprendre, son regard se posa sur la femme qui, visiblement, dirigeait le « char » Une femme brune dont le sourire et le regard bleu l’accueillirent avec chaleur.
"Hey, bonjour toi. Tu es perdue ?" fit la femme qui se tenait derrière une sorte de roue de navigation comme sur le navire de Cecrops.
Gabrielle était restée figée, le regard fixe.
"Xena ?"
"Hein ? Non, moi c'est Xenia. On se connaît ?"
Gabrielle regarda autour d'elle, cherchant des yeux un endroit qu'elle reconnaissait, quelque chose qui puisse l'ancrer dans le moment.
Les paroles de cette Xenia étaient compréhensibles, mais il y avait des changements dans la langue, comme si elle venait d'un village lointain qui n'avait pas eu le temps de se mélanger au langage normalisé qu'elle connaissait.
"D'où viens-tu ?"
"Pourquoi ?" La réponse était défensive.
"Tu as un accent."
"Ha ! C'est plutôt toi ! On dirait que tu parles commes les vieux du village. T'es pas beaucoup sortie de chez toi, on dirait. Allez monte, tu vas par où ? C'est quoi ton nom ?"
"Gabrielle. Et ça fait longtemps que je suis partie de chez moi ! Je viens de Poteidaia."
"Potidée ? Ah ouais, t'es loin de chez toi."
"Et où sommes-nous ?"
"Tu es sûre que tu vas bien ? On est à 30 km d'Athènes. C'est bien là que tu vas, non ? Allez, monte"
Gabrielle réfléchit un moment. Tout lui semblait bizarre : cette femme qui ressemblait à Xena, ce chariot avec une barre de navigation, mais sans chevaux... Elle saisit la poignée de la porte et se hissa sur le siège passager.
"Ok, on y va."
Le char s'ébranla dans un grondement sourd qui fit sursauter Gabrielle. Elle s'agrippa instinctivement à ce qui ressemblait à une sangle de cuir — mais qui n'en était pas une — suspendue au-dessus d'elle. Xenia jeta un œil amusé dans sa direction.
« Ah, il faut s’accrocher, les suspensions sont mortes. »
Gabrielle ne répondit pas. Elle regardait défiler le paysage par la grande vitre, les yeux écarquillés. Les champs avaient laissé la place à des constructions immenses,visiblement des sortes de bâtiments longs et droits, des lumières partout malgré le plein jour, des gens qui marchaient le nez baissé sur de petits rectangles lumineux qu'ils tenaient dans leurs mains. Tout allait vite. Tout était bruyant. Tout sentait une odeur âcre qu'elle ne connaissait pas.
« C'est Athènes ? » finit-elle par demander.
« Athènes, oui. Enfin, la banlieue pour l'instant. »
Gabrielle hocha lentement la tête, comme si elle comprenait ce que voulait dire ce mot. Elle ne comprenait pas.
« Tu vas où exactement ? » reprit Xenia, les yeux sur la route.
« Je cherche quelqu'un. »
« Quelqu'un qui a un nom ? » Le ton était toujours mi-sérieux, mi-amusé.
La barde hésita. Elle pensa à Xena — la vraie Xena, sa Xena — encore endormie au bord de la rivière, à des siècles de là ? Ou peut-être juste derrière ses propres paupières.
« Je ne sais pas encore », dit-elle honnêtement.
Xenia haussa les épaules avec la désinvolture de quelqu'un qui en a vu d'autres. Elle tendit la main vers un petit boîtier fixé sur la paroi devant Gabrielle et en tira un rectangle de carton qu'elle lui tendit.
« Tiens. C'est mon numéro. Si tu as besoin d'aide à Athènes, tu appelles. »
Gabrielle prit le carton, le retourna dans tous les sens, observa les petits signes noirs imprimés dessus. Elle reconnut les lettres et put lire : Xenia Stavros.Association Nostoi.
Nostoi. Le retour.
Elle referma les doigts sur le carton.
Soudain un énorme craquement et Gabrielle se retrouve projetée en avant. Une vive lumière puis plus rien.
Lentement le cerveau de Gabrielle se réveille et elle se redresse sur ses coudes. La douleur dans sa tête est lancinante et elle a du mal à garder les yeux ouverts. Elle ne reconnaît pas l'endroit où elle se trouve mais ce n'est assurément pas un lieu familier, en tous cas pas son habitat habituel. Une auberge ? Non la pièce est vaste et très claire, pas ce qu'elle connaît.
Une femme entre dans la chambre . Elle est vêtue de blanc mais ses vêtements sont bizarres.
"Vous êtes réveillée ? C'est bien." "Qui êtes vous ? Où suis-je ?" Demande-t-elle. "Vous avez eu un accident de voiture, on vous a amenée à l'hôpital avec une autre jeune femme. Elle est commotionnée aussi et pas réveillée. '
Gabrielle est confuse, tant de mots qu'elle ne comprend pas. Et son mal de tête n'arrange rien.
"Où est-elle ? Elle est blessée? Elle s'appelle Xenia, je ne la connais pas. Je peux la voir ?" "Ce ne serait pas prudent de vous lever."
Gabrielle tente de se redresser plus mais elle retombe sur le lit. Elle est perturbée. Elle ne comprend pas. Où est la vérité ? Ici ou... ailleurs ?
Gabrielle se rendormit rapidement, fatiguée par les derniers évènements et par la chaleur lourde qui régnait dans la pièce. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle se sentait mieux et le mal de tête s’était réduit à un léger battement à l’arrière de son crâne. Malhabilement, elle sortit du lit et se dirigea vers l’ouverture dans le mur, une ouverture très bizarre qui donnait sur l’extérieur mais qui était recouverte d’une matière transparente et solide sous ses doigts.
D’abord, elle regarda vers le bas pour constater que la pièce où elle se trouvait était visiblement en hauteur, comme dans les étages d’un château. Ensuite, elle leva les yeux vers l’horizon et son front se plissa tandis que sa bouche s’entrouvrait de stupeur. A l’horizon, se découpant nettement dans la faible lueur du soir, elle apercevait la silhouette du Parthénon. Mais d’un parthénon qui avait perdu de sa superbe, semblant visiblement plus ou moins délabré.
La barde resta un moment à réfléchir à la situation, puis finit par prendre une résolution. La seule personne qui pourrait, peut-être, lui donner quelques explications, était sans doute Xénia qui lui avait paru fort sympathique. Et puis, elle craignait de passer pour une folle si elle interrogeait quelqu’un d’autre.
Elle alla donc vers la porte de la pièce et l’ouvrit pour se trouver dans un long corridor où se trouvaient de nombreuses portes identiques à celle qu’elle venait de pousser. Cela ne la fit hésiter qu’une seconde puis, résolument, elle s’engagea dans le couloir. Heureusement, Gabrielle se rendit rapidement compte que chacune des portes qu’elle avait vues n’étaient pas fermée, mais entrouverte. Il lui fut alors facile de jeter un simple coup d’œil en passant jusqu’à ce qu’elle reconnaisse enfin Xénia, allongée sur un lit et la jambe enveloppée dans une étrange structure blanche.
La jeune femme brune interpella la jeune femme blonde dès qu’elle apparut à la porte :
-« Ah te voilà ! »
Gabrielle prit une profonde respiration.
"Okay, toi, tu es réelle.
- Ouais ! En chair et en plâtre ! Comment vas-tu ? Je suis désolée de l'accident. Un mec bourré a fait une embardée derrière nous et il a touché la bagnole. Heureusement qu'on avait nos ceintures."
Gabrielle cligna des yeux en essayant de comprendre le sens de la phrase. Bagnole, ça devait être le char.
"Ta jambe ?" Elle leva la main comme pour la toucher.
"Oh, tu peux toucher. Le genou est abimé, mais les chirurgiens ont réparé. Je vais bientôt pouvoir remarcher. Avec des cannes, mais ça devrait aller.
Gabrielle fit une grimace. Elle se souvenait d'avoir eu besoin de cannes.
Xenia continua. "Tu as réussi à appeler ton amie d'Athènes ?"
Gabrielle hésita.
"Non, c'est... compliqué.
- Ca l'est toujours, ma chérie. Allez, raconte-moi. On a du temps."
Avec un grand soupir, Gabrielle essaya de résumer.
"Je cueillais des herbes pendant que mon amie faisait un tour, puis, j'ai eu un blanc, je t'ai rencontrée, on a eu un accident et je me suis réveillée ici. Je ne sais pas ce qui est vrai, mais je ne fais pas partie de ce temps.
- Hmmm. C'était quoi comme herbes ? Ca a l'air intéressant."
Xenia arborait un grand sourire.
"Non, mais ce n'était pas de la jusquiame. Je la connais celle-là. Elle se mélange très bien au pain. C'était autre chose.
- Des champignons ?"
Un regard noir lui fit changer de sujet.
"Bon, garde tes secrets. On a du temps, on peut causer. Tu veux dire quoi quand tu dis que tu ne fais pas partie de ce temps ?"*
Gabrielle chercha ses mots.
"C'est comme... comme si j'avais changé de monde. J'ai du mal à comprendre ta langue, je ne comprends pas comment les chars roulent sans chevaux, je ne vois pas de boeufs travailler aux champs. Les gens sont habillés bizarrement. Il mangent des trucs écoeurant et ça n'a rien à voir avec le poulpe cru que j'ai pu manger en bateau. Ne pose pas de questions."
Xenia la regardait sans rien dire, en essayant de comprendre.
"Et... ton amie ?
- Je ne sais pas si je dois espérer qu'elle soit ici en même temps que moi ou si je préfère qu'elle soit à l'abri dans notre temps."
"Gabrielle, i faut que je te dise quelque chose. En fait je me suis arrêtée parce que je pensais que tu me faisais une blague".
"Une blague ?"
"Oui, je pensais que tu étais mon amie Marielle, à part les cheveux et les vêtements, et je ne comprenais pas ce qu'elle faisait là."
"Ton amie s'appelle Marielle ? Où est-elle alors en ce moment.
"Probablement à l'appartement à m'attendre pour fêter Noël mais je n'arrive pas à la joindre."
"L"appart... Noël ??"
"La maison. Tu ne connais pas Noël? C'est une fête religieuse et on s'offre des cadeaux."
"Ah le Solstice."
"Si tu veux."
(Fondu enchaîné)
La jeune femme s"éveille brusquement et se redresse sur ses coudes. "Qu'est-ce que je fais là ? Ce n"est pas l'appartement c"est sûr. Marielle réveille-toi! Zut ! Je n"aurais pas dû boire du lait de poule en attendant Xenia."
Une voix pas très loin, "Gabrielle... Gabrielle, où es-tu ?"
Une voix familière mais pourquoi Gabrielle ? "Ohhh j'ai vraiment abusé du lait de poule, moi."
Une grande silhouette lui masque le soleil. "Gabrielle, qu'est-ce que tu fais allongée ? Tu t"es endormie ? Tu as consommé de l'herbe aux poules ?"
"Hein ? Non, pas de l'herbe, je ne fume pas. Du lait, du lait de poule. Eh pourquoi je réponds, moi ? Xenia qu'est-ce que tu fais là dans cet accoutrement ? Et tes cheveux ? Tu les as teints en noir ?"
"Xenia ? Qu'est-ce que tu racontes ? Je m'appelle Xena, pas Xenia ! Tu es vraiment à l'Ouest !"
"A l'Ouest d'où ? On est où là ?"
"Près d'Athènes, bon on ne peut pas traIner ici, il y a des brigands partout. Lève-toi Gabrielle, on s'en va."
"Ok tu es Xena, pas Xenia, ben moi je ne suis pas Gabrielle, je m'appelle Marielle et je me demande ce qui m'arrive." Marielle se lève et suit... Xena même si ça parait bizarre.
Tout à coup des cris qui se rapprochent. Xena sort une épée de son fourreau et se met en position de défense. "Des brigands ! Gab... Marielle, prends ton bâton et défends-toi."
Mon bâton ? de quoi elle parle là, l'Amazone guerrière ?
"Marielle, vite ils sont nombreux."
Ben il est où ce bâton ? Le temps de réfléchir, Marielle sent un énorme coup sur sa nuque et perd connaissance.
(fondu enchaîné)
Une infirmière passa la tête par la porte entrouverte, un sac en plastique à la main.
« Ah, vous êtes là toutes les deux, parfait. Mademoiselle... Gabrielle, c'est ça ? On a récupéré vos affaires dans le véhicule. »
Elle posa le sac sur le lit de Xenia, à portée de main de Gabrielle, avant de repartir aussi vite qu'elle était venue.
Gabrielle resta un moment sans bouger, les yeux fixés sur le plastique froissé. Tant qu'elle ne l'ouvrait pas, elle pouvait encore se dire que tout ceci n'était qu'un mauvais rêve, une fièvre, une confusion qui se dissiperait avec le sommeil. Mais si le sac contenait quelque chose qui n'appartenait pas à ce monde-ci, alors il n'y aurait plus de rêve possible. Il y aurait deux vies, aussi réelles l'une que l'autre, et une déchirure entre les deux qu'elle ne saurait peut-être jamais refermer.
Elle tendit la main, la retira, la tendit à nouveau. Puis, serrant les dents, elle ouvrit le sac.
À l'intérieur : un vêtement qu'elle ne reconnaissait pas, une petite fiole de verre fermée par un bouchon de liège contenant un reste de poudre verdâtre, un morceau de parchemin plié en quatre, et une broche de bronze terni, ouvragée, dont le fermoir n'avait rien de moderne.
Xenia se redressa sur un coude, fronçant les sourcils.
« C'est quoi, ça ?
— De la sauge séchée. Pour les blessures qui s'infectent. » La réponse avait fusé, rapide et sûre.
Gabrielle déplia le parchemin avec des gestes lents, presque révérencieux. Des lettres grecques, tracées à l'encre pâlie, couvraient la surface craquelée. Elle referma les yeux un instant en les lisant, comme si les mots lui faisaient mal.
Xenia tendit le cou pour regarder par-dessus son épaule.
« Attends. C'est... c'est du grec, ça ? Du vrai grec ancien ? »
Elle attrapa son téléphone sur la table de nuit, ouvrit un traducteur, hésita devant les caractères qu'elle ne savait même pas retranscrire, puis reposa l'appareil, dépassée.
« Et cette broche, c'est quoi comme métal ? On dirait un truc de musée. »
Gabrielle referma les doigts sur l'objet sans répondre. Le silence qui suivit dura une bonne minute. Xenia regardait tour à tour la fiole, le parchemin, la broche, comme on regarde quelque chose qui ne devrait pas exister, mais qui existe quand même.
« Tu sais, l'association que je t'ai donnée. Nostoi. C'est moi qui l'ai fondée, avec deux amis. On aide les gens qui... qui ont disparu quelque part, dans leur tête, et qui n'arrivent plus à revenir. Des trucs de traumatisme, de dissociation, je sais pas comment on appelle ça chez toi. On les aide à rentrer. »
Elle tourna la tête vers Gabrielle.
« Je te l'ai donnée sans réfléchir. Comme un réflexe. Mais peut-être que c'était pas un hasard. »
Gabrielle ne répondit pas tout de suite. Elle faisait tourner la broche entre ses doigts, et ce simple geste sembla la vider d'un coup. Sa vue se brouilla, le plafond blanc de la chambre parut s'incliner légèrement.
« Gabrielle ? »
La voix de Xenia lui parvint étouffée, très lointaine.
« Ça va, dit-elle en refermant le poing sur la broche. Juste... un vertige. »
Ce n'était pas tout à fait un mensonge. Quelque part, ailleurs, elle avait senti un coup — sourd, brutal, à l'arrière du crâne — sans savoir si c'était le sien.
Xenia l'observait, pas dupe, mais elle ne la brusqua pas. Elle attendit.
« Tu veux m'en parler ? De ce que tu me caches ?
— Pas encore. »
Gabrielle glissa la broche et le parchemin dans sa main, referma le poing dessus, et regarda la carte Nostoi posée sur la table de nuit.
« Mais je crois que je vais avoir besoin de ton association, tôt ou tard »
Xéna batailla, frappa du poing, du pied et de l’épée jusqu’à ce que les brigands soient en déroute, les deniers encore debout emportant avec eux ceux qui étaient inconscients ou trop blessés pour fuir par leurs propres moyens. La guerrière les regarda filer un instant, mais choisit de ne pas les poursuivre, préférant plutôt s’agenouiller près du corps, resté à terre, de sa jeune compagne.
Délicatement, elle posa la tête de la jeune femme sur ses genoux, l’appelant doucement.
-« Gabrielle ! Marielle ! Ou qui que tu sois, réveille-toi ! »
Elle n’obtint aucune réponse. Alors, elle fouilla dans les mèches blondes, à la recherche d’une plaie, ou au moins de traces du coup reçu par sa jeune compagne.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Gabrielle sentit le mal de tête arriver aussitôt après la sensation de coup. Il lui semblait que l’atmosphère de la chambre devenait de plus en plus chaude. Sa tête commença à tourner et la voix de Xénia lui paraissait de plus en plus lointaine. Elle lâcha la carte Nostoi qui tomba lentement au sol et se dirigea lentement vers la fenêtre de la chambre, espérant y trouver un peu d’air frais. Mais elle n’eut pas le temps d’y arriver et s’écroula lentement sur le lino qui recouvrait le sol.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
Marielle ouvrit lentement les yeux et observa les alentours avec curiosité d’abord, perplexité ensuite. Elle avait l’impression d’être dans le vide. Pourtant le sol, sous ses pieds semblait solide. Elle se trouvait dans une pièce, faute d’autre mot, qui semblait n’avoir ni mur, ni sol, ni plafond. Fronçant les sourcils elle avança lentement, jetant de nombreux regards à droite et à gauche, intriguée par l’espèce de brume blanchâtre qui flottait autour d’elle.
Après avoir marché sans doute plus de dix minutes, les alentours lui semblaient identiques à l’endroit où elle était revenue à elle. Et, alors qu’elle cessait d’avancer, un peu découragée, elle aperçut une silhouette sur sa gauche, non loin d’elle. Une silhouette qui ressemblait étrangement à la sienne. Rapidement, elle se dirigea vers la femme, s’apercevant rapidement que celle-ci lui ressemblait tellement qu’elles semblaient êtres des jumelles.
-« Bonjour, on se connait ? »
Gabrielle releva la tête et dévisagea sa vis-à-vis un instant avant de répondre doucement
-« Non, je ne crois pas qu’on se soit déjà rencontrées, mais… il semble que nous ayons quelques points communs, au moins physiquement. Et peut-être même sur bien d’autres sujets. »
Marielle hocha la tête puis désigna le sol à Gabrielle.
-« On devrait s’asseoir et en parler, non ? Peut-être qu’en parlant nous pourrons comprendre ce que nous faisons là, et trouver des explications à toute sorte d’évènements récents, mais particulièrement étranges. »
Gabrielle acquiesça d’un mouvement du menton en marmonnant
« Espérons-le »
La jeune femme revint brutalement dans un endroit où elle ne voulait pas être et où elle vit une grande silhouette qui devait être Xena et qui lui tournait le dos.
"Xena ?" appela-t-elle.
La grande femme se retourna et il lui sembla qu'elle était perturbée. "Xena ?! Marielle c'est toi ou c'est cette Gabrielle ? Et qu'est-ce que je fais ici ? C'est qui tous ces types allongés ?"
"Xenia ? C"est toi ? Oui je suis Marielle... ce sont des bandits et ils sont morts ou presque je pense."
"Morts ? Qui a fait ça ? "
"Ben c"est toi... enfin c'est Xena, qui est toi, enfin..."
La jeune blonde expliqua la situation à Xenia pour compléter ce qu'elle savait déjà. Mais cette dernière restait confuse et ce carnage...
Gabrielle se vit de retour dans la chambre d'hôpital pour saisir la vision de Xenia ? Xena ? en train d'arracher le plâtre de sa cheville.
"Xenia ?" Appela-t-elle. Elle crut plutôt reconnaître la personnalité de sa compagne dans cette frénésir à se débarrasser d'une entrave, ce qu'elle réussit bien évidemment à faire. "Xena ? Comment ça se fait que..."
"Gabrielle, je n'y comprens rien. Tu es bien Gabrielle ?"
"Oui et il faut qu'on trouve une solution à tout ce fatras. Xenia m'a parlé de son... association, Nostoi, le retour. C'est peut-être ça qui va nous aider. J'ai un morceau de papier avec ce qui ressemble à une adresse. On devrait y aller."
"Je refuse de partir habillée comme ça ! " Dit Xena.
Gabrielle fouilla l"armoire et en sortit une tenue un peu comparable à la sienne qu'elle tendit à Xena avec une paire de bottines. Xena ne se posa pas de questions et enfila ces vêtements bizarres mais confortables et qui lui allaient comme un gant.
Elles sortirent en douce de l'hôpital et Gabrielle aperçut une rangée de chars jaunes qui semblaient attendre. Elles s'approchèrent du premier où une femme, appuyée contre le char attendait.
"Vous m'avez l'air paumées vous deux, je peux vous emmener quelque part ?" Dit la femme.
Gabrielle lui tendit le carton ayant vaguement compris ce qu'elle disait, dans un grec bizarre.
"Allez, montez." Leur dit-elle.
Xena se mit devant la portière fermée et attendit. Gabrielle vint à son secours et lui ouvrit. Dans un grand soupir la guerrière s'assit et Gabrielle la rejoignit.
Le trajet fut silencieux, enfin à part la femme qui n'arrêtait pas de parler.
Elles arrivèrent à destination et Xena sortit rapidement. La femme se tourna vers Gabrielle et lui dit "C'est 20 euros." "20 taureaux ! mais je n'ai pas ça moi !" "OK c'est bon, vous êtes vraiment paumées ! "
Gabrielle rejoignit Xena et elles s'approchèrent du bâtiment. Sur la surface transparente comme celle d'un lac, il y avait une pancarte avec écrit NOSTOI.
"Nous sommes au bon endroit mais il faut entrer. Heureusement quelqu'un sortit au même moment et elles en profitèrent. Heureusement encore NOSTOI était au rez-de-chaussée et c'était indiqué sur la porte. Mais celle-ci était fermée. Xena suggéra qu'elle l'ouvre à sa manière mais Gabrielle eut une idée. Elle fouilla dans "sa" poche et trouva des clés. Elles entrèrent dans l'appartement et se mirent à chercher ce qui pourrait les aider à rentrer.
Gabrielle trouva un autre carton avec un nom : Mattie McGovers - Hypnothérapeuthe...
Gabrielle retourna la carte entre ses doigts, plusieurs fois, comme si le nom allait finir par lui parler autrement. Les lettres lui étaient étrangères, plus heurtées que le grec, plus denses aussi.
« Xena, tu peux lire ça ? »
Elle lui tendit la carte, Xena la prit, plissa les yeux et étrangement les mots semblèrent se former d'eux-mêmes sous son regard.
« Mattie McGovers. Hypno... thérapeute. » Elle prononça chaque syllabe comme si elles lui venaient de quelqu'un d'autre, par-dessus son épaule. Elle regarda ses mains ensuite, perplexe. « Je ne sais pas comment je peux lire ça. »
Elles continuèrent à chercher, et ce fut Xena, sans surprise, qui trouva le tiroir fermé à clé — et qui, sans davantage de cérémonie que pour une quelconque porte de donjon, le fit sauter d'un coup de coude. À l'intérieur, des dossiers suspendus, classés par ordre alphabétique. Cette fois, ce fut Xena elle-même qui fit courir ses doigts sur les onglets, comme guidée, jusqu'à s'arrêter, net, sur un nom.
« Stavros. Xenia. »
Elle resta un instant sans bouger, comme frappée par la sonorité de ce nom.
Le dossier était fin. Presque rien dedans, à part quelques pages jaunies et une note manuscrite, griffonnée en travers de la première feuille comme on écrit quelque chose qu'on ne veut pas relire deux fois. Xena la lut à voix haute, lentement, butant sur certains mots :
« Cas non résolu. Elle n'a jamais voulu savoir. »
Puis, plus bas, souligné deux fois :
« Déjà vu. »
Gabrielle, qui n'avait saisi que des bribes, sentit malgré tout un frisson parcourir sa nuque.
« Qu'est-ce que ça raconte ?
— Je ne sais pas comment je le sais, dit Xena, la voix presque absente. Mais je crois que Xenia est déjà venue ici. Avant. Il y a longtemps. »
Un bruit de clé dans la serrure les fit sursauter toutes les deux. La porte s'ouvrit sur une femme d'un certain âge, cheveux gris coupés courts, un sac encore sur l'épaule, qui se figea en les voyant plantées devant le tiroir éventré.
« Je peux savoir ce que — »
Elle s'arrêta net. Son regard passa de Gabrielle à Xena, s'attarda sur cette dernière un instant de trop.
« Toi, dit-elle enfin, d'une voix changée. Ça fait longtemps. »
Xena redressa le menton, une main déjà prête à se poser sur une épée qui n'était pas là.
« On se connaît ?
— Pas toi. Elle. » Mattie McGovers désigna d'un geste vague quelque chose qu'elle seule semblait voir, quelque part derrière les yeux de Xena. « Xenia. Il y a vingt-deux ans, elle est venue me voir parce qu'elle disait qu'elle n'était plus tout à fait elle-même, pendant des jours. Elle rêvait d'être quelqu'un d'autre. Une guerrière, elle disait. Elle avait treize ans, une famille qui s'inquiétait, et moi je débutais dans ce métier avec plus d'intuition que de certitudes. »
Elle s'avança lentement, posa son sac, s'assit lourdement sur le bord du bureau, les jambes tremblantes.
« Je l'ai aidée à revenir. Ou plutôt — je l'ai aidée à choisir d'oublier, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Elle n'a plus jamais voulu en parler. Mais elle a fondé cette association avec moi, des années plus tard, sans vraiment dire pourquoi ce mot, Nostoi, s'était imposé à elle plus qu'un autre. »
Gabrielle serra la broche dans sa poche.
« Le retour, murmura-t-elle.
— Le retour, oui. » Mattie la regarda enfin en face, et quelque chose dans son expression se durcit. « Et vous, vous êtes venues me dire que ce n'était pas fini. C'est ça ? »
Personne ne répondit. Personne n'avait besoin de répondre.
Mattie se leva, contourna le bureau, et tendit la main vers Gabrielle sans même demander la permission.
« Montrez-moi ce que vous avez sur vous. Tout ce qui ne devrait pas être là. »
Gabrielle sortit la broche, puis le parchemin. Mattie les prit avec des gestes lents, les posa côte à côte sur le bureau, recula d'un pas, les observa comme on observe une équation qu'on n'a jamais réussi à résoudre mais dont on connaît chaque terme par cœur.
« Je n'ai jamais compris le mécanisme. Vingt-deux ans, et je n'ai toujours pas la moindre explication scientifique à donner. Ce que je sais, c'est que ça n'arrive jamais au hasard, et que ça ne s'arrête jamais tout seul. Il faut un geste. Une clôture. »
Elle regarda Xena, puis Gabrielle, semblant soupeser laquelle des deux comprendrait le mieux ce qu'elle allait dire.
« La dernière fois, Xenia n'a pas fermé la porte. Elle l'a juste laissée entrouverte, pendant vingt-deux ans, sans le savoir. Et vous êtes passées par là. »
Xena s'avança, posa sa main à plat sur le bureau, tout près de la broche.
« Alors comment on la ferme, cette porte ? »
Mattie prit une inspiration, hésitante.
« On ne la ferme pas de force. On la referme en remettant chaque chose à sa place. Chaque objet, chaque mémoire, chaque nom — là où il appartient. »
Elle tendit la broche à Gabrielle.
« Celle-ci est à vous. Depuis toujours, dans votre temps. » Puis le parchemin, qu'elle plaça dans les mains de Xena, qui ne savait pas lire les mots mais reconnut, sans doute, quelque chose dans le tracé même des lettres. « Et vous, vous savez déjà à qui appartient ceci. »
Gabrielle regarda Xena. Xena regarda Gabrielle. Il y eut un instant, très court, où aucune des deux ne sut plus très bien laquelle des deux vies elle regrettait le plus de quitter.
« Xena, dit doucement Gabrielle. C'est l'heure de rentrer.
— Je sais. » La guerrière — ou ce qu'il en restait, engoncée dans ce corps qui n'était pas tout à fait le sien — eut un sourire bref, presque timide, qui n'appartenait à aucune des deux femmes qu'elle avait été ce jour-là. « On dirait qu'on a déjà fait ça, toutes les deux. Quelque part. »
Mattie posa une main sur l'épaule de chacune, dans un geste qui n'avait rien de rituel et tout de simplement humain.
« Fermez les yeux. Pensez à la rivière. »
________________________________________
La lumière de fin d'après-midi tombait doucement sur l'eau lorsque Xena sentit sa compagne s'agiter contre elle. Gabrielle ouvrit les yeux d'un coup, inspira fort, comme quelqu'un qui refait surface après trop longtemps sous l'eau.
« Xena ?
— Je suis là. Tu t'es endormie près du bosquet, avec tes fleurs.»
Gabrielle se redressa lentement, la main portée à sa poche, où elle trouva, sans surprise, la broche qu'elle portait depuis toujours — celle que sa mère lui avait donnée, celle qu'elle n'avait jamais quittée, mais qui, pour la première fois, lui sembla porter un poids différent.
« J'ai rêvé de toi, dit-elle. Enfin — de nous. Mais ailleurs. Autrement. »
Xena l'observa un long moment, avec cette expression qu'elle réservait aux rares choses qu'elle ne comprenait pas tout à fait, mais qu'elle choisissait de croire quand même, puis déposa un léger baiser sur les lèvres de la barde, qui lui sourit en retour.
« Raconte-moi en marchant. On a de la route. »
Elle tendit la main à Gabrielle pour l'aider à se relever. La barde la saisit, se leva, et jeta un dernier regard vers la rivière, comme si quelque part, très loin, dans un temps qui n'était pas le sien, quelqu'un d'autre venait tout juste, elle aussi, d'ouvrir les yeux.
Fin.
Onde de Tempête
(Storm Surge)
Melissa (Missy) Good
Traduction Fryda – 2025/2026
Chapitre 8
************************
« Madame, je comprends bien mais je ne peux pas vous laisser aller plus loin. C’est dangereux. La route est bloquée et on a appelé une escouade de déminage », dit le soldat. « Je ne sais pas quand ils arriveront. Ils ont sillonné la ville ce soir. Les gens sont vraiment nerveux. »
La Sénatrice Stuart croisa les mains d’exaspération, se tournant pour regarder ses assistants. « C’est ridicule », dit-elle. « Je comprends la sécurité mais que sommes-nous censés faire, dormir dans la voiture ? »
« Sénatrice, s’il vous plait », dit le plus âgé des assistants, un homme d’âge moyen avec une barbe. « Laissez-moi arranger une alternative. Je suis sûr qu’il y a un hôtel dans la zone où nous pourrons aller. Votre sac de voyage est dans le coffre. »
« C’est une bonne idée, madame », ajouta le soldat avec respect. « Bien que je pense que vous allez passer pas mal de coups de fil, j’entends dire que tout est plutôt occupé. »
Cynthia s’adossa, la détresse apparente sur son visage. « Bien, Bonté divine. »
« Mère. » Kerry se pencha en avant et lui toucha le genou. « Il y a deux chambres de libres dans mon hôtel. Je leur ai demandé de les réserver. »
Sa mère regarda les quatre assistants. « Je l’apprécie beaucoup… cependant… »
« Il y a trois chambres dans ma suite. » Kerry saisit son inquiétude avec acuité. « Tu es plus que bienvenue de la partager avec moi. » Du coin de l’œil elle vit les assistants se détendre, leurs épaules s’affaissant et des regards voilés de gratitude dans sa direction.
Mais sa mère hésitait encore.
« Je veux dire… » Kerry pouvait sentir l’ironie aller jusque dans ses orteils. « Nous sommes de la famille. »
Cela sembla sortir la sénatrice de sa rêverie. « Bien sûr que oui », dit Cynthia avec brusquerie. « Bien sûr et c’est une solution parfaite. Merci beaucoup, Ker… ry. » Elle montra la vitre qui les séparait du chauffeur. « S’il vous plait, dites-lui de nous emmener… » Elle jeta un coup d’œil à sa fille.
« Mandarin Oriental », fournit Kerry. « C’est aux abords de la ville. »
Sa mère cligna des yeux. « Oui, en effet », acquiesça-t-elle d’un ton mitigé. « Un hôtel agréable. J’étais à un banquet juste le mois dernier. »
« Mandarin Oriental », dit l’un des assistants au chauffeur. « Emmenez-nous loin d’ici. »
Le véhicule tourna et s’éloigna de la zone bloquée, et tout le monde s’installa dans son siège tandis qu’ils traversaient la ville quasiment désertée.
« Bien », dit Cynthia après un moment. « Ceci était inattendu. » Elle croisa les mains sur ses cuisses. « Je suis contente que tu aies eu la prévoyance d’appeler l’hôtel, Kerry. C’était très proactif de ta part. »
« On m’a appelée comme ça déjà. » Kerry décida que ça n’embêterait pas sa boss qu’elle prenne le crédit de sa réflexion rapide cette fois. « Je suis contente qu’ils aient eu l’espace. La journée a vraiment été longue », dit-elle. « J’ai hâte de prendre du repos. »
Les assistants hochèrent la tête. « Vous avez bien raison, Ms Stuart », dit le plus âgé. « Ça a très certainement été rude aujourd’hui. »
Kerry se rendit compte que c’était la première fois que l’assistant s’adressait à elle directement. « C’est l’une de ces choses dont je pense que vous vous rappellerez où vous étiez quand c’est arrivé », fit-elle remarquer. « Ce sera le cas pour moi. »
Les autres assistants hochèrent la tête.
Cynthia pinça les lèvres un instant. « Je pense honnêtement que je suis très contente d’avoir été à la maison quand j’en ai entendu parler », dit-elle. « Et que tous mes enfants l’étaient aussi. On s’inquiète pour sa famille dans ce genre de moments et il se passait tellement de choses. »
Curieusement, Kerry se trouvait en total accord avec ceci. « Je suis contente aussi », dit-elle. « Je suis contente que tu n’aies pas été à Washington et je suis contente de ne pas avoir eu à pourchasser Mike et Angie pour m’assurer qu’ils allaient bien et que Mike ne se trouvait pas à New York pour de la promotion. »
« Absolument », murmura sa mère. « Il y a encore des gens dont tu n’as pas entendu parler ? »
Kerry hocha la tête. « Mais nous espérons que c’est juste parce que les communications ne fonctionnent pas », dit-elle tranquillement. « Peut-être qu’on aura des nouvelles demain. »
Un silence pensif tomba. Kerry posa sa tête contre la vitre. Ses yeux lui brûlaient et elle vérifia sa montre, pour voir que les aiguilles pointaient presque minuit.
La journée avait été très longue. Le temps qu’elle avait passé à faire des crunchs dans la lumière du petit matin lui semblait bien loin.
Vraiment très loin.
Elle jeta un coup d’œil par la vitre pour voir des explosions de lumière clignotante. Une file de voitures de police les dépassa, se dirigeant dans la direction opposée dans un silence étrange et sans sirène. Elle étudia les immeubles qu’ils dépassaient, la plupart aux fenêtres éteintes, certains avec des entrées bloquées par de grands véhicules à l’air solide.
Comme assiégés ?
Kerry supposa que c’était ce que ça devait faire comme effet. Personne ne savait vraiment s’il y aurait d’autres attaques et s’il y en avait, quelles formes elles prendraient. Des voitures piégées ? Peut-être. Des humains piégés ? Cela arrivait au Moyen Orient tous les jours.
« C’est fou. » Un des assistants regardait aussi par la vitre. « Qu’est-ce qui ne va pas chez ces gens ? »
« Et bien. « La Sénatrice Stuart parla tout haut. « Je présume qu’ils… qui qu’ils soient, disent probablement la même chose de nous, où qu’ils puissent être », dit-elle. « Il y a juste trop d’intolérance dans le monde. Voilà le vrai problème. »
« Sénatrice, ces gens sont tarés. Des gens qui font voler des avions dans des immeubles, ne sont pas intolérants, ils sont cinglés », dit l’un des plus jeunes assistants. « Ce n’est pas humain. »
« Ils faisaient la fête là-bas. Avez-vous vu ça sur CNN ? » Dit une jeune assistante. « Il y avait des gens là-bas qui acclamaient quand ils voyaient des corps sauter de la tour pour trouver la mort. »
La Sénatrice Stuart entrelaça ses doigts. « Bon, pourquoi feraient-ils ça ? » Demanda-t-elle. « Quel genre de haine peuvent-ils ressentir qui les fait célébrer une chose aussi horrible ? »
« Je ne pense pas vouloir le savoir », dit la jeune femme. « Il n’y a pas moyen de comprendre ça. Nous devrions juste envoyer nos propres avions là-bas et les renvoyer. »
« Les faire arrêter d’acclamer », approuva le jeune assistant. « Ce sont juste des animaux. »
Cynthia fronça les sourcils. « Je suis sûre que nous allons riposter. » Elle soupira. « Et pourtant, qu’est-ce que ça apportera à long terme ? Plus de désastres. » Elle secoua la tête. « Mais j’ai bien peur que vous ayez raison. Nous n’avons pas de référence commune. »
Kerry pencha la tête d’un côté et mit son doigt dans son oreille, la secouant vigoureusement.
« Quelque chose ne va pas ? » Demanda sa mère.
« Désolée. » Kerry secoua la tête. « Je pensais que mon cerveau sortait pendant un moment. » Elle entrelaça ses doigts sur ses cuisses. « Le manque de tolérance et la compréhension ne sont pas spécifiques aux gens qui pilotaient ces avions », dit-elle. « Je pense que ça fait partie de la nature humaine, de ne pas aimer et de craindre les choses qu’on ne peut pas vraiment gérer. »
Sa mère plissa légèrement les yeux, mais Kerry réussit à afficher une expression mitigée. « Mais pourtant, il n’y a aucune excuse à ce que ces gens ont fait. Il n’y aurait aucune excuse si c’était nous qui le faisions. La violence n’est pas la réponse. »
La sénatrice hocha immédiatement la tête. « C’est exactement ce que je voulais dire. »
« Surtout pas dans ces circonstances », continua Kerry. « Disons qu’on envoie des avions là-bas et qu’on lâche des bombes. Quoi ensuite ? Nous ne savons pas où les gens qui ont planifié ça se trouvent, alors on lâche une bombe et on tue deux mille personnes innocentes. En quoi ça résout le problème ? En quoi cela nous rend meilleurs qu’eux ? »
« Et bien… » Dit l’assistante.
« Alors ils envoient plus de gens faire des choses plus horribles et nous envoyons plus de bombes… quel est l’intérêt ? Ça ne nous amène nulle part. » Kerry soupira. « Ma mère a raison. Nous avons une trame commune de référence avec ce groupe de personnes qui ont été une civilisation de deux mille ans, plus que la durée de l’existence de notre pays. Ils pourraient aussi bien être ET. »
Cynthia avait l’air un peu submergée par cette approbation. « Oui », dit-elle après une pause. « C’est exactement mon point. »
Le silence tomba tandis qu’ils dépassaient un autre barrage de voitures de police.
« C’était vraiment un bon film », s’aventure le jeune assistant. « ET, je veux dire. »
Ça faillit presque faire glousser Kerry. Elle s’appuya contre l’accoudoir de la limousine et reposa sa tête contre le verre, espérant que l’hôtel n’était plus très loin. La conversation virait positivement vers la zone dangereuse.
*************************************
Le lobby de l’hôtel était assurément calme. Kerry portait son sac en bandoulière et elle se dirigeait vers le comptoir de la réception où deux réceptionnistes se tenaient, le dos tourné, regardant CNN à la télévision.
Un des assistants se précipita pour la rattraper. « Ecoutez, Ms Stuart… »
« Hm ? » Kerry tourna la tête et le regarda. Il était du genre moyen. Taille moyenne, teint moyen, châtain moyen. La seule chose qui ressortait c’était de beaux cils longs et bien entretenus qui donnaient l’impression d’être faux.
Elle espéra que ce ne soit pas le cas. « Oui ? »
« Merci pour les chambres », dit l’homme. « Je n’avais pas très envie de dormir dans la voiture. »
Kerry plissa un peu le front. « Vous n’avez pas d’appartement ici ? » Demanda-t-elle. « Vous ne dormez pas dans le garage de la maison familiale si ? »
L’homme gloussa. « « Non. Il y a un immeuble avec des appartements pour le personnel mais c’est en face de la rue où se trouve la maison de la Sénatrice. Nous vivons là-bas. »
« Ah. » Kerry sortit son portefeuille en approchant du comptoir. « Bonsoir, messieurs. »
Les deux réceptionnistes se retournèrent. « Oh. » Celui de gauche s’avança rapidement. « Désolé. Nous étions juste… »
« Nous savons. » Kerry leva la main. « C’est bon. J’ai une réservation… en fait probablement trois… sous le nom de soit Stuart soit Roberts. »
L’assistant la regarda, les sourcils froncés au-dessus de ses cils étonnants.
« Mon nom d’épouse. » Kerry ne put résister, ajoutant un sourire tandis que l’homme sursautait. « Je ne sais jamais comment Dar va réserver. »
« Oui, c’est bon pour nous, Ms Stuart », l’interrompit le réceptionniste. « J’ai deux chambres de luxe avec deux lits et la suite Présidentielle. » Il jeta un coup d’œil derrière elle. « Avez-vous des bagages dont nous pouvons nous occuper ? »
« Non. » Kerry lui tendit sa carte de société. « Je n’ai que mon sac et le reste du groupe ne s’attendait pas à avoir besoin d’un hôtel. Auriez-vous des trousses de toilette pour eux ? »
« Bien sûr », dit l’homme instantanément en lui rendant sa carte. « C’est déjà payé, madame. »
Kerry leva les yeux au ciel. « Bien sûr que ça l’est. » Elle rit entre ses dents. « D’accord, nous avons besoin de deux clés pour chacune des chambres, s’il vous plait. » Elle tapota le comptoir avec sa carte. « Et pourriez-vous m’envoyer du thé chaud à la suite ? Mon crâne va exploser. »
« Absolument. » Le réceptionniste écrit quelque chose sur un bloc. « Un genre particulier ? Nous avons une sélection. »
« Jasmin vert ? » Demanda Kerry avec espoir. « Avec du miel ? »
« Pas de problème. »
« Devons-nous mentionner… » L’assistant regarda derrière eux dans les profondeurs du lobby spacieux où la Sénatrice et les autres assistants attendaient.
« Probablement pas », dit Kerry. « Pas besoin de publicité, même si ma mère n’est pas vraiment du genre politicienne de haut vol comme l’était mon père. » Elle saisit le coup d’œil furtif du réceptionniste et sourit.
« Bien vu », approuva l’assistant. « La Suite Présidentielle hein ? J’en ai vu des photos. C’est luxueux. »
Kerry prit les clés qu’on lui tendait. « Après quelques temps, elles se ressemblent toutes. » Elle tendit les autres clés à l’assistant. « Peu importe si elles sont agréables, ce n’est pas la maison. »
Ils retraversèrent le lobby vers le reste du groupe qui attendait. Les trois autres assistants cessèrent de parler tandis qu’ils s’approchaient et ils se regardèrent.
La jeune assistante s’éclaircit la voix. « Basil, ça te dit qu’on partage ? Nous étions ensemble à la fac. »
« Bien sûr », dit le plus jeune. « Pas de problème. »
L’assistant avec Kerry fit passer les clés. « Ça veut dire que je partage avec toi, Robert », dit-il. « Ms Stuart leur a demandé de nous apporter quelques nécessités. »
« C’est très attentionné de ta part, Kerry », dit la Sénatrice Stuart. « Je suis très contente d’avoir pensé à prendre mon petit sac de voyage moi aussi. »
Kerry souleva son propre sac. « Très bien, bonne nuit à tous. Il est temps de prendre du repos. » Elle les dirigea vers les grands ascenseurs, imaginant déjà sentir la douceur d’un lit sous son dos et le goût du thé chaud sur sa langue.
« Robert, assurez-vous que mon emploi du temps soit prêt pour la matinée », dit la Sénatrice Stuart tandis qu’ils entraient dans l’ascenseur et qu’il commence à monter. « Je pense que nous sommes convoqués à dix heures demain. »
« Oui madame, c’est correct », dit Robert. « Je suis sûr que les routes seront dégagées demain au petit déjeuner. »
« Je l’espère. »
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent au 3ème étage et les quatre assistants sortirent. « Bonne nuit, Sénatrice. « Robert leur fit un petit signe de la main. « Ms Stuart. »
« Vous aussi. » Kerry salua de son côté tandis que les portes se refermaient et qu’elles se dirigeaient vers le dernier étage.
« Et bien », dit sa mère tandis qu’elles sortaient et se dirigeaient vers la porte de leur suite. « Voilà certainement une fin inattendue à une journée très inattendue. »
Kerry ouvrit la porte et entra, la tenant pour sa mère. Elle détecta la senteur mêlée de cire, de thé fumant et de chocolat, et elle cligna même des yeux en voyant la grande entrée et la pièce luxueuse de chambre où elles allaient rester. « Wow. »
« Bonté divine. » Sa mère s’arrêta et regarda autour d’elle. « Est-ce que c’est un piano à queue ? »
« Est-ce que c’est un télescope ? » Marmonna Kerry en réponse. « Et bien maman, je pense que nous avons assez d’espace ici. »
« Pour jouer au tennis on dirait », fit remarquer Cynthia avec un humour surprenant.
« Je leur ai demandé de nous apporter du thé. » Kerry se sentait un peu nerveuse et plus que mal à l’aise, maintenant qu’elles étaient là, et seules et elle s’en rendit compte. « Tu peux en avoir si tu aimes. Je suis un peu enrouée. » Elle dépassa le séjour décoré et trouva son chemin vers une des chambres.
« Il y a un grand panier par ici. Est-ce que ça vient de l’hôtel aussi ? « Cria sa mère. Comme c’est gentil de leur part. »
« Ce sont des fruits ou du chocolat ? » Répondit Kerry.
« Je crois que c’est… oui, un genre de bonbons. »
« Ce n’est pas l’hôtel. C’est Dar. » Kerry regarda la chambre. « Hm. » Elle posa son sac sur la desserte et l’ouvrit. « Tu peux en prendre si tu en veux aussi. » Elle sortit sa chemise de son jean et la déboutonna, envoyant ses sneakers au loin en même temps.
Les fenêtres donnaient sur une vue lointaine et elle se tourna pour les regarder tandis qu’elle enlevait sa chemise. C’était un peu dur de croire qu’elle se trouvait là.
D’accord. C’était impossible de croire qu’elle était là. Elle revint à son sac, retirant son soutien-gorge et l’échangeant pour un long tee-shirt doux qu’elle enfila. Elle déboutonna son jean et l’enleva, le pliant en trois avant de le poser sur sa chemise sur la commode.
Puis elle carra les épaules et fit face à la porte, retournant vers l’endroit où elle pouvait encore sentir le thé et entendre sa parente qui attendait. « Sois gentille, Kerry », marmonna-t-elle entre ses dents. « Sois gentille. »
***************************************
Le panier était typique de Dar. Kerry l’étudia, détachant les rubans tandis qu’elle se demandait si sa compagne avait un service d’achat sur internet quelque peu cosmique, avec ses choses préférées prédéfinies et qu’elle pressait simplement le bouton correct au moment correct ou bien si elle prenait le temps de sélectionner chaque objet.
Connaissant Dar, si elle en avait le temps, c’était la seconde option. Elle était déterminée pour certaines choses et Kerry savait que ça en était une.
Il y avait plusieurs sortes de chocolat dans le panier, une paire de chaussettes soyeuses et duveteuses, une ombre à paupières d’aromathérapie qui sentait la pêche et une peluche à l’image de leur chienne Chino.
Le plastique craquant céda. Elle le mit de côté, contente que sa mère ait décidé de faire retraite dans la seconde chambre à coucher. « Hmm. » Elle choisit une boule de chocolat Lindt enveloppée et la prit avec elle vers la théière qui se trouvait avec les chaussettes.
Il y avait des bergères confortables de chaque côté de la table et elle s’assit dans l’une, mit les chaussettes, puis elle étendit ses pieds sur le sol en marbre et croisa les chevilles. Elle fit tomber deux sucres dans la tasse et se servit de la boisson fumante, ce qui relâcha une forte senteur de jasmin.
Elle déballa le chocolat et mordit dedans, savourant le centre riche et crémeux. Elle le fit passer avec une gorgée de thé brûlant et légèrement astringent, la fraîcheur propre contrastant avec l’indulgence du chocolat d’une manière agréable.
« Ça sent très bon. » Sa mère émergea, portant une robe de chambre moelleuse et des chaussons. « Tu préfères toujours le thé ? Je me souviens que tu l’aimais plus que le café. » Elle vint vers la table et se prépara une tasse.
« Oui », dit Kerry. « Je bois une tasse de café le matin mais après du thé sauf si je passe une nuit blanche ou quelque chose comme ça. » Elle mordilla à nouveau le chocolat. « C’est plutôt bon. »
Sa mère s’assit dans l’autre fauteuil de l’autre côté de la table avec sa tasse. Elle but une gorgée. « C’est plutôt bon. Je préfère aussi le thé. Je le trouve plus délicat », dit-elle. « Je pense que ça calme. »
Kerry le pensait aussi. « C’est peut-être une illusion du zen », dit-elle. « Mais ça marche pour moi. »
Elles gardèrent le silence un moment. Kerry se leva et alla au panier pour prendre deux autres chocolats Lindt et les apporter avec elle. Elle s’assit et étouffa un bâillement, déballant un chocolat.
« C’est très gentil de la part de Dar », s’aventura Cynthia. « Très délicat. Est-ce qu’elle fait ça souvent ? Je crois me souvenir qu’Angela a dit qu’elle t’avait fait porter un gâteau au restaurant l’autre soir ou quelque chose comme ça. »
Kerry fit rouler une boule de chocolat dans sa direction. « Pour des occasions spéciales oui », dit-elle. « Quand nous sommes séparées, nous essayons de faire des petites choses l’une pour l’autre. » Elle sirota son thé. « Pas toujours des paniers, mais comme de réserver la plus belle des chambres d’hôtel, ou nous louer une voiture amusante. »
Sa mère s’interrompit et regarda la chambre d’hôtel plus complètement. Puis elle prit la boule Lindt. « Je dirais qu’elle a bien œuvré sur ce coup-là », dit-elle. « C’est bien de savoir que vous vous entendez si bien vous deux. Vous êtes vraiment différentes. »
« C’est probablement pour ça qu’on s’entend si bien », dit Kerry d’un ton bref. « Mais nous aimons beaucoup des mêmes choses et naturellement nous avons notre job en commun. »
« Bien entendu », dit sa mère. « Et vous êtes si intelligentes toutes les deux », dit-elle. « Tu sais, j’écoutais Dar parler un peu plus tôt. Elle a une voix très charmante. »
Charmante. Il y avait beaucoup de choses au sujet de Dar que Kerry trouvait charmantes, mais elle soupçonnait que sa mère essayait d’être gentille, pour éviter une discussion inconfortable entre elles. Ça lui allait bien. Il était très tard et elle était à la fois fatiguée et submergée par l’émotion de la journée. « Je pourrais l’écouter parler toute la journée », répondit-elle avec un sourire. « Mais vraiment, tu devrais l’écouter chanter. »
« Vraiment ? »
Kerry hocha la tête en prenant une gorgée de thé. « Nous nous amusons beaucoup toutes les deux », dit-elle. « Je suis désolée de savoir qu’elle va voyager aussi longtemps en avion demain. Beaucoup de choses peuvent arriver en dix heures. »
« Bonté Divine », murmura sa mère. « Tu as bien raison. Mais je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre. Je pense que tout le monde était submergé aujourd’hui et demain toutes les réactions vont démarrer », dit-elle. « C’était très curieux d’être impliquée dans le gouvernement, tu sais. Après avoir été spectatrice pendant si longtemps je veux dire. »
« Tu parles », dit Kerry. « Des interviews que nous avons vues aux infos, on dirait cependant que la plupart des membres du Congrès étaient d’accord entre eux. »
« Et bien. » Cynthia inspecta curieusement le chocolat puis elle le mordit. « Oh, c’est merveilleux », dit-elle. « Dans tous les cas, il y a les choses qu’on s’attend à entendre dans la presse et pour le public et ensuite les choses qui se disent en privé dans les chambres du conseil, et c’est ce qui m’a fait comprendre combien nous jouons aux devinettes ici à Washington. »
Kerry cligna un peu des yeux de surprise. Pas à la révélation que le Congrès disait des choses différentes à la presse que les uns aux autres, mais que sa mère semblait le désapprouver. « J’espère que tout le monde s’assiéra ensemble et réfléchira à quoi faire plutôt qu’à juste réagir. »
« Je l’espère aussi », approuva sa mère. « Quels sont tes plans pour demain ? »
La longue journée lui rampait dessus. Kerry cligna plusieurs fois. « Je dois aller dans nos bureaux de Virginie le matin, voir quel est le problème avec les officiels du gouvernement qui sont venus demander de mettre nos circuits sur écoute », dit-elle. « Ensuite j’irai probablement au Pentagone. Je veux vois mon équipe là-bas. »
Cynthia réfléchit un moment. « Et bien, si je peux faire quelque chose avec le gouvernement », proposa-t-elle d’une voix hésitante. « Fais-le moi savoir s’il te plait. »
Kerry hocha la tête. « Merci. Ce n’est peut-être qu’une incompréhension », répondit-elle. « J’ai reçu ce genre de requête déjà, où les gens demandaient des choses soit parce qu’on leur avait dit de le faire, soit quelqu’un avait mentionné un mot signal et là je ne comprends pas vraiment ce qu’ils veulent. »
Sa mère finit son thé et posa la tasse. « Et bien la journée a été longue alors je vais te laisser te reposer. Peut-être pourras-tu te joindre à nous pour le petit déjeuner avant de partir ? »
« Bien sûr. » Kerry était bien trop fatiguée pour discuter. « Bonne nuit… oh. » Elle se sentit un peu penaude. « Désolée pour la table. »
Sa mère, déjà à la porte de sa chambre, se retourna et la regarda, une expression légèrement perplexe sur le visage. « Je dois admettre », dit-elle. « Après tout ton discours sur la personne terriblement différente que tu es devenue, te trouver sous ma table à manger au milieu de la vaisselle cassée était vraiment très amusant. »
Il n’y avait rien à dire à cela. Kerry posa sa tête sur sa main et fixa sa mère à travers ses cheveux désordonnés. « Tout n’a pas changé », admit-elle avec un sourire ironique.
« Non. » Cynthia sourit en retour. « Pas tout. Bonne nuit. » Elle se retourna et alla dans sa chambre, fermant doucement la porte derrière elle.
« Bonne nuit. » Kerry resta affalée dans son fauteuil à siroter son thé qui refroidissait. Elle finit son chocolat puis se leva et posa sa tasse avant de se diriger vers le refuge de sa chambre tandis que les tensions de la journée et l’inconfort commençaient à la gratter comme du papier émeri.
Elle s’assit sur son lit et posa les mains sur le matelas tout en regardant par la fenêtre.
Elle pouvait voir le Mémorial Jefferson. Il était enveloppé d’ombre, son éclairage habituel brillant diminué, pour la sécurité, supposa-t-elle, mais elle sentit quelque part que la vue assombrie reflétait son attitude au sujet des événements de la journée.
Elle avait l’impression que le mondé était couvert. Avec un soupir, elle se leva à nouveau et éteignit la lumière du bureau, puis elle alla vers les draps déjà ouverts et se mit dessous.
Son téléphone résonna. Kerry jura entre ses dents puis elle se pencha et attrapa le téléphone, se tournant et utilisant son mouvement pour atterrir sur le lit en l’ouvrant. « Kerry Stuart. »
« Hé la sexy. Tu es nue sous les draps là ? »
Le coup de fouet mental la fit éternuer. « Beuh ! » Elle roula sur le dos, ses pensées nébuleuses disparaissant comme par magie. « J’ai oublié de t’envoyer un texto ! »
« C’est un oui ou un non ? » La voix de Dar semblait amusée. « Ou bien tu faisais la fête avec ta mère ? »
Kerry se mit à rire, finissant avec un son ironique. « En fait nous avons pris du thé et du chocolat ensemble. Merci, mon amour. Les chaussettes me réchauffent les orteils en te parlant. »
« J’étais sur la tête depuis vingt minutes. Mon nez me fait mal », l’informa Dar. « C’est particulièrement ennuyeux d’être dans un manoir anglais de campagne à cinq heures du matin, tu sais ? » Se plaignit-elle. « J’ai peur de sortir pour courir au cas où ils auraient des chiens de chasse ou quelque chose comme ça là-dehors. »
« Et bien. » Kerry sourit. « Tu es un renard. C’est une inquiétude fondée. » Elle entendit un silence manifeste à l’autre bout et son sourire s’agrandit. « Ooooh. Je t’ai eue. »
Dar rit doucement. « C’est vrai », admit-elle. « Alors, comment ça va ? » Sa voix changea. « Je t’empêche de dormir alors je vais faire court. »
« Non », dit Kerry. « Je pourrais facilement te parler toute la nuit », ajouta-t-elle. « Même ma mère pense que tu as une voix charmante. »
« Hein ? »
Kerry s’éclaircit un peu la voix. « Ce n’est pas négatif », dit-elle. « Ce truc que tu m’as réservé pourrait contenir tout notre département avec une chambre pour notre chienne. Maman va bien. Je pense qu’après tout ce qui s’est passé, elle reste simplement éloignée de beaucoup de choses. Ce qui me va bien. »
« Oui. »
« Mais je n’étais pas d’humeur pour une discussion animée ce soir », dit Kerry. « Et après j’ai fait tout ce discours sur être adulte et que nous jouions à cache-cache dans la maison et que j’ai cassé une foutue table. J’ai fini par briser un bol de la taille de notre évier. »
Elle put entendre Dar réfréner un ricanement. « Non, vas-y, ris. » Kerry soupira. « Tu parles de fiche en l’air mon image. J’aurais pu claquer Mike. Il m’a fait déraper dans ce foutu truc et j’ai frappé les pieds de côté. »
« La table n’avait aucune chance », dit Dar avec commisération. « Tu m’as cogné dans les genoux. Je sais ce que ça fait. »
« Ma sœur riait si fort qu’elle en pleurait », admit Kerry. « Et l’expression sur le visage de ma mère quand elle s’est pointée pour voir ce qui se passait, était sans prix. » Elle fit une pause. « Ça m’a rappelé que grandir dans cette maison avait toujours été un spectacle horrifique. »
Dar rit plus fort.
« Bref. » Kerry soupira. « Ce n’est pas si mal. Et toi ? Tu es prête pour le vol ? »
« Oui. En fait, le timing va me poser un problème pour joindre Gerry », dit Dar. « Si je ne peux pas le voir avant de décoller, je pourrais te demander de l’appeler. », dit-elle. « Je t’enverrai un message si c’est le cas. Il sera très tôt de ton côté quand je partirai. »
« Pas de problème », dit Kerry. « Je pense que j’irai là-bas dans l’après-midi pour pouvoir le rencontrer. Ça ne devrait pas être un problème. »
« Bien », dit Dar. « On peut arrêter de parler boulot maintenant », dit-elle. « Comment ma voix est-elle arrivée dans la conversation ? »
Kerry ferma les yeux et sourit, rétrécissant son monde au son dans son oreille. Elle tendit la main et éteignit la lumière de chevet, se laissant dans l’obscurité qui rendit sa conversation plus intime. « Elle se voulait gentille. Elle t’écoutait quand tu étais en conférence. Angie a dit quelque chose aussi au sujet de ton accent. »
« Mon quoi ? »
« Ta tournure mignonne de petite Sudiste », clarifia sa compagne. « Je suis tellement habituée à t’entendre que je ne l’entends plus vraiment mais elles ont remarqué toutes les deux. »
« Je n’ai pas d’accent. Mon père a un accent », dit Dar. « Toi tu as un accent. »
« Pas vrai. »
« Bien sûr que si. »
« Pas du tout ! »
« Si ! » Insista Dar. « Tout le monde a un accent », dit-elle. « Sauf moi. »
Kerry se mit à rire. « Tu es trop drôle », dit-elle. « Merci de m’avoir appelée. Je commençais à être vraiment rincée. »
« Pourquoi ? » Demanda Dar. « Tu as dit que les choses allaient bien. »
« Je sais. Je ne sais pas », répondit Kerry. « Je l’étais, c’est tout. Tout ce truc et penser à nos équipes qui manquent encore et ne pas savoir ce qui va arriver avec le gouvernement demain… ça me tannait. » Elle y réfléchit. « Est-ce que j’ai l’air de me plaindre ? »
« Non. » La voix de Dar s’approfondit un peu, se réchauffant de manière audible. « Moi aussi je commençais à être tannée ici. J’ai l’impression d’être loin de tout », admit-elle. « Je suis contente qu’on parte aujourd’hui mais savoir que je serai injoignable aussi longtemps me rend folle. »
« Moi aussi », approuva Kerry d’un ton désabusé.
Elles gardèrent le silence un moment. « Nous sommes une paire d’idiotes finies », dit Dar. « Nous donnerions du diabète à M. Roger. » Elle soupira avec une exaspération exagérée. « Attends. Laisse-moi voir si je peux trouver une boite de bonbons et une paire de chaussons roses marrants. »
Kerry se mit à rire. « J’ai des bonbons et des chaussons marrants ici, chérie. Viens les chercher. »
« Si seulement je pouvais », dit Dar. « Si je pouvais fermer les yeux et le souhaiter et être là-bas, je le serais en un battement de cœur. » Elle soupira. « Mais malheureusement, je ne suis pas une réfugiée d’un mauvais film de science-fiction de la semaine. J’ai dit à Alastair que je devais aller à Washington aussitôt que nous serons aux Etats-Unis. J’espère que les avions décolleront d’ici là. »
« Moi aussi. » Kerry pouvait ressentir le début d’une dissociation, ce qui signifiait qu’elle s’endormait. « Tu pourrais me faire une mini faveur ? »
« Tu dois vraiment le demander ? »
« Chante pour moi. Juste une minute. »
Dar hésita. « Oh ? Euh… d’accord. Bien sûr. »
« Je me suis souvenue que quand je parlais à Maman de comment ça résonnait et que je voulais l’entendre. J’adore ta voix de chanteuse. » Kerry sourit tandis qu’elle entendait Dar s’éclaircir la voix doucement et elle prit une profonde inspiration et la relâcha tandis que sa compagne obtempérait, se laissant aller au sommeil si doucement qu’elle ne se rappela même pas la chanson.
************************************
Dar releva le col de sa veste en cuir pour protéger sa nuque du vent humide et froid tandis qu’elle attendait qu’Alastair ait fini ses adieux. Elle avait commis l’erreur de se laisser aller au sommeil après avoir parlé à Kerry et elle se sentait maintenant aussi brumeuse que le ciel, ne se réveillant que dix minutes avant qu’ils étaient supposés partir.
La seule chose qui lui avait sauvé les fesses c’était qu’elle avait pris une douche rapide et préparé son sac en attendant que Kerry arrive à son hôtel, alors elle n’avait eu qu’à enfiler ses vêtements et se brosser les dents et les cheveux et essayer de prétendre que son cerveau n’était pas quelque part dans les Caraïbes du sud où ses rêves l’avaient amenée avant son réveil.
Sur le bateau, au soleil, le corps chaud de Kerry enroulé près du sien et le ciel de l’après-midi finissant leur apportant de l’amusement en soirée.
Bon sang ce qu’elle avait souhaité que ce ne soit pas un rêve.
Son téléphone sonna. Elle le détacha de sa ceinture, regarda l’identité de l’appelant et espéra que ce soit Gerry Easton. Ça ne l’était pas mais elle fut contente de voir le nom dans tous les cas. « Bonjour, Mark. »
« Salut, cheffe. » Mark semblait absolument épuisé. « On vient de passer la Caroline du Nord. Quel foutu trajet. »
« C’est vrai. Comment ça se passe ? Je n’ai pas eu le temps de me connecter ce matin. Nous allons partir pour l’aéroport. » Dar eut un sentiment d’embarras.
« Pour nous ça va », dit Mark. « Rien de spécial à bord, et tout ça, vu qu’il est environ trois heures du mat. Mais on vient d’entendre qu’ils ont de nouveau barré New York et trouvé un camion chargé de bombes qui essayait de passer un des ponts. »
« Merde », soupira Dar. « Kerry est à Washington. »
« Ouais, je sais. » Son chef CSI semblait malheureux. « Mais hé, elle est probablement dans un endroit sûr, pas vrai ? Ce n’est pas comme si elle était au Pentagone, pas vrai ? »
« Non. » Dar saisit un mouvement du coin de l’œil et vit Sir Melthon et son équipe qui venaient vers elle, le magnat toujours en discussion avec Alastair. « Elle est dans un hôtel, mais je suis sur le point de prendre un avion et je serai hors contact pendant dix heures. Ça va me rendre folle. »
« Eh bien, Dar, prête ? » Dit Alastair tandis qu’ils se rapprochaient d’elle. « Tout va bien ? »
« Attends un peu Mark. » Dar mit son téléphone sur muet. « Je demande juste un état des lieux », dit-elle. « Sir Melthon, ça a été un vrai plaisir de travailler avec votre équipe, malgré les circonstances. »
« Pareil pour moi », dit le magnat. « Bon, je sais que ce n’est pas le bon moment pour parler de ça mais j’ai un agenda. Je dois savoir comment cet évènement va impacter cela. » Il leva la main. « McLean, ceci ne change rien à notre pacte. Je ne suis pas idiot. Je sais bien que ce désastre requiert de l’attention. »
Alastair et Dar échangèrent un regard. « J’en saurai plus quand nous serons à Houston », dit Dar. « Les ressources attribuées normalement à ce côté de notre organisation ne seraient pas dédiées à votre projet mais je vais devoir engager des gens alors j’ai besoin d’évaluer la situation.
L’Anglais fronça les sourcils mais hocha la tête en même temps. « C’est justifié », dit-il. « Mon filleul vous envoie ses regrets. Il a dû repartir en urgence à Hambourg hier soir. Une de ses tantes était malade. »
« J’espère qu’elle va mieux », dit Alastair. « Comme l’a dit Dar, nous allons rentrer et faire le point et nous reprendrons contact aussitôt que possible. » Il leva la main et le magnat la saisit. « Merci pour votre hospitalité. J’espère que je pourrai vous retourner la faveur si vous passez dans mes parages. »
« Il se pourrait que je vous prenne au mot », dit Sir Melthon. « Ça me dirait de voir votre siège mais pas avant que tout ce truc soit passé. » Il tendit la main à Dar. « Ms Roberts, croyez-moi quand je vous dis que ça a vraiment été un honneur. »
Dar prit sa main et échangea une longue poignée avec lui. « Je suis contente que vous soyez un client », dit-elle. « Vous êtes le genre pour lequel ça ne m’ennuie pas d’être à deux cents pour cent. »
Sir Melthon sourit, ayant l’air d’avoir vingt ans de moins. « Bon voyage chez vous. Faites-nous savoir quand vous serez en sécurité. Mon gars va vous conduire à l’aéroport aussi vite que le trafic londonien le permet. Ce qui veut dire… accrochez-vous aux accoudoirs et fermez les yeux si vous êtes futés. »
Dar attendit qu’ils soient dans la voiture avant de libérer le téléphone. « Désolée, Mark. »
« Pas de problème, cheffe, j’ai pris un sandwich au fromage grillé et une bière pendant ça », répondit Mark d’une vois un peu étouffée. Ces camping-cars sont géniaux. On devrait en avoir un au bureau. »
Dar soupira. « Je le mettrai sur la liste du budget », dit-elle d’une voix distraite. « Bon, où on en était ? »
Mark remua des papiers. « On parlait juste des trucs à venir », dit-il. « Tu râlais parce que tu allais être sans contact les dix prochaines heures. »
« Ah. » Dar regarda Alastair. « Un moment. » Elle attendit que son patron tourne la tête. « Mark dit qu’ils ont parlé d’un camion et d’une bombe à Manhattan. »
« Bon sang. » Alastair soupira. « Qu’ils aillent tous en enfer, il faut que ça cesse. »
« Désolée. » Dar revint au téléphone. « Je mettais Alastair au courant. » Elle mit son coude sur la portière et posa sa tête sur sa main. « J’ai parlé à Kerry tout à l’heure et il y avait des menaces de bombes à Washington aussi. »
« Ouais, c’est ce qu’ils disaient », murmura Mark. « Près du Capitole et à deux endroits près d’ici. » Il hésita. « Ecoute cheffe, tu veux que j’aille la chercher au lieu de continuer à avancer ? Si on continue à rouler, on y sera sûrement avant que tu atterrisses. »
Dar garda le silence un moment, soupesant son désir personnel contre son jugement.
« Hé Dar ? » Alastair lui toucha le bras. « Vous allez bien ? Vous êtes un peu pâle. »
Dar se sentait un peu pâle. « Oui », dit-elle. « Je me suis juste réveillée avec une migraine. » Elle prit une inspiration. « Continue Mark. Je ne suis pas sûre de savoir où sera Kerry quand vous arriverez et ce serait une chasse futile. »
« Sûre ? » Demanda son chef du CSI.
« Oui », dit Dar brièvement. « Ça va aller pour elle. Ils vont avoir besoin de vous dans la cité. »
« D’accord », dit Mark. « Je vais lui envoyer un mot avec mon téléphone et lui rappeler que je passe par là, d’accord ? »
Dar réussit à produire un petit sourire. « Bien sûr », dit-elle. « Au pire, peut-être qu’elle aura besoin que tu la sauves de sa mère. »
« Hein ? »
« Hé, tu t’es porté volontaire. » Dar sentit les muscles dans sa nuque se détendre un peu. « Quoi d’autre ? On a trouvé plus de gens de chez nous ? »
« Deux, à Washington », répondit Mark. « Ils n’étaient même pas au Pentagone, comme ils étaient supposés être. On les a envoyés chercher des foutus doughnuts et ils ont eu un accident de voiture. »
« Oh », murmura Dar. « J’espère qu’ils vont bien. »
« Oui », dit Mark. « Ces tarés n’avaient même pas de téléphone sur eux et ils ont décidé de prendre le reste de leur journée avec un mot du docteur ; ils sont allés faire de la randonnée. »
Elle pouvait entendre la frustration dans la voix de Mark, un mélange de soulagement que les deux employés soient sains et saufs et de la colère pour leur désertion. « Tu leur as parlé ? »
« Ouais. »
Dar regarda Alastair qui la regardait, distraite par la réalisation que son chef ne l’avait jamais vue exercer la partie management de son poste. Cela éloigna son esprit de Kerry et de son inconfort, et elle sentit sa concentration s’acérer. « Quel âge ont-ils ? »
Mark rit ironiquement. « Vingt ans », admit-il. « De foutus gamins. »
« Tu te souviens de comment tu étais quand tu avais vingt ans ? » Lui demanda sa cheffe, réfrénant un sourire. « Hm ? »
« Bien sûr », répondit Mark. « Mais c’est surpassé par le fait que je me souviens aussi de comment toi tu étais à vingt ans, alors je ne veux pas trop les lâcher. »
La réplique inattendue fit rire Dar malgré tout. « Ahhh, oui », dit-elle. « J’étais une obsédée du contrôle, accro au travail et constipée, n’est-ce pas ? »
« Etais ? » Demanda Alastair, une étincelle dans ses yeux bleus.
« Etais ? » Demanda Mark en même temps.
« Hé », grogna Dar. « On ne peut pas avoir les deux côtés, vous deux », dit-elle. « Soit je me suis ramollie soit non. Choisissez. » Mais elle connaissait la réponse. Elle n’était plus la connasse de l’époque, sinon Kerry et elles n’auraient pas duré longtemps.
C’était son critère. Elle pouvait regarder les choses qu’elle avait faites et dites et elle savait bien que ce n’était plus dans son caractère. « Et bien ? »
« Allons Dar. » Alastair lui tapota le genou. « Je vous charrie. Pour l’amour de Dieu. »
« Je te blague, cheffe. » Mark rit. « Tu avais l’air abattue », ajouta-t-il. « Ces gars m’ont ulcéré mais ce sont de bons techniciens. »
Dar était contente de la distraction. « Ils n’étaient pas au bon endroit au bon moment », dit-elle. « Je pense qu’ils le savent probablement et qu’ils s’en souviendront. »
« Ouais. »
« De plus nous allons avoir besoin de toute l’aide que nous avons. Alors fais-les se sentir coupables et ramène-les au travail », conclut Dar.
« D’accord. Je suis cool avec ça », dit Mark. « Je pense qu’ils seront cool aussi. »
« Et si ça ne marche pas », dit Dar d’un ton songeur. « Dis-leur que je vais me pointer et leur botter le cul. »
« Blurp. » Alastair buvait une bouteille d’eau et faillit cracher à l’intérieur de la voiture. « Qui a approuvé ce plan bonus ? »
Il y eut un moment de silence de la part de Mark. « Tu veux que je leur donne un à-côté après un coup pareil ? » Demanda-t-il. « Bon sang cheffe. Je vais faire du tourisme à Paris la semaine prochaine. Je peux en avoir aussi ? »
Dar se sentit rougir. Heureusement la voiture était trop sombre pour que cela se voit. « Avec quel tas de vicieux je travaille. » Elle se reprit regardant son chef rigoler. « Très bien. Que quelqu’un d’autre se lâche pour avoir les mauvaises nouvelles », ajouta-t-elle. « A plus tard, Mark. Conduis prudemment. »
« Compris, cheffe », répondit-il. « Bon vol, d’accord ? »
Beuh. « D’accord. Au revoir. » Dar ferma le téléphone et le garda en main tandis qu’elle s’adossait dans le siège. « Bon sang. » Malgré la légèreté, elle ne pouvait se débarrasser du nœud d’inquiétude dans ses tripes. « Il y a trop de choses en cours. »
Alastair la regarda calmement pendant un moment, tandis qu’elle se frottait les yeux. « Vous êtes sûre que ça va, Dar ? » Demanda-t-il. « J’ai de l’aspirine si vous voulez. »
« Nan. » Dar tapa la mallette de son genou droit. « J’en ai par-là. Je me suis juste réveillée du mauvais côté de l’Atlantique ce matin. » Elle pressa ses doigts contre une tempe qui battait. « Vous pensez que ces menaces de bombes sont réelles ou juste que les gens deviennent nerveux ? »
Alastair saisit sa posture corporelle tendue de Vice-Présidente de l’Information. Il avait vu Dar dans un grand nombre de situations d’affaires à ce jour et il savait combien il était difficile de l’ébranler. D’être pratiquement virée par le conseil d’administration ne l’avait pas fait. Se tenir devant des nouveaux clients comme Sir Melthon ne l’avait pas fait. Même se trouver dans l’effondrement d’un hôpital n’avait pas produit plus qu’une attitude cool et rassemblée qui avait mis en avant une entière confiance et une croyance totale en elle-même.
Ceci était différent et il le reconnaissait. Ceci était personnel. « Kerry va à Washington ? » Demanda-t-il d’un ton nonchalant. « Elle va bien ? »
Dar garda le silence un moment puis elle leva les yeux, un air ouvertement vulnérable sur le visage qui les surprit probablement tous les deux. Puis elle prit une inspiration et regarda au dehors. « Elle va bien », dit-elle d’une voix égale. « Je ne suis juste pas folle à l’idée qu’elle soit près de trucs qui peuvent exploser. »
« Et bien. » Son chef croisa les mains sur son genou. « Dites-lui de monter dans une foutue bagnole et de s’éloigner de l’endroit fissa. De sortir de la ville ou bien… eh… de se diriger vers Miami. »
Dar refusa de croiser son regard. « C’est son job d’être là. »
« Oh, arrêtez avec ça », ricana Alastair. « S’il vous plait. Lâchez-moi au nom du Christ, Dar. Vous pensez vraiment que ce job ou n’importe quel job vaut la peine qu’elle soit blessée, même à peine, ou vous, ou moi pour ce que ça implique ? »
« Non. »
Alastair attendit. « Mais ? »
Dar prit une inspiration. « Je ne peux pas lui dire de ne pas faire son boulot », dit-elle. « Pas si tout le monde fait le sien. Elle n’acceptera pas ça de moi. »
Son chef l’étudia en silence un moment. « C’est compliqué », dit-il enfin. « Dar, je n’envie pas votre exercice d’équilibriste là. » Il tendit la main et lui serra l’épaule. « Vous voulez que je lui dise ? »
Elle apprécia, réellement, ce qu’Alastair proposait. Cependant, elle s’était mise d’accord avec Kerry qu’elle devait se rendre à Herndon pour faire ce pour quoi la compagnie la payait, et à ce stade, tout était en route. « Non. » Elle leva les yeux vers lui. « C’est une grande fille et elle peut faire ses propres choix. La renvoyer pour qu’elle se cache quelque part va royalement l’exaspérer. »
Alastair réfléchit puis il hocha la tête. « Je peux accepter ça », dit-il. « Mais jeune dame, c’est dur de vous regarder transpirer, vous voyez ce que je veux dire ? »
Dar sourit faiblement. Puis elle fut sauvée par son téléphone qui sonnait à nouveau. Elle l’ouvrit et regarda l’écran, un frisson fit dresser ses poils quand elle vit le nom de Gerry. « Ah. » Elle pressa le bouton de réponse. « Gerry ? »
« Dar ! Où es-tu bon sang ? » Demanda le général.
« A Londres », dit Dar. « Contente d’entendre ta voix.
« Quoi ? Oh. » Gerald Easton fit une pause. « Salopards. »
« Mm », approuva Dar. « Ker a dit que tu essayais de me joindre. Je suis en route pour l’aéroport », expliqua-t-elle. « Tout le monde va bien de ton côté ? »
Le général soupira. « La famille va bien », dit-il. « Ecoute Dar. Je dois te parler incessamment. » Il s’éclaircit la voix. « Tu es à Londres, pas vrai ? On peut te faire rentrer. »
Dar jeta un coup d’œil à Alastair dont les sourcils étaient froncés. « Nous avons déjà un avion de prévu, Gerry. Mais qu’avais-tu en tête ? »
« Attends » Il se déconnecta.
Dar soupira. « Il veut me ramener au Etats-Unis. Il dit qu’il doit me parler », dit-elle à son chef. « Ça n’a pas l’air bon. »
« Mm. » Alastair grogna. « Ça dépend de quoi il veut parler, je suppose. »
« Allô, Dar ? » Gerry revint abruptement. « On peut te faire prendre un transport autour de l’heure du dîner là-bas. Qu’en penses-tu ? »
« Notre vol décolle à dix heures du matin, Gerry. Je pense qu’il sera plus rapide mais… » Dar réfléchit. « Nous allons au Mexique et ensuite la route jusqu’à Houston. Je pourrais avoir besoin qu’on m’emmène de là. »
« Houston ! » Balbutia le Général Easton. « Par quel diable… oh, c’est vrai. C’est là que la compagnie gère ta paye, c’est ça ? » Dit-il. « D’accord, appelle-moi quand tu atterris à Mexico. On peut arranger ça mieux qu’un vol transatlantique. »
« D’accord », dit Dar. « Kerry est à Washington. Elle peut aider d’une certaine façon ? »
« Ah oui ? » Dit le Général Easton. « Je pense que je devrais te parler d’abord, Dar. C’est un peu visqueux. »
« Très bien », répondit-elle. « Gerry, ça n’a pas à voir avec un groupe de types en costume qui se sont pointés à notre bureau de Herndon, non ? »
Une longue pause. « Eh ? » Le Général grogna. « Eh bien, pour être honnête, c’est dur à dire depuis ici à ce moment avec quoi ça a à voir, Dar. Mais rends-toi service, tu veux bien ? Ne dis non à rien pour le moment. Il y a une vipère sans tête qui remue et je ne veux pas que tu sois mordue. »
Oh oh. « D’accord », dit Dar. « Je t’appelle depuis Mexico alors. J’ai un vol prévu pour la frontière. »
« Très bien. Il faut que je te laisse, Dar. Ça a été bien d’entendre ta voix aussi. Content que tu sois à l’abri. » La ligne fut coupée laissant un léger écho dans la voiture.
« Hm. » Dar ferma le téléphone. « Une vipère sans tête. » Elle regarda son chef. « Ça ne sonne pas du tout bon. »
« Pour sûr », murmura Alastair. « Pour sûr. »
***************************************
Cynthia Stuart était assise tranquillement, sirotant son thé du matin et regardant le ciel passer de noir à gris avec l’aube naissante. Elle s’était réveillée tôt comme à son habitude et elle chérissait la paix matinale pour réfléchir à la journée qui arrivait et passer en revue son agenda chargé.
Elle ouvrit son organiseur et alla à la dernière page qu’elle avait mise à jour la veille, passant sur ses notes, relisant de nouveau les horreurs qu’elle avait notées brièvement.
Ce n’est qu’en lisant les mots qu’elle était vraiment capable d’absorber le fait que toutes ces horribles choses étaient bien arrivées. Assise ici dans cet hôtel agréable, cela taillait dans l’irréalité. Après un moment, elle ferma le livre et se leva, traversant silencieusement la pièce vers la porte entrouverte de l’autre côté de la table.
Elle la poussa et regarda à l’intérieur, ses yeux s’ajustant à la faible lumière tandis qu’elle étudiait le grand lit et son occupante endormie.
Kerry était lovée sur son côté, la tête sur un oreiller et ses bras entourant le second. Détendue dans le sommeil, sa présence était moins menaçante et de voir la position familière fit sourire sa mère à contrecœur.
Son aînée. Cynthia soupira et ferma la porte, revenant à la table et s’installant pour reprendre ses notes. Elle prit un stylo et trouva sa place, gribouillant un ajout prudent tandis qu’elle secouait la tête au-dessus du sujet. « Terrible. »
Le mot était toujours agrippé dans son insanité particulière, semblait-il. Elle prit son journal matinal apporté tranquillement par son personnel et le relut. Si elle regardait par la grande fenêtre au bord de la chambre d’hôtel, elle savait qu’elle verrait des lumières clignotantes et l’étrangeté des transports militaires dans les rues et pendant un instant elle regretta sa décision de prendre la suite de son mari au gouvernement.
Ça aurait vraiment été mieux d’être à la maison. Il y avait Angela et ses enfants à installer et beaucoup de petites choses qui requerraient son attention et peut-être qu’elle aurait eu une autre journée de présence de Kerry et Michael pour faire comme si leur famille n’était pas aussi fracturée qu’elle l’était en vérité.
Pour autant que ça ait été difficile pour les meubles. Cynthia leva les yeux et sourit en entendant les échos de ce rire, la veille, et d’une Kerry criant exaspérément « Michael !!! » qui avait ramené des souvenirs plaisants.
« Bonjour. »
Cynthia sursauta légèrement, ne s’attendant pas à ce son. Elle leva les yeux pour voir Kerry à la porte de sa chambre, toujours vêtue d’un simple tee-shirt. « Bonjour », répondit-elle. « Est-ce que le service de chambre t’a réveillée ? J’en suis désolée. Il essayait d’être très silencieux. »
« Non. » Kerry s’avança et s’assit à la table. « J’étais réveillée. Je n’ai pas vraiment bien dormi. » Elle posa ses avant-bras sur la table et entrelaça ses doigts. « Trop de choses à l’esprit, je pense. »
La femme plus âgée étudia sa fille. Le visage bronzé et sérieux sous ses cheveux blonds échevelés lui était un peu familier maintenant ; les angles étaient un peu plus longs, la mâchoire un peu plus ronde et il y avait une méfiance assurée qui ombrait les yeux verts et qui ne s’y trouvait pas auparavant.
Le tee-shirt qu’elle portait tirait sur ses épaules tandis qu’elle se penchait contre la table, montrant la ligne de muscles que Cynthia ne trouvait pas vraiment jolis, n’approuvant pas réellement les femmes qui travaillaient si rudement pour gagner des attributs qu’elle trouvait plus appropriés chez les hommes.
Cependant, ce n’était pas terriblement peu attrayant. Quand sa fille était correctement vêtue, cela donnait à son corps une silhouette plaisamment effilée malgré le fait qu’elle avait plus de poids sur sa forme que jamais auparavant. Ce n’était pas vraiment de la graisse, et ce n’était pas vraiment la silhouette affinée qu’elle préférait ; c’était juste bizarre à ses yeux.
Cynthia supposa que cela ne lui apporterait rien de le mentionner. Kerry était visiblement satisfaite de son allure et peut-être que sa propre vision était un peu biaisée vu qu’elle avait entendu des amis alentours dire que tout le monde semblait la trouver bien, vraiment.
Ah bon.
Elle regarda les mains fortes sur la table, son œil saisissant une lueur tandis que la lumière se reflétait sur une bague au troisième doigt de Kerry. C’était attirant et ciselé et cela lui allait bien. « C’est une jolie bague », dit Cynthia. « Elle est nouvelle ? »
Kerry regarda sa main. « Non », dit-elle. « Dar me l’a donnée à notre cérémonie d’engagement », expliqua-t-elle. « Nous avons échangé les bagues. »
Cynthia réfléchit à ces mots. Cérémonie d’engagement ? « Est-ce que c’est… » Elle fit une pause, ne voulant pas agacer sa fille avec des suppositions au petit déjeuner.
Kerry tapota ses pouces. « Qu’est-ce que ça veut dire », dit-elle d’un ton songeur. « Je ne suis pas sûre de la signification pour les autres gens, mais pour Dar et moi, cela signifie que nous appartenons l’une à l’autre. » Elle plia un peu ses doigts. « Nous sommes mariées », clarifia-t-elle.
Elle leva les yeux pour juger de la réponse de sa mère, voyant surtout une attention légèrement encourageante. « Pour autant que ce soit légal, bien sûr, vu que notre gouvernement semble penser que le mariage gay est aussi dangereux qu’une réserve nucléaire instable », ajouta-t-elle avec un sourire désabusé. « Dar et moi nous avons passé de longs moments avec un avocat pour avoir la même prévention légale qu’un test sanguin de cinq minutes et une signature vaut pour tous ceux qui ne sont pas gays.
Le visage de Cynthia se plissa.
Il y eut un léger coup à la porte et Kerry se leva. « Le service de chambre », dit-elle tandis qu’elle allait vers la porte pour l’ouvrir. « Bonjour. »
« Madame. » La serveuse du service de chambre, une femme mince, entra. « Votre petit déjeuner. »
« Merci. » Kerry lui montra la table. Elle suivit la serveuse jusqu’à celle-ci et attendit qu’elle pose le plateau. Ce que fit la femme puis elle se retourna un portefeuille en cuir dans la main que Kerry prit puis signa.
« Avez-vous besoin d’autre chose, madame ? » Demanda la femme tandis qu’elle reprenait le portefeuille.
« Pas pour l’instant. » Kerry lui sourit. « Merci. »
La femme sourit en retour. « A votre service. » Elle fit un signe de tête respectueux à la mère de Kerry et partit, refermant doucement la porte derrière elle.
Kerry ouvrit un sachet de sucre et le versa dans sa tasse, la remplissant de café chaud avant d’ajouter de la crème et de s’asseoir pour savourer. Elle sirota, consciente de l’expression légèrement douloureuse sur le visage de sa mère. « Tu n’aimes pas ce mot, n’est-ce pas ? »
Cynthia leva les yeux, surprise. « Je te demande pardon ? »
« Gay », dit Kerry. « Tu ne l’aimes pas. »
Sa mère fronça les sourcils, remuant son thé tout en ajoutant un peu d’eau chaude. « Il me rend mal à l’aise », admit-elle finalement. « Oui. »
Kerry ôta le couvercle de l’un des plats sur le plateau et choisit un gâteau au fromage danois à la crème et à la cerise à l’allure joyeuse.
Cynthia cligna des yeux et son front se plissa à nouveau.
« Je ne pense pas que je dois me définir selon avec qui je dors. » (NdlT :To sleep with a aussi une connotation plus graphique mais je pense que Kerry veut épargner sa mère aussi j’ai traduit littéralement 😊) Kerry étudia le gâteau danois et en choisit un morceau, mordant et mâchant. Elle avala et s’essuya les lèvres avec la serviette. « C’est plutôt stupide. »
« Et bien. » Sa mère prit une gorgée de thé. « Tu sais, je suis d’accord avec toi sur ce sujet. » Elle regarda sa fille mâcher son petit déjeuner. « Vraiment, ça ne devrait pas importer, pas vrai ? »
Kerry regarda sa mère, les yeux brillant de perplexité.
Cynthia sembla apprécier l’ironie. Elle garda le silence, jouant avec sa cuillère à thé dans un malaise évident.
« Ça ne devrait pas », finit par dire sa fille. « Alors qu’est-ce qui se passe ce matin ? » Elle poussa énergiquement la conversation dans une nouvelle piste.
Sa mère soupira. « J’ai bien peur qu’ils aient empêché une bombe, un camion chargé, de traverser New York hier soir. »
Kerry se redressa, les sourcils froncés. « Bon Dieu », dit-elle. « Alors ils continuent à faire des choses ? »
Cynthia secoua la tête. « Apparemment », dit-elle. « J’attendais plus de détails. Peut-être que… » Elle hésita. « Peut-être que tes gens en savent plus ? »
« Je vais chercher mon ordinateur. » Kerry posa sa tasse et se leva. « Et Dar est dans un avion. Je vais être à bout de nerfs toute la journée. » Elle disparut dans sa chambre, laissant le séjour dans le silence.
Cynthia croisa les mains sur ses cuisses et pencha la tête un moment, ses lèvres remuant tandis qu’elle murmurait une courte prière. Puis elle se redressa quand elle entendit Kerry revenir dans la pièce et elle prit une profonde inspiration tandis que sa fille réapparaissait tenant son ordinateur entre ses mains.
C’était épuisant de gérer les choses avec cette enfant. Bien que Kerry fût certainement polie, l’hostilité qu’elle ressentait était évidente pour Cynthia juste sous la surface et elle se demanda quand, pas si, cette colère qui couvait entrerait de nouveau en éruption.
Très difficile. Dur de savoir par où commencer, vraiment. Elle ne voulait pas être en opposition avec sa fille aînée, mais tout ce qu’elle avait tenté jusqu’ici pour lisser les choses entre elles, avait fini confusément mal et elle n’était pas très sûre de savoir pourquoi.
Elle savait que Kerry était en colère avec tout ce qui s’était passé auparavant, mais vraiment, c’était du passé. Ça ne pouvait pas être changé.
« Et au sujet de ce que nous avons vu hier soir ? » Demanda Kerry tandis qu’elle ouvrait l’appareil et le démarrait. « Est-ce que c’était réel ? Mère, honnêtement, s’il y a des bombes dans la ville, c’est insensé d’aller au centre. » Elle s’assit et regarda par-dessus la table. « Et s’ils avaient déjà planté quelque chose au Capitole ? »
Sa mère pinça les lèvres. « C’est une inquiétude, certainement », approuva-t-elle. « Mon équipe a appelé pour savoir ce que le reste de mes collègues a l’intention de faire. »
Kerry s’appuya sur la table avec ses mains et attendit que son ordinateur démarre. Puis elle se redressa. » Je vais mettre des vêtements », dit-elle. « J’ai le sentiment que la matinée va être très occupée et ton équipe ne va probablement pas apprécier mon pyjama de nerd. »
Elle laissa son ordinateur où il se trouvait, se frottant la nuque pour travailler sur le nœud dû à ses mouvements dans la nuit. Elle alla à la salle de bains et se sortit de sa chemise, ouvrit la douche, prit l’éponge et une bouteille de gel gommant de sa trousse de toilettes.
Ignorant son reflet dans le miroir, elle se mit sous l’eau pressa du gel sur l’éponge grattante avant de commencer à l’utiliser. La texture légèrement rugueuse était bonne sur sa peau et le battement de l’eau sur sa nuque faisait son effet pour relâcher les muscles.
Elle se sentait un peu anxieuse. Elle n’était pas sûre que ça vienne de la situation dans laquelle elle se trouvait, ou une inquiétude subliminale au sujet de Dar, ou peut-être un reflet de Dar qui s’inquiétait pour elle mais ça lui grattait les nerfs à vif et elle souhaita vraiment être seule dans la chambre du palace sans avoir à gérer sa mère.
« Bon », murmura-t-elle pour elle-même sous l’eau. « Je présume qu’elle pense la même chose. » Elle jeta un coup d’œil au reflet de ses yeux dans le petit miroir bizarrement sans buée fixé au mur. « Parce que je sais que je ne serai pas une petite fille modèle. »
Elle prit une poignée de shampoing et l’étala sur ses cheveux, grattant au-dessus des oreilles et se tenant sous l’eau pour rincer le savon. Puis elle baissa les bras et se tint simplement ainsi, appréciant le jet puissant de l’eau contre son corps.
Un mauvais rêve l’avait réveillée cette fois. Elle ne pouvait pas se souvenir de son contenu, sauf qu’elle pouvait se rappeler qu’elle se sentait mal, et effrayée et seule dans un monde alternatif étrange issu de son imagination endormie.
Elle se sentait fatiguée maintenant, et irritée, et anxieuse avant une journée de conflit et de confrontation avec le gouvernement. « Zut. » Kerry plia les bras sur son corps mouillé. Puis elle soupira et quitta à contrecœur la chaleur, coupant l’eau et attrapant une serviette sur le porte serviettes tout près.
Elle se sécha, ses oreilles captant des voix basses dans la pièce à côté et elle se sentit contente d’avoir décidé de se changer. Contrairement à Dar qui manquait complètement de conscience concernant son corps, elle ne se sentait pas à l’aise de faire face à des gens complètement habillés dans ses affaires de nuit.
Cinglé, vraiment, vu qu’elle se déplaçait dans bien moins que ça à la maison tout le temps sur l’île, soit un short et un top, soit un short et un maillot de bains, ou juste son maillot qui en révélait bien plus qu’un foutu tee-shirt.
C’était juste un nœud dans son cerveau. Kerry étudia son choix de vêtements, puis elle sortit un jean, le boutonnant avant d’ajouter un polo rouge vif avec le logo de leur compagnie dessus. Elle passa une brosse dans ses cheveux mouillés et étudia le résultat.
Hm. Elle posa la brosse et entra le polo dans son jean avant d’ajouter une ceinture tressée en cuir de son sac et de la boucler autour de sa taille. Avec un grognement satisfait, elle accrocha le téléphone à la ceinture et glissa son PDA dans sa poche avant de se diriger pour faire face au monde.
************************************
Dar se réveilla avec l’odeur d’un steak rôti tout près, la dichotomie de la vue autour d’elle, le ronronnement des moteurs et l’odeur lui faisant regarder autour d’elle avec perplexité avant qu’elle ne se rappelle où elle était.
« Vous vous sentez mieux ? »
Dar regarda sur sa droite, de l’autre côté de la large allée où Alastair était enfoncé dans un grand fauteuil en cuir comme le sien, une lampe de lecture luisant légèrement sur le tas de papiers qu’il étudiait. « Pour moi c’était bien jusqu’à ce que quelqu’un rôtisse de la viande quelque part », dit-il. « D’où sort ce foutu barbecue ? »
Il retira ses lunettes de lecture et la regarda à nouveau, une expression intriguée sur le visage. « Vous savez, j’ai pris des jets privés avant ça mais je parie que vous non. »
« Non », admit rapidement sa vice-présidente.
« Ils ont demandé quel type de nourriture mettre dans l’avion quand Bea a réservé. » Alastair remit ses lunettes et continua à lire ses papiers. « J’ai pris la liberté de commander pour vous. J’ai assez voyagé avec vous pour penser que je devinerais ce que vous mangez. »
Dar regarda sa montre, surprise de voir qu’ils volaient depuis quatre heures et qu’elle avait dormi pendant trois heures. « Ah, d’accord », dit-elle. « Oui, la sieste a fait du bien. » Elle se redressa un peu plus, passant ses doigts dans ses cheveux. « Qu’est-ce qui est si intéressant ? »
Alastair prit un verre avec de la glace et un liquide dedans et but une gorgée. « Notre rapport prérempli pour le troisième trimestre, pour la commission bancaire. »
Dar le fixa. « Je viens juste de me réveiller », dit-elle. « Vous voulez que je me rendorme ? Vous aurez plus de choses à manger. »
Alastair se mit à rire. « J’essayais de m’endormir moi aussi, pour être honnête. » Il posa le rapport et jeta ses lunettes dessus. « Parfois j’ai envie de prendre ma retraite, quand la chose la plus urgente que je dois regarder c’est un catalogue de vêtements pour hommes », admit-il. « On se fatigue des petits caractères, vous savez ? » Il mit ses mains derrière sa tête et s’étira.
« Ah oui ? » Dar se tourna à demi sur son côté, levant un genou tandis qu’elle faisait face à son boss. « Que feriez-vous si vous preniez votre retraite ? »
Alastair pencha sa tête et regarda le plafond du jet privé, réfléchissant à la question.
Dar prit un moment pour regarder l’intérieur du jet auquel elle n’avait pas prêté grande attention quand ils avaient embarqué. C’était raisonnablement grand, mais avec deux rangées de fauteuils en cuir totalement inclinés de chaque côté d’une large allée au lieu des rangées habituelles de sièges relevés.
C’était calme, le ronronnement des moteurs étouffé et semblait très cher, et Dar se rendit compte que c’était exactement ce que ça devait être quand l’élite voyageait.
Elle aimait bien. Ça calait bien avec sa vision d’espace personnel et de confort appropriés, et les fauteuils en cuir étaient juste assez grands pour qu’elle et Kerry puissent se serrer toutes les deux sur un seul siège.
Cette pensée lui fit souhaiter que Kerry soit dans l’avion avec elle, et elle fronça les sourcils, retournant vers Alastair tandis qu’il s’éclaircissait la voix et commençait à répondre.
« Et bien vous savez que j’ai le ranch », dit Alastair. « J’adorerais passer plus de temps avec les chevaux. J’ai une petite fille qui apprend à monter et ce serait génial de la regarder au lieu de poser mes fesses dans mon bureau à Houston. »
« Ça semble sympa », dit Dar. « J’aime bien les chevaux. J’ai vu des photos dans votre bureau, ce sont de beaux animaux. »
« Des pur-sang. » Il tourna un peu la tête. « Et vous ? Que feriez-vous si vous preniez votre retraite, Dar ? Je sais que ça parait fou vu votre âge, mais vous avez un peu plus de quinze années à passer. Vous y pensez parfois ? »
« Bien sûr », répondit Dar avec un sourire. « Je déménagerais dans les Keys et je passerais mes journées à plonger et trainer sur la plage, avec un job de consultant occasionnel pour payer les factures. »
Alastair sourit. « Ah, la fille de la mer. Comment pourrais-je oublier. »
« Ce que je ferais exactement si vous décidiez de prendre votre retraite », continua Dar, son sourire s’élargissant tandis qu’elle saisissait l’expression de surprise honnête sur le visage de son patron. « Je n’ai pas l’intention de continuer à faire ça pour quelqu’un d’autre. »
Alastair la regarda en silence un long moment. « Vous êtes sérieuse ? »
Dar hocha la tête. « Autant qu’une crise cardiaque. »
Les yeux de son chef étincelèrent. « C’est peut-être la chose la plus gentille que vous m’ayez jamais dite », dit-il. « Merci, Paladar. » Il fit une pause. « Je vais vous dire quelque chose. Vous vous souvenez quand vous m’avez envoyé cette lettre de démission ? »
Dar hocha la tête.
« La mienne était écrite aussi et agrafée à la vôtre », dit Alastair. « Alors c’est probablement bon pour la compagnie que vous ayez décidé de rester. » Il réfléchit. « Bien que je doive admettre qu’il y a eu des moments ces derniers temps où je souhaitais presque que vous ne l’ayez pas fait. »
« Oui », dit Dar. « Je vois ce que vous voulez dire. » Elle se souleva du siège et se leva, s’étirant avant de traverser l’allée et de s’agenouiller près de l’endroit où son patron était allongé. « Merci, Alastair. Je sais que j’ai été une plaie toutes ces années. » Elle tendit la main et lui aussi et elle la saisit d’une poigne puissante. « J’espère que ça en a valu la peine. »
Il rit à nouveau. « Et comment que ça l’a valu. » Il relâcha sa main. « Vous savez, le truc bien de tout ce bazar entre Steven et vous, ça a été de pouvoir rencontrer Kerry pour la première fois. »
Comme prévu, cela fit sourire Dar. Elle se leva et se balada dans l’allée, explorant son petit monde. « Elle était tellement furieuse contre moi que je démissionne. »
« Elle est un pétard », dit Alastair. « Vous savez qu’elle m’a appelé et dit de mettre mon cul dans un avion et de venir parce que tout le monde dans ce bureau était idiot ou n’avait aucune idée de ce qui se passait. »
Dar se tourna et le regarda, les deux sourcils haussés jusqu’à sa frange.
« Pas en tant de mots », admit son patron. « Mais c’étaient les grandes lignes, dites dans cette politesse douce et gentille du Midwest et c’est à ce moment que j’ai réalisé que vous étiez mordue pour une très bonne raison. » Il sourit à l’expression penaude de Dar. « Elle était votre double. »
Dar s’appuya contre la cloison de la cabine. « Elle l’est », dit-elle tranquillement. « Elle a changé ma vie. »
« Elle se prélasse à la plage aussi ? » Demanda Alastair. « Je pensais qu’elle aimait la folie. »
« Après ce dernier développement, elle s’est ouverte à ça », répondit Dar. « Elle aime le travail. Elle aime l’énergie. »
« Mais ? »
Dar eut l’air un peu embarrassée. « Elle ira partout où j’irai. »
« Le genre de fille loyale », commenta Alastair avec un sourire. « Mais alors, vous faites la paire à cet égard et je devine que la compagnie sera très touchée un jour. »
« Mmph. »
La porte à l’avant de l’avion s’ouvrit et un jeune homme grand et élancé entra. Il portait un pantalon noir bien repassé et un pullover noir côtelé, avec des épaulettes. « Madame, monsieur », dit l’homme. « Nous allons aborder des turbulences et je voulais vous en avertir. Une dépression tropicale s’est formée dans le Gulf et nous allons être touchés, ce qui rendra notre vol très perturbé. »
« Peut-on la contourner ? » Demanda Alastair. « Mes reins ne sont pas d’humeur à être secoués ce soir. »
« Je peux demander, monsieur », répondit l’homme. « Ça pourrait nous amener à changer notre plan de vol cependant », dit-il. « Nous suivons une longue route au-dessus des Antilles du Sud pour éviter l’espace aérien américain et cela impliquerait de virer plus près de la côte sud-américaine. »
Dar et Alastair échangèrent un regard. « Dépression signifie que cela va empirer ?? » Demanda Dar. « Se durcir ? »
L’homme hocha la tête. « Il s’attendent à ce que ça devienne la tempête tropicale Gabrielle demain. »
« Evitons-la si c’est possible », dit Dar. « Je n’ai rien contre l’expérience de votre pilote mais je ne suis pas d’humeur d’avoir à nager jusqu’à Tortola aujourd’hui. »
« Je ne suis pas d’humeur pour nager vers Tortola n’importe quel jour », résonna Alastair. « Même si je flotte comme un bouchon. »
L’homme hocha la tête et disparut à nouveau.
Alastair grogna. « Ben voyons. »
Dar se rappuya sur la cloison. « A ce moment de l’année », dit-elle. « Je souhaiterais avoir accepté l’offre de Gerry », admit-elle. « Mais il semblait avoir mille fers au feu. »
Alastair la regarda. « Madame, si vous pensez que ces vieux os voulaient passer huit heures à traverser l’océan dans un siège d’avion militaire vous êtes aussi cinglée qu’un gâteau aux fruits sans rhum. »
Dar rit et recommença à faire les cents pas, allant au début de la cabine après le coin de service contre lequel elle s’était appuyée, puis elle se retourna et alla le long des rangées de sièges jusqu’à l’arrière où se trouvaient une petite suite de salles de bains. « Je suis pratiquement sûre qu’il voulait parler d’un transport civil, Alastair. Je suis sûre qu’ils avaient besoin de rapatrier d’autres gens, des diplomates et autres. »
« Qu’ils voyagent dans un siège en acier », dit Alastair. « Ces maudits politiciens passent la plupart de leur temps à me critiquer de toutes les façons. »
Dar alla vers l’endroit où leurs sacs de voyage étaient stockés et fouilla dans le sien, retirant ses affaires de toilette avant de faire retraite avec dans la pièce typiquement petite de l’avion.
Pour des gens plus petits c’était supportable. Pour Dar, l’expérience la laissait habituellement avec un nœud dans la nuque alors elle se brossa les dents et s’aspergea le visage aussi vite que possible. La sieste lui avait complètement éclairci l’esprit mais maintenant qu’elle était réveillée, l’incertitude de ce qui se passait en bas recommençait à la ronger.
Elle vérifia sa montre. Kerry était debout et travaillait en ce moment, elle en était sûre. C’était frustrant de savoir que sa compagne était au milieu de dieu sait quoi et de ne pas pouvoir l’aider. Pas qu’elle pensait que Kerry avait besoin d’elle pour faire son travail – sa performance de la veille l’avait amplement démontré – mais ils étaient en territoire inconnu là maintenant et elle avait plus d’expérience.
Dar regarda son reflet dans le miroir, voyant le pli sombre de son front. « Elle va se débrouiller », dit-elle pour elle-même. « Elle va juste à Herndon et elle sait comment détourner quelqu’un si besoin. »
Kerry le faisait. Elle pouvait poliment, avec charme et chaleur, dire aux clients les plus exigeants et insistants qu’ils n’allaient pas avoir ce qu’ils voulaient et les laisser incapables d’émettre une plainte à ce sujet. Dar l’avait vue le faire à plus d’une occasion et elle n’avait aucun doute qu’elle pouvait gérer quelque requête que ce soit qui l’attendait là-bas.
Elle étudia le reflet des yeux bleus sur la surface vitrée. « Alors pourquoi tu te ronges les ongles ? »
Était-elle inquiète que Kerry ferait si bien, qu’elle montrerait combien elle n’avait pas besoin du soutien ? Dar plissa le nez. « Beuh j’espère que non. » Mais elle ne le pensait pas vraiment. C’était en fait un plaisir de pouvoir compter sur quelqu’un et de ne pas avoir à les materner au travail.
Était-elle inquiète que le contact prolongé avec sa famille changerait la façon dont elle ressentait les choses ? Les gens ? Dar regarda ses sourcils se hausser et ses lèvres se courber dans un sourire. Non. Elle n’était pas inquiète pour ça.
Elle était juste, se raisonna-t-elle, inquiète au sujet de la personne qu’elle aimait le plus simplement parce que c’était ce que les amoureux faisaient. Ils s’inquiétaient.
Elle rangea ses affaires et poussa la porte pour l’ouvrir, émergeant dans la cabine principale de l’avion avant de ranger sa trousse. Alastair avait éteint sa lampe de lecture et se tenait à l’avant de l’avion, regardant par le hublot de la porte d’embarquement. « Vous voyez des oiseaux de bon augure ? »
« Je vois beaucoup d’océan », répondit Alastair. « Imaginez ce que ça a été pour les premiers gars qui ont traversé ce truc dans un bateau. Ça demande beaucoup de tripes. »
« C’est un grand océan », acquiesça Dar en venant se tenir près de lui. « Je n’en ai navigué qu’une partie et ces longueurs d’eau vous tapent vraiment parfois sur le système », dit-elle. « Et j’ai été prise dans des tempêtes qui m’ont fait me demander comment les navigateurs qui se basaient sur le soleil et les étoiles, ont réussi leur passage. »
« Ah oui. Capitaine Roberts, n’est-ce pas ? » Alastair la regarda avec un sourire.
Elle sourit en retour. « Oui, c’est ça. »
La porte derrière s’ouvrit et le steward revint. « Oh. » Il se retourna visiblement surpris de ne pas les voir assis. « Le capitaine dit qu’il remplit un amendement à notre plan de vol, cela va nous amener juste au nord des Iles Grenadines et le long de la côte sud de Cuba et ensuite vers le Mexique. Cela signifie ajouter une heure à notre vol mais cela finira par être beaucoup plus calme. Avant ça nous avions prévu de passer entre Cuba et la Floride. »
Une heure. Dar soupira intérieurement. « Bon sang, comme je souhaiterais juste atterrir à Miami. »
Le steward eut un air de sympathie. « Nous aussi », acquiesça-t-il. « Nous allons essayer de rendre ce vol le plus confortable possible. » Il leur fit un bref sourire. « Nous sommes sur le point de servir le repas, si vous voulez vous rafraîchir. » Il partit à nouveau fermant la porte derrière lui.
« Et bien », dit Alastair. « C’est vraiment dommage. » Il passa près de Dar et alla à son siège. « Mais je pense que c’est mieux que de voler dans une tempête. »
Dar regarda par le petit hublot, se sentant plus que piégée. Elle espéra que les choses se passaient bien pour Kerry et que le plan de la compagnie avançait.
Elle espéra qu’il n’y ait plus d’attaques.
« Dar ? »
« Hm ? » Dar se tourna et se repoussa du hublot pour redescendre l’allée et s’arrêter près de son siège. Elle s’assit sur un accoudoir et posa ses coudes sur ses genoux. « Je présume que tout ce qu’on peut faire c’est s’accommoder de ça. »
« Ça ira bien », la rassura son patron. « Nous avons des gens compétents pour mener le spectacle, pas vrai ? »
Dar hocha la tête.
« Vous voulez un verre ? »
Dar se glissa dans son fauteuil, laissant une jambe par-dessus l’accoudoir. « Pas encore. »
« Et pourquoi pas un tranquillisant ? J’en ai un flacon. »
Dar tourna la tête et le regarda, ses sourcils haussés.
« Si vous n’en prenez pas, moi si », l’informa Alastair. « Si vous devez faire les cents pas comme un chat le reste du vol. »
Dar rit d’un air désabusé. « Voyons voir d’abord s’ils ont du lait chocolaté. » Elle soupira. « Ce sera probablement moins destructeur pour nous deux. »
**************************************
A suivre partie 9
Onde de Tempête
(Storm Surge)
Melissa (Missy) Good
Traduction Fryda – 2025/2026
Chapitre 7
************************
Dar enroula son bras autour de son sweater roulé en boule, posa sa tête et s’autorisa à se détendre dans la pièce semi-obscure. Le reste de leur équipe et la plupart des clients étaient dans la salle média à côté, à regarder trois ou quatre écrans de télévision et à parler.
Dar n’avait aucune envie de les rejoindre ou de parler. Elle ferma les yeux, laissant le crépitement en arrière-plan de l’ordinateur passer sur elle, essayant de décrocher assez pour avoir quelques minutes de repos avant l’heure où Kerry irait à l’aéroport avec sa mère.
Le seul commentaire de Kerry à la question de Dar sur comment ça s’était passé, avait été ‘Beuh.’ Ça la rendait malheureuse parce qu’elle ressentait que sa partenaire était malheureuse et elle n’y pouvait pas grand-chose. Qu’est-ce qu’Alasatir avait dit plus tôt ? Elle devenait une personne de bonne famille ?
Beuh.
Alastair était parti vers les chambres que Sir Melton avait préparées pour eux. Il attendait un rappel d’un des administrateurs de leurs clients du gouvernement, mais Dar mettait peu d’espoir franchement à cet égard parce qu’elle se disait que soit ils étaient tous collés à CNN soit au milieu de la confusion et avaient peu de temps pour rappeler un quelconque PDG d’une quelconque compagnie.
La voix de Kerry s’infiltra doucement dans sa conscience et Dar ouvrit les yeux pour regarder l’écran tout près. Puis, après un moment de réflexion, elle ouvrit un moteur de recherche et cliqua sur le site de leur agence de voyages.
Kerry n’avait pas dit si elle allait loger à la maison de ville familiale qu’elle savait qu’ils avaient à Washington. Elle pourrait, se raisonna Dar, mais elle pourrait aussi plutôt vouloir s’échapper dans un des hôtels de prestige qu’elles utilisaient quand elles voyageaient.
Elle tendit la main et tapa l’adresse, puis elle regarda les résultats tandis que le site cherchait et déversait ses trouvailles. « Hm. » Dar grogna. Les hôtels étaient complets, pas déraisonnable si on considérait que le transport aérien était toujours à l’arrêt. Tous les gens coincés à l’aéroport devaient bien loger quelque part.
Mais il y avait une suite onéreuse d’un montant obscène et Dar cliqua dessus sans hésitation. Elle chercha les profils disponibles sur le site et choisit celui de Kerry ; elle regarda tandis que ses informations se remplissaient et elle réserva l’espace docilement.
Dar choisit et copia les détails puis elle les colla dans la boite de message instantané où le dernier ‘Beuh’ de Kerry clignotait toujours avec nostalgie. Elle cliqua envoi puis reposa sa tête sur son sweater.
La voix de Kerry, au milieu de sa reconnaissance de la mise à jour du statut de Mark, s’interrompit soudain.
Dar sourit en regardant le message revenir avec un minuscule dessin, un petit cœur rouge battant qui était un total, cependant charmant, gâchis de bande passante.
« Comme je le disais. » La voix de Kerry comportait maintenant un sourire audible. « Je serai hors contact en transit vers Herndon ce soir. Dar prendra le relais. »
« Miami exec, ici Herndon. Nous avons hâte de vous voir », répondit une voix. « Avez-vous besoin d’une camionnette ? »
Un œil bleu s’ouvrit et son sourcil noir se haussa quand Dar attendit la réponse de sa compagne.
« Ah. » Kerry réfrénait un rire, ça elle pouvait le dire. « Je vais louer une voiture à l’aéroport, merci. Je vous ferai savoir si ça ne marche pas. Je suis sûre que c’est la folie par là-bas. »
Dar tapa d’une main une série d’instructions dans une session de console, les vérifiant avant de compiler les résultats et d’envoyer la nouvelle routine. Un instant plus tard, elle entendit un léger rire passer dans le micro.
« Salut Miami exec, ici Miami ops. » Mark interjeta. « Est-ce que ce serait le dieu des horloges en Angleterre ? »
« Oui », répondit Kerry. « Dar est supposée se reposer maintenant pour pouvoir me relayer mais je viens de découvrir qu’elle gère en fait des détails insignifiants en arrière-plan. »
« Insignifiants ? » Murmura Dar. « Gamine. »
« Et si je grillais le protocole et que je vérifiais des trucs depuis le van ? » Suggéra Mark. « Ce n’est pas comme si nous avions autre chose à faire, vous savez ? »
Dar plissa le front, réfléchissant à la question. Elle faisait implicitement confiance à Mark. Il travaillait pour la compagnie depuis presque aussi longtemps qu’elle et son expertise et sa loyauté n’étaient pas remises en cause.
Confiance ? Pas confiance ? Dar tendit la main et prit son casque micro, l’amenant au-dessus de sa tête.
« Je pense que c’est une idée géniale, Mark », répondit Kerry avant qu’elle puisse se connecter. « Merci, je l’apprécie et je sais que Dar va l’apprécier vu que beaucoup de choses se passent là-bas aussi. »
Touché. Dar savait que rejeter l’offre maintenant embarrasserait sérieusement sa compagne et la ferait passer pour une brute vu que c’était fait dans son meilleur intérêt. C’était le petit retour de Kerry pour sa réservation d’hôtel. Elle alluma son micro. « J’apprécie beaucoup, Mark », dit-elle. « Surtout que je peux maintenant renvoyer Kerry pour qu’elle se prépare à partir et se détende avant de prendre son vol. »
Kerry oublia de couper son micro et son rire fit écho à travers le haut-parleur, un son étrangement léger après tant de tension. « Pas vrai, Kerry ? » Demanda Dar.
« Vrai cheffe. » Kerry se rendit. « Tu gagnes ce round. »
Dar regarda la boite de messages avec espoir.
Je suis relevée, pas vrai ? Le texte de Kerry apparut.
Je me suis dit que tu pourrais prendre un peu de temps pour décompresser. Tapa Dar en retour. Tu ne sais pas dans quoi tu vas tomber à Herndon.
Vrai. Répondit sa compagne. Je vais prendre une douche et m’écraser quelques heures. Merci pour la réservation d’hôtel, je n’avais pas encore commencé à chercher et je suis sûre de ne pas vouloir passer la nuit à Washington.
C’est ce que je me suis dit. Dit Dar. Tu es sûre que ça te va de partir ?
Il y eut un moment de pause avant la réponse. Oui. Finit par répondre Kerry. Je ne sais pas. Peut-être que j’aurai une chance de régler ce truc de famille. Je pense que tu avais raison avec tout ce truc avec ma mère. Je pense qu’elle voulait juste avoir quelque chose à montrer à son comité.
Dar sourit. L’Enfer doit geler si je ne te dis pas de penser le pire de quelqu’un.
Ah ah. Répondit Kerry. Oui je sais. Une partie de moi voulait juste dépasser tout ça et laisser tout tomber, et l’autre partie de moi pense juste aux trucs qu’ils ont faits et est ulcérée de nouveau. Je souhaite juste vraiment être à la maison.
Je suis avec toi. Dar soupira et regarda la pièce, s’arrêtant quand la porte s’ouvrit en entier et qu’Alastair entra. Attends, Alastair vient de rentrer.
« Et bien, nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle. » Alastair s’approcha et s’assit. Il avait l’air fatigué. « Laquelle vous voulez en premier ? »
« Je ne peux pas croire qu’il y a une bonne nouvelle. Alors la mauvaise d’abord », dit Dar.
« D’accord », répondit son chef. « Voilà la mauvaise nouvelle alors, il n’y a personne au gouvernement qui peut me dire pourquoi quelqu’un d’une agence frappe à notre porte en Virginie. Tel groupe dit qu’ils pensent que tel groupe pourrait le faire et quand vous interrogez ce groupe-là, ils ne savent rien de rien.
« Beuh. » Dar n’était pas surprise.
« Hamilton essaie de pister la requête mais il tombe sur beaucoup de gens qui sont à pleins tubes sans freins, si vous voyez ce que je veux dire », dit Alastair. « Mais du bon côté, nous avons des vols pour Mexico demain matin. »
Dar cligna des yeux de surprise. « Ils ont trouvé des sièges ? »
« Le conseil d’administration m’a donné instruction de réserver un avion. » Alastair semblait un peu perplexe. « Apparemment vous et moi sommes considérés comme un peu importants. Nous avons un transfert à Mexico pour un jet d’affaires jusqu’à Nuevo Laredo et on viendra nous chercher là en voiture pour traverser la frontière. »
« Wow », dit Dar.
« Par chance pour nous, il y a plein d’avions qui traînent ici, incapables de voler vers les USA. En trouver un à réserver a été facile, du moins c’est ce que me dit Bea », dit Alastair. « En tous cas, désolé de finir à Houston mais au moins, on ne sera pas de l’autre côté du monde. »
« Je prends », dit Dar. « Peut-être que d’ici là les vols intérieurs auront repris. » Elle ressentit un soulagement profond, peu importe la destination. « Ce sont de bonnes nouvelles, Alastair. Merci. »
Son chef sourit. « Je sais que vous voulez rentrer à la maison. Moi aussi. » Il donna une tape sur l’épaule de Dar et se leva. « Vous allez vous reposer un peu ? »
Dar hocha la tête. « Mark nous couvre », dit-elle. « Il part dans le van d’équipement et a beaucoup de temps à tuer. J’ai renvoyé Kerry pour qu’elle se repose un peu avant de partir pour Herndon ce soir. »
Alastair hocha la tête. « Très bien. Je vais aller me reposer aussi », dit-il. « Seul le diable sait ce que nous aurons à gérer demain, si aujourd’hui en est une indication. »
« Bonne nuit. » Dar attendit qu’il parte. Puis elle retourna vers l’écran. Ker ? »
Il n’y eut pas de réponse. Dar fronça les sourcils puis elle prit son téléphone et composa, pour avoir un signal d’occupation. Elle soupira et se redressa dans son fauteuil, puis elle se pencha à nouveau en avant quand elle reçut une réponse à son message.
Salut. Que se passe-t-il ? Tapa Kerry. Désolée. Brian vient juste de se montrer ici, en même temps que Richard a déposé Sally.
Dar tressaillit. Sympa. Tapa-t-elle. Comme si ça avait besoin d’être encore plus cinglé.
Oui oui. Approuva Kerry. Est-ce qu’Alastair a trouvé quelque chose ?
Non, Hamilton essaie toujours. Dar fit courir ses doigts sur le clavier. Mais ils ont réservé un avion pour nous vers Mexico demain matin. Elle tapa entrée et attendit.
Yahhoooooo !!!!!!!!!
Dar sourit. Oui, bon, nous allons voler jusqu’à la frontière et quelqu’un nous récupèrera pour faire le trajet vers Houston. Au moins c’est à mi-parcours de la maison. Dit-elle. Et peut-être qu’après je pourrai prendre un avion pour Washington et te rejoindre.
Il y eut un long silence. Dar faillit décider d’envoyer un autre message quand une réponse lui parvint.
Désolée. Des cris me parviennent de dehors. Pour une fois, je ne suis pas impliquée.
« Oups. » Dar soupira.
Vole vite. Tapa Kerry après une pause. J’ai besoin de toi.
Il y avait une âpreté qui fit perdre le souffle à Dar. Elle tendit la main par réflexe pour toucher l’écran du bout des doigts puis elle la laissa retomber.
Je vais essayer de garder les choses sous contrôle à Herndon. Continua Kerry. Mais j’ai le pressentiment malsain qu’il va y avoir plus qu’une simple requête pour pister des adresses IP.
Dar hocha la tête pour elle-même. Suis ton instinct, Ker. Tu sais ce que je ferais et ce que je ne ferais pas, dis-leur simplement que tu ne peux pas le faire et attends que j’atterrisse. J’ai toujours le système verrouillé depuis ici.
« Le contrôle de systèmes passe à Miami ops », interrompit la voix de Mark. « Nous allons vers le Nord. Nous avons attaché une caravane à ma camionnette et nous avons emporté chaque pièce d’équipement qui se trouvait dans l’inventaire. »
« Miami ops, ici Danny au Pentagone. C’est génial d’entendre ça. Nous en aurons besoin d’une partie pour remettre les choses en état et aussi des aménagements. Est-ce que vous avez des dispositifs de WAN ? »
« Bien sûr que oui. Ce truc a même un branchement satellite et nous amenons un générateur. »
Nous avons des gens doués. Tapa Kerry.
« Il y a toujours le feu ici », dit Danny. « Mais on vient juste de nous demander quand on aura le backup. On ne peut pas entrer mais nous pensons que la salle du répartiteur a brûlé. »
Nous avons les meilleurs. Ajouta Dar.
« D’accord, nous allons nous arrêter pour prendre des blocks de soixante-six. Est-ce que vous pouvez trouver des couches de trois quarts si nous devons rebâtir le DMARC (NdlT : c’est un système d’authentification pour réduire les emails) », dit Marc.
« Nous pouvons faire ça », dit Danny.
« Alors allez-y et trouvez une douzaine de feuilles », dit Mark. « Nous allons venir arranger tout ça. »
« Ça marche, Miami ops. Nous serons prêts pour vous. »
Dar ouvrit son micro. « Ça me semble être un bon plan, messieurs », dit-elle. « Miami exec se déconnecte pour la soirée. Si quelque chose se produit qui requiert une approbation supérieure, appelez sur mon téléphone d’abord. »
« Et le mien ensuite », ajouta Kerry. « Restons tous en alerte. Nous ne savons pas ce qui peut se passer encore. »
Va te reposer. Tapa Dar.
Toi aussi. Répondit Kerry. Espérons que demain sera meilleur.
***********************************
Se reposer n’était apparemment pas dans ses options. Kerry faillit décider de faire demi-tour et d’aller reprendre sa tâche aux opérations quand elle sortit du bureau et trouva sa sœur et son ex-mari se faisant face avec une Sally à l’air malheureux entre eux.
Richard n’avait pas beaucoup changé. Ce soir cependant, il portait étonnamment une veste en cuir et un pantalon en toile, qu’il n’avait jamais portés dans la maison des parents de Kerry quand son père était vivant. Kerry prit une profonde inspiration et se força à marcher vers eux, espérant que sa présence briserait quoi qu’il se passât.
« Si tu penses que je vais la laisser ici avec lui, tu es folle ! » Disait Richard. « Elle est bien assez perturbée, elle n’a pas besoin de ça pour compliquer sa vie ! »
Le visage d’Angie était fermé et coléreux. « Arrête d’être un tel idiot, veux-tu ? » Dit-elle. « Il ne va rien compliquer. Elle le connait depuis sa naissance, pour l’amour de Dieu. »
« Ce n’est pas le sujet ! »
« Tatie Kerry. » Sally la vit et bondit, distrayant ses parents juste assez pour qu’ils se tournent et voient sa cible avant de cogner les jambes robustes de sa tante.
« Hé, gamine. » Kerry fit un bref sourire à sa sœur. « Et si je t’emmenais dans la bibliothèque pour te raconter une histoire. »
Angie eut l’air profondément soulagée. « Merci, sœurette », dit-elle. « Ce serait génial. »
« Ça te plairait ? » Kerry tendit la main vers sa nièce. « Tu veux entendre une histoire ? »
« Oui ! » Sally se retenait à une jambe, les yeux levés vers elle. Elle tendit la main et attrapa celle de Kerry tout en se balançant.
« D’accord. » Kerry fit un signe de tête d’accueil pour son ex beau frère. « Richard. »
« Kerry », répondit Richard tendu. « Tu as l’air en forme. »
« Toi aussi. » Elle s’échappa avec sa nièce sous l’arche et se dirigea vers la bibliothèque à l’autre bout. Elles entrèrent dans la pièce calme et faiblement éclairée et Kerry ferma la porte derrière elles. « Très bien, allons-y. »
« Tatie Kewwy. » Sally se redressa pour un câlin et Kerry lui rendit avec joie, soulevant sa nièce tout en l’enlaçant. « Tu es partie longtemps. » Elle mit les bras autour de la nuque de sa tante et posa un baiser sur sa joue.
« Oui. » Kerry s’avança et s’assit avec elle sur le long canapé en cuir. « Je sais. Ça fait longtemps, hein » Elle assit Sally sur ses cuisses et l’étudia. « Quel âge as-tu maintenant, presque cinq ans, pas vrai ? »
Sally hocha la tête, ses boucles blondes enfantines bougeant ce faisant. C’était une enfant engageante avec un joli visage rond et un nez un peu épaté que Kerry avait vu dans le miroir de temps en temps. Elle avait des yeux noisette et un sourire à fossettes, et elle souriait maintenant à sa tante. « Où étais-tu ? »
« Et bien », dit Kerry. « Je ne vis plus dans le Michigan. J’ai déménagé en Floride. Tu sais où c’est ? »
« Pourquoi tu es allée là-bas ? » Sally balança un peu ses jambes. « Maman a dit que tu vis très très loin ; »
« C’est là que je travaille », lui dit Kerry. « Et il fait chaud là-bas, et c’est joli. J’aime beaucoup. Ta maman est venue me voir là-bas, là où je vis maintenant. »
« Oh. »
« C’est loin d’ici mais j’ai beaucoup d’amis là-bas et même un chien », dit Kerry. « Peut-être que tu viendras me rendre visite et tu le rencontreras.
Les yeux de Sally s’éclairèrent. « Tu as un chien ? » Couina-t-elle. « Oh, wow. »
Kerry sourit à son enthousiasme libéré. « Bien sûr. Elle s’appelle Chino et elle est presque aussi grande que toi. » Elle fit rebondir Sally sur ses genoux. « Et elle est vraiment mignonne. »
« Je veux la voir », dit Sally. « Papa ne veut pas que j’aie un chien. »
Bien sûr, paria Kerry. « Oh, peut-être quand tu seras un peu plus grande », dit-elle. « Ça demande beaucoup de soins tu sais », ajouta-t-elle. « Je n’avais pas de chien non plus quand j’étais petite. »
Sally fit la moue.
« Oh, allez. » Sa tante gloussa. « Alors tu veux entendre une histoire ? J’en connais une bonne au sujet d’un bourdon. »
« Je veux un chien ! » Dit Sally. « Je peux venir avec toi dans ta maison et vivre là-bas ? »
Kerry l’étudia un instant. « Tu peux venir nous rendre visite, bien sûr », dit-elle. « C’est ce que j’ai dit, pas vrai ? Ensuite tu pourras jouer avec Chino et aller à la plage pour voir l’océan. »
La petite fille refit la moue.
« Tu veux voir des photos de mon chien ? » Suggéra Kerry.
Sally hocha la tête.
« D’accord, viens. » Kerry la posa sur le sol et se leva, l’emmenant vers le cabinet de feu son père, où son ordinateur attendait toujours sur le bureau. Elle s’assit tandis que Sally grimpait sur le fauteuil près d’elle et elle déverrouilla son écran. « Voyons voir ce que nous avons ici. »
Elle avait un dossier de photos, rassemblées spécifiquement pour le motif qui était le sien maintenant. Des photos simples de la maison et du travail, de Chino et amusantes de Dar. « D’accord, tu vois ? Voici Chino. »
Sally couina. « Elle est siiii mignonne. »
« Je te l’ai dit. » Kerry fixa affectueusement son chien. « C’est son lit préféré. Et elle adore nager dans l’océan. »
« Je veux un chien », se lamenta Sally. « Tout ce que j’ai, c’est un poulet en chiffon et il est stupide. »
Kerry l’enlaça d’un bras. « Oh. Tu en auras un un jour. Je l’ai eu, pas vrai ? »
« Je ne veux pas attendre d’être plus grande ! »
Kerry se mit à rire. « Mince, merci ! » Elle fit une grimace à sa nièce. « Je vais te dire une chose, je vais demander à ta maman de t’en avoir un, d’accord ? »
Le regard de Sally s’éclaira. « C’est vrai ? »
La vengeance était très certainement une garce. « C’est vrai », l’assura Kerry. « Je vais lui dire de t’en prendre une comme Chino. Elle aura plein de place ici pour courir partout et jouer.
Sally regarda la pièce. « Maman a dit qu’on va habiter ici maintenant. »
« Mmhm », dit sa tante. « Tu sais, ta maman et moi on a grandi ici », dit-elle en voyant une expression triste dans les yeux de la fillette. « On s’est beaucoup amusés avec ton oncle Michael ; on jouait à cache-cache et on courait partout. »
Sally regarda autour d’elle. « C’est vrai ? »
« Oui », dit Kerry. « Je fermais les yeux, contre ce mur-là, et ta maman et oncle Michael cherchaient un endroit pour se cacher et je devais les retrouver », dit-elle. « Un jour, j’ai pensé qu’ils se cachaient dans la cuisine et j’ai pensé les y surprendre. »
Sally se trémoussa.
« Alors j’ai pris un panier et je l’ai rempli de terre du jardin ; après j’ai avancé sans bruit dans le couloir. » Kerry baissa sa voix. « Et j’ai avancé et avancé et quand je suis arrivée à la porte, je l’ai ouverte en grand et j’ai couru à l’intérieur ; et puis j’ai lancé le panier en l’air. »
« Oh ! Ils ont été tout sales ! »
« Pas vraiment. » Kerry sourit. « Ta grand-maman parlait là à un étranger et ils ont reçu la terre. »
« Ooooh… » Sally se trémoussa, sa tristesse oubliée. « Tu as eu des problèmes ? »
« J’ai couru très vite dehors et ils n’ont pas pu m’attraper », lui dit sa tante. « Et ensuite j’ai grimpé à un arbre et j’étais coincée, alors tout le monde a eu si peur qu’ils ont oublié la terre. » Elle gloussa tandis que sa nièce se trémoussait encore plus.
« C’était marrant », dit Sally. « On peut jouer à cache-cache ? »
« Bien sûr », dit Kerry. « Je vais demander à ta maman et oncle Michael de venir jouer aussi et on verra les ennuis qu’on peut s’attirer. Ça te semble rigolo ? »
« Oui ! »
Kerry fit un autre câlin à sa nièce. « Tu vas bien t’amuser ici. Quand ton frère sera un peu plus grand, tu pourras aussi jouer avec lui comme je l’ai fait avec oncle Michael. »
Sally se calma. « Est-ce que ton papa vivait aussi ailleurs ? »
« Eh bien, en quelque sorte. » Kerry tourna la tête et regarda sa nièce. « Tu te souviens de grand-papa ? »
Sally hocha la tête. « Il n’est plus là. »
« Non », acquiesça sa tante doucement. « Tu savais que grand-papa était mon papa ? » Demanda-t-elle. « Le mien, celui de ta maman et d’oncle Michael ? »
« Oh c’est vrai ? »
« Mm… » Kerry hocha la tête. « Et grand-papa devait passer beaucoup de temps dans des endroits différents, à cause de son travail. Souvent nous devions aussi y aller et parfois nous vivions ici, et souvent, il n’était pas là parce qu’il devait faire des choses. »
Sally mit son pouce dans sa bouche. « Maman m’a dit que grand-papa est parti au Ciel. »
Kerry se contenta de hocher la tête. « Je suis sûr qu’il ne voulait pas partir mais je sais qu’il est heureux là-bas et qu’il nous attend. C’est ce que t’a dit ta maman ? »
Sally hocha la tête un grand coup. « Grand-papa me manque. » Elle regardait le visage expressif de Kerry avec attention et il n’y avait aucun moyen pour sa tante de dissimuler.
Kerry soupira. « Je pense qu’on lui manque aussi, mon chou », dit-elle. « Mais nous avons tous des choses à faire et il avait quelque chose à faire au Ciel, alors il devait y aller pour nous attendre. »
L’enfant jeta ses bras autour de la nuque de Kerry. « Tu me manques aussi, Tatie Kerry, je pensais que tu étais aussi partie au Ciel, mais maman a dit que tu étais seulement partie à Miami. »
Kerry se mordit la langue pour s’empêcher de rire, malgré le battement dans sa poitrine. « Il faudra que tu viennes à Miami me rendre visite, mon chou. Ensuite tu verras si ça ressemble au Ciel. »
Sally la relâcha et se redressa ; elle regarda l’ordinateur. « T’as d’autres photos ? »
« Bien sûr. » Kerry était plus que contente d’abandonner cette conversation. Elle ouvrit le dossier et les photos apparurent, des minuscules morceaux colorés de sa vie étalés sur l’écran.
« C’est qui ? » Sally pointa une photo.
Ah. Kerry regarda une paire d’yeux bleus familière. « C’est mon amie, Dar », dit-elle. « Elle vit aussi en Floride.
Sally étudia la photo. « Elle est jolie. »
La photo montrait Dar assise derrière un bureau dans le condo, le menton posé sur un poing, avec un air de tolérance perplexe vers ce que Kerry savait être la porteuse d’appareil-photo fraîchement douchée et vêtue d’un simple tee-shirt de l’autre côté du bureau.
Rien de vraiment remarquable, à part le sourire et la chaleur dans ces yeux, qui regardaient droit à travers le viseur dans ceux de Kerry.
« Je pense aussi », dit Kerry avec un sourire. « Dar est ma meilleure amie. Nous nous amusons beaucoup ensemble. »
« Vous jouez à cache-cache ? » Demanda sa nièce.
« Parfois. » Les yeux de Kerry étincelèrent. « Nous faisons beaucoup de choses ensemble. » Elle montra une autre photo. « Tu vois ça ? C’est un poisson. »
« Un gros poisson », dit Sally.
« C’est un requin », lui dit Kerry. « J’ai pris cette photo sous l’eau. »
Sally se retourna complètement et la regarda. « Non, c’est pas vrai », dit-elle. « Tu n’es pas un poisson ! » Elle leva les yeux quand la porte grinça en s’ouvrant. « Maman ! Tatie Kerry n’est pas un poisson, pas vrai ? »
Angie entra, l’air très stressée. Elle prit un instant pour se détendre puis elle referma la porte derrière elle. « C’est quoi ça, mon chou ? Quelle histoire tordue te raconte Tatie Kerry ? »
« Je lui montrais mes photos de plongée. » Kerry tourna l’ordinateur pour que sa sœur puisse les voir. « Celle-là. »
« Celle-l… Dieux du Ciel, Kerry ! C’est un requin ! » Angie s’avança et s’assit sur le bord du bureau. « Dis-moi que tu n’as pas fait ça. »
« Si », dit sa sœur. « Honnêtement, ils ne sont pas si méchants, on peut nager avec eux. Il faut juste se souvenir de ne pas tendre de morceaux de ton corps vers leurs gueules. »
« Oh et c’est tout. » Angie regarda les photos. « Bon, tu as toujours tes doigts en tous cas. C’est une jolie photo de Dar », dit-elle. « Alors, qu’est-ce que vous avez fait toutes les deux ? »
« Maman, Tatie Kerry dit que tu vas me donner un chien », carillonna Sally. « Comme celle-là ! » Elle pointa la photo de Chino. « Je peux en avoir un, hein ? S’il te plait ? »
Angie regarda la photo puis Kerry, qui eut un sourire charmeur. « Tu as de la chance d’être ma sœur et que je t’aime. »
« Je peux maman ? »
*************************************
Dar étendit ses bras sur le lit et se détendit, tressaillant un peu quand la raideur d’être restée aussi longtemps assiste s’atténua.
C’était très, très bon de juste rester allongée là et de ne rien faire. La journée lui avait paru durer une semaine et que ce soit calme et immobile, avec juste le son de l’horloge murale était une chose merveilleuse.
Elle avait mal à la nuque. Elle débattit sur le fait de se lever et d’aller vers sa mallette, qui contenait des analgésiques pour gérer le problème, en même temps qu’un verre d’eau.
Elle décida que se lever et se déshabiller au lieu de s’endormir était facile. Dar roula sur le dos et se releva, avant de traîner jusqu’au bar en ébène où elle avait déposé sa valise.
Elle la dézippa et prit le flacon d’Advil et l’eau. Puis elle sortit une longue chemise de nuit. Elle la mit autour de la chaise proche et se tourna, s’appuyant contre le bois tout en ouvrant le flacon pour en sortir quelques comprimés.
La chambre était relativement plaisante pour passer la nuit. Il y avait une petite salle de bains avec une baignoire à l’ancienne, un lit de taille décente assez long pour que ses jambes ne pendent pas et une tapisserie riche sur le mur qui montrait des chiens et des chevaux dans des pauses incroyables qui firent sourire Dar.
Elle avala ses comprimés et les fit passer avec une gorgée d’eau. Puis elle prit la chemise de nuit et alla dans la salle de bains, s’observant dans le miroir tandis qu’elle déboutonnait son chemisier. Elle retira le vêtement et croisa les bras, étudiant sa moitié haute presque nue avec une expression pensive.
Un jeu qu’elle jouait avec elle-même ces derniers temps.
Tatouage, ou pas tatouage ? C’était la question. Avec un rire ironique, Dar étudia sa peau bronzée, essayant d’imaginer à quoi ça ressemblerait avec le genre de décoration colorée qui était maintenant étalée sur la poitrine de sa compagne.
C’était bon de gâcher quelques neurones sur des trivialités après cette longue journée. C’était comme une minuscule tranche de normalité dans ce qui était devenu un marécage de stress incertain.
Le ferait-elle ? Dar passa son pouce sur la peau exposée de sa poitrine là où la marque de Kerry se trouvait. Elle trouvait le tatouage sexy et pas seulement parce que son nom apparaissait. Mais si elle devait choisir le sien, elle savait qu’il serait très différent de celui de sa compagne.
Qu’est-ce que ce serait ?
Dar étudia sa peau puis elle secoua la tête et rit. « Je n’en ai aucune fichue idée. » Elle finit de se changer et se brossa les dents, puis elle alla vers sa mallette et en sortit un magazine de plongée, puis s’installa dans le fauteuil en cuir près de la fenêtre où la lumière de la lampe produirait une lecture confortable.
Elle était fatiguée mais pas au point de dormir encore. Il y avait un petit téléviseur dans le coin de la chambre, presque caché, mais elle n’avait aucune envie de l’allumer pour écouter une redite et revoir la terreur et la destruction qu’elle avait vécues toute la journée.
C’était bon de juste être assise à siroter son eau et à regarder des photos de poissons colorés et d’eau bleu clair, de lire des aventures à bord de bateaux et de penser à une bonne boisson au rhum à Roatan au printemps. Elle s’adossa et tourna la page, se perdant dans le texte tandis que son esprit se rappelait le riche goût de l’air salé et le son profond et grondant de la respiration sous l’eau.
Un léger coup à sa porte la fit sursauter. Elle posa sa bouteille d’eau sur le bureau et regarda la porte. « Entrez. »
La porte s’ouvrit et la tête d’Alastair se pointa. « Salut, Dar, Je… oh mon Dieu. Désolé. Je ne me rendais pas compte que vous… ah… »
« Portiez un tee-shirt ? » Dar lança un regard ironique à son chef. « Détendez-vous. C’est plus que ce que je portais à cette fichue fête d’Halloween. »
Alastair entra avec précaution. « Je pensais que vous aimeriez un remontant. » Il leva une bouteille. « Notre hôte a fait livrer ceci, c’est du bon. »
« Bien sûr. » Dar ferma son magazine. « La dernière fois que j’ai partagé du whisky avec vous, je démissionnais. Nous devrions trouver des occasions plus joyeuses. »
Alastair s’avança et s’assit sur la chaise en face de Dar. Il portait toujours son pantalon décontracté mais en avait sorti sa chemise et déboutonné les manches en partie relevées le long de ses avant-bras. « Je m’en souviens », dit-il en versant une mesure de l’alcool doré dans un des deux verres qu’il avait apportés avant de le tendre à Dar. « J’apprécie mal la façon dont la journée a commencé. »
« Moi pareil. » Dar attendit qu’il se verse son verre puis elle leva le sien. « A de meilleurs temps. »
« Amen. » Alastair tendit la main et cogna son verre contre celui de Dar puis il se radossa et sirota. « Je viens de parler à ma femme », dit-il. « Il semble que l’un de nos voisins était dans la Tour Nord et on ne peut pas le joindre. »
Dar secoua la tête.
« Un gentil gars », dit Alastair. « Sa famille est dans tous ses états, bien sûr. Ma femme m’a dit qu’elle n’a jamais été si contente que je sois hors du pays tout comme elle ce matin. » Il étudia le scotch dans son verre. « Ça aurait pu être différent. J’étais à New York la semaine dernière. »
« Ça aurait pu », acquiesça tranquillement Dar. « Nous tous, nous voyageons beaucoup. C’était juste un coup du sort. » Elle réfléchit. « Mais encore une fois, c’est le cas quand on roule pour le travail chaque matin à Miami. » Elle sirota le scotch, la brûlure peu familière lui piquant le nez.
« Eh bien, c’est vrai, du moins c’est ce que j’ai entendu dire », dit Alastair. « Ce n’est pas aussi mal à Houston mais quand même. » Il se pencha en arrière. « Mais si on pense que tant d’entre nous travaillent comme des chiens alors on peut se retirer et calmer le jeu, et ces gars à New York travaillent plus dur que la plupart et ensuite quelque chose comme ça arrive. »
« Parfois il faut quelque chose comme ça pour que vous preniez du recul », dit Dar après une gorgée du whiskey. « Nous sommes fichument concentrés parfois. » Elle leva le verre à la lumière, admirant la couleur miel. « Parfois il faut s’arrêter et vivre. Sinon vous ratez des choses. »
Alastair sourit. « Vous avez appris ça récemment ? » Devina-t-il.
Les yeux de Dar brillèrent d’ironie. « On peut dire ça. »
Son chef rit. « Qu’est-ce que vous lisez ? » Il prit le magazine qu’elle lui tendait et le tourna. « Ah… votre passe-temps de fou. » Il tourna les pages. « Ces îles paraissent sympathiques mais ma femme ne veut pas en entendre parler. Elle veut aller aux chutes du Niagara pour notre prochain voyage. »
« Je les ai vues », dit Dar. « Alastair, emmenez-là à un endroit où vous pourrez passer plus de dix minutes. Les chutes sont belles mais à moins que vous n’alliez dessus dans un tonneau, ce n’est pas vraiment marrant. »
« Ah oui ? » Demanda Alastair. « Vous êtes passée au-dessus ? »
Dar haussa les sourcils. « Vous me croyez aussi cinglée que ça ? »
« Je demande juste. » Il rit à nouveau. « En général on finit dans un endroit plein de touristes comme Las Vegas. Les explorations ne m’ennuient pas mais j’aime que les miennes se passent avec un scotch et un chauffeur de limousine, j’en ai bien peur. »
« Et bien. » Dar tendit les jambes et les croisa aux chevilles. « Nous avons dénommé notre cabine dans le sud Microsoft Rustic pour une bonne raison. Ker et moi nous avons parlé d’aller camper et randonner dans le Grand Canyon, mais j’en ai eu mon content quand j’étais gamine et je préfèrerais appeler le service de chambre moi-même pour dire la vérité. »
« Du camping en Floride ? » Demanda Alastair. « Et vous avez grandi ? »
Dar sourit. « Nous allions faire un tour de l’Europe en fait quand nous aurions fini ici. Voir les Alpes. Voir si je suis aussi mauvaise pour skier que la dernière fois que j’ai essayé, et peut-être finir en Italie. » Elle soupira. « Kerry avait vraiment hâte. Elle n’a jamais eu l’occasion de voyager beaucoup. »
Alastair posa le magazine et prit son verre à deux mains. « La chance se représentera bien assez tôt », dit-il. « Je sais que nous avons une passe difficile à traverser maintenant mais le monde continue de tourner, vous savez ? Nous allons traverser ça. Ensuite toutes les deux vous pourrez prendre un mois de vacances et revenir ici. »
Dar haussa un sourcil. « Je vais m’en souvenir », avertit-elle.
« Marché conclu », dit son chef. « Dites, qu’est-ce que vous pensez de Key West ? » Demanda-t-il. « C’était l’autre idée de ma femme. Elle a des brochures d’un petit coin là-bas, près de l’eau. J’aimerais bien tenter la pêche. »
« C’est l’endroit pour ça. » Dar tourna la tête en entendant son téléphone sonner. « Oh oh. » Elle se leva et tendit la main vers la table de chevet, attrapa le téléphone et l’ouvrit. « Ah. » Elle reconnut le numéro. « Salut ma chérie. »
***************************************
« Salut. » La voix de Kerry lui parvint dans le téléphone. « Tu dormais ? Désolée. »
« Nan. » Dar s’assit. « Alastair et moi on avait une discussion nocturne et on parlait de nos plans de vacances. Qu’y a-t-il ? »
« Il fallait que je te parle. Danny vient d’appeler depuis le Pentagone et il a dit qu’un des techniciens est venu le voir parce que quelqu’un voulait te passer un message. »
« Ah oui ? » Dar n’entendait pas d’inquiétude dans la voix de sa compagne alors elle se dit que c’était sûrement de bonnes nouvelles. « Qu’est-ce que c’était ? »
« Le Général Easton », dit Kerry. « Il a juste dit de te saluer et qu’il aurait besoin de te parler quand tu pourrais le joindre demain. »
Dar ressentit un profond soulagement. « Ce sont des nouvelles géniales », dit-elle, en jetant un coup d’œil à Alastair. « Gerry Easton va bien et il veut que je l’appelle demain. » Elle retourna au téléphone. « A propos, pourquoi tu ne dors pas ? »
Kerry s’éclaircit la voix. « Hum… et bien, je jouais avec ma nièce et ensuite on a fait un cache-cache. »
« Toi et ta nièce ? » Demanda Dar.
« Moi, mon frère et ma sœur », marmonna Kerry. « Ça s’est fini avec un pied de table brisé. Ne demande rien. »
« Heu… d’accord. »
« Ecoute, quand tu parleras au Général Easton, tu peux savoir si sa chienne a encore eu des petits ? » Demanda Kerry. « Ma sœur en veut un. »
« Ah bon ? » Dar fronça les sourcils. « Elle ne me semble pas être du genre chien. »
« Elle ne l’est pas. Pas encore. »
Dar décida que l’ignorance était probablement la meilleure chose à ce moment. « D’accord », dit-elle. « Ecoute, je te souhaite un bon vol et fais-moi savoir quand tu atterris », dit-elle. « Fais attention à toi. »
« Je t’enverrai un texto », promit Kerry. « C’est un court-courrier. Je suis sûre que ça va aller. J’aimerais juste qu’il y ait plus de place. »
Dar eut un rire bref. « Tu as attrapé ma claustrophobie ? »
« Je ne veux pas être aussi près de ma mère », dit sa compagne succinctement. « A plus, ma chérie. »
« A plus. » Dar ferma le téléphone et sourit. « Eh bien, ce sont de bonnes nouvelles au moins. »
Alastair se leva. « Pour sûr », dit-il. « Je vais vous laisser vous reposer. » Il prit son verre. « Et espérons que cet appel demain c’est juste qu’il a envie de vous joindre personnellement. »
Dar cligna des yeux de surprise.
Son chef sourit ironiquement, leva son verre dans sa direction et puis se dirigea vers la porte. « C’est un chouette gars, content qu’il aille bien », dit-il tandis qu’il sortait. « Mais c’est aussi un gros client », lui rappela-t-il en refermant la porte derrière lui.
Plutôt vrai. Dar avala le reste de son whisky, grimaçant tandis qu’il lui brûlait la gorge jusqu’à son estomac. Puis elle soupira, faisant bouffer ses cheveux noirs hors de ses yeux et elle reprit son magazine. « J’espère aussi que c’est personnel. » Elle ouvrit les pages. « Je n’aurais pas le temps de lui demander des faveurs. »
****************************************
Kerry ferma son sac et le posa sur le sol, regardant autour d’elle par habitude pour s’assurer qu’elle n’avait rien oublié. Elle avait laissé sa part de réveils, de brosses à dents et autres articles dans des hôtels dans tout le pays et elle avait appris sa leçon plutôt rudement.
« Ker ? » Angie passa la tête dans la chambre. « Tu es prête ? J’ai dit à maman que je t’emmenais à l’aéroport pour la retrouver, comme ça nous n’aurons pas à repasser à la maison. »
« Ouaip. » Kerry passa son sac sur son épaule et prit sa mallette d’ordinateur. « Allons-y », dit-elle. « Est-ce que je suis prudente de laisser Mike rapporter la camionnette chez le loueur ? »
Sa sœur gloussa.
« C’est ce que je pensais. » Kerry soupira. « Oh bon. » Elle suivit sa sœur hors de la chambre. Il faisait déjà pas mal noir dehors et les enfants étaient au lit dans la maison à moitié vide, faisant écho au départ imminent et un peu triste. « Combien ça peut coûter un truc pareil ? »
Angie les mena en bas des marches, prit un sac à main et le balança sur son épaule avant de prendre ses clés. « Marco, est-ce que la voiture est prête ? » Demanda-t-elle à l’homme qui se tenait près de la porte.
« Oui madame », répondit Marco. « J’ai fait le plein d’essence. Mais est-ce que vous voulez que je conduise ? Il fait plutôt sombre sur la route. »
Angie regarda son majordome avec un sourire. « Merci, mais ça va aller », dit-elle. « Mon frère vient avec nous. Il me tiendra compagnie au retour. »
Marco eut l’air de douter à cette sécurité et Kerry fit passer son sac en arrière et se gratta le nez.
Angie sembla ressentir le doute muet. « Ça ira. » Elle attrapa la lanière du sac de Kerry et la tira. « Nous sommes à Saugatuck, pour l’amour de Dieu. »
« Mm. » Mais Kerry la suivit sans autre commentaire, descendant les marches vers Mike qui attendait à côté de la grosse voiture de sa sœur ; l’air frais lui frappait le visage. Elle cligna des yeux, sentant l’air sec sur ses yeux et elle pensa brièvement au sauna dans lequel elle vivait une grande partie de l’année.
Ça avait été difficile de s’y habituer. Maintenant c’était ça qui était dur. Kerry secoua la tête tandis qu’Angie ouvrait les portières et allait vers le côté du conducteur.
« Allez, donne-moi ça. » Mike prit son sac et le jeta sur le siège arrière, se glissant à son tour.
Kerry s’assit dans le fauteuil du passager et ferma la portière, assez contente de se détendre dans le siège en cuir pour le trajet relativement court vers l’aéroport régional. « Tu penses que maman est toujours fâchée ? » Demanda-t-elle. « Mon épaule me fait un mal de chien là où j’ai cogné cette table. »
Angie démarra et lança un regard ironique à sa sœur. « Ton épaule te fait mal ? Tu te souviens que tu m’es tombée dessus après avoir cassé le meuble. J’avais l’impression d’avoir été renversée par un camion. »
« J’étais juste contente que ce ne soit pas moi pour changer », commenta Mike depuis le siège arrière. « Ça valait le coup de voir la tête de maman quand elle a pris le coin et t’a vue assise là avec toute la porcelaine brisée autour de toi qui tenait ce stupide pied de table. »
« J’avais l’impression d’avoir six ans », admit Kerry. « Mais c’était drôle. »
« C’était foutument drôle », dit son frère. « Je veux dire, après toute cette journée à la con c’était génial de juste être stupide et de rire, de ne pas s’inquiéter de quel immeuble s’effondrait à la télévision ou si un avion allait s’écraser sur ma tête. »
Il y eut un moment de silence. « Oui », finit par dire Angie. « Ça a vraiment été une journée horrible. » Elle regarda Kerry du coin de son œil. « Je pense que maman et toi vous êtes folles de voler ce soir. Je ne peux même pas croire qu’ils vous laissent faire. »
« Je sais », dit Kerry. « Mais c’est différent. C’est un avion privé. »
« Un foutu minuscule court-courrier », dit Mike. « J’en ai vu l’intérieur. Je préfèrerais conduire. »
« J’aurais dû me procurer un van comme ce type chez vous, Kerry, y caser les enfants et on aurait pu tous faire une grande balade », dit Angie. « Même maman. »
Kerry se couvrit les yeux avec une éloquence silencieuse.
« Ang, tu es attardée », dit Mike. « Ça ne marchait même pas quand on avait dix ans. »
« La ferme », dit Angie. « Nous sommes des adultes maintenant. On aurait pu le faire marcher. »
Mike glissa et étendit ses jambes derrière le siège de Kerry. « Ah, peut-être », concéda-t-il. « J’ai regardé ce truc que le gars de Kerry a pris, ce n’est pas un van. C’est une caravane. C’est plutôt cool », dit-il. « Il y a une cuisine, une salle de bains et tout et tout. »
« Le trajet depuis Miami est long », dit Kerry. « Je suis contente qu’ils aient trouvé quelque chose de confortable. La dernière chose que je veux c’est qu’ils s’endorment en route et qu’ils aient un accident. Il faut… je pense dix ou douze heures pour sortir de l’Etat. »
« Tu en as déjà conduit ? » Demanda Angie.
Kerry secoua la tête. « Juste jusqu’à Orlando. Avec Dar », dit-elle. « Mais Dar a conduit sur la côte est. Elle dit qu’à moins que de prendre cette route scénique à travers les montagnes, c’est très ennuyeux. » Son regard alla vers le paysage sombre qu’ils traversaient.
« Tu vas loger avec maman ? » Demanda sa sœur. « Ça doit être une folie dans les hôtels. »
« Non. » Kerry secoua la tête. « Dar m’a pris une réservation à la limite de la ville. Je peux juste louer une voiture ou me faire prendre en charge par le bureau demain matin et peut-être rester là après. » Elle posa sa tête sur l’arrière du siège. « Je ne lui ai pas encore dit. Je pense qu’elle présume que je vais à la maison familiale. »
« C’est le cas », dit Mike. « Elle a dit à un mec là-bas de préparer une chambre, comme si la vue t’intéressait. »
« Parfois oui », objecta doucement Kerry. « Mais bon encore une fois… » Elle réfléchit. « Habituellement je suis avec Dar alors la vue dans la chambre est meilleure de toutes les façons. » Elle rit entre ses dents tandis que ses frère et sœur grognaient. « J’espère que ça va bien se passer avec son vol demain. »
« Elle vole jusqu’au Mexique ? » Demanda Mike. « J’ai entendu aux infos que c’est de la folie là-bas, les aéroports sont blindés », dit-il. « J’espère qu’elle n’aura pas de difficultés pour revenir au pays. »
Kerry étendit ses jambes et les croisa aux chevilles. « J’espère que non », dit-elle. « Je peux imaginer qu’ils sont plutôt flippés et Dar devient susceptible parfois sur les trucs officiels. Elle se fâche contre les gens de l’aéroport quand ils veulent qu’elle démarre son ordinateur portable. »
« Je suis contente de ne pas beaucoup voyager. » Angie soupira tandis qu’ils entraient sur la route d’accès du petit aéroport local. « Surtout maintenant. J’aurais une frousse bleue de monter dans un avion. »
Kerry réfléchit. Elle se souvint avoir pensé un jour qu’on n’avait aucune idée d’avec qui on partageait un avion, qui était assis près de vous, quels étaient leur motif… ou même quel virus ils allaient offrir à leurs compagnons de voyage.
Effrayant. Mais c’était encore plus effrayant maintenant. Elle imagina être sur ces avions qui avaient décollé et trouver que le passager assis près de vous était un tueur.
Beuh.
Son vol, et celui de Dar, seraient au moins privés cette fois. Mais les prochains ? Kerry soupira, espérant que les vols domestiques ne voleraient pas si tôt que Dar aurait le désir de sauter dans le premier disponible pour la rejoindre. Pour autant qu’elle voulait voir sa compagne, et elle le voulait, elle préférait la savoir en sécurité.
Y avait-il un train du Texas à Washington ? Kerry pianota sur l’accoudoir. Hmmm. Dar aimerait peut-être prendre un train de nuit.
« Wow, regardez ces lumières. » Angie interrompit ses pensées. « Au portail. »
Kerry regarda par le pare-brise pour voir l’entrée de la piste qui approchait, entourée par des lignes de véhicules d’urgence avec leurs flashes allumés. « Qu’est-ce qui se passe ? » Se demanda-t-elle.
« Peut-être que la limousine de maman s’est enfoncée dans la guérite des gardes », suggéra Mike.
« Michael », le réprimanda Angie. « Ce n’est pas drôle. »
« Pourquoi ? » Répliqua son frère. « Ce truc est construit comme un bateau. Je serai désolé pour le gars dans la guérite mais pour personne dans ce tank. »
Angie ralentit tandis qu’ils approchaient, des silhouettes sombres émergeant des véhicules et bloquant l’entrée. « Oh. Wow. »
« Des armes », observa Kerry. « J’espère que c’est la Garde Nationale du Michigan. »
« Moi aussi », acquiesça Mike d’une voix bien plus douce. « Je n’aime pas les armes. » Il se glissa à nouveau dans le siège, bougeant vers le côté de Kerry. « Je parie que Dar oui. »
« Je parie que non. » Kerry regarda Angie baisser sa vitre. « C’est moi qui suis enregistrée en tant que porteuse d’armes dans la famille. »
« Cet aéroport est fermé, madame. » L’homme portait un uniforme de garde et semblait très austère, mais poli. « S’il vous plait, faites demi-tour et retournez d’où vous venez. »
Kerry entendit un bruit derrière elle. Elle regarda par la vitre et vit trois autres soldats, qui se tenaient avec leurs fusils pointés non pas vraiment sur la voiture, ni sur le sol. « Oh bon sang. » Elle chercha son identification dans sa mallette.
« Merci officier », répondit Angie de sa voix la plus polie. « Je sais que l’aéroport est fermé. Ma mère, la sénatrice Stuart, nous a demandé de la rejoindre ici. Je dépose ma sœur pour l’accompagner à Washington. »
Le soldat la regarda avec doute.
Angie sortit son portefeuille de son sac à main et prit son permis de conduire. Elle le tendit à l’homme. « Contente d’avoir repris mon nom de jeune fille », marmonna-t-elle. « Ça n’a pas besoin d’être plus compliqué. »
Mike garda le silence prudemment, pour changer.
Kerry se pencha lentement et tendit sa propre carte, dans une pochette en cuir qui comportait non seulement son permis de conduire, mais son passeport et sa carte professionnelle. « Tenez. »
Le soldat prit les deux cartes et recula. Un autre homme le rejoignit et passa une lampe sur les documents.
« Tu as le numéro de maman ? » Demanda Kerry à voix basse.
« Oui », répondit sa sœur. « J’espère qu’on n’en aura pas besoin. » Elle regarda derrière elle. « Donne-moi ton permis, Mike. »
« Je ne l’ai pas avec moi », répondit-il d’une petite voix. « J’ai laissé mon portefeuille dans ma voiture.
Angie ferma les yeux et soupira. « Et tu dis que je suis attardée. »
« Pouvez-vous ouvrir le coffre, s’il vous plait, madame ? » Dit le garde.
Angie et Kerry échangèrent un regard. « Oh bon sang. » Angie déverrouilla le coffre. « J’essaie de me souvenir de ce que j’ai là-dedans. J’espère que ce ne sont pas les couches. »
Kerry regarda devant et croisa ses bras sur sa poitrine, très consciente des hommes qui regardaient par la vitre. « Je présume qu’étant donné ce qui s’est passé, Ang, ils n’ont pas le choix. Je serais plus sûre même si tout ça est flippant comme l’enfer. »
« Vrai. » Angie regarda le soldat qui revenait et elle entendit le coffre se fermer.
Le soldat lui tendit sa carte puis il se pencha en avant et tendit les documents à Kerry avec un petit mouvement de tête. « Madame. »
« Merci. » Kerry prit la pochette et la remit dans sa mallette. Puis elle fit un sourire au soldat. « La nuit est longue ? »
« La journée », répondit l’homme. « Il y en aura beaucoup d’autres. » Il regarda Angie. « Descendez la route, madame, il y a un garde devant ce petit terminal. Ils vous redemanderont votre identité. La Sénatrice n’est pas encore arrivée, mais j’ai eu un message radio qu’elle est en route et est attendue dans quelques minutes. Elle a dit qu’elle vous attendait. »
« Merci », dit Angie. « Merci beaucoup, vraiment. »
« Soyez prudentes mesdames, d’accord ? » Dit le soldat. « Ce n’est pas une nuit à conduire. » Il leva la main et les autres soldats allèrent ouvrir la barrière, avant de se mettre sur le côté pour leur céder le passage.
Angie démarra et passa les portes, dépassant le groupe de soldats et leurs camions pour gagner une sécurité relative sur la courte route qui menait au terminal d’aéroport. « Je ne pense pas qu’il a vu Mike. »
« Pas s’il m’a appelée madame. » Mike finit par ramasser le courage de se pencher en avant et d’entourer le siège de ses bras. « Je pense qu’il a aimé Kerry. Il a été gentil avec elle. »
« Oui, c’est vrai. » Angie jeta un coup d’œil à sa sœur avec un sourire. « Mais bon, elle a toujours été l’aimant dans la famille. »
Kerry les regarda. « Il a probablement reconnu le logo de la compagnie qui le paye », fit-elle remarquer d’un ton sec. « Mais si c’est comme ça ici, comment ça va être là où nous allons ? »
Angie gara la voiture. « Je ne sais pas, mais peu importe combien c’est nécessaire, je n’aime pas ça. » Elle montra l’escouade d’hommes armés qui les attendaient, portant des casques et des armes.
« Moi non plus », approuva Mike. « On dirait trop un film des années quarante. »
Kerry rezippa sa veste et ouvrit la portière, laissant entrer une bouffée d’air froid à senteur de pin. « Bon, espérons que tout ira pour le mieux. » Elle sortit de la voiture et prit sa mallette, voyant les lumières brillantes du petit avion sur la piste plus loin. « Parce que je ne suis pas sûre qu’on ait beaucoup de choix là maintenant. »
« C’est fou », dit Angie tandis qu’ils avançaient vers la ligne de soldats armés. « C’est juste fou. »
***************************************
Kerry dépassa la foule des assistants et trouva un siège près de l’avant de l’avion là où c’était plus calme. L’avion comportait huit sièges, moelleux et confortables et elle s’installa dans celui le plus près du cockpit, et elle rangea sa mallette.
Sa mère et ses trois assistants étaient massés à l’arrière de l’avion, où les quatre sièges étaient tournés pour se faire face et il y avait de petites tablettes sur lesquelles travailler.
Kerry s’adossa et croisa les jambes aux chevilles, jetant un coup d’œil aux deux sièges libres tout près et souhaitant que ses frère et sœur ne soient pas retournés à la voiture d’Angie pour les regarder partir.
La sécurité dans le nombre ? Kerry dut admettre qu’elle s’était toujours sentie plus à l’aise et un peu plus anonyme en présence de ses frère et sœur aux événements familiaux. Bien qu’elle ait eu tendance à ressortir avec ses cheveux clairs et sa taille moyenne, pourtant, ça avait dilué l’attention.
Bon. Elle croisa les mains sur ses cuisses et joua avec ses pouces. Elle se trouvait là.
« Kerrison. » Sa mère regardait autour d’elle dans l’avion.
Kerry regarda au-delà des sièges en face d’elle. « Ici. » Elle leva la main et la laissa retomber. « Je me disais que j’allais rester hors du chemin. »
« Oh. » Sa mère l’étudia un moment. « Si tu veux, l’un de mes assistants peut s’asseoir là-bas et tu peux venir avec nous autres. »
Kerry sourit. « Je suis sûre que vous avez du travail », détourna-t-elle. « Je suis bien ici. Après tout je fais juste du stop. » Elle saisit un air de soulagement du coin de son œil vers les assistants. « Le vol n’est pas si long. »
« C’est vrai. Peut-être deux heures », dit Cynthia. « Très bien, nous continuons nos affaires. » Elle retourna à sa discussion, laissant Kerry assise tranquillement dans son coin.
Cela allait parfaitement à Kerry. Elle fouilla dans sa mallette et en sortit un magazine, posant les pages à plat sur ses cuisses avant d’allumer la lumière de lecture.
Un poisson coloré lui fit face. Elle passa à un article sur la photographie sous-marine et se détendit, s’appuyant sur l’accoudoir tandis qu’elle lisait.
Elle jeta un coup d’œil à sa montre puis retourna à la revue de nouveaux modèles d’appareils photos sous-marines. Elle avait vu des plongeurs avec des appareils de la taille de minivans qui prenaient des photos et elle savait que les résultats étaient souvent spectaculaires mais elle-même était plus tournée vers la modération pour son équipement, préférant échanger la qualité professionnelle contre la facilité d’utilisation et de maniement.
Cependant, la possibilité tentante de filmer Dar nageant sous l’eau en haute résolution…
« Kerrison ? »
« Hein ? » Kerry leva les yeux pour voir sa mère qui la regardait, deux des soldats à ses côtés. « Ah, oui ? »
« Ces jeunes gens souhaitent te parler. » Sa mère montra un des hommes. « J’espère que ce n’est pas un problème ? »
Kerry se demanda à quel problème sa mère pensait qui pourrait la mêler ainsi que la Garde Nationale du Michigan. « Bien sûr. Que puis-je pour vous ? » Demanda-t-elle, fermant son magazine pour le poser. « Asseyez-vous. » Elle montra le siège en face d’elle.
L’homme s’approcha et s’assit prudemment, mettant son arme automatique hors du chemin. « Désolé de vous ennuyer, Ms Stuart », dit-il. « Mais j’ai une faveur à vous demander. »
Kerry était consciente du silence derrière l’homme tandis que les autres écoutaient. « Si je peux vous aider, bien sûr. » Elle fit un sourire au soldat. C’était son copain du portail, se rendit-elle compte, un homme grand avec des cheveux brun sable et un visage carré du Midwestern.
« Mon frère Joshua travaille pour votre compagnie », dit-il, sans préambule. « Il travaille à Manhattan. Il pose des câbles pour vous. »
« D’accord. » Kerry hocha la tête. « Nous avons un bureau de services là-bas, oui. »
« Nous n’avons pas pu lui parler depuis hier soir et ma mère est sur le point de faire une crise cardiaque », dit-il. « Savez-vous s’il va bien ? »
Beurk. Kerry sortit son PDA. « Voyons si je peux trouver ça », dit-elle. « Son nom est Joshua… »
« Douglass », dit l’homme. « C’est mon frère. »
Kerry tapa un message rapide à Mark. « Il faut une minute et si je n’ai rien, je peux me connecter sur nos systèmes et vérifier », dit-elle. « Je sais qu’il y a beaucoup de gens qui ne pouvaient être joints. Les téléphones sont nases et beaucoup de lignes HS. »
Le soldat hocha la tête. « C’est ce qu’ils ont dit à la télévision. » Il jeta un coup d’œil derrière lui. « Désolé de m’imposer, madame. » Il s’adressait à la sénatrice. « Oh et vous savez, la presse est ici aussi et ils veulent prendre des photos je présume. »
« Ah oui ? » Demanda Cynthia d’un ton sec. « Oh bon. Je ne pense pas qu’on leur ait fait savoir qu’on partait ce soir, pas vrai Charles ? »
« Je vais les voir. » Un des assistants se leva immédiatement. « Dois-je les faire monter à bord ? »
« Et bien… »
« Voyons quel est leur angle », dit l’assistant, en se précipitant à la porte. « Cela pourrait être une bonne opération de comm. »
« Je présume que j’aurais dû dire ça d’abord », dit le soldat à Cynthia. « Désolé pour ça, madame. »
« Je vous en prie. » Cynthia leva la main. « Votre famille est plus importante que la presse ou du moins je l’espère ! » Elle s’approcha et prit le siège en face de Kerry. « Espérons que les nouvelles seront bonnes. »
Le PDA de Kerry bipa et elle l’ouvrit, croisant les orteils tandis qu’elle passait la note en revue. « Hm. » Elle prit son téléphone et composa un numéro. « Voyons de quoi il retourne… Mark ? »
« Salut Kerry ! »
La voix de Mark semblait détendue, ce qui dénoua le nœud dans son estomac. « Qu’y a-t-il ? Avons-nous quelque chose sur le nom que je t’ai envoyé ? »
« C’est pour ça que j’appelle », dit Mark. « Je pensais que c’était complètement dingue que tu m’envoies cette note alors que j’étais en fait au téléphone avec ce même gars », dit-il. « Comment as-tu fait ça ? »
« C’est vrai ? » dit Kerry. « Oh wow ! »
« Je le suis toujours », dit Mark. « C’est quoi le sujet avec lui ? C’est l’un de nos techniciens de ligne. Il a passé toute la sainte journée à sortir de Manhattan et il a fini près de Buffalo », dit-il. « Il a reçu les alertes sur son téléphone mais il ne pouvait pas répondre alors il l’a éteint pour un moment. »
Kerry leva les yeux pour voir sa mère et le soldat qui la regardaient d’un air anxieux. Derrière eux, le bruit de gens qui s’approchaient fit écho. « Peux-tu me mettre en conférence ? Son frère est ici avec moi. »
« Bien sûr », dit Mark. « Attends un instant. » Il se déconnecta puis se reconnecta. « Ok, on est là. Dites bonjour à Kerry, Joshua. »
« Euh… Bonjour madame. »
Kerry sourit. « Attendez. » Elle tendit le téléphone au soldat. « Tenez. Vous voulez le saluer ? »
L’homme la fixa puis tendit la main vers le téléphone, les yeux écarquillés. « Vous blaguez ? » Il mit le téléphone à son oreille. « Allo ? » Il fit une pause. « Josh, c’est toi ? Ouais ! Ouais c’est Mike ! Je ne peux pas croire que tu es au téléphone ! Seigneur, frérot, Maman est grave malade à ton sujet ! »
Kerry s’appuya sur l’accoudoir, un grand sourire sur les lèvres, très satisfaite d’avoir retiré ce noeud particulièrement non souhaité de son ventre avec une coïncidence très typique. De l’autre côté de l’aile, sa mère souriait aussi en écoutant et derrière elle, elle saisit le flash d’un appareil-photo qui capturait le tout.
« Non, non gars, je garde l’aéroport ici », disait Mike. « J’ai vu cette dame de ta compagnie entrer et je suis venu lui demander ce qui se passait… quoi ? Où es-tu ? A Buffalo ? » Il fit une pause. « On va avoir de foutues ailes de poulet alors ! »
Kerry gloussa. « Mm », dit-elle. « J’adore les ailes de poulet. « Elle vit sa mère hausser les sourcils.
« Ok, ok, écoute ! » Dit Mike. « Appelle Maman ! Elle pleure, mec ! D’accord ? Ouais, tu t’amusais que je sois dans la Garde et regarde qui est près de la crise, hein ? » Il regarda autour de lui. « Ecoute, je dois te laisser. J’empêche ces gens de partir. Tu appelles Maman ? D’accord. Bye ! » Il raccrocha et se tourna pour faire face à Kerry.
« Vous vous sentez mieux ? » Elle prit le téléphone qu’il lui tendait.
« Mec, c’était cool », dit-il. « C’était génial. Je ne peux pas croire que vous ayez juste appelé et que vous l’avez trouvé. J’ai essayé encore et encore toute la journée, on avait tellement peur parce qu’il était censé être au centre-ville aujourd’hui. » Il s’essuya le front du dos de sa main. « Wow. »
Kerry tendit la main et lui tapota le bras. « Je suis vraiment contente qu’on l’ait trouvé », dit-elle. « Le timing était vraiment génial que vous ayez demandé juste après qu’il nous a appelés. »
Il lui sourit. « Parfois on a de la chance », dit-il. « Après une journée pourrie comme ça, c’était juste cool. » Il regarda la sénatrice. « Merci de m’avoir laissé monter dans l’avion, madame. »
« Oh ! Bien sûr ! » Dit la Sénatrice Stuart. « Je suis contente, tellement contente que les nouvelles soient bonnes et que ma fille ait pu vous aider. C’est fabuleux. Juste fabuleux », lui dit-elle. « Ça valait chaque minute du retard, absolument. »
Le soldat se leva et souleva son arme avec précautions pour ne pas cogner la tête de Kerry. « Je peux sortir avec le cœur léger maintenant », dit-il. « On veut que tout le monde soit à l’abri mais quand c’est la famille, mec, c’est juste différent, vous savez ? »
« Je le sais bien. » Kerry se leva aussi. « Nous avions beaucoup de gens en danger et nous nous inquiétons pour tous ceux qui travaillent pour nous. Ce n’est pas exactement la famille mais tout près », dit-elle. « J’espère que votre nuit sera calme après ça. »
« Moi aussi », dit le soldat. « Merci encore, madame. J’ai vraiment, vraiment apprécié ce que vous avez fait », dit-il. « Je vais me mettre hors de votre chemin maintenant. » Il avança dans l’aile et se dirigea vers la porte, passant près de la caméra de télévision et d’un homme avec une troisième personne devant eux avec un micro. « Génial, c’était très bon. »
Kerry raccrocha son téléphone. « C’était plutôt impressionnant », commenta-t-elle. « Nous avons tellement de gens qui manquent à New York, je suis contente que son frère n’en faisait pas partie. »
Sa mère se leva et ajusta les manches de sa veste. « Bon, je devrais aller parler à la presse », dit-elle. « Ils pourraient vouloir te parler », l’avertit-elle. « Je crois qu’ils recherchent n’importe quelle nouvelle dans notre zone. »
« Et bien. » Kerry regarda le reporter. « Ils pourraient aussi vouloir me parler de beaucoup d’autres choses. Mais c’est bon. » Elle mit les mains sur ses hanches en jeans. « Je suis prête pour tout ce qu’ils veulent. » Elle prit une profonde inspiration, sentant la laine bien tricotée de son sweater se resserrer autour de son corps.
« C’est un autre joli sweater », fit remarquer Cynthia. « Juste joli. C’est quoi ces dessins, des animaux ? »
« Des castors. » Kerry pinça les lèvres en étouffant un sourire. « Dar me l’a donné. »
« Ah », dit sa mère. « C’est une supportrice de la vie sauvage ? »
« Oui », répondit sa fille. « Elle adore la vie sauvage. Et les castors. »
Sa mère se contenta de hocher la tête puis elle se retourna et descendit l’aile étroite vers le reporter qui attendait. La lumière de la caméra s’alluma immédiatement et les assistants se mirent de chaque côté, boquant la vue de Kerry.
Ce qui était parfait. Elle se rassit dans son siège et reprit son magazine, jetant un coup d’œil à sa montre. « J’aurais dû kidnapper Angie et conduire. » Elle secoua la tête et commença sa lecture.
*************************************
Dar se réveilla dans l’obscurité la plus complète, désorientée et pas entièrement sûre de savoir où elle était. Les odeurs et les sons ne correspondaient pas à la maison et elle se souvint de la lumière qui se déversait par la fenêtre de son hôtel de Londres.
Ici, juste l’obscurité et beaucoup de calme.
Après une seconde de confusion, elle se souvint, et son corps tendu se relaxa sur la décoration en forme d’oie sur le matelas de son lit.
La propriété de Sir Melthon, loin de la route et entourée de haies et des terres et un portail épais. Assez loin des bruits de la ville pour être silencieuse, un peu comme son propre condo à Miami.
Mais pas de sons de l’océan. Si elle se concentrait, elle pourrait cependant entendre les criquets.
« Beuh. » Dar roula sur elle-même et leva sa montre, pressant le bouton sur le côté pour vérifier l’écran numérique. « Ngh. » Elle la reposa. « Quatre heures du matin », dit-elle, puis elle tendit le bras et prit son PDA pour vérifier ses messages.
Bien sûr. Dar cliqua avec contentement et l’ouvrit.
J’y suis. J’ai dormi la plus grande partie du trajet. Maman ne voulait pas que je prenne un taxi pour l’hôtel une fois qu’on l’a déposée à la maison de ville. C’était le moindre de deux maux. Je vais finir dans les infos de la nuit au Michigan bien qu’il y avait un groupe de journalistes qui nous a piégées à l’aéroport. L’interview n’était pas mauvaise, ils étaient trop occupés avec toutes les nouvelles désastreuses pour me poser des questions sur ma vie sexuelle. A propos, Maman aime mon sweater. Elle pense que tu as bon goût bien qu’une fixation bizarre sur les petits mammifères. Je t’aime. K.
Dar se mit à rire, le mouvement la réveillant assez pour empêcher tout retour au sommeil. Le ton de la note de Kerry était un peu résigné mais amusé, alors elle se dit que les choses n’allaient pas trop mal.
Elle s’assit et mit les jambes sous elle, appuyant ses coudes sur ses genoux tandis qu’elle prenait son stylet et commençait une réponse.
Hé Ker
J’ai commandé un pullover en laine pour toi avec la Gerbille de mon programme dans des poses qui te garantissent d’être expulsée de Walmart. Dis-le-lui.
Contente que ça se soit bien passé. J’espère que tout est calme dans la ville, mère ou pas mère je préfèrerais te voir aller directement à la frontière et ne pas être près de pierre blanche avec des colonnades juste au cas où. Je sais que ça parait insensible et odieux mais je le suis parfois.
Dar put presque entendre l’objection de Kerry, mais c’était vrai et elle le savait.
Envoie-moi une note quand tu seras à l’hôtel. Je n’ai aucun doute que le Mandarin Oriental aura une chambre prête pour toi, mais je dormirais mieux si je te savais là-bas.
DD.
Dar cliqua envoi et se rallongea, laissant le PDA poser sur sa poitrine. A part le réveil rapide, elle avait plutôt bien dormi, le calme et le confort de la chambre lui permettant d’avoir plus de repos qu’elle ne s’y était attendue.
Elle n’était pas vraiment fatiguée. Elle ne voulait pas passer des heures dans le lit à regarder le plafond non plus. Après un moment, elle s’assit et balança ses jambes hors du lit, tendant le bras pour allumer la lampe. Une lumière douce et dorée emplit la chambre et elle prit un moment pour se lever et secouer son corps avant d’aller récupérer son ordinateur.
C’était assez calme pour que le zip de la mallette résonne fortement et elle regarda autour d’elle, un peu coupable, bien qu’elle sût pertinemment que le bruit ne traverserait pas les murs.
Du moins elle l’espérait. Elle sortit la machine et son câble de la mallette et la reprit avec elle vers le lit, la posa et retourna à la desserte où se trouvait un plateau avec des tasses et plusieurs bouteilles.
Elle passa ses options en revue et versa une tasse de lait encore chaud de la carafe thermos efficace et l’apporta vers le lit. Elle la posa sur la table de chevet et s’assit, ouvrit le couvercle de la machine et appuya sur le bouton de marche/arrêt.
Son PDA clignotait.
Dar sourit et l’ouvrit ; elle pencha légèrement la tête pour lire le message.
Je porterais Gerbille Dar sur ma poitrine n’importe quand, chérie. Mais le dire à ma mère, ici devant ses petits assistants, ne va pas raccourcir le trajet si tu vois ce que je veux dire.
« Probablement pas », dut admettre Dar. « Et tu devrais t’en expliquer quoi qu’il en soit. »
Et je devrais m’en expliquer quoi qu’il en soit. Tu sais que je le ferais.
Dar se mit à rire.
Pourquoi es-tu réveillée ? Il est quatre heures du matin là-bas. Mais si tu l’es, après que j’aurai déposé maman, je peux t’appeler ? Je veux essayer si ça passe et ce serait sympa de parler quelques minutes avant que tout le bazar reprenne. Je suis sûre que demain sera pire qu’aujourd’hui ; je pense que tout le monde, les gens des affaires je veux dire, est sous le choc. Demain, ce sera, et bien, ok, mais quand est-ce que je serai en ligne.
Dar hocha la tête pour approuver. « Ouaip. »
C’est si calme ici dans la ville. Je sais qu’il est plutôt tard mais il y a à peine une voiture dans la rue. C’est presque sinistre que ce soit si calme, et je me suis rendue compte un peu plus tôt seulement combien c’est drôle de ne pas entendre les avions. On n’y pense jamais mais ils passent toujours au-dessus à la maison et je suis ici depuis environ deux heures et pas un avion, sauf militaires. C’est si étrange.
Il y a beaucoup de soldats alentours. On dirait presque qu’on est en guerre. C’est si étrange.
Dar fixa le message pensivement. « Bonne question », dit-elle tout haut. « Avons-nous arrêté d’être en guerre ? »
Bref, nous sommes près de la maison de ville maintenant. Alors j’espère appeler bientôt. J’espère que tu es réveillée et pas parce que tu es occupée.
Dar regarda le portable d’un air coupable. Puis elle haussa à demi les épaules et décida d’attendre de parler à Kerry plutôt que de s’inquiéter. Elle prit une gorgée de son lait chaud et se connecta, attendant que la machine lui montre son bureau avant de se connecter avec la carte cellulaire.
La connexion n’était pas aussi rapide que ce à quoi elle était habituée, bien sûr. Le service numérique produisait une vitesse plus ou moins comme celle d’un modem rapide cependant et c’était assez pour que Dar lance sa session VPN et se connecte au bureau. « Je ferais aussi bien de lire quelques mails », décida-t-elle. « Avec un peu de chance, tout le monde aura été bien plus occupé à autre chose que de m’en envoyer un tas. »
Elle prit une autre gorgée de lait et se lécha les lèvres au goût étrange mais pas déplaisant. Une herbe différente peut-être, ou juste une autre façon de produire le lait… elle n’en était pas sûre. Elle soupçonnait qu’elle allait s’y habituer après un moment.
L’ordinateur résonna doucement et il lança son programme de messagerie. « Bien sûr, je n’ai pas de chance. » Elle soupira. « Salauds. »
Ça n’était pas logique pour elle d’être agacée et elle le savait, parce qu’étant donné ce que beaucoup d’autres traversaient, son manque de vacances était si mesquin, elle aurait été embarrassée de le mentionner à quiconque à part elle-même.
Mais elle était furieuse. Elle était énervée que sa vie ait été perturbée. Elle était encore plus énervée de ne simplement pas apprécier une simple balade avec Kerry qu’elle avait attendue avec tant de hâte. « Salauds », répéta-t-elle. « Ils ont de la chance que ce n’est pas mon doigt qui pose sur le bouton nucléaire parce que si c’était le cas, j’aurais appuyé. »
C’était égoïste, choquant et indigne de même le penser. Dar regarda sa boite se remplir. Une pensée qu’elle ne considèrerait pas répéter à Kerry. Mais la stupidité vénale de l’acte la taraudait, vu que le raisonnement derrière la plupart des maux du monde là maintenant était basé sur l’instinct tribal animal irréfléchi dont l’humanité avait peu d’espoir de se débarrasser bientôt.
Il n’y avait pas de logique là-dedans. L’instinct de haïr ce qu’on n’était pas était inscrit si profondément, Dar le ressentit, dans les gènes qu’à un certain niveau ce n’était rien qu’on pouvait aborder avec des mots ou des pensées. Ça brûlait à l’intérieur. Un feu dans le cerveau qui résistait à toute tentative de changer.
C’était facile pour les gens, et elle en avait entendu beaucoup ces dernières heures, de blâmer un groupe particulier et d’agir comme si ces gens étaient si étrangers et si isolés dans leur haine. Facile, surtout un jour comme hier. Mais la vérité c’était que le besoin ravageur de détruire ce qui n’était pas vous, était universel.
Dar soupira. « Alors moi je dis que, oui, je veux les éliminer de la face de la Terre, et par-là même démontrer que ma race est meilleure. » Elle secoua la tête. « Idiote. »
Elle passa la messagerie en revue, ne voyant pas grand-chose qui ne soit pas soit un envoi de mails groupé ou des reconnaissances brèves. Elle plissa le front de surprise. « Je sais que j’ai dit que je n’attendais pas beaucoup de mails mais j’en attendais quand même. »
Mais vraiment, il n’y en avait pas. Dar se dit que ça devait être dû au fait qu’ils avaient tous été dans une énorme réunion toute la journée. Elle s’imagina en train d’écrire une note banale et s’arrêter simplement pour cliquer sur le bouton de fermeture à la place.
Elle réduisit le programme de messagerie et appela son écran de statut à la place, attendant qu’il arrive et que les comptes s’installent et montrent les dernières nouvelles de la compagnie. Il n’y avait pas d’audio, elle n’allait pas allumer le lien vocal sur la connexion lente.
A la place, elle étudia la liste des employés, vérifiant d’abord ceux de la zone du Pentagone et ensuite celui de New York.
Le nom de chaque personne avait une étiquette rouge, verte ou jaune à côté. Le vert signifiait qu’on en avait entendu parler et qu’ils allaient bien. Le jaune signifiait qu’on en avait entendu parler mais qu’ils avaient des problèmes. Le rouge…
Dar soupira lentement, ses yeux passant sur tous ces petits points rouges. Une douzaine à Washington et le triple à New York. Elle étudia les noms, son estomac plongeant quand elle vit le nom de Bob toujours obstinément cramoisi.
Ils n’étaient pas particulièrement proches. Elle n’avait pas exactement apprécié sa compagnie. Mais c’était un vieil ami d’Alastair et là, son enthousiasme fier au sujet de sa ville lui fit cogner le cœur dans sa poitrine tandis qu’elle se souvenait très clairement ne pas vouloir en entendre une seconde de plus.
Elle s’était disputée avec lui l’autre jour, au sujet des places de parking au bureau là-bas. Il voulait dépenser de l’argent pour un parking couvert.
Native de Floride, Dar avait pensé que c’était idiot. Bob avait été frustré et avait presque raccroché mais il avait fini par avoir de la chance avec l’arrivée de Kerry qui avait expliqué à sa compagne tropicale, comment essayer d’ouvrir sa portière dans une tempête de glace.
Sauvé par le Middle West. Bob avait presque semblé embarrassé mais ils avaient fini par partager les coûts et là, elle en était contente.
Elle était contente qu’ils n’aient pas fini la réunion en se criant dessus.
Son PDA flasha. Dar était contente de repousser l’ordinateur et de prendre le petit appareil, l’ouvrant pour y trouver un autre message de Kerry.
Les rues sont pleines de soldats, Dar. Ils ont bloqué la plupart des rues. Je ne pense pas qu’on pourra se rapprocher de la maison de ville. Je ne suis pas sûre de savoir ce qui se passe.
Dar se redressa assise, alarmée, sentant une poussée d’adrénaline en elle.
Quelque chose au sujet d’une voiture piégée ? Merde.
Dar tendit la main et attrapa son téléphone, appuyant sur le bouton d’appel rapide. Au lieu de la sonnerie d’occupation, l’appel passa et elle l’entendit sonner deux fois avant la réponse. « Salut. »
« Salut. » Kerry s’éclaircit la voix.
Dar put entendre la voix de la mère de Kerry derrière et une voix mâle, plus basse avec un ton officiel. « Ecoutez, vous voulez que j’appelle l’hôtel et fasse des réservations pour vous tous ? Kerry tu ne vas nulle part près d’une foutue voiture piégée. »
Il y eut un moment de silence. « Oui, je voudrais que tu le fasses. Beaucoup. »
Dar poussa le portable et alla sur un site de voyages. Elle s’interrompit en entendant des bruits à l’arrière-plan dans le téléphone. « Est-ce que c’étaient des coups de feu ? »
« Je ne sais pas. »
Le site répondit et elle tapa l’information. « Bon sang, ta suite a trois chambres dans lesquelles tu devrais pouvoir caser tout le monde si tu devais. »
Kerry s’éclaircit à nouveau la voix, cette fois avec une inflexion totalement différente.
Dar envoya la réponse. « Ils ont deux chambres de libres », dit-elle. « Je les retiens. Ça doit être des annulations de dernière minute parce qu’il n’y en avait pas plus tôt. »
« Ok, je vais organiser les choses de mon côté. » Kerry semblait résignée. « Souhaite-moi bonne chance. Merci ma douce. Je te rappelle dans une minute. »
« Tu ferais bien… » Dar cliqua sur le bouton de réservation. « Et éloigne-toi de ces foutus bruits. »
**********************************
A suivre partie 8