Avertissement standard de l’auteure : Ces personnages, pour la plupart, appartiennent à Universal et Renaissance Pictures, et à quiconque a un intérêt économique dans Xena : Princesse Guerrière. Ceci est écrit pour s’amuser et aucune règle de copyright n’a été enfreinte volontairement.

Avertissements spécifiques (de l’auteure) à l’histoire :

Violence – C’est une histoire avec Xena. Il y a des êtres de la forêt, des méchants, des bardes enceintes, des Amazones malignes, plusieurs fauteurs de trouble et une tourte à la viande très persistante. Bien sûr qu’il y a de la violence. Mais pas trop. Peut-être une tête, peut-être deux… ça dépend de comment ça se présente.

Subtext – Je n’avertis plus pour le subtext. Si vous êtes arrivés aussi loin dans les histoires, vous savez de quoi il s’agit. Je ne pense pas personnellement qu’il y ait quelque chose dans leur relation qui mérite un avertissement. Ce n’est pas comme si elles étaient végétariennes par exemple.

Il y a de la censure en dessous de 13 ans (NdlT aux USA), pas plus. Ça ne change jamais… pour ceux qui s’attendent à ce que j’introduise de la franche hilarité, pas de limites pour des scènes d’orgie illustrées, assurez-vous que vous avez beaucoup de café et de doughnuts à portée de main. Et un fauteuil confortable.  Et un bon livre. Je peux recommander d’excellentes bardes qui écrivent de l’alt FF si vous m’en faites la demande.

Si vous lisez cette histoire et que vous êtes offensés par l’amour qui y est décrit, tant pis. Pas de brownie aux framboises pour vous.

Tous les commentaires sont toujours les bienvenus à l’adresse :

mailto:merwolf@bellsouth.net

(NdlT : ou à fryda@orange.fr)


Le Cercle de la Vie (Circle of Life)

Par Melissa Good (1999 – 2000 ?)

Traduction : Fryda (2018 – les histoires de Missy Good sont indémodables J)

 

Accroche : Après que la barde a frôlé la Mort, Gabrielle et Xena s’installent chez elles à Amphipolis pour attendre la naissance de leur enfant. Mais les choses ne se passent jamais comme prévu et quand des Amazones, des êtres de la forêt et des ennemis sont impliqués…


L’auberge était modeste, dans un village plutôt éloigné des chemins, dans une section éloignée de la Grèce. C’était une structure solide, avec un étage et quelques dames peintes, et une clientèle qui comprenait surtout des mercenaires et des combattants à la retraite qui s’étaient installés dans la zone. Ça sentait le ragoût d’agneau, le vieux cuir et la bière, et les bottes frottaient les joncs boueux trempés par la pluie précoce de la journée.

Les gens du pays s’en fichaient… l’auberge était un moyen de passer le temps à fanfaronner et à raconter des histoires, surtout des mensonges, de batailles qui ne s’étaient jamais produites. Il y avait du bon et du mauvais à ce sujet, songeait l’aubergiste, tandis qu’il préparait une autre tournée de chopes de bière pour que ses filles les servent. La bonne chose c’était que quand les garçons avaient des dinars, ça ne les dérangeait pas de les dépenser. La mauvaise chose c’était que, ils n’en avaient pas tout le temps et voulaient quand même leur bière.

Derren soupira, se souvenant du temps où lui aussi portait l’armure, coincé dans une cité hivernale perdue avec peu de choses à faire et encore moins d’argent. Alors il les servait et espérait que tout se passe bien.

Parfois c’était le cas, parfois pas. Ce soir c’était calme alors que certains des garçons étaient sortis et s’étaient retrouvés impliqués dans une querelle locale qui ne s’était pas bien terminée. Les tempéraments étaient acides et les corps faisaient mal et il avait été pressé fortement de maintenir la paix entre les hommes irrités.

Avec un grognement, il se rassit et espéra que le reste de la nuit se calme. Il faisait froid dehors et le courant d’air sifflait à travers les fissures dans les planches, détruisant les meilleurs efforts du feu pour garder l’endroit au chaud, et il avait hâte de retourner à sa petite chambre à l’arrière, où un âtre privé et confortable faisait un meilleur boulot dans la petite zone.

Des bruits de pas résonnèrent sur les planches dehors et il leva la tête, fixant les portes au moment où elles s’ouvraient et admettaient une grande silhouette en cape qui s’arrêta sur le seuil et passa l’intérieur en revue.

Derren eut la chair de poule et ses pouces se dressèrent en sentant l’énergie évidente et inconfortable dans la puissance fluide des mouvements de la personne qui venait d’arriver, et le balayage presque arrogant de la tête encapuchonnée tandis qu’elle évaluait l’auberge. La cape entourait un corps élancé et armé et la poignée d’une épée était visible à la base de son cou.

Puis la personne fit un léger hochement de tête et leva une main, repoussant la capuche et révélant un profil ciselé et des cheveux noirs de jais qui bloquèrent la respiration de Derren. Oh oh.

La tête se tourna et il fut cloué par des yeux clairs et froids qui le traversèrent, dans un visage figé qu’il se rappelait dans ses rêves.

Ou ses cauchemars pour être précis. Des périodes de massacres et de sang, quand il observait ces yeux glacés avec un feu surnaturel tandis qu’une épée vorace transperçait des corps comme s’ils n’étaient faits que de paille. Ce n’était pas bon. Nerveusement, il eut un léger hochement de tête pour la nouvelle venue. « Xena. »

Le regard vint sur son visage pendant un instant, laissant un frisson à leur place. « Derren. » La voix basse et musicale remua ce vieux frisson en lui. « Ça fait un bail. » Elle le regarda un moment puis tourna la tête, sans plus s’y intéresser.

Xena fit face à la foule de l’auberge et leur jeta un regard, puis elle commença à traverser la pièce vers une table de l’arrière, repoussant sa cape loin de ses bottes boueuses. Elle ignora les regards et ne donna que peu d’attention aux expressions sombres tandis qu’elle se frayait un chemin à travers les chaises éparpillées, retirant une paire de gants en cuir pour les rentrer dans sa ceinture.

A mi-chemin, un homme se leva pour lui bloquer le passage, levant une tête aux cheveux châtains et aux yeux noisette à la hauteur de son regard. « Tiens tiens… regardez qui on a là. » Il la regarda de haut en bas.

Xena s’arrêta et le regarda impassiblement.

« J’tai pas vue depuis que tu nous as laissés pour mort près de la Thessalie, Xena… j’avais hâte de te revoir. » Il mit ses pouces dans sa ceinture et se balança en arrière.

Un haussement de sourcil noir. « Moi pas », répliqua Xena. « Hors de mon chemin, Grégor… je ne suis pas d’humeur à jouer ce soir. »

Il la regarda avec un air appréciateur. « J’ai entendu dire que tu avais pris ta retraite… en fait j’ai entendu dire que tu te louais comme entraineuse de chevaux quelque part dans la cambrousse. »

Xena bougea et soupira. « Seconde chance, Grégor, sors de mon chemin », dit-elle avec brusquerie.

Il poussa du pied la chaise hors du chemin. « Tu sais quoi, j’ai attendu d’avoir ma chance avec toi depuis la Thessalie, Xena… et j’ai entendu dire que tu étais là posée sur tes fesses, toute gentillette… peut-être qu’il est temps que je le découvre enfin… je pense que peut-être tu t’es ramollie. »

Xena bougea vers l’avant à une vitesse foudroyante et lui cogna l’entrejambe du genou, puis elle lui planta un coude dans le menton tandis qu’il s’effondrait vers l’avant, ce qui le mit au sol. « Je sais pas… qu’est-ce que tu en penses ? » Demanda-t-elle d’une voix égale, tandis qu’elle passait par-dessus son corps grognant.

« Ça veut dire non », toussa-t-il en crachant des dents et du sang. « Ça m’apprendra à écouter les rumeurs. »

« Petit malin. » Xena alla jusqu’à la table qu’elle avait choisie sans autres brutalités. Elle s’assit et mit un pied sur le support de la table tandis qu’une serveuse nerveuse s’approchait. « De la bière, et une assiette de ce que vous servez », grogna-t-elle en lançant un regard noir d’avertissement à la fille, tout en s’adossant et clouant son regard sur Derren.

Elle leva la main et un long doigt pointa vers lui puis s’enroula vers elle. Elle garda son regard noir jusqu’à ce qu’il traverse la pièce et arrive à sa table, transpirant abondamment. « Ecoute… Xena… on ne veut pas d’ennuis ici. »

Elle ignora la déclaration. « Je cherche Sefrel. »

Les yeux de Derren prirent une teinte prudente. « Hé… Xena, il ne fait plus ce genre de travail. » Le constructeur d’engins de siège s’était installé quelques années auparavant et il passait maintenant ses journées à exécuter des chaises et des tables. « Plus depuis longtemps. »

Des yeux bleus impitoyables le transpercèrent. « Dis-lui juste que je veux le voir. J’ai une commande… j’ai besoin qu’il me fasse quelque chose. »

« Mais… »

« Derren, fais-le, c’est tout. » La voix basse devint un grondement familier. « Maintenant. »

A contrecœur, il fit un signe de tête puis recula, retirant son tablier pour le jeter sur le bar avant de foncer dehors.

Des murmures inconfortables s’élevèrent quand il partit mais Xena les ignora, sirotant lentement sa bière que la serveuse lui avait promptement apportée. Elle connaissait au moins la moitié des hommes dans la pièce, d’une bataille ou d’une autre, mais elle se retint de renouveler leur relation, préférant rester solitaire, une présence noire et agacée dans son coin sombre.

Elle était à la moitié de la chope quand la porte s’ouvrit à nouveau et Derren revint avec un homme mince aux cheveux gris vêtu d’un sarreau d’ébéniste. Ils traversèrent la foule pour venir s’arrêter devant elle, un air de réticence et de crainte sur leurs visages. Elle donna un coup de pied à la chaise qui lui faisait face. « Assieds-toi, Sefrel. »

Il resta debout. « Xena… écoute… aucun irrespect ici, mais je ne fais plus ce genre de travail. »

Les yeux bleus féroces le clouèrent sur place. « De quel travail tu parles, Sefrel ? » La voix basse et veloutée lui fit se lécher ses lèvres sèches nerveusement. « Pourquoi tu ne t’assieds pas pour écouter d’abord la proposition ? »

Sefrel la regarda, une prudence naturelle luttant avec l’attirance de son charisme considérable. Il étudia son visage, se demandant si les histoires qu’il avait entendues, même ici dans les territoires reculés, étaient vraies. Elle avait assurément la même allure… ces yeux meurtriers, le visage qui ne se plissait dans un sourire qu’à contrecœur. Le corps élancé et musclé dans le cuir noir et l’armure étincelante. L’attitude. Il pouvait sentir la séduction, cependant, tout comme aux jours passés. Xena avait emmené ses hommes autant avec son aura personnelle qu’avec ses talents sur les champs de bataille, et il soupira, se rendant à l’inévitable.

Il s’assit et mit ses mains usées sur la table, et il attendit.

Xena tourna le regard vers Derren et le renvoya. A contrecœur, l’aubergiste partit, non sans un regard inquiet vers l’ébéniste, cependant. « Je s’rai derrière le bar si t’as besoin de quelque chose, Sef », dit-il, en ramassant son courage et lançant à Xena ce qu’il espérait être un regard d’intimidation. Il avait passé beaucoup de temps comme mercenaire et les muscles lourds n’avaient pas complètement disparu. Pas encore.

Xena lui rendit son regard noir et haussa un sourcil, ce qui le fit tourner les talons et fuir comme un chien. Elle secoua la tête et regarda Sefrel. « Ça fait longtemps. »

Le petit homme hocha la tête. « Le siège de Bethrel, n’est-ce pas ? »

Un hochement de tête. « Tu as construit le bélier que nous avons utilisé pour prendre la cité. » Un sourire passa sur le visage autrement figé de Xena. « C’était du bon travail. »

Il regarda ses mains. « Je te le dis, Xena… je ne fais plus ça. » Ses yeux gris passèrent sur elle. « Je ne pense pas pouvoir t’aider… je ne peux pas te construire d’engin de guerre. »

La grande femme se pencha en avant, ses bras couverts de bracelets posés sur la table. « Je n’en veux pas. » Elle baissa la voix. « Sefrel, je n’ai pas d’armée… qu’est-ce que je ferais d’un engin de siège ? » Demanda-t-elle d’un ton raisonnable. « Je suis partie depuis quatre ans maintenant. »

Il était désorienté. « Mais… que… qu’est-ce que tu veux, alors ? » Un soupçon dans sa voix. « J’ai entendu dire que tu avais arrêté les combats sanglants, mais… »

Xena prit une gorgée de sa bière. « Je me souviens que tu faisais des panneaux… pendant ton temps libre, avec des sculptures… des images et des choses comme ça. »

Sefrel cligna des yeux. « Oui… je le fais toujours… » Il montra une chaise toute proche bien robuste. Le dossier montrait un chemin où couraient des chevaux sculptés. « Tu as besoin de quelque chose comme ça ? » Sa voix portait de l’incrédulité.

Des yeux bleu clair, dangereux et infinis plongèrent dans les siens et la voix baissa encore plus, le piégeant avec son pouvoir profond et sensuel. « J’ai besoin d’un berceau. »

Un moment de pur silence. « Qu… que… quoi ? » Couina-t-il.

« Un berceau. C’est une chose dans laquelle on met un bébé », expliqua Xena patiemment. « Tu en as entendu parler, non ? »

Il se gratta la tête. « Une ou deux fois, oui. » Il regarda autour de lui. « Y en a pas beaucoup par ici… » Il la regarda à nouveau. « Pourquoi t’as besoin d’un berceau ? »

Xena prit une inspiration, comptant jusqu’à vingt avant de répondre. « Pour un bébé. »

Il baissa la voix. « Tu prépares un kidnapping ? » Une note vaguement outragée entra dans sa voix. « C’était toujours hors des limites… »

Encore vingt secondes. « Non. »

Son regard alla vers le corps de Xena.

« Non. » Xena devança la question. « Ecoute… ça n’a pas d’importance, tu vas le faire ou pas ? »

Un moment d’hésitation puis il hocha la tête. « Bien sûr… » Il se détendit un peu. « Tu as quelque chose que tu voudrais… oh. » Il prit le morceau de parchemin plié de sa main et le déplia. A l’intérieur se trouvaient une série de dessins, interlacés avec des lignes sculptées et connectées. « Hé… ce n’est pas mal… »

« Tu peux le faire ? » Xena pencha la tête d’un côté d’un air interrogateur.

« Pour quand ? Pour combien ? » Demanda Sefrel, prudemment.

« Trois mois… et tu me dis ce que ça vaut », répondit la femme aux cheveux noirs. « Marché conclu ? » Elle tendit une main puissante.

Il la regarda, se souvenant des mauvais jours. Et des pas si mauvais que ça. Sa main prit celle de Xena, sentant la chaleur vivante qui émanait d’elle et qui déclencha des souvenirs d’un genre différent. « Marché conclu. »

Xena se radossa, satisfaite. Ce serait parfait. Et après tout le reste, elle était déterminée à garder les choses en l’état.


Une autre auberge, une autre petite cité hors des routes principales, mais celle-ci était plus visiblement prospère avec des murs bien construits et calfeutrés avec soin, qui éloignaient le vent vif ; les sols étaient bien balayés et montraient des signes de lavage et de sablage fréquents. C’était l’heure du déjeuner et l’auberge était presque pleine d’habitants qui se reposaient de leurs travaux d’hiver, et de marchands excités à l’idée d’un festival du temps froid tout proche, qui faisait la promesse d’amener des voisins des villages environnants et de créer des affaires.

Contre le mur du fond, le maire du village était assis au milieu d’une pile de parchemins, à travailler les détails avec deux marchands robustes, l’aubergiste dont l’auberge supporterait les visiteurs et une jeune femme de taille moyenne et aux cheveux clairs, dont le visage amical présentait un sourire constant, ainsi que des yeux verts piqués de doré. A ses pieds, un grand loup noir était blotti, son museau posé sur sa botte.

« Je vais les lâcher pour les chambres », disait Cyrène. « Mais je ne les nourris pas sans un pourcentage en échange. »

« Attends… » Interjeta Gabrielle en levant la main. « Pourquoi on ne leur imposerait pas un pourcentage global et ensuite on le redistribue ? Si tout le monde nous réclame un dinar, ce sera trop confus… Prenons une part à tout le monde pour les marchandises quand ils arrivent et une autre quand ils partent, et on les taxe en fonction. »

Les deux marchands hochèrent la tête. « Oui… ça semble bien… on peut financer tout le monde comme ça… personne n’est perdant. »

« Bien… » Gabrielle se leva et contourna la table. « Je vais chercher de l’eau… je reviens tout de suite. »

Cyrène la regarda partir, sachant bien qu’elle ne pouvait pas se risquer à lui proposer d’aller la chercher à sa place. Mais son regard suivit la jeune barde, traçant les changements dans la silhouette fine avec un sourire nostalgique. Même à cinq mois, Gabrielle semblait à peine enceinte, seule une légère courbe de sa taille trahissait son état, presque invisible dans la chemise bleu royal trop grande qui flottait autour d’elle. Autrement… l’aubergiste hocha tranquillement la tête pour elle-même. La barde semblait en bonne santé et son esprit têtu avait rebondi de la tranquille introspection qu’elle avait montrée quand elles étaient arrivées la première fois. « Elle va très bien aller », murmura-t-elle à Johan, qui était assis près d’elle. Elle se demanda brièvement si elle pouvait dire la même chose de sa fille, cependant.

Il faisait nuit, presque minuit quand le guetteur avait annoncé l’approche d’Argo et elle avait enfilé rapidement une robe de chambre pour rencontrer les deux femmes tranquilles qui se dirigeaient vers l’auberge.

Xena était descendue de cheval et même dans la pâle lumière, sa mère avait vu la fatigue qui semblait émaner de la grande silhouette de sa fille, tandis qu’elle aidait Gabrielle à descendre à son tour et qu’elles arrivaient près de la rambarde du porche. Et elle avait vu une désolation tranquille dans les yeux bleus qui la regardaient, enfoncés dans un visage qui portait de nouvelles épreuves depuis qu’elle l’avait vue.

Alors elle avait embrassé Xena d’abord et elle avait senti sa maigreur sous sa cape et elle s’était posé la question.

Et maintenant ?

« J’emmène Argo à l’écurie », avait dit la guerrière très tranquillement. « On se retrouve à la maison. » Ceci dit pour Gabrielle, qui avait hoché la tête et touché son bras avant qu’elle ne se retourne pour partir.

Ensuite Cyrène avait demandé. « Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Et Gabrielle, en peu de mots, le lui avait dit. Elle qui allait dans le puits. Se réveillant trois semaines plus tard ne sachant rien d’autre que le fait qu’elle avait survécu, d’une façon ou d’une autre.

Mais Xena ne le savait pas et cela avait fracassé quelque chose de profond en elle, quelque chose qui ne revenait que très lentement en place. « Alors nous avons décidé que la maison… était le meilleur endroit », avait fini Gabrielle, en relâchant un petit soupir. « Et comme je suis contente de voir cet endroit. »

« Comment vas-tu ? » Avait demandé Cyrène doucement.

Les yeux vert clair, qui s’étaient éteints et étaient devenus gris dans la lueur de la Lune, avaient brillé. « Je vais bien », avait répondu la barde avec un tout petit sourire mélancolique. « A part le fait d’être enceinte », avait-elle ajouté.

On aurait dit qu’on assommait Cyrène avec une plume. « Par mes dieux. » Elle avait posé les mains sur les épaules de Gabrielle. « Toi aussi ? »

« Moi aussi… est-ce que ça veut dire que Xena avait raison et que Gran l’est aussi ? » Une étincelle avait pris possession des yeux de Gabrielle.

« Oui… et elle le paye bien », avait répondu Cyrène. « Pauvre petite chose… elle est malade tous les matins… » Elle avait touché la joue de la barde. « Et toi, mignonne ? Tu vas bien ? »

Gabrielle avait baissé les yeux puis frotté son nez. « Oui… je suis… » Son regard était allé vers l’écurie puis revenu sur Cyrène. « C’est un peu compliqué. »

Bien sûr. Rien n’était simple avec elles, se souvint Cyrène. Elle avait envoyé Gabrielle vers leur cabane puis était allée à la cuisine, assemblant quelques fruits et du fromage dans un petit panier. Elle avait attendu patiemment jusqu’à ce qu’elle entende des pas familiers près de la porte, puis elle avait soupiré quand elle s’état ouverte pour laisser entrer Xena. « Je pensais bien que tu allais passer. » Elle leva le panier.

Xena avait lâché un petit sourire et s’était avancée. « Merci… je présume que tu as entendu la bonne nouvelle ? »

Elle avait mis la main sur le visage de sa fille. « Et la mauvaise », avait dit Cyrène très doucement. « Ma chérie, ça a dû être terrible pour toi. »

La guerrière était restée immobile un moment puis elle avait soupiré lentement. « Ça l’a été », admit-elle dans un murmure, puis elle avait inspiré à nouveau. « Mais c’est terminé et je peux mettre ça derrière moi maintenant. » On aurait dit qu’elle essayait de se convaincre elle-même autant que Cyrène.

Qui s’était sentie profondément blessée pour elle. « Ta famille aurait été là pour toi, Xena… tu le sais ça, n’est-ce pas ? »

Le regard bleu la fuyait. « Je le sais… mais… je ne pouvais pas rentrer ici », avait réussi à dire la guerrière. « Pas ici. » Les muscles de sa mâchoire s’étaient contractés… et elle avait vu Xena déglutir une fois… deux fois… puis cligner des yeux.

Cyrène avait posé le panier et pris sa fille dans ses bras. « Oh ma chérie », avait-elle murmuré, sentant les frissons passer dans la longue silhouette. Pendant un moment d’angoisse, elle avait pensé que Xena allait s’effondrer mais la grande femme avait inspiré et s’était redressée, lui rendant son étreinte.

« Merci. » La guerrière s’était éclairci la voix sans s’en rendre compte et elle avait soulevé le panier. « Je ferais mieux de rentrer. »

Cyrène lui avait tapoté le côté. « Je suis contente que tu sois rentrée », avait-elle simplement répondu. « Va dormir un peu. »

Xena avait hoché la tête et lui avait fait un demi-sourire avant de se diriger vers la porte, la refermant derrière elle.

« Bien sûr que ça va aller », l’assura l’ex marchand. « C’est une coriace, Cy… et tu sais quoi, on va avoir une paire de beaux petits-enfants qui vont courir autour d’elle très bientôt. » Il soupira d’un air désabusé. « Je pensais que je serais bien loin d’être un grand-père, pour sûr. »

Elle rit. « C’est bien  vrai. » Cyrène retourna à la conversation tandis que Johan traitait les derniers points durs dans le plan ambitieux. Les deux premières semaines avaient été difficiles mais les choses se remettaient à la normale et pour ça, elle était profondément heureuse.


L’eau froide passa les lèvres de Gabrielle ; elle portait un soupçon du goût du chêne de la tasse qu’elle utilisait. Elle scruta l’auberge et se détendit contre le comptoir de service, bougeant un peu tandis que son ventre pressait contre le bois. Toujours pas habituée à ça, hein ? Se dit-elle. Je ferais mieux de commencer à m’y faire… ça va être de pire en pire.

Pas que ça ait été si mal jusqu’ici, elle devait l’admettre, du moins pas pour elle. Granella, elle… elle lança un regard vers la jeune Amazone qui avait un mois de grossesse en plus, et qui semblait en avoir le double. Elle était assise près du feu, parlant à une grande compagne couverte de poils, l’être de la forêt Elaini, qui faisait rebondir les fesses de l’un de ses bébés pelucheux sur son genou, tout en savourant ses rires. Gran était bien plus visiblement enceinte qu’elle ne l’était elle-même, avec une boule énorme et courbée sous ses côtes, et une couche de douceur tout autour d’elle également.

La barde s’était inquiétée de ça au début, parce que son corps semblait laisser la place à contrecœur à la vie qui grandissait en elle, mais Elaini l’avait prise à part et lui avait dit qu’elle soupçonnait Granella de porter plus d’un bébé, et ça, en même temps que le fait que Gabrielle était plus active et déterminée à conserver sa force, ça faisait une vraie différence. « Crois-moi, petite sœur… tu seras contente quand ça sera terminé », l’avait assurée l’être de la forêt avec ironie.

Gabrielle ferma les yeux et soupira, puis elle les rouvrit et absorba son environnement familier. C’était bon d’être ici… après la peur et l’horreur…

Gabrielle avait été si proche de mourir. Et son âme avait dû faire le choix drastique entre laisser périr son âme-sœur chérie, tuant l’enfant qu’elle avait mise au monde, et savoir qu’abandonner sa propre vie pour l’en empêcher semblerait assurément une chose bien pire à Xena.

Quand c’était arrivé, elle avait mis sa confiance dans le courage de sa compagne et s’était soumise à son destin, endurant ce dernier coup d’œil au-dessus de l’épaule de Hope, pour voir la terreur et la compréhension, et une âme qui souffrait dans les yeux bleus qui étaient la dernière chose qu’elle pensait voir dans le monde des mortels.

Elle avait espéré que Xena lui pardonnerait, un jour, c’était tout. Elle avait ressenti la poussée de douleur à travers leur lien, s’y accrochant jusqu’à ce que l’obscurité ne l’avale, dans un cauchemar de chaleur et d’impact et l’odeur de lave bouillante.

Mais elle n’était pas morte et ce qui s’était ensuivi était un tourbillon de confusion et de douleur, et se réveiller pour savoir que des semaines avaient passé, une longue éternité quand elle n’avait aucune idée de l’endroit où était Xena, ou bien ce qu’elle faisait… tout ce qu’elle avait su c’était que la guerrière était vivante, elle pouvait le sentir à travers le lien qui reliait leurs âmes.

Vivante et incroyablement en souffrance, la douleur faisant écho à ce lien et flottant au-dessus de Gabrielle, jusqu’à ce qu’elle puisse à peine réfléchir. Ça n’avait diminué qu’à la toute fin et s’était tu, devenant un coup véhiculant la colère et l’impatience… tandis que la présence augmentait et prenait en puissance.

Et ensuite elle était allée près de Potadeia, sur le chemin vers la maison à Amphipolis pour attendre Xena. Se retrouvant à marcher dans des forêts qu’elle connaissait depuis son enfance, tournant à un coin feuillu juste pour ressentir la poussée soudaine, éruptive et incroyable de leur connexion tandis qu’une silhouette obscure fonçait sur elle, l’épée levée, le cri se réverbérant.

Leurs regards s’étaient cloués l’un sur l’autre.

Et elle était enfin revenue à la maison, rejoignant la personne qui comptait plus que sa propre vie.

Mais ça avait été difficile pour toutes les deux, et seulement maintenant, deux mois plus tard avec leur famille autour d’elles, la vie commençait à revenir à la normale. Il y a un mois, Xena n’aurait pas accepté de partir pour ce petit voyage dans le sud. Elle pouvait à peine supporter d’être partie pour une journée de chasse, ses yeux recherchant anxieusement le moment où elle retournerait au village jusqu’à ce qu’ils tombent sur le visage de Gabrielle et seulement à ce moment un soupçon de sourire viendrait sur ses lèvres tandis qu’elle se détendait.

Pas qu’elle veuille en parler, soupira la barde intérieurement. Elle l’avait taquinée une fois sur le fait de ne pas être éloignée de la vue de la guerrière et la réponse de Xena l’avait stupéfiée à la rendre muette. « J’ai peur de fermer les yeux et que quand je les rouvre, tu sois partie », avait dit la guerrière avec un sourire désabusé et mélancolique. « C’est fou, hein ? »

Puis le regard bleu s’était baissé et Xena avait joué avec le morceau de bois dans ses mains sans s’en rendre compte, jusqu’à ce que Gabrielle s’approche et lui baisse doucement la tête pour l’embrasser et poser la sienne contre les cheveux noirs. Elle savait parfaitement qu’elle ne pouvait pas promettre de ne plus jamais la quitter comme ça. La vie était bien trop cruelle pour elles deux pour qu’elle mette son âme-sœur en souffrance dans ce genre de danger. Il avait fallu des mois pour passer sur la mort de Xena et ça faisait moins d’une semaine. Xena s’était soumise à un mois long, torturant et à moitié dingue, se sauvant d’elle-même, du passé… profondément seule dans sa douleur.

Ça demanderait du temps, Gabrielle le savait. Et tout comme son expérience l’avait changée, ceci changerait Xena, il restait à voir exactement comment.

Mais les choses s’étaient mises à aller lentement mieux et Xena avait décidé de faire une sortie au sud pour une journée ou deux, dans une balade mystérieuse qui avait probablement à voir avec le bébé. Gabrielle rit pour elle-même quand elle pensa à sa compagne choisissant paisiblement des couvertures et des jouets.

En fait, elle ne pouvait pas se décider sur qui avait été la plus excitée la première fois qu’elle avait senti le bébé bouger. Elle avait attrapé le bras de Xena, alarmée, mais la guerrière avait doucement posé la main sur son ventre et toutes les deux avaient hoqueté quand il avait bougé à nouveau, puis Xena avait posé sa joue et écouté, ses beaux yeux bleus s’éclairant alors qu’elle jurait pouvoir entendre le battement de cœur du bébé. Un sourire plein et heureux s’était formé sur ses lèvres pour l’une des rares fois depuis qu’elles étaient rentrées à la maison, et ça, bien plus que le mouvement, avait réchauffé l’âme de la barde au plus profond.

Gabrielle sourit au doux souvenir et souhaita la présence de son âme-sœur, qui lui manquait plus qu’elle n’était prête à l’admettre, malgré sa profonde protectivité frustrante, qui menaçait de rendre la barde folle.

« Hé, Gabrielle », l’appela Elaini en lui faisant signe. « Viens par ici et aide-moi à convaincre Gran, hein ? »

La barde se repoussa du bar et avança à pas lents avant de s’asseoir dans le fauteuil près de ses amies et de s’y adosser. « D’accord… bien sûr… on doit la convaincre de faire quoi ? » Répondit-elle aimablement, en prenant une inspiration plus profonde, tandis qu’elle se souvenait que son âme-sœur avait mentionné avoir le souffle court tout le temps pendant sa propre grossesse. Elle savait maintenant ce qu’elle voulait dire. C’était comme si elle ne respirait pas assez vite, ou assez profondément… et elle se retrouvait parfois vertigineuse tandis que son corps luttait pour avoir assez d’air. C’était vraiment agaçant et elle devait être prudente et ne pas le faire devant Xena qui avait, l’autre jour, justement insisté pour la porter jusqu’à la cabane en plein jour, tandis que la moitié du village les regardait avec un amusement amical. Sale gamine. Mais Gabrielle ne put réfréner un sourire en se souvenant des yeux bleus mélancoliques, qui avaient fait fondre ses arguments comme du beurre.

« J’essaie de la convaincre de me laisser trouver combien elle en a là-dedans », déclara Elaini, en remuant ses doigts poilus et griffus avec suggestion.

Gabrielle écarquilla les yeux et elle cligna à la vue des griffes. « Euh… » Elle vit l’air alarmé sur le visage de Gran. « Juste… pour… heu… et bien, une question théorique… comment tu vas heu… »

Elaini leva les yeux au ciel. « Oh oui… je vais faire un trou ici et regarder », dit-elle en ricanant, puis elle posa délicatement le bout de ses doigts sur le bras de la barde et ferma les yeux. « Je vais juste Voir. » Elle sourit et bougea son contact vers le ventre de la barde, étendant sa Vision. La force vitale de Gabrielle était très puissante, d’une chaleur dorée et distinctive et elle n’eut aucun souci pour la sentir. Au-delà de ça… ah… un petit point brillant, teinté d’argenté dans sa Vision qui était assurément l’enfant en croissance. Elle ouvrit les yeux. « Tu en as un », informa-t-elle la barde avec un sourire.

Gabrielle tapota son ventre. « Dieux… j’espère bien… s’il y en avait plus que ça, ils seraient de la taille d’une noix. » Elle rit ironiquement. « Allons, Gran… c’est mieux de le savoir maintenant… je veux dire que si ce sont des jumeaux, tu auras deux exemplaires de tout. »

L’Amazone aux cheveux noirs grogna. « Toris est cuit si c’est le cas », grogna-t-elle. « Un à la fois c’est bien assez difficile… qu’est-ce que je vais faire avec deux ? »

« Excuse-moi si je ne sympathise pas », fit remarquer Elaini, mère de triplés. « Les tiens n’ont pas de crocs et de griffes aiguisés comme des aiguilles, je te le dis. »

Les deux humaines tressaillirent en pure réaction. « Ouille. » Granella se couvrit la poitrine.

« Ouais, ouille », acquiesça Elaini avec un rire. « Tu en penses quoi ? »

« Tu devrais, Gran… surtout vu que ce groupe d’Amazones va se regrouper ici dans les jours à venir pour la foire aux marchands… elles doivent savoir si elles doivent tout acheter en double pour toi », la taquina doucement Gabrielle.

Un soupir douloureux. « Oh, c’est bon. »

Elaini sourit de toutes ses dents et mit la main sur la surface arrondie, fermant ses yeux dorés pour se concentrer. « Il y en a un », annonça-t-elle, puis elle s’interrompit. « Hmm. »

Granella et Gabrielle échangèrent un regard. « Je ne sais pas toi, Gabrielle… mais ‘hmm’ n’est pas sur ma liste de mots joyeux aujourd’hui », grogna l’Amazone en lançant un regard diabolique à l’être de la forêt.

« Il y en a deux », dit Elaini en riant. « Ohh… il est puissant celui-là… » La force de vie était un point bleu pulsant, presque aussi puissant que celui qu’elle avait ressenti de Gabrielle. « Tout beau et bleu. »

« Crotte de Centaure », soupira Granella. « Je le savais… Toris, c’est de la viande morte. » Elle fit une pause. « Bleu ? »

L’être de la forêt hocha la tête. « Tout le monde a plus ou moins une couleur… Gabrielle est d’une nuance agréable de jaune dorée couleur beurre, par exemple… tu es d’un joli vert… mon Partenaire de vie est d’une nuance d’orange loufoque… »

« Et Xena ? » Demanda tranquillement la barde.

« Argenté… comme du métal poli », répondit promptement Elaini. « Elle est très distincte… il y a tellement de variétés et elles sont dupliquées, mais elle est la… » La voix de l’être de la forêt diminua un instant. « La seule que j’ai vue de cette nuance. »

Gabrielle la regarda attentivement mais elle fut empêchée de la questionner plus avant par un appel de la garde dehors. « Mm. » Un sourire se forma sur son visage quand elle entendit le cri du faucon en chasse. « Xena est de retour… excusez-moi. » Elle se leva et alla vers la porte, passant la tête dehors puis se glissant sur le porche, forçant son regard résolument vers l’horizon.

L’aube peignait le ciel d’une nuance ouatée de rose, une couche sur la brume qui se déposait de manière épaisse sur le sol dans l’air frisquet du matin.


Un regard bleu direct accueillit l’aube tandis que Xena levait son menton de son avant-bras et qu’elle penchait la tête en arrière et éclaircissait son esprit des pensées vagabondes qu’elle s’était autorisées. Le sommeil… avait été problématique un moment et en l’absence de Gabrielle, les cauchemars étaient inévitables. Sans le fidèle Arès pour veiller sur elle, ça lui avait semblé mieux de rester éveillée.

Il n’y avait aucun sens à ce qu’un brigand vienne pour mettre la pagaille dans son abri tranquille, pas vrai ? Cela ne faisait que deux nuits et elle avait tenu bien plus longtemps que ça sans dormir auparavant. Elle serait à la maison avant l’heure du déjeuner et après ça, convaincre son âme-sœur enceinte de faire une sieste ne serait pas vraiment un problème.

La pensée d’être avec elle à nouveau amena un sourire sur les lèvres de la guerrière aux cheveux noirs et elle se mit debout, s’étirant dans la matinée naissante, surprenant un peu Argo. La jument renifla puis s’avança, la poussant dans la poitrine tout en soufflant de l’air léger et chaud contre son ventre. « Salut ma grande. » Xena gratta la jument derrière les oreilles et lui frotta la nuque. « Il est temps de rentrer à la maison, hein ? »

La maison. Ses deux mois à Amphipolis lui avait permis de guérir doucement et elle avait hâte d’y passer plus de temps, à regarder Gabrielle se rapprocher encore et encore de la naissance de… Xena sourit tranquillement dans la crinière d’Argo. Leur enfant.

Elle peignit les crins argentés épais, étudiant le dessin de la lumière et de l’obscurité tandis que le soleil passait à travers les feuilles et les tachetait toutes les deux.

Elle se souvint de cette première nuit horrible, après qu’elle eut grimpé le puits et trouvé un trou dans la roche pour s’y cacher, quand l’ankylose passa et que chaque senteur, chaque son, même celui du silence, la frappaient comme des couteaux.

Elle avait fermé les yeux et s’était contentée de prier, et d’espérer, et de supplier, avec le besoin d’entendre le plus léger grattement d’une botte, le crissement de la peau sur le tissu, un souffle… n’importe quoi qui lui aurait permis de mentir à la vérité que son esprit refusait d’accepter.

Qu’elle était seule.

C’était comme d’être transpercée dans les tripes, la douleur était si intense et si réelle, et elle empirait, jusqu’à ce qu’elle se soit roulée en boule et contentée de rester là, allongée, souffrant bien trop pour même pleurer.

Seules deux choses lui permettaient de rester saine mentalement. Un, que Gabrielle entendrait ses pensées et qu’elle n’avait aucune intention de tourmenter son âme-sœur bien-aimée. Et deux, qu’elle avait compris le choix horrible de sa compagne et qu’elle était, d’une façon subtile et horrible, contente d’éviter à Gabrielle de passer par ce qu’elle vivait actuellement.

Une partie d’elle voulait, mourait d’envie de… avait besoin de… de ramper à nouveau dans cette grotte et de plonger dans le puits derrière elle. Seule la part obscure, la part morne, grise et sans âme, savait mieux comment se comporter. Elle savait qu’elles n’allaient pas au même endroit.

Elle avait levé la tête, son regard tombant sur un sac en cuir solitaire, attaché au sien, et la compréhension la saisit qu’elle n’entendrait plus jamais la voix de sa propriétaire, ou qu’elle ne verrait plus ces yeux verts la regarder.

Elle pensa se souvenir avoir crié mais elle n’en avait jamais été sûre, tandis que son corps convulsait encore et encore, frappant sa tête contre les rochers jusqu’à ce qu’une obscurité miséricordieuse la saisisse.

Et ensuite elle s’était réveillée, dans une aube très grise, à la réalité d’un vide solitaire qui l’avait réduite à des larmes impuissantes, ouvrant et fermant ses poings sur des morceaux de rocher, se cristallisant dans la connaissance austère qu’elle devait retrouver Gabrielle. La voir, même si c’était pour la dernière fois, un besoin si grand qu’il outrepassait la douleur et la forçait à un semblant de vie jusqu’à ce que la recherche soit terminée.

Elle avait appris deux choses très importantes, pendant tous ces jours seule et en recherche. Elle avait appris douloureusement, honnêtement… qu’elle était capable de vivre sans son âme-sœur. Que sa vie avait une signification au-delà d’elles deux. Qu’elle était capable de faire le bien pour l’intérêt du bien et pas parce que Gabrielle était là, pour le lui rappeler.

Et elle avait appris qu’alors que c’était possible, elle ne voulait plus jamais le refaire. Avant ceci, ça avait été une question théorique, un vœu et une promesse dite par un cœur fidèle, mais sans le poids de l’expérience derrière. Il était facile de dire ‘Même dans la mort, je ne te quitterai jamais’ sans savoir ce que ça voulait vraiment dire.

Maintenant elle savait. Tout comme Gabrielle avait su quand ça avait été le tour de Xena de mourir. C’était un sentiment presque paisible, vraiment, d’être capable de dire à la barde. « Je sais ce que c’est que de te perdre et je ne traverserai plus jamais ça. » Et que Gabrielle comprenne, parce qu’elle était aussi passée par-là. Ça les mettait sur un pied d’égalité, d’une certaine façon.

« Allez ma fille… on y va, d’accord ? » Murmura-t-elle à la jument patiente tandis qu’elle balançait la selle sur son dos, resserrant les lanières de ses mains expertes. Elle avait laissé la couverture de selle d’Argo en place pour lui éviter le froid humide et elle n’avait plus qu’à ajouter les paquets qu’elle avait achetés aux lanières de selle de la jument ; elle tapa du pied avec soin sur le feu avant de partir. Même maintenant, deux mois plus tard, le souvenir de cette souffrance la hantait, apportant de la peur avec elle contre laquelle elle n’avait pratiquement aucune défense. Elle s’enroulait dans ses tripes, la rongeant avec une férocité taraudante dont elle savait qu’elle ne la quitterait pas avant qu’elle soit de retour à Amphipolis et que ses yeux se perdent dans la vue de son âme-sœur bien vivante. « Il est temps de rentrer, Argo », murmura-t-elle, ce qui provoqua un mouvement des oreilles.

Le soleil s’était levé sur le haut des arbres tandis que la jument galopait pour descendre les montagnes vers la route de la rivière qui menait à Amphipolis. Elle n’y était que depuis quelques marques de chandelles avant de repérer un petit groupe devant elle, qui allait dans la même direction. « Voyons voir, Argo. » Elle se mit debout sur les étriers et renifla le vent qui soufflait vers elle. « Du cuir, des plumes et cette senteur de pin maudite par les dieux… ça doit être des Amazones. »

Elle poussa Argo à avancer, sachant que chaque Amazone sur cette route particulière, se dirigeant dans un sens particulier, lui était probablement connue.

Et bien sûr, lorsqu’elles entendirent le bruit des sabots d’Argo et qu’elles se retournèrent, la leader du groupe leva un poing pour la saluer, ce qu’elle lui rendit. Elle tira sur les rênes de la jument et la fit s’arrêter près du petit groupe. « Solari… c’est bon de te voir. » Elle sortit les pieds des étriers et se glissa le long du dos de la grande jument, un bras tendu pour saluer.

Elle reçut un sourire vrai de la part de la jeune femme aux cheveux noirs qui le saisit. « Salut Xena… c’est bon de te voir aussi… j’amène ce groupe à l’entraînement avec moi… Pony est juste derrière moi avec un chariot de marchandises pour la foire. »

« Maman sera heureuse d’entendre ça », dit Xena en riant. « Elle qualifie vos trucs… d’intrigants et de très… pittoresques. » Elle jeta un coup d’œil aux autres Amazones, dont elle en connaissait quelques-unes, mais dont deux lui étaient étrangères.

« Oh… désolée… » Solari leva les yeux au ciel. « Mes maudites manières… tu connais Ellis, Lista et Aileen, pas vrai ? »

Xena hocha la tête. « Je me souviens… Aileen, comment va la gamine ? »

La jeune Amazone sourit timidement. « Elle grandit à toutes pompes… Rena s’occupe d’elle pendant que je viens passer quelques semaines ici, mais elle me manque déjà. »

Solari se mit à rire. « Et voici Frendan, de notre village au nord, et Cesta, qui nous a juste rejointes d’une autre tribu dans le sud. »

Xena leur fit à toutes les deux un signe de tête amical. Frendan était une femme toute petite à l’air inquiet, avec des cheveux bouclés roux et un physique costaud de travailleuse. Sa compagne était bien plus grande, presqu’autant que Xena avec un corps élancé et fièrement musclé ainsi que des cheveux roux-châtain et des yeux inhabituellement gris sombre. « Nous ne sommes pas loin d’Amphipolis », dit la guerrière. « Je vais me joindre à vous. »

Elles reprirent la marche. Solari se mit à la gauche de Xena et raconta les histoires en cours au village. C’était le troisième groupe à l’entraînement à venir, vu que Xena remplissait sa promesse d’enseigner les techniques de combat pendant le long hiver humide. Elle avait apprécié les deux autres cours car ils lui apportaient la pratique qu’elle négligeait autrement, et ils lui permettaient de garder ses compétences acérées sans qu’elle ait à se convaincre de laisser Gabrielle le matin ou d’abandonner ses soirées paisibles au coin du feu.

Cela lui allait parfaitement. Les gamines apprenaient quelque chose, elle restait en forme, Gabrielle était heureuse. « Alors… comment va Eph ? » Demanda-t-elle, ajustant sa prise sur la bride d’Argo.

« En pleine forme… je vais te dire un truc, qu’elle se soit mise en couple avec Pony a fait des merveilles pour les deux… rappelle-moi de remercier Gabrielle A NOUVEAU pour ça quand on arrivera à Amph, d’accord ? »

La guerrière rit. « Je le ferai… au moins cet hiver n’a pas été aussi rude que le précédent… en parlant de ça, comment va notre amie Paladia ? »

Solari plissa les yeux au soleil. « Tu peux le lui demander toi-même… elle arrive avec Pony… une partie des trucs qu’on apporte inclut de jolies peintures et des dessins qu’elle a faits. » L’Amazone la regarda d’un air espiègle. « L’un d’eux te représente. »

Xena haussa brusquement les sourcils. « MOI ? »

« Ouais. » Solari sourit. « Et bon sang, elle t’a bien cernée, aussi. » Elle donna un coup dans les côtes de la guerrière puis se retourna alors qu’Ellis lui posait une question.

Xena se contenta de secouer la tête et soupira, ensuite elle regarda par-dessus la nuque d’Argo et vit Cesta qui la regardait également, le regard de la grande Amazone l’évaluant pensivement. La guerrière eut l’impression distincte qu’on l’examinait et elle soupira intérieurement. Elle doit être nouvelle ici. « Bon. » Elle sentit Argo renifler et se prit à penser qu’elle pourrait en faire autant. « Et tu es d’où exactement dans le sud ? » Gabrielle l’avait poussée à développer ses talents de conversation… ceci semblait être une bonne occasion.

« Pas tellement au sud qu’on n’ait pas entendu parler de la fameuse Princesse Guerrière », répondit Cesta, avec un sourire franc.

Oh crotte de Centaure. Xena se contenta de la regarder. Mais Argo ricana à sa place.

« J’avais hâte de te rencontrer… surtout après que les deux premiers groupes sont revenus et n’ont pas tari d’éloges sur tout ce qu’elles avaient appris. » Cesta se rapprocha. « Tout le monde raconte tellement d’histoires à ton sujet. »

J’aurais pu me contenter de passer. Xena examina l’oreille gauche d’Argo avec attention. Mais non, il a fallu que je m’arrête. » Et bien la plupart de ces histoires sont à moitié des mensonges et à moitié de l’exagération », répondit-elle ironiquement. « Je ne leur prêterais pas beaucoup d’attention si j’étais toi. »

Le regard gris la balaya à nouveau. « Oh… j’en doute. »

Ah… une autre qui aime les combattants couverts de boue et en sueur, qui n’ont pas dormi ou pris un bain depuis trois jours. Xena grogna silencieusement, croisant le regard de Solari.

« Quelque chose ne va pas, Xena ? » Demanda l’Amazone brune.

La guerrière regarda devant elle, repérant les premiers avant-postes d’où provint un léger sifflement. Elle siffla en retour et sourit lorsqu’un cri de faucon s’ensuivit. « Non… non… je vais bien… on est presque à la maison. »


Pour la barde qui regardait, le petit groupe qui approchait sembla démarrer comme un nuage gris, pour se transformer en des silhouettes en mouvement, dans lesquelles elle repéra la grande et inratable forme de son âme-sœur. Et celle d’Argo, bien entendu, qui était elle-même plutôt distincte, étant le seul cheval.

Quelques instants plus tard elle reconnut la silhouette à la gauche de Xena comme étant Solari, ce qui la fit sourire, puis un peu plus tard deux autres devinrent familières. Mais elle ne reconnut pas les deux dernières, ce qui était surprenant, pas la petite femme près de Solari, ni la grande rouquine sur le côté droit de Xena.

Le langage du corps était si intéressant à déchiffrer à distance, se dit Gabrielle. La rouquine essayait d’attirer l’attention de Xena et était entrée dans la zone de confort de son âme-sœur. La guerrière écartait régulièrement Argo mais l’Amazone se rapprochait à chaque fois. Stupide, très stupide… Xena avait des ‘vibrations distinctes’ qui disaient ‘fiche moi la paix’ et les gens les ignoraient habituellement à leur propre péril.

La façon dont Xena carrait les épaules et penchait la tête indiquait une patience forcée, cependant, et Gabrielle pouvait voir le léger mouvement tandis qu’elle jouait avec les rênes d’Argo, son mouvement nerveux typique quand elle était mal à l’aise. Ce qui signifiait qu’elle faisait de son mieux pour être ‘gentille’. Probablement parce que c’était des Amazones et qu’elle savait que sa compagne attendait cela d’elle, se rendit-elle compte, faisant une note mentale pour être extra gentille avec son âme-sœur pour les efforts qu’elle faisait.

La rouquine toucha et caressa Argo, se penchant tout près de la jument et encore plus près de sa compagne. Les poils de la barde se hérissaient maintenant tandis qu’elle regardait le corps sculpté de l’étrangère et ses mouvements intriguants, et qu’elle se rendait compte que l’intérêt de la nouvelle venue était plus qu’amical. Elle se redressa et fit quelques pas en avant tandis que le groupe passait l’entrée du village et commençait à se diriger vers l’auberge.

Elles entourèrent toutes Xena tout en babillant et la rouquine tendit la main pour toucher le bras de la guerrière. Gabrielle vit le sursaut tandis que Xena réagissait, puis se forçait à ne pas réagir en frappant la femme. Bon sang, cette petite… La barde irritée était sur le point de bondir en bas des marches quand les yeux bleus se posèrent sur elle et que leurs regards se croisèrent.

Et tout à coup, il n’y eut plus personne d’autre dans cette cour qu’elle-même et la grande silhouette vêtue de cuir qui marchait vers elle à grands pas, ayant simplement lâché les rênes d’Argo et dit excusez-moi en les laissant derrière elle. Qui n’avait d’yeux que pour elle.

Hé. Prends ça, Amazone. Gabrielle sourit. « Salut étrangère », réussit-elle à dire avant que Xena ne la prenne affectueusement dans ses bras et l’étreigne, l’entourant pour l’attirer plus près, dans un monde chaud fait d’odeurs de cheval, de sueur et de terre, et du cuir et des épices toujours présentes qui émanaient naturellement de son âme-sœur. C’était merveilleux.

Des lèvres trouvèrent les siennes et elle goûta la pointe de pomme dans le souffle de sa compagne, tandis qu’elle mordillait doucement partout et explorait avec sa langue. Prends ça aussi. Elle eut mentalement un sourire narquois. C’est à moi et ne l’oublie pas.

Elle aurait pu simplement rester là pour toujours mais un coin de son esprit lui rappela qu’elle avait des Amazones desquelles s’occuper et qu’on était midi et qu’elles étaient devant l’auberge au milieu de tout le village. A contrecœur elle s’écarta et tapota la poitrine de Xena. « Nous sommes sur le porche de maman, tigresse. »

« Je le sais bien. » Xena rechignait à relâcher sa prise. « Je suis née à quelques pas d’ici, tu te souviens ? » Elle enfouit son visage dans les cheveux de Gabrielle pendant un instant. « Tu m’a manqué », ajouta-t-elle, très doucement.

Un léger sourire passa sur le visage de la barde tandis qu’elle passait une main apaisante sur les côtes de sa compagne. « Tu m’as manqué aussi… est-ce que tu as trouvé tout le ‘truc’ dont je ne suis pas supposée parler ici ? »

« Mmm. » Xena pencha la tête pour dérober un autre baiser. « Et j’ai rapporté quelque chose que je n’étais pas allée chercher… des Amazones. »

« J’ai vu… c’est qui la rouquine qui a failli se faire assommer pour des jours ? »

« Une nouvelle du sud… elle a un penchant pour le cuir apparemment », répondit Xena avec un soupir.

« Mm… est-ce qu’elle sait que tu es prise ? » Demanda la barde, en mordillant un morceau du cuir en question.

Xena rit et se redressa, glissant un bras sur les épaules de son âme-sœur tandis qu’elles se retournaient pour aller au-devant de leurs invitées. « Je pense qu’elle le sait maintenant », dit-elle en voyant l’expression agacée de Solari avant de lever les yeux au ciel.

« Salut tout le monde. » Gabrielle leva une main et leur fit signe.

« Ma Reine. » Solari pencha la tête et salua. « J’ai ramené un autre groupe pour les cours et je suis ici pour te dire que la caravane de marchands est à environ deux jours d’ici derrière nous. »

« Très bonnes nouvelles, Soli… » Gabrielle avança, vêtue de son grand manteau et de son cuir de combat. « C’est génial de vous voir… contente que vous ayez pu venir. Je sais que Xena a passé de bons moments avec les cours. » Elle jeta un coup d’œil à son âme-sœur. « Pas vrai ? »

« C’est vrai », acquiesça la guerrière aimablement. « Solari, peux-tu leur montrer les quartiers des invités… il est trop tard aujourd’hui pour commencer un cours alors on verra l’emploi du temps demain matin. »

« Compris. » Solari hocha la tête. « Ma Reine, voici deux nouvelles membres de la Nation… Frendan, des frontières du nord et Cesta qui nous rejoint depuis une tribu sœur dans le sud. »

Gabrielle leur sourit à toutes les deux. « Bienvenue… je suis contente de vous voir ici. »

Cesta avança et inclina la tête légèrement. « Nous avons entendu parler de toi, Reine Gabrielle, dans le sud. C’est un plaisir de faire enfin ta connaissance. » Son regard évalua la petite femme et elle haussa très légèrement un sourcil.

« Merci », répondit la barde du même ton. « Pourquoi vous n’iriez pas vous installer avant de nous rejoindre pour le dîner ? C’est habituellement juste après le coucher du soleil. » Elle s’appuya contre Xena et mit une main propriétaire sur l’estomac de la guerrière, sentant le léger rire silencieux en réponse.

« Très bien… vous avez entendu… allons-y. » Solari les incita à se diriger vers un bâtiment bas de style baraquement qui avait été construit pour elles. « On se voit plus tard vous deux. »

« A plus tard, Soli. » Xena leva une main et la laissa retomber.

Elles les regardèrent s’éloigner puis se tournèrent l’une vers l’autre. Xena caressa la joue de sa compagne avec affection. « Comment vont les choses ? »

La barde rit doucement. « Xena, tu n’es partie que deux jours… est-ce que tu t’attendais à des gros changements ? » Elle la taquina. « Le bébé bouge de plus en plus, je dirais… » Elle porta la main sur son ventre et la guerrière fit de même. « Tu lui as manqué aussi, je pense… mes talents de chanteuse sont loin d’égaler les tiens. »

Xena sourit puis lâcha un soupir. « Je vais me débarbouiller… j’ai dû traverser de la boue jusqu’aux genoux sur la plus grande partie du voyage de retour… Contente que tu aies eu cet engagement vis-à-vis de ces marchands et que tu n’aies pas eu à endurer ça. »

« Nan… on aurait trouvé un moyen de s’amuser avec ça », contra la barde joyeusement tout en glissant un bras autour de la taille de sa compagne avant de la tirer pour se diriger vers leur cabane. « J’ai failli annuler cette rencontre… on était à un dinar que tu n’atteignes la route de la rivière et que tu me trouves trottinant derrière toi. »

La cabane avait un peu changé depuis qu’elles étaient revenues. Xena avait pris le temps de construire une salle de bains solide et calfeutrée avec son propre petit foyer, insistant sur le fait que son âme-sœur devait avoir un endroit agréable, chaud et sécurisé pour prendre un bain. Ce qui valait évidemment aussi pour la grande baignoire bien agencée, qui comportait une volée de marches pour bien y entrer. Gabrielle avait bien pensé protester mais ensuite elle s’était dit qu’elle devait être cinglée de le faire, vu que c’était une baignoire magnifique et une petite addition très confortable. Elle s’était rendu compte qu’il y avait un moment où résister était plutôt idiot.

Des tiroirs avaient été nouvellement ajoutés contre le mur du fond, déjà partiellement remplis de petites couvertures et de cadeaux des cercles de tricot et de tissage. Gabrielle avait été touchée par l’offre, surtout vu le fait qu’elle était une piètre couturière et qu’elle se disait qu’elle n’aurait pas à s’inquiéter sur comment vêtir l’enfant pendant un moment.

Xena avait prudemment conçu des crochets pour son armure, très haut au-dessus du sol, ainsi que ses armes, comme une concession à la sécurité du bébé, ce qui avait fait glousser Gabrielle un temps infini. « Xena… le bébé va prendre six mois rien que pour ramper… je ne pense pas qu’il va attraper ton armure de jambe avant longtemps », avait-elle taquiné sa compagne.

« Pas une raison pour prendre le risque », fut la réponse bornée de son âme-sœur. « Ces trucs ont des bords acérés. »

Le portrait fait par Paladia de la panthère et du renard était accroché au-dessus du foyer et Xena avait construit pour elle une petite zone près du feu, avec un bureau lisse et incliné comportant un emplacement pour son encre et un fauteuil capitonné magnifique, vu que se blottir sur le tapis devant le feu n’allait pas être d’actualité pendant un moment.

Et ces deux mois n’avaient pas non plus été de tout repos… elles avaient intercédé dans une querelle de clan juste après être rentrées, avaient sauvé deux villages de l’inondation, arrêté un seigneur de guerre qui était venu avec la notion erronée qu’Amphipolis était bonne à prendre, et elles s’étaient élevées contre un prince mesquin qui cherchait à ajouter les villages voisins à son fief pour les rançonner.

L’un dans l’autre, deux mois plutôt actifs et aucune remarque de la part de Xena sur sa propre participation à tout ça. Bon, presque pas. Après qu’elles eurent réglé quelques petits trucs entre elles, il faut dire.

Gabrielle regarda la grande femme dégrafer son manteau et le ranger, puis commencer à enlever le cuir et l’armure boueux qui l’engonçaient. Avec une familiarité chaleureuse, elle s’approcha et commença à déboucler les liens, laissant ses doigts tracer la surface dessous avant de passer au suivant. « Gran porte des jumeaux », dit-elle, tout en passant sous le bras gauche de Xena pour s’occuper de la boucle.

« Je me disais bien. » La guerrière passa son armure maintenant libérée par-dessus sa tête et la posa. « Bon sang, ça a vraiment besoin d’être lavé », marmonna-t-elle. « Elle va tuer Toris. »

Gabrielle sourit et commença à délacer son bracelet droit. « Je ne pense pas qu’il le sache déjà… mais si on regarde comme elle est énorme… ce n’est pas difficile de le deviner. » elle leva les yeux vers le visage de Xena, regardant les sourcils noirs se froncer de concentration tandis que la guerrière tentait de délacer le second bracelet. « Elaini a confirmé que je n’en ai qu’un. »

Xena la regarda et sourit, laissant tomber son bracelet sur le sol pour tracer affectueusement le léger gonflement sous les côtes de sa compagne. « Elle le savait ? »

« Mm… elle… je présume qu’elle peut juste… elle a ressenti sa force de vie, je pense… comme ils le peuvent pour tout le monde. C’est comme ça qu’elle a su que Gran avait des jumeaux… elle pouvait le ressentir, je pense. » Elle secoua un peu la tête. « Je n’imagine pas comment c’est… » Elle leva les yeux. « Je veux dire, je sais ce qu’on ressent avec toi… mais ce n’est pas proche de ce que c’est pour eux, pas vrai ? Ils peuvent faire bien plus… voir bien plus, pas vrai ? »

La guerrière hocha la tête. « Je pense aussi… oui… de ce que décrit Jess… c’est presque comme un sixième sens, comme entendre, ou sentir… pour eux c’est comme ça. » Elle retira son second bracelet puis relâcha les lacets sur sa combinaison en cuir et se dirigea vers la salle de bains avec Gabrielle toujours enroulée autour d’elle. « Il devrait revenir incessamment… je n’avais aucune idée que son peuple avait une petite tribu à l’ouest d’ici… c’est étrange que je n’aie jamais entendu parler de quelqu’un qui les aurait vus pendant toutes ces années. »

Gabrielle réfléchit tout en aidant son âme-sœur à remplir la baignoire, observant avec un amusement ironique Xena se mordre la langue pour s’empêcher de dire à la barde d’être prudente en portant les seaux d’eau. Elle s’en sort tellement bien. Elle posa le dernier seau et s’avança, glissant les bras autour de la guerrière pour l’étreindre affectueusement. « Merci. »

Le regard bleu intrigué se posa sur elle. « Heu… j’ai fait quelque chose ? » Hasarda Xena, incertaine.

« Tu n’as pas fait quelque chose… tu ne m’as pas houspillée de t’aider avec l’eau », répondit Gabrielle, le menton posé sur la poitrine de son âme-sœur. « Je sais que c’est dur pour toi de t’en empêcher. » Ça avait été le cœur de plusieurs disputes aigües entre elles et elle savait que la grande femme essayait d’éviter une répétition de la dernière.

« Mm… » Xena plissa le front. « Tu vas t’en tirer encore un mois et demi et après ça, ma barde, peu importe ta virulence, tu ne feras pas ce genre de choses », l’avertit-elle.

« Oh… alors j’ai devant moi deux mois et demi de dorlotage forcé ? » Demanda Gabrielle avec un sourire, cependant. « Considérant que ça aurait pu être neuf mois, je pense que je vais devoir l’accepter. » Elle savait à ce point qu’elle serait probablement prête pour ça, malgré ses efforts déterminés pour rester très active. C’était déjà dur d’utiliser son bâton et son équilibre était constamment en mouvement et la rendait folle.

Xena se retourna et s’appuya contre la baignoire, mêlant ses doigts dans les cheveux de Gabrielle. « Est-ce que c’est une reddition ? » Demanda-elle doucement.

La barde se blottit contre elle et mit la tête dans le creux de l’épaule de la guerrière. « Oui. » Elle resta tranquillement là pendant un moment puis elle tapota le cuir. « Allez… entre là-dedans. Si on doit amuser des Amazones ce soir, je veux que tu sois à moi jusqu’au dîner. »

Xena ne put s’empêcher de sourire. L’assurance possessive était relativement nouvelle… pas que ça l’ennuyait mais ça avait été une surprise après qu’elles furent de retour à la maison. Elle soupçonnait que ça puisse avoir un rapport avec la grossesse ou peut-être que leur expérience récente la déclenchait… mais que Gabrielle affirme cela si fermement était définitivement une expérience inhabituelle pour la fameuse Princesse Guerrière. « Je ne me plaindrai pas », répondit-elle tout en relâchant les bretelles de sa combinaison pour l’enlever, puis elle s’abaissa dans l’eau avec un soupir.

« Dieux, Xena… et tu dis que moi j’ai de la boue dans des endroits étranges ? » Gabrielle secoua la tête et tendit une barre de savon à la guerrière.

Xena baissa le regard pour voir le dessin des lacets entre autres imprimé sur sa peau. « Et bien… » Elle rit et frotta les marques avec du savon. « Pas aussi fort que quand tu as eu le dessin de ton top partout sur toi dans l’argile rouge. »

« Tch… tu adores la boue et tu le sais… tu sautes dans les mares, Xena… je t’ai vue le faire. » Gabrielle frotta une marque avec un tissu en coton, le passant sur la peau claire d’hiver de sa compagne et sur les petites cicatrices estompées qui marquaient son corps. Leur séjour à la maison avait permis à son âme-sœur de retrouver sa force sapée par leurs épreuves mutuelles mais elle avait encore du chemin à parcourir avant de redevenir ce qu’elle était. Elle s’était retrouvée presque au bout de ses réserves quand elles s’étaient rejointes et Gabrielle avait dû faire de gros efforts pour ne pas pleurer en voyant ce que l’angoisse mentale de leur séparation avait fait à son âme-sœur.

Elle avait été… et bien, choquée n’était pas un mot assez fort pour ce qu’elle avait été quand Xena lui avait dit avec réticence et à contrecœur le chemin qu’elle avait emprunté, essayant désespérément de revenir vers elle. Ce qu’elle avait entendu des Amazones avait été dur. Mais elle s’était sentie très fière que Xena ait mis de côté ses propres désirs et les avait aidées ; ça leur avait redonné une minuscule part de ce qu’elle leur avait pris il y a de ça quelques années.

Gabrielle aurait aimé rencontrer Cyane. Elle avait beaucoup réfléchi au fait que Xena avait tué toutes ces chefs Amazones… en combat singulier. Pas étonnant que Vélasca ait semblé l’admirer… qu’elle l’avait nommée ‘vraie Amazone’ après qu’elle… fut morte. C’était dur pour elle d’accepter et de se réconcilier avec le fait que la personne qui comptait le plus pour elle dans ce monde soit capable de faire une telle chose… mais elle n’était pas sûre qu’elle ait eu le choix.

En fait, Xena l’avait fait. L’état de la nation Amazone actuellement le prouvait. En tant qu’Amazone elle-même, elle devrait être horrifiée à tout le moins.

Mais… c’était son âme-sœur. Et peu importe combien elle essayait, quand ces yeux bleus confiants la regardaient, elle ne pouvait tout simplement pas y voir un monstre. C’était la magie de l’amour, supposait-elle. Parce que Xena s’était tellement ouverte maintenant, qu’elle s’était débarrassée de ses défenses concernant Gabrielle, qu’elle savait qu’elle avait un pouvoir sur elle comme aucune personne ne l’avait jamais eu.

Elle pourrait venger les Amazones. Elle pourrait causer chez Xena l’angoisse et la souffrance que ces chefs Amazones avaient sûrement ressenties quand leurs vies leur avaient été prises, et les longues années de déclin qui s’en étaient ensuivies.

Elle pourrait.

Et se détruire ce faisant.

Elle n’était pas sûre de savoir à quoi elle croyait… les dieux l’avaient trahie tant de fois qu’ils n’étaient plus une option à qui penser, et elle sentait que quelque part, d’une certaine façon, il y avait un chemin qui menait à un endroit meilleur, le tout était de le trouver.

C’était étrange et à la fois effrayant, mais ça elle le connaissait. Quel que soit le chemin emprunté, peu importe où elle devait le trouver, elle voulait que Xena y soit avec elle, parce que l’éternité qu’elle trouverait au bout serait bien trop longue sans elle.

« Un dinar pour tes pensées ? » La voix profonde de Xena la fit doucement revenir à la réalité.

« Je réfléchissais… d’une façon bizarre, j’étais vraiment contente que tu t’arrêtes pour aider les Amazones, Xena », répondit la barde, tendant la main pour masser le dos musclé de sa compagne. « Je veux dire… qu’aurais-tu fait si tu avais passé le Portail de l’Eternité et que je n’ai pas été là ? »

Un silence pensif s’ensuivit, brisé par l’écoulement d’eau tandis que Xena se lavait les poignets. « J’aurais continué à chercher », finit-elle par dire doucement. « J’aurais trouvé un moyen de t’atteindre, peu importe où tu étais. »

Gabrielle sourit un peu pour acquiescer. « Oui, tu l’aurais fait, n’est-ce pas ? » Elle massa la nuque de la guerrière puis se pencha et déposa un baiser.

« Aurais-tu été heureuse de me voir ? » La voix de Xena était très calme.

La question arrivait sans prévenir et frappa Gabrielle en pleine face. « Quoi ? » Elle se tourna pour voir le visage de Xena, le sien montrant de l’incrédulité. « Quel genre de question bizarre c’est ? »

La guerrière ramena ses genoux et les enserra. « J’ai suivi quelqu’un… une amie… dans le Pays des Morts autrefois… et elle me haïssait là-bas… elle m’a dit combien j’avais corrompu son âme », déclara-t-elle tranquillement, puis elle regarda Gabrielle et haussa légèrement les épaules. « Je ne la connaissais que depuis un mois. »

« Après tout ce qu’on a traversé, comment peux-tu même me poser cette question ? » Murmura la barde.

« Après tout ce que nous avons traversé, comment pouvais-je ne pas poser cette question ? » Contra son âme-sœur avec une honnêteté douloureuse.

Elles se regardèrent en silence, puis Gabrielle relâcha le tissu et mit les mains autour du visage de Xena et la fixa avec attention. « Oui. J’aurais été heureuse de te voir », répondit-elle doucement. « Je t’aurais vu passer ce portail et j’aurais attendu, et je t’aurais prise dans mes bras et j’aurais remercié tous les dieux qui écoutaient à ce moment-là. » Une pause. « Oui. »

La mâchoire de Xena trembla sous son toucher et la guerrière baissa les yeux, incapable de répondre.

Gabrielle la rapprocha et lui embrassa la tête, passant une main dans son dos pour la réconforter. « Je t’aime… ne l’oublie jamais, s’il te plaît », murmura-t-elle dans l’oreille rose toute proche.

Il fallut un moment mais Xena hocha la tête contre elle et s’éclaircit la voix. « Je sais… et je t’aime aussi. »

Gabriel lui embrassa à nouveau la tête. « Oh, je le sais très bien », la rassura-t-elle. « Viens… avant que tu ne te transformes en prune sèche. »

Une pause. « Pruneau », répliqua faiblement Xena puis elle bougea et mit les mains de chaque côté de la baignoire et poussa vers le haut pour se mettre sur le côté près de Gabrielle, qui prit un bout de tissu pour commencer à la sécher. « Désolée. »

« C’est bon. » Gabrielle embrassa sa poitrine nue. Elles avaient toutes les deux ce genre de moments depuis toute l’affaire, bien qu’heureusement ils devenaient de plus en plus rares. « Tu as mangé ? »

« Non… j’ai baladé des Amazones », blagua légèrement la guerrière, contente du changement de sujet. « Argo et moi on a pris des barres de céréales sur le chemin ce matin. » Elles revinrent dans la pièce principale et Xena enfila une tunique en coton épais, baissa les manches et serra la ceinture sur la chemise et les leggings qu’elle ajouta. « Et toi tu as mangé ? » Son front se souleva ainsi que son humeur.

La barde traversa la pièce et prit un plateau de pain, de fromage et de viande séchée qu’elle apporta avec elle, attrapant son âme-sœur en route pour s’approcher du foyer. « Allez… assieds-toi et on partage… je vais te raconter ce qu’a fait ta mère. »

Xena se laissa volontiers conduire, contente d’être à la maison et blottie avec sa compagne sur leur canapé confortable, écoutant les plans pour la foire. « Une taxe unique est une bonne idée. » Elle prit une bouchée de pain et de fromage et elle mâcha.

« Merci », marmonna Gabrielle la bouche pleine. « Je pensais que c’était une bonne idée… autrement tous ces petits quarts de dinars par ci, demi dinars par là… c’est si désorganisé. » Elle mordilla une figue séchée et avala. « Comment s’est passé ton voyage ? Des ennuis ? »

« Nan. » Xena secoua la tête. « J’ai croisé des types qui étaient dans mon armée autrefois… mais je n’ai eu qu’à en frapper un seul, alors tout s’est bien passé. » Elle finit un sandwich et en commença un autre, surprise de se voir aussi affamée. « Mm… c’est le nouveau fromage de maman ? »

Gabrielle se blottit un peu plus et en prit un morceau pour le goûter. « Oui… elle a dit que tu l’aimais bien », dit la barde. « C’est goûtu. » Elle regarda sa compagne attraper un autre bout puis elle lui tendit un bol de cidre. « Tiens… essaie de ne pas t’étouffer, d’accord ? » Elle sourit à l’air décontenancé. « Personne ne te court après. »

Xena avala son cidre puis eu un froncement de sourcils moqueur vers la barde. « Qui oserait ? » Demanda-t-elle, le bout de son doigt sur le nez de Gabrielle. « A part toi, évidemment. »

La barde attrapa son doigt entre ses dents blanches et bien soignées et elle le suça un moment, en remuant les sourcils. Puis elle le relâcha. « Ta petite copine rousse pour commencer », répliqua-t-elle avec un air dégoûté. « Pour qui elle se prend, d’ailleurs ? » Gabrielle plissa le front. « Il faut que je parle à Eponine… qu’est-ce qu’on leur apprend ces temps-ci, bon sang ? »

Xena étudia sa compagne mécontente avec un amusement ironique puis l’enserra. La jeune femme blonde était visiblement jalouse des attentions de la grande Amazone, même si elle savait fichtrement bien que Xena n’avait d’yeux que pour elle, et ça c’était tout simplement attachant. « Pense aux blagues qu’elle va endurer au Village », dit-elle, en mettant le nez dans le cou de son âme-sœur. « Je pense que tout le monde ici sait plutôt exactement qui… » Elle mordilla la peau douce et sentit la chair de poule le long du cou de la barde silencieuse. « Possède chaque morceau de mon cœur. » La guerrière prononça les derniers mots dans un murmure rauque, inhalant l’odeur de Gabrielle d’un air rêveur.

Gabrielle laissa les mots l’envelopper. « Ah oui ? » Elle pencha la tête en arrière, plongée dans les yeux bleus de Xena avec un léger sourire. « C’est ce que tu penses, hein ? »

« Ce que je sais », répliqua la guerrière d’un ton sérieux. « Ma Reine. »

Cela provoquait toujours un frisson le long de la colonne de Gabrielle et cette fois ne faisait pas exception. « Je pense que tu as raison », reconnut-elle doucement. « Ma championne. » Elle sourit à la vue de la petite étincelle qui s’alluma à ce moment. « Je parie que Solari la bouscule en ce moment même », ajouta-t-elle, en glissant une main sur la poitrine de la guerrière tout en s’appuyant contre elle.

Xena garda le silence un instant. « C’est l’heure de la sieste ? » demanda-t-elle en voyant le bâillement étouffé.

Bon sang. Gabrielle pouvait sentir son corps faire connaître ses souhaits et elle pensa un instant lutter contre lui, sachant qu’elle avait une bonne douzaine de choses à faire. « Non… je… »

« Moi j’en ferais bien une », déclara la guerrière d’un ton neutre.

En pur réflexe, Gabrielle leva une main et toucha le front de sa compagne. « Quoi ? »

Xena soupira. « Je n’ai pas dormi cette nuit… ça a été deux longues journées de cheval… » Elle haussa les épaules, souriant presque à la vue de la mâchoire tombante de son âme-sœur. « Allons, Gabrielle… je ne suis pas totalement idiote là-dessus. » Une longue pause tandis que la barde écarquillait les yeux. « Si ? »

« Si, chérie… tu l’es habituellement », finit par balbutier Gabrielle avec un léger rire. « Allez, alors… j’en ai vraiment besoin aussi, c’est juste que j’ai plein de choses à faire. » Elle se leva avec précautions et tira Xena avec elle, puis elle emmena son âme-sœur vers le grand lit confortable et elle rampa dessus, ravie de voir la guerrière la suivre volontiers. Elle attendit que Xena soit installée sur le côté, puis elle se blottit contre le corps de la grande femme, laissant passer un léger soupir lorsqu’elle sentit les bras de Xena l’entourer. « Mm… » Une brise fraîche passait par la fenêtre et la guerrière les recouvrit de la couette. « Comment se fait-il que tu n’as pas dormi cette nuit ? » Demanda Gabrielle en tournant un peu la tête pour la regarder. « Il y a eu des problèmes ? »

Xena avait les yeux pratiquement fermés. « Non », admit-elle après un instant. « Je ne pouvais juste pas dormir. » Elle referma les paupières espérant que ça mettrait fin à la conversation.

Mais c’était Gabrielle et elle aurait dû mieux deviner. Une main vint entourer sa joue et elle rouvrit les yeux avec un soupir silencieux. « Xena, je suis désolée », murmura la barde.

Un moment passa. « Tu n’as pas à être désolée, ma barde », lui dit Xena fermement. « Sûrement pas pour une petite insomnie. » Elle referma les yeux tout aussi fermement.

C’était mieux comme ça, elle ne voyait plus les yeux vert clair qui la regardaient, dans une compréhension morose.


Cyrène s’appuya un instant contre la porte, surveillant l’intérieur de l’auberge. Elle était pratiquement pleine et elle pouvait entendre les sons de conversations ordinaires monter et descendre, ce qui indiquait que tout allait bien. Elle remarqua les nouvelles Amazones et se demanda si ses filles allaient les rejoindre pour dîner.

Comme mue par un signal, la porte de l’auberge s’ouvrit, laissant entrer un courant d’air froid et humide en même temps que la silhouette reconnaissable de Xena. La guerrière se tourna vers la cuisine dès son entrée, ayant repéré sa mère, et lui prodigua un sourire légèrement penaud. « Bonjour, maman. » Elle tint la porte ouverte pour Gabrielle qui passa sa tête claire sur le côté de l’épaule large de sa compagne et lui fit un geste de la main.

« Et bien. » Cyrène réfléchit à si elle devait être agacée que sa fille n’ait pas dit un mot de plus que salut quand elle était arrivée, puis elle soupira en lisant l’air légèrement embrumé du sommeil récent que Xena portait encore. « Contente que tu sois rentrée, ma chérie… tout s’est bien passé ? »

« Ouais… génial », la rassura Xena. « Toris est rentré ? »

« Pas encore… il pensait que le voyage avec Jessan ne durerait que quelques jours… ça fait presque une semaine, j’espère qu’ils ne se sont pas attirés d’ennuis. »

« Elaini le saurait », la rassura Gabrielle. « Ils ont sûrement été détournés quelque part… je suis sûre qu’ils vont bientôt rentrer. » Elle fit une pause. « Sinon… on ira les chercher. » Elle lança un regard vers sa compagne qui se contenta de hocher la tête.

« Je sais bien. » Cyrène lui sourit. « Viens mignonne, j’ai des tartelettes aux mûres pour toi ce soir. »

Le regard de Gabrielle s’éclaira. « Vraiment ? »

Xena prit une expression blessée. « Juste pour elle, hein ? Je vois ce que je vaux. »

Gabrielle glissa un bras autour d’elle et lui donna une petite tape sur le ventre. « Ne t’inquiète pas… je t’en laisserai… une. » Elle s’appuya contre elle. « Peut-être. »

« Eh bé, merci. » La grande guerrière leva les yeux au ciel. « Bon… allons jouer avec tes Amazones. »

« Très bien… » Répliqua la barde en mettant un bras dans le creux de son coude. « Mais si cette rouquine te touche encore, je vais lui en mettre une avec un gressin. »

Xena rit doucement et mit un bras autour d’elle. « Du calme, cogneuse. » Elle se passa une main dans ses cheveux tandis qu’elles traversaient l’auberge, essayant de mettre un peu de vivacité dans son corps embrumé par le sommeil et elle retourna les hochements de tête et les saluts de leurs amis.

« Alors, c’est elle la fameuse Reine, hein ? » Cesta se pencha en avant et observa les deux femmes qui venaient juste d’entrer.

« Ouais », acquiesça Solari, en sirotant une chope de cidre épicé. « C’est elle. »

« Elle le fait pas, » commenta la femme en regardant la chemise usée et les bottes fourrées que la barde portait.

Solari posa sa chope. « Ecoute. » Elle renifla d’un air songeur. « Je ne vais le dire qu’une seule fois, alors écoute bien. » Elle se rapprocha. « Ne dis pas ce genre de conneries par ici, d’accord ? Et ne juge pas les gens par ce qu’ils portent… C’est une Amazone véritable, authentique à cent pour cent que tu vois là, qui a un tempérament que tu ne croirais pas et les muscles pour l’appuyer. »

Cesta regarda le sujet de la conversation. « Tu blagues, pas vrai ? »

Solari secoua la tête. « Ne laisse pas ce sourire doux te tromper. » Elle regarda Gabrielle enserrer son âme-sœur enveloppée dans son manteau. « Elle peut vaincre Ephiny à la lutte et elle a botté les fesses de tout le monde au dernier festival avec un bâton. Elle est douée, Cesta… ce n’est pas parce qu’elle ne porte pas d’épée dans son dos comme la grande, sombre et mortelle femme à ses côtés, que ça veut dire qu’elle n’est pas dangereuse, à sa façon. »

« Hmm… je ne l’aurais pas deviné », commenta Cesta d’un ton neutre. « Elles forment vraiment un couple étrange. »

Solari lui lança un regard. « Ne commence pas », l’avertit-elle. « Je vais te dire un truc, Gabrielle apprécie peu que quelqu’un aguiche ces beaux yeux bleus. »

La femme rousse la regarda. « Je ne commence rien… pour l’instant. » Elle sourit. « Allez, Soli… ce n’est pas comme si je n’avais pas passé des semaines autour du feu à vous écouter baver sur Xena… je suis juste assez honnête pour avancer mes pions. »

« Ecoute. » Solari lui prit le coude. « Ne joue pas à jeu-là… je t’avertis… ces deux-là sont comme ça. » Elle croisa ses doigts. « Tu cherches des ennuis. »

« Chh… » Cesta lui tapota le bras. « Détends-toi… je ne veux pas briser leur couple… Artémis sait que je ne suis pas une briseuse de foyer, je me dis juste qu’il n’y a pas moyen qu’une seule petite blonde comme ça puisse garder quelqu’un comme elle satisfaite, et je cherche juste un petit extra. » Un haussement d’épaules. « En plus, elle est enceinte… ça te coupe l’envie, tu sais ? »

Solari soupira. « Non… je sais pas… mais de ce que je devine, Xena est plutôt heureuse avec ce qu’elle a… je n’irais pas toucher le nid si j’étais toi. » Elle leva les yeux à l’arrivée de Xena et Gabrielle. « Salut vous deux. »

Elles s’assirent et Gabrielle se pencha en avant et demanda comment ça se passait avec les Amazones, tandis que des serveuses posaient des chopes et des assiettes pour chacune. « Est-ce que vous avez subi la grande tempête qui est passée ici il y a à peu près une demi-lune ? » Demanda la barde. « C’était stupéfiant… le vent a arraché une partie du toit de l’écurie et Xena a dû courir après les chevaux qui ont été terrifiés et se sont sauvés. »

« Nous l’avons vécu mais ce n’était pas si méchant, parce qu’on est plus loin en hauteur », dit Lista, timidement. « Mais il y avait du vent… un des avant-postes a été complètement arraché de son arbre. »

Xena avait pris une gorgée de sa chope et réfléchissait. « Il y a avait quelqu’un dedans ? » Demanda-t-elle paresseusement, faisant bouger son autre main qui était douloureuse d’un coup de sabot de la semaine précédente.

Lista gloussa. « Oh oui… » Elle rougit un peu. « Mais le hum… » Elle se couvrit le visage et se contenta de rire.

Gabrielle saisit un mouvement du coin de l’œil et elle enroula ses doigts chauds autour de la main de sa compagne et la massa doucement, apaisant la raideur qu’elle pouvait sentir sous son toucher. Elle sentit une pression en réponse et sourit en se tournant vers Solari. « Alors ? »

Solari riait aussi. « Et bien, c’était une nuit froide et tempétueuse… les deux avant-postes, à raison, sentaient que personne de sensé ne se baladerait dans la forêt au milieu de la nuit dans ce mauvais temps… alors elles ont pris le temps de hum… » Elle remua la main. « Vous voyez ? »

Xena se pencha en avant. « Elles ne se sont pas rendu compte qu’une tempête démantelait leur avant-poste ? » Demanda-t-elle avec un léger sourire. « Je ne peux pas croire qu’on puisse être aussi distraite. »

Gabrielle se frotta le nez. « Oh là-dessus je ne sais pas trop », murmura-t-elle puis elle leva les yeux en entendant les rires soudains et rougit, mais elle ne reprit pas sa déclaration. Elle produisit un sourire penaud à Xena et un minuscule haussement d’épaules impuissant.

La guerrière rougit à son tour, à peine visible dans l’intérieur assombri de l’auberge et elle ébouriffa les cheveux clairs de sa compagne. « Tu veilles toujours sur ma réputation, hein ? » Demanda-t-elle d’un ton ironique.

Le regard vert croisa le bleu. « Toujours », répondit doucement la barde avec un ton affectueux. Gabrielle s’interrompit un instant puis reprit. « Après tout, quelqu’un doit bien s’en charger, pas vrai ? » Elle était consciente du regard de la nouvelle venue sur elles, langoureux et intéressé, et elle tourna la tête pour le croiser directement. « Alors, Cesta… raconte-nous le sud. Je ne pense pas que nous ayons jamais croisé d’Amazones de ce côté-là. »

La rouquine fut un peu surprise mais elle s’éclaircit aimablement la voix et commença à faire une description de son village natal. Elle avait apparemment été apprentie pour fabriquer des arcs, mais la tribu en avait déjà quatre et elle avait peu d’occasion de pratiquer son art. Ayant entendu dire que les tribus des hauteurs recherchaient des artisans, elle avait décidé de tenter sa chance.

Cela semblait logique, pensa Gabrielle, en notant les mains calleuses qu’elle utilisait un peu en parlant tout comme le faisait la barde elle-même. La femme semblait plutôt amicale et avait une beauté naturelle plutôt remarquable, jusqu’aux minuscules taches de rousseur sur son nez bien dessiné. Ses cheveux ondulés brillaient dans la lumière du feu et elle avait une façon de bouger fluide qui dénotait un style de vie très actif. Elle était plutôt sympathique et volontaire pour faire sa part au service de la Nation, et elle semblait contente d’en faire partie.

Gabrielle ne l’aimait pas.

La barde soupira alors que Solari poussait Freddan à faire une description de son territoire natal pour continuer à passer la balle. D’accord, je ne l’aime pas parce qu’il y a cet instinct profond et mystique que Xena me dit toujours de développer, ou je ne l’aime pas parce qu’elle a fait des avances à ma compagne ?

Elle savait être capable de jalousie, mais après tout, la jeune femme était nouvelle dans le groupe et pour être totalement honnête, Xena était une sorte d’attraction. Elle fit glisser son regard vers le visage à demi-obscurci de sa compagne, absorbant les angles familiers avec un demi sourire. Oh oui… c’est anodin, Gabrielle… c’est bon pour son ego et ça ne te fait pas de mal, alors laisse tomber et calme-toi.

Un autre soupir. Peut-être que si elle n’était pas aussi attractive, ça ne me ferait rien… et c’est tellement injuste pour Xena.

« Hé. » Un léger coup de coude la ramena de ses pensées et elle leva les yeux pour voir le regard interrogateur de son âme-sœur. « Tu es partie loin ? »

Gabrielle sourit et lui tapota la main. « Je réfléchissais… de ce que nous dit Solari, la caravane qui arrive par ici va être le clou de la foire… j’ai hâte de voir ces dessins de Paladia. »

Xena tressaillit. « Tu n’en auras pas un de moi », déclara-t-elle fermement.

« Oh que si. » La barde se mit à rire en secouant un doigt vers elle.

« Solari… je ne peux pas croire que tu lui aies parlé de ça. » Xena jeta un regard noir accusateur à l’Amazone brune, qui sourit de toutes ses dents en retour. La guerrière soupira puis elle secoua la tête d’un dégoût feint. « Est-ce que Cait vient aussi ? »

« Tu veux rire ? » Lista gloussa. « Comme si on pouvait les séparer, ces deux-là. » Elle se pencha en avant. « Tu sais… il faut que je te dise, Reine Gabrielle, quand tu as envoyé Paladia au village, la plupart d’entre nous pensaient que c’était une idée horrible. Mais maintenant qu’on a toutes eu une chance de la connaître mieux, elle n’est pas si mauvaise. »

Gabrielle lui sourit. « En fait, c’était la décision d’Ephiny… et elle a eu du mal à la prendre, mais je pense que c’était la bonne. Je sais que c’est dur de faire l’impasse sur ce qu’elle a fait mais j’ai vraiment ressenti qu’il y avait quelqu’un qui en valait la peine sous toute cette méchanceté. » Elle ne regarda pas sa compagne volontairement quand elle prononça ces mots, bien que tout le monde lança des coups d’œil vers la guerrière. « Je suis contente que les choses se soient arrangées. »

Xena arbora juste un demi-sourire et tendit la main pour gratter doucement la nuque de la barde. « Elle a du talent pour ce genre de choses », dit-elle d’un ton traînant, se moquant d’elle-même, reconnaissant les similarités. « Dommage qu’Eph n’ait pas pu venir… j’ai entendu dire que Xenan était malade ? »

Solari hocha la tête. « Ouais… il ne va… pas bien, il a un estomac sensible et il a du mal à digérer la nourriture d’hiver cette année, alors Eph l’a emmené au village et elle a essayé toutes les combinaisons possibles avec lui… Ce qu’il préfère ce sont les carottes d’hiver râpées avec du miel. »

La serveuse apporta un plateau de tranches de viande et de légumes rôtis et elle le posa, ce qui arrêta la conversation.


Gabrielle était contente de rentrer à leur cabane enveloppée dans le manteau de Xena, appréciant la chaleur du corps de sa compagne tandis qu’elles marchaient sur le sol gelé et durci. « Sympa ce groupe », dit-elle en réfrénant un bâillement. « Tu vas commencer les cours d’épée demain ? »

« Je n’ai pas encore décidé », répondit Xena d’un air absent. « Peut-être… ou peut-être des combats à mains nues… ça dépendra de comment je me sens demain. »

Je suis sûre que les combats à mains nues seraient très populaires. Gabrielle ne dit pas ces mots acides à voix haute, mais elle sentit tout de même un doux massage sur son épaule. « J’aimerais beaucoup pouvoir me joindre à vous un moment », dit-elle tranquillement. « Ça me manque de ne pas m’entraîner à fond avec toi. »

Le regard bleu l’étudia sans être vu. « Ça me manque aussi », admit la guerrière. « Mais encore deux mois… ensuite tu pourras lutter avec moi autant que tu voudras. »

« Oui. » L’amertume sortit alors et Gabrielle se sentit incapable de l’empêcher. « S’il me reste de l’énergie à la fin de la journée… je… »

« Hé… » Xena s’arrêta et lui fit face, ses avant-bras posés sur les épaules de Gabrielle. « Tu pourras… ce n’est pas comme si tu allais le faire seule, Gabrielle, tu te souviens ? »

Un moment de silence ensuite la barde s’appuya contre elle et soupira. « Je suis désolée… je suis juste… j’ai l’impression d’être constamment en train de chercher une surface plane et tout bouge… tout devient plus difficile… j’ai l’impression de perdre une partie de moi. » Elle fit une pause. « Bientôt je ne pourrai même plus t’étreindre. » Elle sentit des larmes irrationnelles brûler ses yeux.

Oh oh. Xena passa rapidement ses options en revue puis elle prit sa compagne dans ses bras, la berçant aisément, regardant son visage éclairé par la lune. « Pas de problème », rassura-t-elle la barde avec un sourire. « On peut improviser. » Elle rapprocha Gabrielle et l’embrassa. « Tu n’as aucune idée de combien je peux être créative. »

Gabrielle sentit un bandeau autour de sa poitrine se relâcher et elle glissa ses bras autour du cou de son âme-sœur, la regardant affectueusement. « Comment se fait-il que pour quelqu’un de si peu de mots, tu saches toujours quoi dire ? » Elle posa sa joue contre l’épaule de Xena. « Désolée d’être aussi pleurnicharde », ajouta—elle tranquillement. « Je présume que j’ai passé trop de temps à écouter les complaintes des femmes du cercle de tricot. »

« Elles… ne sont pas reliées à moi », dit Xena fermement, en haussant un sourcil avant de commencer la petite marche vers leur cabane. Elle monta sur le porche et ouvrit la porte du coude, entrant et attendant qu’Arès entre à son tour avant de refermer la porte du pied. Ensuite elle traversa la pièce et s’installa sur le lit, en tenant toujours la barde silencieuse. « C’est ça que tu penses vraiment, Gabrielle ? Que je vais te laisser t’occuper du bébé pendant que je serai partie à faire des trucs ? »

Gabrielle garda le silence un moment puis elle se contenta d’enfouir son visage dans l’épaule de Xena. Elle se souvenait, trop bien, de quand ce genre d’honnêteté entre elles aurait été… impossible. « Je pense que c’est ce syndrome de la femme enceinte qui perd l’esprit dont nous avons déjà parlé. » Elle réussit à produire un sourire pour la guerrière anxieuse. « Non… je sais ça bien mieux… par Hadès, Xena… toi, tu sais bien mieux… tu me connais moi bien mieux pour ne pas penser que je suivrai ce petit scénario. »

Xena sembla soulagée. « J’allais le dire. » La guerrière sourit puis libéra une main pour caresser doucement le visage de la jeune femme, emmêlant ses doigts dans les cheveux clairs et soyeux. « Je n’ai pas imaginé une seule seconde m’en tirer avec ça… Gabrielle, je veux faire partie de ça avec toi. »

« Même les parties scabreuses ? » Mais les yeux de la barde brillèrent un peu.

Xena ricana doucement. « Crottin de cheval, crottes de loup, crottes de poulet, caca de bébé… » Elle leva la main et haussa les sourcils. « Pense à ce par quoi est passée Ephiny. »

Gabrielle réfléchit. « Oh… crottin de cen… »

Un sourire. « Exactement. »

La barde rit puis elle se blottit un peu plus, passant la main sur la tunique de Xena et jouant avec les lacets. « Merci. » Elle leva les yeux. « Merci d’être là pour moi quand je dérape. »

« Hé… c’est à ça que servent les amis, pas vrai ? » Xena se pencha et l’embrassa sur le front, puis elle redescendit de quelques centimètres.

« Mm… ce n’est pas à ça que servent les amis. » Gabrielle glissa la main autour du cou de la guerrière et l’attira à nouveau après qu’elles se furent séparées. « Ni à ça. » Elle ferma les yeux et savoura la sensation des lèvres de Xena qui mordillaient son cou. « Je ne sais pas si c’est la grossesse ou pas… mais tout me semble plus… ah… ouaouh. »

« C’était quoi ça ? » Gronda la guerrière dans son oreille tout en mordillant doucement le lobe.

« Intense. » Couina Gabrielle, sa voix se brisant. « Dieux… Xena… tu portes toujours ton manteau… »

« Je présume que tu vas devoir trouver un moyen de m’en sortir », ronronna la guerrière, se relaxant sur son côté tout en emportant sa compagne avec elle. « Tu rends les choses trop faciles avec ces chemises sympas et lâches. » Elle fit la démonstration, glissant une main sous le tissu et laissant son toucher voyager sur la peau sensible.

Gabrielle savait qu’elle n’avait pas besoin d’être rassurée. Vraiment. Mais c’était bon de le savoir dans tous les cas. Et Xena avait raison… elle était très inventive.


Une nouvelle fois, le soleil se leva sur des yeux bleus patients, qui le regardaient s’écouler au-dessus du rebord de la fenêtre dans la cabane et peindre des rayures sur le sol en bois.

Cette fois, encore, c’était par choix. Xena avait développé un besoin empreint de hantise pour passer au moins un peu de temps le matin à simplement regarder Gabrielle… à juste être avec elle, là dans la paix de leur foyer. Arès était blotti au pied du lit et la guerrière était allongée sur le dos, son âme-sœur blottie contre elle.

Le gonflement de ventre naissant de la barde lui rendait difficile de se mettre sur un endroit régulier, alors Xena compensait habituellement en se tournant à demi sur le côté et à entourer sa jeune compagne, la berçant doucement au fil de la nuit. Cependant, ce matin-là, elles étaient toujours dans la position où elles avaient fini avant de s’endormir, avec Gabrielle quasi enroulée sur elle, les bras l’enserrant dans une étreinte farouche.

La lumière du soleil grimpait sur le lit et les arrosait, saisissant les cheveux clairs de Gabrielle dans une vague de rouge doré et faisant ressortir le duvet soyeux qui couvrait son visage. La grossesse avait un peu adouci ses traits tandis que son corps commençait à puiser dans les réserves dont elle avait besoin pour permettre au bébé de grandir proprement, mais pour le regard observateur de Xena, elle n’avait jamais paru aussi belle… et chaque jour qui les rapprochait de la naissance le montrait encore plus.

La paix du matin calme lui rappela ce premier matin horrible après qu’elle eut retrouvé Gabrielle… après qu’elles eurent quitté Potadeia pour être seules, enfin seules dans une clairière tranquille ; quand après tout ce temps, elle s’était réveillée du rêve douloureux et obsédant du souvenir de leur amour, pour le retrouver pour de vrai.

C’était l’obscurité, son corps bougeait nerveusement dans l’avant-aube comme il l’avait fait pendant un mois et elle avait gardé les yeux fermés, tandis qu’elle sentait la silhouette chaude nichée contre elle.

Son coeur avait battu si fort que cela lui avait donné une migraine, et elle s’état assise, tiraillée entre l’espoir et le désespoir, entre s’acrocher à son rêve, ou ouvrir les yeux pour ne voir que le vide de la réalité.

Mais la chaleur ne s’était pas évanouie, le battement de cœur solide sous ses mains n’avait pas faibli et elle avait ouvert lentement les yeux. Pour voir des cheveux clairs refléter la faible lueur du feu et une joue pâle posée contre son épaule.

Enfin.

Elle s’était effondrée et une Gabrielle surprise et ensommeillée s’était agrippée à elle, murmurant des mots de réconfort pendant longtemps. Rappelant à Xena sa propre réaction le matin après qu’elle lui fut revenue, avec un soulagement intense, quand la guerrière avait exprimé de l’embarras devant son manque de sang-froid.

Mais chaque matin après ça, c’était allé mieux, jusqu’à maintenant… maintenant elle se réveillait en paix, baignée dans l’affection familière de Gabrielle.

Quant à savoir comment la barde avait survécu… Xena sentait, au plus profond d’elle-même, qu’il y avait eu une intervention divine… une faveur prodiguée à son égard qui devrait être remboursée plus tard. Elle en avait discuté une fois ou deux avec la barde, qui se demandait si Hope elle-même n’était pas intervenue… ou Dahak… mais leur but avait toujours été de les séparer… de les éloigner l’une de l’autre.

Alors ça avait du sens, qu’Hope soit allée à Potadeia. Dans son esprit, elle pouvait ressembler à sa mère et la tourner contre la guerrière, puis la tourner à nouveau contre elle-même, abattant Xena avec la seule arme qui pouvait la détruire.

Ça aurait pu marcher… s’il n’y avait pas eu ce Lien. Si Xena n’avait pas su, dans cette première interaction et même après tout ce temps, que ce n’était pas Gabrielle.

Tout comme elle avait su dans un regard d’un quart de seconde dans ces yeux vert brume, quand ça l’avait été. Elle sourit en pensant à ce moment, quand leur monde avait changé, faisant entrer de la couleur et de la lumière dans ce qui avait été une existence grise et morne.

Et elle sourit à nouveau, tandis que la peau douce sous sa main bougeait un peu, le bébé qui se retournait, ou bien nageait, ou peut-être qu’il s’étirait juste le matin comme tout le monde. Elle fit une pause attentive puis le sentit à nouveau et elle sourit dans la lumière du soleil qui se déversait maintenant sur elles.

« C’est… pour quoi… ce sourire incroyable ? » Demanda la voix endormie de Gabrielle tandis que la barde passait paresseusement le doigt le long du côté de sa compagne.

« Pour toi », répondit Xena. « Et pour notre bébé bondissant. » Elle tapota le ventre de la barde.

« Mm. » Gabrielle traça doucement la courbe. « Garçon ou fille, qu’en penses-tu ? »

C’était une question souvent posée sans vraiment de réponse.

« Je pense que… c’est peut-être une fille », répondit Xena, surprenant son âme-sœur. « A la façon dont tu portes. » Elle appuya doucement sur le côté de la barde puis sur le bas de la courbe. « Dis-moi si ça te fait mal, d’accord ? »

La barde roula sur le côté, se soumettant à l’examen avec une aise ensommeillée. « Comme si j’avais besoin de le faire… tu me connais presqu’autant que moi-même. » Elle leva la main et la passa sur la peau de Xena, traçant les rides et les courbures, finissant avec une petite tape. Ce n’était que maintenant, après deux mois de paix relative, que la cuisine de Cyrène commençait enfin à se faire sentir sur la haute silhouette de son âme-sœur et la barde fut soulagée de ne plus voir de creux profonds entre ses côtes.

Soulagée qu’elle dorme à nouveau toute la nuit. « Une fille, hein ? » La barde lui sourit. « Tu sais quoi, j’ai aussi ce sentiment. » Elle roula tandis que Xena finissait son examen et elle attrapa une petite fiole sur la table de nuit. « Oooh… c’est l’heure du badigeon ? » Blagua-t-elle ironiquement.

Xena rit et prit un peu de la crème de la fiole sur le bout de ses doigts ensuite elle la déposa sur la peau tendue du ventre de sa compagne. « Je pense que tu aimes ça », l’accusa-t-elle avec un sourire.

« Tu veux rire ? » Gabrielle avait de nouveau roulé sur le dos et elle se tortillait joyeusement. « Bien sûr. Yah ! Arès… arrête ça… tu as le museau froid ! »

Le loup s’était réveillé et avait rampé pour voir ce que faisait sa meute et il avait décidé d’essayer de goûter la crème que Xena utilisait. Il éternua et passa la langue.

« Ah oui ? Et bien garde ta langue pour toi, mon pote », lui dit Xena tout en finissant sa tâche.

« Mmm… merci. » Gabrielle la regarda affectueusement. « Je vais te dire un truc… je te rendrai la pareille avec de l’onguent après que tu auras bastonné les Amazones toute la journée… qu’en penses-tu ? »

La guerrière sourit et mit le bout de son doigt sur le nez de la jeune femme. « Ça marche. » Elle pencha la tête et embrassa la barde avec un tendre sérieux.

« Tu sais, tu m’as vraiment manqué ces derniers jours », dit Gabrielle, tandis que Xena se levait et enfilait une chemise. La guerrière regarda par-dessus son épaule, une expression mêlée de plaisir et de confusion sur le visage. « Je veux dire… à part le fait que je t’aime… et que tu es le centre de mon monde etc. C’est juste bon de t’avoir ici. »

Xena réfléchit un moment tout en plongeant le visage dans une grande bassine d’eau avant de le frotter. Finalement, elle s’appuya contre le bord du plateau et pencha la tête vers sa compagne. « Merci. »

Gabrielle sourit un peu, puis elle roula pour se lever du lit et rejoignit son âme-sœur. « Tu veux venir avec moi pour ma balade ? » Elle passa les doigts dans les cheveux noirs de la guerrière. « J’ai essayé de convaincre Granella de venir avec moi… mais elle dit que c’est trop dur. »

« Bien sûr », confirma Xena avec aisance. « Elle devrait essayer de rester un peu plus active… ça va lui causer des ennuis, surtout avec des jumeaux. » Elle échangea sa chemise de nuit contre son gambison et serra les attaches. « Tu m’accuses de te dorloter… Toris le fait vraiment, lui… il faut que je lui parle quand il rentrera. »

Gabrielle finit de se laver puis se glissa dans une des vieilles chemises de son âme-sœur, qui étaient toujours un peu trop larges pour elle, mais très confortables. Puis elle enfila des leggings et s’assit pour mettre ses bottes. « Ça va devenir intéressant dans un moment », dit-elle, sentant la pression quand elle se pencha en avant. « Je suppose que ton cerveau inventif pourrait créer des extensions de bras, non ? »

Xena rit tout en serrant ses propres bottes et elle sautilla sur place. « J’ai eu de la chance dans ce domaine. » Elle tendit les bras et les regarda. « Et si je filais nous chercher quelques muffins avant qu’on parte ? »

La barde sourit joyeusement. « Un petit déjeuner de piste avec toi… oui… j’aime bien cette idée. » Elle prit une profonde inspiration et hocha la tête. « Allons-y. »

Quelques minutes plus tard, après que Xena eut fait un détour vers la cuisine pour attraper des muffins et des fruits devant une Cyrène qui désapprouvait, elles étaient sur la piste facile qui menait après la rivière qui fournissait l’eau potable à Amphipolis. L’air était froid et sec et on voyait le souffle des deux femmes tandis qu’elles avançaient sur le chemin. « Tout va bien ? » Demanda Xena discrètement, tout en voyant la poitrine de son âme-sœur monter et descendre.

« Oui… » La rassura Gabrielle, tandis qu’elles s’installaient dans un rythme facile. Son équilibre bougeait, elle le reconnut, et des petits muscles auxquels elle n’avait jamais pensé auparavant, tiraillaient tandis que son corps essayait de compenser. Après une minute, il le fit et elle mit plus d’énergie dans ses foulées, sentant la tension bienvenue dans ses cuisses. « D’accord… tu as dit petit déjeuner ? »

Xena rit et lui tendit un muffin.


« Salut maman. » Gabrielle passa la tête à la porte de la cuisine, souriant quand Cyrène se retourna pour lui faire signe d’avancer. « J’ai une liste des choses que les Amazones apportent… je pensais que tu aimerais la voir. »

« Entre donc, ma jolie. » La femme d’âge mûr lui sourit. « Et maintenant tu peux t’asseoir et prendre un vrai petit déjeuner, au lieu de manger à la fortune du pot avec ma fille insistante. »

La barde rit mais fit ce qu’on lui disait, s’installant à la longue table de travail. « Mais j’aime bien ce truc, maman… » Protesta-t-elle. « En plus, on ne peut pas mâcher un bol de gruau en marchant… ça rebondit et tombe de partout quand on essaye de le mettre dans sa bouche. » Elle leva les yeux. « Pas vrai, Eustase ? »

La cuisinière trapue se retourna et hocha la tête. « Ben vrai, m’dame. »

Gabrielle soupira, ignorant le rire retenu de Cyrène, qui posa une assiette d’œufs et de jambon légèrement fumé. « Ouaouh… ça sent bon. » Elle échangea son parchemin avec l’aubergiste contre une fourchette et commença à manger tandis que Cyrène lisait la liste. « C’est une bonne sélection… je pense que ces bourses plairont bien… et les arbalètes. »

« Mm. » Cyrène s’assit et passa le doigt sur le bord. « Des peintures… c’est cette horrible personne que vous avez ramenée avec vous de cette grotte ? »

La barde hocha la tête. « Oui… » Elle parla la bouche pleine. « Mais… elle s’est vraiment améliorée… Soli m’a dit qu’un des dessins représente Xena… j’ai hâte de le voir. Elle a fait le renard et la panthère au-dessus de notre âtre. »

« Oh oh… tu vas avoir du fil à retordre là, ma chérie », l’avertit Cyrène. « Est-ce qu’elle fait des commandes ? Si elle est douée, j’aimerais qu’elle en fasse un de Xena et Toris… et un de Toris et Gran… et bien sûr de vous deux… avec Arès peut-être… »

« Maman… » Gabrielle rit. « Une chose à la fois, d’accord ? ? » Elle prit une gorgée de jus de pomme. « En plus, je pense que Gran te jetterait un fruit pourri si tu suggérais qu’on la dessine en ce moment. »

« Eh… peut-être que… » Cyrène remua une main. « Les jumeaux c’est rude… et tout le monde ne s’en sort pas aussi facilement que toi, ma jolie… je ne peux pas me souvenir de quand j’ai vu quelqu’un porter aussi bien que toi. » Elle soupira. « Et certainement pas… surtout pas avec Xena… par Zeus, ça a été une grossesse pénible. »

« Elle a toujours été difficile à gérer, hein ? » La barde sourit. « Je pense qu’elle se battait même avant de naître… ça fait tellement partie d’elle, je ne peux pas l’imaginer comme une enfant calme et paisible. »

« Tu as bien raison, Gabrielle », acquiesça Cyrène d’un ton ironique. « Je me souviens de quand elle avait… oh… deux ans environ… et une bagarre a démarré dans la taverne… j’avais quelqu’un qui tentait de régler ça, mais il y avait ce type… un homme grand et rude, plus grand que Toris aujourd’hui, mais vraiment balaise, tu vois ? »

« Mmm. » Gabrielle mâchait, écoutant avec attention. Elle adorait les histoires sur l’enfance de son âme-sœur. « Je ne sais pas maman… il a pas mal pris lui aussi. » Ses yeux brillèrent. « Toi et ta cuisine dangereuse. »

« Ehhh… » Cyrène pencha la tête pour acquiescer. « Je pense qu’il partage ce par quoi Granella passe… ils se grignotent l’un l’autre. » Elle s’éclaircit la voix. « Bref… » Elle fit une pause. « Et en parlant de ça, j’aimerais que tu partages la même chose avec ma fille… dieux, elle m’a fait peur quand vous êtes rentrées à la maison. »

« Je sais. » Gabrielle hocha calmement la tête. « Moi aussi… mais elle va bien mieux… ça prend juste du temps. »

Cyrène soupira. « Peut-être… mais il lui manque toujours cette étincelle… ça m’inquiète. » Elle fixa pensivement la table. « J’en étais où… oh, oui. Cet ours d’homme avait attrapé un banc et il faisait le vide avec… je baissais la tête, les clients couraient, quand tout d’un coup, j’entends ce cri. »

« Un cri. » La barde plia un morceau de jambon en deux et mordit.

« Oh oui… on aurait dit le cri d’un canard sur qui on se serait assis… juste ce couinement outragé, mais ça a tout arrêté. Et ils étaient là, au milieu de la taverne, cette grosse brute avec son banc et ma petite fille de deux ans qui tenait sa poupée chiffon sous son bras et agitait une marmite de l’autre. »

Gabrielle se couvrit rapidement la bouche, manquant d’aspirer un morceau de jambon. « Oh maman… ne fais pas ça quand je mâche… » Elle rit en se représentant la scène.

« J’étais liquéfiée… » Cyrène se mit aussi à rire, en se tenant les côtes. « Cette toute petite fille, qui se tenait là à crier ‘Pfiou !’. C’était ce que Xenie disait quand elle n’aimait pas l’odeur de quelque chose… ‘Pfiou’ »

La barde ferma les yeux et rit de plus belle, les larmes coulant de ses cils. « Oh dieux de l’Olympe… qu’est-ce qui s’est passé ? »

« Qu’est-ce qu’il pouvait faire ? Même une brute comme lui ne pouvait pas frapper un bébé… il a filé comme si Cérébus le suivait et Xena est devenue l’héroïne de la taverne… ces hommes jouaient avec elle et lui donnaient tellement de gâteaux au miel… c’était un miracle qu’elle n’ait pas explosé. » Cyrène posa le menton sur sa main. « Elle en adorait chaque minute… et à dire vrai, moi aussi. » Elle soupira. « Je sais… je sais que j’étais trop occupée… je ne… je n’étais pas aussi proche des enfants que je le voulais… il y avait tant à faire et personne pour m’aider… elle avait besoin d’une attention que je ne pouvais pas lui donner. Parfois… je me demandais si les choses auraient été différentes si j’avais pu. »

Ça collait. Gabrielle mâcha son jambon. Elle pensa à sa compagne, maintenant si prudente et méfiante, quand elle était une jeune adulte qui voulait… avait besoin de cette attention qu’elle n’avait jamais eue à la maison. La trouvant dans une bande de garçons fermiers et un groupe de combattants, que d’une certaine façon, elle, par une chance brutale et un talent acéré, avait façonnés pour en faire une armée. La trouvant à nouveau dans un empereur romain à qui elle faisait une confiance aveugle. La trouvant encore et encore, donnant à chaque fois son cœur… qui lui était renvoyé à chaque fois, ensanglanté. Peu importaient ses succès, peu importaient les batailles gagnées… cette enfant en elle n’avait jamais trouvé l’approbation et l’amour qu’elle cherchait.

Jusqu’à ce qu’elle soit si intoxiquée que quand ça lui fut offert, elle se méfia et l’ignora en faveur de la froide obscurité familière qui, au moins, n’affecterait pas son cœur vulnérable.

Jusqu’à ce que l’obscurité perde son emprise et que les batailles ne suffisent plus, et qu’il ne reste plus rien pour elle que les souvenirs amers, la douleur et savoir qu’elle affrontait une vie entière de tueries. Et elle avait posé ses armes, essayant à la fin d’atteindre cette enfant dont le souvenir était si ténu, juste pour voir qu’il n’y avait plus rien de son foyer que le soupçon et le dégoût. La fin de la route.

Excepté ce minuscule détour au hasard près d’un petit village d’éleveurs de moutons nommé Potadeia. Gabrielle sourit calmement, chérissant les visions fugitives qu’elle avait, de temps en temps, de cette enfant qui ressortait timidement et pleine d’un espoir caché depuis tellement, tellement longtemps. « Je ne sais pas… peut-être… » Elle fixa Cyrène. « Mais peut-être pas… je pense que les Parques… ou quelque chose… avait un plan pour elle et rien de ce que tu aurais fait n’aurait pu beaucoup changer cela, maman… tu ne peux pas te blâmer pour ça. »

« Mm. » Cyrène l’étudia. « Tu sais, c’est drôle, mais quand je t’ai vue, la première fois, dans la taverne face à tous ces gens en colère, je me suis retournée et j’ai regardé Xena et je l’ai vue qui t’observait avec une expression sur le visage que je n’avais plus revue depuis avant Cortese… depuis que Lycéus était mort. » Elle fit une pause et secoua la tête. « Je savais… à ce moment-là… qu’il y avait toujours une petite part de ma fille… de l’enfant que j’aimais… et que j’avais élevée... »

Gabrielle finit son petit déjeuner et regarda le plan de travail pensivement. « Je pensais… voilà une personne qui a besoin d’une amie. Et je peux être cette amie. » Elle leva les yeux avec un petit mouvement de l’épaule. « Et je l’étais. »

« Oui, tu l’étais. » Cyrène sourit et lui pinça le nez. « Alors… avez-vous déjà réfléchi à des noms ? » Elle décida que la conversation était devenue trop sérieuse et elle changea de sujet. « Granella me dit qu’ils n’arrêtent pas de se disputer… maintenant qu’ils vont en avoir deux, peut-être que chacun d’eux donnera un nom et qu’ils arrêteront de se battre là-dessus. »

« Oh, voyons voir… nous n’y avons pas vraiment pensé, bien que Xena a dit ce matin qu’elle pense que ça va être une fille… et tu sais, je le pense aussi, alors ça rend les choses plus faciles. » Elle prit un petit pain chaud du panier qu’Eustase avait mis devant elle et elle mordilla. « C’est plutôt étrange, parce qu’il y a tellement de choix. » Ses yeux pétillèrent. « Cyrène, pour commencer. »

« Oh dieux, non. » L’aubergiste remua la main. « Non non… pas moi, s’il te plait. » Elle fit une pause. « Pas que je ne sois pas flattée, ma jolie, mais non… je n’ai pas trop envie d’entendre crier mon nom. »

« Et bien, pas des nôtres non plus. » Gabrielle rit doucement. « Nous en avons déjà assez qui portent nos noms. » Elle secoua la tête. « Je ne sais pas… je présume que nous allons devoir commencer à en parler. »

« Mm… et bien, j’ai quelques idées si vous en manquez. » Cyrène sourit. « Et, en parlant d’elle, où est Xena ? »

« Elle cogne des Amazones », répondit la barde. « Et cet après-midi, elle travaille avec les poulains… ensuite elle a une autre session avec les gamins avant le dîner. »

« Dieux… son énergie m’épuise. » Cyrène se repoussa de la table et brossa son tablier. « J’ai de la cuisine qui m’attend… le cercle de tricot est attendu sous peu, est-ce que tu vas réessayer ? »

Gabrielle grimaça. « Hum… » Elle se leva aussi, s’étirant avec précautions puis elle fit le tour de la table. « Je pense que je vais laisser ce talent à ma compagne… je vais aller trouver les enfants et m’entraîner sur mes histoires les plus légères. » Elle n’avait aucune patience pour le tricot ou la broderie… c’était répétitif et exigeant… comment son âme-sœur arrivait à concentrer sa nature énergique, elle ne le comprendrait jamais. Elle-même pouvait coudre des boutons… un raccommodage par-ci par-là… même coudre une poche. En dehors de ça… « A plus tard, maman… merci pour le petit déjeuner. » Elle se caressa l’estomac et sourit. « Pour nous deux. »

Elle quitta la cuisine et sortit par la porte principale de l’auberge, posa les mains sur la rambarde du porche et regarda la foule matinale qui allait et venait. De l’autre côté, elle repéra Johan avec une escouade d’enfants du village ; il travaillait sur un nécessaire de pêche et elle se dit qu’ils allaient être occupés un bon moment. Les marchands avaient mis en place les détails de la foire et elle avait fini de travailler sur deux disputes frontalières la veille. Satisfaite d’être complètement libre, elle décida d’aller à l’école de bataille des Amazones et de regarder son âme-sœur travailler.

Xena était debout, son épée posée contre sa cuisse droite tandis qu’elle observait Lista et la petite Frendan s’affronter, s’essayant à une combinaison de mouvements qu’elle venait juste de démontrer. Arès était blotti tout près, heureux que son humaine préférée soit de retour. Il adorait Gabrielle mais il avait tendance à coller Xena quand elles étaient toutes les deux présentes. Surtout parce que la guerrière stoïque était une excellente source de bonnes choses, rangées dans une petite bourse sous sa ceinture. Arès n’était pas idiot. « Attendez… Attendez… » Xena s’avança et mit le bout de son épée entre elles deux, écartant leurs armes. « Non… ce n’est pas de haut en bas… c’est un peu de côté… et il faut que vous vous tourniez quand vous faites tourner vos épées vers le bas, pour ajouter du poids. » Elle leur montra à nouveau. « Comme ça… »

« Oh… d’accord… bien… » Frendan hocha la tête et bougea légèrement son corps. « Comme ça ? »

Xena hocha la tête. « C’est ça… si vous balancez votre corps comme ça, vous pouvez même être déséquilibrées et ça sera quand même une frappe efficace. »

« Attends… attends… » Objecta Cesta en se levant de la bûche morte sur laquelle elle était assise. « Ça n’a pas de sens… comment peux-tu te défendre comme ça ? »

Xena soupira intérieurement. Cesta faisait partie de ces gens qui ne sont pas aussi bons qu’ils le pensent. Xena devina qu’elle avait dû être une des meilleures épéistes de son village et que cela l’amenait à questionner tout ce que Xena enseignait. Soit c’était ça, une pensée ironique lui vint, ou elle aimait juste être le centre d’attraction. « Tout est dans l’élan », expliqua-t-elle avec ce qui était pour elle une patience exceptionnelle. « Viens par ici. »

Cesta s’approcha avec délectation. Elle bondit en avant avec une posture compétente, levant son épée pour l’amener près du côté gauche de Xena. La guerrière attendit volontairement que le coup approche de son zénith puis elle releva son arme et para le coup, faisant tourner son corps tandis qu’elle faisait la démonstration et elle utilisa aisément l’élan vers l’avant pour repousser Cesta. « Tu vois ? » Elle fit sauter son épée dans sa main, la faisant rouler sur son avant-bras avant de la recapturer.

« Attends… laisse-moi essayer ça encore une fois. » La rouquine repoussa ses boucles rouges en arrière, étudiant la posture décontractée de Xena avec une concentration bornée. Elle avança, ses deux mains autour de la poignée de l’épée puis elle balaya avec toute sa force. La guerrière lut son langage corporel et se positionna juste à temps, recentrant son équilibre avec les genoux légèrement pliés, laissant son arme s’élever pour croiser le coup, le laissant repousser ses bras en arrière, approfondissant son accroupissement, puis elle se détendit, mettant un peu plus d’énergie dans son coup en retour qu’elle ne l’avait prévu et elle envoya Cesta bouler en arrière.

La jeune femme reprit son équilibre et grogna de frustration. « Comment tu fais ça ? » Elle abaissa son arme et s’approcha de Xena. « Tu nous montres ce truc mais même quand on le fait bien, ce n’est pas comme toi. »

Xena posa son épée sur son épaule. « C’est pour ça que je vous fais travailler les unes contre les autres… je peux vous donner des conseils et des techniques… mais je ne peux pas transmettre l’expérience… ou les années de pratique », expliqua-t-elle d’un ton raisonnable. « Je fais ça depuis très longtemps, Cesta… je ne peux pas te dire combien d’heures j’ai passées à m’entraîner juste avec cette épée… » Elle la fit tourner puis la fit rouler sur son bras et la saisit, puis elle la fit tourner à nouveau. « Jusqu’à ce qu’elle devienne une extension de mon bras… autant une partie de moi quand je combats que mes mains… ou quoi que ce soit d’autre. » Elle haussa les épaules. « Je ne peux pas vous apprendre ça… ou vous donner ceci… » Elle glissa son épée dans son fourreau et alla vers la bûche au sol, puis elle s’accroupit à côté.

« Qu’est-ce que tu fais ? » Demanda Cesta, curieuse.

Xena fit légèrement rouler la bûche puis elle s’installa et en attrapa deux grosses branches, projetant violemment le bois vers le haut pour avoir ses épaules dessous, puis elle se redressa lentement, bougeant le poids de son corps dans une position plus équilibrée. Elle observa avec un sourire ironique leurs mâchoires s’affaisser puis elle prit une inspiration. « Rien ne vient facilement. » Elle s’accroupit ensuite puisse redressa à nouveau, sentant ses jambes s’enrouler et bouger sous elle. « Je ne peux pas vous donner des années à faire ça… » Elle répéta le mouvement puis pressa la bûche contre sa tête et la laissa tomber. « C’est ce qui me permet de faire ça. » Elle s’accroupit à nouveau puis bondit brusquement en l’air, faisant un saut facile en arrière avant d’atterrir légèrement sur ses pieds avec un petit sautillement.

« Par la Grande Artémis », souffla Frendan.

Xena rit d’un air ironique tandis qu’elle posait son pied sur la bûche et s’appuyait sur sa cuisse. « Non… juste beaucoup de travail. » Elle fit signe à Frendan et Lista de continuer. « Allez-y… on recommence. » Elle se redressa mais laissa son pied sur la bûche, croisant les bras sur sa poitrine tandis qu’elle regardait.

Cesta s’approcha et donna un petit coup de pied dans la bûche, puis elle posa la main sur la cuisse tendue de Xena. « C’est plutôt impressionnant. » Elle retira sa main avant que Xena puisse répondre, puis elle regarda les deux combattantes. « Peut-être que ce dont nous avons besoin c’est un programme de mise en condition… je veux dire que c’est sympa de savoir ce que les mouvements peuvent être, mais ce serait bien mieux que nous ayons les muscles pour vraiment les exécuter comme tu le fais. »

« Et bien », dit pensivement Xena d’une voix traînante. « Tu sais… tu as peut-être marqué un point là, Cesta. »

La rouquine se redressa et s’éclaira. « Contente que tu le penses… parfois ça demande une paire d’yeux extérieurs, pour voir les choses, tu vois ce que je veux dire ? »

« Absolument », acquiesça Xena. « En fait… je pense que tu devrais aller t’asseoir avec Eponine, quand elle arrivera, et proposer un nouveau programme pour elle », déclara-t-elle serviablement. « Elle adore entendre des nouvelles façons de faire les choses. »

« Vraiment ? » Cesta se rapprocha. « Très bien… je vais faire ça… peut-être que je pourrais avoir quelques trucs de ta part dans les jours qui viennent, hmm ? »

La guerrière leva paresseusement une main, faisant un pouce levé, puis elle serra le poing et le relâcha, étendant les doigts. « Je vais voir si je peux trouver quelques idées… » Dit-elle d’un air traînant. « Mais tu lui parles… elle le prend un peu mal quand ça vient de moi… d’être une outsider etc. »

« Génial… tu sais, nous pensons de la même façon, Xena… c’est étonnant. » Cesta lui fit un sourire satisfait et se retourna pour regarder les deux combattantes. « Elles auront toujours un désavantage parce qu’elles sont si petites… pas comme nous. »

Les yeux bleu clair se posèrent sur elle puis Xena pinça légèrement et rapidement la lèvre. « Tu le penses vraiment ? ? »

« Oh oui », répliqua Cesta avec confiance.

Xena sauta par-dessus la bûche et tendit la main. « Attendez, les filles. »

Les deux femmes cessèrent et la regardèrent. La guerrière se retourna et fit signe à Cesta d’avancer. « Viens par ici. » Elle fit une pause. « Non… pose ton épée un instant. »

Cesta lui lança un regard perplexe mais elle fit comme on lui demandait, posa son arme et vint se mettre au centre du cercle, frôlant Xena qui recula d’un pas et mit un orteil sous un bâton à demi-caché dans l’herbe séchée pour le faire sauter dans sa main ; elle le passa à la rouquine. « Tiens… prends ça un instant. »

La jeune femme leva le bâton et hocha la tête. « Oh bien… je cherchais un travail avec plus de contact. » Elle fit face à Xena. « Où est le tien ? »

« Oh… non… pas moi. » Xena fit face à une zone boisée tout près et elle leva une main, repliant son doigt dans un geste d’appel.

Gabrielle sortit de l’ombre et s’avança, traversant tranquillement l’herbe morte de l’hiver d’un pas régulier et musclé malgré sa condition. Le soleil terne ondulait dans ses cheveux blonds-dorés et semblait s’installer sur son visage, tandis que son regard venait sur Xena avec un sourire sur ses traits. « Salut. » Elle pencha la tête vers la guerrière lorsqu’elle arriva à sa hauteur. « Que se passe-t-il ? »

« Tu veux bien faire une démonstration pour moi ? » Demanda Xena avec une innocence dévastatrice.

Les yeux vert brume se posèrent sur Cesta qui attendait, puis sur le visage de Xena avec une douce étincelle. « Bien sûr. » Elle avait vu la grande rouquine se répandre partout sur son âme-sœur bien-aimée et avait presque fondu de son nid agréable sous le chêne tout proche, jusqu’à ce qu’elle voit le signal paresseux de la main de la guerrière.

Le ‘Je t’aime’ s’était installé dans son ventre grognon et avait apaisé son âme, et elle s’était détendue jusqu’à ce que le geste de Xena l’amène à s’avancer. « Qu’est-ce que tu avais à l’esprit ? »

Xena fit sauter un autre bâton et le lui tendit. « J’allais juste démontrer à Cesta combien être grand peut être un désavantage si on s’attaque à quelqu’un qui sait vraiment ce qu’il fait. »

« Oh… hé… attends… » Cesta recula en protestant. « Attends, elle est enceinte. »

Gabrielle bougea les mains dans un éclair, attrapant le bâton des mains de la grande femme si vite qu’elle ne le vit même pas venir. « C’est bon… je vais y aller doucement », dit-elle gentiment à la jeune femme. « Je ne veux pas me faire trop de tension. »

« Hé ! » Cesta reprit son bâton, le visage rouge d’embarras. Ça allait bien que la Princesse Guerrière batte tout le monde mais elle serait damnée si elle allait laisser cette demi-pinte d’Amazone faire la même chose.

Xena se contenta de reculer jusqu’à ce qu’elle se cogne à Solari, qui lui jeta un regard. « Tu es méchante », murmura l’Amazone. « Rappelle-moi de ne jamais titiller ton côté diabolique, Xena. »

Les yeux bleus la regardèrent innocemment. « Moi ? Je fais juste un cours, Solari… je n’ai aucune idée de ce que tu veux dire. » Elle se tourna. « Bien, Cesta, maintenant attaque ma barde ici présente… essaie un mouvement haut combiné. »

La grande rousse bougea sa prise, le visage maintenant sérieux, puis elle glissa en avant et visa le niveau de l’épaule de Gabrielle, essayant de toucher son bâton et de le lui enlever des mains.

Gabrielle saisit l’attaque d’un bout de son bâton puis le fit tourner et s’accroupit un peu, plongeant sous le coup de Cesta avant d’amener son propre bâton pour frapper la grande femme dans les côtes. Puis elle tira son bâton en arrière et envoya l’autre bout entre les jambes de Cesta, le faisant rudement tournoyer avec son équilibre actuel et elle fit tomber l’autre femme sur les fesses avec un son sourd peu cérémonieux. « Je suis plus près du sol », expliqua-t-elle gentiment. « Ça me donne un meilleur équilibre et ça réduit le périmètre effectif d’attaque. Vous les grands vous avez plein de sortes d’angles et de surfaces intéressants à cogner. » Les autres Amazones rirent tandis qu’elle tendait une main à Cesta pour l’aider à se relever.

Elle fit un pas de côté et tendit la main pour tapoter le long côté de son âme-sœur et ensuite ses genoux, tandis que Xena permettait ces tapes sans les empêcher. « Ce que j’ai appris de Xena, c’est que peu importe votre taille… ce qui compte c’est d’apprendre à utiliser ce que vous avez pour faire ce que vous avez à faire. » Son regard alla sur Frendan, qui la fixait d’un air dévot. La petite Amazone faisait peut-être trois ou quatre pouces de moins que la petite stature de la barde, et Gabrielle lui fit un clin d’œil, recevant un sourire timide en retour.

Cesta secoua ses plumes ébouriffées et retourna vers son épée, la tenant dans des doigts agités. « Bien… le bâton n’est pas mon arme… tu veux essayer avec celle-là ? »

« Tu lèves la main avec une épée sur Gabrielle, je te la coupe », déclara Xena, avant que la barde puisse même commencer à répondre. Le visage de la guerrière portait un masque froid familier et Gabrielle se rapprocha instinctivement, enroulant une main autour de son bras.

Toutes fixèrent Xena d’un air inconfortable.

Gabrielle soupira. « La plupart des gens, Cesta, savent que je ne me bats pas avec autre chose qu’un bâton… je n’ai jamais appris à manier l’épée, et je ne le veux pas. » Elle donna une tape à sa grande compagne, la bousculant doucement. « Xena est un peu surprotectrice à ce sujet. »

La posture de Xena se détendit et elle mit un bras autour de la Reine.

« Désolée. » Cesta leva les mains. « Je ne voulais pas être insultante… c’est juste que je me sens plus à l’aise avec ça. » Elle leva l’épée. « Nous nous concentrons surtout là-dessus et l’arc dans le sud… pas vraiment le bâton, j’en ai bien peur. » Elle fit une grimace de regret mais elle réussit tout de même à insinuer qu’elle ne pensait pas grand bien de l’arme.

« Et bien, ça m’a sauvé la vie à plus d’une occasion », répliqua Gabrielle. « Mais quoi qu’il en soit… j’ai interrompu les travaux… je vais juste retourner regarder tranquillement. » Elle tapota Xena sur le ventre. « Pense à boire de l’eau, d’accord ? » Elle se pencha un peu plus. « Madame se permet de soulever une bûche comme si ça n’était rien. » Elle baissa d’une octave. « Frimeuse. »

Xena la serra rapidement dans ses bras et rit. « Merci… j’y penserai. » Elle recula et sautilla. « D’accord… essayons cette attaque par-dessus de nouveau. »

Gabrielle s’assit sur la bûche, ses pieds sous elle et elle regarda son âme-sœur avec contentement.

Le soleil était haut dans le ciel quand le bruit de pas hâtifs attira son attention. Xena leva la tête, repoussant ses cheveux trempés de sueur et elle fit signe aux trois Amazones qui lui faisaient face de reculer.

Johan arrivait vers elles, ses pieds bottés martelant le sol. « Xena ! »

La guerrière commença à marcher vers lui, se mettant dans une course puissante qui mit ses cheveux en arrière et l’herbe poussiéreuse s’éparpilla sous son poids. « Jo… qu’est-ce qu’il se passe ? » La peur pour sa mère la saisit soudainement. « Maman va bien ? »

Il s’arrêta dans un nuage de poussière et mit la main sur la poitrine de Xena pour se stabiliser. « Oui, ma fille… mais c’est des mauvaises nouvelles… t’ferais mieux de venir… c’est ton frère et Jess. »

Xena lâcha un juron puis se retourna tandis que Gabrielle et les Amazones arrivaient en trottinant. « Quelque chose est arrivé à Tor et Jess… je te retrouve à la maison. » Elle regarda derrière la barde. « Arès, tu restes avec maman, d’accord ? » Elle se retourna et commença à aller vers l’auberge, passant de la marche à la course en quelques pas avant de disparaître rapidement de leur vue.

Ils se regardèrent et Gabrielle soupira en glissant un bras autour d’un Johan silencieux et haletant. « Viens, papa… allons-y et tu nous raconteras ce qui s’est passé. »

A suivre – 2ème partie