Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 4ème partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2017)


Gabrielle souffla pour enlever une épaisse couche de chaume de son nez et elle se retourna, lançant un regard noir à sa grande compagne tandis que les rires grivois continuaient autour d’elle. « Tu vas mourir pour ça, Oh Princesse Guerrière des promesses non tenues. » Un chant rauque de ‘joyeux anniversaire’ s’éleva autour d’elle et elle sentit une rougeur monter à son cou.

Le visage de Xena se figea un long moment. « Heu… je… »

« Je blaguais. » La barde se radoucit et la frappa sur les fesses. « Je savais bien que tu traficotais quelque chose… espèce de faux jeton… je sais que tu as dû dire quelque chose bien avant… même les Amazones chargées des fêtes ne peuvent avoir arrangé tout ça en une seule journée. » Elle plongea sous un autre seau de chaume filandreux et fit signe de la main au chœur. « Merci… merci… c’est incroyable… merci… » Une très jeune fille se mit près d’elle et sourit puis elle mit sur sa tête un cercle de fleurs tressées qui déposa une couverture de senteur douce et sucrée autour d’elle. « Hum… merci… » Elle sourit à la jeune fille qui rougit d’un rouge betterave et baissa les yeux, puis s’enfuit pour rejoindre une tablée d’Amazonettes, qui la regardaient avec des yeux agrandis et appréciateurs.

Oh… par un cochon aux jambes arquées. La barde soupira, mais ne put que rire tandis qu’elle tournait en un lent cercle et étudiait la salle à manger presque méconnaissable.

La pièce était remplie de drapés colorés et apparemment de tas sans fin de paille coupée qui se déversait rapidement partout, envoyant ses couleurs poussiéreuses sur les occupantes, les faisant devenir des arcs-en-ciel marchant et suant.

Gabrielle observa les rayures et sentit un rire monter, sa tension se dissolvant un peu à l’absurdité de la situation. Elle savait qu’elle n’en avait pas fini avec ce qui s’était passé, mais elle décida de mettre ça de côté pendant un petit moment, jusqu’à ce qu’elle ait la paix et la tranquillité et qu’elle puisse s’asseoir avec son journal et mettre ses pensées en ordre.

Une grande partie du village se trouvait là ; des tables avaient été installées partout et les artisanes avaient mis en place des étals. Chaque artisane avait mis en avant quelque chose qui pourrait lui être présenté comme cadeau et, tandis qu’elle faisait le tour de la pièce, une ombre sombre sur ses talons, elle trouva impossible d’être en colère contre son âme sœur pour avoir dévoilé le secret.

Après tout, elle avait fait la même chose, pas vrai ? Elle sentit Xena venir se mettre derrière elle et elle s’arrêta, la tête penchée pour regarder la grande femme avec une douce étincelle dans les yeux.

« Tu es en colère contre moi ? » Murmura la guerrière, audible bien que la pièce soit surpeuplée et bruyante avec les Amazones excitées.

« Comment je pourrais l’être ? » Répondit Gabrielle doucement. « En plus, je t’aurai au Solstice », l’avertit-elle, narquoise.

« Je me souviens que tu m’as dit que l’an dernier avait été ton seul vrai anniversaire depuis longtemps… je voulais m’assurer… » Xena se tut et haussa les épaules. « Je me suis dit que ce serait un bon endroit pour ça. »

« Arrête de t’excuser », reçut-elle dans une réponse sérieuse. « Elles s’amusent énormément… et moi… » Elle s’appuya contre la grande silhouette de la guerrière. « Ça ne me dérange pas… pas pour l’instant. »

Xena mit un bras autour d’elle. « Contente de l’entendre… amusons-nous. » Elle fit une pause et baissa la voix. « Nous en parlerons plus tard, d’accord ? »

« D’accord. » La barde regarda autour d’elle vers des objets emballés dans du raphia et qui pendaient des poutres. « C’est quoi ces trucs par Hadès ? »

« Ah. » Solari apparut de l’autre côté comme un écureuil excité. « C’était mon idée en fait… tu vois, ce qu’il faut c’est qu’on te mette un bandeau… »

« Un bandeau ? » Xena et Gabrielle répondirent ensemble.

« Oui oui… et ensuite tu tournoies avec ton bâton… je savais que tu étais plutôt bonne avec ça, bien qu’après ce jour… et bien… n’importe… tu tournoies et tu les fracasses. » Solari finit avec un air satisfait. « Des trucs partent dans tous les sens et celles qui les attrapent, les gardent. »

« Oh. » Gabrielle leva les yeux avec intérêt. « Hé… ça semble amusant. » Elle se tourna et sourit à Xena qui se baissait avec inconfort pour passer sous les objets balançants et fermait brièvement les yeux contre la proximité chaude et encombrée de la pièce. « En fait, on va faire ça maintenant. » Elle se tourna et fit un sourire radieux à Solari. « Et Solari ? »

L’Amazone se retourna, en train de prendre un bâton et un bandeau. « Oui ? »

La barde se pencha tout près. « Ouvre cette maudite fenêtre avant qu’on s’évanouisse toutes. »

Un paquet de chaume tomba sur la tête de l’Amazone brune et entra dans ses yeux. « Euh… oui. » Elle tendit son fardeau à la barde puis partit à pas lents vers les murs extérieurs. Gabrielle secoua la tête comme pour s’éclaircir les idées, puis elle se tourna vers un sujet bien plus important. « Chérie… viens par ici. » Elle mit son bâton sous son bras et prit le coude de Xena de sa main libre, la guidant vers la table principale qui était placée sous une fenêtre plutôt grande. Elle tapota le fauteuil près de l’ouverture d’une main puis elle alla vers le mur et ouvrit les panneaux, qui étaient fermés pour contenir le bruit de la fête, et elle laissa entrer une brise fraîche. « Ahh… c’est mieux. »

Xena la rejoignit à la fenêtre et se tint là un moment, se contentant de regarder dehors, prenant plusieurs inspirations profondes. « C’est chaud bouillant là-dedans », dit-elle tranquillement, observant un geai bleu atterrir sur une branche juste devant. L’oiseau sautilla de branche en branche et ouvrit son bec, faisant des bruits à son intention et tournant sa tête d’un côté pour regarder d’un air soupçonneux les créatures étranges qui l’observaient.

La guerrière tendit la main et fit un bruit bas et presque murmurant. L’oiseau sautilla plus près puis s’envola de la branche pour venir sur sa main, picorant sa peau de son bec avec curiosité. Xena rapprocha sa main et observa l’oiseau d’un air aimable. « Salut toi. » Il sautilla sur son index et pépia.

La brise la décoiffa et Xena inspira l’air frais, contente de tourner le dos à la salle peuplée. Elle savait qu’elle devrait chasser son petit copain et rejoindre la fête dans un moment, mais elle utilisa la diversion pour calmer ses nerfs et laisser ses défenses revenir avant de lever son bras à contrecœur et de le renvoyer. Elle se retourna pour voir Gabrielle qui l’observait, un petit pli inquiet sur son front. « Il n’avait pas de chapeau de fête. Il fallait qu’il parte », expliqua-t-elle avec un sourire de guingois.

Cela provoqua un rire de surprise de la part de la barde qui se détendit et lui donna le bandeau. « Tu m’aides avec ça ? » Elle prit avantage du chaos pour mettre une main sur le dos de son âme sœur et la masser affectueusement. « Tu vas bien ? » Demanda-t-elle doucement.

« J’adore chaque minute passée », répondit Xena d’un ton drolatique, tandis qu’elle prenait le bandeau et faisait tourner la jeune femme pour faire face à la salle. Elle noua avec soin le tissu à l’arrière de la tête de la barde, s’assurant que sa vision était entièrement obscurcie. « Voilà… comment c’est ? »

Gabrielle virevolta, manquant cogner sa compagne avec le bout du bâton qu’elle tenait.

Xena se baissa et mit une main sur la hanche de la barde. « Ouaouh ! » Une salve de rires fit le tour de la salle. «Vise en haut, Gabrielle… en haut… d’accord ? »

« Quoi ? » La barde se tourna à nouveau, obligeant son âme sœur à s’écarter brusquement et à plonger hors du chemin, provoquant une autre salve de rires. « Hé… où est-ce que tu es ? » Elle fronça les sourcils lorsqu’elle sentit l’absence de la guerrière.

Xena se glissa derrière elle et attrapa le bout du bâton pour l’immobiliser. « Juste ici. » Elle tapota le dos de la barde. « Je te dirige et tu tournes… qu’est-ce que tu en dis ? » Elle guida Gabrielle vers le centre de la salle et observa un cercle d’Amazones souriantes qui se formait autour d’elles. Avec soin, elle pointa le bâton dans la direction générale de l’un des objets suspendus. « D’accord… maintenant… tourne. »

Ce que Gabrielle fit, avec enthousiasme, et elle sentit le bâton craquer contre un objet dur, qui lâcha sous son attaque et éclata, envoyant une nuée de sons sur le sol en bois. « Je l’ai eu ? » Elle entendit un chœur de rires et des bruits légers de grattage tandis que les Amazones plongeaient vers le butin.

« Oui. » Xena se frotta la tête où un des petits objets emballés l’avait frappée. « C’est certain. » Elle regarda Ephiny qui les rejoignait. « Charmant, Eph », dit-elle à la régente souriante. « Attention… »

« Ephiny ? » Gabrielle tournoya, faisant à la fois plonger la régente et la guerrière pour s’écarter du chemin. « Hé… qu’est-ce qui se passe ? » Elle sentit les mains de Xena sur ses épaules à nouveau et elle essaya de se retourner, mais elle fut maintenue fermement en place. « Xe ? »

« Oui c’est moi. » Sa compagne rit. « D’accord… prête pour un autre ? » Elle dirigea la barde vers un autre objet qui balançait légèrement. Xena pencha la tête et tapota le dos de Gabrielle. « D’accord… en haut… maintenant tourne… ouaouh ! » Le coup tournant de Gabrielle la toucha à l’épaule et elle tressaillit.

« Oh… dieux… » Gabrielle tourna de l’autre sens, consternée, cognant une jatte de jus de fruits qui tomba de la table tout près. « Hé… » Elle tournoya et cloua un objet suspendu qui explosa et envoya une averse de perles en verre partout. « Que… »

Ephiny plongea pour le pichet et cogna un paquet de perles, glissant et entrant en collision avec Solari, qui attrapa le bord de la table, saisissant le tissu qui la recouvrait et entraînant le contenu avec elle. « Par les Bacchantes ! »

« Ouaouh ! » Gabrielle fit un pas et glissa sur le sol, essayant frénétiquement de reprendre son équilibre avec le bâton. Les Amazones plongèrent dans sa direction, paniquées, et Xena sautilla par-dessus les femmes comme un lapin dément essayant de rattraper son âme sœur. Elle attrapa un des bras de la barde et Gabrielle tournoya quand elle reconnut le toucher, frappant la guerrière à la tête avec son bâton et l’envoyant bouler contre l’une des tables d’objets artisanaux.

Malheureusement, c’était la créatrice des masques et des plumes voletèrent partout, explosant dans la salle comme si une volée de poulets s’était égayée à l’intérieur.

Gabrielle reprit son équilibre et sentit le bâton cogner une des boîtes suspendues. Avec un sourire, elle frappa fort, puis cria alors que les paquets qui étaient à l’intérieur tombaient sur elle. « Xena ? » Elle sentit le bâton arraché de ses mains et elle tâtonna, ses doigts touchant une peau familière. « Ah… tu es là. »

Des éclats de rire accueillirent ces paroles et elle se rendit compte où ses mains avaient atterri. « Oh… pets de Centaure. » Elle soupira et rougit furieusement. Elle sentit le tremblement quand Xena se mit à rire et elle décida de se mettre en sécurité, ses bras s’enroulant autour du torse en sueur de sa compagne, s’y agrippant comme pour sauver sa vie. Une douce pression contre sa nuque puis la lumière coula sur ses paupières et elle cligna des yeux, jetant un coup d’œil derrière le biceps de Xena. « Oh oh. »

Des Amazones couvertes de jus de fruits collant et de plumes lui souriaient. Ephiny souffla un brin de duvet de ses yeux et mit les mains sur ses hanches. « Ça c’est notre reine », dit-elle avec un sourire irrépressible. « Tu veux bien t’asseoir avant que nous finissions toutes nues et recouvertes de miel ? »

« Et ça pose un problème ? » Dit Xena d’une voix traînante, relativement indemne, à un cercle de rires grivois. « Je peux vous donner quelques idées pour les plumes. » Une autre salve de ricanements et elle put presque sentir la chaleur intense quand Gabrielle devint rouge brique, se cachant le visage contre la poitrine de la grande femme.

« Oh vraiment ? » Taquina Ephiny en lui lançant un regard sensuel. « Et moi qui pensais que vous donniez dans le truc en cuir. » Elle jeta un coup d’œil derrière elle. « Hé… couvrez vos oreilles de gamines, oui ? » Elle sourit lorsque les Amazonettes éclatèrent de rire.

Xena se mit à rire.

Gabrielle lui jeta un coup d’œil. « Quel truc en cuir ? » Demanda-t-elle, intriguée.

La salle éclata de rire.

« Je te dirai plus tard », l’assura Xena, puis elle vit le froncement qui se formait. « Tu te souviens de cette blague à laquelle nous avons joué il y a environ une semaine ? »

« Blague… blague… » Marmonna la barde. « Je ne me souviens pas d’un… » Son visage s’éclaira. « Oh. » Elle rit doucement. « Cette blague-là. » Elle remua les sourcils. « Oui… je me souviens bien… le fouet… et le… » Ses doigts tracèrent la clavicule de Xena inconsciemment. « Oui. »

La salle éclata de nouveau de rire et les gens commencèrent à bouger, essayant de se décoller des plumes et des grains colorés. Xena guida son âme sœur vers la table principale et s’installa dans un fauteuil avec un tout petit soupir de soulagement.

Gabrielle se passa la main dans les cheveux et regarda les Amazones joyeuses un moment puis elle tourna la tête. « Hé… » Elle leva une main et toucha la tempe de la guerrière, qui portait un coup rougissant. « Où est-ce que tu t’es fait ça ? »

Xena tourna le regard vers elle. « Heu… j’ai un peu glissé… suis tombée contre une table. »

« Tu as glissé », répéta la barde, l’incrédulité colorant sa voix.

« Oui… toutes ces perles… tu sais », expliqua la guerrière, sans vouloir lui annoncer que c’était elle qui avait causé le coup.

Gabrielle se réinstalla dans son fauteuil et étouffa un bâillement, puis elle soupira. « La fête ce soir… plus de jeux demain… Xena, il va me falloir des vacances après ça. » Elle roula la tête d’un côté et regarda sa compagne. « Tir à l’arc et combat à l’épée cet après-midi, puis toutes les compétitions d’artisanat demain… auxquelles tu vas aller ? »

Xena regarda ses mains un moment puis leva les yeux. « Je pense que je vais passer pour cette fois, mon amour… » Elle haussa les épaules. « Tu prends les lauriers. »

La barde s’appuya sur l’accoudoir. « Oh… oh… tu vas bien ? »

Des yeux bleus sérieux la regardèrent. « Je vais bien, pourquoi ? » Répondit Xena. « Je n’ai juste pas envie de m’impliquer cette fois. »

Gabrielle cligna des yeux, visiblement surprise. « Hum… d’accord », acquiesça-t-elle lentement. « Ça m’a juste étonnée… ça ne te ressemble pas. » Elle entoura le poignet de Xena de sa main. « Je présume que je suis tellement habituée à te voir compétitive… ça paraît étrange quand tu ne l’es pas… mais… » Un haussement d’épaules. « Génial… tu peux rester regarder avec moi demain… j’aime bien cette idée. »

Xena sourit et se détendit ; elle s’enfonça dans son fauteuil en essayant de trouver une position confortable pour son dos tendu. « Bien… je pense que je… quoi ? »

Les yeux verts étaient maintenant à quelques centimètres des siens et la regardaient avec attention. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Le mot ‘rien’ se forma sur ses lèvres, mais il ne sortit jamais, tandis qu’elle laissait passer un petit souffle à la place. « Je suis juste un peu endolorie », admit-elle tranquillement. « Cet empilement tout à l’heure… tu as des sujettes plutôt bien en chair, Majesté. » Une blague ironique, qui ne lui valut pas plus qu’un sourire de la part de son âme sœur. « Gabrielle… détends-toi, d’accord ? Je vais bien… assieds-toi et laisse-les poser ce plateau sur la table. »

« Hé… tout va bien ? » La voix d’Ephiny les interrompit, tandis que la régente les rejoignait à table, se laissant tomber de l’autre côté de Gabrielle avec un soupir.

Cette dernière lança un regard à la guerrière qui disait ‘attends tout à l’heure’ et elle s’assit à son tour. « Globalement », répondit-elle à Ephiny, produisant un léger rire avec ce mot. « Alors… fête d’anniversaire, hein Eph? Où est Pony ? » Elle n’avait pas vu la maîtresse d’armes depuis les combats au bâton et elle se demandait si elle était toujours en colère contre sa compagne.

Ephiny soupira et posa la tête sur une main, passant ses doigts dans ses cheveux blonds frisés. « Elle boude », admit-elle. « Je lui ai crié dessus pour avoir embêté Xena… elle est partie chasser. » Son visage prit une note désabusée. « Ça va aller pour elle… elle va revenir avec des lapins… ou un panier de poissons… couverte de boue, mais de meilleure humeur. »

La barde sourit. « Oh… elle fait ça aussi ? » Elle s’écarta du coup subtil dans ses côtes. « Surtout la boue… Xena a de la boue dans des endroits que je ne pensais pas possibles. » Elle ferma les yeux en réalisant comment ça sonnait. « Hum… je veux dire… oublie. » Elle fit un geste vers leurs visages souriants et hocha la tête pour remercier la serveuse qui mettait une énorme assiette pleine de bonnes choses assorties devant elle. « Mm. »

« Oh… pendant que tu étais occupée, les gamines t’ont écrit une chanson. » Ephiny sourit doucereusement, dégoulinante d’enthousiasme. « Allez, les filles… venez par ici. » Elle fit un signe au groupe de jeunes filles.

« Une chanson », répéta Gabrielle en mordillant un légume couvert d’un fromage de chèvre épais et parfumé à l’ail.

« Mmmhmm… » Ephiny prit une rondelle de pain et la plongea dans une terrine de pois épicés. « Tu sais… des mots, mis en musique. »

Gabrielle fit rebondir un pois sur le nez de la régente. « Ephiny, je suis une barde. Je sais ce qu’est une chanson. » Elle leva les yeux au ciel. « Une chanson, hein ? » Elle jeta un coup d’œil sur sa gauche où Xena était occupée à murmurer quelque chose à Solari. « Et… qu’est-ce que vous mijotez ? »

Deux visages coupables la regardèrent puis Xena lui accorda un de ses plus charmants sourires. « Nous ? » Elle secoua la tête, croisant les bras sur sa poitrine. « Rien. »

Un soupir. « Tu es tellement prévisible. » Un pois se fraya un chemin dans la direction de Xena et la guerrière l’attrapa proprement avec un éclair de dents blanches, qui lui sourirent alors. « Joli. » Gabrielle se tourna pour regarder les jeunes filles agitées qui lui souriaient timidement. Oh… par la queue d’un cochon. Elle fouilla son esprit pour trouver quelque chose à dire. « Heu… salut… vous avez… quelque chose… » Elle leva une main « … à me dire… »

La jeune fille qui lui avait donné les fleurs fit un pas en avant. « C’est une chanson… nous l’avons écrite pour toi. »

Je vais mourir d’embarras, juste ici. « Oh… ouaouh… c’est… génial », réussit-elle à coasser. « C’est très… heu… artistique de votre part. »

La jeune fille rayonna. « Prêtes ? » interrogea-t-elle ses collègues qui produisirent un harmonica et des bongos. « D’accord… et un… et deux… »

Des vibrations et des bongs emplirent l’air en même temps que les voix de chanteuses empressées, mais encore peu entraînées.

Boing… tudda tudda tudda…

Nous t’aimons Reine Gabrielle,

Oh oui beaucouououp…

Boing… tudda tudda…

Nous ne connaissons personne,

Qui soit comme toooooiiiii…

Boing boing bong boing… tudda tudda…

Quand tu es loin de nouous… nous avons le bluuuues…

Oh Reine Gabrielle, nous t’aimons beaucoup!

Boing ! Bam!

Xena avait une capacité très puissante pour se concentrer. A ce moment, elle se concentrait sur la poutre au-dessus de sa tête, envoyant toutes ses pensées et son vaste contrôle physique et mental pour ne pas éclater en rires hystériques. Les muscles de sa mâchoire étaient fermement verrouillés et elle comptait ses inspirations, dedans… dehors… dedans… dehors… et elle pensait activement à des choses déprimantes.

Elle imaginait un mouton sale, son pelage huileux et odorant laissant des traces noires sur tout ce qu’il touchait. Puis le mouton passa la langue vers elle et croisa les yeux, et elle faillit se lâcher, décidant de simplement fermer les yeux et faire comme si elle était ailleurs.

Gabrielle n’était pas sûre de savoir comment elle avait réussi à garder un visage impassible. Peut-être que c’était de la courtoisie professionnelle… elle savait qu’elle aurait détesté que quelqu’un rie d’elle pendant une représentation. « Hé… c’était vraiment bien », dit-elle sincèrement aux jeunes filles. « Je n’ai jamais entendu de chanson écrite pour moi auparavant… c’était vraiment… unique. »

« Tu veux la réentendre ? » Les gamines rayonnaient en la regardant.

« Hum… bien sûr… et pourquoi pas plus tard… pendant le dîner ? » Leur dit rapidement la barde. « En fait… vous pouvez apprendre à Xena à la chanter… »

Des yeux furieux, ronds et outragés la clouèrent avec une alarme surprise.

Elle sourit doucement à son âme sœur. « Tu la chanterais pour moi, pas vrai ? » Elle prit sa meilleure expression pour supplier Xena.

Celle-ci eut l’air d’avoir avalé un citron entier, l’écorce et tout, mais elle saisit l’occasion. « Bien sûr. » Une pause. « Si tu joues des bongos. »

La barde tourna la tête et regarda le groupe ravi. « On peut vous les emprunter plus tard ? »

La guerrière se pencha plus près. « Tu ne sais pas jouer des bongos », marmonna-t-elle en protestant.

« Pour cette occasion, j’apprendrai », répliqua son âme sœur. « Est-ce que tu sais jouer de cet harmonica ? »

Un haussement de sourcil noir. « Je pense à des choses bien mieux à faire avec… » Une main se posa brusquement sur sa bouche et elle sourit silencieusement à la barde, ses yeux bleus intenses étincelant.

Gabrielle fit un faible sourire à l’audience qui écoutait avec avidité. « Son temps… de meilleures choses à faire avec son temps… c’est une personne occupée. » Elle se mordit la lèvre quand Xena mordilla la peau douce de sa paume. « Merci… est-ce que… » Elle se tourna vers Ephiny, qui était presque pourpre à force de rire. « De l’eau froide dans le coin ? J’ai vraiment chaud. »

Rien de très utile ne fut fait après ce commentaire.


« Nous avons un peu de temps pour nous détendre avant le tir à l’arc… » Ephiny se pencha tandis que la fête s’atténuait. « Je vais prendre un bain… vous êtes intéressées ? »

Gabrielle mâcha le dernier morceau de sa pâtisserie aux noix et réfléchit à cette question. « Mm… il faut d’abord que je retourne chez nous… il faut que je m’occupe de quelque chose. » Elle tapota le bras de la régente. « Après… bien sûr… c’est génial. » Son journal était en haut de liste, en même temps qu’un peu de dorlotage envers une Xena qui ne soupçonnait rien.

« Très bien… on se retrouve là-bas. » Ephiny se leva et s’étira, son cuir ambré produisant une plainte crissante légère puis elle se secoua un peu et contourna la table, échangeant des commentaires ironiques avec les Amazones de chaque côté.

Gabrielle regarda son amie avec un sourire affectueux puis se pencha en arrière et tourna son regard vers sa compagne qui l’observait tranquillement. « Nous sommes invitées aux bains. » Elle tendit la main et essuya un peu de poussière bleue sur le bras de Xena. « C’est probablement une bonne idée. »

Xena hocha la tête. « Oui… ça me paraît bien. » Un bain chaud, ça sonnait… merveilleusement, en fait, même si elles devaient partager le lieu avec les Amazones bruyantes qui regarderaient avec avidité.

La barde se leva et tendit la main, légèrement surprise quand la grande femme la prit sans hésitation et se laissa soulever. Gabrielle ne rata pas le tressaillement bien caché, mais elle garda le silence et se contenta d’emmener son âme sœur hors de la salle à manger jusqu’au soleil chaleureux.

Tout était calme dehors alors que les Amazones se dispersaient pour se préparer pour les jeux de l’après-midi, la plus grande partie se dirigeant également vers la zone des bains pour enlever la poussière et la bouillie qui s’étaient abattues sur elles à volonté à la fête. La brise s’était levée et faisait bouger les feuilles dans le campement, leur apportant l’odeur riche et épicée de la fumée de bois depuis le puits où on cuisinait le dîner. Gabrielle mit sa main dans le creux du coude de sa compagne et prit une inspiration profonde. « Ça sent merveilleusement bon. »

Xena lui sourit. « Tu as encore faim ? » La taquina-t-elle doucement.

« Tch… non… » Gabrielle rit légèrement. « C’est juste… le bois qui brûle… je pense qu’elles ont ajouté du caryer. »

Un reniflement délicat. « Tu as raison », répondit la guerrière d’un ton approbateur. « Tu as aimé ta fête ? »

Gabrielle réfréna un bâillement, se disant sévèrement qu’il n’y aurait pas de sieste. « J’ai adoré… mais il y avait tellement de choses… tu as vu ces chobos ? » Elle sourit un peu. « Tu m’apprendras à m’en servir ? »

« Bien sûr. » Xena entoura les épaules de la barde de son bras et sentit qu’elle faisait de même à sa taille. La chaleur du bras de Gabrielle était vraiment bonne sur son dos nu et elle soupira tranquillement, tandis que la douleur lancinante relevait à nouveau sa tête grincheuse.

Rester assise aussi longtemps n’avait pas arrangé les choses et ce qu’elle avait vraiment envie de faire, c’était de se rouler en boule, de préférence avec Gabrielle, et de se détendre un moment. Ça ne va pas se faire, alors ravale, Xena… Se dit-elle sévèrement tandis qu’elles entraient dans leurs quartiers.

« Hé… où est Arès ? » Demanda Gabrielle en regardant partout à la recherche du loup. « Je l’ai vu après qu’on a quitté Menelda puis il a disparu. »

Xena plissa le front. « Hum… oh, c’est vrai… je l’ai envoyé chasser… il était un peu excité avec tous ces combats… je ne voulais pas qu’il plante ses crocs dans l’une de nos adversaires. » Elle rit un peu. « Quoique… d’un autre côté… »

Gabrielle se mit à rire. « Ah… d’accord. Il ne devrait pas tarder à rentrer maintenant. » Elle poussa la guerrière vers le lit. « Allonge-toi. »

Xena cligna des yeux, intriguée. « Hein ? »

La barde était agenouillée près de leurs sacoches et fouillait dans celle qui contenait le kit de guérison de Xena. « Allonge-toi et je vais te faire un massage du dos. » Une pause. « Vas-y… dis-moi que tu n’en veux pas. » Elle regarda la grande femme avec un œil connaisseur.

La guerrière se mordit la lèvre, une expression déconcertée sur le visage. « Hum… tu ne dois pas… » Elle s’interrompit et se recomposa. « Ce n’est pas si mal, Gabrielle… c’est juste une petite… »

Les yeux verts étaient affectueusement tournés vers elle tandis que la barde jonglait avec son petit flacon de pommade. Un haussement interrogateur de sourcil.

Xena rit un peu et capitula, en panne de pauvres excuses. Elle alla jusqu’au lit et se laissa tomber, retira ses bottes puis s’allongea sur son estomac et enroula légèrement son corps pour réduire la tension dans son dos douloureux. Elle sentit Gabrielle se glisser dans le lit près d’elle et l’odeur âcre et distincte de la pommade tandis que la barde en mettait un peu sur ses mains.

La guerrière ferma les yeux de soulagement profond tandis que Gabrielle commençait à œuvrer, agissant en silence pendant quelque temps tandis que ses doigts trouvaient la zone de tension qui était chaude au toucher. « C’est un peu gonflé ici », murmura-t-elle, en regardant la tête brune hocher légèrement. « Une belle contracture. »

Les cotes de Xena remuèrent quand elle inspira. « Oui… J’ai dû me raidir à fond… je pense que j’avais un genou là, aussi. » Elle soupira. « C’est ma faute… quel jeu stupide. »

« Quoi… une Eponine à demi nue suivie par la moitié de la nation Amazone qui nous pourchasse pour avoir volé son vêtement ? » Murmura la barde tandis qu’elle appuyait doucement sur la zone douloureuse, dans la partie basse du long muscle qui était parallèle à la colonne de sa compagne, du côté gauche. « Je me demande si elles vont ajouter ça au festival l’an prochain en ton honneur ? » Elle sourit en sentant le rire à contrecœur sous ses doigts. « Ça fait très mal ? »

Xena haussa les épaules. « Pas vraiment… c’est juste agaçant… je me suis raidie de partout dans cette fête. » Elle sentit son corps répondre aux mains de la barde, les muscles se relâchant et se détendant comme par magie. La pommade aidait aussi, mais elle savait que le plus gros venait de l’influence de Gabrielle et ça l’avait toujours été même avant qu’elles avancent dans leur relation. Un léger sourire passa sur ses lèvres quand elle se souvint d’une nuit froide et humide il y avait deux longues années.

La pluie était tombée toute la journée et elles avaient été dessous pratiquement tout le temps, dans les plaines sans même un arbre décent pour s’y abriter. Pas de cité, pas de grotte… pratiquement toutes leurs possessions étaient trempées et la température était tombée toute la journée tandis que la tempête se déroulait.

D’une certaine façon, Xena avait réussi à trouver assez de bois à demi sec pour produire un petit feu, mais il avait été insuffisant pour les réchauffer et même les couvertures de selle d’Argo étaient trempées. Elle les avait accrochées contre un rocher proche pour les sécher, mais ça ne serait pas le cas avant le matin, si elles avaient de la chance.

Gabrielle avait maintenu un silence malheureux depuis le déjeuner. La guerrière pouvait voir la chair de poule sur toute la peau de la jeune fille et il y avait un soupçon de bleu autour de ses lèvres. Elle était assise aussi près du feu qu’elle le pouvait, ses bras entourant ses genoux tandis qu’elle essayait de sécher ses vêtements courts de style amazone.

Xena était… mal. Elle savait que si elle-même, elle avait froid, alors Gabrielle, par définition, devait être frigorifiée et elle jeta un coup d’œil autour d’elle à la recherche de quelque chose pour la soulager. Tandis qu’elle regardait sa compagne de voyage, elle pouvait voir la faible vibration alors qu’elle serrait les dents sur son tremblement involontaire, déterminée à ne pas laisser un mot de plainte passer ses lèvres.

Ce qui avait rendu Xena encore plus mal, tandis qu’elle se rendait coupablement compte que la jeune fille avait décidé qu’elle ne pouvait montrer aucune faiblesse à moins d’être chassée, ou laissée derrière ou…

Elle ne s’était pas encore rendu compte qu’elle était entrée tellement profondément dans le cœur de Xena, que la guerrière n’aurait pas plus pu la chasser que soulever et porter Argo.

Et la guerrière avait eu l’impression qu’elle était toute faite de nœuds. La tension due au froid lui avait donné un mal de crâne battant et chaque fois que la brise froide touchait sa peau, c’était pire. Même le thé brûlant n’avait rien fait et il n’y avait pas assez de combustible pour cuisiner sérieusement, alors elles avaient dû se contenter de viande séchée et de fruits flétris qu’elles avaient dans une sacoche.

Elle avait étudié Gabrielle longuement avant de prendre sa décision, puis elle avait étalé son couchage, le plus grand des deux, aussi près du feu qu’elle l’osait. Gabrielle avait jeté un coup d’œil puis s’était levée à contrecœur, avançant péniblement pour prendre son propre couchage, s’arrêtant quand Xena avait levé la main.

« Attends. »

Elles s’étaient regardées et Xena se rappelait clairement une nervosité bizarre et chatouilleuse tandis qu’elle s’éclaircissait la voix. « Ecoute… il fait trop froid… nous devons rester ensemble ce soir ou aucune de nous ne va dormir. » Elle tenta de rendre la perspective… ordinaire… désinvolte… raisonnable. Ce n’était pas grand-chose.

Gabrielle avait froncé les sourcils et elle avait regardé le couchage, puis Xena pendant un long moment avant de hocher gravement la tête. « Très bien », avait-elle répondu doucement. « Ce truc est tout mouillé en plus. » Elle regarda ses couvertures avec un froncement de sourcils. « Ça va sûrement me donner encore plus froid. »

Xena les lui avait pris. « Allez… allonge-toi. Je vais les mettre à sécher. »

La barde lui avait fait un sourire reconnaissant, puis elle était retournée vers le feu, s’allongeant avec hésitation sur la couverture plus épaisse de Xena, qui avait été mise sous les sacoches et était pratiquement sèche. Elle avait passé les doigts sur sa surface dans un léger émerveillement et un minuscule sourire lui avait tordu ses lèvres bleuies de froid.

Xena avait pris une inspiration, sentant une torsion dans ses entrailles, qui l’avait vraiment étonnée tandis qu’elle se mettait à genoux et s’installait près de Gabrielle. Elle pouvait voir les tremblements qui traversaient le corps de sa jeune compagne qui faisait face au feu. Xena s’était blottie contre elle puis avait mis une main sur le bras froid près d’elle. « Viens par ici. »

La barde habituellement bavarde était restée sans voix tandis que Xena l’entourait de ses bras et la rapprochait d’elle. Gabrielle s’était blottie contre elle et la guerrière avait senti un rapide battement du cœur de la jeune fille qui avait amené un tout petit sourire nostalgique sur ses lèvres tandis qu’elle tirait la couverture toujours humide sur elles deux et que leurs corps sentaient la présence de l’autre dans un contact intime pour la première fois.

Ça avait été comme de la magie. Si elle fermait les yeux, Xena pouvait toujours ressentir ce merveilleux et effrayant moment, quand son corps surpris avait réagi, envoyant une giclée sauvage de sang vers sa peau qui avait chassé ses propres tremblements et apporté une poussée puissante de chaleur qui s’était transformée en frissons de différentes façons le long de son dos.

Elle était restée ainsi, sachant que ça ne pouvait pas aller plus loin, sachant que ce n’était que le froid et l’humidité et son désir profond de s’assurer que la pauvre gamine ne gelait pas à mort ; sachant que Gabrielle n’était certainement pas intéressée par elle, mais à ce moment, elle s’en fichait vraiment.

Son corps s’était complètement détendu et elle avait senti le cœur de Gabrielle ralentir tandis que la jeune fille arrêtait de trembler et relâchait une inspiration légère et soulagée. « C’est mieux ? » avait-elle demandé, d’un ton nonchalant, massant le bras de la barde. « Tu avais plutôt froid. »

Elle n’avait pas vu le visage de Gabrielle, mais elle avait senti les muscles bouger sous la peau de son cou, là où la barde était nichée alors que celle-ci souriait. « Hum. » Le souffle chaud l’avait chatouillée. « Bien mieux. Merci. » Elle avait pressé ses mains très doucement sur le cuir souple qui couvrait l’estomac de Xena. « Tu es agréable et chaude. » Il y avait une note rare et timide dans la voix douce de la barde. « C’est vraiment stupéfiant. »

Xena, qui était gelée jusqu’aux os quelques minutes auparavant, se contenta de hausser les épaules à ce commentaire. « Je suis habituée à être dehors… c’est… » Timidement, le bras de Gabrielle se pressa contre sa taille et Xena avait entendu sa voix très légèrement chevroter. « C’est… juste un de ces trucs. » Elle avait mis la tête de la barde sous son menton et avait soufflé, se laissant absorber ce qu’elle ressentait dans cet instant hors du temps.

C’était tellement agréable.

Elle avait passé tellement de temps à garder tout le monde dehors, loin d’elle. C’était un sacré bon sentiment de ressentir ce simple contact humain. Sans contrepartie. Donné librement. Si plein de confiance.

Ça avait été un moment très chaud dans une vie très froide.

« Hé… » Une traction sur ses cheveux ramena son attention au présent.

« Mm ? Désolée… j’étais… hum... » Elle chercha une excuse raisonnable. « Ah… je… »

« Rêvassais », proposa Gabrielle, avec un sourire indulgent, ayant vu l’expression d’éloignement dans les yeux bleu clair. « J’espère que c’était un beau rêve. »

Xena hocha la tête. « Un souvenir très plaisant. » Elle roula lentement sur le dos et s’étira un peu. « Mm… c’est bien mieux… merci. » Une chaleur chatouilleuse avait remplacé la douleur lancinante et elle prit une inspiration joyeuse tandis qu’elle regardait son âme sœur. « Tu sais que mes meilleurs souvenirs sont ceux avec toi. »

Une expression indéchiffrable de joie tranquille s’installa sur le visage de la barde. « Pareil pour moi. »

La guerrière lui prit le flacon des doigts et tapota sa poitrine. « Allonge-toi… je parie que tes épaules sont un peu tendues après toute l’activité de ce matin. »

Gabrielle bougea un peu et lui fit un sourire désabusé. « Oui… » Elle s’installa avec reconnaissance, s’étalant sur Xena avec un soupir de satisfaction, tandis que les doigts puissants se mettaient au travail, commençant sur le bas de son dos et se frayant un chemin jusqu’à ses omoplates. La tension qui régnait dans son corps se dissipa, remplacée par une lassitude paisible qui permit à la somnolence qu’elle avait tenue à distance de gagner un peu. « Mmm… tu ferais mieux d’arrêter. » Elle soupira à contrecœur. « Nous avons une après-midi chargée devant nous. »

« Mmhmm… » Xena acquiesça sans ralentir un seul instant. « Et une soirée encore plus chargée… c’est le bon moment pour une sieste. »

« Non… non… ça va… » Gabrielle sentit ses yeux se fermer contre sa volonté, cependant, tandis que la simple suggestion d’une sieste prenait le contrôle. « Je voulais écrire un peu dans mon journal… »

« Tu as le temps de le faire plus tard », murmura doucement Xena. « Allez maintenant… donne-moi une excuse pour être paresseuse un petit moment, d’accord ? » Elle ralentit son mouvement délibérément, devenant plus apaisante tandis qu’elle touchait des points familiers sur le dos de Gabrielle.

La barde sourit. « Tu as besoin d’une excuse ces temps-ci ? » La taquina-t-elle doucement. « Je pensais que j’avais fait du meilleur travail que ça sur toi. »

La guerrière rit ironiquement. « C’est trop vrai », admit-elle. « Quand même Pony me dit que je me ramollis, c’est plutôt effrayant. » Ses mains s’occupèrent de la nuque de la barde. « J’ai toujours dit que ton influence était mauvaise. »

Gabrielle ouvrit un œil vert et la regarda d’un ton spéculatif. « Tu ne sembles pas trop fâchée avec ça », dit-elle avec une légère surprise.

Un moment de silence tandis que Xena passait le concept en revue. Puis elle haussa les épaules. « Je ne le suis pas », dit-elle sérieusement à sa compagne. « Je pense que j’ai décidé qu’il était temps que j’arrête de me pousser aussi fort, Gabrielle. »

Elle fut récompensée par un doux sourire. « Je n’aurais jamais pensé entendre ça de ta part… mais je suis contente. » Elle referma son œil et lâcha un souffle de satisfaction. « Quoi qu’il en soit, pendant qu’on est sur le sujet, tigresse, dans ce vêtement, n’importe quel idiot à demi aveugle peut voir qu’elle essayait de te mettre en colère. » Elle chatouilla les côtes exposées de Xena et bâilla, abandonnant la lutte pour rester éveillée. « Ne la laisse pas t’énerver », marmonna-t-elle, ses mots traînants. « Je sais ce que c’est. »

Xena regarda avec indulgence sa respiration s’approfondir et ralentir et elle sentit Gabrielle se détendre pleinement contre elle. Elle passa quelques minutes à caresser les cheveux de la barde, ordonnançant nonchalamment les mèches tandis que le sommeil appelait son âme sœur et elle sentit qu’elle se relaxait elle aussi.

Elle concéda qu’elle était parfaitement satisfaite d’être allongée là et de ne pas bouger d’un pouce, à bercer le corps endormi de la barde contre elle aussi longtemps que la jeune femme en aurait besoin. C’était un sentiment bizarre et légèrement déconcertant que son agitation naturelle soit domptée comme ça, comme ça ne l’avait assurément pas été pendant sa propre grossesse.

Elle avait été au moins plus anxieuse, irritée face à son inhabilité grandissante pour contrôler son corps et frustrée par les demandes constantes et exigeantes sur son énergie et ses réserves. Ceci était… plus agréable, admit-elle intérieurement, savourant la paix chaude qui s’immisçait insidieusement en elle. C’est une bonne chose que nous rentrions à la maison ensuite… mes réflexes sont assurément plus aiguisés… c’est si fichument étrange de ne pas…  Elle pouvait à peine marquer ce qu’était ce manque… elle savait juste que c’était un sentiment incroyable de paix.

Elle avait toujours été… agressive, à défaut d’un autre terme. C’était une tension profondément installée et énergétique en elle qui émergeait comme un esprit agité toujours à la recherche de nouveaux défis, de nouveaux obstacles… qui lui rendait difficile l’attente… qui la rendait impatiente et brusque avec les gens… elle n’avait jamais été satisfaite si elle devait rester tranquillement assise même quelques minutes.

C’était comme si cette situation lui avait pris ça, pris la colère perpétuelle et le désir insistant de bouger, de faire quelque chose, de se battre… de laisser derrière elle une paix tranquille qui franchement… l’effrayait un peu. Elle n’était pas habituée à ce sentiment paresseux et content, qu’elle n’avait expérimenté auparavant que dans de toutes petites occasions, pendant des périodes courtes. C’était trop bon. Elle pourrait aisément s’y perdre et ensuite où est-ce que ça la mènerait ?

Elle soupira et décida de s’en inquiéter plus tard. Là maintenant elle laissa ses yeux se fermer et mit ses sens en alerte, laissant les sons et les odeurs du village entrer en elle, notant le bruit des flèches qui touchaient leur cible, et le son métallique léger et distinct des épées, qui lui parvenaient par-dessus le bruissement du vent qui bougeait les branches devant leurs quartiers. Une légère brise de fumée de bois passa par la fenêtre, lui apportant une odeur de viande rôtie, et tout autour la senteur riche et lourde de la forêt.

Elle resta ainsi pendant un moment, flottant quelque part entre le sommeil et l’éveil, dans un crépuscule sombre, jusqu’à ce que le bruit de pas approchant lui fasse cligner et ouvrir les yeux et elle tourna la tête pour voir une tête familière passer par l’ouverture. Xena eut un mouvement de tête, mais fit signe à Ephiny de ne pas faire de bruit tandis que celle-ci se glissait à l’intérieur et traversait la pièce.

L’Amazone blonde se posa sur le bord du lit et sourit un peu en regardant avec indulgence la forme endormie de Gabrielle. « Elle va bien ? » Demanda-t-elle à voix basse.

La guerrière hocha la tête, caressant les cheveux soyeux d’un air absent. « Oui… elle est juste fatiguée un peu plus vite maintenant… j’ai pensé que ce serait une bonne idée qu’elle se repose un peu avant ce soir. » Elle regarda affectueusement la jeune femme jusqu’à ce qu’une main sur son bras lui fasse lever les yeux vers Ephiny. « Désolée… quoi ? » Elle eut un petit sourire penaud.

« Xena… » Les yeux noisette l’étudiaient avec un peu d’inquiétude. « Tu vas bien ? » Elle parla à voix très basse pour éviter de réveiller Gabrielle. « Tu as été tellement calme… ça ne te ressemble pas. »

La guerrière prit un temps, décidant quoi lui dire, puis elle se contenta de hausser les épaules. « Je ne savais pas que j’étais particulièrement bruyante… je pensais avoir causé suffisamment d’ennuis ce matin… pas vrai ? »

Ephiny plissa le front. « Ce n’est pas ce que je… » Elle s’interrompit. « Bon, oublie… peut-être que c’est juste mon imagination. » Elle rit un peu. « Ecoute… les choses sont lancées pour ce soir… tu veux savoir à quoi t’attendre ? »

Les yeux bleus la regardèrent avec un léger amusement. « Si ça implique quoi que ce soit de physique, tu ferais mieux de me le dire maintenant, pour que je ne décapite personne », avertit-elle en blaguant à demi.

« Non… nous te connaissons bien. » La régente sourit. « En plus, franchement, personne ne veut affronter Gabrielle si quelque chose t’arrive, alors… tu es en sécurité. » Elle entrelaça ses doigts et les mit autour de son genou. « C’est une cérémonie simple… deux des anciennes la président et posent quelques questions, ensuite les deux partenaires échangent des vœux et c’est fini. » Elle renifla d’un air pensif. « Dans ton cas… c’est un peu différent parce que tu seras adoptée par la Nation en même temps… » Elle pinça les lèvres. « Menelda est grognonne, contrariée et irritable… elle a juste accepté de laisser l’inévitable se produire, mais elle veut que tout le monde sache que c’est à cause de Gabrielle pas parce qu’elle t’apprécie soudainement. »

Xena leva les yeux au ciel.

« Oui… oui… je sais… » Ephiny soupira. « Et j’ai réussi à faire que les anciennes acceptent que te faire combattre est une perte de temps futile, alors on se contentera de noter que tu sais par quel bout on attrape une épée. »

Un autre roulement d’yeux. « Et ? »

La régente prit une inspiration. « Et… ensuite tu jures ta loyauté personnelle à elle et c’est… fini. »

Xena regarda la forme étalée de son âme sœur puis haussa un sourcil vers Ephiny. « A elle ? » Demanda la guerrière avec une calme intention.

La régente comprit. « Oui… à elle, personnellement. » Un tout petit sourire se forma. « J’ai passé un moment dans les archives à creuser pour les règles… ça faisait un moment depuis qu’une Reine en exercice n’avait pris une épouse hors de la Nation. »

La guerrière sourit. « Je peux faire ça. » Elle massa le dos de la barde, ce qui fit murmurer sa compagne et resserrer sa prise. « Pas de problème. » Intérieurement, elle était soulagée. Elle l’aurait fait indépendamment de ça, mais savoir que c’était à Gabrielle personnellement et pas à la Nation dans son entier… la faisait se sentir bien mieux.

« Je me disais bien », commenta Ephiny. « Nous sommes sur le point de démarrer pour l’après-midi… vous nous rejoigniez ou bien… » Elle baissa son regard sur la barde qui remuait maintenant. « Et bien, salut. »

« Mmpf. » Les yeux verts se tournèrent vers elle, puis étudièrent le visage anguleux au-dessus du sien. « C’est le moment ? »

« Ouais », confirma Xena, souhaitant que ce ne soit pas le cas. Elle était fascinée par la lumière du soleil qui coulait par la fenêtre et saisissait les poils fins et duveteux sur la joue de la barde, jusqu’à ce qu’elle cligne des yeux et secoue un peu la tête pour l’éclaircir. Bon sang… secoue-toi, d’accord ?

Gabrielle roula sur le dos et s’étira. « Bon… » Elle tapota l’estomac de sa compagne. « Merci pour l’oreiller », dit-elle, laissant son toucher traîner et tracer les muscles visibles juste sous la peau bronzée tandis qu’elle posait la tête sur son autre main et regardait Ephiny, notant l’expression tendue sur le visage de la régente. « Tout va bien ? »

Ephiny hésita puis hocha la tête. « Oui… oui… sûr… tout va super bien. » Une pause. « Pourquoi ? »

« Tu es agitée », répondit la barde en regardant les doigts de la régente que celle-ci nouait compulsivement.

Puis elle cligna des yeux. « Tu ne rates pas grand-chose », dit Ephiny, tranquillement.

Un léger sourire passa sur le visage de Gabrielle. « La pratique. » Elle laissa son regard aller du visage de Xena à celui de la régente. « Alors… crache. »

Ephiny mit ses mains sous ses bras. « C’est rien… c’est… juste que je voulais que tu sois là pour la compétition en quelque sorte… j’ai… euh… je dois m’occuper de quelque chose. » Elle garda le regard posé vers le sol, observant le tapis tissé coloré qui en couvrait une bonne partie.

Les yeux bleus et verts se croisèrent dans une compréhension totale. « Alors. » Xena croisa ses jambes nues aux chevilles. « Pony est revenue ? »

Le sursaut de surprise de la tête d’Ephiny était une réponse en elle-même. « Comment tu… je veux dire… » Elle garda le silence puis se leva, frustrée, et alla à la fenêtre, où elle mit les mains de chaque côté de l’encadrement. Un long soupir s’ensuivit. « Je devrais juste l’ignorer… elle est dehors à broyer du noir… je devrais juste la laisser », déclara Ephiny, tranquillement. « Quoi qu’il en soit, vous n’avez pas à vous préoccuper de ça vous deux », conclut-elle, en regarda vers le campement affairé.

Xena pointa sa compagne en silence, les deux sourcils haussés de questionnement.

Gabrielle eut un hochement de tête agacé. « Discussion sensible. Je sais », épela-t-elle sans son, puis à son tour elle montra Xéna du doigt. « Si ça ne marche pas, tu vas devoir la trouver », ajouta-t-elle en mimant avec un air sévère.

La guerrière hocha la tête et se mit debout, étirant son dos avec précaution et souriant en réflexe au pincement bien réduit. « Je vais… » Un sourire. « M’échauffer pour ce truc à l’arc… ça va la faire sortir. » Elle prit ses bottes et sortit à grands pas lents, laissant la régente et la barde seules.


Vu de l’extérieur, le surplomb rocheux semblait solide. Il était recouvert d’un voile de mousse, sombre de la rivière toute proche, et il s’allongeait au-dessus de l’eau, fournissant un perchoir pour les faucons qui s’ennuyaient en cherchant des poissons. Des buissons épais poussaient tout autour et une personne aurait des difficultés à voir la petite ouverture qui menait à une grotte vaguement circulaire et au sol poussiéreux et qui se trouvait au-dessous.

Eponine remonta ses genoux et posa ses avant-bras dessus, regardant l’eau s’écouler, tandis qu’elle fixait la rivière qui transportait parfois une branche et des débris dans son passage.

Tout était tranquille et elle venait ici quand les choses allaient mal, juste pour s’asseoir, regarder la rivière en perpétuel changement et rester paisiblement assise. Elle avait trouvé cette petite cachette quand elle était gamine et avait l’habitude de s’y réfugier avec ses amies pour échapper aux tâches sans fin et ennuyeuses des anciennes.

Elle regarda autour d’elle, entendant les faibles échos de son enfance, quand elle avait joué aux épées et aux flèches dans cette petite caverne, ses bottes s’enfonçant légèrement dans le sol sablonneux, et sa respiration haletante tandis qu’elle menait des batailles héroïques avec des branches arrachées.

Ça lui semblait être il y avait bien longtemps.

La plupart de ses amies étaient parties… ou mortes… victimes soit de leur envie de voyage ou de la guerre, certaines parties voir le monde pour vivre d’autres vies, d’autres dans différents villages Amazones.

Elle avait choisi de rester, même à travers les crises, à travers les changements, la mort de Mélosa et l’ascension d’une étrange jeune outsider qu’elle avait commencé par dédaigner et avait fini par… admirer.

Envier, si elle était honnête avec elle-même, mais pas pour le masque de la Reine.

Bon sang. Elle était supposée être la guerrière la plus coriace et la plus méchante de la Nation.

Et… la plupart du temps, elle l’était, vous savez ? Après tout, elle avait ressenti ce stupide et idiot… bon sang… béguin d’adolescente pour Ephiny et elle l’avait juste… enfoui quelque part, hors du chemin. Ça n’allait tout simplement pas arriver, pas dans cette vie, alors elle avait opté pour que cette femme devienne son amie et c’était ce qui s’était produit. Pas vrai ? Vrai.

Ensuite cette maudite femme avait décidé de l’embrasser. Elle ne s’y était pas attendue, pas le moins du monde, et ça l’avait renversée, à la fois physiquement et dans tellement d’autres sens que c’était un miracle qu’elle n’ait pas passé les deux semaines suivantes à se cogner aux murs.

Au lieu de ça, elle avait passé les deux semaines suivantes dans une sorte de rêverie, ne croyant pas vraiment à ce qui se passait, mais avec l’envie d’être joyeusement leurrée aussi longtemps qu’elle le pourrait. Toutes ses autres relations avaient été strictement occasionnelles, la plupart du temps un compagnonnage, de l’amusement et des rires… rien de sérieux, rien qui dure.

Elle avait voulu que ceci soit différent.

Et ça avait commencé à l’être, un peu… doux et affectueux… Ephiny avait commencé à échanger des trucs avec elle… des petites histoires de sa vie, ses espoirs… comment elle n’avait jamais imaginé se retrouver dans la position qu’elle occupait maintenant.

Elle s’était laissé croire en ça… jusqu’à ce qu’elle vive encore un désastre et qu’elles aient eu à traverser tout ce truc avec Gabrielle… et après ça, ça avait changé. Eph appréciait toujours les moments passés ensemble, mais… elle avait cessé de partager… cessé…

Eponine l’avait un peu poussée… désorientée… et la régente lui avait dit qu’elle ne voulait pas prendre de risque.

Elle ne voulait pas prendre de risque. Elle ne s’était pas attendue à ce que ça fasse aussi mal. Peut-être que c’était parce qu’elle voulait croire. Pas qu’elle regrettait ce qu’elles avaient… elle ne le regrettait pas. C’était chaleureux et amical et elle aimait avoir quelqu’un avec qui partager un lit… Ephiny était drôle et intelligente… parfois sarcastique et maligne. C’était une amie géniale et une bonne amante, mais.

Mais.

Mais à la vérité, ses sentiments étaient bien plus profonds que ça… elle aimait Ephiny avec une sorte d’intensité presque impuissante, qu’elle n’avait vécu que peu de fois dans sa vie. C’était le genre d’amour qu’elle voyait entre Gabrielle et Xena et ça lui faisait mal de savoir qu’elle n’aurait jamais ça en retour.

La plupart du temps, elle essayait juste de ne pas y penser. Mais quand elle voyait ces deux-là ensemble, la façon dont Xena laissait tomber toutes ses défenses considérables et laissait la barde la mener par le bout du nez… comment elle faisait craquer ces plaques d’armure et laissait tout le monde voir la femme sensible à l’intérieur… et bien, bon sang… elle souhaitait pouvoir faire ça à quelqu’un elle aussi.

Alors oui, elle était jalouse de Xena, et pas qu’un peu, et c’était surtout la raison pour laquelle elle titillait constamment la grande femme, la défiait… essayant peut-être de se prouver que ce qu’avait Xena n’était pas si fichument loin de sa portée. Ce qui était, elle le savait, plutôt stupide, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, semblait-il.

Elle donna un coup de pied à une pierre, essayant de rester en colère contre la guerrière, qui la faisait se comporter de manière idiote, mais c’était dur, parce qu’elle aimait vraiment bien Xena, sincèrement, même avec son attitude de ‘trop coriace pour mon cuir’. Elle ressentait une personne chaleureuse et plutôt sympathique sous toute cette connerie de guerrière, ce qui avait du sens parce que Gabrielle devait bien voir QUELQUE CHOSE en elle, pas vrai ? En plus de ces yeux incroyables.

Elle aurait tout donné pour que quelqu’un… bon, Ephiny… la regarde de la façon dont ces deux-là se regardaient.

Bon, il y avait peu de chance que ça arrive, surtout après aujourd’hui.

Le rocher était frais sous sa tête, tandis qu’elle s’appuyait sur la paroi de granite et regrettait ses mots acerbes, alors qu’Ephiny lui criait dessus. Elle savait que la régente avait raison… elle savait qu’elle devrait ficher la paix à la compagne parfois dangereuse, parfois imprévisible, de Gabrielle, et pas fichument remuer des stupides drapeaux rouges devant elle tout le temps.

Elle n’aurait pas dû lui dire qu’elle recevait plus de réponses de Xena que d’elle, pas vrai ? Elle avait vu l’expression hautement blessée dans les yeux noisette de la régente avant qu’elle ne se tourne pour partir, et Eponine avait essayé de rappeler ses paroles, mais c’était trop tard. Ensuite elle s’était juste sentie fichument merdeuse.

Et donc, elle se retrouvait seule ici. Elle savait qu’elle devrait retourner se joindre aux jeux, finir ce qu’elle avait commencé, mais quelque part elle n’en avait pas le cœur. Elle irait… elle participerait aux jeux… Athena savait qu’elle gagnerait, vu que Xena déclinait sa participation à autre chose que le tir à l’arc et même là elle avait une plutôt bonne chance, vu que la guerrière avait déclaré que l’arc n’était pas une de ses meilleures armes. Mais quel intérêt ? Elle se sentirait juste vidée et elle en avait assez de ça, ces derniers temps, pour que ça dure une éternité.

Avec monotonie, elle prit une gorgée de l’outre qu’elle avait apportée, tressaillant quand la brûlure intense de la boisson puissante coula dans sa gorge. Ceci était probablement tout aussi stupide, mais elle ne savait pas quoi faire d’autre et elle en avait fichument marre de souffrir. Au moins l’alcool atténuait ça pendant un petit moment.

En plus, elle avait été gentille ces derniers temps. Eph lui avait fait promettre d’arrêter après qu’elle eut été un peu trop sauvage à un campement un soir et avait fini par incendier la hutte de bains. Elle n’en avait pas repris depuis… par Hadès, il était temps et après tout, c’était le festival de Dionysos, pas vrai ?

Vrai. Elle prit une autre longue gorgée et posa sa tête contre le rocher. « Peut-être que je pourrais prendre un chien », dit-elle à la rivière qui s’en fichait.

Une tête noire et poilue se dressa près d’elle et grogna, la faisant reculer brusquement, se cognant la tête contre le plafond bas de la caverne avec un cri sauvage. « Fils de Bacchante ! ! ! » Elle trébucha en arrière et atterrit avec un bruit sourd sur les fesses, clignant des yeux vers son assaillant. « Que les dieux te maudissent espèce de porteur de queue poilue de… »

« Roo ? » Arès frappa de la queue d’une façon plaisante.

« Merde de Centaure », finit Eponine avec un reniflement de dégoût. « Qu’est-ce que tu fais ici par Hadès ? »

Les yeux jaunes clignèrent et le loup haleta, reniflant le sol avec intérêt. « Agrrrrrr… » Il trotta vers elle et lui lécha le visage, puis décida d’explorer la petite grotte. L’odeur de la femme ressemblait à celle que la Cheffe lui avait donnée en lui disant ‘Trouve’.

Il avait trouvé. Ça signifiait qu’il aurait des gâteaux et il avait senti ceux qu’il aimait dans le sac de la Cheffe. Maintenant il n’avait plus qu’à attendre. « Agrrooo. » La Cheffe lui avait dit ‘Protège’. Il s’installa confortablement dans le sable, ses pattes avant croisées et ses pattes arrière sous lui, avec sa queue étalée derrière.

« Fichelecampd’ici », gronda Eponine en lui jetant une poignée de sable. « Sale petit fouineur, tu m’as fichu une trouille bleue. »

« Grrr. » Arès grogna puis éternua lorsque le sable entra dans ses narines.

La maîtresse d’armes l’étudia d’un air fâché. « Elle ne t’a pas envoyé, si ? »

Le loup haleta.

« Umpf. Je parie que si, cette vieille hache de guerre. »

Arès bâilla en montrant ses dents très blanches puis posa la tête sur ses pattes et soupira.

Eponine était prise entre l’irritation et un peu de flatterie. Si Xena avait envoyé cette maudite boule de poils pour la trouver, alors la guerrière n’était pas trop fâchée contre elle pour la lutte et elle voulait s’assurer qu’elle allait bien. « Oooh… c’est pas gentil, ça ? » Elle ricana pour le loup qui battit de ses longs cils noirs. « C’est rien qu’un tas de sentiments, hein, face de chien ? »

Arès leva la tête et il fronça les sourcils, avec une ressemblance incroyable avec sa grande maîtresse aux cheveux noirs. Un coin de sa babine se redressa dans un grondement.

« Ah… ferme la », le rouspéta Eponine, mais elle s’aperçut qu’elle s’était rapprochée de lui jusqu’à ce qu’elle puisse toucher son pelage, qui était épais et propre au toucher, et aussi un peu hérissé. C’était agréable de le caresser, alors elle le fit, pendant un temps étonnamment long, son outre de vin oubliée dans un coin.


« Tu n’as qu’à rester là jusqu’à ce que je revienne. » Cait faisait les cent pas, ignorant le fait que Paladia était penchée sur son atelier et ne lui portait aucune attention. « Je ne serai pas longue, d’accord ? » Elle regarda la grande femme. « Eh Oh ? »

La renégate lui lança un regard hargneux. « Ouais ? »

« Reste là. » Cait lui lança un regard agacé.

Paladia fronça les sourcils. « Je vais nulle part. » Elle retourna son attention à sa tâche et bougea son crayon en charbon avec précautions, essayant d’avoir les lignes basiques de ce qu’elle avait imaginé avant que la lumière ne diminue.

Cait était sur le point de partir, mais la curiosité prit le dessus. Elle alla d’un côté et regarda le parchemin. « C’est quoi ? »

Le regard gris se leva vers elle, maussade. « Je pensais que tu partais. »

« C’est quoi ? » Cait se contenta de répéter la question.

« Un renard », marmonna la renégate en réponse.

« C’est plutôt beau », déclara la jeune fille d’un ton approbateur, en lui tapotant l’épaule. « Mais pourquoi un renard ? »

Un autre haussement d’épaules. « C’est juste quelque chose que j’ai vu. »

Cait étudia le dessin puis lui fit une autre tape, cette fois en laissant sa main un moment sur l’épaule de la grande femme. « D’accord… bien, je reviens de suite… attends-moi. »

Paladia ricana lorsqu’elle sortit. « T’attendre… oh… ben, comme si j’avais le choix. » Elle secoua la tête et retourna son attention sur son travail, dessinant avec soin une grande oreille bombée.

Cait quitta la hutte et tira sur sa combinaison en cuir, vérifiant les diverses dagues tandis qu’elle traversait nonchalamment le campement, se dirigeant vers les pistes hautes qui commençaient après les terrains de tir à l’arc.

Elle s’arrêta près d’un petit groupe avec qui elle regarda les compétitrices s’échauffer, ses yeux trouvant la grande silhouette aux cheveux noirs au milieu des autres avec facilité. Xena s’appuyait tranquillement sur un arc long, attendant son tour, ses yeux clairs passant en revue tout le campement avec une attention peu pressée, mais minutieuse.

Finalement, ces yeux tombèrent sur elle et au lieu de continuer, Xena prit son arc et marcha vers elle, sortant de la lumière directe du soleil pour venir dans l’ombre tachetée dans laquelle elles se tenaient toutes. Cait savait qu’elle recevait des regards furtifs de la part de ses camarades, qui enviaient sa relation bien connue avec la guerrière intimidante et elle se redressa inconsciemment lorsque Xena fut proche et qu’il apparut clairement qu’elle se dirigeait droit vers Cait.

Un coup d’œil vers la foule puis un second vers une zone plus ouverte et vide. Cait tourna un peu et alla vers l’endroit indiqué, précédant Xena et se retournant quand elles l’atteignirent pour la regarder. « Salut. »

« Salut », répondit la guerrière puis elle tomba dans un silence pensif.

« Et bien. » Cait soupira après un moment de calme, pendant lequel les oiseaux gazouillèrent joyeusement. « Je suppose que ça a été amusant. »

Xena réfléchit à ces mots. « Ça aurait pu être moins embarrassant. »

« Hm. » La jeune fille mâchouilla sa lèvre et hocha un peu la tête. « Je m’attends à ce qu’elle hésite pas mal avant de te taquiner à nouveau comme ça. »

La guerrière grogna son assentiment. « C’est ce que je pense. »

« Presque », répliqua Cait. « Elle n’est pas encore rentrée. »

Xena regarda alentour et joua avec son arc. « J’ai envoyé Arès pour la trouver », murmura la guerrière. « Ça va aller pour elle. »

Cela lui valut un sourire de la part de la jeune fille. « Je pensais que tu étais à fond en colère contre elle. »

La guerrière haussa les épaules. « Nan. » Elle leva les yeux en entendant un signal puis elle hocha la tête et tira une flèche du carquois passé sur une de ses larges épaules. Paresseusement, elle leva l’arc qu’elle portait et mit la flèche en place contre son poing. Avec une force presque négligente, elle tira sur la corde et visionna la tige, s’arrêtant un instant, tandis que le vent bougeait et repoussait ses cheveux, puis elle relâcha la corde avec fluidité.

La flèche se planta fermement dans sa cible, un sanglier en peluche. Ce n’était pas le meilleur tir, mais pas le pire non plus et Xena laissa retomber l’arc avec un air satisfait. « Pas mal… » Songea-t-elle. « Les dieux savent que je n’ai pas l’habitude de tirer. »

Cait regarda le cochon sur lequel quelqu’un avait peint des lèvres clinquantes. « Ben… si tu me touchais là, je serais pas mal fâchée. » Puis elle se rapprocha. « Tu veux bien m’apprendre à attraper des flèches ? » Demanda-t-elle d’un ton de persuasion, un sujet avec lequel elle ennuyait la grande femme depuis plusieurs mois maintenant. Elle avait décidé que tout était pardonné ou le serait si Xena voulait bien lui montrer quelques trucs.

Un sourire paresseux la réchauffa. « Très bien… nous allons travailler là-dessus demain, d’accord ? »

La jeune fille rayonna. « Génial. » Elle hésita puis s’avança et étreignit la guerrière. « Merci, Xena. »

Xena lui tapota l’arrière de la tête d’un geste rude, mais amical. « Tu allais à la recherche de Pony ? » Murmura-t-elle en baissant la tête pour que seule la jeune fille puisse l’entendre.

Cait rit doucement, appréciant le contact. « Ben… il faut que tu gardes un œil sur ces Amazones… elles se mettent dans un tas d’ennuis, tu sais. » Elle relâcha son héroïne et recula. « Je… je vais juste aller rapidement en éclaireur. »

Les yeux bleus brillèrent d’un air connaisseur. « Sois prudente. »

Cait se tourna et alla vers les pistes, se retournant pour la regarder. « Et comment je m’amuserais si je faisais comme ça ? » Demanda-t-elle d’un air innocent puis elle laissa un sourire espiègle passer sur ses lèvres, tandis qu’elle démarrait un petit trot vers les arbres.


« Alors… quoi qu’il en soit, elle m’a parlé de cette histoire, avec un paquet de rats. » Eponine était allongée sur le côté, sa tête posée sur une main, face à Arès. « Et les rats entrent dans ce silo à grains, alors ils étaient vraiment gras et étaient coincés dans ces jarres de grains, alors ils les font tomber et la fille entre et les voit rouler par eux-mêmes, d’accord ? »

« Roo. » Arès se lécha les pattes arrière.

« Alors elle pensait qu’elles étaient hantées. »

Des oreilles dressées.

« Ouais… alors elle appela le juge et il lui colla douze dinars d’amende pour avoir été aussi idiote. »

Arès éternua.

« Oui. » Eponine lui gratta le museau. « Tu sais bien écouter, Arès. »

Le loup haleta et lui lécha la main.

« Ça ne t’embête même pas quand tu entends les choses plusieurs fois, hein ? » Elle rit doucement. « Je parie que tu entends souvent dire ‘Je t’aime’, pas vrai ? »

Arès pencha la tête et la fixa, ses oreilles dressées d’intérêt. « Grrrroff. » Il remua la queue.

Eponine soupira et un sourire paisible passa sur ses lèvres. « Ouais… je parie que oui. » Elle garda le silence et dans ce calme, elle entendit un très léger bruissement de quelque chose qui ne devait pas se trouver là. Intriguée, elle s’assit et pencha la tête, s’efforçant d’entendre au-delà du bruit incessant de l’eau. Un claquement, un léger cliquetis de feuilles l’une contre l’autre, si léger que ça aurait pu être un petit animal, ou le vent…

Eponine sentit ses poils se dresser et elle rampa jusqu’au bord de sa cachette, écoutant avec soin. Les bruits avaient disparu, mais elle se sentait toujours mal à l’aise et elle entra avec précautions dans l’espace découvert, regardant autour d’elle avec tension. La forêt était tranquille. Trop tranquille, se dit-elle, ses narines écartées dans une alarme soudaine. Elle tendit la main vers son épée un instant avant de sentir le mouvement et elle la dégaina en même temps qu’elle tournoyait pour parer le coup descendant d’un grand homme sordidement vêtu et armé d’une masse. « Salaud. »

Il eut un autre mouvement et elle le para, s’écrasant contre sa garde avec un coup talentueux, puis elle donna un coup de pied qui le désarma. Un éclair de mouvement derrière elle l’avertit et elle tournoya, à temps pour affronter deux autres hommes, puis elle vit des formes sombres qui se déversaient dans le sous-bois et elle sut qu’elle avait des ennuis.

Elle créa un cercle de vide autour d’elle et les combattit jusqu’à ce qu’ils la surpassent de leur nombre, l’amenant au sol sous une pile de corps mal lavés qui cognaient et donnaient des coups de pied jusqu’à ce qu’elle s’immobilise. Son épée lui fut arrachée et elle ferma les yeux de colère, tandis que des mains l’attrapaient avec rudesse et la soulevaient.

Des visages colériques et hideux l’encerclèrent, plusieurs d’entre eux saignant de blessures qu’elle leur avait infligées. Elle lutta contre les deux hommes qui la retenaient et elle eut des coups de pieds en récompense, ensuite le cercle se sépara et une grande et large silhouette s’avança d’un pas nonchalant.

« Si ce n’est pas spécial, ça. »

La poitrine d’Eponine se serra de colère et de trahison. Elle posa des yeux froids sur la nouvelle venue et sut qu’elle allait avoir beaucoup d’ennuis. « Arella », cracha-t-elle, son esprit en pleine course.

La femme rit. « Et comme j’ai attendu ce moment, ‘maîtresse’. » Elle serra le poing et frappa la petite Amazone, l’envoyant au sol, inconsciente. « Pfiou… ça fait du bien. » Elle leva les yeux joyeusement. « Attachez ses fesses hideuses… et éparpillons-nous… nous avons du travail. »


Gabrielle décida de laisser Ephiny commencer à parler pour changer. Elle alla vers le bassin de lavage et s’éclaboussa la tête d’eau froide, la laissant couler sur sa nuque tandis qu’elle sortait une barre de savon posée près de la citerne et frottait la poussière et la saleté de ses bras.

La brise dans la pièce était bonne après ça ; elle séchait sa peau et elle essuya l’excédent d’eau avec un petit linge en coton. Patience, se dit-elle, tandis qu’elle ressentait le besoin de commencer. Tu as appris ça de Xena, tu te souviens ? Elle fouilla dans sa sacoche pour trouver un morceau de cuir fin puis elle l’utilisa pour attacher ses cheveux en arrière, s’arrêtant un instant alors que le paquet lui apportait l’odeur familière de son âme sœur. Impulsivement, elle tira sur la chemise bien pliée sur le dessus et la frotta contre sa joue, inspirant l’odeur avec un sentiment de plaisir tranquille.

Elle s’était sentie mal pendant des jours, reniflant, sa tête battante, avec du mal à se plaindre auprès de sa compagne taciturne jusqu’à ce qu’elle commence à trembler si violemment, même sous le soleil de l’après-midi, que Xena le remarque et pose une main calleuse sur son front, puis soupire.

Elles étaient près d’une cité et elle se souvenait à peine de la dernière demi-journée de voyage pour y arriver, qui allait et venait dans un brouillard fiévreux, se tenant au pommeau de la selle d’Argo comme si sa vie en dépendait.

Il y avait eu un temps inconnu alors, pendant lequel elle se souvenait juste d’avoir sué et tremblé, d’avoir été posée dans un lit étrange, souffrant de cauchemars affreux qui l’avait fait hurler de terreur jusqu’à ce qu’une chaleur la recouvre et calme ses nerfs à vif.

Le souvenir cohérent suivant dont elle se souvenait, c’était quand elle s’était réveillée, alors que la lumière du soleil entrait dans la chambre et qu’elle était dans le lit, couverte. Une odeur épicée et familière l’avait entourée et tandis qu’elle concentrait son regard embrouillé, elle avait réalisé que c’était parce qu’elle portait une des chemises de nuit de Xena.

Elle s’était blottie faiblement et avait respiré l’odeur, pas sûre de savoir ce qui se passait, mais contente d’être toujours vivante pour le deviner. Elle avait roulé sur le côté et s’était arrêtée, surprise en voyant une Xena pâle et à l’air épuisé, affalée dans un fauteuil à côté du lit, des ombres noires sous ses yeux fermés.

Les yeux bleus s’étaient ouverts, las, et elles s’étaient regardées pendant un long instant sans respirer.

« Ouaouh… » Avait réussi à dire Gabrielle. « J’ai l’impression qu’un chariot m’est passé dessus. »

La guerrière s’était penchée en avant et avait posé les bras sur le lit. « Si tu ne me le dis pas tout de suite la prochaine fois que tu es malade, je vais… je… » Elle s’arrêta, en manque de menace appropriée. « De toutes les choses idiotes à faire… »

La barde l’avait fixée, pas même intimidée, pas après avoir vu les traits tirés sur le visage familier de Xena. « Depuis combien de temps… » Elle avait regardé autour d’elle.

« Trois jours », avait répondu la guerrière d’un ton brusque.

« Et tu étais là pendant tout ce temps, pas vrai ? »

Pas de réponse, juste un regard noir de la grande femme.

Gabrielle avait juste hoché un peu la tête. « C’était vraiment effrayant… mais chaque fois que ça devenait trop mauvais, quelque chose chassait ce qui m’effrayait… et tu es la seule personne que je connaisse qui puisse faire ça. » Elle avait levé les yeux pour voir une expression inhabituelle sur le visage de sa compagne. « Merci… je suis désolée pour tout ça… Je ne voulais pas causer autant de soucis. » Elle avait tiré sur l’avant de la chemise et s’était blottie à l’intérieur, se contentant de fermer les yeux avec l’envie de cette senteur pour toujours.

Et alors, parti de rien, elle avait été capturée dans une douce étreinte si merveilleuse qu’elle s’était demandé après si elle était réelle ou juste les restes d’un rêve.

Un léger son lui fit lever les yeux pour voir Ephiny, appuyée contre l’encadrement de la fenêtre, qui la regardait.

Gabrielle reposa son visage sur le tissu puis elle lâcha un soupir et le rangea, se leva et brossa sa combinaison en cuir, installant les rubans autour de ses biceps un peu sans y penser. « Ces trucs-là me font toujours un effet bizarre. » Elle modifia son attaque, passant à une approche plus indirecte. « C’est un peu bizarre de porter des choses qui ne s’adaptent pas… je me suis toujours demandé comment Xena endure ça, après que je les ai portés pendant un moment. »

« Je présume que si on est habituée à porter une armure, un peu de cuir ne doit pas gêner plus que ça », répondit Ephiny en allant vers le banc bas près de la fenêtre pour s’y laisser tomber, la tête posée contre le mur. « Elle pense probablement que c’est confortable. »

« Mm. » La barde sortit son journal et le posa sur la table de travail puis elle s’installa dans le fauteuil derrière. « C’est le cas… je me souviens d’une fois où j’ai eu à porter ses affaires… j’ai failli devenir cinglée… sans mentionner le fait que cette armure est vraiment lourde. » Elle rit un peu. « Je pense qu’il faut juste s’y habituer… après l’hiver dernier, il lui a fallu un moment pour se réhabituer à les porter… maintenant je pense qu’elle les enlève plus souvent… »

Ephiny hocha la tête en étudiant le plafond. « Elle a l’air plus heureuse… » Le regard noisette de la régente alla vers elle. « Toi aussi. »

Gabrielle croisa les mains. « Je le suis. » Elle sourit à son amie. « D’une certaine façon… c’est étrange, mais nous sommes encore plus proches qu’avant. »

La régente ricana doucement. « Gabrielle. Toutes les deux vous étiez si proches qu’un moustique n’aurait pas trouvé un moyen de se glisser entre vous deux. »

Un haussement d’épaules. « C’est vrai… mais c’est différent maintenant… plus égales, plus… je ne sais pas… plus vrai, je pense. » Elle fit une pause. « C’est comme si… nous avions traversé tout ça et maintenant nous sommes ensemble, mais pas juste parce que c’est quelque chose qui est arrivé. Maintenant, c’est parce que nous avons pris une décision, toutes les deux, que nous voulions être ensemble plus que n’importe quoi au monde. » Elle sourit légèrement. « Et c’est le cas. »

Ephiny digéra l’information. « Tu t’inquiètes que quelque chose… » Elle hésita. « Que quelque chose comme ça se reproduise, Gabrielle ? »

Les ombres se pourchassèrent dans les yeux verts de la barde. « Bien sûr », répondit-elle d’un ton candide. « Je serais stupide si je ne le faisais pas. » Elle étudia son journal, passant un doigt le long de son bord relié. « Nous en avons parlé. » Un haussement d’épaules. « Nous avons décidé toutes les deux que ça valait la peine de prendre le risque. »

« Je peux te demander quelque chose ? » La voix d’Ephiny était très calme.

« Bien sûr », répondit la barde.

« Toutes les deux… vous étiez amies avant, pas vrai ? » La voix de la régente était hésitante.

Gabrielle hocha la tête. « Oui… nous l’étions… et… et bien, c’est ce qui nous a tenues éloignées aussi longtemps, je pense… nous… je veux dire que je dépendais de son amitié… elle était si importante pour moi… j’avais peur de tout gâcher. »

« Mais tu savais… je veux dire… tu savais que tu étais amoureuse d’elle, pas vrai ? Pendant un moment… avant que… »

Gabrielle se pencha en arrière. « Oui. » Elle rougit un peu. « Pendant un moment. »

Ephiny prit une inspiration. « Qu’est-ce que tu aurais fait si elle n’avait pas eu le même sentiment envers toi ? »

Cela frappa durement Gabrielle, ramenant une longue litanie de souvenirs anxieux. « Pendant longtemps j’ai été convaincue qu’elle ne l’était pas. » Elle réussit à garder sa voix neutre et calme. « Nous étions… si différentes. » Une longue pause. « J’étais si sûre de ça que… je l’ai quittée. »

Ephiny eut l’air choquée. « Quoi ? »

« Le garçon avec qui j’ai grandi… à Potadeia », répondit la barde. « Il m’a demandé de l’épouser et j’ai dit oui, parce que je… ça me faisait me sentir… désirée et aimée… et j’avais peur de ne jamais… »

« Mais… » La régente secoua la tête, incrédule. « Que… je… qu’est-ce qui s’est passé ? »

Gabrielle déglutit plusieurs fois puis soupira. « Il est mort… Callisto semait la terreur et je présume qu’elle… voulait blesser Xena à travers moi, comme d’habitude.

« En le tuant ? » Ephiny fronça les sourcils. « Ça n’a pas de sens. »

« Pour elle, si… elle pensait que je haïrais Xena à cause de ça… elle pensait que j’allais abandonner mes… croyances. » Un souvenir calme et vibrant de sa décision dans cette caverne vint la tarauder. « Je dois vivre avec ça, cependant… savoir que parce que j’étais… parce que j’ai fait ça, il est mort. » Elle regarda Ephiny droit dans les yeux. « Je le regretterai toujours, Eph… tout comme je regretterai toujours l’année que j’ai passé malheureuse parce que j’avais peur de dire quelque chose… peur de saisir ma chance avec elle… avec nous. »

« Pour toi ça a marché… mais… et si elle ne le ressentait pas comme ça ? » Demanda doucement la régente. « Qu’est-ce que tu aurais fait ? »

Le visage tout entier de Gabrielle se tendit. « Je… je ne sais pas », finit-elle par bredouiller. « J’aurais été malheureuse, je présume. » Son regard scrutait le visage de la régente. « Eph… »

« Non… » La jeune femme leva une main puis la laissa retomber, une expression lasse sur le visage. « Ne commence pas avec moi… ce n’est pas la même chose. »

Une pause inconfortable. « Tu… ne l’aimes pas ? » La voix de la barde était très calme. « Je… je suis désolée… je pensais que… »

Ephiny reposa sa tête contre le mur et soupira. « Tu sais… Phantès me manque encore. »

Gabrielle resta silencieuse, surprise par le changement de sujet.

« Ça a été une telle surprise… de tomber amoureuse de lui… » Continua la régente, d’une voix distante. « Ça m’a toute retournée… je m’y étais perdue… je n’ai jamais pensé à ce que ça deviendrait… quels problèmes nous pourrions rencontrer… c’était tout simplement tellement merveilleux que je m’en fichais. » Une pause. « Le regarder mourir entre mes bras… ça m’a presque tuée… c’était comme si une part de moi partait avec lui… et tu devrais savoir de quoi je parle. » Son regard se tourna vers elle avec intensité.

La barde baissa la tête. « Je le sais », admit-elle.

« Je ne vais pas me soumettre à nouveau à ça, Gabrielle… c’est tout juste trop lourd. » Elle s’arrêta et regarda la jeune femme. « Tu es plus courageuse que tu ne le penses. »

Gabrielle pencha la tête et pianota sur le journal de ses doigts forts. « Alors… tu vas juste laisser les choses se dérouler normalement… et bien… ce n’est pas si mal. » Une nouvelle direction, un autre angle. Faire retraite et changer de sens, une autre leçon de la Princesse Guerrière. « Je comprends. »

Ephiny se redressa, visiblement surprise par la capitulation de la barde, mais soulagée. « C’est… nous passons de bons moments… nous nous aimons bien l’une l’autre… c’est agréable d’avoir quelqu’un à qui parler… oui. » Un sourire hésitant passa sur ses lèvres.

« Oui… et vous pouvez suivre votre chemin… sans vous inquiéter l’une de l’autre… avoir vos propres vies… ça se conçoit. »

La régente pencha la tête. « Oui… c’est juste confortable. »

« Oui oui… et tu es toute tendue et contractée là, à penser à filer dans la forêt pour quelle raison… exactement ? » Demanda Gabrielle, ses yeux brillant un peu, avec un sourire légèrement connaisseur sur les lèvres. « Je ne suis pas sûre d’avoir bien compris ce point… mais ça ressemble à quelque chose que je ferais, moi. »

La mâchoire d’Ephiny s’affaissa légèrement et elle fixa la barde, désarçonnée par sa question. « J’étais… ça… » Sa bouche remua quelques secondes sans émettre de paroles intelligibles. « Gabrielle, bon sang, ce n’est pas juste. »

La jeune femme produisit un sourire charmant. « Eph… si tu veux du réalisme, tu vas ennuyer mon autre moitié… » Elle mit son menton sur un poing. « Je suis une barde… et je crois au pouvoir de l’amour, et tu ne vas pas obtenir de moi ces conneries d’Amazones rudes, coriaces et stoïques, d’accord ? »

Ephiny fronça les sourcils.

« Je pense que tu l’aimes et je pense qu’elle t’aime, et je pense que plus longtemps vous deux essayez de l’ignorer, plus malheureuses vous serez. » Le regard de Gabrielle prenait maintenant une nuance chaleureuse. « Je suis bien placée pour savoir. »

La régente se leva et alla à grands pas vers la fenêtre, son corps tendu. « Je ne sais pas ce que tu veux de moi », murmura-t-elle.

Gabrielle la rejoignit et mit la main sur son dos. « C’est très simple… je veux te voir heureuse. » Elle sentit la peau tressaillir sous son toucher. « Ce n’est pas grand-chose, hein ? »

Leurs regards restèrent cloués pendant un long moment tandis que des sons en provenance de l’extérieur les baignaient. A la fin, Gabrielle sentit les muscles sous ses doigts se détendre tandis que le regard de la régente s’adoucissait. « Tu es une bonne amie, Gabrielle. »

La barde lui sourit. « Toi aussi. » Elle prit l’Amazone dans une étreinte et sentit le relâchement tandis qu’Ephiny s’abandonnait. Elle massa doucement le dos de la régente. « Allez… allons trouver Pony et que tout ça se mette en marche. »

Ephiny la relâcha puis rit d’un air ironique. « Et tu peux dire à ta trouillarde aux yeux bleus qu’elle peut revenir maintenant… la partie difficile est terminée. » Elle mit un bras autour de la taille mince de Gabrielle et la guida vers la porte.


Xena finit son tour avec une performance respectable, toutes ses flèches atteignant l’une ou l’autre des cibles. C’était la constance qui gênait les Amazones, se dit-elle. D’autres compétitrices avaient de meilleurs tirs, plus précis… l’une d’elles avait même touché le fichu porc dans l’œil, ce qui lui donnait un regard lascif de travers qui la fit presque rire en le regardant.

Mais elle avait touché soit le porc soit le seau ou le… Xena regarda la troisième cible à nouveau. Le poulet bleu à chaque fichue fois. Ça les rendait folles. Solari s’était mise près de la guerrière et la regardait attentivement tandis qu’elle tirait et relâchait, marmonnant pour elle-même à chaque fois. « T’sais… je pourrais développer un complexe », dit Xena ironiquement tandis qu’elle observait son dernier effort qui avait cloué le poulet droit dans la queue.

« J’essaie juste d’apprendre des trucs », protesta Solari en tordant ses longs cheveux noirs pour les écarter du chemin tandis qu’elle levait son arc. « Tu… ressens juste… les mouvements du vent ou quoi ? Parce que tu as compensé celui qui est arrivé juste après que tu as tiré la flèche. Comment tu fais ça ? »

Hm. Xena considéra la question, s’appuyant pensivement sur son arc. Finalement, elle haussa les épaules. « Je ne sais pas. » Elle regarda l’Amazone qui visait avec soin et tirait, emportant une oreille de la peluche. « Oups. »

Solari tressaillit. « Tu sais ce que j’aimerais que tu me montres vraiment… c’est comment tu attrapes ces fichus trucs. »

L’absence de bruit surprit Xena et elle tourna la tête de chaque côté, avec la chair de poule comme une alerte. Les Amazones se tenaient tout autour avec une nonchalance apparente, chaque oreille tournée vers elle. « Hum. » Le poulet, le seau et le cochon étaient oubliés.

Même l’arbitre s’avança à pas lents. « Oui… comment tu fais ça ? »

Ce serait, supposa-t-elle, de la bonne pratique vu qu’elle avait décidé de tenter de le montrer à Cait dans tous les cas alors… « Hum… ce n’est pas tellement… » Elle s’interrompit puis tendit l’arc à Solari. « C‘est plus facile de le montrer que d’en parler. »

Le cercle se forma autour d’elle si vite que ça la surprit et elle dut s’arrêter un instant pour décider comment procéder. « D’accord. » Elle recula, faisant signe à la femme derrière elle de s’écarter. « Ne restez pas derrière moi. »

Elles s’éparpillèrent.

Elle avait le dos tourné vers un arbre maintenant et elle s’assura que si des flèches passaient, elles ne cloueraient pas une pauvre Amazone qui passait. « C’est plus une question de… d’être capable de ressentir le monde autour de soi… l’air… le… » Elle leva les mains. « Vas-y… tire sur moi. »

Elles se regardèrent.

« Solari ? » Xena lança un regard ironique vers l’Amazone brune.

A contrecœur, la femme passa l’arc de Xena à une autre Amazone puis elle sortit une flèche du carquois et l’installa, prenant une inspiration profonde. « Xena, je veux juste dire une chose avant de faire ça. »

Un sourcil noir se haussa en questionnement.

« S’il te plaît… attrape cette fichue chose… je ne veux pas que la Reine me tombe dessus, d’accord ? »

La guerrière rit. « Détends-toi. » Elle hocha la tête. « Vas-y. »

L’Amazone tira son bras en arrière, pointant la flèche directement sur Xena et elle la relâcha, tressaillant et fermant les yeux ce faisant.

La main de Xena s’éleva et attrapa la flèche, l’arrêtant à quelques centimètres de sa poitrine, son bras bougeant si vite qu’il ne fut qu’un brouillard. « Comme ça. » Elle examina brièvement la flèche. « Ce que je fais c’est… je peux sentir la zone autour de moi… à une certaine distance. Quand quelque chose entre dans cette zone, mes réflexes réagissent. » Elle ferma les yeux. « Tire encore. » Curieusement, elle se surprit à apprécier la leçon, faisant un spectacle de quelque chose dont elle était fichument fière en secret. Il lui avait fallu… dieux… une éternité pour qu’elle maîtrise la technique… des heures et des heures à juste rester assise, amenant son agitation innée à un calme immense, pour qu’elle puisse sentir le monde autour d’elle.

Solari déglutit et échangea un regard avec ses compagnes, puis elle haussa les épaules et installa une autre flèche, leva son arc et visa la guerrière. Xena se tenait dans une posture très détendue, mais même de là, elles pouvaient voir les petites tensions dans ses bras et ses épaules tandis qu’elle attendait. « D’accord », cria Solari puis elle décocha la flèche, cette fois sans fermer les yeux pour voir.

Un autre mouvement flou puis la flèche se trouva dans l’autre main de la guerrière, devant son épaule gauche. Elle ouvrit les yeux et les regarda. « On la sent juste arriver. » Puis elle sourit par pur réflexe tandis que ses sens détectaient une présence familière derrière elle. « Ça marche aussi sur d’autres choses. »

Gabrielle émergea de derrière l’arbre et avança vers elle à pas lents. « Est-ce que vous manquez de cibles ou quoi ? » Elle les regarda avec curiosité. « Elle est plutôt grande pour ça, non ? »

Elle reçut en réponse une bordée de rires. « Je montrais juste le truc de la flèche », l’informa Xena, le regard de la guerrière passant au-dessus de la tête de sa compagne, repérant Ephiny, puis revenant avec un sourcil haussé d’interrogation.

Gabrielle souffla sur ses ongles puis elle les frotta sur son cuir. « Alors… prêtes à faire une pause ? » Elle jeta un coup d’œil à l’arbitre. « Qui a gagné ? »

La femme consulta sa liste. « Et bien… nous n’avions pas vraiment fini… » Elle gribouilla quelques commentaires puis leva la tête et regarda Xena.

La guerrière se frotta le nez. « Hum… oui… une pause, ça me paraît bien. » Elle eut un sourire tordu pour Solari et l’Amazone secoua la tête.

« Nan… nous savons quand nous sommes battues », répondit-elle joyeusement. « Je vais te dire une chose… tu peux te racheter demain avec une autre leçon de ce truc. » Elle regarda autour d’elle et reçut des signes d’assentiment. « D’accord ? »

La guerrière hésita puis leva une main pour capituler. « D’accord. » Elle les regarda s’amasser et tourna son attention vers son âme sœur. « Quoi de neuf ? »

Gabrielle regarda alentour. « Nous allons chercher Pony. » Elle leva son regard vert et croisa celui de Xena. « Peut-être que tu peux te mesurer à elle dans une démonstration à l’épée… hmm ? »

Xena l’observa, évaluant son choix de mots. Puis elle pinça les lèvres. « Je pense que je peux faire ça. » Une démonstration, pas une compétition… et elle pourrait redorer le blason de l’Amazone irascible ce faisant… oui. « Je vais voir si Cait est dans les parages… je sais qu’elle allait un peu explorer. »

La barde haussa les sourcils lorsqu’elle saisit ce que disait sa compagne. « Oh… bien… d’accord… je reviens tout de suite. » Elle eut un sourire pour Ephiny. « Ne pars pas. »

Ephiny la regarda s’éloigner puis tourna son attention vers la grande silhouette silencieuse près d’elle. « Alors », dit-elle avec un sourire ironique. « Quel temps fait-il là-haut ? »


« Chhhut », siffla Cait, en serrant fermement le museau d’Arès tandis qu’elle était presque allongée sur lui. Ils étaient blottis sous un épais sous-bois tandis que des bottes poussiéreuses s’agglutinaient autour d’eux. « Ecoute… il faut juste que tu restes tranquille… ils sont trop nombreux. »

Elle s’était glissée dans la clairière alors que le combat commençait et elle s’était presque jetée dans la bagarre quand elle vit le mur de renforts qui sortaient des arbres. Elle avait attrapé Arès qui bondissait près d’elle, la mâchoire ouverte et elle l’avait tiré sous le buisson. Son désir de mordre à cet instant ne ferait que lui risquer un coup de couteau et si elle pouvait en battre quelques-uns, ça n’aiderait pas Eponine.

Arella ! Sa poitrine brûlait de colère. « Je savais que j’aurais dû lui crever un œil quand j’en ai eu l’occasion, Arès… je le savais. »

« Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr. » Arès se débattit, ses yeux rougis de fureur tandis qu’ils regardaient les hommes traîner Eponine. Ses pattes étaient enfoncées dans le sol tandis qu’il essayait de se libérer de la jeune fille.

« Arrête ça ! » Cait s’accrochait en grimaçant tandis qu’elle regardait Arella faire faire un cercle à ses troupes puis les suivre hors de la clairière, sa grande silhouette chaloupée disparaissant en dernier dans les branches brisées. « Il faut qu’on retourne prévenir tout le monde… tu comprends Arès ? »

« Grrrrrrrrrrrrr. » Protesta le loup.

Ils attendirent que les bruits disparaissent puis elle relâcha Arès avec précautions et se tortilla pour sortir du buisson, en jetant rapidement des coups d’œil alentour pour s’assurer qu’ils étaient seuls.

Elle n’entendit pas la flèche arriver alors que le vent soufflait loin d’elle. Elle sentit seulement l’impact énorme sur sa poitrine puis la douleur qui explosa dans tout son corps. Sans un bruit, elle tomba en avant, roulée dans une boule sans défense tandis qu’elle entendait un rire moqueur flotter vers elle.

Elle réussit à attraper la patte d’Arès et le loup lui lécha anxieusement le visage. « Trouve… Xena. » Sa voix lui paraissait étrange et lointaine, tandis que le monde commençait à s’obscurcir autour d’elle. C’était un sentiment curieux, comme si le soleil se couchait très vite et la dernière chose qu’elle entendit fut, sur les feuilles, le tapotement rapide de pattes  qui s’éloignaient.


A suivre partie 5