MOVING TARGET par Melissa Good

CIBLE MOUVANTE

Partie 11

Traductrice : Gaby

Chapitre 23

Le bâtiment semblait tranquille. Kerry traversa le couloir en jetant de rapides coups d'oeil à droite et à gauche dans des pièces silencieuses et des atriums quasiment vides. Tout était blanc et gris, et elle trouva ça profondément déprimant même pour leurs normes de bureau. « Au moins mes murs sont peints en bordeaux. »

Une femme travaillant dans un bureau d'un blanc immaculé leva les yeux quand elle passa et Kerry crut apercevoir un regard bleu inquiet avant que la femme ne baisse de nouveau la tête et retourne à son carnet.

Une autre femme, avec un ensemble gris strict en laine s'arrêta devant le bureau, elle tapa dessus avec son crayon puis elle s'éloigna, passant près de Kerry en jetant un regard de désapprobation à ses jeans. « Vous venez pour une livraison ? » Demanda-t-elle en s'arrêtant brièvement.

« Non. » Répondit Kerry avec un sourire gentil. « Je travaille sur un problème informatique. »

La femme aux yeux bleus assise au bureau observa l'échange furtivement, ses doigts jouant avec le stylo avec lequel elle écrivait.

« Et bien vous pourrez dire à votre compagnie de mieux habiller leurs techniciens, alors. C'est une honte. » La femme en costume gris se tourna et s'éloigna en secouant la tête. « Terrible. » Elle se retourna. « Vous êtes avec quelle compagnie ? »

« ILS. » Répondit aimablement Kerry.

« Oh, vraiment ? » La femme posa une main sur sa hanche. « Alors oubliez. Une de vos grandes patronnes est là, et je vais aller lui dire moi-même. » Elle s'éloigna en direction de la salle de conférences, ses épaules contractées d'indignation.

Le silence les entoura de nouveau. Kerry secoua la tête et commença à s'éloigner, mais un geste hésitant de la jeune femme au bureau la fit s'arrêter. Elle attendit et observa la jeune femme élégante aux cheveux courts et roux bien coupés et aux minuscules boucles d'oreilles d'un air moyennement intéressé. « Salut. »

« Désolée que vous ayez des ennuis. » Dit la fille d'une voix douce. « Elle s'occupe des affaires de tout le monde. »

« C'est bon. Je ne suis pas inquiète. » La rassura Kerry. « C'est votre chef de bureau ? »

« Ouais. Hannah Meyer. » Elle hésita brièvement. « Alors vous êtes technicienne, hein ? »

Un bref scintillement apparut dans les yeux verts de Kerry. « Non. » Elle sortit une de ses cartes de visite professionnelles et la lui tendit. « Mon nom est Kerry. »

« Shawna... oh. » La femme étudia la carte puis leva les yeux vers Kerry. « Vous êtes vice-présidente ? Vraiment ? » Sa voix semblait légèrement incrédule. « Wow. C'est bizarre. » Elle jeta un coup d'oeil à la chemise à manches courtes rouge foncé et aux jeans avec un air de doute. « Je veux dire, c'est différent du genre d'Hannah. Vous n'avez pas le look... vous ressemblez plus à une technicienne. »

« Les apparences peuvent être trompeuses. » L'avertit Kerry. « Qu'est-ce que vous faites ? » Elle indiqua la surface brillante blanche immaculée du bureau, où était posé un carnet, un pot avec deux stylos dedans, et pas grand chose de plus.

« Oh... je...hmm... » Shawna haussa une épaule. « Je coordonne les réunions. Vous savez, je programme les salles de conférence, ce genre de choses. » Elle poussa son stylo du bout du doigt. « Je m'occupe du déjeuner aussi, et de l'approvisionnement en fournitures Du classement de dossiers. » Les mots semblèrent la troubler légèrement. « C'est un bon travail, et c'est un bon bureau, vraiment sympa, vous savez ? Mes parents apprécient vraiment que je travaille ici. »

Kerry sentit brièvement un sentiment d'écho avec les propres reflets des possibilités de sa vie. « Ma famille aurait aimé que je fasse ça moi aussi. » Dit-elle à Shawna. « Mais je suis contente d'avoir choisi ma propre voie. » Ajouta-t-elle. « A plus tard. »

Elle sentit les yeux sur son dos tout le long du couloir, jusqu'à ce qu'elle tourne et ouvre la porte de la salle de pause.

* * * * *

Dar s'étira, et arqua son dos en avançant tranquillement vers les baies vitrées, alors qu'au dehors la pluie continuait à tomber à verse. Elle était seule dans la salle de conférences, vu que Hans était dans le petit bureau privé pour discuter avec ses programmeurs, et que Kerry était sortie chercher du café.

Une vague subite de bien-être l'envahit et en jetant un rapide coup d'oeil autour d'elle, Dar prit son élan, balança tout son poids sur ses mains pour faire un piquet et se mit à faire des petits pas. « Héhéhéhé. » Elle rit doucement. « Je n'avais pas fait ça depuis un moment. »

Derrière elle, la porte s'ouvrit soudainement, et quand elle entendit les bruits de talons, elle se rendit compte que ce n'était ni Hans, ni Kerry. Prise sur le fait, pour ainsi dire, elle décida de feindre que marcher sur les mains était un acte tout à fait normal et elle se retourna, repérant la silhouette petite et trapue en costume gris qui la fixait avec de grands yeux. « Oui ? » Demanda-t-elle vivement. « Vous avez besoin de quelque chose ? »

Sans un mot, la silhouette battit retraite et referma la porte en la claquant. Dar retomba prestement en arrière, atterrissant tant bien que mal sur ses talons, mais elle arque bouta son corps pour retrouver son équilibre avant de risquer de tomber sur les fesses et de se faire mal bêtement.

Avec un léger rire ironique, elle retourna vers la table de conférences, s'assit sur son fauteuil et se mit à le faire tourner doucement.

* * * * *

Kerry sourit cordialement aux deux hommes dans la salle de pause et se dirigea vers la machine à café. « Bonsoir. »

« Ah, Ms... Stuart, c'est ça ? » Le plus âgé des deux vint vers elle. « Ravi de vous revoir... mais je ne savais pas que vous deviez venir ici. Le problème est si compliqué que ça ? »

« Ils font venir la cavalerie, apparemment. » Dit son collègue. « C'est trop pour eux, je pense. »

« Non, Mr Godson, ça n'a rien à voir. » Kerry attrapa deux tasses et commença à les préparer. « Ou plutôt, pour être exacte, oui, c'est compliqué, mais Dar est tout à fait capable de s'en occuper. J'étais juste dans le coin pour visiter un autre client, et j'ai pensé m'arrêter ici. » C'était un mensonge relativement inoffensif, pensa-t-elle, et Godson aurait du mal à le vérifier d'une manière ou d'une autre.

« Ah, oui, bien sûr. » Godson hocha la tête. « Ils ont avancé, j'espère ? »

L'autre homme ricana légèrement. Kerry en déduisit rapidement son identité, et lui réfréna un sourire grimaçant. « On peut dire ça. Le programme a été réécrit, et on attend le nouveau code pour le tester. Je pense qu'on aura réglé le problème d'ici ce soir. » Elle leur sourit. « Excusez-moi. » Elle prit ses tasses et s'éloigna, s'arrangeant pour croiser le regard de Meyer avant de partir. « Désolée de vous décevoir. »

« De me décevoir ? » Godson la suivit précipitamment. « Mon Dieu, non ! C'est une nouvelle fantastique ! Fabuleuse ! Vous voyez, je vous l'avais dit, Jason. Vous êtes si pessimiste ! »

Kerry retint un sourire quand elle entendit le léger hoquet derrière elle.

* * * * *

« Vous êtes prêt ? » Demanda Dar, en s'appuyant sur un coude et elle donna un petit coup sur son pavé tactile.

« Non, pas encore. » Répondit Hans, occupé sur sa propre machine. « J'attends un dernier lot de bibliothèques de logiciels. » Il jeta un rapide coup d'oeil à Kerry qui s'occupait de ses mails dans le siège à côté de celui de Dar. « Est-ce que votre compagne à fait un bon vol ? »

« Hmm ? » Dar reporta son attention sur lui. « Oh, oui. » Répondit-elle. « Je vais établir quelques politiques de routage en attendant. » Elle se mit à siffloter doucement en travaillant, et elle se pencha légèrement son corps en avant pour entourer les pieds de la chaise avec ses jambes.

« Ah ah. » Hans l'observa, légèrement perplexe. L'entière attitude de Dar semblait différente aujourd'hui, avait-il noté. Elle paraissait détendue et presque amicale, totalement en contraste avec la femme agitée, énervée et menaçante qu'il avait rencontrée hier.

C'était peut-être parce qu'il s'avérait qu'elle avait eu raison ? Hans considéra la question. Ça le mettait souvent de bonne humeur, tout comme d'avoir tort le mettait de mauvaise humeur.

« Hé, Dar. Regarde-ça. Un email de ta mère. » Kerry se tourna et tira sur la manche de sa compagne.

Dar se redressa. « Ma mère ? » Elle se tourna et fixa Kerry. « Tu as réussi à faire utiliser un ordinateur à ma mère ? » Elle se pencha en avant et jeta un oeil à l'ordinateur de Kerry d'un air incrédule. « Pas possible. »

« Bein si. » Kerry sourit. « Mais ce n'est pas vraiment un ordinateur en fait. Bellsouth a ces petites machines pour envoyer des mails... alors je l'ai convaincue d'en prendre un. » Elle ouvrit le mail. « Comme ça on n'aura pas besoin de courir à la marina si elle ouvre un virus spam. »

« Mmh... bonne idée. » Dar parcourut le message. « Pourquoi elle ne m'a rien envoyé ? » Elle fronça les sourcils.

« Probablement parce que tu ne connais pas la recette du Jambalaya ? » Dit Kerry. « Je ne sais pas, peut-être qu'elle t'a envoyé quelque chose. Tu as vérifié ? »

Dar revint vers son ordinateur et diminua ses fenêtres de réseaux pour ouvrir sa boîte de mails à la place. Elle scruta rapidement les lignes, ses yeux s'éclairant rapidement quand elle trouva la nouvelle adresse. « Hé.. j'en ai un. » Elle cliqua dessus, puis cligna des yeux. « Mais il n'est pas de maman. »

Kerry sourit légèrement, et observa sa compagne se rapprocher de son écran, la tête légèrement penchée alors qu'elle lisait. « Hé, Dar ? » Demanda-t-elle après quelques secondes. « Est-ce qu'une femme en costume gris est venue se plaindre à mon propos ? »

Dar tourna lentement la tête et regarda Kerry. « Hein ? »

« Non rien. » La jeune femme blonde retourna son attention vers son écran. « Passe le bonjour à papa de ma part. »

Hans les regarda à tour de rôle, puis une pensée sembla soudain le frapper. Il tapa sur quelques touches, puis repoussa son ordinateur. « Très bien mon ami, il est temps. Prête à tester notre bébé ? »

Il y eut un long moment de silence.

« Dar ? » Kerry tendit la main et toucha la cuisse de Dar, la secouant légèrement pour la sortir de son intense concentration. « Je pense qu'il est prêt pour un test... tout va bien ? »

« Hum... ouais, bien. » Dar semblait un peu embarrassée. « Désolée. » Elle se tourna vers Hans et lui parla en allemand. « Prêt ? »

« Oui. Je suis prêt. Je vous préviens, on n'a pas testé ça complètement. Si on l'installe maintenant et que ça ne marche pas, je ne pourrai pas revenir en arrière et ils vont se crasher. Vous comprenez ça ? »

Dar hocha la tête. « Allez-y. »

Kerry les regarda à tour de rôle, elle ne comprenait pas les mots, mais elle pouvait voir dans les changements dans l'attitude de Dar que quelque chose allait se produire.

« Vous en êtes sûre ? » Demanda Hans. « Vous ne voulez pas prévenir ces gens de ce qui pourrait arriver ? »

« Et leur donner une chance de dire non ? » Dar s'appuya sur ses coudes. « Vous êtes le grand programmeur qui fait toujours tout parfaitement. Vous faites confiance à votre boulot ? Je fais confiance au mien. » Dit-elle. « Alors faites-le, ou admettez que vous avez merdé. »

Hans fronça les sourcils d'un air sérieux. « Ce n'est pas juste. » Marmonna-t-il. « Mais je suis sûr de ma partie. Si ça foire, je dirai que c'est vous et je me déchargerai de ça. » Il attaqua son clavier avec des gestes furieux.

« Il fait quoi ? » Demanda Kerry.

« Il entre le nouveau programme. » Lui dit Dar en observant son écran attentivement.

« Au milieu d'un jour travaillé ? » Protesta Kerry. « Dar ! » Elle se releva à demi, prise par surprise. « Et si on les plante ! »

Dar installa ses filtres et attendit, les mains légèrement pliées sur le clavier. « Je prends le risque. Je n'ai pas envie de rater un tour en carriole et un dîner avec toi pour cette bande de crétins. » Elle leva les yeux vers Hans. « Maintenant ? »

Avec un dernier claquement, Hans tapa sa dernière touche et leva les mains. « C'est fait. »

Kerry s'installa lentement dans son siège en retenant sa respiration, et elle croisa tout ce qu'elle pouvait pour que la confiance qu'elle avait dans le jugement de Dar ne l'abandonne pas... ne les abandonne pas, dans des circonstances des plus publiques.

Elles le sauraient dans quelques instants.

* * * * *

Dar savait qu'elle prenait un risque énorme. En fait, elle savait que laisser Hans remplacer le programme actuel au milieu de la journée était plus que risqué, c'était carrément un acte choquant de rupture de production qu'elle lui avait demandé de faire.

Cependant, ce qu'elle avait dit à Kerry était totalement vrai - elle n'avait pas l'intention de rester assise dans cette boîte en verre des heures durant juste pour entrer le programme au moment le plus pratique pour Godson. Il l'avait forcée à venir ici, ce qui lui déplaisait au plus haut point, et elle lui accordait une faveur. En plus, la note de son père l'avait soutenue dans son idée –

Fais-le et demande pardon plus tard.

Dar ouvrit sa session de réseau et observa ses deux routeurs avec l'intensité d'un rapace. Elle vit le flux de données s'arrêter brusquement, les paquets diminuant jusqu'à s'arrêter à part le trafic de gestion. « Le programme redémarre. »

« Ya. » Hans croisa les bras sur sa poitrine. « Toutes les sessions sont à la poubelle. » Dit-il. « Ils ne vont pas être contents, ça c'est sûr. »

Kerry posa ses mains sur la table, battant légèrement ses pouces sur la surface. Elle pouvait sentir la tension monter, et après un moment elle se leva et vint se placer derrière le fauteuil de Dar. Elle posa ses mains sur le dos de sa compagne et gratta la peau sous le coton de son tee-shirt en sympathie avant de concentrer son attention sur l'écran en face d'elle.

Dar n'aimait pas quand on rôdait autour d'elle, mais Kerry sentit une partie de la rigidité de son dos se détendre un peu sous son toucher, et elle sut que son geste de soutien avait été compris. Elle regarda les doigts de Dar pianoter sur le clavier, le rapide cliquetis des touches presque rythmé pendant que les modèles se mettaient en place en attendant que le flux de données soit restauré. « Est ce que la restauration est censée être aussi longue ? » Murmura-t-elle doucement.

« Je ne sais pas. » Répondit Dar. « Hans... » Ajouta-t-elle en Allemand. « Vous devez restaurer les serveurs ? »

« Je ne devrais pas en avoir besoin. »

« Vous pouvez vérifier ? Je ne vois pas les sessions se relever. »

Avec un soupir agacé, le programmeur allemand reprit son ordinateur portable, au moment où la porte s'ouvrait et que Jason Meyer entrait.

« Qu'est-ce qui se passe ? C'est vous qui avez fait ça ? » Lâcha le vice-président des Opérations d'un ton sec. « J'ai tous les bureaux qui m'appellent. »

Dar lui jeta à peine un coup d'oeil. «  On répare au plus tôt. » Dit-elle. « On essaye de donner au client ce qu'il veut. »

« Vous êtes folle ? Comment pouvez vous faire ça ? » Dit Meyer. « On est au milieu d'un jour de travail ! Arrêtez immédiatement ce que vous êtes en train de faire ! »

« Hans ? » Dar ignora le directeur au visage rougi.

« Vous devez toujours avoir raison ? » Répliqua Hans d'un ton dégoûté. « Ils remontent. »

Meyer s'avança vers eux, et Kerry réagit instinctivement pour l'arrêter, elle fit le tour du fauteuil de Dar et se mit entre sa compagne et l'homme qui approchait. « Donnez-leur juste une minute, M. Meyer. C'est presque fini. »

« Je ne vais pas leur donner une minute. C'est totalement irresponsable. » Répondit Meyer. « J'exige que vous nous remettiez sur pied, et tout de suite, Roberts ! » Il essaya d'éviter Kerry, mais il se retrouva bloqué, et il réalisa que l'espace derrière la table n'était pas suffisant pour qu'il la contourne. « Dégagez de mon chemin. »

« M. Meyer, calmez-vous s'il vous plait. » Kerry garda sa position. « Laissez-les finir. Je sais que c'est brutal, mais... »

« Dégagez de mon chemin. » Répéta Meyer en ignorant ses mots. « Je ne vais pas écouter un mot de toutes ces conneries. Alors maintenant bougez ou je vais... » Ses yeux glissèrent derrière elle, au-dessus de son épaule quand il s'arrêta au beau milieu de sa phrase.

Kerry sut que Dar venait de se lever derrière elle. Elle pouvait presque sentir le danger qui glissait sur ses omoplates, mais elle maintint son regard concentré devant elle et elle garda le même ton. « Mr. Meyer, vous avez des problèmes depuis que vous avez ce programme. La plupart de vos employés ne peuvent de toutes façons pas travailler dans la journée, et c'est tellement lent que ceux qui peuvent travailler sont totalement frustrés. Pourquoi est-ce que vous ne nous donnez pas une change de changer ça ? Ça vaut la peine d'avoir un arrêt de dix minutes. »

Pendant un moment, elle pensa qu'il allait l'ignorer. Mais finalement il fit un pas en arrière en plissant le visage. Il se tourna de nouveau vers elle, bien que la direction de son regard indiquait qu'il regardait quelque chose derrière elle dans sa vision périphérique.

« Ce n'est pas une question de dix minutes ou pas. » Dit-il calmement. « Le problème c'est que vous avez tout coupé sans nous prévenir. Je ne trouve pas cela acceptable, Ms. Stuart. Et vous ? »

Kerry entendit le faible grincement du fauteuil derrière elle et elle se détendit légèrement, même si elle savait que la question de l'homme était pertinente et qu'elle n'avait aucune bonne réponse. « Et bien, c'est quelque chose dont nous pourrons discuter une fois le problème résolu. » Concéda-t-elle. « Alors pourquoi est-ce qu'on... »

« Ça remarche. » La voix de Dar la coupa. « Maintenant je restaure les filtres. Voyons si je peux donner des ailes à ce phacochère. »

Kerry se tourna en laissant échapper un imperceptible soupir de soulagement, et elle trouva sa compagne de nouveau penchée sur son ordinateur portable. Elle s'avança et repositionna sa main sur le dos de Dar. « Vous voyez ? Ça a pris moins de dix minutes. Je dirais même à peine cinq minutes. »

Dar sentit que les battements de son coeur commençaient lentement à se calmer alors qu'elle se forçait à se concentrer sur l'écran. L'adrénaline qui pompait dans son corps menaçait de faire trembler ses mains, et elle les étendit calmement sur le repose-poignets pressant silencieusement ses algorithmes de faire leur travail.

Obstinément, le débit semblait leur résister, ne lui donnant aucune réelle amélioration. Réfrénant un juron, Dar étudia le rendement, soudain consciente du silence tendu autour d'elle, et des espérances qui pesaient fortement sur ses épaules.

La plus lourde d'entre elles était sans conteste le contact léger sur son dos.

« Je doute que quoi que ce soit soit arrangé. » Lança Meyer. « En fait, je doute franchement que vous sachiez même ce que vous êtes en train de faire. »

« Dar ? » Dit doucement Kerry.

« Je sais. » Répondit sa compagne. « Donne-moi une minute. Je regarde. »

Ses yeux repérèrent une erreur. Avec un petit pincement de lèvres, elle mit en place la nouvelle configuration et observa les flux clignoter à nouveau à un rythme complètement différent cette fois. Dar laissa échapper un souffle silencieux. Les pointes erratiques des jauges disparurent, remplacées par un flot bien plus bas, et le niveau de sortie devint d'un joli vert clignotant.

« Et bien malheureusement pour vous, mais heureusement pour votre compagnie, vous aviez tort, M. Meyer. » Dit Kerry. « Pourriez-vous contacter un de vos bureaux en région, s'il vous plait, pour voir comment ça se passe pour eux ? Ça me semble très bien ici. »

Hans s'était levé, et il fit alors le tour de la table pour se planter de l'autre côté de l'épaule de Dar se penchant en avant pour regarder l'écran avec intérêt. « Beuh. » Grogna-t-il.

Meyer attrapa le téléphone de la salle de conférences et composa un numéro. On lui répondit après quelques sonneries. « Bob ? C'est Jason Meyer de New York. »

Une pause. « Oh... ah, oui, oui Monsieur. » Répondit Bob. « Quelque chose ne va pas ? »

Meyer redressa légèrement la tête. « C'est à vous de me le dire. »

« Monsieur ? »

Avec un froncement de sourcils, le vice-président des Opérations rapprocha le téléphone. « Vous pouvez vous connecter au système et me dire si vous voyez une différence ? Vous ne trouverez probablement rien, mais on a essayé quelque chose, et je vérifie juste. » Il leva les yeux quand Stewart Godson entra. « Il semblerait qu'on ait été mis en panne sans avertissement, Monsieur. »

« Hein ? » Godson s'avança. « C'est vrai ? Je n'ai rien remarqué. » Il jeta un coup d'oeil curieux au groupe autour de la table. « Qu'est-ce qui se passe ici ? »

« Vérifier le système ? Oh, okay, Monsieur. » Répondit Bob. « Je fais ça tout de suite. »

Kerry décala sa main et entoura l'épaule de Dar de son bras en s'approchant un peu plus, de sorte que sa hanche touchait maintenant la manche de Dar. Elle n'était pas inquiète à propos du test – elle savait que Dar avait réussi en regardant l'écran, mais elle se demanda brièvement si le risque n'avait pas endommagé leur relation avec le client plus que nécessaire.

Elle se demandait aussi ce que Dar pouvait ressentir. Elle pouvait voir son reflet dans l'écran de l'ordinateur, et pendant une seconde, les yeux bleus se levèrent et leurs regards se croisèrent. Kerry sourit un petit peu, et fut récompensée par un petit clignement d'oeil.

« Je ne pense pas que nous allons être satisfaits par le résultat, Monsieur. » Meyer secoua la tête. « Et toute la compagnie a été perturbée. Vous savez ce que je crois ? Je crois qu'on a besoin de ... »

« Monsieur ? » Le coupa la voix de Bob. « Je ne sais pas ce que vous avez fait, mais Bon Dieu, ça marche du feu de Dieu. Wow. Tout le monde est vraiment excité. »

Dar joignit ses mains et sourit d'un air supérieur. « Vous avez besoin que je traduise Hans ? » Demanda-t-elle au programmeur. «  Ça marche. »

Godson frappa dans ses mains. « Magnifique ! Bob, vous êtes en Arizona ? »

« Oui, oui... ah, c'est M. Godson ? Oui Monsieur. » Bob semblait confus, mais heureux. « On est dans le groupe test ? Je n'ai pas reçu l'email. »

« PERSONNE ne l'a eu. » Gronda Jason entre ses dents.

« Bien sûr que ça marche. » Dit Hans en reniflant. « Vous êtes brillante, je suis brillant, c'est un miracle que la salle ne s'illumine pas avec notre brillance combinée. On peut aller boire une bière maintenant ? »

Kerry sentit qu'elle se détendait, et elle s'appuya contre Dar presque inconsciemment. « Je n'ai aucune idée de ce qu'il vient de dire, mais j'ai bien compris la partie sur la bière. Je suis partante. »

« Pour le déjeuner ? » Dar fit une subtile danse de triomphe sur sa chaise, et elle bougea ses épaules pour frapper Kerry sur son côté. « Stewart, vous pouvez envoyer une note à tout le monde, et décider d'un consensus avant qu'on en termine avec tout ça. Je veux savoir si tout le monde est satisfait. »

Godson était déjà au téléphone. « Allô, Harry ? Oui... oui, c'est Stewart... écoutez, je pense que nous avons résolu notre problème de performance de système... vous pouvez aller voir ? Quoi ? » Il écouta. « C'est fait ? C'est vrai ? Fabuleux ! C'est une très bonne nouvelle... Qu'est ce que j'ai fait ? Oh, et bien, vous savez il nous a suffi de mettre en place autre chose... vous voyez, un nouveau système, ce genre de choses. »

Dar ricana et leva les yeux au ciel.

« Bon, merci, Harry. » Godson rayonnait. « Je suis heureux que vous soyez satisfait, et j'espère que je mériterai encore longtemps votre respect. Écoutez, si vous entendez d'autres commentaires, faites le moi savoir, hein ? » Il ferma son téléphone et se tourna vers eux. « Mesdames et messieurs, jusque là tout va bien. C'était notre directeur financier. C'était l'un des plus sensibles... il est à Boca Raton. »

« On lui a sauvé la peau. » Traduisit Dar pour Hans. « Je parie qu'il va avoir un bonus pour ça. »

« Hah. » Dit Hans en ricanant.

« Et bien, je suis contente qu'on ait pu régler le problème, Stewart. » Continua-t-elle en Anglais. « Hans et moi pensions que si on injectait les changements en production dès maintenant, nous pourrions savoir dès ce soir s'il y avait le moindre problème – si nous le faisions en dehors des heures de travail, nous devrions attendre lundi pour tester le nouveau programme. »

Stewart hocha vivement la tête. « Bon plan. Et bien Jason ? Allons nous attribuer le mérite de tout ça si vous voulez bien ? Je vous avais dit que ça marcherait. Vous devriez avoir un peu plus la foi parfois. »

Meyer avait l'air d'avoir un citron vert coincé dans la gorge. « Oui monsieur. » Dit-il finalement. « Vous aviez raison en fin de compte. » Admit-il. « Mais je pense qu'on doit discuter de nos contrats externalisés, pour être sûr d'avoir plus de contrôle sur le processus. » Il se tourna et se dirigea vers la porte, faisant une pause pour attendre son patron. « Je n'oublierai pas la manière dont ça a été accompli, indépendamment du résultat final. »

Godson se mit à rire. « Jason, lâchez l'affaire. » Il fit un petit signe de la main à Dar en partant. « Ma secrétaire vous enverra un compte-rendu, Dar. Je vous ferai connaître les échos. » Il suivit Jason et ferma la porte derrière lui, les laissant dans un moment de silence mutuel pensif.

* * * * *

La pluie s'était finalement arrêtée, et un pâle coucher de soleil perçait à travers la fenêtre du bureau de Stewart Godson, alors que Dar mettait officiellement fin à leur visite. Le directeur était assis derrière son bureau, les mains croisés derrière la tête, apparemment très satisfait de lui, et par conséquent, tout aussi satisfait de Dar. « Et bien Dar, je réalise que la tâche a été rude, mais tout est rétabli, pas vrai ? »

Dar posa ses avant-bras sur les accoudoirs de la chaise d'un air posé. « Tout est rétabli. » Dit-elle. « Pas de la manière dont on aime que les choses soient faites, mais le fait est que c'est fait, et que vous pouvez reprendre le travail. »

« Ça c'est sûr. » Acquiesça Godson. « Tout ceux que j'ai entendu jusqu'ici ici sont vraiment très satisfaits, et je pense que maintenant nous allons pouvoir trouver une solution pour travailler avec la compagnie de Hans si quelque chose clochait de nouveau. Alors, merci, Dar. Je vous suis redevable. »

Il y avait des moments pour se réjouir, et d'autres où il fallait se contenter d'être aimable. Dar n'aimait pas vraiment être aimable, et c'était bien plus fun de se réjouir, mais elle avait laborieusement acquis un sens des convenances au fil des années, et elle n'aimait pas le gaspiller. « Je suis contente d'avoir pu vous aider, Stewart. »

Il lui fit un petit signe de la main. « Je n'en doute pas une seconde. » Dit Godson. « Des gens sont venus me proposer des contrats meilleur marché que les vôtres mais je sais que quand ça chauffe pour mes fesses, vous venez toujours me sortir de là. Ça compte beaucoup pour moi. »

« Et bien Stewart, vous savez que nous vous estimons beaucoup en tant que client. » Dar passa stoïquement les pas de danse imposée. « Alors j'espère que nous pourrons toujours vous venir en aide. »

« Moi aussi. » Godson se leva et commença à arpenter la pièce. « Mais qu'est-ce que vous avez bien pu faire pour que ce vieux Jason soit aussi en colère contre vous ? J'ai eu droit à un foin de la taille de l'Empire State Building après être sorti du bureau. » Il s'assit sur le coin du bureau, et regarda Dar avec curiosité. « Il a vraiment un problème avec, comme il dit, votre éthique. »

« Mon éthique ? » Dar pointa sa propre poitrine de son pouce. « Stewart, cet homme à des actions dans une compagnie concurrente à la mienne, et il voulait qu'on abandonne pour pouvoir les engager. Et il se plaint de *mon* éthique ? » Elle secoua à moitié la tête. « Vous feriez mieux de faire attention à lui. Il en a après votre job. »

Une ride se creusa sur le front de Godson. « Vous le pensez vraiment ? C'est un brave type, Dar. Très pointu. »

Dar soupira. « Stewart, c'est un rat. Vous n'êtes pas obligé de me croire, mais au moins surveillez vos arrières parce que je ne veux pas avoir à négocier avec lui quand il va falloir renouveler les contrats. Il ne nous laissera aucune chance. »

Godson paraissait sceptique, mais il hocha quand même la tête. « Et bien, je garderai ça à l'esprit. » Répondit-il diplomatiquement. « Vous savez qu'on ne peut pas tous travailler aussi amicalement ensemble que vous et Ms. Stuart le faites. »

Dar haussa un sourcil.

« Mais vous les filles, vous êtes bien plus copines que nous les gars. » Continua Stewart. « Quoi qu'il en soit, je ne veux pas vous retenir, Dar. Je sais que vous avez des choses à faire et des personnes à aider. Vous prenez l'avion ce soir ? »

« Non. » Elle se leva et lui tendit la main, serrant celle de Godson quand il la saisit. « Nous les filles, on va sortit ensemble pour un petit dîner romantique avant d'aller voir un spectacle au Radio City Music Hall. » Elle relâcha sa main, et observa sa mâchoire se décrocher alors qu'il comprenait le sens de ses paroles. « On partira demain matin. Mais merci de demander. Passez une bonne journée. »

« Mai... » Godson se releva à moitié, la main toujours tendue, alors que Dar se tournait et s'avançait vers la porte. « Ah... au revoir ? »

La porte se referma derrière la grande silhouette de Dar, laissant la pièce beaucoup plus vide sans sa présence dynamique. Godson laissa sa main retomber sur son genou et ricana en secouant doucement la tête dans la pièce maintenant silencieuse.

* * * * *

Kerry glissa les mains dans ses poches, en attendant au rez-de-chaussée de l'immense immeuble de bureaux. Les grands murs de granit lui rappelaient leur bureau de Miami, mais elle trouvait le gris ardoise bien plus froid et impersonnel que les nuances cuivre et bronze qu'ils avaient dans le sud.

Elle était contente que le temps se soit éclairci, même si le soleil brumeux promettait une chaleur humide, au moins elles pourraient avoir leur tour en carriole avant d'aller trouver un restaurant pour un dîner tranquille. Le spectacle de ce soir était un opéra, et ni l'une ni l'autre n'était vraiment emballée, mais Kerry s'en fichait un peu. Elles avaient des sièges bien situés, et Dar lui avait promis qu'elles iraient faire du shopping pour lui trouver une robe sans bretelle.

La vie était belle. Elle soupira. Du moins sa vie personnelle était belle. Même si elles avaient réglé le problème, elle avait le sentiment qu'il restait un problème sous la surface et elle était certaine que Meyer serait dorénavant une épine dans leur pied.

Elle se demanda ce qu'elle aurait fait si elle avait été à la place de Dar. Aurait-elle joué la sécurité ? Impliquer les clients dans la décision, et baser les tests sur leurs besoins ? Est-ce que ça aurait été une meilleure solution à long terme ?

Kerry soupira et s'appuya contre la vitre en observant le trafic à l'extérieur. Ce que Dar avait dit à Godson sur les tests pendant les heures de bureau était tout fait vrai, en fait, et elle le savait. Mais elle savait aussi que la décision de Dar n'était pas vraiment basée sur cet argument - elle voulait simplement résoudre le problème et partir parce qu'elle avait, selon elle, des choses plus importantes à faire.

D'un point de vue professionnel, Kerry nétait pas d'accord avec cette position. D'un point de vue personnel, vu que c'était elle la chose plus importante, c'était vraiment dur d'argumenter, et elle non plus n'avait vraiment aucune envie de passer la nuit assise à une table dans ce bureau.

Hans s'éclaircit la gorge doucement, et s'appuya contre la vitre à côté d'elle en lui donnant un hochement de tête poli.

Kerry hocha la tête en retour et lui sourit timidement.

« Kerry, c'est ça ? » Dit Hans.

« C'est ça. » Répondit Kerry. « Vous avez fait du bon travail. » Elle n'était pas très sûre de savoir ce qu'il comprenait, mais des mots gentils n'avaient jamais fait de mal à personne, quelle que soit la langue. « Merci d'avoir travaillé avec Dar pour arranger ça. »

Il sembla avoir compris l'essentiel, parce que son visage s'éclaira d'un sourire. « C'était un plaisir. » Dit-il soigneusement. « Votre Dar est un grand talent. »

Ma Dar. Kerry savait qu'il ne voulait pas véritablement dire ça, mais elle était heureuse d'accepter le compliment. « Merci. Oui, elle est très talentueuse. »

« Et elle a bon goût. » Commenta Hans, en lui faisant un petit clin d'oeil.

Kerry le fixa pendant une seconde avant de réaliser qu'il faisait probablement référence à elle. « Ah... merci. » Répondit-elle, et soudain elle se souvint de la manière dont elle s'était collée à Dar dans la salle de conférence, totalement inconsciemment. Si Hans avait remarqué ça, alors peut-être que Meyer et Godson aussi, et...

« On sort d'ici. » Dit Dar en les rejoignant et en répétant la phrase en Allemand pour Hans. « Tu es prête pour aller prendre une bière ? » Demanda-t-elle à Kerry en lui ébouriffant légèrement les cheveux sur la nuque. « On a un peu de temps avant d'aller trouver de vrais habits pour notre rencontre avec le monde culturel. »

Le contact la rassura et Kerry acquiesça et indiqua la porte d'un geste du doigt. Ils sortirent dans la chaleur moite et commencèrent à avancer sur le trottoir ensemble.

« Je pense que j'ai embarrassé votre petite-amie. » Dit Hans à Dar d'un ton légèrement perplexe, après qu'ils eurent marché pendant plus d'un demi-bloc en silence.

Dar lui jeta un coup d'oeil. « Elle n'est pas ma petite amie. »

Hans rougit, un fard très visible sur sa peau claire. « Alors je me suis embarrassé tout seul, et je m'en excuse. » Dit-il. « Je pensais... »

« Elle est ma femme. » Dar enroula son bras autour des épaules de Kerry. « Tu n'es pas embarrassée par ça hein ? » Demanda-t-elle à Kerry en anglais.

Kerry décala la courroie de sa mallette, suspectant d'être le sujet de la discussion. « Par quoi ? »

« Être mariée avec moi ? » Dar répéta la question en allemand.

Elle s'arrêta presque de marcher. « Est-ce que tu as mis un hallucinogène dans cette dernière tasse de café ? Bien sûr que non. » Répondit Kerry. « Pourquoi tu demandes *ça*, nigaude ? » Elle glissa un doigt à l'intérieur de l'accroche de la ceinture de Dar et tira dessus pour alléger ses mots. « C'est parce que je n'ai pas mis mon tee-shirt 'je suis avec elle' aujourd'hui ? »

Dar gloussa. « Hans pensait qu'il t'avait embarrassée. » Expliqua-t-elle. « Il pensait que tu étais ma petite amie. »

« Oh. »

« Alors je l'ai corrigé. »

« Eh. » Kerry lui lança un regard penaud. « Ouais, j'ai été un peu démonstrative là-haut. Désolée. Je me demande si les autres l'ont remarqué aussi... peut-être que c'est pour ça que Meyer était si désagréable. »

Dar pencha la tête d'un air un peu perdu. « Hein ? »

« Oh, attends, voilà mon tee-shirt. » Montra Kerry. « Celui-là, juste là. »

Dar jeta un coup d'oeil à la vitrine. « Ma copine peut botter les fesses de ta copine ? » Demanda-t-elle en riant. « Seigneur, Kerry. »

« Choisis, mais je préférerais être Kerry. » Répondit sa compagne.

« Attends un peu. » Dar ralentit. « Qu'est-ce que tu voulais dire à propos de tout à l'heure. » Elle baissa légèrement la voix.

Dar n'avait pas noté ? Se demanda Kerry avant de se rendre compte qu'elle non plus ne s'en était pas rendu compte. « Oublie. On en reparlera plus tard. » Kerry donna un petit coup dans la hanche de Dar. « On va où ? »

Ils s'arrêtèrent au coin et attendirent que le feu change de couleur. Hans glissa ses mains dans ses poches et observa autour de lui avant de se tourner vers Dar d'un air interrogatif. « Le bar de l'hôtel, ça vous irait ? »

Dar s'était approchée d'un marchand ambulant et renifla l'air. « Ouais, ça ira. » Elle cria par dessus son épaule. « Ker, tu veux des noix ? » Elle s'avança jusqu'au stand et examina son contenu, puis elle montra des noix de pécan à la cannelle avant de sortir quelques billets de sa poche arrière.

N'ayant pris que quelques tasses de café depuis le petit déjeuner, Kerry trouva que les noix étaient tout à fait bienvenues. « Sûr. » Elle rejoignit sa compagne jusqu'au stand. Alors qu'elles payaient leurs achats, une voix familière perça le bruit de la foule, et Kerry se tourna pour voir Jason Meyer en train de discuter rudement dans une cabine publique. Elle poussa Dar du coude et lui indiqua l'homme d'un mouvement de tête.

Dar se tourna et mit une noisette entre ses dents en jetant un coup d'oeil inquisiteur dans la direction indiquée par Kerry. « Ah. » Grogna-t-elle. « Cet idiot ne croit même pas aux téléphones portables ? Et il se dit technologiste ? »

C'était curieux. Kerry le reconnaissait. Les téléphones portables étaient tellement intégrés dans la société qu'il paraissait bizarre qu'un homme qui en avait plusieurs, et qui avait à sa disposition une nuée de commutateurs d'entreprise, vienne téléphoner dans une cabine publique au milieu de la foule de Manhattan, un vendredi après-midi.

Pourquoi ?

« Écoutez ! Je me fiche de ce que vous faites ! Faites le c'est tout ! » Hurla Meyer avant de raccrocher le téléphone. Avec un regard dégoûté il partit, en évitant Hans de justesse. « Excusez-moi. »

Il se déporta et disparut sans avoir apparemment reconnu le programmateur. Hans le regarda, puis leva les yeux vers Dar et Kerry. Il haussa les épaules et leva les mains, dans un geste au message universel, qu'elles lui renvoyèrent.

Elles rejoignirent Hans au coin de la rue et observèrent Meyer se diriger rapidement vers l'immeuble de la compagnie. Il poussa rudement une femme portant deux grandes boîtes et la fit presque tomber, mais il ne lui jeta même pas un coup d'oeil en rentrant dans le bâtiment.

« Mais qu'est-ce qui lui a pris ? » Se demanda Kerry. « Tu sais, je lui ai parlé il y a quelques mois, Dar. Il m'a semblé bien à ce moment là. Je me demande ce qui a bien pu lui arriver ? »

Dar mâchouilla sa noix et l'avala. « J'en sais fichtre rien. » Elle poussa Kerry du coude en direction de l'hôtel. « Qui sait ? Peut-être que c'est à cause de moi. Il m'a tapé sur les nerfs à la seconde où je suis arrivée, et je l'ai envoyé balader. » Elle commença à traverser la rue aux côtés de Hans, en même temps que le flot des piétons. « Peut-être que c'est juste un idiot. »

« Hmm. » Kerry la suivit en grignotant ses friandises. « Peut-être qu'il est de la même famille que Shari. C'est le même genre d'imbécile arriéré. »

Dar s'arrêta un instant et la regarda. « Tu as encore discuté avec mon père, hein ? » Dit-elle d'une voix traînante en lançant un sourire espiègle à Kerry. « Ça sonne bizarre avec l'accent du Midwest. »

« Hé. » Kerry ricana. « Je deviens sudiste. Attends de voir. »

* * * * *

A suivre.