Avertissement en 1ère partie


Le Festival – 11ème et dernière partie

Par Melissa Good

Traduction : Fryda (2018)


Xena était sûre de ne pas l’avoir entendue correctement. « Quoi ? » Lâcha-t-elle d’un ton incrédule. Je n’ai pas entendu ça. Je sais que je ne l’ai pas entendu.

Une torsion de la plume. « Tu m’as entendue, outsider… tu réussis, nous t’acceptons. Tu rates… et bien, nous devrons décider de ton sort. » Elle tourna dans le cercle aux acclamations des Amazones. « Voilà comment ça marche… J’effectue l’épreuve, tu as une chope de bière. A chaque fois que tu ris, tu bois. » Elle sourit à la guerrière ébahie. « Plus tu tiens, plus c’est dur. »

Bon sang. J’ai bien entendu ça. La guerrière entendit un son étouffé près d’elle et ne fut pas surprise de voir la main de Gabrielle sur son bras tandis que la barde se plaçait devant elle et faisait face aux Anciennes. « Salut. »

Rena mit rapidement la plume derrière son dos. « Ah ben, salut, Majesté. » Elle tapota son masque et fit un sourire joyeux à Gabrielle.

Celle-ci mit son bras autour des épaules de la femme et se pencha un peu plus. « Ecoute. Tu sais… que je suis vraiment attachée à Xena », déclara-t-elle d’un ton confidentiel.

« Sans blague », marmonna Rena, pince-sans-rire. « Vraiment ? »

« Mm », confirma la barde. « Oui et je détesterais vraiment l’idée que quelqu’un ici… n’importe qui… tente… oh… de l’embarrasser ou de la faire passer pour une idiote… ou un truc comme ça.

Pas de réponse.

« Parce que si c’était le cas, je devrais faire quelque chose d’horrible comme… oh… les faire aller au lit et rater le reste de la fête. » Une pause. « Tu vois où je veux en venir ? »

« Heu… oui. » Rena sortit difficilement les mots. « Je… cherchais juste un défi qui n’implique pas d’objets pointus et acérés, des femmes en sueur, des cordes ou des lances. » Elle se mordilla la lèvre. « C’était ça ou bien un concours de mangeuses d’œufs. » Un haussement d’épaules. « C’est une loi traditionnelle bizarre. »

« Bizarre », soupira Gabrielle. « Oh oui… et bien, dans ce cas, on va s’en passer. »

La mâchoire de Rena s’affaissa un peu. « Tu es sérieuse ? »

Le regard de la barde était maintenant très calme. « Tu ne vas pas la ridiculiser, Rena. Pas devant elles et pas devant moi, ou bien je jure que… »

« Chut… » L’Ancienne mit une main sur son bras. « Ce n’était pas le plan… calme-toi… » Elles arrêtèrent de parler quand un bras amical tomba sur leurs épaules.

« Vous avez fini ? » La voix de Xena portait plus qu’une touche d’amusement. « J’aimerais bien que ce… défi… soit terminé pour que je puisse avoir du dessert. »

Elles la regardèrent. « Tu… es d’accord ? » Demanda Rena avec hésitation, lançant un regard de doute à Gabrielle.

« Xena… » La barde la regarda en guise d’avertissement.

« A une condition », répondit Xena, consciente des regards fascinés de la part des Amazones en cercle.

« Une condition ? » Rena se reprenait vite. « Et bien… je suppose que… très bien, c’est quoi ? »

Avec un mouvement si rapide qu’il ne fut qu’un éclair dans la lumière du feu, Xena prit une longue plume de la coiffe de Rena et la fit tourner dans ses longs doigts. « On en fait un duel. » Elle renvoya le défi avec soin à l’Ancienne, la défiant de refuser.

« Euh. » Rena fut saisie par surprise. « Je ne… suis pas sûre… de ce que disent les règles à ce sujet. »

« Pas de problème. » Gabrielle lui fit un doux sourire. « Je peux les changer. » Elle lança un regard à peine voilé d’admiration à son âme sœur. « Un duel, ça me paraît bien. »

« Hum… c’est pas juste. » Rena fit retraite. « Tes bras sont bien plus longs. »

Xena écarta lesdits membres. « Tu portes une armure », ronronna-t-elle. « Et tu es une cible plus petite. »

L’Ancienne la regarda de haut en bas. « Ça c’est sûr », marmonna-t-elle. « Oh, par les poils de cul de Centaure… très bien. »

Une acclamation s’éleva puis un bourdonnement de conversations intéressées tandis que les deux femmes s’éloignaient pour se préparer.

« Tu n’as pas vraiment à faire ça », dit Gabrielle à voix basse. « Xe, je le pense… je préférerais qu’on oublie juste… »

« Chut. » Xena se pencha et l’embrassa. « Ça va aller… je ne suis pas chatouilleuse. »

« Xena. » Gabrielle lui lança un regard agacé. « Tu l’es très certainement. »

Un doigt sur son nez. « Détends-toi », murmura la guerrière puis elle fit un clin d’œil tout en ajustant sa tunique, puis elle alla à grands pas vers la zone centrale, où Rena était dans une consultation furieuse avec trois autres Anciennes et Eponine. Elle contourna le feu d’un pas nonchalant, rendant les sourires timides aux Amazones du premier rang en attendant qu’elles aient fini de comploter. Une jeune serveuse s’avança, portant un plateau de chopes. Elle en tendit une à Xena qui prit une gorgée et se lécha les lèvres d’un air appréciateur.

Un lent bruit de tambour s’éleva tandis que Rena et les autres finissaient leur réunion et que l’Ancienne venait à sa rencontre, s’arrêtant à deux longueurs de bras tout en inspirant. « Faut que je te prévienne… je fais ça depuis longtemps, Xena… j’ai un contrôle parfait de mon corps. » Elle attrapa sa chope, la renifla puis secoua un peu la tête.

La guerrière avança d’un pas et laissa l’énergie animale faire surface, posant un sourire séduisant sur ses lèvres tandis qu’elle étudiait l’Ancienne de la tête aux pieds. La lumière du feu ne masqua pas la rougeur qui en résultait. « Je garderai ça en tête. » Sa voix passa à un registre bas et caressa les mots tendrement. Elle leva la plume et haussa ses deux sourcils. « On y va ? »

Rena baissa son masque et secoua la tête, bondissant légèrement pour mettre en ordre ses plumes.

« Je ne peux pas croire qu’elle a dit oui. » Ephiny se pencha et poussa la barde qui était assise sur ses oreillers, ses jambes repliées sous elle, regardant sa compagne attentivement.

« Mm… moi non plus », murmura Gabrielle à son tour. « Elle ne va pas dans ce genre de truc habituellement. » Elle tourna la tête alors que Jessan rampait pour s’approcher d’elle et se détendit à son côté, le bout de ses crocs dénudés en un léger sourire. « Salut Jess… »

« Salut… tu aurais dû me dire que les Amazones étaient aussi marrantes… » L’être de la forêt la poussa joyeusement. « Des défis de plumes ? » Il tourna la tête juste pour voir Xena faire sa revue de haut en bas de l’Ancienne et il se mordit la langue. « Oh… il faut qu’elle arrête de faire ça. » Il se frappa la tête.

Gabrielle le regarda un peu alarmée. « Tu vas bien ? »

Son ami se frotta le visage. « Il y a juste beaucoup… eu… d’énergie… par ici. » Il lança un regard ironique vers Gabrielle.

« De l’énergie ? » La barde le regarda intriguée un moment puis elle rougit. « Oh. » Elle retourna son attention au concours. Xena avait reculé et elle roulait des épaules pour les détendre, et la barde pouvait dire en voyant le langage du corps de son âme sœur qu’elle considérait le concours comme un moment de pur divertissement. Gabrielle était intriguée, connaissant la sensibilité de la guerrière aux chatouillements, mais elle décida d’attendre de voir ce qui se passait. Elle pouvait voir ce que Jessan voulait dire avec l’énergie, cependant… quand Xena était de cette humeur, le sex-appeal coulait d’elle, en commençant par ce sourire enjôleur et en continuant avec les petits rebondissements dans ses mouvements.

Cela amena un sourire à la barde qui soupira, posant son menton sur son poing.

« Je te préviens, Xena… » Rena fit un cercle sur sa gauche, levant sa plume. « Tu l’auras voulu… »

La grande guerrière sourit et leva les bras tout en s’immobilisant. « Allez… toi d’abord. » Elle plia un doigt joueur vers l’Ancienne. « Un tir libre. »

L’autre femme jura puis fonça sur elle, les plumes de son masque montant et descendant comme celles d’un poulet enragé. Elle tendit un bras avec prudence et fit bouger la plume dans sa main sur le bras de Xena.

Pas de réaction.

Elle essaya l’autre bras. Puis elle s’enhardit et s’avança, chatouillant Xena sous le menton. « Tu fais semblant. »

La guerrière bougea avec fluidité, la saisissant sous le bras et provoquant un couinement étonné. « Toi non. » Elle visa les côtes de Rena, mais l’Ancienne s’écarta du chemin avec un juron. « Allez, bois. »

« C’est pas juste… » Protesta Rena. « Tu es couverte. » Mais elle prit une gorgée de la bière forte.

Xena sourit et tendit la main vers sa ceinture, puis elle jeta un coup d’œil alors que Jessan criait et se couvrait les yeux. Elle détacha le tissu et laissa la chemise s’ouvrir avec une lueur diabolique dans les yeux. « C’est mieux ? » Son corps bien musclé était éclairé par la flamme et l’ombre du feu, peignant une image séduisante.

La femme lui lança un regard mauvais. « T’es vraiment la reine de l’embrouille, hein ? » Répondit-elle outragée. Mais elle plongea en avant, passant la plume sur les côtes exposées de Xena, puis fonçant sur le côté tandis que la guerrière lui touchait l’arrière de la jambe. Elle se mordit la lèvre, mais un cri lui échappa néanmoins et elle prit une autre gorgée tout en lançant un regard dégoûté à la guerrière.

Un autre évitement, un autre balayage et cette fois Xena la toucha le long du dos, la faisant sauter en avant comme un lapin surpris. Mais elle ravala le rire et ainsi n’eut pas à avaler de bière. Rena tourna en cercle, planifiant son attaque. Elle feinta à droite et bougea sur sa gauche, entrant dans la garde de la grande femme pour passer sa plume le long du ventre de la guerrière, regardant les muscles se contracter violemment en réponse. « Ah ! » Gloussa-t-elle d’un air triomphant.

Xena ne s’embêta pas à lui dire que c’était sa lutte âpre pour repousser ses défenses assez fort pour laisser l’Amazone la toucher plus que n’importe quoi d’autre. Elle se contenta de sourire puis prit quand même une gorgée de sa bière, bien qu’elle n’ait émis aucun son. La bière était bonne et elle s’amusait bien. Le jeu lui rappelait les longues soirées d’amusement avec son armée quand les concours de toutes sortes étaient constamment présents.

Et tout le monde… tooouuut le monde voulait sa chance avec Xena. Elle plongea soudainement en avant et toucha l’Amazone juste au-dessus de la hanche, se laissant tomber sur un genou pour s’écarter de sa prise tandis que celle-ci criait puis elle sauta en arrière, se soulevant complètement du sol, levant ses genoux hors de la portée de l’Amazone. Rena jura, mais but, finissant sa bière avant de s’essuyer les lèvres.

La serveuse s’avança et reprit la chope, puis elle lui en tendit une autre.

Son essai suivant fut de se baisser et de toucher Xena derrière les genoux, un endroit qu’elle affectionnait. La guerrière sauta hors du chemin comme si elle avait des ressorts dans les genoux, évitant la plume avec une grâce consommée. « Bougre. » Rena se mordit la langue pour réfréner son rire tandis qu’un léger toucher voyageait le long de son cou.

Rena se rendit compte qu’elle n’avait qu’un seul moyen de maintenir cette fichue bonne femme immobile assez longtemps pour marquer un point, alors elle se lança sur Xena, attrapant la grande femme autour des cuisses et les amenant toutes les deux au sol. Deux chopes de bière s’envolèrent vers le feu tandis qu’un cri montait de la foule et elle cria en retour, profitant rapidement de son avantage pour enfourcher la guerrière, se mettant à l’œuvre dans un esprit de vengeance. « Ahah ! Je t’ai eue ! ! ! »

Avec un sourire diabolique, elle passa la plume lentement le long du corps puissant de Xena, commençant à sa clavicule et ne ratant rien jusqu’à son nombril. C’était… presque une expérience enivrante en soi, alors qu’elle pouvait sentir la puissance grondante juste sous la surface, luttant pour se lancer sur elle. Elle avait passé sa vie au bord du danger, mais ceci… Rena inspira brusquement. C’était comme de chevaucher un éclair.

Xena… transpirait le danger. Elle relâcha une vague d’énergie sensuelle et sombre qui envoya des frissons le long du corps de Rena et lui rappela avec force la réputation sanglante qui pendait au-dessus d’elle comme un linceul ombrageux. Il serait si facile de s’y perdre… Comment faisait Gabrielle pour lui résister ?

Peut-être qu’elle ne le faisait pas, songea l’Ancienne. Peut-être qu’elle était fascinée par ce côté sombre comme l’était tout le monde.

Xena se détendit et croisa les jambes aux chevilles, regardant son attaquante joyeusement. Pas un pouce de réaction tandis que l’Amazone couvrait son corps exposé de coups de plume chatouilleuse. Le regard bleu regardait calmement son bourreau et sa respiration restait lente et régulière. « Allons… tu dois faire mieux que ça », la taquina-t-elle, son sourire chassant le danger comme des bulles de savon qui éclatent.

L’Amazone s’arrêta et la fixa avec incrédulité. « Par le fils de la fichue Bacchante. » Rena leva les mains de frustration. « J’abandonne… je ne pense pas que je pourrai… ooouuiiiilllle ! ! »

Xena s’était arquée et elle repoussa doucement l’Ancienne, roulant pour la clouer au sol d’un long bras musclé. Puis elle fit un grand geste avec sa plume et dessina une ligne lente et taquine le long des côtes de Rena, la regardant serrer les dents en réaction. La plume remonta, dansant sur l’extérieur de son épaule puis à l’arrière de sa jambe. Un son bizarre d’étouffement sortit de l’Amazone.

« Tu sais quoi… » Xena retourna son attention aux côtes, passant le bout de la plume de haut en bas et regardant les muscles sursauter sous ses assauts. « Je pense que tu es chatouilleuse. »

« Eeeeehhhhhh ! ! ! ! » Finit par exploser Rena tandis que la plume passait derrière ses genoux. « Partouslesdieux espèce de fichue… » Elle tapa le sol de ses poings et grogna.

Xena s’assit et la relâcha, faisant face à la foule, la plume en question levée. Une salved’applaudissements l’acclama et elle sourit. « Quelqu’un d’autre veut tenter sa chance ? » Elle les taquina puis pointa la plume d’un air sévère vers la barde qui s’était immédiatement levée. « Pas toi. »

Gabrielle rit. « Oooh… c’est pas juste ! »

Des rires s’élevèrent dans le cercle tandis que Rena s’asseyait et lançait un regard ironique à son bourreau. « Je pense que je me suis fait avoir. » Mais elle rit. « Bienvenue, Xena. » Elle tendit la main et la guerrière la serra fermement. « Bienvenue dans la Nation Amazone. » Une clameur s’éleva et ce fut le chaos, alors que la plus grande partie de la foule s’amassait dans la zone centrale pour la féliciter.

Gabrielle réussit cependant à les battre et se mit à ajuster la tunique de son âme sœur pour la refermer avec un air de propriétaire tandis que Xena aidait Rena à se relever.

« Ah… » L’Amazone se brossa les mains. « Maudit masque… j’ai oublié comment ils pouvaient être inconfortables par tous les dieux. » Elle l’enleva et essuya la sueur de son front avant de lancer un regard à Xena. « Pas étonnant que tu aies accepté… tu n’es pas du tout chatouilleuse, toi. »

La barde captura la plume de Xena et la fit tourner entre ses doigts. « Mmm… » Elle chatouilla légèrement l’intérieur du coude de la guerrière et obtint un couinement. « Ça dépend de qui chatouille. » Elle sourit avec espièglerie tout en passant la plume sous l’oreille droite de Xena pour être récompensée par un rire impuissant.

La mâchoire de Rena s’affaissa. « Espèce de petite… »

Gabrielle se contenta de sourire puis elle se pencha en avant et mit le nez sur la poitrine de Xena. « Comment tu as fait ça ? » Murmura-t-elle. « Je sais parfaitement bien que tu es chatouilleuse. »

« Seulement quand c’est toi qui le fais », répondit doucement Xena. « Personne d’autre. »

La barde cligna des yeux de surprise. « Oh. » Puis elle sourit. « Cool. »

« Mm », acquiesça la guerrière, mettant un bras autour des épaules de son âme sœur, puis elle se retourna pour saluer ses nouvelles sœurs Amazones.

Ce fut un tournoiement de corps, de sons et de senteurs et Xena réussit à peine à retenir ses instincts tandis qu’elle était étreinte avec prudence par des tonnes d’Amazones chaleureuses et en sueur. Seule la main de Gabrielle sur son dos retint son désir de repousser les corps, mais elle ne voulait pas fâcher la foule en réalisant que c’était leur façon de l’accepter parmi elles.

« Essaie de ne tuer personne, Xena… » Murmura Eponine tandis qu’elle prenait son tour. « Elles ont attendu des années pour faire ça. »

« Tch. » Xena leva les yeux au ciel. « Les Amazones. »

Eponine rit et lui donna une tape sur le dos. « Nous savons reconnaître une bonne chose quand nous la rencontrons. »

Ensuite, lentement, la foule se désagrégea en un cercle compact, ne laissant que Xena, Gabrielle et Ephiny au centre. La régente leur sourit et montra la foule d’un mouvement de tête. « Allez-y d’abord… ensuite le reste d’entre nous pourra se détendre et en finir avec ça. »

Le battement bas des tambours faisait un sous-courant séduisant tandis que Gabrielle prenait la main de sa compagne et qu’elles s’approchèrent de la régente qui tenait un parchemin. Ephiny attendit qu’elles s’arrêtent puis elle prit une inspiration. « Bien. » Elle s’éclaircit la voix dans le silence soudain, avec le seul bruit des tambours qui remuaient l’air. « Gabrielle, tu es la Reine par droit de caste et tu as choisi de prendre consort ici, devant la Nation, en cette nuit de festival. » Le langage était formel et un peu guindé et elle tressaillit en s’entendant parler.

Ensuite elle attendit.

Gabrielle se rendit compte qu’on attendait une réponse de sa part, mais la régente n’avait pas eu le temps de lui expliquer la cérémonie à cause de l’incident de l’après-midi. Je présume que je dois dire quelque chose… oh bon… « Ça couvre ce que je pense, oui », finit-elle par répondre, ce qui fit se mordre la lèvre à la régente pour s’empêcher de rire. Ben quoi. « Je pense que j’ai choisi la bonne. »

Un élan de rires, chaleureux et honnêtes traversa le cercle. Gabrielle regarda son âme sœur. « Elle est coriace et robuste… se bat plutôt bien… agréable à regarder… »

Un autre élan de rires et cette fois, Ephiny s’y joignit. Xena se contenta de hausser un sourcil et lui sourit.

« Euh… oui… oui… » Ephiny leva la main. « Accepté… hum… » Elle lut le parchemin silencieusement. « Ah… nous y voici… d’accord. » Elle prit une inspiration. « A ce point, je suis censée demander si quelqu’un ici objecte au choix de notre reine, et ensuite laisser cette personne parler, sans la censurer. »

Elle garda le silence.

Le bruissement des feuilles sembla soudain bruyant alors que même les tambours s’étaient tus.

Gabrielle ferma brièvement les yeux et serra les lèvres tandis que ses doigts s’enroulaient autour de ceux de son âme sœur. Elle ne s’était pas attendue à ce qu’Ephiny pose cette question et la réponse aurait pu être…

Mais le silence continua pendant soixante battements de cœur, tandis que tout le monde se regardait.

« Que tout ça soit écrit. » La voix calme d’Ephiny faillit les surprendre après la paix de ce moment. Elle tourna les yeux vers la guerrière. « Xena, tu es venue devant nous et tu as réussi les épreuves. » Elle roula des yeux, cachée de la foule. « Et tu as été acceptée par la Nation. Jures-tu d’obéir à notre Reine, de la défendre même avec ta vie ? » C’était un changement subtil du verbiage, vrai, mais Ephiny était satisfaite de ça et elle pensa que Gabrielle l’était aussi.

Xena sourit. « Je le jure. »

« Moi aussi », ajouta Gabrielle, bien qu’elle sache qu’on ne l’attendait pas d’elle.

« Tu es la reine, Gabrielle… tu n’as pas à dire ça », murmura Ephiny entre ses dents.

« Le soleil n’a pas besoin de briller non plus, mais il le fait », répondit la barde, recevant un sourire de retraite de son amie.

« Très bien… Majesté, ton choix est écrit. » La régente prit une plume tendue par une jeune Amazone et fit une inscription sur le parchemin, puis elle passa le doigt sur le reste des codicilles. « Redondant… redondant… inutile dans ce cas… oh, j’aimerais bien les voir appliquer ÇA… ah. » Elle s’éclaircit la voix. « Scellé avec un baiser et nous en avons fini. »

« Comme si nous n’avions pas fait ÇA devant tout le monde. » Gabrielle leva les yeux au ciel et provoquaun éclat de rire dans la foule. Même Tyldus riait, installé près du feu pour voir la cérémonie. Du coin de l’œil, elle repéra la tête poilue de Jessan et elle se tourna, pour le voir sourire et faire des clins d’œil.

Elle se retourna pour voir son âme sœur qui la regardait avec des yeux bleus attentifs. Elle glissa les bras autour de Xena et sentit la main de la guerrière lui prendre la joue. Elles se regardèrent un long moment et Gabrielle mémorisa la scène, pour l’ajouter à sa petite collection de périodes douces dans sa vie. Elle pencha la tête quand Xena baissa la sienne et leurs lèvres se touchèrent comme elles l’avaient fait un an avant, devant la plupart des spectatrices.

Elle jura avoir entendu le tonnerre.

Elle pouvait légèrement goûter l’orge riche de la bière sur les lèvres de Xena et la sauce fruitée de leurs viandes, et elle se laissa dissoudre dans le contact alors que leurs corps se fondaient l’un dans l’autre sous une couverture d’étoiles.


Xena se réinstalla contre les coussins, attirant Gabrielle sur sa poitrine avec un bras possessif autour de l’estomac de la barde. La musique était forte maintenant tandis que les serveuses faisaient passer de grandes chopes de bière et du vin fruité en même temps que les pâtisseries épaisses, moelleuses au miel et à la noisette qui tenaient lieu de dessert.

Les trois autres unions s’étaient passées sans heurt, avec une Gabrielle qui prenait doucement et continuellement les parchemins des mains d’Ephiny, puis célébrait la cérémonie de celle-ci et Pony, les renvoyant ensuite à leurs sièges tandis qu’elle finissait avec les deux autres couples. Il n’avait pas fallu longtemps, mais les deux autres avaient un air de reconnaissance intimidée que ce soit leur douce reine qui préside, et l’une des secondes paires lui avait murmuré qu’elle espérait qu’elle et sa compagne soient au moins à moitié aussi heureuses que Gabrielle et Xena.

Cela lui avait valu une belle étreinte de la part de la barde et un sourire de Xena, qui se tenait avec sollicitude auprès de sa compagne, tenant les parchemins pour elle. Ensuite elles étaient retournées à leur plate-forme avec une Ephiny et une Eponine à l’air plutôt tranquille et plutôt incrédule, et un Xenan endormi, blotti près de sa mère, ses sabots sous lui, et appuyé contre elle.

Gabrielle se nicha contre la guerrière, la tête en arrière, grognant lorsque cette dernière lui tendit un autre gâteau. « S’il te plaît… je vais exploser d'un moment à l'autre. » Elle relâcha un souffle. « Je suis tellement pleine que je peux à peine respirer. »

Xena rit. « Bien. » Elle lui tapota doucement le ventre puis pressa légèrement sa compagne.

« Ouille… pas trop fort ou bien je vais me lâcher », l’avertit la barde, en s’étirant un peu avant de poser la tête contre la poitrine de son âme sœur. « Tu as vu le collier qu’Eph a donné à Pony ? » Elle leva les yeux vers la guerrière avec un sourire. « Il est joli. »

« Mmhmm… » Acquiesça Xena aimablement, ressentant les effets de plusieurs chopes de bière et de bien trop de nourriture. Elle espéra sincèrement que personne n’aurait d’idée idiote ce soir… elle savait qu’elle n’avait pas assez de coordination pour la sécurité et qu’elle était assez coordonnée pour ne pas être inoffensive. « Très beau… j’aime bien l’épée qui empale l’étoile. » Cela lui amena un souvenir. « Oh… » Elle tendit la main et tira quelque chose de sa botte pour le tendre à la barde. « Oublié… pardon… »

Gabrielle prit le petit paquet et l’étudia, avant de lever le regard vers les yeux bleus tranquilles. « C’est quoi ? »

Xena haussa les épaules. « Je me suis dit que je devrais t’offrir quelque chose… considère ça comme un cadeau tardif d’anniversaire, si tu veux. » Elle emmêla paresseusement ses doigts dans les cheveux de la barde.

La barde déballa l’objet qui avait vaguement la forme d’une dague longue, posant de côté les morceaux de tissu jusqu’à ce qu’elle expose une pièce d’ivoire longue et sculptée avec soin, prévue être tenue à la main et se finissant avec un point minuscule et flexible. De minuscules visages intriqués et des animaux étranges étaient sculptés sur la surface et la poignée donnait une prise lisse et confortable.

Gabrielle la prit en main et la plia, s’imaginant écrire avec ce point fin et précis. « C’est… beau, Xe. » Le diminutif semblait lui venir plus souvent aux lèvres ces derniers temps et elle se fit une note mentale pour demander plus tard à la guerrière si ça la dérangeait. « Incroyable… je n’ai jamais rien vu de tel. »

Xena sourit tranquillement. « Non… tu n’aurais pas pu, pas ici en tous cas. »

La barde fit tourner l’objet dans sa main. « Pas ici… d’où est-ce que ça vient ? »

La guerrière hésita puis elle s’éclaircit la voix. « De Chine », répondit-elle calmement. « Après avoir débarqué… j’ai dû attendre la nuit pour… bon, bref… j’ai fait le tour du marché du port pendant un moment… je n’avais pas vu ce genre de choses depuis longtemps, je dirais. » Des vues et des odeurs qui la hantaient depuis longtemps, les moindres étant les drogues, accessibles à chaque étal. « J’ai… vu ça… » Elle s’interrompit un moment puis reprit. « Je l’ai acheté pour toi avant de vraiment penser à… l’endroit où j’étais ou ce que je faisais. Je me suis sentie plutôt stupide quand j’ai… » Elle s’arrêta à nouveau et cette fois, elle ne continua pas.

Gabrielle fit tourner l’objet dans sa main à nouveau puis elle leva les yeux et porta son autre main à la joue de la guerrière, la fixant avec une totale compassion. « Merci. » Elle caressa la peau douce. « Pour tout. »

Xena lui sourit. « A ton service. » Elle toucha la plume. « Ecris-moi un poème avec. »

La barde lui sourit à son tour. « D’accord. » Puis elle soupira et chercha la bourse à sa ceinture. « Je t’ai déjà dit que tu étais la personne pour qui c’était le plus difficile de penser à un cadeau ? »

« Humm… non », admit sa compagne.

« Mm… et bien tu l’es », lui dit Gabrielle tranquillement. « Je veux dire… combien de couteaux et de morceaux d’armure peut-on offrir à une seule femme, pas vrai ? » blagua-t-elle. « Tu ne portes pas vraiment de bijoux et je sais mieux que quiconque qu’il ne faut pas essayer de te trouver quelque chose en lien avec ton équipement. »

« C’est vrai », confirma Xena. « Mais… je n’ai pas vraiment besoin que tu me fasses des cadeaux, mon amour. »

Le regard vert brume se posa sur elle. « Tu dis toujours ça… mais ça ne m’empêche pas d’essayer. » Elle sortit quelque chose de sa bourse. « Et bien… j’avais une idée… je sais que tu aimes bien attacher tes cheveux en arrière quand on voyage… pour les écarter de ton visage… alors je… » Elle déballa une attache de tresse en cuir de couleur rouge profond. « Je me suis dit que je pourrais en fait en faire un moi-même… et je l’ai fait. » Elle lança un regard fier à l’objet, se souvenant des heures passées à donner forme au cuir avec les petites boucles d’un couteau en cuir.

Un sourire charmeur passa sur les lèvres de Xena et elle toucha l’objet du bout de son doigt. « Ouaouh… c’est vraiment joli, Gabrielle… merci. »

« Mm… Mais je me suis dit ensuite, eh bien, que tu pourrais en avoir un n’importe où… je veux dire… »

« Pas fait par toi », interjeta la guerrière en le prenant des mains de la barde pour l’étudier.

« C’est vrai… mais… » Gabrielle le retourna doucement, montrant l’intérieur, où une cachette finie se trouvait. « Ça a été le plus difficile… je… et bien, il y a ce poème que tu as beaucoup aimé et je me suis dit que si j’arrivais à l’écrire à l’intérieur… eh bien… ce serait vraiment unique. »

Xena cligna des yeux et regarda le cuir dans la faible lumière du feu. De petites lettres dorées lui faisaient face, huit, non, douze lignes gravées avec patience. Elle les lut deux fois avant de lever les yeux vers la barde qui attendait. « C’est vraiment beau… merci, mon amour. » Elle toucha le visage de Gabrielle. « C’est unique… tout comme toi. »

La barde serra la mâchoire et déglutit. « Je peux… » Elle montra les cheveux de sa compagne.

« Bien sûr. » Xena se pencha en avant et attendit patiemment alors qu’elle sentait les mains de la barde lui faire affectueusement une tresse, le toucher l’apaisant, en même temps que le son du battement de cœur de Gabrielle qu’elle pouvait entendre à travers la tunique de la barde, la tête pressée contre elle. Elle sentit le mouvement s’arrêter puis des bras encercler ses épaules et l’étreindre. « Je t’aime », entendit-elle d’une voix murmurée dans son oreille.

Xena sourit et lui rendit son étreinte. « Je t’aime aussi », murmura-t-elle en réponse, sentant une petite vague de bonheur monter. Elles restèrent ainsi un moment puis se séparèrent, s’installant dans une position plus confortable.

Gabrielle passa la main dans ses cheveux et se détendit contre la poitrine de Xena, tandis que les danseuses suivantes s’avançaient, ce groupe portant des feuilles de palmier et des pipeaux. « Xena, qu’est-ce qu’elle fait avec cette noix de coco ? » Murmura la barde d’un air curieux.

La guerrière s’éclaircit la voix.

« Oublie. » La barde leva les yeux au ciel, puis regarda une Amazone qui approchait d’Ephiny et qui s’agenouillait près de la régente, gesticulant des deux mains. « Oh oh. »

Xena posa le menton sur l’épaule de la barde. « Hummm… d’accord, je vais essayer de deviner ce que c’est », observa-t-elle. « Des chèvres enragées qui se répandent ? »

Gabrielle ricana. « D’où est-ce que tu tiens ÇA ? » Elle regarda la femme. « Euh… le mauvais temps arrive… les pièges sont en danger ? »

« Comment tu as deviné ça ? » S’interrogea la guerrière. « Ce dernier mouvement de main ? »

La barde observa le geste. « Hum… non… je ne pense pas que c’est ce que ça signifie. »

Ephiny leva une main puis se mit debout et alla vers elles, se laissant tomber sur un genou sur la plate-forme. « Hé… désolée de vous interrompre… » Ses yeux étincelaient vers Xena qui avait remis ses deux bras autour de l’estomac de son âme sœur. « On a un petit problème. »

Elles échangèrent un regard ironique. « Vraiment ? » Gabrielle lui donna toute son attention. « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« C’est Cait. » Ephiny soupira. « Elles sont prêtes à célébrer les rites d’initiation et elle était prévue cette fois-ci. »

« C’est quoi ? » Demanda Xena tranquillement. « Les rites, je veux dire. »

« Oh… comme d’habitude. » Ephiny remua la main. « Un combat mains nues au choix avec une de nos guerrières accomplies. » Elle sourit. « Généralement, les nôtres font compétition pour être celle qui le fait… parce que si on est choisie, ça veut dire que vous êtes considérée comme l’une des meilleures… et elles avaient toutes leurs plumes hérissées de peur à l’idée d’avoir à te combattre pour cet honneur. »

« Oh non. » Xena secoua la tête. « Pas ce soir… je ne durerai pas une demi-marque de chandelle. »

Un rire léger. « C’est ce que je me suis dit… mais quoi qu’il en soit, c’est le contrat. »

Gabrielle plissa le front. « Et bien… Ephiny, elle a montré qu’elle pouvait se tenir avant ça… tu ne peux pas faire une exception ? »

« Bien sûr. » La régente grimaça. « En un battement de cœur… le problème c’est qu’elle veut que Paladia se joigne à elle. »

Gabrielle et Xena se regardèrent. « Ah. » La barde pinça les lèvres. « Je vois. »

« J’en tremble rien qu’à l’idée de ce que le conseil dirait si je mentionnais ÇA… » Ephiny soupira. « Je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de soutien populaire là-dessus. » Elle regarda le sol pensivement. « Je ne suis pas sûre de savoir ce que Paladia en pense… elle ne veut probablement rien à voir avec nous après que la sentence sera rendue. »

« Hmm… je n’en suis pas si sûre », contra Gabrielle. « Je vais te dire une chose… appelle une réunion du conseil pour demain… voyons juste comment les choses se passent. »

Ephiny soupira. « Très bien… mais je ne pense pas qu’il y ait grande chance… peut-être que je peux convaincre Cait de continuer seule. » Son regard alla vers Xena. « Tu aurais plus de chance, tu sais. » Un sourire ironique. « Elle mange, dort et respire tout ce que tu dis. »

La guerrière fit un petit signe de tête. « Je sais », répondit-elle tranquillement. « Je vais aller lui parler. » Elle pressa le bras de la barde puis la relâcha et se leva, ajustant sa tunique avec un geste automatique. « Je reviens tout de suite. »

Gabrielle la regarda disparaître dans l’obscurité avant de retourner son attention à Ephiny. « Alors. Ça s’est plutôt bien passé, hein ? » Elle montra la foule. « Avec la cérémonie et tout ce truc. »

Ephiny s’assit près de son amie et joua avec la surface du matelas. « Oui… vraiment, en fait… plus que je ne m’y attendais. » Elle leva les yeux vers Gabrielle. « Je ne te mentirai pas… il y a eu pas mal de… débats… sur ton choix de consort. » Ensuite son visage se plissa en un sourire ironique. « Mais comme je le disais… ce que nous pouvions dire, ou faire, n’allait pas affecter vos engagements vis-à-vis l’une de l’autre. »

« Vrai. » La barde sourit. « C’est une jolie cérémonie… Pony et toi étiez tellement mignonnes. »

Ephiny rougit. « On m’a tellement charriée pour ça… mais je suis contente qu’on l’ait fait. » Elle donna une tape au genou de Gabrielle. « Espèce de petite sournoise. » Elle leva les yeux vers Elaini qui arrivait et s’installait. « Hé… vous allez bien tous ? Vous avez eu assez à manger ? »

« Oh… bon sang, oui. » Elaini mit une main sur son estomac et leva les yeux au ciel. « Merci… » Elle regarda vers l’autre plate-forme. « Alors… Ephiny… c’est ton fils, n’est-ce pas ? »

La régente eut un regard affectueux vers Xenan qui dormait contre une Pony à l’air intrigué. « Oui… ça l’est. » Elle sourit au garçonnet. « Il est à l’école avec les Centaures en ce moment… il me manque beaucoup. »

Elaini sourit faisant briller ses crocs. « Il est adorable… il est venu voir nos gamins tout à l’heure et c’était tellement mignon. » Elle se tourna vers Gabrielle. « Est-ce que tu vas rester ici, mon amie ? » Elle tapota le genou de la barde. « Ça me semble être un endroit sympathique et sûr pour passer une grossesse. »

Gabrielle fut prise entre un rougissement et un rire. « Euh… non, en fait, nous rentrons chez nous. » Elle lança un regard d’excuse à Ephiny. « Cyrène ne me pardonnerait jamais si je ne le faisais pas », expliqua-t-elle. « Mais nous reviendrons souvent. »

Un sourire de la régente. « Surtout si tu portes une princesse Amazone, pas vrai ? » Elle donna une tape taquine à son amie. « Qu’est-ce que tu penses… un garçon ou une fille ? »

Un mouvement de tête de la barde. « Je n’en ai aucune idée… » Elle fit une pause. « Mais si j’étais du genre à parier… » Des sourires autour d’elle. « Je parierais sur une fille. »

« Ooooh… » Ephiny eut un rire diabolique. « Je te retiens là-dessus… est-ce que tu… je veux dire, vous avez tout ce qu’il vous faut là-bas ? Des couvertures, des berceaux, des nids d’ange… »

La barde rit. « Je ne sais pas… nous… je veux dire, ils ne savent pas encore, tu sais ? On l’a seulement découvert il y a quelques semaines et nous n’y sommes pas retournées depuis… » Je me demande ce qu’ils vont dire ? Oh la la… je me demande ce que mes parents vont dire ? « Mais Cyrène est une collectionneuse… elle a mentionné, avec désinvolture, qu’elle avait un tas de trucs pour bébés pour ‘tous ceux qui en auraient besoin’. » Elles rirent à ces mots.

« Je me demande comment va Gran… » Songea Ephiny. « Je crois qu’elle en est à… quoi… un mois de plus que toi ? »

Gabrielle hocha la tête. « Environ… oui… » C’était bizarre, songea-t-elle. C’était comme si elle était maintenant membre d’un club… un club de mères dont elle avait été exclue auparavant. Etrange, mais agréable. « Il faudra que tu viennes nous rendre visite… lui donner du fil à retordre. » Elle se tourna à demi. « Toi aussi… Elaini… puisque vous veniez par là de toutes les façons… pourquoi ne pas venir et rester quelques jours ? »

L’être de la forêt sourit. « Et bien. Ce serait génial… je venais justement te demander au sujet de ça. »

« Génial ! » La barde sourit joyeusement. « J’ai beaucoup de questions à te poser. »

Elaini rit doucement. « Je sais, petite sœur… je sais. »

Des bruits de pas les interrompirent et elles levèrent les yeux tandis qu’une coureuse glissait pour s’arrêter avant la plate-forme suspendue. C’était une éclaireuse de l’un des avant-postes avancés, songea Gabrielle. « Qu’est-ce qui ne va pas ? »

La femme s’arrêta et inspira une goulée d’air. « Le poste du périmètre vient de signaler… qu’Erika et un groupe d’Amazones armées sont en route vers chez nous. »


Xena prit son temps pour traverser la hutte de guérison, qui était située dans la partie arrière du village dans un endroit calme. Les feuilles craquaient légèrement sous ses pieds tandis qu’elle s’éloignait du bruit de la fête et la brise fraîche qui soufflait sur le village apportait un souffle d’air bienvenu après la foule.

Elle leva les yeux pour regarder les constellations à travers les feuilles et elle en trouva quelques-unes de ses préférées, puis elle regarda devant elle pour voir la lueur basse de la lumière de la fenêtre de la guérisseuse. Les planches de bois du seuil résonnèrent sous son poids, faisant écho bruyamment dans le calme tandis qu’elle posait une main sur la porte pour l’ouvrir.

A l’intérieur, la plus grande partie de la pièce baignait dans la paix de la lumière du foyer, des paillasses avec leurs occupantes voilées d’ombres tandis que les Amazones blessées essayaient de dormir de leur mieux. Elle s’arrêta un moment au bord de la pièce, puis entra, avançant tranquillement près des dormeuses et se dirigeant vers le fond où se trouvait la paillasse de Cait. Une Amazone plus âgée était accroupie près d’elle, lui parlant doucement, mais même de là où elle était, Xena pouvait voir l’air entêté de désapprobation sur le visage anguleux de la jeune fille.

Elles levèrent les yeux en même temps quand Xena atteignit le lit et les yeux de Cait brillèrent en la voyant. « Salut. » Elle fit un sourire à la jeune fille.

L’Amazone se releva et se gratta la tête. « Salut, Xena… comment se passe la fête ? »

« Plutôt bien », répondit la guerrière d’un ton traînant. « Pourquoi tu n’irais pas te chercher une chope… la bière est douce et froide. »

Elle comprit le message. « Bien sûr… on se voit là-bas. »

Xena la regarda partir puis s’installa sur le petit tabouret près de la paillasse de Cait. « On t’a beaucoup crié dessus pour cet après-midi ? »

Cait regarda avec soin autour d’elle. « Bon sang que oui. » Elle fit un sourire espiègle à Xena. « Mais je m’en fiche un peu… je me suis amusée. »

La guerrière sourit. « Bien. »

La jeune fille attendit un moment puis s’éclaircit la voix. « Merci d’avoir envoyé Elaini tout à l’heure, c’était super de ta part. » Ses doigts fins jouaient avec la couverture. « Je suis vraiment contente que Gabrielle aille bien. »

Xena bougea un peu et entrelaça ses doigts. « Moi aussi. »

Une petite pause. « Tu as eu peur ? »

Le regard bleu traversa la lumière de la chandelle. « Je pense que oui », répondit la guerrière, puis elle laissa un faible sourire recourber ses lèvres. « J’ai traversé le jardin d’herbes d’Esta en venant. »

Cait écarquilla ses yeux gris. « Non ! »

Xena hocha la tête. « Si si. »

« Dieux… » La jeune fille gloussa. « Je parie qu’elle a fait une sacrée crise. » Elle prit une inspiration avec précautions et regarda Xena. « Est-ce que tu… tu te souviens d’avant qu’on quitte Amphipolis ? »

« Oui. » Le visage anguleux de la guerrière se plissa en un bref sourire.

Cait hocha solennellement la tête. « Tu avais raison. »

« Ah oui ? »

« Oui. » La jeune fille sembla soudain plus âgée. « Je ne pense pas que c’était le cas, au début, tu vois… j’étais plutôt ennuyée d’être là, coincée avec un aussi terrible travail, comme elle l’était. » Une pensée lui fit pincer ses lèvres fines. « Mais je me souviens de ce que tu as dit… comment tout le monde méritait une seconde chance et de juste continuer encore et encore… et soudain tout comme ce jour-là, c’était juste. »

Xena hocha pensivement la tête. « C’est pour ça que tu as demandé à Ephiny de la laisser vous rejoindre ? »

Cait réfléchit à la question, prenant son temps dans un silence qui ne dérangeait aucune d’elles, naturellement silencieuses. « Je ne pense pas qu’elle ait jamais eu sa place quelque part », finit par dire la jeune fille. « Sauf dans ce groupe de la grotte, tu vois. »

« Je vois. »

« Je pense que c’est important. »

Xena bougea à nouveau puis se frotta les tempes pour lutter contre l’enivrement de la bière. « Peut-être que c’est le cas », reconnut-elle. « Je sais que… quand j’ai enfin pu rentrer à la maison… et que ma famille m’a acceptée, ça a fait une grosse différence. » Les mots sortirent avant qu’elle puisse vraiment y penser. « Que Gabrielle m’accepte… qu’elle croit en moi… cela m’a fait retrouver un peu de mon humanité, Cait… je ne peux pas te dire combien ça avait d’importance. »

Cait la regarda, ses yeux fixés sur son visage. « Oh. » Elle soupira doucement. « Est-ce que ça veut dire que tu vas m’aider alors ? » Elle lança à Xena son meilleur regard interrogateur. « Si tu le disais, je parie qu’elles le feraient. »

« Probablement », admit Xena. « Mais est-ce qu’elle veut devenir une Amazone ? »

La jeune fille soupira. « Et bien, le lui faire dire serait comme de faire chanter un cochon… mais elle aurait pu partir… et elle ne l’a pas fait, tu vois. » Elle fronça les sourcils. « Je ne peux pas comprendre pourquoi… mais elle ne l’a pas fait. »

La guerrière se pencha en avant et mit une main chaude sur le bras de la jeune fille. « Je pense que je sais pourquoi. »

Le regard gris se fixa sur elle avec étonnement.

« Je pense qu’elle a trouvé une amie. » La voix de Xena prit une touche douce.

Cait garda le silence, mais elle y réfléchit. « Une amie plutôt bizarre », confessa-t-elle. « Je lui tombe dessus tout le temps. »

Un éclair de blancheur saisit la lumière de la chandelle quand Xena sourit. « Je vais voir ce que je peux faire », promit-elle. « Mais tu devrais continuer avec ta part ce soir… tu l’as mérité, Cait. »

La jeune fille soupira. « Mais c’est comme de tricher, Xena… je veux dire, quel genre de défi c’est si je suis sur le dos dans ce lit ? » Un autre soupir tandis que la guerrière se contentait de la regarder. « Oh, très bien. »

« Brave fille. » La femme aux cheveux noirs rit.

Cait devint pensive. « Xena… je peux te poser une question ? »

La guerrière se réinstalla et entremêla ses doigts autour de son genou. « Bien sûr. »

Les yeux de la jeune fille la regardèrent avec précautions et sa voix baissa. « Comment… je veux dire que… oh zut. » Elle s’éclaircit la voix. « Comment as-tu su… je veux dire, qu’est-ce que ça faisait… quand… ben, comment tu as su que tu étais amoureuse ? » Elle dit ces derniers mots rapidement et son visage se colora légèrement. « Je veux dire… avec Gabrielle, bien sûr »

« Bien sûr. » Xena se mordit tranquillement la lèvre. « C’est une question difficile. »

« Je suis désolée. » Cait lui lança un regard embarrassé. « Tu n’as pas besoin de répondre… je me demande à quoi je pensais en te posant la question. »

Tu te demandes hein ? Xena sourit intérieurement. « Non, c’est bon… c’est juste un peu dur de répondre parce que je n’ai pas vraiment pensé au moment… exact. »

Ce qui était faux, bien entendu. Elle le savait très certainement.

La journée avait été totalement désastreuse. Elles s’étaient envoyé des piques de l’aube au crépuscule, dans la pluie battante qui les avait complètement trempées ainsi qu’une Argo agacée. Le maquis ne leur avait pas donné ne serait-ce que le début d’un abri et elles s’étaient retrouvées à devoir monter leur campement dans la sécurité discutable d’arbres larges et feuillus, qui les couvraient largement d’eau à chaque fois que le vent soufflait.

« Je ne cuisine pas », avait déclaré Gabrielle, en s’appuyant contre le tronc de l’arbre tout en posant brutalement son sac sur sa tête dans un vain effort pour éviter la pluie.

« Parfait, parce que je ne fais pas de feu », avait lâché brusquement Xena, ôtant l’harnachement d’Argo tout en balançant ses propres affaires de l’autre côté du tronc. Son sang-froid avait été mis à mal et elle avait passé plusieurs moments détrempés à souhaiter être ailleurs.

Puis elle avait regardé d’un air grognon de l’autre côté de l’arbre et elle s’était retrouvée à fixer le profil malheureux de Gabrielle, la pluie coulant du nez et des oreilles de la barde pour dévaler le long de ses bras nus. Un de ces jours, Xena… s’était-elle dit. Un de ces jours, elle en aura tout simplement assez, elle prendra ses affaires et elle repartira vers Potadeia.

A ce moment-là, Gabrielle, qui avait peut-être senti le regard posé sur elle, avait tourné la tête et regardé sa compagne de voyage, son regard vert s’apaisant de manière inattendue. « Je… heu… je pourrais essayer de… préparer quelque chose si tu peux nous sortir des trucs », avait-elle tenté. « Ecoute ? je préférerais ne pas me disputer avec toi toute la nuit, Xena… c’est assez misérable comme ça. » Elle avait claqué des dents, involontairement, et elle avait serré la mâchoire.

Xena avait senti que quelque chose en elle fondait à ces mots et elle avait tendu un bras. « Viens par ici. »

Gabrielle avait rampé et s’était installée à côté d’elle hors de la tempête. « Hé… il ne pleut pas ici », avait-elle dit d’un ton accusateur.

« C’est toi qui a choisi la première. » La guerrière avait haussé les épaules. « Pas ma faute. »

« Ah oui ? Et combien de temps tu m’aurais laissée là sous la pluie ? » La colère de Gabrielle reprenait de plus belle.

La réplique cinglante était sur ses lèvres, presque murmurée et pourtant…

Elle était morte là.

« Je pensais que nous n’allions pas nous disputer toute la nuit », avait plutôt répliqué Xena, se sentant vaguement confuse.

« Ben, c’était av… Xena, pourquoi tu me fixes ? »

« Tu trembles. »

« Bien entendu… il fait un froid de canard ! » Avait répondu la barde avec frustration.

Qu’est-ce que je vais faire si elle part ? La question avait soudain pris une terrible importance pour Xena. La pensée de sa vie vide sans la jeune femme l’avait submergée et elle s’était rassise, sonnée.

« Xena ? » La voix avait changé, elle s’était approfondie et adoucie et une main froide avait touché son coude. « Hé… qu’est-ce qui ne va pas ? »

Elle avait levé le regard et regardé Gabrielle droit dans les yeux, et la colère qui s’y trouvait un instant auparavant s’était dissoute en une inquiétude chaleureuse qui s’était déroulée en elle et l’avait fait se concentrer sur ce qu’elle ressentait pour la première fois.

Ce n’était pas de l’attirance, qui était une chose qu’elle avait considérée normale entre elles. C’était bien plus complexe et en même temps une émotion bien plus simple.

L’amour.

Secouée, elle avait pris une des couvertures et l’avait mise autour de sa petite compagne, tout cela en silence.

« Xena ? » La voix de la barde était maintenant inquiète.

« Hmmm ? » Avait-elle fini par répondre. « Désolée… tu voulais une autre couverture ? »

La main de la barde était sortie de son nid confortable et avait touché le front de la guerrière. « Tu viens d’être mordue par un truc ? »

Et Xena avait soupiré, un petit sourire ironique lui échappant. « Oui… peut-être. » Son regard s’était posé sur sa compagne de route. « Tu as toujours froid ? »

Avec hésitation, Gabrielle avait attendu un moment avant de hocher la tête. « Un peu, oui… écoute, tu es sûre d’aller bien ? Tu as un air vraiment bizarre. » Elle s’était arrêtée, réfléchissant. « On dirait un cerf pris dans une lumière la nuit. »

Avant qu’elle puisse changer d’avis, Xena avait glissé un bras autour des épaules de la barde et l’avait rapprochée, sentant la résistance étonnée fondre immédiatement, tandis que Gabrielle se détendait contre elle avec un petit hoquet de surprise. « Oui… je vais bien… » Avait-elle murmuré.

Gabrielle lui avait retouché le front. « Je pense que tu couves quelque chose… tu as vraiment chaud. »

Couver quelque chose. Oh oui. Xena avait regardé la pluie sans la voir. Je me demande où je vais aller chercher une cure pour ça ? Ça n’était pas supposé arriver.

Gabrielle avait mis les bouts de la couverture autour d’elle et s’était installée, désorientée mais heureuse tandis qu’elles partageaient les rations de voyage sous la pluie.

Elle sourit à Cait. « Tu le sais simplement », admit-elle. « Tu regardes l’autre personne et tu sais tout simplement. »

Cait digéra ces mots. « Hmm. »

La porte de la salle s’ouvrit brusquement tandis que la jeune guérisseuse arrivait en courant. « Dieux… vous n’allez jamais le croire… on a une alerte ! »


Les Amazones étaient rassemblées et attendaient lorsque Xena arriva dans la zone du festival et elle s’arrêta un peu avant pour observer le groupe de tête qui attendait les arrivants.

Ephiny se tenait là, les bras croisés, parlant en phrases courtes à Eponine. Les mains de la maîtresse d’armes se serraient et se desserraient et les Amazones autour d’elles réagissaient au stress en s’agitant et en bougeant sans arrêt.

Au milieu, comme le calme au centre de la tempête se tenait Gabrielle, les mains sur ses hanches et un air d’attente tranquille sur le visage. La barde semblait complètement non affectée par l’activité nerveuse autour d’elle et tandis que Xena l’observait, elle sentit sa présence et tourna la tête, ses yeux brillant tandis que son regard trouvait sa compagne.

Un coup d’œil aux Amazones, des yeux verts à peine levés au ciel et Xena répondit avec un sourire tordu.

Qui avait besoin de parole ? C’était l’un de leurs trucs préférés dans leur partenariat, cette communication silencieuse qui signifiait une compréhension qui allait bien plus profondément que la surface des choses. La guerrière se fraya doucement un chemin au milieu de la foule et finit au côté de la barde. « Salut. »

« Salut à toi », répondit Gabrielle. « Tu as entendu ? »

Xena hocha la tête.

« Qu’est-ce que tu en penses ? » Demanda la barde tranquillement.

Un haussement d’épaules. « Je pense qu’on le saura dans un instant », répondit Xena, sa grande taille lui permettant de voir qu’un petit groupe armé approchait. Elle regretta momentanément de ne pas avoir d’arme puis elle admit ironiquement que dans son état actuel, ce ne serait pas la meilleure idée au monde. Elle posa paresseusement une main sur l’épaule de Gabrielle et attendit.

Erika menait le groupe, son épée sortie, son corps couvert de poussière et de ce qui ressemblait à du vieux sang séché. C’était une Amazone petite et compacte aux cheveux noirs et aux yeux noisette, qui à cet instant étaient injectés de sang. Son visage montra un air de surprise marqué lorsqu’elle repéra Gabrielle et elle changea un peu de direction, pour venir se tenir juste devant la barde. « Majesté. »

Et bien, songea Xena. Elle n’est probablement pas ici pour nous faire des ennuis, alors. Elle nota que le regard de l’Amazone bougeait pour venir se poser sur elle et elle fit un sourire froid à Erika.

« Bonjour, Erika », répondit Gabrielle tranquillement. « Tu vas bien ? »

Les yeux noisette se tournèrent vers la barde avec fatigue. « Pas du tout, en fait, mais… là n’est pas la question. Je suis ici pour t’avertir… qu’Arella se dirige par ici et elle a l’intention de capturer autant d’Amazones qu’elle le peut pour les vendre comme esclaves. »

« Je sais », répondit simplement la barde. « Elle est déjà venue ici. »

Erika cligna juste des yeux dans un étonnement total puis elle regarda autour d’elle faisant un cercle avant de regarder à nouveau Gabrielle. « Mais… »

« Elle a amené un groupe de mercenaires puants », lui dit Ephiny, en se frottant un peu les bras. « Elle a occupé le village pendant une demie journée environ, mais… » Un haussement d’épaules. « Tout s’est arrangé. »

Le groupe autour d’Erika sembla profondément soulagé, mais leur cheffe fit une grimace appuyée. « Et bien, je vais les rattraper… il faut que je la trouve. »

Ephiny et Gabrielle échangèrent un regard entendu. Xena se contenta de lever les yeux vers les feuilles qui bougeaient. « Pourquoi ? » Finit par demander la barde.

« Pour enfoncer mon épée dans son cœur », répondit Erika d’une voix acérée. « Une chose que j’aurais dû faire il y a bien longtemps. » Voyant leurs visages choqués, elle prit une inspiration. « Et maintenant, après ce qu’elle a fait… »

« Qu'est-ce qui s’est passé, Erika », interjeta Ephiny. « A l’avant-poste… j’ai envoyé une coureuse là-bas aussi vite que… et bien, hier… mais… »

Erika regarda ses bottes. « Elle… nous a vendues. » Les mots étaient retenus comme s’ils avaient mauvais goût. « Quelqu’un a offert assez de dinars, et elle a juste… » L’Amazone soupira. « Elle nous a droguées un soir au dîner et le lendemain matin nous étions en cage. » Elle passa sa main dans ses cheveux bouclés. « Bref… il faut que j’y aille… quelqu’un sait dans quelle direction elle est partie ? »

« Elle n’est pas partie », dit Xena de sa voix basse et vibrante.

La jeune femme la fixa du regard. « Bon sang… vous l’avez capturée alors… c’est bien. » Elle prit une inspiration. « Ça me rend les choses plus faciles… » Son regard alla vers Gabrielle. « Pardonne-moi, Majesté… je sais que c’est ton bailliage, mais justice doit m’être rendue. »

Gabrielle l’étudiait lorsqu’elle sentit des mains chaudes se poser sur ses épaules, les pouces pressant sa peau comme dans un léger massage. « Erika, la justice… a été rendue. »

Intriguée, l’Amazone aux cheveux noirs regarda le visage grimaçant de la barde puis celui d’Ephiny, puis les yeux de Xena. « Elle est… non, ce n’est pas possible… elle est morte ? »

« Oui », répondit tranquillement Xena. « Lors de sa sentence, elle a choisi le défi plutôt que de laisser Gabrielle la juger et… » Un léger haussement d’épaules. « J’y ai répondu. »

Le bras d’Erika, qui tenait toujours son épée, tomba à son côté comme soudainement sans force. Elle regarda Xena avec incrédulité. « Elle est partie ? »

« Oui », déclara Ephiny.

Une de ses compagnes attrapa le bras de la jeune femme tandis qu’elle chancelait. « Bon sang… » Murmura Erika. « Je devrais être contente… mais ce que je ressens maintenant, c’est de la déception. »

Ephiny fit un signe vers trois éclaireuses proches. « Donnez-leur de la nourriture et des boissons… installez-les », ordonna-t-elle en faisant un bref signe de tête au petit groupe. « Je pense que vous pouvez faire une pause… Erika, viens par ici, tu peux nous raconter ce qui s’est passé. » Elle tourna sur elle-même. « Très bien… égayez-vous… retournons à nos tâches. »

Erika les suivit sur la haute plate-forme où elle s’effondra, posant ses avant-bras sur ses genoux tout en fixant la surface capitonnée tandis que les autres femmes s’installaient autour d’elle.

Xena choisit un endroit près de l’arrière de la plate-forme et s’adossa, fixant Erika pensivement. La dernière fois qu’elle avait vu l’Amazone brune, elle et Arella étaient les meilleures amies. Peut-être plus… qu’est-ce qui s’était passé qui avait changé cela ? Elle regarda Gabrielle s’asseoir, tendre une chope à la femme tranquille, que celle-ci agrippa de ses mains atones.

« Erika… qu’est-ce qui s’est passé ? » Demanda la barde doucement. Au loin, un sourd grondement de tambours s’éleva ainsi que les sons frais d’une flûte.

La femme ne répondit pas. Au lieu de ça, elle tourna lentement la tête et regarda Xena. « Comment est-elle morte ? » Sa voix était rauque.

La guerrière joignit les doigts et posa son menton dessus. « Le dos brisé. »

Erika ricana. « Dommage qu’elle soit morte alors... tu aurais dû la laisser vivre comme ça. » Sa voix était vraiment amère. « Ça aurait été de la justice immanente. » Elle s’interrompit et prit une longue gorgée de la bière qu’elle tenait. « Je présume que vous voulez savoir pourquoi j’éprouve ça, pas vrai ? »

« Et bien… » Gabrielle s’éclaircit un peu la voix. « Vous sembliez être plutôt amies la dernière fois que nous… je veux dire que Xena et moi vous avons vues. »

« Ouais. » Erika ricana. « Ce bon vieux temps. » Elle relâcha un souffle après un moment. « Je suis allée avec elle après qu’elle a été envoyée à l’avant-poste… les choses étaient… d’accord… je pensais qu’elle faisait des progrès, en fait, pendant les premiers mois elle s’en sortait bien. » Une pause. « J’étais… et bien, j’étais heureuse et je pensais qu’elle l’était aussi. »

« Non, hein ? » Murmura Eponine.

Un rire court et sans humour. « Non », confirma Erika. « Elle a commencé avec cette merde de ‘il faut qu’on sauve la Nation Amazone d’elle-même’… j’ai essayé de la convaincre d’arrêter avec ça. » Elle s’interrompit. « Nous avons commencé à nous disputer. » Inconsciemment, elle leva une main à son menton et le toucha. « Les choses se sont dégradées à partir de là. » Elle secoua la tête. « Elle ne m’écoutait plus… alors j’ai arrêté d’essayer. »

Gabrielle déglutit, mais ne dit rien.

« Il y avait deux ou trois villages pas loin… j’ai rencontré quelqu’un… un gars et j’ai décidé que je l’aimais bien. » Elle ferma ses yeux noisette. « On l’a retrouvé avec les deux jambes brisées un soir… il a refusé de raconter ce qui s’était passé… mais il refusait aussi de me parler à nouveau. » Elle réfléchit à son souvenir. « Je pense qu’il ne remarchera plus jamais. »

« Tu penses qu’elle a fait ça ? » Demanda Ephiny, la voix choquée.

Erika la regarda. « Je sais qu’elle l’a fait. » On voyait la douleur dans ses yeux. « Elle m’a raconté… chaque petit détail. »

Gabrielle regarda au-delà d’elle et trouva le regard bleu glacial. Elle déglutit un peu puis se leva et alla vers son âme sœur pour s’asseoir et s’appuyer contre elle. Xena mit un bras autour d’elle par pur réflexe. « C’est horrible », finit par dire la barde en secouant la tête.

« Non, Gabrielle. » Erika semblait perdue quelque part. « Ce n’était pas horrible… ce qui était horrible ce fut quand… elle a appris que j’étais enceinte. » Son visage se figea. « Et elle m’a frappée encore et encore dans le ventre jusqu’à ce que je perde le bébé. »

Même la mâchoire de Xena s’affaissa. Gabrielle put sentir l’onde de choc comme elle la partageait et elle sentit les bras de la guerrière se refermer autour d’elle dans une protection inconsciente.

« Par Artémis », lâcha Ephiny. « Elle était tarée. »

Erika se contenta de baisser la tête. « J’aurais dû écouter ma mère », répondit-elle d’un air las. « Elle avait raison… elle m’a dit ce qui arriverait avant que je ne parte. » Ses épaules s’affaissèrent. « Mais je suis contente que ce soit fini. » Elle regarda Xena. « Merci. » Puis elle finit sa chope. « En parlant de ça… je ferais bien d’aller la retrouver… si elle veut bien me parler. » Un autre sourire sans humour. « Avant de partir, je lui ai dit qu’elle était une folle intolérante, dépassée et d’esprit étroit. » Elle se leva avec effort et se brossa les vêtements. « C’était qui la folle ? »

Un silence profond s’installa après son départ et les quatre amies se contentèrent de se regarder les unes les autres. Gabrielle soupira et appuya sa tête contre sa compagne. « C’est si difficile à croire. » Elle leva les yeux vers le profil immobile au-dessus d’elle. « Est-ce qu’elle était vraiment tarée ? »

Xena regarda au loin vers le feu. L’était-elle ? Y avait-il une telle différence entre ce qu’Arella avait fait et ce qu’elle avait fait à Gabrielle, la pourchassant sans cesse, la forçant à abandonner son bébé, Hope ? 

La guerrière soupira. Même sa conscience guidée par le remords devait admettre qu’il y avait une différence en fait et qu’Arella était, en toute probabilité, vraiment tarée.

Ou bien essayait-elle de se justifier ? Son assurance naturelle qu’Hope était diabolique était-elle vraiment de l’instinct, ou bien… se terrait-elle simplement sous la douleur qu’elle avait fait défaut à Gabrielle et que c’était une tentative de l’effacer ? Se débarrasser de Hope et revenir à ce qui était auparavant… pas vrai ?

Dieux. Xena sentit une douleur dans sa poitrine. S’il vous plaît, ne me laissez pas être le genre de personne qui l’aurait fait volontairement. Je ne pourrais pas supporter de le savoir…

Ou bien le simple fait qu’elle posait la question apportait-il sa propre réponse ?

Une main chaude sur sa joue ramena brusquement son attention sur la barde. « Oui ? »

« J’ai dit… est-ce que tu vas bien ? » Le regard vert l’étudiait avec inquiétude.

Xena scruta son visage, mémorisant les angles doux et les courbes délicates. « Oui… j’ai bu un peu trop de bière, je pense. » Elle relâcha un souffle qu’elle avait à peine réalisé retenir. « Je pensais à tout ça… c’est… fichument horrible. »

Ephiny grogna son assentiment. « Je n’ai jamais beaucoup aimé Erika… » Elle s’interrompit, songeuse. « Après tout, elle a essayé de me tuer. » Un soupir. « Mais elle ne méritait pas ça… » Son regard trouva celui de Gabrielle. « Ecoute… je sais que tu n’as pas besoin de justification pour la décision que tu as prise, mais… »

Gabrielle étudia le capitonnage. « Oui. »

Eponine secoua la tête. « Ménelda ne va laisser personne oublier ceci de sitôt. »

La barde leva les yeux, intriguée. « Qu’est-ce qu’elle a à voir avec ça ? »

Les deux Amazones échangèrent un regard. « C’est la mère d’Erika », répondit Ephiny, d’un ton embarrassé. « Dieux… désolée… je pensais te l’avoir déjà dit… »

Gabrielle la fixa, stupéfaite, entendant un mot léger dans un langage inconnu s’échapper des lèvres de Xena. « Euh… non… tu ne l’as pas mentionné », répondit faiblement la barde. « Elle va être contrariée quand elle entendra tout ça… » Son esprit balaya ce qu’elle avait appris sur la guérisseuse et elle lança un regard vers sa compagne.

« Mm », acquiesça Xena doucement.

Eponine soupira. « Tu as raison… je ferais mieux d’aller garder un œil sur elle. » Elle se pencha timidement et embrassa Ephiny, qui lui sourit, ensuite elle se releva et brossa sa combinaison en cuir. « Cette fichue fête a plus de rebondissements qu’un conseil plein avec les plumes en plus. »

Elles la regardèrent partir, ensuite Gabrielle prit une inspiration, juste au moment où un cri perçant et effrayé atteignait ses oreilles.

Tout se figea pendant un instant, ensuite Ephiny expulsa un énorme soupir. « Gabrielle, je t’aime bien, mais pour l’amour d’Artémis, RETOURNE CHEZ TOI ! » Gémit-elle. « Je suis épuisée ! ! ! ! »

La barde la fixa tout en étant mise debout par sa grande compagne. « Ce n’est pas de MA faute ! ! ! » Cria-t-elle, ce qui réveilla brutalement Arès qui dormait enroulé sur la plate-forme après être revenu de la chasse.

La régente lança un regard noir à Xena par-dessus son épaule. « Comment tu fais pour vivre au milieu d’un cyclone ? »

Un éclair blanc de dents. « Ça rend la vie intéressante… en plus… » Xena se tourna et descendit de la plate-forme, laissant ses mots en suspens.

« En plus quoi ? » Grogna la régente tandis qu’elle se frayait un chemin parmi les Amazones surprises.

« J’en adore chaque minute », répondit la guerrière avec satisfaction.


Cait resta tranquillement allongée après le départ de Xena, avec le désir de la suivre. La guerrière lui avait donné beaucoup à réfléchir, cependant, et elle passa quelques minutes à juste soupeser les choses.

Xena, décida-t-elle, était une personne très compliquée. Parfois elle semblait même regretter d’être la plus impressionnante combattante du monde entier, ce que Cait ne comprenait pas du tout. On aurait presque dit qu’il y avait deux personnes en elle… la guerrière confiante qui adorait combattre et cette autre personne, qui était agréable et drôle, et qui aimait tellement Gabrielle que cela semblait horrible parfois.

Elle ne pouvait pas décider laquelle elle préférait, mais elle soupçonnait Xena de ne pas pouvoir se décider non plus, alors ça allait bien.

Xena avait l’habitude très agaçante d’éluder les questions, cependant… surtout les difficiles, comme comment tu sais que tu es amoureuse. C’était quel genre de réponse ce ‘tu le sais juste’ ? Cait soupira. Peut-être qu’elle demandait à la mauvaise personne… peut-être que Gabrielle serait une meilleure cible. Au moins elle aurait un semblant d’’explication… et peut-être un de ces super rougissements mignons en bonus.

Cait décida qu’elle préférait Gabrielle. Au début, elle avait un peu pensé qu’elle était stupide et certainement très sentimentale, bien que très gentille. Mais après un moment, elle s’était rendu compte que le genre de force que la jeune barde avait était tout aussi formidable que celle de n’importe quelle guerrière. Et en plus, elle était une bonne combattante, dans les négociations.

Un bruit derrière elle lui fit tendre l’oreille avec attention. Ensuite un demi-sourire se fraya un chemin sur ses lèvres tandis qu’elle reconnaissait les pas lourds. « Salut. »

Paladia se laissa tomber sur le tabouret près de la paillasse avec un air grognon. « Salut. »

« Tu t’es fatiguée de la fête ? » Demanda Cait en affectant de ne pas noter le paquet que Paladia avait jeté près d’elle. « Qui a gagné la compétition de danse ? »

« J’en sais rien. » L’ex-renégate haussa les épaules. « Qui peut le dire ? Tous ces trucs de monter et descendre et d’envoyer des bâtons et des trucs… » Ses yeux clairs balayèrent la pièce puis revinrent se poser sur Cait. « J’tai apporté des machins qu’elles se passaient… tiens. » Elle tendit le paquet.

Cait mit le paquet sur son estomac et l’ouvrit d’une main. « Super. » Elle choisit un morceau du paquet et le mordit. « Merci… la nourriture ici est purement horrible. »

Paladia se contenta de grogner et étudia ses mains tout en jouant avec un morceau de chaume tombé du toit. Tout le monde l’avait traitée plus gentiment depuis le truc de la capture, soit parce qu’elle avait apporté son aide, soit parce qu’elles étaient juste embarrassées pour elles-mêmes, elle n’en était pas sûre. Mais ce n’était pas si mal. Deux des jeunes éclaireuses lui avaient même parlé. Mais elles avaient des idées étranges sur elle et Cait.

Comme si elle et la jeune fille étaient amies ou quoi. D'où est-ce qu’elles avaient tiré cette idée ? « Les cérémonies ça allait… beaucoup de trucs sentimentaux que tu aurais adorés », commenta-t-elle d’un air détaché. « Oui… et… le plus dingue… cette Ancienne grincheuse a fait passer ton héroïne à travers une épreuve vraiment étrange. »

Cait écarquilla les yeux. « Non… vraiment ? C’était quoi ? »

« Un combat de chatouilles », dit l’ex-renégate.

« Pardon ? » S’étouffa la jeune fille. « Je ne suis pas sûre d’avoir entendu ça correctement. »

« Y a rien à entendre », répliqua Paladia. « Deux mots merdiques… chatouille, et combat. » Elle tendit la main pour faire une démonstration sur le haut du bras de la jeune fille.

« Oooh. » Cait sursauta et lui lança un regard sévère. « Arrête ça. »

Un air coupable et intrigué apparut sur le visage de Paladia. « Heu… » Elle recommença et reçut une tape sur la main. « Et ben, ton héroïne a fait un meilleur boulot… elle n’a pas ri une seule fois, pas même quand la vieille harpie l’a mise par terre et a redoublé d’efforts. »

« Pas possible », cria la jeune fille. « Je ne peux pas le croire… Xena ne laisserait personne lui faire ça. »

Paladia haussa les épaules. « Je pense qu’elle a cru que c’était un gag. » Elle bougea un peu. « Bref… elle met quionsait sur le cul et renverse les rôles… et après tout le monde s’est ramené et l’a tapoté sur le cul et l’a embrassée et a dit qu’elle était l’une d’elles maintenant. » Un mouvement de tête blonde. « Trop bizarre. »

Cait eut l’air confus. « Trop trop bizarre », approuva-t-elle. « Peut-être que c’était une blague. »

« Mmpf. » Paladia recourba les lèvres. « Bref… mais sûr elle a de l’allure toute nue, je te le dis. »

« Peuh. » La jeune fille lui lança un regard.

« Ooouui… » L’ex-renégate leva les deux mains et fit un geste subtil. « Toute gentille et… » Elle leva les yeux et vit le regard tempétueux cloué sur elle. « Ah… oublie. »

Cait plissa les yeux. « Tu es vraiment mauvaise. »

Un ricanement en réponse. « Moi ? Comme Hadès… tu aurais dû entendre les fichus commentaires qui fusaient… je me sentais comme un oursin aux pieds nus dans mon premier marché. »

Cait hésita puis elle rit. « Dieux. »

Un silence embarrassé tomba. Cait le laissa s’étirer jusqu’à ce qu’elle ait assez titillé ses nerfs et elle prit une inspiration. « Tu… tu as pensé à ce que tu vas faire après ? » La douleur dans sa poitrine lui donnait le vertige, mais elle la mit de côté.

Paladia fut surprise de la question. Elle hésita un peu puis elle finit par entremêler ses doigts sans lever les yeux. « Nan », répondit-elle brièvement. « Mais je vais trouver, je pense. »

Cait joua avec sa couverture un instant puis elle leva les yeux. « Je leur ai demandé de te laisser rester. »

Le regard gris croisa le sien, choqué. « T’as fait ça pourquoi ? »

« Je ne sais pas… je pensais que peut-être tu aimerais ça », répondit la jeune fille tranquillement. « Je sais que ça peut être agaçant ici parfois… ça me le fait, mais ce ne sont pas de mauvaises gens. »

Paladia déglutit avec force. « Elles voudront pas. »

« Ça veut dire que tu aimerais qu’elles disent oui ? » Demanda Cait doucement. « Xena a dit qu’elle verrait ce qu’elle peut faire. »

« Pourquoi ? » Demanda Paladia brusquement. « Pourquoi, par Hadès, elle s’intéresserait à ce qui va m’arriver ? J’ai sauté sur sa précieuse Gabrielle, tu te souviens ? »

Cait mordilla sa lèvre. « Je ne comprends pas toutes les choses qu’elle fait, mais elle veut toujours s’assurer que les gens ont une seconde chance. » Elle fit une pause. « Je suppose que c’est parce qu’elle en a eu une. »

« Mpf », grogna l’autre jeune fille, réservée.

Cait garda le silence un instant. « Tu veux que je lui dise d’oublier ça ? »

Un long silence. Finalement Paladia soupira pesamment. « Non. »

« Dieux. » Les yeux de Cait brillèrent doucement. « N’aie pas l’air aussi dévastée. »

Elle reçut un regard mauvais en réponse, mais cela la fit sourire. Elles tournèrent le regard ensemble quand des bruits de pas s’approchèrent et Cait grogna intérieurement. Ménelda.

Une arbalète apparut et la guérisseuse entra dans la lumière, ses yeux noirs et irraisonnés. « Eloigne-toi d’elle. » La pointe de la flèche était dirigée droit sur le cœur de Paladia.


Cait fixa la guérisseuse. « Qu’est-ce que tu fais ? »

La femme aux cheveux noirs arma le mécanisme de l’arbalète. « Chut, mon enfant… je ne vais rien laisser t’arriver. »

Cait fronça ses sourcils blonds. « Je vais parfaitement bien… pose ça, s’il te plaît. »

Paladia s’était figée et était profondément immobile, ses narines légèrement écartées.

« Ménelda… pose cette foutue arbalète. » La voix endormie de Solari l’interrompit. « T’es cinglée ? »

« Non… » La guérisseuse visa avec soin. « Je m’assure juste que la petite Cait ici présente ne fasse pas la même erreur que ma fille. » Ses yeux étaient fixés sur Paladia. « Tu les as toutes bien trompées, pas vrai ? »

« Je ne trompe personne », coassa l’ex-renégate, le regard cloué sur l’arbalète.

« Ménelda… » Solari luttait pour se redresser. « Pose ce foutu truc, maintenant ! »

« Ferme-la », lança la guérisseuse par-dessus son épaule. « T’es un ventre mou, comme toutes les autres. Et bien, pas moi, et je ne vais pas rester assise ici et laisser ça se produire. » Elle se retourna et leva l’arme, visant rapidement, son doigt se resserrant sur la détente, ignorant Solari, qui lâcha un cri d’avertissement.

« Non ! » Cria Cait, puis elle rassembla ses forces et se redressa, plongeant depuis la paillasse pour se lancer contre une Paladia surprise, entourant sa nuque de ses bras et la serrant comme si sa vie en dépendait.

Paladia l’attrapa par pur réflexe, ses bras se resserrant autour du corps mince de la jeune fille dans une réaction de surprise.

Un profond silence s’abattit.

« Non », répéta Cait, sa voix pleine de douleur tandis que sa blessure se rouvrait, relâchant du sang rouge et chaud sur la peau nue de Paladia. « Non… Xena a dit… » Elle prit une brusque respiration. « Elle a dit qu’elle méritait une seconde chance… » Une douleur lancinante la traversa. « T’as pas le droit de… d’enlever ça. »

Paladia ne leva pas les yeux. Son regard était concentré sur quelque chose au-delà de sa vision, sa poitrine bougeant avec des respirations irrégulières.

« Espèce de petite folle. » Ménelda secoua la tête. « Tu ne comprends pas. »

« Non. » Une voix profonde et régulière répondit derrière elles et la guérisseuse tournoya, pour voir une grande silhouette sombre sortir de l’ombre et entrer dans la lumière. « C’est toi qui ne comprends pas. »

Une image aux cheveux clairs se matérialisa près d’elle, les yeux verts de la couleur du miel dans la faible lumière. « Cait, tu vas bien ? »

Un long silence tendu tomba, avant une réponse étouffée. « En fait, je pense que non », dit la jeune fille.

« Xena… » Gabrielle mit la main sur le dos de sa compagne.

« Oui. » La guerrière s’avança et s’arrêta au niveau de Ménelda. Son regard alla vers l’arme puis vers le visage de l’Amazone. Elle haussa un sourcil. « Pose ça avant que je ne le mette en pièces. »

Ménelda se contenta de la laisser tomber.

La guerrière avança et s’agenouilla sur un genou près d’une Paladia toujours figée, et elle posa une main sur le dos de Cait. « Doucement… » Elle attrapa la jeune fille par les épaules. « D’accord… viens… lâche-la. »

Pendant un moment, la guerrière pensa qu’elle ne l’avait pas entendue puis les bras de la jeune fille se relâchèrent lentement et elle laissa Xena redresser Cait. « Bon sang », jura la guerrière quand elle vit le sang.

Paladia fixait la tache cramoisie sur sa propre poitrine comme si elle ne pouvait imaginer d’où elle venait. Ses bras tombèrent lentement sur ses côtés tandis que la guerrière reposait doucement Cait sur sa paillasse et elle leva les yeux, les clouant sur la forme mince et claire sous les mains de Xena.

Gabrielle vint près de Ménelda, étudiant l’air surpris sur le visage de l’ex-renégate, et souriant un peu à un vieux souvenir familier qui était son véritable écho.

Elle avait l’impression d’avoir passé des jours et des jours à sa poursuite. A travers les rivières et la saleté et des géants… par-dessus des rochers et des ronces qui déchiraient sa jupe et égratignaient sa peau au passage. Tout ça pour atteindre cette dernière longue route qui se dirigeait légèrement en montant vers un endroit dont elle n’avait appris le nom que récemment.

Amphipolis.

Et à chaque autre pas, elle s’était demandé ce qu’elle avait fait, au nom des dieux, pour être là dans la nature, après quelqu’un qui faisait de son mieux pour l’effrayer. Etait-elle cinglée ?

Ou pourchassait-elle un rêve ?

Elle avait un point au côté à force de courir. Tout ce chemin descendant et sale et à travers un village inconnu, tournant la tête d’un côté et de l’autre tandis qu’elle cherchait ses habitants.

Personne. Mais elle avait entendu la clameur depuis le grand édifice devant elle et se disant qu’elle trouverait au moins ses habitants, elle s’était avancée, poussant la porte pour l’ouvrir et foncer à l’intérieur, puis elle glissa pour finir par s’arrêter momentanément.

La foule était affreuse et portait des pierres, des bâtons, des faux. Ils se concentraient sur la grande femme aux cheveux noirs qui se tenait devant eux, les mains levées dans une pauvre défense, un air de désespoir sans fin sur le visage.

Jamais dans sa vie elle n’avait ressenti une telle affinité avec quelqu’un comme elle le faisait avec cette étrangère grossière et effrayante, et de la voir là, voyant ces pierres qui la frappaient, voyant l’effondrement de ses épaules tandis qu’elle se rendait, remua un sentiment en Gabrielle, une protection féroce qui surpassa ses craintes et l’envoya au milieu des gens, pour se mettre devant la femme assiégée face à cette foule.

Ça lui avait paru si… juste. Si naturel. Elle s’était retournée après leur départ et ses yeux s’étaient levés vers ceux de Xena et ce regard avait été là.

A la fois de l’incrédulité et de l’émerveillement, de la culpabilité et du soulagement.

C’était un sentiment indescriptible, qui réclamait à une âme inconnue, quelque chose qu’elle avait recherchée depuis toutes ces années avec la connaissance que sa vie avait été changée, d’une manière spéciale et très rare.

Si tout dans sa vie allait mal, elle aurait toujours ça.

Elle se fit une note mentale de parler plus tard à Cait de ce sujet. Maintenant, elle retournait son attention vers Ménelda. « Ça aurait été une vraiment mauvaise erreur », dit-elle doucement à la guérisseuse. « Je sais que tu es en colère pour ce qui est arrivé à Erika, mais blesser quelqu’un d’autre n’est pas la réponse. »

« Comment peux-tu te tenir là et dire ça ? » Murmura Ménelda.

« Parce que c’est vrai », répondit Gabrielle, les yeux rivés sur les cheveux noirs soyeux de Xena. « Tu dois apprendre à relâcher ta haine. »

La guérisseuse garda le silence un moment, puis elle soupira. « Je ne pense pas pouvoir le faire. » Elle regarda Xena et une Paladia toujours stupéfaite. « Je ne peux pas m’empêcher de les haïr. » Elle tourna son regard vers la barde. « Et je ne comprends pas pourquoi tu ne le fais pas. »

Gabrielle soupira. « Je ne sais pas quoi dire pour t’aider… autre que te dire que ressentir cela ne t’apportera jamais la paix. »

« Et tout ce pardon t’a apporté la paix à toi ? » Demanda Ménelda sceptique.

Les yeux verts brume se tournèrent vers elle avec un peu de pitié. « Notre pardon mutuel oui. » Elle appuya les mots, consciente du visage figé et sans expression de Xena penchée au-dessus de la paillasse de Cait. « Beaucoup. » Elle attendit mais Ménelda ne parla pas. « Peut-être que… je ne sais pas si cela va t’aider, mais aimerais-tu retourner auprès d’Erika ? Le groupe là-bas a l’air d’avoir besoin d’aide. » Peut-être qu’elles pourraient s’aider l’une l’autre, songea-t-elle tranquillement.

Ménelda ricana doucement. « Ça te rendrait les choses plus confortables, n’est-ce pas ? » Elle fixa la barde. « Personne pour critiquer le fait que tu caches une vipère en ton sein. » Elle prit une inspiration. « Tout le monde ici a l’air d’accepter… elles ont sauté sur ton petit chariot… mais je vais te dire, Gabrielle… moi pas et je ne le ferai jamais. »

La réaction de la barde ne fut pas celle à laquelle elle s’attendait. Gabrielle se contenta de hocher la tête. « Tu as raison », répondit-elle tranquillement. « Certaines personnes ne peuvent pas changer. » Elle cloua Ménelda du regard. « Alors je pense que c’est ton point de vue contre le mien et je vais faire de mon mieux pour m’assurer que c’est le mien qui gagne. » Elle tourna le dos à la guérisseuse et alla vers sa compagne agenouillée. « Alors, réfléchis-y et fais-moi savoir ce que tu veux faire. »

Ménelda garda le silence un moment, puis elle se retourna et partit sans un mot.

Gabrielle soupira puis tourna son attention vers son âme sœur et sa protégée. « Hé. »

« Hé », murmura Xena entre ses dents. « Elle a juste rouvert la plaie… ça va aller. »

« Mm… qu’est-ce que je devrais faire avec elle, Xena ? » Murmura Gabrielle. « Ménelda je veux dire ? »

« La cogner », répondit la guerrière d’un ton sec.

« Quoi ? » Siffla la barde. « Et en quoi ça va l’aider ? »

« En rien… mais tu te sentiras super bien après », répliqua Xena tout en finissant d’ajuster le nouveau bandage sur la poitrine de la jeune fille. « Pour être honnête, Gabrielle… je me fiche pas mal de ce qui va lui arriver. » La guerrière haussa les épaules. « Elle a une idée fixe à mon égard et rien ne va changer cela. »

Gabrielle tressaillit à cette déclaration honnête, mais elle soupira. « Tu penses qu’elle a raison ? » Demanda-t-elle. « que tout le monde se met de mon côté ? »

La guerrière lui lança un regard de réprimande.

« Désolée. » La barde appuya sa tête contre l’épaule de Xena. « Je pense que c’est juste déprimant quand j’ai tort au sujet de gens… ça fait deux fois maintenant. » Elle soupira. « Ma moyenne est plutôt moche. »

Xena fit un bruit entre ses dents. « Je ne compte que pour un ? » La gronda-t-elle, essayant de faire sortir la barde de son humeur morose. « Bon sang. »

Gabrielle pianota sur sa cuisse. « Et bien… » Elle permit à la taquinerie de réchauffer son esprit. « Tu marques un point… tu devrais au moins compter pour deux. »

« Deux ! » Répondit Xena avec un air faussement blessé. « Allons… allons… donne-m’en cinq au moins… j’étais la Destructrice de Nations, Gabrielle. »

Les regards bleu et vert se croisèrent et échangèrent de la chaleur. « D’accord… d’accord… » Gabrielle se rendit puis se tourna vers Paladia. « Ça va ? »

L’ex-renégate semblait avoir enfin repris ses esprits. « Ouais. » Elle s’assit sur la paillasse proche et mit ses mains entre ses genoux. « Cette gamine tarée va bien ? »

Xena sourit tranquillement à Cait qui la regardait d’un air léthargique. « Oh oui. »

Le regard de Cait passa lentement de Xena à Gabrielle et s’arrêta sur le visage de la barde, un sourire minuscule et presque émerveillé sur les lèvres de la jeune fille. « Tu ne vas pas me gronder, hein ? »

Gabrielle lui fit un sourire chaleureux et aimant. « Ce serait hypocrite de ma part, n’est-ce pas ? »

« Plutôt », acquiesça Cait. « C’est plutôt… un sentiment bizarre, non ? »

« Oui », répondit la barde, inconsciente des airs intrigués de l’auditoire. « Mais c’est quelque chose que je tiens chèrement dans mon cœur. » Elle toucha la jeune fille sur le nez du bout du doigt. « Et tu le devrais aussi. »

Cait hocha faiblement la tête et ferma les yeux.

Xena finit sa tâche et se releva, tendant la main à son âme sœur. « C’est fini… allons… laissons-les se reposer un peu. »

« Merci », grogna Solari. « Emmène l’angoisse à la guimauve dehors, d’accord  ? Ça coule pas mal ici. »

Gabrielle rit doucement. « Merci de nous avertir, Solari. »

L’Amazone blessée secoua la main vers elle. « N’importe quoi pour avoir un peu de paix par ici. »

Xena guida sa compagne dehors, se tournant à demi tandis qu’elles atteignaient la porte. « Hé. » Elle montra du menton Paladia, qui restait assise sur sa paillasse dans un silence sombre. « Garde un œil sur elle, d’accord ? »

L’ex-renégate lui lança un regard de réprimande profonde.

La barde et la guerrière sourirent puis disparurent par la porte dans l’étreinte brumeuse d’un brouillard naissant.


On était bien après minuit, se dit Xena, et la zone qu’elles traversaient était très tranquille. On avait demandé à la plupart des participantes de rester près du feu de camp et à la surprise de la guerrière, c’est ce qu’elles avaient fait. Même Eponine et Ephiny étaient revenues une fois qu’elles avaient atteint la salle de guérison et vu le tableau figé et silencieux à l’intérieur.

Maintenant, l’humidité de l’air augmentait et la guerrière regarda ses bottes remuer la brume, poussant les volutes devant elles en bouffées délicates et éthérées. Une profonde inspiration lui apporta la douce senteur des fleurs de nuit, en même temps que les odeurs du feu de camp, et Xena sourit sentant un bras se glisser autour de sa taille et la chaleur alors que Gabrielle se blottissait contre elle.

« Belle nuit », commenta la barde en penchant la tête en arrière pour regarder les étoiles. Des nuages pelucheux en obscurcissaient quelques-unes, mais la plupart scintillaient pour elle, avec des dessins amicaux. La sécurité du bras de Xena autour de ses épaules était très agréable et elle inclinala tête pour embrasser le poignet qui drapait sa nuque.

Xena fit de même, effleurant les cheveux clairs de la barde de ses lèvres et respirant l’odeur familière avec un plaisir absent. Elle n’eut soudain aucun désir de rejoindre les Amazones, souhaitant plutôt de la paix et du temps tranquille seule avec son âme sœur, bien qu’elle admit avoir vraiment passé du bon temps à la fête.

Gabrielle ralentit ses pas et leva les yeux. « Heu… » Souffla-t-elle. « Xena, tu sais… je suis… vraiment fatiguée… tu peux retourner à la fête si tu veux… »

Le regard bleu se réchauffa et un sourire apparut sur les lèvres de Xena. « Gabrielle, après tous les ennuis que tu as déclenchés autour d’elle ces derniers jours… tu penses que je vais te laisser partir comme ça sans escorte ? »

Une étincelle dans les yeux de la barde. « Je pourrais soupçonner que tu me veux juste pour toi-même. »

Xena haussa son sourcil droit et elle se pencha en avant jusqu’à ce qu’elles soient nez à nez. « Tu pourrais avoir raison. »

« Tch… c’est très antisocial, Xena. » Gabrielle saisit l’occasion de leur proximité et embrassa doucement la guerrière sur les lèvres. « Mm. » Elle tendit une main et l’emmêla dans les cheveux noirs et s’appuya contre le corps puissant de sa compagne avant de revenir pour une exploration plus en profondeur. « Mais… ce n’est pas toujours… une mauvaise chose », murmura-t-elle tandis que des doigts puissants glissaient sur son côté et envoyaient des frissons plaisants sur sa peau.

« Allez. » Xena la tenait fermement et se dirigeait vers leurs quartiers. « La journée a été longue et tu as besoin de repos. »

Gabrielle sourit et captura un doigt de la main sur son épaule, et elle le mordilla avec enthousiasme. « Du repos ? » Ses yeux verts étaient posés sur Xena avec malice. « Hmm… si tu le dis, oh Princesse Guerrière surprotectrice. » Elle laissa sa compagne les amener à leur porte et elle s’arrêta, tandis que Xena tendait son long bras pour tirer sur la porte faite de bâtons. « Dieux… » Elle leva les yeux brusquement. « Je sais que tu n’as pas laissé de chandelle allumée, Xena. »

La guerrière cligna des yeux de surprise. « Non… » Instinctivement elle se mit devant Gabrielle et entra, ses sens luttant pour éliminer le reste de bière. Sur le petit bureau que la barde s’était approprié pour ses parchemins, une chandelle était allumée, bien située au milieu, dans un petit plat en céramique pour éviter que la cire ne tombe sur la table.

La lumière ronde et dorée de la chandelle vacillante éclairait le bureau et luisait sur une image posée près de la boîte à rouleaux de Gabrielle, qui la fixa à son tour. « Qu… »

La barde regarda par-dessus l’épaule de Xena et inspira brusquement. « Ouaouh… » Elle passa devant la guerrière et s’approcha de l’image, s’agenouillant pour en étudier les détails. Il y avait la panthère bien sûr, son pelage noir d’encre bien représenté et le renard blond-roux timide, sa queue enroulée sobrement autour de ses pattes joliment peintes.

Mais les yeux du renard regardaient maintenant Gabrielle avec une teinte qui rappelait les siens, et la panthère… un franc sourire se dessina sur le visage de la barde. Le bleu le plus clair dans un champ de noir, si évocateur de son âme sœur que c’en était incroyable. « Tu vois ce que je vois ? »

Xena s’agenouilla près d’elle et étudia la peinture, son visage tendu dans un sourire inconscient. « C’est incroyable. »

La barde hocha la tête d’un air absent, absorbant l’allure du félin majestueux, son cou légèrement penché, ces yeux qui ressortaient dans une pose tellement féroce et avec tant de défi… et les pattes énormes qui entouraient le renard, avec tellement de détails qu’elle pouvait voir les ombres légères des muscles sous son pelage épais, les griffes à demi sorties sur une patte brillant d’avertissement. Si elle regardait de plus près… elle pourrait jurer que le félin souriait légèrement, un soupçon de crocs blancs sur les bords de ses lèvres.

Puis elle passa au renard, son pelage brillant et sa posture fièrement redressée, seule la tête était un peu penchée, pour lui donner un air plus délicat, plus doux alors qu’il posait des yeux vert brume sur celle qui le regardait.

« C’est nous », murmura Xena d’une voix étonnée. « Comment… »

C’était résolument elles, reconnut Gabrielle. Leurs esprits saisis par l’œil d’une artiste grognonne et exprimés d’une manière unique et très spéciale. « C’est sûr que c’est nous », souffla-t-elle. « C’est Paladia qui a fait ça. »

Les yeux bleus s’agrandirent. « Bon sang. » Xena se pencha en avant et étudia la peinture. « Elle est vraiment douée. » Sa voix contenait une admiration honnête et elle tendit un doigt prudent pour toucher la toile en peau soigneusement tendue, qui, bien que simple, était faite avec soin. « Mais pourquoi… »

Gabrielle avait levé un morceau de parchemin posé près de la peinture et elle le déroula. « C’est un cadeau d’union », dit-elle tranquillement. « Je pense. « Elle montra le bout de parchemin à la guerrière.

« Ces trucs stupides sont supposés être une excuse pour faire des cadeaux. Voilà. »

Xena sentit un rire étonné lui échapper et elle se détendit. « Elle est… spéciale », admit la guerrière puis elle prit la joue de la barde dans sa main. « Tu peux te sentir bien sur ton jugement cette fois, mon amour. »

Un sourire satisfait apparut sur les lèvres de la barde. « C’est vrai. » Elle soupira, s’appuyant contre la grande femme. « Ça va être génial au-dessus de l’âtre, tigresse. »

« Mm… » Xena pencha la tête, réfléchissant. « Tu sais, tu as raison… Gabrielle, si les Amazones pouvaient faire en sorte qu’elle produise des œuvres… elles feraient une fortune avec elle… je peux te dire que j’ai croisé la route de dizaines de princes et autres qui adoreraient être peints avec autant de détails. »

Un haussement de sourcil blond. « Hmmm… mais il faudrait qu’elle soit une Amazone pour ça, hein ? »

Xena saisit sa pensée. « Oh oui. »

Elles se sourirent. « D’accord… maintenant que les ennuis du monde entier sont réglés… » Gabrielle se rapprocha et passa la main sur la nuque de la guerrière, sentant le passage de la chair de poule qui suivit son toucher. « J’ai été unie à toi pour la troisième fois. Tu sais Xena… la plupart des gens ont peut-être la chance de faire ça une fois… et certainement une fois à la même personne. Tu penses qu’on en fait trop ? »

« Et bien… » Xena rit doucement en se mettant debout, tirant son âme sœur avec elle. Elle emmena la jeune femme vers le lit et, les mains autour de la taille de la barde, elle la souleva pour l’y déposer. « Pour dire la vérité, Gabrielle… j’ai un peu… perdu l’espoir, à un certain point, d’être jamais capable d’apprécier quelque chose d’aussi normal qu’une union. » Elle rejoignit la barde sur le lit, s’étirant sur le côté avec un léger grognement. « Alors trois ou quatre ? Surtout à la seule personne que j’ai jamais aimée assez pour vouloir être appelée Son Consort . »

« Non… » Gabrielle traça les traits forts de sa compagne d’un toucher affectueux. « Tu ne te mets pas facilement à la seconde place, pas vrai ? »

Le regard de Xena alla vers la peinture, puis revint sur le visage de Gabrielle. « Nan… seulement pour des petites bardes renardes. » Ses dents brillèrent dans un sourire félin.

Gabrielle baissa un peu la tête, sentant le léger rougissement, que ces yeux amenaient encore sur sa peau, la réchauffer. Elle leva les yeux vers Xena sous ses cils clairs ce qui amena un sourire encore plus large sur les lèvres de sa compagne. « C’était vraiment gentil de la part de Paladia. »

« Mmmhmmm… » La guerrière approuva, tendant la main pour écarter les cheveux clairs des yeux de Gabrielle. « Il est temps pour *toi* d’une coupe de cheveux, ma barde. » Elle se rapprocha et souleva les cheveux de la jeune femme pour faire une touffe. « Une coupe de pivert ? »

Des yeux verts levés au ciel. « Gabrielle, Pivert de Potadeia », dit-elle ironiquement. « Oh… oui… ce serait génial, Xena… j’ai toujours voulu avoir ça en héritage. »

Un sourire. « En parlant d’héritage… » Elle relâcha les cheveux de la barde et mit la main sur le ventre de Gabrielle. « Comment tu te sens ? »

La barde couvrit la main de sa compagne de la sienne et entrelaça leurs doigts. « Je vais très bien… j’étais un peu fatiguée avant, mais… ça semble avoir disparu pour l’instant. »

Xena frotta son doigt contre la peau chaude qu’elle pouvait sentir sous le tissu. « J’ai hâte de rencontrer ce bébé. »

Un sourire surpris et heureux apparut sur les lèvres de Gabrielle. « Vraiment ? » Xena n’avait pas beaucoup parlé du bébé… en dehors de son acceptation initiale de la nouvelle. Gabrielle s’était… enfin, pas vraiment interrogée, mais… « J’y pense tout le temps… et bien, quelle est sa taille maintenant et à quoi il pense… est-ce qu’il peut déjà penser ? » Elle se mordilla la lèvre. « Est-ce que cette petite chose nage comme un têtard et si c’est le cas, pourquoi doit-on enseigner à nouveau aux enfants à nager, s’ils l’ont fait au départ ? »

« Parfois non… » Xena se mit sur le dos et croisa les chevilles, qui pendaient du lit. Elle fit une pause pour regarder la barde, apparemment fascinée par les mouvements souples des muscles de ses jambes quand elle fit le mouvement, commencer à tracer des lignes juste sous la peau. « Maman a dit qu’elle m’avait jetée dans une grande baignoire quand j’étais un bébé… et j’ai commencé à… » Elle fit des mouvements avec ses bras comme si elle nageait comme une grenouille. « Un peu comme ça. »

« Et bien… » Gabrielle soupira et roula sur le côté pour être plus près de sa cible. « Tu as un sens inné pour les trucs, tigresse… mon oncle a dû m’apprendre à nager… j’étais vraiment effrayée quand il m’a plongée dans l’eau, même si elle n’arrivait qu’à ma poitrine.

« Hmm… quel âge avais-tu ? » Demanda la guerrière. « Je pense que ça a de l’importance… après un moment… je sais que je ne me souviens pas avoir appris à faire un tas de trucs… nager, chevaucher… lire. »

« Vraiment ? » Gabrielle était fascinée. « Je me souviens avoir appris tout ça… je ne pense pas avoir un sens inné pour quoi que ce soit. » Ses paroles furent coupées par des lèvres douces et elle s’avança dans le contact, le savourant totalement.

« J’ai une autre opinion », grogna Xena doucement quand elles se séparèrent.

La barde gloussa. « Ça ne compte pas. »

Un haussement de sourcil noir. « Je pensais à ton talent pour les histoires », la taquina gentiment Xena, en observant une rougeur prévisible assombrir la peau claire. « Tch… tch… quel esprit mal tourné. » Elle tapota le genou de la barde. « Lève ta jambe. »

Gabrielle obéit et sentit les longs doigts à l’œuvre sur les lacets de sa botte. Elle soupira d’aise tout en glissant un bras sous la nuque de Xena et en mordillant le long de la gorge de la guerrière, s’interrompant pour mordre le pouls juste sous sa mâchoire. « Tu as été une telle inspiration. »

« Hmm ? Pour quel talent ? » Contra Xena avec un rire bas, tout en délaçant la botte de Gabrielle pour commencer sur l’autre, laissant ses doigts tracer les mollets musclés de la barde au passage.

« Oui », répondit doucement Gabrielle qui se débarrassa impatiemment de son autre botte et laissa ses doigts œuvrer sur la ceinture autour de la taille de sa compagne. Elle détacha la boucle et écarta le tissu, glissa une main en remontant le ventre de la guerrière et le long de la surface ridée de ses côtes qui s’écartèrent à son toucher tandis que Xena inspirait brusquement. « Toute histoire que je pourrais écrire… » Elle ferma les yeux en réaction quand le toucher de sa compagne s’enroula autour de sa cuisse. « Te mets au centre… peu importe de quoi il s’agit. »

Sa tunique tomba de ses épaules et elle se glissa contre Xena dans une extase de sensations, sentant sa respiration et celle de la guerrière se synchroniser, tandis qu’elles s’appuyaient l’une contre l’autre. Vertigineuse, elle était contente qu’elles aient choisi de venir se mettre en privé… la plate-forme capitonnée du festival avait été conçue pour une activité intime, mais la pensée de tous ces regards sur elles… La barde soupira et se trémoussa un peu, tandis que le toucher de Xena voyageait sur son ventre et caressait ses cuisses. Une partie d’elle serait toujours cette villageoise de Potadeia, soupçonna-t-elle. Et ça, décida-t-elle, tandis qu’un rire bas et ronronnant lui chatouillait l’oreille, ce n’était pas vraiment une mauvaise chose.

Xena sentit ses défenses tomber, mais pas plus que ça, tandis qu’elle restait consciente de la vie autour d’elles. Elle n’était pas vraiment inquiète qu’on les attaque, bien qu’on ne sache jamais, mais les possibilités d’Amazones curieuses, traînant tout autour, étaient infinies. Pas qu’elle s’en soucie, Xena rit pour elle-même, tandis qu’elle commençait une avance lente et sans répit le long du corps de son âme sœur, commençant sur sa clavicule. Mais Gabrielle s’en soucierait, elle, et ce côté parfois timide et souvent innocent de sa compagne était quelque chose qu’elle protégeait plutôt.

Que les Amazones gardent leur franchise… elle préférait la gentille honnêteté de la barde. Elle descendit lentement le long des côtes de Gabrielle, en traçant chacune de sa langue et les sentant remuer plus vite, tandis que la respiration de la barde augmentait. Elle enroula une main légèrement autour de la cuisse musclée de sa compagne et commença une légère caresse sur la peau douce, récompensée par un son incohérent de la barde dont les doigts voyageaient sur le corps de Xena et envoyait des décharges brutales de feu sur ses nerfs tandis qu’ils trouvaient leur place familière, accompagnés par la vague chaude qu’elle associait toujours à leur connexion. Le désir monta en elle, insatiable et demandeur d’une dimension physique ajoutée au lien profondément émotionnel entre elles, et elle s’y rendit, leurs corps se touchant dans une douce familiarité.

Et tandis que la paix s’installait sur une Nation parfois hargneuse et parfois contrôlée, Dionysos sourit.


Une brise plaisante rafraîchissait la peau d’Ephiny et elle murmura d’un ton appréciateur, avant de se blottir à nouveau et de laisser le sommeil la rappeler. Un léger mordillement sur son oreille lui amena un sourire aux lèvres, mais elle fit semblant de ne pas le sentir.

Un autre mordillement, et cette fois, un toucher sur son cou. « Arrête… c’est trop tôt », marmonna-t-elle en protestant.

L’effleurement de quelque chose de très soyeux sur la peau de sa poitrine s’ensuivit et elle put sentir un souffle chaud sur sa joue.

La respiration se rapprocha puis alla à son oreille. Elle sourit tranquillement, attendant les mots qu’elle savait devoir arriver.

« Grognement. »

Ephiny ouvrit brusquement les yeux pour voir les minuscules yeux noirs la fixer, au-dessus d’un nez noir qui remua dans sa direction. « Hé ! »

L’écureuil sauta en arrière, grognant vers elle d’outrage, avant de remuer sa queue de dégoût et de sauter hors de la plate-forme en se sauvant vers l’arbre le plus proche.

« Espècedesatanéepelureattaquéeparlesmites… » Grogna Ephiny tandis qu’elle se redressait pour s’asseoir, jetant un coup d’œil autour d’elle avec un embarras soudain. A son grand soulagement, elle était plus ou moins seule sur la plate-forme et toutes les autres dormaient encore dans l’avant-aube brumeuse. Elle leva une main tremblante et repoussa ses cheveux blonds bouclés de son front, levant les yeux pour observer le ciel grisonnant, avant de jeter un coup d’œil au campement tandis que des pas légers arrivaient à son oreille.

A son soulagement, c’était Pony, qui jonglait avec un pichet de quelque chose de chaud, deux assiettes et un récipient mystérieux. Elle regarda la maîtresse d’armes contourner précautionneusement plusieurs corps jusqu’à ce qu’elle atteigne triomphante la plate-forme pour s’installer près de la régente avec un bruit sourd et satisfait. « Salut. »

Ephiny se massa la nuque un peu raidie. « Salut… où tu étais ? »

Pony leva le pichet. « Je pensais que tu aimerais avoir quelque chose de chaud… il fait un peu froid ce matin », répondit-elle joyeusement tandis qu’elle versait une portion de cidre chaud fumant dans une chope et la tendait à son amante, puis elle ouvrit le récipient pour révéler du pain d’épice, également chaud. « Ils viennent d’être cuits. » Elle sourit en cassant un morceau pour le mettre dans la paume d’Ephiny ouverte et avide.

« Mmm… » La régente prit une bouchée conséquente et la mâchouilla. « Tout va bien ? »

« Abcholumment », la rassura Pony avec un hochement de tête. « Chpache rien… chébon… »

« Pon ? »

« Mpf ? »

« Avale, d’accord ? »

L’Amazone aux cheveux noirs obéit puis elle prit une gorgée de son cidre. « Désolée. » Elle sourit en plissant son nez épaté. « Quelle matinée géniale… hein ? » Elle donna un coup de pied sur le bord de la plate-forme et s’appuya sur une main, prenant une inspiration profonde de l’air frais de l’aube.

Ephiny la regarda avec un peu d’amusement. « Tu es de bonne humeur », dit-elle.

Eponine y réfléchit un instant puis elle haussa les épaules. « Je pense que oui… c’est une matinée agréable, on a passé le festival… pourquoi ne pas être de bonne humeur ? »

« Tu marques un point », approuva la régente, en tendant la main pour une autre tranche de pain d’épice. « Oh oh… nous ne sommes pas les seules debout, je vois. » Elle fit un geste vers les quartiers de la reine où deux ombres émergeaient.

La lumière naissante de l’aube les captura dans toute leur beauté contrastée, dans la puissance sombre de Xena et la bonne nature chaleureuse de sa compagne tandis qu’elles allaient vers le foyer à pas égaux. La guerrière portait son gambison coloré et Gabrielle ses vêtements de voyage familiers, le tissu brun et vert contrastant avec sa peau brunie par le soleil et ses cheveux clairs. Tandis qu’elles regardaient, la barde donna une tape sur le côté de sa compagne et eut les cheveux ébouriffés en réponse, puis Xena tourna vers le chemin à moitié caché menant dans la montagne, laissant Gabrielle continuer vers elles.

Etait-ce son imagination, se demanda Ephiny, ou bien les yeux de Gabrielle étaient-ils aujourd’hui vraiment plus lumineusement verts que d’habitude ? La barde semblait certainement briller dans la lumière de l’aube et son visage était plissé en un sourire amical tandis qu’elle montait sur la plate-forme, choisissant ses pas avec soin parmi les Amazones encore endormies. « Bonjour. »

Ephiny pencha la tête et regarda la barde qui s’installait les jambes croisées près d’elles. « On dirait que tu as passé une bonne nuit. » La taquina-t-elle.

De manière prévisible, Gabrielle rougit, mais elle sourit également. « Oui…  merci. » Ses yeux brillaient. « Et la fête a été bonne, elle aussi. »

Les yeux noisette et caramel s’agrandirent de surprise.  « Hum. » Ephiny toussa un peu. « Alors… où est partie Xena ? »

La barde leur prodigua un sourire satisfait et accepta le morceau de pain d’épice qu’Eponine lui tendit rapidement. « Merci… euh… où est partie Xena… et bien, vous voyez quand vous êtes de bonne humeur et que ça vous donne juste envie de… et bien, je ne sais pas… sauter partout ? »

« Ooouuuui… » Répondit Ephiny en traînant sur le mot.

« Xena, étant Xena, adore user de cette énergie en cherchant à s’épuiser », leur dit Gabrielle, en mâchant son pain avec un air de contentement. « Dix-sept sortes d’exercices, courir des lieues… vous savez. »

« Mm… je me souviens qu’elle faisait ça quand elle était à la maison… quand je vous ai rejointes il y a un an », se souvint pensivement Ephiny. « Je l’ai suivie dans la forêt… je l’ai regardée faire des trucs stupéfiants, plus qu’à l’habitude, et elle avait une… une sorte d’énergie sauvage qui était vraiment incroyable à regarder. » Elle haussa les épaules. « Je ne sais pas ce qui déclenchait ça, cependant… sûrement pas notre visite. » Elle lança un regard ironique à Gabrielle. « A moins que ça n’ait été le simple fait de recevoir une lettre de toi. »

Le front de Gabrielle se plissa tandis qu’elle réfléchissait. Puis ses lèvres se tendirent dans un sourire nostalgique. « Quand nous nous sommes séparées… elle m’a dit de réfléchir à vous rejoindre de manière permanente. » Elle regarda Ephiny cligner des yeux de surprise. « Bien sûr… je ne l’ai jamais fait… » Son regard prit une nuance d’excuse. « Mais je pense qu’elle ne l’a pas su jusqu’à ce que je lui envoie cette note lui disant de venir me chercher. »

« Gabrielle… » Eponine se pencha en avant. « N’importe quel *idiot* aurait pu lui dire quelle aurait été ta décision, t’sais… même moi je m’en suis rendu compte. »

Un haussement d’épaules. « Je… le sais… mais… parfois… je ne sais pas, ça l’inquiétait que je sois dans la nature avec elle… que je rate beaucoup d’occasions pour ce qu’elle pensait honnêtement être une vie meilleure. » Un minuscule sourire passa sur ses lèvres. « Elle a toujours été comme ça… si je voulais partir, elle était là, à me soutenir… à me dire de suivre mon cœur… pendant longtemps j’ai pensé que c’était parce qu’elle était fatiguée d’être responsable de moi. »

« Mais ce n’était pas le cas », déclara Ephiny.

« Non », acquiesça Gabrielle. C’était parce qu’elle avait peur… et c’est toujours le cas, que son influence me blesse… que parce qu’elle est qui elle est, et à cause de ce qu’elle a fait, ma vie emprunterait un chemin sombre. » Elle haussa les épaules. « Et ça pourrait être vrai… mais nous nous influençons l’une l’autre et peut-être que ça finira par nous amener à aller au centre… elle marchera vers la lumière, je marcherai un peu dans la nuit… nous finirons par beaucoup de nuances de gris, au lieu du noir et blanc.

« Ouaouh », lâcha Pony. « C’est vraiment profond, Gabrielle. »

La barde rit doucement. « Oui, et bien… je suis une barde, tu te souviens ? Nous sommes dans la parole. »

Ephiny mit la main sur le genou de Gabrielle. « Et ça te fait peur ? »

La barde secoua la tête. « Non… j’y pense parfois… et ça me faisait peur avant… mais après tout ce que j’ai traversé, j’ai juste décidé de prendre les choses comme elles viennent… et d’avancer vers la meilleure vie possible. »

Ephiny fixa son amie avec respect. « Tu es une personne courageuse, mon amie… tu le sais, pas vrai ? »

« Tout le monde me le dit… je ne le vois pas moi-même », répondit la barde avec modestie. « Mais je comprends mieux Xena maintenant… je lui ai souvent dit ça tout le temps, combien elle était courageuse… et elle se contentait de me regarder comme si j’étais cinglée et me disait qu’elle faisait juste ce qu’elle avait à faire, alors c’était quoi le problème ? » Un haussement d’épaules. « C’est ce que je ressens… je fais ce que j’ai à faire… et je sais que je suis capable d’être lâche et d’autres trucs mauvais, alors… » Un autre haussement d’épaules. « Bref… ce que je suis venue dire ici c’est que je voulais vous remercier toutes les deux… d’être de si bonnes amies pour nous deux. »

Un petit silence tomba. « Je ne suis pas sûre que Xena aurait approuvé cela, la dernière fois que vous étiez ici toutes les deux », finit par dire Ephiny, d’une voix tranquille. « Et je ne suis pas sûre que je l’aurais fait non plus. »

Gabrielle prit les mains de la régente dans les siennes. « Xena est une personne très dangereuse, Eph… personne ne le sait aussi bien qu’elle-même… elle est très concentrée et résolue quand cela concerne une chose qu’elle veut… il en faut beaucoup pour l’arrêter quand elle est comme ça. » Elle hésita. « Je le sais… parce que je fais partie des quelques personnes qui l’ont fait… et surtout j’ai pu faire ça parce que sous toute cette agressivité et parfois folie, j’ai toujours su qu’au cœur… au centre de tout, une partie de son cœur m’appartient. » Son regard s’attrista. « Mais après ces funérailles, je ne l’ai plus pensé vrai… et j’étais très effrayée quand elle m’a prise, parce que je savais… qu’il n’y avait plus rien entre nous pour l’arrêter si elle voulait vraiment passer sa colère sur moi. » Elle pressa la main d’Ephiny. « Tu avais raison d’essayer de m’arrêter. J’étais folle de vouloir partir avec elle. »

Ephiny étudia le sol puis inspira et leva les yeux. « Je l’aurais poursuivie, avec toutes mes ressources, si elle t’avait fait quelque chose. »

« Je sais », répondit la barde. « Elle le sait… et pour être honnête avec toi, Ephiny… je ne pense pas, à ce point, que si elle avait fait quelque chose… qu’elle t’aurait arrêtée. » Elle soupira. « Nous étions toutes les deux… très, très fracturées… le fait que vous deux l’ayez acceptée comme faisant partie de ma vie, et comme amie, je ne peux pas te dire combien ça compte pour moi. »

La régente la regarda. « Je suis contente… mais je ne l’ai pas fait pour toi », répondit-elle tranquillement. « Je ne lâche pas mes amis aussi facilement… et elle compte beaucoup pour moi. »

Gabrielle lui sourit.

« Oui… pareil », approuva Eponine vivement. « Moi aussi. »

Le sourire de la barde s’amplifia. « Merci à vous. »

« Heu… » Eponine se mit debout d’un bond. « Je… euh… j’ai quelque chose… à faire, alors si vous voulez bien m’excuser… »

Ephiny et Gabrielle échangèrent un regard. «Vas-y. » La régente lui fit un geste de renvoi.

« Merci. » Eponine remua la main et partit.

« Pon ? » Ephiny posa un bras sur son genou et appela son amante.

« Hein ? » Eponine trottina pour revenir, un air excessivement innocent sur le visage.

« Si tu reviens avec des bleus, ne me cherche pas pour arranger ça, d’accord ? »

« Moi ? Euh… non… non… où est-ce que je pourrais me faire des bleus ? » Répliqua la maîtresse d’armes d’un ton indigné. « Je vais juste… euh… patrouiller. »

Ephiny se contenta de secouer la tête et lui fit un geste de la main. « Au revoir. »

Gabrielle rit tandis qu’elles regardaient l’Amazone brune disparaître. « On se détend… si elle ne courait pas après Xena, je pense que l’amour de ma vie se sentirait négligée. »

La régente leva les yeux au ciel, notant la facilité avec laquelle Gabrielle utilisait le terme affectueux. « Alors… vous rentrez à la maison ? »

Gabrielle s’appuya en arrière sur ses mains. « Oui… on va d’abord s’arrêter à Potadeia, pour que je puisse leur donner la nouvelle… » Elle regarda son ventre et fit un sourire ironique à Ephiny. « Ensuite direction Amphipolis… je ne mentirai pas en disant que je serai contente d’y aller. » Elle s’étira. « Il faudra nous rendre visite cet hiver, Eph… peut-être qu’on pourra travailler sur ce plan commercial régional dont nous avons parlé l’an dernier… attirer des marchands de partout et faire du commerce par ici. »

« Mm… j’aime bien cette idée. » Ephiny hocha la tête. « Entre nous, les Centaures et vous tous… on peut vraiment installer quelque chose de régulier… quatre fois l’an, avec tout ce truc qui entre et qui sort… ce serait une bonne chose pour nos bourses. » Elle soupira et tendit à la barde la moitié restante de pain d’épice. « Et je parie que tu feras partie de ces personnes bénies qui restent absolument superbes pendant toute leur grossesse. »

Le regard vert se posa sur elle. « Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »

Ephiny rit. « C’est juste une impression… pourquoi, ça t’inquiète ? »

Gabrielle hésita puis haussa les épaules. « Non. »

Son amie se pencha en avant et lui donna une tape sur le genou. « Gab, je t’aime beaucoup, mais tu ne peux pas mentir pour te sauver. » Elle se rapprocha et tendit une tasse à la barde. « Et maintenant, si tu écoutais Tatie Ephiny, d’accord ? »

Cela lui valut un rire de la part de la jeune femme. « Dieux… écoutez l’ancienne », blagua-t-elle. « Je ne suis pas inquiète, vraiment… c’est juste étrange. »

Ephiny lui prit le bras et prit une expression sérieuse. « Tu m’écoutes bien, d’accord ? Je ne connais peut-être pas tout, Gabrielle, mais je sais ceci… même si tu étais une jeune poule borgne, cul-de-jatte, déplumée, ta compagne à moitié cinglée, qui aime le cuir et le maniement de l’épée serait toujours folle de toi, compris ? » Elle soupira. « Et crois-moi, nous passons toutes par le sentiment que ça ne peut pas être vrai. »

La barde la regarda un long moment puis elle sourit et pressa la main d’Ephiny. « Merci », répondit-elle doucement. « Vous viendrez, n’est-ce pas ? Je parie que Gran va avoir besoin du même discours… Toris est loin d’être aussi sensible que sa sœur. »

Ephiny sursauta et se frappa le côté de la tête. « Xena… et sensible… dans la même phrase… il faudrait que je note ça dans les annales de la nation Amazone… » Puis elle se mit à rire. « Tu parles que je vais le faire… vous partez quand ? »

Gabrielle jeta un coup d’œil au ciel. « A midi, probablement… bien que Xena pourrait bien se laisser convaincre de rester un peu plus longtemps… je pense qu’elle s’est bien amusée au festival. »

Ephiny se mit debout et tendit la main. « Très bien… allons régler quelques petits trucs… et ce conseil que tu voulais que je réunisse est prévu pour après le petit déjeuner. » Elle aida la barde à se relever. « Allons… je pense entendre une autre miche de ce pain d’épice qui m’appelle. »

« Je te suis », répondit Gabrielle joyeusement. « Tu sais bien que je ne vais pas discuter là-dessus. »


Xena s’arrêta sur la crête haute, là où le sol élevé surplombait des collines pentues et recouvertes de forêt, à demi enveloppées dans la brume qui bougeait et changeait devant ses yeux dans la lumière brillante. Elle s’appuya contre l’arbre et calma sa respiration ayant couru pour monter la montagne à grande vitesse chassant les petits animaux et les cailloux devant elle sans même y penser.

L’air frais de l’automne portait les effluves des arbres et l’humidité du brouillard qui se posaient sur sa peau et mouillait le gambison serré autour de son corps. La brise apportait aussi des petits bruits de la forêt qui l’entourait, le craquement d’un lapin qui mâchait, un cliquetis tandis qu’un pivert arrangeait un nid et le doux froissement des feuilles qui se murmuraient l’une à l’autre, portant des secrets dans un langage que Xena avait toujours aimé écouter.

Elle avait toujours souhaité le comprendre. Mais l’énergie du monde qui l’entourait, ça elle la comprenait… et elle pouvait la sentir vibrer dans le bois contre lequel elle était appuyée, et grondant à travers le sol sur lequel elle se tenait, une énergie dont elle faisait partie, et une source qu’elle aspirait d’une façon qu’elle ne pouvait pas expliquer et qu’elle comprenait à peine.

C’était juste bon d’être vivante, juste là. Le soleil levant apparaissait à l’horizon et peignait son visage de pêche et de lumière dorée, elle pouvait le sentir à travers ses paupières closes et elle lui sourit en retour, bougeant les oreilles tandis qu’elle détectait la présence proche d’Arès. Elle ouvrit les yeux à contrecœur et lança un regard au loup. « Alors. Tu es revenu. »

Arès remua la queue d’un air hautain et s’assit, enveloppant ses pattes de la longue partie poilue. « Roo », dit-il tout en laissant tomber un petit lapin aux pieds de Xena.

« Oh… comme ça tu m’as apporté un cadeau, hein ? » La guerrière le regarda avec tolérance. « C’est bien, considérant combien tu m’as fait peur ce matin, puis tu m’as fait glisser et tomber sur ton autre maman. »

Arès haleta ce qui lui donna l’air de sourire. « Agrrr. »

« Oh oui… je ne pense pas que ça la dérangeait en fait, mais ce n’est pas le sujet. » Xena remua un doigt vers lui puis elle soupira quand il lui lécha le genou et la fixa d’un air adorateur. « Oh… pas ce regard… tu as appris ça de Gabrielle, pas vrai ? »

Le loup bâilla.

Xena sautilla plusieurs fois. Eh bien, paresseux, tu peux t’asseoir là si tu veux… j’ai des choses à faire. » Elle se pencha en avant et repéra un plateau juste sous elle, une surface agréable, plate et verte qui répondrait à ses désirs à la perfection. « Parfait. » Elle prit son élan et sauta de la crête, se lançant vers le bas pour atterrir sur un surplomb rocheux puis rebondir et faire deux saltos avant de toucher le plateau.

Avec un grand geste, elle dégaina son épée et salua le soleil, puis elle démarra une série d’exercices d’échauffement pour détendre ses muscles. La lame bougeait dans un dessin vacillant autour d’elle tout d’abord de la main droite, puis de la main gauche tandis qu’elle serrait la poignée pour faire un huit avec précision utilisant en grande partie ses poignets et les muscles tendus dans ses avant-bras.

La douleur était bienvenue et elle sourit, puis elle lança la lame vers le haut et par-dessus son épaule juste pour s’amuser, la rattrapant lorsqu’elle redescendit le long de son côté avant de la renvoyer en l’air. Elle sauta et l’attrapa dans sa descente, puis elle démarra une deuxième série d’exercices, se concentrant sur le ressenti de sa position et de l’espace autour d’elle, fermant les yeux pour se défendre contre un ennemi invisible.

Huit cadrans, quatre au-dessus de sa taille, quatre dessous, deux devant, deux derrière chaque membre. Le truc c’était d’affûter des instincts si précisément qu’aucune pensée n’était requise et chaque membre agissait en défense de son territoire, tous s’intégrant en douceur dans une attaque rapide qui lui permettait de pousser vers l’avant, faire tournoyer son épée et donner un coup de pied arrière en même temps, sans perdre l’équilibre.

Elle se concentra encore plus, imaginant des ennemis qui fonçaient sur elle de toutes les directions et son corps répondit, tournoyant dans un cercle, plongeant quand des épées fantômes frappaient à sa tête. Sans avertissement, elle sauta en l’air, faisant tourner l’épée sous ses jambes dans un mouvement qui aurait décapité un adversaire, puis elle tourna en l’air pour éviter une contre-attaque fantomatique. Dans son esprit, elle pouvait entendre le grognement de surprise de l’ennemi infortuné et elle donna un coup de pied vers le bas, atterrissant sur un seul pied et tournoyant avant de lancer un coup de pied sauvage qui aurait brisé des os s’il avait touché quelque chose.

Au suivant. Le sang de Xena battait maintenant et ses narines s’écartèrent légèrement, apportant de l’air tandis qu’elle commençait à s’entraîner sur des sauts et des coups de pied, courant vers un arbre proche pour utiliser ses branches comme des cibles, finissant par faire tomber une branche qui passait par-dessus sa tête. Puis elle se retourna et fonça sur la surface verte, rengainant son épée pour se lancer dans des roulades, se lançant dans des sauts périlleux, puis atterrissant pour se relancer en l’air, tournoyant et bondissant avec un excès d’énergie qui se libérait franchement.

Le soleil éclaboussait le plateau avant qu’elle ne fasse un dernier saut, se laissant atterrir sur le dos, étirant ses bras dans la surface moelleuse et moussue, tournant son visage vers la chaleur bienvenue. La brise fraîche repoussait ses cheveux noirs et refroidissait la sueur qui luisait sur sa peau exposée ; elle soupira dans une satisfaction purement animale tandis qu’elle sentait son cœur lent et régulier.

Au loin, elle entendit le léger grognement d’Arès et elle concentra son audition, fermant les yeux et écoutant l’herbe qui bruissait, les criquets et quelques oiseaux au loin avant qu’un léger bruit ne crée une dissonance. Elle écouta attentivement puis sourit au ciel bleu clair. « Salut Pony. » Mais elle resta où elle était, se contentant de croiser les chevilles et de remuer confortablement ses bottes.

Les bruits de pas augmentèrent puis le soleil fut obscurci par la silhouette compacte et musclée qui la fixait, secouant la tête.

« Assieds-toi. » La guerrière lui fit un signe de la main, attendant que l’Amazone se laisse tomber sur le côté et s’étire, la tête sur une main, attrapant un brin d’herbe de l’autre.

« T’sais… tu es sacrément quelque chose », commenta Eponine, en mâchouillant l’herbe.

Xena haussa les sourcils. « Quoi ? »

« T’es sacrément quelque chose… je suis assise à te regarder faire depuis une marque de chandelle et demie… et je jurerais que j’ai tellement secoué la tête que j’en ai un pincement dans la nuque. »

« Ah oui ? » Xena tendit la main avant même que la maîtresse d’armes n’ait le temps de croasser, elle mit ses doigts puissants derrière la nuque de l’Amazone et testa. « Oui… C’est le cas. » Elle fit légèrement tourner ses doigts et sentit les os se remettre en place, ensuite elle tapota l’Amazone sur la tête et remit sa main dans l’herbe. « C’est mieux ? »

Eponine tendit la main avec hésitation vers sa nuque puis elle cligna des yeux. « Je ne m’attendais pas à ce que tu fasses ça », marmonna-t-elle. « Mais oui. »

Xena sourit.

« Alors… ça fait quoi d’être invincible ? » Demanda Pony en reprenant son sang-froid.

Un œil bleu se tourna vers elle. « Je n’en ai aucune idée », répondit Xena sérieusement. « Je déteste perdre… mais ça ne veut pas dire que je n’ai jamais perdu… mauvaise journée, mauvais combat… je peux être battue et je l’ai été, des dizaines de fois. » Un léger souvenir lui vint à l’esprit. « Par une Amazone une fois, en fait, quand j’étais plus jeune. »

« Mm… vraiment ? » Pony eut l’air intrigué. « Mais pas beaucoup récemment, hein ? »

Un haussement d’épaules. « Ces derniers temps, j’ai dû me battre surtout pour sauver ma vie ou celle de Gabrielle… ça prend une autre connotation », admit-elle. « En plus… je… heu… » Elle garda le silence.

Pony sourit. « Tu ne veux pas perdre devant ta chérie, c’est ça ? »

La guerrière lui lança un regard puis éclata de rire. « Quelque chose comme ça, oui. » Elle leva les mains et les laissa retomber sur le sol. « L’ego, comme aime à le dire Gabrielle. »

Eponine haussa à son tour les épaules. « On en a toutes un », dit-elle en riant. « Tu t’intégrerais bien ici. »

Xena y réfléchit. « Je présume que c’est pour ça que vous me donnez autant de fil à retordre, hein ? » Elle roula la tête d’un côté et regarda l’Amazone brune pensivement. « Je suis parfois un peu fatiguée de devoir défendre ma réputation. »

Pony mâchouilla son brin d’herbe un moment, essayant de formuler une réponse. Finalement, elle haussa les épaules. « Je pensais que tu aimais les défis. »

La guerrière soupira. « Parfois. » Elle cueillit un morceau de mousse et le fit rouler entre ses doigts. « Mais j’ai combattu tellement longtemps que ça a pris de l’âge après un moment. » Ses yeux bleus se tournèrent vers le visage de l’Amazone. « J’ai eu quinze ans de défis, Pony… tu penses que ce n’est pas assez ? »

Une secousse de la tête. « Tu dis ça, mais quand je te regarde faire ce que tu viens de faire… tu ne peux pas me dire que ça ne t’émoustille pas, Xena… je ne le croirais pas. »

Xena sourit ironiquement. « Non… tu as raison… c’est le cas… mais c’est différent… c’est moi qui me mets au défi toute seule… je me pousse au-delà de limites que j’ai fixées… je n’ai pas à m’inquiéter d’une Amazone qui me saute dessus depuis un buisson à chaque demie-lieue. » Elle se mit sur ses coudes. « Ecoute… je ne dis pas que je n’aime pas m’entraîner avec d’autres… et je ne dis pas que je ne vais pas le faire… mais est-ce qu’on peut laisser tomber l’ouverture de la saison de la chasse dès que j’entre dans le village ? » Elle soupira. « Pony, quelqu’un va être blessé… je vais glisser et enfoncer une épée dans les tripes de quelqu’un un de ces jours, et ensuite quoi ? »

Eponine cracha son brin d’herbe. « Très bien… à une condition. »

Un haussement des deux sourcils. « Et ce serait… ? »

L’Amazone eut un sourire narquois. « Maintenant que tu es l’une d’entre nous… tu vas devoir nous enseigner ce que tu sais. » Elle tapota le bras de la guerrière. « Des cours, Xena… c’est ma condition. » Elle remua la main à la protestation qui s’élevait. « Je sais… je sais… tu rentres à la maison… mais c’est une longue saison d’hiver et nous adooorons aller à Amphipolis. »

« Des cours, hein ? » Répéta Xena, avec un soupçon de sourire.

« Oui oui. »

Le sourire devint paresseux et plein. « Tu es sûre de ce que tu veux ? »

Eponine cligna des yeux puis fronça les sourcils. « Hé… c’est un défi ? »

Elles rirent ensemble et Xena s’étira paresseusement. « Très bien… marché conclu », acquiesça-t-elle. « Tu envoies du monde là-bas… je travaille avec elles… c’est probablement une bonne chose puisque je n’aurai pas Gabrielle avec qui m’entraîner pendant un moment. » Elle eut une pensée nostalgique pour les mois paisibles de l’hiver précédent. « D’accord ? »

« Marché conclu », acquiesça Eponine. « Tu rentres au village ? Je sais que vous voulez partir. »

Xena se mit debout et brossa l’herbe sur son gambison. « Oui… » Elle attendit que l’Amazone se lève puis elle se mit à courir, sentant le soleil sur son dos et le vent sur son visage tandis qu’elle laissait Eponine et ses jurons derrière elle.


Gabrielle sortit de la salle du conseil et prit une profonde inspiration de l’air frais. « Mm… » Dit-elle, à personne en particulier. « Belle journée pour voyager. » L’air renfermé de la salle avait couvert sa nuque de sueur et elle tendit la main pour soulever ses cheveux et laisser la brise souffler sur sa peau.

« Bonjour ! » La voix de Jessan explosa et elle se retourna pour voir l’être de la forêt marcher à grands pas vers elle, son corps énorme ruisselant d’eau, des gouttelettes luisant comme des diamants sous le soleil. « Ouaouh… quelle fête hier soir… Gabrielle, tes Amazones savent vraiment comment s’amuser. » Il secoua rapidement la tête, envoyant de l’eau partout y compris sur la barde.

« Hmm… merci, Jess. » Gabrielle leva la main et ferma les yeux tandis que la douche mouillait sa peau nue. « Vous êtes prêts à partir ? »

« Oh oui. » Un grand sourire. « Elaini est prête et passe quelques minutes dans la salle à manger pour dire au revoir. Tout le monde adore les enfants. » Il fit une pause. « Merci de nous inviter chez vous à propos… j’avais hâte de passer du temps avec vous. »

La barde mit une main dans son bras velu et se mit à son niveau. « Moi aussi… » Elle leva les yeux. « C’est agréable d’être avec quelqu’un qui… » Elle s’interrompit à la recherche des mots adéquats.

« Qui comprend ? » Jessan la regarda, ses yeux dorés chaleureux. « Tu peux me dire comment c’est pour toi et nous vous dirons comment c’est pour nous… peut-être qu’on apprendra tous quelque chose. »

Gabrielle sourit. « Je parie que oui. » Elle jeta un coup d’œil au village et sourit en arrêtant son regard sur l’entrée peu éclairée et feuillue du chemin qui montait vers les sources. Quelques instants plus tard, une silhouette aux cheveux noirs entra dans son champ de vision, avançant avec aisance tandis qu’elle évitait les feuilles qui surplombaient le chemin.

Xena courait toujours quand elle entra dans le village et son pas augmenta lorsqu’elle repéra Gabrielle et Jessan et elle changea de direction pour les intercepter. La guerrière ralentit et s’arrêta lorsqu’elle les atteignit, le sol faisant rebondir des cailloux minuscules lorsque ses bottes les touchaient. « Comment ça s’est passé ? » Demanda-t-elle à la barde. « Bonjour », avec un hochement de tête pour Jessan.

Gabrielle hocha fermement la tête. « Tout est réglé… c’était… et bien, un peu rude, mais Ephiny était avec moi et après ça… il y aura une sorte de probation, mais je pense que ça va se faire. »

« Xena ? » Jessan penchait la tête d’un côté et de l’autre. « De quoi est-ce qu’elle parle ? »

« De Paladia… elle va rester ici », répondit Xena d’un ton neutre. « Et Ménelda ? »

Un haussement des épaules nues de la barde. « Elle n’a pas décidé… Eph a dit que c’est une bonne idée, mais… qu’elle soit aussi loin peut aussi être mauvais, parce qu’elle et Erika ensemble pourraient être bien, ou elles pourraient juste renforcer leurs mauvais côtés respectifs. »

Xena y réfléchit. « Vrai », dit-elle. « Mais elle a besoin d’aide. »

« Mm… je sais… » Gabrielle mâchouilla sa lèvre inférieure. « Il faut que je réfléchisse à ce que je vais faire pour elle. » Elle soupira et carra les épaules. « Alors… prête à partir ? Je vais juste aller donner la bonne nouvelle à Cait, ensuite je suis prête. » Elle s’appuya contre sa compagne. « On peut s’arrêter ce soir à cet endroit sympathique près de la source ? » Elle battit des cils. « S’il te plaît ? »

Xena sourit, ignorant l’air espiègle de Jessan. « Je suppose que tu veux du saumon aussi, hein ? »

« Et bien. » La barde mit le nez en l’air et avança à grands pas lents. « Bien sûr. »

La guerrière lui donna une tape sur les fesses. « Vas-y… je vais me changer et seller Argo… je te retrouve à la hutte de la guérisseuse. »

« Hé ! » Cria Gabrielle en la tapant sur le côté. « Arrête ça ! »

Xena évita la prise de défense de sa compagne et lui attrapa l’arrière de son haut, la tirant en arrière pour la relâcher avec un bruit. « Je t’ai eue… »

« Oooh… » Gabrielle décida qu’elle était d’humeur festive et plongea vers la grande femme, l’attrapant à la taille dans un essai désespéré de la tirer vers le sol. Etant données leurs différences de taille et de poids, ce ne fut pas un succès. « Oooh… allez, Xena… »

La guerrière rit en baissant les yeux vers son âme sœur qui luttait avec détermination. Elle tendit le bras qu’elle passa autour de l’estomac de la barde puis elle la souleva jusqu’à ce qu’elle soit à l’envers, couinant comme un poulet, ses jambes battant l’air. « Tch… tch… »

« Xeeeennnaaa !!! » Gabrielle tenta d’attraper les genoux solides de la guerrière, réussissant à passer un bras derrière l’un d’eux pour la chatouiller sans merci. « Eeeehhhoooo !!! » Elle avait oublié que son estomac était aux mains de Xena, jusqu’à ce qu’un chatouillis plumeux se fasse son chemin le long de son côté. « Très bien… très bien… je me rends ! »

Au lieu de la reposer, Xena la lança en l’air pour la redresser puis elle l’attrapa et la prit entre ses bras. La barde reprit son souffle, soufflant ses cheveux hors de ses yeux avec une bouffée impatiente. « Je t’aurai pour ça. »

« Ah oui ? » Répondit doucement Xena en la fixant d’un air affectueux.

« Oui », lança Gabrielle en retour tandis qu’elle entourait le cou de la guerrière de ses bras et qu’elles se regardaient dans les yeux l’une de l’autre.

« Gabrielle ? »

« Hmm ? »

« Tu m’as déjà. » Le regard bleu s’adoucit.

Gabrielle posa sa tête sur l’épaule capitonnée. « Je présume que oui, hein ? »

Elles se tournèrent à l’unisson quand Jessan lâcha un soupir mélodieux. « Ooooohhh… » Il mit les deux mains sur son cœur. « C’est teeeeelllement mignon… »

Les deux paires de sourcils grimpèrent en même temps. « Je vais te frapper », dirent-elles en même temps.

« Et je ne parlerai MEME PAS de cette longue conversation qu’on a eue en revenant de Cirron, Xena… » Gazouilla Jessan. « Tu vois de quoi je parle… pas vrai ? »

« Jessan. » La voix de Xena descendit d’une octave.

« Non non… ça ne sortira jamais de ces lèvres poilues. » L’être de la forêt leva une main vertueuse.

« Quelle conversation ? » Demanda Gabrielle avec intérêt. « Tu ne m’en as jamais parlé. » Elle tourna le regard vers sa compagne qui lançait un regard noir à leur ami. « Allons, Xena… ça peut pas être si terrible ? »

Xena fixa Jessan qui sourit. « T’sais, Xena… ce méchant regard serait bien meilleur si tu n’étais pas en train de bercer ton petit cœur là. » Il sortit le bout de sa langue entre ses crocs.

Xena relâcha un souffle puis elle tourna son attention vers la barde inquisitrice. « Je vais seller Argo. » Une pause. « Maintenant. »

« D’accord, chérie. » Gabrielle lui tapota l’épaule. « Tu veux bien me poser avant ? » Elle fut posée avec soin sur ses deux pieds. « Merci. » Elle attendit que la guerrière se soit éloignée de quelques pas. « Nous reparlerons de cette conversation, d’accord ? »

Les yeux bleus étincelèrent par-dessus une épaule bronzée tandis que Xena s’arrêtait puis elle secoua la tête et repartit.

Jessan et Gabrielle échangèrent un regard et rirent. « Allons-y… » Gabrielle lui reprit le bras. « Encore un arrêt. » Elle s’interrompit quand une file d’hommes, vêtus de simples tissus passèrent à côté d’eux, leurs corps couverts de boue. « Ah… je vois qu’Ephiny a trouvé un usage pour ces types. » Elle sourit tandis que leurs prisonniers essayaient en vain de se débarrasser de la boue.

Jessan rit. « Oh oui… quelque chose au sujet de creuser les fondations de ses nouveaux quartiers ? » Dit-il. « Elle a parlé d’une baignoire creusée dans le sol… je crois. »


Cait pianota sur sa cuisse tandis que la guérisseuse regardait encore une fois la blessure de son épaule. Elle faisait moins mal aujourd’hui, vraiment, elle les en avait assurées. Elle occupait juste une paillasse sans raison… ce serait sûrement mieux pour elle de se reposer dans sa propre hutte confortable. « Vraiment… je me sens bien mieux aujourd’hui. »

La guérisseuse lui jeta un coup d’œil puis secoua la tête. « T’sais, je pourrais développer un complexe à cause de toi, Cait. On pourrait penser qu’on est en train de te tuer ici. »

La jeune fille soupira. « Oh… s’il te plaît… je m’ennuie tellement ici. »

Solari ricana sur la paillasse proche. « Eh bé, merci Cait… c’est sympa d’être ta voisine. »

« Dieux… ce n’est pas ce que je… » Cait se rendit compte que Solari se moquait d’elle et elle fronça les sourcils. « Je me sens bien mieux dans mon propre lit, c’est tout. »

Les yeux de l’Amazone brune brillèrent. « On aimerait toutes ça, gamine… surtout s’il y a quelqu’un d’autre dedans. »

Cait rougit.

La guérisseuse se mit à rire. « Soli, tu es sur le point de rentrer chez toi, je pense… ton sens de l’humour est de retour. » Une salve de rires faibles traversa la pièce, qui s’arrêta lorsque la porte s’ouvrit et que Gabrielle entra, apportant une odeur de pin avec elle.

« Salut, tout le monde. » La barde fit un geste de la main. « Comment allez-vous ? »

Un chœur de ‘génial !’ lui répondit, faisant sourire la jeune femme blonde. « C’est bon à entendre… désolée que le festival ait été aussi frénétique pour tout le monde… peut-être que l’année prochaine il sera plus paisible. » Oui… Gabrielle rit ironiquement pour elle-même. Peut-être qu’on ne sera pas là.

« Reine Gabrielle », appela une voix à l’arrière et la barde reconnut celle de l’une des jeunes éclaireuses qui avait été blessée dans la bataille.

« Oui ? »

« C’est vrai que tu es enceinte ? » Demanda la jeune fille, rougissant lorsque tout le monde se retourna pour la fixer. « Et bien, dieux… aucune d’entre vous n’a les tripes pour lui demander… qu’est-ce qu’elle va faire… me frapper ? »

Gabrielle rit. « Oui… c’est vrai… heu… de huit semaines, je pense. » Elle posa la main sur son estomac plat. « Je ne suis pas encore habituée à cette idée. »

Des sifflements et des acclamations faibles s’élevèrent. « Tu as déjà choisi des noms ? » Demanda Solari avec un clin d’œil.

« Dieux…non… » La barde se mit à rire. « On a tout le temps pour ça… mais vous devez m’excuser… il faut que je parle à Cait et ensuite on part pour la maison. » Elle alla vers la paillasse de la jeune fille et la regarda, consciente de l’intérêt profond des Amazones autour d’elle, qui avait trouvé d’autres choses à observer tout en écoutant. « Hum… » Gabrielle se tourna vers la guérisseuse. « Ecoute… tu sais… j’ai vraiment besoin de parler à Cait en privé… ça t’embêterait que je l’aide à rejoindre ses quartiers ? Je pense qu’elle ira aussi bien là-bas qu’ici. »

Du coin de l’œil, Gabrielle vit le sourire rapide et triomphant sur les lèvres de Cait et elle réfréna un sourire à son tour.

La guérisseuse soupira. « A tes ordres, Majesté… laisse-moi lui préparer un sac d’herbes. » Elle se rendit avec grâce et Gabrielle mit le sac sous son bras tout en aidant avec soin Cait à se lever. « Doucement… tu vas probablement avoir un peu de vertiges. »

« Dieux. » La jeune fille s’accrocha au bras de la barde tout en attendant que le monde se stabilise. « Et comment tu sais ça ? »

Gabrielle soupira. « Déjà vu, déjà fait. » Elle glissa un bras autour de la taille de Cait et la redressa. « J’ai eu une blessure de flèche plutôt terrible il y a longtemps… c’était plutôt douloureux alors je sais par quoi tu passes. »

Cait s’appuya timidement contre elle et prit quelques inspirations. « Très bien… allons-y… je veux sortir d’ici avant qu’elle ne change d’avis », ajouta-t-elle à voix basse. « C’est tellement ennuyeux… et toutes ces personnes qui se plaignent de tout… »

« Oui… » Gabrielle ouvrit la porte et la guida pour sortir. « Je sais que quand je suis malade, ou blessée… je veux qu’on me laisse tranquille la plupart du temps… » Elle fit une pause. Eh bien, à l’exception de Xena, bien sûr. »

Cait sourit. « Bien sûr… c’est une tellement bonne guérisseuse… tout le monde ici parlait d’elle. »

Cela lui valut un large sourire de la barde et elles firent le reste du court trajet en silence. Les quartiers de Cait étaient au bout, près des terrains d’entraînement et auraient normalement dû accueillir quatre filles. Cependant, trois de ses colocataires avaient eu de la promotion la veille et elles n’avaient pas perdu de temps pour déménager leurs affaires vers les quartiers des Amazones, laissant la jeune Cait dans sa splendeur solitaire.

Gabrielle regarda autour d’elle avec intérêt tandis qu’elle aidait doucement la jeune fille à se mettre au lit, tirant la couverture soyeuse autour d’elle et souriant quand elle reconnut le dessin. « Ça vient de la maison. »

Cait passa le doigt. « Oui… Cyrène me l’a donné avant que je parte… j’ai pensé que c’était terriblement sympa de sa part… je veux dire que ce n’est pas comme si je faisais partie de sa famille ou quoi. »

La barde s’assit sur une chaise basse tout près et posa les coudes sur ses genoux. « Cait... ce n’est pas vrai », dit-elle calmement à la jeune fille. « Tu fais partie de notre famille… n’en doute jamais. »

Les yeux gris clignèrent au bord des larmes. « Je ne suis qu’une orpheline. »

« Non. » Gabrielle lui prit la main et la couvrit de la sienne. « En tant qu’Amazone, tu es ma sœur… et Xena aussi maintenant… mais même avant ça, tu faisais partie de nos vies et je t’ai toujours considérée comme faisant partie de ma famille. »

Cait se contenta de la regarder, sa respiration lourde pendant un instant. « C’est… tellement étrange… je me rappelle à peine mes parents. »

« Oui… je sais… je me souviens de ce que j’ai ressenti quand Xena m’a dit que je faisais partie de sa famille… elle m’a dit que notre amitié nous liait elle et moi plus que le sang ne le ferait jamais, et tu sais quoi… c’était la chose la plus stupéfiante qu’on m’ait jamais dite. » Gabrielle soupira doucement au souvenir. « Je me sentais… fière… et impressionnée… c’était très spécial. »

Un petit silence descendit tandis que les deux femmes semblaient absorbées dans leurs pensées.

« Gabrielle… je peux te demander quelque chose ? » Dit finalement Cait très doucement. « J’ai demandé à Xena… mais la réponse qu’elle m’a faite n’a pas vraiment été une explication… »

La barde rit doucement. « Elle ne fait pas beaucoup dans les détails… non… bien sûr. Quelle est la question ? »

« Comment tu sais que tu es amoureuse ? »

Gabrielle soupira. « Oh », dit-elle dans un souffle. « Cette question-là. » Son regard alla sur le visage de la jeune fille. « Tu veux dire… amoureuse, pas simplement aimer quelqu’un, n’est-ce pas ? »

Cait hocha sobrement la tête.

« Hm. » La barde mordilla son pouce, puis elle se pencha en arrière et concentra son regard sur la petite étagère au-dessus du lit, où se trouvaient des pommes de pin, chacune d’elles décorée de couleurs vives. « Tu sais… parce que quand tu regardes la personne dont tu es amoureuse, tu as… mal… juste ici. » Elle mit la main sur son cœur. « C’est comme si quelque chose t’oppressait… mais quelque chose d’autre te remplit à l’intérieur, encore et encore, jusqu’à ce que tu sois prête à exploser. » Elle s’interrompit. « Tu le sais, parce que tu ferais n’importe quoi, et serais n’importe quoi pour cette personne, tu mourrais pour elle, tu abandonnerais tout ce que tu sais, et tous tes rêves juste pour être avec elle... » Une autre pause. « Elle devient le centre de ton monde. »

Elle déglutit, ignorant les larmes qui coulaient sur ses joues. « Et… quand elle te regarde… avec le même amour dans les yeux que tu as pour elle… il n’y a rien sur cette terre, ou au-delà qui peut se comparer à ce sentiment. » Elle leva les yeux vers une Cait impressionnée. « Voilà ce qu’est l’amour, Cait… il n’y a rien de plus fort, rien de plus merveilleux… que quand tu découvres ce que cette personne, cet arbre unique dans la forêt, signifie pour toi. »

Elles se regardèrent. « C’est ça que tu voulais savoir ? » Finit par demander Gabrielle, tranquillement.

« Dieux », murmura Cait. « Tu rends ça tellement magique. »

Un petit hochement de tête. « Pour moi, ça l’était. »

Cait soupira. « Mais… si ton arbre est un cocotier ? » Son regard alla vers Gabrielle dans une requête plaintive.

La barde lâche un rire surpris. Eh bien… alors tu fais tomber les noix de coco, tu les ouvres et tu savoures », répondit-elle. « D’accord ? »

Cait y réfléchit. « D’accord », finit-elle par approuver.

« Maintenant… sur un sujet tout à fait différent… ton amie Paladia va être intégrée sur une base d’essai… mais tu dois garder un œil sur elle, compris ? » Lui dit la barde, sans rater la lueur surprise et ravie dans les yeux gris clair. Le sujet n’était pas si différent après tout, hein, songea-t-elle tranquillement. « Elle devrait montrer ses dessins à plus de gens… elle nous en a donné un à Xena et à moi pour notre cérémonie d’union. »

« Ben ça… c’est… » Bafouilla Cait. « C’est vrai ? Je vais la taper… elle ne m’a pas dit qu’elle allait faire ça… c’était celui de la panthère et du renard ? »

Gabrielle hocha la tête.

« Dieux… il est parfait, pas vrai ? Elle a travaillé des jours pour faire ces yeux de la bonne couleur… elle m’a fait vér… » Cait rougit un peu et s’arrêta. « C’était sympa, pas vrai ? »

Le visage de la barde se plissa en un grand sourire. « Bien sûr que ça l’était… il est au-dessus de notre âtre… je l’adore et Xena aussi. » Elle regarda Cait pencher la tête et elle s’écouta, entendant des bruits de pas qui étaient assez lourds pour être ceux de son âme sœur, mais qui manquaient du rythme distinct de la guerrière. La porte s’ouvrit et Paladia passa la tête. « Salut… entre. » La barde lui fit signe d’entrer.

« Hum… » Paladia eut un air de doute. « Nan… vous êtes occupées. » Elle commença à sortir, mais Gabrielle s’était mise rapidement debout et avait atteint la porte, tendant la main pour attraper le bras de l’ex-renégate. « Hé ! »

« Non. C’est bon… entre… » Insista Gabrielle en la tirant ce qui eut pour effet que toute la grande blonde émerge dans la pièce. Elle portait un petit sac et elle le poussa devant elle en direction de Cait.

« Tes affaires », grommela-t-elle. « La guérisseuse te l’envoie. »

« Merci. » Gabrielle lui prit des mains et le posa sur la table. « On parlait justement de toi. »

Un air instantanément soupçonneux. « Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »

La barde la regarda affectueusement. « Je disais justement à Cait combien Xena et moi nous aimons le dessin que tu nous as fait… il est merveilleux. » Elle fut récompensée par un rougissement qui colora le visage de la grande jeune femme de cramoisi. « Et je lui disais aussi qu’elle ferait mieux de se dépêcher de guérir, parce qu’elle a une nouvelle Amazone à entraîner. »

Gabrielle, experte dans la lecture du langage du corps, vit le léger affaissement dans la posture de l’ex-renégate et elle ressentit une sympathie tranquille pour elle. Même après tout ça… c’était un cas où son jugement avait fait mouche.

Eh bien… bonne chance », dit Paladia avec embarras.

Cait mit un sourire sur ses lèvres. « Merci… je vais en avoir besoin », répondit-elle avec une lueur tranquille dans ses yeux gris clair.

Paladia sentit le silence et elle leva les yeux pour voir le regard de Cait posé sur elle, puis elle se tourna vers une Gabrielle également amusée. Elle contracta le front. « Pourquoi vous me regardez ? » Demanda-t-elle avec hésitation.

Gabrielle se redressa et leva le menton, rendant son regard à la grande femme. Eh bien… tu as un foyer ici si tu le veux. »

Paladia se figea, au point de même arrêter de respirer. Quand elle reprit sa respiration, c’était un halètement. « Pourquoi… dans les sept niveaux d’Hadès tu ferais ça ? »

Le regard vert brume brilla d’une intime conviction. « Parce que tout le monde a droit à une seconde chance, Paladia. » Elle attrapa le bras de la grande femme. « Bonne chance. » Puis elle fit un léger geste de la main vers Cait et retourna à la porte. « Il faut que je parte… nous rentrons à la maison », leur dit-elle, pas sûre qu’elles aient entendu, tandis qu’elle refermait la porte sur un tableau silencieux et pensif.

L’air frais la frappa et elle soupira, les mains sur ses hanches, regardant le campement. Elle repéra son âme sœur qui faisait traverser la place à Argo et elle regarda le petit Xenan qui galopait vers elle, dansant autour d’elle tout en remuant les mains. Jessan et Elaini s’approchaient également, entourés d’un groupe d’Amazones de tous âges, luttant entre elles pour pouvoir tenir un des triplés, qui s’amusaient comme des fous en tirant sur les colliers et les plumes.

Gabrielle hocha la tête pour elle-même, puis elle carra les épaules et traversa la place, en direction de la maison.


Fin