Quand Tombent les Ténèbres

Par Melissa Good

Traduction : Fryda

Chapitre 6-2

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L’auberge était bondée pour le déjeuner, pleine d’hommes et de femmes fatigués et en sueur, qui se mettaient à l’abri de la forte chaleur de l’été pour un petit moment, s’autorisant à dépenser quelques dinars chez Cyrène pour sa bière fraîche et son pain fourré de poisson froid aux légumes de saison. L’aubergiste venait juste de retourner dans la cuisine et elle s’appuyait contre la table, une tasse de cidre froid dans la main lorsque la porte s’ouvrit et que Gabrielle passa la tête. « Hé, mignonne. » Cyrène sourit affectueusement. « Viens par ici. »

La barde se glissa dans la pièce et laissa la porte se refermer derrière elle. « Salut… » Elle s’avança et se passa la main dans ses cheveux en désordre. « Je viens juste pour prendre un peu de pain… » Elle sourit. « C’est bien que Granella et Toris soient de retour, non ? »

Cyrène mit des petits pains fraichement cuits et chauds dans un panier et y ajouta un petit pot de beurre de miel. « Et voilà… comment ça va là-bas, bien ? » Elle ajusta le collier de Gabrielle. « J’ai entendu dire qu’on avait eu des problèmes ? »

Gabrielle prit un petit pain au-dessus de la pile et le mordilla. « Oui… Xena s’en est occupée… Mais Hanna s’est cassé la jambe. » Elle prit une bouchée plus grosse et la mâcha pensivement. « Rien de grave… quelques types qui cherchaient des ennuis, je pense. »

L’aubergiste lui versa un verre de cidre puis se réinstalla contre la table. « Elle va bien ? »

La barde prit une longue gorgée avant de répondre. « Et bien… oui… mais je pense qu’elle va craquer si tout le monde continue à le lui demander… Toris la rend dingue. »

« Hmm. » Cyrène prit un air songeur. « Et il vient juste d’arriver, lui aussi… » Elle lança un regard ironique vers Gabrielle puis lui frotta doucement le bras. « Il était très inquiet pour vous deux. »

Gabrielle baissa les yeux vers le sol. « Je sais… il est vraiment gentil. » Elle sourit un peu, se souvenant de l’étreinte très prudente qu’elle avait reçue du frère de sa compagne, et celle, plus normale, que lui avait faite Granella, qui l’avait tenue à bout de bras pendant un moment long et intense, avant de secouer la tête. « Je ferais mieux de retourner là-bas… »

L’aubergiste lui tendit un pichet de cidre. « Tiens… et… Gabrielle, tu sais que nous sommes juste inquiets pour elle. » Une inspiration profonde. « Elle semblait tellement épuisée hier soir. »

La barde mordilla son pouce. « Hum… » Contre sa volonté, un minuscule sourire étira ses lèvres. « Et bien, oui… mais… elle heu… elle s’est un peu rétablie après qu’on soit parties. » Elle se râcla légèrement la gorge. Rétablie… oh… Gabrielle… ça c’était vilain. Vilaine barde.

« Ah. » Cyrène hocha la tête d’un air grave. « Ça explique comment ta chemise a fini dehors par la fenêtre de la cabane. » Elle tapota la joue rougissante de la barde. « Je l’ai pliée et je l’ai laissée sur la rambarde. »

« Je… je… » Balbutia Gabrielle. « Heu… » Par les dieux… comment est-ce que… j’ai… ça… Elle sentit sa peau se réchauffer brusquement. Dehors ? ? ?

« Gabrielle… Gabrielle… » Cyrène se mit à rire et prit le panier et le pichet de ses mains fines et les posa sur la table avant de prendre la barde affectueusement dans ses bras. « Ma chérie, tu n’as pas à être embarrassée… Je ne voulais pas te troubler. »  J’avais oublié qu’elle est un peu timide sur ce sujet, songea l’aubergiste tout en lui tapotant le dos.

La barde laissa l’odeur familière d’herbes aromatiques et de cuisine l’entourer et elle soupira. « Non… euh… c’est bon… c’est juste que je… » Elle hésita. » Hier soir, c’était un peu différent… nous… c’était… je veux dire que nous n’avons pas… » Bon sang… Je pars dans tous les sens là. « Elle m’a rendu la bague… et ensuite… je… on n’aurait pas dû… elle était vraiment fatiguée… mais… elle… »

« Gabrielle. » Cyrène recolla soudain les morceaux. « Tout va bien… je suis sûre que ça ne l’a pas blessée. » Elle relâcha un soupir. « Je sais que ça doit être vraiment difficile pour vous deux. » Elle sentit la barde se détendre un peu et elle s’écarta, les mains toujours sur ses épaules. « Allez… on sort d’ici et on se calme… il fait trop chaud pour être toute retournée aujourd’hui. »

Cela lui valut un sourire timide de Gabrielle qui prit le panier et le pichet et laissa Cyrène l’escorter jusqu’à la porte et dans la pièce principale de l’auberge.

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« Xena… » Toris suivit du regard la barde qui se dirigeait vers la cuisine et il pencha la tête vers sa sœur. La guerrière était assise les avant-bras posés sur la table, ses mains entourant une chope en étain remplie de bière. « Ecoute… »

Xena pencha la tête vers lui en prenant une gorgée de sa bière et en clignant des yeux. « Hmm ? » Elle ramena ses pensées de l’endroit où elles vagabondaient, et essaya de prêter attention aux paroles de son frère. Mais c’était difficile, son esprit était vraiment plongé dans la réflexion sur ce que Gabrielle avait dit et ce que ça signifiait pour elles deux… pas qu’elle n’appréciait pas l’inquiétude de Toris, au contraire, mais…

Gabrielle pensait en ce moment à avoir un autre enfant.

Après tout ce qui lui était arrivé… à elles deux… comment était-ce possible ? Pourquoi est-ce qu’elle le ferait ? Pour compenser Hope ? Pour se prouver quelque chose… ou à Xena ? Bon sang, elle n’avait rien à prouver… elle n’avait joué aucun rôle dans ce qui s’était passé…

Mais... elle y pensait… pas vrai ?

La bouffée soudaine d’un espoir nostalgique la saisit avant qu’elle ne puisse rabattre le couvercle dessus et elle ferma les yeux jusqu’à ce qu’elle puisse le repousser brutalement. Non. Tu lui as demandé de tuer son enfant la dernière fois. Tu as perdu le droit de dire quoi que ce soit sur celui qu’elle pourrait avoir, ou pourrait vouloir ou penser avoir. Alors arrête tout de suite.

Toris échangea un regard inquiet avec Granella qui était assise en face de lui. « Xena ? »

Elle leva les yeux. « Pardon », marmonna-t-elle. « Je réfléchissais. » Elle concentra son regard sur lui. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Rien. » Toris posa la main sur son poignet et referma ses doigts autour tout en croisant son regard quand elle leva le sien. « Je suis content que tu sois à la maison. » Il pinça les lèvres. « Que vous soyez là toutes les deux. »

Xena hocha légèrement la tête. « Merci… » Elle les regarda tous les deux. « Désolée que vous soyez allés là-bas pour rien… on était plus ou moins en train de revenir par ici. »

Granella hocha un peu les épaules et lui fit un sourire de dérision. « C’est bon… on devait s’arrêter chez les Amazones de toutes les façons… c’est comme ça qu’on a découvert que vous étiez rentrées. » Elle arracha une écharde de la table et lança un regard à Xena. « Il fallait que je récupère mes affaires. » Elle recourba les lèvres dans un sourire ironique. « Et endurer une tonne de merde de centaure de la bande. »

Cela lui valut enfin un sourire de la femme brune. « C’est ce que j’ai entendu dire. » Elle serra légèrement l’épaule de Toris. « Félicitations. » Elle haussa un sourcil. « Ou paut-être pas », amenda-t-elle en faisant un sourire bizarre à Granella. « Hé… écoutez… ça me rappelle que… »

Ils se rapprochèrent tandis que Xena baissait la voix. « Oui ? » Demanda Toris en jetant un coup d’œil vers sa mère et Gabrielle qui traversaient la pièce bondée.

« J’aimerais doubler la mise », dit la guerrière dans un grondement. « Elle pense être trop vieille pour ça… mais… » Les regards de Xena et Toris se croisèrent dans une compréhension fraternelle. « Je pense qu’on pourrait… tu vois… si on pouvait y associer Jocelyn… »

« Associer Jos pour quoi faire ? » Demanda Cyrène en poussant Gabrielle du côté de la table où était Xena avant de tirer une chaise pour s’asseoir à son tour.

« Euh », temporisa Xena.

« Hum », ajouta Toris en claquant des doigts. « Heu… on… discutait… »

« De chevaux », finit par ajouter la guerrière. « Il… veut faire saillir sa grise par les poulains. »

Cyrène la fixa. « Dans deux ans ? C’est vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et même de l’avoir trouvé. » Elle plissa le front. « Qu’estce que vous manigancez vous deux ? »

Gabrielle observa le visage de sa compagne avec intérêt, l’ayant rarement vu aussi perdue. « Xena prévoit toujours les choses à l’avance, maman », la rassura la barde. « Hé… est-ce que je vous ai raconté le truc bizarre qui s’est passé avec un taureau et de la peinture rouge ? » L’attention se tourna immédiatement vers elle et elle se lança dans l’histoire, sentant la pression solide et assurée de la main de son âme-sœur sur son genou sous la table. Son visage s’ouvrit dans un sourire qui n’avait rien à voir avec l’histoire et elle couvrit la main puissante de la sienne, enroulant ses doigts autour des longs doigts de Xena tout en les pressant doucement. La pression lui fut retournée mais elle sentit le faible tremblement et ressentit un picotement bizarre à travers leur connexion.

Elle jeta un coup d’œil pour voir Xena qui la regardait avec une expression tranquille et triste dans le regard que la barde ne comprit pas. Elle finit l’histoire et en commença une autre, ce qui fit durer les rires autour de la table pendant qu’ils mangeaient, et elle se rapprocha de plus en plus de sa compagne inhabituellement calme. « Hé », finit-elle par murmurer tandis que Toris racontait une de leurs rencontres au sud. « Qu’est-ce qui se passe ? »

Le regard bleu croisa le sien. « Pas grand-chose… » Puis elle baissa les yeux et étudia la table. « Je réfléchissais, c’est tout », répondit Xena doucement. « J’ai bien aimé cette histoire de taureau… mais je ne me rappelle pas avoir été frappée au visage par cette queue peinte en rouge. »

« Non. » Gabrielle s’humecta les lèvres. « C’était ailleurs, mais… » Elle courba les lèvres dans un sourire taquin. « On ne le dira pas. » Elle vit Xena lui retourner son sourire, puis elle attendit un court instant. « Tiens… je pensais aller faire une balade jusqu’à notre source… ça t’intéresse ? » Elle ne va pas parler ici… « C’est toujours agréable et frais là-haut. »

Xena hésita puis relâcha un léger soupir. « D’accord. »

Gabrielle lui pressa la main puis retourna son attention vers les gens qui riaient. « Ils vont me faire transpirer ce soir… » Elle passa le regard sur la taverne bondée où quelques personnes lançaient de temps en temps des regards dans leur direction et lui faisaient des petits sourires en agitant la main. « Je vais aller prendre l’air frais pendant un petit moment. »

Cyrène sourit. « Bonne idée… et emmène-la avec toi. » Elle montra sa fille. « Qu’elle se détende le reste de la journée. » Elle ignora avec désinvolture le regard sévère que lui lançait la grande femme et elle la regarda à peine avec un air déterminé, en croquant un morceau de carotte. « Au revoir. »

Elles quittèrent l’auberge bruyante et remontèrent le chemin ombragé qui menait à la source. Gabrielle prit la main de sa compagne et frotta la peau bronzée de son pouce, en regardant avec attention l’expression pensive sur le visage de Xena.

Xena tourna la tête et la fixa avec attention. « Gabrielle, si tu me demandes si je vais bien, je vais devoir faire quelque chose de drastique pour le prouver », l’avertit-elle d’un ton ironique. « Et je le pense. »

« Je n’allais pas te le demander », protesta la barde tandis qu’elle grimpait jusqu’au plateau herbeux où se trouvait la source ; et elles choisirent un endroit agréable et ombragé pour s’y asseoir. « Attends. » Elle s’installa le dos contre un grand arbre et tapota ses cuisses. « Pose ta tête. »

Pendant un long moment, elle pensa que Xena allait refuser parce que cela mettait la guerrière dans une position vulnérable et elle était déjà perturbée. Celle-ci baissa les yeux et s’allongea docilement sur le sol avant de poser sa tête sur les cuisses de la barde. Gabrielle passa affectueusement les doigts dans les cheveux noirs, savourant la sensation des mèches soyeuses contre sa peau et sachant que cela avait tendance à détendre sa compagne.

Ça marchait. La respiration de Xena ralentit et elle cligna des yeux vers la barde avec une expression plus apaisée. « Alors… qu’est-ce que tu allais me demander ? »

Gabrielle continua son geste caressant, écartant doucement les cheveux de sa compagne de son visage. « J’allais te demander ce qui te perturbe… mais je pense que je connais la réponse », répondit-elle tranquillement. « Je… ça n’était pas juste de ma part d’aborder ce sujet, Xena… nous ne sommes pas prêtes pour ça… je suis désolée. »

Xena bougea comme pour se lever, puis elle soupira et resta à sa place. « Gabrielle… si c’est ce que tu veux… alors tu devrais le faire. » Sa voix était un peu rauque.

« Si c’est ce que je veux ? » Questionna la barde. « Qu’est-ce que tu veux, toi ? »

Un long silence s’installa tandis qu’elles écoutaient le son rieur de l’onde. « Je ne… » Xena finit par soupirer. « … pense pas que ce que je veux ait de l’importance. » Elle leva les yeux vers le visage figé de la barde. « Ecoute… ce que je… je t’ai demandé de faire… ce que… j’allais faire… à Hope… »

« Xena, tu avais raison », murmura Gabrielle d’un ton malheureux.

« J’avais tort », répliqua la guerrière. « J’avais tellement tort de ne pas… comprendre ce que tu traversais… ou ce que tu ressentais… ou juste ce que, par Hadès, je te demandais, A TOI, Gabrielle… de faire… j’avais tort. J’ai tort. » Elle roula sur le ventre et commença à se relever mais elle fut tirée en arrière par un bras puissant et se laissa faire. « Comment est-ce que tu… peux bien vouloir que… je fasse partie de ça ? »

« Xena… tu veux bien m’écouter. » La barde lui prit le menton et la força à la regarder. « Je te pardonne pour ça. » Elle détendit sa prise et passa doucement les doigts sur la joue de la guerrière. Xena restait très calme et se contentait de la regarder. « C’est quelque chose… que je veux vraiment… Je veux le faire. » Son regard scruta attentivement celui de la guerrière. « Mais je ne peux pas le faire seule… et je ne le veux pas… tu fais partie de moi, Xena… et l’enfant que j’aurai fera partie de toi, aussi. »

Elles se regardèrent. Finalement, les épaules de Xena s’affaissèrent et Gabrielle sentit la tension diminuer dans sa nuque. « Comment peux-tu me faire confiance ? » Demanda la guerrière d’une voix calme et triste. « Je ne peux pas moi-même. »

La barde ferma les yeux en se penchant pour étreindre sa compagne. « Comment je peux te faire confiance ? » Murmura-t-elle avec désespoir. « Comment ? J’ai menti, je t’ai trahie, je t’ai pris ton fils, et toi tu m’aimes toujours et tu me demandes comment je peux te faire confiance ? »

Xena s’enfonça dans cette étreinte tandis que les mots s’imprimaient dans son esprit. La confiance, reconnaissait-elle, était un sentiment réciproque. Elles avaient toutes deux été blessées… toutes deux été trahies… mais… Elle passa un bras autour des épaules de la barde et la tint contre elle. Elles s’étaient malgré tout choisies l’une l’autre jour après jour.

Et c’était simplement… comme ça, c’était tout. Il n’y avait pas de sens à le remettre en question, ni à se rendre encore plus malheureuses l’une et l’autre… « Gabrielle ? » Dit-elle doucement.

La barde leva la tête et la fixa de ses yeux rougis. « S’il te plait… » Sa compagne mit les doigts sur ses lèvres pour lui intimer le silence.

« Si… » Xena s’interrompit un instant et elle eut un minuscule mouvement des lèvres. « Quand… tu mettras un enfant au monde… » Elle s’interrompit pour inspirer. « Il fera partie de moi. » Gabrielle en eut le souffle coupé. « Et… je te promets… Gabrielle… que je l’aimerai… et que je le protègerai… aussi longtemps que je vivrai. » Elle eut l’impression que déglutir était devenu difficile. « Tout comme je le ferai pour toi », finit-elle dans un murmure.

Gabrielle laissa retomber sa tête sur celle de Xena et entoura les épaules de la guerrière de ses bras. Elles restèrent ainsi un moment puis la barde se redressa et renifla à travers ses larmes. « Je suis contente qu’on ait réglé ce point », murmura-t-elle en amenant la main de Xena à son visage pour caresser les phalanges de ses lèvres. « Il n’y a pas de mains au monde dans lesquelles je serai le plus en sécurité. »

Les oiseaux dansèrent autour d’elle un moment, allant de plante en plante en mouvements légers, à la recherche de larves. Les bruits de l’eau apaisèrent leurs nerfs éreintés jusqu’à ce que Gabrielle sente son esprit divaguer tandis qu’elle caressait doucement la peau bronzée de sa compagne.

« Continue comme ça… et je vais m’endormir », dit doucement la guerrière, les yeux fermés.

« C’est le but », répondit Gabrielle. « Tu vas vouloir rester éveillée à parler et boire toute la nuit avec ton frère… j’ai pensé que tu aimerais te reposer un peu maintenant. » Elle s’interrompit et haussa un sourcil vers une Xena au sourire légèrement narquois. « Comme ça tu ne vas pas défaillir et en être embarrassée. »

« Gabrielle ! » Protesta la guerrière. « Je vais bien, pour l’amour d’Arès. » Elle eut un instant envie de se relever d’un bond pour le prouver, mais elle était bien trop à l’aise là où elle se trouvait, avec le toucher doux de Gabrielle pour la détendre, et la brise fraîche qui contrebalançait la chaleur de la journée. Le relâchement de la tension suite à leur conflit, lui avait enlevé toute vélléité de bouger, de briser le sort que la présence de sa compagne jetait sur elle. « Vraiment. »

« Mmhmm », approuva la barde aimablement, en faisant descendre ses mouvements vers le ventre de la guerrière. « Je sais… je sais… mais une sieste ne te tuera pas… et on est dans un endroit tellement agréable, non ? »

« Je n’ai pas besoin d’une sieste », discuta Xena d’un ton endormi.

« Bien sûr que non », la rassura Gabrielle, tout en regardant la respiration de sa compagne ralentir et s’approfondir. « Mais c’est tellement paisible… j’aimerais juste y rester un moment avec toi… s’il te plait ? » Sa voix s’adoucit sur cette supplication.

« Ce n’est pas juste. » Mais un sourire fit son chemin sur les lèvres de Xena. « Je suis honteusement manipulée. »

Gabrielle sourit doucement pour elle-même tout en sentant les muscles se relâcher sous ses doigts, et la chaleur légère de la respiration de sa compgane réchauffa sa peau tandis que Xena se laissait aller à ses gestes. Elle regarda les traits familiers s’apaiser dans le sommeil et s’autorisa à apprécier ces doux moments de leur proximité retrouvée. Puis elle reposa sa tête contre l’écorce rugueuse et relâcha enfin un souffle longtemps retenu.

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C’était une belle journée ensoleillée. Xena s’était vaguement rendu compte qu’elle rêvait, mais ça lui allait parce que c’était un rêve agréable… un parmi les bons. Elles avaient passé la journée à se détendre sur la plage, se courant après sur le sable… elle s’était de nouveau sentie comme une enfant. Elle n’arrivait pas à se souvenir de la dernière fois où elle avait autant ri… son estomac lui en faisait mal.

Elle avait pris un filet et plongé dans l’eau, vidant ses poumons de l’air pour atteindre le fond et ramasser des poignées de coquillages qu’elle avait remontés à la surface ; puis elle était sortie de l’eau et les avait renversés sur les algues près du foyer où Gabrielle s’était affairée à les trier. Elle avait aussi trouvé trois langoustes vertes et noires translucides qu’elle avait attrapées, totalement surprises de leur taille tandis qu’elles l’entrainaient dans l’eau de mer claire.

Elles avaient cuit la prise à la vapeur puis passé la moitié de la nuit à simplement observer les étoiles, à parler et à manger… ça semblait très décadent mais elle savait qu’elles le méritaient après s’être libérées du navire maudit de Cecrops, et elle ayant failli devenir aveugle… et Gabrielle tuée.

Elle était sur le dos, sentant le sable encore chaud du soleil prendre la forme de son corps et elle avait levé les yeux vers l’explosion de lumières brillantes au-dessus d’elle, inspirant goulûment l’air richement chargé de sel de la mer toute proche. Quelque chose de chaud lui avait touché les lèvres et elle avait vu Gabrielle qui agitait un morceau de langouste devant elle, un sourire doux et détendu sur les lèvres.

La barde était appuyée sur un coude, ses cheveux mouillés coulant sur ses épaules quasi dénudées et le feu embrasait sa peau de reflets dorés. Xena avait laissé l’accès d’attraction animale entre elles la submerger et s’était difficilement empêchée de s’y laisser aller, tandis qu’elle prenait le morceau tendu par la jeune femme avec un sourire léger et désinvolte.

Leurs regards s’étaient croisés et presque… presque… elle s’était laissée aller à imaginer ce que ça aurait été si Gabrielle s’était juste un peu rapprochée, si elles avaient laissé leur crainte s’envoler… le léger contact des lèvres de la barde sur les siennes…

Qui devint réalité tandis qu’elle ouvrait lentement les yeux et croisait un regard vert doux avec cette même expression d’amour.

Qui avait toujours… toujours été là pour elle, depuis leur première rencontre mais elle avait été trop effrayée et trop en colère pour s’autoriser à le voir. « Salut. » Elle prit une inspira profonde de l’air humide du printemps et regarda autour d’elle la profonde lumière dorée de la fin d’après-midi. « Une petite sieste, hein ? » Mais elle ne pouvait pas vraiment se fâcher contre Gabrielle… parce que le combat l’avait fatiguée et la minait très lentement… trop lentement… pour reconstruire ses réserves.

Un léger haussement d’épaules. « J’ai dormi aussi », admit Gabrielle avec un tout petit bâillement. « Ne me dis pas que tu ne te sens pas mieux ? » Elle lança un regard connaisseur à sa compagne et lui mit affectueusement le bout de son doigt sur le nez. « Allez, Xena… ce n’est pas un crime de prendre plus d’une heure pour se remettre d’une maladie. »

Xena leva les yeux vers elle et lui fit son vrai et grand sourire. « C’est vrai… tu as absolumment raison. Je me sens en pleine forme. » Elle roula la tête sur un côté et frotta sa joue contre le ventre de la barde, pui elle s’étira avec un soupir. « Mmm. J’étais en train de rêver à cette journée qu’on a passée à la plage. »

Gabrielle eut un sourire nostalgique. « Oh… je m’en souviens… » Elle rit légèrement. « Tu n’imagines pas comme j’étais à deux doigts de me pencher et de t’embrasser ce soir-là… J’en avais teeeeellllement envie. » Elle peigna les cheveux de Xena avec ses doigts. « Toi et ce pratiquement rien en coton dans lequel tu t’es pavanée toute la journée. »

La guerrière produisit un long rire. « Moi ? » Dit-elle en plaçant son pouce sur sa poitrine. « Et toi alors ? Un tout minuscule morceau de tissu ici… » Son doigt traça légèrement le bas de l’abdomen de la barde. « Et un autre ici en haut. » Elle posa le doigt sur la courbe des seins de sa compagne. « C’était régulier ça ? »

Elles se mirent à rires puis se calmèrent et se regardèrent. « On a eu notre lot de galères. » Gabrielle posa la main sur l’épaule de la guerrière et la massa. « Mais nous avons eu beaucoup de bonnes périodes. » Elle s’interrompit. « C’est un peu ça la vie, non ? »

Xena réfléchit un instant à ces paroles puis la regarda avec apaisement. « Oui… je présume que oui. » Elle plia les mains sur son estomac. « On ferait mieux de rentrer. »

Gabrielle s’étira, étendit ses jambes et tendit les muscles de ses cuisses, puis les détendit. « Oh… d’accord. » Elle soupira. « Hé… c’était quoi ces messes basses avec Toris aujourdh’ui ? » Elle entortilla ses doigts dans les cheveux de la guerrière et tira doucement. « Hmm ? »

« Oh. Ben… merci à propos », dit Xena en étouffant un bâillement. « Heu… Toris et Granella ont prévu de s’unir dans à peu près un mois. »

La barde haussa un sourcil. « Et… c’est supposé être un secret pour maman ? »

« Non. » Xena secoua la tête. « Maman sait tout », répondit-elle. « Mais, écoute… Johan et elle discutaient de contractualiser leur union... et elle pense être trop vieille pour que nous organisions une fête… ou quoique ce soit pour elle. »

La barde étouffa un gloussement.

Xena lui lança un regard. « Vas-y… dis-le. » Elle eut un sourire ironique. « C’est un trait de famille, pas vrai ? »

« On dirait bien, oui. » Gabrielle se pencha en avant et l’embrassa sur le front.

« Oui, oui… » La guerrière roula les yeux. « Quoi qu’il en soit, organiser une fête pour elle et le garder secret, n’est pas vraiment… pratique. Alors j’ai pensé qu’on pourrait simplement faire un doublé avec celle qu’on organise pour Toris et Granella, et… tu sais tout. »

« Hmm. » Gabrielle devint pensive. « Ce n’est pas une mauvaise idée. » Elle pencha à nouveau la tête et cette fois elle visa les lèvres de sa compagne, clouant sa captive obligeante au sol avant de laisser ses mains se balader légèrement sur le corps détendu et allongé dans l’herbe.

C’était si bon de simplement pouvoir refaire ça… de laisser ses doigts voyager sur la silhouette élancée, les muscles bougeant et changeant sous son toucher. « Mmm… » Elle recula légèrement la tête et but des yeux la vision de sa compagne, savourant la lumière du soleil qui tachetait sa peau. « Alors… qu’est-ce qu’on va faire pour les faire venir ? »

Xena lui prit la main et mordilla ses doigts légèrement. « Qui ? Maman et Johan… ou bien Toris et Granella ? »

« Oui », répondit la barde les yeux fermés et concentrée sur les petits sursauts d’excitation que les actions de Xena envoyaient de haut en bas de sa colonne. « Oooh… je… me disais que peut-être… heu… Xena, c’est… »

« Oui, je sais. » La guerrière sentit sa partenaire se tortiller lorsqu’elle trouva un endroit sensible. Puis elle hésita en se souvenant. « Hé… est-ce que tu es à l’aise avec ça ? » Elle leva la main et caressa la joue de la barde tandis que les yeux verts s’ouvraient. « Je… je ne veux pas précipiter… les choses, si tu es… ouah ! » La réponse à ses questions lui parvint sous la forme d’un baiser délicieusement passionné. Un frisson joyeux monta le long de sa colonne tandis qu’elle répondait et elle se détendit dans une vague de chaleur séduisante, un sentiment familier et poignant après leur long éloignement. On ne devrait pas faire ça… La partie rationnelle de son esprit l’interrompit avec ces mots. Mais c’était bien trop bon pour s’arrêter et elle n’arrivait pas à trouver assez de force en elle pour même ralentir.

La peau de la barde s’échauffa sous son contact lorsqu’elle glissa la main sous le tissu léger de la tunique. Ses mains lui rendirent l’exploration insistante qu’elle menait. Elles roulèrent légèrement sur l’herbe abondante et Xena souleva Gabrielle pour la mettre dans un endroit confortable tout en mordillant la clavicule de la barde, sentant le pouls s’activer sous la peau.

Je ne ressens aucune peur… L’esprit de Gabrielle exulta. Rien d’autre que le pur plaisir sensuel tandis que les feuilles dansaient au-dessus d’elles et que le soleil couchant baignait leurs corps d’une chaleur cramoisie. Pas de peur, pas de Dahak… pas de souvenir de l’horreur… juste une douce paix qui la traversait de sa vague cicatrisante et qui fit jaillir une bulle de rire riche et légère de sa poitrine.

Est-ce qu’il y avait un écho ? Non… à travers ses mains, momentanément posées sur l’abdomen musclé, elle ressentit la ride provoquée par le rire simulatné de Xena, avant qu’elles ne retombent l’une contre l’autre et qu’une passion enfiévrée ne les emporte.

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« Xena ? » Gabrielle relâcha un soupir d’aise tandis qu’elle flottait sur un nuage de lassitude sensuelle. Elle était confortablement installée sur le long corps de sa compagne, la tête bien nichée sous le menton de la guerrière. La riche odeur de l’herbe sur laquelle elles étaient allongées l’environna et elle en cueillit un brin pour le mâchouiller d’un air absent.

« Hmm ? » Les mains de la guerrière bougeaient en cercles paresseux sur le dos nu de sa compagne tandis que la brise soulevait leurs cheveux et les entremêlant, mêlant les mèches noires et les blondes dans un grand désordre. « Tu mâchouilles sur quoi là ? »

« On devrait vraiment rentrer », fit observer la barde. « J’ai faim. » Elle montra le brin d’herbe. « Tu vois ? »

Xena relâcha un éclat de rire surpris. « Par les dieux… certaines choses ne changeront jamais, pas vrai ? » Elle chatouilla légèrement l’estomac de la barde. « Ok… ok… laisse-moi me relever… je ne vais pas te laisser mourir de faim maintenant, pas vrai ? »

Gabrielle roula bien volontiers pour la libérer et finit sur le dos, les membres étalés, à regarder les feuilles qui bruissaient doucement au-dessus de sa tête. Elle lança un regard espiègle à Xena tandis que la guerrière se soulevait sur un coude et refermait la tunique de la barde, bouclant la ceinture avant de lui donner une petite tape.

« Et voilà… tu peux te lever. » Xena se redressa et se mit debout, ajustant ses propres vêtements avant de se passer la main dans ses cheveux en désordre, puis elle tendit la main vers la barde toujours allongée. « Allez. »

Gabrielle lui attrapa la main et tira fort, surprenant sa compagne habituellement agile, ce qui lui fit perdre l’équilibre et tomber en avant, atterrissant pratiquement sur la barde, ce qu’elle évita par un saut aérien qui la fit finir dans l’herbe. « Hé ! ! » Elle roula et lança un regard outré à sa compagne. « Pourquoi tu as fait ça ? »

La barde relâcha un soupir. « Heu… désolée. » Une note de confusion teintait sa voix. « Je… j’étais juste… heu… » Elle s’interrompit. « Désolée. » Les jeux c’est fini, Gabrielle. Essaie de t’en souvenir. « Je… laisse tomber. » Elle se leva, brossa sa tunique et commença à descendre le sentier.

Elle n’entendit pas les bruits de pas ni le murmure des feuilles qui s’écartaient au passage, ne ressentit pas le déplacement de l’air, jusqu’à ce que quelque chose de très grand et très chaud ne la frappe par derrière et ne la fasse s’écraser à travers les feuilles, sur un lit épais de fleurs sauvages au parfum sucré. Elle roula deux fois, serrée entre des bras puissants tandis que le pollen explosait autour d’elles et voletait pour venir les couvrir d’une brume dorée.

« Oh non… c’est toi qui a commencé », entendit-elle en réponse à son attitude, tandis qu’un regard bleu à demi effrayé, à demi douloureux scrutait son visage dans la lumière finissante. « Ça… ça m’a vraiment manqué de jouer avec toi, Gabrielle… je ne voulais pas… tu m’as surprise, c’est tout. » Elle relâcha un soupir. « Je suis désolée. »

Gabrielle se rapprocha et souffla sur du pollen collé sur son front. « Pas de problème. » Elle réussit à sourire. « Je continue à oublier… ça va prendre… du temps. » Elle tendit affectueusement la main et caressa la joue de Xena. « C’est moi qui devrait m’excuser ? » Elle secoua la tête. « J’ai… oublié… ou peut-être que mon esprit veut tellement retourner où nous étions avant tout ça, qu’il se contente de… faire un écran de fumée et je… » Elle ne put s’empêcher de pleurer, sans savoir vraiment pourquoi.

« Oh… Gabrielle. » Xena réagit doucement en la serrant contre elle, l’étouffant quasiment dans son étreinte. « Hé… hé… on y arrive… » Elle berça doucement la barde. « Non ? » Avec une note d’incertitude dans la voix évidente.

La barde sentit ses sanglots diminuer tandis que les mots se frayaient un chemin dans sa compréhension. C’était vrai, elle le savait, elle l’avait ressenti aussi sûrement qu’elle pouvait maintenant sentir le pouls rapide de Xena sous sa joue. Soudain, ce manque de contrôle la frappa d’embarras alors qu’elle ressentait la détresse de sa compagne. « Oui… oui… bien sûr qu’on y arrive… j’ai l’air d’un fichu bébé… » Elle lança un regard contrit vers la guerrière. « Je dois sûrement avoir bientôt mes règles… »

Cela lui valut un doux sourire sur les lèvres de Xena. « Mmm… oui… tu deviens un peu susceptible quand tu les as. »

Gabrielle haussa un sourcil. « Qu’est-ce que c’est supposé vouloir dire ? » Demanda-t-elle d’un ton de réprimande.

Xena aurait pu ressentir ça avec douleur mais elle prit une inspiration et accepta, sachant qu’elles devaient dépasser cette peur l’une de l’autre avant que la guérison ne s’installe vraiment. Elle haussa alors son propre sourcil et eut un sourire narquois.

Gabrielle ouvrit la bouche pour une réplique cinglante, puis s’arrêta et un sourire apparut sur ses lèvres tandis qu’elle remuait un doigt vers sa compagne. « Joliii, Xena… très joli. » Cela lui valut un sourire large et vrai en retour qui allégea le resserrement de son cœur. Elle cueillit deux fleurs sauvages et caressa la peau bronzée de Xena de leur bout plumeteux, la tachetant de poussière jaune. Elle eut un sourire et effleura l’autre joue de la guerrière pour y peindre deux lignes jumelles. « Des rayures », fit-elle remarquer. « J’adore. »

Une très légère lueur s’alluma dans les yeux très bleus. Xena tendit son long bras et cueillit une large quantité de fleurs qu’elle agita sous le menton de la barde, lui couvrant la gorge du pollen luisant. « Des taches », dit la guerrière d’une voix trainante. « J’adore. »

Elles se fixèrent du regard puis le lit de fleurs explosa dans une nuée de pollen tandis qu’elles attrapaient chaque fleur à leur portée et se mirent à l’œuvre de s’arroser l’une l’autre de la poussière au léger parfum.

« Ouaouh ! » Gabrielle se trémoussa et passa une pleine main des fleurs sous la chemise relâchée de sa compagne, la sentant convulser alors que les pistils la chatouillaient. « Hé… je t’ai eue… oups… AAAYOOOUUU ! ! ! »

Xena avait profité du fait que la barde lui tournait le dos pour bien viser à l’arrière de sa cuisse qui était son point le plus chatouilleux. La guerrière attrapa le corps contorsionné de la barde et alterna ses chatouillis d’une jambe à l’autre, jusqu’à ce que Gabrielle hurle sa reddition. Elle relâcha immédiatement sa compagne.

Mauvaise idée. Gabrielle roula au loin puis se mit debout et se lança à nouveau sur la guerrière à demi allongée, à demi assise, dont les yeux s’agrandirent lorsque le corps trapu se précipita vers elle. « Ouaouh ! » La barde cria en la percutant et son élan les envoya toutes les deux voltiger en arrière.

En bas d’une petite pente sur laquelle se trouvaient de longues herbes qui les fouettèrent légèrement au passage, tandis qu’elles roulaient dessus, riant trop fort pour pouvoir s’arrêter. Xena cligna des yeux et attrapa la barde tandis que la dégringolade s’accélérait rapidement et elle jeta un coup d’œil autour d’elle, essayant de garder son cap. « Oh… Gab… oooh… » Le sol se déroba sous elle et elle jura, enveloppant sa compagne surprise de ses bras et de ses jambes tandis qu’elles tombaient.

« Hé ! » Cria Gabrielle quand le feuillage passa tout près de ses yeux et que l’odeur de l’eau la frappa. « Par les dieux… la rivière… »

Xena soupira intérieurement et tourna à demi son corps, pour que l’impact, quand il arriverait, la touche plutôt que Gabrielle. Elle sentit la proximité de l’eau approchant et tressaillit en réaction. « Tiens bon… »

Elle s’attendait à un « splah » mais lorsque l’impact se produisit, il s’apparenta plus à un… « splof ».

Elle en eut le souffle coupé, assez pour avoir l’impression de couler et cette sensation chaude, dégoulinante et aspirante, sema la confusion en elle avant qu’elle ne se rende compte de ce qui s’était passé. « Oh par la braguette d’Hadès », grogna-t-elle, relâchant sa compagne tout en étendant les bras.

« Beuh. » Gabrielle réfréna un gloussement, tandis qu’elles s’enfonçaient dans la boue épaisse et noire qui glougloutait et faisait des bulles, avide d’aspirer ses nouvelles habitantes. « C’est trop. »

La boue rota, les éclaboussant de sa moiteur gluante, mais cela ne suffit pas à débarrasser ses lèvres du sourire tandis qu’elle se posait sur la poitrine de sa compagne, fixant la guerrière couverte de boue. Joueuse, elle plongea un doigt dans la boue et le posa sur le nez de Xena. « Des taches. » Elle sourit. « J’adore. »

Xena bougea très rapidement les mains pour capturer le visage de la barde et glisser ses doigts dessus. « Des rayures », dit-elle en souriant à son tour. « J’adore. »

Une autre tache. Une autre rayure. Elles finirent par lutter dans la boue noire légère, cherchant à attraper frénétiquement la peau de l’autre qui commençait à devenir glissante avec l’humidité. « J’t’ai eue… » Haleta Gabrielle en passant le bras autour de sa compagne et en la serrant fort.

« J’crois pas », gronda Xena en retour en se retournant d’un coup pour se libérer, puis attrapant la barde à la taille pour lui passer une poignée de boue dans les cheveux.

« Ouille. » La barde brailla en envoyant une petite boule par-dessus son épaule tout en se baissant, puis elle se rendit compte que les tourments de sa compagne s’étaient arrêtés. Elle regarda par-dessus son épaule et elle ouvrit grand les yeux à la vue du visage de sa compagne totalement couvert de boue noire. « Désolée… Blll ! » Une boule de boue s’enfonça dans sa bouche. « Peuh… » Elle en cracha une pleine bouche. « Peuh… peuh peuh… » Elle sortit la langue et secoua rapidement la tête. « C’est trop… Xena ! »

Elles s’arrêtèrent, leur respiration forte et elles se regardèrent, deux visages également couverts de boue et souriant largement.

Gabrielle ferma les yeux et but cette sensation. C’était le sentiment de… quasiment être rentrée à la maison. Elle ne se contracta même pas lorsqu’elle fut enveloppée dans une étreinte et sentit qu’on la sortait lentement de la boue. Elle garda les yeux fermés et entoura le cou de Xena, ignorant la puanteur et la moiteur gluante de la boue alors que Xena bougeait, et elle entendit le bruit distinct et déplaisant de l’aspiration lorsque la guerrière dégageait ses bottes de la boue, un pas laborieux après l’autre. « Je peux marcher, tu sais », rappela-t-elle à sa compagne, en ouvrant un œil pour observer les traits incrustés de boue près de son visage.

« Tu cherches à gâcher mon plaisir ? » Répliqua Xena en essayant de maintenir un air calme et noble malgré la boue séchée qui raidissait ses cheveux dans toutes les directions.

« Moi ? Jamais de la vie. » Gabrielle soupira et reposa sa tête. « Où est-ce qu’on va ? »

La guerrière allongea ses pas puis Gabrielle entendit un éclaboussement lorsque les bottes frappèrent l’eau au lieu de la boue. « Oh. » Elle renifla pensivement. « Oui… je pense que se montrer à la maison en ressemblant à deux monstres des marécages, n’est probablement pas une bonne idée. » L’eau lui toucha les fesses et elle tressaillit. « Ooooh… c’est froid. » Elle leva les yeux. « Tu ne pourrais pas trouver une source d’eau chaude ? »

Xena la regarda puis sourit d’un air malicieux et se contenta de se laisser tomber, les plongeant toutes les deux dans l’eau froide de la rivière. Elle lâcha Gabrielle qui se secoua vigoureusement et fit surface, en recrachant de l’eau et en se passant les mains dans ses cheveux à nouveau blond vénitien. Elle regarda Xena qui faisait de même en émergeant des profondeurs et qui relâcha un soupir qui remua l’eau par sa force. Les derniers rayons du soleil lui donnèrent des teintes dorées et éclairèrent par-derrière le linge dégoulinant qui enrobait ses formes.

Elles se firent face un long moment, s’accoutumant lentement à ce qui venait de se passer.

« Alors. » Gabrielle avança en pataugeant et tira qur sa chemise humide. « Je présume qu’il faut qu’on rentre maintenant et que tu te changes avant d’avoir de la fièvre. » Elle s’interrompit. « A nouveau. » Ellejeta un coup d’œil au visage de Xena, sur lequel il y avait un sourire indulgent, rien d’autre. Les taquineries provoquaient un… bon sentiment, comme elles ne l’avaient pas fait depuis longtemps.

« Oui, maman », répondit Xena doucement puis elle lui prit la joue. « On ferait mieux oui… j’entends ton estomac d’ici. »

Gabrielle renifla puis sourit d’un air désabusé, tandis que son corps la trahissait et elle posa la main sur son estomac. « Démasquée ! »

« Allez. » Xena tendit la main et attendit qu’elle la prenne, puis elles sortirent de la rivière et prirent le chemin qui descendait vers la maison.

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A suivre, chapitre 6-3, dernière partie