INDISCRETIONS

La Quatrième Saison

Créée, produite, réalisée et écrite par : Fanatic et TNovan

 

Traduite par Fryda (2014-2015)

 

Episode Sept : COMEDIE (PUNCH LINES)

Comment je suis arrivée ici est une histoire simple. Comment je vais y survivre ne l’est peut-être pas.

Je regarde mes phalanges abîmées. Bien que je vais sûrement le regretter longtemps, au moment où je l’ai fait, c’était vraiment une satisfaction.

J’entends la porte de la prison qui s’ouvre et les rire de deux de mes belles-sœurs. Oh, Seigneur prenez-moi maintenant. Je ferme les yeux et je secoue la tête. Quand je les rouvre, je vois Katherine et Renée.

Qui se tiennent là.

Me souriant.

« Sortez-moi d’ici », je marmonne.

Renée tape sur les barreaux. « Ce n’est pas vraiment une allure qui te caractérise, Kels. »

Katherine sourit d’un air narquois. « Tu sais qu’il y a un shériff en Arizona ou quelque chose comme ça, qui porte des sous-vêtements roses… peut-être que tu pourrais y aller pour te bagarrer aussi. »

« Si vous m’aimez, si vous m’aimez vraiment, vous allez payer la caution pour que je puisse rentrer à la maison prendre une douche. »

« Non, si on t’aime vraiment, on ne prendra pas une copie de ta photo d’identité judiciaire pour aller en faire un poster en A3. » Renée se met à rire.

Je me lève et je vais vers les barreaux. « S’il vous plait, s’il vous plait, sortez-moi de là. »

« Du calme, graine de vaurien. Ils s’occupent des papiers. » Katherine a l’air au bord des rires. « Alors, tu vas le dire à Harper ? »

« Pas si j’ai le choix. J’ai été arrêtée pour avoir frappé une de ses ex au visage. »

« Est-ce qu’on doit aller te chercher des gants de boxe ou bien tu continues avec les phalanges nues ? »

« Renée, j’ai déjà commis une simple agression aujourd’hui. Qu’est-ce qui te fait penser que je ne gagnerai pas des points si j’en fais plus ? » Je croise les bras et j’attends.

Elle regarde la porte où se trouvent les policiers et se gratte la nuque dans un geste exagéré. « Je me demande ce qui leur prend tant de temps pour ces papiers ? »

J’appuie mon front contre les barreaux et je ferme les yeux. « Je ne peux pas croire que j’ai fait ça. J’ai frappé cette femme. »

« Kels, tu ne l’as pas simplement frappée. Tu lui as fait sauter deux dents et cassé la mâchoire. Robie est à l’hôpital en ce moment pour essayer de la dissuader de porter plainte. »

« Oh, bon sang ! Harper ne va jamais vouloir me pardonner. »

Katherine me masse les épaules à travers les barreaux. « Je sais que tu étais stressée mais qu’est-ce qu’elle a dit pour que tu la frappes ? »

Je secoue la tête. « Elle a dit quelque chose sur Harper et ça m’a rendue furieuse. »

« Alors tu l’as cognée droit sur le visage ? » Renée secoue la tête d’amusement. « Bon sang, femme, j’aimerais t’avoir comme petite amie. Personne ne s’est jamais battu pour moi avant. »

« Renée, frappe-moi. »

« Je ne pense pas, non. J’aime bien mes dents la où elles sont. »

 

* * *

 

Le bureau de Langston est froid. Très froid en fait. C’est parce que je viens de lui passer ma lettre de démission. Il me regarde, les yeux perçants. « C’est quoi ce foutu truc, Kingsley ? »

« Du papier. »

Il le froisse et le jette loin de son bureau comme si c’était un truc sale. « Alors ça va bien brûler. » Il prend une inspiration profonde et se carre à nouveau dans son fauteuil. « Je ne l’accepte pas. »

Je ris à son entêtement. Je croise les jambes et j’attrape un fil imaginaire sur mon pantalon en laine. « Faites une thérapie, Langston, parce que quand je vais sortir, ce sera pour aller ramasser nos affaires dans nos bureaux et m’en aller. »

« Pourquoi fiche en l’air votre carrière simplement parce que votre femme veut rester à la maison pour élever les bébés ? Ça n’a aucun sens pour moi. »

Je refoule le désir de dire que ça n’a pas besoin d’avoir du foutu sens pour personne à part Kelsey, mais je ne gâche pas mon souffle. Quelqu’un comme lui ne comprendra jamais que la famille peut être une priorité. Ça consiste bien sûr à faire plus que poser les photos de ses gamins sur son bureau et prétendre qu’on les connait. « C’est comme ça et c’est tout. Je ne regrette pas ma décision, juste le moment où je la prends. »

Il s’agrippe à ces mots. « Alors vous voulez rester ! »

« J’avais prévu de finir cette saison avec vous, mais j’avais aussi prévu de partir après. Kels m’a surprise en déménageant avant cela. De toute manière je ne serai pas restée éloignée de ma famille pendant bien longtemps. Et bien que ce soit rapide, c’est voulu. »

Le visage de Langston prend un air agressif que je me souviens avoir vu sur le visage de Lucien pendant toute son enfance. « Je n’aime pas ça. »

« Je ne me souviens pas avoir demandé si vous aimiez ou pas. » Nous allons vers une impasse avec cette conversation. Je décroise les jambes et je me lève, je tends la main par-dessus son bureau. « Merci pour une bonne année. J’ai beaucoup appris de vous. »

Il prend ma main et la secoue. « Vous allez travailler pour qui maintenant ? »

Je hausse les épaules. « Je n’en ai aucune idée. Lorsque j’atterrirai quelque part, je m’assurerai de vous appeler, de vous solliciter pour un service ou deux. »

« Comme si j’allais vous aider maintenant », me taquine-t-il. « En plus, les lignes de téléphone vont dans les deux sens. »

« Je suis sûre que nous allons travailler ensemble dans le futur. » Wow. C’est étrange de refermer ce chapitre de ma vie. Je n’ai jamais pensé que je quitterais un boulot comme ça. Jamais pensé que je le voudrais. « Je vais chercher nos affaires et je pars. »

Je suis à mi-chemin de la porte quand il m’appelle, « Et ne partez pas avec l’agrafeuse de la boite, Kingsley. »

 

* * *

 

Bien que Mama pose une tasse de thé devant moi et me tende un sac de glace pour ma main, je peux dire qu’elle n’est pas contente.

« Je suis désolée. » Ça résonne faiblement et c’est supposé le faire.

« Qu’est-ce que quelqu’un a pu dire qui t’aie conduite à la violence, Kelsey ? »

« Je préfèrerais ne pas le répéter. Ça ne fait que me rendre furieuse à nouveau. » Je presse la glace sur les phalanges qui sont maintenant gonflées et d’une affreuse teinte de bleu et de violet. « J’admets volontiers que ça n’a pas été un de mes meilleurs moments. »

« Tu l’a déjà dit à Harper ? » Elle s’active près de la cuisinière avec ce dont je suis sûre que ça va être un dîner fabuleux. »

« Pas encore. Je vais attendre qu’elle rentre de New York. Ce n’est pas quelque chose que je veux lui dire par téléphone. » Je sirote mon thé. « Salut, ma chérie, je suis allée à la gym ce matin. J’ai croisé une de tes anciennes petites amies. On a eu une dispute. Elle t’a insultée. Je l’ai cognée. J’ai été arrêtée. » Je secoue la tête. « Non, je pense que ce genre de chose mérite d’être dit en face à face. »

Je lève les yeux en entendant Brian arriver à la porte. Il tient Collin et lui agite sa petite main vers moi. « Et dans ce coin, nous avons ‘Cogneuse’ Kingsley pour un poids de soixante kilos… »

Je lève ma main valide pour mon fils. « Très drôle. Est-ce qu’ils ont été gentils aujourd’hui ? » J’embrasse le dessus de la tête de l’Ebouriffé tandis que Brian l’installe dans le creux de mon bras.

« Ils n’ont pas encore quatre mois, comment pourraient-il être méchants ? » Il se redresse et se dirige vers la cuisinière pour embrasser Mama sur la joue, le petit frotte-manche. « Bonjour, Mama. »

« Bonjour, Brian. Où est ma petite fille ? »

« Par-là dans le landau. Puisque Maman a choisi d’être arrêtée ce matin, nous avons eu un déjeuner de biberon tardif alors maintenant nous prenons une sieste tardive. » Il me fait un faux-sourire sucré tandis qu’il se verse une tasse de café.

« On peut te remplacer », je grommelle en berçant Collin. Il me regarde et me fait ce sourire idiot. Même si je sais que je vais devoir l’affronter quand elle sera là, j’aimerais qu’Harper soit à la maison. Elle me manque.

« Alors, Champ’, tu vas me dire ce qui s’est passé ? » Brian gazouille pratiquement tandis qu’il saute pour s’asseoir sur le comptoir en sirotant son café.

Mama coupe la plaque sous quoi que ce soit qu’elle cuisine et s’appuie sur le comptoir près de Brian. Tous les deux me lancent des regards inquisiteurs.

Je me sens si stupide. Je vais appeler mon thérapeute et voir si je peux avoir une session en plus cette semaine.

« Je suis allée à la salle de gym ce matin. J’ai croisé quelqu’un avec qui Harper a apparemment eu une brève histoire. On a échangé des mots. Elle a fini par dire quelque chose que je n’ai pas aimé et je l’ai frappée. C’est vraiment simple. »

Brian rit. « Je présume que c’est pour ça qu’ils appellent ça une simple agression. »

Je fronce les sourcils. « J’ai laissé ma colère me submerger et je n’aurais pas dû. Espérons que je pourrai m’en sortir avec un procès, une amende et un travail d’intérêt général. Je préfèrerais ne pas aller en prison. Je n’aime pas la prison. » Je prends une autre gorgée de mon thé en espérant qu’il va me calmer les nerfs. « Vous savez, en y pensant, je n’ai jamais été en prison jusqu’à ce que je rencontre Harper. Maintenant j’y suis allée deux fois. Avec des charges très impressionnantes aussi. Prostitution et agression. » Il faut que je blague là ou je jure que je vais me mettre à pleurer.

Il faut absolument que j’appelle le docteur.

Ça m’aide quand je lève les yeux et que je vois le sourire à peine masqué que Mama arbore. Elle n’est pas aussi en colère que ça après moi et elle va finir par me pardonner.

 

* * *

 

Frankie m’aide à mettre les dernières affaires du bureau de Kels dans une boite de transport. Il a l’air profondément triste qu’elle ne revienne pas. « Est-ce que vous avez besoin de quelque chose, patronne? » Me demande-t-il, surtout par nostalgie.

« Je pense que tout est bon, Frankie. » Je finis de coller l’étiquette d’adresse sur la boite. Elle arrivera demain avant moi. Une boite chanceuse. « Tu as été d’une aide formidable, comme d’habitude. »

Il hoche la tête. Bon sang, je pense qu’il pourrait se mettre à pleurer.

« Ecoute, ta tante Kendra pourrait me tuer pour ce que je vais dire mais quand je saurai ce que je vais faire, il y aura toujours une place pour toi avec moi. Tu es un brave garçon et tu vas t’en sortir parfaitement. Kels et moi, on a une super opinion de toi. »

« Merci. Pourquoi est-ce que Tante Kendra voudrait vous tuer pour ça ? »

Je souris. « Parce que le boulot sera à la Nouvelle Orléans. Je pense que tu lui manquerais. Mais, qui sait, peut-être qu’on pourrait aussi la récupérer. »

L’instant d’après, il se jette dans mes bras pour une étreinte d’ours, et me serre très fort. Je lui rends son embrassade. « Nous avons une tonne de chambres d’amis. Viens nous rendre visite en été, d’accord ? »

Il hoche la tête et s’écarte de moi en se frottant les yeux. « D’accord. » Avant que je puisse dire autre chose, il sort du bureau en courant.

Je reste là à me sentir triste pour lui un long moment. C’est un brave gars qui a maintenant un foyer, un vrai parent en la personne de Kendra et un futur brillant. Il va me manquer. Et d’avoir à le ranimer quand il est autour de ma nana aussi.

Mon téléphone vibre contre ma hanche et je l’attrape avec l’espoir que c’est Kels. Mais le numéro affiché me dit que non, ce n’est pas elle. « Salut, Matt. »

« Bonjour, Harper. Vous êtes prête pour le déjeuner ? »

« Je suis en route », je confirme en enfilant mon blouson pour me diriger vers les ascenseurs. « Vous allez être dans votre limousine grande taille devant le bâtiment ? »

Il rit doucement. « C’est mieux qu’un taxi. »

 

* * *

 

Bon sang que ça fait mal. Le docteur me lance un ‘tsts’ tout en me bandant la main. « Vous auriez dû savoir au vu du bleu que c’était plus qu’une entorse, Mme Kingsley. »

« Je me sentais si bête que je voulais juste rentrer chez moi. »

« Un main fracturée n’est pas une mince affaire. Je pense qu’on l’a récupérée avant que vous ne fassiez plus de dégâts. Vous devriez aller mieux d’ici deux ou trois semaines. »

« Génial. Merci. Je peux rentrer chez moi maintenant ? »

« Ouaip, vous êtes libre. » Il me tend le dossier. « Il faut que vous signiez la décharge. »

Je lève ma main gauche bandée. « Vous blaguez, pas vrai ? »

« Ah, oui. » Il signe le papier à ma place et je me lève pour partir.

En ouvrant le rideau je vois Robie, un grand verre d’eau dans le désert de ma vie aujourd’hui.

« Kels, ma chérie, j’ai essayé d’appeler à la maison et Brian m’a dit que tu étais venue montrer ta main. Quel est le verdict, Cogneuse ? »

« Fracture. »

« Ouille. » Il fait la grimace. « J’ai des bonnes et des mauvaises nouvelles. Qu’est-ce que tu veux en premier ? »

On commence à marcher vers la sortie. « Oh, merde, oublions toute précaution. La mauvaise nouvelle c’est quoi ? »

« Ce petit incident va te coûter environ dix mille dollars par phalange pour ne pas aller au tribunal. »

« Ça montre que si on frappe une trainée, on paye le prix. Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas de charges non plus ? Ou juste pas de procès ? »

« C’est la bonne nouvelle. Pas de charge, pas de procès. Tu te fends d’un chèque. Elle s’en va. Tu gères aussi tous les frais médicaux raisonnables et nécessaires. »

Je hoche la tête. « Très bien. Ça aurait pu être pire. »

« Ça aurait pu être bien pire étant données ta célébrité et ton aisance financière. Heureusement, tu as un avocat merveilleux. J’ai aussi négocié le silence dans la foulée, comme ça quand sa mâchoire sera guérie, elle ne pourra pas en parler. »

« Je pense que je t’aime. »

« Content de l’entendre, parce qu’il y a un peu plus de mauvaises nouvelles. Je n’ai rien pu y faire. »

« Quoi ? » Je grogne.

« Ils ont emmené ta voiture. Apparemment tu étais garée dans une zone réservée. »

Je résiste à l’envie d’aller me cogner la tête contre le mur. « J’aurais dû rester au lit aujourd’hui. » Je regarde mon beau-frère. « Ma toute nouvelle Mercédès est maintenant à la fourrière et on la dépèce jusqu’au dernier boulon, c’est ça ? »

« Probablement. »

« Tu veux bien m’emmener à la maison ? »

« Tu ne veux pas aller chercher ta voiture ? » Son ton est incrédule.

« Non. Je veux rentrer et prendre un long bain chaud avant qu’Harper ne rentre à la maison. Je veux m’assurer que les bébés sont baignés et prêts pour leur Mama quand elle rentre de New York et je veux faire comme si cette journée ne s’était jamais produite. Je récupèrerai ma voiture demain quand je pourrai faire comme si on me l’avait volée et qu’elle a été retrouvée par le concessionnaire Mercédès ou un truc comme ça. »

« Ce n’est pas juste une rumeur, alors ? »

« Oh, c’est une vraie partie de mon être intérieur à cet instant. » Je passe mon bras dans le sien et nous nous dirigeons vers le parking. « Ça le sera pour les prochaines heures, du moins. »

 

* * *

 

Je trouve ça presque absurde que Matt et moi nous mangions dans ce boui-boui. Installé dans le Upper West Side, c’est un restaurant sino-mexicain. Je ne savais même pas que cette combinaison existait. Ce n’est pas le restaurant huppé et élégant que j’attendais d’un homme aussi fortuné que mon beau-père.

« C’est notre petit secret, Harper », dit-il comme s’il lisait dans mes pensées. Il met la serviette sur ses cuisses et fait passer sa cravate en soie par-dessus son épaule pour éviter les projections. « Amanda me dévorerait pendant des jours si elle savait que je mange ici. » Il prend un énorme burrito pour en mordre une bouchée.

Je prends une bouchée de mon poulet-brocolis. Ce n’est pas mauvais. « Comment est-ce qu’ils en sont arrivés à une combinaison de nourriture mexicaine et chinoise ? »

Matt sourit, il est clair qu’il se pose la même question. « Le propriétaire a été élevé au Mexique, de parents chinois. »

D’accord, ça aide à comprendre. « Alors Amanda vérifie ce que vous mangez, hein ? » Je ricane.

Il remue sa fourchette dans ma direction. « Riez autant que vous voulez, Harper. Kels fera de même avec vous dans quelques années et quelques kilos en plus. »

« Comme si ! » Je m’exclame d’un air indigné. J’ai toujours été mince et élancée.

Il secoue la tête. « Vous les gamins, vous pensez toujours que vous êtes éternels. A mon époque, j’étais plutôt bel homme. »

« A votre époque ? » Je répète. « Ils avaient de l’électricité et l’eau courante ? »

« Pas au ranch, en fait, mais partout ailleurs, oui. » Ses yeux bleus luisent. « Je ne suis pas aussi vieux, merci. » Nous mangeons en silence pendant quelques minutes et vidons nos assiettes. « Comment vont ma fille et mes petits-enfants ? »

« Les petits-enfants sont stupéfiants. Chaque jour, l’un d’eux fait quelque chose de nouveau. Ils apprennent tellement. Leurs personnalités commencent à se voir aussi. J’ai bien peur que Brennan n’ait l’allure de Kels mais ma volonté. Collin le contraire. »

Il sourit. « Claire nous surprend aussi. Elle a commencé à chanter l’autre jour. Ça n’avait pas le début d’une signification, voyez-vous, mais c’était du chant, assurément. Nous l’avons trouvée le matin aussi heureuse qu’on peut l’être. »

« Ça doit être sympa de se réveiller comme ça. »

Il secoue vigoureusement la tête. « Ils comprennent en fait les choses bien mieux que nous. Elle me fait me sentir jeune. Je veux la voir grandir et devenir une femme aussi accomplie que Kelsey. Mais cette fois, j’aimerais pouvoir y être pour quelque chose. »

C’est vrai. Personne au bout de sa vie ne souhaite avoir passé plus de temps au bureau. J’ai bien l’intention de ne pas avoir de tels regrets. Ma fille et mon fils me connaîtront, avec mes bons et mes mauvais côtés. « Vous le serez. »

« Pas si je mange ces trucs trop souvent », il froisse sa serviette et la jette sur son assiette vide. « Comment va Kelsey ? »

« Elle a besoin de réconfort. »

« Que vous lui prodiguez ? »

Je secoue vigoureusement la tête. « Absolument. Merci d’avoir laissé votre assistante surveiller le déménagement de notre maison vers la Nouvelle Orléans. »

« Content d’avoir pu aider. »

« Je l’apprécie plus que vous ne l’imaginez. Ça me permet de rentrer ce soir auprès de mon épouse. Je ne connais rien de mieux. »

 

* * *

 

Brennan et moi sommes au téléphone avec Papy Stanton, elle est allongée contre moi et regarde le jouet dans ses mains. Elle semble toujours étudier les choses autour d’elle. C’est le genre d’enfant qui veut savoir pourquoi le ciel est bleu. Je le sais. 

« Tu ne reviens pas à New York, pas vrai, ma chérie ? »

« Je ne l’envisage pas pour le moment, Papa. Non, je déteste New York. Je l’ai toujours détestée. C’est pour ça que je suis allée à Los Angeles au départ. Y retourner n’a fait que renforcer cette opinion. »

« Je ne t’en blâme pas, vois-tu. Ce n’est pas comme si ta vie avait été plaisante ici. »

« Nous avons dépassé ça, toi et moi. Ne le faisons pas remonter. Je n’ai pas besoin de plus de stress dans ma vie en ce moment. Ce dont j’ai besoin, c’est de savoir si tu penses qu’un financement est possible. »

« Je ne vois pas pourquoi ça ne le serait pas. Nous allons remplir les papiers pour la création d’entreprise, former un conseil d’administration et trouver des investisseurs. Il faudra que tu fasses le boulot pénible et que tu recrutes un présentateur. »

« Ce ne sera pas un problème. Il faut juste que je vois si elle est intéressée et ensuite lancer quelques coups de fil. Je serai en contact dans quelques jours. Hé, peut-être que tu peux prendre un long weekend et amener Claire et Amanda ici ? »

« Nous aimerions ça, mon cœur. Nous allons en parler la semaine prochaine, après que j’aurai vu l’agenda d’Amanda, d’accord ? »

« Merveilleux. Merci Papa. »

« A ton service, mon bébé. On se reparle bientôt. Embrasse Brennan et Collin pour moi. »

Je raccroche et j’embrasse ma petite fille sur le crâne. « Ton Papy est un type plutôt sympa. »

Brennan me regarde et me tend l’oreille humide du jouet qu’elle mâchouillait. « Non merci, mon cœur. Maman a eu son content de bave de bébé aujourd’hui, mais vas-y toi. »

Elle me sourit et reprend son mâchouillage. Je sais pertinemment qu’elle n’a pas compris un mot de ce que j’ai dit mais elle en a assurément donné l’impression. Ouaip, elle va nous causer des soucis. « Tu es une petit bonbonne de TNT, Brennan Grace. Tu vas nous tenir en alerte toute notre vie, pas vrai ? »

 

* * *

 

Notre appartement est tellement vide sans notre famille. La constante activité que cette maison a connue me manque. Kels me manque, les jumeaux. Merde, même Brian me manque. Il faut que je rentre à la maison.

Je déambule et je ramasse nos objets les plus personnels, des choses que je ne veux pas que l’employée de mon beau-père voit. Les jouets, les miens et ceux de Kels, vont assurément en premier dans le sac de voyage. Je ne veux vraiment pas avoir à expliquer ce qu’ils font là. Surtout pas le violet.

J’emballe aussi nos photos et nos vidéos personnelles. Je ne veux pas risquer que les déménageurs s’épanchent dessus. Je ne vois pas d’autres choses que je peux emporter. Notre couverture de mariage est déjà à la Nouvelle Orléans, elle est partie avec Kels quand elle est venue me chercher. Les jumeaux ont plus de jouets que nécessaire.

Non, rien d’autre. Il est temps de rentrer.

 

* * *

 

Robie et moi sortons le reste des bagages de son coffre. J’ai été surprise de le voir à l’aéroport. Il a été bizarre pendant tout le trajet, gloussant apparemment sans raison. Je ne peux qu’attribuer ça à de bonnes relations sexuelles avec Renée ces derniers temps. La même chose m’arrive à moi avec Kels.

Je mets un des sacs sur mon épaule et j’attrape l’autre de ma main libre. « On se voit demain, vieux frère. Merci pour la balade. »

Il rit et me tapote le dos. « Pas de problème, petite sœur. Toujours heureux d’aider. » Ce commentaire le fait tomber dans une crise de rire qui le fait presque se plier en deux. « Bonne nuit. » Il se dirige joyeusement vers sa maison et je vais vers la mienne.

Je déverrouille la porte et j’entre, et je remets immédiatement le code de sécurité. Je laisse tomber les sacs et je regarde partout. Je me demande où est ma nana ? Il n’est pas si tard. Je monte l’escalier et je rentre dans notre chambre. Non.

L’endroit logique ensuite c’est la nurserie. J’y trouve mes trois amours, allongés sur une couverture, réveillés, joyeux et joueurs. Collin a son pied dans la bouche comme d’habitude. Brennan mâchouille joyeusement son jouet trempé. Et Kels se masse les doigts qui sortent d’un plâtre.

Quelque chose est arrivé.

« Mama est rentrée ! » J’annonce haut et fort.

Kels se lève et vient vers moi. Je note que son équilibre est un peu précaire. Je présume que le plâtre est lourd. « Bienvenue à la maison, l’Etalon ! Tu m’as manqué. »

Je l’attrape par la taille et je la serre contre moi, et je l’embrasse pour lui montrer qu’elle m’a manqué aussi. « Salut, Petit Gourou. Qu’est-ce qui s’est passé, ma chérie ? » Je lui tiens doucement la main et je l’examine.

« Heu… » Elle devient d’un rouge profond. « J’ai eu un petit… incident… à la gym. »

Je hausse un sourcil. « Un incident ? Est-ce que ‘un poids t’est tombé dessus ? Je vais demander à Robie de leur coller un procès au cul et on sera propriétaire de la salle quand ce sera fini. » Je lève sa main et j’embrasse ses doigts exposés.

« Non, rien de tout ça, mon cœur. C’était de ma faute. » Elle reprend sa main et me serre la taille. « Tout est arrangé mais il faut qu’on parle. » Mon cœur tombe jusque dans mes pieds mais, heureusement, je vois que les jumeaux vont bien, et Kels n’est visiblement pas en colère contre moi. Tout va bien. « Pourquoi tu ne passerais pas un peu de temps avec les bébés ? Après on les couchera pour la nuit et je te raconterai toute l’histoire. »

Je lui embrasse le front. « D’accord. On dirait que ça va en être une bonne. » Je me laisse tomber au sol et je prends Brennan. « Salut, ma belle ! » Je souffle sur son ventre ce qui me vaut des rires joyeux. « Tu as manqué à Mama aujourd’hui.  Vraiment. » Je lui embrasse le nez. Je la soulève et je la porte près de sa Maman et je les regarde toutes les deux avec attention. « Elle te ressemble tellement, Kels. »

« Le double menton et tout ? » Blague Kels.

Je place Brennan dans les bras de sa Maman. « C’est pour ça que tu te cognes la gym. Littéralement », je la blague à mon tour. Je me recule et je bois la vue de mes deux nanas préférées. « Ah, Petit Gourou et Gourou Rou. »

Kels n’en peut plus. « Gourou Rou ? Oh Tabloïde, elle ne va jamais te pardonner ça. »

Je souris, contente que nous ayons enfin un pseudo pour notre bébé. « Ça pourrait être pire ; par exemple Gourou Rou Garou. »

« N’essaie même pas, Tabloïde. » Kels secoue la tête.

Je reprends Brennan et je la serre contre moi. « Tu aimes bien ce nom, pas vrai, ma petite fille ? Gourou Rou ? Comme ça quand tu grandiras tu seras comme ta Maman ? » Brennan me cogne le nez. « Je prends ça pour un oui. »

Je la repose sur la couverture et je prends Collin. « Hé toi, l’Ebouriffé ! » Il s’affale contre moi essayant de s’enfouir sous mon menton. « Comment ça s’est passé avec eux aujourd’hui ? »

« Ils ont été géniaux aujourd’hui. On est allés voir Mama et Papa. On a eu un bon déjeuner. »

Je grogne. « Qu’est-ce que tu as mangé ? »

« Tu ne veux pas le savoir. Il n’y en a plus. »

Je fais la moue. « Tu ne pouvais pas sauver une assiette pour ton épouse bien-aimée ? » Je fais un faux soupir. « Je présume qu’on va devoir y aller demain pour en avoir plus. »

« On peut faire ça. »

Je pourrais bien finir par aimer ce truc du chômage. « Merci ma chérie. » Je vois que Collin s’est profondément assoupi contre ma poitrine et qu’il bave de bon cœur. « On dirait bien que c’est l’heure de dormir. » Je bouge doucement pour ne pas le réveiller et je le pose dans son berceau, puis je tire la couverture sur son torse.

« Ils t’attendaient, tu sais. » Kels pose Brennan dans son berceau puis vient vers moi et me masse le dos. « Tu leur as aussi manqué. »

Je me retourne et j’étreins ma nana. « Je suis à la maison maintenant. Tu ne pourras pas te débarrasser de moi, tu sais. Langston a failli avoir une crise cardiaque mais j’ai réussi à m’enfuir de son empire diabolique pour revenir près de toi. »

« Nous sommes plus que contents que tu sois à la maison. Embrasse notre fille et ayons cette discussion. »

Je fais comme on me dit et je lui prends la main. Nous remontons le couloir jusqu’à notre chambre. Je me laisse tomber dans notre grand fauteuil de lecture en cuir et je la prends sur mes genoux. « Alors, raconte-moi tout. »

« D’accord. Par où commencer ? Est-ce que le nom de Krista McKinney t’évoque quelque chose ? »

Je réfléchis un moment et je ne trouve rien. Mais je n’ai jamais été bonne avec les noms. « Nan. Ça devrait ? »

« Hmm, disons juste qu’elle se souvient de toi. » Kels tire sur le devant de ma chemise. C’est une tactique d’évitement évidente et une tentative d’avoir l’air innocent. Je lui masse le dos pour l’apaiser et je la fais se blottir un peu plus. « Elle a ressenti le besoin de m’instruire sur comment exactement elle se souvient de toi. »

Je réalise ce qu’elle veut dire. Je tressaille. « Petit Gourou, je suis désolée. »

« Oh, Harper, ne t’inquiète pas pour ça. Je savais quand nous avons commencé notre relation que ce genre de chose pouvait arriver. Je ne m’attendais juste pas au genre de réaction que j’ai eue. »

Nouvelle prise de conscience. « Tu l’as frappée ? »

Elle hoche la tête d’un air penaud. « Oui. Elle a dit des choses et bon, j’ai un peu… »

Je lui lève le visage pour qu’elle me regarde. « Tu défendais mon honneur ? »

« Elle n’aurait pas dû dire ce qu’elle a dit. Si elle m’avait laissé partir comme je le voulais, je n’aurais pas eu à la cogner. » Kels sourit triomphalement. « Et il fallait que je le fasse. Il le fallait. »

« Tu t’es sentie mieux après ça ? »

« Oui et non. Je me suis sentie mieux. Ensuite je me suis sentie bête d’avoir laissé ma colère me dépasser. Il faut que je te dise, Tabloïde, que le moment de l’impact a été le sentiment le plus jouissif du monde. »

Je glisse ma main sous sa chemise et je caresse la peau dessous. « Le plus jouissif ? » Je ronronne.

« D’accord. Le second le plus jouissif, mais c’était fichtrement bon. »

Je me sens mieux maintenant. « Qu’est-ce qui s’est passé après que tu l’aies frappée ? Elle s’est excusée ? »

Kels tressaille et baisse à nouveau la tête. « J’avais peur que tu ne poses la question. Elle a appelé les flics et m’a fait arrêter. »

« Pardon. Tu peux me redire ça ? »

Elle se lève et commence à faire les cent pas. « Je suis restée en prison plusieurs heures. »

« Tu étais en prison ? Mais ils t’ont relâchée alors ça ne devait pas être si mauvais. »

« Renée et Katherine ont payé la caution et Robie a tout arrangé. Il n’y a plus de raison de s’inquiéter de ça. Je suis juste désolée que ce soit arrivé. Je me sens vraiment idiote. »

Je me lève du fauteuil et je marche vers elle. « Comment te sens-tu ? Autrement, je veux dire. »

« Je vais bien. Je vais mieux. Contente d’être à la maison. Et terriblement contente que tu sois à la maison. » Ma nana me regarde avec un regard impudent intact, ce qui envoie une vague de chaleur dans tout mon corps. « Tu veux prendre une douche avec moi et m’aider à me laver le dos ? »

Je sens une tactique de diversion. Nous avons tellement de choses à discuter mais je ne pense pas que la soirée tardive de lundi soit le meilleur moment. Surtout pas si elle veut que nous soyons intimes et qu’elle ne me bouscule pas. « Ton dos, ton devant… tout ce qui est à toi. »

 

* * *

 

Mon psychiatre me montre ma main. « Vous voulez me dire comment c’est arrivé ? »

« Si je veux ? Non. Si je vais le faire ? Oui. J’ai été stupide et j’ai cogné une garce au visage pour au moins cinq mille dollars plus les frais. » Je souris. Seigneur, ce que ça a dû résonner butch ?

« Ce n’est pas vrai, si ? » Il sourit en arquant un sourcil et en se carrant dans son siège sans y croire.

« Je l’ai fait. Je jure que je l’ai fait. »

Il croise ses jambes et s’adosse dans son fauteuil bergère. Il pose la tasse et la soucoupe sur une table basse près de lui et met les mains sur sa jambe. « Vous voulez m’expliquer comment ceci s’est produit ? »

« Bien sûr, pourquoi pas ? » Je m’installe sur le divan et je me prépare à raconter toute l’histoire. « J’étais à la gym, je m’entrainais, en m’occupant de mes affaires. Cette femme que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, s’avance et me demande si je suis Kelsey Stanton. » Je fais un geste dans le vague. « Seigneur, je me suis dit que c’était une huissière et qu’elle venait de la part de l’avocat de ma mère alors j’ai dit oui. » Je me penche en avant. « La première chose qu’elle me dit c’est ‘Je m’appelle Krista et j’ai baisé Harper Kingsley sur une base régulière’. »

« Oh oh. Quelle façon d’entamer une conversation. »

« Exactement. Je me suis tournée vers elle et j’ai dit, ‘Grand bien vous fasse. Je suis Kelsey Kingsley. Je l’ai épousée et je la baise sur une base régulière. Désolée pour vous’. »

Il rit. « Quelqu’un vous a ulcérée, Kelsey ? »

Je secoue la tête. « Je me le suis repassé des milliers de fois et je n’ai toujours aucune idée de ce qui m’a pris. »

« D’accord, mais ça ne me dit toujours pas comment ça », il montre ma main, bien enchâssé dans un plâtre, « arrive dans le paysage. »

« Il faut un peu de temps. Donnez-moi une minute. » Je me lève et je vais vers son petit frigo pour prendre une bouteille d’eau que je décapsule. Je prends une grande gorgée. « Alors, je m’éloigne, espérant qu’elle va saisir le message. Je me dirige vers le vestiaire pour me changer et partir. »

« Vous pensiez clairement à ce moment ? »

Je hoche la tête et me rassois. « Oui. Juste partir. Quitter. Je n’ai pas besoin de ça. Mais devinez quoi ? »

« Elle vous a suivie. »

« Donnez un cigare à cet homme ! Elle a commencé à me dire qu’elle et Harper étaient, et ce sont ses mots, pas les miens, ‘des copines de baise’. »

Il aspire l’air à travers ses dents et le relâche lentement. « Ouille. »

« Oui. »

« C’est là que vous l’avez frappée ? »

« Non. »

« Félicitations. Je l’aurais probablement déjà cognée. »

Je manque cracher de l’eau par le nez. C’est bizarre d’entendre son thérapeuthe dire qu’il a un point de rupture lui aussi. Je m’éclaircis la voix et je continue, « Vous savez, Harper me rend dingue parfois. Je mets ça sur le compte du fait qu’elle est beaucoup plus jeune que moi. J’ai toujours été la personne responsable dans ma vie. Elle a le droit de me rendre dingue mais, merde, je ne veux pas que d’autres personnes déversent des ordures sur elle. »

« Il semble évident que vous êtes protectrice vis-à-vis de votre épouse. »

« Vos enfants et votre épouse. Dans cet ordre. Si elle avait dit quelque chose sur mes enfants, je l’aurais déjà cognée. »

Il hoche la tête et me fait signe d’attendre une minute pour qu’il puisse prendre quelque chose à boire, son thé étant fini. « J’ai le sentiment que je vais en avoir besoin. » Il prend un verre de jus et s’installe et je continue.

« Je vais à mon placard, l’ignorant toujours et elle met les mains sur moi comme si elle allait me retourner et elle dit, ‘alors ça fait quoi, d’être mariée à une putain sordide ? Vous aimez les trucs que toute la ville a déjà eus ? »

« C’est là que vous l’avez frappée ? »

« C’est là que je l’ai frappée. »

« Combien de fois ? »

« Une fois je pense, mais ça peut être deux fois. Je ne suis pas entièrement claire sur ce point. Peu importe combien de fois, ça a été assez pour me faire arrêter. »

« Merveilleux. Exactement ce dont vous aviez besoin. »

« Vous savez, bizarrement, ce n’est pas grand-chose comparé à tout le bazar que j’ai traversé. Mais c’est vrai, je n’en avais pas besoin maintenant et je suis sûre que j’aurais pu mieux le gérer. Seigneur, combien une personne est-elle supposée pouvoir supporter avant de tomber au trente-sixième dessous ? »

« Bonne question. Ça équivaut à ‘combien de léchages faut-il pour arriver au centre d’une Chupa chups ?’ »

Je ris. « Je ne sais pas. Je les croque toujours. »

Il hausse les épaules. « Je me disais bien que vous faisiez ça. Vous semblez prendre ça plutôt avec bonne humeur. »

« Il faut bien. » Je soupire. « Si je ne le fais pas, ce sera une autre chose. Je n’ai pas besoin d’une autre chose. J’ai déjà plus de bagages que TWA ne peut en prendre. »

« Vous voulez en enregistrer deux ou trois de plus ? »

« Non, je veux aller aux Bahamas et les envoyer en Alaska. »

« Alors vous voulez vous échapper ? »

« Je l’ai fait. Je me suis échappée à la maison. J’ai perdu les pédales et j’ai couru à la maison. J’ai couru à l’endroit que je savais sûr pour moi, où mes enfants seraient en sécurité, et où Harper serait en sécurité si je ne pouvais pas me sauver moi-même. »

Il se carre dans son fauteuil et prend une gorgée de son jus. « Vous sauver ? »

« Je suis venue dans le seul endroit au monde où je savais qu’Harper serait bien si je ne pouvais pas gérer et que quelque chose se produise. » C’est un aveu tranquille.

« Avez-vous peur de vous blesser vous-même, Kelsey ? »

« Non. » Je le nie mais le nœud dans mon estomac prouve le contraire. Puis je le regarde. Je déteste quand il me regarde comme ça. Six sessions et il sait déjà quand je mens. « Je ne le pense pas. » Je prends une inspiration profonde. « Si j’étais restée à New York, ça aurait pu être différent mais je me sens en sécurité ici. »

« Je vois. » Il se gratte la joue. « Est-ce qu’il faut qu’on ait une approche un peu plus proactive ? Avez-vous besoin d’aller à l’hôpital ou d’entrer dans un groupe de soutien ? »

Je secoue la tête. « Non. C’est ça le sujet. J’ai mon groupe de soutien. Ma famille est mon soutien. »

« Avez-vous besoin de plus que ça ? »

« Non, du moins pas en ce moment. Je vous le promets, si j’en ressens le besoin, je vous le ferai savoir. D’accord ? »

« D’accord. » Il pose son verre et jette son carnet sur le sol. « Kelsey, je pense que vous êtes une femme étonnamment forte, qui a eu bien plus que la part du lion avec laquelle se confronter. Je ne veux pas vous voir choisir cette porte de sortie parce que dans le court laps de temps où j’ai eu l’occasion de vous connaître, même avec tout votre trauma, j’aurais du mal à vous classer comme victime. Vous êtes une survivante. »

« Merci. J’avais besoin d’entendre ça. »

« C’est la vérité. »

<Fondu au noir>

A suivre épisode 8