INDISCRETIONS

La Troisième saison

Créée, produite, réalisée et écrite par :

Fanatic et TNovan

 

Traduction : Fryda

 

Episode Vingt-et-un : Tout Est Nouveau Pour Moi (It’s All New To Me)

« Est-ce que ça va ? » Me demande Kels tandis que je l’aide à sortir de la voiture.

Je regarde ma compagne. Elle porte une robe éblouissante en satin sans bretelles, couleur ivoire. Bien sûr, ce n’est pas la robe qui est éblouissante mais la femme qui la porte. « Chérie, si tu voulais que ça aille encore plus, nous ne serions pas venues ici pour commencer. »

Elle me sourit et me presse la main qu’elle tient toujours. « Tu es gentille. »

Je me penche et je mets le nez dans son cou, bien exposé pour une telle activité. « Oh, non, je ne le suis pas, chér. Je suis mauvaise jusqu’à l’os. »

Elle me laisse là quelques instants avant de me repousser doucement. Sa main traine sur ma poitrine et ses doigts sur mon col. « Tu es plutôt pas mal non plus, l’Etalon. »

Je sens ma poitrine qui se gonfle au compliment. « Tu aimes bien, hein ? » Rien de tel qu’un smoking Perry Ellis entre amies.

La réponse c’est un baiser sur mon menton.

« Tu es sûre qu’on doit entrer ? »

Kels rit, sa voix chaude dans l’air frais de la nuit. « Papa remarquerait notre absence. Et s’il ne le faisait pas, je te garantis que Mama, elle, s’en rendrait compte. »

Je vole un baiser tant que je le peux. « Combien de temps devons-nous rester ? »

Le regard qu’elle me lance me brûle à travers mes vêtements. « Pas terriblement longtemps. »

 

* * *

 

Nous entrons dans le World Trade Center et prenons l’ascenseur express pour monter au trentième étage. Le Club Plimsoll est un endroit privé où l’on peut dîner. Papa en est membre depuis le plus longtemps que je me souvienne. C’est absolumment merveilleux et j’ai hâte de voir la réaction de ma compagne. Chaque année, les membres du club organisent une fête de Saint Sylvestre pour eux et leurs familles. Maintenant que Gerrard, Jean et Robie en sont également membres, une présence massive des Kingsley est toujours garantie.

Tandis que nous montons, Kels demande, avec une pointe de taquinerie dans la voix, « Qui était Plimsoll ? Un avocat célèbre de la Nouvelle Orléans ? »

« Mais non. Samuel Plimsoll était un Britannique connu pour avoir sauvé la vie de milliers de marins. Dans les années 1800, beaucoup de navires étaient perdus à cause du chargement trop lourd. Alors il a pressé le Parlement de demander une marque sur le côté de chaque navire pour indiquer quand celui-ci était plein. Bien sûr, les propriétaires de navires l’ont combattu, mais il a fini par gagner. Et cette marque, connue sous le nom de marque Plimsoll, a été adoptée juste après par toutes les nations qui naviguaient. Papa dit que le club a été nommé d’après lui pour rendre compte du commerce international qui se déroule ici. »

« Tu es un puits d’information, Tabloïde. »

Je lui tords le nez. « Sale gamine. »

Les portes s’ouvrent et nous sortons dans le lobby. Je me redresse immédiatement. Bien sûr, j’escorte la plus belle femme du bal. Je ne devrais pas m’affaisser. D’une main légère sur le bas de son dos, je guide Kels vers la salle Versailles où un dîner tardif va être servi.

Nous n’avons pas fait deux pas dans la pièce que Gerrard et Katherine nous accueillent. Gerrard est plutôt élégant dans son smoking, et, comme toujours, Katherine est merveilleuse. « Bonne Année ! » S’exclame-t-il en se penchant pour embrasser Kels sur la joue.

« Pas encore », je le corrige, en embrassant Katherine sur la joue. « Est-ce que le reste de la famille est arrivé ? »

« Vous êtes les dernières », répond Gerrard avec une étincelle dans les yeux. Il semble penser que j’ai été plus chanceuse ce soir que je ne l’ai été en fait. Et bien, je suppose que nourrir mes bébés et leur chanter des berceuses compte pour de la chance. « Robie vous garde jalousement des sièges. »

Kels relâche mon bras et prend celui de Gerrard en me gratifiant d’un sourire joueur. « Alors, cher frère, y allons-nous ? Avant que Robie ne soit obligé de faire quelque chose d’idiot ? »

Gerrard met sa main sur celle de Kels qui se trouve maintenant sur son biceps. « Tu penses vraiment que quelque chose pourrait l’en empêcher ? »

« Et bien, on peut toujours essayer. C’est notre devoir de surveiller les plus jeunes membres de la famille. »

Et sur ces mots, ils se dirigent vers la salle à manger.

Je souris à Katherine. « On y va ? »

Nous sommes bientôt attablés. C’est un moment où Mama et Papa ne peuvent pas être à table avec nous. Ils sont à la table de son cabinet. C’est plutôt plus amusant qu’on soit entre enfants. Surtout maintenant qu’on a des âmes-sœurs et que nous sommes heureux ensemble.

Une fois assise, je donne un petit coup à Kels et je lève la mâchoire vers Lucien et Rachel qui se font des mamours comme des lycéens énamourés.

Kels se penche en avant et me murmure à l’oreille, sa respiration chaude et qui se balade dans divers endroits de mon anatomie, « Tu es jalouse. »

Je ris et je lui prends la main. « Oui, chér. Mais c’est beau à voir, pas vrai ? »

« Absolument. Rien ne vaut de commencer le nouveau millénaire en étant fou amoureux. »

« Je suis tellement heureuse que tu dises ça, ma chérie. » Je m’arrête un instant pour faire un effet dramatique. « Je suis tellement contente qu’une autre personne sur cette planète se rende compte que le nouveau millénaire commence en 2001. »

« Je vois. » Kels prend un verre d’eau et prend une gorgée. « Alors es-tu contente que je sois folle amoureuse ou bien que je sache donner l’heure ? » Elle tient le verre devant ses lèvres pour tenter de m’empêcher de voir son sourire.

J’aime tellement jouer avec ma compagne. « Comme tu le sais, il est important que nos enfants sachent donner l’heure. Mais il est encore plus important qu’ils sachent combien leurs parents les aiment… et s’aiment l’une l’autre. » Je me penche pour un baiser. « Il se trouve que je suis follement amoureuse de toi, Kelsey Diane. »

Je reçois le baiser que je recherchais. « Contente de l’entendre, Tabloïde. Je détesterais devoir t’échanger pour un nouveau modèle. Je commence seulement à t’entrainer. »

Robie lève son mug moche au milieu de notre échange. « Assez ! Vous nous donnez le diabète. C’est déjà bien assez que ces deux-là en fassent des tonnes. »

Avant que je puisse le taper sur le front, Kels se penche et embrasse Robie sur la joue. Ensuite elle la tapote et lui fait un clin d’œil. « Nous t’aimons aussi. »

Renée se met à rire de son mari. « Allez, mon cœur. Allons danser comme ça tu n’auras pas besoin de voir toutes ces manifestations de tendresse. »

Je tends la main à ma compagne. « Montrons leur comment on danse. »

Après plusieurs tours sur le parquet, je sens une tape sur mon épaule. Qui serait assez fou pour essayer de me prendre ma nana ? C’est Gerrard. Je le laisserai vivre. « Je peux ? » Demande-t-il poliment.

Je relâche Kels et recule. « Amuse-toi. »

Kels rit et secoue la tête. « Apparemment, je suis un apéritif. » Elle me fait un clin d’œil. « Et moi qui me voyait plutôt comme un dessert. »

Sans m’inquiéter que mon ainé se trouve là, je secoue la tête. « Oh, non, ma chérie, tu es le plat principal. Pour toujours. »

« Tsk, tsk, tsk. » Elle se met entre les bras de Gerrard mais réussit à remuer le doigt dans ma direction. « Allons, allons, l’Etalon, tu sais parfaitement que ça dépend qui sert qui. »

Est-ce que mon visage est aussi rouge que je le sens ? Apparemment oui parce que Gerrad rit hystériquement. « Tu ferais mieux de partir, Harper. Tu ne gagneras pas cette fois. »

« Tu as raison. Amuse-toi, ma chérie. » Et je m’éloigne rapidement.

 

* * *

 

« Toutes les femmes devraient te ressembler moins de deux mois après avoir eu des jumeaux », me complimente Gerrard tandis qu’il nous conduit avec une grande aisance sur le parquet.

« Ça n’a pas été facile et ce n’est pas terminé, mais je voulais retrouver ma forme. » Je ne peux pas me permettre d’agir autrement. Pas dans ma carrière et sûrement pas si je veux me tenir au niveau de Brennan, Collin et Harper. Je note que Gerrard s’assure que nous soyons à bonne distance des membres de la famille. Ça doit être une ‘Conversation de Grand Frère’.

« Comment tu te sens autrement ? Je sais que ça a été dur pendant plus d’une semaine pour toi. »

Ouaip, c’est une CGF. « Bien mieux », je le rassure. « C’était un très mauvais cas de bébé blues. Mais c’est passé, heureusement. Je n’ai jamais été plus heureuse dans ma vie. »

Il hoche la tête d’un air approbateur. « Je suis content de l’entendre. Harper te vénère ainsi que les bébés, j’espère que tu le sais. Je le sais pour avoir été vingt-six ans son grand frère. Est-ce que tu aimerais que je voie quelque chose avec elle ? »

Je ne peux m’empêcher de rire. La pensée de quelqu’un qui voit avec Harper est drôle. Elle a tendance à agir selon son idée. Sauf quand je suis concernée. « Gerrard, toi et moi avons à peu près le même âge et nous avons bien plus d’expérience du monde que quelqu’un de l’âge d’Harper. Elle est jeune. Elle ne se fatigue pas les méninges avant d’agir, mais je l’aime. » On n’a jamais prononcé de mots plus vrais. « Elle m’a donné ma vie. Elle va me garder jeune et alerte. J’ai toujours voulu être riche et avoir une amante plus jeune », je le dis d’un ton taquin et je savoure la réaction de Gerrard. « Je ne l’échangerais pour rien au monde. »

« Content de l’entendre. Mama célèbre le jour où Harper t’a amenée à la maison. »

« Pour être honnête », je croise son regard et espère qu’il verra ma sincérité, « moi aussi, Gerrard. Je n’ai jamais eu d’endroit auquel j’appartenais avant ça. Je sais que je peux revenir ici même sans Harper, disons si elle était en mission loin du pays ou un truc comme ça. Je pourrais venir ici avec les bébés et nous serions à la maison. Avec notre famille. Je n’ai jamais connu ça auparavant. Avec Harper et tout ça, je suis enfin entière. Je n’ai pas besoin d’autre chose. »

Il doit le voir parce qu’il se penche et m’embrasse sur la joue. « Alors quand est-ce que vous rentrez à la maison ? » Ses yeux contiennent l’humour qu’il entend mettre dans la question.

« Je vais te dire, je viens juste de signer ce nouveau contrat avec Indiscrétions qui me donne l’antenne pour trois ans. Mais je ne me vois pas rester aussi longtemps. A moins qu’Harper ait une offre qu’elle ne puisse refuser. » Je soupire. J’espère qu’elle n’en aura pas, pour être honnête. « Si ça ne tenait qu’à moi, nous ne rentrerions simplement pas. »

« Qu’est-ce que tu ferais ici ? Ou bien tu te contenterais d’être avec tes bébés – les trois ? »

Nous rions ensemble. « Pendant un moment ce serait absolument en haut de ma liste. J’ai quelques idées pour des boulots que je pourrais faire d’ici et rester active dans le métier. »

« Ah, le Guide du Bayou par Kelsey Kingsley ? » Demande-t-il avec un accent exagéré.

J’adore vraiment l’accent de la Nouvelle Orléans. Chaque fois qu’Harper me parle comme ça… arrête ça, Kels. Tu ne veux pas l’attaquer dans un placard ici. Ou bien si ? Je me concentre et je réponds, « je suppose que je pourrais faire un truc comme ça. » Je joue avec le revers de son smoking. « Mais je pense utiliser le nom de Stanton et donner une visibilité nationale aux résidents importants de la Nouvelle Orléans en les convaincant du bénéfice qu’ils pourraient en tirer. Je pourrais finir par avoir un parfaitement charmant beau-frère à la Cour Suprême de Justice. »

Gerrard rit de bon cœur. « Nan, Robie n’est pas si charmant. Il se contente de te dire qu’il l’est. »

 

* * *

 

Une heure plus tard, après que le dîner a été servi, j’emmène Kels vers les fenêtres pour lui montrer la vue. Je reste derrière elle et je glisse mes bras autour de sa taille, ma joue légèrement pressée contre la sienne. De mon index je pointe les sites. « Tu t’en doutes, ça c’est le Mississipi. Et un peu sur notre droite, voilà la River Walk où Renée et toi avez essayé de nous ruiner Robie et moi. »

« Je n’ai même pas commencé à essayer, Tabloïde. » Elle embrasse ma joue en riant de moi.

« Oh bon sang. Et sur notre gauche, le Quartier Français et l’Aquarium des Amériques. J’ai hâte qu’on puisse y emmener les jumeaux, Kels. J’adorais cet endroit quand j’étais petite. » Je pointe un bateau à vapeur à quai le long de la rivière. « C’est le Natchez. Les Ducs de Dixieland jouaient dessus très souvent. Mama emmenait Papa deux fois par an. Il adore la musique Dixieland. »

« Harper ? » Kels se retourne dans mes bras en passant ses mains sur ma veste. Des frissons me parcourent l’échine et je maudis le fait d’être en public.

« Oui ? » Ma voix se brise sur ce seul mot.

« Tu as une idée de combien tu es mignonne quand tu essaies de faire la conversation ? »

Elle embrasse mon cou et je force mes genoux à me soutenir. « Euh. Non ? »

Je sens son rire contre ma peau quand elle laisse ses lèvres sur mon cou. Mes bras l’enserrent un peu plus. Au diable le tour du propriétaire. « Tu ferais bien de prier pour que quelqu’un de ta famille te sauve, Tabloïde. » Elle mordille mon cou et je réfrène à peine un cri. « Ou bien je vais continuer comme ça jusqu’à ce que tu n’en puisses plus. »

Promesses, promesses. « Oh seigneur. » Je grogne. « Tu te rappelles de la dernière Saint Sylvestre par hasard, chér ? »

Elle hoche la tête mais ne s’arrête pas.

« Tu te souviens, peut-être,  de ce que j’ai dit en haut de l’immeuble ? »

Elle s’arrête et me regarde. « Harper, nous étions au milieu d’une foule de millions de personnes. »

« Un peu moins que ça mais pas loin. » Je repousse quelques mèches de ses yeux et je me perds en eux momentanément. « Je t’ai dit que je t’aimais. »

Kels trace mes lèvres du bout du doigt. « Je suis désolée d’avoir raté ça mais tu as les cinquante ou soixante prochaines années pour me le redire. »

Je m’appuie contre son doigt. « Marché conclu. Je voulais juste qu’on sache toutes les deux qui l’avait dit la première », je la taquine.

« Première, seconde, tout ce qui compte c’est qu’on l’a dit toutes les deux. » Elle reprend sa place contre mon cou. « J’en étais où déjà ? »

Quand elle mord mon lobe d’oreille, je me décide. « Ça te dirait de fêter la Nouvelle Année… toutes seules ? A la maison ? Nues ? Sous le sapin ? Je te le jure, j’ai passé l’aspirateur aujourd’hui. »

Kels se contente de rire, tuant ma libido. Un tout petit peu. « Oh non, nan. Tu as promis à tes parents que nous serions avec eux à cette fête. Nous y sommes. Je vais juste te torturer chaque fois que j’en aurai l’occasion. » Avant que je réalise ce qui arrive, Kels se glisse hors de mes bras et s’écarte en dansant. « Maintenant je vais voir si Robie – ou peut-être Renée – veut danser. »

 

* * *

 

Je vais dans les toilettes et mets de l’eau sur mon visage, essayant de faire baisser ma température à un niveau raisonnable. Elaine entre dans la pièce et me rejoint au lavabo. Elle me regarde et se met à rire. « Harper, Harper, Harper », elle me fait tss tss et se remet du rouge à lèvres.

J’attrape une serviette en papier et me sèche le visage. « Quoi ? »

Elle soupire. « Tu n’as plus de volonté. Tu étais capable de subir de nombreux assauts. Et maintenant tu viens en trottinant aux toilettes au premier signe d’attaque. » Elle mouille une serviette en papier et se pecnhe vers moi. Avant que je puisse protester, elle soulève mes cheveux et met la serviette sur ma nuque. « Est-ce que tu te sens mieux comme ça, ma chérie ? »

Je lance un regard noir à ma sœur. « J’ai hâte de voir quand tes enfants commenceront à avoir des flirts, Elaine. J’ai l’intention de te torturer. Je veux que tu le saches. » J’attrape la serviette un peu à contrecoeur parce qu’elle me fait vraiment du bien et je la jette dans la poubelle. « Oh, à propos, est-ce que Mama sait ce qui s’est vraiment passé sur la balancelle quand Jean et toi vous flirtiez ? »

Elle lève un doigt vers moi. « N’essaie même pas, Harper Lee. »

Je souris. C’est toujours sympa de reprendre la main. « Tu as toujours l’intention de me taquiner ? » Sa bouche énonce quelques répliques mais rien ne sort. Je m’avance et je lui embrasse la joue. « C’est bien ce que je pensais. »

Je pense avoir gagné jusqu’à ce qu’Elaine me frappe sur les fesses tandis que je sors de la pièce.

 

* * *

 

« Tu t’amuses, petite fille ? » Me demande Papa quand je le rejoins au bar pour prendre un verre. Papa porte un smoking élégant avec un nœud papillon rouge vif qui va avec la robe de Mama. De son poste d’observation, il la regarde interagir avec ses jeunes collègues du bureau. Mama, bien entendu, les charme tous. Papa s’est toujours reposé sur Mama pour son appréciation de ses employés. Elle vient aux rencontres sociales, récupère plein d’informations sur qui aime travailler avec qui, tous les jeux de lutte et de pouvoir, et qui est prêt pour plus – ou moins – de responsabilité. Il rit toujours en disant qu’il va la mettre dans son personnel en tant que Dénicheuse de Talents en Chef.

« On peut le dire, Papa. Merci de nous avoir invitées avec Kels. C’est une tellement bonne façon de finir notre séjour ici. »

« Je déteste l’idée de vous voir partir tous les quatre. Mama ne va pas être elle-même si elle ne peut pas mettre la main sur ces bébés pendant un moment. » Il pose la main sur mon épaule. « Tu as fait du bon boulot, Harper. Ils sont magnifiques. »

Je soupire en pensant à mes bébés. J’espère que Collin va bien sans sa Maman tout près. J’aimerais presque être à la maison avec les enfants pour une Saint Sylvestre tranquille. Ensuite, du coin de l’œil, je repère Kels dans sa robe. C’est sympa aussi. « Ils prennent du côté de la famille Kingsley. »

Papa se rengorge. « Ça c’est sûr. Kels semble aller mieux, plus joyeuse. »

« Elle l’est. » Je fais semblant de m’éponger le front. « Dieu merci, nous avons dépassé cette phase. J’étais désemparée par moments. »

« Tu t’es bien débrouillée. J’étais fier de toi. »

Quatre mots qui signifient plus pour moi qu’il ne le saura jamais. « Merci, Pa. »

« On va vous voir pour le Mardi Gras ? »

« Mais oui ! » Je lance un regard agacé à Papa. « Il faut que je mette la pâtée à Robie dans la course des doublons. »

Il rit. « Mon cœur se réchauffe toujours de voir comment vous êtes proches, Robie et toi, Harper. »

« Le mien aussi, Papa. »

 

* * *

 

A minuit moins le quart, je trouve Robie dans la Salle Galvez, sur un côté de la piste de danse. Je viens me mettre près de lui, en le poussant de l’épaule. « La petite femme est aux toilettes ? »

Il secoue la tête. « Nan. Pas là. »

« Elle mange toujours ? »

« Nan. »

« Laisse-moi deviner, elle est partie ? »

Il soupire et montre la piste de danse. « Nan. C’est elle là-bas. »

Je suis la direction qu’il montre et je vois Renée. L’air qu’on joue est rapide et sexy et Renée est au milieu des fêtards, et elle danse de bon cœur.

Avec ma femme.

« Elles font ça depuis combien de temps ? »

Il soupire. « Trop longtemps. »

Je croise les bras sur ma poitrine. « Tu te souviens de ce qui s’est passé la dernière fois qu’elles ont fait ça ? »

Robie hoche la tête et sort son portefeuille de sa poche. « Oui, elle s’appelle Kelsey Cécile Kingsley. » Il me montre la photo du bébé.

Je craque à chaque fois que je la vois. Seigneur, elle a un air furieux. Bien sûr je le serais aussi si on me mettait cette foutue casquette rose sur la tête. « Au moins tu as fini par avoir une fille. »

« Elle est précieuse, ça c’est sûr. Christian semble le penser. Je l’ai trouvé endormi sur le sol près de son couffin une nuit. »

« Peu importe ce qui se passe, Christian adore Kelsey. Les deux Kelsey. » Je lui donne un coup de coude sur le bras. « Peu-être qu’il épousera une Kelsey un jour. Juste pour que les réunions de famille soient bizarres. »

Nos regards sont de nouveau attirés par la piste de danse. Je grogne. Je ne peux vraiment pas supporter ça ce soir. Je me demande comment vont les membres du club. Un coup d’œil rapide me confirme que les autres ont remarqué cette petite démonstration.

« Il est temps d’arrêter ça ? » Demande Robie. Mais je sais que ça n’est pas vraiment une question.

« Absolument. »

Nous allons sur la piste.

 

* * *

 

Je sens une main sur mon épaule et je sais immédiatement à qui elle appartient. Renée me fait un sourire. « Ils en ont eu assez apparemment », dit-elle en riant au moment où Robie arrive derrière elle.

« Apparemment », dit sèchement Harper. « Vous êtes de mauvaises filles. Vous devriez avoir honte de vous-mêmes. »

Je mets les bras autour de son cou tandis que la musique ralentit et que nous commençons à balancer toutes les deux. « Nous devrions ? Pourquoi ? »

Mon épouse chérie lève un sourcil. « Parce que vous savez ce que ça nous fait. » Elle se penche et murmure pour ajouter, « sans compter que vous avez failli semer quelques crises cardiaques chez les partenaires de Papa. »

« Et bien, ce n’était pas le but mais pour ce qui te concerne, et Robie, c’est pour ça que nous n’avons pas honte. » Je me rapproche d’elle, pour que mon corps s’ajuste au sien d’une façon qu’elle comprend trop bien. Je jette un coup d’œil à l’horloge et je vois que nous nous rapprochons de minuit. « C’est bientôt le moment de s’embrasser, Tabloïde. »

Elle se penche et met le nez dans mon cou. Oh oui. « C’est toujours le moment de s’embrasser », murmure-t-elle dans mon oreille.

« Oui oui », j’acquiesce tout en me fondant en elle. Bon sang, elle est bonne. A quoi je pense ? Elle est géniale et je le sais et je veux rentrer à la maison et creuser un peu plus. « Tu vas m’emmener à la maison et me faire l’amour jusqu’à ce que je demande grâce ? »

« C’est le plan, oui. Tu veux t’en plaindre ? »

« Non, pas du tout », réponds-je rapidement. « Je peux tout à fait envisager le passage au Nouveau Millénaire avec toi toute nue et en sueur. » Je ris en passant les doigts dans ses cheveux. « Bienvenue au vingt-et-unième siècle, l’Etalon. »

Tandis que la foule autour de nous fait le décompte des dernière dix secondes de l’an 2 000, je donne un baiser à mon épouse dont j’espère qu’il la laissera sans souffle. Pour le reste de sa vie.

 

* * *

Harper est allongée sur le dos et je lui chevauche les hanches, ses mains caressent mes cuisses. Je repousse les mèches de son front. « Tu en a assez, l’Etalon ? » Je la taquine.

« Jamais. » Elle bouge les hanches sous moi pour me le prouver. « Et toi ? Est-ce que je t’ai fatiguée ? »

Je me penche et je lui embrasse le menton. « Nan, je pense que je peux encore faire un tour ou deux… ou trois. »

« Tu es insatiable », murmure-t-elle en me tirant pour m’embrasser sur les lèvres.

J’aime cette femme. Son corps est parfait. Il est musclé et ferme dans tous les bons endroits, et pourtant doux et parfait dans tellement d’autres. Nous allons bien ensemble comme deux pièces d’une machine, après ces deux heures passées, une machine particulièrement bien huilée. Je ricane à mes propres pensées salaces et je commence un massage complet de son corps avec tout mon être.

Je l’entends grogner, profondément et bas, tandis que je m’étire sur elle. Lui faire l’amour est presque une expérience mystique pour moi à chaque fois. Je fais de nouvelles découvertes soit physiquement, soit émotionnellement avec chaque contact, chaque baiser et chaque caresse.

Personne ne m’a jamais comblée de la façon dont Harper le fait. Et la beauté de ça c’est que je sais que personne ne le fera jamais. Je peux être tout ce que je veux. De l’amante à l’aimée. De dominatrice à très soumise. L’harmonie entre nous est exceptionnelle.

Même maintenant que nos corps s’emmêlent, glissant l’un contre l’autre alors que notre passion refleurit, il n’y a rien d’ancien ou de familier en ça. Le bout de ses doigts gratte tendrement ma peau, me faisant frissonner tandis que je commence la chute orgasmique dans les abysses.

Je ne peux pas empêcher mes ongles de creuser sa peau mais le gémissement d’extrême satisfaction dans mon oreille et les spasmes involontaires contre mon corps, me disent que ça ne la dérange pas. Elle me savoure autant que je la savoure.

Nos corps s’emmêlent, tout près de devenir un seul, tandis que je pose mon front sur son épaule, écoutant sa respiration qui passe d’un souffle court à des inspirations plus longues, plus égales. Je ne peux pas m’empêcher de couiner tandis qu’elle me fait bouger sous elle, provoquant une autre secousse.

Elle prend une inspiration profonde. « D’accord, je vais dire une chose que je n’ai jamais dite. »

« Ah oui. »

« Tu as gagné. »

« En fait, l’Etalon, nous avons gagné toutes les deux. Disons qu’on est à égalité. »

 

* * *

 

Je mets le frein au landeau pour le sécuriser. Je me penche pour commencer à sortir Collin de ses gros vêtements d’hiver. Il déteste positivement ces vêtements lourds et s’étire dès qu’il est libre. Ensuite ça se produit. Il éternue.

« Est-ce qu’il va bien ? » Demande instamment mon épouse surprotectrice.

Je laisse ma tête retomber. « Oui, Harper, il va bien. Il a éternué. » Je prends mon fils et je regarde Harper extraire sa sœur de son équipement d’hiver de son côté du landeau.

C’est leur première excusion chez leur pédiatre de New York. Il est supposé être le meilleur. Il partage le bureau avec Doogie et nous a chaudement été recommandé par ce dernier, alors il a déjà gagné de la confiance de notre part.

Pendant qu’on attend dans la salle d’examen, je vais vers Harper et je place Collin près de sa sœur. Ils aiment être proches l’un de l’autre et deviennent grognons si on les sépare trop longtemps. En plus, ça me donne une excuse pour donner à ma femme un baiser sur la joue.

Je masse le dos de Collin pour l’apaiser. Il commence à s’agiter comme s’il avait faim. Je préfère attendre qu’on en ait fini ici. « Alors, après ça, on les emmène au studio et on les montre ? »

« Oh oui. » Elle hoche vivement la tête. « Il faut que je présente mes bébés à tout le monde et que je leur montre ce qu’est la véritable perfection. »

« Je pensais que c’était toi la perfection ? »

« Je l’étais, jusqu’à ce qu’ils arrivent. » Elle me sourit en posant Brennan contre son épaule. « Maintenant je veux bien abdiquer et les laisser régner à ma place », dit-elle d’un ton taquin.

« On devrait leur acheter des petites couronnes. »

« Ooh, je peux ? »

« Non. » Que Dieu me vienne en aide d’avoir mentionné ça. Maintenant je vais devoir me battre pour l’empêcher de le faire.

Le Dr Adam Thompson entre dans la pièce. Il est jeune, comme Doogie et il a un très beau sourire. « Bonjour. » Il est très joyeux en jetant un coup d’œil aux dossiers. « Alors on a affaire à Collin et Brennan Kingsley et à leurs mamans ? »

« C’est ça. » Harper se redresse dans son siège en utilisant sa voix de ‘Faites une seule erreur avec mes gamins et je vous fais du mal. ‘

Je remarque que le docteur se tourne vers moi et montre d’abord Collin. « Ce petit garçon, c’est Collin ? »

« Oui. » Je lui tends mon fils. Le docteur le berce et bouge sa main devant son visage, puis il claque plusieurs fois doucement des doigts. Je souris. J’aime bien la façon dont il s’en occupe. Il est très gentil et semble s’intéresser à mon fils.

« Salut, petit gars. Tu es mignon. » Il le pose sur une balance et commence son examen. « Kelsey, c’est vous qui avez accouché, correct ? »

« Oui. »

« Y a-t-il un problème que je mériterais de connaître ? Quelque chose qui ne va pas dans leur monde ou le vôtre ? »

« Nous avons un mal de chien à faire prendre le biberon à Collin. Il préfère être nourri au sein. »

Il hoche la tête et se gratte le menton. Ensuite il sort une blouse et me la tend. « Vous voulez bien aller dans la salle de bains et enlever votre chemisier ? Vous portez un soutien gorge d’allaitement ? »

« Oui. »

« Vous pouvez le garder. Et Brennan ? Des problèmes de biberon avec elle ? »

« Non », répond fermement Harper.

« D’accord. » Harper n’a pas l’air trop amusée pour l’instant. Elle me regarde, jetant un coup d’œil au docteur avec pas mal de malaise et elle donne un baiser à Brennan, le tout en même temps. Elle est très talentueuse. Je fais un clin d’œil et je vais dans la salle de bain me changer.

Quand je reviens, le docteur place Collin dans son siège, l’assurant pour qu’il ne tombe pas en gigotant, et il tapote la table pour que je m’asseye. « Bien, Kelsey, je vais faire plusieurs choses. La première, c’est un examen de routine de vos seins et prendre un échantillon de votre lait. »

« Très bien. » Je regarde Harper à nouveau et elle n’a pas l’air heureux, mais elle fait avec. Heureusement elle a les mains occupées par Brennan, alors elle ne peut pas étrangler le docteur.

Il continue, pas du tout intimidé. « Je présume que vous avez des tétons plus petits que ceux des biberons moyens. Comme Collin est plus petit que sa sœur, il n’aime peut-être pas une plus grande tétine. On devrait pouvoir l’aider. » Il enfile des gants et me tend une petite fiole. « Vous voulez le faire ou bien… »

« Vous êtes médecin. Je vous fais confiance. » Je souris. Il semble un peu intimidé par l’idée mais il réussit à sortir le lait très vite. Il rebouche la fiole et la marque avant de la poser sur le plateau. « Est-ce que l’allaitement vous rend plus sensible ou vous fait mal ? »

« Au début, mais plus autant. »

Il ouvre légèrement la blouse  et fait une rapide inspection. « Un peu bleui. C’est sensible ? »

« Nan. »

« D’accord. Est-ce que vous nourrissez les deux bébés ou juste Collin ? »

« Les deux. Nous voulions qu’ils prennent aussi le biberon au cas où je ne serais pas disponible. Une fois que je reprendrai le travail, certains jours, l’allaitement sera presque impossible. »

« Très bien alors. Je pense qu’il faut que nous essayions… » Il s’interrompt et examine à nouveau mes seins. »… de vous donner de plus petites tétines. »

« Pardon ! » Harper s’avance maintenant. Je sais qu’elle est particulièrement attirée par cette partie de mon anatomie.

« Désolé », il rectifie rapidement. « Nous allons vous donner des tétines plus petites pour ses biberons. »

 

* * *

 

Premier arrêt après l’inspection des tétons de Kels, le bureau de Doogie. Heureusement c’est juste de l’autre côté du couloir alors nous n’avons pas à emmailloter les petits. Sa secrétaire médicale lève les yeux derrière le comptoir et se met immédiatement debout. « Regardez qui est là ! » S’exclame-t-elle. « Dr McGuire ! Les Kingsley sont ici ! »

J’espère qu’il n’a pas de patient en cours.

La secrétaire matrone fonce vers les jumeaux et prend Brennan des bras de Kels. « Regardez celle-ci ! Regardez ces joues ! » Elle tient ma fille de manière un peu précaire pour moi et elle l’étudie ainsi que Kelsey. « Elle vous ressemble vraiment, Kelsey. Je pense que vous avez une future présentatrice de JT entre vos mains. » Je rayonne de fierté. J’espère que ma petite fille aura une carrière aussi réussi que sa Maman. 

Kels sourit d’un air doux et tend les bras pour reprendre Brennan. Je pense qu’elle est un peu inquiète pour notre fille aussi. « Merci, Gwen. Et voici son frère, Collin. » Kels montre le petit homme dans mes bras.

« Regardez ces cheveux ! » Elle tend la main et tire sur les cheveux de Collin pour lui faire une coiffure à la Don King. Collin couine sa protestation. Je les lisse. Gwen continue, pas découragée. « On dirait bien que le Dr McGuire a bien nommé celui-ci. Je déteste avoir à le dire mais, le mois dernier, est née une petite fille qui était supposée être un garçon. »

« Hé ! Ne dénoncez pas le docteur », proteste Doogie en entrant dans la pièce. « Ce n’est pas ma faute si elle tenait le cordon ombilical. » Il s’avance vers moi et me prend Collin. « Quel joli bonhomme ! Serait-il possible qu’il tienne de son obstétricien ? »

Je roule les yeux. « Vous avez des cheveux blonds sales. »

« Ah oui ? Et alors ? »

« Et des yeux marron. »

« Ma femme dit qu’ils sont beaux. »

« Alors il a des cheveux noirs et des yeux bleus. » Collin, qu’il soit béni, ouvre les yeux à ce moment précis pour les exposer parfaitement. « Devinez lequel de ses parents ressemble à ça. »

Doogie fait semblant de réfléchir à la question. Il pose un baiser sur le front de Collin et me le repasse. Il va vers Kels et lui prend Brennan. « Comment s’est passé l’accouchement, Kels ? »

« C’était un accouchement, Kevin, comment pensez-vous que c’était ? Je crois que Harper a encore quelques bleus. » Kels est sérieuse un instant en regardant le petit homme dans mes bras. « Collin est venu par césarienne et nous a fichu la trouille. »

Le regard de Doogie va vers mon fils, il le regarde à nouveau, cette fois de manière professionnelle. « Tout va bien ? »

« Il va bien maintenant. Et il a appris à utiliser ses petits poumons juste comme il faut. »

Doogie m’observe un moment. « Il tient de vous. »

« Hé ! » Je proteste. Je m’arrête immédiatement et je regarde Collin. « Et bien, j’espère seulement pour les bonnes choses. »

« Il a déjà ces merveilleux cheveux noirs et ses yeux bleus mortels. Il va briser des cœurs en grandissant. » Le regard que me lance Kels me réchauffe jusqu’aux orteils.

Je souris narquoisement à Doogie. « Merci pour toute votre aide, Doog… Kevin. Nous avons vraiment apprécié. Et je sais que les jumeaux aussi. »

« Doogie ? » Le jeune docteur nous gratifie d’une expression faussement outragée. « Est-ce que vous m’appelez Doogie dans mon dos toutes les deux ? »

« Plutôt oui. » Kels se penche et lui donne un baiser sur la joue, ce qui le rend cramoisi instantanément. « Mais toujours avec amour. Merci de vous être si bien occupé de nous. »

« Nous nous attendons à ce que vous apportiez des cadeaux à leur première fête d’anniversaire », j’ajoute en préparant Collin contre le froid du dehors.

« Ça a été un plaisir. C’est en fait un des avantages de ce boulot. »

 

* * *

 

Arrêt suivant : la gare.

Quand nous finissons par passer la sécurité, les gardes voletant autour de Brennan et Collin comme s’il n’y avait pas d’autres bébés en ce monde, nous sortons de l’ascenseur et trouvons Langston qui nous attend. « Voyons les raisons pour lesquelles ma journaliste préférée n’est pas devant la caméra en ce moment. » Il se penche près du double landeau et les regarde avec attention. « Comment diable vous les distinguez l’un de l’autre ? »

Kels se met à rire à cette question. « Langston, j’espère assurément que je n’ai pas besoin de vous le dire. Mais nous mettons en oeuvre un code couleur pour les gens. Notez que Collin porte du bleu et Brennan du rose.

« Juste parce que ce n’est pas moi qui l’ai habillée », ajouté-je.

La bouche de Langston se plisse en un sourire, un mouvement dont je ne le croyais pas capable. « Pourquoi ne suis-je pas surpris ? »

« Kels ! » Kendra la hèle depuis le bout du couloir. « Je ne savais pas que vous passiez aujourd’hui toutes les deux ! » Elle tend une planchette à pince à son assistant et se précipite vers nous. « Ce sont de vrais anges ! » Dit-elle.

Oh oui. Ça c’est vrai.

Kendra serre ma nana entre ses bras avec enthousiasme puis elle se recule, les mains de Kelsey dans les siennes. Elle étudie Kels de haut en bas et de bas en haut. « Tu a une sacrée forme ! La maternité semble t’aller bien. »

Kels lui fait ce sourire énigmatique qu’elle a chaque fois qu’elle pense aux jumeaux. J’aimerais savoir ce qui se trame vraiment dans son esprit. « Merci, Kendra. Nous sommes désolées que Frankie n’ait pas pu venir nous voir à la Nouvelle Orléans. »

Langston s’extirpe de la contemplation de nos charmants enfants et se lève. « Pas moi. Il a fait un sacré bon reportage. »

C’est maintenant le tour de Kendra de rayonner. « Il attendait ton retour Harper. Il veut te soumettre quelques idées. »

Je fais le tour et je glisse mon bras autour des épaules de Kels. « Je doute qu’il attendait mon retour. Je pense qu’il est plus excité de voir quelqu’un d’autre. »

« Nan, Tabloïde, ce garçon vénère le sol que tu foules. »

« Heureusement, nous avons une mutuelle admiration. » J’embrasse Kels sur la tempe, savourant le moment. « Où est mon protégé  à propos ? »

« En bas dans la salle d’édition. »

Je me penche et je sors Brennan de son siège. Elle gigote joyeusement entre mes bras. Elle sait quand c’est moi qui la prends, nous nous amusons bien. « On revient tout de suite, Maman. »

« Je serai dans mon bureau. Ton fils a besoin de son snack maintenant que nous en avons fini avec les médecins. »

Je porte Brennan près de ma joue pour que nous fassions face toutes les deux à Kels. « Nous verrons comment Frankie réagit à ta version en miniature. Est-ce qu’il va s’évanouir ? Ou juste vaciller ? »

« Vas-y, espèce de fada. Amuse-toi bien. »

Je prends Brennan et descends le couloir. « C’est ici que Mama travaille, Brennan. » Nous nous arrêtons à mon bureau pour que je puisse lui montrer. « Voilà le bureau de Mama. C’est le fauteuil de Mama et le bureau de Mama. Et voilà le canapé de Mama. Quelquefois Maman vient et s’asseoit avec moi et me laisse l’embrasser. C’est un bon canapé. » Je prends mon jeu de rechange de badges et je le passe autour du cou de Brennan. « Allez, ma douce. Maintenant tu es un véritable double de ta Maman. »

Nous traversons le bureau vers la salle d’édition, nous arrêtant à chaque pas pour saluer les gens qui passent. Quand nous arrivons enfin, je gratte le bord de la porte et j’attends sa réaction.

« Hé ! Salut ! » Il manque envoyer voler son fauteuil quand il sursaute pour se lever et fonce vers nous. « Qui voilà ? »

Je mets Brennan dans ses bras. « Voici Brennan Grace Stanton Kingsley, notre plus vieille, et le portrait craché de sa Maman. » Je reste tout près au cas où je devrais attraper mon bébé.

« Salut Brennan Grace », il roucoule, exceptionnellement doux avec ma fille. « Tu es très jolie, petite fille. J’ai entendu dire que tu avais un petit frère très beau aussi. Où est-il ? »

« Plus jeune », je corrige automatiquement en défendant mon garçon. « Il mange en ce moment. » J’attends de voir si le genre de repas qu’il prend dit quelque chose à un ado.

Ça le fait et il rosit un peu. « Je t’ai eu ! »

« Tu veux venir les saluer ? » Il me lance un regard écarquillé et horrifié, mais je secoue la tête. « Collin mange vite, ne t’inquiète pas. Viens, je te laisse même la porter jusque là. »

« Euh… tu es sûre que ça ne gênera pas Kelsey ? Je veux dire, je ne veux pas interrompre… hum… »

Je fais de mon mieux pour garder une expression sérieuse. « Ce n’est pas un problème. J’y vais la première et je m’assure que tout le monde est décent. »

Il acquiesce, toujours un peu à contrecoeur mais désireux de voir ma meilleure moitié. Il me rencarde sur les ragots du bureau tandis que nous allons vers le bureau de Kels. Apparemment, Bruce et Jac sont en bisbille. Ce qui signifie que Jac a dû boire plus que jamais. Il me dit que les animateurs sont pressés de me voir rentrer parce que le nombre de réalisateurs diminue rapidement.

« Même Bruce ? » Je lui demande pour le taquiner.

« Et bien, Tante Kendra. Et Sam aussi. »

« La semaine prochaine. » Je soupire. « Et nous serons de retour. » Seigneur, je ne veux pas quitter mes bébés. Je frappe à la porte de Chez Kels. « Tout le monde est décent ? »

« Oui, nous avons fini. Entrez. » C’est ce que nous faisons et Kels sort de la salle de bain, lissant une serviette mouillée sur son chemisier. « Il a mangé, a vomi sur moi et je nettoie mon corsage là. » Elle sourit d’un air désabusé au petit gars allongé sur le dos sur le sol en train de jouer avec ses pieds, gargouillant et faisant les plus délicieux des bruits de bébé. C’est de la musique à mes oreilles que d’entendre que mon fils est aussi heureux et satisfait. « Comment se fait-il que tu oublies toujours la serviette ? »

« Il essaie de s’unir à toi. »

Kels m’envoie la serviette pour jouer. « Nous sommes autant unis que deux personnes peuvent l’être. Il faut qu’il travaille sur la cible. » Elle serre très fort Frankie dans ses bras. « Salut toi, jeune homme. J’ai entendu dire que tu essayais de me piquer mon boulot pendant que j’étais partie. »

« Jamais ! Je ne ferais jamais ça… » Il arrête sa protestation en se rendant compte qu’on le taquine. « Tante Kendra m’a épaulée pendant que vous étiez partie. »

« Ah, je devine. C’est un complot familial. » Elle lui fait un clin d’œil pour lui éviter de sombrer à nouveau. Elle prend Brennan de ses bras et demande. « Est-ce qu’Harper t’a présenté notre garçon ? »

Je reçois le signal et je me penche pour le prendre dans mes bras. Je note un peu de lait encore au coin de ses lèvres et je l’essuie avec mon pouce. Je dois être un parent. Ça ne me dérange même pas. « Voici Collin Lee Stanton Kingsley. Mon fils. »

Frankie se met à rire. « Je sais que vous ne l’avez pas fait mais comment se fait-il qu’il vous ressemble autant ? »

« Je n’ai pas fait quoi, Frankie ? » Je ressens l’envie de jouer un peu avec lui.

Frankie ne mord pas à l’hameçon. Il croise les bras sur sa poitrine et se redresse le plus possible. Il a grandi pendant qu’on était parties. Il est presque de ma taille. « Vous n’avez pas produit le matériel génétique requis pour faire ce minuscule humain avec votre propre corps. »

Kels ricane. « Il t’a eue là, Tabloïde. »

J’embrasse la tête ébouriffée de Collin. « Mes frères étaient les donneurs. Alors les deux jumeaux partagent vingt-cinq pour cent de mes gènes. Pas mal hein ? »

Il hoche la tête pour acquiescer. « En fait, c’est vraiment cool. Alors vous avez vraiment un lien de parenté avec eux, en plus d’être leur maman. Génial. » Il pianote sur son bras pensivement. « Il y a peut-être un sujet là-dedans… »

Je manque m’étouffer. « Euh… non », je dis aussi fermement que possible sans lui enlever la tête. « Même pas un peu. »

« Oh, je ne voulais pas vous mentionner précisément. Mais juste des couples qui ont eu des bébés comme vous. Je ne sais pas. C’est peut-être une idée idiote. Ces temps-ci on dirait que mon cerveau cherche toujours des sujets. Désolé. »

Je reçois un regard réprobateur de ma femme. D’accord, je me sens plus grande de cinq centimètres. Ravale et sois adulte, Harper. « Nan, je suis désolée Frankie. Je suis un peu surprotectrice de ma famille. On s’en douterait. » Je le pousse avec le pied de Collin, ce qui provoque un sourire chez le jeune homme. « On ne peut pas se permettre d’être visibles, avec la carrière de Kels entre autres. J’aimerais qu’on n’ait pas à s’inquiéter mais on le fait quand même. Un jour, on n’aura plus à le faire. Et je pense que c’est un bon sujet. »

Il tire sur le pied de mon garçon, ce qui lui vaut un gargouillement joyeux. « Vous avez une très bonne raison d’être surprotectrice. Peut-être qu’un jour, je le serai aussi. » Il prend une inspiration profonde et sourit à Kels. « Je présume que je devrais retourner au travail. Je veux que tous mes sujets soient clos quand vous revenez, Harper. J’ai hâte de retravailler avec vous. »

« Pareil pour moi, fiston. On se voit la semaine prochaine. »

Il file et je vole un baiser à ma nana. « Hé, tu penses qu’on pourrait laisser une des couches pleines sur le bureau de Bruce quand on partira ? »

Elle aspire de l’air entre ses dents. Je ne sais pas comment elle peut faire ça mais ça me fait frissonner chaque fois que j’essaie. « Je ne suis pas sûre de ne pas aimer Bruce autant que ça. Ces couches sont proprement mortelles. En parlant de ça », elle me tend le sac à couches, « emmène ça dans ton bureau et vide le, tu veux bien ? »

Je le prends et le balance sur mon épaule. Je dis à Collin, « allez, fils. Allons faire monter l’odeur du bureau de Mama jusqu’aux cieux. Nous dirons une prière pour que les dames du ménage ne me détestent pas pour toujours, d’accord ? » A nos filles, je dis, « on sera vite de retour. Essayez qu’on ne vous manque pas trop. »

Le sarcasme est évident dans la réplique. « On fera de notre mieux. »

 

* * *

 

Plus tard ce soir-là, Kels remue sous moi. « Reste tranquille », je grogne.

« Harper », Kels soupire, un peu agacée.

Je me blottis ses genoux pressés contre mes hanches. La majorité de mon poids est supportée par mes coudes, de chaque côté de ses seins. A côté d’eux, je tiens les tétines de biberons, à la fois les nouvelles et les anciennes. Je regarde la vieille dans ma main gauche et je la compare aux vraies. « Ça ne m’a pas l’air plus gros », je grogne.

Cette fois ma femme me produit un sourire indulgent.

« Il a utilisé le truc du ‘laissez-moi regarder vos tétons et voir s’ils sont trop petits’. Quel ramassis de conneries. »

Kels rit, ce qui fait rebondir ses seins. Je me concentre sur l’autre et la nouvelle tétine. Kels me prend la tétine du nouveau biberon et le pose tout contre son sein. « Regarde, ma chérie, c’est un peu plus petit. »

« Oui oui. ‘ça vous ennuie si je prends du lait’ ? » J’imite une fois encore le Dr Thompson.

« Viens ici », Kels me tire les bras. « Mets ces trucs de côté. » Je fronce les sourcils un peu plus et je les jette hors du lit. Docilement je remonte le long du corps de Kels, la sentant accrocher ses jambes autour de mes cuisses. « Tout va bien se passer, mon cœur. »

« Je n’aime pas partager », je l’admets un peu timidement.

Kels me caresse doucement le visage, pour éloigner mon froncement. « Harper, ce n’était pas du partage. C’était un examen médical ; un examen pour nous assurer que notre petit garçon peut bien manger quand nous serons au travail la semaine prochaine. »

Je me sens stupide. « Je suis désolée. »

« Ne le sois pas, mon cœur. C’est bon. En fait, je suis heureuse que tu n’aimes pas partager. » Kels resserre sa prise sur moi en me rapprochant d’elle. « Parce que je sais que moi c’est pareil. »

Mon cœur se réchauffe. « Bien, contente de l’entendre. » J’embrasse ma nana, savourant la douceur du moment. Quand je me recule, j’ai un bref éclair de ma vision ? Mon rêve ? Mon cauchemar ? De la semaine dernière. « Chér, je m’inquiète de ta mère. »

« Inquiète ? Tu as peur qu’elle ait pris froid, Tabloïde ? Personnellement j’espère qu’elle a la peste. »

Je l’embrasse en riant. « Je suis d’accord. Mais je suis sérieuse. Je suis inquiète de ce que ta mère pourrait faire. A toi. Aux jumeaux. »

C’est le tour de Kels de froncer les sourcils. « Qu’est-ce qu’elle pourrait bien me faire à moi ? »

« Rien », je la rassure immédiatement. « Je le jure. » Je ferme les yeux face à la vision de Kels dans un hôpital psychiâtrique, sa mère qui fait semblant de vouloir l’embrasser. Pas tant que je vivrai. Pas si je suis dans les environs.

Kels m’attire pour un baiser qui devient vite incendiaire. Je glisse mes bras sous elle, je la soulève, j’ai besoin qu’elle soit près de moi. Tandis que je laisse notre passion prendre le dessus, je fais une prière silencieuse pour qu’elle et les jumeaux soient en sécurité. Et que je puisse toujours être là pour m’en assurer.

 

* * *

 

Je roule sur le côté, soudain réveillée par la sensation que je devrais être en train de nourrir quelqu’un et que je ne le fais pas. Il y a quelque chose qui cloche vraiment avec ce système. Je grogne et je tends la main vers Harper, mais elle est partie. Je me lève et je passe ma robe de chambre ; je me dirige vers la nursery. Je m’arrête dans l’encadrement de la porte et je la regarde reposer Brennan avec un baiser.

« Un de fait, un à venir. C’est le tour de ton frère. Voyons si le docteur avait raison avec le problème. »

« Hello, Tabloïde », je dis doucement en avançant dans la pièce.

« Hé, notre plan c’était de te laisser dormir. L’Ebourriffé a accepté de prendre le biberon de moi ce soir », me dit-elle tandis qu’elle prend son fils et le berce tendrement dans ses bras.

« Oh, c’est vrai ? » Je la regarde s’asseoir dans un des fauteuils à bascule avec lui et prendre un biberon.

Elle prend une profonde inspiration, regarde le biberon et positionne Collin pour lui donner le lait comme le docteur lui a appris. Je m’avance pour voir si ça va marcher. Mais pas trop près, je ne veux pas le distraire s’il décide de coopérer. Harper le tourne vers sa propre poitrine et lui tend le biberon. Il le prend, tête un moment puis a l’air de vouloir le refuser. Puis il en prend un peu plus et encore un peu jusqu’à ce qu’il se pelotonne contre Harper et commence à manger comme d’habitude.

« Bon boulot, mon cœur. » Je souris en la voyant rayonner positivement à son propre succès.

« Il le fait, Kels. » Je jure que je pense n’avoir jamais vu une telle combinaison d’admiration et de fierté dans sa voix en même temps. Sauf à leur naissance. « Il est tout pelotonné. Est-ce qu’il fait ça avec toi ? »

« Comme un petit tatou. »

« Je présume que c’est bon. »

« C’est très bon. » Je m’assieds dans le deuxième fauteuil et je prends un des nounours. « Merci de m’avoir laissée dormir. »

« Pourquoi tu n’es pas au lit, à propos ? » Elle ne quitte pas notre fils des yeux. « Tout le monde est parfaitement heureux. »

« Mon corps a ces deux alarmes naturelles qui me réveillent. »

« Ça ne faisait pas partie de notre plan. »

Je la regarde. Elle est très heureuse et satisfaite mais jamais autant que quand elle a un de nos bébés dans ses bras. Toutes ces horribles choses que j’ai vues la semaine dernière n’arriveront plus jamais.

La vie est parfaite en ce moment, en effet.

 

<Fondu au noir>