REPRESSION (RETRIBUTION)

Ecrit par Susanne M. Beck (Sword'n'Quill)

 

Chapitre 5 – 1ère partie

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Thanksgiving s'en vint et repartit et, pour ma première fois dans un rôle d'hôtesse, je considérai que ça se passa plutôt bien, si j'ose le dire moi-même. Ruby et Pop nous avaient rejointes à table et avec l'aide patiente d'Ice, le dîner se passa sans anicroche, la dinde fraîchement tuée d'une jolie couleur de cuisson brune, succulente et pour autant que je m'en souvienne, aussi bonne que quand ma mère la cuisinait.

Le diner et le dessert terminés, la conversation finie pour de bon et nos invités bien rentrés chez eux, nous passâmes le reste de notre soirée à nous remercier d'une manière plus intime et plus agréable.

Ce qui fut, je crois, le meilleur moment de la journée.

Noël approchait rapidement et après plusieurs semaines pleines de tension, Pop finit par remplir sa promesse et mon cadeau fut rangé en sécurité en bas de mon placard, un endroit où Ice ne regardait jamais, son propre besoin d'intimité lui interdisant de même penser à aller fouiller dans la mienne, si ça pouvait même me poser un problème, ce qui bien entendu, n'était pas le cas.

Un soir, une semaine environ avant Noël, j'étais assise, seule, en train de lire un livre et d'attendre le pas d'Ice dehors. Elle était partie depuis l'aube pour aider les frères Drew à réparer des tuyaux gelés qui avaient explosé à cause de l'hiver. Elle m'avait appelée une fois pour me dire qu'elle serait en retard et de ne pas l'attendre pour dîner, ce que j'avais fait en mangeant seule avant de garder sa part au chaud dans le four.

Je souris en entendant le crissement des pneus du camion sur l'allée couverte de sel et de cendres. Je me levai et jetai une nouvelle bûche dans le feu, faisant remonter la chaleur pour qu'Ice puisse se réchauffer après avoir travaillé toute la journée dans le froid. Puis j'allumai quelques bougies pour créer l'ambiance et attendis patiemment qu'elle entre dans la maison, jouant avec les décorations de Noël que j'avais installées l'après-midi pour passer le temps en attendant qu'elle rentre.

Un coup à la porte chassa les pensées agréables de mon esprit et fit accélérer les battements de mon cœur. Personne ne rendait une visite aussi tard. La seule raison pour que quelqu'un frappe était de venir annoncer une mauvaise nouvelle.

Arrête de penser des idioties, Angel. Ice a probablement égaré sa clé ou un truc comme ça. Mais cette pensée en elle-même était idiote. Ice n'égarait jamais rien.

Ok, alors peut-être qu'elle a les mains pleines et qu'elle a besoin qu'on lui ouvre la porte.

Ouais, c'est ça. Depuis quand est-ce que ce genre de choses est arrivé ?

Ça pourrait.

Quand il gèlera en Enfer.

Ferme-la ! Mais ferme-la donc.

Je me mordis l'intérieur de la lèvre et sursautai au nouveau coup à la porte, plus pressant cette fois. Je sentis ma respiration accélérer et traversai le séjour pour aller ouvrir la porte qui menait au porche arrière, ne voyant rien à travers les vitres givrées.

D'une main tremblante je tentai d'ouvrir la porte mais la poignée refusa obstinément de tourner. Une fois que je réalisai que c'était verrouillé, je fis rapidement sauter le bouton de verrouillage et tentai à nouveau. Elle tourna facilement dans ma main et j'ouvris lentement la porte, résistant au désir de fermer les yeux devant ce qui m'attendait.

Et ce qui m'attendait était une chose à laquelle je n'aurais jamais cru si je ne m'était pas trouvée devant elle à la fixer.

Le sang quitta rapidement mon cerveau, me laissant sans souffle et étourdie tandis que je regardais une personne qui ne pouvait pas être là. Ne le pouvait pas. Et pourtant elle s'y trouvait.

Corinne, le visage plissé dans un sourire à couper le souffle, se tenait sur le seuil et attendait qu'on lui dise d'entrer.

« Oh. Seigneur. »

Son sourire s'agrandit. « Pas tout à fait. Est-ce que moi ça ira à la rigueur ? »

Ses traits perdirent de la consistance dans le film de mes larmes et je tendis les mains en aveugle vers elle, l'engouffrant dans une étreinte aussi puissante que celles que je réservais à Ice, oubliant un instant son âge avancé et sa santé fragile.

« Corinne ! » Sanglotai-je dans son oreille, absorbant son odeur dans un grand hoquet. « Où ... ? Comment... ?

Après m'avoir serrée à son tour aussi fort, Corinne se recula, ses yeux brillant de manière suspecte derrière ses verres de lunettes. « Imagines-tu ? Je me trouvais là à m'occuper de mes affaires quand sortie de nulle part, arrive ce grand bout de femme superbe qui me kidnappe, me jette dans un putain de camion où on ne mettrait ni homme ni bête et fonce à toute allure sur des kilomètres et des kilomètres de routes perdues et moi qui m'accroche comme à la vie. Et le temps de réaliser, me voilà. »

Ses yeux brillaient joyeusement quand elle se pencha à nouveau pour me murmurer à l'oreille. « Je pense que je suis supposée être ton cadeau de Noël. Si j'étais toi je demanderais un remboursement. »

Elle se recula à nouveau et se mit sur le côté, m'offrant une vue sur Ice qui se tenait près de la camionnette, les mains au fond de ses poches, une expression semi-embarrassée sur le visage.

Je faillis renverser Corinne dans la neige en courant pour aller sauter dans les bras d'Ice, bras qui me rattrapèrent et me soutinrent facilement tandis que je couvrais son visage de baisers reconnaissants. « Merci », murmurai-je, trop remuée pour dire quoi que ce soit d'autre.

« A ton service, ma douce Angel », murmura-t-elle dans mes cheveux. « Joyeux Noël. »

Je riais et pleurais, et je la serrais si fort que je pense que si ça avait été quelqu'un d'autre, j'aurais pu lui casser une côte ou deux.

Un bruit prudent de raclement de gorge me ramena à la réalité et je tournai la tête pour voir Corinne nous sourire d'un air narquois. « Pour autant que cette réunion soit touchante, mes chères, je ne pense pas que mon avenir inclut de devenir une sculpture de glace plutôt décrépite. Alors si ça ne vous ennuie pas trop... »

Je rougis d'embarras et relâchai ma prise sur Ice qui fit de même, me déposant doucement sur le sol. « Seigneur, je suis tellement désolée, Corinne ! Allez. Je vais te montrer la maison. Tu as des bagages ? »

« T'inquiète », dit-elle d'un ton dégagé en faisant un geste de la main derrière elle. « Le charmant valet va s'en occuper. »

Je ris tandis qu'un grognement sourd émanait de la poitrine dudit valet et j'attrapai la main de Corinne pour l'emmener dans la maison. Je m'arrêtai. « Attends une minute. Tu n'es pas supposée être dans un fauteuil roulant ? »

Ses yeux s'agrandirent dans une image de parfaite innocence. « Ce vieux machin ? » Puis elle sourit. D'un air diabolique. « Le docteur a dit que j'allais beaucoup mieux. Ça doit être tout ce bon air que j'ai respiré. »

Je la regardai. « Corinne. Ne me dis pas que... »

« Que quoi ? » Cette femme ne se repentait absolument pas.

« Tu sais très bien de quoi je parle. Tu n'as pas fait semblant d'être invalide juste pour sortir de prison, n'est-ce pas ? »

« Et si c'était le cas ? » Elle avait une véritable expression de défi sur le visage.

Elle marquait un point. Quand même... « Tu l'as fait ? »

Après un instant elle fit marche arrière. « Non. Malheureusement, mon invalidité, comme tu l'appelles si poliment, est réelle. J'ai eu une série de petites attaques qui m'ont effectivement amenée à être confinée dans un fauteuil roulant pendant un bon petit moment. Mais tu sais combien la presse aime exagérer les choses, Angel. 'Confinée' est un mot trop fort. Je l'utilise parfois si je dois parcourir une grande distance à pied ou si je suis debout trop longtemps, mais autrement, il est dans un coin à prendre la poussière. »

« Tu l'as apporté avec toi ? »

« Bien sûr. Je ne quitte pas la maison sans lui. »

Un autre raclement de gorge m'interrompit et quand je regardai par-dessus mon épaule cette fois, je vis Ice qui portait ledit fauteuil, ainsi que plusieurs sacs énormes et indubitablement lourds et elle avait plus l'air d'une mule que de ma compagne, attendant avec peu de patience que nous sortions du chemin.

Je ris et ressortis pour libérer Ice d'une partie de son fardeau, et je grognai en passant quelques sacs par-dessus mon épaule lorsque je faillis basculer dans la neige sous leur poids. « Doux Seigneur, Corinne ! Qu'est-ce que tu as mis là-dedans ? Des rochers ? »

Elle me cloua de son regard foudroyant breveté. « Vous frappez pas, m'dame. Une femme doit bien avoir quelques secrets, après tout. »

Je ris et secouai la tête puis entrai dans la maison en titubant, mon dos grognant sous le poids des sacs de Corinne. Ice me suivit pour sortir enfin du froid et nous allâmes ensemble dans la chambre d'amis pour déposer les bagages sur le lit et étirer nos muscles endoloris. Corinne nous rejoignit là-bas et jeta un coup d'œil à la chambre d'un air appréciateur. « Pas mal, mesdames. Pas mal du tout. On pourrait bien s'habituer à un endroit comme ça. »

Je souris joyeusement, contente de la marque d'approbation. « Et bien, elle est à toi pour aussi longtemps que tu le souhaites. » Puis je m'interrompis tandis qu'une pensée me traversait et je me grattai la nuque. « En parlant de ça, combien de temps vas-tu rester avec nous en fait ? »

Corinne me regarda, puis Ice, puis revint vers moi. Elle fronça un peu les sourcils. « Hum... peut-être que toi et ta compagne aimeriez avoir une petite conversation. Je vais rester ici et... me rafraîchir un peu. »

Je regardai vers Ice qui fit un petit signe de tête et me montra la sortie d'un rapide geste du bras. Après un instant, je quittai la pièce suivie par Ice qui referma doucement la porte derrière elle.

Je me tournai vers elle, les mains sur les hanches. « Ok. Qu'est-ce qui se passe. » Bien que je suis sûre que je donnais l'impression d'être en colère, je ne l'étais pas vraiment. J'adoucis le ton de ma voix. « Quelque chose ne va pas ? »

« Non. Tout va bien. » Elle écarta les mains. « C'est juste que l'invitation est plutôt ouverte. »

Je pus sentir mes yeux se plisser. « Qu'est-ce que ça veut dire exactement ? » Pour une femme qui avait donné au mot 'franc' un sens quasiment artistique, elle pouvait être particulièrement ambiguë quand elle le voulait.

Elle plissa les yeux en retour. « Ça veut dire exactement ce que je viens de dire, Angel. Pour ce qui me concerne, elle est la bienvenue ici aussi longtemps qu'elle le souhaite. Je n'ai pas mis de limite particulière à son séjour. »

Je hochai lentement la tête et croisai les bras sur ma poitrine. « Quelque chose me dit que ça pourrait se transformer en bien plus qu'une simple visite. »

Elle sourit. « Seulement si c'est ce que nous voulons toutes les trois, Angel. Je ne parle que pour moi pour l'instant. Tu t'inquiétais de savoir ce qu'elle deviendrait après la prison. En vérité, moi aussi, bien que je connaisse Donita et que je sache qu'elle prendrait le plus grand soin de Corinne. » Elle se détourna et alla s'asseoir dans l'un des fauteuils de la bibliothèque, les mains serrées entre ses genoux. Quand elle leva les yeux vers moi, son visage était plus sincère que je l'ai jamais vu. « Ta vie n'est pas la seule que Corinne a sauvée, Angel. Et je pense que peut-être je veux aussi lui rendre quelque chose. »

Elle courba la tête et je ne pus m'empêcher d'aller vers le fauteuil et de me poser avec précaution sur un des accoudoirs, avant de passer un bras autour de ses épaules et de la serrer contre moi. Il me paraissait évident que quelque chose d'autre que la conversation actuelle la taraudait. « Tu veux en parler ? »

Après un moment, elle releva la tête et me fit un sourire en coin. « Peut-être plus tard. »

Ce qui, bien entendu, signifiait que le sujet était aussi clos que possible. Pour l'instant.

Je souris pour soulager l'atmosphère. « Très bien. Tu sais où j'habite. »

Elle me poussa de la tête d'un air joueur. « Ça oui je le sais. »

« Alors, à qui on donne la pièce pour l'avoir fait attendre si longtemps dans cette chambre à coucher ? »

Ice ricana. « Attendre, mon œil. Elle a entendu chacun des mots prononcés ici. »

La porte s'ouvrit et la tête bien coiffée de Corinne passa dans l'encadrement, son sourire large et connaisseur. « Est-ce qu'il y avait le moindre doute ? »

Je ris et sautai à bas de l'accoudoir du fauteuil d'Ice pour aller escorter notre invitée vers le canapé. « Tu es incorrigible, Corinne. »

« Mmm. C'est ce que m'ont dit un ou deux de mes amants autrefois, oui. »

Bon sang ! Elle recommençait ! Même après une si longue séparation, cette fichue bonne femme avait encore le pouvoir de me faire rougir plus fort que n'importe qui, à part Ice. Un changement de sujet était assurément à l'ordre du jour. « Tu veux du thé ? Manger ? Quelque chose d'autre ? »

« Rien à manger, merci. Ms Grande, Sombre et Muette ici présente a réussi à déterrer ses bonnes manières de la tombe dans laquelle elle les avait enfouies et m'a dégotté un truc sur le pouce en route. Bien que je pense que je récupère encore des bouts de ce qui me reste de mes vraies dents. »

Je regardai vers Ice qui leva simplement les yeux au ciel et se remit à lire ce qu'elle avait commencé la veille au soir, quelque chose d'Eliot, je crois, bien qu'elle lisait si vite qu'il était difficile d'être sûre d'une heure à l'autre.

« Un peu de thé alors ? » Demandai-je à Corinne.

« Ce serait bien aimable. »

« J'y vais », dit Ice en se mettant debout tout en posant le livre sur l'une des tables. « Vous deux... vous n'avez qu'à rattraper le temps perdu. »

Je mis la main sur son bras quand elle passa près de moi et je l'arrêtai. « Ton repas est dans le four si tu as toujours faim. »

Elle sourit et m'embrassa sur le haut du crâne. « Génial. Je reviens tout de suite. »

Et sur ces mots, elle partit, nous laissant fixer le vide à sa place.

« Tu as fait beaucoup de bien à cette femme, Angel », fit remarquer Corinne doucement.

« C'est la liberté qui lui a fait ça, Corinne. Je l'ai juste un petit peu aidée, c'est tout. »

Elle me sourit avec une affection infinie et tira sur ma main pour me faire asseoir près d'elle sur le lit, avant de m'engouffrer dans une étreinte merveilleuse. « Tu dis n'importe quoi, ma chérie. Tu as soigné une âme malade et mourante. Tu l'as rendue forte et pleine de vie à nouveau. Personne d'autre que toi ne peut en retirer le mérite, Angel. Cette femme là-bas est comme elle est aujourd'hui grâce à toi. Ne te sous-estime jamais là-dessus. Ça ne te va pas bien. »

Parfois des prières que vous ne pensiez même pas avoir faites reçoivent une réponse avec une telle simplicité que votre cœur gonfle dans votre poitrine et vous remplit d'une chaleur que même la plus ensoleillée des journées de printemps ne le pourra jamais.

Pour moi, ce fut une des ces fois-là. Je me laissai aller dans le réconfort d'une étreinte qui m'avait manqué bien plus que je ne l'aurais jamais admis, même à moi-même, laissant son amour et sa gentillesse m'envelopper, calmant une insécurité que je n'avais jamais réalisé avoir.

Puis je me redressai, essuyai mes larmes du dos de la main et fis un sourire humide à Corinne. « Alors », commençai-je après m'être éclairci la voix, « dis-moi comment tu es vraiment arrivée ici. »

Elle rit et posa la tête sur le dossier du canapé tout en me prenant la main pour la poser sur ses cuisses et la tenir serrée entre les siennes. « Ça, ma chère Angel, c'est toute l'histoire. » Derrière les verres épais de ses lunettes, son regard se fit pensif. « Le Bog a beaucoup changé après votre départ, Angel. Le directeur qui a remplacé cet idiot de Morrison a été obligé de démissionner après un scandale et le suivant a été choisi par le gouverneur lui-même, tout près des élections et tout et tout. »

Elle rit mais d'un ton amer. « C'est un homme bien s'agissant d'un directeur, je suppose. Qu'est-ce que c'est qu'on dit déjà ? 'Sévère mais juste'. Mais il a viré une grande partie des gardiens. Il a dit que leur attitude n'allait pas de pair avec le 'bien-être des prisonnières', ou ce genre de bêtises. » Elle remua la main. « Je me suis pas embêtée avec le reste de son jargon de réformiste après ça. »

« Et Sandra ? » Demandai-je d'une voix hésitante. La chef des gardiens avait été une personne très spéciale dans ma vie pendant ces longues et froides années parfois amères en prison.

« Il a montré un peu de cervelle en la gardant. Elle a au moins le respect des prisonnières et il ne peut pas se permettre de couper ce lien avec les animaux en cage. » Elle bougea légèrement sur le canapé et ajusta les lunettes sur son nez. « Tous les changements n'étaient pas visibles. Je suppose qu'on peut dire que le Bog a perdu son âme. »

Elle se tourna alors vers moi avec un sourire triste mais aimant. « Une qu'il n'avait jamais su qu'il possédait. »

Je fus tentée de lancer un commentaire désinvolte mais sa remarque précédente sur le fait de me sous-estimer me fit tenir ma langue, bien que je n'avais jamais ressenti de quelque façon que j'apportais quelque âme que ce fut à cet endroit.

Elle sourit un peu et continua. « Il me semblait avoir perdu mon propre esprit quelque part en route. Quand je commençai à me sentir mal la première fois, je mis ça sur le compte d'une bonne dose de dépression de prisonnière et je laissai passer. » Elle haussa les épaules. « Ça me semblait pas utile de faire autrement. »

Je pouvais sentir les larmes, brûlantes et humides, couler sur mon visage, brouillant ma vue tandis qu'elle récitait son histoire avec tout le calme dépassionné d'une femme qui lit un article de presse à peine intéressant.

« Ne pleure pas, Angel », dit-elle en utilisant le même ton qu'Ice quand elle faisait la même requête. « L'histoire a une fin heureuse, après tout. »

« Je sais », dis-je en reniflant – quelque chose que je détestais, en fait. « J'aurais juste souhaité être là-bas avec toi. Pour toi. »

« Je suis aussi contente que tu ne l'aies pas été », répliqua-t-elle en serrant mon bras d'une main forte. « Je n'aurais jamais voulu que tu me voies comme ça, Angel. Jamais. »

« Mais... »

« Non. Ne te blâme pas. Ces crises seraient arrivées que tu soies là ou pas. »

« Mais peut-être que... »

« Arrête. » Elle posa doucement le doigt sur mes lèvres, arrêtant mes mots, le regard sévère. « Plus jamais. »

Après un instant, je hochai la tête et elle retira son doigt. « Bien. Bon, où j'en étais ? » Puis elle sourit. « Ahh. Enfin. Je pensais que tu étais allée en Chine chercher les feuilles toi-même. »

Un peu surprise, je levai les yeux pour voir Ice qui se tenait près de moi, une tasse de thé dans chaque main et une expression inquiète sur le visage. Je me mis debout, lui prit les tasses des mains pour les poser sur la table et je l'étreignis pour dissiper les craintes que son expression me révélait. Je fus d'abord entourée par des bras hésitants puis quand je me contentai de la serrer plus fort, leur prise se resserra et je souris, mes dernières larmes séchées sur le tissu de sa chemise. « Je vais bien. »

Elle se recula et me fixa avec attention. « Tu es sûre ? »

Je souris un peu plus et hochai la tête. « Oui. J'ai juste eu un coup de blues mais ça va maintenant. »

Après nous avoir regardées toutes les deux un très long moment, Ice finit par me relâcher complètement et alla vers la bibliothèque, pour s'asseoir et reprendre son livre.

Je repris ma place sur le canapé et attrapai ma tasse, puis tendit la sienne à Corinne et nous sirotâmes notre thé en silence, écoutant les craquements du feu.

Après quelques instants de silence, Corinne reprit son histoire. « Un matin, je me suis réveillée pour découvrir que je ne pouvais plus bouger mon côté gauche. J'ai essayé d'appeler à l'aide mais je ne pouvais pas parler non plus. » Puis elle se mit à rire. « Je suppose que c'est une des premières fois de ma vie où je me suis retrouvée contente d'être en prison. Comme j'avais raté l'appel, les gardiens sont venus me chercher et tout ce dont je me souviens, c'est qu'on m'a mise dans une belle ambulance direction l'hôpital. »

Elle prit une autre gorgée de thé puis continua. « Les docteurs ne pouvaient pas grand chose pour moi. Apparemment, j'avais eu une succession rapide d'attaques les jours précédents, la dernière étant la plus forte. Ils m'ont donné des médicaments qui devaient m'aider, selon eux, et ils se sont arrangés pour me faire transférer dans un hôpital de rééducation pour réapprendre à marcher, parler et m'occuper de moi toute seule. »

Son visage se figea. « Le directeur l'a refusé. Il a exigé qu'ils me relâchent et me renvoient en prison sans thérapie. Il faut reconnaître que les docteurs se sont bien battus mais à la fin, le directeur a gagné. Ils m'ont mise dans un fauteuil roulant et m'ont renvoyée au Bog. »

« Seigneur », dis-je dans un souffle, furieuse de l'insensibilité du directeur. « Je pensais t'avoir entendu dire qu'il était juste ! »

« Il est juste, Angel. Je suis une meurtrière, souviens-toi.

La Veuve Noire.

Il ne voulait pas que les contribuables se révoltent à l'idée de payer ma rééducation. » Elle haussa les épaules. « C'est comme ça que ça marche. »

Je me redressai sur le canapé, furieuse. « Ça ne devrait pas, bon sang ! Tout le monde a le droit d'être traité comme un être humain ! »

Corinne rejeta la tête en arrière et se mit à rire. « Et voilà le feu que j'attendais depuis si longtemps ! »

« Ça n'est pas drôle, Corinne », répliquai-je avec indignation.

« Bien sûr que si, Angel ! C'est merveilleux ! Tu sais combien de temps j'ai dû attendre pour entendre tes accents brûlants d'indignation vertueuse ? Je te le jure, c'est ça qui m'a aidée à traverser tout ça. »

Toujours fâchée, je croisai les bras et me détournai quand elle tendit la main pour me pincer la joue, une chose qu'elle savait bien que je détestais avec force, et bien entendu, elle le faisait à chaque occasion.

Mais je ne savais pas rester fâchée longtemps avec elle, et avec un dernier froncement de sourcils, je me détendis à nouveau sur le canapé, attrapai ma tasse et vidai le reste de mon thé en attendant qu'elle continue, résolue à ne pas lui donner plus de prise en perdant à nouveau mon sang-froid.

« Quoi qu'il en soit », dit-elle plus calmement, « je me suis retrouvée au Bog et dans un état pire. Je ne peux que remercier la déesse de m'avoir faite droitière et d'avoir pu faire quelques petits trucs quand même, sinon j'aurais pensé à trouver un moyen de me tuer juste pour mettre fin à cette indignité. » Elle sourit pour ôter la pointe de ses mots. « Critter m'a aussi beaucoup aidée, et aussi Pony et Sonny et quelques autres. Elles ont passé de longues heures à essayer de m'encourager, à leur façon très spéciale, à suivre le programme d'exercices que les docteurs avaient réussi à glisser dans mon sac quand j'ai quitté l'hôpital, mais j'ai bien peur d'avoir été plutôt dure avec elles. Comme je l'ai déjà dit, ça ne semblait pas avoir beaucoup de sens. »

« Et qu'est-ce qui s'est passé ? » Demandai-je en regardant la femme aussi loin d'être une invalide que je pouvais l'imaginer.

Elle sourit. « Ah, enfin une question facile. Un jour, alors que j'étais dans la bibliothèque à me morfondre, Pony est arrivée et sans un mot de plus que 'comment ça va', elle m'a fait rouler rapidement vers la salle commune, un des rares endroits à échapper à la furie de redécoration du directeur. Elle m'a garée devant la télévision et elle a monté le volume à fond comme si en plus d'être paralysée, j'étais devenue sourde. »

« Et alors ? » Demandai quand elle s'interrompit. Je regardai vers Ice qui, bien qu'elle semblait immergée dans sa lecture, écoutait autant que je le faisais, ça je pouvais le dire.

« C'était les infos locales et une journaliste se tenait devant la maison du gouverneur. Derrière elle, il y avait tous ces gens qui criaient et qui agitaient des pancartes. La plupart des pancartes disaient 'Libérez Corinne', ou bien 'Les prisonniers sont des humains aussi', et d'autres slogans de ce genre. J'étais plutôt sidérée comme tu t'en doutes. »

Je me contentai de hocher la tête et de garder pour moi le fait que si j'avais été à sa place, j'aurais probablement été bien plus que 'sidérée' de voir les gens protester pour moi quelles qu'en soient les raisons.

« Quand la journaliste est revenue à l'écran », continua Corinne, « j'ai vu un visage très familier à côté d'elle. »

« Qui ? »

« Une certaine avocate que nous connaissons et aimons toutes. »

« Donita ? » J'étais choquée et pourtant je ne l'étais pas. Quelque part au fond de moi, je savais que Donita avait un rôle important à jouer.

« Celle-là même. »

« Je ne savais pas qu'elle était ton avocate. »

« Moi non plus. » Elle dit ces mots avec un regard significatif dans la direction d'Ice qui prudemment je pense, choisit de garder le nez dans son livre.

Quand elle vit que ma compagne n'allait pas mordre à l'hameçon, elle retourna son attention vers moi. « Elle jouait très bien le rôle de la vertueuse, debout sur sa caisse à savon, expliquant ma condition de santé dans les termes les plus lugubres possibles, décrivant comment on m'avait dénié, dans ses propres termes, les soins les plus basiques ; comment j'étais paralysée dans mon fauteuil roulant, incapable de subvenir au plus basique de mes besoins, à la merci de gardiens et de prisonnières indifférents. Elle était si bonne que même moi, je ressentais un peu de sympathie pour cette femme derrière les barreaux ; une femme qui me ressemblait si peu. »

Elle s'étira un peu puis se réinstalla contre le dossier avant de finir les dernières gouttes de son thé et de poser sa tasse sur la table. Je restai silencieuse, envoûtée par son histoire. « Elle a aussi mis en avant des points plus frappants, moins émotionnels. Comme le fait que j'étais la plus vieille prisonnière de la nation. Que j'avais déjà purgé pratiquement deux fois la peine de prison que le délinquant mâle moyen, avec une sentence équivalente ou même plus longue, avait purgée avant d'être relâché. Comment, avec mon handicap actuel, je serais incapable de m'exprimer moi-même quand le moment de mon prochain procès pour liberté conditionnelle se tiendrait. » Corinne sourit avec affection. « Elle a si bien avancé ses arguments que je pense que si une pétition pour ma libération immédiate avait été présentée, même la journaliste aurait lâché son micro pour la signer. »

« Je n'en doute pas une seconde. Donita est très... passionnée... quand il s'agit de son travail. »

« Et pour d'autres choses aussi, si ma mémoire est bonne », lança Corinne en regardant à nouveau vers Ice.

Cette fois, les œuvres complètes d'Eliot se baissèrent et les yeux bleus brillèrent avec une expression qui aurait fondu du métal. Je pense que même mes entrailles ont ressenti l'attaque.

Mais ça n'arrêta pas Corinne qui se contenta de regarder par-dessus ses lunettes, les lèvres recourbées dans un sourire démoniaque. Bien que la chaleur de la pièce sembla monter de quelques degrés, je frissonnai comme une poule qui aurait décidé de faire un strip-tease sur ma tombe.

« Est-ce qu'on peut revenir à l'histoire, s'il vous plait ? » Je finis par m'interposer pour arrêter la lutte des égos qui se transformait rapidement en vraie guerre, sans même qu'aucun mot ne soit prononcé.

« Bien », finit par répondre Corinne en se tournant vers moi, les mains correctement croisées sur ses cuisses.

Je poussai un soupir de soulagement silencieux.

« Quand le point fut terminé et qu'on passa à des nouvelles de plus grande importance, la télévision fut éteinte et je me retrouvai ramenée dans la bibliothèque par trois Amazones passionnées. Une fois là, je fus bloquée sur place et on me fit comprendre en termes précis que si tellement d'étrangers étaient prêts à lutter pour moi, je ferais aussi bien de commencer à lutter moi aussi. Ou bien. La partie 'ou' de l'équation n'a bien entendu pas été prononcée à voix haute, mais j'étais encline à penser que les conséquences de mon refus seraient redoutables. »

« Et tu leur a dit d'aller se faire voir. »

Elle sourit à nouveau. « Peut-être pas aussi clairement mais pour l'essentiel, oui. Je leur ai même donné des indications sur la route si elles pensaient suivre ma suggestion. »

Je secouai la tête et ne pus m'empêcher de rire. Les attaques avaient peut-être affaibli le corps de Corinne, mais il était plus qu'évident que son esprit, autant que ses facultés, étaient toujours intacts. « Visiblement, tu as dû les écouter à un moment ou un autre », fis-je observer en regardant son corps apparemment indemne.

Elle haussa les épaules. « Il n'y a pire imbécile qu'un vieil imbécile, mais à la fin je finis par revenir à la raison. »

T.S. Eliot ricana. Ou du moins son livre.

« Ça va bien comme ça, mademoiselle », dit Corinne dans la direction générale d'Ice avec le nez levé à un angle royal. « Ne crois pas que ta compagne sache tant de choses sur toi qu'elle ne serait pas surprise par quelques histoires sordides que j'ai gardées en magasin. »

Ice lança son regard le plus comique à Corinne et referma son livre, le plaça sur l'étagère et se leva, s'étirant lentement pour éliminer les contractures causées par une journée de dur labeur. Je sentis ma bouche s'assécher à cette vue comme elle le faisait chaque fois, même après tant d'années ensemble.

Elle vint vers nous et déposa un baiser sur mon front et un sur la joue tendue de Corinne puis se passa ses longs doigts dans les cheveux et les secoua avant de nous souhaiter une bonne nuit.

Après que son long corps élancé eut disparu dans l'escalier, Corinne et moi nous laissâmes passer des soupirs jumeaux comme une paire d'écolières qui viennent de voir passer le quarterback du lycée sur le campus.

Je me tournai pour la regarder tout en déglutissant pour éliminer la sécheresse dans ma gorge. « Du thé ? » Coassai-je.

« Du thé », me répondit-elle.

*******

Nous parlâmes bien avant dans la nuit. Corinne continua son histoire, en la reprenant au moment où elle quittait le Bog pour la première fois en quarante-cinq ans.

« J'étais plutôt submergée d'émotion. Tu te souviens que j'avais été incarcérée peu de temps après la guerre. Les choses étaient bien différentes alors. Plus simples. Plus petites. Quand j'ai quitté la prison, je n'ai pas eu seulement l'impression d'entrer dans un nouveau pays. J'ai eu l'impression d'entrer dans un nouveau monde. Pendant une minute, une petite minute, j'ai eu envie de tout oublier et de retourner dans un endroit que je connaissais. »

Je hochai la tête par empathie, sachant exactement par quoi elle était passée, ayant eu la même réaction moi-même, bien que pas sur une si grande échelle, pour dire les choses. Si le monde extérieur avait autant changé en cinq années, combien l'avait-il fait en neuf fois cette période ?

Elle continua alors à expliquer où elle était allée une fois sortie de prison. Donita avait proposé de l'héberger. Sa compagne, une chanteuse un peu renommée, était en tournée et la maison était plus qu'assez grande pour les accueillir toutes les deux aussi longtemps que Corinne aurait besoin de rester.

« J'ai accepté son offre. Mais je lui ai bien fait comprendre que l'arrangement était loin d'être permanent. Mais comme logement temporaire, en tous cas, c'était très bien. Je pouvais marcher à ce moment-là et les lieux étaient plutôt étendus, et retirés, alors je me suis refait des forces en faisant de longues marches solitaires, m'émerveillant toujours et encore de la liberté de faire ce que je souhaitais, quand je le souhaitais. »

Je hochai la tête de compassion à ces mots, me souvenant parfaitement de mes premiers jours d'incursion dans un monde sans barreaux, sans barrières, un monde dont les seules limites étaient celles que j'y mettais moi-même.

« Puis un soir, peu de temps après ma libération, un jeune homme tout à fait délicieux est apparu sans prévenir sur le perron. » Elle sourit et se toucha les cheveux. « Et moi, pas maquillée. »

Je ris et lui frappai doucement le bras, puis je bougeai pour prendre une position plus confortable sur le canapé, plusieurs parties de mon anatomie commençant à émettre leur mécontentement à rester sans bouger pendant une si longue durée.

Comme si elle saisissait un signal que je n'avais pas conscience de projeter, elle accéléra son histoire et me dit rapidement que, bien qu'elle ait eu des réserves au début sur le bel – et elle se fit un point d'honneur à prononcer le mot plusieurs fois au cas où je l'aurais raté la première fois, et la seconde, et la troisième – étranger, elles furent vite apaisées par l'acceptation apparemment totale de cet homme par Donita.

Et les quelques doutes qu'elle aurait encore pu avoir à l'esprit, furent irrévocablement effacés quand il lui tendit un objet qu'il dit venir d'une amie. Elle mit la main dans son sac à main, me tendit ledit objet et je restai à le fixer, stupéfaite.

C'était la photo d'Ice et de sa famille.

La seule qu'elle avait.

« Qui t'a donné ça ? » Demandai-je en passant doucement le doigt sur le visage figé pour l'éternité d'Ice enfant.

« Il a dit qu'il s'appelait André. »

Mon intuition confirmée, je hochai la tête, fixant toujours la photo dans ma main. Le fait qu'elle me revenait saine et sauve me montrait la confiance qu'Ice plaçait en Corinne et André. Je passai une seconde à me demander ce qu'André était exactement pour Ice, au-delà d'être un ami et un contact. Ils avaient semblé à l'aise tous les deux la seule fois où je les avais vus ensemble. Etait-il, comme Donita, un autre amant ? Ice n'avait jamais mentionné une attirance pour ce que mon père nommait 'la plomberie extérieure', mais encore une fois, je n'avais jamais vraiment posé la question, alors je n'étais sûre de rien.

Cette pensée me contrariait plus que je ne voulais l'admettre.

Montrant sa propension troublante à lire dans mes pensées, Corinne serra mon poignet d'une main légère. « Ne t'inquiète pas, douce Angel. André est un ami pour Ice, rien de plus. »

Je rougis d'être devinée si facilement et je levai les yeux vers elle. « Comment le sais-tu ? » La question n'était pas défensive mais plutôt faite de curiosité.

Elle rit légèrement tout en serrant mon poignet. « Et bien, à part le fait qu'il est aussi 'gay' que le ruban du chapeau de mon vieux père, tu ne penses pas qu'Ice l'aurait mentionné s'il y avait quelque chose de plus entre eux ? Après tout, elle a été plutôt franche dans sa relation passée avec ton avocate. »

Je souris avec plus de soulagement que j'aurais peut-être dû en montrer, mais la révélation me fit vraiment sentir mieux. C'est ce que je dis à Corinne qui me rendit mon sourire d'un air connaisseur. Puis elle reprit son histoire.

« Donita s'est excusée et j'ai emmené André dans le séjour, où nous nous sommes assis pour partager un thé tandis qu'il abordait les choses de manière détournée, sur le fait que 'je m'éloigne de tout ça' et combien certains coins du Canada étaient sympathiques à cette période de l'année. » Elle ricana. « Pour les esquimaux peut-être, mais je n'ai pas discuté ce point avec lui. Il avait piqué mon intérêt d'une manière très plaisante et pas juste à cause du corps qu'il cachait sous ces vêtements rustauds. »

Elle me regarda à nouveau, les yeux remplis de tristesse. « Tu vois, je ne savais pas où vous étiez parties, Angel. Pour la première fois de ma vie au Bog, toutes mes questions recevaient une réponse silencieuse. André était le contact d'Ice avec Donita, mais suivant les ordres stricts de la grande brune implacable, il lui était interdit de révéler quelque localisation que ce soit. Et ça incluait la tienne. »

« Pour l'empêcher d'en savoir trop, n'est-ce pas ? » Je le devinai, connaissant parfaitement le fonctionnement de l'esprit d'Ice dans ce genre de situation. « Ne rien demander, ne rien dire ? »

« Exactement. Même avec le privilège de l'avocat envers son client, Ice ne voulait pas mettre Donita dans une position intenable. Je ne sais même pas si elle a tenté de te retrouver après ta libération mais j'imagine que oui. Elle t'aime trop pour te laisser partir facilement. » Elle sourit tristement. « C'était de vous imaginer toute les deux, chevauchant vers le soleil couchant proverbial, qui m'a fait traverser tant de nuits dépressives au Bog, Angel. »

Je fis tourner mon poignet et pris sa main dans la mienne, caressant la peau douce du bout de mes doigts. « Je suis désolée que tu aies dû traverser tout ça, Corinne. » Les larmes, ces fichues girouettes émotionnelles, vinrent à mes yeux une fois de plus, et cette fois-ci, je les laissai couler. « J'ai pensé à toi tout le temps. Je me demandais ce que tu faisais, à quoi tu pensais. Comment tu te débrouillais. Tu m'as tant manqué. »

« C'est un sentiment partagé, Angel. Il n'y a pas un jour dans cet endroit infernal où je n'ai pas pensé à toi et prié pour que tu trouves ton bonheur. » Elle leva sa main libre et essuya doucement mes larmes, puis elle prit ma joue. Elle rapprocha son visage du mien et m'embrassa tendrement sur les lèvres, puis elle s'écarta, un sourire affectueux sur les lèvres. « Tu as appris à une vieille femme à aimer à nouveau, Angel. Et pour ça, tu seras toujours dans mon cœur. »

Je luis souris et couvris sa main de la mienne, le nez dans sa paume, savourant l'intimité retrouvée entre nous, après une si longue absence.

Après un moment, elle retira sa main en riant doucement. « Ça suffit avec cette admiration mutuelle, Angel, sinon ton amoureuse va nous trouver en train de nous embrasser dans le séjour comme deux écolières et décider que ma tête rendrait bien comme presse-livres. »

Je ris. « Oh oui. Je peux le voir arriver, ça. »

« On ne sait jamais. Ça pourrait. Et je préfère ne pas traîner pour le découvrir. » Elle s'étira. « Je crois que le reste de l'histoire ferait mieux d'attendre un autre jour. Il est tard et ce merveilleux lit m'appelle. »

« N'y pense même pas, Corinne ! Tu dois finir cette histoire ! Tu ne peux pas me laisser languir comme ça ! »

Elle me fit son célèbre sourire diabolique. « Tu dois me confondre avec quelqu'un d'autre, Angel. Je ne te laisserais jamais languir, ma chère. »

Ah, ce que je ne donnerais pas pour avoir un visage qui sait comment masquer son rougissement. Mais comme je ne l'ai pas, je décidai de supporter sa moquerie en l'ignorant. Verbalement du moins.

Corinne rit, charmée. « Ne t'inquiète pas, Angel. L'histoire sera toujours là demain matin. Je ne vais nulle part. A moins que tu ne dises le contraire, bien sûr. »

Je fis semblant d'y réfléchir un instant. Puis je souris, me levai et l'aidai à se mettre debout. « Nan. Je pense qu'on va te garder un moment. » Je la pris dans une étreinte sincère et l'embrassai sur la joue. « Bonne nuit, Corinne. Merci pour l'histoire. Et merci d'être là. Tu es un des meilleurs cadeaux de Noël que j'ai jamais eu. »

Elle m'entoura de sa chaleur vivante et précieuse pendant un long moment, puis elle s'écarta, un sourire forcé sur ses lèvres démentant la lueur suspecte dans ses yeux. « Ça suffit maintenant ou bien avant qu'on s'en rende compte, les gens de Hallmark vont frapper à la porte et nous faire un procès pour violation de droits d'auteur. » (NdlT : Hallmark Cards est  une société de carte postale et de vœux américaine basée à Kansas City, Missouri)

« C'est pire que de mourir », acquiesçai-je en l'embrassant une fois de plus sur la joue avant qu'elle me repousse. « Bonne nuit, mon amie. »

« Et une bonne nuit à toi aussi, ma chérie. » Puis elle fit un clin d'œil. « Ne fais rien que je ne ferais moi-même. »

Je sentis mon propre sourire diabolique monter. « Oh, Corinne, je fais des choses que tu n'as même jamais rêvées. »

Pour une des premières fois depuis que je la connaissais, j'en bouchai un coin à la grande faiseuse de mots.

Je savourai le moment.

Qui, bien entendu, se termina cinquante-neuf secondes trop tôt.

Elle me regarda impudemment de la tête aux pieds, son regard coulant avec attention sur chaque centimètre carré de mon corps. Un long sourire lui barra le visage. « Oh, je ne sais pas, Angel. Mes rêves peuvent être très inventifs. »

Ensuite comme un général qui quitte le champ de bataille après le dernier coup de feu, assuré de sa victoire facile, Corinne s'éloigna, en remuant nonchalamment la main par-dessus son épaule.

Je ne pus m'empêcher de rire.

C'était bon de l'avoir à la maison.

*******

Après avoir posé les deux tasses dans la cuisine pour m'en occuper plus tard et commencer mon rituel du coucher, je montai les marches vers la chambre à coucher, m'arrêtant en haut pour savourer l'image d'Ice, son corps sculpté dans la lumière cassée de la lune. Elle était sur le dos, les mains derrière la tête et je pouvais dire au rythme de ses seins nus glorieux, qu'elle ne dormait pas.

Je retirai rapidement mes vêtements et la rejoignis en silence dans notre lit, me mis sur un coude et repoussai doucement les mèches de son front. « Tu n'arrives pas à dormir ? »

« Je réfléchissais », dit-elle à voix basse.

« A quoi ? »

Je n'attendais pas vraiment une réponse et je ne fus pas surprise de ne pas en avoir. Je continuai à lui caresser doucement le front et regardai ses yeux passer d'une ombre à l'autre sur le plafond, semblant lire en elles comme une voyante turque lit dans le marc de café.

« Corinne va bien ? » Demanda-t-elle après un long moment.

Je ris doucement. « Ouais. Bien installée et en train de rêver les rêves que son esprit diabolique veut bien lui envoyer quand il n'est pas occupé à trouver des moyens de faire des trous dans les gens avec son esprit aiguisé. »

Le regard bleu intense se cloua au mien. « Elle t'a fait du mal ? »

Je ricanai. « A moi ? Nan. Je peux gérer les gens comme elle. » Tout en riant, je lui ébouriffai les cheveux déjà décoiffés. « Après tout, j'ai eu pas mal d'entraînement au cours des années. »

Son regard se remit à étudier le plafond et le silence s'étira entre nous, son poids palpable. Bien qu'elle ait eu l'air détendu, je pouvais sentir la tension dans le corps près du mien. Quelque chose la taraudait, ça c'était évident. Mais quoi, parmi les dizaines, voire les centaines de possibilités ?

Habituellement pas du genre à tourner autour du pot, je posai la première question qui me vint à l'esprit. « Tu t'inquiètes que Corinne ait pu être suivie ? »

« André est très bon dans son travail. »

Bien que ça ne réponde pas exactement à ma question, ça servit à en amener une autre. « Qui est André, à propos ? Je pensais te poser la question depuis un bon moment. »

« Un restaurateur », répondit-elle après un instant, sans bouger le regard posé sur le plafond.

« Ah », je hochai la tête comme si cela expliquait tout. « Et comment ça lui donne l'expérience pour s'assurer que Corinne n'est pas suivie ? » Je ris. « Il est bon pour se cacher des clients mécontents quand leur steak est un peu trop cuit, c'est ça ? »

Et ceci, sans surprise, me valut une autre non-réponse. Malgré le temps passé ensemble et le degré de confiance qui s'était développé entre nous, il y a toujours de très grandes parties d'Ice qui me sont interdites, même aujourd'hui.

Je mentirais si je disais que ça ne me tanne pas un peu. Enfin, plus qu'un peu. Mais si la patience est une vertu, alors après avoir vécu avec Ice aussi longtemps que je l'ai fait, je suis la femme la plus vertueuse au monde.

Je voyais bien le signal lumineux qui m'empêchait d'emprunter ce chemin précis de la conversation et je décidai qu'un petit détour était de rigueur. Je m'interrompis un moment, agençant la question de manière précise dans mon esprit, sachant que si je ne l'énonçais pas correctement, je serai à nouveau renvoyée dans une impasse.

Je pris une profonde inspiration et plongeai à deux pieds. « Quand tu m'as dit tout à l'heure que ma vie n'était pas la seule que Corinne avait sauvée, tu parlais de toi ? »

Après un long moment, je pus sentir le léger mouvement de la tête sous ma main. Encouragée, je décidai de pousser juste un peu plus avant, submergée de curiosité comme je l'étais. « Tu pourrais... m'en dire un peu plus sur ce que tu veux dire ? » Demandai-je enfin, avançant avec beaucoup de précautions. « Je ne connais pas grand chose de ton premier passage en prison, au-delà du peu que Corinne m'en a raconté, et j'aimerais bien savoir comment c'était pour toi à cette époque. Si ça n'est pas trop dur pour toi d'en parler », ajoutai-je, lui laissant une échappatoire si elle en avait besoin.

« Il n'y a pas vraiment grand chose à en dire », dit-elle finalement, après une longue période de silence. « J'y suis entrée, j'ai fait mon temps, et j'ai été libérée. Rien de vraiment remarquable. »

J'aurais pu m'arrêter là et peut-être que j'aurais dû. Son corps m'envoyait des signaux très distincts du genre d'être prudente et de laisser les chiens endormis tranquilles. Et pourtant, malgré tous ces signaux, je ne pouvais pas m'arrêter. Elle connaissait tant de ma vie alors que j'en savais si peu de la sienne. Et bien que je savais que ces deux états ne seraient jamais à égalité, je n'allais pas enlever mon pied d'une porte à moitié ouverte.

« Raconte ? » Demandai-je simplement, aussi doucement que possible. « S'il te plait ? »

Sa poitrine se souleva puis retomba sous le poids d'un soupir. « J'étais très jeune et très fatiguée. Le procès m'avait pris le peu de forces qui me restaient et lorsque la porte de cette prison s'est refermée sur moi », elle leva rapidement la main puis la laissa retomber sur la couverture, « il n'y avait plus rien. »

Je laissai le silence s'étirer un moment, avant de reprendre ma charge douce et prudente. « Corinne a dit que tu voulais juste purger ta peine tranquillement. »

Son regard chercha le mien avant de s'éloigner à nouveau. « Elle a dit ça ? Je ne me souviens pas le lui avoir dit. » Elle secoua la tête. « Ce dont je me souviens, c'est d'être... engourdie. Tout me tombait en quelque sorte dessus et je ne pouvais rien ressentir. » Elle haussa les épaules. « Et je me fichais pas mal de ressentir quelque chose à nouveau. »

« Comment t'a-t-elle sauvé la vie ? » Demandai-je, ayant toujours des difficultés avec cette pensée. Même quand il était au plus bas, mon esprit insistait toujours pour se figurer Ice comme une femme d'une force et d'une volonté peu communes, qui n'avait jamais besoin de qui que ce soit pour faire ce qu'elle était suprêmement qualifiée pour faire elle-même : sauver sa propre vie.

« Comme je l'ai dit », reprit-elle après une petite pause, « je me fichais de tout. Et quand les prédatrices vinrent, je ne m'embêtais pas à les combattre. Je les ai juste laissées me faire ce qu'elles voulaient. » Elle rit amèrement, un son étouffé coincé dans sa gorge.

Je ne pus retenir le hoquet qui sortit de ma propre gorge même si je le tentai. Soudain, je fus vraiment désolée de l'avoir poussée à me raconter cette histoire précise. Je voulais lui dire, la supplier de s'arrêter, mais comme un automobiliste attiré par la vue d'un accident de voiture sinistre, je ne le pouvais pas.

Elle se tourna à nouveau pour me regarder, ressentant ma détresse. Elle sourit légèrement, doucement, bien qu'il y ait toujours cette note de colère ancienne dans ses yeux. « Ne sois pas triste, Angel. Après tout, ce n'était pas très différent de ce pour quoi j'étais payée auparavant. Mieux en quelque sorte, en fait. Pour autant que je coopérais, elles me fichaient plutôt la paix quand elles avaient pris leur pied avec moi. »

A plein d'égards, son ton dépassionné rendait les choses encore pires, comme si son cœur et son âme étaient si froids et morts que même raconter son viol sauvage aux mains d'étrangères n'avait pas plus d'importance qu'un chien qui passe sur le trottoir.

Mais pourtant, l'énergie tendue et vrillée de son corps démentait les mots dits d'une voix nonchalante et je savais sans le moindre doute que ce poison en elle s'était envenimé trop longtemps et qu'il avait besoin de sortir avant de relâcher à nouveau ses toxines sur une âme pas tout à fait guérie.

Je restai allongée sans bouger tout près d'elle, assez pour la toucher de mes mains mais sans le faire, sachant que si j'interrompais son auto-révélation avec ne serait-ce que le moindre murmure, l'histoire se terminerait d'emblée, enfouie si profondément qu'elle ne reverrait plus jamais la lumière du jour.

« Un jour, la chef d'une des autres bandes m'a aperçue et a décidé qu'elle voulait sa part de ce que j'offrais aux autres. Elle m'a traînée hors de ma cellule juste au moment où un membre du premier gang arrivait pour se servir un petit goûter. » Le sourire amer réapparut. « Il y a eu un peu de ramdam pour savoir de qui j'étais exactement la 'garce', et après ça, j'étais devenue le nouveau trophée de la chef de la bande rivale. »

« Pourquoi tu ne t'es pas battue ! ? » J'aboyai ma question, ma colère débordant, sans m'inquiéter que je n'entende jamais la fin de cette histoire sordide. « Pourquoi tu ne t'es pas défendue ? Pourquoi tu les as laissées te faire ça ? A croire que tu t'en fichais ? » Ce n'était pas une simple colère que je ressentais. C'était de la rage. Une rage claire, simple et totale. Je pouvais sentir mes dents grincer avec le pouvoir de cette rage.

« Non. »

Un seul mot.

Simple. Sobre. Brutal.

Déchirant.

« Pourquoi ? » Murmurai-je au milieu de mes larmes d'angoisse et de colère.

« Pourquoi pas ? Tout ce qu'elles avaient, c'était un corps, après tout. » Elle tourna la tête de telle sorte qu'elle se détourne de moi. « Mon âme était déjà morte. »

Ma colère s'évanouit comme si elle n'avait jamais existé, ne laissant qu'une douleur profonde derrière elle. « Et Corinne ? » Murmurai-je parce qu'il fallait que je sache.

« Je l'avais brièvement rencontrée quand j'avais été emprisonnée la première fois. Elle a essayé de me convaincre de me battre contre elles. Essayé de me dire que je valais plus que d'être la putain de qui que ce soit. » Elle rit. « Mais je ne l'écoutais pas. Être une putain, ça je connaissais et si ça me donnait l'oubli que je recherchais, ça ne me semblait pas une mauvaise affaire. Alors je lui ai clairement dit où elle pouvait se fourrer son conseil. Et je lui ai même proposé de l'y mettre moi-même. »

Le rire revint, bien que cette fois il contenait plus de respect que d'amertume. « Elle m'a alors dit d'y aller carrément. Au moins ça lui montrerait que j'avais toujours un peu d'âme en moi. »

« Mais tu ne l'as pas écoutée, n'est-ce-pas ? » Demandai-je, connaissant déjà la réponse.

« Nan. A ce moment-là, j'étais bien trop enveloppée dans ma propre souffrance pour reconnaître la main qu'elle me tendait. Alors je l'ai plantée là et je suis retournée vivre la vie que j'avais choisie. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« La chef de bande qui m'avait gagnée a décidé de faire un spectacle pour ses amies, alors elle m'a traînée dans la buanderie où elle pouvait caser son public. Elle venait juste de déchirer mon uniforme et de commencer à s'affairer quand Corinne est entrée, un balai à la main. Elle m'a dit que si j'étais trop stupide pour me battre pour moi-même, alors elle allait le faire pour moi. »

Elle secoua la tête d'étonnement face au souvenir. « C'était une nana coriace même à cette époque. Elle a mis par terre près de la moitié des spectatrices avant que quelqu'un ait la chance de lui piquer son arme. Mais elle n'a pas lâché d'un pouce. Pas un seul. Elles lui ont sauté dessus, l'ont cogné à coups de poing et de pied et elle se contentait de me fixer, me défiant de rester allongée là pendant qu'elles la battaient jusqu'au sang. »

Elle releva les yeux vers le plafond et se passa la main sur le visage. « Seigneur, ses yeux. Je peux encore m'en souvenir, ils me brûlaient et ne montraient rien de la douleur que je savais qu'elle ressentait. Elle n'a pas cligné des yeux, pas une seule fois. Pas même quand l'une d'elles lui a donné un coup de pied dans le ventre et lui a fait vomir son déjeuner. Et quand j'ai entendu ses côtes se briser, quelque chose s'est déclenché en moi. Quelque chose de brut. Sombre. Coléreux. Quelque chose que je pensais avoir perdu quand je m'étais réveillée à l'hôpital après qu'on m'ait tiré dessus. »

Je pouvais voir les larmes briller dans ses yeux mais il y a avait une joie sauvage aussi. Et de la fierté. Pour Corinne. Pour elle-même. « J'ai repoussé ces idiotes et je me suis levée, à demi-nue et dans une rage totale. Je suis allée jusqu'à la plus grande et je l'ai frappée si fort que je pensais m'être brisé la main. Et j'ai continué à frapper du poing, du pied, et à me frayer un chemin jusqu'à ce que la dernière personne debout soit Corinne. Je l'ai attrapée et je nous ai tirées de là en vitesse aussi vite qu'on pouvait marcher. » Elle secoua à nouveau la tête, ses cheveux noirs en cascade sur son visage, l'obscurcissant partiellement à mon regard. « Ça n'a pas servi à grand chose, bien sûr. Nous nous sommes retrouvées à l'isolement toutes les deux pendant un mois. Ça a été le mois le plus court que j'ai jamais fait, avant ou depuis. »

Elle repoussa les cheveux de son visage et se tourna pour me faire face. « Alors tu vois, Angel, Corinne m'a sauvé la vie d'une certaine façon. Elle m'a donné une raison de lutter. Elle m'a donné une raison de vivre. » Elle serra fort ma main et l'amena à sa poitrine, me laissant sentir la passion dans le cœur puissant qui battait là. « Et si d'abandonner une part d'intimité lui permet de vivre le reste de sa vie dans le confort et l'amour, alors c'est un très petit prix à payer pour m'avoir rendu mon âme. Je lui serai redevable pour l'éternité. »

Elle se replia alors, comme un soldat jouet dont le ressort a lâché. Elle resta là à me regarder, ses yeux me priant d'entendre ses mots, de comprendre le message qu'ils impliquaient pour moi, et de simplement accepter sans juger le chemin qu'elle avait choisi d'emprunter il y a si longtemps.

Et parce que je savais qu'elle avait besoin d'être forte, peut-être plus à ce moment qu'à tout autre, je m'allongeai près d'elle, posai la tête sur son épaule et entourai sa taille de mon bras, lui montrant mon amour et mon soutien sans l'y étouffer pour autant.

Et quand ses bras finirent par m'enserrer, l'un d'eux posé doucement derrière ma nuque, je sus que d'une certaine façon, Dieu m'avait bénie en me donnant la capacité de faire la chose juste, même si ce n'était que pour cette fois.

Je priai, avec ferveur comme je savais le faire, de ne plus jamais manquer de cette capacité.

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A suivre Chapitre 5 – 2ème partie